Vous êtes sur la page 1sur 461

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.

be>
Vitruve et la tradition des traités d’architecture
Frabrica et ratiocinatio

Pierre Gros

Éditeur : Publications de l’École française


de Rome Édition imprimée
Année d'édition : 2006 ISBN : 9782728306657
Date de mise en ligne : 7 juin 2013 Nombre de pages : 491
Collection : Collection de l'École française
de Rome
ISBN électronique : 9782728310289

http://books.openedition.org

Référence électronique
GROS, Pierre. Vitruve et la tradition des traités d’architecture : Frabrica et ratiocinatio. Nouvelle édition [en
ligne]. Rome : Publications de l’École française de Rome, 2006 (généré le 23 mai 2016). Disponible sur
Internet : <http://books.openedition.org/efr/2450>. ISBN : 9782728310289.

Ce document a été généré automatiquement le 23 mai 2016. Il est issu d'une numérisation par
reconnaissance optique de caractères.

© Publications de l’École française de Rome, 2006


Conditions d’utilisation :
http://www.openedition.org/6540

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


1

Les articles et essais qui composent cet ouvrage jalonnent plus de trente années de réflexion sur
le De architectura de Vitruve, le seul traité sur l'art de bâtir qui ait échappé au naufrage de la
littérature technique grecque et romaine. Dispersés dans diverses revues scientifiques ou actes
de colloques, ils étaient, pour certains, devenus presque inaccessibles. Comme d'autre part ils
abordent des questions de terminologie et de méthode qui ne sont pas directement traitées dans
les introductions et commentaires rédigés par le même auteur pour les livres II, III, IV de la
Collection des Universités de France (Paris, 1990, 1992, 1999) ou pour l'édition complète d'Einaudi
(Turin, 1997), une nouvelle présentation globale s'avérait nécessaire. Un tel regroupement
permet de suivre sur le long terme le cheminement d'une recherche qui, d'abord centrée sur la
structure de l'ouvrage et les contraintes imposées par le genre théorique, n'a cessé de
s'approfondir en s'efforçant de retrouver la logique parfois déconcertante qui a présidé à la
définition des règles et à l'organisation des chapitres prescriptifs ou normatifs. Il apparaît ainsi, à
la lecture de ces travaux, que le statut des développements consacrés par Vitruve à l'architecture
dans le système d'énonciation à la fois complexe et imbriqué de son traité compte souvent
davantage que le contenu même de ces développements, ou que du moins celui-ci ne saurait être
ni compris ni évalué avec quelque efficacité sans une réflexion préliminaire sur celui-là. Si l'on
devait retenir un seul enseignement de ces recherches, ce serait celui d'un mode de lecture et
donc d'emploi qui, se défiant de toute exploitation directe d'un précepte technique ou
proportionnel isolé de son contexte, se donne toujours pour tâche de le situer dans l'univers
culturel de l'auteur latin et dans le réseau axiologique, explicite ou implicite, que cet héritier de
la tradition hellénistique d'Asie Mineure considérait comme infrangible. Dans cette démarche, sa
double compétence de latiniste et d'archéologue a permis à Pierre Gros des mises au point et des
découvertes dont la communauté internationale des « vitruviens » et des historiens de
l'architecture a salué la pertinence.

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


2

SOMMAIRE

Remerciements

Hermodoros et Vitruve
Mélanges de l'École française de Rome. Antiquité, 85, 1973, p. 137-161
Pierre Gros
ADDENDUM

Structures et limites de la compilation vitruvienne dans les livres III et IV du De


architectura
Latomus, 34, 1975, p. 986-1009
Pierre Gros
ADDENDUM

Les premières générations d’architectes hellénistiques à Rome


L'Italie préromaine et la Rome républicaine. Mélanges offerts à J. Heurgon, 2, Rome, 1976, p. 387-410 (Collection de
l'École française de Rome, 27)
Pierre Gros

Nombres irrationnels et nombres parfaits chez Vitruve


Mélanges de l'École française de Rome. Antiquité, 88, 1976, p. 669-704
Pierre Gros
ADDENDUM

Vie et mort de l’art hellénistique selon Vitruve et Pline


Revue des études latines, 56, 1978, p. 289-313
Pierre Gros

Le dossier vitruvien d’Hermogénès


Mélanges de l'École française de Rome. Antiquité, 90, 1978, p. 687-703
Pierre Gros
ADDENDUM

La rhétorique des ordres dans l’architecture classique


Colloque sur la rhétorique. Calliope I (= Caesarodunum, XIV bis), Paris, 1979, p. 333-347
Pierre Gros

Vitruve : l’architecture et sa théorie, à la lumière des études récentes


Aufstieg und Niedergang der römischen Welt, II, 36, 1, Berlin, New York, 1982, p. 659-695
Pierre Gros
Introduction
I. Établissement du texte
II. La situation de Vitruve dans l’univers culturel et scientifique de son temps
III. Contenu et portée de la codification vitruvienne
Conclusion
Éléments d’une bibliographie (1960-1979)

La ville idéale à l’époque de César : mythe et réalité du « beau paysage » urbain


Urbi, 8, 1983, p. 119-124
Pierre Gros

La basilique de forum selon Vitruve : la norme et l’expérimentation


Pierre Gros

Le rôle de la scaenographia dans les projets architecturaux du début de l’Empire romain


Le dessin d'architecture dans les sociétés antiques. Actes du colloque de Strasbourg, 26-28 janvier 1984, Leyde, 1985,
p. 231-253 (Travaux du Centre de recherche sur le Proche Orient et la Grèce antique, 8)
Pierre Gros
ADDENDUM

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


3

L’autoritas chez Vitruve. Contribution à l’étude de la sémantique des ordres dans le De


Architectura
Munus non ingratum : Proceedings of the International Symposium on Vitruvius' De architectura and the Hellenistic
and Republican Architecture, Leiden 20-23 January 1987, ed. by H. Geertman and J. J. de Jong, Leyde, 1989, p. 126-133
(BABesch, suppl. 2)
Pierre Gros

Les fondements philosophiques de l’harmonie architecturale selon Vitruve (De


architectura III-IV)
Journal of the Faculty of Letters. The University of Tokyo. Aesthetics, 14, 1989, p. 13-22
Pierre Gros

De la rhétorique à l’architecture : l’ambiguïté de l’asperitas


Voces, Salamanque, 2, 1991, p. 73-79
Pierre Gros

Situation stylistique et chronologique du chapiteau corinthien de Vitruve


L'acanthe dans la sculpture monumentale de l'Antiquité à la Renaissance, Paris, 1993, p. 27-37
Pierre Gros

Apollon, la ligue ionienne et les origines de l’ordre dorique, selon Vitruve, IV, 1, 3-6
Les grands ateliers d'architecture dans le monde égéen du VI e s. av. J.-C. Actes du colloque d'Istanbul, 23-25 mai 1991,
éd. par J. des Courtils etJ.-Ch. Moretti, Istanbul-Paris, 1993, p. 59- 67 (Varia anatolica, 3)
Pierre Gros

Munus non ingratum. Le traité vitruvien et la notion de service


Le projet de Vitruve. Objet, destinataires et réception du De architectura. Actes du colloque international organisé
par l'École française de Rome, l'Institut de recherche sur l'architecture antique du CNRS et la Scuola normale de Pise
(Rome, 26-27 mars 1993), Rome, 1994, p. 75-90 (Collection de l'École française de Rome, 192)
Pierre Gros

Le schéma vitruvien du théâtre latin et sa signification dans le système normatif du De


architectura
Revue archéologique, 1994, p. 57-80
Pierre Gros

La sémantique des ordres à la fin de l’époque hellénistique et au début de l’Empire.


Remarques préliminaires
Splendida civitas nostra. Studi archeologici in onore di A. Frova, a cura di G. Cavalieri Manasse ed E. Roffia, Rome,
1995,p. 23-33
Pierre Gros

Les illustrations du De architectura de Vitruve : histoire d’un malentendu


Les littératures techniques dans l'Antiquité romaine, Vandceuvres-Genève, 1996, p. 19-44 (Entretiens sur l'Antiquité
classique, 42)
Pierre Gros

Ornamentum chez Vitruve : le débat sur le décor architectural à la fin de l’époque


hellénistique
Inédit
Pierre Gros

Introduction générale [original en langue italienne]


Vitruvio, De architectura, a cura di P. Gros, traduzione e commento di A. Corso e E. Romano, Turin, Einaudi, 1997, p.
IX-LXXVII
Pierre Gros
Situation sociale et carrière de Vitruve
La date du De architectura
Le milieu culturel et les débats contemporains
Le projet et sa réalisation
Contenu et organisation du traité
Les contraintes de la codification
Les sources
Vitruve et la tradition italique

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


4

Un problème de la science hellénistique : le changement d’échelle


Téxvai. Techniques et sociétés en Méditerranée [hommage à Marie-Claire Amouretti] : travaux du Centre Camille
Julian, éd. par J.-P. Brun et Ph. Jockey, Paris, 2001, p. 39-48 (L'atelier méditerranéen)
Pierre Gros
Abstract

La géométrie platonicienne de la notice vitruvienne sur l’homme parfait


Annali di architettura, Vicence, 13, 2001, p. 15-24
Pierre Gros
ADDENDUM

Chalcidicum, le mot et la chose


Ocnus, Bologne, 9-10, 2001-2002, p. 123-135
Pierre Gros
ADDENDUM

L’opus signinum selon Vitruve et dans la terminologie archéologique contemporaine


Vitruvio nella cultura architettonica antica, medievale e moderna. Atti del convegno internazionale di Genova, 5-8
novembre 2001, a cura di G. Ciotta, Gênes, 2003, p. 142-152 (Athenaeum).
Pierre Gros

Voluptas chez Vitruve


Inédit
Pierre Gros

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


5

Remerciements

1 La réalisation d’un ouvrage comme celui-ci, composé de textes déjà publiés, pose toujours
des problèmes spécifiques, que seule la convergence de bonnes volontés et de
compétences exceptionnelles rend possible. Aussi est-ce pour nous un agréable devoir de
remercier ceux qui l’ont assurée : en premier lieu les directeurs de l’École française de
Rome, André Vauchez, à qui revient l’initiative de cette publication, et Michel Gras, qui a
accepté de la prendre en charge. Avec son expérience éditoriale et son efficacité
habituelle, François-Charles Uginet a su mener à bien cette entreprise difficile, et nous ne
saurions trop lui en manifester notre très amicale reconnaissance.

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


6

Hermodoros et Vitruve
Mélanges de l'École française de Rome. Antiquité, 85, 1973, p. 137-161

Pierre Gros

1 Une controverse s’est naguère développée à propos du seul passage du De Architectura, où


Vitruve mentionne le nom d’Hermodoros. Dans la mesure où elle est exemplaire d’une
certaine incompréhension entre archéologues et philologues, il vaut la peine d’en dégager
les postulats implicites. Mais aussi les connaissances plus précises que nous ont acquises
des recherches récentes sur le contexte social et artistique de la fin du IIe siècle av. J.-C.
éclairent le problème d’un jour nouveau et en rendent la solution plus urgente sinon plus
aisée : la position adoptée sur ce point de détail engage maintenant, qu’on le veuille ou
non, toute une conception de la première architecture hellénistique à Rome, et oriente
d’une façon décisive le débat sur les sources vitruviennes dans les chapitres consacrés aux
constructions religieuses.
2 Il s’agit, comme on sait, de cette notice du livre III sur les temples périptères. Après en
avoir donné une définition théorique, Vitruve énumère quelques exemples concrets,
selon une démarche qui lui est familière :
Peripteros autem erit, quae habebit in fronte et postico senas columnas, in lateribus
cum angularibus undenas. Ita autem sint hae columnae conlocatae, ut
intercolumnii latitudinis intervallum sit a parietibus circum ad extremos ordines
columnarum, habeatque ambulationem circa cellam aedis, quemadmodum est, in
porticu Meteïli, Iovis Statoris Hermodoris et, ad Mariana, Honoris et Virtutis sine
postico a Mucio facta1.
3 Si l’on s’en tient aux manuscrits, le texte est parfaitement établi1. Deux membres de
phrase ont cependant subi chez certains éditeurs des aménagements divers, sans parler
de la vieille correction de Turnebus, universellement admise, qui transforme hermodi en
Hermodoris. Nous passerons sur le petit problème posé par l’expression ad Mariana,
modifié par Krohn en Mariana par référence à un passage de la préface du livre VII : il ne
met nullement en cause la portée du texte et n’offre à ce titre qu’un intérêt limité2. Nous
nous arrêterons en revanche sur le premier membre de la comparative introduite par
quemadmodum.

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


7

4 La difficulté commence ici quand on essaie d’accorder l’indication contenue dans le texte
avec la documentation archéologique.
5 Ce temple de Jupiter Stator, dont Vitruve nous apprend qu’il était l’œuvre de l’architecte
Hermodoros, fut construit à la demande de Q. Metellus Macedonicus : l’expression Metelli
aedes employée par Pline pour désigner le même édifice, en un passage démarqué de
Varron, ne laisse guère de doute, quoiqu’on en ait pu dire, sur l’identité du
commanditaire3. Il servait de pendant au temple de Junon Regina, au centre du portique
de la zone in circo, auquel le général triomphateur devait donner son nom4. La réalisation
de la porticus Metelli, peu de temps après 146, s’inscrit sans peine à l’intérieur des limites
chronologiques qui sont celles de l’activité de l’architecte, originaire de Salamine de
Chypre, dont nous savons par ailleurs qu’il édifia un temple de Mars, également in circo,
pour le compte de D. Junius Brutus Callaicus, consul en 1385.
6 Or le plan de l’aedes Iovis, dont aucune trace n’a été retrouvée à ce jour6, nous est révélé
par un fragment de la Forma Urbis Severiana : il y apparaît conçu selon le schéma du
périptère, mais sur trois de ses côtés seulement, le mur du fond de la cella, prolongé de
part et d’autre de celle-ci, se rabattant à angle droit sur la ligne des colonnes 7 (fig. 1). Déjà
les observations de Jordan, quoique fondées sur un document partiellement erroné8,
avaient convaincu Krohn de placer, dans la phrase de Vitruve, l’expression sine postico
avant in porticu, ce qui évidemment assure une étroite correspondance entre le texte et le
plan, pour peu qu’on admette que le mot posticum désigne chez le théoricien romain la
partie de la colonnade périphérique située derrière la cella9. Cette correction de Krohn fut
acceptée d’emblée par les archéologues : après H. Jucker10 et G. Lugli 11, P. Castagnoli lui
conférait une particulière autorité en désignant le temple de Jupiter Stator, dans sa
version métellienne, comme le parangon de la catégorie des peripteroi sine postico 12 ;
montrant que ce type d’édifice constituait une remarquable création composite, alliant
les caractères helléniques aux exigences étrusco-italiques, il concluait sur la souplesse du
génie de l’architecte Hermodoros, capable de concevoir, à Rome, un plan relativement
indépendant des habitudes proprement grecques13. Après lui presque tous les historiens
de l’architecture romaine ont entériné ces conclusions, à l’exception de L. Crema ; citons
seulement le manuel fondamental de Boëthius-Ward Perkins, qui admet, sans l’ombre
d’une discussion, que le plan sévérien nous livre l’état du temple au IIe s. av. J.-C. 14. Tout
récemment encore M. Gwyn Morgan se range à l’avis de F. Castagnoli, en une étude qui
entend faire le point des différents problèmes posés par le portique de Metellus 15.

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


8

Fig. 1 - LA « PORTICUS OCTAVIAE ». L’« AEDES JOVIS » EST LE TEMPLE DU HAUT.

7 Les philologues se sont montrés en général beaucoup plus réticents : l’édition de F.


Granger ne tient nul compte de la correction de Krohn16, et S. Ferri, dès avant l’étude de F.
Castagnoli, émettait de graves réserves sur sa légitimité17. Il les développa dans un article
paru en 1956, où il répondait point par point à l’argumentation « archéologique » : non
content de refuser le transfert du petit membre de phrase, il s’efforçait d’établir aussi
l’équation posticum = opisthodome, ce qui l’amenait à définir le peripteros sine postico
comme un temple périptère complet, dont la cella serait seulement dépourvue d’entrée
sur sa face postérieure18. Dans son choix de textes vitruviens, paru en 1960, Ferri
maintenait évidemment la phrase dans son état initial19, imité en cela par C.
Fernsterbusch dans son édition de 1964, la dernière qui nous ait été proposée du De
Architecture20.
8 Il faut convenir que la modification du texte unanime des manuscrits, indépendamment
des problèmes de méthode qu’elle ne manque pas de soulever21, repose sur un postulat
dont la nécessité ne s’impose pas d’elle-même ; il pourrait s’énoncer ainsi : bien qu’ils ne
se réfèrent pas, et pour cause, à un même stade de l’édifice, la notice de Vitruve et le plan
sévérien évoquent un temple dont le plan n’a guère varié en l’espace de quelque 350 ans,
et peuvent à ce titre s’éclairer l’un l’autre. Ce que F. Castagnoli appelle l’évidence des faits
comporte ainsi une pétition de principe assez périlleuse22 : il faut admettre d’abord que la
restauration augustéenne, qui devait transformer le portique de Metellus en une porticus
Octaviae, n’a pas altéré l’ordonnance initiale des deux sanctuaires, et ensuite que la Forma
sévérienne nous conserve le plan de l’état augustéen du portique. Si la seconde assertion
est plus que probable, compte tenu du fait que les travaux d’urbanisme accomplis dans ce
quartier par le premier empereur devaient imposer aux édifices une orientation et une
répartition pratiquement immuables23, la première demeure audacieuse : il est certain en
effet que la réfection du portique entraîna celle des temples. A ce propos on peut

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


9

s’étonner que l’article déjà cité de Gwyn Morgan essaie de remettre en cause, sans
produire d’élément nouveau, les faits établis par A. Degrassi24 : le fragment conservé des
Fasti Palatii Urbinatis, postérieur aux années 13-11 av. J.-C, révèle que le dies natalis des
temples de Jupiter Stator et de Junon Regina, comme celui de tous les sanctuaires de la
zone in Campo restaurés par Auguste, est désormais fixé au 23 septembre, jour
anniversaire du Princeps, ce qui atteste indubitablement une nouvelle dédicace,
consécutive à une réfection partielle ou totale25. Sans préjuger ici des principes observés
par Auguste en ce domaine, on doit constater que l’introduction de la Curia Octaviae, de
forme absidale, dans la moitié Nord du complexe architectural, constituait à elle seule
une raison suffisante pour donner aux deux temples une face postérieure aveugle et unie
26
; c’est sur elle que venait s’adosser l’extrémité de la construction curviligne, et une
colonnade sur le petit côté Nord de l’aedes Iovis eût représenté, dans une telle ordonnance,
un non-sens structurel et plastique (fig. 1).
9 La conjecture de Krohn paraît d’autant plus aventurée que le texte initial se suffit à lui-
même, et offre une cohérence interne très satisfaisante : le quemadmodum par lequel
Vitruve ouvre la série des exemples introduit généralement, au même titre que uti est ou
tamquam27, des éléments de référence dont l’adéquation à la définition théorique décroît à
mesure qu’ils se multiplient ; ainsi, en IV, 8, 4, si le sanctuaire de Veiovis, mentionné en
seconde position dans la série des temples à cella barlongue, correspond assez bien au
schéma esquissé par Vitruve, l’Erechthéion invoqué en quatrième position n’entretient
plus avec lui que des rapports lointains28. Dans notre texte du livre III, il serait pour le
moins inattendu que le premier exemple allégué fût précisément un temple dont l’
ambulatio n’était pas périphérique ; il est plus normal que l’« anomalie » — en l’occurrence
l’absence de posticum — n’apparaisse qu’avec l’exemple suivant. Si l’on accorde à Vitruve
un minimum de logique, on doit admettre qu’il a choisi à dessein ces deux temples pour
faire « voir » à son lecteur romain d’abord le plan orthodoxe du périptère complet, avec l’
aedes Iovis, et en second lieu la dérivation qu’on en trouve fréquemment en milieu
italique, depuis le IIIe s. av. J.-C, avec l’aedes Honoris et Virtutis29.
10 Mais que désigne exactement ce mot de posticum ? L’interprétation la plus couramment
admise a été, nous l’avons dit, contestée par S. Ferri. A tort, nous semble-t-il. Ce n’est pas
parce qu’en maint passage du livre III posticum paraît être pris pour le symétrique de
pronaos30, qu’il désigne effectivement la réalité entendue dans l’architecture grecque par
le mot opisthodome, c’est-à-dire un espace délimité, derrière la cella, par le
prolongement des murs de celle-ci, et le plus souvent des colonnes in antis. En fait, moins
rigoureux qu’on ne le croit parfois dans le maniement du vocabulaire technique, Vitruve
confond volontiers, dans ces mêmes passages, l’espace du pronaos et celui du pteroma
dans la mesure où il lui arrive de substituer au mot de pronaos celui de frons ; en
particulier dans le texte qui nous occupe, il est clair que l’expression in fronte et postico est
exactement équivalente à in pronao et postico, et que le théoricien entend par là, dans l’un
et l’autre cas, la colonnade de la péristasis sur les petits côtés31. Ajoutons que lorsqu’il en
vient à préciser, en IV, 4, 1, les proportions canoniques de la cella, s’il met en place un
pronaos au sens propre du terme, il n’évoque pas un instant la présence d’un
opisthodome32. On en doit conclure qu’à l’intérieur de sa colonnade périphérique le
sanctuaire périptère du type le plus orthodoxe ne comporte pour Vitruve qu’un mur
aveugle au fond de la cella, et que le posticum n’est rien d’autre que l’espace compris entre
ce mur et la colonnade de la face postérieure. Sur ce dernier point du moins
l’interprétation de F. Castagnoli demeure indiscutable.

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


10

11 Cependant on ne semble pas s’être avisé d’une autre difficulté, inhérente aux textes de
Vitruve, et qui trahit certainement, sinon la contamination, du moins l’utilisation
alternée de deux sources différentes. Les normes adoptées dans le livre III pour le temple
périptère sont de toute évidence déduites de celles qui régissent le pseudo-diptère : même
rapport de 1/2 entre le nombre des entrecolonnements des longs côtés et ceux des
façades, même constante dans la largeur de l’ambulatio, égale, dans le pseudo-diptère, à
deux entrecolonnements plus une colonne, et dans le périptère à un entrecolonnement
simple, ceci sur le pourtour de l’édifice, comme l’indique expressément l’emploi de circum
et de circa dans chacun des deux passages33. Bien que Vitruve ne le dise pas, cette dernière
exigence implique une cella de forme assez allongée, faute de quoi l’espace entre les antes
et les petits côtés de la colonnade serait plus large que le couloir régnant sur les parois
latérales. Dans l’hypothèse la plus canonique, celle de l’hexastyle eustyle, les dimensions
de la colonnade périphérique, exprimées en modules, atteignent 18 x 33,5, soit un rapport
largeur/longueur de 1/1,86, alors que celles du sanctuaire lui-même, y compris le
pronaos, sont de 11,5 x 27, soit un rapport de 1/2,3434. Dans le livre IV au contraire,
Vitruve, qui aborde la question sous l’angle plus concret de la mise en place des
structures internes, pose en principe que la cella, pronaos compris, doit être deux fois
plus longue que large35. Il ne s’agit pas, comme le veut A. Choisy, d’une particularité des
petits sanctuaires, ni, comme l’affirme F. W. Schlikker, d’une caractéristique des
périptères doriques, mais bien d’une disposition qui concerne tous les temples, quels que
soient leur ordre et leurs dimensions36 : la dernière phrase du chapitre 3, qui clôt l’étude
de l’exterior species est formelle sur ce point, et la reprise du même principe à propos des
temples à cella barlongue confirme son universalité en termes non ambigus : cellae enim
longitudinibus duplices sunt ad latitudines uti reliquae37. Cela entraîne pour le périptère
ionique, si l’exigence d’une ambulatio de largeur constante est maintenue 38, une
transformation assez notable du rectangle de la péristasis : en conservant une façade
hexastyle et un rythme de colonnade eustyle, les dimensions de la cella, exprimées en
modules, sont de 11,5 x 23, alors que celles du stylobate devraient se réduire cette fois à
18 x 29,5, soit un rapport de 1/1,63. Autrement dit les longs côtés se trouvent abrégés
d’un tronçon de quatre modules, ce qui ne correspond à aucune unité structurelle définie,
mais se situe evidemment entre la somme de 1 entrecolonnement + 1 colonne (= 3,25
modules) et celle de 2 entrecolonnements + 2 colonnes (= 6,50 modules).
12 Selon qu’on suit le texte du livre III ou celui du livre IV, on doit donc imaginer le schéma-
type du périptère vitruvien soit sous la forme d’un temple de 6 colonnes sur 11, à cella
allongée, soit sous celle d’un temple de 6 colonnes sur 9 ou 10, à cella plus trapue. Dans le
premier cas, il paraît naturel de postuler une dérivation à partir d’Hermogénès
d’Alabanda39. Le pseudo-diptère, tel que Vitruve le trouvait décrit dans le traité de cet
architecte asiatique, constituait pour lui le temple idéal. Il le dit explicitement en III, 3, 9,
après avoir vanté les vertus du rythme eustyle :
Haec autem ut explicantur in pseudodipteris aedium dispositionibus ! Quare videtur
acuta magnaque sollertia effectus operum Hermogenes fecisse reliquisseque fontes,
unde posteri possent haurire disciplinarum rationes40.
13 Même si Hermogénès ne donnait, comme il est probable, aucune directive concernant le
périptère41, Vitruve pouvait sans peine en déduire les proportions, au terme d’une
démarche extrêmement simple, explicitée par la fig. n° 2.
14 Il est plus difficile de mettre un nom à l’origine du second schéma. Nous connaissons
toutefois un temple à Rome qui offre des caractéristiques comparables, c’est celui qu’on

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


11

s’accorde ordinairement pour identifier à l’aedes Neptuni in circo. Découvertes en 1837 par
l’architecte français Baltard, les ruines de cet édifice, situées entre la via degli Specchi et
la via di S. Salvatore in Campo, comportent six colonnes, dont cinq alignées. La restitution
de Vespignani, qui modifie radicalement, en se fondant sur des observations précises, les
premières tentatives de Canina, présente un portique de 6 colonnes sur 9, de rythme
presque pycnostyle ; pour la cella, dont aucun vestige n’a pu être retrouvé, l’archéologue
s’inspire directement de Vitruve, IV, 1 — ce qui ôte évidemment, de notre point de vue,
toute valeur démonstrative à sa reconstitution — mais il est clair que les proportions du
stylobate excluent en toute hypothèse la présence d’un opisthodome, et imposent pour
les dimensions de la salle cultuelle, pronaos compris, un rapport très proche de 1/2 42 (fig.
3).

Fig. 2 - DÉDUCTION DU PÉRIPTÈRE À PARTIR DU EUSTYLE À PARTIR DU PSEUDO-DIPTÈRE.


(D’APRÈS VITRUVE, III, 2, 5-6 ET III, 3, 6-7).

15 Il se trouve que, replacé dans son contexte topographique et religieux, ce temple paraît
étroitement lié à l’activité d’Hermodoros. On sait que l’expression delubrum Domitii,
employée par Pline pour désigner le sanctuaire de Neptune, a longtemps imposé l’idée
que l’édifice avait été construit à la fin de l’époque républicaine43 : il est naturel en effet
de la rapprocher des monnaies émises dans les années 40 av. J.-C. par les soins de l’amiral
Domitius Ahenobarbus, dont les revers s’ornent d’une aedes Neptuni44. Mais l’expression de
Pline peut aussi bien s’entendre d’un temple restauré : songeons par exemple à l’aedes
Dianae Cornificianae, qui doit son nom, ou plutôt son cognomen, au fait que la réfection du
vénérable temple de Diane sur l’Aventin fut confiée parOctave à Cornificius45. Quant aux
monnaies, elles présentent une image tellement schématique, si proche, par son
irréalisme, de celles du temple du Divus Julius émises en 36 av. J.-C, c’est-à-dire bien avant
l’achèvement de cet édifice, qu’on n’en saurait tirer aucun indice chronologique sûr 46. Il
est en revanche important de souligner que ce temple de Neptune entretenait avec les
navalia des liens cultuels évidents, que la proximité des deux constructions ne pouvait que

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


12

renforcer. Un texte de Cicéron nous apprend que les navalia furent restaurés par
Hermodoros à l’extrême fin du IIe s. av. J.-C 47. Si l’on admet, avec P. Mingazzini et F.
Coarelli, que le thiase marin qui ornait, au dire de Pline, l’intérieur du sanctuaire, est
l’œuvre de Scopas Mineur, artiste néo-attique actif à Rome dans le dernier quart du IIe s.
av. J.-C, il est tentant de postuler une restauration décisive du temple, due à Hermodoros
lui-même, dont on sait par ailleurs qu’il travaillait en collaboration étroite avec les
sculpteurs grecs œuvrant dans l’Urbs à la même époque 48. L’hypothèse, émise par F.
Coarelli49, est d’autant plus séduisante que le temple possède, outre les particularités
signalées plus haut, une crépis à quatre degrés, trait rarissime dans les constructions
religieuses de Rome : si l’on fait abstraction d’un fragment du plan sévérien reproduisant
partiellement un curieux périptère dont les murs de cella s’enrichissent de parastades 50,
les deux seuls exemples connus sont le temple rond du Forum Boarium et le temple
double de Vénus et Rome. L’un et l’autre, à près de deux siècles et demi de distance, sont
les témoins de périodes hellénisantes51 ; le premier, à propos duquel on a cru pouvoir
aussi prononcer le nom d’Hermodoros, appartient précisément à cette même fin du IIe s.
av. J.-C, et contenait également, selon toute probabilité, une statue cultuelle signée de
Scopas Mineur52. En second lieu, l’examen de deux des colonnes encore en place dans
l’une des caves contigües à l’église de San Salvatore in Campo nous a révélé que le marbre
utilisé provenait, comme celui du temple rond du Forum Boarium dans sa première
phase, des carrières du Pentélique : c’est une présomption supplémentaire en faveur
d’une datation haute53, à laquelle il convient d’ajouter le fait que le tambour inférieur du
fût est taillé dans le même bloc que la base54. Celle-ci, constituée d’un seul tore, loin
d’offrir, comme le voulait Jordan, un profil « doricotoscan », se rattache sans doute à la
lointaine tradition des « Wulstbasen » lesbiques, mais sa courbure l’apparente, du point
de vue typologique, à l’élément supérieur d’une base ionique55 (fig. 4) ; il s’agit là, à notre
connaissance, d’un hapax dans l’architecture de Rome, qui ne saurait avoir vu le jour que

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


13

dans une période où la base attique n’a pas encore conquis la suprématie quasi exclusive
qui sera la sienne dès l’époque syllanienne56.

Fig. 3 - LE TEMPLE DE LA VIA DI S. SALVATORE IN CAMPO.

Fig. 4 - LES BASES DU PEMPLE DE LA VIA DI S. SALVATORE IN CAMPO.

16 Il paraît donc raisonnable d’admettre que ce temple de Neptune, si insolite dans l’Urbs,
conserve, en dépit de la restauration dont il fut l’objet à la fin de la République,

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


14

l’empreinte de celui qui fut l’un des premiers architectes grecs ayant travaillé à Rome,
Hermodoros de Salamine. C’est lui qui, selon toute probabilité, constitue la source du
second schéma vitruvien, impliqué dans les indications fugitives mais nettes de IV, 4, 1, et
incompatible avec les exigences de III, 2, 5. Ceci étant admis, il peut sembler curieux que,
dans ce dernier passage, inspiré, lui, d’Hermogénès d’Alabanda, Vitruve se réfère à un
temple comme celui de Jupiter Stator, dont il est logique de penser qu’il présentait des
caractères voisins de ceux de l’aedes Neptuni. Mais les points de comparaison invoqués par
cet auteur sont toujours, à des degrés divers, des approximations. Cela est patent même
lorsqu’il se réfère aux œuvres de celui dont il démarque le traité : nous en avons la preuve
dans les disparités qui subsistent entre la description du temple eustyle, et les données
fournies par l’examen des constructions de Téos et de Magnésie du Méandre57. A plus
forte raison, lorsqu’il cherche à Rome même des éléments qui puissent évoquer pour son
lecteur le schéma idéal, doit-il se contenter, dans la plupart des cas, d’édifices
comparables mais non exactement semblables. Autant il eût été surprenant que l’aedes
Iovis, premier nommé des temples périptères, ne présente point de posticum, autant il est
concevable qu’il n’ait pas possédé les 11 colonnes requises sur les longs côtés,
particularité qui ne modifiait pas notablement son aspect extérieur — le seul pris en
considération dans le livre III58.
17 Les périptères construits par Hermodoros devaient ainsi offrir une physionomie
spécifique. Ils n’appartenaient nullement à cette catégorie d’édifices qui, à la même
époque, relevaient de la Tuscanicorum et Graecorum communis ratiocinatio 59. On ne saurait
en effet arguer de la seule suppression de l’opisthodome pour déceler dans leur plan une
concession aux principes de frontalité étrusco-italiques : cet élément tendait en fait à
s’atrophier dès l’époque tardo-classique, quand il ne disparaissait pas complètement, en
vertu d’un goût nettement marqué à partir du IVe s. pour les formes architecturales plus
courtes et plus ramassées60. Les temples doriques d’Asklépios à Epidaure et de Zeus à
Némée en offrent déjà des exemples caractéristiques, et la tendance devait culminer à
l’époque hellénistique avec le temple d’Athéna Polias à Pergame (6 colonnes sur 10) et, un
siècle plus tard, l’Asklépieion de Cos61. Dans l’architecture ionique le phénomène ne peut
être suivi avec autant de précision, en raison du manque de vestiges exploitables, mais la
« codification » de Pythéos, au temple d’Athéna Polias de Priène, orientait déjà les
recherches dans une direction semblable, puisque l’opisthodome n’y est plus profond que
d’une travée62. Quant au rapport de 2-2-1 qui régit, dans le pseudo-diptère de Magnésie, la
profondeur des trois espaces : pronaos, cella, opisthodome, il contient en germe la
suppression du dernier, dès lors que la péristasis, redevenant simple, se réduit, sur les
longs côtés, de 15 à 11 colonnes63. Indépendamment de ces antécédents, il est clair que
toute recherche de frontalité se trouvait abolie par la présence de la galerie périphérique
et de la crépis.
18 On se gardera d’oublier, de surcroît, que dans leur première version les deux édifices
religieux du portique de Metellus occupaient le centre de la place quadrangulaire, et
qu’une aire libre les séparait de toutes parts de la porticus elle-même, laquelle constituait
une sorte d’écho de la galerie du ou des temples périptères. La répartition des volumes et
des espaces répondait ainsi à des conceptions différentes de celles qu’on observe dans le
portique d’Octavie, où les deux temples sont rendus solidaires du fond de la place, non
seulement par l’intermédiaire de la Curia Octaviae, mais aussi par des murs qui prolongent
vers le nord leurs podiums respectifs. Le projet initial se trouvait ainsi transformé par les
soins d’Auguste en un complexe qui semblait vouloir retrouver, dans la mesure où le

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


15

permettait l’imbrication des constructions de la zone, quelque chose de la frontalité et de


la hiérarchie des espaces qui caractérisait déjà le Forum de César.
19 Le portique de Metellus se concevait en revanche comme un véritable téménos, et il
apparaît à cet égard exemplaire de cette période d’hellénisation intense que fut la
seconde moitié du IIe s. av. J.-C. 64. Le compromis, la consuetudo italica hellénisée, ne se
feront jour que lors de la période suivante, au cours de laquelle les équipes régionales,
prenant leurs distances par rapport à ces magistrales leçons d’architecture, les
réinterprèteront dans leur perspective et avec leurs moyens propres. Il est significatif
que, quelques décennies après la construction du temple de Jupiter Stator, Mucius, qui, si
l’on en croit Vitruve, avait admirablement assimilé les principes d’Hermodoros et
d’Hermogénès, ait pris l’initiative de construire un temple sine postico, retrouvant ainsi,
après une brève éclipse, un schéma italique déjà ancien, mais le transfigurant sans doute
en le parant de tous les prestiges du nouveau décor architectonique, et en lui conférant
des proportions proches de celles des temples grecs65.
20 Comme tous les autres artistes de la période du revixit ars 66, attirés à Rome par la nobilitas
de la seconde moitié du IIe s. av. J.-C, Hermodoros de Salamine, qui peut-être vint en Italie
à l’instigation de Metellus lui-même, ne devait avoir en fait ni le désir ni la possibilité de
créer dans l’Urbs autre chose que des formes plus ou moins directement inspirées de
schémas ou de thèmes néo-classiques67. Sa tâche essentielle ne pouvait être que celle-ci :
en mettant au service de l’oligarchie dirigeante son savoir-faire et sa culture, promouvoir
dans Rome une architecture proprement grecque, dont l’originalité, et le luxe alors
inusité, devaient rehausser le prestige personnel des commanditaires — généraux
vainqueurs et triomphateurs de la Grèce et de l’Orient — en les inscrivant dans la lignée
des évergètes hellénistiques et en affirmant leur hautaine volonté de rupture avec les
traditions italiques68. A cet égard il est opportun de rappeler qu’Hermodoros travaillait en
étroite collaboration avec des sculpteurs néo-attiques puisque Pline nomme Dionysios et
Polyclès comme les auteurs de la statue de culte du temple de Jupiter Stator69, et que l’on
a récemment proposé d’attribuer à Scopas Mineur le groupe cultuel du temple de Mars in
circo70. Dans de telles conditions l’apparition du marbre comme matériau architectonique
prend tout son sens : elle s’inscrit dans les mêmes recherches stylistiques et techniques,
et s’avère inséparable de l’introduction de l’ionisme oriental, dont Hermodoros, de par
son origine et sa formation, fut sans doute en son temps l’un des plus actifs propagateurs
71
. Aussi, lorsque Velleius Paterculus affirme, en une phrase un peu sibylline, qui a suscité
de nombreuses discussions, que Q. Metellus fut le premier à avoir fait construire à Rome
aedem ex marmore in iis ipsis monumentis, il n’est aucune raison de mettre en doute son
témoignage72, et le mot de aedes au singulier ne peut s’appliquer qu’au temple bâti de
toutes pièces par le commanditaire, celui précisément de Jupiter Stator73. Malgré la
curieuse interprétation proposée de ce texte par M. J. Boyd74, et les réserves émises par de
nombreux auteurs sur l’historicité des indications fournies par cet écrivain75, il est aisé de
constater que les formules de Pline qu’on se plaît à lui opposer, ne prouvent rien, en
raison de leur visée polémique et antihistorique76. Surtout, l’existence du temple rond du
Forum Boarium apporte à l’assertion de Velleius une confirmation indirecte mais
éclatante. L’étude de D. E. Strong et J. B. Ward-Perkins, ainsi que l’article préliminaire de
l’architecte F. Rakob, chargé de sa publication complète, ne laissent aucun doute sur le
caractère grec de la conception, sinon de l’exécution de cette tholos périptère à crépis,
construite en marbre pentélique à la fin du IIe s. av. J.-C.77. Si aucun indice déterminant ne
nous autorise pour l’instant à créditer Hermodoros de sa réalisation, il est incontestable,

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


16

comme nous l’avons déjà souligné, qu’elle participe des mêmes tendances artistiques et
idéologiques que les temples attribués au Chypriote.
21 Que Vitruve ait eu les yeux tournés vers les édifices de cette période, nul ne saurait s’en
étonner. Ils devaient représenter, pour le théoricien nourri de culture hellénistique, une
sorte d’âge d’or, trop vite révolu, de l’architecture romaine. Aussi comprenons-nous qu’il
ait suivi Hermodoros au moins autant qu’Hermogénès pour la recomposition idéale du
temple périptère, et peut-être pour d’autres types de constructions religieuses. Mais quel
rapport exact entretenait-il avec l’œuvre d’un architecte, qu’il ne pouvait avoir connu
personnellement ? Dans le cas d’Hermogénès les choses sont relativement simples,
puisque Vitruve mentionne lui-même l’existence de deux traités, auxquels il semble avoir
eu accès78. Avec Hermodoros on peut être tenté d’imaginer une relation différente : la
proximité immédiate de ses œuvres ne favorisait-elle pas une observation directe, d’où
Vitruve eût tiré des mesures et des proportions, érigées ensuite en normes générales ? Il
paraît légitime d’examiner là encore le cas très voisin du temple rond du Forum Boarium,
où nous disposons à la fois des vestiges archéologiques, remarquablement conservés, et
du texte théorique sur les tholoi, au livre IV du De Architectura79.
22 Du plan coté de W. Niemann et F. Rakob, il ressort que la largeur de la galerie circulaire
qui règne autour de la cella est à peu de chose près égale au tiers du diamètre de celle-ci,
mesuré hors d’œuvre80 ; c’est exactement la proportion prônée par Vitruve dans son
chapitre sur les temples ronds, puisque la cella doit occuper selon lui 3/5 de la largeur
totale du stylobate : deinde cellae paries conlocetur cum recessu eius a stylobata circa partem
latitudinis quintam81. D’autre part, en conformité avec la « règle » vitruvienne qui,
contrairement à l’usage couramment observé de son temps, n’admet de podium que pour
les tholoi monoptères et l’exclut dès que la colonnade englobe une cella, le temple du
Forum Boarium possède seulement une crépis : sin autem peripteros ea aedes constituetur,
duo gradus et stylobata ab imo constituantur82. Autant d’indices qui tendent à établir que ces
passages du livre IV dépendent étroitement de l’auteur de l’unique tholos périptère dé
marbre qui, selon toute probabilité, existât encore à Rome à l’époque de la rédaction du
De Architectura.
23 Si l’on continue cependant, en passant du plan à l’élévation, la comparaison du texte et de
l’édifice, force est de constater que les données divergent : en particulier le principe
vitruvien, qui limite la hauteur des colonnes au diamètre intérieur de la cella, n’est plus
respecté83. Deux possibilités d’explication s’offrent ici : ou bien l’on admet que Vitruve
suit une autre source, ce qui est certes toujours possible, ou bien on postule qu’il s’en
tient aux indications laissées par l’auteur de la tholos, sans se soucier des particularités
de sa réalisation. Cette seconde hypothèse, plus économique, trouve un élément de
confirmation dans le fait que les équipes chargées de la construction du temple semblent
avoir été, à l’exception de celles qui sculptèrent les chapiteaux, composées d’artisans
locaux. F. Rakob souligne, dans son article préliminaire, les maladresses et malfaçons de
l’exécution de détail, qui trahissent une totale absence de familiarité avec le matériau
utilisé84. Seul le plan livrait donc fidèlement la pensée de l’architecte, et il fallait, pour en
suivre le développement complet, se référer soit à ses écrits théoriques, s’il en avait
laissé, soit à une tradition orale transmise aux épigones ; c’est ce que Vitruve paraît avoir
fait. Cette démarche correspond bien, du reste, à ce que nous savons par ailleurs des
méthodes de travail des érudits romains, qui préféraient souvent, qu’ils fussent historiens
comme Tite-Live ou « antiquaires » à la façon de Pline, la compilation des fiches à
l’observation directe85.

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


17

24 Le fait que Vitruve ait pu s’inspirer d’Hermodoros, au moins dans le cas des temples
périptères, n’implique-t-il pas une transmission du même ordre ? Une idée ingénieuse,
émise voici plus de trente ans par Schlikker, mérite d’être reprise en considération :
l’auteur des « Hellenistische Vorstellungen von der Schönheit des Bauwerks nach
Vitruv » proposait d’identifier le Hermodoros de Vitruve et de Cornelius Nepos au
Metrodoros de l’index du livre XXXV de Pline86 ; le nom de ce dernier n’est en effet qu’une
restitution, à partir d’une tradition manuscrite très défectueuse, et il est assorti de
l’indication suivante : qui de architectonice scripsit. Cette trop succincte notice autorise
certainement à distinguer le personnage, du peintre Metrodoros évoqué dans un autre
passage87, et constitue une présomption non négligeable en faveur de l’hypothèse d’une
activité théorique d’Hermodoros. Celle-ci du reste, indépendamment de la tendance à la
codification, caractéristique des bâtisseurs de l’hellénisme tardif, devait se trouver
naturellement encouragée par le milieu romain, mal informé encore des problèmes
formels, et par la nécessité de constituer sur place une « école », à laquelle appartint
peut-être, épigone assurément appliqué, ce Mucius tant vanté par Vitruve pour son
orthodoxie88. Si l’on hésite toutefois à prêter à Hermodoros un traité d’architecture, en
raison de son absence de la liste, apparemment exhaustive, des théoriciens grecs et
romains, dressée par Vitruve dans la préface du livre VII89, il n’est pas impossible
d’imaginer que ses enseignements ont été recueillis par l’un des deux écrivains tardo-
républicains dont Vitruve rappelle qu’ils signèrent des volumina sur l’art de bâtir, P.
Septimius et Varron90. Le premier pourrait s’être particulièrement intéressé à
Hermodoros en raison des liens qu’il entretenait lui-même avec l’aristocratie sénatoriale
du début du Ier s. av. J.-C, descendante directe des commanditaires de l’architecte
chypriote91 ; le second, amateur de sculpture néo-attique92, a pu donner de certaines de
ses constructions une description précise, et nous savons du reste qu’une grande part de
la documentation rassemblée par Pline à propos du portique de Metellus provenait en
droite ligne de Varron93.
25 Ainsi, sans vouloir élever Hermodoros au rang de source principale — « Hauptquelle » —
des livres III et IV du De Architectura, peut-on lui accorder, à côté d’Hermogénès, une place
importante dans la série des auteurs auxquels Vitruve a emprunté, plus ou moins
directement, ses données théoriques. Cette conclusion, à laquelle nous conduisent à la
fois l’examen des textes et celui des vestiges archéologiques, ne permet pas seulement
d’ajouter un nom à la liste de ceux qui semblent à l’origine du traité. Elle met en évidence,
dans un cas significatif, certaines des incohérences internes de la compilation
vitruvienne, et apporte en même temps un élément de confirmation aux travaux qui
tendent à resserrer les liens de l’auteur latin avec la tradition hellénistique d’Asie. De
même que le schéma de composition du chapiteau ionique, récemment examiné par W.
Hoepfner94, la conception du temple périptère, telle qu’elle ressort des passages étudiés,
paraît tributaire des recherches conduites en ce domaine dans les milieux hellénistiques
orientaux, au cours du IIe s. av. J.-C, et, selon toute vraisemblance, deux temples à Rome,
ceux de Jupiter Stator et de Neptune, l’un et l’autre in circo, en conservaient, à l’époque de
Vitruve, une image relativement fidèle.

ADDENDUM
26 F. Zevi a montré que le temple de San Salvatore in Circo devait être identifié à celui que D.
Junius Brutus Callaicus fit élever pour Mars, et que Cornelius Nepos désigne comme

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


18

l’œuvre d’Hermodoros. L’attribution des vestiges analysés dans cet article à l’architecte
grec s’en trouve donc confortée.
27 F. Zevi, L’identificazione del tempio di Marte in circo e altre osservazioni, dans L’Italie
préromaine et la Rome républicaine. Mélanges offerts à J. Heurgon, 2, Rome, 1976, p. 387-410 (
Collection de l’École française de Rome, 27).
28 E. Tortorici, Il tempio presso S. Salvatore in Campo : V. Vespignani e Ermodoro di Salamina, dans
Topografia romana. Ricerche e discussioni, Florence, 1988, p. 58-79 (Quaderni di topografia
antica, 10).
29 E. Rodríguez Almeida, Diversi problemi connessi con la lastra n. 37 della Forma Urbis
marmorea e con la topografia in Circo e in Campo, dans Rendiconti della Pontificia Accdemia di
archeologia, 64, 1991-1992, p. 3-26.
30 F. Zevi, s.v. Mars in Circo, dans Lexicon topographicum Urbis Romae, III, Rome, 1996, p.
226-229.

NOTES
1. La chose est assez rare dans la tradition vitruvienne pour qu’on la souligne. Le passage paraît
remonter dans son ensemble à l’archétype x, selon le sigle adopté par F. Krohn, Vitruvii de
architectura libri decem, Munich, 1912, p. VIII et repris par les éditions postérieures (cf. en dernier
lieu J.-P. Chausserie-Laprée, Un nouveau stemma vitruvien, dans BEL, 47, 1969, p. 347 seq.).
2. F. Krohn (ibid. p. 63, 1. 13) s’appuie en effet sur VII, praef. 17 (= 162, 1) : aedis Honoris et Virtutis
Marianae cellae pour supprimer le ad du passage du livre III. Cette correction, acceptée par F.
Castagnoli, Peripteros sine postico , dans RM, 62, 1955, p. 140, n. 3, est refusée par F. Granger,
Vitruvius architecture, I, Londres, 3e édit., 1955, p. 168, par S. Ferri, Note archeologicocritiche al testo
di Vitruvio, dans Parola del Passato 8, 1953, p. 214, Vitruvio, Architettura, Rome, 1960, p. 102, et par C.
Fensterbusch, Vitruv, Zehn Bücher über Architektur, Darmstadt, 1964, p. 144 et p. 162. L’expression
ad Mariana des manuscrits semble évoquer en fait un ensemble de constructions dues à Marius, et
a valeur d’indication topographique comme in porticu Meteïli ; il n’y a aucune raison pour la
réduire à un simple adjectif.
3. Pline, HN, 36,40 : . . .Iovem fecit eboreum in Metelli aede. Le texte, comme le souligne M. J. Boyd,
The Porticus of Metellus and Octavia and their two temples, dans PBSR, 21, 1953, p. 152 seq., paraît
démarqué d’une notice de Varron. La mention d’une aedes Iovis chez Julius Obsequens, 18, dès 152
av. J.-C, n’est pas suffisante pour imposer l’antériorité du temple de Jupiter Stator par rapport au
portique de Metellus. Cf. à ce sujet M. Gwyn Morgan, The Portico of Metellus : a Reconsideration, dans
Hermes, 99, 1971, p. 486.
4. On considère généralement que le temple de Junon Regina fut dédié par l’un des deux censeurs
de 179, M. Aemilius Lepidus, d’après Tite-Live, 40, 52, 1 et 2 ; sa construction était la conséquence
d’un vœu du même personnage, alors consul, en 187 (Tite-Live, 39, 2, 11). C’est la position
adoptée par G. Lugli, F. Castagnoli, M. J. Boyd (ibid., p. 155, n. 19, avec référ. bibliographiques aux
auteurs précédents), A. Degrassi, Inscript. Italiae, XIII, 2, 1963, p. 544, et F. Coarelli, L’ara di Domizio
Enobarbo e la cultura artistica in Roma nel II sec. a.C, dans Dialoghi di Archeologia, 1968, p. 334 seq. M.
Gwyn Morgan (ibid., p. 486 seq.) essaie de dissocier le temple de Lepidus de celui de Metellus,
mais il faut convenir que l’existence de deux sanctuaires dédiés à Junon Regina dans un espace

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


19

aussi peu étendu que la zone in circo paraît bien improbable ; de surcroît on doit noter que les
Fasti Antiates Minores (A. Degrassi, ibid., p. 18 et p. 508) ne mentionnent qu’un temple de Junon (dit
d’ailleurs in campo) dont le dies natalis est le 23 décembre et un temple de Jupiter Stator dont le
dies natalis est le 5 septembre. Il est plus simple d’admettre que Metellus engloba le temple de
Lepidus dans son nouveau portique, peut-être en le restaurant, comme le suppose F. Coarelli (
ibid., p. 335) ; le temple a pu en effet subir des dommages en 158.
5. Comme le souligne judicieusement M. Gwyn Morgan, le fait que le temple de Jupiter Stator soit
attribué par Vitruve à Hermodoros est un argument décisif pour prendre 146 comme terminus
post quem de la construction, car l’activité de l’architecte, attestée à Rome jusqu’à l’extrême fin du
IIe s. av. J.-C. avec l’édification des Navalia, ne saurait avoir commencé dans la première moitié du
siècle. Sur les sources concernant Hermodoros, cf. Cornelius Nepos, VIII, 17, p. 383, édit. Halm
(temple de Mars in circo) et Cicéron, De oratore, I, 62 (Navalia). Cf. F. Coarelli, loc. cit., p. 336 seq. ;
Id., Navalia, Tarentum e la topografia del Campo Marzio Meridionale, dans Quaderni dell’Istituto di
topografia antica dell’Università di Roma, V, 1968, p. 27 seq. ; Id., Classe dirigente romana e arti
figurative, dans Dialoghi di Archeologia, 1970-71, p. 252 seq.
6. A l’exception du mur de soutènement indiqué par R. Lanciani dans Bull. Corr. Arch., 1878, p. 218.
En revanche d’importants vestiges du temple de Junon Regina, dans sa version sévérienne,
subsistent encore. Cf. A. M. Palchetti - L. Quilici, Il tempio di Giunone Regina nel Portico di Ottavia,
dans Quaderni dello Istituto di topografia antica dell’Università di Roma, V, 1968, p. 77 seq.
7. G. Carettoni, A. M. Colini, L. Cozza, G. Gatti, La pianta marmorea di Roma antica, Rome, 1960, p. 91
et pl. XXIX.
8. H. Jordan, Topographie der Stadt Rom im Altertum, I, 3, Berlin, 1907, p. 540. Dans la restitution de
cet auteur, à partir du codex vaticanus qui complète les fragments de marbre, le mur du fond ne se
rabattait pas sur la ligne des colonnes.
9. F. Krohn, Vitruvii de architectura, Teubner, 1912, p. 63, 1. 12.
10. H. Jucker, Vom Verhältnis der Romer zur Bildenden Kunst der Griechen, Francfort sur le Main,
1950, p. 3 (« der Tempel… erhielt die Form eines rückhallenlosen Peripteros »).
11. G. Lugli, Borna Antica, Centro monumentale, Rome, 1946, p. 565.
12. F. Castagnoli, Peripteros sine postico, dans RM, 62, 1955, p. 140 seq.
13. Ibid. p. 143 : « nel primo di questi due templi (Giove Statore) è dato constatare che egli fece
un’architettura non greca ».
14. L. Crema, Architettura romana, Enciclopedia classica, III, 12, 1, p. 47, s’en tient à la donnée du
texte ; A. Boëthius dans Etruscan and Roman Architecture, Penguin Books, 1970, p. 136, en revanche,
adopte implicitement la correction de Krohn.
15. M. Gwyn Morgan, loc. cit., p. 493, n. 3.
16. P. Granger, op. cit., p. 168.
17. S. Ferri, Note archeologico-critiche al testo di Vitruvio, dans Parola del Passato, 8, 1953, p. 221.
18. S. Ferri, Esigenze archeologiche e ricostruzione del testo, dans Studi classici e orientali, VI, 1956, p.
236 seq.
19. Id. Vitruvio, Rome, 1960, p. 101 seq.
20. C. Fensterbusch, Vitruv, Zehn Bücher über Architektur, Darmstadt, 1964, p. 144 et p. 543.
21. Cf. S. Ferri, dans son article de 1956.
22. F. Castagnoli, loc. cit. p. 140 ; Gnomon, 33, 1961, η. 1 et RM 73-74, 1966-67, p. 10.
23. L’aménagement systématique de cette zone, entreprise par Octave immédiatement après
Actium, semble avoir informé définitivement les ensembles architecturaux, comme le suggère
indirectement le fait que la Forma Urbis sévérienne conserve pour la Porticus Octaviae la
dénomination augustéenne. Sur la chronologie des travaux d’Auguste, cf. F. W. Shipley, dans
MAAR, 9, 1931, p. 45 seq.
24. Gwyn Morgan, loc. cit., p. 487 seq.

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


20

25. Cf. A. Degrassi, op. cit., p. 63, p. 508 et p. 512-514. Ces Fasti sont postérieurs aux années 13-11
av. J.-C. puisqu’on y trouve la mention du théâtre de Marcellus. Degrassi rappelle, dans sa
discussion de l’hypothèse de Wissowa (Hermes, 58, 1923, p. 387) qui attribue le fragment au 5
sept., que les Actes des Arvales (addit. post.) désignent le 23 septembre comme la date
anniversaire du temple d’Apollon ad theatr(um) Marc(elli). Gwyn Morgan, reprenant la théorie de
Wissowa (loc. cit., p. 490), considère qu’aucun des deux temples n’a été restauré par Auguste. Il
explicite en fait le postulat sous-jacent à la position de F. Castagnoli ; j’avais moi-même adopté
cette position dans MEFR, 79, 1967, p. 531 seq.
26. Sur la Curia Octaviae, cf. Pline, HN, 36, 28 : similiter in curia Octaviae quaeritur de Cupidine fulmen
tenente. L’expression de schola Octaviae employée par Pline, en 35, 114 (in schola in Octaviae
porticibus) et en 36, 22 (nunc in Octaviae scholis positus) pour désigner de toute évidence la même
construction, autorise à identifier cette « curie » à la grande exèdre semi-circulaire orientée vers
le Nord, indiquée par la Forma Urbis. Cf. F. Coarelli, Il tempio di Bellona, dans BC, 80, 1965-67, p. 58,
n. 103. Sur le sens de schola, cf. P. Gros, loc. cit., p. 508 seq.
27. Cf. par ex. III, 3, 4 (= 71,12) : tamquam est Apollinis et Dianae aedis ; III, 3, 5 (71,19-20) : uti est ad
circum Maximum Cereris..., etc.
28. Cf. IV, 8, 4 = 101, 18 seq. : uti est Castoris in circo Flaminio. . . ; sur ce type de plan, cf. A. M. Colini,
dans BC, 1942, p. 46 seq.
29. Pour les plus anciens exemples de peripteroi sine postico, cf. F. Castagnoli, dans RM, 62, 1955, p.
141 seq. Le cas de l’aedes Honoris et Virtutis, si l’on ne suit pas Krohn, devient, notons-le au
passage, fort intéressant. Le précédent du temple dédié à ces deux entités par Marcellus en 208
laisse à penser qu’il devait comporter une cella double (cf. Tite-Live, 27, 25, 7-9), puisque les
Pontifes voulaient un sanctuaire par divinité. On peut imaginer alors que l’absence de posticum
s’explique par des raisons cultuelles : un allongement inusité de la cella, comportant deux salles
séparées par un mur transversal, un peu à la façon du temple de Mantinée cité par Pausanias
(VIII, 9, 1), aurait entraîné la suppression du portique dans la partie postérieure. Mais ce n’est là
évidemment qu’une hypothèse invérifiable. Sur Mucius, l’architecte de ce sanctuaire conçu par
Marius, cf. Vitruve, VII praef. 17 (= 162, 1-5).
30. Cf. III, 2, 7 (= 70,3) ; III, 2, 8 (= 70,10), etc.
31. Autres exemples : III, 2, 6 (= 69,21) ; III, 2, 6 (= 69,24). C’est seulement en IV, 4, 1 (= 94,21), que
Vitruve distingue explicitement l’espace du pronaos de celui du pteroma : …quae disiungant
pteromatos et pronai spatium.
32. Cependant cette étude de l’intérieur des temples et de leur pronaos se situe à un niveau de
généralité qui prétend inclure tous les cas possibles.
33. Cf. III, 2, 5 (= 69,14-20) et III, 2, 6 (= 69,20-26).
34. L’entrecolonnement de l’eustyle vaut 2,25D (où D représente le diamètre inférieur de la
colonne, et le module de l’édifice), sauf l’entrecolonnement central, égal à 3D. Cf. III, 3, 6 (=
71,21-72,1). Pour la colonnade : 1 = 6D + (2,25D X 4) + 3D = 18D ; L = 11D + (2,25D X 10) = 33,5D. De
ces dimensions il faut ôter, pour obtenir celles de la cella, (1D + 2,25D) x 2 = 6,50D. On se place
évidemment dans l’hypothèse où l’épaisseur des antes, sinon des murs, est égale à celle des
colonnes, comme le veut du reste Vitruve. Cf. IV, 4, 4 (= 94,20) : dum antae eorum (sc. parietum)
crassitudinibus columnarum sint aequales. Il va de soi que l’on ne tient pas compte, pour
l’établissement de ces dimensions, de la présence des plinthes, tous les calculs vitruviens étant
fondés uniquement sur l’épaisseur des colonnes à leur base. C’est ce que prouve, entre autres, III,
3, 7 (= 72,3-8) : frons loci quae in aede constituta fuerit… si sex erit columnarum, in paries XVIII (sc.
dividatur) ; cf. à ce sujet les remarques judicieuses de R. Rebuffat, Thamusida II, Supplément 2 aux
MEFR, 1970, tableau II en face de la page 242.
35. IV, 4,1 (= 94,14) : distribuitur autem longitudo aedis, ut latitudo sit longitudinis dimidiae partis,
ipsaque cella parte quarta longior sit quam est latitudo, cum pariete, qui paries valvarum habuerit
conlocationem. Reliquae tres partes pronai ad antas parietum procurrant, quae antae columnarum

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


21

crassitudines habere debent.


Il est à noter que cette exigence s’inscrit dans la règle plus générale de la duplication de la
longueur par rapport à la largeur, énoncée en III, 4,3 (= 76,12) : ita enim erit duplex longitudo operis
ad latitudinem. cf. M. Theuer, Der Peripteraltempel, 1918, p. 58 seq. et H. Riemann, Zum griechischen
Peripteraltempel, 1935, p. 116 seq.
36. A. Choisy, Vitruve, I, Paris, 1909, p. 163 : « Tant que la largeur totale est inférieure à 20 pieds,
Vitruve ne paraît comprendre dans le programme du temple que la cella et son pronaos ». F. W.
Schlikker, Hellenistische Vorstellungen von der Schönheit des Bauwerks nach Vitruv, Berlin, 1940, p.
144, p. 152 et p. 154.
37. Cf. IV, 3, 10 (= 94,10-12) : quoniam exterior species symmetriarum et corinthiorum et doricorum et
ionicorum est perscripta, necesse est etiam interiores cellarum pronaique distributiones explicare. Cette
formule atteste sans ambages que ce qui va suivre concerne absolument toutes les catégories (cf.
supran. 2, p.138), comme le prouve du reste la phrase citée dans le texte (IV, 8, 4 = 101, 24-25).
38. Et de fait, rien n’indique que Vitruve y ait renoncé. Au contraire, il paraît la renouveler, dans
ce même chapitre 4, lorsqu’il recommande par deux fois (IV, 4, 1 = 94,19 et IV, 4, 4 = 95,20) que les
antes du pronaos offrent la même épaisseur que les colonnes. Ce souci indique clairement la
volonté de maintenir une stricte correspondance entre cella et portique, laquelle ne se conçoit
que si l’ambulatio reste aussi étroite en façade que sur les longs côtés.
39. Sur Hermogénès et Vitruve, cf. A. Birnbaum, Vitruvius und die griechische Architektur, dans
Denkschriften der Kaiserlichen Akademie der Wissenschaft in Wien, 57,4, 1914, p. 5 seq. (dépendance
exclusive, selon cet auteur, de Vitruve par rapport à l’architecte oriental) ; R. Carpenter, dans AJA
, 30, 1926, p. 259 seq. (critique du précédent) ; A. von Gerkan, Der Altar des Artemis-Tempels in
Magnesia am Mäander, Berlin, 1929, p. 27 seq. ; F. W. Schlikker, op. cit., p. 22 seq. (prend une
position opposée à celle de Birnbaum, et refuse pratiquement toute liaison entre Vitruve et
Hermogénès) ; H. Riemann, Vitruv und der griechische Tempel, dans AA, 1952, col. 2-38 (met en
lumière, avec quelque excès sans doute, la part de l’interprétation personnelle dans le
démarquage de Vitruve) ; D. S. Robertson, A Handbook of Greek and Roman Architecture, 2 e édit.,
Cambridge, 1954, p. 153 seq. ; G. Gruben, Die Tempel der Griechen , Munich, 1966, p. 366 ; W.
Hoepfner, Zum ionischen Kapitell bei Hermogenes und Vitruv, dans A M, 83, 1968, p. 213 seq. ; W. Weber,
Der Zeus-Tempel von Aizani, dans AM, 84, 1969, p. 193 seq.
40. III, 3, 9 = 73,6-9. Voir aussi, à propos d’Hermogénès, III 2, 6 (= 70,1) ; III, 3, 8 (= 72,16) ; IV, 3, 1 (=
90,23) ; VII, praef. 12 (= 159,9-10).
41. Le traité concernant le temple hexastyle eustyle de Dionysos à Téos ne décrivait qu’un
monoptère, si l’on en croit VII, praef. 12 = 159,10. Cf. cependant la restitution proposée par Y.
Béquignon et A. Laumonier, dans BCH, 49, 1925, pl. VIII.
42. Pour l’identification du temple, cf. en dernier lieu F. Coarelli, L’ara de Domizio Enobarbo..., p.
305 seq., qui montre le bien-fondé de la vieille hypothèse de L. Urlichs, Skopas, Greifswald, 1863,
p. 126 seq. Pour les vestiges et les essais de restitution, cf. L. Canina, Annali dell’Istituto di
corrispond. Archeol., 1838, p. 1 seq. V. Vespignani, Avanzi di tempio incerto della IX Regione di Augusto,
dans BC, 1, 1872-73, p. 212 seq., pl. V et VI ; Brunn, Poseidon-Fries in der Glyptothek zu München, dans
Sitzungsberichte der Bayer-Akademie, 1876, p. 344 seq. ; Jordan, Topographie der Stadt Rom im
Altertum, I, 3, 1907 p. 523 seq. Brunn donne un diamètre inférieur de 1,15 m. pour les colonnes
encore en place, et Jordan un diamètre de 1,25. L’entraxe mesurant 2,66, on obtient dans les deux
cas un rythme plus dense que le pycnostyle vitruvien : E/D = 2,32 chez Brunn et 2,12 chez Jordan,
au lieu de 2,50 d’après III, 3, 2 (= 76,18). L’état actuel des vestiges interdit, dans l’immédiat, toute
vérification précise.
43. Pline, 36,26 : sed in maxima dignitate delubro Cn. Domitii in circo Flaminio Neptunus ipse.
44. Cf. en dernier lieu G. Fuchs, Architekturdarstellungen auf röm. Münzen der Republik und der frühen
Kaiserzeit (= Antike Münzen und geschnittene Steine, 1, 1963) p. 32 et pl. IV, 48.

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


22

45. Cf. Suétone, Divus Augustus, 29, 8 : a L. Cornificio aedes Dianae. L’épithète Cornificiana est
attestée, entre autres, par la Forma Urbis Severiana (cf. édit. de 1960, p. 79 et pl. XXIII). Pour le
temple de Neptune, A. Degrassi, op. cit., p. 487, p. 512 et p. 533, suppose plutôt une restauration
qu’une construction de la part de Domitius.
46. Cf. G. Fuchs, op. cit., p. 37 et pl. IV, 57, V, 58.
47. De oratore, I, 62 : nec, si huic M. Antonio pro Hermodoro fuisse de navalium opere dicendum, non,
quom ab illo causam didicisset, ipse ornate copioseque dixisset. Cf. F. Coarelli, L’ara di Domizio Enobarbo…
, p. 340 et Navalia…, p. 29.
48. P. Mingazzini, dans Arti Figurative, II, 1946, p. 145 seq. ; F. Coarelli, L’ara di Domizio Enobarbo... p.
338 seq.
49. Loc. cit., p. 336.
50. Edit. de 1960 du plan sévérien, p. 120, fragment 103.
51. Sur les tendances de l’époque hadrianique en matière de constructions religieuses, et les
réminiscences ionisantes qu’on y peut retrouver, cf. en dernier lieu W. Weber, loc. cit., p. 193 seq.
52. Cf. F. Coarelli, Classe dirigente romana e arti figurative, dans Dialoghi di Archeologia, IV-V, 1970-71,
p. 263 seq.
53. Je ne saurais trop remercier ici F. Coarelli, qui m’a permis l’accès aux vestiges de ce temple, et
F. Rakob, qui m’a apporté, pour l’identification du marbre, le secours de sa précieuse expérience.
Le recours à ce matériau, sans apporter d’indice chronologique très précis, rend cependant peu
probable l’hypothèse d’une construction à l’époque tardo-républicaine : dans les années 40 av. J.-
C, on aurait employé sans aucun doute le marbre de Carrare. L’exploitation de ces carrières
italiennes, commencée dans la première moitié du Ier s. av. J.-C, devient intensive dès l’époque de
César. Cf. L. Banti, dans SE , 5, 1931, p. 475 seq. ; 0. Vessberg, Studien zur Kunstgeschichte der
römischen Republik, Lund-Leipzig, 1941, p. 63 seq. ; D. E. Strong, J. B. Ward Perkins, dans PB8B, 28,
1960, p. 19 ; W. D. Heilmeyer, Korinthische Normalkapitelle, Heidelberg, 1970, p. 35.
54. Voir à ce sujet D. E. Strong, J. B. Ward Perkins, loc. cit., p. 20.
55. Sur les « Wulstbasen » cf. R. Vallois, L’architecture hellénique et hellénistique à Délos, II, 1, Paris,
1966, p. 129 seq. (Stoa hypostyle) et en dernier lieu B. Wesenberg, Kapitelle und Basen,
Beobachtungen zur Entstehung der griechischen Säulenformen, Düsseldorf, 1971, p. 114 seq. L’un des
exemples les plus récents se trouve à la façade du tombeau macédonien de Vergina ou Bergina.
Cf. H. H. Büsing, Die griechische Halbsäule, DAI, Wiesbaden, 1970, p. 23 et p. 80 et B. Wesenberg, op.
cit., p. 115.
56. Cf. M. Wegner, Schmuckbasen des antiken Rom, Orbis antiquus, 22, Munster, 1966, p. 9 seq., sur la
répartition chronologique des bases « attiques » et « composites » à Rome.
57. A. Birnbaum, op. cit. , p. 6 seq., soulignait déjà combien les constructions connues
d’Hermogénès répondent mal à leur définition théorique vitruvienne. Le temple d’Artémis, cité
en III, 2, 6 (= 70,1) est pseudo-diptère mais non eustyle ; le temple de Teos, cité en III, 3, 8 (= 72,15)
est eustyle, mais ne présente pas cependant un élargissement de l’entrecolonnement central.
Birbaum donnait de cela une raison curieuse mais non absurde : empêché par les commanditaires
de réaliser son plan, Hermogénès aurait précisément écrit ses deux traités (Vitruve, VII, praef. 12
= 159,7-10) pour montrer ce qu’il aurait souhaité faire. Cf. aussi H. Drerup, Zum Artemis-Tempel von
Magnesia, dans Marburger Winckelmanns Programm, 1964, p. 13 seq. et G. Gruben, op. cit., p. 364 seq.
58. Il est remarquable, à cet égard, que Vitruve ne fournisse dans ce livre aucune indication sur
l’ordonnance de la cella du pseudo-diptère. L’affirmation de D. S. Robertson, op. cit., p. 156, selon
laquelle le rapport vitruvien entre pronaos-cella-opisthodome serait de 2-3-2 ne repose sur rien.
59. L’expression est de Vitruve, IV, 8,5 (= 102,3-4). Cf. à ce sujet A. Boëthius, Vitruvius and the
Roman Architecture of his Age, dans AIRRS, II, 1, 1939 (= Dragma M. P. Nilsson), p. 120 seq. et dans
Etruscan and Roman Architecture, p. 132 seq. Voir aussi L. Crema, op. cit., p. 45 seq.
60. Cf. F. W. Schlikker, op. cit., p. 142 seq. et G. Gruben, op. cit., p. 131 seq. et 402 seq.

