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La Comptabilité Bancaire

Master Spécialisé Comptabilité Contrôle Audit

ENCG 2019/2020

Introduction Générale :

La comptabilité bancaire 1 revêt pour les établissements de crédit un intérêt capital. Elle
constitue une source d'information incontournable pour plusieurs utilisateurs. L'information
comptable est à la base du contrôle qu'effectue la banque centrale sur le système bancaire.
Elle permet aussi aux tiers (Fisc, analyste financier, auditeur, agence de rating) d'évaluer les
performances de l'entreprise bancaire. La banque elle-même ne peut se passer de la
comptabilité, source d'innombrables informations indispensables à sa gestion ;

La comptabilité bancaire est conçue non comme une finalité mais comme un moyen de
traduire une réalité économique dans toute sa richesse et sa complexité. Aussi, la démarche
adoptée pour chacune des activités bancaires (trésorerie, crédits, dépôts, titres, devises,
produits dérivés, etc.) inclut systématiquement :

- les aspects économiques et techniques pour comprendre la finalité de l'opération et permettre


ainsi une juste interprétation, non seulement de la comptabilisation, mais aussi des risques et
de la rentabilité;
- les aspects réglementaires, prudentiels et fiscaux, devenus de plus en plus complexes et
contraignants;
- de nombreux exemples pratiques et des schémas comptables clairs et didactiques pour
illustrer chacune des opérations.

L’Objectifs du module étant de s’approprier :


 Les particularités et l’évolution de la comptabilité bancaire,
 Les principes généraux de la comptabilité bancaire,
 Le plan comptable spécifique aux établissements de crédit « PCEC »
 Les états financiers bancaires et l’organisation du système comptable,
 Faire des exercices et cas pratiques d’illustration.

Communément dénommée « comptabilité bancaire », mais en réalité, cette comptabilité


concerne les établissements de crédit qui regroupe les banques, les sociétés de financement à
crédit et récemment (depuis 2017) les banques participatives.

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La comptabilité bancaire concerne les établissements de crédit : les banques, les sociétés de financement à crédit et les
banques participatives.

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Chapitre 1 :

Comptabilité bancaire : Spécificités et Evolutions

Malgré la permanence des principes de comptabilisation et des méthodes d'évaluation qui


caractérisent tout système comptable, l'activité bancaire, particulièrement complexe et
mouvante, se caractérise par une comptabilité qui lui est propre. Cette comptabilité a été
conçue notamment pour permettre aux autorités de tutelle d'exercer un double contrôle : le
suivi des instruments de la politique monétaire et la qualité de l'information sur les opérations
de banque.

Quelles sont donc les particularités de la comptabilité bancaire ? Et quelles sont les étapes de
son évolution ?

Section 1 : Spécificités de la Comptabilité Bancaire

La comptabilité bancaire obéit aux principes généraux de la comptabilité. Elle présente


toutefois quelques spécificités, tant liées au secteur d'activité (le secteur bancaire) qu'à la
règlementation stricte qui s'y applique. La réglementation internationale, principalement
Bâloise, exige davantage de prudence et de réactivité.

Quelques particularités inhérentes à la comptabilité bancaire peuvent être soulevées :

1- Système comptable décentralisé

La comptabilité au sein des banques se distingue de celle des entreprises classiques


essentiellement par cette caractéristique. Dans les autres structures l’enregistrement
comptable est l’apanage des seuls comptables. Dans les banques ce n’est pas tout à fait le cas.
La comptabilisation d’une opération est ramenée à son exécution et est effectuée par le
service qui l’initie. Le service comptable joue essentiellement le rôle de contrôle et procède à
la validation et la synthétisation des écritures enregistrées. La fonction responsable au niveau
de la structure des établissements de crédit est généralement dénommées « Département ou
Direction Contrôle Comptable ».

