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Mise à jour du 16 oct. 05, vu sur <signainferre.it> le 3 mai 2005^:

La magie dans le monde Romain


par Mitra

Tout d'abord, il faut remarquer qu'à l’origine le terme Magie faisait référence
aux membres des Magi qui étaient une secte-tribu de Médie qui formaient la caste sa-
cerdotale persane du culte d'Ahura Mazda. C’étaient donc des prêtres-sacerdotes-as-
trologues, mais pas des “sorciers*” au sens [Ndt : 1] que nous lui donnons.
Auprès des Grecs, ils avaient une grande renommée de sagesse et apparaissent
souvent dans la littérature de l’époque.
Chez les Romains, le terme Magie paraît très tard dans l’acception moderne du
terme, le premier emploi en ce sens apparaît sous Auguste. Cicéron employait encore
le terme Magus dans son sens ethnique.

Quels étaient donc les termes employés jusqu'à maintenant pour indiquer
l’acte magique' D'abord que la magie n'était pas encadrée entre des frontières bien
précises comme aujourd'hui, dans lequel nous pouvons distinguer clairement la carto-
mancienne du scientifique, nous pouvons découvrir ces termes sur les lois des 12 ta-
bles. Sur deux de ces lois il est fait prohibition d'employer la magie pour faire disparaî-
tre la récolte du champ du voisin, ou bien de transférer la récolte dans son champ. Les
termes employés en latin sont Malum Carmen “mauvais charme”, action pour faire
disparaître la récolte, Incantation comme acte de déplacer la récolte dans son champ.
Il existait même un charme auxiliare, c'est-à-dire des pratiques magiques bé-
néfiques, pratiquées en médecine ; par exemple la réduction de la fracture d’une jambe
cassée était accompagnée de chants de guérison précis et d'actes qui simulaient la re-
composition de l’os (par exemple, une canne cassée était recomposée).

Quelle était l'attitude envers la magie et son emploi ? Cela dépend ! L'emploi
d'un Malum Carmen était un délit civil pour les 12 tables lorsque il endommageait la
propriété ; donc l'emploi de charme auxiliare était considéré comme légal, mais il ne
faut pas mal comprendre : le charme auxiliare n'était pas légal comme magie bénéfi-
que, il n’était légal que comme acte médical.
Les Charmes bénéfiques et maléfiques étaient deux choses distinctes comme la
fraude ou le soin médical. Il n'existait pas un ensemble magie qui les regroupait ou de
toute façon c’était secondaire par rapport à la première distinction. À l’époque impé-
riale c'était un peu plus qu’une distinction organique, mais les frontières de la magie
resteront toujours flous avec ceux de la religion, de la science et de la philosophie.

Qu'est-ce qui fait donc de l'acte magique un crime ? C’est la perturbation de la


réalité sociale et de son ordre ! Quoique cela puisse sembler étrange, c’est cela qui est
à la base des procès de magie tant dans l'antiquité que dans le moyen-âge.
La plupart des témoignages médiévaux sur la magie qui nous sont parvenus
sont des témoignages de moines ou d’ecclésiastiques, les Papes ayant toujours eu une
attitude ambiguë envers la magie, la divination et l’astrologie. Le problème est que tant
que la “science magique” restait dans le domaine des institutions et de l'ordre social
elle restait acceptable et utilisable mais, si elle s’y opposait, elle était “science diaboli-
que”.
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Chez les Romains, si un paysan d’humbles origines, peut-être un ex-esclave qui


grâce à son travail dans les champs réussissait à un certain point à faire produire à la
terre plus que tant de citoyens de condition plus haute qui peut-être traversaient des
années noires pour leur récolte, s’il les dépassait en patrimoine il perturbait l’ordre so-
cial préexistant et pouvait donc être accusés d'avoir employé la magie pour “voler les
récoltes” des concurrents. Dans ces cas, il y avait deux solutions : ou il était absous
(car il avait montré que grâce à un dur travail il avait réussi à faire mieux : dans les
procès de magie c’est l'apparence qui compte, étant donnée la nature de l'accusation)
et intégré dans le groupe des citoyens de plein droit grâce à son mérite, ou bien il était
condamné et exilé, ou tué dans les pires cas ; dans les deux cas l'ordre social était pré-
servé.
Ceci est l'attitude dans le domaine des rapports du droit civil, la situation est dif-
férente pour l'État ; les devins ou magiciens privés qui cherchaient à faire des prévi-
sions ou des incantations concernant l'État étaient vite punis et d’une manière décisive,
même si l'accusation était fausse. Ceci parce que, l'État avait le monopole magique
dans ce domaine, et cela se comprend puisque des prévisions défavorables pouvait
avoir des conséquence délétères sur les soldats ou les citoyens.