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


23

61. Sur ce type de plan, cf. en dernier lieu les études de G. Gruben, op. cit., p. 379 seq. ; B. Hodge
Hill, The Temple of Zeus at Nemea, Amer. School of Classical Studies at Athens, 1967, 17, et le compte-
rendu de A. Mallwitz, dans Gnomon , 42, 1970, p. 603 seq. ; H. Knell, Eine Beobachtung am
Asklepiostempel in Epidaurus, dans AA, 1971, pl 206 seq. Voir aussi G. Roux, L’architecture de l’Argolide
aux IVe et IIIe s. av. J.-C, Paris, 1961, p. 390 seq.
62. Cf. en dernier lieu O. Bauer, Beobachtungen am Athenatempel in Priene bei den Bestandsaufnahmen
1965 und 1966, dans BJ, 169, 1969, p. 117 seq.
63. Cf. J. Kohte, C. Watzinger, Magnesia am Maeander, Berlin, 1909, p. 43, fig. 30 ; G. Gruben, op. cit.,
fig. 295 p. 369 ; R. Martin, dans Grèce hellénistique, Univers des Formes, Paris, 1970, p. 37.
64. F. W. Schlikker, op. cit. , p. 30, le souligne bien : « Hermodoros errichtete einen rein
griechischen Bezirk, wobei er wahrscheinlich einen schon vorhandenen Tempel umbaute… ». On
peut évoquer à propos de ce portique la terrasse supérieure de l’Asklépiéion de Cos, par exemple.
Cf. E. Will, Théâtres sacrés de la Syrie et de l’Empire , dans Mélanges de l’Université Saint-Joseph ,
Beyrouth, 37, 1961, p. 217 seq. et pl. IV ; G. Gruben, op. cit., p. 379 seq.
65. Sur Mucius, connu seulement d’après Vitruve, cf. III, 2, 5 (= 69,20) et VII, praef. 17 (= 161,21 -
162,3).
66. Pline, 34,52 : cessavit deinde ars, ac rursus olympiade CLVI revixit, cum fuere longe quidem infra
praedictos, probati tamen, Antaeus, Callistratus, Polycles Athenaeus, Callixenus, Pythocles, Pythias,
Timocles. Cf. H. Gallet de Santerre, dans Pline l’Ancien, Histoire Naturelle, livre 34, Paris, Les Belles
Lettres, 1953, p. 47 seq. et F. Coarelli, Polycles, dans Studi Miscellanei, 15, 1970, p. 77 seq.
67. Sur les rapports possibles de Metellus et d’Hermodoros, cf. M. Gwyn Morgan, loc. cit., p. 498, n.
3.
68. Voir sur ce problème l’étude déjà citée de F. Coarelli, dans Dialoghi di Archeologia, 1970-71, p.
241 seq.
69. Pline, 36, 35 : iidem Polycles et Dionysius, Timarchidis filii, Iovem qui est in proxima aede fecerunt. Cf.
F. Coarelli, L’ara di Domizio Enobarbo..., p. 335.
70. F. Coarelli, ibid., p. 336 seq.
71. Cf. F. W. Schlikker, op. cit., p. 31 seq.
72. Velleius Paterculus, I, 11, 3 seq. : Hic est Metellus Macedonicus, qui porticus, quae fuerunt
circumdatae duabus aedibus sine inscriptione positis, quae nunc Octaviae porticibus ambiuntur, fecerat…
Hic idem primus omnium Romae aedem ex marmore in iis ipsis monumentis molitus < huius > vel
magnificentiae vel luxuriae princeps fuit. cf. M. J. Boyd, op. cit., p. 152 et M. Gwyn Morgan, op. cit., p.
481.
73. M. Gwyn Morgan, op. cit., p. 485 seq., tout en repoussant l’hypothèse de Boyd selon laquelle
aedes désignerait ici la porticus elle-même, considère que les deux temples, celui de Junon et celui
de Jupiter, furent construits en marbre, ce qui n’est possible en fait que si l’on prête à Metellus la
fondation de l’un et de l’autre. Pour la discussion à propos de la date du temple de Junon Regina,
cf. supra, n. 1 p. 139
74. M. J. Boyd, loc. cit., p. 154 seq.
75. Cf. à ce sujet W. D. Heilmeyer, op. cit., p. 33 seq. et la bibliographie citée dans les notes 125 à
127 p. 33-34.
76. D. E. Strong et J. B. Ward-Perkins, loc. cit., p. 19 et p. 30 soulignent avec raison que l’absence de
toute mention d’édifice public de marbre au IIe s. av. J.-C. chez Pline s’explique aisément par le
seul fait que cet auteur traite de la luxuria privée, et s’attache à évoquer les exemples scandaleux
en architecture domestique. Les textes de Pline sur l’emploi du marbre à Rome ont été
remarquablement réunis et analysés par M. Gwyn Morgan, loc. cit., p. 491 seq.
77. D. E. Strong, J. B. Ward Perkins, loc. cit., ibid., F. Rakob, Zum Rundtempel auf dem Forum Boarium
in Rom, dans AA, 1969, p. 275 seq.
78. VII, Praef. 12 (= 159,9 - 10) : Hermogenes de aede Dianae, ionice qui est Magnesia pseudodipteros, et
Liberi Patris Teo monopteros.

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


24

79. IV, 8, 1-2.


80. F. Rakob, loc. cit., fig. 1, p. 276. La largeur du portique périphérique, jusqu’à la limite externe
du stylobate, oscille entre 3,304 m. et 3,338 ; le diamètre de la cella mesure : 8,533 + (0,69 X 2) =
9,913 m.
81. IV, 8, 2 (= 101,5-6).
82. IV, 8, 2 (= 101,4-5). cf. F. Rakob, loc. cit., p. 282 seq. et fig. 13 p. 283.
83. IV, 8, 2 (= 101,7-8) : eaque cella tantam habeat diametrum praeter parietes et circumitionem,
quantam altitudinem columna. Comparer avec les dimensions fournies par les fig. 1 et 2 de l’article
de F. Rakob.
84. F. Rakob, loc. cit., p. 283-284.
85. Pour Pline, cf. les remarques précises de H. Gallet de Santerre, op. cit., p. 66 seq. Pour Tite-
Live, cf. l’introduction de J. Bayet au livre I de l’Histoire Romaine, dans la Collection des Universités de
France, et particulièrement p. XXV seq.
86. F. W. Schlikker, op. cit., p. 29 seq.
87. Pline, 35, 135. Sur le Metrodoros théoricien de l’architecture, cf. aussi Kroll, dans RE, XV, 2,
1932, col. 1483.
88. VII, praef. 17 (= 162,1-5)
89. VII, praef. 15 (= 160,11-14) : amplius vero in id genus scripturae adhuc nemo incubuisse videtur…
90. Ibid., 14 (160,9-10) : item Terentius Varro de novem disciplinis unum de architectura, P. Septimius
duo.
91. « Sur P. Septimius, cf. Münzer, dans RE, II, A, 2, 1923, col. 1562 et J. Collart, Varron, De lingua
latina V, Paris, 1959, p. 153.
92. On sait par Pline que Varron prisait fort Arcésilas et Pasitélès (cf. 33,156 ; 36,39 seq. et 36,91).
Voir sur ce point H. Jucker, op. cit., p. 19 et M. Bieber, dans RM, 48, 1933, p. 270, n. 4.
93. Cf. M. J. Boyd, loc. cit., p. 152.
94. W. Hoepfner, loc. cit. , p. 213 seq., montre en effet, à la suite de H. Drerup, et contre H.
Riemann, combien Vitruve dépend, pour le chapiteau ionique, des sources remontant à la fin du
IIIe et au début du IIe s. av. J.-C.

AUTEUR
PIERRE GROS
Directeur des Etudes à l’Ecole

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


25

Structures et limites de la compilation


vitruvienne dans les livres III et IV du
De architectura
Latomus, 34, 1975, p. 986-1009

Pierre Gros

1 Vitruve n’a pas manqué de souligner avec insistance l’originalité de son entreprise : elle
réside selon lui essentiellement en ceci que pour la première fois se trouvent réunis en un
ensemble cohérent, et traités section par section, les divers aspects de l’activité
architecturale, jusqu’alors dispersés dans des ouvrages isolés, qui laissaient de ce fait
même une impression d’inachèvement1. Pour les édifices religieux en particulier, il
semble que l’effort théorique de ses prédécesseurs ait surtout consisté en une description
commentée de l’une de leurs constructions majeures : ainsi Théodoros de Phocée traita de
la tholos de Delphes, Pythéos du temple d’Athéna à Priène, Hermogénès du temple
d’Artémis Leucophryène à Magnésie et de celui de Dionysos à Téos2, etc… Seul Philon,
actif dans la seconde moitié du IVe s. av. J.-C, avait, s’il faut en croire la brève notice de la
préface du livre VII, abordé la question sous un angle plus vaste, avec son livre de aedium
sacrarum symmetriis3. Mais il est probable que le célèbre auteur de l’arduquel il avait
participé4. Il faut en réalité attendre le Ier siècle av. J.-C. pour trouver, à l’occasion de
« sommes » érudites dues à des lettrés et à des « antiquaires », comme celles de Varron ou
de Septimius, des traités plus complets, mais aussi semble-t-il plus succincts dans leurs
développements, et moins techniques dans leur appréhension des problèmes5, même s’ils
paraissent avoir contribué à diffuser des idées importantes, telle que la nécessaire
universalité de la culture de l’architecte6, ou à préciser la place de l’art de bâtir dans la
série des artes liberales 7. Si Vitruve, le premier sans doute parmi les praticiens tardo-
hellénistiques, estime pouvoir embrasser avec toute la précision souhaitable ce vaste
secteur de l’activité créatrice, c’est qu’il a le sentiment de se placer au terme d’une
évolution pleinement achevée, qu’il lui est loisible d’observer de l’extérieur : sa
conviction d’avoir dépassé désormais le point le plus élevé de la courbe implique pour lui
le double devoir de le décrire avec une autorité qui lui confère valeur conclusive, et d’en

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


26

préserver le fragile équilibre8. Il s’exprime à ce sujet sans ambiguïté, soit qu’il évoque
brièvement les étapes de son art jusqu’à ce qu’il appelle hanc finitionem 9, soit qu’il salue,
avant d’aborder la question des temples et des ordres, le génie des codificateurs, c’est-à-
dire précisément de ceux qui, de son point de vue, ont mis un terme définitif à l’évolution
10
. L’histoire de l’architecture apparaît jalonnée à ses yeux, comme du reste l’histoire de
l’art pour Cicéron, par une série d’inventions, qui font progresser l’humanité, chacune à
leur façon, sur la voie de la perfection, sans toutefois permettre de l’atteindre, car celle-ci
ne se révèle dans sa plénitude qu’au cours des périodes où s’établissent les règles et se
fixent les genres11. Volontiers il ferait sienne la formule du Brutus : nihil est enim simul et
inuentum et perfectum12.
2 Des études importantes ont permis de replacer cette attitude au sein des courants de la
pensée tardo-hellénistique, de Posidonius à Cicéron. Celle de F. W. Schlikker a depuis
longtemps dégagé, au prix d’un dépouillement systématique des sources grecques, toutes
les implications des notions cardinales de proportion, de symétrie et d’eurythmie, et les
« règles » qui selon cet auteur régissent la notion du beau chez Vitruve, demeurent, pour
l’essentiel, recevables, malgré quelques postulats difficiles à admettre et plusieurs
interprétations contestables du texte13. Plus récemment, W. Spoerri a remarquablement
situé la pensée vitruvienne concernant les origines et le développement de la civilisation,
par rapport à celles de Lucrèce, de Manilius et de Diodore de Sicile14. On doit cependant
souligner que l’usage fait par Vitruve de ces cadres de pensée aux articulations si souples,
est singulièrement desséchant ; la notion de finitio revêt dans son livre un aspect
systématique, qui exclut qu’on la rapproche trop étroitement de celle du perfectum
cicéronien15 ; l’auteur du De Oratore avait su saisir l’éminente diversité des manifestations
de la beauté à travers les formes multiples de la création : « L’art de la représentation est
un ; Myron, Polyclète, Lysippe y ont excellé ; tous ont été différents, cependant l’on
n’accepterait d’en voir aucun différent de lui-même »16. Pour Cicéron, si l’éloquence
progresse de Cotta à Crassus ou de Caïus Gracchus à Antoine, c’est, comme l’a montré A.
Michel, en s’enrichissant de toutes les virtualités qui, jusqu’alors, s’étaient réalisées
séparément chez les orateurs du passé17. Vitruve ignore cette notion de progrès par
annexions successives et approfondissements ; ce qu’il retient de l’accomplissement d’un
genre, c’est au contraire ce qui, aux yeux des modernes, passerait plutôt pour un
appauvrissement, à savoir une stricte exigence normative, qui se condense en une série
de lois dont l’ensemble, rigoureusement articulé, constitue la scientia de l’artifex 18. C’est la
possession de cette science qui désigne l’artiste en tant que tel, et c’est par référence à
elle que devraient être émis les jugements sur les hommes et les œuvres : « Si donc, selon
le vœu de Socrate, les sentiments, les pensées et les connaissances développées par
l’étude avaient pu être visibles par transparence, ni la faveur, ni l’intrigue n’auraient de
pouvoir et tous ceux qui, au prix de travaux consciencieux et précis, auraient acquis une
maîtrise parfaite sur le plan théorique, se verraient confier des commandes sans avoir à
les solliciter »19. Si l’inuentio reste théoriquement l’une des qualités essentielles de
l’architecte, seule la cogitatio entre ici en ligne de compte 20 : c’est l’activité du doctus,
dépositaire d’une série de connaissances dont la stricte application apparaît comme la
seule garantie de la qualité de l’œuvre, qui est prônée au long des livres III et IV ; les
initiatives visant à modifier un tant soit peu l’ordonnance canonique des ordres et des
plans y sont explicitement condamnées21 ou, au mieux, considérées comme des tentatives
peu dignes d’intérêt22.

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


27

3 Même si l’on fait la part du plaidoyer pro domo, ou plus précisément des réflexes
compensatoires du praticien vieillissant quelque peu délaissé par les commanditaires
officiels — Vitruve est trop évidemment un personnage en marge du grand mouvement
de gestation qui affecte l’architecture religieuse de son temps, et son refus hautain de se
mêler aux intrigues des « ignorants », ses notations acerbes concernant certaines
innovations, ses silences même cachent mal un dépit réel23 —, même si l’on tient compte
des nécessités du genre — les auteurs de traités n’ont-ils pas toujours eu tendance à
prôner la reproduction fidèle de modèles ou de recettes, aux dépens des qualités de
création et d’imagination ? — il semble que la culture, en ce domaine du moins,
entièrement livresque de Vitruve, ait beaucoup contribué à la rigidité de ses conceptions
et au fixisme des schémas qu’il propose. Les archéologues qui ont accepté de suivre pas à
pas sa description du chapiteau ionique24, par exemple, se sont heurtés à plusieurs
difficultés, qui tiennent au fait que l’auteur n’explique pas vraiment la méthode qui
permettrait de le dessiner, c’est-à-dire de le tailler, puis de le mettre en œuvre, mais
décrit seulement un croquis facial coté, tiré d’un « Skizzenbuch » hellénistique, dont il ne
retient d’ailleurs que les rapports simples, calculés à partir des points remarquables
répartis sur des lignes horizontales et verticales25 ; aussi cherche-t-on en vain le moyen
de situer les centres des quatre portions de cercle à rayon différent, qui définissent la
courbe de la volute26, ou des indications concrètes sur les lits de pose respectifs du
sommet de la colonne et de l’abaque du chapiteau27. Plus généralement, son goût de la
codification numérique, qui le conduit à mettre des chiffres ou des rapports derrière
chaque définition, chaque élément de structure ou de modénature — le rythme
pycnostyle est défini par un entrecolonnement d’un diamètre et demi28 ; la face
extérieure du larmier est aussi haute que le bandeau médian de l’architrave29 ; la largeur
de la cella des temples est égale à la moitié de leur longueur, pronaos compris 30, etc… —
désigne l’homme plus riche de lectures que d’expérience concrète. Que l’on compare à
leurs homologues vitruviens les chapitres d’Alberti sur le décor des temples, et l’on verra
combien paraissent fragiles à l’auteur du De re aedificatoria les règles qu’il vient lui-même
d’énoncer, quand il laisse parler son expérience d’archéologue et de bâtisseur 31. Ce jeu
constant entre l’observation empirique et la rigueur normative, ce sentiment de faire acte
subjectif sinon arbitraire, qui saisit parfois l’architecte humaniste lorsqu’il énonce une
règle : mea quidem sententia…, mihi quidem perfacile persuadebitur… , l’auteur latin les ignore
apparemment32.
4 Ce qu’on dénonce volontiers comme un scolasticisme étroit tient à la situation historique
de Vitruve, qui est celle d’un épigone au deuxième, voire au troisième degré. Nourri
essentiellement d’écrits théoriques tardo-classiques et proto-hellénistiques — qu’on le
veuille ou non, ses sources majeures restent Pythéos et Hermogénès33 —, il admire encore,
mais sans plus les compter au nombre de ses maîtres, les architectes qui, à la suite
d’Hermodoros de Salamine, ont doté l’Urbs de sa première parure monumentale de
marbre, et l’ont fait entrer dans le grand mouvement de recherches qui caractérise la
dernière phase vivante de l’ionisme34 ; mais il ne retient déjà plus, de la seconde
génération romaine des architectes hellénistiques, que ce Mucius, contemporain de
Marius, dont il regrette seulement que le temple d’Honos et Virtus, construit selon toutes
les règles de l’art — legitimis artis institutis — n’ait pas été élevé en marbre 35. Le rapport de
cet architecte aux grands modèles grecs devait cependant être plus complexe que ne
l’imagine Vitruve, s’il est vrai qu’il appliqua les normes des périptères tardo-classiques au
schéma italique du temple sans posticum36. Surtout, on notera le choix très restrictif du

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


28

théoricien romain, qui n’évoque pas, dans son catalogue de la préface du livre VII,
l’activité pourtant encore toute proche, et autrement prestigieuse aux yeux des
contemporains37, de ce Cornelius, architecte de Catulus le censeur, à qui furent confiées
selon toute vraisemblance la restauration du Capitole et la construction du Tabularium38.
C’est de lui, plus que de Mucius ou de Cossutius39, que les archéologues modernes
souhaiteraient posséder un traité, car il est l’introducteur à Rome de ces grandes parois
rythmiques à arcades sous entablement droit, dont l’épreuve avait été faite dès la fin du II
e
s. dans les substructions des sanctuaires du Latium40. Mais il devait, aux yeux de Vitruve,
présenter le défaut rédhibitoire de ne se rattacher directement à aucun système codifié :
si ces puissants soutènements, dont les longues façades exaltent métaphoriquement les
forces à l’œuvre dans les structures voûtées qu’elles dissimulent, trouvent leurs
antécédents à Pergame et, par delà, dans l’architecture des Hécatomnides41, ils supposent
cependant une réinterprétation des structures grecques dans une nouvelle perspective
monumentale ; ils sont le fruit d’une recherche très concertée dans ses fins, mais
empirique dans le choix de ses moyens, et peu propice par conséquent à l’élaboration de
praecepta.
5 Cette échelle de valeurs particulières conduit Vitruve à un certain nombre de choix, qui
ne semblent pas avoir été, jusqu’ici, dégagés avec assez de clarté : d’abord, il affirme une
indifférence de principe à la diversité de ses sources, pourvu qu’elles lui offrent des
systèmes satisfaisants de règles et de codes ; ainsi, après avoir énuméré, à la suite des
grands noms, une série d’architectes moins célèbres, il conclut avec une belle franchise :
« Des commentaires de tous ces gens, j’ai rassemblé en un ensemble unitaire ce qui me
paraissait utile à mon œuvre »42. Mais il ajoute aussitôt que cet éclectisme sans frontières
est forcément limité aux Grecs, seuls quelques rares Romains s’étant jusqu’à présent
risqués dans cette voie difficile43. De cette situation découle la conséquence, à nos yeux
inattendue, mais dans la perspective vitruvienne fort logique, que rien n’existe, en
matière d’architecture, et surtout d’architecture sacrée, si l’on n’en peut trouver une
caution en milieu hellénistique ou hellénique. D’où un effort constant, et parfois
désespéré, pour rattacher les créations les plus hétérodoxes des bâtisseurs occidentaux à
des précédents : l’exemple le plus net est sur ce point celui des temples à cella barlongue,
pour lesquels Vitruve désigne les prototypes de l’Erechthéion et du temple d’Athéna au
cap Sounion44. Le caractère arbitraire d’une telle filiation, l’approximation des
rapprochements formels sont patents et ont été depuis longtemps relevés45. Mais au lieu
d’accuser Vitruve d’incompréhension, à l’égard d’un schéma qu’il décrit pourtant de
façon satisfaisante46, il convient d’observer que c’est pour lui le seul moyen de donner
droit de cité à des édifices romains. En règle générale peu lui importe qu’un type de
temple ne soit pas représenté à Rome ; pourvu qu’il en existe des exemplaires sur les
côtes de l’Egée, il le mentionne et le décrit : c’est le cas des pseudo-diptères et des
décastyles hypèthres47. Mais inversement, il ignorera des édifices non représentés en
Grèce ou en Asie, fussent-ils en son temps parmi les plus prestigieux : c’est le cas des
temples à abside axiale48.
6 De la même façon, s’il refuse d’évoquer en termes explicites les recherches qui, au
moment même où il écrit, aboutissent à la mise au point de ce que nous appelons, depuis
Palladio, l’entablement corinthien49, c’est qu’il lui est impossible, et pour cause, de situer
la corniche modillonnaire dans un contexte ionique ; il se contente donc d’opérer à son
endroit une sorte de réduction dépréciative, en feignant d’y voir la superposition abusive
de denticules et de mutules50.

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


29

7 D’autre part, et il s’agit moins d’une absence de discernement que d’un propos délibéré 51,
Vitruve fera volontiers passer la simplicité d’une règle, gage à ses yeux de rigueur et
d’universalisme, avant son adéquation aux systèmes implicitement établis par les règles
antérieurement énoncées dans son propre ouvrage. Il y a là un principe qui paraît à
l’opposé d’une exigence proprement scientifique, mais qui s’explique si l’on admet que la
perspective de Vitruve est moins celle du bâtisseur que celle du théoricien, et qu’à ce titre
il est prêt à annexer toute indication susceptible de s’énoncer sous une apparence claire
et numériquement définie, quelles qu’en soient les incidences sur les autres
développements.
8 Nous avons essayé de montrer, dans une étude précédente, que la règle générale qui
s’appliquait aux dimensions de la cella était incompatible avec celle qui définissait, pour
le périptère de six colonnes sur onze, les rapports de la cella et du péristyle, et nous leur
avons cherché deux sources spécifiques52. Encore ces deux règles se trouvaient-elles
chacune dans un livre différent. Mais on peut aussi bien rencontrer ce que nous serions
tentés d’appeler des contradictions, dans des passages voisins, à l’intérieur d’un même
chapitre, voire d’une même phrase.
9 Prenons l’exemple des proportions de l’architrave ionique. Vitruve énonce sa règle dans
les termes suivants : « Le réglage des épistyles doit être effectué de telle façon que, si les
colonnes ont la dimension minimum de douze pieds, jusqu’à quinze pieds, leur hauteur
soit égale à la moitié du diamètre de la base de la colonne ; de même, de quinze à vingt
pieds, que l’on divise la hauteur de la colonne en treize parties et que l’une d’elles
devienne la hauteur de l’épistyle ; de même, de vingt à vingt-cinq pieds, que la hauteur
soit divisée en douze parties et demie, et que l’une d’elles soit appliquée à la hauteur des
épistyles ; de même, de vingt-cinq à trente pieds, qu’elle soit divisée en douze parties et
que l’une d’elles en devienne la hauteur »53. On constate donc qu’il existe une rupture
entre la catégorie la plus petite et les autres, puisque le calcul de l’architrave ne s’y fonde
pas sur le même principe. Cette rupture se traduit par un saut quantitatif important ; il
suffit, pour l’apprécier, de convertir le rapport au diamètre en un rapport à la hauteur. La
moitié du diamètre de la base correspond, d’après III, 3, 10,
pour la colonnade araeostyle à 1 /16e de sa hauteur,
pour la colonnade diastyle à 1 /17e de sa hauteur,
pour la colonnade systyle à 1/19e de sa hauteur,
pour la colonnade eustyle à 1 /19e de sa hauteur,
pour la colonnade pycnostyle à 1/20e de sa hauteur.
10 Le rapport de 1 /19e pour les temples eustyles — qui sont ceux auxquels Vitruve pense
implicitement lorsqu’il énonce ces dimensions idéales54 — se raccorde mal à la séquence
1/13e, 1/12e,5, 1/12e, qui est celle des autres catégories. Aussi a-t-on essayé de corriger le
texte pour combler cette irritante lacune55. Mais c’est refuser d’entrer dans le jeu,
pourtant simple, de l’écrivain, et vouloir plaquer sur son mode de raisonnement une
logique qui n’appartient qu’aux éditeurs modernes. Si Vitruve avait voulu établir une
continuité de la première catégorie aux suivantes, et si la rupture n’était due qu’à une
mauvaise transcription des copistes, il se serait exprimé dans les mêmes termes du début
jusqu’à la fin du passage. En fait, il a juxtaposé deux modes de réglage, qui répondent l’un
et l’autre à des préoccupations différentes. Les dimensions de l’architrave doivent en effet
tenir compte à la fois de la hauteur des colonnes et de leur densité : plus s’accroît la taille
du support, et plus les proportions relatives des éléments de l’entablement doivent être
importantes, afin de compenser les effets réducteurs de la vision en perspective, comme
Vitruve le rappelle lui-même d’ailleurs en III, 5, 956. Mais aussi, plus les supports sont

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


30

espacés et plus l’entablement doit être allégé, pour éviter les risques de rupture, dont le
théoricien est également très conscient, d’après III, 3, 457. Ces deux exigences peuvent
être contradictoires, lorsqu’on prône, comme Vitruve lui-même, des ordonnances
monumentales et relativement aérées comme l’eustyle58. Pour la première catégorie, la
relation au diamètre inférieur entraîne une variation de la hauteur des architraves en
fonction de la densité des colonnes : plus les colonnes sont serrées, c’est-à-dire, d’après
III, 3, 11, étroites59, plus l’architrave s’avère, proportionnellement, légère, ce qui s’accorde
apparemment avec la tradition grecque de l’adéquation pondérale de la charge au
support60. Dans la seconde catégorie, la modulation est moins subtile, puisque le réglage
s’effectue en fonction de la seule hauteur des colonnes, indépendamment du rythme de la
péristasis. Qu’est-ce à dire ? Pour les petites colonnes, ce qui a primé c’est le rapport
tectonique poids/support. Pour les colonnes des catégories plus monumentales dont le
pouvoir portant est mieux assuré, le théoricien introduit une modification de la
progression qui, si l’on y prend garde, correspond à une véritable inversion des
proportions : dans la première catégorie, pratiquement, la hauteur relative des
architraves diminue à mesure que s’élèvent les colonnes puisque la colonne araeostyle, de
8 D, supporte une architrave de 1 /16e de sa hauteur, alors que la colonne pycnostyle, de
10 D, supporte une architrave de 1/20e de sa hauteur61. Dans les catégories suivantes, c’est
exactement le contraire qui se produit. Il est donc non seulement vain, mais illégitime, de
vouloir, par une modification textuelle ou une interprétation abusive62, accorder deux
systèmes qui doivent être au contraire reconnus comme étrangers l’un à l’autre. Jusqu’à
quel point Vitruve s’en rendait-il compte ? Il est impossible de savoir si cette rupture
reproduit seulement le saut fortuit d’une source à une autre, ou si elle traduit le résultat
d’une démarche plus concertée. La seconde hypothèse est rendue plausible par
l’impossibilité où se trouvait le théoricien, en raison de sa faible compétence en
mathématiques, d’envisager des systèmes de proportions à plusieurs variables, ce qui
l’incitait souvent à faire des choix simplificateurs63. Mais il n’est pas exclu que
l’incompatibilité des deux types de calcul, qui n’apparaît pas au niveau de la rédaction
(item..., item...), ait été simplement ignorée par l’auteur, séduit qu’il était par l’apparente
rigueur de chacun des deux systèmes.
11 D’autres constatations du même ordre pourraient être faites64. Retenons seulement ici
que l’éclectisme volontaire de Vitruve, joint à une recherche systématique des relations
simples, aboutit fréquemment à une composition paratactique, où la critique moderne se
plaît à relever des inadvertances, mais où il faut surtout voir la conséquence de postulats
méthodologiques, il est vrai plus subis que clairement assumés.
12 Pourtant il arrive que Vitruve ressente lui-même le besoin de sortir de ce cadre à la fois
large et contraignant, et cherche des compromis pour surmonter les difficultés qui en
découlent. La plus patente tient sans doute à la distance qui sépare les données
théoriques exploitées par l’auteur, de la réalité de l’architecture religieuse de son temps.
La volonté d’intégrer dans un discours normatif les principaux représentants d’une
catégorie monumentale très diversifiée, apparaît évidemment desservie par le caractère
ponctuel et historiquement daté des ouvrages qui servent de base à la réflexion
vitruvienne.
13 C’est à cette difficulté qu’il convient d’attribuer, croyons-nous, la division en deux livres
du traité sur les temples. Nullement exigée par la longueur d’un exposé qui s’avère au
total moins ample que le seul livre X consacré à la poliorcétique, la répartition des
chapitres entre les uolumina III et IV s’effectue en effet dans des conditions curieuses : une

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


31

étroite continuité de l’un à l’autre est affirmée par Vitruve dans la courte préface du livre
IV, où l’on apprend, non sans étonnement, que, le livre III ayant été consacré à l’ordre
ionique, il convient désormais de décrire les ordres dorique et corinthien65. Or le livre III
ne s’avoue comme un traité de dispositionibus aedium ionicarum que dans son dernier
paragraphe66. Les chapitres 1 à 3 paraissaient au contraire concerner les proportions, les
plans et l’enveloppe extérieure des constructions religieuses, quel que soit par ailleurs
leur décor architectural67. Les exemples destinés à illustrer tel ou tel type y étaient
empruntés aussi bien à l’univers dorique — temple romain de Quirinus68, temple
d’Apollon d’Alabanda69 — qu’à l’univers ionique. Quant au chapitre IV sur les fondations,
s’il faisait état de bases, il n’en précisait pas la nature, et s’appliquait en termes si
généraux aux substructions des temples qu’on y relevait des notations valables aussi bien
pour les fortifications et les salles souterraines70. De fait, la préface du livre III s’achevait
sur ces mots, qui ne définissaient pas un propos aussi étroit que celui qui semble lui avoir
été assigné par la suite : « J’ai maintenant l’intention de parler des demeures sacrées des
dieux immortels...71 ».
14 Si l’on observe que le livre IV, de son côté, loin de se limiter aux deux ordres, contient des
chapitres consacrés à des détails de structure, tels que le pronaos ou les portes de cella,
reprend le discours sur les plans, interrompu depuis III, 2, et présente des indications sur
la position relative du temple et de son autel, on reste perplexe devant une organisation
dont la clarté n’est pas la qualité saillante. Il est difficile de ne pas déceler le souci de
donner après coup un semblant de cohérence à des enchaînements dont la nécessité
organique n’apparaît guère, dans ces formules de transition qui ponctuent le livre IV : non
alienum mihi uidetur72 (Vitruve retrouve les mêmes mots, un peu embarrassés, quand il
s’efforce de rattacher au tronc commun la branche de la poliorcétique), uti ordo postulat 73
(alors que l’ordre, tant chronologique que logique, tel d’ailleurs qu’il est suggéré par
l’auteur lui-même, deux chapitres plus haut74, exigerait qu’on présentât le dorique avant
l’ionique), necesse est etiam… explicare 75 (quand il s’agit d’intercaler entre deux études
d’ordre un chapitre annexe sur les pronaoi), fiunt autem 76 (introduction peu motivée des
développements complémentaires sur les plans), etc… Tout semble en réalité se passer
comme si le livre IV avait été composé par couches successives autour d’un noyau central
auquel, faute de pouvoir s’intégrer, il aurait essayé de s’agglomérer. Et ce noyau central,
cohérent, solide, clos sur lui-même, c’est le livre III. Le tableau ci-dessous, qui illustre les
étapes normales de la pensée théorique de Vitruve, depuis les symmetriae (rapports
modulaires généraux) jusqu’aux détails de l’élévation, rend patente cette différence entre
les deux livres du point de vue de la composition.

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


32

15 On constate que le livre III s’organise rigoureusement autour d’un modèle de temple à
cella quadrangulaire et péristasis ionique eustyle, que les théoriciens orientaux, et parmi
eux Hermogénès, avaient décrit dans ses moindres détails, soit sous la forme du périptère
simple, soit sous celle du pseudo-diptère77. Pour Vitruve, il s’agit du temple par
excellence, et s’il ne dit pas, au début de ce uolumen, qu’il va parler spécifiquement des
constructions ioniques, c’est parce que, dans la stricte acception de la scientia héritée des
architectes hellénistiques d’Asie, il n’existe pas, il ne doit pas exister d’autre type
d’édifice religieux. Et la cohérence, la précision de ses sources, en ce secteur particulier,
permettent à l’auteur latin de procéder avec logique, selon un schéma linéaire
satisfaisant.
16 Au contraire la répartition des chapitres du livre IV sous les différentes rubriques se
révèle assez anarchique ; elle n’évite ni les retours en arrière ni les répétitions ; encore
n’a-t-on pas pris en considération le chapitre VII, qui constitue à lui seul un livre dans le
livre, traitant de tous les aspects du temple et de l’ordre dits toscans. La prétendue
continuité entre les deux uolumina se circonscrit seulement aux chapitres III, 5 et IV, 1, 2,
3 ; elle ne résiste pas à un examen global comparé.
17 Si Vitruve a éprouvé le besoin de coudre le second au premier, c’est sans doute en grande
partie parce qu’il lui fallait combler les vides laissés par la perspective trop étroite qui
avait d’abord été la sienne, et récupérer en quelque sorte tout ce que la centralisation
trop rigoureuse du livre initial — lequel resta probablement à ses yeux le seul vrai traité
de aedibus sacris — l’avait contraint de négliger. Il fait appel, pour cela, à d’autres sources
théoriques, que leur diversité même rendait difficiles à ordonner, et dont la cohérence
avec celles du livre III demeurait faible, comme l’indiquent explicitement les réflexions
liminaires du chapitre consacré à l’ordre dorique78. Mais le souci de « couvrir », comme
on dirait aujourd’hui, l’ensemble du phénomène religieux, l’a incité à ces adjonctions, qui
représentent une tentative d’élargissement, peu convaincante et au reste souvent peu

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


33

convaincue, d’un discours initialement trop spécialisé. A cela s’ajoutait, comme il arrive
souvent chez Vitruve, le souci de faire un sort à diverses traditions, qui n’avaient pu être
illustrées dans le livre III, et dont l’aspect anecdotique ou rhétorique séduisait notre
auteur, telles l’historiette sur l’origine du chapiteau corinthien79, ou la théorie de la
pétrification des édifices de bois, qui prétend justifier structurellement les diverses
composantes des entablements dorique et ionique80.
18 Le cas des primordia, ou schémas fondamentaux, peut nous aider à saisir les deux temps
d’une démarche, dont seul le premier apparaît assuré : en III, 2, sont présentées les
variantes essentielles du temple ionique, périptère ou pseudo-diptère, au fil de l’un des
exposés les plus sèchement dogmatiques que l’on puisse rencontrer dans le De architectura
; variantes appauvries (in antis, prostyle, amphiprostyle) ou enrichies (diptère, hypèthre
décastyle), mais qui toutes respectent les principes qui régissent, aux yeux de Vitruve et
d’Hermogénès, la forme de la cella et ses rapports éventuels avec un péristyle81. En IV, 8,
en revanche, il s’agit d’absorber tous les plans que la précédente visée n’avait pu
envisager, parce que, à des titres divers, ils s’éloignent des schémas de base, du fait de la
disparition de la cella (monoptères), de celle du péristyle (pseudo-périptères, temples à
cella barlongue), ou de la forme quadrangulaire (tholoi). Sauf pour ces dernières, où
Vitruve se raccrochait à une tradition fermement établie, et du reste introduite à Rome
par la génération des architectes contemporains d’Hermodoros82, les normes appliquées
dans ces temples, de diffusion sinon de création récente, répondaient à des
préoccupations étrangères au théoricien romain, qui ne les trouvait plus dans ses sources
familières. Aussi, malgré un remarquable effort pour gommer leur aspect hétérodoxe en
affirmant leur participation au système des symmetriae 83, et en les soumettant à plusieurs
tentatives de réduction, soit par le biais d’assimilations arbitraires, soit par l’invention de
schémas générateurs abusifs84, Vitruve ne peut-il retrouver son autorité et son aisance
antérieures ; il doit se contenter de les évoquer du dehors, et du reste sans sympathie :
nonnulli etiam… ; alii uero… Il n’est plus chez lui désormais, il décrit l’architecture des
autres.
19 Si l’on passe du plan de la composition d’ensemble à celui de la rédaction de détail, des
difficultés du même ordre se font jour, plus furtives mais non moins éclairantes. Elles
tiennent le plus souvent au sentiment, éprouvé par Vitruve lui-même, du décalage qui
existe forcément entre le cadre de référence des traités qu’il démarque, et celui des
praticiens qui sont ses contemporains. D’où des tentatives d’aménagements, qui créent de
curieuses discordances dans la trame du texte ; ainsi pour justifier son refus tenace des
colonnades denses, refus qui révèle une sensibilité encore toute entière informée par les
créations proto-hellénistiques, et les recherches d’Hermogénès en particulier85, mais qui
s’accorde décidément très mal avec le goût des grandes façades pycnostyles qui s’affirme
à Rome depuis l’époque de César86, Vitruve ne trouve rien de mieux à avancer que des
raisons pseudo-liturgiques, fort éloignées des préoccupations picturales et rythmiques, à
l’origine de la mise au point de l’eustyle dans les sanctuaires orientaux de la fin du IIIe s.
av. J.-C. ; il faut, nous dit-il, que les matrones puissent aller faire leurs supplications sans
avoir à se mettre en file87… Mais plus loin, la vraie raison affleure, émergence inattendue
et d’autant plus précieuse qu’elle nous livre comme une lecture directe, sinon de la source
grecque elle-même, du moins du relais dans lequel Vitruve en a pris connaissance : « Le
système du pteroma, et la mise en place de colonnes autour du sanctuaire ont été
inventés pour que l’aspect offert par le temple tire son prestige de la rudesse des
entrecolonnements »88. Ce passage célèbre, où la notion d’asperitas suggère un rythme

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


34

syncopé, des ruptures optiques savamment ménagées, au moyen de vides ombreux entre
les volumes89, est évidemment insolite, dans un contexte d’où les considérations
esthétiques paraissent avoir été bannies. Vitruve s’empresse d’ailleurs d’en atténuer
l’effet en soulignant, dans la même phrase, l’intérêt que présente, en cas de pluie, un
large péristyle autour de la cella90… Ces correctifs affadissants sont à l’ordinaire mis sur le
compte de l’esprit pratique d’un théoricien plus ingénieur qu’architecte91. Ils s’expliquent
aussi par le fait que Vitruve exploitait un texte désormais coupé de son arrière-plan
théorique, et dont il ressentait le besoin d’actualiser les conclusions, quelque peu
étrangères aux méditations de ses contemporains.
20 Ces remarques ne visent nullement à déprécier les livres du De architectura consacrés aux
temples. Elles veulent au contraire contribuer à définir un mode d’interrogation du texte
qui repose sur des postulats conscients : que peut-on légitimement en attendre, qu’est-il
vain de lui demander ? On rencontre encore trop souvent des références à Vitruve, que
leur absence de motivation vide de tout sens : constater, au détour d’une étude
architecturale, que le profil de tel entablement ou les proportions de telle colonnade
correspondent, ou ne correspondent pas, aux normes énoncées par cet auteur, ne signifie
exactement rien si l’on n’a pas pris le soin élémentaire de préciser quels rapports,
chronologiques et stylistiques, sont susceptibles d’entretenir l’édifice en question et les
théories de Vitruve : selon qu’on parle d’une construction héllénistique, augustéenne ou
impériale, ces rapports peuvent se modifier dans des proportions importantes. Une autre
position, plus ruineuse en quelque manière, car moins innocente, consiste à admettre que
Vitruve nous livre un état de l’architecture religieuse de son temps ; refusant l’aspect
fortement normatif de ses développements, on les accueille comme des descriptions
inspirées des exemples de la première période augustéenne ; mieux, on en vient parfois,
sur cette lancée, à prêter à l’auteur un rôle effectif dans la formation du « classicisme »
augustéen92. Il y a là une pétition de principe dont on n’a pas fini d’évaluer les
conséquences négatives. C’est toute l’appréciation de l’architecture romaine, qui se
trouve hypothéquée par une attitude de ce genre. A l’opposé, on rencontre enfin la série
des lectures hypercritiques, qui finissent par dénier aux livres de Vitruve toute valeur
documentaire, et en font la reconstruction arbitraire d’un esprit systématique, ou
délibérément tourné vers la valorisation des œuvres du passé, aux dépens de
l’observation de l’architecture vivante93.
21 Lire Vitruve, c’est d’abord prendre conscience des exigences du genre qu’il traite, des
limites du cadre qu’il s’est fixé, et de sa propre situation historique. Ces points étant
éclaircis, dans la mesure du possible, on s’aperçoit alors que seules peuvent être retenues
sans interprétation, comme des données documentaires immédiates, les indications du
genre : uti est…, quemadmodum est qui présentent des exemples concrets destinés à
illustrer une définition ; encore prendra-t-on soin de ne pas suivre le texte au pied de la
lettre : s’il nous est très utile d’apprendre, grâce à Vitruve, que le temple césarien de
Venus Genetrix ou celui du Diuus Iulius sont pycnostyles 94, on se souviendra que cela ne
signifie pas forcément que leur entrecolonnement était égal à un diamètre et demi, le
terme, issu d’un manuel grec, désignant en fait les rythmes denses sans impliquer une
spécification numérique aussi sèche95 ; on gardera aussi en mémoire le caractère abusif de
certaines annexions d’édifices grecs à l’origine de séries occidentales, introduites elles
aussi par un uti est … apparemment objectif96.
22 Pour l’ensemble des développements normatifs, et d’abord pour ceux du livre III, ce qu’ils
nous apportent est à la fois plus et moins que de simples faits bruts. Nous leur devons en

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


35

premier lieu, est-il besoin de le rappeler, un vocabulaire précis, sans lequel nous serions
très souvent réduits à utiliser des périphrases ou des approximations ; de par sa situation
extraordinaire d’unique survivant d’une littérature technique qui devait être pourtant
très fournie, Vitruve est un peu pour l’architecture ce que Cicéron est pour la philosophie
grecque, son divulgateur et son transcripteur97. Pour le reste, il nous livre surtout un
certain nombre de principes, qui nous aident à comprendre comment on concevait
l’architecture religieuse dans les grands centres d’Asie Mineure à la fin du IIIe et au IIe s.
av. J.-C. Sans vouloir mettre un nom unique à l’origine de son traité de aedibus sacris,
comme l’a longtemps cherché la « Quellenforschung », on ne peut nier en effet qu’il tire
de l’Ionie hellénistique l’essentiel de ses données98, même s’il n’en saisit pas exactement
toute la portée, et s’il se plaît à figer un peu arbitrairement des rapports modulaires et
des schémas de base qui, dans la pratique, devaient admettre de nombreuses variations.
Et il ne cherche, finalement, dans le livre IV, qu’à mettre sur pied un système comparable
à celui qui régissait dans ses moindres détails l’ordonnance des temples ioniques, pour
d’autres compositions, même quand les sources écrites lui font totalement défaut comme
pour les temples dits toscans99. Cela ne signifie pas que ces deux uolumina ne présentent
aucun éclairage sur l’architecture contemporaine de leur auteur ; mais il faut alors
interpréter, et ce n’est pas toujours simple, les correctifs ou les silences de celui-ci.
Qu’elle prenne la forme de la prétérition, de l’assimilation réductrice ou de la réprobation
pure et simple, l’attitude négative de Vitruve à l’égard de tentatives, dont il déplore
moins la « modernité » — car il est certain que l’architecture augustéenne tend souvent à
chercher ses sources plus haut dans le temps que le traité vitruvien lui-même100 — que la
liberté et la puissance créatrice, véhicule nombre d’indications qu’il serait imprudent de
négliger ; elle nous livre aussi sans doute le goût d’une partie du public éclairé de Rome et
peut nous aider à comprendre comment étaient ressenties les innovations d’une époque
trop vivante pour avoir satisfait tous les esprits : ainsi, quand Vitruve décrit comme
l’invention d’architectes ignorants des « règles » la mise en place de mutules doriques au-
dessus de denticules ioniques, il nous donne une image, polémique certes101, et à ce titre
inexacte, des premières manifestations du corinthien modillonnaire, mais exprime sans
doute un sentiment partagé par beaucoup de ceux qui voyaient d’un mauvais œil la
disparition rapide de la spécificité des anciens ordres, et déploraient le fait qu’on les
considérât désormais comme des répertoires plastiques, où l’on pouvait puiser librement
102
.
23 Ultime héritier d’une lignée d’architectes orientaux, dont il recueille en les raidissant les
principes et les recettes, épigone fasciné par des modèles dont certains sont vieux de près
de trois siècles au moment où il rédige, et dont il ne connaît certainement qu’une
description livresque, le plus souvent d’ailleurs de seconde main, Vitruve ne se conçoit
pas pour autant comme l’historien d’un moment de l’architecture hellénistique. Il entend
penser, à partir de ces cadres conceptuels et de ces éléments de référence, l’architecture
religieuse de son temps : il énonce des principes, dont il est persuadé qu’ils peuvent, qu’ils
doivent trouver leur application dans la Rome du début du règne d’Auguste. Lecteur
scrupuleux de Pythéos, d’Hermogénès, de Philon, entre autres, mais observateur peu
empressé des constructions tardo-républicaines du Latium et de l’Vrbs, il légifère en
théoricien, plus soucieux sans doute de rigorisme ponctuel que de cohérence organique,
mais constamment guidé par la recherche d’une rationalisation des plans et des ordres,
dans une perspective qu’il considère comme celle de l’hellénisme parvenu à son apogée.

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


36

24 C’est cette volonté de présenter comme actuelle une visée essentiellement rétrospective,
comparable à certains égards à celle de Varron, et caractéristique d’un temps où les
« antiquaires » pensaient détenir les clés du présent103, qui crée les tensions, les échos
internes, les ruptures de rythme, dans un texte dont la composition et la rédaction
reflètent, malgré l’apparente sérénité des cheminements et l’autorité sans appel des
formules, les difficultés auxquelles se heurta son auteur.
Rome.

ADDENDUM
25 Depuis la publication de cet article, indépendamment de nos éditions commentées des
livres III et IV du De architectura dans la Collection des Universités de France (Paris, 1990 et
1992), le livre de Burkhardt Wesenberg, Beiträge zur Rekonstruktion griechischer Architektur
nach literarischen Quellen, Berlin, 1983, particulièrement p. 164 sq., a permis un
approfondissement de la réflexion ici amorcée sur les étapes de l’élaboration de la théorie
vitruvienne relative aux temples.

NOTES
1. Cf. 1, praef. 3 : namque his uoluminibus aperui omnes disciplinae rationes ; II, 1, 8 : cum corpus
architecturae scriberem… ; IV, praef. 1 : cum animaduertissem, imperator, plures de architectura
praecepta uoluminaque commentariorum non ordinata sed incepta, uti particulas errabundas, reliquisse,
dignam et utilissimam rem putaui tantae disciplinae corpus ad perfectam ordinationem perducere, et
perscriptas in singulis uoluminibus singulorum generum qualitates explicare. Nous citons le texte
adopté par Rose et Krohn, qui corrigent la leçon des manuscrits : antea disciplinae corpus en tantae
disciplinae corpus. Le problème posé par antea est insoluble, à moins qu’on n’accepte de le traduire
abusivement par une expression du genre « avant tout », ou « le premier de tous » (solutions
adoptées par Granger et Fensterbusch) ; si l’on conserve son sens de « auparavant », on est
contraint de prêter à corpus une signification qui est démentie par les autres expressions (citées
plus haut) où, dans le même contexte, il désigne un ouvrage cohérent et complet. Voir aussi VI,
praef 7 : corpus architecturae ; VII, praef. 10, id corpus ; ibid., 18 : … non putaui silendum sed disposite
singulis uoluminibus de singulis exponeremus.
2. D’après le catalogue de VII, praef. 12.
3. Ibid. (= 159, 6-7).
4. D’après VII, praef. 17. Cf. E. FABRICIUS, dans RE, 20, 1, 1941, col. 59.
5. Sur les traités d’architecture de Varron (un volume) et de Septimius (deux volumes), cf. VII,
praef 14. Sur la personnalité de P. Septimius, lettré à culture encyclopédique, questeur de Varron,
qui lui dédia les livres II à IV de son De lingua latina, cf. MÜNZER, dans RE, II, A, 2, 1923, col. 1562.
6. Cf. WATZINGER, dans Rhein. Museum, 64, 1909, p. 209 seq. ; S. FERRI, Vitruvio, De Architectura, Rome,
1960, p. 32 seq. (à propos de VITRUVE, I, 1, 1-12). On a souvent rapproché les passages vitruviens
du discours de Crassus dans le De Oratore, III, 14, 55 seq. (cf. A. MICHEL, Les rapports de la rhétorique
et de la philosophie dans l’œuvre de Cicéron, Paris, 1960, p. 128 seq.).

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


37

7. Cf. CICÉRON, De Officiis, 151. Cf. B. BILINSKI, Elogio della mano e la concezione ciceroniana della società
dans Atti del 1° Congresso di Studi Ciceroniani, 1961, p. 12 et Cl. NICOLET, L’ordre équestre à l’époque
républicaine, Paris, 1966, p. 360 seq.
8. Cf. II, praef. 5 ; II, 1,6. Voir sur ce point W. SPOERRI, Späthellenistische Berichte über Welt, Kultur und
Götter, Bâle, 1959, p. 147 seq. et 155 seq.
9. II, 8 (= 37, 2).
10. III, 1, 9 : relinquitur ut suspiciamus eos, qui etiam aedes deorum inmortalium constituentes ita
membra operum ordinauerunt, ut proportionibus et symmetriis separatae atque uniuersae conuenientes
efficerentur eorum distributiones.
11. Cf. A. MICHEL, op. cit., p. 302 seq.
12. Brutus, 18, 71.
13. F. W. SCHLIKKER, Hellenistische Vorstellungen von der Schönheit des Bauwerks nach Vitruv, Berlin,
1940. On notera que toute la première partie, qui se donne pour tâche la découverte de la
« Hauptquelle » de Vitruve, est orientée par l’idée, préjudiciable à une exacte appréciation du
texte, que celle-ci doit être unique ; aussi, tout en reconnaissant l’influence de Pythéos et
d’Hermogénès, il leur refuse la place qu’ils méritent comme source du livre III, sous prétexte que
plusieurs passages, particulièrement dans le livre IV, ne s’accordent pas avec leurs préceptes, et
sont même ouvertement polémiques à leur endroit (cf. p. 19 seq. et p. 24 seq.). Voir à ce sujet,
infra p. 1003. Pour le caractère contestable de certaines interprétations de détail, cf. S. FERRI, op.
cit., p. 103 ; P. GROS, dans MEFRA, 85, 1973, p. 146.
14. W. SPOERRI, op. cit., particulièrement p. 121 seq. et 140 seq.
15. Cf. A. MICHEL, op. cit., p. 304-310.
16. De Oratore, III, 7, 26 : Una fingendi est ars, in qua praestantes fuerunt Myro, Polyclitus, Lysippus ; qui
omnes inter se dissimiles fuerunt, sed ita tamen, ut neminem sui uelis esse dissimilem. (Cf. A. MICHEL, op.
cit., p. 306).
17. Ibid., p. 303-306.
18. Significative à cet égard est la préface du livre III, où le malheur de la condition de l’artifex
semble tenir exclusivement au fait qu’il ne peut faire la preuve constante et directe de l’ampleur
de sa science, et où l’ignotitia artis est présentée comme la cause du divorce entre l’artiste et le
public.
19. III, praef. 3 : ergo, uti Socrati placuit, si ita sensus et sententiae scientiaeque disciplinis auctae
perspicuae et perlucidae fuissent, non gratia neque ambitio ualeret, sed si qui ueris certisque laboribus
doctrinarum peruenissent ad scientiam summam. eis ultro opera traderentur.
20. Cf. I, 2, 2 : cogitatio est cura studii plena et industriae uigilantiaeque effectus propositi cum uoluptate.
Inuentio autem est quaestionum obscurarum explicatio ratioque nouae rei uigore mobili reperta. Pour l’
inuentio chez VITRUVE, cf. F. W. SCHLIKKER, op. cit., p. 77 seq.
21. Voir par ex. IV, 2, S (à propos de la présence de mutules ou de denticules sur les corniches des
rampants des frontons) : etiam quod antiqui non probauerunt...
22. Voir IV, 8, 4 (pour les plans hétérodoxes) : nonnulli etiam ...
23. Les passages les plus éloquents sont, de ce point de vue, III, praef. 3, où il affirme
explicitement que le succès va désormais aux ignorants, et qu’il se tiendra donc en retrait de la
vie active, préférant se consacrer à la rédaction de son traité, et VI, praef, 5-6, où il renouvelle en
termes aussi clairs son refus de se mêler aux luttes sordides pour l’obtention des commandes ;
cette attitude lui vaut d’être, il le souligne lui-même, demeuré peu connu : ideo notities parum est
adsecuta. Cf. A. BOËTHIUS, Vitruvius and the Roman Architecture of his Age dans Festschrift D. Nillsson,
Lund-Leipzig, 1939, p. 114 seq., qui reprend les conclusions de W. SACKUR, Vitruv und die
Poliorketiker, Berlin, 1925. Sa situation d’ingénieur militaire en retraite (cf. I, praef, 2) ne se prêtait
guère d’ailleurs à une activité professionnelle très suivie, surtout dans un domaine, l’architecture
religieuse, où il ne semble pas avoir fait d’incursions. La tentative de P. THIELSCHER, dans RE, IX, A,

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


38

1, 1961, col. 459 seq. et 487 seq. pour situer la « retraite » de Vitruve (identifié ici au Mamurra de
Pline, HN , 36, 48) en 14 ap. J.-C. n est pas convaincante ; les données des textes tendent au
contraire à la situer peu avant ou peu après Actium. S’il est probable que Vitruve assuma une
charge précise au service d’Agrippa dans la réorganisation du système d’approvisionnement de
Rome en eau, vers les années 33 av. J.-C, on ne saurait pour autant faire de lui un architecte
directement engagé dans l’œuvre de rénovation monumentale et urbanistique voulue par
Auguste (cf. L. CALLEBAT, Vitruve, De L’Architecture, VIII, Collect. des Universités de France, Paris, 1973,
p. XVIII seq.). Sur ce point les analyses de F. PELLATI (La basilica di Fano e la formazione del trattato di
Vitruvio dans RPAA, 23-24, 1947-49, p. 166 et p. 172) apparaissent peu fondées.
24. III, 5, 5-8.
25. Les tentatives les plus remarquables sont celles de O. PUCHSTEIN , dans Das ionische Kapitell,
Winkelmannsprogramm 47, Berlin, 1887, p. 4 seq. et fig. 1 ; R. CARPENTER, Vitruvius and the Ionic Order
dans AJA, 30, 1926, p. 262 seq. et fig. 3, p. 263 ; W. HOEPFNER, Zum ionischen Kapitell bei Hermogenes
und Vitruv dans AM, 83, 1968, p. 213 seq. Ce dernier souligne avec raison le caractère livresque de
la description vitruvienne et ses incertitudes (en particulier p. 224 seq.) ; voir aussi H. PLOMMER,
dans Vitruvian Studies, Annual of the British School of Athens, 65, 1970, p. 182 seq.
26. Cf. C. FENSTERBUSCH, Vitruv, Zehn Bücher über Architektur, Darmstadt, 1964, pl. VII, 3.
27. On relève seulement une indication peu explicite sur la nécessité de retrouver au lit de pose
de l’architrave la courbure du stylobate. Cf. à ce sujet S. FERRI, op. cit., p. 126 seq.
28. III, 3, 2.
29. III, 5, 11.
30. IV, 4, 1.
31. L. B. ALBERTI, De re aedificatoria, livre VII, voir par ex. chap. 6, p. 569 de l’édition ORLANDI-
PORTOGHESI, Milan, 1966 ; chap. 12, p. 619 ; chap. 13, p. 629, etc…
32. On notera en particulier que le livre III ignore les correctifs dont s’assortissent
ordinairement, dans les autres uolumina, les énoncés normatifs : adaptation à l’environnement
urbain, à l’esthétique générale, à la recherche appliquée d’une organisation fonctionnelle, etc…
Ils réapparaissent furtivement dans le livre IV (par ex. IV, 5, 1 : si nulla ratio impedierit liberaque
fuerit potestas …). Cf. G. BECATTI, Arte e gusto negli scrittori latini, Florence, 1951, p. 131 seq.
33. Les travaux récents de W. HOEPFNER (op. cit.) ont montré combien Vitruve demeurait tributaire
de la tradition orientale des IV-IIIe s. av. J.-C. Sans retomber dans le travers de BIRNBAUM , qui
voulait tout faire remonter à Hermogénès (Vitruvius und die Griechische Architektur, dans
Denkschriften der Kaiserlichen Akademie der Wissenschaften in Wien, 1914, 57, 4, p. 5 seq.) on ne
saurait négliger l’importance de cet architecte dans la codification des édifices ioniques. Les
fouilles turques de Téos viennent de montrer d’autre part, en précisant le plan du temple de
Dionysos, combien Hermogénès est proche encore de la tradition de Pythéos de Priène. Cf. E.
AKURGAL, Ancient Civilizations and Ruins of Turkey, Istanbul, 1970, p. 139 seq. et G. E. BEAN, Aegean
Turkey, Londres, 1966, p. 142 seq.
34. Hermodoros est cité une seule fois par VITRUVE (III, 2, 5). Cf. F. W. SCHLIKKER, op. cit., p. 29 seq.,
P. GROS, loc. cit., p. 148 seq.
35. VII, praef 17.
36. Cf. P. GROS, loc. cit., p. 137 seq. On doit conserver le texte unanime des manuscrits pour le
passage controversé de III, 2, 5 : et, ad Mariana, Honoris et Virtutis sine postico a Mucio facta, et non
pas déplacer la locution sine postico de manière qu’elle s’applique au temple de Jupiter Stator,
comme le voulait Krohn (cf. F. CASTAGNOLI, Peripteros sine postico dans RM, 62, 1955, p. 140 seq.).
37. Sur l’importance que prit aux yeux des contemporains la restauration du Capitolium en 69 av.
J.-C, cf. CICÉRON, In Verr. II, 4, 31, 69.

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


39

38. Le nom de cet architecte nous est connu seulement depuis la découverte de son épitaphe. Cf.
G. MOLISANI, L. Cornelius Quinti Catuli architectus dans Att. Acc. Naz. Lincei, Rendiconti, 26, 1971, p. 41
seq.
39. Sur Cossutius, architecte « romain » (?) de l’Olympéion d’Athènes, cf. VITRUVE, VII, praef. 15 et
17. Voir en dernier lieu sur ce personnage P. BERNARD, dans Syria, 45, 1968, p. 146-147.
40. A Préneste au sanctuaire de la Fortuna Primigenia ; à celui de Juppiter Anxur (Terracine).
41. Cf. en dernier lieu H. LAUTER, Die hellenistische Agora von Aspendos dans Bonn. Jahrb., 170, 1970, p.
77 seq. et R. MARTIN , dans Les cryptoportiques dans l’architecture romaine, Rome, Ecole Française,
1973, p. 23 seq.
42. VII, praef. 14 : quorum ex commentariis, quae utilia esse his rebus animaduerti, collecta in unum coegi
corpus.
43. Ibid. : et ideo maxime, quod animaduerti in ea re ab Graecis uolumina plura edita, ab nostris oppido
quam pauca.
44. IV, 8, 4.
45. Cf. A. M. COLINI, Aedes Veiovis inter Arcem et Capitolium dans BC, 1942, p. 5 seq. ; G. GRUBEN , Die
Tempel der Griechen, Munich, 1966, p. 208 seq.
46. Item generibus aliis constituuntur aedes ex isdem symmetriis ordinatae et alio genere dispositiones
habentes, uti est Castoris in circo Flaminio et inter duos lucos Veiouis, item argutius Nemori Dianae
columnis adiectis dextra ac sinistra ad umeros pronai.
47. III, 2, 6 ; III, 2, 8.
48. Cf. P. GROS, dans MEFR, 79, 1967, p. 503 seq.
49. Cf. D. E. STRONG, Some Observations on Early Roman Corinthian dans JRS, 53, 1963, p. 73 et fig. 6.
Pour une définition (fantaisiste) de l’entablement corinthien avant Palladio, voir le commentaire
de Philander sur le livre III de VITRUVE (Guglielmi Philandri Castilionii /..../ in decem libros M. Vitruvii
Pollionis de Architectura Annotationes, Paris, 1545, p. 82 et fig. p. 83). Je remercie G. Hallier qui a
attiré mon attention sur ce texte. Pour la conception albertienne du corinthien, cf. infra n. 50.
50. IV, 2, 5 : itaque in graecis operibus nemo sub mutulo denticulos constituit ; non enim possunt subtus
cantherios asseres esse. Sur ce problème, cf. P. GROS, Aurea templa. Recherches sur l’architecture
religieuse de Rome à l’époque d’Auguste, Thèse Lettres, Paris, 1974, ex. dactyl. p. 393 seq. On notera
que, pour Alberti, les modillons du corinthien ne sont encore que des mutules doriques à
cambrure (op. cit., p. 599).
51. Encore qu’on ne doive pas exclure a priori l’hypothèse de la contradiction involontaire. Cf. à
ce sujet les remarques de J. SOUBIRAN, Vitruve IX, Collect. Univers. de France, Paris, 1969, p. XLIII.
52. Loc. cit., dans MEFRA, 85, 1973, p. 145 seq.
53. III, 5, 8 : epistyliorum ratio sic est habenda, uti, si columnae fuerint a minima XII pedum ad quindecim
pedes, epistylii sit altitudo dimidia crassitudinis imae columnae ; item ab XV pedibus ad XX, columnae
altitudo dimetiatur in partes tredecim et unius partis altitudo epistylii fiat ; item si a XX ad XXV pedes,
diuidatur altitudo in partes XII et semissem, et eius una pars epistytium in altitudine fiat ; item si ab XXV
pedibus ad XXX, diuidatur in partes XII, et eius una pars altidudo fiat.
54. III, 3, 6-8.
55. C’est ce qu’a fait A. CHOISY, Vitruve, Paris, 1909, I, p. 82 et II, p. 154, qui ajoute 1/6 e à la moitié
du diamètre. Cf. A. BIRNBAUM , op. cit., p. 14, n. 2.
56. Quare semper adiciendum est rationi supplementum in symmetriarum membris, ut, cum fuerint aut
altioribus locis opera aut etiam ipsa colossicotera, habeant magnitudinum rationem.
57. … quod epistylia propter interuallorum magnitudinem franguntur.
58. III, 3, 6 seq.
59. Quemadmodum enim crescunt spatia inter columnas, proportionibus adaugendae sunt crassitudines
scaporum.
60. A. BIRNBAUM , op. cit., p. 13.

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


40

61. Si l’on rapproche les données de III, 3, 10 et de III, 5, 8.


62. Sans reprendre à son compte la correction arbitraire de Choisy, BIRNBAUM , op. cit., p. 14
considère que Vitruve a modifié intentionnellement le texte grec d’où il partait, afin de le rendre
plus proche des usages romains.
63. Sur ce point, cf. J. SOUBIRAN , op. cit., Paris, 1969, p. XXVII-XXIX ; P. GROS, dans REA, 83, 1971, p.
465-466. Un exemple de simplification, fort préjudiciable à la teneur scientifique de l’exposé, est
fourni par la nomenclature des tuyaux de plomb en VIII, 6, 4 : le rapport entre la largeur de la
lame et le poids implique une épaisseur constante, qui ne peut être évidemment maintenue pour
les gros calibres. La rationalisation tourne ici à l’absurde, comme le rappelle L. CALLEBAT, op. cit., p.
165 seq. Une autre table de proportions se révèle à l’examen lourdement fautive, c’est celle des
calibres des catapultes (X, 11, 3), où le diamètre du capitulum est fonction de la charge à lancer. E.
W. MARSDEN , Greek and Roman Artillery, Tecnical Treatises, Oxford, 1971, p. 197 seq. et Historical
Development, Oxford, 1969, p. 203 seq., a montré qu’il convenait de substituer aux mesures en
doigts, des mesures en pouces (unciae), faute de quoi : « Such measurements, accepted on the
authority of an experienced artilleryman, would have caused chaos in the Roman imperial
arsenals ». Il est difficile, certes, de mettre cette erreur sur le compte du manque d’expérience
d’un auteur, qui se présente (I, praef. 2) comme un spécialiste de l’apparatio ballistarum, et qui
évoque, dans le passage immédiatement précédent (X, 11, 2), sa propre activité en ce domaine
(quae ipse faciundo certa cognoui). Mais il apparaît aussi hasardeux de prêter aux copistes une
mauvaise transcription des unités : le mot digitus est répété 14 fois dans le paragraghe, et son
multiple, le pied, mentionné 7 fois. Il n’est pas invraisemblable d’imaginer que Vitruve a
contaminé les données de sa propre expérience avec une table de concordance tirée d’auteurs
grecs, et fondée sur un autre système de mesures, aboutissant ainsi à un ensemble d’apparence
cohérente, mais parfaitement inapplicable.
64. Par exemple les indications fournies en IV, 5, sur la position relative du temple et de l’autel,
ne recoupent pas exactement celles de IV, 9. Cf. S. FERRI, op. cit., p. 170-171.
65. IV, praef. 2 : ex tribus generibus, quae subtilissimas haberent proportionibus modulorum quantitates,
ionici generis mores docui, nunc hoc uolumine de doricis corinthiisque constitutis et omnibus dicam
eorumque discrimina et proprietates explicabo. (texte de KROHN et de FENSTERBUSCH).
66. III, 5, 15 : aedium ionicarum, quam apertissime potui, dispositiones hoc uolumine scripsi.
67. Ils présentent en effet, respectivement : aedium compositio ; aedium principia ; species aedium.
68. III, 2, 7.
69. III, 2, 6. Sur ce temple, cf. A. SCHOBER, Der Fries des Hekateions von Lagina (Ist. Forsch. 2), Vienne,
1933, p. 16 seq. ; H. WEBER, dans Ist. Mitt., 16, 1966, p. 114, n. 12 ; E. AKURGAL, op. cit., p. 31 et p. 243.
70. La formule liminaire de III, 4, 1, est reprise directement de I, 5, 1 ; elle sera répétée en VI, 8, 1.
71. III, praef. 4 : nunc in tertio de deorum inmortalium aedibus sacris dicam...
72. IV, 2, 1 (= 88, 6).
73. IV, 3, 3 (= 99, 11).
74. Cf. IV, 1,7 (après le récit de la construction du premier temple dorique, vient celui de l’origine
des temples ioniques) : item postea Dianae constituere aedem.
75. IV, 3, 10, (= 94, 12-13).
76. IV, 8, 1 (= 100, 19). On trouve une formule du même ordre en VI, 3, 10 (= 143, 26) pour
présenter les usages non italiens en matière d’oecus ; en VII, 14, 1 (= 182, 17), pour indiquer les
produits de remplacement de la pourpre ; en IX, 8, 8 (= 239,4), pour introduire l’exposé sur les
horloges anaphoriques ; en X, 5 (= 257, 5), pour commencer le chapitre sur les roues à eau, après
celui qui concerne les pompes.
77. Les ouvrages de base devaient être, pour Vitruve, les deux traités d’Hermogénès (VII, praef.
12) : de aede Dianae, ionice quae est Magnesia pseudodipteros ; de Liberi Patris aede Teo monopteros. Pour
ce dernier, le terme de monopteros doit être une erreur de Vitruve, car les fouilles menées sur le

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


41

site ont montré définitivement que le temple de Dionysos à Téos était un périptère. Cf. Y.
BÉQUIGNON , A. LAUMONIER, dans BCH, 49, 1925, pl. VIII et E. AKURGAL, op. cit., fig. 48, p. 140.
78. IV, 3, 1 seq. : il en ressort que les praeceptores auxquels se référera Vitruve dans ce chapitre ne
peuvent partager les sentiments négatifs d’Hermogénès et de Pythéos à l’égard du dorique. Sur
ce point cf. l’étude de R. A. TOMLINSON, The Doric Order. Hellenistic Critics and Criticism dans JHS, 83,
1963, p. 133 seq. Cependant on doit noter que l’entablement dorique, présenté en IV, 3, 4 seq. est
très proche, surtout dans ses parties hautes, des profils ioniques. Vitruve l’indique lui-même
explicitement : reliqua omnia, tympana, simae, coronae, quemadmodum supra scriptum est in ionicis, ita
perficiantur. En cela, et malgré son rigorisme, Vitruve n’échappe pas à la tendance, sensible dès le
IVe s. av. J.-C, au mélange des ordres (cf. TOMLINSON , loc. cit., p. 143 seq.).
79. Sur la prima inuentio du chapiteau à feuilles d’acanthes, cf. IV, 1, 9 seq. La source en est-elle
cet Arcesius, auteur d’un traité de symmetriis corinthiis (VII, praef., 12) ?
80. Chapitre IV, 2.
81. Sur l’origine « hermogénique » du plan périptère chez Vitruve, cf. en dernier lieu P. GROS, loc.
cit., p. 147 seq. On notera que dans cette perspective le caractère spécifique des divers plans
s’estompe au profit d’une filiation assez artificielle. La syntaxe très hiérarchisée de ce chapitre
fait perdre de vue l’originalité morphologique des divers partis.
82. Cf. F. RAKOB, Zum Rundtempel auf dem Forum Boarium in Rom dans AA, 1969, p. 275 seq. ; P. GROS,
loc. cit., p. 157 seq. ; F. RAKOB, W-D. HEILMEYER, Der Rundtempel am Tiber in Rom, Mayence, 1973, p. 27,
n. 61, p. 36 et p. 38.
83. Pour les temples à cella barlongue, on prend soin de nous dire qu’ils sont : ex isdem symmetriis
ordinatae (IV, 8, 4 = 101, 15-16), et l’on ajoute plus bas : eorum non aliae sed eaedem sunt proportiones
(ibid. = 101, 22-23). Pour les temples pseudo-périptères : reliqua autem proportionibus et symmetriis
isdem conseruantes … (IV, 8, 6= 102, 6-7). Il s’agit, avec une sollicitude inquiète, de ramener ces
dissidents dans le giron des principia définis en III, 3, 2. Cela ne va pas sans quelques abus : ils
apparaissent dès qu’on met le texte en regard des édifices invoqués comme exemples.
84. Cf. supra , p. 994. D’autre part la genèse suggérée par Vitruve (IV, 8, 6) du temple
pseudopériptère ne répond pas à la réalité, et la raison mise en avant, celle de la recherche d’un
plus vaste espace à l’intérieur du sanctuaire, ne vaut pas pour les temples de ce type recensés en
Italie et à Rome. Cf. P. GROS, Aurea Templa, op. cit., p. 222 seq. La création du pseudopériptère
répond plutôt au souci d’animer par un ordre engagé les parois amorphes de temples dont la
structure est celle de prostyles, du moins dans les premiers exemplaires italiques du IIe s. av. J.-C.
85. Cf. R. MARTIN , dans Grèce hellénistique, Paris, 1970 (Coll. Univers des Formes), p. 36-37 ; G.
GRUBEN , Die Tempel der Griechen, Munich, 1966, p. 364 seq. ; E. AKURGAL, op. cit., p. 23 seq.
86. Il est remarquable que, pour illustrer le rythme pycnostyle, Vitruve soit contraint de faire
appel à deux des temples les plus monumentaux dont la Rome de son temps venait de s’enrichir
(III, 3, 2).
87. III, 3, 3 : haec utraque genera (sc. pycnostylos et sytylos) uitiosum habent usum. Matres enim
familiarum cum ad supplicationem gradibus ascendunt, non possunt per intercolumnia amplexae adire,
nisi ordines fecerint. Les autres griefs sont : l’obscurité où se trouvent confinées les statues de culte
en raison de la densité des colonnes (ce qui, en pratique, compte tenu de la dimension des
temples, du moins dans la Rome proto-augustéenne, ne vaut pas : malgré l’étroitesse relative de
l’entraxe, l’espace libre entre les supports demeure assez important pour laisser passer la
lumière à travers les portes de la cella) ; l’impossibilité de l’ambulatio autour du sanctuaire (mais
les périptères de cette époque ne se conçoivent plus comme des temples où le portique
périphérique doive jouer un rôle liturgique ; la colonnade sur les longs côtés solennise les parois,
mais l’escalier de façade, le haut podium et l’absence de crépis se conjuguent pour désigner l’axe
longitudinal axial pronaos-cella, et éventuellement abside, comme celui de l’unique
cheminement possible).

