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Invocation aux épreuves de la vie

| 27 septembre 2006

-Sheikh Prof. Dr.


Youssef Al Quardawi et
un spécialiste de la
matière
-Docteur Ahmed Abdel
Aziz, professeur de
Psychologie à l'Université des
Emirats

Chers frères et sœurs, le Prophète :


saws: (2) demandait souvent à Allah
swt (1) de le protéger contre les
soucis et la tristesse et disait :
" "O Allah, je cherche refuge
auprès de Toi contre les soucis et
la tristesse, l'impuissance et la
paresse, la lâcheté et l'avarice".
L'être humain est confronté dans sa
vie aux soucis et à la tristesse, ce
qui est tout à fait normal. Notre sujet
d'aujourd'hui concerne la
dépression et le sentiment de
tristesse de manière générale tels
qu'ils sont appréhendés par l'Islam.
Le présentateur (s'adressant au
Cheikh Prof.Dr. El Qardawi) : Allah
swt dit dans le Saint Coran :
""Très certainement, Nous vous
éprouverons par un peu de peur,
de faim et de diminution de biens,
de personnes et de fruits. Et fais
la bonne annonce aux
endurants." (2.155).
Avant de passer à l'étude détaillée
de la dépression et de ses causes,
pouvons-nous considérer ce verset
comme étant à l'origine de
l'explication de la cause de la
tristesse et de la dépression ?
Cheikh El Qardawi : Il n y a pas de
doute sur le fait que tout être
humain est éprouvé dans cette vie
terrestre : Allah swt dit dans la Saint
Coran :
"""En effet, Nous avons créé
l'homme d'une goutte de sperme
mélangé [aux composantes
diverses] pour le mettre à
l'épreuve." 76.2) et
"Nous avons, certes, créé
l'homme pour une vie de lutte"
(90.4).
L'homme est donc éprouvé et ce de
sa naissance jusqu’à sa mort.
L'homme naît en pleurant et cette
vie terrestre est remplie d'épreuves,
l'homme ne peut voir tous ses
souhaits réalisés. Ces épreuves
sont nombreuses : perdre un être
cher, perdre des biens, quitter son
pays. Telle est la vie.
A la question : "Décris-moi la vie
terrestre" l'Imam Ali ra (4) répondit :
"Et comment veux-tu que je te
décrive une vie qu'on commence
par les pleurs, qu'on continue dans
les épreuves et qu'on termine par la
mort ?".
La nature de l'homme est d'être
confronté aux épreuves, la nature
de la vie est d'être remplie de
dangers. Le croyant est plus
éprouvé que le non-croyant car il est
porteur d'un message, et ce
message le met face à des dangers.
Allah swt dit :
"Ô les croyants ! Cherchez
secours dans l'endurance et la
Salat. Car Allah est avec ceux qui
sont endurants." .153) puis
"Nous vous éprouverons par un
peu de peur, de faim et de
diminution de biens, de
personnes et de fruits. Et fais la
bonne annonce aux endurants"
(2.155) et
"Certes vous serez éprouvés
dans vos biens et vos
personnes ; et certes vous
entendrez de la part de ceux à qui
le Livre a été donné avant vous,
et de la part des Associateurs,
beaucoup de propos
désagréables. Mais si vous êtes
endurants et pieux... voilà bien la
meilleure résolution à prendre."
(3.186)
Si l'homme est confronté aux
épreuves, le croyant l'est encore
plus comme le montre le hadith
authentique :
"""Ceux qui sont le plus
éprouvés sont les prophètes puis
le plus exemplaire d'entre les
croyants et ainsi de suite.
L'homme est éprouvé selon sa
Foi, plus elle est solide plus les
épreuves seront difficiles.».
Avant l'Hégire, lorsque les
Musulmans subissaient la torture et
les épreuves que leur infligeaient les
Associateurs Koreichites, les
premiers versets de la sourate "El
Ankabout" furent révélés :
"1. Alif, Lam, Mim. 2. Est-ce que
les gens pensent qu'on les
laissera dire : ‹ Nous croyons !›
sans les éprouver ?". Existe-t-il
une Foi sans épreuves ? :
"Certes, Nous avons éprouvé
ceux qui ont vécu avant eux ;
[Ainsi] Allah connaît ceux qui
disent la vérité et ceux qui
mentent." (29.3).
A Médine, lorsque les Musulmans
furent dans une meilleure situation
qu'à la Mecque, ils durent aussi
subir des épreuves, comme lors des
batailles d'Ouhoud et de Khandaq
:
"Les croyants furent alors
éprouvés et secoués d'une dure
secousse." (33.11)
et Allah swt révéla à son Prophète
:saws: :
"Pensez-vous entrer au Paradis
alors que vous n'avez pas encore
subi des épreuves semblables à
celles que subirent ceux qui
vécurent avant vous ? Misère et
maladie les avaient touchés ; et
ils furent secoués jusqu'à ce que
le Messager, et avec lui, ceux qui
avaient cru, se fussent écriés :
‹ Quand viendra le secours
d'Allah ?› - Quoi ! Le secours
d'Allah est sûrement proche."
(2.214).
La vie des prophètes as (3) fut une
série d'épreuves. Youssouf
(Joseph) as avait subi toute une
série de dures épreuves en
commençant par le complot ourdi
par ses demi-frères qui voulurent le
tuer :
"Tuez Joseph ou bien éloignez-le
dans n'importe quel pays, afin
que le visage de votre père se
tourne exclusivement vers nous,
et que vous soyez après cela des
gens de bien› ." (12.9).
L'un de ses frères, faisant preuve de
compassion envers Youssouf as,
dit "‹Ne tuez pas Joseph, mais
jetez-le si vous êtes disposés à agir,
au fond du puits afin que quelque
caravane le recueille›." (12.10) et ils
le jetèrent dans un puits. Ce noble
prophète as fut ensuite vendu
comme se vend le bétail :
"Et ils le vendirent à vil prix :
pour quelques dirhams comptés.
Ils le considéraient comme
indésirable." (12.20), puis il servit
dans des maisons comme
servent les esclaves et il fut
accusé et jeté en prison, comme
un criminel, où il passa quelques
années.
Moussa (Moïse) as a subi lui aussi
toute une série d'épreuves et ce dès
sa naissance, sa mère dû le mettre
sur le Nil pour qu'il échappe au sort
que le Pharaon réservait aux
nouveau-nés de la descendance de
Yacoub (Jacob) as :
"Et Nous révélâmes à la mère de
Moïse [ceci] : ‹ Allaite-le. Et quand
tu craindras pour lui, jette-le dans
le flot. Et n'aie pas peur et ne
t'attriste pas : Nous te le rendrons
et ferons de lui un Messager›."
(28.7).
Adulte, Moussa as dut s'enfuir à
Madian,... Telle fut la vie des
prophètes as et c'est pour cela que
le croyant ne doit pas s'attendre à
une vie sans épreuves et sans
soucis. L'homme veut son paradis
sur terre alors que ce n'est pas le
moment, il doit donc apprendre la
patience et supporter les épreuves :
"Mais si vous êtes endurants et
pieux... voilà bien la meilleure
résolution à prendre." (3.186).
II. La dépression
1. Définition de la dépression
Le présentateur : Nous avons avec
nous le docteur Ahmed Abdel Aziz,
professeur de Psychologie à
l'Université des Emirats... Docteur,
en tant que professeur de
Psychologie, pouvez-vous nous
donner une définition de la
dépression et de ses éventuelles
complications et nous dire s'il s'agit
dans tous les cas d'une maladie ?
Docteur Ahmed : Toute personne,
qu'elle soit riche, pauvre, instruite
ou non, jeune ou âgée, est
concernée par ce problème. La
problématique essentielle dans
cette question est que plus nous
réfléchissons à ce sujet et plus nous
constatons que les conclusions
auxquelles nous arrivons sont en
contradiction avec la réalité dans
laquelle nous vivons. Beaucoup [de
psychologues] ont défini la
dépression comme étant un état
mental amenant le sujet à réfléchir
et à voir les choses de manière
négative. Nous savons que la raison
est influencée par l'affectif et est
intimement liée à celui-ci. Plus
l'affectif est positif, dans le cas des
sentiments amoureux par exemple,
plus la personne perd de sa faculté
à analyser les choses de manière
objective.
Les symptômes de la dépression
sont : fatigue inexpliquée, troubles
de sommeil, hypersensibilité et
susceptibilité accrue : le dépressif a
tendance à donner de l'importance
aux choses qui n'en ont pas. Il y a
d'autres symptômes comme les
maux de tête, perte de l'envie de
s'adonner à ses activités
habituelles, difficulté de
concentration, sentiment d'être
inutile, envie de vengeance et
sentiment d'inquiétude. En fait cette
maladie a beaucoup de
symptômes...
2. Y a-t-il un âge propice à la
dépression ?
Le présentateur : Y a-t-il un âge où
la dépression est plus fréquente ou
concerne-t-elle toutes les tranches
d'âge ?
Docteur Ahmed : Le sujet n'a en fait,
aucun rapport avec une tranche
d'âge donnée, le jeune peut être
dépressif tout comme le moins
jeune. La dépression se manifeste
lorsqu'un ensemble de conditions
est réuni. Evidemment il n y'a pas
de profil-type du dépressif puisque
cette maladie peut toucher aussi
bien une personne normale qu'une
personne à forte ou à faible
personnalité. Lorsqu'une personne
est face à un problème elle regarde