2- Système comptable Géographiquement étendu

Un établissement bancaire est généralement organisé en réseau composé d’un siège et de


plusieurs agences. Celles ci fonctionnent à leur niveau comme une banque à part entière. Leur
comptabilité est ténue à l’instar du siège. Leurs différents états sont établis séparément
(principalement le CPC) puis intégrés dans la comptabilité globale. Pour ce faire des
dispositions particulières sont prises en comptes avec la mise en place de comptes spécifiques
et d’un dispositif de contrôle assurant la cohérence de l’information agrégée.

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3- Système comptable tributaire de l’informatique

L’informatique qui est important pour les entreprises est indispensable pour les banques. Eu
égard à l’organisation particulière soulevée ci dessus une configuration informatique alliant
les opérations à la comptabilité s’impose. L’exécution d’une opération caractérisée par une
saisie informatique entraîne de facto un enregistrement comptable. Le programme
informatique est organisé en ayant des schémas comptables intégrés correspondant aux
différentes opérations. Cette architecture permet une ténue comptable en temps réel et le
traitement d’une quantité importante d’opérations.

4- Organisation normalisée

Le plan comptable bancaire rend obligatoire l’établissement d’un manuel de procédures. Ce


document décrit les procédures et l’organisation comptable. Il est mis à jour régulièrement et
a pour objectif de faciliter la compréhension du système comptable et la réalisation de
contrôles.

5- Plan de compte détaillé

Pour codifier une grande catégorie d’opérations un plan de comptes détaillé est nécessaire. Le
système comptable peut prévoir des comptes auxiliaires pour une catégorie donnée de
comptes. Les opérations avec les clients par exemple contiendront autant de compte que la
banque dispose de clients. Ce répertoire peut atteindre des milliers de comptes. Ces comptes
sont ensuite rattachés aux comptes de la comptabilité générale en fonction de leur nature.

6- Documents de synthèse spécifiques

Le bilan d’un établissement bancaire se présente dans un ordre de liquidité et d’exigibilité


décroissant (à l’actif et au passif) contrairement aux entreprises classiques. Cette particularité
s’explique par la nature différente du potentiel productif entre les banques et les autres
entreprises commerciales. Si les immobilisations représentent le capital productif des autres
entreprises, les opérations de placement et de financement représentent celui des banques. Ce
qui explique qu’à la place des immobilisations à l’actif se trouvent les opérations de trésorerie
et de crédit pour une banque.

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Tableau Comparatif des Classes des Comptes du PCEC et du PCG

Classes PCG PCEC


Classe 1 Comptes de capitaux Opérations de trésorerie et opérations interbancaires :
avec les sociétés de financement et les établissements de
crédit assimilés.
Classe 2 Compte des Opérations avec la clientèle sous forme de dépôt ou de
immobilisations crédit autre que les établissements de crédit.
Classe 3 Comptes stocks et Opérations sur titres effectuées avec l'ensemble des
encours agents économiques ainsi que les opérations diverses
(débiteurs et créditeurs
divers, comptes de régularisation etc.)
Classe 4 Comptes de tiers Immobilisations financières incorporelles et corporelles,
y compris celles destinées à l'activité de crédit-bail et de
location.
Classe 5 Comptes financiers Provisions pour risques et charges et capitaux propres
et assimilés.
Classe 6 Comptes de charges Comptes de charges
Classe 7 Comptes de produits Comptes de produits
Classe 8 Comptes spéciaux Engagements Hors bilan : Engagements par signature
donnés et reçus ainsi que les opérations suivies en
comptabilité matière.

La comptabilité a toujours plaidé pour la spécificité des établissements de crédit. Le système


précédent était en effet loin de répondre aux particularités comptables de ces organismes. Le
passage du plan comptable bancaire (là où chaque banque procédait à la comptabilisation de
ses écritures selon un plan de compte interne) à un plan comptable des l’établissement de
crédit (PCEC) s’est imposé avec acuité. Le PCEC a été donc finalisé en 1999 avec la
participation de toutes les parties prenantes : Bank Al-Maghrib, le Groupement Professionnel
des Banques du Maroc (GPBM), l'Association Professionnelle des Sociétés de financement.

