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LES FONCTIONS

Définition : Une fonction est un rapport de dépendance à un autre élément, à l'intérieur d'une
phrase. Par exemple, un sujet est forcément « sujet du verbe ». En ce sens, l'apostrophe ne doit
pas être considérée comme une fonction, malgré une longue tradition (héritée du vocatif latin).

I - CLASSEMENTS

1) Trois types de fonctions

La nature du mot ou du groupe analysé est liée au type de fonction : nature et fonction ne
doivent pas être en contradiction. Par exemple, un adjectif ne peut pas être complément (pas de
COD du verbe être ! pas d'adjectif complément de manière !) ; un adverbe ne peut être sujet ou
complément d'objet (donc, rien n'est pas un adverbe, mais un pronom indéfini). On détermine
ainsi trois ensembles de fonctions :

Les fonctions nominales : sujet, complément d'objet, complément du nom ou de l'adjectif


(assumées par le groupe nominal, le nom propre, le pronom, mais aussi l'infinitif et, dans la
phrase complexe, les subordonnées conjonctives pures [avec que] ; les subordonnées
interrogatives et infinitives sont uniquement COD, bien qu'il existe quelques cas limites pour les
interrogatives).

Les fonctions adjectivales : épithète, apposé, attribut (assumées par un adjectif qualificatif,
ou un groupe à valeur adjectivale, mais aussi par la subordonnée relative). Tout élément dans
cette situation joue un rôle adjectival : il sert à qualifier, caractériser un élément de la réalité.

Les fonctions adverbiales : les compléments circonstanciels, ou essentiels, de lieu, temps,


manière, etc. (fonctions assumées par l'adverbe, mais aussi par un groupe nominal
prépositionnel, ou un gérondif ; subordonnées : les conjonctives circonstancielles, et les
participiales). Ce sont des fonctions où l'aspect sémantique est déterminant : elles apportent
une modification ou une précision de sens à un autre élément, ou à la phrase. On peut dire que
l'aspect sémantique se fond avec l'aspect syntaxique. On notera pourtant que les compléments
circonstanciels constituent un ensemble hétérogène.

 Ces notions correspondent à ce qu'on trouvera dans la phrase simple, isolée de tout
contexte. Il peut paraître en effet assez curieux de voir traiter des « subordonnées
adverbiales » dans LE BON USAGE de Maurice Grevisse. Mais une subordonnée
complément circonstanciel est en principe adverbialisable dans le questionnement
interrogatif (ex: Pourquoi ? Quand ? [note : ne pas confondre l'adverbe interrogatif
quand et la conjonction de subordination]).
 Aucun classement n'est totalement satisfaisant, mais celui-ci est plus riche
d'enseignements que d'autres, comme le classement en fonctions essentielles / non
essentielles.

2) Hiérarchie

Les fonctions dites primaires sont celles qui dépendent du verbe.

Les fonctions dites secondaires ne dépendent pas du verbe, mais se trouvent à l'intérieur du
groupe, ex : le complément du nom.

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II - LA METHODE D'ANALYSE

L'analyse des fonctions requiert 5 critères :

1) La catégorie

 La nature du mot ou du groupe analysé permet un premier tri : elle ne doit pas être en
contradiction avec la fonction. Par exemple, un adjectif ne peut pas être complément
(rappel : surtout pas COD ni complément de manière !), un adverbe ne peut être sujet
ou complément d’objet (ainsi, rien n’est pas un adverbe, mais un pronom indéfini,
puisqu'il peut être sujet ou CO).
 Pour utiliser la catégorie comme argument, on dira : ce mot (groupe) appartient à telle
catégorie, il est donc par conséquent à assumer la fonction que nous venons de définir.

 On précisera donc si l'élément analysé assume une fonction dite nominale, adjectivale
ou adverbiale.

 Dans la phrase complexe, seules les subordonnées ont des fonctions. L’indépendante et
la principale n’en ont pas. La subordonnée conjonctive peut avoir la quasi totalité des
fonctions nominales quand elle est introduite par que [et préposition + ce que]
(complément d’objet surtout, mais parfois sujet) ou adverbiales (circonstancielles) pour
les autres conjonctives. La relative a des fonctions adjectivales (épithète, apposée,
parfois attribut ; la tradition disait : complément de l’antécédent, ce qui est très
discutable). L’interrogative (+ exclamative, rare) et l’infinitive sont COD, la participiale
est circonstancielle.