si elle a les possibilités de résoudre
ce problème ou non. Souvent
lorsqu'elle n'a pas les moyens de
résoudre ce problème, elle se sent
impuissante et au bout d'un certain
moment elle peut devenir
dépressive. On peut parler ici des
problèmes que ressentent certaines
personnes du fait de l'éloignement
de la religion, problèmes liés à la
faiblesse de la Communauté Arabe
et Islamique et notamment la perte
de personnalité que ressent le
Musulman aujourd'hui... Tout cela
conduit à beaucoup de problèmes :
problème liés l'extrémisme religieux,
à une mauvaise compréhension des
préceptes religieux, aux jugements
portés sur les changements
politiques, sociaux ou religieux...
3. Avis du Sheikh Professeur
Docteur Youssouf El Qardawi
Cheikh El Qardawi : Merci docteur
Ahmed, tout cela est très
intéressant... Toute personne triste
n'est pas forcément malade car la
tristesse est naturelle tout comme la
joie. Mais celui qui est triste sans
raison ou dont la tristesse dure
longtemps est considéré comme
dépressif. Le prophète Yacoub as
sentit une immense tristesse
lorsqu'il fut privé de son fils
Youssouf :
"Il dit : ‹Je ne me plains qu'à Allah
de mon déchirement et de mon
chagrin. Et, je sais de la part d'Allah,
ce que vous ne savez pas." (12.86)
mais malgré cela il n'a jamais perdu
l'espoir de revoir un jour son fils :
"Ô mes fils ! Partez et enquérez-
vous de Joseph et de son frère.
Et ne désespérez pas de la
miséricorde d'Allah. Ce sont
seulement les gens mécréants
qui désespèrent de la miséricorde
d'Allah› ." (12.87).
Cet espoir adoucit la tristesse et la
Foi est le meilleur des traitements
dans ces cas. Le croyant, lorsque
sa Foi est forte, prend les choses de
manière positive et il sait qu'une
situation ne peut perdurer, les jours
se succèdent ainsi, un jour avec et
un jour sans :
"5. A côté de la difficulté est, certes,
une facilité ! 6. A côté de la difficulté,
est certes, une facilité !" (94).
Lorsque le croyant sait que les
choses sont en perpétuel
changement cela lui donne la force
de faire face à ses problèmes.
Omar ra nous a enseigné comment
supporter les épreuves lorsqu'il dit :
"A chaque fois que je traverse une
épreuve je me rappelle qu'Allah swt
m'a donné quatre bienfaits : le
premier est que cette épreuve ne
concerne pas ma religion et toute
épreuve concernant cette vie est
dérisoire comme le dit le
Prophète :saws: :
"Qu 'Allah swt fasse que nos
épreuves ne concernent pas notre
religion" , le second est que cette
épreuve aurait pu être pire car à
toute épreuve correspond une
épreuve encore plus grande, le
troisième est que je l'accepte..., et
le quatrième est que j'espère la
récompense d'Allah swt."
Un homme pieux fût un jour blessé
gravement à la jambe et on le vit
souriant et heureux malgré cela, on
lui demanda pourquoi et il répondit :
"la douceur de la récompense
m'a fait oublier la douleur de la
blessure".
Ourwa Ibn Zoubeir était un savant à
l'époque de nos pieux
prédécesseurs, il fit face à deux
terribles épreuves en un seul jour :
les médecins lui ont dit que sa
jambe devra être coupée car le mal
qui l'a atteint risque de le tuer, et on
lui apprit au même moment que son
fils est mort après un accident de
cheval.
Il regarda alors sa jambe malade et
sa jambe saine et dit : "Ô Allah, si tu
as éprouvé tu as aussi épargné" et il
regarda ses fils encore en vie et dit :
"Ô Allah si tu as pris tu as aussi
donné". Certains regardent ce qu'ils
ont perdu et ne voient pas tous les
bienfaits dont ils jouissent encore...
le croyant lui regarde ces bienfaits
et en remercie le Tout-Puissant.
III. Questions diverses
1. Est-ce que les invocations
d'une mère en colère sont
exaucées ?
Question d'une téléspectatrice de
Libye : Parfois je ressens une
profonde déprime lorsque ma mère
se met en colère, souvent pour des
raisons futiles comme le rangement
et le ménage dans la maison, et elle
demande à Allah swt de m'éprouver
par des maladies comme le cancer
ou de me donner un mauvais mari
qui ne prie pas et ne fais pas le
ramadan et une mauvaise
descendance. Je voudrais savoir si
ces invocations d'une mère en
colère sont exaucées sachant que
je fais tout pour la calmer et lui
obéir.
Cheikh El Qardawi : Je remercie
notre fille pour sa question. La
dépression atteint l'homme pour
des raisons dont certaines sont liées
à la personne elle-même et ce
genre de dépression est le plus
grave et aussi le plus répandu dans
la civilisation matérialiste
occidentale et c'est ce qu'ils (les
occidentaux) appellent "les
maladies du progrès", la
dépression nerveuse et le
désespoir qui conduit parfois au
suicide.
Dans ces pays plus riches le taux
de suicide est le plus élevé. Parmi
ces pays la Suède, par exemple, où
le niveau de vie est très élevé et la
sécurité sociale y est très
développée et malgré cela le taux
de suicide y est très élevé, une
personne s'y suicide à la moindre
épreuve : lorsqu'elle échoue à un
examen, lorsque sa relation
amoureuse se termine ou lorsque
son commerce décline. Chez nous
c'est la Foi qui nous empêche
d'arriver à de telles extrémités. Les
raisons de la dépression sont aussi
liées aux relations de l'individu avec
la société. L'homme influence la
société et subit l'influence de celle-ci
et certaines personnes sont plus
sensibles que d'autres. Il y a des
personnes qui sont peu sensibles et
il y en a d'autres comme la sœur
(qui a posé la question) qui déprime
à chaque fois que sa mère se met
en colère. Les enfants sont tenus
d'obéir à leurs parents et à leur
mère en particulier, comme nous
l'enseigne le Saint Coran :
"Et Nous avons enjoint à l'homme
de la bonté envers ses père et
mère : sa mère l'a péniblement
porté et en a péniblement
accouché ; et sa gestation et
sevrage durant trente mois"
(46.15)
et le hadith authentique connu où le
Prophète saws: nous dit d'obéir à
nos parents en répétant cet ordre
trois fois en ce qui concerne la
mère. Même si la fille doit obéir à sa
mère, celle-ci ne doit pas faire des
invocations contre elle car le
Prophète :saws: a dit
"Ne faites pas des invocations
contre vos enfants, contre vous-
même ou contre vos serviteurs
car vous pourriez être exaucés."
Ces invocations peuvent donc être
exaucées. Une personne ne doit
pas faire des invocations contre
elle-même, en cas de colère par
exemple, comme le dit le Saint
Coran :
"L'homme appelle le mal comme
il appelle le bien, car l'homme est
très hâtif. " (17.11).
Il semble que la mère de cette
personne est nerveuse et a un fort
caractère, elle s'énerve pour des
raisons futiles et fais des
invocations pour que sa fille soit
atteinte de maladies très graves ou
qu'elle ait un mauvais mari et une
mauvaise descendance. Elle (la
mère) ne doit pas faire de telles
choses mais la fille doit faire preuve
de patience et de douceur avec sa
mère car Allah swt dit dans la Saint
Coran :
"Et si tous deux te forcent à
M'associer ce dont tu n'as
aucune connaissance, alors ne
leur obéis pas ; mais reste avec
eux ici-bas de façon convenable."
(31.15), donc il faut rester patient
avec ses parents même si ceux-ci
demandent à leur enfant d'être un
Associateur !
Elle doit donc traiter sa mère avec
douceur et gentillesse même si
celle-ci se met en colère et fait des
invocations contre elle. Cette mère
fait peut-être partie des gens dont la
volonté n'est plus entière lorsqu'ils
se mettent en colère et c'est pour
cela que certains savants disent que
le divorce prononcé dans la colère
n'est pas valide. Nous conseillons
donc à notre fille de pardonner à sa
mère et de lui dire lorsqu'elle se
calme :
"ma mère, ne fais pas des
invocations contre moi parce que je
sais que tu ne veux pas que de
telles choses m'arrivent". En effet
une mère ne peut vouloir que de
tels malheurs frappent ses propres
enfants... seule la colère et le
caractère marqué sont à l'origine de
cela.
2. Des invocations utiles en cas
de dépression
Question d'un téléspectateur de
Taif : 1. Y a-t-il des invocations que
le Prophète saws ou les
Compagnons ra faisaient en cas de
tristesse ?
Cheikh El Qardawi : La question est
très importante. Il s'agit des
invocations que doit faire le
Musulman lorsque les soucis et les
problèmes l'accablent. Nous avons
un ensemble d'invocations qui sont
l'arme du Musulman avec laquelle
il combat les soucis. Ces
invocations ont été rassemblées par
l'Imam Ibn ElQayyim dans son
ouvrage "Zadoul Miaad" et dans
les deux Authentiques (Boukhari et
Mouslim) il est dit que le Prophète
:saws: disait dans ces cas :