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


42

88. III, 3, 9 : pteromatos enim ratio et columnarum circum aedem dispositio ideo est inuenta, ut aspectus
propter asperitatem intercolumniorum habeat auctoritatem.
89. Cf. le commentaire de S. FERRI, op. cit., p. 103 et p. 110, qui souligne à juste titre, contre F. W.
SCHLIKKER (op. cit., p. 23 et p. 91) que le mot s’applique aux périptères en général, et non pas
seulement au pseudo-diptère d’Hermogénès.
90. Ibid. (= 73, 1-4).
91. Par exemple R. MARTIN, op. cit., p. 34.
92. F. PELLATI, loc. cit., p. 155 seq. est un bon représentant de cette attitude.
93. S. FERRI, op. cit., a brillamment illustré, tout au long de son commentaire, la position de ceux
qui reprochent à Vitruve son manque de sens historique et son scolasticisme. A. Boëthius l’a
volontiers présenté comme un laudator temporis acti.
94. III, 3, 2 (= 70, 16-19).
95. D’où les difficultés rencontrées par O. RICHTER (JDAI, 1895, p. 137 seq.) pour reconstituer la
colonnade du temple de César divinisé.
96. Cf. supra, p. 994.
97. S. FERRI, op. cit., a bien mis en évidence les limites et les incertitudes de certaines de ces
transcriptions ou annexions. Voir par ex. le problème de μετοχή (III, 5, 11).
98. Cf. F. W. SCHLIKKER, op. cit., p. 14 seq.
99. Aussi doit-on utiliser avec la plus extrême prudence les données vitruviennes pour la
reconstruction des véritables temples étrusques. Exemplaire est à cet égard la querelle qui s’est
développée entre E. Gjerstad et A. Boëthius à propos du Capitolium de 509 (Cf. AIRN, I, 1962, p. 27 à
40). Le commentaire très érudit de K. JEPPESEN sur le chapitre IV, 7 (Classica et Mediaevalia, 1954, p.
108 seq.) ne tient pas assez compte de cet aspect de l’entreprise vitruvienne, et accuse trop
facilement les copistes d’erreur ou d’incompréhension.
100. Les grandes constructions de la période médio-augustéenne, et particulièrement le temple
de Mars Ultor, se réfèrent plus volontiers aux créations de l’époque classique (Erechthéion par
exemple) qu’à celles de l’époque hellénistique, du moins au niveau des citations plastiques
explicites.
101. Cf. supra, p. 994, n. 50.
102. Sur le mélange des ordres et ses incidences sur l’architecture italique, cf. par exemple H.
KÄHLER, dans JDAI, 50, 1935, p. 179 seq. et I. JACOPI, dans BC, 81, 1972, p. 120 seq.
103. Sur l’« étrange tentative » de Varron, cf. l’étude de P. BOYANCÉ, Sur la théologie de Varron,
parue dans REA, 57, 1955, p. 57 seq. et reprise dans Etudes sur la religion romaine, Collection de l’Ecole
Française de Rome, n° 11, Rome, 1972, p. 253 seq. On songera aussi à l’activité d’un Pomponius Atticus ou
d’un Appius Claudius (cf. CICÉRON, De Republica, I, 1-13 ; Brutus, 19). Voir, à propos des rapports de Cicéron
et de Varron, E. RAWSON, Cicero the Historian and Cicero the Antiquarian dans JRS, 62, 1972, p. 33-45.

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


43

Les premières générations d’architectes


hellénistiques à Rome
L'Italie préromaine et la Rome républicaine. Mélanges offerts à J.
Heurgon, 2, Rome, 1976, p. 387-410 (Collection de l'École française de
Rome, 27)

Pierre Gros

...le palais ducal qui considérait la mer avec la pensée


que lui avait confiée son architecte, et qu’il gardait
fidèlement dans la muette attente des doges disparus.
Marcel Proust, A la recherche du temps perdu. La
fugitive.
1 La belle monographie de F. Rakob et W.-D. Heilmeyer sur la tholos du Forum Boarium est
venue à point nommé enrichir le dossier de l’architecture présyllanienne1 : à un moment
où historiens et archéologues semblent prêter une attention renouvelée à la période qui
va de la prise de Corinthe à la Guerre Sociale2, il est important de disposer d’une étude
aussi précise sur celui des temples de marbre d’époque républicaine qui demeure le
mieux conservé. La richesse des données qu’elle apporte, mais aussi l’acuité des
problèmes qu’elle aborde, du point de vue de la chronologie particulièrement, incitent à
un nouvel examen de la première architecture « grecque » à Rome. Le dialogue avec
l’hellénisme, instauré avec éclat par les vainqueurs de Pydna et de Corinthe, connaît dans
la seconde moitié du IIe s. des éclipses et des reprises, dont les raisons n’apparaissent pas
toutes clairement.
2 Le tableau ci-contre regroupe les édifices de cette période – en majorité d’ailleurs des
temples – pour lesquels nous possédons autre chose qu’une simple mention, et dont il est
possible d’imaginer, au moins de façon hypothétique, soit à partir des textes, soit à partir
des vestiges, l’aspect et l’ordonnance générale. La date portée dans la colonne de gauche
indique seulement un terminus post quem, c’est-à-dire l’année du triomphe ou du consulat
à la suite duquel la construction, souvent « vouée » lorsqu’il s’agit d’un temple au cours
d’une guerre précédente, a été entreprise. Quand cette donnée historique fait défaut,
nous nous bornons à indiquer la fourchette chronologique la plus vraisemblable. Il

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


44

ressort d’une première lecture de ce tableau que l’élan donné par la génération des
imperatores des deuxième et troisième quarts du siècle aux constructions de type grec
semble un moment brisé par la génération qui suit immédiatement la crise des Gracques,
pour retrouver quelque force, mais selon des modalités différentes, à la charnière du IIe et
du Ier siècle. Qu’en est-il plus précisément ?

3 Dès 167 av. J.-C, Cn. Octavius avait donc fait construire, non loin de l’endroit où s’élèverait
plus tard le théâtre de Pompée3, avec les manubiae de son triomphe sur Persée, une
porticus définie comme duplex par Pline l’Ancien, qui nous apprend en outre qu’on la disait
corinthienne parce que ses colonnes portaient des chapiteaux en bronze4. Ces deux
particularités, réexaminées récemment par B. Olinder5, ne se situent pas sur un même
plan : la première, qui concerne l’ordonnance du portique, semble le désigner comme une
œuvre directement dérivée des grandes compositions contemporaines de l’Asie
hellénistique, telle la ἱερὰ στοά de Priène, qui comportait aussi deux travées séparées par
une colonnade interne6. L’expression latine ne peut être en effet que la transcription pure
et simple de l’expression technique grecque διπλῆ στοά, qui désigne, dans la majorité de
ses emplois littéraires ou épigraphiques, un portique dont l’auvent, deux fois plus large
que celui des portiques simples, est soutenu par deux files de colonnes7. Vitruve donne
d’ailleurs de ce genre d’édifice une description précise, dont la base théorique ne remonte
certainement pas au-delà du début du IIe s. 8. Nous serions donc en présence d’une
transposition, au cœur du quartier dit in circo flaminio, qui offrait alors un champ libre aux
constructions monumentales9, de ce qui se faisait de plus récent en matière d’architecture
urbaine à Priène, à Pergame, à Halicarnasse10. Sans postuler la présence à Rome d’un
praticien originaire de ces régions, dont le nom nous aurait peut-être été conservé par la
tradition, relativement prolixe sur ce singulier édifice, on peut au moins supposer que le
plan, l’ichnographia11, en avait été rapporté dans les bagages d’Octavius, dont on connaît le
long voyage de propagande en 170-169, aux côtés de G. Popilius Laenas, dans le
Péloponnèse et en Epire12. La mise en place de cette double rangée de colonnes aux
rythmes et aux dimensions différents impliquait en tout cas une sérieuse familiarité avec
les constructions hypostyles à grande portée, et constituait pour la Rome de l’époque une

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


45

manière de prouesse, qui valut sans doute au portique de conserver, fait rarissime, une
dénomination dictée par son plan13.
4 Les chapiteaux de bronze – entendons les feuilles de métal, qui recouvraient les
chapiteaux de pierre laissés en épannelage14 – devaient être corinthiens. Certes l’épithète
corinthia, appliquée au portique tout entier, semble se référer, dans la notice de Pline, à
l’origine géographique du bronze, mais il s’agit sans doute d’un adjectif d’excellence,
comme pour les candélabres du paragraphe précédent15, et le mot latin ne désigne pas
davantage une provenance que le mot grec xορινῦιουργεῖς employé au IIe s. av. J.-C. par
Callixénos de Rhodes pour désigner les chapiteaux du palais flottant de Ptolémée IV16.
Pline, ne l’oublions pas, parle ici de ce qu’il n’a jamais vu (invenio...) et F. Münzer a bien
montré quelles difficultés il rencontrait, dans ce passage précisément, pour illustrer avec
des exemples romains le canevas qu’il trouve dans sa source17.
5 De fait ce type de décor semble avoir été plaqué essentiellement sur les chapiteaux à
feuilles d’acanthes, et son aire d’extension paraît être l’Orient hellénistique, où les
métaux précieux ou semi-précieux jouent dans l’architecture un rôle beaucoup plus
important qu’en Grèce propre18. Si l’on songe que, selon Pline encore, l’usage des meubles
en bronze ne se répandit à Rome qu’après la victoire sur l’Asie et le triomphe, en 187, de
Cn. Manlius19, que, selon Vitruve, les vasa aerea saisis par L. Mummius dans le théâtre de
Corinthe constituaient encore une telle curiosité qu’on les dédia comme des objets votifs
dans le temple de Luna20, l’industrie locale ne devait être guère en mesure, en cette
première moitié du IIe s., d’élaborer dans ce métal des éléments aussi complexes que des
revêtements architectoniques : tout laisse à penser que les lames « corinthiennes »
étaient des spolia dont les Romains s’étaient saisis à Pydna ou à Samothrace, parmi
l’immense butin du roi Persée, et qu’elles constituaient à ce titre la curiosité majeure du
nouveau portique. On ne comprendrait pas, autrement, que l’édifice entier fût désigné
par un détail décoratif qui, si l’on s’en tient aux données vitruviennes sur la porticus
duplex, concernait seulement la colonnade interne, peu visible de l’extérieur puisqu’elle
s’élevait plus haut que la colonnade de façade, laquelle, dorique, aurait dû, en bonne
logique, donner son nom à l’ensemble21.
6 Il s’agit donc d’une composition hybride, où l’utilisation intelligente d’un schéma gréco-
oriental n’excluait pas la pratique des spolia, cette dernière s’expliquant sans doute par le
triomphalisme du commanditaire, et la difficulté pour les lapidarii disponibles à Rome de
ciseler jusque dans ses détails un type de chapiteau qu’ils pratiquaient encore peu. Il est
clair qu’Octavius voulut introduire ainsi un élément nouveau dans la trame urbaine, qui
tranchât résolument, par sa « modernité », avec ce qui avait pu jusqu’alors être construit
dans le même genre. La tentative réussit, semble-t-il, puisque Velleius Paterculus, se
faisant l’écho d’une tradition sans doute ancienne, désigne son portique comme le plus
agréable (amoenissima) de tous ceux qui, au IIe s., furent édifiés par des imperatores22.
7 Les textes concernant le portique de Metellus et le temple de Juppiter Stator ont connu
un destin curieux : ils ont fréquemment été l’objet, soit d’analyses réductrices tendant à
leur refuser toute authenticité ou à les vider de leur substance, soit d’interprétations qui
en gauchissent la teneur23. C’est qu’ils font état du recours à un architecte et de l’emploi
d’un matériau grecs, ce qui, à date aussi haute, heurte un certain nombre de théories
admises sur l’hellénisation relativement tardive de l’architecture publique à Rome 24. Le
précédent du portique d’Octavius devrait pourtant en réduire la singularité, et un simple
regard sur le contexte historique suffit à leur rendre cette vraisemblance qu’on leur dénie
si souvent : l’usage du marbre du Pentélique après la prise de Corinthe et la réduction de

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


46

la Grèce en province est en soi aussi naturel que l’afflux à Rome des minerais d’Espagne
au début du IIe s., ou de ceux de la Macédoine, dont les ressources furent remises en coupe
réglée dès 158 av. J.-C.25. Il n’y a là qu’un signe parmi d’autres de la conquête, le plus
spectaculaire peut-être, sinon le plus important. S’il est difficile de dire ce qui fut premier
dans l’intention des commanditaires, de l’exploitation des prestigieuses carrières ou de
l’appel aux maîtres d’œuvre grecs, on conviendra que, en toute hypothèse, ceci était le
corollaire inévitable de cela, car dans une Rome encore vouée au tuf et au bois, il était
exclu que les équipes locales pussent résoudre seules les problèmes posés par le nouveau
matériau.
8 Sans reprendre le détail du débat qui opposa entre autres M. Gwyn Morgan à M. J. Boyd 26,
on peut retenir des notices succinctes mais précises de Vitruve, Velleius Paterculus et
Pline l’Ancien, en en suivant fidèlement la lettre, que Metellus Macedonicus construisit
un quadriportique ou un portique en Π, qui devait porter son nom, dans la même zone in
circo que celui d’Octavius, réservée apparemment aux tentatives les plus novatrices de
l’oligarchie sénatoriale27. A l’intérieur de ce portique, qui englobait le temple préexistant
de Junon Regina, il édifia celui de Juppiter Stator, « voué » probablement au moment où la
situation en Macédoine était critique, c’est-à-dire en 14828. C’est ce dernier temple, l’aedes
Metelli de Pline qui, bâti en marbre – en crustae marmoris comme, après lui, la tholos du
Forum Boarium, plutôt qu’en marmor solidus – est l’œuvre d’Hermodoros, architecte dont
Cornelius Nepos citant Priscien nous apprend qu’il était originaire de Salamine – sans
doute Salamine de Chypre29.
9 La date de la construction du temple reste difficile à préciser, mais les analyses de Gwyn
Morgan sur la situation politique et juridique de Metellus ont établi de façon
convaincante qu’il avait dû attendre, pour en décider la locatio, son consulat de 143, ce qui
entraîne, sans mettre en cause l’unité du projet d’ensemble, un léger décalage dans sa
réalisation30 : dès son retour à Rome en 146, Metellus avait sans doute passé les contrats
nécessaires à la construction du portique, considéré peut-être comme un complexe privé ;
il lui fallait en effet offrir le plus rapidement possible un abri et un cadre aux œuvres
splendides qu’il avait rapportées, parmi lesquelles la célèbre turma Alexandri 31. Qu’il ait en
revanche laissé passer quelques années avant la mise en chantier du temple, cela paraît
d’autant plus probable que, indépendamment des arguments présentés par Gwyn
Morgan, il convient d’admettre un certain délai entre la chute de Corinthe et
l’exploitation, au profit des imperatores, des carrières du Pentélique, dont Metellus aurait
été le premier à user pour un édifice romain. On comprend d’autant mieux dans ces
conditions que l’architecte Hermodoros n’ait été responsable, selon les textes, que de l’
aedes : il peut avoir été recruté nettement après le commencement, voire l’achèvement de
la porticus, et il n’est pas interdit de poser, à titre d’hypothèse, qu’il vint à Rome à la suite
de l’ambassade de 140 en Méditerranée orientale, à laquelle L. Caecilius Metellus Calvus,
le jeune frère du Macédonique, avait pris part32.
10 On devine en tout cas le soin apporté par Metellus à la construction de ce temple : outre
l’importance attachée par le commanditaire à la réussite de l’opération, essentielle pour
la suite de sa carrière33, il faut mesurer les difficultés impliquées dans l’élaboration de ce
qui allait devenir à Rome le premier téménos grec. Il est permis de s’interroger sur
l’opportunité d’implanter dans un site de vallée comme la dépression du circus Flaminius
une structure mise au point par les Attalides pour les architectures en terrasses où les
perspectives ascendantes jouent le rôle essentiel34 ; mais dans la mesure où ces projets
participaient moins d’une visée urbanistique cohérente que du souci de présenter, dans

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


47

ce nouveau quartier, un échantillonage aussi luxueux que possible des diverses formules
qui faisaient, aux yeux des Romains, le prestige des cités hellénistiques, peu importait au
fond que l’adaptation en fût plus ou moins heureuse, pourvu que l’allusion, pour les
connaisseurs, fût sans ambiguïté. En cela, la présence d’un périptère ionique, construit
selon les normes les plus nouvelles, avec le matériau le plus éclatant, ne pouvait être que
positive.
11 Ce n’est sans doute pas le fait du hasard, si, parmi les quelques temples périptères que
comptait Rome à la fin de la République, Vitruve choisit celui de Juppiter Stator pour
illustrer sa définition35 : il devait apparaître aux yeux du théoricien comme l’un des rares
édifices de l’Urbs relevant de la stricte orthodoxie ionique. Formé au cours des années
170-150, c’est-à-dire, si l’on s’en tient à la chronologie traditionnelle, pratiquement
contemporain d’Hermogénès d’Alabanda36, Hermodoros venait de cette île de Chypre où
la présence des Lagides entretenait depuis plus d’un siècle un goût persistant pour les
modèles architecturaux élaborés dans l’Asie hellénistique37. En cette première moitié du II
e
s., sous le règne de Ptolémée VI Philomètor, Chypre semblait, d’ailleurs, malgré les luttes
incessantes dont elle restait l’enjeu38, s’ouvrir encore plus largement qu’auparavant aux
influences grecques39. Nul doute qu’Hermodoros n’ait été en son temps l’un des
représentants les plus autorisés de la tradition qui, de Pythéos et Satyros jusqu’à
Hermogénès, avait conduit l’ordre ionique à sa perfection ; dépositaire de cet esthétisme
un peu sec récemment étudié par W. Hoepfner, dont Vitruve sera, sur le plan théorique,
le dernier héritier40, il dut élever à Rome, sans doute avec l’aide d’une équipe gréco-
orientale de marmorarii41, un sanctuaire impeccable, qui était appelé à constituer le centre
monumental et religieux de l’aire circonscrite par les portiques. Il n’est pas inutile de
rappeler qu’à l’époque de Varron certains érudits définissaient comme le type même du
delubrum l’aedes Jovis et l’espace qui l’entourait : delubrum... alios existimare, in quo praeter
aedem sit area assumta deum causa ut est in circo Flaminio Jovis Statoris42. C’est là semble-t-il la
preuve de la prédominance du temple grec, qui avait transformé en une simple annexe
cultuelle le portique métellien tout entier.
12 Bien qu’on ne dispose sur le temple de Mars d’aucune donnée particulière, il est légitime
d’admettre que Hermodoros avait construit pour D. Junius Brutus Callaicus un édifice du
même type43 ; l’opération s’avéra peut-être d’autant plus digne d’intérêt que le matériau
n’était plus le marbre, mais les tufs et le travertin locaux : elle impliquait alors de la part
de l’architecte et de son équipe un effort de transcription, dont les bâtisseurs romains
pouvaient ensuite faire leur profit. Mais ce n’est qu’une hypothèse invérifiable, et rien ne
prouve que l’aedes Martis n’était pas, elle aussi, construite en marbre du Pentélique44.
13 Ce qui reste important, et doit être noté, c’est la liberté d’action de cet Hermodoros qui,
apparemment, n’était pas lié à une « clientèle » ou à un « cercle » déterminés 45 ; il pouvait
accueillir et sans doute aussi librement solliciter les commandes des représentants les
plus brillants de la nobilitas. On imagine le praticien proposant plans et maquettes aux
riches commanditaires : ceteri... ambiunt ut architectent, comme dira plus tard Vitruve, non
sans amertume46. Il est possible en outre, comme nous l’avons rappelé ailleurs,
qu’Hermodoros ait laissé des écrits théoriques, cédant à ce goût de la codification qui est
propre aux bâtisseurs de l’hellénisme tardif.
14 Le problème qu’on ne peut manquer de se poser à ce point de notre réflexion est celui de
l’influence réellement exercée par ces essais de transplantation directe d’une
architecture gréco-orientale sur les rives du Tibre. Les équipes qui sont venues travailler
à Rome à cette occasion ont-elles formé école, et leurs travaux ont-ils servi de modèles ?

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


48

15 A en juger par les édifices bâtis par la génération du dernier quart du siècle, il est permis
d’en douter. Pour la période qui suit immédiatement la crise des Gracques, les textes ne
font état d’aucune tentative comparable, et les vestiges des trois temples majeurs
construits ou reconstruits par les Optimates – aedes Concordiae, aedes Castoris et aedes
Magnae Matris -ne semblent pas, pour autant qu’on puisse les déchiffrer, avoir présenté
beaucoup d’éléments ioniques47. Pour le matériau d’abord, on constate l’abandon du
marbre : on pouvait cependant attendre des nouveaux maîtres de Rome, et
particulièrement de ces Metelli qui s’assurent alors un quasi monopole du consulat et de
la censure, qu’ils veuillent suivre sur ce point l’exemple de leurs père et oncle48 ; les
ressources tirées de leurs manubiae devaient leur assurer des possibilités comparables à
celles du Macédonique, et l’insécurité de la mer, parfois invoquée pour expliquer ce
reflux, ne se fera sentir que plus tard : c’est seulement en 102 que M. Antonius sera
dépêché, comme préteur, contre les pirates de Cilicie49, et les luttes navales, qui se
poursuivront jusqu’au milieu du Ier s. av. J.-C, n’empêcheront d’ailleurs pas le recours au
marbre du Pentélique, comme le prouvent la tholos du Forum Boarium et le temple de S.
Salvatore in Campo50. En l’occurrence l’importance politique et religieuse des édifices
restaurés sur le Forum et le Palatin pouvait justifier une dépense du même genre,
d’autant plus qu’Hermodoros était toujours présent à Rome, si l’on admet qu’il devait, à
l’extrême fin du siècle, construire les navalia51.
16 Pour le plan, il faut noter en premier lieu le retour en force du podium, qui cependant ne
devait pas exister dans les périptères « grecs » construits au cours des années 140,
pourvus seulement d’une crépis, comme plus tard la tholos du Forum Boarium52. Le podium
des Dioscures du Forum était même exceptionnellement élevé, par rapport aux
dimensions d’ensemble de l’édifice, puisqu’il dépassait 6 mètres53. L’état des vestiges de
ces temples, qui allaient tous trois être reconstruits à l’époque augustéenne, ne permet
pas de savoir quelles étaient à la fin du IIe s. les moulures de base et de couronnement de
leurs puissants massifs d’opus caementicium, sans doute revêtus de travertin. Et c’est
dommage car ils nous eussent permis de mesurer, à cette date, le degré de pénétration
des modénatures ioniques dans l’architecture romaine.
17 Un passage de Vitruve, sans permettre de restituer des moulures précises, garde
cependant la trace du travail de transposition effectué, selon toute vraisemblance par les
architectes locaux, au cours de cette période où l’on commençait à tirer les leçons d’un
premier contact avec les profils gréco-orientaux : sin autem circa aedem ex tribus lateribus
podium faciendum erit, [ad] id constituatur, uti quadrae, spirae, trunci, coronae, lysis ad ipsum
stylobatum, qui erit sub columnarum spiris, conveniant54.
18 Si le théoricien recourt ici, au prix d’impropriétés qui rendent presque intraduisible son
texte, au vocabulaire des ordres grecs pour nommer les différentes parties du podium,
c’est qu’il suit fidèlement la démarche de ceux qui les premiers ont voulu « habiller »
selon les nouvelles normes un élément dont l’architecture hellénistique n’offrait que peu
d’exemples, et qui en étaient réduits à reprendre sur un registre mineur les diverses
composantes des colonnes et des entablements. La tradition ionique les y invitait
d’ailleurs, puisque la mouluration de la base des murs – assise convexe sous baguette au
pied des orthostates, couronnement d’arases ou xαταλοβεύς taillé comme une petite
corniche -, maintenue pour les grands temples d’Asie Mineure, tendait elle aussi à
reproduire certains profils des ordres55. Il est clair qu’ici quadrae est l’équivalent de
plinthe, et désigne en fait l’assise quadrangulaire sur laquelle reposent les plaques de
revêtement du noyau de caementicium 56 ; le mot spira qui, dans la terminologie

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


49

vitruvienne, désigne la partie ondée de la base attique (tores et scotie)57, s’applique aux
moulures inférieures du podium, qui, dans leurs premières versions hellénisées, offraient
effectivement, sous la doucine, un tore imité de l’élément inférieur de l’ordre ionique, à
savoir la base des colonnes58 ; truncus, que l’on trouve plus souvent avec le sens de fût59,
évoque maladroitement la partie verticale des orthostates et équivaut ici au mot français
« dé » ; quant à corona , il comporte une allusion claire au larmier des corniches
d’entablement, dont on retrouve le souvenir sur les couronnements de podium dès la fin
du IIe s. 60 ; l’emploi de lysis semble seul indiquer une certaine réticence à assimiler ces
modénatures secondaires à celles des corniches : le mot ne peut désigner ici qu’un
équivalent non monumental de la sima, moulure en doucine ou en congé, qui permet le
passage d’un plan vertical à un plan horizontal61.
19 Il est instructif de constater que l’une des meilleures transcriptions plastiques du texte
vitruvien est offerte par la modénature du socle des murs de la tholos du Forum Boarium 62 :
nul doute qu’elle n’ait joué, comme avant elle les temples d’Hermodoros, un rôle décisif
dans la mise au point de l’ornementation des podiums ; aussi bien les architectes romains
n’avaient qu’à transposer, à un niveau inférieur, des profils dont le rôle à la base du τοῖ
χος des temples à crépis, comme sur le podium des temples à escalier frontal, consistait à
amorcer et à clore une plate-forme distincte du reste de l’édifice.
20 Cependant, quelle qu’ait pu être la « modernité » de ses profils, le podium enlevait une
partie de sa raison d’être au plan périptère en excluant toute possibilité réelle d’ambulatio
63. Aussi, pour les trois temples de cette fin du II e s., ne semble-t-il pas avoir été retenu : si

l’on ne peut restituer avec sûreté le plan du temple opimien de la Concorde, dans
l’ignorance où nous sommes de ses rapports exacts avec la basilique qui le jouxtait 64, il est
sûr en revanche que les deux autres sanctuaires, Dioscures du Forum et Magna Mater du
Palatin, étaient prostyles hexastyles, ce qui permettait de conserver à la cella
l’importance relative qu’elle avait toujours eue dans les édifices religieux italiques. Quant
à l’ordre, il est difficile d’affirmer avec assurance qu’il était, pour ces trois temples,
corinthien. Les chapiteaux actuels de la Magna Mater n’ont pas seulement été restuqués
lors de la restauration d’Auguste : leur forme et leurs proportions les désignent comme
des créations influencées par l’exemple prestigieux de ceux du temple de Mars Ultor 65.
Pour les deux autres temples, peu de traces ont été retrouvées de leur colonnade et de
leur entablement, dans leur version de la fin du IIe s. Un indice seulement pour l’aedes
Castoris : l’architrave de travertin ne présentait que deux fasciae , selon les habitudes
héritées de la « Tuffarchitektur »66. La description que Cicéron donne de cet édifice dans
les Verrines confirme ce que nous pouvions tirer de l’examen des vestiges, à savoir que
ses colonnes étaient en pépérin stuqué, mais n’apporte aucun indice sur la nature des
chapiteaux67. Pour le temple opimien de la Concorde, G. Lugli mentionne les restes d’une
base de colonne, et d’un « grand chapiteau d’ante en travertin », découverts
apparemment pendant la dernière guerre ; aucun cliché n’a, sauf erreur, été publié de ce
dernier, mais il est probable qu’il était corinthien – ce qui ne permet pas d’ailleurs de
conclure avec sûreté que les colonnes libres l’étaient aussi68.
21 Quoi qu’il en soit, l’aspect d’ensemble de ces temples devait rester très italique ; il ne
conservait sans doute plus grand chose, sauf peut-être dans certains détails de
modénature, de l’arrogante volonté de rupture avec la tradition, qui avait marqué
quelques-unes des plus importantes créations des imperatores de la période précédente. A
cela deux raisons, croyons-nous.

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


50

22 L’une, politique, pourrait se formuler ainsi : après la crise gracquienne, la classe


dirigeante fait du respect du mos maiorum le fondement idéologique de l’abolition des
réformes ; l’on comprend qu’elle n’estime plus opportun de créer, dans la trame urbaine
d’une Rome où le tuf, le bois et les terres cuites continuent de modeler le visage des
principaux édifices, des îlots « hellénistiques » qui présenteraient à ses yeux le double
inconvénient de ne pas se situer dans la ligne générale de son action, et de heurter, à la
façon d’une comédie de Térence trop directement inspirée des modèles grecs, les
habitudes et les goûts des populares 69. L’opération, dans le cas des trois temples majeurs
que nous avons évoqués, eût été d’autant plus imprudente qu’elle eût affecté quelques-
uns des lieux les plus fréquentés et les plus vénérés de Rome70. La faction modérée de la
nobilitas, qui garde en mains la situation, reprend en fait à son compte l’attitude
pragmatique et discrète qui avait toujours été d’ailleurs celle des nobles les plus
intelligents de la période antérieure, soucieux surtout de filtrer ce qui, dans la culture
grecque, pouvait être utile aux techniques du pouvoir et de la conquête71. L’austérité de la
censure de Scipion Emilien en 142 avait déjà su marquer avec fermeté, face à un
Mummius enivré par le nombre et la splendeur des spolia de Corinthe, la nécessité d’un
retour urgent aux maiorum instituta 72. Et depuis l’aventure des Gracques, tout
philhellénisme accusé était devenu ambigu sinon suspect. Le stoïcisme de Panétius n’avait
pas nourri seulement la pensée des cercles aristocratiques, mais fourni à Ti. Gracchus et à
son éminent conseiller Blossius de Cumes la base doctrinale d’une réforme agraire ! 73
L’autre raison n’est en somme que le corollaire technique de celle-là : ce qui faisait, aux
yeux d’un Brutus Callaicus, le prix d’une construction signée par l’un des maîtres de
l’ionisme oriental, devait entraîner aussi sa relative stérilité, car cette architecture
importée restait extérieure aux préoccupations réelles des bâtisseurs locaux, même si elle
proposait des solutions élégantes à divers problèmes de détail. En ce domaine comme
dans tous les autres, l’hellénisation ne pouvait être que le résultat d’une longue osmose,
d’un long travail d’assimilation et de contamination74 : plus efficace que ces modèles
imposés de façon autoritaire et sans lien avec les recherches antérieures, la diffusion des
cartons, le choix parmi ceux-ci de ce qui s’adaptait le plus facilement aux conditions
d’emploi et de taille des matériaux couramment utilisés, aux plans et aux ordonnances les
plus familières, devaient promouvoir des solutions fécondes, surtout après 129, date de la
pacification et de l’organisation de la province d’Asie.
23 Les années de transition entre le second et le premier siècle en administrent la preuve.
Entre 110 et 90 av. J.-C. s’élèvent à Rome deux séries de temples « hellénistiques », dont il
faut bien convenir qu’elles demeurent presque étrangères l’une à l’autre. D’un côté
réapparaissent, créations de ce que R. Delbrueck appelait déjà « der römische
Kapitalismus » de l’époque tardorépublicaine75, des objets monumentaux de marbre,
isolés et figés dans leur impeccable étrangeté : la tholos du Forum Boarium, dont F. Rakob a
montré les imperfections de détail dues à l’inexpérience d’une main-d’œuvre
partiellement locale, mais dont le plan ainsi que les éléments majeurs de l’ordre, quoique
taillés sur place, s’affirment comme des œuvres grecques76 ; le temple périptère à crépis
de San Salvatore in Campo, dont nous avons souligné dans une étude précédente le
caractère singulier, et, à certains égards, unique, dans l’architecture religieuse urbaine 77.
24 De l’autre, des constructions qui, contemporaines, ou très légèrement postérieures à ces
nouveaux temples marmoréens, présentent, avec l’emploi des matériaux traditionnels,
une interprétation bien différente des plans, des modénatures et des ordres.

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


51

25 Ainsi le temple rond du Largo Argentina, que son identification à l’aedes Fortunae huiusce
diei empêche de faire descendre au-delà de la première décennie du Ier s. av. J.-C. 78 : son
podium, dont le couronnement reproduit le type complet de la corniche, avec denticules
et cimaise en doucine droite79, l’éloigne des types définis par Vitruve80, et de la tholos du
Forum Boarium ; non seulement le sanctuaire s’en trouve placé en position dominante,
mais il se voit doté d’un axe, par l’ouverture d’un escalier devant le podium circulaire, et
la mise en place d’une colossale statue cultuelle contre le mur de fond de la cella.
Ajoutons que les rapports planimétriques entre sanctuaire et péristasis ne participent
plus d’une organisation essentiellement rythmique, où les éléments construits doivent
composer avec des espaces vides harmonieusement répartis, mais révèlent l’écrasante
primauté des premiers sur les seconds81 : le schéma hellénistique est ici adapté aux
exigences d’une architecture où la spécificité des partis s’estompe au profit de la
pesanteur plastique et de la frontalité.
26 Qui veut retrouver ce que Proust appelait la « pensée de l’architecte », dans une
construction hellénistique ou romaine, doit s’employer à la décrypter au niveau du plan82
: c’est là en effet que transparaissent encore avec une relative netteté, à travers des
rapports simples, les recherches théoriques qui ont étayé les intentions réelles du
bâtisseur ; ensuite, au cours de la longue aventure de l’élévation, dans un monde où la
séparation des tâches et la spécialisation s’accroissent83, ces intentions peuvent se trouver
altérées. Or il est clair, pour qui examine de ce point de vue le temple rond du Largo
Argentina, que son architecte entendait créer autre chose qu’une tholos périptère, et qu’il
s’est comporté, dans l’organisation des masses, comme un précurseur de ceux qui, à
l’époque de Pompée et de César, mettront au point cette pesante architecture urbaine de
représentation, dont l’Empire recueillera l’héritage.
27 Mais le plus remarquable reste le traitement de l’ordre corinthien : on a peine à
concevoir, devant ces chapiteaux aux acanthes vigoureuses, qu’il s’agit d’œuvres
d’imitation, reproduisant avec soin des modèles hellénistiques dont certains sont
beaucoup plus anciens84 ; aucun aspect rétrospectif, aucun pédantisme dans ce travail
plein de sève, qui ne se laisse pas davantage situer dans la série des chapiteaux « italo-
corinthiens » de Palestrina, de Terracine ou de Cori, que dans la lignée plus orthodoxe des
chapiteaux de l’autre tholos romaine. Si W.-D. Heilmeyer tient à en placer la confection
dans le 2e quart du Ier siècle, en arguant essentiellement de leur parenté avec les
chapiteaux de l’agora de Messène85 – lesquels peuvent dater encore de la fin du IIe s. 86 –
c’est qu’il éprouve une certaine réticence à admettre la vitalité des échanges artistiques,
dans cette Rome présyllanienne, ouverte dès lors à tous les courants d’influence venus de
Méditerranée orientale. Le redoublement des caulicoles en est un indice précieux (Fig. 1) :
sur ce chapiteau de travertin, taillé par un atelier romain, nous trouvons l’aboutissement
d’un schéma décoratif dont les premiers exemples attestés se rencontrent à Milet et à
Diocésarée dans la première moitié du IIIe s. av. J.-C. 87, mais dont l’Asie du second siècle
offrait sans doute d’autres jalons, qui nous échappent à ce jour. Cependant, ce qui était
une fantaisie décorative un peu grêle dans les précédents hellénistiques, contribue ici à
renforcer la métaphore tectonique du décor d’acanthes88 : non seulement en effet la
structure « normale » du chapiteau n’est pas altérée, puisque les deux gaines, celle de la
volute et celle de l’hélice, restent accolées, mais leur rigoureuse verticalité, soulignée par
de profondes cannelures, accuse leur fonction « portante »89.
28 Deux autres édifices, exactement contemporains, appartiennent à cette même série, c’est
le temple d’Honos et Virtus, dont Vitruve fait le plus grand éloge, bien qu’il soit sans

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


52

postieum90, et le temple Nord du Forum Holitorium. Le second nous aide à imaginer le


premier, dont aucun vestige ne subsiste, mais dont nous savons qu’il fut construit par un
maître-d’œuvre romain du nom de C. Mucius91. Il est peut-être hasardeux de penser que le
choix de Marius fut, en partie au moins, dicté par le souci politique de prendre ses
distances par rapport aux habitudes des imperatores, et particulièrement de ce Metellus
qui, quelques décennies plus tôt, avait fait appel à un maître grec92 ; mais l’hypothèse
semble confortée par le fait que, sans renoncer aux normes des périptères de tradition
ionique, Mucius les adapta à un vieux plan italique. Vitruve n’émet qu’un regret, lorsqu’il
évoque son œuvre, c’est qu’elle n’ait pas été bâtie en marbre93. Appréciation superficielle,
qui cache sans doute un malaise plus profond : entre le temple métellien de Juppiter
Stator et celui de Marius, il y a toute la distance qui sépare une architecture où les
recherches modulaires définissent une entité autonome, et dont les proportions
répondent essentiellement à des principes esthétiques, d’une architecture de la
continuité où les schémas traditionnels sont volontiers altérés pour permettre l’insertion
du temple dans une suite monumentale.
29 Le temple Nord du Forum Holitorium, intégré à une série de trois sanctuaires, en offre un
bon exemple94. Lui aussi dépourvu de colonnade postérieure, il présente une façade
hexastyle, ionique. Et, comparable en cela au temple rond du Largo Argentina, il compte
un nombre appréciable d’éléments de dérivation asiatique, à tous les niveaux de sa
modénature : sa base à double scotie, au profil plus souple et aux moulures plus élaborées
que celle de la dite tholos, est, à cette date, la variante la plus habile d’un prototype
gréco-oriental encore peu diffusé en Occident95. Il est peu probable qu’aucun des temples
de marbre alors construits à Rome ait comporté des bases de ce genre96 : un mode de
dérivation par circulation des « cartons », analogue à celui que nous postulions pour les
chapiteaux du temple du Largo Argentina doit rendre compte de cet emprunt. D’autres
« citations » semblables, quoique plus maladroites, ont été relevées par L. T. Shoe au
couronnement de la frise et à la corniche97. La même indépendance se trouve donc ici
proclamée, par rapport aux périptères marmoréens de l’Urbs , antérieurs ou
contemporains : un souci constant d’animation du décor architectonique, le goût, parfois
abusivement qualifié de « baroque »98, pour des profils plus riches et des modénatures
plus accentuées, où le stucage ajoutait un mouvement et une couleur dont il nous est
difficile d’imaginer les effets, orientaient les recherches des architectes romains de ce
début du Ier s. vers des sources moins « classiques » que celles dont procédaient les
créations d’Hermodoros et de ses collègues ou épigones ; celles-ci devront attendre la
période triumvirale et proto-augustéenne pour accéder à la dignité de modèles99.
30 Les trois moments que nous essayons ainsi de dégager ne nous apparaissent sans doute
distincts qu’en raison de la schématisation, inhérente au caractère lacunaire des données
qui nous sont accessibles. Dans la trame historique de ce demi-siècle si dense, ils se
chevauchèrent souvent : les mêmes hommes ont pu adopter, en ce domaine, plusieurs
attitudes différentes100.
31 Il reste que la constitution progressive d’un style hellénistique occidental, phénomène
décisif pour l’histoire de l’architecture, ne semble pas exclusivement liée à la venue
d’architectes et à l’emploi de matériaux grecs : ces opérations attestent surtout de la part
de quelques membres de la nobilitas la volonté de mettre à profit le retard stylistique et
technique de Rome pour manifester la puissance de ceux qui ont désormais accès aux
ressources de l’Orient hellénisé. Sans sous-estimer l’importance, pour les équipes locales,
d’une présence aussi active et aussi longue que celle d’Hermodoros, par exemple, il faut

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


53

admettre cependant que cette architecture grecque importée, soucieuse surtout de


rupture avec une tradition italique dépourvue de prestige aux yeux des imperatores du
milieu du second siècle, a été sans doute une source moins féconde, et a joué dans la
diffusion des plans, des décors et des profils un rôle moins important que ce qu’on
pourrait appeler la franc-maçonnerie des ateliers, qui assurait, d’un bout à l’autre d’une
Méditerranée de plus en plus centrée sur Rome, la circulation des modes, des schémas,
des images.

Fig. 1 – Les doubles caulicoles du chapiteau du temple B (Largo Argentina), tels qu’ils apparaissent au
lit d’attente du bloc inférieur.

NOTES
1. F. Rakob, W.-D. Heilmeyer, Der Rundtempel am Tiber in Rom, DAI, Sonderschriften 2, Mainz am
Rhein, 1973.
2. Rappelons, sans prétendre être exhaustif, les travaux de D. C. Earl, Tiberius Gracchus. A Study in
Politics, Collect. Latomus, 56, 1963 ; de F. W. Walbank, A Historical Commentary on Polybius, 1, Oxford,
1953 ; Political Morality and the Friends of Scipio, dans JRS, 55, 1965, p. 1 seq. ; de A. E. Astin, Scipio
Aemilianus, Oxford, 1967 ; de G. Garbarino, Roma e la filosofia greca dalle origini alla fine del II secolo A.
C. (I, Introduzione e testi ; II, Commento e indici ), Turin, 1973. Plus directement orientées vers
l’activité artistique et les problèmes liés à l’hellénisation, les études fondamentales de F. Coarelli,
L’ara di Domizio Enobarbo e la cultura artistica in Roma nel II sec. av. C, dans Dialoghi di Archeologia,
1968, p. 302 seq. ; celles, de divers auteurs, réunies dans Dialoghi di Archeologia, 1971, sur le thème :

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


54

Roma e l’Italia fra i Gracchi e Silla, et celle de L. Crema, L’architettura romana nell’età della repubblica,
dans Aufstieg und Niedergang der Römischen Welt, Berlin – New-York, 1973, I, 4, p. 633 seq., et partic,
p. 636-639 (i templi). Une place importante doit être faite également aux recherches de M. Gwyn
Morgan, The Portico of Metellus, a Reconsideration, dans Hermes, 99, 1971, p. 480 seq. ; Lucius Cotta and
Metellus, dans Athenaeum, 49, 1971, p. 271 seq. ; Villa Publica and Magna Mater, dans Klio, 55, 1973, p.
23 seq. (The Metelli and the Magna Mater). On consultera enfin la synthèse de L. Castiglione, Die
Bedeutung des 2. Jahrhunderts v.u.Z. in der Geschichte der römischen Kunst, dans Mitt. Arch. Inst. Ungar.
Akadem. Wissensch. 4, 1973, p. 38 seq.
3. Festus, 188 L : Octaviae porticus duae appellantur, quarum alteram, theatro Marcelli propiorem,
Octavia soror Augusti fecit ; alteram theatro Pompei proximam Cn. Octavius Cn. filius, qui fuit aedilis
curulis, praetor, consul, decemvirum sacris faciendis, triumphavitque de rege Perseo navali triumpho. Il
est clair que Festus reproduit, pour le second portique, une source qui donnait une lecture
complète de l’inscription dédicatoire, sans doute conservée, ou du moins restituée lors de la
réfection augustéenne.
4. Pline, HN , 34, 13 : invenio et a Cn. Octavio, qui de Perseo rege navalem triumphum egit, factam
porticum duplicem ad circum Flaminium, quae Corinthia sit appellata a capitulis aereis columnarum.
5. B. Olinder, Porticus Octavia in circo Flaminio, topographical Studies in the Campus Region of Rome,
AIRRS, sér. in 8°, 11, Stockholm, 1974, p. 83 seq. On ne saurait retenir la thèse de cet auteur qui, en
dépit de données textuelles aussi précises que celles de Festus, 188 et de Velleius Paterculus, II, 1,
1-2, tient pour une identité entre la porticus Octavia et la porticus Octaviae, la porticus Metelli n’étant
selon lui qu’une étape transitoire du même édifice, due à l’action du Macédonique.
6. Cf. en dernier lieu M. Schede, Die Ruinen von Priene, Berlin, 1964, p. 49 seq.
7. J. J. Coulton, dans sa note Διπλῆ στοά (AJA, 75, 1971, p. 183-184) a repris l’ensemble des données
épigraphiques et archéologiques. Des trois possibilités théoriquement impliquées dans
l’expression (portique à deux étages, à deux façades, à deux travées), seule la dernière est
normalement utilisée, sauf indication explicite différente.
8. Vitruve, V, 9, 2. Voir aussi V, 11, 1, et V, 11, 2, où l’expression porticus duplex désigne toujours
un portique à deux travées. Cf. B. Olinder, op. cit., p. 89 seq. Sur l’origine du schéma, voir A.
Birnbaum, Vitruvius und die griechische Architektur, Denkschrift Kais. Akadem. der Wissenschaften in
Wien, 57, 4, 1914, p. 36 seq.
9. Cf. F. Coarelli, loc. cit., dans Dialoghi di Archeologia, 1968, p. 305 seq.
10. Cf. J. J. Coulton, loc. cit.
11. Vitruve, I, 2, 2 : ichnographia est circini regulaeque modice continens usus, e qua capiuntur formarum
in solis arearum descriptiones (texte de Fensterbusch).
12. Polybe, 28, 2-5 ; Tite-Live, 43, 17, 2-10. Cf. P. Charneux, Rome et la confédération achéenne, dans
BCH, 81, 1957, p. 181 seq. Octavius effectua aussi en 163-162, un voyage en Orient, au cours duquel
il devait être assassiné.
13. Il est remarquable qu’aucun des autres portiques ou quadriportiques de Rome ne soit défini
dans les textes par une de ses caractéristiques architecturales. Sur la signification du singulier et
du pluriel dans les emplois de porticus, cf. B. Olinder, op. cit., p. 91. En fait, il est impossible de
déterminer, dans l’état actuel de la documentation, si la porticus Octavia était composée d’une
seule aile, ou s’il s’agissait d’un quadriportique, comparable en cela à la porticus Metelli. On peut
envisager aussi, à titre d’hypothèse, que le portique à double travée n’était qu’une partie – la plus
importante par sa largeur – de ces peristylia quadrata dont Vitruve rappelle que seule l’aile
méridionale doit être duplex. Cf. V, 11, 1 : peristylia quadrata... ex quibus tres porticus simplices
disponantur, quarta, quae ad meridianas regiones est conversa, duplex. Cette structure, présentée par le
théoricien comme caractéristique des palestres, pouvait très bien être transposée dans un
contexte urbain.
14. Cf. R. Vallois, L’architecture hellénique et hellénistique à Délos I, Paris, 1944, p. 307 seq. ; Ph. W.
Lehmann, Roman Wall Paintings from Boscoreale, 1953, p. 85-86.

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


55

15. Pline, HN, 34, 12 : sed cum esse nulla Corinthia candelabra constet, nomen id praecipue in his
celebratur.
16. Cf. G. Roux, L’architecture de l’Argolide aux IV et IIIe s. av. J.-C, Paris, 1961, p. 360 seq.
17. F. Münzer, dans Hermes, 30, 1895, p. 501.
18. Cf. H. Drerup, Zum Austattungsluxus in der römischen Architektur, Munster, 1957, p. 15 seq. et R.
Vallois, op. cit., ibid.
19. HN, 34, 14.
20. Vitruve, V, 5, 8 : etiamque auctorem habemus Lucium Mummium, qui diruto theatro Corinthiorutn,
ea aenea Romam deportavit et de manubiis ad aedem Lunae dedicavit.
21. Vitruve, V, 9, 2 : quae videntur ita oportere conlocari, uti duplices sint habeantque exteriores
columnas doricas... Medianae autem columnae quinta parte altiores sint quam exteriores, sed aut ionico aut
corinthio genere deformentur. Sur ce genre d’ordonnance, voir par exemple R. Tölle-Kastenbein, Das
Kastro Tigani, Samos XIV, Bonn, 1974, p. 40 seq. et croquis n° 59 ; S. Stucchi, Architettura Cirenaica,
Rome, 1975 (= Monografie di archeologia libica, IX), p. 118 seq. et fig. 103, p. 122 (portiques O 2 et B 5
de l’agora de Cyrène. Fin IIIe, début IIe s. av. J.-C).
22. Velleius Paterculus, II, 1, 2. G. Marchetti Longhi considère que l’adjectif s’applique à la
situation du portique (Capitolium, 31, 1956, p. 136). En fait il semble bien que le plan et les
chapiteaux de bronze aient joué le même rôle, dans l’agrément de cette construction, que les
colonnes en marbre phrygien (c’est-à-dire à veines colorées) utilisées à la basilica Aemilia, peut-
être lors de sa restauration de 78 av. J.-C. (cf. Pline, HN, 36, 102).
23. C’est évidemment le texte de Velleius Paterculus (I, 11, 3-5), et dans ce texte le passage
concernant l’aedem ex marmore, qui a suscité les commentaires les plus nombreux, et parfois les
plus inattendus. Plusieurs archéologues, dans la lignée de H. Drerup, op. cit., n. 66, lui opposent
volontiers le texte de Pline (HN, 17, 6 ; voir aussi 36, 7) concernant l’atrium de L. Licinius Crassus
(censeur en 92) : cum in publico nondum essent ullae marmoreae (sc. columnae). Cf. en dernier lieu F.
Rakob, W.-D. Heilmeyer, op. cit., p. 27, et p. 38 seq. D’autres exégètes se sont efforcés de donner du
mot aedem une interprétation différente de celle qu’on attend : M. J. Boyd dans PBSR, 21, 1953, p.
152 seq., le considère comme un équivalent de porticus, et M. Gwyn Morgan, dans Hermes, 99,
1971, p. 486 seq., lui fait désigner les deux temples contenus dans le portique, et non la seule
aedes Jovis Statoris. Pour l’examen de cette question, cf. MEFRA, 85, 1973, p. 138 seq. B. Olinder, op.
cit., p. 94 seq., reprend la discussion sous un angle qui n’en accroît pas la clarté, tout le problème
étant pour lui de savoir quand et comment la porticus Metelli fut substituée à la porticus Octavia. Cf.
notre compte-rendu, à paraître dans RA, et la mise au point, claire, de T. P. Wiseman, dans PBSR,
42, 1974, p. 18-19 et p. 20.
24. L’idée fondamentale est qu’avant 100 av. J.-C. le marbre ne saurait être employé à Rome, et
qu’avant la période « syllanienne » (désignation qui recouvre souvent, étrangement, le deuxième
quart du Ier s.) l’influence grecque n’est pas décelable. Cf. H. Drerup, op. cit. et W.-D. Heilmeyer,
Korintische Normalkapitelle, Heidelberg, 1970, p. 33 seq.
25. Cf. sur ces questions en dernier lieu I. Shatzman, Senatorial Wealth and Roman Politics, Coll.
Latomus, 142, 1975, p. 167 seq. et p. 197 seq.
26. Supra, n. 21.
27. Cf. F. Coarelli, loc. cit., p. 307 seq.
28. Cf. M. Gwyn Morgan, loc. cit., p. 499.
29. Priscien, Inst, 8, 4, 17 : aedis Martis est in circo Flaminio architectata ab Hermodoro Salaminio. Cf. F.
W. Schlikker, Hellenistische Vorstellungen von der Schönheit des Bauwerks nach Vitruv, Berlin, 1940, p.
29 seq ; P. Gros, loc. cit. , p. 150 seq. On constate en fait que la Salamine du golfe Saronique
disparaît à partir du début du IIe s. des listes olympioniques, sans doute parce qu’on considère
qu’elle fait un tout avec Athènes. Du même coup la mention de Salamine sans spécification ne
peut s’appliquer qu’à la cité chypriote, cf. L. Moretti, Olympionicai, dans Mem. Accad. Naz. dei Lincei,
Rome, 1957, p. 144, n° 611.

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


56

30. M. Gwyn Morgan, loc. cit., p. 500 seq., montre que Metellus avait toutes les raisons, électorales
et administratives, pour prendre les mesures nécessaires à la réalisation de son « voeu » dans les
premiers mois de 143. Seul en effet un magistrat pourvu de l’imperium peut s’acquitter de ces
opérations, et les exemples antérieurs attestent que les imperatores ont toujours su
remarquablement situer aux points forts de leur carrière le votum, la locatio et la dedicatio des
temples qu’ils faisaient construire.
31. Elle était, d’après Velleius Paterculus, I, 11, 3, placée de telle sorte que les cavaliers de Lysippe
fissent face aux temples, frontem aedium spectant. Cf. Pline, HN, 34, 64.
32. A. E. Astin, op. cit., p. 127. Voir aussi, id., dans Class. Phil., 54, 1959, p. 221 seq.
33. M. Gwyn Morgan a bien mis en évidence le lien étroit qui existe entre l’exécution d’un
« manubial building » et la progression de la carrière pour les principaux membres de la nobilitas
de la fin du IIIe et du IIe s. avant J.-C. Cf. loc. cit., dans Klio, 55, 1973, p. 223 seq.
34. Cf. R. Martin, L’urbanisme dans la Grèce antique, 2e édit., Paris, 1974, p. 145 seq. et p. 218 seq.
35. Vitruve, III, 2, 5. Sur les problèmes posés par ce texte, cf. MEFRA 85, 1973, p. 137 seq.
36. Dans une remarquable synthèse, E. Akurgal reprend les opinions les plus communément
admises sur la période d’activité d’Hermogénès : 2e et 3 e quarts du IIe s. (Ancient Civilizations and
Ruins of Turkey, 2e édit., Istanbul, 1970, p. 21-25. Voir aussi G. Gruben, Die Tempel der Griechen,
Munich, 1966, p. 368). Cependant les partisans de la chronologie haute (par ex. W. Hahland, dans
JÖAI 38, 1950, p. 91 seq.) ont retrouvé des arguments depuis la découverte de la fameuse
inscription de Téos, qui semble prouver que la construction du temple de Dionysos était achevée
en 204-203 av. J.-C. (cf. P. Hermann, dans Anatolia, 9, 1965, p. 33 seq.). Le dernier état du problème
est donné par W. Alzinger, Augsteische Architektur in Ephesos, Vienne, 1974, p. 95 seq., n. 333.
37. Cf. W. Hoepfner, Zwei Ptlolemaierbauten, AM, Beiheft 1, Berlin, 1971, p. 87 seq. (sur la diffusion
de l’ionisme oriental par les architectes ptolémaïques).
38. M. Hofmann, dans RE, 23, 2, 1959, col. 1702-1720 (sur le règne de Ptolémée VI, Philomètor).
39. Notons par exemple la construction d’un gymnase à Salamine, dès la fin du IIIe s. (J. Delorme,
Gymnasium, Paris, 1960, p. 198 ; J. Pouilloux, dans RA, 1966, p. 337 seq. et RA, 1971, p. 291 seq.).
D’autre part la présence de Salaminiens de Chypre, commerçants ou banquiers à Délos, à Athènes
et en Italie méridionale, la facilité avec laquelle ces Grecs d’Orient échangent, au II e s., leur
nationalité d’origine contre la citoyenneté de villes de Grande Grèce sont autant d’indices d’une
véritable « marche vers l’Ouest » dont J. Pouilloux a récemment souligné l’importance (
Salaminiens de Chypre à Délos, dans Etudes déliennes, Supplément I au BCH, Paris, 1973, p. 399 seq.). Il
est possible que la venue d’Hermodoros à Rome s’inscrive dans cette dynamique, où les hommes
d’affaires n’étaient pas seuls à être impliqués, même s’ils en étaient les éléments moteurs.
40. W. Hoepfner, Zum ionischen Kapitell bei Hermogenes und Vitruv, dans AM, 83, 1968, p. 213 seq.
41. Le déplacement d’équipes de tailleurs de pierres accompagnant un architecte est attesté pour
le monument votif d’Olympie et pour la restauration du colosse des Rhodiens à Delphes. Cf. W.
Hoepfner Zwei Ptolemaierbauten, op. cit. , p. 50 seq. On sait d’autre part que les chapiteaux du
temple rond du Forum Boarium furent taillés sur place par des marmorarii grecs. Cf. F. Rakob, W.-D.
Heilmeyer, op. cit., p. 9 et p. 20 seq.
42. D’après Macrobe, Saturn., III, 4, 2. Voir aussi Servius, Ad. Aen. II, 225 (cf. B. Olinder, op. cit., p.
40).
43. Nous reprenons, pour le début de la construction de ce temple, la date de 132, qui s’accorde
avec celle du triomphe sur la Lusitanie, telle que A. Degrassi l’a définie (133). Cf. Inscriptiones
Italiae, XII, Fasti et Elogia, 1, Rome, 1947, p. 558 ; F. Coarelli, loc. cit., p. 313 ; B. Olinder, op. cit., p. 96,
n. 50 ; I. Shatzman, op. cit., p. 253.
44. Il nous paraît difficile de suivre F. Coarelli lorsqu’il propose d’attribuer les éléments de
fronton en terre cuite retrouvés dans la via San Gregorio, à ce temple construit par un architecte
gréco-oriental, dont on sait par ailleurs qu’il était orné d’œuvres d’art helléniques (cf. Polycles,
Studi Miscellanei, 15, 1970, p. 85 seq.).

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


57

45. Quelles que soient les réserves qu’on puisse faire sur cette notion de « cercle » (cf. A. E. Astin,
op. cit., p. 294 seq. ; G. Garbarino, op. cit., I, p. 13 seq. et p. 47 seq. ; et M. A. Momigliano, Polibio,
Posidonio e l’imperialismo romano dans Actes du Congrès de l’Ass. G. Budé, Paris, 1975, p. 190 seq.), on
conviendra que Hermodoros n’était pas intégré au personnel technique ou artistique attaché à la
personne d’un grand personnage, à la façon par exemple de ces spécialistes dont Aemilius Paulus
avait peuplé sa maison (Plutarque, Aem., IV, 9). Sur l’hostilité politique qui sépara longtemps les
Metelli du « cercle » des Scipions, cf. R. Syme, dans JRS, 34, 1944, p. 105 seq. (critique de W. Schur,
Das Zeitalter des Marius und Sylla, Klio, Beiheft 46, Leipzig, 1942). Sur le cercle de Brutus Callaicus,
patron d’Accius, cf. A. La Penna, dans Dialoghi di Archeologia, 1971, p. 205 seq. et A. E. Astin, op. cit.,
p. 296.
46. VI, praef. 5.
47. Pour les phases pré-augustéennes de ces temples, cf. H. F. Rebert, H. Marceau, The Temple of
Concord in the Roman Forum, dans MAAR, 5, 1925, p. 53 seq. ; Tenney Frank, The First and Second
Temples of Castor at Rome, ibid., p. 79 seq. ; P. Romanelli, dans Mon. Ant, 46, 1963, p. 201 seq. (pour le
temple de la Magna Mater ; les résultats de la fouille du site ont été résumés dans Hommages à Jean
Bayet, Bruxelles, 1964, p. 619 seq.).
48. Le pouvoir des Metelli atteint en effet son apogée entre 120 et 115. Cf. M. Gwyn Morgan, loc.
cit., dans Athenaeum, 49, 1971, p. 298. Sur L. Metellus Dalmaticus, fils aîné du Calvus, neveu du
Macédonique, consul en 119, triomphateur de la Dalmatie en 118, cf. J. van Ooteghem, Les Caecilii
Metelli de la République, Bruxelles, 1967, p. 106 seq. et M. Gwyn Morgan, ibid., p. 289 seq. Sur
l’auteur de la restauration de la Magna Mater, identifié en dernier lieu à C. Metellus Caprarius,
consul en 113, triomphateur de la Thrace en 111, cf. M. Gwyn Morgan, loc. cit., dans Klio 55, 1973,
p. 235 seq. Les vers d’Ovide (Fastes, IV, 247-48 : templi non perstitit auctor/Augustus nunc est, ante
Metellus erat) laissent en fait le champ libre à plusieurs hypothèses. Cf. Van Ooteghem, op. cit., p.
104.
49. Cf. F. Tannen Hinrichs, Die lateinische Tafel von Bantia und die « lex de Piratis », dans Hermes, 98,
1970, p. 494 seq. Sur la réduction du commerce en Méditerranée orientale au début du Ier s. av. J.-
C, voir par ex. P. Baldacci, dans Recherches sur les amphores romaines, Collection de l’Ecole Française, 10
, Rome, 1972, p. 18.
50. Sur le temple de S. Salvatore in Campo, construit en marbre du Pentélique, cf. MEFRA, 85,
1973, p. 150 seq.
51. Cicéron, De Oratore, I, 62 ; cf. F. Coarelli, loc. cit., p. 340.
52. Pour la tholos du Forum Boarium, cf. F. Rakob, op. cit., p. 2 seq., planches 5 seq. et Beilage 6.
Pour le temple de S. Salvatore in Campo, cf. MEFRA, 85, 1973, p. 151.
53. Tenney Frank, loc. cit., p. 100.
54. Vitruve III, 4, 5 (texte de Fensterbusch).
55. Cf. R. Martin, Manuel d’architecture grecque, I, Paris, 1965, p. 361 seq.
56. Le mot désigne en fait, dans les autres passages du livre III où il apparaît, une baguette
quadrangulaire (baguettes d’encadrement de la scotie de la base attique, en III, 5, 2 : altera pars
cum suis quadris scotia ; bordure de l’abaque du chapiteau ionique en III, 5, 5 et III, 5, 7 : abaci
quadrant).
57. La spira est la base praeter plinthum. Voir pas ex. III, 5, 3-4.
58. Cf. L. T. Shoe, Etruscan and Republican Roman Mouldings, MAAR, 25, 1965, p. 24 et p. 182 seq., pl.
58 (un bon exemple est fourni par le temple d’Hercule à Ostie).
59. Cf. IV, 1, 7.
60. III, 5, 11 : corona cum suo cymatio, praeter simam, quantum media fascia epistylii. Corona désigne
chez Vitruve la partie antérieure du larmier ionique. Sur l’introduction des éléments de corniche
dans la modénature des couronnements de podium, cf. L. T. Shoe, op. cit., p. 173 seq. La présence
de la doucine droite, moulure de cimaise par excellence, a entraîné, dans beaucoup de
couronnements complexes, une référence plus ou moins explicite à la corona.

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


58

61. Cf. V, 7, 6 : description du couronnement du podium des colonnes du mur de scène dans le
théâtre.
62. F. Rakob, W.-D. Heilmeyer, op. cit., Beilage 13.
63. Dans la seconde moitié du Ier s. av. J.-C. et à l’époque augustéenne le plan périptère trouvera,
en dépit du podium, une significcation plus plastique que structurelle, quand les temples
deviendront les points forts d’une architecture processionnelle. Cf. P. Gros, Aurea Templa,
Recherches sur l’architecture religieuse de Rome à l’époque d’Auguste, Thèse lettres, Paris, 1974, p. 201
seq. (exempl. dactylographié).
64. Les deux édifices sont réunis par Cicéron dans la même locution (Pro Sestio, 140) :
celeberrimum monumentum Opimii. Les tentatives de reconstruction de A. von Gerkan restent en ce
domaine hypothétiques (cf. Il sito del Sacello di Giano Gemino a Roma, dans Rendic. della Reale Accad.
di Archeologia, Naples, 21, 1944, repris dans Von antiker Architektur und Topographie, p. 57 seq.).
J’avoue ne pas saisir ce que veut dire A. M. Colini, dans BC, 1940, p. 53-54, n. 55, quand il parle,
pour le temple pré-augustéen de la Concorde, d’un « plan normal allongé avec dix colonnes de
façade ». H. F. Rebert, dans MAAR, 5, 1925, p. 62 seq., évoque seulement des superstructures en
tuf, pépérin et travertin. Des doutes ont été émis sur la présence d’un temple antérieur (celui de
Camille) au même endroit, cf. A. Momigliano, dans Cl. Ou. 36, 1942, p. 115 seq.
65. Cf. W.-D. Heilmeyer, Korintische Normalkapitelle, Heidelberg, 1970, p. 122.
66. Tenney Frank, loc. cit., p. 90 et p. 100.
67. Cicéron, In Verrem, II, 1, 129, 133, 145.
68. G. Lugli, Roma antica, Il centro monumentale, Rome, 1946, p. 112.
69. Il est remarquable que l’arrogance impliquée dans la reconstruction du temple de la
Concorde par le chef du Optimates, après la mort de C. Gracchus et le massacre de 3.000 de ses
partisans, ne se soit pas traduite, pour autant qu’on puisse en juger, par une architecture en
rupture trop ostensible avec la tradition (cf. Plutarque, C. Gracchus, 17). Sur Térence et le public
populaire, voir P. Grimai, Le siècle des Scipions, Paris, 1953, p. 152 seq. Cf. aussi G. Garbarino, op. cit.,
II, p. 560 seq.
70. Dans le cas de l’aedes Matris Magnae, il est probable que le clergé très traditionaliste de cette
divinité joua un rôle déterminant dans le choix du plan et du matériau. Cf. P. Hommel, Studien zu
den Figurengiebeln der Kaiserzeit, Berlin, 1954, p. 30 seq.
71. Cf. A. La Penna, dans Dialoghi di Archeologia, 1971, p. 193 seq. Voir aussi P. Grimai, op. cit., p. 115
seq. ; G. Garbarino, op. cit. , II, p. 349 seq. (notamment sur le problème de l’expulsion des
philosophes, en 161 et en 154).
72. A. E. Astin, op, cit., p. 115 seq.
73. Cf. D. R. Dudley, dans JRS, 31, 1941, p. 94 seq. ; M. Pohlenz, Die Stoa, Geschichte einer geistigen
Bewegung, Göttingen 2e édit, 1959, p. 205 seq. ; A. E. Astin, op. cit., p. 195 seq. ; G. Garbarino, op. cit.,
II, p. 445 seq.
74. L’exemple de l’art oratoire est significatif : lorsque Polybe assure le jeune Scipion qu’il
trouvera toute l’aide souhaitable auprès de ceux de ses compatriotes qui maîtrisent les
techniques intellectuelles auxquelles celui-ci veut avoir accès (Polybe, 31, 24, 6 : ... τὰ μαῦήματα
περὶ ἃ νῦν ὁρῶ σπουδάζοντας ὑμᾶς...) il est bien entendu pour le maître comme pour l’élève
qu’il s’agit essentiellement d’acquérir ou d’affiner, dans la langue latine, des outils conceptuels et
rhétoriques qui sont encore déficients. Même si l’on apprend le grec, on se garde bien de devenir
un Grec dans ses mœurs et ses modes d’expression. On connaît les sarcasmes dont Polybe accable
Aulus Albinus Postumius (39, 1, 3 seq. et 31, 25, 4) qui compose des œuvres en Grec. Polybe le fait,
sans aucun doute, avec l’accord et les encouragements de Scipion (cf. M. A. Momigliano, loc. cit.,
p. 191). Au contraire Cicéron (Brutus, 25) désigne avec satisfaction en M. Aemilius Lepidus Porcina
(cos. 137) le premier orateur romain qui ait su assimiler les principales figures de la rhétorique
grecque et les transposer dans un moule latin. Sur Polybe et Scipion, voir les pages capitales de P.
Grimai, op. cit., p. 138 seq. et G. Garbarino, op. cit., II, p. 392 seq.

