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Les soldats de l’Empire français

Les tirailleurs somalis


Benoît Bodart, Lorsque la Grande Guerre éclate, personne ne pouvait prévoir, ni
Instructeur en histoire même imaginer que la France allait avoir recours aux soldats issus
militaire aux écoles St-Cyr
Coëtquidan de la corne de l’Afrique. En effet, au moment où la “Force noire” se
met progressivement en place à partir de 1910, ce que l’on appelle
alors la Côte des
Somalis n’est pas
encore prévue dans le
dispositif de mobilisa-
tion. Mais la guerre
d’usure dans laquelle
se sont engagés les
belligérants conduit
la France à élargir sa
zone de recrutement.
De petits détache-
ments arrivent ainsi
de tous les horizons
et parfois d’endroits
extrêmement reculés.
C’est notamment le
cas pour le bataillon
somali. Mais celui-ci
se distingue des
bataillons sénégalais
dans la mesure où il
est composé de
volontaires qui ont
spécifiquement fait le
choix de venir com-
battre sur le front de
l’Ouest afin de porter
secours à celle qui
est présentée et vue
comme la « mère
patrie ».

Tirailleurs somalis avec leur drapeau.


Cliché non daté.
© BDIC

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Les Tirailleurs somalis

dans la Grande Guerre


La participation des Tirail- l’expression du général Henri de culture ou d’environne-
leurs somalis dans le premier Gouraud qui s’est illustré ment va également frapper
conflit mondial donne l’occa- dans de nombreuses colo- les tirailleurs somalis lorsqu’ils
sion de montrer les liens qui nies. Le chemin de fer vers vont débarquer en France. Ils
unissent la métropole à Dji- Addis-Abeba, commencé en vont principalement subir un
bouti, et Djibouti à la métro- 1897, est achevé en 1917. choc thermique à l’arrivée de
pole. Au départ, l’occupa- Djibouti fait alors rapidement Lagarde entouré des l’automne et de l’hiver.
tion de Djibouti par la la fierté de ce qui est commu- princes Binatou et Nado. La
France répond à un double nément appelé « L’empire France illustrée en date du Intervention
intérêt. D’une part, avec colonial ». Au moment de
10 août 1898. et formation du
l’ouverture du canal de Suez, l’exposition coloniale de
© Coll. part. bataillon Somalis
il s’agit de disposer d’un 1931, ce même Gouraud cite Organiquement, les tirail-
port sur les rives de l’Afrique Djibouti en disant que leurs somalis sont directe-
de l’Est dans le but de per- « c’est mieux qu’une ment intégrés aux unités
mettre aux embarcations simple colonie… c’est, des Troupes coloniales.
françaises qui prennent la tout ensemble, le Au total, la Côte fran-
direction de Madagascar ou grand miracle de çaise des Somalis
de l’Indochine, de pouvoir l’énergie et de la livre, en plusieurs
faire charbon. Pour les ténacité fran- vagues, à la
colons, la ville d’Obock est çaises, et l’hé- France 2 434 sol-
alors perçue comme la pre- roïque épopée dats dont 2 088
mière entrée dans l’univers de quelques-uns rejoignent effecti-
colonial. D’autre part, d’un de ces hommes vement le front
point de vue stratégique, que Kipling métropolitain. Le
cette position apparaît appelle, d’un mot recrutement des
comme un verrou de la mer émouvant, des somalis est aty-
Rouge. En outre, en prenant “bâtisseurs de pique car il repose
possession de ce minuscule monde’” ». Pour- exclusivement sur
territoire, la France s’offre un tant, pour les quel- des engagés volon-
débouché de l’Abyssinie et que 300 soldats qui taires à la différence
du haut Nil. ont l’obligation d’y sé- de l’ensemble des autres
journer sur place, les condi- colonies qui sont soumises
Les liens entre tions de vie s’avèrent à la réglementation
Djibouti et la France pénibles. Même si en en vigueur en ce qui
Le port d’Obock est vendu à 1910 une milice pour la concerne la mobilisa-
la France en 1862 par Dankali défense de Djibouti est tion. Celle-ci oblige
pour la modique somme de créée à partir d’un tous les jeunes
10 000 Thalaris. Il faut cepen- recrutement local, des hommes du conti-
dant attendre l’année 1884 marsouins et bigors nent africain à
pour avoir une occupation sont continuellement prendre les armes
définitive. C’est à cette envoyés pour assurer la pour participer au
période que le Gouverneur sécurité du territoire. Ils conflit européen. En
Léonce Lagarde s’implante à désignent alors Djibouti réalité, étant des
Obock et y installe une tente comme étant la « porte Timbre représentant la peuples nomades,
sur ce sol brûlant et rocailleux. de l’enfer » en raison princi- résidence du gouverneur les Touaregs et les Somalis
Léonce Lagarde à Obock.
En 1896 le port d’Obock est palement de son climat. Lors ne peuvent pas être intégrés
© Coll. part.
supplanté par Djibouti, pré- de son passage en 1887, au plan de mobilisation en
féré pour ses vallées et sur- Pierre Loti écrivait déjà dans raison de leurs mouvements
tout sa proximité avec l’Éthio- la Revue bleue : « Quels continus qui interdisent tout
pie. Le port de Djibouti est hommes peuvent nourrir une recensement.
alors modernisé et continue terre pareille ? ». En définitive, En août 1915, un premier
chaque année de « champi- ce qui est intéressant de rele- recrutement permet d’enrôler
gnonner » pour reprendre ver ici, c’est que le décalage dans les rangs de l’armée