"La ilaha illa Allah el Aliim el


Haliim, la ilaha illa Allah rabboul
archi el Kariim, La ilaha illa Allah
rabbou samawaati assab' wa
rabboul ardh wa rabboul archi el
Adhiim" (*).
Il y a aussi l'invocation de Dhou
Noun as :
"87. Et Dhou-Noun (Jonas) quand
il partit, irrité. Il pensa que Nous
N'allions pas l'éprouver. Puis il fit,
dans les ténèbres, l'appel que voici :
‹Pas de divinité à part Toi ! Pureté à
Toi ! J'ai été vraiment du nombre
des injustes›. 88. Nous l'exauçâmes
et le sauvâmes de son angoisse. Et
c'est ainsi que Nous sauvons les
croyants." (21).
Il y a aussi l'invocation que le
Prophète :saws: a enseigné à sa
fille Fatima ra :
"Allahoumma rahmataka arjou
fela tekilni ila nefsi tarafata aïn wa
aslih li chaani koullahou la ilaha
illa anta ya hayyou ya qayyoum
birahmatika astaqiith"
et celle que la Prophète :saws: a
enseigné à Abou Oumama ra :
"Allahoumma inni aoudhou bika
minal hammi wal hazan wa
aoudhou bika minal ajzi wal
kassal wa aoudhou bika minal
joubni wal boukhl wa aoudhou
bika min qalabati dayni wa qahri
rijaal" .
Il y a aussi l'invocation rapportée
par Ibn Massoud ra :
"Allahoumma inni abdouka ibnou
abdika ibnou amatika naassiyati
bi yadika madhin fiyya hikmouka
adloun fi qadhaaika asalouka
bikoulli ismin houwwa laka
sammaita bihi nafsaka aw
anzaltahou fi kitabika aw
allamtahou ahadan min khalqika
aw istaatharta bihi fi ilmil qaybi
indaka an tajaalal quraana rabiaa
qalbi wa noura sadri wa jalaa
houzni wa dhahaba hammi wa
qammi".
A propos de cette dernière
invocation, le Prophète saws: avait
dit :
"Quiconque fait cette invocation,
Allah swt transforme sa tristesse
en joie" .
Il y a aussi "Allahou rabbi wala
ouchrikou bihi chaiaan" et les
invocations de repentir...
Je conseille aux frères et sœurs de
lire le livre "Zadoul Miaad" de l'Imam
Ibn ElQayyim où ils trouveront des
invocations dans le domaine de la
médecine et dans celui qui nous
concerne ici, ces invocations
rendent les personnes plus fortes
car ils se réfugient auprès du Tout-
Puissant swt.
3. La peur du Jour du Jugement
Dernier
Le présentateur : une question nous
est parvenue par fax d'un jeune
homme qui dit : "j'ai treize ans et je
suis en première année du collège
(septième). Mon problème est qu'à
chaque fois que je pense au Jour du
Jugement Dernier je ressens de la
peur et de la tristesse malgré le fait
que je fais toutes mes prières et que
je remplis mes devoirs religieux.
Comment expliquez-vous cela ?"
Cheikh El Qardawi : la crainte
d'Allah swt et du Jour du Jugement
Dernier est un devoir :
"Et craignez le jour où vous serez
ramenés vers Allah. Alors chaque
âme sera pleinement rétribuée de
ce qu'elle aura acquis. Et ils ne
seront point lésés." (2.281) et les
pieux disent :
"Nous redoutons, de notre
Seigneur, un jour terrible et
catastrophique› ." (76.10).
La crainte du Jour du Jugement
Dernier, du Paradis et de l'Enfer est
donc obligatoire mais à condition
que cela ne se transforme pas en
une peur maladive. Un père de
famille m'a raconté que sa fille, très
jeune, a écouté une cassette sur les
tourments de la tombe et c'était
effrayant : des serpents de la taille
d'éléphants, des scorpions
monstrueux,...
Certains utilisent ce genre d'images
en se basant sur des Hadith faibles
ou faux et des légendes sans
fondement pour faire peur aux gens
d'une manière exagérée mais toute
chose qui dépasse le raisonnable
conduit à l'effet inverse de l'effet
désiré. Cela a conduit cette fillette à
se réveiller au milieu de la nuit,
effrayée et elle fut atteinte d'une
sorte d'hystérie et c'est pour cela
que nous conseillons aux prêcheurs
d'être prudents par rapport à cela
car le Coran maintient un équilibre
entre le fait de susciter la crainte et
le fait de susciter l'espoir :
"Le Pardonneur des péchés,
l'Accueillant au repentir, le Dur en
punition, le Détenteur des
faveurs." (40.3).
Nous conseillons à tous ceux qui
veulent parler du Jugement Dernier,
de la mort et de la tombe, de le faire
en suivant le Coran et en faisant un
équilibre entre crainte, récompense
et espoir de telle façon que la
crainte ne conduit pas à désespérer
du Pardon et que l'espoir ne conduit
pas à oublier le Châtiment.
Le présentateur : Donc le conseil
qu'on peut donner à ce jeune
homme est de se rappeler les
choses qui font craindre le Jour du
Jugement Dernier mais aussi de se
rappeler la Miséricorde d'Allah swt
et le Paradis ?
Cheikh El Qardawi : Qu'il se
rappelle la Miséricorde d'Allah swt et
que cette Miséricorde comprend
cent parts, une dans la vie terrestre
et quatre-vingt-dix-neuf le Jour du
Jugement Dernier.

4. En cas de non-traitement de la
dépression
Un téléspectateur de Tunisie : Que
se passera-t-il si une personne est
dépressive et qu'elle ne traite pas
cette dépression ?
Le présentateur : Certains
dépressifs lorsqu'ils n'arrivent pas à
régler leurs problèmes, s'adonnent
à des comportements illicites tels
que la consommation d'alcool et se
font ainsi du mal à cause de dettes
ou de tout autre souci...
Cheikh El Qardawi : Le traitement,
comme je l'ai dit, est la Foi :
"Ô les croyants ! Cherchez
secours dans l'endurance et la
Salat. Car Allah est avec ceux qui
sont endurants." (2.153).
La patience est la force de la
volonté renforcée par un certain
nombre de préceptes donnés par
l'Islam, pour faire face à ces
épreuves :
"...qui disent, quand un malheur
les atteint : ‹ Certes nous
sommes à Allah, et c'est à Lui
que nous retournerons› ." (2.156).
Comme disait Oum Selim ra
lorsque l'un de ses enfants tomba
malade et mourut et que son mari
Abu Talha ra vint lui demander des
nouvelles : "son âme est en paix et
j'espère qu'il se repose" Abu Talha
ra pensa qu'elle lui disait que son
fils était guéri. Le soir, après que les
époux eurent rempli leur devoir
conjugal, elle dit à son mari, Abu
Talha ra : "si des voisins nous
avaient confié un bien et qu'ils
viennent le réclamer..." Abu Talha ra
répondit "Evidemment nous le leur
rendons" et elle continua : "Allah swt
nous a confié notre fils et Il l'a
repris..." Abu Talha ra se mit en
colère car il n'avait pas compris que
leur fils était mort et se plaignit au
Prophète :saws:. Le Prophète saws:
fit les louanges d'Oum Selim ra et fit
des invocations pour ce couple et
Allah swt leur donna un enfant cette
même nuit, cet enfant fut le père
d'un célébré savant du Hadith,
Ishaq Ibn Abdallah Ibn Ebi Talha...
Le croyant dit :
"‹ Certes nous sommes à Allah, et
c'est à Lui que nous
retournerons› ." (2.156), c'est-à-
dire que nous retournerons à
Allah swt et Il nous récompensera
de nos actions. Le croyant doit
appliquer ces concepts
islamiques, la patience est la clé
de la vie terrestre et de l'Au-delà.
Ali ra dit un jour à un homme qui
vient de perdre son fils : "Si tu es
patient tu seras soumis au Destin en
étant récompensé et si tu n'es pas
patient tu seras soumis au Destin en
n'étant point récompensé" c'est-à-
dire que dans les deux cas rien ne
peut s'opposer à la volonté d'Allah
swt. La patience et la prière
permettent au croyant de surmonter
ses soucis.
Le Prophète saws: trouvait dans la
prière une aide pour faire face aux
soucis de cette vie. La personne
dépressive ne doit pas s'isoler car
c'est auprès des autres croyants
qu'elle trouvera le soutien et
retrouvera grâce à eux le sourire en
faisant le bien autour d'elle et en
participant aux activités de la
Communauté. La solitude est
déconseillée dans ce genre de cas.
Le croyant doit se soigner, il y a des
choses qui sont à sa portée et
d’autres hors de sa portée :
"Allah n'impose à aucune âme
une charge supérieure à sa
capacité." (2.286).