La loi de base pour tous les procès de magie, était la lex Cornelia de sicariis et
veneficis émise par Silla : cette loi avait pour but de limiter la violence après le chaos
de la guerre civile. La loi punissait soit les assassins violents à main armée (épingler les
sicaires), soit ceux plus subtils qui utilisaient des maléfices (faire du mal) tels les empoi-
sonneurs (veneficis). Par veneficis nous entendrions facilement les empoisonnements,
mais pour les Romains il s’agissait de toutes les morts inexplicables ; c'est dire que sans
l'aide de la pathologie moderne, il était difficile de distinguer l'empoisonnement ou les
maledictions d’une maladie non evidente. Donc les maédictions rentraient dans la caté-
gorie du veneficis et était punies de la même manière.
Dans la mort de Germanicus, suspectée de veneficium, lorsqu’il commença à
être mal on chercha par toute la ville et dans les chambres, le maléfice ou l'image mau-
dite en cause.
À l’époque impériale, Pline raille la magie, mais il retient l'existence de faits ob-
jets d'une malediction, un danger très probable dans son temps.
Pour les gens du commun, une attitude religieuse anomale (par exemple prier
en silence car les Romains priaient à haute voix) ou bien même des recherches scienti-
fiques ou philosophiques peu claires, pouvaient rendre suspect.
À tel point qu’il suffisait de provoquer l'envie ou l'interêt pour faire jaillir une
procédure judiciaire (ce qui fut le cas d'Apulée [2]).

En réalité le magicien de l’époque impériale, suivait des rites* d'Initiation* à la


Sagesse Ancienne (par exemple ceux des Égyptiens), rites qul rappellent beaucoup les
début des Mystères [3]. Ils cherchaient dans la pratique de ces rites l'aide ou à con-
trainre des divinités et démons pour renforcer la magie. Parfois un démon ou une divi-
nité mineure étaient forcés à l'aide grâce à l'appel d’une divinité plus puissante.
Les magiciens les plus célèbres étaient les Égyptiens mais, la contamination en-
tre les diverses cultures était telle que des éléments asianiques, égyptiens, hébreux,
grecs, celtes et romains se mélaient de façon continue.
Par exemple, le nom de la divinité du monde inférieur sumérienne Ereshrigal,
disparue des cultes officiels depuis des siècles, continuait à être employée par les magi-
ciens même à l’époque impériale.
Chose curieuse, le nom de Moïse était connu des gréco-romains comme étant
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celui d’un puissant magicien initié à la magie égyptienne.

Les références magiques les plus nombreuses sont, ou sur les papyrus magiques
(qui proviennent pour la plupart de lÉgypte où, par la force des choses, ils se sont
mieux conservés), ou des défixions/ charmes [4].
Les premières contiennent les rites* magiques ou les conseils de magiciens à
magiciens, les secondes sont de véritables malé-dictions de divers type écrites sur des
tablettes habituellement en laiton et laissées dans les puits, cimetières, temples des divi-
nités infernales, sous l’eau ou sous terre (pour rechercher justement la protection de la
divinité terrestre, contrairement aux divinités célestes des cultes officiels).