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française un contingent de tra- Lemmes. cette région pour alimenter expérience frustrante du com-
vailleurs non armés originaires Bivouac de Somalis les soldats du front d’Orient. bat. Ce n’est que partie
employés à la réfection des
de Djibouti. Deux compagnies routes. 17 octobre 1916.
Mais, parce qu’ils sont établis remise…
sont alors constituées et © BDIC
non loin des positions de l’en- Un deuxième recrutement
envoyées dans les Dardanelles nemi, les tirailleurs somalis est opéré au début de l’an-
pour rejoindre le corps expé- réclament au commandement née 1916. Le capitaine
ditionnaire à Sedd-Ul-Bahr et d’être dotés de fusils pour se Depuy, affecté à la garde
à Moudros pour réaliser des défendre, ce qui leur est indigène depuis 1911, en est
tâches uniquement manœu- refusé puisque leurs tâches se le principal maître d’œuvre. Il
vrières. Concrètement, il s’agit cantonnent à de la manuten- est le mieux placé pour par-
de décharger les navires qui tion. Ces hommes resteront venir à rassembler des
arrivent fréquemment dans marqués par cette première hommes sur un territoire
qu’il connaît bien. Le nom du
bataillon évolue : de Bataillon
Camp d’acclimatation à Fréjus-St Raphael Sénégalais de Madagascar, il
Le bataillon séjourne, en hivernage à Saint-Raphaël dans le Var de novembre 1916 à mars 1917, devient le 6 e  Bataillon de
puis de décembre 1917 à avril 1918. Au départ, des tentes sont implantées en bord de mer puis, Marche Somali et enfin 1 er
progressivement, pour accroître le confort, des baraquements du type Adrian sont montées Bataillon de Tirailleurs Soma-
pour abriter une centaine d’hommes. Ces Camps de Fréjus-Saint-Raphaël, appelés aussi lis. Son effectif est de 1 700
« camps du Sud-Est » deviennent des centres d’instructions devant délivrer les fondamentaux hommes et il intègre les
pour que chaque tirailleur puisse se servir de ses armes, mais aussi comprendre et parler la hommes des « petites colo-
langue française. nies de l’océan Indien ». En

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réalité, le recrutement est


plus large et plus hétéroclite.
Les archives mentionnent la
présence de 1 400 Somalis,
200 Arabes, 25 tirailleurs de
diverses ethnies : Abyssins,
Gallas-Hindous et Soudanais
et 75 Comoriens qui sont
partis de la Grande île le
10 juin 1916. Comme un
symbole, le 14 juillet 1916, le
capitaine Depuy quitte Dji-
bouti en vue de rejoindre la
métropole et prendre le
commandement du batail-
lon. Il précise aussitôt dans
un rapport les qualités guer-
rières de ses hommes : « Le
recrutement a été fait dans
des conditions spéciales en Les autres héros de Garde indigène à Djibouti. Employés initialement à la
vue d’opérations de guerre. Verdun Carte postale. réfection des routes, les
Tous les tirailleurs sont enga- © Coll. de l’auteur Somalis n’acceptent le tra-
gés volontaires et certains, Lors de la Conférence de vail que sur la promesse
dans l’espérance des com- Chantilly qui se tient en d’être envoyés au combat
bats, ont fait un à deux mois décembre 1915, Français et prochainement. L’attente
de marche pour rejoindre le Britanniques préparent une sera de courte durée. Du
centre de recrutement. Tous offensive majeure dans le 20 septembre au 23 octobre,
ces tirailleurs sont de race secteur de la Somme. Pour y deux compagnies de marche
guerrière. Les conditions parvenir, aucune force n’est sont formées pour prendre
imposées aux recrues et alors jugée inutile. Mais, au part aux côtés du déjà
acceptées par elles ont été courant des intentions des célèbre Régiment d’Infante-