5. Comment était la tristesse du


Prophète saws: ?
Téléspectateur d'Amman
(Jordanie) : J'ai lu dans le livre
d'Ahmed Ibn Hanbal cet extrait :
"J'étais venu voir le Prophète saws:
et il avait l'air triste". Comment était
la tristesse du Prophète saws: ?
Nous savons qu'il était triste lors de
la mort de son fils Ibrahim...
Cheikh El Qardawi : Les prophètes
aussi connaissent la tristesse tout
comme le commun des mortels.
Nous avons déjà évoqué la tristesse
du prophète Yacoub as. Le
Prophète saws: est un homme qui
connait la joie et la tristesse comme
tous les hommes. Lors de la mort de
son oncle Hamza et de ses autres
compagnons morts à la bataille
d'Ouhoud, le Prophète saws:
ressentit de la tristesse et du
chagrin :
"Ne vous laissez pas battre, ne
vous affligez pas alors que vous
êtes les supérieurs, si vous êtes
de vrais croyants." (3.139), tout
comme à la mort de son fils
Ibrahim où il dit :
"Les yeux se remplissent de
larmes, le cœur de tristesse et
nous ne disons que ce qu'agrée
notre Seigneur. Nous sommes
tristes parce que tu nous a quitté,
Ô Ibrahim".
Ceci est le signe du croyant : "Nous
ne disons que ce qu'agrée notre
Seigneur" .
La tristesse est quelque chose de
naturel. A la mort de sa petite-fille,
des larmes coulèrent des yeux du
Prophète saws: et quelqu'un lui dit
"Ô Messager de Dieu, tu nous avait
recommandé de ne pas pleurer" et
le Prophète saws: répondit : "Ceci
est de la compassion et Allah swt
est miséricordieux avec ses
serviteurs qui éprouvent de la
compassion".
La tristesse et la compassion sont
naturelles mais il ne faut pas se
laisser submerger par ces
sentiments car cela risque de
conduire à un état maladif et c'est
de cela qu'Allah swt a protégé son
Messager :saws: :
"Dis : ‹[Ceci provient] de la grâce
d'Allah et de sa miséricorde ; Voilà
de quoi ils devraient se réjouir. C'est
bien mieux que tout ce qu'ils
amassent›." (10.58).

Allah est le Plus Savant..!


____________

-Notes
Note du traducteur : les quelques
invocations (doua') n'ont pas été
traduits mais juste transcrits en
phonétique.
1. swt = Soubhanahou Wa Taala
2. saws = Salla Allahou alaihi Wa
Sallam
3. as = Aleihi esSalam
4. Ra = Radhia Allahou anhou /
Radhia Allahou anha

Le remède du cœur pour une


Prière exaucée

Croire en Allah (qu’Il soit glorifié et


exalté) n’a de sens que si le désir
de Le glorifier et que les sentiments
de crainte et d’espérance, de
révérence et d’humiliation face à
une telle Grandeur, devant tant
d’imperfections humaines, sont
présents. Il suffit d’éprouver une
seule fois de tels sentiments, que
chaque croyant ressente aussi
fortement que ses convictions le
sont, pour qu’ils restent à jamais
dans le cœur, sauf de temps à
autre, à l’occasion d’une prière par
exemple, où le cœur et le désir de
se confier à Allah (qu’Il soit glorifié
et exalté) sont absents, et l’attention
retenue par des idées impromptues
imprévues inattendues. Le croyant
ne peut être détourné de sa prière
autrement. Seules des idées
impromptues réussissant à fixer son
esprit y parviennent. Aussi,
l’absence du cœur ne peut être
guérie qu’en éliminant de telles
pensées. Ce qui nécessite d’en
étudier les causes, toutes origines
confondues, qu’elles soient de
nature intérieure ou extérieure.
Les causes extérieures se
rapportent à ce qui attire les sens et
l’attention au point que des pensées
naissent l’une après l’autre jusqu’à
accaparer ainsi l’esprit. Ces causes
n’agissent pas sur tout le monde.
Ceux qui éprouvent un grand désir
de prier et qui accordent une grande
importance à la prière échappent à
leur emprise.
Pour les autres, le remède est de
baisser le regard, de prier dans des
pièces obscures, de garder les
mains libres, de se rapprocher des
murs avoisinants pour réduire le
champ de vision, et d’éviter de prier
dans les rues ou dans les endroits
dont les décors sont susceptibles de
retenir l’attention. C’est d’ailleurs la
raison pour laquelle des dévots
adoraient Allah (qu’Il soit glorifié et
exalté) dans des petites pièces
obscures juste assez grandes pour
se prosterner, tandis que d’autres,
plus forts, se rendaient à la
mosquée le regard baissé, où ils
priaient sans rien voir d’autre que
l’endroit où ils se prosternaient, car
la plénitude de la prière nécessitait
selon eux de ne pas savoir qui se
trouvait à leur gauche ou à leur
droite. Dans le même ordre d’idées,
Ibn ‘Umar (qu’Allah les agrée)
enlevait toute épée, tout livre, et tout
écrit du lieu où il voulait prier.
Quant aux causes internes, il est
plus difficile de les circonscrire.
L’homme emporté par
l’enchevêtrement des
préoccupations de ce monde à
l’esprit qui virevolte sans arrêt d’un
sujet à l’autre. Baisser le regard ne
lui permettra pas de se consacrer à
sa seule prière. Les pensées qui
foisonnent en lui suffisent pour que
son esprit s’envole. Il n’a qu’un seul
moyen pour figer le mouvement de
sa pensée, celui de s’appliquer pour
comprendre les paroles récitées lors
de la prière. Il occupera ainsi son
esprit, et l’empêchera ce faisant de
songer à autre chose que la prière.
Penser à La Vie Future, à la prière
en tant qu’échange secret entre le
serviteur et son Bien-Aimé (qu’Il soit
glorifié et exalté), à la gravité du
moment où la créature s’apprêtera à
se présenter face à son Seigneur
(qu’Il soit glorifié et exalté), avec
une peur terrible du Jour de la
Résurrection qui se rapproche,
l’aidera aussi à éloigner son cœur
de tout ce qui ne relève pas du but.
Il se doit aussi de vider son cœur de
tout ce qui n’est pas Allah (qu’Il soit
glorifié et exalté) comme il se doit
pareillement de ne laisser que la
prière accaparer son esprit. C’est de
la sorte que l’on remédie à
l’agitation de la pensée. Le
Prophète (que Le Salut et La Paix
d’Allah soient sur lui) a dit une fois à
‘Uthmân Ibn Shaybah (qu’Allah
l’agrée) : « J’ai oublié de te dire de
recouvrir la marmite qui est dans
la maison, car il ne doit rien
rester qui puisse laisser les gens
penser à autre chose qu’à la
prière. »