Section 2 : Les étapes d’évolution de la comptabilité bancaire au Maroc

La première normalisation comptable bancaire marocaine qui a répondu aux besoins


d'informations et de reporting des banques et de la Banque Centrale est celle contenu dans le
Plan Comptable Bancaire (PCB) de 1982. Avec les mesures de réforme du secteur financier
marocain initié par La loi du 6 juillet 1993 relative à l'activité et au contrôle des
établissements de crédit, dite « loi bancaire » le Plan Comptable Bancaire (PCB) a connu
certaines limites. D’où l’obligation de la mise en place d’un plan comptable dédié aux
établissements de crédit. Action qui a été finalisée en 1999 par l’instauration du Plan
Comptable des Etablissements de Crédit (PCEC).

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Les changements ce sont poursuivies avec l’avènement de la loi bancaire de 2006 et
l’obligation de rapprocher encore davantage la législation nationale des standards
internationaux.

Des amendements se sont, par la suite, imposés après la promulgation de la loi bancaire 2015
pour donner naissance à un Plan Comptable des Etablissements de Crédit (PCEC) réadapté
aux opérations de la finance participative et l’élaboration d’un cadre comptable approprié aux
opérations de cette activité telle que instituées par la dite loi.

1- La première étape : La réforme du 6 JUILLET 1993

Le système bancaire marocain a fait l'objet, en 1993, d'une importante réforme avec la
promulgation du dahir portant loi n° 1-93-147 du 6 juillet 1993 relatif à l'exercice de l'activité
des établissements de crédit et de leur contrôle. Ce texte a, en effet, permis :

a) d'unifier le cadre juridique applicable aux établissements de crédit qui comprennent


désormais les banques et les sociétés de financement qui sont habilitées à effectuer l’une ou
les trois opérations suivantes : la réception de fonds du public, la distribution de crédits et la
mise à disposition de la clientèle de tous moyens de paiement ou leur gestion.

b) d'élargir les bases de la concertation entre les autorités monétaires et la profession et ce, à
travers notamment la mise en place des deux organes suivants :

- Le Conseil National de la Monnaie et de l'Epargne " CNME " : présidé par le Ministre des
Finances, le CNME est consulté sur toute question intéressant les orientations de la politique
monétaire et du crédit et les moyens de sa mise en œuvre. Il donne aussi son avis sur les
conditions générales de fonctionnement des établissements de crédit,

- Le Comité des Etablissements de Crédit " CEC ": présidé par le Gouverneur de Bank Al-
Maghrib, le CEC donne son avis conforme au Ministre des Finances sur les questions
relatives à l'activité des établissements de crédit. Il peut également être consulté par le
Gouverneur sur les aspects techniques de la politique monétaire et des règles prudentielles,

c) d'affermir le pouvoir de supervision de Bank Al-Maghrib, notamment par le renforcement


de ses attributions en matière prudentielle et l'extension de ses contrôles aux personnes
morales liées aux établissements de crédit. Ce pouvoir a également été consolidé par
l'institution de l'obligation de l'audit externe des comptes pour les établissements qui reçoivent
des fonds du public ainsi que par la révision, dans un sens plus dissuasif, des sanctions et la
mise en place de la Commission de discipline des établissements de crédit,

d) d'améliorer la protection de la clientèle, en particulier les déposants en mettant notamment


en place un fonds de garantie des dépôts ainsi qu'un mécanisme de soutien aux établissements
de crédit en difficultés.