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


59

75. R. Delbrueck, Hellenistische Bauten in Latium, II, p. 180. On sait que la tholos du Forum Boarium a
été récemment identifiée à l’aedes Herculis Victoris seu Invicti, ce qui désignerait comme son
commanditaire un mercator du nom de M. Octavius Hersennus. Cf. F. Coarelli, dans Dialoghi di
Archeologia, 1971, p. 263 seq. L’hypothèse est reprise par F. Rakob, W.-D. Heilmeyer, op. cit., p. 37.
Sur Octavius Hersennus, cf. Macrobe, Saturn., III, 6, 11 ; Servius, Ad Aen., VIII, 363 (voir G. Lugli,
Fontes ad topographiam veteris Urbis Romae pertinentes, 8, n° 357-358, p. 355).
76. W.-D. Heilmeyer, dans Der Rundtempel am Tiber in Rom, p. 19 seq. Le temple date certainement
encore de la fin du IIe s., bien que cet auteur et F. Rakob hésitent à la situer avant les années 90,
en raison de la trop fameuse notice de Pline (HN, 17, 6) sur l’absence de colonnes de marbre dans
les édifices publics de Rome au temps de la censure de L. Licinius Crassus. Cf. supra, n. 23, et notre
c/r dans Latomus, 34, 1975, p. 823 seq.
77. MEFRA, 85, 1973, p. 150 seq.
78. Sur l’identification de ce temple, cf. P. Boyancé, dans MEFR, 57, 1940, p. 64 seq. et F. Coarelli,
dans Palatino, 12, 4, 1968, p. 369. Sur le délai, toujours relativement court, qui sépare un triomphe
de l’achèvement des constructions payées avec les manubiae, voir M. Gwyn Morgan, dans Klio, 55,
1973, p. 223 seq. Si l’argent n’est pas utilisé dans les années qui suivent immédiatement, il reste
inexploité, du moins dans le domaine des constructions publiques. L’exemple en est donné par M.
Livius Drusus, cos. 112, qui triomphe en 110 [de Scordist]eis Macedonibusque ; il meurt en 109, et son
fils, tribun en 91, n’utilise plus à des fins édilitaires l’argent disponible. Sur le triomphe de
Catulus en 101, et sa lutte contre les Cimbres, cf. Plutarque,. Marius, 23-26. Voir en dernier lieu R.
G. Lewis, dans Hermes, 102, 1974, p. 90 seq.
79. L. T. Shoe, op. cit., p. 178, pl. 56, 1.
80. Vitruve, IV, 8, 1, ne connaît, on le sait, que les tholoi monoptères à podium (tribunal) et les
tholoi périptères à crépis. Sur la typologie des temples ronds, cf. en dernier lieu W. Binder, Der
Roma-Augustus Monopteros auf der Akropolis in Athen und sein typologischer Ort, Stuttgart, 1969.
81. On notera en particulier la densité de la colonnade et l’étroitesse du déambulatoire. Cf. La
publication prochaine de l’édifice, à paraître dans les Studi Romani.
82. Voir à ce sujet les remarquables analyses de W. Alzinger, op. cit., p. 137 seq.
83. Le temps des architectes-sculpteurs, qui suivaient la construction depuis les fondations
jusqu’à la finition des ornamenta, et parfois y participaient eux-mêmes, un peu à la façon dont
plus tard un Borromini guidera, en leur donnant l’exemple, ses artisans maçons et stucateurs, n’a
pas survécu, semble-t-il, à la période tardo-classique. Significative est à cet égard l’attitude de
Vitruve, qui juge excessive la position « maximaliste » de Pythéos (De architectura, I, 1, 12), lequel
exigeait d’un architecte une connaissance non seulement théorique mais pratique de toutes les
techniques du bâtiment et dé la décoration. Cf. P. Gros, Aurea Templa, op. cit., p. 104.
A cet égard l’étude récente de J. J. Coulton (Towards Understanding Donc Design : the Stylobate and
Intercolumniations, dans Ann. of the British School at Athens, 69, 1974, p. 61 seq.) est précieuse, en ce
qu’elle montre, à partir de mensurations précises relevées sur un grand nombre de temples, que
même des édifices doriques fort élaborés présentent seulement des dimensions de stylobate bien
définies, et que le reste parait avoir été « ajusté » en fonction de réglages successifs qui ne
reposent pas sur des bases théoriques mais sur un savoir-faire empirique (particulièrement p. 66
seq. et p. 84 seq.). Voir aussi, du même auteur, Second Temple of Hera at Paestum and the pronaos
problems, dans JHS, 95, 1975, p. 15 et p. 23 seq.
84. W.-D. Heilmeyer, Korintische Normalkapitelle, p. 36 ; Der Rundtempel, p. 28 seq. ; Ch. Leon, Die
Bauornamentik des Traiansforum, Vienne, 1971, p. 156 seq.
85. Korintische Normalkapitelle, p. 53.
86. Cf. A. K. Orlandos, Ἒργον, 1959, p. 112 seq., fig. 117 ; G. Daux, BCH, 84, 1960, p. 697, fig. 3 ; Ἒ
ργον, 1972, p. 157, fig. 193.
87. Milet, monument de Laodicée ; temple de Zeus à Diocésarée. Cf. G. Roux, op. cit., p. 378 seq.
88. Comme le souligne d’ailleurs, à juste titre, W.-D. Heilmeyer.

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


60

89. La même particularité se retrouvera, plus tard, au temple d’Apollon Palatin, cf. H. Bauer, dans
RM, 79, 1969, p. 183 seq.
90. Vitruve, III, 2, 5 et VII, praef. 17. Sur la nécessité de maintenir la leçon des manuscrits dans le
premier passage : et, ad Mariana, Honoris et Virtutis sine postico a Mucio facta..., cf. en dernier lieu
MEFRA, 85, 1, p. 137 seq.
91. Il est dommage que ce personnage, cité deux fois par Vitruve (cf. note précédente), nous reste
inconnu par ailleurs. Nous avons avec lui, et avec ce Cossutius qui travailla à l’Olympéion
d’Athènes (cf. P. Bernard, dans Syria, 45, 1968, p. 148 seq.), le premier exemple d’un architecte
romain de quelque renom. Sur Valerius d’Ostie dans le deuxième quart du Ier s. av. J.-C, cf. Pline,
HN, 36, 103. Sur L. Cornelius, architectus Catulli, cf. G. Molisani, dans Atti Acc. Naz. Lincei, Rendiconti,
26, 1971, p. 41 seq.
92. Sur l’aversion de Marius à l’égard des raffinements hellénisants, cf. par ex. A. La Penna, loc.
cit., p. 210 seq.
93. VII, praef. 17 : id vero si marmoreum fuisset...
94. Cf. R. Delbrueck, Die drei Tempel am Forum Holitorium, Berlin 1903 ; G. Lugli, Roma antica, p. 548 ;
F. Coarelli, Guida archeologica di Roma, 2e édit., 1975, p. 284 seq.
95. L. T. Shoe, op. cit., p. 198, pl. 62, 4.
96. Les deux seules que nous connaissions (temple rond du Forum Boarium, (F. Rakob, op. cit., pl.
20-21), temple sous San Salvatore in Campo (MEFRA, 85, 1973, p. 152)) appartiennent à d’autres
séries. Dans ses constructions des années 140, Hermodoros avait sans doute adopté la base
attique, peut-être avec plinthe, récemment annexée à l’ordre ionique par Hermogénès. Cf. E.
Akurgal, op. cit., p. 178 seq.
97. Op. cit., p. 202-204.
98. W.-D. Heilmeyer, Der Rundtempel, p. 28.
99. W.-D. Heilmeyer, Korintische Normalkapitelle, p. 40 seq.
100. Rappelons par exemple, pour mesurer les lacunes de notre documentation, que nous ne
savons rien de précis des temples construits par les autres vainqueurs de 146 : l’aedes Aemiliana
Herculis de Scipion Emilien (Festus, 282 L = G. Lugli, Fontes ad Topographiam veteris Urbis Romae
pertinentes, 8, 1962, p. 351, n°328), et l’aedes Herculis Victoris de Mummius (A. E. Astin, op. cit., p.
115). La première doit sans doute être assimilée à l’aedes Herculis Invicti in Foro Boario, mentionnée
par Macrobe, Saturn., III, 6, 10 ; dans ce cas il s’agirait d’un temple rond (aedes rotunda, d’après
Tite-Live, X, 23, 3) et un dessin de Baldassare Peruzzi nous en conserverait l’image : tholos à
crépis, d’ordre doricotoscan (?) ; mais de quand datent les vestiges ainsi représentés, et quel
crédit peut-on faire à ce dessin rapide, non coté ? (cf. E. Nash, Pictorial Dictionary of Ancient Rome, 2
e
édit., Londres, 1968, p. 473, fig. 580).

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


61

Nombres irrationnels et nombres


parfaits chez Vitruve
Mélanges de l'École française de Rome. Antiquité, 88, 1976, p. 669-704

Pierre Gros

1 Nombreuses sont les données chiffrées contenues dans le De architectura, du moins dans
les livres III à VI qui traitent des édifices publics et privés. Elles se présentent le plus
souvent comme des relations numériques simples, avec ou sans référence explicite à un
module de base et à ses sous-multiples. A feuilleter les commentaires de A. Choisy et de A.
Birnbaum on retire même l’impression que la matière de ces livres peut se réduire en
dernière analyse à une série de rapports, et que la connaissance de ces rapports
garantissait aux yeux de Vitruve la correction d’un entablement, la beauté d’un portique
ou l’agrément d’une domus 1. Il y a cependant quelque légèreté à exploiter ces textes, si
riches d’indications apparemment fort précises, comme de simples répertoires de
proportions, sans s’interroger, avant d’en faire l’application directe aux vestiges
archéologiques qu’on entend analyser ou restituer avec leur aide, sur la nature et
l’origine des recettes qu’ils proposent2. Car on s’aperçoit vite, et tous les commentateurs
en ont fait l’expérience, que ces recettes ne sont pas toutes faciles à comprendre. Il arrive
en effet, si l’on en tente loyalement la transcription graphique, que l’on bute sur des
difficultés qui tiennent soit à la teneur même des développements, soit à leurs silences ;
d’où des hypothèses souvent contradictoires, et diverses corrections, qui s’appuient à
l’ordinaire sur deux types de postulats également invérifiables : la tradition manuscrite
est fautive3 ; Vitruve a mal lu sa ou ses sources grecques4. Il arrive en outre, même quand
la présentation théorique est satisfaisante, que l’on reste perplexe devant le caractère peu
« opératoire » de certains rapports, et des schémas de construction qu’ils impliquent, dès
lors qu’on en imagine concrètement la mise en œuvre sur un chantier antique5.
2 Aussi est-on en droit de se demander si le caractère parfois déconcertant de certaines
données chiffrées ne tient pas d’abord aux traitements qu’elles ont dû subir pour entrer
dans la trame des développements vitruviens. Ces traitements peuvent avoir été imposés
soit par la nature même du « genre » théorique, dont nous avons essayé de dégager
quelques lois dans un article précédent6, soit du fait des rapports très particuliers que —

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


62

c’est l’un des acquis important des études les plus récentes sur le De architectura 7 —
l’auteur latin entretenait avec les mathématiques grecques et hellénistiques qui restaient
ou du moins auraient dû être celles de son temps. Autrement dit, malgré la succession
linéaire des chapitres, et l’uniformité voulue de leur présentation, les chiffres fournis par
Vitruve ne semblent pas avoir tous la même portée. Il convient de distinguer les données
premières des données déduites, celles qui sont des points de départ inévitables de celles
qui sont des points d’arrivée plus ou moins arbitraires. Il convient également de démêler
ce qui, d’une construction arithmétique ou géométrique trouvée dans un manuel
hellénistique, pouvait être absorbé par le discours vitruvien, de ce qui, pour des raisons
de principe ou par manque de compétence, devait en être passé sous silence ou
transformé.
3 C’est une relecture de ce genre que nous proposons ici d’une série de passages
significatifs, où nous essaierons d’abord de retrouver certains emplois masqués ou
méconnus des nombres irrationnels.
4 Mais auparavant, il convient de cerner au plus près les connaissances théoriques de
Vitruve sur ce point précis.
5 Les difficultés éprouvées par cet écrivain pour concevoir et par suite nommer certaines
notions mathématiques ont été rappelées par J. Soubiran dans son édition du livre IX.
C’est en effet dans la préface de ce livre que se trouvent rassemblées les démonstrations
les plus « savantes » de tout l’ouvrage, et que le théoricien aborde en particulier, à propos
de la duplication du carré, le problème des nombres irrationnels8.
6 Ou plutôt qu’il devrait l’aborder, car on constate, à cette occasion, qu’il est incapable de
définir clairement le carré d’un nombre et, à plus forte raison, la notion d’irrationnalité.
« Si l’on a un emplacement ou un champ carré, et qu’on veuille le doubler, comme cela
exige une sorte de nombre que les multiplications ne permettent pas de trouver — genus
numeri quod multiplicationibus non invenitur — des tracés linéaires corrects amènent la
solution »9. Or le nombre qu’il faut trouver, en l’occurrence, est une surface, laquelle est
par définition le produit d’une multiplication. Vitruve veut dire en fait, et il l’explique
ensuite, que si l’on a un terrain de 100 pieds de côté et qu’on souhaite le porter à 200, on
ne peut y parvenir en multipliant 14 par 14 ou 15 par 1510. Mais la façon dont il s’exprime
prouve qu’il ne sait plus voir dans les irrationnels ce que Platon et Euclide appelaient des
puissances — Suvàjxeiç — c’est-à-dire des longueurs qui ne sont commensurables que
potentiellement, par les surfaces qu’elles « peuvent », comme disaient autrefois nos
mathématiciens11.
7 Une fois constatée l’impossibilité d’une solution arithmétique, Vitruve expose donc la
solution géométrique. Sans revenir sur le détail des ignorances d’ordre historique ou
technique que révèle son texte, soulignons qu’il paraît n’avoir pas saisi le lien qui existe
entre ce problème de la duplication du carré et le théorème de Pythagore, dont il traite
pourtant dans le paragraphe suivant12. Et de même qu’il ne voit pas dans la première
démonstration un cas particulier — celui du triangle rectangle isocèle — de la seconde, il
ne dit rien qui puisse nous empêcher de douter qu’il a vraiment compris le caractère
constant de la propriété des triangles rectangles, puisque seul le triangle « égyptien »
3-4-5 est invoqué13 ; on s’étonne de surcroît que ce praticien ne fasse aucune allusion à
deux autres figures semblables, souvent mises à contribution en architecture car elles
possèdent aussi des côtés à nombres entiers, les triangles 5-12-13 et 48-55-73 14.

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


63

8 Même en tenant compte de la maladresse ou de la sottise de sa source — une compilation


orientée sans doute vers l’aspect anecdotique des « grandes découvertes »15 — on
conviendra que le maniement des irrationnels et leur construction géométrique ne lui
sont guère familiers. Au niveau des principes, du reste, l’existence de ces êtres
mathématiques devait constituer pour Vitruve, comme pour beaucoup d’esprits antiques,
une manière de scandale. Dans la mesure où la beauté d’un édifice réside d’abord dans la
symmetria ou commodulatio, c’est-à-dire dans la commensurabilité de toutes ses parties
entre elles et des parties avec le tout, les irrationnels trouvaient difficilement place au
sein d’un système, qui nous apparaît fondé sur la transparence arithmétique des relations
modulaires16.
9 Aussi s’étonnera-t-on que plusieurs auteurs aient cru devoir postuler l’existence de
modules irrationnels, dans un contexte où la proportio implique, dans toutes les
mensurations d’un édifice, la présence d’une unité, la rata pars, qui en constitue une
partie « aliquote » en ce qu’elle y est contenue un nombre exact de fois17. D’une
littérature abondante, et parfois ésotérique, on nous permettra de ne retenir que trois
exemples, qui ont en commun un mode de lecture plus ingénieux que rigoureux des
textes sur lesquels ils prétendent s’appuyer.
10 J. Hambidge18, et après lui M. Ghyka19, ont tiré parti d’une brève notation de I, 1, 4 sur
l’utilité de la géométrie, pour faire de Vitruve le représentant d’une théorie
« dynamique » de la symétrie des surfaces, fondée sur la notion platonicienne de
« puissance ». Quand on sait le faible degré de conceptualisation auquel était parvenu
l’écrivain latin en ce domaine, on mesure d’emblée le caractère hasardeux d’une telle
hypothèse. D’autant que le passage en question ne lui offre qu’une base des plus minces :
« Grâce à l’arithmétique, dit Vitruve, on calcule le prix des constructions et on développe
le système des mesures ; quant aux questions difficiles de symétrie (c’est-à-dire de
commensurabilité), on les résout par un raisonnement et des méthodes géométriques » 20.
Replacée dans son contexte, cette phrase offre une signification concrète : Vitruve donne
à savoir que les éléments qui n’auront pu être réduits à un ensemble de relations
numériques simples (certaines difficiles quaestiones, précisément), il se contentera de les
dessiner ; la géométrie, comme il le rappelle dans le même paragraphe, se définit pour lui
comme l’ensemble des techniques faisant intervenir la règle, le compas et l’équerre ; c’est
un moyen d’exécution, et non une source de réflexion21. Ainsi l’entasis des colonnes22 ou le
renflement central des stylobates (les trop fameux scamilli impares 23) doivent l’irritante
concision des développements qui leur sont consacrés au fait qu’ils étaient l’objet d’un
croquis, forma descripta, à la fin du livre III24. Relevés dans des manuels hellénistiques, ces
croquis dispensaient le théoricien de toute mise en forme discursive : ils représentaient à
eux seuls les geometricae rationes.
11 Cette prédilection pour l’arithmétique et les nombres entiers, imposée dans une large
mesure par les responsabilités financières auxquelles l’architecte était confronté25,
trouvait sa caution dans l’idée, chère à Vitruve, que les mensurations idéales de l’être
humain, réduit pour les besoins de la cause à un seul plan, sans aucune prise en compte
des volumes26, manifestent l’attachement de la nature à des conceptions où triomphe la
transparence des rapports, le commensus. Ces rapports, tirés pour l’essentiel du « Canon »
de Polyclète, mais présentés en III, 1,2-3, comme des données physiques permanentes, et
non pas comme des choix esthétiques, constituaient à ses yeux le fondement légitime du
système modulaire en architecture27.

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


64

12 Or tout récemment E. Lorenzen a voulu définir, à partir du « Canon » vitruvien, deux


sortes de « grilles », l’une rationnelle, applicable aux schémas architecturaux, l’autre
irrationnelle, plus particulièrement réservée à la sculpture28. Sans entrer dans le détail
d’un raisonnement complexe, rappelons que cet auteur, féru des théories de Le Corbusier
sur le « modulor »29, s’attache d’abord à évaluer numériquement le diamètre du cercle où,
selon Vitruve, doit s’inscrire le corps humain : il parvient au résultat de 214,66 cm, soit,
nous dit-il, quarante fois la valeur du module architectural de base, lequel se déduit,
d’ailleurs laborieusement, d’un examen métrologique de la planimétrie du Parthénon30.
En manière de justification d’une démarche qui laisse perplexe, Lorenzen évoque les
phrases où Vitruve établit, à un niveau d’extrême généralité, un parallèle entre la
« symétrie » des temples et celle de la figure humaine31. Constatant ensuite que cette
ordonnance modulaire ne s’applique pas à la statue du Doryphore — ce qui, convenons-
en, est fâcheux, pour un « Canon » dérivé de celui de Polyclète — l’auteur imagine un
second cercle, de 240 cm de diamètre cette fois, impliciment postulé, nous affirme-t-on,
par Vitruve lui-même, qui se trouve être dans le rapport irrationnel √5 avec le rayon du
cercle précédent32. Il y a là, au total, un échafaudage d’hypothèses qui repose sur une
série de manipulations textuelles et sur la contamination de données hétérogènes. A titre
d’exemple signalons que, pour obtenir le côté du carré tangent au cercle où s’inscrit le
corps humain, Lorenzen limite la hauteur de ce dernier à la racine des cheveux33, alors
que Vitruve parle explicitement du summum caput 34 ; sans méconnaître la difficulté,
l’auteur passe outre, invoquant « des études récentes concernant la statuaire
égyptienne »35. La crédibilité d’une telle recherche demeure donc faible. Plus
convaincante apparaît en ce secteur l’analyse que R. Tobin vient de donner du « Canon »
polyclétéen36 ; bien qu’elle ne se réfère nullement à Vitruve, on peut en inférer la
démarche réelle de celui-ci, qui consiste précisément à éliminer les éléments irrationnels.
Selon Tobin en effet, la mystérieuse phrase de Pline sur les statues « carrées » de
Polyclète n’exprimerait pas un jugement esthétique, mais serait en quelque sorte le
résidu incompris d’une méthode de construction desdites statues37.
13 Reprenant les mensurations du Doryphore de Naples, la copie la plus soignée du célèbre
« Canon », il montre que toutes ses dimensions entretiennent des rapports irrationnels et
que plus précisément deux mesures voisines sont liées par la relation dite des « carrés
dynamiques » : c’est en rabattant la diagonale du carré formé sur la longueur de la petite
phalange qu’on obtient la phalange médiane, et ainsi de suite, jusqu’aux plus grandes
mensurations. Si nous prenons l’exemple du visage, nous parvenons au tableau suivant
(mesures exprimées en cm)38 :
racine des cheveux : 20,09
medium superciliorum : 14,2
milieu de l’arête nasale : 10,4
base du nez : 7,1
ligne de séparation des lèvres : 5,02
base du menton : 0
14 Toutes ces mesures se déduisent les unes des autres en multipliant la plus petite par √2
pour obtenir la suivante, avec une marge d’erreur qui oscille entre 0,01 et 0,08.
15 Mettons en regard le texte de Vitruve : « Quant au visage, on mesure le tiers de sa hauteur
du bas du menton jusqu’à la base du nez ; le nez, de la base des narines jusqu’au milieu de
la ligne des sourcils en mesure autant ; de cette limite jusqu’à la racine des cheveux on
obtient de même un autre tiers »39. Qu’est-ce à dire, sinon que le théoricien, au prix
d’approximations minimes, et d’ailleurs imperceptibles dans le système d’unités qu’il

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


65

utilisait, a choisi un type de subdivisions qui certes ne rendait plus compte du mode de
calcul originel, mais assurait entre les divers points remarquables des relations
arithmétiques simples40.
16 Tout en reconnaissant le caractère essentiellement répétitif de la division modulaire, et
son apparente incompatibilité avec les irrationnels, l’architecte J. Vicari 41 n’en présente
pas moins une restitution du temple eustyle de Vitruve qui fait intervenir le nombre φ (=
1,618), lequel définit comme on sait la « relation dorée » de la Renaissance italienne 42 et
n’est autre que la transposition arithmétique de la division euclidienne « en moyenne et
extrême raison »43. Selon lui le module vitruvien hérité d’Hermogénès serait un élément
variable multiplié par cette constante, ce qui revient à le transformer évidemment en un
nombre irrationnel44. L’ensemble de sa démonstration s’appuie en fait sur l’idée que le
mot ἀναλογία désigne toujours et uniquement la relation φ45. C’est là une définition
inacceptable car, pas plus chez Platon que chez Vitruve, la notion d’« analogie » ne
s’applique exclusivement à cette médiété géométrique d’un type particulier : dans le
« Timée », où l’on en trouve les applications les plus explicites, elle définit la μεσάτης
γεωμετρική à caractère continu qui permet de réaliser, de multiples façons, la récurrence
analogique des formes, des longueurs ou des volumes46. Chez Euclide, son acception n’est
guère moins large, puisqu’elle désigne l’« identité rationnelle »47, et lorsque Vitruve la
recueille, il n’en limite pas davantage le champ sémantique, puisqu’il l’assimile, dans le
seul passage du De architectura où il en fasse mention, à la notion de proportio 48. Autrement
dit, et quelles que soient les réserves qu’on puisse faire sur cette équivalence, établie en
premier lieu par Cicéron, semble-t-il, entre le mot latin et le mot grec49, l’ἀναλογία
n’implique rien d’autre, chez Vitruve, que la présence d’un module dans une
construction. C’est surinterroger gravement le texte que de lui demander une
spécification de ce module.
17 Une fois écartées ces diverses interprétations, il convient de garder en mémoire, pour
essayer de reposer le problème sur des bases plus saines, les modalités du maniement des
irrationnels dans la pensée grecque, et le caractère empirique de leur découverte comme
de leur utilisation.
18 Les travaux de A. Rey50 et de P.-H. Michel 51 ont retracé l’histoire de cette question : si les
Pythagoriciens avaient constaté depuis longtemps l’incommensurabilité de la diagonale
du carré, √2, il fallut attendre la fin du Ve s. pour qu’une méthode graphique de
détermination des irrationnels fût mise au point. Platon nous apprend que c’est à
Théodore de Cyrène, mathématicien contemporain de Socrate et du néo-pythagoricien
Philolaos de Tarente, qu’on en doit l’invention : « Théodore, que voici, avait fait devant
nous (c’est le jeune mathématicien athénien, Théétète, qui parle) les constructions
graphiques relatives à quelques-unes des puissances, montré que √3 et √5 ne sont point
commensurables à l’unité, et continué à les étudier une par une jusqu’à racine de 17 ; il
s’était, pour une certaine raison, arrêté là »52. Anderhub a montré que la figure de
Théodore n’était certainement pas celle des « rectangles dynamiques » (Fig. 1) qu’on lui
attribue encore souvent53, mais celle de la genetrix irrationalium, qui présente le double
avantage de requérir seulement l’emploi de la règle et de l’équerre, et d’expliquer
pourquoi Théétète s’est arrêté à 1754 ; comme le rappelle J. Bousquet, la construction ainsi
définie (Fig. 2) contient en elle-même l’explication de l’irritant πως du texte platonicien,
puisque, au-delà de /17, les triangles se chevaucheraient, ôtant ainsi clarté et valeur
pédagogique à la figure tout entière55.

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


66

Fig. 1 – LES « RECTANGLES DYNAMIQUES ».

19 Mais parallèlement à ce procédé fort simple, il existait sans doute, dès l’époque de Platon,
de Théétète et d’Archytas de Tarente, des formules d’approximation des premières
racines56. Théon de Smyrne, ce glossateur du IIe s. ap. J.-C, nous en a conservé une, celle
des deux colonnes d’entiers appelés respectivement « côtés » et « diagonales »57. On en
trouve du reste un exemple chez Platon lui-même, qui présente 7 comme la « diagonale
rationnelle » de 5, c’est-à-dire comme la valeur entière la plus proche de la diagonale du
carré de côté 5, à une unité près58.

Fig. 2 – LA « GENETRIX IRRATIONALIUM ».

20 Il paraît légitime de penser que les architectes du IVe s. ne sont pas restés étrangers à ces
recherches, et qu’ils ont essayé d’en tirer un profit à la fois théorique et pratique. Sans
évoquer le cas très particulier du ou des bâtisseurs du trésor de Cyrène, à Delphes, qui

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


67

semblaient travailler, si du moins on accepte l’ingénieuse reconstitution de J. Bousquet,


dans la droite ligne des spéculations de leur compatriote Théodore59, on peut supposer
qu’un Pythéos de Priène, qui se prétendait, au témoignage de Vitruve, le dépositaire de la
culture de son temps60, avait tenu à exploiter les applications possibles de ce progrès des
mathématiques. Or, si les études abondent sur son temple d’Athéna Polias, elles ne font
guère apparaître, parmi les très nombreuses relations arithmétiques qui s’établissent
entre tous ses éléments, un recours patent aux irrationnels61. De même la monographie
récente d’A. Bammer, sur l’Artémision du IVe s. à Ephèse, insiste avec raison sur l’aspect
« atomiste » du système modulaire qui rend toutes les composantes interchangeables au
sein de la structure d’ensemble, et ne fait nullement apparaître des éléments non
commensurables ou seulement approchés62. On constate en fait un recul devant l’emploi
des irrationnels, qui s’explique sans doute, indépendamment des raisons idéologiques ou
métaphysiques que l’on se plaît parfois à imaginer63, par une nécessité pratique, liée aux
exigences du devis, du cahier des charges, et de la facturation des travaux : le caractère
minutieux des comptes, dont l’épigraphie nous conserve quelques exemples64, excluait
l’intrusion de mensurations importantes, qui n’eussent pas été transposables en des
nombres entiers de modules, lesquels, pour des raisons de commodité faciles à
comprendre, étaient le plus souvent des multiples ou des sous-multiples d’unités de
mesure courantes65.
21 Au IIIe et au IIe s. les choses évoluent cependant ; les temples d’Hermogénès à Magnésie
présentent un réseau de rapports dont la clarté arithmétique est moins nette que celle de
Priène66, et de fait le retour à certains montages géométriques s’accorde bien avec la
recherche archaïsante d’une époque où l’on s’efforce de se dégager de l’emprise des
schémas hérités du tardo-classicisme. La notion même d’eurythmie, qui semble présider
aux compositions de cette période, tend à briser, F. W. Schlikker l’a bien montré, les
cadres rigides de la symmetria , et à gauchir les données quantitatives dans un sens
harmonique, où peuvent intervenir des données irrationnelles67.
22 Mais au moment où Vitruve recueille ces traditions, elles se sont souvent dégradées,
coupées désormais de la réflexion théorique qui les avait vu naître, en de simples
conventions dont la raison d’être n’apparaît plus à ceux même qui en recommandent
l’emploi. Aussi est-ce à l’état de traces, parfois volontairement dissimulées sous des
rapports numériques, que subsistent dans son texte les montages irrationnels.
23 Les rares passages où il recommande l’emploi de schémas géométriques faisant intervenir
la diagonale du carré sont étrangement syncopés, et l’on n’y rencontre jamais un
développement qui tire les conséquences des prémisses.
24 Le seul cas vraiment clair est celui des atria de la troisième catégorie, dont la longueur est
obtenue par le rabattement de la diagonale d’un carré construit sur la largeur68. Vitruve
évoque donc explicitement la valeur √2, mais pour en faire le dernier terme d’une série
numérique, non pas pour en exploiter les propriétés spécifiques ; en cela l’indication n’est
pas différente de celle du livre IV où l’on apprend que les périptères doriques de six
colonnes sur neuf présentent un rapport longueur/largeur compris entre 1,409 et 1,429,
selon qu’on englobe ou non dans le calcul du dénominateur le rebord du stylobate de part
et d’autre du portique des longs côtés69 ; choisissant indifféremment la construction
géométrique ou sa valeur approchée, Vitruve révèle qu’il se préoccupe assez peu du
caractère hautement opératoire de √2, et ne prétend en exploiter les ressources ni au
niveau du « design », ni à celui des recettes de chantier70.

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


68

25 Dans trois autres cas la construction qu’il suggère implique le recours à √2, mais il n’est
pas sûr qu’il s’en soit avisé. En tout cas il ne juge pas utile de l’indiquer, et affecte
d’ignorer que son schéma comporte une mesure irrationnelle.
26 1. – La construction des volutes du chapiteau ionique : « Que la ligne verticale soit divisée
en 9 parties et demie et que huit d’entre elles soient affectées aux volutes. Ensuite, au
point de séparation entre 4,5 et 3,5, qu’on place le centre de l’oculus, et qu’on trace depuis
ce centre une circonférence dont le diamètre ait la longueur d’une de ces huit parties.
Que dans cette circonférence qui délimitera la grandeur de l’oculus, on tire un diamètre
horizontal répondant à la ligne verticale. Ensuite que le tracé de la volute, commencé par
le haut, tangentiellement à l’abaque, diminue, à chaque quart de cercle, de la moitié du
diamètre de l’oculus, jusqu’à ce qu’on rejoigne le premier quart, situé sous l’abaque » 71
(Fig. 3). Tous les commentateurs ont noté que la description de Vitruve était incomplète
en ce qu’elle n’indiquait pas le moyen de placer les centres de chacun des quarts de cercle
qui composent cette volute72. Mais pourquoi ne l’indique-t-il pas ? C’est là ce qui importe.
De la lecture d’un croquis facial coté trouvé dans un « Skizzenbuch » hellénistique, il ne
retient que des rapports simples, calculés à partir de points remarquables répartis sur des
lignes perpendiculaires73. Et il interrompt son discours, lorsqu’il serait contraint
d’évoquer des constructions ou des mesures irrationnelles. Nous avons là l’exemple type
de ces difficiles quaestiones qui requièrent des croquis. Un peu plus loin, conscient d’avoir
été incomplet, Vitruve, comme saisi d’un remords, reprend la question en ces termes :
« Au sujet des volutes, un croquis méthodique indiquera à la fin du livre comment les
tracer, pour qu’elles présentent un enroulement correct, exécuté au compas »74.

Fig. 3 – LE SCHÉMA DE CONSTRUCTION DES QUATRE PREMIERS SEGMENTS DE LA VOLUTE


IONIQUE D’APRÈS VITRUVE.

27 Dans la pratique, les choses sont assez simples. Comme le notait déjà Lohde en 1873 75, les
architectes de la fin du XVIe s., Palladio, Vignola et Delorme, sans se référer directement

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


69

au texte vitruvien, avaient trouvé empiriquement, en praticiens habiles qu’ils étaient, ce


qui peut se démontrer par l’arithmétique, à savoir que les centres des quatre premières
volutes doivent se trouver au milieu de chacun des côtés du carré inscrit dans l’oculus, et
dont les diagonales sont les deux lignes perpendiculaires qui se croisent en son centre 76
(Fig. 4). Vitruve laissait d’ailleurs entendre que ce carré devait être construit, en mettant
en place un diamètre horizontal : type de notation apparemment inutile puisqu’elle
n’aboutit à rien dans le texte, mais qui représente en réalité l’embryon, ou le résidu, d’une
construction géométrique préalable à la localisation des centres ; si cette construction
reste hors de portée du discours vitruvien c’est qu’elle comporte une mesure
irrationnelle, non réductible à un multiple simple du petit module qui régissait jusqu’ici
tout le montage : si le diamètre de l’oculus est égal à d, le côté du carré inscrit vaut en
effet d√2.

Fig. 4 – LES CARRÉS INSCRITS DANS L’« OCULUS » DE LA VOLUTE, D’APRÈS PALLADIO, « I QUATTRO
LIBRI DELL’ARCHITETTURA », VENISE, 1570, I, CHAP. 16, p. 34.

28 2. – Le tracé de la cannelure dorique. « Si les colonnes doivent être refouillées, on


obtiendra le gabarit des cannelures en procédant ainsi : que l’on dessine un carré dont le
côté ait la même dimension que la largeur d’une cannelure, qu’au milieu de ce carré soit
placée la pointe d’un compas avec lequel on tracera une courbe qui touche les angles du
carré, et que la distance entre la portion de circonférence et le côté du carré soit celle
dont les colonnes doivent être refouillées au gabarit »77. Si l’on donne la valeur 1 au côté
du carré, la distance en question, h, qui indique la profondeur des cannelures, sera égale à
(√2-1)/2 (Fig. 5). Prenons garde qu’une telle figure n’est pas, par définition, opératoire,
puisque, après son exécution sur la planche à dessin, elle devait donner lieu à une
approximation (h ≃ 1/5 du côté du carré) pour pouvoir être utilisée. En fait l’intérêt de la
notice vitruvienne est de verser une pièce au dossier de la polygonisation des colonnes
doriques, en ce qu’elle implique le dégagement préalable d’une série de facettes sur les
tambours ; les exemples archéologiques ne manquent pas d’une telle pratique, et W.

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


70

Dinsmoor a mis en évidence l’importance technique de cette phase intermédiaire78. Mais


il est certain qu’elle devait présenter aussi, aux yeux des bâtisseurs, l’avantage de
faciliter, fût-ce au prix d’approximations, la réinsertion dans le système rationnel
d’éléments qui, de par leur forme circulaire, tendaient naturellement à lui échapper 79. Le
plan théorique des théâtres grecs ou latins, avec l’inscription dans un cercle de trois
carrés ou de quatre triangles, définissant sur la circonférence une douzaine de points
remarquables où s’accroche le tracé régulateur, participe certainement d’une recherche
du même ordre80. Dans le cas particulier de la colonne à vingt cannelures, la
détermination de la longueur de la facette peut d’effectuer encore plus simplement, sans
recourir à l’un des procédés employés par les mathématiciens grecs pour la résolution
géométrique du problème de la quadrature du cercle, au moyen d’un montage très
simple, dont la fig. 6 donne le schéma81.

Fig. 5 – LE TRACÉ DES CANNELURES DE LA COLONNE DORIQUE D’APRÈS VITRUVE.

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


71

Fig. 6 – SCHÉMA PERMETTANT LA DÉTERMINATION RAPIDE DE LA DIMENSION DES FACETTES DE


LA COLONNE DORIQUE À 20 CANNELURES.

29 3. – La construction de l’abaque du chapiteau corinthien. Ce dernier exemple nous paraît,


plus que d’autres, révélateur de la volonté vitruvienne de gommer la présence des
irrationnels : « La largeur de l’abaque doit se calculer ainsi : que les diagonales qui vont
d’angle en angle mesurent deux fois la hauteur du chapiteau »82. Comme cette dernière
est égale à un diamètre de base de la colonne, l’indication vise à préserver la transparence
modulaire de l’élément, fût-ce aux dépens de celle de son schéma de construction. Car on
attendrait plutôt, d’un point de vue pratique, une indication précise concernant le côté de
ce carré qu’est le tailloir, du moins dans sa phase initiale. Mais si l’on pose que la
diagonale vaut 2D, le côté n’entre plus dans la symmetria d’ensemble, puisqu’il vaut, lui,
D√2. Jean Goujon a présenté depuis longtemps la seule figure qui réponde au texte
vitruvien, et permette une construction rapide : un carré de côté D sur la diagonale
duquel on développe un second carré ; les mesures de celui-ci répondront exactement aux
préceptes du théoricien83 (Fig. 7). Nous retrouvons donc ici un cas d’application du
procédé de la duplication du carré. Mais Vitruve, s’il s’en est avisé, n’en souffle mot, et
affecte même d’ignorer le caractère irrationnel du côté, puisqu’il propose ensuite de
prendre 1/9e de sa mesure pour la profondeur de la lunule qui déterminera la concavité
des faces du tailloir, dans leur état définitif84.

***

30 Au total, qu’elles soient latentes ou explicites, les constructions irrationnelles de Vitruve


ne dépassent pas le stade élémentaire du rabattement de la diagonale du carré ou de la
duplication de celui-ci : l’attitude est sans doute davantage dictée par la prudence que par
un principe quelconque, mais les effets limitatifs de cette prudence sont accrus par les

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


72

silences et les syncopes d’un discours qui, de toute évidence, n’est pas fait pour absorber
les incommensurables, et tend à en minimiser l’importance, voire, chaque fois que cela
est possible, à les faire participer à la commodulatio.
31 Aussi paraît-il légitime de chercher, derrière certaines relations numériques, des rapports
irrationnels approchés traduisant des montages géométriques simples à valeur
harmonique ; ce mode de décryptage s’impose lorsqu’on observe à la fois le caractère
faiblement opératoire de l’indication chiffrée et l’embarras éprouvé par Vitruve pour la
transcrire dans le langage arithmétique qui lui est propre.

Fig. 7 – LA CONSTRUCTION DE L’ABAQUE DU CHAPITEAU CORINTHIEN PAR LA MÉTHODE DE LA


DUPLICATION DU CARRÉ.

32 Il n’est pas inutile à ce propos de rappeler la façon dont s’énoncent, à l’ordinaire, les
fractions et les rapports fractionnaires dans le De architectura : l’auteur s’efforce presque
toujours de maintenir le numérateur égal à l’unité, quitte à devoir garder des
dénominateurs non entiers ; par exemple il préfère dire 1/12,5 à 2/2585. Cette convention
le conduit à une présentation paratactique des rapports les plus élémentaires : au lieu de
2/3, il parle de 1/2 + l/6e86 ; au lieu de 3/16e, de 1/8e + 1/16e87, etc… Lorsque Vitruve doit se
résoudre à modifier ses habitudes, il recourt à une circonlocution qui consiste à répéter la
définition même du nombre fractionnaire : « Divisez l’unité en tant de parties, et prenez
tant de ces parties »88. Mais le plus souvent il évite, et plus de 80 % des rapports présentés
dans les livres III à VI conservent le chiffre 1 comme numérateur89. Aussi peut-on
admettre qu’a priori une fraction présentant un numérateur supérieur à l’unité trahit,
d’une certaine façon, une difficulté de transcription.
33 Voyons par exemple le rapport hauteur/largeur de la baie de la porte dorique, tel qu’il est
donné en IV, 6,1 : « Que la hauteur soit divisée en douze parties, et que de celles-ci on
prenne cinq et demie pour obtenir la largeur de l’ouverture à la base »90. Cette relation de
12/5,5, assez difficile à mettre en œuvre, perd son étrangeté si l’on constate qu’elle

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


73

correspond à une valeur approchée très satisfaisante de √5, rapport qui, lui, se construit
avec beaucoup de facilité, par le rabattement de la diagonale d’un rectangle de côtés 1 et
291. L’approximation, à 0,055 près, est plus satisfaisante, notons-le, que celle de 7 pour √50
proposée par Platon92.
34 Un autre ensemble de relations nous aide à mieux comprendre le type de gauchissement
numérique que Vitruve se plaît apparemment à faire subir à ces procédés géométriques
dont tous les ateliers devaient posséder depuis longtemps le secret. Dans le chapitre 3 du
livre III, où il décrit les divers types de colonnades, il utilise comme une sorte de postulat
non formulé mais très efficient une curieuse règle aux termes de laquelle la somme de la
hauteur de la colonne (H) et de la distance entre les axes de deux colonnes voisines (E)
doit toujours valoir 12,593. Dinsmoor considère cette équation, H + E = 12,5, comme dérivée
de la théorie d’Hermogénès94, ce qui est une hypothèse vraisemblable mais non certaine si
l’on songe que l’architecte des temples de Magnésie est précisément celui qui a brisé le
schéma contraignant des anciennes ordonnances classiques en réintroduisant une
différence sensible entre les entrecolonnements latéraux et l’entrecolonnement axial : il
devait donc se soucier peu d’établir une constante aussi abstraite entre le plan et
l’élévation de chacune des composantes de la péristasis95. Ce qui, de plus, est irritant, c’est
l’aspect peu satisfaisant et non signifiant d’une telle convention : quel intérêt peut en
effet présenter pour le constructeur le fait que la somme de deux mesures
perpendiculaires soit invariable ? Plus que les sommes, ce sont en fait les rapports qui ont
un rôle pratique. Or examinons les rapports :

35 On constate que les deux premiers sont remarquables, et se construisent aisément,


puisqu’il suffit, pour obtenir la dimension verticale, de quadrupler la dimension
horizontale dans le rythme pycnostyle, et, dans le rythme systyle, de rabattre la
diagonale d’un carré de côtés 3 et 1, puisque 3,166 est selon toute apparence une
approximation, au reste excellente, de √1096.
36 On entrevoit dès lors comment procédait Vitruve : à partir d’énoncés sans doute fort
simples, relevés dans ses sources grecques parmi les procédés couramment employés
pour établir une élévation en prenant pour base de calcul une dimension horizontale, il
ne se contente pas de transposer en rapports numériques les schémas géométriques, mais
il entend également tirer de ces rapports une donnée contraignante, qui lui permette des
applications systématiques à d’autres cas, non envisagés par sa source. Peu lui importe
que ladite donnée — en l’occurrence une somme — n’ait aucune utilité pratique, pourvu
qu’elle soit constante. Elle lui fournit un cadre rigoureux, quoique implicite, où faire
entrer les proportions des autres rythmes de colonnades, le diastyle et l’araeostyle.
37 Un dernier exemple, à titre de contre-épreuve, nous paraît éclairant, en ce qu’il concilie
l’hypothèse philologique et l’hypothèse « opératoire ».
38 Le texte de IV, 6,1, qui présente les proportions relatives de la hauteur de la porte du
temple dorique et du mur de fond du pronaos est fautif. Les manuscrits donnent en effet :
quae altitudo aedis a pavimento ad lacunaria fuerit, dividatur in partes tres semis et ex eis duae
partes lumini valvarum altitudine constituantur97. Ce rapport de 3,5/2 entraîne la mise en

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


74

place d’un couronnement décoratif au-dessus des piédroits d’une hauteur parfaitement
démesurée, si l’on essaie de la concilier avec l’indication de la phrase précédente, qui
préconise un même niveau pour le sommet de la porte (corona summa) et celui des
chapiteaux du pronaos98. Comme cette dernière notice trouve de nombreuses cautions
archéologiques, en milieu grec ou italique99, il convient de corriger la première. Les
éditeurs ou commentateurs n’y ont pas manqué : Choisy propose de lire 2,5/2 (rapport
5/4) ; Birnbaum 3/2,5 (rapport 6/5). Hypothèses qui contraignent à une correction
arbitraire du texte. Depuis Rode les philologues préfèrent la leçon : in paries tres semis et ex
eis duae partes <semis>100… Et avec raison : c’est évidemment la solution la plus satisfaisante,
dans la mesure où le mot semis, souvent noté par un simple s, surtout lorsqu’il doit être
répété dans une même phrase, peut être facilement absorbé par la finale du mot qui le
précède, si celle-ci est précisément un s. Dans un autre passage, en VI, 3,4, la même
correction, par adjonction d’un semis est imposée, dans les mêmes conditions, par les
données du contexte101. Or cela nous conduit à un rapport de 3,5/2,5 qui équivaut à une
bonne approximation de √2, ou si l’on préfère à un rapport 7/5, où l’on retrouve au
numérateur la « diagonale rationnelle » et au numérateur le « côté du carré », selon la
terminologie déjà évoquée, que Platon avait vraisemblablement héritée d’Archytas de
Tarente102.
39 Concluons donc : étant donné l’affinité de l’irrationnel et du géométrique, reconnue
depuis longtemps par les Grecs103, Vitruve ne pouvait, pour des raisons à la fois pratiques
et théoriques, qu’accorder une place quasi clandestine à ces notions particulières que
sont les nombres irrationnels : faciles à construire, ils ne sont qu’exceptionnellement
énonçables, du moins avec les ressources limitées de la langue technique qu’il maîtrise 104.
Le but de Vitruve est de présenter en un discours élémentaire, tout entier transmissible
en termes arithmétiques simples, les principes qu’il glane dans des manuels
hellénistiques. C’est le devoir des exégètes du De architectura que d’essayer de retrouver,
quand le besoin s’en fait sentir, la réalité géométrique ou harmonique impliquée par
certains de ses montages ou le ses relations numériques. Cela non pas pour corriger le
texte, mais au contraire pour le mieux saisir tel qu’il est, et comprendre derrière lui le
dynamisme de formules dont il ne nous laisse trop souvent qu’une image figée.
40 Rien ne donne une meilleure idée des conventions que le théoricien croit devoir
s’imposer dans ce domaine des chiffres que le passage concernant l’exèdre du tribunal de
la basilique de Fanum. S’agissant d’une construction dont il affirme avoir été à la fois le
commanditaire et l’architecte105, on est en droit d’espérer y découvrir la formule
génératrice, dans l’état exact où il l’a utilisée, puisque aucun relais livresque ne peut être
invoqué ici pour expliquer un éventuel raidissement des données de base, ou une
mauvaise compréhension des recettes. Il n’en est rien. Relisons le texte de V, 1,8 : « De
même le podium absidé (tribunal) qui est dans cette construction est formé par une courbe
en forme de segment de cercle ; sur la corde de ce segment de cercle on mesure une
distance de 45 pieds, la profondeur de la courbe étant de 15 pieds »106. Ces deux
indications chiffrées ne permettent pas de construire immédiatement une abside semi-
circulaire en plan, puisque, cette fois encore, l’élément principal fait défaut, à savoir le
centre. Certes il est facile de le déterminer géométriquement en abaissant les médianes
des deux côtés égaux d’un triangle isocèle de base 40 et de hauteur 15 (Fig. 8b), selon
l’application de la vieille méthode dite des « points perdus », familière à Philibert de
l’Orme par exemple107. Mais les valeurs numériques présentées par Vitruve laissent à
penser qu’il procéda autrement : la première donnée de départ est celle des 46 pieds de la

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


75

corde, qui correspondent à l’espace libéré par les deux colonnes centrales du portique
interne (Fig. 8a), dont l’auteur nous dit qu’elles ont été supprimées pour laisser libre la
vue vers l’aedes Augusti108. Mais un autre élément décisif doit être tiré de V, 1,6 où l’on
apprend que la largeur du promenoir périphérique, entre colonnade et murs extérieurs,
est de 20 pieds109. Or si l’on admet que le triangle rectangle dont les cathètes mesurent
respectivement 10 et 23 pieds et l’hypothénuse √629, devait être considéré par les
architectes antiques, coutumiers de ce genre d’approximation, comme l’équivalent d’un
triangle rectangle remarquable à trois côtés entiers, la valeur approchée de
l’hypothénuse étant de 25110, on est en droit d’imaginer un mode de construction de
l’exèdre particulièrement simple et efficace : prenant pour centre le milieu du promenoir
périphérique, sur l’axe perpendiculaire à la corde, on obtenait, en joignant ce centre à
l’une des extrémités de ladite corde, un cercle dont le rayon, très proche de 25 pieds,
permettait le tracé d’une courbe de 15 pieds, à moins de 8/100e près (Fig. 8c).

Les données brutes de V, 1,8.


Fig. 8a – PLAN PARTIEL DE LA BASILIQUE DE FANUM, D’APRÈS K. F. OHR.

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


76

La méthode du triangle isocèle


Fig. 8b – LA DÉTERMINATION DU CENTRE DE L’ABSIDE, SELON LA MÉTHODE DES « POINTS PERDUS » (Philibert de
l’Orme, op. cit., p. 56), OU DU TRIANGLE ISOCÈLE.

La méthode du triangle rectangle remarquable


Fig. 8c – LE TRIANGLE RECTANGLE REMARQUABLE DE 10 Χ 23 Χ √629 (≃25).

41 Autrement dit, le nombre 15 a toute chance d’être, dans le schéma opératoire, une
résultante plus qu’une donnée première, et une résultante approchée. Ce qui nous paraît
instructif en l’occurrence c’est que Vitruve présente comme une donnée brute, et
immédiatement exploitable, ce qui n’est que l’aboutissement d’une technique de mise en

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


77

place qu’il ne croit pas devoir décrire en tant que telle, parce qu’elle met en jeu un
irrationnel ou son approximation. Il préfère, là encore, et sans y être contraint par les
déformations simplificatrices d’un manuel intermédiaire, l’apparence de clarté à
l’efficacité pratique, un logos lourd d’illusoire rigueur à une praxis concrète.

***

42 L’autre versant de la réflexion vitruvienne sur les nombres semble décidément coupé de
toute pratique architecturale réelle, c’est celui des nombres parfaits. Plus qu’ailleurs on
constate ici un divorce entre des passages théoriques elliptiques et partiellement fautifs,
et, dans la suite des développements, des indications chiffrées qui semblent ne rien leur
devoir. Le divorce est tellement patent que plusieurs commentateurs, parmi les plus
récents, ont décidé que toute la fin du III, 1,6, consacrée aux propriétés du chiffre 6, était
interpolée, ce qui les autorise à ne pas la commenter111.
43 En réalité Vitruve s’y fait l’écho — un écho bien amorti, et apparemment peu concerné
par ce qu’il répercute — d’une querelle, interne aux écoles mathématiques grecques,
entre les tenants du nombre 10, le τέλεον des pythagoriciens, appelés antiqui, et ceux du
chiffre 6, les mathematici, c’est-à-dire les néo-pythagoriciens et les euclidiens 112. Entrer
dans les méandres de cette querelle n’aurait guère d’intérêt pour notre propos, mais il
faut constater que la série, présentée par le théoricien, des sous-multiples de 6 et des
chiffres entiers qui jalonnent la voie de 6 à 12 est riche de substance. Si fastidieuse qu’elle
soit, avec ses cascades de mots grecs et d’approximations latines, elle atteste que l’auteur
a eu accès à une source assez bien informée :
44 « Les mathématiciens, quant à eux, raisonnant d’une façon différente, ont déclaré parfait
le chiffre appelé 6, pour la raison qu’il présente, d’après leurs calculs, des divisions en
accord avec lui-même : ainsi le sixième est un, le tiers deux, la moitié trois, les deux tiers,
appelés par les Grecs δίμοιρος, quatre, les cinq-sixièmes, appelés πεντέμοιρος, cinq, et le
chiffre parfait, six. En augmentant celui-ci jusqu’à la duplication, on rencontre après six,
par l’adjonction de l’unité, le chiffre ἔφεxτος, sept ; lorsque huit est accompli du fait de
l’adjonction d’un tiers, c’est le chiffre sesquitierce, en grec ἐπίτριτος ; par l’adjonction de
la moitié, quand neuf est accompli, c’est le chiffre sesquialtère, appelé ἡμιόλιος ; lorsque
deux tiers sont ajoutés et la dizaine accomplie, c’est le bessaltère, nommé ἐπιδίμοιρος ;
dans le nombre onze, obtenu par l’adjonction de cinq, on a le second quintarium, appelé ἐ
πίπεμπτος ; douze enfin, réalisé par l’addition de deux chiffres simples, est le διπλάσιος »
113
.
45 Cette curieuse échelle numérique reflète à sa façon les spéculations des euclidiens, qui
faisaient de six leur chiffre parfait pour les raisons suivantes : il est la somme de ses
parties aliquotes, 1, 2, 3 ; il est lui-même épimore de 4 et de 5, et a pour épimores les
chiffres 7, 8 et 9114. Autrement dit, tout nombre entier peut prendre l’une de ces formes : 6
n, 6 n ± 1, 6 n ± 2, 6 n ± 3115. Vitruve ne veut rien dire d’autre, mais à son habitude, au lieu
de généraliser, et de dégager, en s’élevant au niveau des principes, l’intérêt des propriétés
qu’il énonce, il s’en tient à la littéralité des données numériques ; cédant à la pesanteur, il
dépasse même le terme significatif de 9 pour chercher dans 10 et 11 des rapports avec 6
qui n’ont plus d’interêt ; son embarras, à cet endroit, se traduit par une impropriété : le
mot έπίπεμπτος est abusivement employé pour le nombre 11, alors qu’il signifie, chez

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


78

Théon de Smyrne, glossateur de Platon, un entier plus un cinquième116 ; appliquée à 6,


cette définition ne peut valoir que 7,2.
46 Les autres équivalences grecques proposées tout au long du texte, pour être plus
correctes, ne sont pas cependant satisfaisantes, en ce qu’elles ne devraient désigner que
des rapports. Mais, comme si souvent chez Vitruve, la ratio , réduite à une valeur
numérique, perd sa portée universelle. En fait, l’ἐπίτριτος est le rapport épimore 4/3, l’ἡ
μιόλιος est le rapport épimore 3/2, le διπλάσιος est le rapport épimore 2/1117. Tous les
trois représentent d’abord des médiétés harmoniques, et doivent leur importance au fait
que, chez Philolaos, Archytas ou plus tard Théon de Smyrne, ils correspondent aux
accords consonnants de cithare, ceux qui, obtenus par le mélange de deux sons, créent la
συμφωνία, c’est-à-dire une seule émission tonale118. Le lien entre le λόγος et le διάστημα,
entre le rapport arithmétique et l’intervalle musical était fourni — les pythagoriciens
l’avaient montré depuis longtemps119 — par les longueurs respectives des cordes appelées
à consonner : c’est elles qui définissent la quarte (4/3), la quinte (3/2) et l’octave (2/1),
soit en grec, διὰ τεσσάρων, διὰ πέντε et διὰ πασῶν120. Or il est remarquable qu’en V, 4,7,
évoquant les problèmes de l’harmonie à propos de la construction des théâtres, Vitruve
parle de ces accords, en les désignant par les locutions que nous venons d’indiquer 121.
Mais il n’établit aucun rapprochement avec les rapports numériques qui ne sont que leur
transcription arithmétique, et auxquels il avait fait une allusion, maladroite il est vrai, au
livre III.
47 Nous rencontrons ici une autre caractéristique de la réflexion théorique chez Vitruve :
l’imperméabilité des sources122. Dans le livre V, il recourt à une source, issue, il nous le dit
lui-même, d’Aristoxène de Tarente123, lequel, dans son traité, ne se soucie en effet que des
écarts tonaux : c’est avant tout un musicien, qui part des faits acoustiques, et l’on a pu
dire de lui qu’il était l’homme de l’αἴσφησις124. Dans le livre III Vitruve suivait
vraisemblablement une tradition un peu antérieure, dérivée d’Archytas ou de tout autre
mathématicien contemporain de Platon, et ne s’intéressait alors qu’aux rapports
numériques. Mais il ne s’est pas avisé qu’il parlait à chaque fois de la même réalité,
envisagée sous un angle différent.
48 Pourtant les architectes tardo-classiques faisaient un grand usage des médiétés
harmoniques ; elles constituaient un élément essentiel des tracés régulateurs et des
ordonnances décoratives. A cet égard les travaux de A. Bammer sur l’architecture
d’Ephèse au IVe s. ont mis en évidence, à l’entablement de l’Artémision ou sur la frise du
grand autel, de nombreux rapports épimores, qui attestent une recherche concertée des
dimensions harmoniques125 ; sans sortir du système modulaire, elles assuraient entre les
composantes des modénatures ioniques un lien organique dont la « valeur musicale »
devait contribuer, du moins le croyait-on, à la beauté de l’ensemble : des rapports de
quarte, de quinte et d’octave, avec leurs dérivés, la grande tierce (5/4), la petite tierce
(6/5) et la seconde (9/8), se décèlent à tous les niveaux de l’ordre126.
49 Il est d’autant plus étonnant que Vitruve, dans sa description de l’ordonnance ionique,
qui occupe pratiquement tout le livre III, n’en fasse pas mention. Là encore, les procédés
de présentation nuisent à l’appréhension des schémas originels, les seuls qui pourtant
méritaient qu’on s’y arrêtât. Souvent cependant les rapports qu’il propose semblent
appeler d’eux-mêmes une transcription « harmonique » : à l’intérieur de l’architrave, la
media fascia est dans un rapport de quarte (4/3) avec l’ima fascia127, de même que
l’architrave, considérée dans son ensemble, avec la frise non décorée128 ; le rapport
hauteur/largeur des denticules définit une octave (2/1)129, cependant que le rapport entre

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


79

les pleins et les vides, sur la face antérieure de ces mêmes denticules, définit une quinte
(3/2)130. Parfois Vitruve est conduit à diviser la modénature en une série de portions très
petites, et cette atomisation fait disparaître toute relation vivante entre les diverses
moulures : le cas le plus significatif est celui de la base attique, pour laquelle le théoricien
préconise une division en quatre parties, assez inattendue si l’on songe que la spira, c’est-
à-dire la partie ondée de ladite base, à l’exclusion de la plinthe, ne comporte que trois
éléments131 (Fig. 9). Il faut, nous dit-il, réserver 1/4 de la totalité pour le tore supérieur ;
3/4 pour la scotie et le tore inférieur, qui devront être égaux entre eux132. Cela signifie
que tore et scotie se trouvent chacun dans un rapport de quinte (3/2) avec le tore
supérieur. De la même façon, on peut relever que, dans les bases ioniques, les deux scoties
seront avec le tore dans un rapport de quarte (4/3)133, etc. … Il serait aisé de multiplier les
exemples134.

Fig. 9 DIVISION VITRUVIENNE ET DIVISION HARMONIQUE DE LA BASE ATTIQUE .

50 Sans doute, ce type d’ordonnance ne rencontrait-elle plus beaucoup de faveur chez les
contemporains de Vitruve, et si l’on observe encore un rapport épitrite entre le tore
inférieur et le tore supérieur des bases de l’Odéon d’Agrippa, à Athènes, rien ne permet
d’affirmer qu’il n’était pas fortuit135. Mais les sources sur lesquelles s’appuyait l’auteur
latin devaient, elles, en garder un souvenir précis, voire en préconiser l’emploi. Nous
retrouvons en fait par une autre voie la conclusion à laquelle nous avait conduit l’examen
des irrationnels : Vitruve ne nous donne que l’état amorphe d’une réalité qui a été
vivante. Il est encore possible, sans gauchir ni surinterroger le texte, de la retrouver
derrière les sèches formules d’un théoricien, qui ne saisit plus toujours la portée des
informations qu’il manipule. Encore faut-il, pour ce faire, considérer les livres du De
architectura, non pas comme un point de départ, mais comme un lieu de convergence, où
se seraient stratifiées, et fossilisées, diverses traditions.

ADDENDUM
51 Pour d’autres analyses fondées sur la relation entre l’arithmétique et la géométrie dans
les schémas régulateurs vitruviens ou d’inspiration vitruvienne, on consultera
maintenant :

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


80

52 H. Geertman, La progettazione architettonica in templi tardo-repubblicani e nel De


architectura : componenti italiche e ellenistiche, dans Munus non ingratum : proceedings of the
International Symposium on Vitruvius’ De architectura and the Hellenistic and Republican
Architecture, Leiden 20-23 January 1987, ed. by H. Geertman and J.J. de Jong, Leyde, 1989, p.
154-177 (BABesch, suppl. 2).
53 G. Hallier, Entre les règles de Vitruve et la réalité archéologique : l ’atrium toscan, ibid. , p.
194-211.
54 H. Geertman, Vitruvio, la realtà architettonica e la progettazione di porte templari, dans BABesch
, 68, 1993, p. 209-245.
55 L. Frey, Médiétés et approximations chez Vitruve, dans Revue archéologique, 1990, p. 285-330.
56 L. Frey, Pour un modèle du chapiteau ionique vitruvien, dans Revue archéologique, 1992, p.
37-63.
57 L. Frey, La transmission d’un canon : les temples ioniques, dans Le projet de Vitruve. Objet,
destinataires et réception du De architectura. Actes du colloque international organisé par l’École
française de Rome, l’Institut de recherche sur l’architecture antique du CNRS et la Scuola normale
de Pise (Rome, 26-27 mars 1993), Rome, 1994, p. 139-169 (Collection de l’École française de Rome,
192).
58 M. Wilson-Jones, Principles of Roman Architecture, New Haven-Londres, 2000, p. 33-46.

NOTES
1. A. Choisy, Vitruve , t. II-III, Paris, 1909 (réédit. en 1974) ; A. Birnbaumn, Vituvius und die
griechische Architektur, Vienne, 1914.
2. Un exemple récent d’utilisation maladroite, parce que mal assurée philologiquement et peu
fondée historiquement, des « cotes vitruviennes » est fourni par le livre de N. Ferchiou, par
ailleurs utile et bien documenté, Architecture romaine de Tunisie. L’ordre : rythmes et proportions dans
le Tell, Tunis, 1975.
3. Voir l’attitude de Choisy à l’égard du texte de III, 5,8 concernant les architraves ioniques (op.
cit., I, p. 82 et II, p. 154). Cf. P. Gros, dans Latomus, 34, 1975, p. 995 sq.
4. Tendance assez bien représentée par A. Birnbaum, qui paraît souvent tenté de corriger le texte
pour le rendre plus proche des préceptes présumés d'Hermogenès (cf. op. cit., p. 13 sq.).
5. C’est le cas pour la porte dorique (IV, 6,1). Voir infra, p. 692.
6. Structures et limites de la compilation vitruvienne dans les livres III et IV du De architectura, dans
Latomus, 34, 1975, p. 986 sq.
7. Cf. J. Soubiran, Vitruve, De l’architecture, IX, Collect, des Universités de France, Paris, 1969, p. XXVI
sq. ; E. W. Marsden, Greek and Roman Artillery, Tecnical Treatises, Oxford, 1971, p. 197 sq.
8. IX, praef. 4 sq.
9. Ibid. : Locus aut ager paribus lateribus si erit quadratus eumque oportuerit duplicare, quod opus fuerit
genere numeri quod multiplicationibus non invenitur, eo descriptionibus linearum emendatis reperitur. (=
213,14 sq.)
10. Ibid. (= 213,23 sq.). Vitruve peut sembler effleurer ici la méthode d’Archytas qui fait intervenir
la moyenne arithmétique et la moyenne harmonique de deux nombres inégaux pour former le

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


81

nombre n, non carré parfait, qui est le produit de ces deux nombres. Mais il est peu probable qu’il
ait compris le principe de cette méthode, selon lequel une racine carrée est enfermée dans
l’intervalle de deux nombres rationnels différents, dont la différence peut être réduite à l’infini.
Cf. P.-H. Michel, De Pythagore à Euclide, Paris, 1950, p. 426 et p. 520.
11. Cf. Théétète, 148 b, et note complémentaire, p. 264, de l’édition de A. Diès, dans la Collection des
Universités de France. Voir aussi A. Rey, La maturité de la pensée scientifique en Grèce, Paris, 1939, p.
330 sq.
12. IX, praef. 6.
13. J. Soubiran, op. cit., p. XXVIII et p. 47.
14. Cf. F. W. Schlikker, Hellenistische Vorstellungen von der Schönheit des Bauwerks nach Vitruv ,
Berlin, 1940, p. 54.
15. Comme le note J. Soubiran (p. XXIX, n. 4) on retrouve des séquences du même ordre chez
Plutarque (Non posse suaviter vivi secundum Epicuri decreta, XI = Moralia 1094 BC), issues sans doute
d’un manuel de compilateur comparable sinon identique.
16. III, 1,1. Sur la notion de symmetria chez Vitruve, cf. F. W. Schlikker, op. cit., p. 60-61 et p. 68-71.
Pline, HN, 34, 65, note : non habet latinum nomen symmetria. Cf. en dernier lieu Th. Lorenz, Polyklet,
Wiesbaden, 1972, p. 57 sq.
17. III, 1,1 (= 65,3 sq.) : proportio est ratae partis membrorum in omni opere totoque commodulatio, ex
qua ratio efficitur symmetriarum (texte de C. Fensterbusch).
18. J. Hambidge, The Parthenon and other Greek Temples. Their dynamic Symmetry, New Haven, 1924.
19. M. Ghyka, Le nombre d’or, rites et rythmes pythagoriciens dans le développement de la civilisation
occidentale, 2 vol., Paris, 1931. Voir particulièrement I, p. 40 sq. et p. 52 sq.
20. I, 1,4 : per arithmeticen vero sumptus aedificiorum consummantur, mensurarum rationes explicantur,
difficilesque symmetriarum quaestiones geometricis rationibus et methodis inveniuntur.
21. I, 1,4 : geometria autem plura praesidia praestat architecturae ; et primum ex euthygrammis circini
tradit usum, e quo maxime facilius aedificiorum in areis expediuntur descriptiones normarumque et
librationum et linearum directiones.
22. III, 3,13.
23. III, 4, 5. On ne compte plus les interprétations auxquelles ce texte a donné lieu depuis celle de
Barbaro dans son édit. de 1567. Les dernières en date sont celles de H. Altrogge, dans AA, 1963,
col. 717 sq., de S. Sinos, dans AA, 1974, p. 157 sq. (à propos de la courbure du stéréobate du
Parthénon), et de S. Stucchi, Architettura Cirenaica, Rome, 1975, p. 25, fig. 14 et p. 28 (temple de
Ζeus à Cyrène).
24. Sur les formae descriptae du livre III, cf. III, 3,13 (entasis) ; III, 4,5 (scamilli impares) ; III, 5,8
(volutes du chapiteau ionique). On saisit mal pourquoi W. Sackur (Vitruv und die Poliorketiker,
Berlin, 1925, p. 12-19) met en doute l’existence d’illustrations dans l’œuvre originale. Comme le
note C. H. Krinsky, dans Journal of The Warburg and Courtauld Institute, 30, 1967, p. 43, n. 65, il est
difficile d’imaginer que Vitruve aurait pu présenter à l’Empereur un livre où les illustrations
promises n’étaient pas données. Sur ce problème voir aussi J. Soubiran, op. cit., p. 46. Les croquis
qu’on relève dans quelques manuscrits du De architectura sont de pure fantaisie (Voir par exemple
les dessins de corniches et de chapiteaux prétendant illustrer III, 5, dans le Scletstatensis 1153 b
nunc 17). A cet égard, la situation est très différente de celle des Πολιοπxητικά d’Apollodore de
Damas, où l’on peut tirer parti des très nombreux croquis dont s’agrémente la tradition
manuscrite, et qui semblent remonter pour la plupart à des archétypes antiques (cf. R. Schneider,
Griechische Poliorketiker, I, Berlin, 1908, (= Abhandlungen der Königlichen Gesellschaft der
Wissenschaften zu Göttingen, Philohg.-Histor. Klasse, Neue Folge, X, 1)).
25. Voir le passage déjà cité de I, 1,4, sur l’utilité de l’arithmétique pour le calcul des sumptus
aedificiorum.
26. III, 1, 2-3. Cf. Th. Lorenz, op. cit., p. 57.