Si malgré tout cela, l’orant


agenouillé prosterné n’y parvient
pas, il ne lui restera d’autre remède
que l’éradication arrachage
extraction du mal à sa racine, en
considérant ce qui, de façon
récurrente répétitive récursive,
l’empêche de prier avec l’esprit
présent. Il se rendra compte alors
que ses tentations en sont la cause.
Il renoncera alors à celles-ci et
rompra avec tout ce qui les évoque,
en signe de repentir. Ce qui
détourne de la prière est ennemi de
la religion comme toute force
satanique est ennemie du croyant.
Mieux vaut donc se séparer des
tentations et ne pas les retenir.
« Rendez-là à Abû Jahm », a dit
une fois Le Prophète en parlant de
la tunique brodée offerte par Abû
Jahm, un habit dans lequel Il venait
de prier, « et dites-lui de m’offrir à
la place un simple vêtement à lui,
car le fait de porter cette tunique
m’a empêché de prier avec toute
mon attention. »
Une autre fois, il avait demandé de
remettre d’anciennes sangles à ses
sandales après en avoir fait posées
de nouvelles. Il s’était surpris à
admirer la beauté de celles-ci alors
qu’il était en pleine prière.
Un jour, juste après s’être rendu
compte que la vue de belles
sandales toutes neuves qu’il venait
de mettre l’avait absorbé, Il s’était
prosterné en disant : « J’ai fait le
vœu d’être humble devant Allah
afin de ne pas être l’objet de Sa
colère. » Il était ensuite sorti, les
avait offertes au premier
nécessiteux rencontré, et avait
demandé à ‘Alî Ibn Abî Tâlib
(qu’Allah l’agrée) d’aller lui acheter
une paire toute simple.
En une autre occasion, de la chaire,
Le Prophète (que Le Salut et La
Paix d’Allah soient sur lui) jeta une
bague en or qu’il portait au doigt
(c’était à l’époque où l’interdiction de
porter de l’or n’avait pas encore été
instituée), en expliquant : « Sa vue
me captivait en vous regardant. »
Abû Talha (qu’Allah l’agrée) priait
dans un enclos lui appartenant
lorsqu’un oiseau sautant d’un arbre
à un autre captiva son esprit. Il en
oublia le nombre d’inclinaisons.
Après avoir relaté cet incident au
Prophète (que Le Salut et La Paix
d’Allah soient sur lui), il fit don de
l’enclos à la Communauté, en signe
de pénitence, à charge pour Le
Prophète (que Le Salut et La Paix
d’Allah soient sur lui) de l’attribuer à
qui Il voulait.
Un homme priait dans un enclos lui
appartenant où des palmiers
chargés de dattes faisait tellement
plaisir à voir qu’il en avait oublié le
nombre d’inclinaisons. Après avoir
consulté ‘Uthmân (qu’Allah l’agrée),
Il fit don de l’enclos à la
Communauté, à charge pour
‘Uthmân d’en user en vue d’Allah
(qu’Il soit glorifié et exalté). ‘Uthmân
le céda pour 50 000 dirhams.
Que plus aucune pensée ne vienne
les déranger dans leur prière et que
leurs négligences passées leur
soient pardonnées, tel est ce qu’ils
recherchaient en agissant de la
sorte. Il n’est de remède radical
que de s’attaquer à la racine du
mal.
Calmer l’effervescence de la pensée
en s’appliquant à comprendre les
formules remémorant le souvenir
d’Allah (qu’Il soit glorifié et exalté)
n’agit que sur ce qui touche
légèrement le cœur et non sur les
tentations fortes, qui elles,
continueront à attirer leur sujet et
vice-versa jusqu’à ce qu’elles le
gagnent entièrement. Un tel orant
sera alors comme l’homme qui veut
réfléchir tranquillement sous un
arbre où sifflent des oiseaux et qui
sans cesse les chasse sans jamais
parvenir à les empêcher de revenir,
dans un mouvement aussi incessant
qu’inutile. La seule solution s’il veut
la paix est d’abattre l’arbre des
tentations aux branches si ramifiées
et enchevêtrées que les pensées
voguent vers elles aussi vite que
des oiseaux vers des arbres et des
mouches vers des immondices.
Les pensées impromptues sont
aussi difficiles à chasser que les
mouches (adh dhuhâb), appelées
ainsi vu qu’à chaque fois qu’elles
sont repoussées elles reviennent.
Les tentations, qui sont aussi
nombreuses que le nombre de gens
qu’elles épargnent est réduit, ont
toutes comme origine l’amour de la
vie profane. C’est là la racine de
tout péché, le fondement de tout
manquement, et la cause de toute
dépravation. Succomber à l’amour
de ce monde jusqu’à oublier les
dévotions et le viatique aide
assistance soutien de la Vie Future
prive à jamais du bonheur de
dialoguer avec Le Bien-Aimé (qu’Il
soit glorifié et exalté). L’attention de
l’homme suit la prunelle de ses
yeux. Se trouverait-elle dans le
monde terrestre, l’attention s’y
trouvera, infailliblement. Pour
autant, ce n’est pas une raison pour
renoncer à la lutte
spirituelle (mujâhadah), aux efforts
pour rendre le cœur à la prière, en
le détournant de ce qui le captive
ailleurs.
Certes, le remède est amère, si
amère que les hommes y
répugnent. Le mal s’est répandu. Il
est devenu chronique. Même les
meilleurs ne peuvent plus accomplir
plus de deux inclinaisons sans se
soustraire aux pensées de ce
monde. Que dire donc des pauvres
et simples mortels que nous
sommes ! Il est vain de se faire des
illusions là-dessus. Au mieux, il
nous sera donné guère mieux
qu’une moitié, voire un tiers de
prière sans pensées lancinantes.
Nous faisons partie de ceux qui
mêlent leurs œuvres utiles à des
actes vains. Ce qui n’est déjà pas si
mal. En un mot, les centres d’intérêt
de la vie terrestre et ceux de la Vie
Future sont antinomiques contraires
opposées. Le développement des
uns ne peut se faire qu’au détriment
des autres. »

Source : Al Ihyâ ‘Ulûm Ud Dîn –


Revivification des Sciences de la
Religion de l’Imâm Abû Hâmid Al
Ghazâlî At Tûsî

La guérison des âmes et la


réforme des mauvaises mœurs
Sur la guérison des âmes et la
réforme des mauvaises mœurs