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Le Dahir portant loi du 6 juillet 1993 a, cependant, expressément exclu de son champ
d'application Bank Al-Maghrib, la Trésorerie Générale du Royaume, le service de comptes
courants et de chèques postaux, le service de mandats postaux, la Caisse de Dépôt et de
Gestion, la Caisse Centrale de Garantie, les banques off-shore et les compagnies d'assurances
et de réassurances. En 1996, suite à la réforme de son statut, le Fond d’Equipement
Communal (FEC) a été agréé en qualité de banque. Un processus de réforme du Crédit
Populaire du Maroc a été entamé avec l'entrée en vigueur de la loi n° 12/96, promulguée par
le dahir n° 1-00-70 du 17 octobre 2000 qui prévoit notamment la transformation de la Banque
Centrale Populaire en société anonyme à capital fixe et l'ouverture au privé de son capital,
ainsi que le renforcement de l'autonomie des banques populaires régionales.

Le volet comptable des établissements de crédit figure au niveau du Chapitre III relatif aux
conditions d’exercice des établissements de crédit de cette loi. L’article 33 de ce chapitre
oblige les établissements de crédit à respecter les dispositions législatives afférentes aux
obligations comptables des commerçants, sous réserve des dérogations, ci-après : « le cadre
comptable et le modèle des états de synthèse qui comprennent le bilan, le compte des
résultats, l'état des soldes de gestion, le tableau de financement et l'état des informations
complémentaires, sont fixés par arrêtés du ministre des finances, sur proposition de Bank Al-
Maghrib ; la liste et les modalités de fonctionnement des comptes permettant l'établissement
des états de synthèse susvisés sont déterminées par Bank Al-Maghrib ».

2- La deuxième étape : le Plan Comptable des Etablissements de Crédit de 1999

Le nouveau Plan Comptable des Etablissements de Crédit (PCEC) institué en 1999 qui
substitue le PCB s'inscrit ainsi dans le cadre des réformes qui visent à la modernisation du
système financier marocain ; Il en constitue la pierre angulaire. Outre les banques, il concerne
les sociétés de financement qui, jusqu'à l'exercice 1999, appliquaient les prescriptions du le
Code Général de Normalisation Comptable (CGNC) puisqu'elles n'étaient pas soumises au
règlement comptable bancaire de 1982.

En tant que plan comptable sectoriel, le PCEC complète le dispositif comptable général
instauré par la Loi n° 9/88 relative aux obligations comptables des commerçants et le Code
Général de Normalisation Comptable (CGNC), en offrant aux établissements de crédit un
référentiel totalement adapté non seulement à leurs activités actuelles mais également aux
nouveaux métiers. Il permet également au système bancaire marocain de se mettre au niveau
des meilleures pratiques observées au plan international, tout en respectant les spécificités
nationales et le cadre général conçu par les textes législatifs et réglementaires.

En outre, le PCEC a pour ambition de constituer le socle d'un véritable système d'information
pour les établissements de crédit, permettant entre autres à leurs dirigeants d'apprécier la
rentabilité des opérations suivant des axes multiples (métiers, produits, segments de clientèle,
etc...), d'en mesurer les risques associés et d'en assurer une gestion efficiente.

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Enfin, il donne aux autorités de contrôle les moyens nécessaires pour une surveillance
prudentielle performante de l'activité des établissements de crédit et des risques qu'ils
encourent.

Pour les établissements de crédit, la mise en œuvre de ce nouveau dispositif ne représente pas
seulement une réforme réglementaire impliquant uniquement la comptabilité mais elle
concerne le système d'information dans son ensemble, vu la nature et la diversité des types
d'informations traitées.

3- La Troisième étape : La loi bancaire de 2006

Afin de rapprocher encore davantage la législation nationale des standards internationaux et


surtout aux principes du comité de Bâle, la lois 76-03 portant statut de Bank Al-Maghrib et la
loi 34-03 relative aux établissements de crédit et organismes assimilés ont été promulgués,
respectivement par les Dahirs 1-05-38 du 23 novembre 2005 et 1-05-178 du 14 février 2006.

La réforme comporte ainsi deux aspects : la réforme comptable et la réforme du système de


collecte des informations. La réforme du système de collecte des informations concerne trois
volets :
- La nature des informations demandées aux établissements de crédit,
- Les établissements assujettis
- Les règles de remise de ces informations.