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


82

27. III, 1,2 (= 65,9 sq.) : corpus enim hominis ita natura composuit. Cf. P. E. Arias, Policleto, Florence,
1964, p. 47.
28. E. Lorenzen, Technological Studies in the Ancient Metrology, Copenhage, 1966, p. 9 sq. et p. 23 sq.
Voir aussi, du même, Along the Line where Columns are set, Copenhague, 1970, p. 17 sq. et p. 30, et
Th. Thieme, dans Opuscula Romana, XI, 1976, p. 127 sq.
29. Technol. Studies, p. 23, fig. 6.
30. Ibid., p. 111 sq.
31. III, 1,3 : similiter vero sacrarum aedium membra ad universam totius magnitudinis summam ex
partibus singulis vonvenientissimum debent habere commensus responsum ; III, 1,4 : ergo si ita natura
composuit corpus hominis [ ] cum causa constituisse videntur antiqui, ut etiam in operum perfectionibus
singulorum membrorum ad universam figurae speciem habeant commensus exactionem.
32. Ibid., p. 25 sq.
33. Ibid., p. 24, n. 11.
34. III, 1, 3 : nam si a pedibus imis ad summum caput mensum erit…
35. Ibid., p. 44 sq.
36. R. Tobin, The Canon of Polykleitos, dans AJA, 79, 1975, p. 307 sq.
37. Pline, HN, 34,56 : quadrata tamen esse ea (sc. signa) ait Varro et paene ad unum exemplum. Sur les
interprétations antérieures, voir le commentaire ad loc. de H. Gallet de Santerre, dans Collection
des Universités de France, p. 222-223.
38. R. Tobin, loc. cit., p. 315, fig. 10.
39. III, 1,2 : ipsius autem oris altitudinis tertia est pars ab imo mento ad imas nares, nasum ab imis
naribus ad finem medium superciliorum tantundem, ab ea fine ad imas radices capilli frons efficitur item
tertiae partis.
40. Pour les subdivisions du pied, Vitruve (III, 1,8) ne descend pas en-dessous du digitus, qui vaut
environ 1,85 cm. Il avait le choix, en l’occurrence, entre deux types de progressions : 1-2-4 (5,02 ;
10,4 ; 20,09) et 1-2-3 (7,1 ; 14,2 ; 20,09). Il est remarquable qu’il ait choisi la progression la plus
linéaire.
41. J. Vicari, Actualité de l’architecture gréco-romaine, dans Mélanges Collart, Lausanne, 1976, p. 335
sq.
42. Cf. L. Pacioli di Borgo, De divina proportione, Venise, 1509. Voir sur ce point M. Ghyka, op. cit., I,
p. 43 sq. et P.-H. Michel, De Pythagore à Euclide, Paris, 1950, p. 600 sq.
43. P.-H. Michel, op. cit., p. 523 et p. 526 sq. (où l’on trouve explicitées toutes les constructions
proposées par Euclide de ce partage en extrême et moyenne raison, ἂxρον xαὶ μέσον λόγον (Eucl.
VI, défin. 3)). Voir aussi J. Vicari, loc. cit., p. 336-337.
44. J. Vicari, loc. cit., p. 340 sq. et fig. 6, p. 341.
45. C’est du moins ce qui ressort des notations des p. 336 et 340.
46. Timée, 31 c, 32 a-c. Voir sur ce point les remarques de M. Ghyka, op. cit., I, p. 77, n. 1. L’ἀ
ναλλογία définit une chaîne de relations conçue de telle façon que, dans une progression, tous les
termes jouent le même rôle les uns par rapport aux autres. Ainsi des quatre composantes du
monde qui sont « accordées par l’analogie », ἀνὰ τὸν αὐτὸν λόγον. Voir de même, en 31c, la
définition de la progression de trois nombres selon ces normes : c’est l’ἀναλογία xάλλιστα.
47. Cf. P.-H. Michel, op. cit., p. 367 sq.
48. III, 1 (= 65,2-3) : ea autem paritur a proportione, quae graece dicitur.
49. Cf. Cicéron, Timaeus, IV, 13 (p. 217 édit. Mueller) : id optime adsequitur quae graece αναλογία,
latine (audendum est enim, quoniam haec primum a nobis novantur) comparatio proportiove dici potest.
Voir sur ce point la note ad loc. de S. Ferri, Vitruvio, p. 94 sq. Il est piquant de relever, dans un tout
autre contexte, cette remarque de R. Barthes, qui ne songe sans doute guère à Vitruve : « En
dehors de ces transgressions, ce qui s’oppose bénéfiquement à la perfide Analogie, c’est la simple
correspondance structurale : l’Homologie, qui réduit le rappel du premier objet à une allusion
proportionnelle (étymologiquement, c’est-à-dire en des temps heureux du langage, analogie

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


83

voulait dire proportion) » (Roland Barthes par lui-même, Paris, 1975, p. 48). En fait, dans le sens où
l’utilise ici Barthes, le mot proportion a déjà perdu sa signification originelle ; la seule
équivalence réelle eût été un composé de ratio, et non pas de portio, qui eût désigné valablement
un phénomène de correspondance. Plus qu’à l’étymologie, c’est à l’usage que le mot proportion
doit le sens qu’on lui prête maintenant.
50. A. Rey, op. cit., p. 330 sq.
51. P.-H. Michel, op. cit., p. 412 et p. 420 sq.
52. Théétète, 147 d : περὶ δυνάμεών τι ἡμῖν Θεόδωρος ὃδε ἔγραφε, τῆς τε τρίποδος πέρι x αὶ
πεντέποδος ἀποφαίνων ὃτι μήκει οὐ σύμμετριοι τῇη ποδιαίᾳ, xαὶ οὃτω x ατὰ μίαν ἑxάστην
προαιρούμενος μέχρι τῆς ἑπταxαιδεxάποδος ἐν δὲ ταύτῃ πως ἐνέσχετο. Cf. P.-Η. Michel, op. cit., p.
455 sq.
53. J. H. Anderhub, Jocaseria aus den Papieren eines reisenden Kaufmanns, gewidmet den Freunden des
Hauses Kalle und C.A.G., Wiesbaden-Biebrich, 1941, p. 159 sq., cité par J. Bousquet, Le trésor de
Cyrène, Fouilles de Delphes, II, Paris, 1952, p. 79 et p. 103.
54. J. Bousquet, op. cit., p. 102. Sur les raisons antérieurement invoquées pour l’arrêt à √17, cf. P.-
H. Michel, op. cit., p. 463 et p. 477.
55. Ibid., fig. 16.
56. A. Rey, op. cit., p. 335.
57. Théon de Smyrne, Expositio rerum mathematicarum ad legendum Platonem utilium (édit. E. Hiller,
Teubner, 1878), I, chap. 31 : περὶ πλευριxῶν xαὶ διαμετριxῶν ἀριθμῶν. Cf. P.-Η. Michel, op. cit., p.
427.
58. République, VIII, 546 c : ἑxατὸν μὲν ἀριθμῶν ἀπὸ διαμέτρων ῥητῶν πεμπάδος, δεομένων ἑνὸς
ἑxάστων … 7 = √49 alors que la diagonale du carré de côté 5 vaut √50.
59. J. Bousquet, op. cit., p. 77 sq. Voir aussi S. Stucchi, Architettura Cirenaica, Rome, 1975 (=
Monografie di archeologia libica, IX), p. 61 sq., et p. 95 sq. (à propos du Strategeion de Cyrène). Sur
Théodore et ses épigones, cf. F. Lasserre, The Birth of Mathematics in the Age of Plato, Londres, 1964,
p. 65 sq. ; P. M. Fraser, Ptolemaic Alexandria, Oxford, 1972, p. 381 ; S. Stucchi, op. cit., p. 99.
60. I, 1,12 : ideoque de veteribus architectis Pytheos, qui Prieni aedem Minervae nobiliter est architectatus,
ait in suis commentariis architectum omnibus artibus et doctrinis plus oportere posse facere, quam qui
singulas res suis industriis et exercitationibus ad summam claritatem perduxerunt.
61. Cf. par ex. Th. Wiegand, H. Schrader, Priene, 1904 ; G. Gruben, Die Tempel der Griechen, Munich,
1966, p. 357 sq. ; M. Schede, Die Ruinen von Priene, Berlin, 1964, p. 25 sq.
62. A. Bammer, Die Architektur des jüngeren Artemision von Ephesos, Wiesbaden, 1972, p. 34 sq. Sur
Paeonios d’Ephèse et l’architecture du IVe s., cf. W. Voigtländer, Der jüngste Apollontempel von
Didyma, Tübingen, 1975, p. 14 sq.
63. On ne lit pas sans quelque réticence les analyses sociologiques et idéologiques de A. Bammer,
dans Architektur und Gesellschaft in der Antike, Vienne, 1974, particulièrement p. 83 sq.
64. Voir entre autres les comptes de construction du temple d’Asclépios à Epidaure (IG IV, 2,102)
présentés par G. Roux, L’architecture de l’Argolide aux IVe et IIIe s. av. J.-C., Paris, 1961, p. 424 sq.
65. Cf. sur ce sujet les notations de W. Hoepfner, dans AM, 84, 1969, p. 165 sq., à propos du module
adopté au temple d’Athéna à Ilion.
66. G. Gruben, op. cit., p. 364 sq.
67. F.-W. Schlikker, op. cit., p. 72 sq. Voir aussi R. Martin, dans Grèce hellénistique, Paris, 1970, p. 36
sq.
68. VI, 3,3 : tertium, uti latitudo in quadrato paribus lateribus describatur inque eo quadrato diagonios
linea ducatur, et quantum spatium habuerit ea linea diagonii, tanta longitudo atrio detur (texte de C.
Fensterbusch).
69. IV, 3,3, et IV, 3,7. Cf. F.-W. Schlikker, op. cit., p. 144 sq.
70. L’étude récente de J. J. Coulton, Towards Understanding Doric Design : the Stylobate and
Intercolumnations, dans Ann. of the British School of Athens, 64, 1974, p. 61 sq., a mis en évidence le

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


84

caractère discontinu des préceptes vitruviens concernant le projet en plan et en élévation, même
dans le livre III, le plus unitaire. Voir particulièrement p. 67 sq.
71. III, V, 5-6 : tunc ex novem partibus et dimidia (…) reliquae octo volutis constituantur (…) Tunc in eo
loco, qui locus dividit quattuor et dimidiam et tres et dimidiam partem, centrum oculi ; signeturque ex eo
centro rotunda circinatio tam magna in diametro quam una pars ex octo partibus est. Ea erit oculi
magnitudine, et in ea catheto respondens diametros agatur. Tunc ab summo sub abaco inceptum (schema
volutae) in singulis tetrantorum actionibus dimidiatum oculi spatium minuatur, doneque in eundem
tetrantem, qui est sub abaco, veniat (texte de C. Fensterbusch).
72. Cf. en dernier lieu C. Fensterbusch, Vitruv, zehn Bücher über Architektur, Darmstadt, 1964, fig.
VII, 3.
73. Cf. P. Gros, Structures et limites de la compilation vitruvienne dans les livres III et IV du De
architectura, dans Latomus, 34, 1975, p. 990 sq.
74. III, 5,8 : de volutarum descriptionibus, uti ad circinum sint recte involutae, quemadmodum
describantur, in extremo libro, forma et ratio earum erit subscripta.
75. A. von Mauch, Die architektonischen Ordnungen, Nachtrag, 1873, Taf. 18 sq. avec explication de
M. Lohde.
76. Voir à ce sujet R. Martin, Chapiteaux ioniques de l’Asklépiéion d’Athènes, dans BCH, 68-69, 1944-45,
p. 340 sq. et D. Constantinidès, A propos d’un chapiteau de Délos : le problème du tracé des volutes
ioniques dans l’Antiquité, dans Etudes Déliennes, Supplément I au BCH, Paris-Athènes, 1973, p. 137 sq. ;
on consultera aussi l’excellente étude de W. Hoepfner, Zum ionischen Kapitelle bei Hermogenes und
Vitruv, dans AM, 83, 1968, p. 213 sq. Claude Perrault, dans les notes de son édition de Vitruve de
1673 (p. 94 et pl. XXI), avait repris l’ensemble de la question et rappelé les solutions proposées
par ses prédécesseurs. (Ces notes n’ont malheureusement pas été reproduites dans la réédition
de 1965). Pour Philibert de l’Orme, qui offre également une bonne illustration du texte vitruvien,
cf. Architecture de Philibert de l’Orme, Rouen, 1648, V, 27, p. 162 sq.
77. IV, 3,9 : sin autem excavabuntur sic est forma facienda, ita uti quam magnum est intervallum striae,
tam magnis paribus lateribus quadratum describatur ; in medio autem quadrato circini centrum
conlocetur et agatur linea rotundationis, quae quadrationis angulos tangat, et quantum erit curvaturae
inter rotundationem et quadratam descriptionem, tantum ad formam excaventur (texte de C.
Fensterbusch).
78. W. B. Dinsmoor, The Architecture of Ancient Greece, 2 e édit., 1960, p. 176, fig. 65.
79. Cf. S. Ferri, op. cit., p. 122 sq.
80. V, 7 et 8.
81. Un schéma du même type est suggéré par F. Rakob, pour la mise en place de l’axe des
colonnes de la tholos du Forum Boarium (Der Rundtempel am Tiber in Rom, Mainz a/Rhein, 1973,
Beilage 21).
On notera que le montage géométrique ne permet d’atteindre qu’une valeur approchée de la
longueur théorique du côté (x) du polygone régulier à vingt côtés, qui doit s’inscrire dans le
cercle. En effet :

, ce qui correspond à : 0,618. . r. En procédant par la trigonométrie (x étant considéré cette fois
comme la base d’un triangle isocèle dont les deux côtés égaux sont des rayons formant un angle
de 18°), la valeur de 2 x est en réalité de 0,627… r. L’erreur, de 0,008, soit 1,3 %, n’empêche pas
une construction satisfaisante.
Ce qui est intéressant, c’est que la valeur approchée de 2 x fait intervenir le rapport φ, puisque

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


85

, et l’on sait que J.-P. Adam a mis en


évidence une construction simplifiée du « rectangle d’or » qui s’apparente au montage de la fig. 6
(cf. Le temple de Héra II à Paestum, dans RA, 1973, p. 226).
Que Vitruve ne fasse état ni du caractère irrationnel de ladite facette, ni des particularités
remarquables de sa détermination graphique, nous paraît une nouvelle confirmation indirecte du
faible intérêt qu’il porte à ces questions, et de l’incertitude des moyens dont il dispose pour les
appréhender. Il est peu probable que la figure annoncée en IV, 3,10 (= 94,8 sq.), pour expliquer l’
entasis, ait aussi présenté un procédé de polygonisation de la colonne.
82. IV, 1,11 : abaci latitudo ita habeat rationem, ut, quanta fuerit altitudo, tanta duo sint diagonia ab
angulo ad angulum.
83. Jean Goujon, p. 50 de l’édition de J. Martin, Architecture ou art de bien bastir de Marc Vitruve
Pollion, autheur romain antique, Paris, 1547.
84. Ibid. : frontes simentur introrsus ab extremis angulis abaci suae frontis latitudinis nona.
85. III, 5,8 (= 80,14-15).
86. IV, 3,6 (= 92,20) ; IV, 6,5 (= 98,19).
87. III, 5,3 (= 78,5).
88. Ch. A. Choisy, Vitruve, I, Paris, 1909, p. 337 sq.
89. Cf. les remarques de J. J. Coulton, loc. cit., p. 62.
90. IV, 6,1 : haec autem (sc. altitudo) dividatur in partes XII et ex eis quinque et dimidia latitudo luminis
fiat in imo.
91. √5 = 2,2360… et 12/5,5 = 2,181… Je dois remercier ici l’architecte G. Hallier, qui attira mon
attention sur la parenté de ces deux rapports. Sur les proportions des portes doriques, cf. J.-P.
Michaud, Le trésor de Thèbes, Fouilles de Delphes, II, Paris, 1973, p. 71 sq. et n. 1 (avec bibliogr.) et Ch.
Llinas, Inter duas ianuas à la Maison du Lac, dans Supplément I au BCH, 1973, p. 291-328. On notera
que la baie de la porte dorique du « Donario degli Strateghi » à Cyrène offre un rapport hauteur/
largeur de base égal à 2,171. (S. Stucchi, op. cit., fig. 87, p.98).
92. √50 = 7,071…
93. III, 1, 2-5 et 10.
94. W. B. Dinsmoor, op. cit., p. 273 sq.
95. Cf. G. Gruben, op. cit., p. 366 sq.
96. 1/10 = 3,1622…
97. IV, 6,1 (= 96,22 sq.) Texte de C. Fensterbusch.
98. IV, 6,1 (= 96,19 sq.) : uti corona summa, quae supra antepagmentum superius inponetur, aeque
librata sit capitulis summis columnarum, quae in pronao fuerint. Déjà J. Goujon (appendice à la
traduction du De architectura par J. Martin, Paris, 1547) notait : « Au regard des portaulx,
ouvertures ou lumières, mon advis est que le texte de Vitruve n’est guère facile à entendre ».
99. Cf. F. W. Lehmann, Samothrace, The Hieron, Princeton, 1969, p. 58-68, et p. 189 sq. Pour le
temple dorique de Cori, cf. P. B. Vitucci, Cora, Forma Italiae, I, 5, Rome, 1968, p. 80 sq. et fig. 141, p.
81.
100. La lecture de Rode (Berlin, 1800) a été suivie par V. Rose et H. Müller-Strûbing, Leipzig,
1867 ; par V. Rose, Leipzig, 1899 ; par F. Krohn, Leipzig, 1912 ; par S. Ferri, Rome, 1960 ; par C.
Fensterbusch, Darmstadt, 1964.
101. VI, 3,4 (= 141,13) : longitudo dividatur in partes tres semis.

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


86

102. Sur Archytas de Tarente, cf. M. Timpanaro Cardini, Pitagorici, testimonianze e frammenti ,
Florence, 1962, II, p. 262 sq. Sur ses liens avec Platon, cf. E. Frank, Platon und die sogenannten
Pythagoräer, 1923, p. 133 sq. et F.-W. Schlikker, op. cit., p. 63.
103. Cf. P.-H. Michel, op. cit., p. 414 sq.
104. Sur la terminologie grecque concernant les irrationnels outre le mot δυνάμεις mentionné p.
671, cf. P.-H. Michel, op. cit., p. 414, qui recense les emplois de ἄῤῥητον, ἀσύμμετρον, ἄλογον. Sur
les emplois de radix dans le latin des architectes de la Renaissance, voir par ex. L. A. Alberti, De re
aedificatoria, Florence, 1485, IX, 6 (= 168 v) : haec enim quanta sit ad numerum, ignoratur ; sed esse
hanc constat radicem areae octonariae (à propos de √8, diagonale du carré de côté 2).
105. V, 1,6 (= 106,12) : conlocavi curavique faciendam…
106. V, 1,8 : item tribunal, quod est in ea aede, hemicycli schematis minoris curvatura formatum ; eius
autem hemicycli in fronte est intervallum pedes XLVI, introrsus curvatura pedes XV. . . Sur le plan de la
basilique de Fanum, cf. en dernier lieu l’étude précise de K. F. Ohr, dans Bonner Jahrb., 175, 1975, p.
113 sq.
107. Philibert de l’Orme, op. cit., p. 55 et fig. p. 56.
108. V, 1,7 (= 107,2-3).
109. V, 1,6 (= 106, 16).
110. √629 = 25,0798… Certes 25 n’entre pas dans la série des « nombres diagonaux » du système
dont Théon de Smyrne nous a conservé le souvenir (cf. P.-H. Michel, op. cit., p. 427-428), mais il
constitue une approximation aussi satisfaisante. Il est certain que des triangles rectangles de ce
type devaient être utilisés dans la pratique : un autre exemple est fourni par le triangle 48-55-73,
déjà mentionné, dont on semblait admettre, pour en simplifier la construction, que ses cathètes
étaient dans le rapport 8/7. Cf. F. W. Schlikker, op. cit., p. 54, n. 67.
111. C’est le parti adopté par A. Choisy, op. cit., p. 127, n. 2 et S. Ferri, op. cit., p. 98, à la suite de V.
Rose, dans son édition de 1899, p. 66.
112. Cf. F. W. Schlikker, op. cit., p. 63 et J. Bousquet, op. cit., p. 89-90. Sur le nombre 10 des
pythagoriciens, cf. Aëtius, Placita, I, 38 (H. Diels, Doxographi Graeci, p. 280-281 = Id., Die Fragmente
der Vorsokratiker, I4, p. 349) ; Philolaos, Theologumena arithmetica, p. 81, 15 sq. et p. 82, 10, édit. De
Falco (= M. Timpanaro Cardini, op. cit., II, p. 138, 1. 206 sq.) ; Théon de Smyrne, p. 106, 10-11, édit.
Hiller. J. E. Raven, dans Class. Quarterly , 44, 1951, p. 151, montre que la liaison entre le
développement vitruvien sur le « Canon » de Polyclète et le nombre 10 atteste une ancienne
liaison entre le sculpteur et les cercles pythagoriciens. La force de la « tétraktys » est
précisément de contenir le nombre 10, qui est lui-même la somme des quatre premiers chiffres.
Sur les spéculations platoniciennes autour de la « tétraktys », cf. Timée, 35, b-c et 36 a ; Théon de
Smyrne p. 94 sq. de l’édit. Hiller. Voir J. Bousquet, op. cit., p. 86, n. 2.
Sur le chiffre 6 chez Euclide, cf. Morris R. Cohen et J. E. Drabkin, A Source Book in Greek Science,
Cambridge (Mass.), 2e édit., 1969, p. 10 sq. Théon de Smyrne, p. 44, 4-15, édit. Hiller, affirme que 6
est préférable à 10, car ce dernier est supérieur à la somme de ses facteurs. Cf. P.-H. Michel, op.
cit., p. 343 sq. (Voir infra, p. 700, n. 2). On trouve un écho tardif de ces recherches chez Augustin,
Civitas Dei, XI, 30.
113. III, 1,6 : mathematici vero contra disputantes ea re perfectum dixerunt esse numerum, qui sex
dicitur, quod is numerus habet partitiones eorum rationibus sex numero convenientes sic : sextantem
unum, trientes duo, semissem tria, besem quem διμοιρον dicunt quattuor, quintarium quem πεντεμοιρον
dicunt quinque, perfectum sex. Cum ad duplicationem crescat, supra sex adiecto asse, εφεxτον ; cum facta
sunt octo, quod est tertia adiecta, tertiarium alterum, qui επιτριτος dicitur ; dimidia, adiecta cum facta sunt
novem, sesquialterum, qui ημιολιος appellatur ; duabus partibus additis et decusis facto bes alterum, quem
επιδιμοιρον vocitant ; in undecim numero quod adieti sunt quinque, quintarium, quem επιπεμπτος dicunt ;
duodecim autem, quod ex duobus numeris simplicibus est effectus, διπλασιωνα . (Texte de C.
Fensterbusch, p. 139-140).

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


87

114. Sur la définition de l’ἐπίμοριος λόγος ou ratio superparticularis (rapport d’inégalité défini par
la formule (n+1)/n), cf. Théon de Smyrne, p. 76, 21-77, 2, édit. Hiller. Voir Timpanaro Cardini, op.
cit., II, p. 262 sq.
115. P.-H. Michel, op. cit., p. 359. Le chiffre 6 possédait aussi d’autres propriétés, qui lui avaient
valu une faveur particulière dans le néopythagorisme : sa prétendue puissance
« psychogonique » est attestée dans plusieurs textes (cf. M. Timpanaro Cardini, op. cit., II, p. 124
sq.). On en trouve une trace chez Vitruve, qui évoque en V, praef. 3-4, le principe de la
composition poétique en cube (216 vers = 63) ; sur l’origine sans doute varronienne de ce passage,
cf. E. Oder, dans Philologus, Supplementband VII, 1899, p. 366, n. 186.
116. Sur la terminologie des rapports chez Théon de Smyrne, cf. p. 22,1. 20 sq. de l’édit. Hiller : ὁ
δὲ τῆς ἑξάδος πρός τὴν πεντάδα ἐπίπεμπτος.
117. Sur la terminologie des rapports épimores, cf. P.-H. Michel, op. cit., p. 353.
118. Cf. A. Rivaud, Timée (Belles Lettres), p. 42 sq.
119. Voir par exemple R. Da Rios, Aristoxeni elementa harmonica, Rome, 1955, Appendice, p. 103 sq.
120. Sur l’équivalence entre les consonances et les médiétés, voir par ex. le fragment 6 de
Philolaos (M. Timpanaro Cardini, op. cit., II, p. 208-210) ; Théon de Smyrne, p. 56, 11-12 ; p. 59, 1-2 ;
p. 79, 15-24, etc de l’édition Hiller ; Plutarque, De E delphico, 10 (= 389 D), p. 24 de l’édit. Flacelière (
Belles Lettres, 1974). Pour les textes platoniciens, cf. essentiellement A. Rivaud, Timée (Belles Lettres,
1925), p. 45-46. Aristoxène, Elem. harmon., I, 22,2-5 (= R. Da Rios, p. 28) remarque que l’expression
διὰ τεσσάρων est déjà vieillie en son temps, car elle appartient à une époque où l’on ne mesurait
pas encore les intervalles réels ; mais elle marque un progrès sur les locutions de Philolaos
(fragment 6 déjà cité) : ἁ δὲ συλλαβὰ ἐπίτριτον, τὸ δὲ δι’ὀξεῖαν ἡμιόλιον, τὸ διὰ πασ ᾶν δὲ
διπλόον.
121. V, 4,7 (= 113,15-19) : concentus, quos natura hominis modulari potest, graece quae σνμφωνιαι
dicuntur, sunt sex : diatessaron, diapente, diapason et disdiatessaron, disdiapente et disdiapason.
122. Voir notre étude dans Latomus, 34, 1975, p. 995 sq.
123. V, 4,1 (= 110,20 sq.) : itaque ut potuero quam apertissime ex Aristoxeni scripturis interpretabor…
124. Cf. M. Timpanaro Cardini, op. cit., II, p. 310 sq. Sur Aristoxène, outre l’édition déjà citée de Da
Rios, les études les plus importantes sont celles de L. Laloy, Aristoxène de Tarente, disciple d’Aristote,
et la musique dans l’antiquité, Paris, 1904, avec le très utile Lexique d’Aristoxène, et de F. Wehrli, Die
Schule des Aristoteles, Texte und Kommentar, II, Aristoxenos, Bâle-Stuttgart, 1945.
125. A. Bammer, op. cit., p. 34 sq. et Geometrie und Ornament als Antithese bei Doppelmäander in
Ephesos, dans Festschrift fur F. Eichler, Vienne, 1967, p. 14 sq.
126. On notera que tous ces rapports sont épimores et, à ce titre, répondent au principe de la
consonance (M. Timpanaro Cardini, op. cit., I, p. 102 sq. et II, p. 310 sq.).
127. III, 5,10 (= 81,6 sq.).
128. A condition qu’on ne corrige pas abusivement le texte de III, 5,10 (= 81,8 sq.) comme le fait
Choisy, qui prétend lire septima au lieu de quarta.
129. III, 5,11 (= 81,16 sq.).
130. III, 5,11 (= 81,17 sq.).
131. III, 5,1 (= 77,6sq.)
132. III, 5,2 (= 77,13 sq.)
133. III, 5,3 (= 77,20 sq.) : reliquumque praeter plinthum, quod erit tertia pars crassitudinis columnae,
dividatur in partes septem, inde trium partium torus qui est in summo, reliquae quattuor partes dividendae
sunt aequaliter, et una pars fiat cum suis astragalis et supercilio superior trochilus, altera pars inferiori
trochilo relinquatur.
134. Dans l’ordre dorique, on retrouve des mensurations qui s’ordonnent selon les mêmes
rapports : la hauteur des triglyphes vaut 1,5 module et leur largeur 1 module, ce qui donne là
encore une quinte (3/2). Cf. IV, 3, 4 (= 92,1-2).
135. Voir J. Travlos, Bildlexikon zur Topographie des antiken Athen, Tübingen, 1971, p. 370, fig. 475.

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


88

AUTEUR
PIERRE GROS
Ancien Directeur des Etudes à l’Ecole

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


89

Vie et mort de l’art hellénistique selon


Vitruve et Pline
Revue des études latines, 56, 1978, p. 289-313

Pierre Gros

1 SOMMAIRE. — La notice de Pline concernant la fin de l’art grec (XXXIV, 52) constitue, dans le
système chronologique des chapitres consacrés à l’art du bronze, une manière d’accident. Elle
trouve son origine dans les ambiguïtés propres à l’idéologie de la conquête. Le réseau de
significations où elle s’intègre prouve que Pline pouvait avoir, à l’égard de ses sources, une attitude
dynamique. La spécificité de ses choix est indirectement confirmée, en l’occurrence, par les options
esthétiques de Vitruve qui, dernier représentant à Rome de l’âge hellénistique, cherche ses cautions
et ses modèles au cours de la période et dans la région que Pline prétend ignorer, à savoir l’Asie
Mineure de la fin du IIIe et du début du IIe siècle avant J.-C.
2 La discontinuité des sources, dans les sciences de l’Antiquité, ne tient pas seulement à
leur caractère lacunaire mais aussi, et pour une large part, à leur hétérogénéité. Cet
aspect, surtout sensible dans la documentation textuelle, conduit souvent les historiens à
multiplier, au terme de leurs travaux de synthèse, les appendices spécialisés qui évitent
de mettre sur un même plan des données d’origine et de portée très différentes 1. Mais
dans le domaine de l’architecture et des arts plastiques, les indications transmises par la
tradition littéraire sont recueillies avec d’autant plus d’empressement qu’elles s’avèrent
rares et dispersées ; et l’on estime encore, dans bien des cas, pouvoir intégrer à un même
discours des notices dont la signification, dans leur contexte initial, n’a pas toujours fait
l’objet d’un examen préalable. Ayant essayé, précédemment, de définir un mode
d’interrogation des livres III et IV du De architectura, qui tînt compte des choix explicites
ou implicites de Vitruve, et des finalités de son exposé2, nous avons cru possible de tenter
une analyse du même genre à propos de plusieurs passages du livre XXXIV de Pline,
traitant de la sculpture en bronze.
3 L’entreprise peut paraître vaine, s’agissant de textes sur lesquels les experts de la
« Quellenforschung » exercent leur sagacité depuis plus d’un siècle, avec des résultats très
appréciables3, et que les archéologues ont éclairés, enrichis ou complétés de leurs

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


90

observations sur la statuaire antique4. L’édition de ce livre de l’Histoire Naturelle, dans la


« Collection des Universités de France », a du reste mis en lumière, au fil d’un
commentaire abondant, la multiplicité et la finesse des analyses déjà conduites sur cette
première partie de ce qu’il est convenu d’appeler l’histoire de l’art plinienne5. Mais dans
la mesure où les intentions de cet auteur ne relèvent pas toujours d’une visée proprement
historique, où les préoccupations typologiques et chronologiques tiendraient le premier
plan, des obscurités subsistent, concernant l’organisation interne de ses développements.
Si l’on mène à leur propos une étude comparable à celle qu’effectuent avec profit, sur les
habitudes de pensée dont Pline est tributaire, les spécialistes des quaestiones naturales 6, on
s’aperçoit vite que les digressions consacrées à l’art sont parcourues elles aussi de
mouvements profonds qui les ordonnent, et même souvent les motivent.
4 C’est dans cette perspective que nous examinerons un passage très connu, et maintes fois
commenté, celui où Pline fixe la fin de l’art grec ; cette brève notice sur le cessavit ars ne
vise à rien moins, on s’en est avisé depuis longtemps, qu’à rayer du catalogue des œuvres
et de l’évolution des formes, la première période hellénistique, c’est-à-dire,
essentiellement, l’art de Pergame : CXXI (sc. olympiade fuere) Eutychides, Euthycrates,
Laippus, Cephisodotus, Timarchus, Pyromachus. Cessavit deinde ars ac rursus olympiade CLVI
revixit, cum fuere longe quidem infra praedictos, probati tamen, Antaeus, Callistratus, Polycles
Athenaeus, Callixenus, Pythocles, Pythias, Timocles (H. N., 34, 51-52). Les deux olympiades qui
encadrent cette éclipse, celle de 296-293 et celle de 156-153, mettent entre parenthèses
près d’un siècle et demi de l’activité créatrice en Grèce propre et en Asie Mineure. La
source de Pline, Apollodore ou plus sûrement Pasiteles7, était sans conteste un artiste lui-
même, et A. W. Lawrence a souligné avec raison que le caractère sans appel de cette
exclusion trahissait l’homme impliqué dans d’âpres querelles d’école8. Quant au revixit, il
s’applique sans peine à la remontée des tendances classicisantes au milieu du IIe siècle
avant J.-C, et plus particulièrement à ce néo-atticisme dont l’essor coïncide avec la
conquête romaine9. Tout récemment, une reconsidération des témoignages artistiques de
cette période, trop longtemps ignorée des historiens et archéologues de la Rome
républicaine, a permis de discerner, à travers ce changement d’orientation et ces
nouveaux choix esthétiques, une volonté délibérée, de la part des imperatores vainqueurs
de l’Achaïe et de l’Asie, de promouvoir un art qui répondît aux aspirations intellectuelles
et culturelles de la nobilitas, et qui fût en rupture ostensible avec la tradition italique 10. Ces
conclusions, pleinement recevables en première analyse, n’expliquent pas, si éclairantes
qu’elles soient, l’introduction dans l’exposé de Pline d’une notice qui en bouleverse
l’ordonnance et semble en contradiction avec certaines des attitudes les plus constantes
de cet auteur. Sans remettre en question globalement l’acquis des travaux qui ont dégagé
la signification historique de ce texte, il reste à comprendre comment fonctionnent, dans le
système propre de la compilation plinienne, les idées qu’il véhicule. Il est possible alors que
nous soyons amené à modifier, sinon la signification de la source dont ils dépendent, du
moins la portée de ces paragraphes trop souvent isolés de leur contexte.
5 Une première constatation s’impose, où s’exprime la nécessité d’une telle interrogation,
c’est que Pline n’a pas accueilli la notice en question pour des raisons esthétiques.
Contrairement à ce qu’on lit parfois, le goût personnel de cet auteur n’est pas classicisant
11
. Loin de partager le mépris implicite de sa source pour le réalisme minutieux et le
pathétique des créations pergaméniennes ou apparentées à l’art des Attalides, il apprécie
surtout les œuvres qui les annoncent ou qui les prolongent. On peut certes arguer du fait
que tout jugement esthétique est orienté, depuis Aristote, par l’exigence fondamentale de

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


91

la « mimèsis », et qu’à ce titre les écrits théoriques ne sont guère aptes à rendre un
compte exact de l’évolution des œuvres et des genres : la qualité d’une seulpture ou d’une
peinture se mesure toujours, finalement, pour les exégètes antiques, à l’étroitesse du
rapport qu’elle entretient avec ce qu’elle entend représenter12. Mais ce qui attire Pline
irrésistiblement, c’est moins l’imitation exacte de la réalité que le rendu expressionniste
de situations extrêmes.
6 Ainsi, dès le début de la période classique, ce qui le séduit dans les œuvres d’un
Pythagoras de Rhégion, ce ne sont pas les recherches rythmiques dont nous entretient
Diogène Laërce13, mais le dessin des tendons et des veines, surtout lorsqu’il suggère d’une
façon saisissante la réalité d’une douleur, comme dans le claudicans de Syracuse 14. S’il
place ensuite Lysippe au sommet de la hiérarchie des statuaires, ce n’est certes pas en
raison de la valeur « symétrique » de ses compositions et des savantes combinaisons de
ses figures pyramidantes15 ; il n’apprécie guère à leur juste mesure les modifications
introduites par cet artiste dans le canon de Polyclète, qui pourtant représentent un
progrès dans le réalisme, puisqu’elles tendent à rendre l’image de l’objet, son apparence
optique, et non plus seulement son essence16. Il insiste en revanche sur ce qu’il appelle les
argutiae, c’est-à-dire la minutie expressive des moindres détails17. Enfin, quand il se risque
à donner son avis personnel, hors de toute caution textuelle antérieure, sur des statues
qu’il a pu observer de ses yeux, il s’arrête volontiers à celles où le sculpteur a exprimé la
vie sous sa forme la plus violente ou la plus anecdotique : c’est la chienne du Capitole, qui
lèche sa blessure18 ; c’est l’Hercule des Rostres, dont le visage reflète à s’y méprendre les
crispations de l’agonie19. Ce dernier a pu être classé par S. Ferri parmi les pièces
d’inspiration pergaménienne20, et l’on évoque immanquablement à son propos le groupe
du Laocoon, que Pline met au-dessus de toute autre création de la sculpture et de la
peinture21. Les artistes auxquels il attribue cette réussite sont en étroite relation, même si
l’homonymie des signatures épigraphiques n’autorise pas à identifier les mêmes hommes,
avec l’équipe à laquelle on doit le groupe de la Scylla, dans la grotte de Sperlonga 22. Or les
rapports de ces œuvres avec la gigantomachie du Grand Autel de Pergame ont été depuis
longtemps recensés et commentés23.
7 Le cessavit ars n’a pas davantage retenu l’attention de Pline en raison de sa cohérence avec
la conception qu’il semble avoir eue de l’évolution générale des arts. Cette brusque
interruption, ce silence séculaire, puis ce nouveau départ ne s’inscrivent nullement dans
le schéma parabolique de la naissance, de l’apogée et du déclin, hérité de la « poétique »
aristotélicienne, et en fonction duquel il situe à l’ordinaire les œuvres et leurs auteurs 24.
Continuant en cela la voie tracée avant lui par Cicéron et par Vitruve25, Pline envisage
toujours l’activité artistique comme un progrès ou une décadence, chacun des
représentants de la phase ascendante se distinguant de ses prédécesseurs par le fait qu’il
a su être, en quelque manière, un précurseur, soit dans le domaine technique, si
important pour le travail du bronze, soit dans le domaine formel26 ; vient ensuite la
courbe descendante, moins nettement jalonnée, où l’on entend surtout marquer les
ravages croissants de la desidia , qui entraîne l’oubli progressif des découvertes des
anciens, et de l’avaritia, qui détourne les plus doués de la pratique des arts 27 : essentiels
sont de ce point de vue les premières pages du livre XIV28. Cette idée de l’ars moriens,
même si elle n’est pas illustrée par Pline avec toute la précision souhaitable 29, apparaît en
tout cas difficilement compatible avec la mort ponctuelle, presque par décret, qui
intervient dans la première décennie du IIIe siècle avant J.-C, alors que la courbe est
encore au plus haut, et qu’aucun signe de déclin ne s’est manifesté. Parmi les artistes de la

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


92

dernière olympiade « vivante », on compte les propres fils de Lysippe, Laïppos et


Euthycrates30 : ce dernier fut le maître d’une série de disciples fort prisés par Pline lui-
même, dont le floruit se situait nécessairement dans une olympiade postérieure à la 121 e,
comme le confirme d’ailleurs l’épigraphie pergaménienne31. Quant à Phyromachos, le
dernier nommé, son activité à la cour des Attalides, attestée par Polybe, Diodore et Pline,
empiète largement sur l’éclipse, dont la réalité se trouve ainsi contredite dans le corps
même du développement où elle est postulée, pour peu qu’on suive, jusqu’à leur terme,
les directions suggérées par l’auteur32.
8 Il y a donc dans le cessavit ars une manière d’accident, dont l’étrangeté n’est pas atténuée
par le prétendu réveil des années 155 : le revixit se présente comme un écho assourdi de la
splendeur passée, mais on ne sait plus, si l’on s’en tient à Pline, à quel stade exact de son
évolution le courant artistique opère sa résurgence, ni ce qu’ont « inventé », ou retrouvé,
les artistes de cette période33. Apparemment, cette seconde phase ne donne pas lieu à un
nouveau cycle, et les quelques noms qui sont censés l’illustrer paraissent bien vite oubliés
par le Naturaliste, à l’exception de Polyclès34.
9 De ces premières remarques, toutes négatives, naît la tentation, à laquelle on a souvent
cédé, de ne voir dans le texte de XXXIV, 52, qu’une incohérence, imputable à la
multiplicité des sources auxquelles puisait le compilateur, sans conséquence réelle sur le
reste de la composition. D’autant que les artistes pergaméniens, partiellement escamotés
dans cette notice, sont remis à l’honneur au paragraphe 84, où Pline utilise un auteur
moins partial, peut-être cet Antigonos dont il indique qu’il laissa des listes de sculpteurs
spécialisés dans les Galatomachies35. Par ailleurs, l’œuvre d’un Nikératos, Athénien actif à
Cos et à la cour de Pergame, est évoquée à deux reprises, et Pline vante les œuvres de
l’école rhodienne, fort influencée par celle des Attalides au cours du IIIe siècle avant J.-C.36.
10 Le fait cependant qu’on retrouve au livre XXXV une lacune du même ordre, entre, d’une
part, le peintre Anthénion, dont le floruit se situe précisément dans la 121 e Olympiade, et,
d’autre part, des artistes comme Héralkeidès de Macédoine ou Métrodoros, liés aux
conquérants romains37 ; le fait également que la série des grands sculpteurs sur marbre ne
descende guère, dans le livre XXXVI, au-delà de l’équipe du Mausolée d’Halicarnasse, et
que n’apparaissent plus, ensuite, à quelques exceptions près, parmi les œuvres maîtresses
des grandes galeries romaines, que les néo-attiques de la fin du IIe siècle ou les éclectiques
du Ier siècle avant J.-C. 38, donnent à réfléchir sur l’importance attachée par Pline à cette
chronologie syncopée, même lorsqu’il n’y insiste pas d’une façon explicite.
11 D’autres apparentes inconséquences du livre XXXIV révèlent, à vrai dire, si on les met en
relation avec le paragraphe 52, le cheminement d’une réflexion qui n’affleure
qu’épisodiquement, mais dont les articulations sont restituables.
12 La chronologie qui se clôt sur le cessavit ars est tout entière dictée — Pline l’indique
clairement — par le souci de confondre les amateurs romains qui se prétendaient experts
en bronzes grecs, et s’arrachaient à des prix parfois fabuleux des objets réputés
corinthiens39. Quapropter ad coarguendum eos, ponemus artificum aetates, annonce-t-il dès le
paragraphe 7. Mais que cherche-t-il exactement à prouver ? Il s’agit de montrer qu’il
existe une incompatibilité radicale entre, d’une part, la tradition, à laquelle pour les
besoins de la cause il s’accroche fermement, concernant la date où fut découvert l’alliage
du bronze corinthien, et, d’autre part, la chronologie des grands bronziers d’époque
classique. l’aes Corinthium étant né de l’incendie consécutif à la prise de Corinthe en 146,
aucun des fictores nobiles ne peut avoir travaillé avec ce matériau. Pline ne tire pas de ces

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


93

prémisses la conclusion qu’on attendrait, à savoir que les bronzes corinthiens sont des
faux Praxitèle ou des faux Myron, mais il en infère que les bronzes de Praxitèle et de
Myron ne sauraient être corinthiens40. Déduction sans importance, serions-nous tenté de
dire, et notre mentalité moderne, plus attentive aux signatures qu’à la matière,
s’accommoderait sans peine d’une telle désillusion. Il n’en est rien, semble-t-il, pour les
contemporains de Pline, et l’insistance triomphante avec laquelle celui-ci rappelle, dans
la suite, l’erreur d’identification qui s’attache à ces signa quae vocant Corinthia, s’explique
seulement si l’engouement des riches collectionneurs pour les œuvres de bronze est
essentiellement dû au fait qu’ils les croient isthmiques41. C’est cette origine, fausse assure
Pline, qui ferait monter les prix et entretiendrait l’adfectatio42. Pourquoi ? Il répond lui-
même de façon précise, à propos des candélabres : nomen id praecipue in his celebratur,
quoniam Mummi victoria Corinthum quidem diruit43. Leur caractère de spolia serait donc à
l’origine de la vogue extraordinaire de ces objets, autant et peut-être plus que leur teneur
prétendue en métal précieux. Ou plus exactement l’un et l’autre sont inséparables, la
valeur symbolique ne pouvant être dissociée de la valeur vénale, et contribuant même à
l’accroître. Stace, quelques années plus tard, aura une formule d’une ambiguïté
significative, qui confirme pleinement l’assertion plinienne, lorsque, énumérant les
trésors d’art réunis dans la villa sorrentine de son ami Pollius Felix, il évoque aeraque ab
Isthmiacis auro potiora favillis44. En somme, les collectionneurs d’époque impériale auraient
prolongé et systématisé dans le domaine du bronze la réaction de Mummius lui-même
qui, s’étant vu proposer par Philopoimen cent talents pour un tableau d’Aristeidès, sur
lequel il laissait jusqu’alors ses soldats jouer aux dés, en aurait conclu qu’il possédait une
valeur énorme, et l’aurait repris à l’émissaire d’Attale45. Il est probable qu’après une telle
expérience Mummius avait été tenté de voir dans tous les tableaux saisis à Corinthe des
œuvres dues à des contemporains d’Apelles. Selon Pline, cette dignité de « dépouilles
corinthiennes » aurait même été abusivement prêtée à des statues qui ne pouvaient y
prétendre, et que seul l’orgueil du conquérant, indissolublement lié à l’ignorance du
parvenu, désignait comme une part de la prestigieuse praeda Mummi46.
13 Ce qui nous paraît remarquable, en l’occurrence, c’est que, pour lutter contre ce qu’il
présente comme une erreur, le Naturaliste renchérit, mais d’une autre manière, sur la
position foncièrement nationaliste de ceux dont il dénonce l’attitude, en imputant à l’acte
même de la conquête la création de l’aes Corinthium : hoc casus miscuit Corintho, cum
caperetur47. Malgré le caractère fantaisiste de cette historiette, qui ne se distingue guère
des fabulae sans fondement dont Pline admet lui-même qu’elles étaient nombreuses sur le
sujet48, et dont Pétrone avait donné, quelque temps auparavant, une version
ostensiblement ridicule49, il l’adopte comme pivot chronologique, se jetant à corps perdu
dans une série d’apories historiques parfaitement insurmontables50. C’est qu’elle a pour
lui l’avantage de lier à la victoire romaine une de ces découvertes auxquelles l’art doit, de
loin en loin, de se renouveler. La notice de Florus, qui atteste l’ancienneté de la tradition,
puisqu’elle dérive probablement de Tite-Live, est encore plus significative dans sa
crudité : on y apprend que l’iniuria subie par la ville fut en quelque sorte compensée par
l’élaboration d’une nouvelle, et magnifique, variété d’alliage51.
14 Cette position n’est pas isolée chez Pline. A y regarder de près, on constate qu’il adopte
presque la même à l’égard du bronze de Délos. Certes, il ne lui refuse pas, théoriquement,
l’ancienneté : antiquissima aeris gloria Deliaco fuit52 ; mais il n’évoque en réalité que les
bronzes et les bronziers du IIe siècle, ceux de l’époque du port franc, placé sous la tutelle
nominale d’Athènes et le contrôle effectif de Rome. Lorsqu’il attribue en effet la célébrité

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


94

des ateliers de l’île à la fréquentation mondiale de son marché, mercatus in Delo celebrante
toto orbe, il songe forcément, comme l’a noté J. Marcadé, à la période postérieure à 168 53 ;
l’expression toto orbe englobe d’ailleurs chez lui, dans les cas où l’on peut en juger,
l’Occident aussi bien que l’Orient méditerranéens, et elle serait déplacée s’il s’agissait
d’évoquer la Délos indépendante ou même amphyctionique54. Si l’on se souvient, avec
Strabon, que l’essor de l’île en tant qu’ἐμπόριον ne commence vraiment qu’après la prise
de Corinthe, qui lui permet de drainer à son profit, et à celui des négociants italiens, le
commerce de la Méditerranée orientale, on discerne la similitude des deux notices, sous
leur apparente diversité55. Ce lien qui s’établit entre l’activité des bronziers déliens et la
présence de Rome est suggéré indirectement par Pline à propos des lits de table qui, nous
assure-t-il, auraient été les premières créations de leurs officinae 56 ; J. Marcadé n’a pas tort
de trouver curieuse une telle présentation, qui place la confection de meubles de luxe ou
de demi-luxe avant celle des statues des dieux57. Mais ces lecti deliaci, ces triclinia aerata ne
doivent sans doute leur antériorité chronologique, dans l’esprit de Pline, qu’au fait qu’ils
représentent, à Rome, les plus anciens objets de bronze dont on ait gardé le souvenir : le
triomphe de Cn. Manlius Vulso en avait révélé l’existence et l’usage en 187 avant J.-C. 58.
Ainsi, même s’il n’en pousse pas les conséquences jusqu’à l’absurde comme pour le bronze
de Corinthe, notre auteur reconstitue cependant l’histoire de l’artisanat délien à partir
des données romaines ; la conquête demeure, dans la composition sinon dans la teneur de
sa notice, le pôle autour duquel, finalement, tout s’organise.
15 Il est important de souligner que, dans ce cas particulier, l’archéologie encourage ce
déchiffrement au second degré, qui refuse de prendre à la lettre l’affirmation liminaire de
Pline concernant la grande ancienneté du bronze de Délos : les signatures d’artistes
résidant dans l’île sont surtout fréquentes après 168-16659, et les trouvailles récentes du
quartier de Skardhana confirment ce qui, dans le livre XXXIV, ne relève que d’un choix
idéologique, d’ailleurs non formulé, puisque les seuls bronzes datés, de fabrication locale,
ne remontent pas au-delà du IIe siècle avant J.-C.60.
16 Est-ce à dire que Pline considère comme un phénomène entièrement positif, dans toutes
ses conséquences, la conquête de la Grèce et de l’Orient ? En aucune façon. Il est
indispensable de rappeler ici qu’il situe le début de la corruption des mœurs, avec
l’annaliste Pison, en l’année 154, c’est-à-dire précisément dans l’olympiade du revixit ars 61.
C’est que la conquête est par essence ambiguë. Pas plus que Polybe, Tite-Live ou Salluste,
il ne la dissocie du thème de la luxuria, qui est même le seul à trouver chez lui une
expression claire et explicite dans le domaine de la réflexion politico-morale 62. Il serait
aisé de montrer, par exemple, que c’est lui qui organise en profondeur les
développements sur l’emploi du marbre, au livre XXXVI63.
17 Sans quitter le livre du bronze, et pour remonter à l’origine de la démarche plinienne, il
convient de garder en mémoire l’influence qu’il accorde à l’appât du gain, à la recherche
effrénée du luxe, à la préoccupation exclusive de la valeur vénale des objets, fussent-ils
des œuvres d’art, dans le tarissement de l’activité créatrice64. C’est même pour cela qu’il
entend, avec tellement de hargne, convaincre d’ignorance les collectionneurs de son
temps. Ils sont à ses yeux à la fois des profiteurs abusifs et des destructeurs du fait
artistique, dans la mesure où, d’une part, ils thésaurisent à leur seul bénéfice des œuvres
qui étaient conçues pour la communauté humaine et où, d’autre part, leur passion, servie
par la richesse, entretient chez les artifices le goût stérilisant de l’argent 65. Aussi ne
résiste-t-il pas à, l’idée de régler leur compte à ces gens qui représentent le symbole

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


95

même de la spoliation ; il le fait sur le seul terrain où il puisse les affronter, celui de
l’érudition.
18 Cette persistante mauvaise conscience éprouvée par Pline en tant que Romain à l’égard
des œuvres d’art saisies dans le monde grec, et de leur utilisation à des fins privées, est le
sentiment qui donne à ses remarques moralisantes leur originalité et leur profondeur.
Volontiers, il eût adopté sans doute cette réflexion des Tusculanes : est enim earum rerum
omnium (in) nostra urbe summa in publico copia. Quae qui privatim habent, nec tam multa et raro
vident, cum in sua rura venerunt ; quos tamen pungit aliquid, cum illa unde habeant recordantur 66.
Aussi a-t-il le souci constant de valoriser tous les gestes qui tendent à faire passer les
sculptures du domaine privé au domaine public. S’il ne cite jamais une collection
individuelle, cela ne tient pas seulement à la nature de sa documentation67, mais aussi à
un parti pris, à une option morale, qui d’ailleurs trouve un aliment de choix dans la
polémique dynastique. Les bons empereurs sont pour Pline ceux qui ont rendu à leur
vocation première des œuvres détournées par l’avidité au profit de quelques-uns :
Auguste, par exemple68, ou son second, Agrippa, qui prononça un salutaire discours de
tabulis omnibus signisque publicandis69 ; et Vespasien, bien sûr, dont l’action s’oppose, en ce
domaine, à celle de Néron70.
19 C’est dans cette optique qu’il convient de lire, à n’en pas douter, la curieuse conclusion du
paragraphe 84, qui s’applique à l’ensemble des œuvres passées en revue au cours des
développements précédents : atque ex omnibus quae rettuli clarissima quaeque in urbe iam
sunt dicata a Vespasiano principe in templo Pacis aliisque eius operibus, violentia Neronis in
urbem convecta et in sellariis domus aureae disposita. Prise à la lettre, cette affirmation est
difficilement admissible. Kroll a même cru pouvoir la qualifier de « grotesque » 71. Elle est
à coup sûr excessive, et la seule œuvre de bronze qu’on puisse avec certitude placer dans
le temple de la Paix, parmi celles que mentionne Pline, est le Ganymède de Léocharès 72.
Mais là n’est pas le problème. Pline n’a pas écrit cette phrase pour l’expression ex omnibus
clarissima quaeque, amplification rhétorique qu’il faut se garder de prendre à la lettre
comme d’autres locutions du même genre73, mais pour le contraste qu’elle permet
d’établir entre l’attitude de Néron et celle de Vespasien : au tyran qui se rend coupable de
rapines et conserve les œuvres volées dans les salons — ce sont les deux aspects
inséparables de la violentia Neronis — il oppose le prince conscient de ses devoirs, qui
présente les mêmes œuvres dans un temple-musée accessible à tous74.
20 Nous tenons dès lors les principales composantes du discours dans lequel s’intègre la
notice sur la fin de l’art grec ; et l’on en peut retrouver, dans sa texture même, tous les
éléments constitutifs.
21 D’abord, la lacune qui précède le milieu du second siècle est nécessaire pour stigmatiser
l’ignorance des collectionneurs. Pline l’indique d’entrée de jeu : Corinthus capta est
olympiadis C L V I I I anno tertio, nostrae urbis D C V I I I, cum ante haec saecula fictores nobiles
esse desissent, quorum isti omnia signa hodie Corinthia appellant75. L’expression cum ante haec
saecula désigne, par anticipation, les cent quarante-quatre années de silence qui séparent
l’olympiade de Phyromachos de celle de Polyclès76. L’auteur se soucie assez peu,
finalement, de la signification historique ou artistique du point de rupture, du moment
précis du cessavit ars ; ce qui lui importe, c’est la durée de la faille : elle doit être assez
large pour qu’aucun pont ne puisse être jeté entre l’aetas des grands créateurs et celle des
hommes de la « renaissance ». Trente-cinq olympiades, soit plus de quatre générations au
sens où Apollodore et Pausanias l’entendaient77, reproduisent presque la durée de la
période classique et post-classique, et nous assurent qu’aucun rapport de filiation ne peut

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


96

exister entre les deux séries d’artistes78. En revanche, la date du revixit a une valeur en
soi ; elle est, aux yeux de Pline, décisive. Et l’on notera à ce sujet que la lecture olympiadis
C L VIII anno tertio pour la destruction de Corinthe est une correction des éditeurs
modernes ; les principaux manuscrits donnent en effet le chiffre C L VI 79, erreur de Pline
sans doute, comme le suggérait déjà Münzer, pour la date varronienne de la victoire de
Mummius, mais erreur significative, qui établit une exacte correspondance entre la
conquête de Corinthe et la reprise de l’activité artistique80. Nul doute que pour Pline c’est
autour de cette date que la chronologie syncopée doive s’articuler.
22 La période de latence est donc également indispensable à la mise en évidence de ce
phénomène de réactivation, de ce nouveau départ engendré par la conquête romaine.
Pline se résoud d’autant plus volontiers à oublier momentanément le IIIe siècle et la
première moitié du second, que c’est l’époque où s’affirme l’art oriental, aux dépens des
traditions de la Grèce propre. Or, l’Asie hellénistique a toujours été le siège d’où les
historiens ont fait rayonner de préférence la luxuria, que l’on en situe les premières
manifestations après la victoire de Magnésie du Sipyle et la paix d’Apamée, comme les
sources annalistiques de Tite-Live, ou après Pydna, comme Polybe81. Salluste rappelle
même de façon explicite que c’est en Asie que, pour la première fois, l’armée romaine se
prit d’une passion coupable pour les statues, les tableaux et les vases ciselés 82.
23 Au contraire, le milieu du second siècle marque, dans l’évolution des rapports entre Rome
et l’art grec, une étape importante, en ce que la pratique sommaire des spolia tend à faire
place à des commandes précises, adressées par les membres de la nobilitas aux vieux
centres traditionnels de l’hellénisme83. Après les violences de la période antérieure,
marquée par de tapageurs triomphes — celui de Mummius sera le dernier du genre —
s’ouvre une époque de collaboration effective, où les ateliers athéniens et déliens
orientent leur production en fonction du goût des nouveaux maîtres, et où même affluent
en Italie de nombreux artistes grecs84. Pline ne pouvait qu’être sensible à ce nouveau type
d’échange, même s’il n’apprécie guère, personnellement, l’orientation classicisante qui en
est le corollaire esthétique. Il est significatif qu’il se soit arrêté, dans la liste des artistes
du revixit ars, à ceux qui semblent avoir œuvré à Rome, pour le compte des imperatores, à
un moment donné de leur carrière, tels, Timarchidès, Polyclès et Dionysios85. La curieuse
absence, dans cette énumération, comme dans celle des marbriers du livre XXXVI, d’un
personnage comme Damophon de Messène, qui passe pourtant, aux yeux de beaucoup de
spécialistes actuels, pour le représentant le plus brillant, le chef de file même des néo-
classicisants, s’explique peut-être par le fait qu’il ne travailla jamais directement pour le
compte de la classe dirigeante romaine, et ne quitta pas son milieu hellénique 86.
24 L’ambiguïté de la conquête s’inscrit enfin dans la nature même de la renaissance des
années 156, qui n’offre pas, il s’en faut, que des aspects positifs. Pline souligne d’emblée le
caractère relativement effacé des personnalités qui l’illustrent. Dans la hiérarchie des
créateurs, ils occupent à ses yeux une place très secondaire, à en juger par la formule de
présentation dont il les gratifie : probati tamen 87 ; nous sommes loin des insignes , des
maxime laudati, des celebrati de la période antérieure88. Pline ne fournit aucune explication
de son jugement, mais on peut penser que, plus que leur imitation laborieuse des grandes
œuvres classiques, c’est leur faible maîtrise dans le domaine technique qui le lui a dicté.
La renaissance a en effet bénéficié du hasard : l’exemple déjà mentionné de l’alliage
corinthien, mais aussi celui du fameux hepatizon, sont représentatifs d’une époque où le
casus doit venir en aide au genre humain, dont la force inventive est dès lors en déclin 89.
Une phrase du début du livre dessine de ce point de vue la courbe de la décadence :

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


97

adeoque exolevit fundendi aeris pretiosi ratio, ut iam diu ne fortuna quidem in ea re ius artis
habeat90. Trois périodes sont contenues dans cette formule : celle qui conduit de Phidias à
Lysippe, où la dignité des praticiens et leur parfaite possession de l’art du fondeur
assurent une domination souveraine de la matière et des formes ; celle qui succède à la
longue lacune, où il faut le secours d’événements historiques souvent violents pour
rendre temporairement vie à l’art des bronziers ; celle enfin que vit Pline, où la scientia
s’est tellement perdue que la fortuna ne peut plus rien pour elle. L’illustration de ce
phénomène est fournie par l’espèce d’impuissance à laquelle se trouve réduit un
Zénodoros qui, excellent ciseleur, a perdu le secret de la fonte et n’est plus capable de
mener à terme des tentatives pourtant brillantes : la statue de Néron dont il a fait la
maquette d’argile ne peut prendre forme dans le bronze91.
25 Ainsi retrouve place, dans un contexte qui lui est propre, ce paragraphe 52 que tout
semble isoler si l’on ne considère pas ses relations avec l’infrastructure morale et
idéologique dont il est étroitement tributaire. Cette mise en évidence d’un réseau
prégnant de significations, interne au livre XXXIV — d’autres schémas du même genre
pourraient être dégagés qui entreraient d’ailleurs partiellement en conflit avec celui-ci 92
— nous conduit à penser que le découpage chronologique retenu par Pline n’a pas été
directement recueilli, du moins sous la forme qu’il revêt au paragraphe 52, dans une
tradition qui eût été prédominante dès le Ier siècle avant J.-C. ; il nous semble résulter en
partie d’une volonté délibérée, de la part du Naturaliste, de retenir seulement, des
diverses sources qui étaient à sa disposition, ce qui pouvait servir à sa démonstration, au
sein d’un ensemble qui possédait sa dynamique propre.
26 Une preuve de la relative spécificité des choix pliniens, nous croyons la trouver dans la
façon toute différente dont Vitruve aborde le même problème. Car il y a aussi, chez
l’auteur du De architectura, un cessavit ars qui, pour n’être pas exprimé d’une façon aussi
brutale, ne s’en applique pas moins aux deux genres dont a traité le théoricien,
l’architecture et la peinture. Le fait est d’autant plus étonnant que Vitruve partage avec
Pline, à environ un siècle de distance, le même sentiment de décadence, et que sa vision
est elle aussi essentiellement passéiste93. Mais pour l’architecte, qui écrivait peu d’années
après Actium, les exemples à méditer, les modèles à suivre, se placent précisément au
cours de la période et dans la région que Pline prétend ignorer, à savoir dans l’Asie
Mineure de la fin du IIIe siècle et du début du IIe siècle avant J.-C.
27 Il semble en effet désormais assuré que le fameux Hermogénès, dont Vitruve énonce les
principes, avec quel enthousiasme, et dont il vante les constructions, le temple de
Dionysos à Téos et l’Artémision de Magnésie du Méandre, était actif à cette époque 94.
Contrairement à ce qui a lontemps été affirmé, à la suite de A. von Gerkan, on ne saurait,
sur la foi d’inscriptions un peu hâtivement interprétées, placer son floruit dans la seconde
moitié du IIe siècle 95 : les découvertes récentes des archéologues turcs, et la publication,
par P. Herrmann, d’un texte épigraphique décisif, contraignent à admettre que le temple
de Dionysos était achevé en 20496 ; comme d’autre part le temple de Zeus Sosipolis de
Magnésie du Méandre, le seul qui respecte exactement les normes imputées par Vitruve à
Hermogénès, fut consacré avant 196, il est raisonnable de circonscrire la période féconde
du grand architecte ionien aux années 215-180 avant J.-C.97. En d’autres termes, on ne
peut plus admettre que l’activité d’Hermogénès est liée à la présence romaine en Orient 98.
Loin d’être contemporaine de la victoire sur Aristonikos en 129, la consécration du
fameux Artémision99 apparaît antérieure à celle de Magnésie du Sipyle, et donc au traité
d’Apamée de 188, qui redistribue les force entre Attalides et Séleucides, et fait de Rome

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


98

l’arbitre des conflits en Asie100. Sans entrer dans le détail d’une démonstration présentée
dans une autre étude, rappelons en outre que ce maître d’œuvre, sans doute originaire de
Priène, et non d’Alabanda, ne pouvait travailler à Magnésie du Méandre que pendant la
courte période de paix qui régna entre cette ville et Priène, c’est-à-dire, tout au plus, dans
les vingt premières années du second siècle101.
28 Ce qui séduit Vitruve, chez les créateurs de cette période, c’est la façon dont ils ont su
codifier des tendances qui, pour être issues en partie des recherches d’un Pythéos de
Priène, à la fin de l’époque tardo-classique, n’en aboutissent pas moins à des formules
nouvelles102. Le goût personnel de l’auteur du De architectura pour les colonnades aérées,
pour les compositions plus picturales que plastiques où le jeu des perspectives et le
mouvement des lumières et des ombres tiennent une place essentielle, le désigne comme
un épigone des maîtres médio-hellénistiques103. La courbe descendante commence pour
lui au moment où des recherches plus audacieuses, qui intègrent à la grande architecture
urbaine certaines expériences conduites en milieu campanien, tendent à briser les
schémas canoniques, c’est-à-dire à la fin du IIe siècle et à l’époque syllanienne 104. Et la fin
du grand art lui paraît acquise lorsqu’il médite et rédige son traité, disons dans le
troisième quart du Ier siècle avant J.-C. C’est alors que se manifestent ces imperiti, dont il
fustige la liberté créatrice, et qui sont pourtant les bâtisseurs de la Rome césaro-
augustéenne105.
29 L’attitude de Vitruve en cette circonstance, et les choix qu’il opère au niveau des sources,
ne préfigurent donc en rien, ni dans leurs options chronologiques, ni dans leurs
harmoniques idéologiques, la position plinienne. Dira-t-on que la divergence entre les
deux auteurs tient au fait qu’ils ne traitent pas des mêmes genres ? Mais le chapitre du De
architectura consacré à la peinture débouche sur une conclusion identique. Vitruve
accepte toutes les modes décoratives, à l’exclusion de celles qui se font jour dans la
dernière phase du second style et au début du troisième, c’est-à-dire, là encore, au
moment où il rédige, dans les années 30-25 avant J.-C. : sed haec, quae ex veris rebus exempla
sumebantur, nunc iniquis moribus inprobantur106. Ce qu’il déplore dans ces créations récentes,
c’est l’abandon de l’exigence d’une vraisemblance interne, ce qu’il appelle la ratio veritatis
107
, et il s’insurge contre les fantaisies tectoniques qui conduisent par exemple à jucher un
personnage, voire une lourde structure architecturale, au sommet de frêles tiges en
forme de candélabres108. Et ce qu’il regrette, de toute évidence, c’est, dans le schéma
évolutif qu’il propose, la troisième phase de la grande peinture décorative, celle qui, sur
les parois des portiques urbains, dans les exèdres et le long des promenades
monumentales, faisait alterner les architectures en perspective et les mégalographies
historiées109.
30 Les termes mêmes employés par le théoricien pour désigner les édifices où se déploient
ces thèmes évoquent l’urbanisme hellénistique. Il est probable qu’il pense précisément à
ces στόαι d’agoras ou de sanctuaires qui surgissent dans les cités de Grèce et d’Orient aux
IIIe et IIe siècles avant J.-C, tel le portique construit à Delphes par Attale I er, où G. Roux a
mis en évidence les traces de fixation des grandes pièces de bois continues qui
supportaient la décoration picturale110, tel encore le portique offert par Eumène II à la
ville d’Athènes, et dont Vitruve rappelle ailleurs qu’il servait de refuge et de lieu de
promenade derrière le théâtre de Dionysos111. Certes l’optique vitruvienne est différente
de celle qu’adopte Pline dans son livre XXXV : alors que le Naturaliste ne songe qu’aux
πίναxες, à la peinture de chevalet, pourrait-on dire, l’architecte évoque les fresques
ornementales peintes sur panneaux ou sur apprêt mural. Il est intéressant de noter

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


99

cependant que le goût de Vitruve le conduit, là encore, à prôner les pratiques et les styles
de la période que Pline refuse d’envisager en tant que telle.
31 Il est toujours possible d’éluder le problème en taxant l’auteur du De architectura de
provincialisme, et en décidant qu’il était en son temps un isolé. Le fait qu’il soit resté en
retrait par rapport aux opérations de rénovation édilitaire dont Rome était alors le
théâtre112 n’empêche pas cependant de sa part une réceptivité assez vive à certains
courants de pensée, par ailleurs illustrés, dans les cercles qui gravitent autour du Princeps,
par des personnalités de premier plan : quelque vingt années plus tard on relira en effet,
au début de l’Art poétique, une protestation du même genre, contre les poeti novi, et les
peintres contemporains, qui usent à l’excès de leur liberté pour accumuler incohérences
et invraisemblances113. Il est vrai qu’Horace vise dans ce cas particulier les émules des
Alexandrins, et que sa polémique s’adresse, par-delà, aux grands poètes hellénistiques,
Callimaque et Apollonios de Rhodes114. Sa position, déjà très marquée par l’orientation du
début de l’Empire, n’est pas identique à celle de Vitruve : le sens de la « modernité »
hellénistique s’estompe dès lors au profit de recherches plus ambitieuses, dont la poésie
officielle et l’architecture publique porteront bientôt témoignage115. Mais la convergence
des réactions esthétiques entre le théoricien et le poète prouve tout de même que le
premier n’était pas un béotien, coupé du contexte urbain et aulique de son époque.
L’opinion de l’architecte sur l’art hellénistique a donc toutes chances d’être
représentative d’un moment, la fin de la République, où le cessavit ars ne s’était pas encore
imposé comme une évidence indiscutable aux yeux de ceux qui faisaient profession de
s’intéresser aux arts plastiques.
32 Ce qui nous paraît ressortir de cette divergence entre Vitruve et Pline, c’est le caractère
relativement tardif de la formation du schéma qui devait largement informer la
conception du Naturaliste. Sans doute, et nul ne songe à le nier, ce dernier fait appel, dans
sa notice du paragraphe 52, et dans toutes celles qui s’y rattachent, à des sources qui
remontent à la fin du IIe siècle avant J.-C. 116. Mais ces sources nous semblent devoir leur
importance, voire leur résurgence, au moment où il les exploite, à des considérations qui
leur étaient, à l’origine, étrangères. Ou plus exactement le refus du premier art
hellénistique, vécu et mis en pratique par les artistes néo-attiques du milieu du IIe siècle,
ne revêtait pas la même forme et ne répondait pas aux mêmes motivations que celui que
formule Pline : la correction un peu compassée, la majesté froide de leurs œuvres
comblaient assurément les goûts aristocratiques et les exigences intellectualistes d’une
certaine élite de la nobilitas.
33 Pline ne se soucie guère de ces choix esthétiques et culturels, qui ont perdu, en son temps,
une bonne part de leur actualité. Il théorise, en le surévaluant et en ignorant à dessein sa
relativité historique, un phénomène conjoncturel, étroitement circonscrit dans le temps,
qui, au demeurant, ne devait pas avoir de conséquence durable : le revixit ars, malgré ses
prétentions au classicisme, n’empêchera pas la Rome tardo-républicaine de rester la
dernière province vivante de l’art hellénistique, et d’assimiler, pour son plus grand profit,
les leçons de l’Orient attalide et alexandrin117.
34 Si, près de deux siècles après que des artistes partisans l’aient énoncée, Pline reprend à
son compte la même attitude négative à l’égard de la période pergaménienne, c’est
d’abord parce qu’elle fournit une base particulièrement commode à cette idéologie à la
fois douloureuse et orgueilleuse de la conquête, qui s’est élaborée au fil des œuvres de la
première littérature impériale118 ; c’est aussi, à un moindre degré, parce qu’elle apporte
une caution de poids à ceux qui, comme lui, prennent parti, dans un conflit plus

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


100

dynastique qu’esthétique, contre les mouvements novateurs, plus ou moins liés à


l’asianisme ou à ce qu’on considérait comme tel, dont le règne de Néron avait favorisé
l’essor119. Une telle annexion suppose, de la part de Pline, une relation à ses sources plus
libre et plus complexe qu’on ne l’a parfois admis. Si elle crédite le compilateur d’un rôle
actif, elle rend aussi moins facile l’usage de sa compilation : pour tirer de l’histoire de l’art
plinienne des renseignements « objectifs », les utilisateurs pressés qu’il nous arrive d’être
doivent prendre le temps d’une soigneuse mise au point, qui n’est autre qu’une remise en
situation.