Le plaisir du discernement pour


l’intelligent, le plaisir du savoir pour
le savant, le plaisir de la sagesse
pour le sage, et celui de la dévotion
pour le dévoué à Allah – exalté soit-
Il – est plus grand que le plaisir de
la nourriture pour celui qui la
mange, du plaisir de la boisson pour
celui qui la boit, du plaisir de
l’accouplement, du plaisir du gain
pour un gagnant, du plaisir du jeu
pour un joueur et de celui de l’ordre
pour le donneur d’ordres.
La preuve en est : le sage,
l’intelligent, le savant et le dévoué
trouvent et éprouvent ces plaisirs
nommés comme le fait celui qui s’y
dépense et s’y active alors qu’ils y
ont renoncé et préféré la quête des
vertus. Seul celui qui a connu les
deux peut en juger et non celui qui a
connu l’un sans connaître l’autre.
Si tu cherches toutes choses, tu
perdras toutes choses car au bout
de ta pensée, tu verras disparaître
l’importance de la préparation pour
la vie future uniquement. Car tout
espoir que tu as, est voué au
chagrin, soit par sa dissipation ou
par ton abandon, la seule voie qu’il
y a, autre que ces deux chemins,
est celle du dévouement à Allah –
exalté soit-Il – car cela conduit
toujours au contentement dans la
vie présente et dans le futur. Dans
le présent : avoir peu d’intérêt pour
ce qui intéresse (1) les gens. Grâce
à cela, tu es respecté de ton ami
comme de ton ennemi. Dans le futur
: le Paradis.
Je me suis demandé s’il existait une
chose que tous les gens désirent et
recherchent d’une même façon, je
n’en ai trouvé qu’une seule : celle
de chasser les peines. Et quand je
l’ai examinée j’ai su que les gens
non seulement la désirent et la
recherchent de la même manière,
mais que tous, malgré la différence
de leurs désirs et leurs souhaits, de
leurs volontés et leurs
déterminations, ils n’agissent que
dans le but de chasser les peines.
Ils ne prononcent rien d’autres,
uniquement les souffrances dont ils
souhaitent se débarrasser. Il y en a
de ceux qui se trompent de voie,
ceux qui commettent des erreurs et
ceux qui suivent la bonne voie ;
ceux-ci sont les moins nombreux.
Chasser les peines est un principe
que toutes les communautés ont
convenu depuis le jour où Allah –
exalté soit-Il – a crée le monde et ce
jusqu’à la fin du monde du
commencement qui sera suivi par le
monde où l’on rendra des comptes.
Ce dernier devant être l’unique but
de leurs efforts.
Il existe des gens qui ne le
souhaitent pas dans la mesure où il
y a des gens qui n’ont pas de
religion, ils ne se préparent donc
pas à la vie future. Il y a des gens
du mal qui ne veulent ni bien, ni
sécurité, ni justice, et d’autres qui
préfèrent l’engourdissement de
l’esprit à la célébrité.
Il existe des gens qui ne veulent pas
la richesse et qui préfère ne pas en
avoir comme plusieurs prophètes,
que la paix d’Allah soit sur eux, et
ceux qui les ont suivi parmi les
ascètes et les philosophes.
Il y a également des gens de nature
à mépriser les plaisirs et qui n’ont
pas de respect pour ceux qui les
recherchent, comme ceux que l’on a
mentionnés qui préfèrent perdre
l’argent que d’en gagner et il y a des
gens qui préfèrent l’ignorance au
savoir et cela est l’apanage de
beaucoup d’entre les hommes.
Ce sont là, les seuls objets de désir
des gens, et il n’existe pas dans ce
monde – depuis sa création jusqu’à
la fin – quelqu’un qui désire les
peines et qui ne veuille s’en
débarrasser.
Quand j’ai bien acquis cette
excellente connaissance, que j’ai
découvert ce secret extraordinaire.
Quand Allah m’a illuminé la pensée
par ce grand trésor, j’ai cherché un
moyen de parvenir à la vérité sur la
façon de se débarrasser des peines,
précieux objet de désir de tout le
genre humain ; de l’ignorant comme
du savant, du bon comme du
mauvais, auquel tous prétendent, je
n’ai guère trouvé de moyen autre
que de s’adresser à Allah – exalté
soit-Il – et de se préparer pour la vie
future.
Certes, ceux qui sont à la recherche
de l’argent le font dans le but de se
débarrasser de la pauvreté, ceux
qui sont en quête de célébrité le font
afin d’éviter l’arrogance des autres,
ceux en quête de plaisir le font afin
d’éviter la peine de ne pas les avoir,
ceux en quête de savoir le font afin
de se débarrasser de la peine et de
l’ignorance, et ceux qui sont à la
recherche de nouvelles et de
discussions le font afin de chasser
la peine de la solitude et de la
méconnaissance des nouvelles des
gens.
Les gens mangent, boivent, se
marient, s’habillent, jouent, se
reposent, montent (une monture),
marchent, et se disent adieu pour
ne pas éprouver de manque à ce
sujet et chasser toutes leurs peines.
Tout ce qu’on a évoqué – pour ceux
qui méditent – sont des peines qui
arrivent, s’illustrant aux travers de
divers symptômes, elles se
compliquent ou disparaissent ou
persistent quand il s’agit de certains
fléaux, s’avèrent impossible à faire
disparaître pour certains fléaux, en
découlent aussi de bien mauvaises
conséquences telles que la peur
d’un concurrent, la trahison d’un
envieux, le détournement d’un
désireux, ou bien la charge de
blâmes ou de péchés.
J’ai trouvé que la préparation pour
la vie future est parfaite, infaillible.
Elle conduit à se débarrasser
véritablement des peines. J’ai
notamment découvert que celui qui
travaille pour préparer la vie future,
s’il passe par une épreuve sur sa
voie, ne s’en préoccupe pas mais
s’en réjouit, car son espérance de la
rétribution dans sa quête est dans la
réalisation de sa fin.
S’il rencontre une entrave sur son
chemin, il ne s’en soucie pas et il
n’est pas à blâmer pour cela. Cela
n’influence pas sa quête. J’ai
observé la réjouissance lors d’un
malheur et même s’il se fatigue
dans sa quête, il reste dans une joie
continue, contrairement aux autres.
Sache donc que l’ultime désir est de
chasser les peines et que le seul
chemin pour y parvenir est d’agir
pour l’agrément d’Allah – exalté soit-
Il – car tout autre chose n’est
qu’égarement et absurdité.
Ne fais d’efforts que pour ce qui
dépasse ce but pour satisfaire Allah
– exalté soit-Il – par l’appel à Lui,
par la protection des choses
sacrées, par la lutte contre
l’humiliation que ton Créateur –
exalté soit-Il – ne t’as pas imposée
et en faisant triompher les victimes
d’injustice.
Celui qui se prépare pour la vie
future échange sa vie comme le fait
celui qui vend des rubis contre des
cailloux, celui qui n’a pas de religion
n’a pas de grandeur d’âme et le
sage n’accepte pas de prix pour son
âme autre que le Paradis.
Le diable tend le piège de
l’hypocrisie car on peut s’abstenir de
faire du bien par peur d’être
considéré comme un hypocrite.
Une porte magnifique parmi les
portes de la sagesse et de la
quiétude est celle qui consiste à
arrêter d’accorder de l’attention aux
paroles des gens et à prêter
attention aux paroles d’Allah –
exalté soit-Il – c’est même la
meilleure porte de la sagesse et de
la quiétude, certes celui qui croit
pouvoir échapper aux critiques des
gens est dément. Celui qui médite
et s’efforce d’admettre les vérités
causant à priori un choix, est plus
content des critiques des gens que
de leurs éloges. Car ces dernières,
si elles sont méritées et qu’il en
prend connaissance, il en devient
orgueilleux, ce qui corrompt ses
vertus. Si elles ne le sont pas et qu’il
en prend connaissance avec
satisfaction, il se félicite donc d’un
mensonge, ce qui est un grand
défaut.
Quant aux critiques des gens : si
elles sont justifiées et qu’il en prend
connaissance, ceci est
probablement un moyen d’éviter ce
qu’on lui reproche, ce qui est une
grande chance que seule une
personne non sage peut refuser. Et
si elles ne le sont pas et qu’il en
prend connaissance : qu’il fasse
preuve d’endurance, il en acquerra
le bienfait de la patience et de la
magnanimité ; il est malgré cela
gagnant car il est rétribué pour les
critiques injustifiées qu’il a subies
dans l’au-delà au moment où l’on
rendra des comptes, quand il aura
le plus grand besoin de salut et ce,
grâce à des actes qui ne lui ont pas
coûté ni demandé d’efforts. Ceci est
une grande chance à laquelle seul
un non sage peut renoncer.
Toutefois, s’il ne prend pas
connaissance des éloges des gens,
alors leurs paroles ou leur silence
n’aura pas de conséquence pour lui.
Cela n’est pas le cas des critiques
car il en est rétribué dans tous les
cas, même s’il n’en prend pas
connaissance.
Et si le Prophète, que les
bénédictions d’Allah et la paix soient
sur lui, n’avait pas dit au sujet des
bonnes éloges : « Cela est une
prompte et bonne annonce au
croyant » (2), il aurait été
raisonnable de souhaiter les
critiques injustifiées plus que les
méritées, mais ce propos du
Prophète, que les bénédictions
d’Allah et la paix soient sur lui,
montre que la bonne annonce vient
suite à ce qui est juste et non à ce
qui est faux, car la bonne annonce
est due aux qualités de celui qui
reçoit les éloges et non à l’éloge
proprement dite.
La différence entre les vertus et les
vices, les actes d’obéissance et les
péchés n’est autres que la répulsion
ou l’attrait pour l’un ou l’autre.
Chanceux est celui enclin aux
vertus et aux actes d’obéissance à
Allah – exalté soit-Il –. N’oublions
pas que cette répulsion ou cet attrait
vient de la volonté et de la
protection d’Allah – exalté soit-Il –.
Celui qui cherche à être gagnant
dans l’au-delà prend exemple sur
les anges. Et celui qui recherche le
mal prend exemple sur les diables.
Celui qui est en quête de célébrité
et de pouvoir ressemble aux fauves.
Celui en quête des plaisirs
ressemble aux bêtes. Celui qui
recherche l’argent pour le plaisir de
sa possession et non pour le
dépenser suivant les obligations
(la Zakât) et les bonnes œuvres
(aumônes) n’est même pas
comparable à une bête. Celui-ci
ressemble aux ruisseaux se
trouvant dans les grottes non
accessibles dont aucun animal ne
profite.
Le sage ne se satisfait pas d’une
qualité dans laquelle le surpasse un
fauve, une bête ou un objet, mais il
se satisfait de la grande vertu dont
Allah – exalté soit-Il – l’a pourvu et
par laquelle Il l’a différencié des
fauves, des bêtes et des objets : le
discernement qu’il partage avec les
anges.
Celui qui se félicite de son courage
qu’il n’utilise pas pour obtenir
l’agrément d’Allah – exalté soit-Il –
qu’il sache que le tigre a plus de
courage qu’il n’en a et que le lion et
le loup sont plus audacieux que lui.
Celui qui se réjouit de sa force
physique doit savoir que la mule, le
taureau et l’éléphant sont plus forts
que lui. Celui qui se réjouit de son
aptitude à porter du poids lourd doit
savoir que l’âne a plus d’endurance.
Celui qui se félicite de sa vitesse en
course doit savoir que le chien et le
lièvre en course sont plus rapides
que lui. Et celui qui s’extasie de sa
belle voix doit savoir que beaucoup
d’oiseaux ont une meilleure voix et
que les sons des flûtes sont plus
mélodieux et plus agréables.
Quelle fierté et quelle joie trouvent-
ils donc, si les bêtes les surpassent.
Toutefois celui qui a du
discernement, de la connaissance
et qui a accompli les bons actes doit
s’en réjouir car dans ce cas, il n’y a
que les anges et des gens vertueux
qui le surpassent.
La parole d’Allah – exalté soit-Il –
qui dit :
« Et pour celui qui aura redouté de
comparaître devant son Seigneur, et
préservé son âme de la passion, le
Paradis sera alors son refuge »
(Sourate an Nâzi’at, les anges qui
arrachent les âmes, verset 41)
Ceci rassemble toutes les vertus,
car le fait que l’Homme défende à
son âme de suivre les passions,
consiste à brimer ses tempéraments
de colère et de désir car les deux
sont soumis à ses passions. Alors il
ne reste plus qu’à faire usage de
l’âme qui nous différencie des
bêtes, des insectes et des fauves,
pour faire preuve de discernement.
Le propos du Prophète, que les
bénédictions d’Allah et la paix soient
sur lui, a recommandé : « Ne te
mets pas en colère » (al Bukhari,
10/519), ce hadith a été apporté
comme suit : un homme a dit au
Prophète, que les bénédictions et la
paix d’Allah soient sur lui : «
Conseille-moi ». Il répondit : « Ne te
mets pas en colère ». Il répéta
plusieurs fois : « Ne te mets pas en
colère », et sa recommandation est
que l’on aime aux autres ce que l’on
aimerait pour soi-même (al Bukhari,
1/56) rapporté comme suit : « Vous
ne seriez pas croyants tant que
vous ne souhaitez pas aux autres
ce que vous vous souhaitez à vous-
mêmes ».
Ces hadiths réunissent toutes les
vertus, car son interdiction de se
mettre en colère défend à l’âme
coléreuse de suivre ses passions.
Et dans sa recommandation de
souhaiter aux autres ce que l’on
souhaite pour soi-même, une
interdiction à l’âme de suivre ses
désirs et une exhortation à l’équité,
ce qui prouve le bienfait du
discernement de l’âme consciente.
J’ai vu la plupart des gens – sauf
ceux qu’Allah – exalté soit-Il – a
préservé des péchés et qui sont peu
nombreux – se hâter de se causer
de la peine, de se fatiguer ici-bas et
de supporter le grand fardeau des
péchés les conduisant en enfer
dans l’au-delà, à cause de choses
dont ils ne peuvent tirer aucun
bénéfice telles que les mauvaises
intentions qu’ont ceux qui souhaitent
la ruine des gens, des faibles et des
innocents, et le plus grand malheur
à ceux qui les détestent.
Ceux-là savent pertinemment que
ces mauvaises intentions ne
réalisent point leurs souhaits. Et que
s’ils en avaient eu de meilleures et
de plus pures, ils auraient eu plus
de repos pouvant ainsi se consacrer
à leurs affaires et leurs intérêts. Ils
auraient alors été grandement
rétribués dans la vie future sans que
cela puisse retarder ou empêcher
ce qu’ils souhaitent.
Quelle mésestimation est plus
grande que cet état qu’on a
déconseillé ? Et quelle chance est
plus grande que celui auquel on a
appelé ?
Si tu médites la vie, tu réaliseras
qu’il s’agit seulement du présent, qui
est la cloison entre les deux temps,
mais ce qui est passé et ce qui n’est
pas encore arrivé sont inexistants
comme ce qui n’est pas. Il n’y a pas
plus égaré que celui qui échange ce
qui est éternel contre ce qui ne dure
que le temps d’un clin d’œil.
Quand on s’endort, on sort du
monde et on oublie toutes les joies
et les peines, si l’Homme s’habitue
donc à cela à son éveil également, il
serait complètement heureux. Celui
qui cause du mal à ses proches et
ses voisins est le moins bon parmi
eux. Celui qui punit ceux qui lui
causent du mal leur ressemble. Et
celui qui ne les châtie pas pour le
tort qu’ils lui ont causé est le
meilleur et le plus généreux parmi
eux.
_____________________________
____________________
(1) Ce qui intéresse les gens : c’est
à dire ce qui les tracasse et les
préoccupe, le croyant pour sa part
sait que ce qui lui arrive n’aurait pas
pu le rater et que ce qui l’a raté
n’aurait pas pu lui arriver, c’est ce
qu’Allah – exalté soit-Il – dit :
« Nul malheur n’atteint la terre ni
vos personnes, qui ne soit
enregistré dans un Livre avant que
Nous ne l’ayons créé ; et cela est
certes facile à Allah, afin que vous
ne vous tourmentiez pas au sujet de
ce qui vous a échappé, ni n’exultiez
pour ce qu’Il vous a donné. Et Allah
n’aime point tout présomptueux
plein de gloriole»
(Sourate al Hadîd, le Fer, versets 22
et 23)
(2) Rapporté par Muslim, 4/2034, et
relaté par lui comme suit : « On a dit
au Messager d’Allah, que les
bénédictions et la paix soient sur
lui : « Vois-tu l’homme qui fait le
bien et que les gens le louent pour
ce bien ? Il répondit : « Cela est la
prompte et bonne annonce au
croyant ».
Thérapie de l’âme : par Ibn Hazm
al Andalusi

