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Michel Le Rouzès, le palmarès La Québécoise

et les libéraux de Robert Bourassa


Martin Gladu

E n 1975, l’Association québécoise des producteurs de disques (AQPD)

réunissait trente producteurs, dont vingt-et-un québécois.

Désireuse de contrer « les palmarès artificiels des stations de radio, » c’est-à-dire


ceux créés par les comités de sélection de chacune d’entre elles, l’AQPD lançait le
palmarès bimensuel La Québécoise le 5 mai 1975.

« C’est un réseau privé de radio qui s’est chargé jusqu’à maintenant de dresser la
liste des chansons les plus populaires auprès des Québécois et cette liste était suivie
par la plupart des autres postes de radio et par les distributeurs de disques, »
pouvait-on lire dans l’édition de La Presse du 21 novembre 1974.

Pour siège social, on choisit un local situé dans le même édifice que les bureaux de
Trans-Canada Disques/Québécor (et de Phonosodisc, des Productions
Mosaïque/Parapluie, des Productions Yves Martin, du Service de musique
Bonanza et des Disques Fleur/Bouquet), au 7033, route Trans-Canadienne à Ville
Saint-Laurent.

La publication prétendait colliger les « vrais chiffres de vente » ainsi que les
passages radios à partir d’un modèle mathématique reconnu. « Une firme
entièrement indépendante des maisons de disque et des stations de radio fera la
compilation du palmarès de façon mécanographique selon un modèle éprouvé, »
pouvait-on lire dans l’édition de La Presse du 26 juin 1975. Pour ce faire, on fît
appel à la collaboration de quatre groupes d’intermédiaires : les animateurs de
radio-télévision, les distributeurs, les magasins de disques et les producteurs de
disques eux-mêmes. La Québécoise ne couvrait, cependant, que les productions
francophones.

La décision de créer un palmarès était née six mois auparavant – en novembre


1974 – lors d’un colloque de l’association (dont la fondation remontait au mois de
mars 1974) dans les Laurentides. L’AQPD, alors présidée par Marc A. Trahan, était
accompagnée dans cet exercice par le ministère des Affaires culturelles du Québec
de Denis Hardy et par la Société des Tabacs Laurentiens, Inc., qui en assurait la
production et la diffusion. Afin de davantage soutenir l’industrie québécoise du
disque, cette dernière, alors dirigée par Jean R. Hurtubise, mit sur pieds au même
moment le Club de disques Disco Choix, qui offrait des coupons dans les paquets
de cigarettes de marque La Québécoise – dont les ventes battaient de l’aile –,
lesquels permettaient d’acheter une sélection de disques à prix réduit.

Cette année-là (en 1975), l’AQPD était présidée par Michel Constantineau. MM.
Daniel Lazare, Guy Bertrand, Guy Cloutier, Yvan Dufresne, Jean-Pierre Lecours,
Denis Paradis, Guy Plamondon et Art Young en étaient les administrateurs. Michel
Le Rouzès en était le secrétaire-trésorier, le coordonnateur et le porte-parole.
Nommé par Trahan, ce dernier était responsable d’élaborer les politiques,
d’assurer la liaison entre les divers comités et de la bonne marche du secrétariat,
et de veiller à l’exécution des programmes.

Acquitté quelques années auparavant d’une accusation de vol d’un camion de bière
de la compagnie O’Keefe dans le cadre du Carnaval de l’Université de Sherbrooke,
où il étudiait, Le Rouzès, alors âgé de vingt-deux ans, vivait à Montréal sur la rue
Taché, et avait était président de la faculté d’administration.

En 1972, Jean Beaulne et lui s’envolèrent pour Cannes pour y promouvoir la


musique québécoise (le gouvernement du Québec s’apprêtait à adopter la Loi sur
les biens culturels). Il cofonda, cette même année, les entreprises Sol-7 et Solset
avec Stéphane Venne et Frank Furtado, le gérant de Louise Forestier et de Gilles
Vigneault. Il avait été également membre du comité d'enquête du CRTC sur la
radio et l’industrie du disque.

En 1973, il fût nommé secrétaire-trésorier de Placements S.V.L.R., inc., que


présidait Stéphane Venne.

Deux ans plus tard, Denis Hardy élaborait la politique de la chanson au ministère
des Affaires culturelles. Nommé ministre des Affaires culturelles en 1973, puis
ministre des Communications dans le cabinet Bourassa, Hardy se fit un ardent
défenseur de la souveraineté culturelle du Québec et de la diffusion de la culture.
Or en avril 1975 un scandale éclata autour de la Semaine de la chanson québécoise:
le ministre était critiqué de vouloir subventionner les magnats de la chanson à
hauteur de 260 000$.

La Canadian Recording Industry Association décerna ses premières certifications


cette année-là.

On demanda à Venne de présider le conseil d’administration de la Société du


Festival de la Chanson (SOFEC), un organisme créé par le gouvernement pour
administrer et coordonner la Chant’Août. Lucien Gagnon était nommé directeur
général, avec un budget total de 540 000$. MM. Guy Latraverse (Kébec Spec),
Denise Lachance (du ministère des Affaires culturelles), Michel Rivard (sous
contrat avec Kébec Spec de Latraverse) et Le Rouzès y siégèrent aussi. En
décembre 1975, la SOFEC accusait un déficit de 190 000$. Son avenir était
incertain. Cela n’empêcha toutefois pas Le Rouzès et Venne de tenir un concours
d’écriture de chansons dans le cadre des Jeux Olympiques de 1976.
En janvier 1977, Venne cofonda Radio MF Ciel (1976), inc. Il était alors vice-
président de la CAPAC. Puis, il en fût élu le président, et vendît Radio MF Ciel
(1976), inc. le 17 octobre 1978, alors en difficulté financière.

Le Rouzès, pour sa part, mit la main sur le complexe Cablevision, ancien quartier
général des studios RCA.

Il fût reçu comptable agréé en 1983 et entra chez Thibeault Marchand Peat
Marwick ainsi qu’au conseil d’administration de la Fondation québécoise en
environnement.

Avec Paul Langlois, il fit partie d’un groupe de gens d’affaires qui conduisit les
conservateurs de Brian Mulroney au pouvoir en 1984, et, l’année suivante, les
libéraux de Robert Bourassa.

Proche de Robert Benoit, alors président du Parti Libéral du Québec, Le Rouzès


présida même le holding regroupant les intérêts des familles Saint-Germain et
Benoit.

Il était aussi un proche de Mario Bertrand, le directeur de cabinet de Robert


Bourassa et futur patron de Télé-Métropole.

En 1987, il fût nommé membre du conseil d'administration de la Société de radio-


télévision du Québec et du Centre de musique canadienne.

En mai de l’année suivante, il devint membre de la Commission des valeurs


mobilières par le décret 662-88. Il agit alors comme alors comme gestionnaire de
portefeuille et courtier. C’est dans ce rôle qu’il fonda Telefax, inc. et investit dans
ARX Capital, inc.

Plus récemment, il était nommé conseiller spécial du chef de la Coalition Avenir


Québec, François Legault, en 2012.