Ainsi, les principaux changements ayant marqué le PCEC sont :

 La nouvelle classification des crédits selon leur objet économique ; ainsi l’on distingue
les crédits de trésorerie, les crédits à l’équipement, les crédits à la consommation, les
crédits immobiliers et les créances acquises pare affacturage;
 L’introduction de nouvelles règles et méthodes d’évaluation ;
 La classification des titres selon l’intention et non plus selon la nature ; ainsi l’on
distingue les titres de transaction, les titres de placement, les titres d’investissement et
les titres de participation et emplois assimilés ;
 Le passage d’un système d’information « tout comptable » rigide et limité à un
système basé sur la combinaison « comptabilité + attributs » souple et potentiellement
d’une richesse illimitée ;
 Un plan comptable plus simple, plus précis et complété par des attributs ;
 La possibilité d’avoir une piste d’audit comptable et informatique ;
 Des états de synthèse conformes au CGNC et considérablement enrichis par l’ETIC;
 L’obligation de produire et de publier des comptes consolidés ;
 Le PCEC traite des opérations comme le crédit-bail, l'affacturage et les cessions
temporaires d'actifs qui n'étaient pas couvertes par le PCB de 1982 Ces changements
structuraux ont fait que la réforme ne se limite pas à changer le plan de comptes mais
tout le système d’information à savoir :

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- Les référentiels clients est le plus concerné par la notion d’attributs ;
- La refonte des schémas comptables ;
- La nécessité d’acquisition de nouveau progiciel comptable et des outils de reporting
(états de synthèse, états réglementaires).

4- La Quatrième étape : La loi bancaire de 2015

Un certains nombres de nouveautés ont impacté La comptabilité bancaire après la


promulgation en 2015 de la loi 103.12 relative aux établissements de crédit et organismes
assimilés (la loi bancaire du 05 Mars 2015).

Ces nouveautés ont concernés en premier lieu le renforcement des dispositions comptables
et prudentielles bancaires après la survenance de la crise financière de 2007/2008 et en
deuxième lieu les amendements apportées au PCEC pour l’adapter aux dispositions de la
finance participative.

a) Renforcement des dispositions comptables et prudentielles

La dernière crise financière internationale a mis en exergue le besoin de disposer d’outils


permettant l’identification et l’évaluation des risques systémiques et de consolider les cadres
réglementaires existants afin d’en atténuer les effets sur le système financier. Elle a aussi fait
ressortir l'importance pour les autorités de régulation de renforcer le cadre macroprudentiel
pour contribuer à la stabilité du système financier.

Dans ce cadre, la loi bancaire 2015 a institué le Comité de Coordination et de Surveillance des
Risques Systémiques (CCSRS) au sein duquel l’ACAPS 2 est représentée aux côtés des deux
autres régulateurs du marché financier marocain ; Bank Al-Maghrib et l’Autorité Marocaine
du Marché des Capitaux ainsi que du Ministère de l’Economie et des Finances. Ce Comité est
chargé d’analyser les risques pesant sur la stabilité du système financier et de proposer les
mesures appropriées permettant d’atténuer les effets de tels risques. Il constitue un dispositif
de surveillance macroprudentielle et de prévention des risques.

La situation comptable d’un établissement de crédit reste un de ses principaux gages de


crédibilité. L’organisme est donc astreint à la tenue des comptes et des états annexes, ainsi
que l’ensemble des documents permettant à BAM d’effectuer le contrôle dans des conditions
optimales. La banque centrale a le droit de s’opposer à toute prise de participation, même en
cas de respect des limites imposées. Si BAM juge que la participation considérée peut altérer
la situation de l’établissement sur le plan de la solvabilité, de la liquidité ou de la rentabilité,