L’épreuve est un bienfait d’Allah

Par l’Imâm Al Qâdhî ‘Iyâdh


Le spécialiste du hadîth Al Qâdî Abû
‘Alî Al Hâfiz nous a rapporté d’après
une chaîne de transmetteurs
remontant jusqu’à Mus‘ab Ibn Sa‘d
que son père -qu’Allah les agrée- a
dit : « J’ai dit : Ô Messager
d’Allâh ! Quel est l’homme le plus
éprouvé ? »
Il (saws) me répondit : « Ce sont
d’abord les Prophètes, puis
viennent ensuite les hommes
vertueux, les uns après les autres
dans un ordre dégressif. Chaque
homme est éprouvé selon le
degré de sa foi, et les épreuves
ne quittent pas le serviteur
jusqu’à ce qu’il marche sur la
terre sans avoir le moindre
péché. »
Ceci est en conformité à la Parole
Divine :
« 146. Combien de prophètes ont
combattu, en compagnie de
beaucoup de disciples, ceux-ci ne
fléchirent pas à cause de ce qui
les atteignit dans le sentier
d’Allah. Ils ne faiblirent pas et ils
ne cédèrent point. Et Allah aime
les endurants.
147. Et ils n’eurent que cette
parole : “Seigneur, pardonne-
nous nos péchés ainsi que nos
excès dans nos comportements,
affermis nos pas et donne-nous
la victoire sur les gens
mécréants”.
148. Allah, donc, leur donna la
récompense d’ici-bas, ainsi que
la belle récompense de l’au-delà.
Et Allah aime les gens
bienfaisants. »
[Sourate 3]
Et Abû Hurayrah -qu’Allâh l’agrée-
rapporta aussi : « Les épreuves ne
cessent d’accabler le croyant ou
la croyante dans sa personne,
ses enfants et ses biens jusqu’à
ce qu’il rencontre Allah sans
avoir le moindre péché sur son
compte. »
Anas -qu’Allâh l’agrée- rapporta
également que le Prophète -sallâ l-
Lahû ‘aleyhi wa sallam- a dit :
« Lorsqu’Allah veut du bien pour
Son serviteur, Il hâte pour lui le
châtiment dans le bas-monde, et
lorsqu’Allâh veut du mal à Son
serviteur, Il S’abstient de sévir
contre son péché jusqu’à ce qu’il
en réponde devant Lui au jour de
la résurrection. »
Il est dit dans un autre hadîth :
« Lorsqu’Allâh aime un serviteur,
Il l’éprouve pour entendre ses
implorations. »
[...]
Anas -qu’Allâh l’agrée- rapporta
quant à lui que le Prophète -sallâ l-
Lahû ‘aleyhi wa sallam- a dit :
« L’immensité de la récompense
accompagne la gravité des
épreuves. Et lorsqu’Allâh aime un
peuple, il l’éprouve. Celui qui en
est heureux bénéficiera alors de
Son agrément, tandis que celui
qui en est énervé n’obtiendra que
Son courroux. »
A ce titre, les commentateurs du
Qur’ân disent à propos de
l’interprétation de la Parole Divine :
« Quiconque fait le mal sera
rétribué en
conséquence »[1] qu’elle signifie
que le musulman est sanctionné par
les épreuves de ce bas-monde afin
qu’elles lui servent d’expiation. Et
c’est ce qu’on rapporta également
de la part de ‘Âïshah, Ubay [Ibn
Ka‘b] et Mujâhid -qu’Allâh les
agrée-.
De même, Abû Hurayrah -qu’Allâh
l’agrée- rapporta que le Prophète
-sallâ l-Lahû ‘aleyhi wa sallam- a
dit : « Allâh éprouve celui à qui Il
veut du bien. »
Et Il -sallâ l-Lahû ‘aleyhi wa sallam-
a dit aussi dans une autre version
rapporté d’après ‘Âïshah -qu’Allâh
l’agrée- : « Pour chaque malheur
dont le musulman est touché,
Allâh le purifie de ses péchés, et
ceci quand bien même il ne
s’agirait que d’une simple épine
qui le piquerait. »
Et il a dit aussi dans une version
rapportée par Abû Sa’îd [Al Khudrî]
-qu’Allâh l’agrée- : « Pour chaque
malheur qui frappe un musulman,
que ce soit une fatigue, une
maladie, un souci, une tristesse,
une nuisance ou une affliction, et
quand bien même il ne s’agirait
que d’une épine qui le piquerait,
Allâh le purifie de ses fautes. »
De même, il est dit dans un hadîth
rapporté par Ibn Mas‘ûd -qu’Allâh
l’agrée- : « Chaque fois qu’un
musulman est touché par une
épreuve, Allâh le débarrasse de
ses fautes. »
Il y a également une autre raison
derrière le fait qu’Allâh expose leurs
corps aux maladies puis les soumet
à la succession des douleurs et à
leur paroxysme au moment de la
mort. Ceci arrive afin d’affaiblir la
puissance de leurs âmes charnelles
(an nafs) et rendre leur extirpation
facile lors de l’agonie ; et également
afin de leur alléger les affres de la
mort suite à l’avancement de la
maladie, la faiblesse générale du
corps et de l’âme charnelle.
Ceci contrairement à la mort subite
telle qu’on peut la voir à travers la
diversité des états des mourants,
que ce soit dans la rigueur ou la
douceur, la difficulté ou la facilité. Le
Prophète -sallâ l-Lahû ‘aleyhi wa
sallam- a dit : « Le croyant est
semblable à l’herbe tendre que le
vent retourne dans tous les
sens. »
Et dans une autre version
rapportée par Abû Hurayrah
-qu’Allah l’agrée- : « Partout où le
vent lui vient, il la retourne.
Lorsque le vent cesse, elle se
redresse. Il en va de même pour
le croyant devant les épreuves.
Quant au mécréant, il est
semblable à l’arbre robuste qui
reste droit jusqu’à ce qu’Allâh le
brise. »
Cela signifie que le croyant
s’expose aux épreuves et aux
maladies tout en agréant les décrets
d’Allâh tout en restant doux et
aimable en raison de son
contentement [à l'égard du décret
d'Allâh] et de son éloignement de
toute révolte. Il est alors semblable
à l’herbe tendre exposée aux vents
et sa soumission à leur souffle.
Ainsi, lorsqu’Allâh débarrasse le
croyant des vents des épreuves et
qu’il se redresse en bonne santé, à
l’instar de l’herbe qui se redresse
après les intempéries, il rend grâce
à son Seigneur en reconnaissant
Ses bienfaits pour l’avoir débarrassé
de Ses épreuves et en espérant Sa
miséricorde et Sa récompense. Il ne
ressent ainsi aucune difficulté
devant la maladie puis l’arrivée de la
mort et ne subit pas ses affres, car il
est habitué aux douleurs et aux
souffrances. Il sait ce qu’elles
rapportent comme récompense,
tellement il a habitué son âme aux
épreuves et l’a rendu malléable et
obéissante face à la succession des
maladies et leur rigueur ;
contrairement au mécréant qui est
épargné dans la plupart des cas et
jouit de la bonne santé de son
corps, tout comme l’arbre robuste.
Ceci jusqu’à ce qu’Allâh veuille sa
perte, le brisant subitement, sans
prévenir, et le ravit soudainement
sans aucune indulgence ni
bienveillance.
Source : Kitâb Ush Shifâ’.
10 moyens de repousser le
châtiment du Feu