NOTES
1. Voir P. A. Brunt, Italian Manpower, 225 B. C.-A. D. 14, Oxford, 1971, et les remarques de J. Andreau,
dans R. É. Α., 71, 1974, p. 445.
2. Structures et limites de la compilation vitruvienne dans les livres III et IV du « De architectura », dans
Latomus, 34, 1975, p. 986-1009.
3. Des travaux comme ceux de L. Urlichs, Die Quellenregister zu Plinius letzien Büchern , Progr.
Würzburg, 1878, ou de F. Münzer, Zur Kunstgeschichte des Plinius, dans Hermes, 30, 1895, p. 499-547,
qui restent à la base de toute recherche sur les sources de Pline, étaient déjà tributaires d’une
longue tradition, illustrée, entre autres, au milieu du XIXe siècle, par un Otto Jahn.
4. Cf. par exemple M. Bieber, The Sculpture of the Hellenistic Age, 2 e éd., New York, 1961 ; J. Marcadé,
Au Musée de Délos, Paris, 1969, et, pour les copies romaines des originaux grecs, la réédition de
Helbig, Führer durch die öffentlichen Sammlungen in Rom, 4 vol., Tübingen, 1963-1972. Plus
particulièrement, sur les œuvres grecques à Rome citées par Pline, G. Becatti, Letture Pliniane : me
opere d’arte nei monumenta Asini Pollionis e negli horti Serviliani, dans Studi in onore di A. Calderini e R.
Paribeni, Milan, 1956, 3, p. 99-210 ; du même, Opère d’arte greca nella Roma di « Tiberio », dans
Archeologia Classica, XXV-XXVI, 1973-74, p. 18-57.
5. H. Le Bonniec, H. Gallet de Santerre, Pline l’Ancien, « Histoire Naturelle » livre XXXIV, Paris, Les
Belles Lettres, 1965.
6. Cf. J. André, Pline l’Ancien botaniste, dans R, É. L., 33, 1955, p. 297 sq. ; du même, Erreurs de
traduction chez Pline l’Ancien, dans R. É. L., 37, 1959, p. 203 sq. ; G. Serbat, La référence comme indice de
distance dans l’énoncé de Pline l’Ancien, dans R. Ph., 47, 1973, p. 38-49, et O. Gigon, Plinius und der
Zerfall der antiken Naturwissenschaft, dans Arctos, 4, 1966, p. 23 sq. Essentiels sont aussi, de ce point
de vue, les introductions et commentaires de J. André aux livres XIX à XXV de l’Histoire Naturelle
(collection des Universités de France, Paris, 1964-1974).
7. Cf. H. Gallet de Santerre, dans l’introduction au livre XXXIV (op. cit.), p. 43 sq., et F. Coarelli,
Polycles, dans Studi Miscellanei, 15, 1970, p. 80 sq.
8. A. W. Lawrence, Cessavit art ; Turning-points in Hellenistic Sculpture, dans Mélanges Charles Picard,
2, Paris, 1949, p. 581 sq. Cet auteur compare une telle attitude à celle des Pré-Raphaélites qui, au
milieu du XIXe siècle, n’acceptaient d’admettre, au Louvre, que les primitifs.
De la même façon, il est intéressant de voir un Winckelmann comparer la période où l’art grec
connaît cette éclipse à celle qui, en Italie, sépare Raphaël des Carrache ; c’est tout le
« maniérisme » qui se trouve ainsi voué à l’oubli, en termes très violents : c Die Zeit, in welcher
die Künste in Griechenland niedergelegen, wird gewesen sein wie die Zeit von Raphael und
Michelangelo bis auf die Caracci. Die Kunst fiel damais in der römischen Schule selbst in eine

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


101

grosse Barbarei, und auch diejenigen Kunstler, die von der Kunst schrieben, als Vasari und
Zuccari, waren wie mit Blindheit geschlagen... » (J. J. Winckelmann, Geschichte der Kunst des
Altertums, Darmstadt, 1972 (rééd. anastat.). p. 343).
9. Cf. déjà K. Jex Blake, E. Sellers Strong, The Elder Pliny’s Chapters on the History of Art, Londres,
1896, p. 40-41, note ad loc. ; voir surtout M. Bieber, Pliny and Graeco-Roman Art, dans Hommages
Bidez-Cumont, Collect. Latomus, n° 2, p. 39 sq. ; G. Becatti, Arte e gusto negli scrittori latini, Florence,
1951, p. 22 sq. ; A. Giuliano, La cultura artistica delle provincie della Grecia in età Romana, Rome, 1965,
p. 44 sq.
10. F. Coarelli, loc. cit., p. 77 sq., et Architettura e arti figurative in Roma : 150-50 a. C, dans Hellenismus
in Mittelitalien, Göttingen, 1976, p. 28-29.
11. Cf. H. von Steuben, dans Führer durch die öffentlichen Sammlungen in Rom, II, 1966, n° 1493, p.
312 : « ... der klassizistisch gesinnte Plinius... ».
12. Sur la μίμησις et les « arts mimétiques », cf. U. Galli, Mimesi secondo Aristoteles, dans Studi
italiani di Filologia, NS IV, 1926, p. 281 ; D. W. Lucas, Aristotle’s Poetics, Oxford, 1968, Appendix I, p.
258 sq. ; G. F. Else, Aristotle’s Poetics : the Argument, Cambridge (Mass.), 1967, p. 21 sq. Les textes
sont nombreux où Pline manifeste que l’artiste doit tendre en toute hypothèse à restituer la
copie la plus fidèle de ce qu’il observe (voir par exemple, pour le seul livre XXXIV, les
paragraphes 46 (modèle d’argile de la statue de Néron par Zénodoros), 78 (l’Eurotas d’Eutychidès,
amne liquidiorem) et surtout 61, où Pline rapporte les paroles d’Eupompos : naturam ipsam
imitandam esse). Même des esprits plus fins, tel Pétrone, n’ont pas jugé autrement (Satyricon, chap.
83). La formule de B. Schweizer (Xenocrates von Athen, Halle, 1932, p. 32 sq.) résume bien la
situation : la « vérité » a toujours été l’ultime but de l’art grec à toutes les époques.
13. Diog. Laërce, VIII, 47. Cf. F. Münzer, loc. cit., p. 521.
14. XXXIV, 59 : Syracusis autem claudicantem, cuius ulceris dolorem sentire etiam spectanies videntur.
15. XXXIV, 65. Cf. sur le « canon » de Lysippe, comparé à celui de Polyclète, F. W. Schlikker,
Hellenistische Vorstellungen von der Schönheit der Bauwerks nach Vitruv, Berlin, 1940, p. 58-59 et p.
114 sq. ; S. Ferri, Plinio il vecchio, storia delle Arti antiche, Rome, 1946, p. 88 ; G. M. A. Richter, dans In
Memoriam O. J. Brendel, Mayence, 1976, p. 85 sq.
16. XXXIV, 65 : vulgoque dicebat ab illis factos quales essent homines, a se quales viderentur esse. Sur
cette formule, longtemps mal interprétée, cf. en dernier lieu S. Ferri, Opuscula (scritti vari di
metodologia storico-artistica, archeologia, antichità etrusche e italiche, filologia classica),
Florence, 1962, p. 144 sq., et H. Protzmann, Realismus und Idealität in Spätklassik und
Frühhellenismus, dans J. D. Α. I., 92, 1977, p. 198 sq. Le sommet du réalisme est atteint lorsque le
sculpteur décrit le φαίνεσθαι, c’est-à-dire présente la réalité en se conformant à l’image qu’en
reçoit le sujet voyant. Si l’on rapproche le texte de Pline de Aristote, Poétique , 1460 b, la
contradiction s’estompe avec Quintilien, Inst. Orat., XII, 10, 9 : ad veritatem Lysippum ac Praxitelem
accessisse optime adfirmant... Lysippe est en progrès sur ses prédécesseurs en ce qu’il a atteint le
second degré de la « mimèsis », tenant compte des déformations inhérentes à la vision humaine
et rendant l’objet dans sa réalité optique, et non pas abstraite. En quoi d’ailleurs il anticipe sur les
recherches des architectes hellénistiques.
17. XXXIV, 65 : propriae huius videntur esse argutiae operum custoditae in minimis quoque rebus. Plus
haut, Pline avait déjà souligné combien Lysippe avait fait progresser l’art de la sculpture en
améliorant le rendu de la chevelure (ibid.), ce que Myron n’était pas parvenu à faire (XXXIV, 58).
18. XXXIV, 38. Sur le sens de successus dans ce paragraphe, cf. S. Ferri, Plinio il vecchio (op. cit.), p.
66 sq. Sur le type statuaire, cf. H. von Steuben, op. cit., II, 1966, n° 1913, p. 656, et G. Kopcke, Die
Hündin Barracco, Beobachtungen und Vorschläge, dans R. M., 76, 1969, p. 128-161. L’original grec est
dû sans doute à un continuateur de Lysippe, au IIIe siècle avant J.-C.
19. XXXIV, 93 : ... et una non praetereunda, quamquam auctoris incerti, iuxta rostra, Herculis tunicati,
sola eo habitu Romae, torva facie sentiensque suprema tunicae.
20. S. Ferri, op. cit., p. 113.

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


102

21. XXXVI, 37 : opus omnibus et picturae et statuariae artis praeferendum. La formule est trop
explicite pour qu’on puisse en attribuer le caractère excessif à un simple souci de flagornerie à
l’égard de Titus. Cf. L. Urlichs, Chrestomathia Pliniana, Berlin, 1857, p. XVII.
22. Cf. en dernier lieu F. Coarelli, Sperlonga e Tiberio, dans D. D. Α., VII, 1973, p. 97 sq., où l’on
trouvera (particulièrement p. 108 sq.) la discussion la mieux articulée sur ce problème délicat.
23. Voir par exemple J. Charbonneaux et J. Marcadé, dans Grèce hellénistique, Paris, 1970, p.
333-334, et W. Fuchs, dans Führer... (op. cit.) , I, 1963, n° 219, p. 162 sq. (sur le progrès dans
l’élaboration des formes, depuis le Grand Autel de Pergame, p. 165 sq.). On notera que Pline
insiste sur la prouesse technique : ex uno lapide (comme en XXXVI, 41, à propos du groupe de la
lionne et des amours d’Arcesilaos). Or, dans le cas du Laocoon, cette notation est fausse, qu’on
prenne la locution latine dans le sens de : « en un seul bloc », ou de : « fait d’une seule variété de
pierre ».
24. Cf. J. Isager, The Composition of Pliny’s Chapters on the History of Art, dans Acta Romana Instituti
Danici, 6, 1971, p. 51.
25. Cicéron, Brutus, 71 : nihil est enim simul et inventum et perfectum. Pour la conception vitruvienne
du progrès en art, cf. P. Gros, loc. cit., dans Latomus , 34,1975, p. 987 sq. Plus tard Quintilien
reprendra un schéma analogue (Inst. Orat., XII, 10, 3-4 et 7).
26. XXXIV, 56 : Aie (scil. Polyclitus) consummasse hanc scientiam iudicatur et toreuticen sic erudisse, ut
Phidias aperuisse ; 58 : primus hic (scil. Myro) multiplicasse veritatem videtur ; 59 : hic primus (scil.
Pythagoras Reginus) nervos et venas expressit capillumque diligentius, etc...
27. XXXIV, 5, et XXXV, 4-5 (artes desidia perdidit).
28. XIV, 3-5 : ... unde nobis crevit labor, quippe cum requirenda sint non solum postea inventa, verum
etiam ea quae invenerant prisci, desidia rerum internecione memoriae indicta... Et avaritiae tantum artes
coluntur.
29. XXXV, 29 : hactenus dictum sit de dignitate artis morientis.
30. XXXIV, 51, avec le commentaire de H. Gallet de Santerre, op. cit., p. 210.
31. XXXIV, 66 et 83.
32. Sur Phyromachos, nommé par Pline (XXXIV, 51, 80 et 84) Pyromachus, artiste athénien actif
dans la première moitié du IIIe siècle avant J.-C, cf. J. Marcadé, op. cit., p. 74 sq., p. 262 et p. 485 ; E.
von Hansen, The Attalids of Pergamon, 2e éd., New York, 1971, p. 301.
Phyromachos, auteur d’un Asclépios fameux à Pergame (Polybe, 32, 25 ; Diod., 31, 35), est retenu
par Pline comme un spécialiste des thèmes de batailles gréco-galates.
33. Si ces étrangetés n’ont pas été davantage relevées par les exégètes modernes, c’est peut-être,
comme le remarque J. Marcadé, op. cit., p. 253 sq., que la critique actuelle, dans son ensemble,
admet au fond que la fin du « grand art » coïncide avec le début de la période hellénistique.
L’interprétation du néo-atticisme par l’un de ses meilleurs connaisseurs, W. Fuchs, est de ce point
de vue intéressante : « Der Rückweg zu den Quellen der Klassik wurde der attischen Kunst am
Ende des 2 Jhds v. Chr. im Phänomen des Neuattischen kein Weg zu sich selbst ; er war nur ein
letztes Erinnero des Glanzes einer grossen Vergangenheit » (Die Vorbilder der neuattischen Reliefs, J.
D. Α. I., XX. Ergänzungsheft, Berlin, 1959, p. 195). — De telles lignes constituent l’exact équivalent de
XXXIV, 52.
34. Sur Polycles, voir maintenant l’excellente étude de F. Coarelli, loc. cit., dans Studi Miscellanei,
15, 1970, p. 77-83.
35. Cf. H. Gallet de Santerre, op. cit., p. 47. Que l’Antigonus cité par Pline soit ou non le même
homme qu’Antigonos de Carystos, comme le voulait Wilamowitz, importe peu ici. Ce qui reste
sûr, c’est qu’il représente une source écrite importante concernant l’activité artistique
postérieure au cessavit ars. Cf. E. von Hansen, op. cit., p. 398-399. F. Münzer a insisté, peut-être
avec excès, sur le rôle de ce personnage parmi les sources de Pline (loc. cit., p. 521 sq.).
36. Sur Nikératos d’Athènes (Pline, XXXIV, 80-88), cf. S. Reinach, Nikératos d’Athènes et les débuts de
la sculpture pergaménienne, dans Mélanges Holleaux, Paris, 1913, p. 233 sq. ; G. Becatti, loc. cit., dans

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


103

Archeologia classica, 1973-1974, p. 18 sq., p. 30 et p. 41 ; H. von Steuben, dans Führer... (op. cit.), I, n°
137, p. 102 ; J. Marcadé, op. cit., p. 74 sq., p. 262, p. 363 et p. 485. Pour l’école rhodienne (Charès de
Lindos, XXXIV, 41 ; Àristonidas, XXXIV, 140), la source plinienne est particulièrement prolixe et
admirative. Cf. J. Marcadé, op. cit., p. 479-480 et p. 485. Voir infra, p. 307 et suiv., n. 5.
37. Cf. XXXV, 134-135, avec le commentaire de Blake et Sellers, op. cit., p. 159. On notera que ce
découpage chronologique n’est pas admis par Quintilien (Inst. Orat., XII, 10, 6) : floruit autem circa
Philippum et usque ad successores Alexandri pictura praecipue, sed diversis viriutibus. Ce sont
apparemment ces diversae virtutes que refusent de prendre en considération Pline et sa source.
38. Cf. XXXVI, 30 (pour le Mausolée d’Halicarnasse), puis surtout XXXVI, 34-43, pour les galeries
et temples de Rome.
39. XXXIV, 6 : ai mihi maior pars eorum simulare eam scientiam videtur ad segregandos sese a ceteris
magis quam intellegere aliquid ibi suptilius.
40. XXXIV, 7.
41. XXXIV, 12 : sed cum esse nulla Corinthia candelabre, constet... ; 48 : signis quae vocant Corinthia
plerique in tantum capiuntur...
42. XXXIV, 6 : mireque circa id multorum adfectatio furit. Cf. Sénèque, De brevitate vitae, XII, 2 : illum
tu otiosum vocas qui Corinthia, paucorum furore pretiosa, anxia subtilitate concinnat... ?
43. XXXIV, 12.
44. Stace, Silves, II, 2, 68. Il ne semble pas cependant que les bronzes corinthiens appartiennent,
pour Stace, à la catégorie des grandes œuvres classiques ; leur mention s’intercale entre celle des
sculptures de Polyclète et de Myron, et celle des bustes des poètes et des sages (séries
hellénistiques d’Homère, de Socrate, etc...).
45. Cf. Strabon, VIII, 6, 23 (d’après Polybe). L’anecdote est contée aussi par Pline (XXXV, 24), mais
avec une inexactitude : Attale n’était pas présent à Corinthe, mais y avait délégué Philopoimen
(cf. Pausanias, VII, 15, 1-16, 10). Voir le commentaire ad loc. de Blake et Sellera, op. cit., p. 91.
46. Pline parle en réalité d’un butin recueilli dans toute l’Achaïe, pour rendre compte du nombre
incroyable des statues rapportées à Rome (XXXIV, 12 et 36).
47. XXXIV, 6.
48. XXXIV, 12 : et hanc Corinthiis fabulam adiecit... ; même attitude chez Plutarque, De Pyth. Orac., 2,
395 BCD : après avoir rapporté deux versions d’un même récit concernant l’origine de la couleur
du bronze de Corinthe, il conclut : ἀλλὰ xα ὶ ταῦτα xἀxεῖνα μῦθός ἐστίν. (On notera que si
Plutarque parle lui aussi d’un incendie, il n’établit pas de relation avec la prise de Corinthe.)
49. Pétrone, Satyricon (Cena Trimalchionis), 50.
50. Cf. Blake et Sellers, op. cit. , p. 6-7. Sur le bronze de Corinthe, voir par exemple J.
Charbonneaux, Les bronzes grecs, Paris, 1958, p. 72 sq.
51. Florus, I, 32, 6-7 (= II, 16). Cf. P. Jal, Florus, « Œuvres », I, Paris, Les Belles Lettres, 1967, p. 74 :
Quantas opes et abstulerit et cremaverit hinc scias, quod quidquid Corinthii aeris toto orbe laudatur
incendio superfuisse comperimus. Nam et aeris notam pretiosiorem ipsa opulentissimae urbis fecit iniuria,
quia incendio permixtis plurimis statuts atque simulacris aeris auri argentique venae in commune
fluxerunt.
Il est à noter que Florus adopte une position moins ruineuse que celle de Pline, en ce qu’elle
permet de concilier les deux hypothèses : la ville, avant l’incendie, possédait un tel nombre de
statues de bronze que beaucoup ont été épargnées par le désastre de 146, et diffusées dans le
monde romain ; l’incendie lui-même a engendré un nouvel alliage où l’or et l’argent se mêlent au
bronze. Cf. F. Münzer, loc. cit., p. 539.
52. XXXIV, 9.
53. J. Marcadé, op. cit., p. 45.
54. Voir XXXIV, 17 (diffusion, « dans le monde entier », de l’usage de placer des statues dans les
lieux publics), et XXXVI, 39 (l’œuvre de Pasiteles embrasse en cinq volumes toutes les statues
célèbres qui existent dans le monde). Pendant la période de l’indépendance, les Théores viennent

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


104

des Cyclades, de Cos et de Rhodes, mais non point du bassin occidental de la Méditerranée (Th.
Homolle, Comptes et inventaires des temples deliens en l’année 279, dans B. C. H., 15, 1891, p. 113 sq.,
particulièrement p. 121-126).
55. Strabon, X, 5, 4. C’est alors que l’île devient τὸ xοινόν Ἑλλήνων ἐμπορίον (Pausanias, VIII, 33,
2). Cf. Schoeffer, dans R. Ε., IV, 2, 1901, col. 2494, et P. Roussel, Délos, colonie athénienne, Paris, 1916,
p. 18 sq. et p. 72 sq.
56. XXXIV, 9 : tricliniorum pedibus fulcrisque ibi prima aeris nobilitas.
57. Op. cit., p. 45, n. 3, et p. 83 sq.
58. XXXIV, 14 : nam triclinia aerata abacosque et monopodia Cn. Manlium Asia devida primum invexisse
triumpho suo. Cf. E. Simon, dans Führer..., II, n° 1583, p. 386. Le rapprochement de la notice du
paragraphe 14 avec celle du paragraphe 9 montre qu’une confusion s’est établie chez Pline entre
les informations « urbaines » et les données historiques propres à Délos. Un autre exemple du
même type est fourni par XXXIV, 15, où l’invention de la dorure sur les statues de bronze est
prêtée, par hypothèse, à la Rome républicaine, sans doute parce que la première statue italienne à
avoir reçu une parure de ce genre date de 181, d’après Tite-Live, 40, 34, 5. En réalité, cet usage
était, on Grèce, beaucoup plus ancien (cf. H. Gallet de Santerre, op. cit., p. 179).
59. J. Marcadé, op. cit., p. 77 sq.
60. G. Siebert, Mobilier délien en bronze, dans Études déliennes, Supplément I au B. C. H., Athènes, 1973,
p. 581 sq.
61. Pline, XVII, 244 : ... M. Messalae, C. Cassii censorum lustro, a quo tempore pudicitiam subversam Piso
gracia auctor prodidit. M. Valerius Messala et C. Cassius Longinus vont entreprendre, on le sait, la
construction du premier théâtre « en dur » de Rome, en 154. Scipion Nasica, invoquant l’ordre
moral, le fera détruire en 145. Cf. Tite-Live, Perioch., 48 ; Val. Max, II, 4, 2 ; Velleius Paterc., I, 15,
3 ; Appien, Bell. Civil., I, 28. Voir M. Bieber, The History of the Greek and Roman Theaier, 2 e éd.,
Princeton, 1961, p. 167 sq. ; F. Coarelli, dans B. C, 80, 1965-1967, p. 68 sq. ; P. Gros, Architecture et
société à Rome et en Italie centro-méridionale aux deux derniers siècles de la République, Collection
Latomus, n° 156, Bruxelles, 1978, p. 20. L. Calpurnius Piso Frugi, tribun de la plèbe en 149, était,
selon Cicéron (Brutus, 106), l’auteur d’un recueil d’annales.
62. Cf. Polybe, 31, 25, 3 ; Tite-Live, 39, 6, 7 ; Salluste, De coniurat. Catilinae, X-XII.
63. Sur ce sujet, en dernier lieu, Kl. Fittschen, dans Hellenismus in Mittelitalien, Göttingen, 1976, p.
554 sq., et P. Gros, c Aurea Templa », Recherches sur l’architecture religieuse de Rome à l’époque
d’Auguste, Rome, 1976, p. 70 sq.
64. Cf. essentiellement XXXIV, 5 et 46.
65. XXXIV, 5 : mirumque, cum ad infinitum operum pretia creverint, auctoritas artis extincta est. Voir
aussi XXXIV, 62, l’épisode significatif de Tibère et de l’Apoxyomène.
66. Cicéron, Tusculanes, V, 102. Cf. Aurea Templa (op. cit.), p. 157 et n. 20.
67. Cf. H. Gallet de Santerre, op. cit., p. 67 sq.
68. XXXIV, 58 : restitution de l’idole d’Apollon aux Éphésiens.
69. XXXV, 26. Tout le passage est placé sous le signe de la conquête : il commence par le rappel
du triomphe de Mummius et de la première introduction des peintures grecques à Rome.
70. Néron est l’homme des appropriations abusives : XXXIV, 48, 63, 82, 84. Voir aussi 166 : Nero,
quoniam ita placuit dus, princeps... Pline, historien, dans son œuvre A fine Aufidii Bassi, se montrait,
on le sait, profondément antinéronien, et le jour fâcheux qu’il jeta sur le règne et l’action de cet
empereur a eu, à n’en pas douter, une grande influence sur plusieurs écrivains postérieurs, dont
Tacite, Suétone et Dion Cassius. Cf. E. Ciaceri, Claudio e Nerone nelle storie di Plinio, dans Processi
politici e relazioni internazionali, 1918, p. 387 sq., et A. Momigliano, Osservazioni per la storia dei regni
di Caligula, Claudio e Nerone, dans Accademia Nazion. dei Lincei, Rendiconti, 6 e série, 3, 1932, p. 327 sq.
71. Cf. R. Ε., XXI, 1, 1951, col. 401, 28.
72. XXXIV, 79. Cf. F. Coarelli, Il complesso Pompeiano del campo Marzio e la sua decorazione scultorea,
dans R. P. Α. Α.. 44. 1971-1972, p. 103, n. 19.

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


105

73. Par exemple XXXVI, 13 (tout aussi abusive) : et omnibus fere quae fecit Divus Auguslus. Cf. L.
Urlichs, dans Rh. Mus., 1889, p. 487.
74. Cf. le commentaire de Blake et Sellers, op. cit., p. 71, et de S. Ferri, op. cit., p. 105.
75. XXXIV, 7. On notera l’insistance, rare chez Pline, sur la correspondance entre le comput
olympiadique et le calcul des dates i partir de la fondation de Rome. Cf. H. Gallet de Santerre, op.
cit., p. 15, 44, n. 1 et 173. (Autre exemple au paragraphe 49, pour un autre commencement
« important », celui de la grande période classique, marquée par le floruit de Phidias.)
76. H. Gallet de Santerre, op. cit., p. 173-174.
77. Ibid., p. 45.
78. Le « grand art » s’est développé de la 83e olympiade à la 121e (XXXIV, 49-52).
79. Le plus ancien, B, donne une lecture fautive ; les manuscrits du XIe au XIIIe siècle proposent :
CLVI (cf. l’apparat critique de H. Le Bonniec, op. cit., p. 110).
80. F. Münzer, loc. cit., p. 538 sq.
81. Tite-Live, 39, 6, 7 ; Polybe, 31, 25, 3.
82. Salluste, De coniurat. Catilinae, XI, 6.
83. Cf. J. Marcadé, op. cit., p. 494 sq. ; 0. Gigon, dans Aufstieg und Niedergang der Römischen Welt,
Berlin-New York, I, 4, 1973, p. 226 sq.
84. F. Coarelli, L’« ara di Domizio Enobarbo » e la cultura artistica in Roma nel II sec. A. C. (extrait de D.
D. Α., III, 1968), p. 42 sq.
85. XXXIV, 52, 91, 80 ; XXVI, 35. Sur l’activité de ces artistes à Rome et leur chronologie relative,
cf. en dernier lieu F. Coarelli, op. cit., dans Studi Miscellanei, 15, 1970, p. 77 sq.
86. C. Robert, dans R. Ε ., IV, 2, 1901, col. 2077 sq., datait encore cet artiste, fréquemment
mentionné par Pausanias, du IIe·siècle après J.-C. Voir la mise au point de D. Mustilli, dans Ε. Α. Α.,
II, 1959, p. 999 sq. La récente attribution des sculptures de Lycosoura à l’époque hadrianique, à la
suite d’un sondage effectué sous la base de la statue cultuelle (E. Levy, dans B. C. H., 1967, p. 518
sq.), pose de sérieux problèmes d’ordre méthodologique. Cf. à ce sujet, F. Coarelli, loc. cit., dans D.
D. Α., III, 1968, p. 66, n. 205, et J. Marcadé, dans Grèce hellénistique (op. cit.), p. 333.
M. Bieber, dans A. J. Α., 45, 1941, p. 94-95, a rappelé le rôle prépondérant sans doute joué par
Damophon dans les restaurations consécutives à une série de tremblements de terre. Elle va
même jusqu’à imaginer que l’année 156 choisie par Pline pour la c renaissance » serait celle de la
nouvelle dédicace du temple de Zeus à Olympie et de la nouvelle consécration de la fameuse
statue de Phidias remise en état par cet artiste. La difficulté tient précisément au fait que, dans
cette perspective, on ne comprend plus pourquoi Damophon n’est pas mentionné par le
Naturaliste.
87. XXXIV, 52 : longe quidem infra praedictos, probati tamen...
88. Pour la classification des artistes, cf. S. Ferri, op. cit., p. 18.
89. Sur l’hepatizon, cf. XXXIV, 8.
90. XXXIV, 5.
91. XXXIV, 45-46. Cette décadence de l’art est à rapprocher de celle de la médecine (XXXIV, 108) :
comme les bronziers incapables de couler correctement le métal, les médecins ne savent plus
conficere medicamina. Sur les rapports de l’are (τέχνη) avec la scientia (ἐπιστήμη, γνῶσις) chez
Pline, cf. S. Ferri, dans Opuscula, Florence, 1962, p. 149.
92. Ainsi le thème des mirabilia, important surtout dans les domaines de la botanique et de la
pharmacopée (cf. J. André, introduction au livre XIX, p. 10), a aussi des incidences sur le
classement et la hiérarchie des œuvres d’art. C’est à lui qu’on doit, au livre XXXIV, les mentions
concernant les « colosses » qui mettent en honneur l’école rhodienne, apparentée à l’école de
Pergame. Voir supra, p. 296 et n. 4.
93. P. Gros, loc. cit., dans Latomus, 34, 1975, p. 989 sq.

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


106

94. La seule source textuelle concernant Hermogénès est Vitruve, III, 2, 6 ; III, 3, 9 ; IV, 3, 1 ; VII,
praef., 12.
95. A. Von Gerkan, Der Altar des Artemistempels zu Magnesia am Mäander , dans Studien sur
Bauforschung, I, Berlin, 1929, p. 22 sq.
96. P. Herrmann, Antiochos der Grosse und Teos, dans Anatolia, 9, 1965, p. 32 sq.
97. Cf. W. Hoepfner, Zum ionischen Kapitell bei Hermogenes und Vitruv, dans A. M., 83, 1968, p. 213 sq.
98. Comme le voulait A. Von Gerkan, dans Von antiken Architektur und Topographie, Stuttgart, 1959,
p. 97 sq.
99. Marquée par l’installation solennelle de l’idole dans son nouveau παρθένων (inscription n°
100 a de O. Kern, Inschriften von Magnesia am Mäander, Berlin, 1900).
100. Cf. P. Gros, Le dossier vilruvien d’Hermogénès, dans M. E. F. R. Α., 90, 1978. Sur les conséquences
de la bataille de Magnésie du Sipyle, cf. A. Aymard, Du nouveau sur Antiochos III, dans Études
d’histoire ancienne, Paris, 1967, p. 220 sq., et E. van Hansen, The Attalids of Pergamon, Londres, 1971,
p. 86 sq.
101. M. E. F. R. Α., 90, 1978, sous presse.
102. Sur Pythéos, cf. Vitruve, I, 1, 12 ; I, 1, 15 ; IV, 3, 1 ; VII, praef., 12.
103. Cf. Aurea Templa (op. cit.), p. 106 sq.
104. C’est alors que prennent forme, à Teanum, à Pietrabbondante, puis à Praeneste les grandes
compositions monumentales (sanctuaires à terrasse, théâtres-temples) dont l’architecture
impériale retiendra la magistrale leçon.
105. Vitruve, VI, praef., 5 et 6. Cf. S. Ferri, Vitruvio, Rome, 1960, p. 220.
106. VII, 5, 3.
107. VII, 5, 7.
108. VII, 5, 3. Vitruve refuse, dans le même esprit, les rinceaux peuplés (non minus coliculi
dimidiata habentes sigilla alia humanis, alia bestiarum capitibus), dont les premières apparitions
datent de l’époque triumvirale ou du début du règne d’Auguste (rinceaux de la frise du théâtre
d’Arles). Cf., en dernier lieu, E. Will, dans Le temple de BU à Palmyre, Paris, 1975, p. 209.
109. VII, 5, 2. Sur la signification de ce souci de retour aux normes de la première période
hellénistique, cf. W. Alzinger, Augusteische Architektur in Ephesos, Vienne, 1974, p. 103.
110. G. Roux, La terrasse d’Attale à Delphes, dans B. C. H., 76, 1952, p. 141 sq. (particulièrement p. 182
sq.).
111. V, 9, 1.
112. Cf. Latomus, 34, 1974, p. 986 sq.
113. Ars poetica, v. 14-18.
114. Cf. P. Grimai, Essai sur l’Art poétique d’Horace , Paris, 1968, p. 57 sq. Cela n’empêche pas
l’Horace des Odes, et même des Satires, d’apparaître, à bien des titres, comme l’héritier de Catulle
et de Calvus. Cf. D. Gagliardi, Orazio e la tradizione neoterica, Naples, 1971, p. 99 sq.
115. Avec le retour à la grande épopée et la recherche de cautions architecturales plus
« classiques », cette dernière illustrée par l’ordonnance et le décor du temple de Mars Ultor (cf.
Aurea Templa, op. cit., p. 229 sq.).
116. Cf. H. Gallet de Santerre, op. cit., p. 43 sp.
117. Cf. pour la fin du IIe siècle et le début du Ier, Les premières générations d’architectes hellénistiques
à Rome, dans Mélanges Heurgon, Rome, 1976, p. 387-410. Sur l’éclectisme de la fin du Ier siècle dans
ce domaine des arts plastiques et sur la composition du cercle intellectuel et artistique qui
entoure le jeune Octave pendant son accession au pouvoir, cf. en dernier lieu J.-Ch. Balty, Notes
d’iconographie julio-claudienne ; IV : M. Claudius Marcellus et le « type Β » de l’iconographie d’Auguste le
jeune, dans Antike Kunst, 20, 1977, p. 102 sq., et particulièrement p. 111 sq.
118. Voir, par exemple, A. Aymard, Deux anecdotes sur Scipion Émilien , dans Études d’histoire
ancienne, Paris, 1967, p. 396 sq.

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


107

119. C’est ce qui ressort nettement du livre de E. Cizek, L’époque de Néron et ses controverses
idéologiques, Leyde, 1972 (= Roma Aeterna IV), p. 267 sq., 284 sq. et 358 sq.

AUTEUR
PIERRE GROS
Maître de conférences à l’Université de Provence

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


108

Le dossier vitruvien d’Hermogénès


Mélanges de l'École française de Rome. Antiquité, 90, 1978, p. 687-703

Pierre Gros

1 Dans le débat où s’opposent, pour la définition de la période d’activité d’Hermogénès, les


partisans d’une chronologie haute et ceux d’une chronologie basse, il semblerait de bonne
méthode de ne négliger aucun indice1. La plupart des historiens de l’architecture
admettent pourtant comme un postulat indiscutable qu’on ne saurait rien tirer sur ce
point précis de l’unique source textuelle dont nous disposons : les cinq brèves notices où
Vitruve évoque le nom, l’œuvre et les principes de celui qu’il revendique comme son
maître2. Seul compte à l’ordinaire le dossier épigraphique, moins explicite, mais plus
facile, du moins théoriquement, à situer dans son contexte. Là encore des a priori divers
nuisent à une saine approche du problème : les inscriptions les plus anciennement
connues passent pour avoir été exploitées de façon définitive par A. von Gerkan3 ; celles
qui furent découvertes au cours de l’avant-dernière décennie4 ne sont prises en
considération que pour autant qu’elles corroborent les datations fondées sur des critères
stylistiques. On assiste ainsi à une étonnante entreprise de réduction, chacun ne retenant
de l’épigraphie que ce qui est susceptible d’étayer ses conclusions, ou essayant d’en
gauchir globalement les données dans un sens précis, sans reprendre vraiment le détail
de la question5.
2 C’est ce que nous voudrions faire ici, en essayant d’intégrer à notre réflexion les
indications fournies par le De architectura, qui s’avèrent à l’examen moins légères qu’on ne
l’a dit parfois pour l’appréciation de la période d’activité du grand architecte ionien.
L’entreprise vaut d’être tentée, car il est certain que le flottement de la chronologie des
constructions d’Hermogénès est à la fois cause et conséquence de la relative ignorance où
nous sommes de l’évolution de l’architecture ionique d’Orient aux IIIe et IIe siècles av. J.-C.6
. Si l’on parvenait un jour à caler de façon satisfaisante, à partir de critères indiscutables,
ces pivots que sont les temples de Dionysos à Téos, de Zeus Sosipolis et d’Artémis
Leucophryène à Magnésie du Méandre, un progrès sensible serait enregistré dans notre
connaissance de cette période.

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


109

3 Rappelons d’abord comment se répartissent les principales hypothèses7 : l’éditeur des


inscriptions de Magnésie, puis les fouilleurs du même site8, se sont accordés au début de
ce siècle sur une datation haute, qui plaçait la dédicace de l’Artémision entre 206 et 203
av. J.-C. Ils s’appuyaient pour cela sur l’inscription n° 16 du recueil de Kern, qui rappelle
les circonstances de la fondation de la fête en l’honneur d’Artémis Leucophryène, divinité
dont une apparition miraculeuse, une épiphanie, se produisit en 221-2209 ; l’oracle de
Delphes consulté sans retard recommanda aux Magnésiens d’organiser des
« Leucophryena », auxquelles devraient participer les Grecs d’Asie, les κατοικοῦντες τὴν
’Aσίαν10. On institua donc des jeux, mais l’invitation lancée par la cité ne rencontra aucun
succès, car les prix proposés, sans doute des couronnes de laurier, parurent trop
symboliques à des gens habitués depuis longtemps à ne concourir que pour de l’argent 11.
4 C’est seulement sous le stéphanèphore Moiragoras, en 206, que, des prix d’or ayant été
offerts aux concurrents, les envoyés des Magnésiens rencontrèrent plus d’audience12 ;
selon toute vraisemblance les premiers grands jeux purent être organisés en 203-202 13.
Pour Kern la reconstruction du sanctuaire se situerait au cours de cette période : bien que
l’inscription n’en dise rien, on dut faire coïncider la dédicace du nouveau temple avec les
premières « Leucophryena ». A. von Gerkan a évidemment raison de trouver étrange
qu’une opération architecturale aussi importante pour la cité, et aussi coûteuse pour les
citoyens, n’ait laissé aucune trace dans ce texte officiel14 ; le fait qu’il soit tronqué ne
suffit pas à accréditer l’idée que la mention du temple, non nécessaire dans les lettres et
décrets du document de fondation des jeux, se trouvait rejetée dans les toutes dernières
lignes de l’inscription15. Comme le rappelle opportunément A. Yaylali, l’édifice, s’il avait
été reconstruit à cette occasion, n’eût pas manqué d’être lié au déroulement des
cérémonies16 ; c’est ce qu’atteste d’ailleurs une inscription similaire (n° 215) où une
épiphanie de Dionysos a pour conséquence immédiate la consécration d’un temple à cette
divinité17.
5 Kern cependant trouvait une confirmation de son analyse dans une inscription de Téos,
datée de 193, qui revendiquait, par l’envoi de Théores, la reconnaissance de l’Asylie pour
le sanctuaire dionysiaque de cette ville18. Comme il tirait de cette indication un terminus
ante quem pour l’achèvement du temple, le second que Vitruve attribue à Hermogénès, il
s’estimait autorisé à situer l’activité de l’architecte à la fin du IIIe siècle et au début du IIe19.
A. Von Gerkan devait, dans une étude approfondie parue en 1929, porter un coup fatal à
ces déductions, assez peu fondées, il faut le reconnaître20. L’examen comparatif de l’autel
monumental de l’Artémision, contemporain du temple lui-même, le conduisait à définir
une période de construction entre 140 et 130 av. J.-C, et d’autre part une réévaluation des
données épigraphiques l’amenait à dater des années 130-129 la consécration du temple
lui-même21. Il est difficile de démêler ce qui pesa le plus lourd, dans l’esprit de l’éminent
savant, des considérations stylistiques ou de la conviction tirée de l’analyse des textes,
mais il est certain que cette dernière ne contribua pas peu à faire pencher la balance vers
la seconde moitié du siècle. Cette date décisive, déduite des inscriptions 100 a et b du
recueil de Kern, ne sera plus jamais discutée, même par ceux, assez rares, qui essaieront
de sauver la chronologie haute d’Hermogénès22 ; ils se livreront à diverses acrobaties pour
rendre compte d’une dédicace aussi tardive, et éviter de postuler, pour l’architecte, ce
que W. Hoepfner appelle plaisamment « ein Methusalem – Lebensalter »23. Quant à ceux,
très nombreux, qui se rallieront à l’hypothèse basse, et particulièrement les archéologues
qui s’attacheront à l’analyse des frises de Téos et de Magnésie, ils ne cacheront pas le rôle
joué dans leur appréciation par le dossier épigraphique, tel que von Gerkan l’avait

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


110

présenté24. Le seul qui date de la fin du IIe siècle la frise de l’Artémision, sans se référer à
ces données, est Krahmer, dont l’étude était publiée en 192525.
6 Il est indéniable que l’inscription 100 a, qui contient le décret définissant les modalités de
la cérémonie de la καθίδρυσις, c’est-à-dire de l’installation solennelle de l’idole cultuelle
d’Artémis, le ξόανον, dans son sanctuaire, le Παρθενών, dont on précise qu’il vient d’être
reconstruit, est le texte fondamental autour duquel doit s’articuler toute tentative de
datation26. Elle évoque à la fois l’achèvement et la consécration de l’Artémision.
L’inscription 100 b, qui était gravée à côté, réactive en quelque sorte les cérémonies
annuelles, au jour anniversaire de cette consécration, en rappelant, sur un ton assez vif,
les habitants de Magnésie à leurs devoirs à l’égard de la grande déesse 27.
7 Or dans ce deuxième texte, dont l’écriture, selon Kern, est celle de la seconde moitié du IIe
siècle, Artémis est dotée d’une épithète honorifique, Nikèphoros28. L’idée d’A. von Gerkan
est que cette victoire, imputée à l’action bienfaisante de la divinité, ne peut être que celle
des années 130-129, remportée par Perperna et Aquilius sur les révoltés pergaméniens
conduits par Aristonikos. Dans un premier temps, le savant germanique, admettant
l’exacte contemporanéité des deux inscriptions, déduisit automatiquement, de cette
identification de l’événement, évoqué par le nouveau nom de la déesse, la date de la
consécration de son temple29.
8 Mais toute difficulté n’était pas levée pour autant, et l’on s’aperçut même assez vite que
ce choix chronologique posait plus de problèmes qu’il n’en résolvait. Le mérite revient à
W. Hahland de les avoir énoncés le premier30. Dans la perspective d’une activité toute
entière située dans la seconde moitié du IIe siècle, il est pratiquement impossible de faire
place au temple de Zeus Sosipolis, que tout cependant désigne, bien que Vitruve ne le lui
attribue pas nommément, comme une création d’Hermogénès : c’est à vrai dire le seul
édifice qui réponde exactement aux normes du fameux rythme eustyle, élaboré par cet
architecte ; il présente un rapport E/D (où E est l’entrecolonnement et D le diamètre
inférieur de la colonne) égal à 2, 25, et une hauteur de colonne égale à 9, 5 D31. G. Gruben,
E. Akurgal, R. Martin ont tous confirmé récemment le caractère hermogénien de ce
temple, qu’on ne peut séparer, stylistiquement et chronologiquement, de l’Artémision32.
A. von Gerkan avait déjà eu du reste la même intuition. L’inscription n° 98 du recueil de
Kern, qui énonce le décret de fondation de la fête de Zeus Sosipolis, est daté des années
197-196 par le nom de son stéphanèphore, cet Aristeus fils de Démétrios, qui apparaît sur
une inscription de Milet présentant le texte du traité de paix signé entre cette ville et
Magnésie à l’automne 19633. A von Gerkan considérait avec raison que ce cognomen très
flatteur de sauveur de la cité, qui faisait de Zeus une véritable divinité poliade, ne pouvait
lui avoir été attribué que lors de la conclusion de ce conflit, où Philippe V était
vigoureusement intervenu en faveur de Magnésie34.
9 Ajoutons que la mention d’une tribu portant le nom d’Attale (φυλῆς προεδρευούσης
’Aτταλίδος35) est caractéristique des années de transition entre la fin du IIIe siècle et le
début du IIe : à Athènes, c’est en 200 av. J.-C. que le premier roi de Pergame devient
éponyme d’une tribu36 ; c’est en 198 que les habitants de Sicyone lui élèvent des statues et
lui votent des sacrifices annuels37, etc...
10 Or il est indiqué, au terme du décret magnésien n° 98 : τò δὲ ψήφισμα τóδε ἀναγράψαι
τοὺς οἰκονόμους εἰς τò ἱερòν τοῦ Διòς εἰς τὴν παραστάδα38.
11 Le sens du mot parastas n’offre pas ici de difficulté : si l’on peut, en principe, hésiter entre
un pilastre, engagé ou non, et une ante39, c’est la seconde acception qui doit être retenue

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


111

en l’occurrence, puisque l’inscription a été retrouvée près de l’ante N-O du temple de


Zeus40. En tout cas une telle indication laisse à penser que le temple en question était, ou
construit, ou en voie d’achèvement en 196, et cette date apparaît donc comme un terminus
ante quem difficilement récusable41.
12 Ce n’est pas évidemment l’avis de von Gerkan qui, se refusant à maintenir une telle
distance entre le premier et le second des deux édifices hermogéniens de Magnésie,
imagina, dans une lettre inédite à laquelle A. Yaylali se réfère, que l’inscription avait pu
être transportée d’une construction plus ancienne sur l’ante de l’actuel temple de Zeus42 ;
il émettait de surcroît des doutes sur l’adéquation des dimensions de la pierre inscrite à
celles de l’ante de l’édifice – doutes qu’il est facile de lever en comparant les indications
chiffrées fournies par O. Kern d’une part, et par les auteurs de l’étude architecturale, de
l’autre43.
13 Sans parler des réserves d’ordre méthodologique que suscitent de telles réactions44, la
valeur intrinsèque du pivot fourni par l’inscription n° 98 s’est trouvée singulièrement
renforcée par les découvertes effectuées à Téos en 1963-64. Une inscription mise au jour
par les équipes turques et publiée par P. Herrmann offre un intérêt primordial pour notre
propos45 : il s’agit d’un décret d’Antiochos III concernant les « technitai », ces acteurs
dionysiaques dont la confrérie avait son siège à Téos ; le texte évoque la ϰαθίδρυσις des
statues d’Antiochos et de Laodiké comme σύνναοι θεοί dans le temple de Dionysos, et l’on
ne manque pas de spécifier qu’il doit être gravé, cette fois encore : εἰς τὴν παραστάδα τοῦ
νεὼ τοῦ Διονύσου 46. Or l’inscription ne peut être postérieure aux années 204-203 av. J.-C. :
c’est le seul moment où puisse avoir lieu le voyage d’Antiochos dans cette région ;
revenant alors de sa campagne orientale, il s’apprête à descendre vers l’Égypte.
Philopator est mort à l’automne de 204, et il convient, pour le roi de Syrie, que d’ailleurs
un traité secret va lier à Philippe, de mettre à profit les troubles qui agitent le royaume
des Lagides47. D’autres textes retrouvés en Grèce, où il est question du droit d’Asylie
concédé par Antiochos le Grand à Téos sont datés de la même période par le nom des
stratèges étoliens48.
14 Se pose d’emblée en face d’un tel document le problème de l’identité du temple en
question : Herrmann, sans méconnaître l’existence de la construction d’Hermogénès,
refuse de trancher, peu soucieux en réalité d’aborder une question étrangère à
l’orientation de sa recherche. Mais W. Hoepfner, quelques années plus tard, considérait
que cette mention épigraphique ne pouvait concerner que le temple hermogénien évoqué
par Vitruve49.
15 Quels arguments lui a-t-on opposés ? E. Akurgal, qui retient, dans son système
chronologique, une date des environs de 130 av. J.-C. pour là consécration de ce
sanctuaire de Téos, imagine que la construction en fut tellement différée par rapport au
moment de la gravure de l’inscription, que les pierres du décret ne furent jamais mises en
œuvre, du moins à l’endroit spécifié dans le texte50. Il y a là, on doit en convenir, une
hypothèse peu contraignante, et le fait que les fragments épigraphes aient été retrouvés
dans le mur du téménos, à une trentaine de mètres de l’aedes, ne prouve pas qu’ils ne lui
aient jamais appartenu, car ce temple a subi à l’époque impériale d’importantes
restaurations51. Il paraît à vrai dire peu vraisemblable – et la remarque revêt un caractère
général que les épigraphistes ne contesteront pas – que ces ψηφίσματα, gravés avec tant
de soin sur l’ordre des Bouleutes, datés par la mention des stéphanèphores, mis en place
le plus souvent par des architectes52, puissent ainsi être laissés en attente, et échapper
pendant des années à la publicité pour laquelle ils sont expressément faits. La solution de

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


112

bon sens, qui d’ailleurs n’est jamais mise en doute à l’ordinaire53, c’est d’admettre que
l’indication précise de l’endroit où doit être « affiché » un décret, s’applique forcément à
un support architectural réel et non virtuel. Toute autre hypothèse relève de la fiction ou
du désespoir.
16 Il est possible cependant, et l’argument offre déjà plus de poids, de supposer que l’édifice
mentionné dans l’inscription est antérieur à l’époque présumée d’Hermogénès : c’est ce
que suggérait déjà A. von Gerkan pour le temple de Zeus Sosipolis à Magnésie ; c’est ce
que postulent, pour le temple de Dionysos à Téos, R. Horn et A. Yaylali 54. Mais la difficulté,
dans le cas du sanctuaire dionysiaque, c’est que les vestiges ont été fouillés, par les
équipes de Laumonier d’abord, par les archéologues turcs ensuite, et que l’absence de
toute construction antérieure aux ruines d’époque hellénistique et impériale semble bien
établie55.
17 Une lecture sans préjugés de l’inscription n° 98 de Magnésie et de l’inscription nouvelle
de Téos impose donc les dates respectives de 197 et de 204, pour l’achèvement de deux
des temples principaux d’Hermogénès. Et c’est bien en réalité le verrou inférieur, cette
dédicace des années 130-129 pour l’Artémision, qui pose un problème. On notera d’abord
que les nos 100 a et b du recueil de Kern, quoique très voisins quant à leur texte, ne
peuvent être contemporains. A. von Gerkan a reconnu lui-même son erreur à ce sujet
dans une lettre manuscrite déjà citée56. Mais après avoir convenu de la nécessité de
dissocier les deux inscriptions, il s’efforce de réduire à rien, quelques années tout au plus,
le laps de temps qu’il accepte de mettre entre elles57.
18 Sans aller jusqu’à évaluer, avec Hahland, une distance de 75 ans, il faut imaginer
cependant un intervalle nécessaire pour que la fête anniversaire de la ϰαθίδρυσις ait eu le
temps d’être un peu oubliée, et qu’on éprouve à ce sujet le besoin d’un rappel à l’ordre 58.
Aux lignes 19-21 de 100 b il est d’ailleurs question, comme d’un ψήφισμα nettement
antérieur, du décret promulgué sous le stéphanèphore Polykleidès (inscription 100 a) 59 ;
de surcroît, détail de nomenclature qui a son importance, les cérémonies sont appelées
Ίσιτήρια dans le premier texte et ’Εισιτήρια dans le second60. Enfin l’épithète Nikèphoros
n’apparaît, nous l’avons dit, qu’en 100 b.
19 Mais que signifie, historiquement, ce cognomen, et à quel événement précis est-il légitime
de le rattacher ? O. Kern, avec une prudence peut-être excessive, ne voulait en tirer aucun
indice61. Il est certain qu’en revanche l’hypothèse de A. von Gerkan, acceptée par tous les
exégètes postérieurs, ne manque pas d’ingéniosité : la victoire de Perperna fut célébrée à
Pergame par des jeux solennels, auxquels Rome convia toutes les cités voisines 62 ;
Magnésie ne pouvait certes s’y dérober, mais se sentait-elle suffisamment concernée par
cette défaite d’Aristinonikos, ou la pression du vainqueur fut-elle assez forte, pour qu’elle
en vînt à modifier le nom de sa divinité tutélaire ? Il est permis au moins de se poser la
question. Un événement antérieur pesa plus lourd dans son destin, c’est la bataille de
Magnésie du Sipyle, en 190, et le traité d’Apamée qui suivit, en 18863. La cité du Méandre
partagea à coup sûr la joie et l’enthousiasme qui s’emparèrent alors du royaume
d’Eumène, et il n’est pas absurde de penser que c’est à l’imitation de l’Athéna de Pergame,
alors comblée d’honneurs, que l’Artémis locale devint Nikèphoros64. On se souviendra que
la participation effective des Magnésiens à la victoire sur Antiochos, et leur valeur en
cette circonstance, furent reconnues officiellement peu de temps après, sans doute en
186, par Scipion, qui, au dire de Tacite, leur accorda, à titre de récompense, l’inviolabilité
pour leur Artémision65. Ajoutons que, à moyen terme, la nouvelle situation issue de cette
victoire devait s’avérer avantageuse pour Magnésie, puisque, malgré son appartenance au

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


113

royaume de Pergame, la ville n’eut plus, après 188, à demander au Roi l’autorisation
d’organiser ses Leucophryena, et qu’elle pouvait adresser directement aux autres cités les
invitations à ces jeux solennels66. On admettra donc comme vraisemblable l’idée que
l’épithète Nikèphoros de l’inscription 100 b commémore l’épisode de 190, ce qui
n’implique pas que le texte soit immédiatement postérieur à cette date : il peut avoir été
composé nettement plus tard, le cognomen divin s’étant sans doute conservé pendant
quelques décennies. Mais corollairement il faudrait considérer que l’inscription 100 a, qui
ne le comporte pas, est antérieure à 190, ce qui cadrerait beaucoup mieux avec la
chronologie suggérée par l’épigraphie pour les deux autres sanctuaires. Si l’on examine
attentivement la partie de 100 a consacrée à l’achèvement de l’Artémision, on constate en
fait que plusieurs indices s’accordent avec l’hypothèse d’un terminus ante quem situé au
début du IIe siècle : ἐπειδή θείας ἐ πιπνοίας ϰ αì παραστάσεως γενομένης τῶι σύνπαντι
πλήθει τοῦ πολιτεύματος εἰς τὴν ἀ ποκατάστασιν τοῦ ναοῦ συντέλειαν εἴληφεν ὁ [Π]
αρθενὼν τῆι [ϰ]ατὰ μέρος ἐπαυξήσει τῶν ἔργων ϰαì μεγαλοπρεπείαι πλεῖστον διαφέρων
τοῦ ἀπολειφθέντος ἡμῖν τò παλαιόν ὑπò τῶν προγόνων...
20 « Puisque, l’inspiration et la présence de la déesse s’étant manifestées à l’égard de
l’ensemble du corps des citoyens en faveur de la reconstruction du temple, le Parthénon
est parvenu à son terme, sous une forme sensiblement différente, par l’augmentation
partielle de la masse construite, et sa magnificence, de celui qui nous a été légué autrefois
par nos ancêtres... »67.
21 Ce qui apparaît d’abord dans ces formules d’introduction, c’est le lien étroit maintenu
entre les épisodes religieux de la fin du IIIe siècle – épiphanie et oracle delphique – et la
restauration du sanctuaire. Comme le notait déjà O. Kern, l’expression θεῖα ἐπίπνοια
suggère immanquablement pour les Magnésiens ces manifestations sensibles de l’action
et de la volonté de leur déesse, qui ne devaient donc pas remonter à un passé trop
lointain68. Ce qui en revanche est présenté comme très ancien, c’est le temple qui
précédait celui qu’on inaugure ; il représentait, lui, un vestige d’autrefois – τò παλαιòν –
on le rappelle avec insistance. Sans doute n’avait-il pas changé d’aspect depuis l’époque
où Thémistocle, dans les années 470-460, achevait sa vie en exil à Magnésie 69. En l’absence
de toute restauration intermédiaire, il est difficile d’imaginer qu’on ait attendu la fin du II
e siècle, pour remettre en état un sanctuaire aussi vétuste, qui devait jouer un rôle

important dans le déroulement des Leucophryena. Enfin la consécration de la cella


marque sans doute le terme des travaux, qui doivent donc tous se situer dans la période
précédant la rédaction du décret. Sans remonter, comme le suggère O. Kern, jusqu’au
début du dernier quart du IIIe siècle pour placer la mise en chantier du nouveau temple, il
est raisonnable de penser aux alentours des années 20070.
22 Que peut-on attendre, sur ces divers points, du dossier vitruvien ? Un élément négatif,
d’abord : la plupart des manuels et ouvrages spécialisés présentent Hermogénès comme
un architecte d’origine alabandienne. C’est même sous le nom d’Hermogénès d’Alabanda
qu’on le connaît généralement71. Le seul texte sur lequel se fonde cette dénomination a
été en réalité mal lu et mal interprété, c’est la notice du De architectura, III, 2,6. La leçon
retenue par les éditions les plus récentes est celle-ci : huius exemplar Romae non est, sed
Magnesiae Dianae Hermogenis Alabandei et Apollinis a Menesthe facto.72. L’adjectif Alabandei,
formé sur le nom de, ville Alabandus, est un ethnique, et désigne Hermogénès comme un
citoyen de cette cité. Mais alors il faut en tirer les conséquences au niveau de la
traduction – et de l’archéologie. On ne peut en effet que comprendre : « Il n’existe pas à
Rome d’exemple de ce type (il s’agit du temple pseudodiptère), mais, à Magnésie, on

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


114

trouve le temple de Diane d’Hermogénès d’Alabanda, et celui d’Apollon construit par


Ménesthès ». Le sens obtenu est fâcheux, car il oblige à déplacer le temple apollinien
d’Alabanda à Magnésie73. En bonne logique, si l’on admet qu’Hermogénès est alabandien,
il faut admettre aussi que l’édifice de Ménesthès est magnésien !
23 Les manuscrits, pour peu qu’on ne les modifie pas abusivement, permettent de lever cette
aporie. Une première famille présente la leçon Alabandi74. C’est la seule lecture qu’on
puisse accepter, la leçon de l’autre famille, Alabarinthi, étant le résultat d’une altération 75 ;
sur certains de ces derniers, d’ailleurs, le mot a été raturé et on lui a substitué Alabandi 76.
Ce terme est une forme de locatif, attestée chez Cicéron77, et il désigne dans le texte de
Vitruve l’endroit où se trouve le second temple. Si, en fait, nous mettons en série les
notices où cet auteur présente, pour illustrer ses schémas théoriques, des exemples de
constructions situées hors de Rome, on constate qu’il procède toujours selon l’ordre
suivant : localisation, désignation de l’édifice, et éventuellement nom de l’architecte.
Ainsi dans le passage qui suit immédiatement, en III, 2, 7 : et Ephesi Dianae ionica a
Chersiphrone constituta ; ou en III, 3, 8 : sed in Asia Teo hexastylon Liberi Patri.
24 Dans ces conditions la phrase de III, 2,6 se traduit ainsi : « ... mais on trouve à Magnésie le
temple d’Hermogénès, ainsi qu’à Alabanda celui d’Apollon construit par Ménesthès ». Il
n’est même pas besoin, pour aboutir à ce sens, de transformer le et placé après Alabandi en
etiam, comme le voulaient Rose et Müller-Strübing 78. L’index de Nohl fournit plusieurs
exemples de cet emploi postposé de la coordination simple chez Vitruve79 ; sans changer
de chapitre, on en trouve un en III, 2,8 : sed Athenis hexastylos et templo Olympio 80. Il n’est
pas indifférent de rappeler que Marini, dans son édition de 1836, sans avoir les preuves
codicologiques de ce qu’il avançait, proposait déjà un Alabandis, forme d’ablatif pluriel à
valeur de locatif81, obtenant ainsi une signification plus satisfaisante que celle des
éditeurs récents, influencés par les conjectures parfois abusives de Krohn82.
25 La seule source littéraire qui parle d’Hermogénès ne nous livre donc aucune indication
sur son origine. Retrouvent dès lors quelque poids les assertions anciennes de Kern et de
Fabricius, qui faisaient venir l’architecte de Priène83. Deux arguments au moins en faveur
de cette hypothèse. D’abord la dédicace n° 207 de la série des inscriptions de Priène 84 :
[’Aγαθῆι Τ]ύχηι- ἐπì. στεφα[νηφόρου] ‘Hρέου, μηνòς Ληνοαῶνος, [ἀνέθη]ϰεν ‘Ερμογένης
‘Aρπάλου τοῦ [νεὼ] ὑπογραφήν, ἢν ϰαì ἠργολάβησεν.
26 Voilà donc un personnage nommé Hermogénès, dont l’ethnique n’est pas mentionné, et
qui est sans doute de ce fait un citoyen de la ville. Il offre à la déesse de la Bonne Fortune
une esquisse, peinte sur bois ou sur parchemin, comme ces exemplaria picta, dont parle
Vitruve85, d’un édifice dont il a assuré la construction en tant qu’entrepreneur. Le verbe
ἐργολαβεῖν doit être en effet entendu, dans ce contexte, comme il l’est sur les inscriptions
de Délos ou d’Épidaure, où il signifie entreprendre à forfait, exécuter un contrat 86. Une
malencontreuse lacune ne permet pas de dire avec certitude quel était le monument
représenté ; l’éditeur restitue νεώ en fonction de l’espace disponible. Comme la dédicace
se situe au mois de Ληναιών, on est tenté de songer à un temple de Dionysos, mais c’est
évidemment hasarder beaucoup. Les critères paléographiques, selon Hiller Von
Gärtringen, évoquent le début du IIe siècle.
27 A cette présomption, encore assez fragile, s’ajoute le fait que, entre Pythéos et
Hermogénès, la parenté est très nette. Sans entrer ici dans le détail des analyses
planimétriques et stylistiques, rappelons que les proportions et rapports entre cella et
péristasis dans le pseudodiptère, tel que les codifie Hermogénès, sont directement dérivés

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


115

du schéma du périptère, tel que Pythéos l’a défini au temple d’Athéna87. Quant aux
chapiteaux hermogéniens, W. Hoepfner, après H. Drerup, a montré tout ce qu’ils devaient
aux chapiteaux de Pythéos88. Hermogénès apparaît à bien des égards, non pas comme un
épigone, car ce fut un véritable créateur, mais comme un maître de la même tradition que
le grand architecte tardo-classique de Priène.
28 La deuxième donnée vitruvienne, plus positive celle-là, est contenue dans les notices
consacrées au temple de Dionysos à Téos. En III, 3,8, Vitruve nous apprend qu’il s’agit
d’un temple hexastyle eustyle89 ; en VII, praef. 12, il précise qu’Hermogénès en est
l’architecte et qu’il a laissé un traité sur cet édifice90 ; en IV, 3,1, il évoque un temple de
Dionysos, dont Hermogénès prend l’initiative de changer l’ordre : nam is (sc. Hermogenes)
cum paratam habuisset marmoris copiam in doricae aedis perfectionem, commutavit ex eadem
copia et eam ionicam Libero Patri fecit. Nous conservons ici le texte de Rose et Müller
Strübing, plus fidèle aux indications des manuscrits91, en sous-entendant, après
commutavit, aedem, ou mieux symmetriam, sur le modèle de V, 1,4 92, et nous traduisons :
« En effet, alors qu’il aurait pu avoir à sa disposition une provision de marbre toute
préparée pour la réalisation d’un temple dorique, il en modifia les proportions, en
utilisant le même lot de pierres, et en fit un temple ionique consacré à Liber Pater ». Ce
texte est précieux à plus d’un titre. De quel temple d’abord s’agit-il ? La réponse, très
simple, se trouve dans le De architectura, et il est vain d’aller chercher à Pergame le petit
« temple du Gymnase », dont P. Schatzmann a effectivement montré que, conçu en un
premier temps comme dorique, il avait reçu ensuite une modénature ionique93 ; car la
transformation, dans ce dernier cas, s’est opérée à un stade différent de celui que suggère
notre texte : les pierres avaient déjà été mises en œuvre quand intervint le changement
d’ordre94 ; d’autre part elles n’étaient pas de marbre, mais d’andésite95 ; enfin il est
probable que ce sanctuaire était consacré à Asklépios96. Autrement dit, il faudrait faire
subir à la notice vitruvienne un traitement inadmissible, tant au niveau du texte qu’à
celui de l’interprétation, pour obtenir une coïncidence satisfaisante avec l’épisode
pergaménien, dont l’intérêt demeure d’ailleurs vif.
29 En réalité, l’imprécision du texte n’est qu’apparente. Conformément au principe énoncé
plus haut, il est clair que si Vitruve n’accompagne pas la mention de l’édifice d’une
indication de lieu, c’est parce qu’il en a déjà parlé au livre précédent, et que pour lui,
comme pour un lecteur attentif, l’identification du temple ne pose pas de problème : c’est
l’aedes de Téos 97. On peut même être assuré qu’il tire cette indication du traité que
Hermogénès lui consacra. Bien plus, la raison qui poussa l’architecte oriental à publier un
livre sur cette construction fut sans doute la transformation qu’il jugea bon d’apporter à
son ordre et à ses proportions. C’était pour lui une occasion exceptionnelle de définir les
caractères propres de l’architecture ionique, et de rappeler, après Arcesius, les
défectuosités de l’ordonnance dorique98. Le goût hellénistique pour la prouesse
ponctuelle, pour les mirabilia, trouvait accessoirement son compte dans le récit, sans
doute circonstancié, du travail de retaille exécuté sur des marbres encore au sol, mais
déjà dégrossis, voire peut-être épannelés ; l’habileté du maître-d’œuvre et de ses lapidarii
pour élaborer un décor ionique sans commander de nouveaux blocs en carrière – ex eadem
copia – devait constituer l’un des attraits de ce texte théorique, du moins pour les
spécialistes99.
30 Si l’on confronte le faisceau des indications tirées du De architectura avec les présomptions
chronologiques issues du dossier épigraphique, la convergence est remarquable.

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


116

31 Un Hermogénès de Priène ne peut guère avoir été actif à Magnésie qu’entre l’extrême fin
du IIIe siècle et les années 175 av. J.-C, car au-delà, le long différend qui oppose les deux
villes, concernant un territoire situé à l’embouchure du Méandre, rend peu vraisemblable
que l’on eût fait appel à lui100. On objectera peut-être que la présence d’Hermogénès à
Magnésie pouvait relever d’un simple choix individuel, sans entraîner de collaboration
effective entre les deux cités ; c’est ce que semble démentir la présence, dans les
matériaux de l’Artémision, de tuiles provenant de Priène101. On se souviendra du reste que
la première décennie du IIe siècle est pour Magnésie une période florissante, favorable à
la mise en chantier d’importants édifices religieux : bénéficiant de l’appui de Philippe V,
elle est alliée à Téos, et conduit alors un conflit victorieux contre Milet102.
32 En second lieu, les textes concernant le temple de Dionysos à Téos suggèrent eux aussi
une époque proche du début du IIe siècle, voire de la fin du IIIe siècle. Nous sommes de
toute évidence à un moment où les partisans du style ionique ont encore besoin, pour
s’imposer, de se livrer à des polémiques ; l’ordre dorique garde apparemment la faveur de
certains commanditaires et architectes. Une telle situation est difficile à concevoir dans la
seconde moitié du IIe siècle, quand on sait que l’on ne construit plus de grand sanctuaire
dorique après les années 170 av. J.-C. en Asie Mineure : le dernier en date est l’Asklépiéion
de Kos103. Encore le choix de cet ordre s’explique-t-il, dans ce cas particulier, par le souci
d’imiter le prestigieux temple d’Épidaure104. Sans doute, des phénomènes de rémanence
peuvent être observés à Pergame où, comme le rappelle Tomlinson, le dorique demeure
longtemps l’ordre de prédilection des Attalides105. Toutefois les seuls cas observables de
constructions de ce type au milieu ou dans la seconde moitié du IIe siècle sont, soit des
sanctuaires mineurs, comme le petit temple dorique de Héra Basileia, construit sans
doute par Attale II106, soit des édifices où les deux ordres sont mêlés, comme le temple de
l’agora supérieure107. Si l’on conçoit difficilement que Hermogénès ait eu des rapports
directs avec Pergame, on peut cependant attribuer à son influence tartive la
transformation, déjà mentionnée, du « temple du Gymnase »108.
33 Ce que suggérait Tomlinson à partir d’une réflexion sur la notice de Vitruve, sans
connaître la nouvelle inscription de Téos, est à cet égard significatif : il proposait pour le
temple de Dionysos une date située autour des années 185 av. J.-C, en liaison avec le traité
d’Apamée, qui donnait à Eumène II le contrôle d’une grande partie de l’Ionie109.
L’hypothèse est théoriquement satisfaisante, car il n’est pas difficile d’admettre que le roi
de Pergame ait voulu à cette occasion accorder une faveur à la guilde des acteurs
dionysiaques. Mais maintenant l’inscription de 204 nous oblige à remonter d’une
vingtaine d’années ; on ne peut en effet imaginer deux temples successifs au même
endroit en un quart de siècle. Il n’y a place que pour un seul, attesté épigraphiquement à
la date la plus haute.
34 Il resterait à tirer de ces indications les conséquences qui s’imposent quant à
l’appréciation stylistique des vestiges de Magnésie du Méandre et de Téos, sans perdre de
vue que l’exécution des ornamenta, et particulièrement des frises, peut avoir été différée
par rapport à la réalisation du gros-œuvre et des modénatures principales110. Mais cela
ferait l’objet d’une autre étude, et il est peut-être opportun d’attendre, pour la mener à
bien, que certaines analyses archéologiques soient achevées, parmi lesquelles le relevé
complet de l’Artémision, sous la direction d’A. Bammer.
35 Mars 1978

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


117

ADDENDUM
36 Les hypothèses chronologiques émises ici sur la période d’activité d’Hermogénès ont été
reprises et confirmées lors du colloque de Berlin, Hermogenes und die hochhellenistische
Architektur. Internationales Kolloquium in Berlin vom 28. bis 29. Juli 1988 im Rahmen des XIII.
Internationalen Kongresses fur Klassische Archäologie veranstaltet vom Architekturreferat des DAI
in Zusammenarbeit mit dem Seminar für Klassische Archäologie der Freien Universität Berlin, hg.
von W. Hoepfner und E.-L. Schwandner, Mayence, 1990. Voir en particulier M. Kreeb,
Hermogenes. Quellen- und Datierungprobleme, p. 103-113. Voir aussi S. Rambaldi, Note sul
lessico architettonico di Vitruvio e la tradizione greca di Ermogene, dans Rivista di archeologia, 23,
1999, p. 72-81.

NOTES
1. Une première version de cette étude a été présentée dans un séminaire, à l’École française de
Rome, le 17 février 1978.
2. Vitruve, De architectura, III, 2, 6 (= 69, 26-70, 2) ; III, 3, 8 (= 72, 16-17) ; III, 3, 9 (= 73, 5-8) ; IV, 3, 1
(= 90, 23-25) ; VII, praef. 12 (= 159, 8-10).
3. A von Gerkan, Der Altar des Artemistempels zu Magnesia am Mäander, dans Stu-dien zur
Bauforschung, I, Koldewey-Gesellschaft, Berlin, 1929 ; id., Zur Gestalt des Artemisaltars in Magnesia am
Mäander, dans Forschungen und Fortschritten, 7, 1931, repris dans Von antiker Architektur und
Topographie, Stuttgart, 1959, p. 97 sq.
4. Elles ont été publiées par P. Herrmann, dans l’étude intitulée Antiochos der Grosse und Teos, dans
Anatolia, 9, 1965, p. 32 sq.
5. Remarquables de ce point de vue sont les analyses de A Yaylali, Der Fries des Artemisions von
Magnesia am Mäander, dans Istanb. Mitteil. Beiheft 15, Tübingen, 1976, p. 107 sq.
6. Les divergences qu’on observe, dans les appréciations stylistiques, et les conclusions
chronologiques qu’on en prétend tirer, entre W. Hoepfner, Zum ionischen Kapi-tell bei Hermogenes
und Vitruv, dans AM, 83, 1968, p. 213 sq. et A. Yaylali, op. cit., p. 120 sq., pour ne citer que les
travaux les plus récents et les mieux documentés, en sont un exemple éloquent.
7. Nous n’examinerons ici que les positions déduites à partir de raisonnements explicites et
d’observations détaillées. Comme toujours en pareil cas, lorsqu’un balancement se manifeste
entre deux pôles extrêmes – fin IIIe siècle et fin IIe siècle – un certain nombre d’auteurs pensent
qu’il est raisonnable de choisir une solution moyenne ; c’est ce que fait par exemple W. B.
Dinsmoor, The Architecture of the Ancient Greece, 3 e édit., 1950, p. 271 sq. Rappelons aussi pour
mémoire les datations proposées par F. W. Schlikker, Hellenistische Vorstellungen von der Schönheit
des Bauwerks nach Vitruv, Munster, 1940, p. 11 : environs de 150 av. J.-C. pour le traité
d’Hermogénès concernant le temple de Dionysos à Téos, et environs de 140 pour celui concernant
l’Artémision de Magnésie, propositions qui ne s’accompagnent d’aucune démonstration réelle.
On trouvera une bibliographie des hypothèses hermogéniennes dans W. Alzinger, Augusteische
Architektur in Ephesos, JÖAI, Sonderschrift XVI, Vienne, 1974, p. 95 sq. et n. 333.