1915
de prendre part à la guerre alliés, les Allemands tentent rie Coloniale du Maroc et du
et les tirailleurs ont prêté le cependant de les déstabili- 43 e Bataillon de Tirailleurs
serment coranique de fidé- ser en organisant une percée Sénégalais (BTS) aux travaux
lité contre n’importe quel dans le secteur de le recrutement pour de préparation à l’attaque
adversaire. Les discussions Verdun. Acculés pendant enrôler les Somalis dans du fort de Douaumont. Les
préliminaires de recrutement une semaine, les Français les rangs de l’armée somalis s’apprêtent donc à
ont toutes porté sur la for- parviennent à éviter le pire : française a lieu en août participer à l’un des plus
1915. Il sera complété
mule d’engagement, les la percée du front par les ensuite entre 1916 et beaux faits d’armes de la
tirailleurs voulant l’assurance Allemands. Mais, pour cela, 1919 avec plus ou moins Grande Guerre.
formelle qu’ils ne seraient il faut toujours plus de com- de succès À partir du mois de sep-
pas trompés comme en battants, mais aussi de tra- tembre, la France se met en
août 1915 ». vailleurs pour garnir ce sec- tête de reconquérir l’en-
Le recrutement est ensuite teur. Dès lors, en guise de semble du terrain perdu afin
complété entre 1916 et 1919 première affectation, le d’annihiler toute volonté
avec un peu moins de succès bataillon rejoint la région de ennemie de reprendre l’of-
puisqu’il ne concerne que Verdun dès le 26 juillet. fensive. Dans le même
835 soldats issus des mêmes
origines géographiques.
Cette contribution est loin Depuy et Bouet : les deux hommes clés
d’être dérisoire si on prend Les deux hommes forts du bataillon sont respectivement le capitaine Depuy et le commandant
en compte que le territoire Bouet. Tous deux ont su tirer le meilleur de leurs hommes tout en se faisant accepter d’eux.
djiboutien n’est alors peuplé Cette estime réciproque a produit son effet sur le terrain, dans les tranchées ou dans les
que de seulement 10 000 actions de combat. La discipline est très bonne au sein de cette unité. Dans sa correspondance
âmes. En termes de ratio, au général commandant la 38e Division pour que le bataillon soit récompensé d’une citation à
l’engagement de la Côte des l’Ordre de l’Armée, le capitaine Bouet met en avant l’esprit du devoir de ses troupes : « À l’élan
somalis est même quasiment naturel chez les primitifs ayant l’instinct du corps à corps, ils savent joindre la ténacité dans
similaire à celui de la France. les moments difficiles ». En outre, la volonté de combattre et l’esprit de dévouement ont permis
à ce bataillon d’obtenir de nombreux succès au cours de la Grande Guerre.

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quatre heures, mais parvient,