2) La morphologie

 Certaines fonctions sont marquées par un accord qui est significatif, et qu’il faut
préciser : le sujet entraîne l’accord du verbe ; l’attribut s’accorde en principe avec le
sujet ou le COD dont il dépend ; un COD placé devant le verbe entraîne l’accord du
participe passé utilisé avec l’auxiliaire avoir. Pour les autres fonctions, aucun accord
n’est à signaler.
 Les fonctions adjectivales entraînent automatiquement un accord (sauf relation
métaphorique).

 Les pronoms personnels et relatifs possèdent des formes liées aux fonctions (je, tu, il, ils
/ qui = sujets, etc.).

3) Le contexte (la distribution)

 En français, dans la phrase de base, la place des groupes est significative : sujet devant
le verbe, autres fonctions essentielles derrière. Aucune pause (virgule) ne peut séparer
une fonction essentielle de son verbe. Les compléments circonstanciels sont mobiles et
détachables. L’apposition est détachée par des virgules.
 Quand la situation est différente dans une phrase donnée, il faut expliquer pourquoi. On
rétablira la phrase simple, minimale, déclarative, avec les mots dans l’ordre le plus
naturel, phrase qui doit être compréhensible en dehors de tout contexte ; c'est la phrase
dite canonique, c'est-à-dire modèle ; on comparera la phrase donnée et la phrase
canonique reconstituée : ainsi, un sujet peut être inversé par effet stylistique, à
condition que la phrase reste aisément compréhensible, on signalera alors qu'il n'est pas
à sa place normale.

 Ne pas oublier de préciser la présence éventuelle d’une préposition.

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4) Les relations syntaxiques

 Le caractère essentiel ou supprimable d’un groupe est un élément déterminant. Dans la


phrase dite canonique, il ne subsiste que les fonctions essentielles.
 Fonctions essentielles : sujet (+ complément d’agent), attribut, compléments d’objet, et
compléments de verbe adverbiaux (compléments essentiels de lieu, temps, mesure).

 Fonctions facultatives : compléments circonstanciels, complément du nom ou de


l’adjectif ; épithète et apposition.

 Transformations : la transformation actif / passif n'est possible qu'avec sujet + verbe +


COD ; c'est donc un argument pour ces fonctions, et le complément d'agent ne peut
s'expliquer autrement. Une pronominalisation (remplacement par un pronom personnel
caractéristique) est un argument pour les fonctions nominales ; une adverbialisation
(remplacement par un adverbe, éventuellement interrogatif) en est un pour les fonctions
adverbiales.

5) La sémantique

 Les relations de sens liées aux fonctions doivent apparaître logiques par rapport à ce qui
précède : un complément circonstanciel bien constitué, introduit par une préposition
caractéristique, détaché en tête de phrase, prend un sens clair (temps, lieu…) quel que
soit le reste de la phrase. Au contraire, un sujet, un complément d’objet, un attribut,
groupes sans prépositions ou introduits par des prépositions dites "incolores" ( à et de
surtout) n’ont pas de sens précis quand ils sont isolés, et ne prennent leur sens comme
sujet, CO, etc., qu’en liaison étroite avec l’élément dont ils dépendent. Tout élément de
sens propre à une fonction doit être signalé, puisque le but d'une phrase, c'est bien
d'exprimer un sens !
 On est amené à expliquer la sélection sémantique qui est effectuée : par exemple, tel
verbe sélectionne tel type de sujet ou de COD (le verbe dire a normalement un sujet
concret, vivant, humain) ; le complément circonstanciel est sélectionné par la phrase
minimale, son sens porte sur elle (il ne peut pas y avoir un complément de lieu s'il ne se
passe pas un événement quelque part).

III - INVENTAIRE DES FONCTIONS

A - LES FONCTIONS ESSENTIELLES A L'INTÉRIEUR DE LA PHRASE

1) Le sujet

Catégorie
C'est la première des fonctions nominales, car le minimum pour faire une phrase, c'est un verbe
avec son sujet. On y trouvera un groupe nominal, un nom propre, un pronom, un infinitif, ou
une conjonctive pure (généralement sujet réel d'un verbe impersonnel).

Morphologie
Le sujet entraîne l'accord du verbe (personne, nombre, voire genre du participe passé quand on
a l'auxiliaire être).