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


118

8. O. Kern, Inschriften von Magnesia am Mäander, Berlin, 1900, (cité Inschriften), et id., Magnetische
Studien, dans Hermes, 36, 1901, p. 493 sq. ; pour le site, cf. C. Humann, J. Kohte, C. Watzinger,
Magnesia am Mäander, Berlin, 1904.
9. Loc. cit., dans Hermes, 36, 1901, p. 492.
10. Inschriften, n° 16, 1. 16-19.
11. Ibid., 1. 22-23.
12. Ibid, 1. 28. Ainsi les Magnésiens consentirent à organiser à leur tour un ἀγὼν ἐπ’ ἀργύρῳ (L
22).
13. Ο. Kern, loc. cit., p. 495 sq. et p. 504.
14. Der Altar des Artemistempels (op. cit.), p. 30.
15. O. Kern, loc. cit., p. 496.
16. Op. cit., p. 108 sq.
17. O. Kern, loc. cit., p. 492 et H. von Gaertringen, dans Hermes, 36, 1901, p. 455.
18. Le Bas-Waddington, Inscriptions d’Asie Mineure, III, n° 31, p. 60 sq.
19. Loc. cit., p. 498-499.
20. Cf. supra, n. 3.
21. Der Altar des Artemistempels (op. cit.), p. 25 sq. et p. 33 sq.
22. C’est le cas de W. Hahland, Der Fries des Dionysostempels in Teos, dans JÖAI, 38, 1950, p. 86 sq.
23. W. Hoepfner, loc. cit., p. 222, n. 36.
24. Cf. A. Schober, Der Fries des Hekateions von Lagina, dans Istanb. Forsch., 2, 1933, p. 16 sq. et R.
Horn, Gewandstatuen, p. 72 sq. Voir aussi A. W. Lawrence, Greek Architecture, Harmondsworth,
1957, p. 216-217.
25. Cf. JDAI, 40, 1925, p. 185 sq.
26. Inschriften, n° 100 a, p. 86-87 ; O. Kern, dans Hermes (loc. cit.), p. 498 sq.
27. Inschriften, n° 100 b, p. 87-88.
28. Ibid, 1. 41 : ’Αρτέμιδος κευκοφρυηνῆς Νικηφόρου.
29. Cf. supra, n. 21, et A Yaylali, op. cit., p. 110 sq.
30. W. Hahland, loc. cit., dans JÖAI, 38, 1950, p. 91 sq.
31. Cf. Vitruve, De architectura, III, 3, 6 et III, 3, 10.
32. G. Gruben, Die Tempel der Griechen, Munich, 1966, p. 366 sq. ; E. Akurgal, Ancient Civilizations and
Ruins of Turkey, Istanbul, 2e édit., 1970, p. 183 ; R. Martin, dans Grèce hellénistique, Paris, 1970, p. 36,
et dans Architettura Mediterranea Preromana, Venise, 1972, p. 360.
33. Inschriften, n° 98, p. 83-84, 1. 1. Pour Milet, cf. A. Rehm, dans Das Delphinion in Milet, Berlin,
1914, n° 148, p. 217 sq. (= Milet, I, 3, p. 341 sq.).
34. Cité par A Yaylali, op. cit., p. 115.
35. Inschriften, n° 98, 1. 2-3.
36. Polybe, 16, 25, 5-9 ; Tite-Live, XXXI, 15, 6. Cf. E. v. Hansen, The Attalids of Perga-mon, Londres,
1971, p. 58-59.
37. Polybe, 18, 16 ; E. v. Hansen, op. cit., p. 455.
38. L. 64-66.
39. R. Vallois, L’architecture hellénique et hellénistique à Délos, I, Paris, 1944, p. 136, p. 262 et II, 1,
Paris, 1966, p. 78 sq. appelle parastades les « supports quadrangulaires libres », et fausses
parastades les piliers quadrangulaires engagés. G. Roux, L’architecture de l’Argolide aux IVe et IIIe
siècle av. J.-C, p. 394, désigne par ce mot les pilastres engagés. Cf. aussi F. Ebert, Fachausdrücke des
griechischen Bauhandwerks, I, der Tempel, Würzburg, 1910, p. 18 sq., P. Herrmann, loc. cit., p. 32-33 et
p. 85 (Wandpilaster) et id. dans Istanb. Mitteil., 15, 1965, p. 100.
40. O. Kern, Inschriften, p. 84.
41. W. Hahland (loc. cit., p. 98) a raison de souligner que la fête de Zeus, dont l’ordonnance est
décrite dans l’inscription n° 98, n’évoque pas la création d’un nouveau culte ou la construction
d’un nouveau sanctuaire. Bien au contraire, Hiéron et autel sont indiqués comme des éléments

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


119

déjà en place, et l’inscription oblige à postuler que le temple de Zeus était effectivement debout
au moment du règlement de la paix avec Milet.
42. A. Yaylali, op. cit., p. 115.
43. La largeur de l’inscription selon O. Kern, Inschriften, p. 82, (60 cm) est parfaitement conciliable
avec celle des antes, définie par Humann et Kohte, op. cit., p. 74, fig. 64.
44. Le caractère spécieux du raisonnement est involontairement mis en évidence par la
présentation très tranchée de A Yaylali (ibid). On ne comprend pas en particulier sur quoi cet
auteur fonde la conclusion de son développement : « Da aber vieles dafür spricht, den
Sosipolistempel nach 197/196 zu datieren, erfährt die Spätdatierung unseres Tempels auch von
dieser Seite her eine gewisse Unterstützung ». Nous ne saisissons pas davantage le raisonnement
implicite de G. Gruben (op. cit., p. 366) lorsqu’il semble utiliser l’inscription comme un terminus
post quem : « Der Zeus-Tempel wurde bald nach 197 erbaut ».
45. P. Herrmann, loc. cit., p. 33, p. 35, p. 55 et p. 85.
46. Ibid., p. 40,1. 105. P. Herrmann (ibid. p. 32-33) explicite l’expression εἰς τὴν παραστάδα comme
un « Wandpfeiler : nicht als Ante, sondern als Pilaster ».
47. Sur le traité entre Antiochos III et Philippe, cf. Tite-Live XXXI, 14, 5 (tome 21 de l’Histoire
romaine dans la Collection des Univ. de France, Paris, 1977, p. XXXVIII sq. et n. 10, p. 91), et
Polybe, 3, 2, 8 ; 15, 20, 2-8.
48. P. Herrmann, loc. cit., p. 55.
49. Cf. P. Herrmann, loc. cit., p. 33 et W. Hoepfner, loc. cit., p. 214 et p. 222.
50. E. Akurgal, op. cit., p. 142.
51. Cf. Pullan, Antiquities of Ionia, IV, p. 39, et R. A. Tomlinson, The Doric Order : Hellenistic Critics and
Criticism, dans JHS, 83, 1963, p. 136.
52. Voir par exemple les fréquentes mentions du genre : ϰαì τῆς ἀναγραφῆς τῶν ψηφισμάτων
ἐπιμεληθῆναι τοὺς τειχοποιοὺς μετὰ τοῦ ἀρχιτέκτονος, qu’on trouve dans la série milésienne du
Delphinion (A Rehm, op. cit., n° 37 b, 1. 91, p. 61 ; n° 141, 1. 50, p. 190 ; n° 143, 1. 37, p. 195, etc.).
53. Il est remarquable que l’inscription de SEG, II, 580, étudiée par L Robert (Études Anatoliennes, p.
39 sq.) n’ait jamais soulevé de telles controverses : elle devait être gravée παρὰ τòν νεὼ τοῦ
Διονύσου, et personne à notre connaissance n’a mis en doute le caractère immédiatement
exécutoire de cette injonction. Il est vrai que nous sommes à une date plus tardive, et que
l’existence d’un temple d’Hermogénès ne pose plus alors de problème.
54. R. Horn, Hellenistische Bildwerke aus Samos (= Samos XII), Bonn, 1972, p. 70, n. 27. A Yaylali, op.
cit., p. 118-119.
55. Cf. Y. Béquignon, A. Laumonier, Fouilles de Téos, dans BCH, 49, 1925, p. 291 sq. et particul. p.
294 : « Nous n’avons trouvé aucune trace de construction antérieure, ni aucun bloc remployé,
pouvant être attribué à un temple plus ancien ». Voir aussi A Yaylali, op. cit., p. 119, n. 78.
56. A. Yaylali, op. cit., p. 111 sq.
57. Ibid., p. 113-114.
58. La vigueur des injonctions ne laisse guère de doute sur le peu d’empressement manifesté par
la population. Voir en particulier 100 b, 1. 26 sq. : ἵνα δὲ πάντες γινώσκωσιν ὡς καθῆκον ἐστιν ἐν
τοῖς Ε ἰσιτηρίοις τὰς τῆς ’Αρτέμιδος συνεπαύξειν τιμάς, τòν γραμματέα τῆς β ουλῆς τòν ἀεì
κατασταθησόμενον...
59. Ibid., 1. 20 : τò κεκυρωμένον ἐπì στεφανηφόρου Πολυκλείδου...
60. Cf. 100 a 1. 25 et 100 b 1. 27 et 32-33.
61. O. Kern, loc. cit., dans Hermes, 36, 1901, p. 499 et p. 508.
62. Cf. E. v. Hansen, op. cit., p. 158 sq.
63. Je remercie M. Torelli pour les suggestions précieuses qu’il m’a faites à ce propos. Sur le traité
d’Apamée, cf. Polybe, 21,48 ; cf. F. Hiller von Gaertringen, Inschriften von Priene, p. 213.
64. Tite-Live, XXXVII, 39-44, 2. Voir E. v. Hansen, op. cit., p. 86 sq.

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


120

65. Tacite, Annales, III, 62 : proximi hos Magnetes L Scipionis et L Sullae constitutis nitebantur, quorum
ille Antiocho, hic Mithridate pulsis, fidem atque virtutem Magnetum decoravere, uti Dianae Leucophrynae
perfugium inviolabile foret. Il s’agit sans doute de L Cornelius Scipio Asiaticus et de sa mission
spéciale auprès d’Antiochos et d’Eumène, après la signature de la paix d’Apamée. (E. v. Hansen,
op. cit., p. 96).
66. Cf. O. Kern, Inschriften, n° 83, 85, 86, et 87 et R. Magie, Roman Rule in Asia Minor to the end of the
third century after Christ, Princeton, 1950, p. 136 et p. 1009-1010, n. 53.
67. Il n’est pas facile de démêler si l’expression τῇ ϰατὰ μέρος ἐπαυξήσει doit se comprendre par
rapport à ce qui précède (συντέλειαν εἴληφεν ὁ Παρθενών), comme semblait l’admettre Kern
(Hermes, 36, 1901, p. 499), ou avec ce qui suit, comme nous le suggérons ici. Ces textes, à notre
connaissance, n’ont jamais été intégralement traduits.
68. Ibid., p. 498.
69. Diod. Sic, XI, 57, 7.
70. O. Kern, loc. cit., p. 499. Nous retrouvons ainsi, par d’autres voies, la datation proposée par R.
Martin, dans Architettura Mediterranea Preromana, p. 392.
71. Voir par ex. R. Martin, dans Grèce Hellénistique, Paris, 1970, p. 4, 34 et 411, et dans Architettura
Mediterranea Preromana, p. 340 (mais p. 358 l’hypothèse d’une provenance de Priène est admise).
72. Cf. S. Ferri, Vitruvio (dai libri I-VII), Rome, 1960, p. 102 ; C. Fensterbusch, Vitruv, Zehn Bücher
über Architektur, Darmstadt, 1964, p. 144 ; F. Granger, Vitruvius, on Architecture, 5 e édit., Londres,
1970, p. 168.
73. Sur le temple d’Apollon à Alabanda, cf. E. Akurgal, op. cit., p. 30 sq. et p. 243.
74. Manuscrits E et G. Sur cette distinction entre les deux classes de manuscrits du De architectura,
cf. J.-P. Chausserie-Laprée, Un nouveau stemma vitruvien, dans REL, 47, 1969, p. 347 sq.
75. Manuscrits H et S.
76. C’est le cas de S 2. Cf. P. Gros, Aurea Templa, Recherches sur l’architecture de Rome à l’époque
d’Auguste, Rome, 1976, p. 109, n. 55 bis.
77. Cicéron, De natura deorum, III, 39.
78. V. Rose, H. Müller-Strübing, Vitruvii, De architectura, Leipzig, 1867, p. 70.
79. E. Nohl, Index Vitruvianus, Rome, réédit. anast. 1963, p. 45.
80. A condition, là encore, de suivre les données des manuscrits (H, b, G).
81. A. Marini, Vitruvii de architectura libri decem, Rome, 1836, p. 138, note ad loc. Cf. à ce sujet la
remarque pertinente de O. Kern, loc. cit., p. 496, n. 1.
82. F. Krohn, Vitruvii de architectura libri decem, Leipzig, 1912, p. 63. Sur une autre correction
abusive de cet auteur en III, 2,5, cf. P. Gros, dans MEFRA, 85, 1973, p. 137 sq.
83. E. Fabricius, dans RE, VIII, 1, 1912, col. 880-881 ; O. Kern, loc. cit., p. 496. Voir aussi G. Gruben,
op. cit., p. 363 : « der wahrscheinlich in Priene gebürtige Hermoge-nes... ».
84. F. Hiller von Gaertringen, Inschriften von Priene, Berlin, 1906, p. 143-144 et E. Fabricius, loc. cit.,
col. 880.
85. Cf. O. Benndorf, dans JÖAI, 5, 1902, p. 182.
86. Voir à ce sujet A Burford, The Greek Temple Builders at Epidauros, Liverpool, 1969, p. 111 et p.
113.
87. Cf. P. Gros, Aurea Templa (op. cit.), p. 110 et R. Martin, Architettura Mediterranea Preromana, p.
340 sq. et p. 358.
88. H. Drerup, dans JDAI, 69, 1954, p. 1 sq. et W. Hoepfner, loc. cit., dans AM, 83, 1968, p. 213 sq.
89. Huius exemplar Romae nullum habemus, sed in Asia Teo hexastylon Liberi Patri.
90. Hermogenes de aede Dianae, ionice quae est Magnesia pseudodipteros, et Liberi Patris Teo monopteros.
Ce texte pose le problème du plan de l’édifice. Les fouilles turques ont confirmé qu’il s’agissait en
fait d’un périptère, et non pas d’un monoptère. Doit-on imaginer une corruption des manuscrits,
ou un lapsus de Vitruve lui-même ? L’interprétation de παραστάς (pilastre engagé plutôt que
ante) proposée par P. Herrmann (cf. supra, n. 46) ne simplifie pas la question. Pour une

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


121

reconstitution de la façade, cf. Antiquities of Ionia, IV, p. 38 sq., pl. 22-25. Sur l’existence d’une
cella, cf. Y. Béquignon, A. Laumonier, loc. cit., p. 292 sq.
91. Op. cit., p. 90.
92. V, 1, 4 : et aliter coegerit symmetriam commutari.
93. P. Schatzmann, Das Gymnasion (= A.v.P., VI), 1923, p. 71 sq. Cet auteur, qui souligne, p. 78, que
le temple pergaménien est très différent du sanctuaire hermogénien de Magnésie, refuse de
trancher le problème de l’identification de l’aedes de IV, 3, 1. W. Hahland, loc. cit., p. 103, ne se
prononce pas non plus mais laisse ouverte la possibilité d’une identité entre le temple évoqué par
Vitruve et l’édifice de Pergame.
94. Sur ce point les indications de P. Schatzmann, op. cit., p. 71-72 et fig. 25 sont décisives. Voir
aussi R. A Tomlinson, loc. cit., p. 142.
95. Certains éléments ioniques, ajoutés au gros-œuvre, en complément, étaient de marbre à
veines bleues.
96. Cf. en dernier lieu E. v. Hansen, op. cit., p. 257-258.
97. R. Martin, op. cit., p. 23, a raison de compléter explicitement le texte vitruvien par la mention :
à Téos.
98. Sur Arcesius, cf. Vitruve, ibid. : itaque negavit (sc. dorico genere aedes sacras oportère fieri),
Arcesius, item Pytheos, non minus Hermogenes. Cf. R. A. Tomlinson, loc. cit., p. 137 sq.
99. Il est intéressant de noter – la remarque est de M. Torelli – que ce parti de modifier l’ordre du
temple qu’il construisait, Hermogénès ne pouvait le prendre que s’il était entrepreneur autant
qu’architecte, comme sur l’inscription n° 207 de Priène.
100. O. Kern, Inschriften, n° 93, p. 77-79 et F. Hiller von Gaertringen, Inschriften von Priene, n° 531,
p. 213 sq. avaient seulement fixé, pour ce conflit, un terminus post quem, les années 190-188. Une
date plus précise a pu être établie par M. Holleaux, Fragment de sénatus-consulte trouvé à Corfou,
dans BCH, 48, 1924, p. 348 sq.
101. Cf. Hiller von Gaertringen, op. cit., n° 35, p. 179.
102. Cf. A. Rehm, op. cit., p. 222-223.
103. Cf. G. Gruben, op. cit., p. 386 et W. W. Wurster, Dorische Peripteral-Tempel mit gedrungenem
Grundriss, dans AA, 1973, p. 209.
104. Même si les proportions des deux temples ne sont pas aussi exactement déduites que
l’imagine G. Gruben.
105. R. A Tomlinson, loc. cit., p. 141 sq.
106. Cf. E. Akurgal, op. cit., p. 90 sq.
107. Ibid., p. 89.
108. Cf. supra, p. 701, et les analyses de R. A. Tomlinson, ibid.
109. Ibid., p. 142.
110. Cf. en dernier lieu sur ce problème W. Voigtländer, Der jüngste Apollontempel von Didyma (=
Istanb. Mitteil, Beiheft 14), Tübingen, 1975, p. 105 et n. 261.

AUTEUR
PIERRE GROS
Université de Provence

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


122

La rhétorique des ordres dans


l’architecture classique
Colloque sur la rhétorique. Calliope I (= Caesarodunum, XIV bis), Paris,
1979, p. 333-347

Pierre Gros

1 Le danger d’un thème comme celui-ci, pour peu qu’on s’éloigne du domaine strictement
littéraire, est d’inciter à construire sur les arts plastiques un discours essentiellement
métaphorique, où l’on se condamnerait à n’effleurer que la surface des problèmes, en
effectuant une série de transpositions au niveau du vocabulaire. Par exemple, il peut
paraître stimulant pour notre propos que Cicéron compare l’exorde d’un discours au
péristyle d’un temple, au livre II du De Oratore1, ou que Vitruve retrouve, pour définir les
caractères du chapiteau ionique, le même mot — subtilitas — que Cicéron évoquant dans le
Brutus l’éloquence de Lysias2. On établirait ainsi sans trop de peine une sorte de table
d’équivalences, séduisante sans doute, mais assez vaine en ce qu’elle ne recenserait que
des concordances ponctuelles, des rencontres verbales, sans signification réelle. On
pourrait aussi, faisant siens certains clichés mis à la mode par plusieurs théoriciens
modernes, définir l’architecture comme un langage, et parler à tout propos de
vocabulaire ou de syntaxe3 ; convention commode certes, et parfois justifiée, mais qui
apporte rarement un éclairage neuf, en ce qu’elle opère des assimilations automatiques,
sans s’interroger sur leur bien-fondé.
2 Ce qui autorise et encourage pourtant une réflexion sur la rhétorique en architecture,
tant sur le plan de la méthode que d’un point de vue historique, par-delà les démarches
analogiques plus ou moins hasardées, c’est la prise en considération de la place réservée à
l’art de bâtir par les philosophes et praticiens antiques dans la série hiérarchisée des
activités humaines. F. E. Brown a naguère montré que l’un des aspects majeurs du projet
vitruvien, dans la compilation du De Architectura, était de hausser l’architecture au niveau
d’un ars liberalis, et plus précisément de lui conférer la rigueur et la souplesse de ce qui
constituait en son temps non seulement un mode d’expression mais aussi un mode de
pensée, à savoir la rhétorique4. Ce faisant, Vitruve tentait de renouer avec la tradition du
Moyen-Portique, où un Posidonius, sensible à tous les aspects de l’activité créatrice, avait

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


123

déjà réhabilité la géométrie, à qui il redonnait une place dans la philosophie 5. Et Cicéron
rappelle dans le De Officiis que l’architecture échappe à la catégorie des métiers réputés
vils — sordidi — parce qu’on y apprécie les artes, c’est-à-dire la compétence, et non pas les
opera, c’est-à-dire la peine6.
3 De fait, entre l’architecture hellénistique et la rhétorique, les convergences ne manquent
pas : c’est d’abord, dans l’un et l’autre cas, l’exigence fondamentale d’organicité et
d’équilibre. Le livre III de la Rhétorique d’Aristote, consacré à l’action oratoire et aux
parties du discours, met parfaitement en lumière l’importance des éléments rythmiques
au sein de la période, ou dans l’ordonnance générale des développements : c’est eux qui
assurent la cohérence structurelle de l’ensemble. Il m’est arrivé de penser, en observant
les moulures de couronnement d’un podium de temple, qui trouvent un écho dans celles,
inversées, de sa base7, à cette règle aristotélicienne qui veut qu’une phrase commence par
un péon premier, et s’achève par un péon second, qui en est l’image elle aussi inversée 8.
Ce jeu de miroirs fait l’unité des composantes, et permet en même temps leur intégration
dans des séries articulées. La méditation sur la symétrie et la proportion est, à vrai dire,
aussi familière aux orateurs qu’aux architectes : on sait l’importance de la détermination
du module dans la prose cicéronienne, où les périodes s’organisent presque toutes selon
des effets de balancement, de répétition ou d’opposition membre à membre9. De même
qu’une construction architecturale, un style ne vaut que pour autant qu’il respecte les
vertus du nombre et de l’harmonie : à cet égard, il existe une parenté entre les
prescriptions d’un Hermogénès d’Alabanda, telles que nous les lisons chez Vitruve 10, et
certains passages techniques de l’Orator ou du De oratore11.
4 Un autre plan de convergence réside dans le souci d’adapter l’œuvre aux circonstances,
aux êtres pour qui elle est faite et, dans une perspective plus éthique qu’esthétique, à la
nature. Si la rhétorique se présente finalement comme un répertoire exhaustif de tous les
procédés que l’expérience avait jugés efficaces pour construire un exposé solide,
convaincant et séducteur, l’architecture hellénistique, telle du moins que son théoricien
tardif nous la transmet, apparaît elle aussi comme un répertoire typologique assez souple
et différencié pour répondre aux diverses fonctions qu’on attend d’elle. Tout en
respectant les legitimi mores de son art, le bâtisseur doit savoir adapter son œuvre aux
lieux, aux coutumes locales et aux exigences immuables des hommes12. C’est pourquoi, à
la notion cicéronienne de decorum, héritée du πρέπον de Platon, d’Aristote et de Panétius13
, répond le decor de Vitruve : rien de plus éclairant, à cet égard, que l’analogie de deux
définitions, celle du De officiis I, 96, et celle du De architectura, I, 2, 5. La species liberalis de
Cicéron, cet air de liberté qui est à la fois grâce et bienséance, et trouve sa source dans un
accord profond avec la nature14, a pour équivalent presque exact l’emendatus aspectus de la
belle architecture selon Vitruve : ce dernier s’acquiert, en effet, à force de correction, de
respect des traditions éprouvées, de dignité professionnelle, et suppose avant tout un
respect attentif du donné géologique, naturel et humain15.
5 Confortés par ces remarques préliminaires, nous pouvons dès lors nous risquer à dire
qu’un élément relève de la rhétorique en architecture s’il contribue à l’articulation d’un
ensemble et si, tout en favorisant l’adéquation de la forme à la fonction, il exprime l’unité
rythmique d’un édifice.
6 S’agissant d’architecture hellénistique et romaine, c’est évidemment le schéma colonne-
entablement et ses diverses applications, tectoniques ou ornementales, qui s’imposent à
l’esprit comme l’illustration la plus souple de cette définition. Prenons garde cependant
que la notion de colonnade est ambiguë si on l’appréhende dans son rôle de plasmateur

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


124

des volumes et des surfaces : la variété théoriquement infinie des dosages entre pleins et
vides, entre diamètres et hauteurs, autorise une foule de combinaisons où, derrière
l’apparente permanence de la fonction porteuse des fûts et des chapiteaux, se déploie la
gamme des significations plastiques. Ainsi, traitée comme le sévère ordre dorique du
périptère de Bassae, la colonnade exprime le resserrement et la stricte définition d’un
espace clos sur lui-même16. Traitée comme le vertigineux ordre corinthien de l’Olympéion
d’Athènes, elle peut au contraire suggérer l’élan et la dilatation d’un espace magnifié par
la puissante légèreté des éléments qui le clôturent17. Pour Vitruve, fidèle continuateur des
architectes de l’Orient hellénistique, la colonnade périphérique d’un temple vaut surtout
par les vides ombreux qui séparent les fûts : elle est lieu de passage beaucoup plus que
volume18. A la même époque, au contraire, la première architecture impériale s’efforce de
donner à la façade de ses sanctuaires une fonction de condensation et d’exaltation des
masses19.
7 Le rappel de ces extrêmes doit nous inciter à la prudence dans la définition et
l’appréciation des ordonnances hypostyles, qu’elles soient libres, adossées, engagées ou
plaquées. J’examinerai ici deux séries de cas où l’on saisit avec une particulière netteté ce
qui peut s’appeler, je crois, sans abus de langage, la rhétorique des colonnades.
8 Dans les « pronaoi » occidentaux de la fin de la période hellénistique et du début de
l’empire, on assiste à la création d’une structure originale qui ne prend son sens que par
référence à l’ensemble de l’édifice religieux. On appelle « pronaos », dans les temples
classiques des Ve et IVe siècles av. J.-C, l’espace délimité par le prolongement des murs de
la cella, ou antes, entre lesquels peuvent prendre place deux ou quatre colonnes, qui
répondent, en quelque sorte, à celles du portique de pourtour. Dans les grands
sanctuaires orientaux, à Samos, à Ephèse, à Didymes, cet espace, devenu très vaste en
raison du gigantisme du naos lui-même, tend à se peupler de supports très denses. Ainsi,
la célèbre « forêt mystique » de la dernière phase du Didymaion, où doit se perdre le
fidèle avant d’accéder au sanctuaire20.
9 Rien de tel dans les temples tardo-républicains et impériaux de Rome, où l’espace
antérieur à la cella, vide de tout élément intermédiaire, se définit, au contraire, comme
une « chambre claire », entourée de colonnes, qui marque une étape importante sur l’axe
longitudinal du sanctuaire21. Cette curieuse salle à clairvoie, avec sa façade sous fronton
qui se confond avec celle de l’édifice tout entier, suggère par sa seule présence la sacralité
de la construction ; elle sanctifie aussi bien les lieux qu’elle domine du haut de son
podium que le volume qu’elle enserre. Le rôle spécifique de la colonnade antérieure
devient patent lorsque le temple est prostyle ou pseudo-périptère, c’est-à-dire lorsqu’il
n’offre pas de colonnade libre sur ses trois autres côtés, comme la Maison Carrée de
Nîmes, les Capitoles de Sbeitla ou de Dougga, pour ne prendre que quelques exemples
célèbres. Et plus encore lorsque le sanctuaire devient circulaire, et échappe donc au
schéma traditionnel : le maintien d’un pronaos hypostyle à fronton devant la rotonde du
Panthéon est le meilleur indice de la nécessité impérieuse de cet élément pour la
définition de l’édifice, et de son importance dans l’organisation de l’ensemble, en
l’absence de toute contrainte structurelle (fig. 1). Sans lui le temple rond, dépourvu de
colonnade annulaire externe, ne se distinguerait pas d’une salle thermale. Ainsi
s’explique, sans doute, que le portique antérieur des temples ait échappé à Rome aux
tendances réductrices qui, dans le cas des pseudo-périptères, par exemple, ont abouti très
tôt à la suppression du portique sur les trois autres côtés ; à aucun moment la
« Verkürzung » n’affecte les structures frontales qui, par leur silhouette, le rythme dense

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


125

de leur colonnade pycnostyle, et la surélévation de leur podium, désignent dans le


contexte urbain les sanctuaires en tant que tels22. Autrement dit cet élément hypostyle
assume, pour les temples de Rome, la même fonction qu’un exorde solennel dans un
discours de style élevé : il définit d’emblée un genre, et situe avec précision ce que
Cicéron appellerait la « couleur » de la composition23.

Fig. 1

FIG. 2

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


126

10 Dans le cas des ordres intérieurs, c’est un rôle de structuration de l’espace qui, le plus
souvent, échoit aux colonnes ou aux pilastres. L’un des acquis de la recherche récente sur
l’architecture hellénistico-romaine tient dans une meilleure appréciation de la valeur et
des conditions d’emploi des éléments d’applique qui rythment les parois des sanctuaires.
Des travaux de G. Roux et de R. Martin il ressort entre autres que dans le temple L
d’Epidaure, l’un des sanctuaires les plus représentatifs de cette période de gestation
qu’est en Grèce le IVe siècle, la colonnade intérieure, corinthienne, qui paraît seulement
adossée à la paroi, est étroitement solidaire du système de charpente24 ; le mur, derrière
elle, n’est qu’un rideau sans fonction portante (fig. 2). On observe donc, en pareil cas, une
remarquable coïncidence entre la définition rythmique de l’espace interne et la position
des supports principaux de la construction. Les colonnes de l’ordre intérieur représentent
la musculature de l’édifice ; pour des raisons de probité, l’animation visible des parois ne
se distingue pas de la réalité tectonique ; autrement dit les colonnes sont ici l’agent d’une
véritable démonstration plastique, l’instrument d’une transparence structurelle, qui
correspondrait, dans un contexte rhétorique, à une étroite liaison entre la forme et le
fond25.
11 Les choses prennent un tour plus paradoxal avec l’ornementation interne des temples
romains ; elle résulte en grande partie des recherches menées dès le début du Ier siècle av.
J.-C. sur les grands soutènements rythmiques comme ceux du Tabularium de Rome, où
s’effectuaient déjà d’importants échanges entre le tectonique et le décoratif26. Si l’on se
porte vers le terme de l’évolution, pour observer ce qui se passe au temple de Bacchus à
Baalbek, par exemple, il est clair que l’ordre colossal en faible relief qui anime les parois
n’a plus aucun rôle dans la statique de l’ensemble : le parti décoratif est indépendant de la
structure portante de cette salle (fig. 3). Et cependant l’espace intérieur ne prend son sens
que par référence à ces gigantesques colonnes engagées qui, vues sous certains angles,
évoquent des supports libres. Sans elles, le décor flotterait sur la surface des immenses
parois, et se révélerait immédiatement le caractère arbitraire de la superposition des
niches à arcade et fronton ; il n’y a, en effet, entre celles-ci aucun lien organique
puisqu’un espace vide sépare l’extrados de la lunette inférieure, de la modénature du
socle supérieur27. Sans ces très longs fûts au sommet desquels s’épanouit l’efflorescence
corinthienne, le dynamisme ascendant de la composition serait perdu, ainsi que l’illusion
de profondeur entretenue par les jeux de la lumière et de l’ombre. Loin d’être un élément
surajouté, cet ordre colossal apparaît donc indispensable à la définition d’un espace et
d’une atmosphère qu’il suffit, par sa seule présence, à rendre « sublime ». Cette fonction
d’élévation du discours plastique assimile les pilastres de Baalbek à ces procédés
d’amplification oratoire dont Cicéron dit qu’ils introduisent le rythme et la poésie dans la
prose : et in ipsa oratione quasi quemdam numerum versumque conficiunt28. Prenons garde que
de telles constatations tendent à corriger singulièrement l’idée qu’on se fait parfois du
« baroque » romain, dont les ordres décoratifs passent à juste titre pour l’élément
caractéristique29 : car les colonnes d’applique contribuent justement à compenser, par
leur action unificatrice, les tendances à l’autonomie, au développement propre de
chacune des composantes de l’ornementation, qui sont spécifiques des arts réputés
baroques, si du moins on suit les judicieuses analyses d’H. Bardon30. Le conflit entre la
perspective axiale et la perspective latérale dans les temples romains est souvent résolu
au profit de la première, grâce au mouvement processionnel de l’ordre intérieur31.
12 Le dernier pas dans la rupture entre l’ordonnance du décor et la réalité structurelle est
franchi lorsque la texture externe de l’édifice n’est plus le grand appareil, mais le blocage,

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


127

l’opus caementicium, avec la souplesse qu’il autorise au niveau des plans et des élévations.
Le dialogue entre la colonne et l’architecture moulée constitue, pour qui prend le temps
de la déchiffrer, l’un des charmes les plus vifs de la villa Hadriana de Tivoli : dans des
constructions aussi complexes que le « théâtre maritime » ou la « piazza d’Oro », la
dialectique de l’accueil et du repli, symbolisée par le jeu des courbes et des contre-
courbes, dont un Borromini saura si bien assimiler l’enseignement, au XVIIe siècle, est
soulignée par les arabesques des colonnades qui suivent ou contrarient le mouvement des
parois, dessinant une sorte de contre-point allégé de l’enveloppe curviligne32. Le vestibule
de la « piazza d’Oro », récemment étudié par Cairoli Giuliani, est, à cet égard, exemplaire 33
: cette construction indépendante, où l’architecte hadrianique a pu, sans contrainte
aucune, donner libre cours à sa verve créatrice, apparaît comme une véritable
expérimentation : vue de l’extérieur, c’est un octogone aux côtés alternativement
convexes et rectilignes ; vue de l’intérieur, du moins si on l’appréhende au niveau du
plan, c’est un espace centré, dont les parois se dilatent en niches curvilignes ou
quadrangulaires. La coupole est divisée en secteurs bombés comme des voiles, qui
convergent vers un oculus. Mais à cette structure portante unitaire, essentiellement
courbe, où le mouvement de la couverture suit et amplifie celui des murs, se superpose
une structure décorative qui suggère une organisation toute différente : des colonnes
adossées, prolongées par les arêtes en saillie qui séparent les secteurs de la coupole,
entretiennent l’impression d’une ossature à baldaquin, avec des supports ponctuels
rectilignes, qui nie radicalement la réalité tectonique de l’ensemble (fig. 4) 34. La preuve du
caractère ornemental et non portant d’une telle ordonnance est administrée par le fait
que, dans son état actuel, l’édifice est privé de ses colonnes intérieures, et que sa coupole,
en grande partie conservée, tient sans le secours d’aucun étai35. Ainsi la conquête de
formes nouvelles, l’agilité sans précédent des masses portantes, qui anticipent
d’étonnante façon sur les grands schémas byzantins, restent dissimulées derrière une
convention formelle, qui permettait au visiteur antique de ne pas être décontenancé36. La
rhétorique de l’ordre intérieur démontre ici son extrême efficacité, mais atteint les
limites de la gratuité : il ne s’agit plus d’évoquer, sous une forme littérale ou allégorique,
les forces réellement à l’œuvre dans la structure, mais d’opérer un transfert, de susciter
une image spatiale, un « Bildraum », différent de la réalité, du « Realraum » 37. On discerne
ici, en ces dernières manifestations de l’architecture classicisante du Haut-Empire, la
puissance du τόπος, du lieu commun architectural, qu’est devenue la colonne
corinthienne, dans un contexte où, techniquement, elle n’a plus sa raison d’être.

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


128

FIG. 3

FIG. 4

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


129

FIG. 5

***

13 La Renaissance italienne a su reprendre à son compte ces diverses expériences antiques,


et, avec cette liberté des vrais créateurs, elle a même enrichi de plusieurs formules
nouvelles la rhétorique des ordres, que les architectes grecs et romains n’avaient pas, il
s’en faut, épuisée. On ne saurait donc traiter un tel thème sans effectuer un rapide voyage
dans la Rome des XVe et XVIe siècles.
14 Mais auparavant, pour comprendre combien les notions et les exigences oratoires restent
vivantes dans la pensée des premiers architectes humanistes, arrêtons-nous un instant
sur le concept de concinnitas cher à Alberti. Il y recourt fréquemment dans son De re
aedificatoria, et de toute évidence il ne le tire pas de Vitruve, à qui il est inconnu, mais
bien de Cicéron38. Dans le Brutus et dans l’ Orator, ce terme désigne l’agencement
harmonique des mots et des membres de phrase, qui résulte non seulement de leur
organisation symétrique, mais aussi de leur musicalité39 ; il peut d’ailleurs revêtir le sens
péjoratif d’ingéniosité excessive, de montage artificiel, quand il s’applique, par exemple,
au style de certains épigones des orateurs attiques40. Chez Alberti, la concinnitas c’est à la
fois le rapport harmonique des parties d’un édifice entre elles, et leur capacité à
constituer une unité nécessaire : la beauté, la pulchritudo, se vérifie d’abord, pour cet
émule des néo-platoniciens, par le fait que le moindre changement, dans une
construction complexe, entraîne une dégradation de l’effet d’ensemble. Ainsi, en VI, 2 :
...ut sit pulchritudo quidem certa cum ratione concinnitas universarum partium in eo, cuius sint,
ita ut addi aut diminui aut immutari possit nihil, quin improbabilius reddatur41. On relève au
passage l’emploi d’un adjectif formé sur probare pour définir la beauté, laquelle est donc
essentiellement affaire de démonstration et d’approbation, et se traduit chez
l’observateur par le sentiment d’une plénitude infrangible.

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


130

FIG. 6

FIG. 7

15 Chez Bramante, la mise en œuvre de tels principes se manifeste dans l’utilisation à la fois
souple et rigoureuse de ce qui passe à ses yeux pour l’élément organisateur de
l’architecture impériale. la colonne adossée, particulièrement dans les ordres superposés.
Réinterprétant librement l’enseignement des ruines les plus imposantes de la Rome de
son temps, le théâtre de Marcellus et le Colisée, il élabore, pour le « cortile » du
Belvédère, au Vatican, un schéma tripartite d’une grande originalité : il brise la séquence

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


131

canonique des ordres, dorique en bas, ionique au milieu et corinthien au sommet, et


refuse la correction optique traditionnelle, qui consiste à accroître la hauteur des
colonnes à mesure qu’on s’élève, pour compenser l’effet réducteur de la vision en
perspective42. Partant du thème de l’arcade sur imposte encadrée de pilastres43, il en
donne aux niveaux supérieurs de libres interprétations : par exemple, au premier étage, il
paraît l’abandonner, mais, en réalité, il le conserve sur un registre mineur, avec les niches
aveugles qui encadrent la baie sous fronton (fig. 5)44 ; ces niches permettent en fait de
dépasser la distinction albertienne entre structure et ornement, puisqu’elles rendent
sensible l’épaisseur du mur, et le désignent ainsi comme un élément tectonique, et non
pas seulement comme un écran45. De même le triple pilastre ionique n’est pas ici une
fantaisie inutile ; outre qu’il exalte le système ternaire déjà suggéré par les trois
ouvertures, il assure, par un jeu d’échos, la transition entre l’ordre plaqué et la paroi.
16 Mais l’invention la plus significative de Bramante est sans doute, pour notre propos, la
célèbre « travée rythmique » de la plate-forme supérieure du même « cortile ». A vrai dire
Alberti l’avait déjà utilisée dans l’ordonnance intérieure de Saint-André de Mantoue46,
mais ici les possibilités du schéma sont mieux exploitées : en particulier la saillie de
l’entablement, au-dessus des pilastres, isole mieux l’unité plastique et retrouve
opportunément le souvenir des éléments d’encadrement des arcs triomphaux, où des
colonnes jumelées, à entablement souvent projeté vers l’avant, encadraient l’arcade
centrale, et solennisaient la façade des piles latérales. Ce rôle à la fois organisateur et
solennisant de la double colonne d’applique s’affirme sous une forme plus dépouillée au
second niveau du palazetto Caprini, dont plusieurs dessins nous conservent le souvenir
(fig 6)47. On relève dans un exemple comme celui-ci la discrète efficacité de ces pilastres
en faible relief qui, sans avoir le caractère ostentatoire et contraignant des colonnes
libres, assurent à la paroi son rythme et, partant, sa dignité. Grâce à eux les volumes de

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


132

cette façade, comme les mots de la prose oratoire de Cicéron, gardent leur cohérence :
neque ita soluta ut vagentur...48.

FIG. 8

FIG. 9

17 A cette recherche de continuité et d’animation dans le traitement des grands ensembles,


qui paraît caractériser l’art de Bramante, on pourrait opposer le travail contemporain de
Raphaël architecte. En réalité, le soin extrême du détail, qui fait à nos yeux le charme de

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


133

la chapelle Chigi, en l’église Sainte-Marie du Peuple, participe d’une volonté analogue :


utiliser les ressources des ordres traditionnels pour conserver leur rigueur aux nouvelles
compositions. Ainsi, l’exquise citation plastique qui couronne l’ordonnance inférieure de
cette chapelle, par ailleurs conçue comme un bloc cubique surmonté d’un cylindre, nous
séduit d’abord par le raffinement de son vocabulaire et la perfection de son exécution
(fig. 7). On a pu dire, à juste titre, que ce chapiteau et cet entablement corinthiens étaient
les plus fins décors dérivés de l’antique, que nous ait légués l’architecture de cette époque
49. Mais ils manifestent aussi le souci raphaëlien de contrôler l’image plastique dans ses

aspects les plus ténus, et de définir strictement un cadre de référence où s’inscrive


l’ensemble de l’élévation. L’entablement, qui souligne en un mouvement déjà baroque les
angles des parois, assure la solidité syntaxique des registres supérieurs, où se multiplient
de niveau en niveau, jusqu’au sommet de la coupole, les rappels harmoniques de cette
modénature, dont les fermes lignes horizontales empêchent l’éclatement inorganique des
parties hautes.
18 A l’autre bout du XVIe siècle, Palladio conduira à son terme cette féconde réflexion sur les
potentialités oratoires des ordres. Voyons, par exemple, la « loggia del Capitaniato » de
Vicenze50. Si nous avons encore dans l’œil l’ordre colossal de la décoration interne du
temple de Baalbek, il nous est facile de mesurer la puissance des colonnes gigantesques de
la façade de cet édifice ; l’animation y est plus grande que dans la plupart des exemples
antiques, car les fûts, en fort relief, semblent interrompre la pesante corniche qui
supporte le balcon des fenêtres. Sur le côté, le discours plastique perd subitement de sa
solennité, cela par le seul fait de la réduction de l’ordre adossé aux dimensions du
premier niveau.
19 Cependant cette œuvre très colorée, et d’ailleurs très discutée, de Palladio, n’est pas pour
nous la plus convaincante51. Pour juger du caractère démonstratif, probabile, des
colonnades paladiennes, il convient de se rendre à Venise au pied de l’église du
Redempteur.
20 Une fois dépassé le premier moment de perplexité devant ces ordres plaqués surmontés
de frontons, qui se superposent ou se chevauchent, on s’aperçoit que c’est eux qui
confèrent à la façade sa rationalité. De quoi s’agit-il en effet ? D’une contraction du
schéma pronaos-naos, avec une référence indéniable au Panthéon de Rome (fig. 8) 52. Les
hautes colonnes du premier plan figurent le portique à fronton qui était, dans l’édifice
antique, projeté devant la rotonde.
21 Les pilastres de l’ordre mineur qui se profilent au second plan sont là pour rendre plus
sensible le relief de cet avant-corps, qui est censé offusquer la vue d’un fronton
postérieur, dont apparaissent seulement les angles. Le fronton supérieur évoque le massif
quadrangulaire qui, au Panthéon, sert de raccord entre le pronaos et la cella circulaire ;
dans l’église palladienne, sur une façade faite pour être vue de la rive opposée du canal de
la Giudecca, il assure la transition entre le triangle du premier plan et le bulbe de la
coupole. Ainsi les ordres jouent ici un rôle primordial dans l’explicitation du parti
architectural, dans l’information et la hiérarchisation des volumes : sans eux l’édifice
resterait, au sens propre, illisible.
22 La limite extrême de cette recherche semble être atteinte avec un projet attribué à C.
Lombardino pour la façade de Saint-Celse à Milan, conservé sur un dessin du Victoria and
Albert Museum53 : les colonnades constituent la substance même de la construction, et

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


134

deviennent les seules composantes retenues par l’architecte pour la définition des masses
et l’articulation des plans (fig. 9).

***

23 Cette trop rapide recension de quelques-uns des emplois des ordres, envisagés dans leurs
rôles plastiques et rythmiques, nous a du moins permis de mesurer la vitalité de certaines
formules qui, malgré l’apparente raideur du schéma colonne-entablement, ont contribué
pendant des siècles à varier la forme et l’organisation des constructions publiques, à en
modeler l’aspect et à traduire en un langage intelligible sinon explicite la pensée de
l’architecte. Avant de se figer dans les montages sans vie du néo-classicisme — Scamozzi
suit de très près Palladio — la rhétorique des ordres aura longtemps aidé les édifices à
parler et même, pour suivre l’image d’Eupalinos, dans quelques cas, plus rares il est vrai, à
chanter54.

NOTES
1. De Oratore, II, 79, 320.
2. Brutus, 285 ; 289.
3. Cf. par exemple l’étude, au demeurant remarquable, de P. PORTOGHESI, Borromini, l’architettura
corne linguaggio, Rome, 1967.
4. F. E. BROWN, Vitruvius and the liberal Art of Architecture, dans Bucknell Review, XI, 4, 1963, pp. 99
sq.
5. Cf. E. BRÉHIER, Posidonius d’Apamée, théoricien de la géométrie, dans REG, 24, 1914, pp. 44 sq.,
particul. p. 55.
6. De Officiis, I, 151. Cf. A. MICHEL, Les rapports de la rhétorique et de la philosophie dans l’œuvre de
Cicéron, Paris, 1960, pp. 128 sq.
7. Cf. L. T. SHOE, Etruscan and Republican Roman Mouldings, MAAR, 28, 1965.
8. Rhétorique, Γ, 8.
9. CICÉRON, De Oratore, III, 45, 178 sq. Cf. A. MICHEL, op. cit., pp. 350 sq. et pp. 369 sq.
10. Particulièrement De architectura, III, 3, 8 sq.
11. Par ex. De Oratore, III, 47, 182 ; Orator, 189 ; 191 sq.
12. F. E. BROWN, loc. cit., pp. 104 sq.
13. A. MICHEL, op. cit., pp. 131 sq. et pp. 311 sq.
14. De Officiis, I, 96 : Id. (...) quod ita naturae consentaneum sit, ut in eo moderatio et temperantia
apparent cum specie quadam liberali.
15. De architectura, I, 2, 5 : decor autem est emendatus operis aspectus probatis rebus compositi cum
auctoritate. Is perficitur statione, quod graece θεματισμωι dicitur, seu consuetudine aut natura.
16. Cf. G. ROUX, L’architecture de l’Argolide aux IVe et IIIe s. av. J.-C, Paris, 1961, pp. 24 sq.
17. Cf. G. GRUBEN, Die Tempel der Griechen, Munich, 1966, pp. 220 sq.
18. Voir par ex. III, 3, 3 et III, 3, 9. Cf. P. GROS, Aurea Templa, Recherches sur l’architecture religieuse de
Rome à l’époque d’Auguste, Rome, 1976, pp. 106 sq.
19. Ibid., p. 107.

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


135

20. Cf. A. BAMMER, Die Architektur des jüngeren Artemision von Ephesos, Wiesbaden, 1972, pp. 9 sq. ; G.
GRUBEN , op. cit., pp. 344 sq.
21. P. GROS, op. cit., pp. 113 sq.
22. Sur la « Verkürzung », cf. H. H. BÜSING, Die griechische Halbsäule, Wiesbaden, 1970, pp. 72 sq.
23. De Oratore, III, 52, 199. Cf. A. MICHEL, op. cit., pp. 357 sq.
24. G. Roux, op. cit., pp. 236 sq, et R. MARTIN , Les colonnes d’applique dans l’architecture hellénistico-
romaine, dans Mélanges Collart, Lausanne, 1976, pp. 287 sq.
25. Cf. A. MICHEL, op. cit., p. 351 et p. 364.
26. Cf. R. DELBRUECK, Hellenistische Bauten in Latium, Strasbourg, 1907, I, pp. 23 sq.
27. Cf. G.-Ch. PICARD, Empire romain, Architecture universelle, Fribourg, 1965, pl. 88.
28. CICÉRON, De Oratore, III, 14, 52.
29. Cf. Aurea Templa (op. cit.), p. 195.
30. Voir par ex. H. BARDON, dans Ovidiana, Paris, 1958.
31. Ce conflit est particulièrement aigu dans la cella du temple d’Apollon dit Sosianus (cf. Aurea
Templa, op. cit., pp. 182 sq.).
32. Pour Borromini et la villa Hadriana, cf. P. PORTOGHESI, op. cit., pp. 16 sq.
33. CAIROLI F. GIULIANI, dans Ricerche sull’Architettura di Villa Adriana (Quaderni Istituto di Topogr.
antica, VIII), Rome, 1975, pp. 9 sq.
34. Ibid., pp. 42 sq.
35. Ibid., p. 51.
36. Cf. R. KRAUTHEIMER, Early Christian and Byzantine Architecture, Harmondsworth, 1965, pp. 167 sq.
37. Sur ces notions, cf. H. DRERUP, Bildraum und Realraum in der römischen Architektur, dans RM, 66,
1955, pp. 147 sq.
38. Voir surtout De re aedificatoria, VI, 2, p. 447, de L. B. Alberti, L’architecture, t. II, Milan, 1966 ; IX,
5, p. 817.
39. Orator, 38 ; 81 ; 83 ; 149 ; 164 sq. ; 201 ; 219 ; Brutus, 325 ; 327.
40. Orator, 84 (elaborata concinnitas) ; Brutus, 287.
41. VI, 2, p. 447 de l’édition citée supra. Le traducteur G. Orlandi note les difficultés rencontrées
pour rendre le sens de concinnitas, le mot « armonia » (harmonie) n’étant que peu satisfaisant.
Voir aussi A. CHASTEL, Éclosion de la Renaissance (Univers des Formes), Paris, 1972, p. 63.
42. Sur les corrections optiques des parties hautes, cf. Vitruve, III, 5, 13.
43. L’une des premières applications s’en trouve sur la façade du Tabularium, côté Forum. Cf. E.
NASH, Bildtexikon zur Topographie des antiken Rom, II, Tübingen, 1962, pp. 402 sq.
44. Cf. P. PORTOGHESI, Roma nel Rinascimento, I, Venise, 1974, p. 47.
45. Cf. G. MIARELLI MARIANI, dans Bramante tra Umanesimo e Manierismo, Rome, 1970, pp. 152 sq.
46. P. PORTOGHESI, op. cit., p. 48.
47. Le plus clair est celui qui fut gravé par Lafrery (reproduit par ex. dans Palladio, catalogo della
mostra, Venise, 1973, fig. 24).
48. CICÉRON, De Oratore, III, 45, 176 : ut verba neque alligata sint quasi certa aliqua lege versus neque ita
solita ut vagentur...
49. P. PORTOCHESI, op. cit., p. 72.
50. Construite en 1571.
51. Cf. R. CEVESE, dans Palladio (op. cit.), pp. 117 sq.
52. R. CEVESE, ibid., p. 89. Palladio avait beaucoup étudié ce temple romain, comme le prouvent les
dix dessins qu’il lui consacra, au 4e livre de ses Quattro Libri dell’Architettura, Venise, 1570.
53. Publié dans Palladio, fig. 34.
54. P. VALÉRY, Eupalinos ou l’architecte, pp. 105-106.

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


136

AUTEUR
PIERRE GROS
Université d’Aix-en-Provence

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


137

Vitruve : l’architecture et sa théorie, à


la lumière des études récentes1
Aufstieg und Niedergang der römischen Welt, II, 36, 1, Berlin, New York,
1982, p. 659-695

Pierre Gros

Introduction
1 Comme tous les écrits théoriques de l’antiquité, l’œuvre de Vitruve est soumise en
général à deux modes d’interrogation qui, dans la pratique, se rencontrent rarement.
Nombreux sont, d’une part, ses utilisateurs : archéologues, historiens de l’art, des
techniques ou de l’architecture, ils s’y réfèrent sans cesse pour en tirer des indications
ponctuelles. Plus clairsemée apparaît en regard la cohorte des exégètes, qui aborde le ‘De
architectura’ comme un texte à établir et à analyser. Cette seconde approche,
traditionnellement réservée aux philologues, est évidemment fondamentale, car d’elle et
de ses conclusions dépendent non seulement les modalités de l’utilisation du livre, mais la
légitimité même des références que les spécialistes prétendent y puiser.
2 Il y a là une division des tâches préjudiciable à une saine compréhension des problèmes ;
elle constitue sans nul doute l’une des rançons les plus lourdes du progrès scientifique,
qui aboutit au cloisonnement de disciplines autrefois confondues ; et l’on se prend à
regretter le temps où un Fra Giocondo, aussi éminent architecte que savant archéologue,
effectuait, à partir des principaux manuscrits alors connus, la première ‘restauration
philologique’ du ‘De architectura’1.
3 Le problème se complique si l’on observe que le traité vitruvien n’est pas unitaire. Et cela,
moins en raison du fait, souvent allégué, que les dix livres ont sans doute été composés
par groupes, à des dates différentes, et rassemblés en une sorte de corpus lorsque les
circonstances semblèrent favorables à leur auteur2 ; moins en raison de l’apparente
disparate des sujets traités, qui ne relèvent pas tous directement, surtout dans les trois
derniers livres, de ce que nous entendons aujourd’hui par le mot architecture3, que parce

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


138

qu’un net clivage sépare ceux des livres ou passages consacrés aux techniques de
construction, de ceux des livres consacrés aux types monumentaux. Dans les premiers, les
observations tirées de la pratique quotidienne des bâtisseurs et, sans doute dans une
moindre mesure, de l’expérience de Vitruve, offrent un intérêt immédiat pour
l’interprétation des vestiges de la fin de la République et du début de l’Empire ; les notices
qu’ils contiennent, en dépit de quelques lacunes étonnantes mais explicables, peuvent
être exploitées, sans un trop long détour méthodologique préalable. Dans les seconds au
contraire l’absence fréquente de correspondance entre les monuments contemporains et
les archétypes décrits dans le texte trahit le caractère systématique des développements,
et pose le problème de leur finalité en termes plus épistémologiques qu’archéologiques.
Et naturellement cette opposition constatée soulève en elle-même une nouvelle question,
et non des moindres : celle de la signification globale d’un traité, où se côtoient des
éléments d’origine et de portée si diverses.
4 Depuis une quinzaine d’années, Vitruve bénéficie, au même titre que Geminos de Rhodes,
Strabon ou Pline l’Ancien, du regain d’intérêt qui se manifeste aujourd’hui pour les
exposés techniques grecs et latins, trop oubliés depuis la fin du siècle dernier ou les
premières années de celui-ci4. Après les efforts déployés par la Quellenforschung, après la
publication, due aussi à la philologie allemande, des premières éditions scientifiques du
‘De architectura’5, on avait longtemps estimé que les difficultés qui subsistaient dans
l’interprétation du texte étaient sans importance, eu égard à l’acquis, effectivement
énorme, de la recherche germanique. D’autant que les aspects proprement techniques et
graphiques semblaient avoir été abordés et du même coup épuisés par la tentative de
l’architecte A. CHOISY qui, dans sa monumentale édition de 1909, mettait à la disposition
de tous le trésor toujours précieux de ses analyses et de ses dessins6. Sans doute des voix
s’étaient élevées très tôt pour dénoncer l’incertitude de la tradition textuelle utilisée par
cet auteur, les corrections qu’il prétendait apporter aux passages jugés corrompus, et
leurs fâcheuses incidences sur certaines de ses reconstitutions7. Mais cette somme, qui
avait le mérite d’exister, allait pour longtemps décourager, et pas seulement en France,
les ‘vitruviens’ éventuels.
5 Trois livres cependant devaient émerger ensuite de la masse des études philologiques ou
archéologiques, et faire figure, chacun à leur façon, de précurseurs. Il convient d’en
rappeler brièvement la teneur pour comprendre les orientations de la recherche actuelle.
6 Le long mémoire de A. BIRNBAUM, publié à Vienne en 1914, est le premier à se fonder sur
une connaissance précise des sites gréco-orientaux d’époque tardoclassique et
hellénistique8. La confrontation du texte avec les indications chiffrées que cet auteur
tirait des publications alors toutes récentes des vestiges de Priène, Magnésie du Méandre
ou Olympie, constituait un progrès décisif : loin de s’en tenir à des schémas abstraits,
coupés de toute réalité archéologique, BIRNBAUM pouvait déjà, dans bien des cas, mesurer
la part de l’héritage et la part de la théorisation arbitraire dans les modèles proposés par
Vitruve9. Aussi l’analyse des données typologiques s’en trouve-t-elle singulièrement
enrichie, et les restitutions proposées, pour les entablements ionique et dorique, pour les
basiliques, les gymnases et les maisons « grecques », offrent-elles souvent plus
d’épaisseur historique que celles de CHOISY10. Le seul tort de cet architecte autrichien est
d’avoir cédé à la tentation de la source unique. Entraîné à la fois par de troublantes
correspondances, et par les mentions explicites du théoricien, il place Hermogénès à
l’origine de presque tout, s’interdisant, par là-même, une appréciation bien articulée de la
démarche de Vitruve. Mais la voie était ouverte à une meilleure localisation historique et

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


139

esthétique des livres III à VI, et le mythe de Vitruve, inventeur et codificateur de


l’architecture augustéenne, s’en trouvait sérieusement ébranlé.
7 Sans échapper complètement à la problématique artificiellement contraignante de la
source principale, sinon unique, puisqu’il privilégie d’une façon abusive la personne et
l’œuvre d’Hermodoros, F. W. SCHLIKKER a bien montré, au terme d’une étude trop peu
connue, d’une lecture il est vrai difficile, quelles étaient, pour Vitruve, les règles
immanentes de la beauté11. Fondées sur les notions cardinales de symétrie, d’eurythmie et
de decor — ces deux dernières s’arrogeant peut-être un rôle excessif, si l’on songe à la
minceur relative des passages où elles sont alléguées dans le ‘De architectura’ 12 —, ces
règles procédaient de conceptions diverses, et parfois contradictoires : issues pour partie
de simples traditions d’atelier, pour partie d’une réflexion esthétique élaborée, elles
participent tantôt d’une tendance classicisante, comme le rapport 2/3 qui régit les
dimensions en plan des édifices cultuels et de certaines pièces des demeures privées 13,
tantôt d’une volonté de marquer le terme extrême d’une évolution engagée depuis
longtemps ; c’est le cas, parmi d’autres, de la règle dite des couronnements (Simsregel) qui,
pour l’abaque du chapiteau corinthien, pour les cymatia des différents types d’architrave
ou de frise, définit la proportion très réduite de 1/714. Ce qui est moins clairement cerné
par SCHLIKKER c’est l’importance du parti normatif chez Vitruve, et les choix, les
simplifications, les ellipses, les innovations aussi, que ce parti impose au théoricien ; c’est
aussi, corollairement, l’exigence propre au genre du traité, et les structures auxquelles
doivent se plier les développements techniques. De Ce fait il reste souvent démuni devant
les erreurs ou lacunes du discours du Baumeister : par exemple il ne parvient pas à
expliquer par la seule tension entre les nécessités de l’eurythmie et celles de la symétrie
les invraisemblances et incompréhensions qu’il relève dans les passages concernant les
corrections optiques15.
8 On ne saurait faire le même reproche à S. FERRI qui, en marge de sa suggestive édition des
parties « architecturales » des dix livres de Vitruve, rédige un commentaire souvent
acerbe de la pensée et de la méthode du théoricien16. Cette œuvre majeure avait été
précédée de plusieurs études, dont une sur l’esthétique vitruvienne, et une autre sur
divers passages du ‘De architectura’, soumis à une exégèse « archéologico-critique » 17 ;
l’auteur y faisait déjà preuve de cette finesse corrosive et de cette aptitude à déceler les
cheminements cachés ou les faiblesses inavouées d’un développement d’apparence
irréprochable, qui donnent son prix à l’anthologie de 1960. Pour la première fois ces
chapitres si difficiles et si déconcertants sont abordés de front par un philologue formé
aux méthodes les plus exigeantes, mais qui se double d’un archéologue, parfaitement
informé des problèmes techniques et formels posés par l’architecture antique. J’ajouterai
qu’un troisième personnage se manifeste constamment dans ce livre attachant, c’est
l’homme FERRI, avec sa passion, son dynamisme intellectuel, et aussi ses partis-pris
quelque peu irritants. Sa première démarche est de rendre au texte toutes ses aspérités ;
les éditions antérieures, et particulièrement celle de KROHN, avaient abouti à modifier
nombre de passages, au nom de la cohérence logique et de la correction grammaticale.
FERRI prend le parti, toujours fécond dans son principe, de se tenir le plus près possible
des données de la tradition manuscrite, fussent-elles difficilement compréhensibles en
première analyse18. D’où la restitution d’une certaine inconcinnitas, que la méthode de
l’école germanique avait tendu à estomper. De ce point de vue, par exemple, le maintien
du texte des manuscrits en III, praef. 1, auquel KROHN, repris récemment par FENSTERBUSCH
, avait cru devoir faire subir un bouleversement arbitraire, est d’excellente méthode19. On

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


140

peut seulement regretter que FERRI ne profite pas du recours à cette lectio difficilior pour
poser en termes plus clairs les problèmes moraux soulevés par ce texte curieux, et en
particulier par le fait que la vetustate officinarum notitia, apparaisse placée sur le même
plan, d’une façon assez inattendue, que la richesse ou la facilité de parole 20.
9 Mais c’est surtout dans l’exégèse des notions et raisonnements vitruviens que cet auteur
donne sa pleine mesure. Il n’a pas son égal pour remettre en perspective concepts
esthétiques et pratiques concrètes, en s’appuyant sur une connaissance souveraine des
précédents textuels et des témoignages archéologiques21. Ce faisant il ne peut que
souligner l’ignorance où était souvent Vitruve des réalités monumentales grecques ou
asiatiques que celui-ci se risque, sinon à décrire, du moins à invoquer à titre d’exemple.
Sans escamoter le problème des sources, il lui donne d’autre part une dimension, sinon
nouvelle — car un ODER l’avait déjà mise en évidence22 — du moins plus « opératoire » : sa
connaissance très superficielle du grec a souvent conduit l’architecte romain à se servir
d’intermédiaires empiriques, manualetti plus ou moins sommaires, rédigés en latin par des
vulgarisateurs, glossaires techniques bilingues rendus indispensables par la présence en
Italie de nombreux maîtres-d’œuvre d’origine hellénique ; d’où des bévues, confusions ou
malentendus, que FERRI ne se contente pas de dépister, mais dont il restitue, souvent
d’une façon convaincante, la genèse et la diffusion23.
10 Cependant, en dépit ou à cause de son intelligence, ce commentaire si précieux pêche par
un hypercriticisme systématique, et une sous-évaluation fréquemment excessive des
connaissances, voire des facultés intellectuelles de Vitruve. Quand il reproche par
exemple au théoricien sa mentalité anti-historique, FERRI ne fait-il pas preuve lui-même
d’un certain manque de sens historique, en déplorant l’absence d’un critère dont
l’acquisition est finalement très récente dans la mentalité occidentale ?24 Nous aurons
l’occasion de montrer quel type de correctif il convient parfois d’apporter à cette édition
commentée. Mais la dette de tous les vitruviens à son égard n’en reste pas moins
importante.
11 Les directions suggérées par ces travaux n’ont pas été perdues de vue. Leur acquis, mais
aussi les nouvelles problématiques qu’ils ont contribué à cerner, ont permis de pousser
l’exploration selon les trois axes suivants : l’établissement du texte, la place de Vitruve
dans l’univers culturel de son temps, le contenu réel, enfin, et la portée de sa codification.
Ce sont là les composantes indispensables d’une démarche préliminaire à toute
exploitation technique et archéologique, qui se voudrait consciente de ce qu’elle peut
attendre du ‘De architectura’.

I. Établissement du texte
12 Les importantes collations effectuées par C. FENSTERBUSCH pour son édition de 1964, la
préparation d’une édition complète, en dix volumes, dans la ‘Collection des Universités de
France’, ont suscité des progrès décisifs dans le recensement, le classement et la lecture
des principaux manuscrits de Vitruve25. Sans entrer ici dans le détail d’une question qui
doit être traitée avec plus d’ampleur par L. CALLEBAT (infra, p. 696—722), rappelons-en les
données principales : les manuscrits du ‘De architectura’, fort nombreux, s’échelonnent
du IXe au XIVe s. ; ils prouvent à satiété que l’ouvrage n’était pas inconnu des érudits
médiévaux, et que l’exhumation d’un ‘Vitruve’ complet des archives de la bibliothèque de
Saint-Gall, pendant le concile de Constance, en 1416, par les soins de Poggio Bracciolini,

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


141

de Cencio dei Rustici et de Bartolomeo Aragazzi, dont on voulut faire pendant longtemps
un commencement absolu, n’a été qu’une redécouverte26. Des divers catalogues publiés, le
plus récent et le mieux documenté est celui de C. H. KRINSKY, qui présente soixante-dix-
huit manuscrits27 ; mais la liste n’est pas close, et des trouvailles comme celle de A. GIRY,
qui identifia en 1878 un ‘Vitruve’ du Xe s. à la bibliothèque de Sélestat, peuvent encore se
produire28. Il est peu probable toutefois qu’elles modifient sérieusement les connaissances
acquises, puisque, dans cette tradition foisonnante, beaucoup de manuscrits restent
fragmentaires, et que la plupart apparaissent naturellement issus d’un nombre restreint
d’ancêtres communs. En tout état de cause la collation de ces multiples copies ne saurait
être envisagée sans le recours à des moyens mécanographiques.
13 Des divers classements proposés en vue de l’établissement du stemma, il faut retenir les
deux dernières tentatives, dues à des philologues français. Au terme de leur étude très
approfondie de 1960, P. RUFFEL et J. SOUBIRAN avaient cru pouvoir définir cinq familles,
issues d’un seul archétype29. Plus récemment J.-P. CHAUSSERIE-LAPRÉE, tout en
reconnaissant sa dette à l’égard de ces deux précurseurs de l’Université de Toulouse, a pu
mettre en place un nouveau stemma, dont la sûreté et l’efficacité se vérifient chaque jour
30
: partant lui aussi de seize manuscrits fondamentaux, il a prouvé que la répartition
devait se faire entre deux familles seulement, l’une à texte bref et l’autre à texte long,
issues de deux copies non conservées d’un même archétype. Cette découverte qui permet
en outre de situer exactement le manuscrit de Sélestat par rapport au ‘Harleianus’,
considéré comme le plus ancien de ceux qui nous sont parvenus, sert désormais de base à
toute édition du ‘De architectura’.Déjà le livre 8, publié par L. CALLEBAT, dans la série
mentionnée plus haut des Universités de France, en tire le meilleur parti, et l’on y
enregistre, par rapport aux publications antérieures, une clarification sensible de
l’apparat critique : cette meilleure organisation du stemma simplifie les groupements
caractéristiques, et permet souvent des lectures mieux assurées31.
14 Mais l’analyse de la tradition la plus ancienne peut et doit être complétée par celle des
éditions ou manuscrits des XVe et XVIe s., en latin ou en langue vulgaire. BODO EBHART a
jadis donné des principaux de ces ouvrages une liste analytique, qui vient d’être
utilement réimprimée32. Depuis quelques années, un regain d’intérêt se manifeste pour
eux, particulièrement en Italie, où les études d’histoire de l’architecture, pour la période
de la Renaissance, sont très vivantes. Autour de P. PORTOGHESI et de F. BORSI, de nombreux
chercheurs poursuivent en ce domaine un effort intense, devant lequel les ‘vitruviens’ ne
sauraient rester indifférents33. La découverte, en 1974, d’un incunable de la Bibliothèque
Nationale de Paris, comportant, outre le texte du ‘De architectura’, des annotations et
dessins de la main de GUILLAUME BUDÉ34, l’édition critique, publiée pour la première fois en
1975, du texte de MARCO FABIO CALVO, qui avait traduit Vitruve à la demande de RAPHAËL,
lequel multiplie remarques et commentaires marginaux35, sont des événements dont
l’intérêt philologique n’est pas inférieur à leur portée historique. Il est toujours instructif
de voir comment ces érudits ou artistes, dont la familiarité avec les textes et les
monuments est confondante, réagissent aux passages difficiles du traité ; souvent ils
éludent ou ignorent les cruces, mais parfois ils tranchent avec une rafraîchissante audace,
et leur intuition, oubliée, enfouie sous la masse des données accumulées par la science des
siècles postérieurs, ouvre la voie à une solution. Comment ne pas s’étonner, par exemple,
devant la pertinence de la correction suggérée par RAPHAËL, en marge de la note de IV, 6,1
concernant la hauteur de la porte dorique et celle du mur du pronaos ? En substituant le
rapport 4, 5/3, 5 à celui, universellement reconnu comme fautif, de Vitruve36, il agit

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


142

comme le précurseur du savant RODE, qui, dans son édition de 1800, proposera une lecture
très voisine, et, du point de vue de la codicologie, pleinement satisfaisante 37.
15 Le problème méthodologique posé par les erreurs ou insuffisances manifestes des
manuscrits, dans des développements techniques souvent fort elliptiques, est à vrai dire
le plus épineux de tous ceux auxquels se heurte encore l’exégète moderne du ‘De
architectura’. L’affinement de la réflexion sur les passages réputés difficiles ou corrompus
ne suffit pas, dans bien des cas, à cerner une solution. Entre le respect religieux de la
tradition, qui animait un ROSE, et les libertés prises par un CHOISY ou un KROHN dans
l’aménagement du texte, un mode d’intervention tend à se dégager cependant, marqué
par la prudence bien sûr, mais aussi par une connaissance plus approfondie de la langue
et des méthodes de l’auteur.
16 Dans son édition de 1964, qui se présente modestement comme un Arbeitsbuch, mais
constitue en réalité la meilleure synthèse actuellement disponible, C. FENSTERBUSCH se
refuse, après S. FERRI, à adopter la modification introduite par KROHN en III, 2,5, qui
consiste à placer l’expression sine postico (sans portique sur la face postérieure) au
voisinage de la mention du temple de Jupiter Stator, sous prétexte que le schéma de cette
aedes dans la ‘Forma Urbis Severiana’ ne comporte de colonnade libre que sur trois de ses
côtés38. Ce transfert ne manque pas, en première analyse, d’emporter la conviction,
puisqu’il s’appuie sur le témoignage « irréfutable » d’un document figuré antique. Mais
cette conjonction, apparemment heureuse, de la philologie et de l’archéologie, repose en
fait sur des a priori plus que dangeureux : un document externe au texte lui-même
autorise-t-il une correction, dans un sens opposé à celui que suggèrent tous les
manuscrits ? Même si nous pouvons apporter la preuve matérielle que Vitruve s’est
trompé, devons-nous pour autant retoucher sa notice ? Si un tel principe devait être
adopté, il faudrait récrire, par exemple, tout ou partie de ses chapitres sur l’astronomie,
la gnomonique ou la balistique39. Dans le cas particulier de la notice du livre III, une étude
plus poussée de la topographie de la zone du Circus Flaminius à la fin de l’époque
républicaine autorise d’ailleurs à penser que le temple en question était effectivement
périptère, et que seule la réfection augustéenne du Portique de Metellus en fera un
peripteros sine postico40. L’application du principe de correction systématique, en soi déjà
fort contestable, se doublait donc, chez KROHN, d’une erreur historique ponctuelle. Mais,
dans d’autres cas, l’éditeur doit remédier à des inadvertances incontestables de la
tradition manuscrite, sous peine de s’arrêter à un texte erroné ou dépourvu de sens. J.
SOUBIRAN est sans doute celui qui en a fait le plus souvent l’expérience, dans son édition
du très difficile livre IX41. Les solutions nouvelles qu’il propose sont toujours
remarquables d’intelligence et de rigueur car elles ne se justifient pas seulement par des
observations paléographiques, mais aussi par des rapprochements textuels, des
considérations techniques et une très juste appréciation des lacunes scientifiques de
Vitruve. Ainsi se trouve amélioré, en un passage essentiel, la description de l’expérience
d’Archimède (IX, praef. 12) ; Andromède est remise à sa place au prix d’un aménagement
minime de la leçon traditionnelle, autorisé d’ailleurs par une notice d’Eudoxe (IX, 4,3) ;
l’examen attentif du mécanisme de l’’horloge de Ctésibius’ permet une restitution
ingénieuse (IX, 8,5) ; une glose, dont la maladresse avait échappé aux précédents éditeurs,
est rejetée du passage concernant le système de réglage du débit (IX. 8,12), etc. Ce qui fait
le prix de tels remaniements, c’est que, malgré leur efficacité, ils n’apparaissent jamais
comme abusifs, puisqu’ils conservent au texte son esprit et ses limites ; s’ils lui rendent sa
cohérence, ils n’entendent nullement le purger des erreurs inhérentes à l’état de la

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


143

science à l’époque de Vitruve, ou aux dégradations que l’auteur latin fait


involontairement subir à une tradition souvent trop complexe pour lui.