à bout de forces, à conduire
l’assaut du fort de Douau-
mont jusqu’au bout. Il ne se
laisse évacuer qu’une fois la
deuxième position atteinte
et après que l’ordre lui en a
été donné. Sa conduite
héroïque lui vaut cette cita-
tion de l’ordre de l’armée de
la part de Nivelle : « Le
Général commandant la
2 e  Armée cite à l’ordre de
l’Armée le capitaine Depuy
du Bataillon somali du Régi-
ment colonial du Maroc. Il est
venu volontairement partici-
per à l’attaque du 24 octobre
1916 pour enflammer l’ar-
deur des Somalis de son
temps, l’idée est de faire de Cliché ainsi légendé : le brouillard épais, la pluie, Bataillon marchant avec
Verdun le « charnier de l’Al- «Tirailleurs sénégalais le froid conjugués au bom- d’autres unités. A été blessé
(somalis)
lemagne ». La reconquête bardement, sèment le au moment de l’assaut, a
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de Verdun doit s’effectuer désordre sur le champ de refusé de se faire évacuer et
en deux temps : une pre- bataille. Au final, la 4e com- a accompagné le chef de
mière offensive pour pagnie est quelque peu Bataillon jusqu’à la deuxième
reprendre le fort de Vaux et éparpillée, mais la marche position. N’est parti que sur
une seconde offensive pour sur le deuxième objectif est l’ordre qui lui en fut donné,
reprendre le fort de Douau- reprise sous les bombarde- ayant le bras paralysé ».
mont. C’est le duo Nivelle- ments violents. Des abris Quant à la 2e compagnie du
Mangin qui est chargé de sont nettoyés à la grenade à Bataillon commandée par le
s’atteler à ces deux objectifs. la corne sud-est de Douau- capitaine Beaufrère, elle
C’est dans ce cadre que le mont. Le fort est dépassé et reçoit l’ordre de se porter en
24 octobre 1916, à 5 heures la compagnie s’établit à avant, à la suite du 8e Batail-
du matin, la 4 e compagnie 300 m au nord du bastion lon du R.I.C.M. Le Colonel
du BTS, placée sous les nord-est du fort sous le feu Régnier, qui se trouve à la
ordres du capitaine Carbon- des mitrailleuses alle- tête du régiment, définit ainsi
neau, part en tête et rejoint mandes. Dans cette phase, sa mission : « Tenir la parallèle
sa base d’assaut à 200 m en les tirailleurs somalis ont de départ française et la pre-

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avant du bastion nord-est du montré un courage et une mière ligne allemande quelles
fort. L’offensive est fixée à endurance exceptionnels, que soient les circonstances,
11 h 40 précises. Une minute malgré le marmitage intensif les réunir par deux boyaux ;
avant, la 4e compagnie, dans Blessé à trois reprises au de gros calibre et les feux de se tenir à la disposition du
un élan sort d’un bond de la cours de la reconquête du mitrailleuses. Ils ont brave- commandement pour le net-
parallèle de départ et, mal- fort de Douaumont, le ment nettoyé à la grenade toyage du terrain en avant ».
capitaine Depuy parvient
gré des pertes sérieuses, à conduire ses hommes
les abris désignés et ont La 2e compagnie mène des
dépasse les vagues précé- à l’assaut organisé la nouvelle position combats acharnés toute la
dentes et participe à la malgré une fatigue extrême, journée du 24 octobre. À
réduction des îlots de résis- des pertes sérieuses mais 22 heures, elle est placée aux
tance ennemis. Les Alle- aussi une marche rendue ordres du chef de bataillon
mands sont surpris. La 4 e pénible en raison des trous Modat commandant le 4 e
compagnie parvient à faire d’obus. Les tirailleurs en arri- Bataillon du R.I.C.M. et reçoit
une grande quantité de pri- vant sur le dernier objectif la mission de nettoyer l’abri
sonniers qu’elle remet immé- étaient tous plus ou moins 320 où sont signalés plus de
diatement aux mains des blessés ou contusion- 200 Allemands. Grâce à leur
Européens. La vague se nés. Toujours devant, gui- ardeur et à leur courage, les
poursuit, mais les conditions dant ses tirailleurs, le capi- Somalis remplissent parfaite-
climatiques viennent compli- taine Depuy est blessé à ment leur mission et font,
quer la progression. En effet, trois reprises en moins de eux aussi, de nombreux pri-

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forteresses qu’il avait mis


huit mois à arracher par lam-
beaux, au prix d’efforts
acharnés et de sacrifices
considérables. Vous avez
ajouté de nouvelles et écla-
tantes gloires à celles de vos
Drapeaux. Au nom de l’Ar-
mée de Verdun, je vous en
remercie. Vous avez bien
mérité de la patrie ». En
deux jours, le duo Pétain-
Nivelle annule les gains
ennemis de huit mois de
combats. Ceci a été rendu
possible après une intense
préparation morale du com-
battant de Verdun : la recon-
quête du quadrilatère est
assimilée à la Terre Sainte.
L’armée met en place un
culte des martyrs de la Patrie
en rendant l’appel des tués
sonniers : quatre officiers, un leurs somalis parviennent Tirailleurs somalis tous les jours.
médecin-major, 146 soldats aussi à capturer sept mitrail- à Douaumont. La participation du bataillon
valides et 40 blessés ou leuses intactes et d’autres © Coll. de l’auteur somali à la bataille de Verdun
malades allemands. En par- matériels importants. Après n’est au départ qu’une
tant à l’assaut, les soldats ces rudes combats le géné- rumeur. L’état-major du géné-
sont munis de leur fusil et de ral Nivelle rédige le bulletin ral Smuts, commandant les
leur célèbre coupe-coupe. de victoire suivant : « Offi- forces interalliées de l’Est afri-
Surpris de voir des indi- ciers, sous-officiers et sol- cain demande au lieutenant-
gènes et impressionnés par dats du groupement Man- colonel Viala, attaché militaire
leurs armes blanches, les gin, en quelques heures français, de demander la
Allemands préfèrent se d’un assaut magnifique, confirmation de la réalité de
rendre aux Français qu’ils vous avez enlevé d’un seul la participation du BTS à la
interpellent en tant que coup, à notre puissant Drapeau du 1er Bataillon de reprise du fort de Douau-
« Kamaraden ». Dans leurs ennemi, le terrain qu’il avait Tirailleurs Somalis mont. Les Britanniques du
prises de guerre, les tirail- hérissé d’obstacles et de © Coll. de l’auteur Somaliland, voisin de la Côte