Distribution et syntaxe
Il se trouve normalement devant le verbe, non détaché (pas de virgule). C'est la plus
essentielle des fonctions, puisque le minimum pour faire une phrase, c'est un sujet et un
verbe. Le sujet peut être inversé pour des raisons stylistiques, particulièrement quand la
phrase commence par un adverbe ou un complément adverbial (lieu surtout) aisément

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reconnaissable. L'inversion n'est pas un déplacement libre, elle obéit à des contraintes
strictes, et il faut toujours la justifier.

Sémantique
Sur le plan sémantique, il faut éviter de chercher celui qui fait l'action, car tous les verbes ne
sont pas des verbes d'action. Le sujet, dans la phrase simple et canonique, c'est ce (celui) dont
on parle, et le reste de la phrase (verbe + fonctions essentielles), c'est ce qu'on en dit, qu'on
appelle le prédicat. Les relations sémantiques entre le sujet et le verbe sont impérieuses (ex :
sujet abstrait / concret / humain...). Il faut donc partir du sens du verbe, et se demander : que
peut-on mettre comme sujet pour ce verbe ? Qu'est-ce qui peut... ? ou Qui est-ce qui peut... ?
(c'est une question qui permet de trouver le sujet - évidemment, celui-ci peut être remplacé par
un pronom). Mise en relief : C'est Untel qui... Remplacement par un pronom personnel il (elle,
ils, elles).

Problèmes :

— L'inversion du sujet, nous l'avons signalé, dans l'interrogation, mais aussi quand on place un
groupe complément circonstanciel ou un adverbe en tête de phrase, ainsi que dans une
subordonnée relative ou infinitive, assez souvent : Ainsi parla le chef de la tribu. L'histoire
[que racontait mon grand-père].

— Le verbe parfois n'est pas conjugué, comme dans une subordonnée infinitive ou participiale :
Je regarde tomber la neige. La nuit tombant, nous dûmes rentrer.
Il existe aussi des phrases infinitives, comme pour l'infinitif de narration : Et Napoléon alors de
s'exclamer d'un air dédaigneux...

— Les verbes impersonnels : le pronom il (parfois ce, ça) ne remplace rien, c'est le sujet
apparent, grammatical ; le sujet réel, logique, se trouve derrière le verbe : Il reste du café. Il
est (c'est) facile de se tromper. = Du café reste. / Se tromper est facile. Pour les événements
qui se produisent tout seuls, il n'y a pas de sujet réel : il pleut ; le pronom il est un sujet
fantôme, car le verbe français ne peut pas se passer d'un terme en place de sujet (marqueur),
sauf à l'impératif.

2) Le complément d'agent

Le complément d'agent ne peut s'étudier qu'en liaison avec le sujet, puisque le sujet devient
complément d'agent dans la transformation passive :

Les réparations ont été effectuées par un charlatan = (c'est) un charlatan (qui) a effectué les
réparations.
Nous étions entourés d'ennemis = Des ennemis nous entouraient.

Catégorie
Le complément d'agent est un groupe nominal, un nom propre ou un pronom.

Morphologie
Aucun accord n'est à signaler pour cette fonction

Distribution et syntaxe
Il se trouve juste derrière un verbe à la voix passive, non détaché (pas de virgule), relié au
verbe par la préposition par (parfois de : Il est très estimé de ses chefs). C'est une
fonction essentielle, puisqu'elle est liée au sujet. Quand on remet le verbe à la voix active,
ce groupe devient sujet, l'ancien sujet devient COD, et cette transformation est
caractéristique. Quand le complément d'agent est absent, c'est qu'il est indéfini, inconnu, il
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correspond, à la voix active, à un sujet indéfini on : Les travaux ont été effectuées = On a
effectué les travaux. Ne pas exprimer un complément d'agent, c'est une façon détournée
de se dispenser de mettre un sujet, qui est pourtant la plus essentielle des fonctions.

Sémantique
Sur le plan sémantique, nous dirons que c'est celui (l'élément) qui fait, généralement un
humain, mais pas toujours : Un arbre a été déraciné par la tempête. Pour un humain, on parlera
de l'auteur de l'action ; sinon, ce sera simplement l'élément déclencheur.

Ce complément a été longtemps très mal étudié, et classé à tort dans les circonstanciels par
l'ancienne tradition (voir les programmes du début du XXème siècle), tout simplement parce
qu'en latin il est à l'ablatif, et que la grammaire française a été longtemps copiée sur la
grammaire latine, elle-même mal comprise.

