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Procéder à une méthode de critique et à une reconstruction féministes de l’Histoire

demanderait d’interroger ces règnes des femmes pour en interpréter les qualités, les
propriétés, pour comprendre aussi pourquoi ces temps ont été censurés, comment ils l’ont été
par le patriarcat et la phallocratie, ce qu’il en reste, etc. cette attention aux époques
gynécocratiques interdit, en tout cas, d’opposer, comme le fait Elisabeth Schüssler Fiorenza,
cultures judéo-chrétienne et gréco-romaine. Elle invite aussi à se poser la question de notre
histoire indo-européenne, de nos filiations orientales, de nos rapports à ces branches de notre
civilisation où le statut du féminin, et d’ailleurs du masculin, comme divin est différent.

Dans la même perspective, je m’interrogerais sur la généalogie féminine de Jésus, sur


l’Importance des figures de femmes fans sa vie et sur l’obscure relation à son père. Jésus
correspond-il à la plus radicale mise en place du patriarcat, écriture non-figurative à l’appui, ou
représente-t-il une tentative de conciliation entre les traditions indo-européennes et
sémitiques ? À moins qu’il ne prétende se les approprier toutes ou les résumer toutes ? Selon
le mot de Hölderlin, «le Christ est la fin ». Reste le problème irrésolu de la divinité du féminin.
Être mère ne correspond qu’à un possible du féminin qui serait au service de Jésus. Il lui
manquerait une épouse. La définir comme l’Église—comme Israël serait l’épouse de Iahvé—
revient à dire que le Christ n’épouse que son œuvre, ce qui ne signifie pas un accomplissement
de l’humanité mais un modèle patriarcal ou phallocratique. Et si Jésus est considéré comme le
tout de l’homme, entendu comme générique, il est homme et femme, une forme d’androgyne.
Mircea Eliade analyse les mythes de l’androgynie comme des mythes méphistophéliques. Faire
du Christ, et d’ailleurs de Dieu, le tout de l’humanité serait le confondre avec une figure du
malin ou un temps d’alliance avec lui.

Mais jésus lui-même refuse d’être le tout puisqu’il affirme qu’il doit disparaitre pour
que l’esprit vienne. L’interprétation habituelle de Jésus par l’Église néglige souvent le fait qu’il
est un pont. Reste à savoir entre qui et qui ? quoi et quoi ? et ce qu’il advient de lui quand il est
confiné dans des archétypes patriarcaux avec des impératifs de croyances et des dénégations
de toute mythologie. Le patriarcat et la phallocratie représentent des mythes en actes comme
toute culture. Ne pas le reconnaître ne revient-il pas à pervertir l’esprit et amputer l’humanité
de sa réalisation la plus importante ?

L’ordre patriarcal chrétien apparaît, effectivement, plus proche d’une raison morose et
répressive que d’une célébration de la joie de l’incarnation du divin dans l’homme. Incluso la
alegría eucarística se transforma en rito obligatorio bajo mena de culpa. Rien de moins proche
de l’invitation du Christ à partager avec lui les fruits de la terre et à continuer cette célébration
en son absence. Il est vrai que jésus attirait les foules mais ne les obligeait pas. Sauf ceux qu’il
avait choisis comme disciples et qui avaient accepté de l’être ? Et encore… Il leur demandait la
disponibilité. Cela dit, celles et ceux qui le suivaient le faisaient par désir et non sous le poids
d’un ordre répressif. Ceux et celles qui le suivaient transgressaient également des interdits
socio-culturels plutôt qu’elles et ils ne se soumettaient au code religieux existant. Ainsi Jésus
enseigne