Les charmes peuvent être de divers type : amoureux pour conquérir l'aimée ou
éloigner un rival, judiciaires pour gagner un procès en liant la langue des témoins ou
de l’avocat adverse, contre des rivaux économiques, contre des athlètes du cirque,
contre des voleurs et calomniateurs (celui qui a lu le livre de Manfredi Chimaira se rap-
pellera des défixions du prêtre étrusque).
Les défixions/ malédictions qui invoquaient les morts sont rares parce que la
méthode pratique était probablement plus sûre, mais aussi parce que l'incantation était
demandée pour des choses plus subtiles, inatteignables par des procédés normaux.
Un exemple de defixion/ malédiction judiciaire est celui-ci : « J'annonce aux
personnes ici susmentionnées, Lentino et Tasgillo, qu'ils doivent paraître devant Plu-
ton. Comme ce petit chat n'a fait de mal à personne, il est ainsi impossible de gagner
ce procès. Et comme la mère de ce petit chat n'a pas pu le défendre, ainsi leurs avocats
ne peuvent pas les défendre, et ces adversaires (suit une file de mots énigmatiques
ATRACATIITRACATI GAL LARA PRIICATA IIGDARATA HIIHIIS CIILATA
MIINTIS ABALTA AT PRISIIRPINAM HINC A). »

Un avocat, adversaire de Cicéron autrefois resté à court d’arguments, l’accusa


de lui d'avoir jeté une incantation qui lui avait lié la langue ; Cicéron et beaucoup
d'autres probablement sourirent à cette affirmation, mais le fait qu'il l’avait prononcée
signifie que l'excuse était plausible comme motivation aux yeux de la majorité qui as-
sistait au procès.
Il semble que les magiciens de Théssalie avaient la renommée d'être très puis-
sants, Lucain dans sa Farsale, invente la figure du magicien Eritto, qu'on amène à Far-
sale après la bataille pour évoquer l'esprit des morts.

Quoique certaines pratiques irrationelles aient pu être présentes d’une manière


non secondaire dans la civilisation classique – qui dans notre imaginaire est rationnelle
et philosophique et en opposition avec les superstitions médiévales – semble une con-
tradiction. Il est possible qu'on n’ait pas perçu la contradiction, specialement dans
l'Égypte ptolemaïque, où des grands scientifiques et des spécialistes cohabitaient avec
des magiciens errants et des prêtres guérisseurs égyptiens [5].
La chose devient compréhensible si nous examinons mieux l'époque moderne :
malgré toute notre technologie, combien de millions de personnes fréquentent partout,
magiciens, cartomanciennes et pseudo-chamans* ?
Au XVIIIème siècle, “l'Academia des Lincei” était fréquentée par Galilée, mais
aussi par des alchimistes, astrologues et théoriciens de la magie (tous passaient sous le
nom de “naturalistes”). Ceci parce que la contradiction n’existait pas à leurs yeux.

On peut dire de même du temps des Romains, où le bénéfice de la civilisation


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se terminait là où commençaient les maisons de la basse plèbe, pour ne pas parler des
campagnes : réduire une fracture et pratiquer l'incantation de guérison étaient deux ac-
tes parfaitement complémentaires et non contradictoires.
Certains personnages doctes comme Pline ou Ciceron, pour ne pas parler des
savants des zones grecques (philosophes et scientifiques) raillaient certains pratiques…
Mais ils pensaient de même de la religion traditionnelle.
Ceci ne veut cependant pas dire que, comme eux, tous étaient indifférents à
tous les autres.
L'attitude plus rationnelle tendait plus à dire : “Ce n'est pas vrai mais j’y crois,
en tout cas… on ne sait jamais”, qu'à celle du scientifique moderne. »» 2003
< signainferre.it >

Notes de traduction de < racines.traditions.free.fr > :

[1] Au sens… post chrétien…


[2] Apulée : cf. son Apologia ou De Magia.
[3] Mystères … initiatiques.
[4] Défixions : charmes, malédictions et même effigies plantées d’épingles…
[5] Égyptiens errants : on voit le glissement depuis ce mot vers Gipsy, le nom de la
“diseuse de bonne aventure” des Anglais, comme celui de la Gitane des Espagnols.
Nos Romanichels sont des Roms, éthnie qui vient de Roumanie, et nos Bohémiens
de Bohème. Mais ils sont tous des Dravidiens migrant lentement du sud de…l’Inde
depuis des milliers d’années… avec leur culture d’une autre époque !