3) Le complément d'objet

Catégorie
C'est une fonction nominale. On y trouvera un groupe nominal, un nom propre, un pronom, un
infinitif ; dans la phrase complexe, une subordonnée conjonctive pure, une interrogative ou une
infinitive.

Morphologie
Le seul accord à signaler est celui du participe passé, qui s'accorde avec un COD placé devant le
verbe quand ce verbe est conjugué avec l'auxiliaire avoir ou qu'il est pronominal. Aucun accord
avec un COI.

Distribution et syntaxe
Il se trouve normalement juste derrière le verbe, non détaché (pas de virgule). C'est une
fonction essentielle, non déplaçable et non détachable dans la phrase canonique
(minimale). Les constructions particulières sont examinées ci-après. Un C.O. est
pronominalisable. Le verbe qui possède un C.O. est dit transitif.

Sémantique
Sur le plan sémantique, il faut éviter de dire que le C.O. est celui qui subit l'action du verbe, cela
ne veut rien dire. Il faut procéder comme pour le sujet : partant du sens du verbe, que peut-on
mettre comme COD ou comme COI ? Comme nous sommes dans les fonctions nominales, on
s'appuie ainsi logiquement sur ce que les noms peuvent représenter. Le raisonnement sera tout
autre dans les fonctions adjectivales et adverbiales.

Le COD : sans préposition. Le verbe est dit transitif direct. A la voix passive, le COD
devient sujet (le sujet devient complément d'agent). Morphologiquement, il faut signaler
l'accord du participe passé avec le COD placé devant le verbe, quand on a l'auxiliaire
avoir, et pour les verbes pronominaux : Cette voiture, il l'a achetée/ Il se l'est achetée.

Le COI : introduit par une préposition (à , de, mais aussi en, sur, parfois avec, après,
dans : ces prépositions perdent alors tout leur sens circonstanciel). Le verbe est transitif
indirect. Gaston ne se souciait guère de ses ennuis. / Il croyait au destin. / Il croyait
en son avenir. / Il comptait sur la chance. / Il attendait après Mademoiselle
Jeanne. / Il discutait souvent avec elle.
La voix passive est impossible, sauf exceptionnellement pour des verbes qui furent
transitifs directs, comme penser, réfléchir, et surtout obéir : Vous serez obéi de tous.
(V passif + c. d'agent)

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La construction avec double objet : le verbe est doublement transitif, il est suivi
d'un COD 1er (quelques cas de COI 1er : parler, discuter de qqch avec qqn) et d'un COI 2nd
(appelé scolairement COS, appellation à éviter), tous deux essentiels. Le sens du verbe
est particulier, il exprime une relation, un transfert entre deux éléments de même type,
souvent deux humains. C'est le cas des verbes de don (donner) et leurs contraires
(ôter), ou des verbes de parole (dire), qui constituent la majorité des cas. La
construction la plus fréquente est celle-ci : L'enfant offrit un bouquet à sa grand-
mère. / Nous leur annonçâmes que nous allions déménager. (sujet humain + verbe de
don ou de parole + COD 1er chose ou message verbal + COI 2 nd humain)
Le COI 2nd subsiste dans la transformation passive, quand le 1 er est un COD : La nouvelle
leur fut annoncée par un voisin.
La présence d'un COI 1 er ou COI seul interdit la transformation passive.
Il y a de très rares cas de verbes triplement transitifs, avec ce qu'il faut bien appeler un
complément d'objet 3ème : Martin (sujet) échange des timbres (COD 1er) contre des
pièces (COI 2nd) avec Patrick ( COI 3ème). Idem, avec autres contraintes : Je te parie une
bouteille de champagne qu'on va gagner.

Le complément d'objet interne : cas très particulier, discutable, où le complément


(direct) n'exprime qu'une redondance ou une précision par rapport au sens du verbe ; la
transformation passive est impossible : vivre sa vie / pleurer toutes les larmes de
son corps/ suer sang et eau / sentir la rose... / *Sa vie a été vécue par lui... / *La
rose est sentie par ce parfum... (incorrects)
S'agit-il vraiment d'un complément d'objet ? Ce complément se rapproche fortement des
compléments adverbiaux essentiels. On remarquera que si on dit Ce savon sent la rose,
on dit aussi Cette savonnette sent bon, où bon est visiblement un adverbe. Il ne s'agit
donc pas là d'une fonction nominale.