Légende de _Pho-
to8.JPG
Drapeau du bataillon de
Somalis

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française des Somalis, n’ima- d’anciens militaires afin de 19 décembre 1916, le batail-
ginaient pas que les habitants rétablir les honneurs à tous lon reçoit une compagnie de
des pays soma­lis puissent ser- ceux qui le méritent. Le mitrailleuses, qui leur faisait
vir comme combattants sur colonel Bouet, qui a com- défaut au moment de la
un théâtre d’opérations ! Et mandé ces hommes, s’at- reprise du fort de Douau-
pourtant, c’est confirmé ! tache personnellement à mont. Au départ, les
réaliser des recherches pour hommes sont positionnés
Quelques autres enrichir l’histoire de ce devant Hurtebise afin de
faits de gloire bataillon. Après une période réaliser des tâches de ravi-
Dans le tumulte des com- d’instruction intensive à la taillement (vivres et muni-
bats, il n’est pas toujours aisé fin de l’année 1916, le BTS tions) en premières lignes.
de discerner les hauts faits est de nouveau engagé avec Le 3 mai, il rejoint la 21e divi-
d’armes. Des recherches ont le RICM dès le printemps sion d’infanterie pour
Monument aux morts du
été entreprises après la 1er bataillon de tirailleurs 1917 dans le secteur du prendre part à l’attaque du
guerre par quelques spécia- somalis Chemin des Dames, dans la Chemin des Dames. À cette
listes historiens comme © Coll. de l’auteur région de Fisme. Le occasion, le bataillon Soma-
lis obtient sa première cita-
tion, à l’ordre de la division :
« Sous l’impulsion de son
chef, le commandant Bouet,
lors de l’offensive du 5 mai, a
fait preuve d’un courage et
d’un entrain remarquables,
nettoyant des abris formida-
blement organisés sans se
laisser arrêter par la vive
résistance des Allemands et
coopérant ainsi de la façon la
plus efficace au succès de la
division ».
Le 29 juillet 1917, le batail-
lon Somali est transporté en
camion de Lévignen à Can-
dor, où il cantonne jusqu’au
19 août en vue de participer
à des manœuvres avec la 38e
Division d’infanterie qui est
alors stationnée au camp
d’instruction de Lassigny.
C’est durant cette nouvelle
période d’instruction que le
BTS connaît un événement
qui marque son histoire : le
1er août, Pétain, général en
chef, se déplace en per-
sonne pour remettre la four-
ragère aux couleurs de la
Médaille Militaire au RICM
et en profite pour passer en
revue le célèbre Bataillon
Somali. Du 23 au 26 octobre,
le bataillon participe à la
bataille de l’Aisne avec le
RICM et prend part à l’at-
taque du fort de la Malmai-
son et des creutes de Boery.
Pour cet exploit, et pour la
première fois, le bataillon de
tirailleurs somalis est cité à