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Autorité de Contrôle des Assurances et de la Prévoyance Sociale (ACAPS) : Créée en remplacement de la Direction des Assurances et de
la Prévoyance Sociale (Ministère de l’Economie et des Finances), l’ACAPS est l’Autorité compétente pour le contrôle des entreprises
d’assurances et de réassurance, des intermédiaires d’assurances ainsi que des organismes de prévoyance sociale (caisses de retraites,
mutuelles de prévoyance sociale et organismes gestionnaires de l’Assurance Maladie Obligatoire). La création de l’ ACAPS par la loi n°64-
12 entrée en vigueur le 14 avril 2016 marque une étape supplémentaire dans la modernisation du secteur financier marocain.

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ou même de lui faire courir un risque excessif, elle a le pouvoir d’annuler la participation. Et
pour améliorer la gouvernance bancaire, la loi introduit la notion d’administrateur
indépendant et prévoit même l’obligation de mettre en place des comités d’audit et des
risques.

Selon le titre 4 la loi bancaire 2015, se rapportant aux dispositions comptables et


prudentielles, Chapitre premier : Dispositions comptables, l’Article 71 : « Par dérogation aux
dispositions de la loi n° 9-88 relative aux obligations comptables des commerçants, les
établissements de crédit sont astreints à tenir leur comptabilité dans les conditions fixées par
circulaires du gouverneur de Bank Al Maghrib, après avis, respectivement du Comité des
établissements de crédit et du Conseil national de la comptabilité. Les avis du Conseil national
de la comptabilité sont formulés dans un délai n'excédant pas deux mois à compter de la date
de sa saisie. »

Aussi, l’article 78 du Chapitre 2, dispositions prudentielles, Titre 4 : dispositions comptables


et prudentielles de cette même loi, oblige les établissements de crédit à se doter d’un système
de contrôle interne adéquat. Celui-ci vise notamment à identifier, mesurer et surveiller les
risques encourus. Il sert également à mettre en place des dispositifs qui permettront aux
établissements de crédit de mesurer la rentabilité de leurs opérations. Les organismes sont
aussi tenus de créer un comité d’audit chargé d’assurer la surveillance et l’évaluation de la
mise en œuvre des dispositifs de contrôle interne.

b) Adaptation du PCEC aux activités de la finance Alternative

Le champ d’application des amendements au Plan Comptable des Etablissements de Crédit


relatifs aux opérations de finance participative couvre les banques participatives, les fenêtres
participatives des banques conventionnelles et les sociétés de financement disposant d’un
agrément pour exercer les activités visées au titre III de la loi 103.12 relative aux
établissements de crédit et organismes assimilés.

Le Comité des Etablissements de Crédit (CEC) a émis, en date du 30 janvier 2017, un avis
favorable sur ces amendements, compte tenu de leur adaptation aux activités qui sont exercée.
L’objectif consiste à définir un cadre comptable approprié aux opérations de finance
participative, instituées par la loi bancaire 2015. Les amendements couvrent les opérations :
«Mourabaha», «Ijara», «Moudaraba», «Moucharaka», «Salam» et les fonds recueillis sous
forme de dépôts d’investissement ». Les particularités de l’activité des banques participatives
ont été prises en compte après des adaptations du CGNC et au PCEC, afin de mieux refléter la
réalité du secteur et permettre une meilleure information sur la gestion et le suivi de l’activité.

Le projet d’amendements a été finalisé et validé par un groupe de travail institué par décision
du Ministre de l’Economie et des Finances du 28 mars 2017. Il a été examiné et approuvé par
le comité Permanent du CNC, lors de sa réunion du 6 juin 2017. Et la présente norme
comptable a été finalement adoptée par le CNC, réuni en Assemblée Plénière le 11 juillet
2017 sous la présidence du Ministre de l’Economie et des Finances.