Le complément d'attribution est, globalement, l'ancienne appellation du COI 2nd.


Cette appellation vieillotte liée au datif latin est à éviter. L'appellation COS aussi, car elle
risque de faire croire que c'est un type de CO différent du COI.

4) L'attribut

Catégorie
C'est une fonction adjectivale. On y trouvera un adjectif qualificatif, un participe, un élément
adjectivé quelconque. Un élément nominal peut aussi être attribut, en perdant son rôle nominal
et en prenant un rôle adjectival (voir l'aspect sémantique).

Morphologie
L'attribut s'accorde nécessairement avec le sujet ou le COD dont il est attribut. Quand il s'agit
d'un adjectif, l'accord en genre et nombre se fait sans problème, même s'il y a des adjectifs
épicènes (même forme pour les deux genres). Quand c'est un nom ou un GN, l'accord en
nombre se fait généralement ; mais le nom ayant un genre fixe, l'accord en genre ne peut être
systématique. Quand il s'agit d'un groupe nominal entier, surtout en utilisation métaphorique, il
peut arriver que l'accord soit impossible : Les yeux sont le miroir de l'âme / Mes petits-enfants
sont la prunelle de mes yeux.

Distribution et syntaxe
Il se trouve normalement juste derrière le verbe, non détaché (pas de virgule). C'est une
fonction essentielle, non déplaçable et non détachable dans la phrase canonique
(minimale). Il est relié au sujet ou au COD par un verbe, souvent un verbe d'état ou un
synonyme pour l'attribut du sujet, mais d'autres verbes sont possibles ; verbe de jugement
ou de transformation souvent pour l'attribut du COD. L'attribut du sujet se trouve derrière
le verbe, non détaché ; l'attribut du COD se trouve derrière le verbe puis le COD, non

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détaché. Les constructions particulières sont examinées ci-après. Dans certains cas, le
verbe utilise une préposition, toujours la même (le plus souvent comme).

Sémantique
Sur le plan sémantique, il joue pleinement son rôle adjectival. Il sert à caractériser, qualifier
(dire quelque chose de) le sujet ou le COD. Quand il s'agit d'un élément nominal, il ne sert pas à
exprimer un nouvel élément de la réalité, et perd donc son rôle nominal ; il correspond au
contraire au même être ou à la même chose que le sujet ou le COD, et sert à le caractériser. Cas
limite : un nom propre attribut se contentera d'indiquer l'identité : Je suis Fox Mulder, du FBI
(et je montre ma carte).
Le verbe sert à exprimer l'état du sujet ou du COD, avec toutes les variantes (état / état
apparent / changement d'état / permanence d'un état). Dans certains cas, il s'agit d'un verbe
quelconque, non attributif, qui prend un sens attributif en plus, dans une sorte de raccourci où
l'on dit deux choses en même temps : La Seine coulait verte (Hugo) = la Seine coulait + la
Seine était verte.

L'attribut du sujet :

— L'adjectif attribut est simplement relié au sujet ou au COD par un verbe, quel que soit
le verbe : Vous paraissez bien triste. Il est considéré comme honnête. Il rentra
fatigué.
— Le groupe nominal (parfois l'infinitif) attribut, relié par un verbe d'état ou un
synonyme, exprime la même chose ou la même personne que le sujet, en rajoutant un
renseignement (= pour en dire quelque chose) : Ma grand-mère était une bonne
cuisinière. (ou passait pour, était considérée comme...) / Mon voisin est devenu
conseiller municipal. (ou a été élu) / La difficulté fut de trouver un compromis.

L'attribut du COD :

Certains verbes passifs, utilisés comme synonymes de verbes d'état, permettent de


construire un attribut du COD quand on les remet à la voix active : On la considérait
comme (tenait pour) une bonne cuisinière (état apparent du COD) / On a élu Victor
conseiller municipal. / Le Président a nommé Victor ministre (changement d'état) /
Le Président a confirmé Victor comme ministre (permanence d'un état).
La subordonnée relative peut être attribut du COD : J'ai la rate qui se dilate / Elle a
les yeux qui brillent / J'ai trouvé ma petite soeur qui pleurait.

Il existe un cas d'attribut du COI : L'imprésario a fait de ce chanteur une vedette.