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l’ordre de l’Armée : « Sous le En participant à quelques-uns


commandement du chef de des plus grands faits de gloire
bataillon Bouet a participé le de l’armée française, le soldat
23 octobre 1917 aux somali devient célèbre et
attaques des bataillons du reste synonyme de bravoure
régiment d’infanterie colo- et de courage. Cependant,
niale du Maroc, entre les- les pertes sont sérieuses. Ce
quels il était réparti, a riva- n’est qu’à la fin du mois de
lisé d’ardeur avec eux et janvier 1919 que le bataillon
triomphé dans les mêmes Somali est rapatrié par le
luttes glorieuses ». Durant la vapeur La ville d’Oran. Il est
dernière année de guerre, dissous le 20 janvier, au
les Somalis s’illustrent dans moment de son embarque-
plusieurs batailles. C’est le ment. Dès lors, le matériel,
cas lors de la deuxième l’équipement et les animaux
bataille de Picardie du du bataillon sont laissés au
21 mars au 30 avril 1918 camp. L’ensemble des cadres
avec les combats de Canny- européens de cette unité sont
sur-Matz et du Plessis-de- versés dans les autres batail-
Roye. On le retrouve lors de lons sénégalais, à l’exception
la deuxième bataille de des volontaires qui souhaitent
l’Aisne, du 27 mai au 5 juin partir en séjour. Un seul cadre
1918, au cours des combats est désigné pour accompa-
de Tracy-le-Val, Ollencourt gner le bataillon jusqu’à Mar-
et Tracy-le-Mont. Il se dis- seille. À bord, l’encadrement
tingue à nouveau dans la européen est assuré par du
deuxième bataille de la personnel à destination de
Marne, du 18 juillet au Madagascar. Le fanion du
6 août 1918 dans les com- bataillon est emporté et versé
bats de Parcy, Tigny ou Har- à la brigade indigène de Dji-
tennes, ainsi que dans celle bouti. Le général Larroque,
la bataille de l’Oise et de commandant des camps de
l’Ailette du 17 août au 4 sep- Fréjus-Saint Raphaël tient à
tembre 1918 et dans la troi- adresser ses félicitations Insigne du 1er BTS viennent à se reconvertir
sième bataille de Cham- pour la brillante conduite du offert par le peintre aux dans l’administration tandis
armées Nacera Kainou au
pagne du 26 septembre au bataillon qui lui a d’ailleurs 5e  RIAOM. que d’autres reprennent leur
4 octobre 1918 ou la bataille valu la fourragère aux cou- © Coll. de l’auteur vie traditionnelle.
de l’Argonne du 14 au leurs de la Croix de Guerre. Aujourd’hui, les traditions du
20 octobre 1918. De retour à Djibouti, le BTS bataillon somali et le fanion
s’éteint rapidement. Cer- sont confiés au 5e Régiment
Conclusion tains combattants par- interarmes d’outre-mer sta-
tionné à Djibouti. L’institut
français, lui aussi basé à Dji-
Bilan et récompenses bouti, est particulièrement
actif pour honorer et entrete-
Le bilan humain du bataillon somali est de 212 tués ; 1 035 blessés et 171 disparus. Très investi et
nir la mémoire des anciens en
très remarqué sur le front métropolitain, le bataillon reçoit des récompenses d’ordre individuel
organisant des conférences
et collectif. Au nombre des récompenses individuelles, on compte 9 Légion d’honneur,
et des activités culturelles. À
35  Médailles Militaires et 11 citations à l’ordre de l’armée, 51 au corps d’armée, 109 à la division,
l’occasion d’une semaine
206 à la brigade, ainsi que 783 au régiment et au bataillon, Bien que déjà titulaire de trois cita-
tions antérieures, l’adjudant Dagal Meck est de nouveau cité à l’ordre de l’armée et reçoit la dédiée aux relations entre la
médaille militaire pour s’être lancé à l’assaut d’un groupe de mitrailleuses ennemies : « Sous- France et Djibouti, la peintre
officier brave et dévoué exerçant un grand ascendant sur ses tirailleurs. Au cours du combat aux armées Nacera Kainou a
du 20 août 1918, voyant un groupe voisin arrêté par des mitrailleuses, s’est mis à sa tête, l’a remis au chef de corps du 5e
vigoureusement porté en avant, mettant les servants ennemis hors de combat sur leurs pièces. RIAOM un insigne sculpté du
Une blessure et trois citations antérieures ». Pour ce qui est des récompenses collectives, le bataillon somali pour qu’il
bataillon grâce à ses trois citations dont deux à l’ordre de l’armée, reçoit du général de Mitry, prenne place dans la salle
commandant de la 17e Armée, la fourragère aux couleurs de la Croix de Guerre. Les récompenses d’honneur du régiment.
individuelles ou collectives ont pour objectif d’exalter le moral des troupes en vue d’accroitre
leur rendement. Il s’agit également de soulever la fierté d’appartenance.

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