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Le cadre comptable élaboré pour cette activité pousse les banques à un maximum de
transparence dans leur communication financière. Les établissements qui exercent à travers
des fenêtres participatives devront isoler leurs activités au niveau d’un bilan et d’un compte
de produits et charges dédiés. Par contre, ceux qui créeront des filiales l’intégreront dans leurs
états financiers simplement en rajoutant plusieurs nouvelles rubriques dans leurs comptes
sociaux. Les dépôts classiques et ceux de la finance participative seront séparés. Chaque
élément du rapport financier a connu son lot de modifications pour faire ressortir au mieux les
activités participatives.

A l’actif du bilan, les créances de la clientèle ne se limitent plus désormais aux crédits, elles
engloberont aussi des financements participatifs de différents types (trésorerie et
consommation, équipement et immobilier). Les certificats de sukuk permettant aux acteurs de
lever des fonds pour leur développement et de placer leurs liquidités s’ajoutent aux titres de
transaction et de placement (détenus en général à plus ou moins court terme) et aux titres
d’investissement (détenus durablement). L’actif intègre aussi une rubrique sur les biens acquis
dans le cadre des financements participatifs, étant entendu que les banques devront elles-
mêmes se porter acquéreuses de biens meubles ou immeubles destinés à être revendus à la
clientèle en Mourabaha ou Ijara.

La rubrique «titres de participation» s’est étoffé des titres Moudaraba et Moucharaka qui
permettent aux banques de prendre des parts dans des entreprises sur le modèle du capital
investissement. Au passif, les dépôts des clients des établissements participatifs sont dissociés
des dépôts classiques. Une nouvelle rubrique est aussi dédiée aux dépôts d’investissement
reçus, sorte de comptes d’épargne que les banques devront investir dans des projets pour en
distribuer les bénéfices à la clientèle. En revanche, il n’y a pas de changement notable au
niveau du hors bilan. Seuls les titres Moucharaka et Moudaraba à recevoir apparaissent parmi
les engagements reçus.

Le compte de produits et de charges, quant à lui, fait l’objet de plusieurs médications qui
permettront de bien cerner l’impact financier des activités participatives. Première grande
nouveauté, les banques ne comptabiliseront plus dans leurs produits d’exploitation que des
intérêts, elles y inscriront aussi les rémunérations correspondant à la marge perçue sur les
financements participatifs accordés. De même, elles doivent faire figurer au niveau du compte
produits, les revenus issus des certificats de sukuk, des titres Moudaraba et Moucharaka, ainsi
que les produits sur immobilisations données en Ijara, similaires aux produits dégagés sur le
crédit-bail. Réciproquement, de nouvelles rubriques sont rajoutées au compte de charges. La
comptabilisation de cette manière des charges et produits issus de la finance participative
permettra de ressortir des marges toutes aussi détaillées. Ainsi, une nouvelle marge sur
financements participatifs fait son apparition dans l’état des soldes de gestion, de même qu’un
résultat sur les opérations d’Ijara. A tout cela s’ajoutent des modifications apportées aux états
des informations complémentaires.

Outre l’ajustement des états financiers, BAM a naturellement rajouté au PCEC une
quarantaine de nouveaux comptes fractionnés en plusieurs sous-comptes qui ont été intégrés

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au référentiel. A côté de cela, la Banque centrale a communiqué aux banques des schémas
comptables qui détaillent la démarche de comptabilisation des produits Mourabaha, Ijara,
Moucharaka, Moudaraba et Salam, ainsi que les dépôts d’investissement.

La présentation des étapes d’évolution de la comptabilité spécifique aux établissements de


crédit et de ses particularités nous a permis, au niveau de ce chapitre préliminaire, de nous
situer par rapport au contenu de notre module. Ceci est de nature à nous faciliter la tache afin
de découvrir à travers les trois chapitres suivants :

 Les principes généraux de la comptabilité bancaire,


 Le plan comptable spécifique aux établissements de crédit « PCEC »
 Les états financiers bancaires et l’organisation du système comptable,

Pr : M. Abderrahim TAKI AMRANI

DÉCEMBRE 18, 2014RIBH

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