Ibn Taymiya -qu’Allah lui fasse


Miséricorde- a dit dans son fabuleux
livre : « Minhaj As-Sunna » ou « La
voie de la Sunna » :
« … Et certainement les péchés,
dans l’absolu, commis par n’importe
quel croyant, sont la cause du
châtiment. Mais ce châtiment par le
feu dans l’au-delà, pour ces péchés
commis, peut être repoussé par dix
moyens :
Le premier moyen :
Le repentir : La personne qui se
repent d’un péché peut être
assimilée à une personne qui n’a
commis aucun péché, et le repentir
est accepté pour tout péché :
l’impiété, le libertinage, la
désobéissance. Allah le Très-Haut a
dit :
« Dis à ceux qui ont mécru que
s’ils cessent, Il leur pardonne ce
qu’il ont pu faire »
(Sourate 8 : Verset 38)
Quant aux propos rapportés du
prophète -salallahu ‘alayhi wa
salam-, ils sont très nombreux et
connus.
Le deuxième moyen :
Demander l’absolution qui consiste
à implorer le pardon et qui est une
forme d’invocation et de requête. En
général, elle est toujours associée
au repentir et est exigée, bien
qu’une personne puisse se repentir
sans invoquer et invoquer sans se
repentir.
Le troisième moyen :
Les œuvres pieuses : Allah le Très-
Haut dit :
« Les bonnes œuvres effacent les
mauvaises »
(Sourate 11 : Verset 114)
Le prophète -salallahu ‘alayhi wa
salam- a donné les
recommandations suivantes à
Mu’adh Ibn Jabal -qu’Allah l’agrée- :
« Ô Mu’adh ! Où que tu sois,
crains Allah, et fais suivre une
mauvaise action par une bonne
action qui l’effacera. Et traite les
gens avec bonté ».
Le quatrième moyen :
L’invocation faites pour les
croyants : La prière mortuaire de
musulmans sur un mort et leurs
invocations en sa faveur sont un
moyen d’obtenir l’absolution, de
même que leurs invocations et leurs
demandes d’absolution en d’autres
circonstances que la prière
mortuaire.
Le cinquième moyen :
L’invocation faite par le prophète
-salallahu ‘alayhi wa salam- et sa
demande d’absolution de son vivant
ou après sa mort : comme par
exemple son intercession (chafa’a)
au Jour de la Résurrection.
Le sixième moyen :
Toute œuvre pieuse accomplie
(pour le défunt) après sa mort et qui
lui est dédiée : comme de faire
l’aumône pour lui ou d’accomplir le
pèlerinage ou de jeûner en son
nom. Il a été rapporté dans des
hadiths authentiques que ces
œuvres lui parviennent et lui sont
bénéfiques, et ce sans faire
référence aux invocations faites par
son enfant qui sont considérées
comme faisant partie des œuvres
du parent. Le Prophète -salallahu
‘alayhi wa salam- a dit :
« Lorsque le fils d’Adam décède,
ses œuvres sont stoppées à
l’exception de trois : une aumône
continue, ou une science utile, ou
un enfant pieux qui invoque en sa
faveur ». Rapporté par Muslim.
Son enfant fait partie de ses biens
et les invocations de son enfant lui
sont comptées comme si elles
étaient de ses œuvres.
Contrairement aux invocations
d’une personne autre que son
enfant, qui ne sont-elles pas
comptées comme faisant parties de
ses œuvres. Et Allah fait en sorte
qu’elles lui soient profitables.
Le septième moyen :
Les épreuves de la vie ici-bas par
lesquelles Allah expie les péchés :
comme il a été rapporté dans le
Sahih , le prophète -salallahu ‘alayhi
wa salam- a dit :
« Pour toute maladie, souffrance,
chagrin, affliction, tristesse ou
préjudice qui atteint un croyant,
ne serait-ce qu’une épine qui le
pique, Allah lui expie ses
péchés ».
Le huitième moyen :
Les épreuves que subit le croyant
dans sa tombe : la compression
dans sa tombe et l’épreuve des
deux anges.
Le neuvième :
Les angoisses de la terreur du Jour
de la Résurrection qu’il connaîtra
dans l’au-delà.
Le dixième moyen :
Ce qui est attesté dans les deux
Sahih : Les croyants, lorsqu’ils
passent sur le Sirat, parviennent à
un pont entre le Paradis et l’Enfer.
Ils se dédommageront mutuellement
de leurs offenses. Lorsqu’ils seront
épurés et nettoyés, on leur
autorisera l’entrée au Paradis.
Ces raisons ne peuvent toutes
échapper au croyant excepté un
tout petit nombre ».
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Ibn Taymiya -qu’Allah lui fasse
Miséricorde- dit également dans un
autre passage du livre :
« Et nous avons dit à plusieurs
reprises : qu’un homme pieux, pour
lequel on témoigne du Paradis peut
avoir commis des péchés pour
lesquels il s’est repenti, ou que ses
bonnes actions ont effacé, ou qu’ils
aient été expiés par les épreuves
qu’il a subi ou autre chose encore.
Le croyant, s’il commet un péché,
bénéficie de dix moyens pour
repousser le châtiment du Feu :
Trois viennent de lui, trois autres
d’autrui et quatre sont attribuées par
Allah :
- Le repentir, demander l’absolution
et les bonnes actions qui effacent
les péchés.
- Les invocations des croyants en sa
faveur, les œuvres pieuses qu’ils lui
dédient et l’intercession de notre
Prophète.
- Les épreuves d’ici-bas par
lesquelles Allah absout les péchés,
dans le Barzakh[1] , dans les
différentes étapes du Jour de la
Résurrection et l’absolution d’Allah
par Sa grâce et Sa miséricorde ».
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« Rabbanâ innanâ âmannâ
faghfir lanâ dhunûbanâ wa qinâ
‘adhâba n-nâr »
‫نرببنناَ إإبننناَ آنمبناَ نفاَرغإفرر نلنناَ نذننوُنبنناَ نوُإقنناَ نعنذاَ ن‬
‫ب اَلبناَإر‬
« Seigneur, nous avons cru ;
pardonne-nous nos péchés et
préserve-nous du châtiment
feu ! »
(Sourate 3 : Verset 16)
[1] Le Barzakh est la vie
intermédiaire entre les deux mondes
: entre la vie d’ici-bas et le Jour de
la Résurrection