5) Les compléments de verbe adverbiaux

Il existe une frange de compléments qui sont intuitivement perçus comme circonstanciels, à
cause de leur sens (lieu, temps, mesure), mais qui sont des compléments de verbe, non
supprimables, non détachables, en liaison étroite avec le sens du verbe. Ce ne sont pourtant pas
des compléments d'objet : quand ils sont directs, ils ne participent pas à la transformation
passive, et n'entraînent pas l'accord du participe passé ; ils s'ajoutent aux compléments d'objet ;
on peut leur substituer des adverbes, ou les chercher par un questionnement adverbial. Ce sont
donc des fonctions adverbiales.

On peut les appeler compléments essentiels de lieu, temps, mesure, etc. :

Il va (se rend, demeure...) à Paris. / Il vient de Paris. / Il habite Paris. (où ?)


Le cours d'histoire dure deux heures. (combien de temps ?)
Il mesure un mètre soixante et pèse cent vingt kilos. (combien ?)
Cet appareil coûte cent euros.

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J'ai revendu ce tableau deux millions à un amateur japonais. (COD 1er + c. ess. mesure
+ COI 2nd)

Catégorie
C'est une fonction adverbiale. On y trouvera un adverbe, ou un groupe nominal, prépositionnel
ou non.

Morphologie
Aucun accord n'est à signaler.

Distribution et syntaxe
Il se trouve normalement juste derrière le verbe, non détaché (pas de virgule). C'est une
fonction essentielle, non déplaçable et non détachable dans la phrase canonique
(minimale). Il est en principe adverbialisable, ne serait-ce que dans le questionnement.

Sémantique
Sur le plan sémantique, ce type de complément est spontanément reconnaissable, comme le
complément circonstanciel, mais il est exigé par le sens du verbe : on ne peut pas aller ou se
diriger sans aller ou se diriger quelque part ; on habite forcément quelque part ; une séance
dure forcément un certain temps (2 heures / longtemps...) ; un objet ne peut pas coûter sans
coûter un certain prix, etc.
On pourrait unifier ces compléments en considérant qu'il s'agit souvent d'une donnée chiffrée, à
l'exception du lieu.
Un complément de lieu peut se révéler plus ou moins essentiel, donc plus ou moins
circonstanciel, et l'analyse reste difficilement satisfaisante.

B - LES COMPLÉMENTS DE PHRASE

Les compléments circonstanciels sont par principe des compléments de phrase :

Catégorie
C'est une fonction adverbiale. Ils sont a priori adverbialisables : on peut leur substituer un
adverbe, ou les trouver par un questionnement adverbial. On parle donc de compléments
adverbiaux, ou de subordonnées adverbiales. Outre des adverbes, on trouvera donc des
syntagmes nominaux, des pronoms, des infinitifs (avec prépositions le plus souvent), et dans la
phrase complexe, des subordonnées conjonctives et participiales.

Morphologie
Aucun accord n'est à signaler.

Distribution et syntaxe
Un complément circonstanciel est mobile, détachable, supprimable ; il est généralement
introduit par une préposition caractéristique : Il étudiait l'astronomie pour se distraire (c. c.
but) / Pour se distraire, il étudiait l'astronomie. / Il étudiait l'astronomie.

Sémantique
Un complément circonstanciel possède une autonomie sémantique ; isolé, détaché, il est encore
reconnaissable comme tel. Cela est dû à la liaison entre le sens de la préposition et le sens du
syntagme qui suit (ex. : la préposition sur prend un sens locatif si elle est suivie d'un GN
concret, correspondant à une surface). Le sens du complément se définit par rapport au reste de
la phrase, et non par rapport au verbe seul. La phrase correspond systématiquement à un
événement.

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On reconnaît généralement : temps, lieu, les modèles même des circonstances (décor, cadre, de
n'importe quelle action ou situation) / les modalités de l'action : manière, moyen / rapports
logiques entre deux événements : cause, conséquence, concession (ou opposition), but (ou
intérêt), hypothèse + comparaison (analyse problématique). L'existence d'un prétendu
complément circonstanciel d'accompagnement est une illusion, malgré l'ablatif latin (cum) : il
s'agit en français d'un COI introduit par avec.

Il existe de nombreuses subordonnées conjonctives de temps (avec quand, lorsque, dès que,
avant que...), de cause (parce que, puisque...), de conséquence (de sorte que...), de concession
(bien que, quoique...), d'hypothèse (si, au cas où...), etc. Il n'existe pas de subordonnées de
lieu ni de moyen ; pour la manière, à la rigueur avec sans que, mais c'est plutôt l'opposition. Les
rapports logiques s'expriment souvent avec des subordonnées.

C - LES FONCTIONS SECONDAIRES

Les fonctions secondaires ne se situent plus dans le cadre de la phrase, mais dans celui du
syntagme, du groupe nominal.

1) Les compléments dits déterminatifs

Les compléments du nom, du pronom ou de l'adjectif se situent à l'intérieur du groupe. Il s'agit


de fonctions nominales, prépositionnelles, non essentielles par rapport au verbe, mais non
mobiles, non détachables, et dont la liaison sémantique est forte avec l'élément qui régit le
groupe : la voiture de mes parents : complément du nom voiture / celle de mes parents,
quelques uns de mes amis : complément du pronom celle, quelques uns / rouge de
confusion : complément de l'adjectif rouge.
La préposition dominante en français actuel est de, mais il ne faut pas exclure à, encore
fréquente en langage parlé (la voiture à mon père), ou d'autres encore (un gilet sans manches).
L'ancienne langue utilisait des tournures sans prépositions, qui existent encore en langue
populaire et dans les noms de lieux.

2) L'épithète

C'est une fonction adjectivale : l'adjectif est placé à côté du nom, non détaché ; il s'accorde avec
lui ; il n'est pas essentiel en principe. On peut trouver des équivalents à l'adjectif : certains
compléments du nom, et la subordonnée relative, qui est à analyser avec des fonctions d'adjectif
(épithète / apposée / attribut [du COD uniquement]) :

un grand personnage / un personnage intéressant / un personnage de grande envergure /


un personnage qui a marqué son temps

L'épithète, adjectivale, sert normalement à caractériser, décrire ; des nuances sont parfois à
apporter concernant l'importance de l'adjectif, ou le sens lié à la place ( un grand homme / un
homme grand). Surtout, il existe des adjectifs dits épithètes qui correspondent à un complément
du nom, et sont difficilement supprimables : la lumière solaire = la lumière du soleil ; le voyage
présidentiel = le voyage du président. L'analyse traditionnelle montre là ses limites, et l'étude du
groupe nominal met à jour de nombreuses complexités.

 Un nom épithète prend une valeur adjectivale : un bénéfice record, une valeur refuge,
un président fantôme.

3) L'apposition

C'est une fonction adjectivale, non essentielle, qui peut être assumée aussi par un groupe
nominal. Elle est très comparable à l'attribut au niveau sémantique, mais pas du tout au niveau

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distributionnel ou syntaxique, puisqu'il ne s'agit pas d'une fonction essentielle. L'apposition est à
côté d'un nom, en position détachée (le GN apposé est souvent derrière, à cause du risque de
confusion). Elle sert à apporter un élément de sens accessoire, à but descriptif, voire
circonstanciel (causal, concessif, ou hypothétique, sans être complément). Quand il s'agit d'un
groupe nominal, il y a en outre identité avec l'élément dont il dépend, comme pour l'attribut :
Rusé, le renard se méfie des appâts. (adjectif apposé àrenard) / Le maire, un paysan
du village, connaissait bien ses administrés. (GN apposé à maire) / Ce renard, qui était rusé,
ne se méfia pourtant point. (sub. relative appositive, à sens concessif)

Remarques :

1) certaines locutions dites énonciatives échappent à l'analyse, comme l'apostrophe, qui


n'est pas une fonction : Toto, mange ta soupe !
ou comme certains adverbes : Naturellement, il est encore en train de s'amuser !
L'adverbe, ici, ne fait que souligner l'opinion du locuteur. L'enfant ne s'amuse pas " d'une
façon naturelle " ! Rappelons que la situation d'énonciation relève du je / ici / maintenant,
c'est-à-dire de la position du locuteur.

2) La limite est parfois floue entre les fonctions, en particulier entre les compléments
d'objet et les autres compléments de verbe, et entre ces derniers et les compléments
circonstanciels ; un complément apparemment circonstanciel peut se révéler difficilement
détachable ou supprimable. Nous ne sommes pas dans une science exacte. On peut, par
comparaison, constater que les cloisons ne sont pas étanches, et qu'il y a des fuites...

http://bbouillon.free.fr/univ/gram/data/fonctions.htm

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