II. La situation de Vitruve dans l’univers culturel et


scientifique de son temps
17 Longtemps le ‘De architectura’ fut l’objet de jugements de valeur, voire de mouvements
d’humeur, qui révélaient surtout les préjugés de ceux qui les formulaient ou les
manifestaient. De ODER à FERRI court une ligne dépréciative, où Vitruve, ce « prolétaire à
demi inculte », est volontiers chargé de toutes les tares, de toutes les ignorances et de
toutes les vanités42. Inversement, un courant ‘positif, représenté, à des degrés divers, par
CHOISY et PELLATI, veut en faire un maître à bâtir de premier rang, codificateur souverain
de l’héritage grec, et créateur des grandes formules de l’urbanisme impérial 43.
18 L’auteur du seul traité d’architecture que l’antiquité nous ait légué n’a certes mérité ni
cet excès d’honneur ni cette indignité. De récentes études permettent de dédramatiser un
débat, trop souvent marqué par des options idéologiques sans rapport avec la teneur
réelle du ‘De architectura’, et de le transporter sur un terrain plus sûr sinon plus serein,
celui de l’histoire des rapports de la science et de la technique à la fin de l’époque
hellénistique44.
19 Vitruve nous apparaît d’abord comme l’héritier d’une tradition ‘scientifique’ dont il est,
avec Strabon, l’un des derniers représentants. Cette tradition lui dicte un certain nombre
d’attitudes et de choix, dont il convient de tenir compte si nous voulons comprendre sa
démarche, et ce qu’on hésite parfois, à juste titre, à appeler sa méthode. Mais en même
temps il s’en démarque assez nettement, et c’est là ce qui a déconcerté beaucoup
d’observateurs, d’autant que les raisons de cette prise de distance, loin d’être toutes
clairement formulées, tiennent en grande partie à sa position socio-culturelle et à sa
personnalité.
20 Ainsi la ‘polymathie’ de principe, vigoureusement revendiquée dès le début du premier
livre, comme une exigence propre à l’architecte, est en réalité commune à toutes les
activités « scientifiques » ou « libérales », à l’époque hellénistique45. Les grands noms de
la science grecque, d’Eratosthène à Posidonius, comme de la pensée latine, de Varron à
Cicéron, et, par-delà, à Quintilien, ont tous postulé et encouragé cette volonté de culture
encyclopédique et cette quête d’un savoir universel46. La longue digression du livre III du
‘De Oratore’ où Crassus et Catulus échangent leur conception sur la nécessaire culture de
l’orateur, constitue sans doute l’effort de réflexion le plus notoire qu’un auteur antique
ait conduit sur ce problème, car il s’y mêle le regret d’une sorte de spécialisation de la
science et une revendication en faveur de l’antique universalité de la doctrina 47. Chez
Vitruve une telle prétention revêt des aspects émouvants et naïfs, dans la mesure où elle
procède du souci d’élever une spécialité assez mal placée dans la hiérarchie des fonctions,
au rang d’une ars liberalis48. Mais on s’aperçoit vite qu’avec son pragmatisme d’homme de
métier, soucieux d’aboutir à un résultat rapide, il prône, pour les connaissances
périphériques, non directement impliquées dans l’art de bâtir, un mode d’imprégnation
superficiel, et refuse l’approfondissement que recherchait passionnément encore l’un de
ceux qu’il reconnaît pourtant pour ses maîtres, Pythéos de Priène49. A vrai dire, sa
position sur ce point précis est des plus inconfortables : certes, il l’indique d’entrée de jeu,
l’architecture, science appliquée, est fabrica autant que ratiocinatio 50 ; mais à suivre la

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


144

définition qu’il donne de ce second terme, si essentiel pour nous modernes, qui avons
tendance à ne plus voir dans les architectes que des hommes de conception et de
création, on constate qu’il représente pour lui une activité secondaire. La ratiocinatio ne
précède pas la fabrica, en tant que réflexion préliminaire à l’élaboration de la forme ; elle
la suit, comme simple explication ou exposition de l’objet construit. Autrement dit dans le
binôme hellénistique τέχνη — ἐπιστήμη dont il garde l’apparence, la science se trouve
réduite à une annexe, non nécessaire, de la technique51. Quand il reprend le même thème,
sous une autre forme, avec l’opposition du signifié et du signifiant, il établit une
équivalence encore plus nette : quod significatur, c’est la construction, et quod significat,
c’est le commentaire, éventuellement l’opuscule qui l’accompagne52. Cette difficulté à
concevoir une activité intellectuelle autonome se manifeste dans le fait suivant : hors de
la géométrie, de l’optique, de l’arithmétique et de la musique, qui entrent toutes, à des
titres divers, et sous une forme très concrète, dans la pratique professionnelle — dessin
des plans, éclairement des édifices, calcul des coûts et étude des proportions,
construction des théâtres et mise sous tension des engins de jet53 — il éprouve la plus
grande peine à rattacher au tronc commun les diverses branches de l’activité spéculative
qui pourtant constituent la cœur même des liberales doctrinae atque ingenuae, histoire,
droit ou philosophie54. De cette dernière il retient surtout, si l’on excepte un coup de
chapeau conventionnel aux valeurs morales, le rameau de la natura rerum, c’est-à-dire de
la physique, se montrant, en cela encore, très hellénistique d’esprit. Mais la physique de
Vitruve n’est pas celle de Lucrèce, qui explique les phénomènes55, c’est essentiellement le
recueil des recettes qui permettent de trouver des sources, de construire des aqueducs ou
des horloges à eau. Pour le reste, il se satisfait d’une approche théorique très générale, et
sa ratio exclut d’emblée, avec le refus des elegantiae, tout raffinement de connaissance
inutile. Autrement, dit-il, et la précision est intéressante, il ne s’agirait plus de former des
architectes mais des mathematici56. Là réside le sens de sa polémique contre Pythéos et ses
exigences maximalistes en matière de science désintéressée : pour Vitruve, l’architecte
est un technicien, qui doit certes pouvoir tenir sa place dans la société, mais ne saurait
usurper celle des savants.
21 Dans ce mélange de revendication culturelle et d’humilité pratique, qui explique la
tension et l’aigreur de plus d’un chapitre, Vitruve se révèle à la fois tributaire et victime,
malgré qu’il en ait, d’une hiérarchie séculaire des fonctions, qui établit un divorce strict
entre la pensée théorique et ses applications57. Malgré les progrès méthodologiques
certains qu’avait fait accomplir un Archimède à la pratique scientifique de son temps, en
explorant, par la mécanique, des théorèmes ensuite démontrés par la géomérie58, le
mépris pour les recherches concrètes immergées dans l’ἐμπειρία reste ancré dans la
mentalité hellénistique. Si l’on en croit Plutarque, le même Archimède soucieux de
maintenir, à l’exemple de Platon, la géométrie dans l’incorporel, n’éprouva que dégoût
pour ses propres trouvailles en matière de poliorcétique59. Et la brève période du
Mittelstoa, où un Posidonius, récrivant l’histoire de la pensée humaine, redonnait leur
pleine dignité aux praticiens, devait être vite oubliée60 : le soin avec lequel un Sénèque
recreuse le fossé entre la philosophia et les artes, affectant d’attribuer tous les progrès
techniques aux esclaves les plus misérables, en dit long sur le mépris réel où l’on
continuait à tenir les artifices, et parmi eux les architectes61.
22 Aussi ne saurait-on faire grief à Vitruve de marquer une indifférence presque totale aux
problèmes scientifiques de fond. C’est le corollaire inévitable d’une telle situation. Le
domaine des mathématiques est celui où transparaît le plus clairement le peu d’intérêt

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


145

qu’il porte aux notions abstraites : J. SOUBIRAN a bien montré combien il se souciait peu de
comprendre et de replacer dans leur contexte, les démonstrations « savantes » dont il
émaille sa préface du livre IX, et nous avons mis en évidence le caractère élémentaire des
emplois qu’il se risque à faire des nombres irrationnels62. Il en résulte de fréquents
flottements dans certaines de ses notices : J. POTTAGE, dans sa récente tentative pour
déterminer la valeur accordée par Vitruve au nombre π, s’est heurté à la même difficulté
que ses prédécesseurs, puisque le texte de X, 9, 1 ne permet pas de démêler laquelle des
deux approximations, 3 ou 3 1/6, avait la préférence de notre auteur63. Il n’est d’ailleurs
pas sûr que Vitruve ait isolé clairement cet irrationnel, et se soit jamais posé la question
de sa valeur approchée. Quant à H. PLOMMER, reprenant l’examen du texte fort
controversé sur la rose des vents, il constate que Vitruve est d’une grande discrétion sur
la méthode à suivre pour diviser le cercle en huit ou seize segments — à vrai dire on peut
s’interroger sur le degré de précision autorisé par ses connaissances en géométrie dans la
mesure des angles — ; et il souligne que le tracé du diagramme, loin de lever les
incertitudes de l’exposé théorique qui le précède, en ajoute d’autres64.
23 Le problème des corrections optiques révèle d’une façon encore plus explicite une
attitude similaire à l’égard de la physique théorique, dans un domaine où pourtant les
choix reposaient sur des options philosophiques et métaphysiques, que peu d’intellectuels
se permettaient d’ignorer. Le chapitre où Vitruve semble vouloir aborder la question de
front, présente en fait un échantillonnage hétéroclite des situations où les données des
sens s’avèrent trompeuses : les illusions répertoriées relèvent, soit de la réduction due à
la vision éloignée, soit de la relativité des volumes dans un espace clos, soit du rendu
perspectif des volumes sur un support plan, soit de la réfraction des rayons lumineux, le
tout relié lâchement par des quemadmodum, similiter, etc., qui entretiennent entre ces
phénomènes très différents une impression erronée d’analogie65. De l’accumulation de ces
exemples d’école Vitruve conclut à la nécessité, pour les architectes, d’avoir plus
d’ingéniosité — ingenii acumen — que de connaissances théoriques — doctrinae 66 — et il
laisse aux philosophes, avec une superbe désinvolture, les querelles sur les conditions de
la perception visuelle :... sive simulacrorum impulsu seu radiorum ex oculis effusionibus, uti
physicis placet...67. A la différence de cet architecte de Cicéron, qui s’exprime comme
Euclide, et entend fonder sur une théorie de la vision ses choix en matière d’éclairement,
Vitruve ne manifeste que le souci d’aboutir à un résultat concret, quels que soient les a
priori scientifiques de la démarche suivie68.
24 Le second héritage de la tradition hellénistique c’est, en ce qui concerne la méthode, le
goût du ‘raisonnement par récurrence’, inséparable du souci constant de chercher
autorités et précédents. Nous avons rappelé, dans une étude antérieure, que plusieurs
difficultés ou inexactitudes décelables dans la typologie des temples des livres III et IV,
tenaient uniquement aux modifications que Vitruve avait cru devoir faire subir à certains
schémas, pour qu’ils s’inscrivent mieux dans une lignée grecque69. Le cas des temples dits
à cella barlongue est le plus éloquent : leur rattachement arbitraire à une série d’édifices
de l’Attique était pour Vitruve le seul moyen de les intégrer à son discours70. Mais les
mêmes observations peuvent être faites, parfois, dans des développements que l’on ne
s’attend guère à voir soumis à de telles contraintes, ceux qui concernent, par exemple, les
techniques de construction. Si Vitruve parle longuement des briques, malgré sa réticence
à admettre ce matériau dans les constructions de l’Urbs71, c’est qu’elles ont tout de même
un long passé dans l’Orient hellénique, et s’il se soucie peu de distinguer le later crudus de
la testa, la brique crue de la brique cuite, ce n’est pas par manque de sens historique, mais

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


146

seulement parce que ce problème, essentiel en effet pour une juste appréciation des
maçonneries, n’est pas celui qui l’intéresse au premier chef72. Bien que les structures qu’il
décrit correspondent à une réalité italique, celle des constructions étrusques d’époque
archaïque, comme l’a bien montré R. STACCIOLI73, il se contente de rappeler que le type de
brique utilisé par ses « contemporains » — nostri — s’appelle lydium74.
25 Le troisième aspect de l’héritage, et non le moindre, pour ses conséquences négatives sur
la teneur générale de l’exposé, c’est la facilité à se satisfaire d’une information de seconde
main, qui entraîne, comme une procédure normale de ce genre de compilation, le recours
à des résumés simplifiants. Nous n’y insisterons pas, beaucoup de commentateurs, depuis
la Quellenforschung, ayant cru retrouver dans le ‘De architectura’ la trace de manuels
tardifs, et S. FERRI ayant, nous l’avons dit, tiré un parti très positif de l’hypothèse des
« intermédiaires pragmatiques »75. Gardons-nous toutefois de reprocher hâtivement à
Vitruve son inculture ou sa négligence : si déjà du temps de Polybe les œuvres de Platon
étaient inaccessibles à la plupart des lecteurs, y compris à ceux qui parlaient couramment
le grec76, on admettra sans peine qu’un technicien du début du règne d’Auguste, si fier
qu’il voulût être de sa formation « littéraire », n’ait pu prendre une connaissance directe
des traités tardo-classiques ou proto-hellénistiques écrits sur des thèmes aussi variés que
l’architecture ionique, la peinture, la musique, l’hydraulique, l’astronomie, la
gnomonique, la poliorcétique, etc. Le seul cas où Vitruve affirme explicitement s’être
référé à l’œuvre d’un auteur, c’est quand il évoque la théorie musicale d’Aristoxène de
Tarente, à propos de l’acoustique des théâtres77. Par un heureux hasard, nous pouvons
comparer avec le texte original la version abrégée qu’il donne des principes de ce savant,
qui appartient à la première génération des disciples d’Aristote78. Si les spécialistes
refusent généralement de créditer Vitruve d’une lecture directe de son œuvre difficile, en
raison des nombreuses altérations et inexactitudes qu’ils relèvent dans l’exposé latin,
peut-être procèdent-ils avec trop de hâte. Les termes mêmes employés par l’architecte :
itaque, ut potuero, quam apertissime ex Aristoxeni scripturis interpretabor..., ne laissent guère
de doute sur les difficultés qu’il a lui-même éprouvées à ce déchiffrement79. Elles peuvent
selon nous suffire à expliquer les défauts dont souffre son « interprétation ». Ailleurs en
revanche on reste perplexe devant une erreur qui jette un jour fâcheux sur l’immédiateté
de ses rapports avec les écrits de celui qu’il nous présente pourtant comme son maître,
Hermogénès ; en VII, praef. 12, il évoque en ces termes le traité du grand architecte ionien
sur le temple qu’il avait construit à Téos pour Dionysos : et Liberi Patris Teo monopteros 80. Or
on sait que l’édifice en question était périptère81. Il est difficile d’admettre, en raison de
l’unanimité de la tradition manuscrite, qu’il s’agit d’une mauvaise transcription tardive.
26 Une catégorie non négligeable de ces intermédiaires est constituée par les recueils
d’anecdotes, de mirabilia, dont l’intérêt, aux yeux d’un homme tel que Vitruve, qui gardait
une sorte de curiosité d’autodidacte, ne pouvait être mineur82. Compte tenu de la
dégradation générale du niveau culturel, ils représentaient l’une des sources
d’information les plus appréciées pour de larges couches de la population alphabétisée 83.
De là ces séries d’historiettes, dont s’enrichissent les développements les plus austères, et
qui, parfois, s’engendrant les unes les autres, en viennent à constituer de véritables
excursus, dont le rapport avec l’argument central peut progressivement être perdu de
vue84.

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


147

III. Contenu et portée de la codification vitruvienne


27 Dans le cadre de ce Bericht, il ne saurait être question de traiter sous tous ses aspects un
thème aussi vaste. Il y faudrait un livre volumineux. La bibliographie regroupée en fin
d’article fournit des indications qui devraient permettre, à qui le souhaite, de s’orienter
rapidement dans les secteurs que nous n’abordons pas ici. Il nous a paru préférable, non
seulement dans un souci de concision, mais aussi pour des raisons d’efficacité
méthodologique, de nous limiter à l’examen de deux problèmes, qui permettent de cerner
avec une particulière acuité les parts respectives accordées, dans le ‘De architectura’, au
descriptif et au normatif.

1. Vitruve et l’architecture moulée

28 Pour les techniques de construction, l’étude maîtresse demeure celle de G. LUGLI, qui a su
tirer des développements vitruviens l’essentiel de ce qui peut être utile à la nomenclature
et à l’interprétation des maçonneries antiques, et inversement s’est ingénié avec un
succès presque constant à illustrer les notions textuelles par un grand nombre
d’exemples archéologiques, soigneusement répertoriés85. Dans l’attente de la publication
du livre II du ‘De architectura’ dans la ‘Collection des Universités de France’, par ANDRÉ
BALLAND, on nous permettra, à la lumière des mises au point récentes, qui modifient
sensiblement la chronologie établie par LUGLI, d’analyser la façon dont le théoricien traite
des structurae. Ses développements sur ce point, et particulièrement ceux du chapitre II,8,
à la fois elliptiques et redondants, invitent, par leurs silences autant que par leurs redites,
à une réflexion sur la nature des choix opérés par l’auteur, dans une matière où l’on
s’attendrait à ne trouver que des notices descriptives à caractère objectif, et ordonnées
selon des exigences purement techniques.
29 Il n’en est rien, en réalité, et il s’agit de comprendre pourquoi. Parmi les maçonneries
couramment utilisées dans les bâtiments urbains, à l’époque où il écrit, Vitruve ne
mentionne pas, on l’a souvent noté, l’opus testaceum, ce revêtement de brique cuite, qui
devait connaître un extraordinaire développement dans l’architecture impériale86. Il n’en
ignore pourtant ni l’existence, ni l’efficacité : s’il en déplore le coût élevé, et laisse
entendre que ce type de matériau, n’étant pas « naturel » à la région de l’Urbs, ne saurait
y être employé systématiquement, il lui arrive de regretter qu’on y recoure trop peu.
Dans un des rares textes où il évoque l’habitat populaire à Rome, Vitruve convient que la
brique cuite serait préférable à l’opus craticium, le hourdis, pour les immeubles de rapport
hâtivement construits et, de ce fait, tragiquement vulnérables au feu87.
30 Son silence relatif sur ce point particulier ne peut donc être interprété comme une
ignorance technique ; il ne saurait davantage être exploité comme une donnée
chronologique : les parements de briques, et pas seulement sur les arcatures ou les voûtes
faites de fragments de tuiles, se pratiquaient dans l’architecture républicaine à une date
nettement antérieure à celle que fixe LUGLI pour le début de la première période de l’opus
testaceum (circa 40 av. J.-C.) 88 ; on en trouve à Pompéi, sur plusieurs édifices de la colonie
syllanienne — thermes du Forum, theatrum tectum (Odéon) —, dans les thermes centraux
de Calès, qui remontent à la même époque89, et à Rome même sur divers témoins
chronologiques appartenant à des monuments pompéiens ou césariens90. L’attitude de

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


148

Vitruve procède donc plutôt d’une réticence, dont les raisons n’apparaissent clairement
que si l’on prend une vue d’ensemble des notices consacrées à l’architecture moulée.
31 Le début du chapitre II, 8, concernant l’opus caementicium, mérite attention : si on lui doit
une terminologie commode, quoique non exempte d’ambiguïté, puisque Vitruve range
dans la catégorie des structurae, c’est-à-dire des noyaux internes, l’ incertum et le
reticulatum, qui ne sont que des parements, s’il suggère en quelques mots une chronologie
relative que les travaux des archéologues ont pleinement confirmée, on s’étonne tout de
même qu’il ne soit pas plus prolixe sur ce mode de construction, pratiqué à Rome, dans le
Latium et en Campanie depuis le début du IIe s. av. J.-C. au moins91. La notice n’est pas
seulement brève, elle s’avère aussi dépréciative puisque, non content de reprocher à l’
opus reticulatum une tendance aux lézardes obliques, qui ne se vérifie guère dans les
vestiges observables, l’auteur rappelle les fâcheuses conséquences que de mauvais
dosages dans la composition du blocage interne peuvent avoir sur la longévité des murs 92.
Et lorsqu’il en vient aux remèdes, c’est pour prôner un noyau fait de pierres taillées —
saxum quadratum — 93, et refuser finalement ce qui constitue la spécificité de l’opus
caementicium, à savoir le coulage d’un mélange homogène, évoqué ici par un adverbe peu
encourageant — acervatim94. Aussi ne croit-il devoir donner aucun conseil quant à la mise
en place des coffrages de bois et des divers lits de blocage, soigneusement damés de
niveau en niveau, dont les traces sont encore facilement décelables sur de multiples
fondations ou vestiges en élévation privés de leur parement externe. Quand Vitruve en
vient à l’ἔμπλεκτον de type romain, c’est pour en montrer les déficiences par rapport à
celui de type grec, où l’on refuse précisément le principe du coulage, la fartura95.
32 Il n’admet en réalité un tel procédé que dans des cas très particuliers, où le milieu impose
une adaptation des techniques traditionnelles, comme les maçonneries sous-marines. Le
chapitre que Vitruve leur consacre au livre V reste très précieux, et les observations
conduites récemment par le regretté H. SCHLÄGER sur les fondations des jetées du port de
Sidé, en ont confirmé la valeur documentaire96. Mais pour l’essentiel Vitruve ne cache pas
que sa préférence va aux maçonneries de type grec, appareillées en opus quadratum ; le
mouvement même du chapitre II, 8 ne laisse aucun doute à cet égard ; par deux fois, il
revient à elles comme à la seule voie de salut : itaque non est contemmenda Graecorum
structura (II,8,5)... ; Graeci vero non ita, sed (II, 8, 7)... avec, dans ce second cas, l’indication
explicite des raisons de la supériorité de cette technique sur celle de ses contemporains :
non media farciunt.
33 On découvre d’abord sans peine, derrière des options aussi constantes, un goût
classicisant pour les architectures probes, où les parements révèlent sans tromperie la
nature du noyau interne, et où la structure est homogène sur toute son épaisseur —
perpetua crassitudo parietum97. Mais la sourde protestation de Vitruve puise certainement
sa vigueur dans d’autres considérations, plus historiques et plus concrètes.
34 Le développement de l’opus caementicium sous sa forme la plus ancienne est en effet lié à
une série de phénomènes dont l’enchaînement ne pouvait engendrer chez notre
théoricien qu’un préjugé défavorable : le relatif appauvrissement de Rome après la
seconde guerre punique, et l’augmentation de la population urbaine au cours du IIe. s.98.
On connaît aujourd’hui plusieurs vestiges construits en opus incertum (l’ antiquum de
Vitruve), qui se situent à la charnière du IIIe et du IIe s. av. J.-C ; parmi ceux-ci figurent,
comme l’a bien montré F. COARELLI, les substructions du temple de la Magna Mater du
Palatin dans sa phase initiale (204-191 av. J.-C.)99. L’aspect modeste et hétéroclite de ces
premiers blocages, dont la mise en place coïncide avec un ralentissement assez net de

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


149

l’activité édilitaire officielle, sensible lors de la censure de 199, devait les désigner, et pour
longtemps, comme des maçonneries de remplacement, des Ersatz peu attrayants 100. Par la
suite bien sûr, la technique se perfectionnant, les architectes et maîtres-d’œuvre ne
furent pas longs à comprendre le parti qu’ils en pouvaient tirer. Mais contrairement à ce
qu’on a longtemps affirmé, et à ce que suggère Vitruve lui-même, il ne semble pas que le
passage progressif de l’incertum au reticulatum puisse s’expliquer exclusivement en termes
d’esthétique101 ; ou du moins la recherche d’une apparence régulière pour des parements
externes qui, le plus souvent, étaient destinés à recevoir un revêtement décoratif (stuc ou
marbre), ne fut pas le moteur essentiel d’un mouvement, qui tire plutôt son impulsion
d’un souci de rationalisation. Le fait que le reticulatum apparaisse d’abord à Rome, et non
pas en Campanie, berceau de l’opus caementicium, le fait aussi que sa mise au point
coïncide avec la fin du IIe s. av. J.-C, c’est-à-dire le moment où l’accroissement de la
population urbaine atteint son rythme le plus rapide, rendent vraisemblables les
hypothèses récemment émises sur les conditions socio-économiques où s’élabora cette
technique102 ; elle implique sur les chantiers une infrastructure et une organisation tout à
fait singulières : des équipes nombreuses, composées d’ouvriers peu ou pas spécialisés,
mais étroitement encadrés par des contremaîtres capables de faire respecter un schéma
de pose rationnel ; un matériau de base économique — les caementa — n’exigeant aucune
préparation avant sa mise en œuvre ; des parements tronconiques faciles à tailler dans les
tufs lithoïdes de la région, et qu’on peut fabriquer ‘en série’, sans se soucier de la place
qu’ils occuperont sur la paroi, parce qu’ils sont en quelque sorte ‘normalisés’ ; la
possibilité de réemployer les grosses quantités de planches et de pieux nécessaires aux
coffrages... Autant de caractéristiques qui supposent une rigoureuse distribution des
tâches sur les chantiers publics. Nous n’insisterons pas sur cet aspect de l’opus reticulatum,
mis en évidence par plusieurs études publiées au cours de ces dernières années 103. Mais il
est certain que pour un héritier de la tradition hellénistique, aussi ombrageux que l’était
Vitruve, pour un nostalgique de l’architecture d’atelier, où œuvrent de petits groupes
d’artisans hautement qualifiés sous la direction d’un maître-d’œuvre, une telle
organisation, en dépit de son efficacité, est difficile à admettre104. A tout le moins, elle
jette une ombre fâcheuse sur les constructions dont elle permet la rapide réalisation. De
par ses origines, donc, et plus encore sans doute, de par l’évolution de la pratique
architecturale dont elle est le signe patent, cette technique du coulage, et de ses
parements, au nombre desquels il faut compter la brique, ne peut être prônée avec
enthousiasme par un homme dont toute l’ambition consiste précisément à sauvegarder la
part la plus noble et la plus exigeante d’un métier, qu’il voudrait maintenir dans ses
anciennes traditions. D’où le retour obsessionnel à la taille et à l’appareillage des pierres
de grand appareil, même si, à long terme, les chances de renouvellement des formes et
des types sont du côté de l’opus caementicium.

2. Vitruve et les ordres

35 C’est en abordant les ordres classiques, et les monuments où ils sont mis en œuvre selon
les règles les plus canoniques, les temples, que Vitruve se montre le plus abstraitement
normatif. Nous ne reprendrons pas ici le détail d’un dossier déjà partiellement exploré 105.
Il convient cependant de souligner que la codification vitruvienne n’offre pas de
cohérence véritable, et cela pour trois raisons essentielles.

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


150

36 D’abord les sources auxquelles il puise sont hétérogènes. Seul le livre III, nous l’avons dit
ailleurs, offre la continuité et la sûreté d’un traité unitaire : continuité thématique,
puisque, sans le dire explicitement, Vitruve n’y traite que du temple périptère ionique à
plan quadrangulaire, et de ses variantes enrichies ou appauvries ; sûreté dans la
définition des normes, puisqu’il dispose d’une référence unique, et prestigieuse, celle
d’Hermogénès. Dans le livre IV, en revanche, il est contraint de faire appel à plusieurs
manuels différents, pour intégrer à son exposé les éléments qui ne répondent pas aux
règles de l’aedes ionica ; d’où une organisation moins rigoureuse, des contradictions
internes, et des préceptes en série, mais de valeur inégale106.
37 Là cependant ne réside pas la raison unique de la discontinuité du discours vitruvien sur
les ordres. Il en est une autre, qui nous livre sans doute l’un des mécanismes majeurs d’un
mode de pensée dont Vitruve n’est ni l’inventeur ni le seul représentant, à savoir le
recours systématique à des schémas étiologiques, dont on a relevé depuis longtemps la
naïveté, sans en saisir toujours les implications. Le souci constant de retrouver, derrière
un chapiteau ou un entablement, l’image d’une forme antérieure, qui en serait la matrice,
et qui doit justifier le détail de son agencement, participe chez le théoricien d’une
préoccupation essentiellement morale : il faut légitimer la règle en montrant qu’elle
répond à une exigence ‘naturelle’. Une modénature ne doit jamais s’avouer comme un
décor, c’est-à-dire une adjonction gratuite destinée seulement au plaisir des yeux ; elle
doit toujours tirer sa raison d’être soit d’une fonction, soit du souvenir d’un rôle
fonctionnel, soit encore d’une volonté analogique qui la désigne clairement comme la
métaphore d’un être ou d’une composition observables dans la nature. C’est cela la veritas
qui définit comme certa la ratio de toute ordonnance architecturale107.
38 Là encore, essayons, pour la comprendre, de replacer la démarche vitruvienne dans son
contexte. Quoi qu’on pense des aspects anecdotiques des récits sur lesquels elle se fonde
— aspects auxquels notre théoricien n’était certes pas insensible — elle n’est pas
fondamentalement différente de celle de Cicéron, quand il s’efforce de rendre raison des
règles de l’oratio. Évoquant le lien entre utilitas et venustas dans l’agencement des mots et
dans le rythme de la phrase, cet auteur fait dire à Crassus au livre III de son ‘De oratore’ :
columnae templa et porticus sustinent ; tamen habent non plus utilitatis quam dignitatis. Capitoli
fastigium illud et ceterarum aedium non venustas, sed necessitas ipsa fabricata est. Nam cum esset
habita ratio quem ad modum ex utraque tecti parte aqua delaberetur, utilitatem templi fastigi
dignitas consecuta est, ut etiam si in caelo Capitolium statueretur, ubi imber esse non potest,
nullam sine fastigio dignitatem habiturum fuisse videatur108.
39 Deux idées se dégagent de ce texte, dont on peut faire l’application directe aux
développements vitruviens : d’abord, la beauté découle de la nécessité. Vitruve le dit
aussi, sous une forme moins limpide, mais singulièrement vigoureuse : hors de la règle
« naturelle », règnent l’arbitraire des imperiti109, l’erreur, au sens propre du terme, de ceux
qui se méprennent sur les origines110, et, plus condamnable encore, le hasard ; la fortuna
joue rarement un rôle positif chez Vitruve, car elle est la négation même de la scientia : si
les Argiens construisent pour Héra un temple qui, fortuito, deviendra la première création
dorique, c’est par une chance peu commune111, et de toute façon l’ordre ne sera reconnu
comme tel qu’après que les cités d’Ionie l’auront assorti d’une proportio calquée sur celle
du corps humain112.
40 Mais la seconde idée cicéronienne, plus paradoxale d’apparence, trouve aussi un écho
chez Vitruve : le Capitole, nous dit le ‘De oratore’, doit une telle majesté à son toit à
double pente, imposé par le besoin de faciliter l’écoulement des eaux de pluie 113, que

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


151

même si l’on imaginait le temple dans les cieux, là où il ne pleut pas, on ne saurait le
concevoir sans un faîte triangulaire. C’est exactement la pensée qui sous-tend la fameuse
déduction vitruvienne de l’entablement dorique à partir des constructions archaïques,
entièrement faites de bois : chaque partie de cet entablement correspond à un élément du
système de poutraison ; c’est à cela, nous dit-il, qu’elle doit sa raison d’être, et partant sa
beauté114. Si l’on y réfléchit, et indépendamment des énormes problèmes historiques
posés par ce postulat de la « pétrification »115, on ne peut manquer de s’étonner qu’une
valeur reste attachée à une fonctionnalité qui n’en est plus une, puisque les impératifs
tectoniques d’une construction de pierre s’avèrent différents de ceux d’une construction
de bois. On a même pu montrer que les défauts et les inadaptations de l’entablement
dorique tenaient en grande partie à cette dérivation, si du moins on la tient pour réelle.
De fait, quel intérêt objectif peut-on trouver à mimer sur des architraves de pierre des
embouts de poutres, pour reprendre l’hypothèse vitruvienne, au reste fort discutée, sur
l’origine des triglyphes116 ? Cicéron apporte à cette question une réponse pleinement
satisfaisante : la maiestas une fois acquise, grâce au respect initial des nécessités
« naturelles », peut et doit vivre ensuite d’une façon autonome, et se maintenir telle,
même si lesdites nécessités ont cessé d’exister. C’est cette survivance de la beauté à
l’utilité qui explique, sans aucun doute, la valeur intrinsèque de l’entablement dorique de
pierre, pour Vitruve117. Il le laisse entendre d’ailleurs, au terme de sa description de la
materiatio, ou charpente de bois : ita unaquaeque res et locum et genus et ordinem proprium
tuetur. E quibus rebus et a materiatura fabrili in lapideis et marmoreis aedium sacrarum
aedificationibus artifices dispositiones eorum scaplturis sunt imitati et eas inventiones
persequendas putaverunt118. Mais cette phrase contient une idée complémentaire, qui
renforce la précédente, et nous aide à saisir le sens du processus de la pétrification, lequel
se place résolument sur un registre théorique et non pas historique : la survivance de la
beauté issue de la rigueur ne se conçoit elle-même que par l’emploi de ces matériaux
nobles et réputés impérissables, que sont la pierre, et particulièrement le marbre.
Pétrifier, c’est pérenniser ce qui était initialement provisoire, et c’est la fonction même de
l’architecture119. Le traitement que Vitruve croit devoir faire subir à l’entablement de bois
pour lui permettre d’accéder au statut d’un ordre architectonique est finalement assez
comparable, dans son principe comme dans son résultat, à la transposition qu’opéreront,
un peu plus d’une décennie après lui, les architectes de l’Ara Pacis Augustae, ciselant dans
le marbre, sur la face interne de l’enclos, l’image d’un lattis de bois orné de guirlandes 120.
Necessitas, maiestas, perpetuitas, telles sont les valeurs sur lesquelles se fondent les notices
vitruviennes concernant les origines : comme toujours, l’étiologie est inséparable de
l’axiologie.
41 Mais chez notre théoricien les principes sous-jacents à la démonstration ne parviennent
jamais à ce niveau de conscience. D’autant qu’il se heurte, dans sa quête des primae
inventiones, à une difficulté majeure : du trou béant qui s’ouvre pour lui, dans le passé, au-
delà de la frange rassurante, mais finalement assez étroite, des traités tardo-classiques ou
hellénistiques, Vitruve ne peut remonter que des données hétéroclites, et, par définition,
anachroniques, à lui transmises par des manuels de vulgarisation avec lesquels il prend
rarement les distances nécessaires. Il s’y raccroche pourtant, car c’est à ses yeux la seule
façon de fonder les ordres en raison et en nécessité, mais avec ces éléments disparates,
qu’il situe tant bien que mal dans un espace-temps ponctualisé, d’où reste absente toute
idée d’évolution, il ne parvient pas à articuler une réflexion globale ; il doit se contenter
de juxtaposer des causalités plus ou moins pittoresques, mais toujours isolées, et qui, de

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


152

plus, rendent moins compte d’une genèse que d’un aboutissement, malgré sa volonté de
les projeter dans le passé le plus lointain.
42 D’où le paradoxe du chapitre IV, 2, que G. GULLINI a bien cerné, toujours à propos des
entablements doriques : Vitruve part de la description d’une réalité contemporaine, celle
de la materiatio, la charpente complexe d’un édifice tardo-hellénistique ; puis, de ce fait
objectif, il déduit les formes et les fonctions prétendument originelles des architraves,
frises et corniches121. Ce qui s’avère ici antihistorique, ce n’est pas seulement, comme on
le répète, le postulat de la « pétrification » des structures de bois, c’est aussi
l’anachronisme desdites structures : le système de la ferme (transtra, templa, capreolï) est
en effet difficile à concevoir aux temps archaïques, où œuvrent les antiqui fabri, et où
s’élaborent précisément les premiers entablements. La crédibilité de l’ensemble du
développement s’en trouve gravement affectée, et il est certain que toute tentative de
réhabilitation de la théorie vitruvienne concernant l’origine de la frise dorique — il en est
de toutes récentes122 — devrait s’ouvrir par une salutaire réflexion sur les a priori de cette
démarche.
43 Il en va de même pour les autres « étymologies » du livre IV, qu’il s’agisse de déceler une
silhouette féminine derrière la colonne ionique, ou de placer à l’origine du chapiteau
corinthien une historiette qui a le double avantage d’être édifiante, et de rendre compte
de toutes les composantes d’un élément complexe123. L’asservissement théorique des
normes d’un édifice à des exigences qui semblent résolument dictées par une recherche
analogique dont les prolongements philosophiques ne sont certainement pas
négligeables, même s’ils échappent pour une grande part à Vitruve, est un phénomène
qui déconcerte le lecteur moderne. Les archéologues ont souvent cru pouvoir l’écarter
d’un trait de plume, et ils n’ont certes pas tort. Il est assez facile, à vrai dire, de montrer la
faible historicité de ce genre de théorie, et de rétablir, à force de patientes
confrontations, l’esprit et la forme des premières manifestations de ce qu’il est convenu
d’appeler les ordres124.
44 Dans leur principe, les schémas ionique ou corinthien sont beaucoup plus abstraits que ne
l’imaginait Vitruve, et il est certain que les volutes du chapiteau éolien, ou les palmettes
des premiers exemplaires corinthiens, du type de Bassae ou de Delphes, doivent beaucoup
aux formes stylisées de la toreutique125. La démarche analogique du théoricien n’offre
donc aucune garantie du point de vue des origines. Mais c’est aller trop vite en besogne
que de lui ôter du même coup toute valeur structurelle. L’étonnante adéquation des
détails du « tombeau de la jeune fille » avec les composantes du chapiteau corinthien
parvenu à son dernier stade d’évolution, doit inciter à une certaine prudence, comme le
suggère G. Roux ; rien ne manque en effet, autour de la corbeille d’osier, ni le collier
d’acanthes ni les volutes d’angle126. Dans la mesure où les convictions dont Vitruve se fait
l’écho étaient sans doute partagées, et depuis longtemps, par beaucoup de praticiens,
constituant à n’en pas douter une sorte d’orthodoxie non discutée, elles ne pouvaient
rester sans incidence sur l’évolution des formes. Ou plus exactement une sorte de
dialectique dut s’instaurer très vite entre la tendance à la « naturalisation », et
l’affabulation à laquelle elle donna lieu, celle-ci réagissant sur celle-là, en une sorte de
choc en retour. Dans le cas du chapiteau corinthien, il est certain que la métaphore
végétale, déjà en germe dans les exemplaires du type de Tégée, ne pouvait que se
développer aux époques tardo-classique et hellénistique dans le sens que suggère
l’historiette vulgarisée par Vitruve, jusqu’à évoquer l’idée d’une plante vigoureuse
contrariée dans son développement vers le haut par la dalle de l’abaque127. De surcroît le

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


153

thème de la corbeille entourée fortuitement d’une végétation luxuriante rend compte


d’une façon imagée mais satisfaisante de ce qui distingue le chapiteau corinthien de ses
homologues dorique et ionique : il est le seul à ne pas constituer une masse unitaire ;
calathos et abaque, d’une part, couronne d’acanthes et volutes-hélices de l’autre,
définissent deux éléments distincts, qui entretiennent selon les époques des rapports
étroits ou plus distants128.
45 En ce qui concerne le chapiteau ionique, en revanche, il est exclu qu’on puisse tirer quoi
que ce soit de l’hypothèse académique des « frisures symétriques », concrispati cincinni,
pour saisir la réalité de ses volutes129 : ni ce qu’on sait maintenant de ses origines, ni son
évolution, ne peuvent trouver d’écho dans cette métaphore, appelée uniquement par la
structure prétendument « féminine » de la colonne ; il fallait que le chapiteau, comme la
base et le fût, participât, d’une façon ou d’une autre, de la muliebris gracilitas 130. Il est
important de noter que, dans ce cas particulier, la légende étiologique est distincte de la
description cotée : elle appartient en fait à une autre tradition, au contraire de ce qui se
produit pour le chapiteau corinthien, où la continuité apparaît remarquable, de
l’« invention » de Callimaque à la symmetria131.
46 Cette dernière remarque nous conduit naturellement à l’analyse de la troisième notion
qui sous-tend la codification, mais contribue aussi, paradoxalement, à son absence de
cohérence, la typologie. Au vrai, qu’est-ce qu’une typologie pour Vitruve ? Ce n’est pas un
moyen pour situer à leur place, dans une visée synchronique ou diachronique, les
éléments représentatifs d’une série, et leurs dérivés ; c’est au contraire un mode de
définition par exclusion. Dans le ‘De architectura’ il n’y a jamais qu’un type par catégorie :
toute variante est considérée comme aberrante, et à ce titre exclue du traité132. Le fixisme
qui préside à l’analyse des origines, et à la détermination des « modèles », se retrouve
évidemment au niveau du catalogue. Ainsi, lorsque Vitruve, au terme de sa description du
chapiteau corinthien, feuillette un recueil de « cartons » où sont présentés, semble-t-il,
des éléments corinthisants ou composites, il leur accorde un regard distrait, salue avec
quelque réticence la subtilitas qui préside à leur composition, et se refuse à les nommer (
nec... nominare possumus)133.
47 D’une façon plus nette encore, il isole, dans sa définition des bases « ioniques » et
« attiques », sans laisser même soupçonner que d’autres formules existent, deux profils
qui, bien que présentés en parallèle, appartiennent en réalité à des moments différents de
l’évolution. La base « ionique » est une modénature archaïque, du groupe éphésien, qui se
trouve ainsi promue, aux dépens des bases du groupe samien, au rang d’unique forme
canonique134. La base « attique » est une version d’époque classique, que finiront par
imposer les constructions athéniennes, et dont la scotie peut être considérée comme
l’élaboration tardive d’un élément samien135. Mais peu importe à Vitruve cette disjonction
chronologique ; peu lui importe, surtout, que les architectes de la fin de la République
aient abandonné depuis longtemps le schéma éphésien, et se partagent entre l’attique et
une autre base à deux tores et deux scoties, appelée parfois « composite » par les
modernes136. La seule explication plausible d’un choix aussi curieux, et aussi peu adapté
aux réalités contemporaines, c’est que les modénatures des deux modèles retenus se
prêtent mieux que d’autres à une définition arithmétique137. Cela signifie que la typologie
vitruvienne se veut aussi, et peut-être avant tout, mode de présentation et d’emploi. C’est
en somme, dans beaucoup de cas, la théorisation de recettes, dont la valeur opératoire ou
esthétique peut être inégale, et dont l’origine se situe à des niveaux historiques très
différents.

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


154

Conclusion
48 Il résulte de tout cela que la marge « utile » de la codification vitruvienne est plus étroite
qu’on ne le croit encore souvent, pour qui entend simplement exploiter le texte comme
un répertoire de données objectives. Elle s’avère en revanche singulièrement riche si l’on
accepte de lui rendre son contexte idéologique et culturel. Les enseignements du ‘De
architectura’ dépassent alors largement ceux d’un recueil pragmatique, pour contribuer à
l’histoire des sciences, du goût et des mouvements de pensée à la fin de l’époque
hellénistique. L’ambiguïté de cet auteur tient en ceci que, plus ingénieur qu’architecte,
par formation, il s’efforce cependant, par ambition, de ne pas se cantonner dans le
domaine technique, pour se fier plus volontiers à des données livresques dont les
exigences ne coïncident pas toujours avec la pratique réelle des bâtisseurs de son temps.
S’il donne, au total, l’impression de refuser toute innovation, c’est avant tout en raison de
l’impossibilité où il se trouve de faire entrer certaines données dans un système clos et
contraignant. Paradoxalement, c’est parce qu’il essaie de penser l’architecture
« historiquement », qu’il en bloque le processus évolutif. Le cas de la corniche
modillonnaire, que nous avons examiné ailleurs, est significatif : ce phénomène majeur de
l’évolution des ordres, au moment même où Vitruve rédige, reste en dehors de son traité,
car le théoricien ne peut lui trouver ni caution ni « modèle » dans un passé lointain ou
récent ; il se résout donc à le réduire à une mauvaise compréhension de l’entablement
dorique, et le classe dans la catégorie des anomalies138.
49 Il convient dès lors de dépasser la vieille alternative, qui a si longtemps divisé les
commentateurs : ou bien Vitruve, laudator temporis acti , se réfère à une situation de
l’architecture vieille déjà de plusieurs siècles, ou bien, sensible à une certaine
« modernité » hellénistique, il décrit et oriente la réalité contemporaine139. Ce n’est pas en
termes de cohérence chronologique qu’une œuvre comme celle-ci peut être appréciée,
car les intentions de son auteur ne procèdent pas d’une visée unique et globalisante dont
le but serait de définir un état synchronique, tout entier situé au même niveau. Pour
Vitruve, comme pour les autres « spécialistes » de cette époque, les catégories qui
organisent le discours découlent d’un système de valeurs qui n’entretient avec l’histoire
que des rapports épisodiques. De la même façon, dans sa description de l’Italie, Strabon
fait appel indifféremment à Artémidore, à Polybe, à Posidonius, ou à ses souvenirs
personnels, pour composer un tableau qui peut fort bien contenir des éléments depuis
longtemps disparus140. Ce qui importe au Géographe, ce n’est pas l’actualité de sa
« coupe », mais la valeur intrinsèque des données qu’elle apporte au lecteur : ainsi les
fondations grecques, même si elles sont rayées de la carte, en ce début du Principat,
tiennent parfois plus de place dans son récit que les colonies romaines, encore bien
vivantes, mais sans aura culturelle et sans souvenirs légendaires141. Dans un domaine
voisin, moins technique que celui de Vitruve, nous observons une « méthode » très
comparable à celle qui semble avoir présidé à la composition du ‘De architectura’.
50 Comme il arrive toujours, quand s’approfondit une recherche, ce qu’on croyait simple se
complique, ce qu’on espérait pouvoir lire au premier degré, requiert une longue
interprétation. Nous éprouvons chaque jour les difficultés entraînées dans l’utilisation du
texte vitruvien, au demeurant si précieux, ne serait-ce que par son caractère unique, par
la perte de certaines innocences ou illusions. Mais plusieurs points importants sont
désormais acquis, des pivots sûrs permettent de définir une nouvelle méthode

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


155

d’investigation, et si la foi en un Vitruve, codificateur infaillible, et écouté, des temps


augustéens, ne peut plus avoir cours, du moins la figure du théoricien prend-elle une
épaisseur historique nouvelle. Qui ne préfère dialoguer avec un homme plutôt qu’avec un
mythe ?142

Éléments d’une bibliographie (1960-1979)


51 Par souci de brièveté nous ne regroupons ici que les études qui prennent directement en
considération, soit un ou plusieurs aspects du texte, soit une ou plusieurs questions
abordées par Vitruve. Cela explique que divers travaux, utiles pour la connaissance du
contexte scientifique, culturel et idéologique mais non centrés sur les problèmes
spécifiques du ‘De architectura’, ne figurent pas dans cette liste. On en trouvera mention
dans les notes de l’étude qui précède.

1. Éditions et rééditions récentes

52 L. CALLEBAT, Vitruve, De l’architecture, livre VIII, Coll. G. Budé, Paris, Belles Lettres, 1973
(introduction, texte, traduction, commentaire). La meilleure édition et la meilleure
synthèse sur le livre des eaux.
53 L. CHERUBINI, Vitruvius Pollio (Scriptor. Roman, quae extant omnia, 218-221), Pise, 1975.
54 (Texte seul sans apparat critique). Reprise rapide du texte de GRANGER.
55 A. CHOISY, Vitruvius Pollio. Les dix livres d’architecture (texte, traduction, analyse,
figures), 2 vol., Paris, 1971 (réédit. de l’ouvrage de 1909). Toujours utile, quoique très
vieilli.
56 C. FENSTERBUSCH, Vitruv. Zehn Bücher über Architektur, Darmstadt, 1964 (introduction,
texte, traduction, remarques). La meilleure synthèse actuellement disponible.
57 S. FERRI, Vitruvio (dai libri I—VII). De architectura quae pertinent ad disciplinas
archaeologicas, Rome, 1960 (texte, traduction, notes). Intelligent et stimulant.
58 F. GRANGER, Vitruvius on Architecture, Loeb Classical Library, 2 vol. 5e édit., Londres, 1970
(1ère édit. ibid. de 1932). Le recours au seul manuscrit Harleianus 2767 crée des
problèmes insolubles.
59 M. H. MORGAN, Vitruvius, The Ten Books on Architecture, New-York, 1960 (traduction,
croquis. Réédition anastatique du livre publie en 1914).
60 CL. PERRAULT, Vitruve, les dix livres d’architecture, Paris, 1967 (réédition partielle de
l’édition de 1673. Présentation de A. DALMAS ; la traduction de PERRAULT, sans les notes
très abondantes qui l’explicitaient, perd beaucoup de son intérêt ; illustrations d’origines
diverses).
61 J. SOUBIRAN, Vitruve, De l’architecture, livre IX, Coll. G. Bude, Paris, Belles Lettres, 1969,
(introduction, texte, traduction, commentaire). Cet ouvrage constitue a ce jour la
meilleure mise au point sur les problèmes d’astronomie et de gnomonique, et sur
l’attitude « scientifique » de Vitruve.

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


156

2. Recensement des manuscrits, établissement du texte, historique


des éditions

62 I. CAZZANIGA, Note ad alcuni passi di Vitruvio, ΡΡ, 16, 1961, p. 447-453 (notes de lecture
concernant le texte de FERRI).
63 J.-P. CHAUSSERIE-LAPRÉE, Un nouveau stemma vitruvien, REL, 47, 1969, p. 347-377.
Fondamental.
64 T. COSTA, Coniecturae in Vitruvium duae (en roum. résum. en latin), Stud. Class. 5, 1963, p.
287-288 (II, 6, 7 ; VIII, 3, 2).
65 B. EBHARDT, Vitruvius. Die Zehn Bücher der Architektur des Vitruv, und ihre Herausgeber
seit 1484, New-York, 1962 (réédit. du livre publié à Berlin en 1918).
66 C. H. KRINSKY, Seventy-eight Vitruvius Manuscripts, Journal of the Warburg and Courtauld
Institute, 30, 1967, p. 36-70.
67 Manuscrits classiques latins de la Bibliothèque vaticane, I, Paris, 1975, p. 53 ; p. 136 ; p.
285 ; p. 339 ; p. 451 ; p. 496 ; p. 604 ; p. 612 ; p. 701.
68 F. OOMES (rec), Vitruvii de architectura libri decem, ed. C. FENSTERBUSCH, Gnomon, 38,
1966, p. 779-782.
69 H. PLOMMER, Vitruvian Studies, Ann. of British School at Athens, 65, Londres, 1970, p.
179-182 (V,II,2 ; V.1, 1).
70 P. RUFFEL, J. SOUBIRAN, Recherches sur la tradition manuscrite de Vitruve, Pallas 9, 2, 1960,
p. 3-154.
71 H. SOLIN, Zu Vitruv, II, 3, 1, Hermes, 100, 1972, p. 122-124.
72 A. SZANTYR, Zu Vitruv, IX, 1,7, Gymnasium, 81, 1974, p. 65-67.

3. Langue, style et terminologie

73 B. BARR, Horace Serm. I, 10, 64-67, RhMus. 113, 1970, p. 204-211 (Vitruve V, 11, 2).
74 L. BECK, Antithesis. A Roman Attitude and its Changes as Reflected in the Concept of
Architecture from Vitruvius to Pliny the Younger, dans : Studia romana in honor. P.
Krarup septuagenarii, ed. cur. K. ASCABI, T. FISCHER-HANSEN e.a., Odens. Univ. Pr., 1976, p.
154-166.
75 L. CALLEBAT, Le vocabulaire de l’hydraulique dans le livre VIII du De architectura de
Vitruve, Rev.Philol., 48, 1974, p. 313-329.
76 E. NOHL, Index Vitruvianus, Rome 1963 (1ère édit. à Leipzig de 1867).
77 A. PELLETIER, Notes sur les mots διατριβή, ἰερόν, διαθέσις, dans P. Gen. inv. 108, Rec. Pap. 4,
1967, p. 175-186.
78 P. RUFFEL, Mots grecs dans Vitruve, dans : Homm. à J. Bayet, Collec. Latomus, 70, Bruxelles
— Berchem, 1964, p. 627-639.

4. L’identification de l’auteur

79 P. L. THIELSCHER, Vitruvius Mamurra, dans : RE, IX A 1, 1961, col. 427-489.

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


157

80 P. RUFFEL, J. SOUBIRAN, Vitruve ou Mamurra ?, Pallas, 11, 1962, p. 123-179. Mise au point
décisive, qui élimine un faux problème.

5. Le problème des sources

81 P. M. FRASER, Aristophanes of Byzantion und Zoilus Homeromastix in Vitruvius. A note on


Vitruvius VII, praef. 4-9, Eranos, 68, 1970, p. 115-122.
82 P. GROS, Hermodoros et Vitruve, MEFRA, 85, 1973, p. 137-161.
83 ID., Le dossier vitruvien d’Hermogénès, MEFRA, 90, 2, 1978, p. 687-703.

84 Voir aussi les introductions aux livres 8 et 9 du ‘De architectura’, déjà cités, dans l’édition
des Belles-Lettres.

6. Positions théoriques de Vitruve concernant l’architecture et les


problèmes esthétiques

85 F. E. BROWN, Vitruvius and the Liberal Art of Architecture, Bucknell Review, 11,4, 1963, p.
99-107.
86 F. EDELSTEIN, L’idée de l’évolution dans l’œuvre de Vitruve (en roum., résum. en français),
Stud. Class., 8, 1966, p. 143-153.
87 E. FRÉZOULS, Sur la conception de l’art chez Vitruve, dans : Antiquitas graeco-romana ac
tem-pora nostra. Acta congressus internationalis habiti Brunae diebus 12-16 mensis
Aprilis MCMLXVI, ed. cur. J. BURIAN et L. VIDMAN, Prague, 1968, p. 439-449.
88 P. GROS, Structures et limites de la compilation vitruvienne dans les livres III et IV du ‘De
architectura’, Latomus, 34, 1975, p. 986-1009.
89 ID., La rhétorique des ordres dans l’architecture classique, dans : Actes du colloque sur la
Rhétorique (Paris, décembre 1977) Caesarodunum XIVbis, Paris, 1979, p. 333-347.
90 ID., Vie et mort de l’art hellénistique selon Vitruve et Pline, REL, 56, 1978, p. 289-313.

91 B. PATERA, Aspetti e momenti della critica d’arte nell’età classica e tardo-antica, Annali del
Liceo classico Garibaldi di Palermo, 7-8, 1970-71, p. 431-462.
92 B. PEDOTTI, L’architettura e la figura dell’architetto secondo Vitruvio, Florence, 1969.
93 R. L. SCRANTON, Vitruvius’ Arts of Architecture, Hesperia, 43, 1974, p. 494-499.

7. Théorie et pratique scientifiques chez Vitruve

94 P. GROS, Nombres irrationnels et nombres parfaits chez Vitruve, MEFRA, 88, 1976, p. 669-
704.
95 I. LANA, Scienza e tecnica a Roma da Augusto a Nerone, Atti della Accademia delle Scienze
di Torino, 105, 1971, p. 19sq.
96 H. PLOMMER, The Circle of the Winds in Vitruvius, I, 6, Class. Rev., 21, 1971, p. 159-162.
97 J. POTTAGE, The Vitruvian Value of π, Isis, 59, 1968, p. 190-197.
98 W. SALTZER, Zum Problem der inneren Planeten in der vorptolemaïschen Theorie,
Zeitschrift fur Wissenschaftsgeschichte, 69, Wiesbaden, 1970, p. 141 - 172.

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


158

99 J. SOUBIRAN, dans son édition du livre IX du ‘De architectura’ (Paris 1969), présente la
meilleure synthèse sur l’astronomie et la gnomonique vitruviennes.
100 H. SPITZMULLER, Science et architecture, REL, 47, 1969, p. 90-94 (à propos de l’édition du
livre IX par J. SOUBIRAN).
101 S. TOULMIN, The Astrophysics of Berossos The Chaldean, Isis, 58, 1967, p. 65-67 (à propos
de I X, 2, l - 2).

8. Métrologie, proportion, symétrie

102 G. HALLIER, Fouilles de l’École française de Rome à Bolsena, II, Les architectures, MEFRA,
Suppl. 6, Rome, 1971, p. 305 sq.
103 H. KALAYAN, The Temple of Bacchus and Its Geometry of Proportion and Symmetry, Bull.
Mus. de Beyrouth, 24, 1971, p. 57-60.
104 ID.,
The Geometry of Proportioning in Plan and Elevation of the Temple of Baalshamin in
Palmyra, Ann. Archéol. de Syrie, 22, 1972, p. 157-165.
105 T. KURENT, Proportio and commodulatio after Vitruvius, Compared to Proportion and
Modules of Diocletian Palace in Split, Živa antika (Antiquité vivante), 21, Skopje 1971, p.
217-230.
106 T. KURENT, L. MUHIČ, Vitruvius on Module, Archeoloski Vestnik. Acta Archaeologica, 27,
1977, p. 209-232.
107 E. LORENZEN, Technological Studies in Ancient Metrology, Copenhague, 1966, p. 23 sq.
108 ID.,
Along the Line where Columns are set, Continuing Technological studies in ancient
metrology, 11, translated by J. R. B. GOSNEY, Copenhague, 1970, p. 9sq.
109 TH. THIEME, Montecassino. An Exemple of Planning in the Vitruvian Circle, Opuscula
Romana, 11, Stockholm, 1976, p. 127-142.
110 J. VICARI, Actualité de l’architecture gréco-romaine, dans : Mél. d’histoire ancienne et
d’archéologie offerts à Paul Collart, Cah. d’archéol. romande, 5, Lausanne, 1976, p.
335-344.

9. Corrections optiques et perspective

111 M. DALAI EMILIANI, chap. Perspective, dans : Encyclopedia Universalis, XII, Paris, 1972, p.
832-840.
112 J. ENGEMANN, Architekturdarstellungen des frühen zweiten Stils. Illusionistische
Wandmalerei und ihre Vorbilder in der realen Architektur, MDAI(R), 12. Ergänzungsheft,
Heidelberg 1967, p. 90sq. Très utile mise au point.
113 D. GIOSEFFI, art. Prospettiva, dans : Enciclopedia Universale dell’Arte, XI, Venise-Rome,
1963, p. 116sq.
114 W. LEPIK-KAPACZYNSKA, Die optischen Proportionen in der antiken Kunst, Klio, 37, 1959, p.
69-100.
115 A. M. G. LITTLE, Roman Perspective-Painting and the Ancient Stage, Kennebunk/Maine
(USA), 1971, p. 24 sq.

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


159

116 CH. MUGLER, Dictionnaire historique de la terminologie optique des Grecs. Douze siècles de
dialogue avec la lumière, Études & Commentaires, 53, Paris, 1966. Indispensable corpus,
d’un maniement très aisé.
117 E. PANOFSKY, La perspective comme forme symbolique, trad. sous la dir. de G. BALLANGÉ,
Paris, 1975 (réédition d’articles publiés avant 1932), p. 55 sq. et p. 68 sq. Reste
fondamental.

10. Vitruve et l’architecture étrusco-italique

118 A. ANDRÉN, Origine e formazione dell’architettura templare etrusco-italica, RPAA, 32,


1959, p. 25-59 (à propos de IV, 7).
119 A. BOËTHIUS, Veteris capitoli humilia tecta, Acta ad archaeologiam et artium historiam perti-
nentia, ed. H. P. L’ORANGE & H. TORP, Inst. Roman Norv., 1, Oslo, 1962, p. 27-40.
120 ID., Of Tuscan Columns, AJA, 66, 1962, p. 249-254.

121 ID., Nota sul tempio Capitolino e su Vitruvio, III,3,5, Arctos, 5, 1967, p. 45-49.

122 F. CASTAGNOLI, Sul tempio italico, MDAI(R), 73-74, 1966-67, p. 10-14 (Vitruve, IV, 7,2).
123 C. E. OSTENBERG, An Etruscan Archaïc House-type not Described by Vitruvius, Skrifter
utgivna av Svenska Institutet i Rom, 4°, XXX, Opus. Rom. 7, Lund, 1969, p. 89-107.
124 R. A. STACCIOLI, Sulla struttura dei muri nelle case della città etrusca di Misano a
Marzabotto, SE, 35, 1967, p. 113-126.
125 E. WISTRAND, Vitruv über den Kapitolinischen Tempel (III,3,5), Eranos, 64, 1966, p. 128-
132.

11. Vitruve et l’architecture dorique

126 I. BEYER, Der Triglyphenfries von Thermos C. Ein Konstruktionsvorschlag, AA, 87, 1972, p.
197-226.
127 G. GULLINI, Sull’origine del fregio dorico, Memor. dell’Accademia delle scienze di.Torino,
Cl. di Scienze Morali, Storiche e Filol. Ser. 4a, n. 31, Turin, 1974.
128 J. J. COULTON, The Second Temple of Hera at Paestum and the Pronaos Problem, JHS, 95,
1975, p. 13-24.
129 T. E. KALPAXIS, Zum aufiergewöhnlichen Triglyphenfries vom Apollontempel C in
Thermos. Eine Entgegnung, AA, 89, 1974, p. 105—114 (critique de l’étude de I. BEYER).
130 R. A. TOMLINSON, The Doric Order : Hellenistic Critics and Criticism, Journ. of Hell. Stud.,
83, 1963, p. 133-145.
131 R. VALLOIS, L’architecture hellénique et hellénistique à Délos jusqu’à l’éviction des Déliens
(166 av. J. C.), II, BEFAR 157, Paris, 1966, p. 230sq.

12. Vitruve et l’ordre ionique (III, 5)

132 D. CONSTANTINIDÈS, À propos d’un chapiteau de Délos. Le problème du tracé des volutes
ioniques dans l’antiquité, Études déliennes, Supplément 1 au B C H, Paris, 1973, p. 173 sq.
133 W. HOEPFNER, Zum ionischen Kapitell bei Hermogenes und Vitruv, MDAI (A), 83, 1968, p.
213sq.

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


160

134 R. MARTIN, Compléments à l’étude des chapiteaux ioniques de Délos, Études déliennes,
Supplément 1 au BCH, Paris, 1973, p. 371-398.
135 H. PLOMMER, Vitruvian Studies, Ann. of the British School at Athens, 65, Londres, 1970, p.
182-185.
136 B. WESENBERG, Kapitelle und Basen. Beobachtungen zur Entstehung der griechischen
Säulenformen, Bonn. Jahrb., Beiheft 32, Düsseldorf, 1971, p. 116sq.
137 E. WILL,
Le monument. Son histoire, ses caractères, son architecture, dans : H. SEYRIG, R.
AMY, E. WILL, Le temple de Bêl à Palmyre, 1, Texte et planches, Inst. français d’Archéol. de
Beyrouth, Bibl. archéol. & hist., 83, Paris, 1975, p. 189-193.

13. Vitruve et le chapiteau corinthien (IV, 1, 8-12)

138 W. ALZINGER, Augusteische Architektur in Ephesos, Sonderschriften hrsg. v. Österr.


Archäol. Inst. in Wien, 16, Vienne, 1974, p. 90.
139 H. BAUER, Korinthische Kapitelle des 4. und 3. Jahrh. v.Chr., MDAI(A), Beiheft 3, Berlin,
1973, p. 11 sq. et p. 126 sq.
140 W. D. HEILMEYER, Korinthische Normalkapitelle. Studien zur Geschichte der römischen
Architekturdekoration, MDAI(R), 16. Ergänzungsheft, Heidelberg, 1970, p. 13.
141 CH. LEON,Die Bauornamentik des Traiansforums, Publikationen d. Österr. Kulturinst. in
Rom, Abt. I, 4, Vienne-Graz-Cologne, 1971, p. 88sq. et p. 167 sq.
142 G. ROUX, L’architecture de l’Argolide aux IVe et IIIe s. a v. J. - C, BEFAR, 199, Paris, 1961, p.
360sq.

14. Les temples. Plans et élévations (III et IV)

143 A. BARATTOLO, Il tempio di Venere e di Roma, un tempio ‘greco’ nell’Urbe, MDAI(R), 85,
1978, p. 397sq.
144 W. BINDER, Der Roma-Augustus-Monopteros auf der Akropolis in Athen und sein
typologischer Ort, Ing. Diss. Karlsruhe, 1967, Stuttgart, 1969.
145 H. H. BÜSING, Die griechische Halbsäule, Diss. Marburg, 1967, Wiesbaden, 1970, p. 72 sq. (le
temple pseudo-périptère).
146 R. M. COOK, The Archetypal Doric Temple, Ann. of the Brit. School at Athens, 65, Londres,
1970, p. 17sq.
147 J. -J. COULTON, Towards Understanding Doric Design : the Stylobate and
Intercolumnations, Ann. of the Brit. School at Athens, 69, Londres, 1974, p. 61-86.
148 P. GROS, Aurea templa. Recherches sur l’architecture religieuse de Rome à l’époque
d’Auguste, Rome, 1976, p. 101 sq.
149 W. WEBER, Der Zeustempel von Aezani, MDAI(A), 84, 1969, p. 183 sq. (Le temple
pseudodiptère).
150 E. WILL,
Le monument. Son histoire, ses caractères, son architecture, dans : H. SEYRIG, R.
AMY, E. WILL, Le temple de Bêl à Palmyre, 1, Texte et planches, Inst. français d’Archéol. de
Beyrouth, Bibl. archéol. & hist., 83, Paris, 1975, p. 161 sq.

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


161

151 W. WURSTER, Dorische Peripteraltempel mit gedrungenem Grundriß, AA, 88, 1973, p. 200-
211.

15. Schémas de base et fonction des édifices publics profanes (livre


V)

152 J. ALARCÂO, R. ETIENNE, J. C. GOLVIN, Vitruve à Conimbriga, Conimbriga, 17, 1978, p. 6 à 14.
153 J.-CH. BALTY, Curia Ordinis. Recherches d’architecture et d’urbanisme antiques sur les
curies provinciales du monde romain, Bruxelles, 1967 (ex. dactylographié), p. 286 sq.
(basi-lique de Fano).
154 A. BARTOLI, Curia senatus. Lo scavo e il restauro, pref. di P. ROMANELLI, Monumenti Romani,
III, Rome, 1963.
155 M. BIEBER, History of the Greek and Roman Theatre, 2s édit., Princeton, 1961.
156 W. M. CALDER III, The Size of the Chorus in Seneca’s Agamemnon, CPh, 70, 1975, p. 32— 35
(à propos de la scène vitruvienne).
157 F. COARELLI, Crypta, cryptoporticus, dans : Les Cryptoportiques dans l’architecture romaine,
Coll. de l’École franç, de Rome, 14, Rome, 1973, p. 9-21.
158 D. DE BERNARDI FERRERO, Teatri classici in Asia Minore, 4, Deduzioni e proposte, con capit.
epigr. di M. GALLINA & contr. di K. T. ERIM, G. A. PUGNO, E. POZZI, Studi di architettura
antica, 5, Rome, 1974, p. 169 sq.
159 J. DELORME, Gymnasion. Études sur les monuments consacrés à l’éducation en Grèce,
BEFAR, 196, Paris, 1960 (appendice B : Vitruve et le gymnase, p. 488-497).
160 R. ETIENNE, Vitruve et les cryptoportiques, Riv. Stud. Lig. 38, 1972, p. 62-65.
161 G. FUCHS, Die Funktion der frühen römischen Marktbasilika, Bonn. Jahrb., 161, 1961, p.
39-46.
162 R. GINOUVÈS, Balaneutikè. Recherches sur le bain dans l’antiquité grecque, BEFAR, 200,
Paris, 1962, p. 199 sq. (laconicum et sudationes).
163 H. LAUTER, Die hellenistischen Theater der Samniten und Latiner in ihrer Beziehung zur
Theaterarchitektur der Griechen, dans : Hellenismus in Mittelitalien, Abh. Akad. Wiss.
Göttingen, phil.-hist. Kl. III, 97, 2, Göttingen, 1976, p. 413-425.
164 R. MARTIN, Agora et Forum, MEFRA, 84, 1972, p. 903-933.
165 ID., L’urbanisme dans la Grèce antique, 2e édit., Paris, 1974, p. 27sq.

166 K. F. OHR, Die Form der Basilika bei Vitruv, Bonn. Jahrb., 175, 1975, p. 113 sq.
167 ID., Die Basilika in Pompeji, Diss., Karlsruhe, Darmstadt, 1973.

168 ID., Die Basilica in Pompeji, Cronache Pompeiane, III, 1977, p. 17sq.

169 J. RUSSEL, The Origin and Development of Republican Forums, Phoenix, 28, 1968, p. 315 sq.
170 S. SETTIS, ‘Esedra’ e ‘ninfeo’ nella terminologia architettonica del mondo romano, dans :
ANRW, I, 4, Berlin-New York, 1973, p. 670sq. (exèdres dans palestres et gymnases).

16. L’habitation et son décor

171 B. ANDREAE, H. KYRIELEIS, Neue Forschungen in Pompei und den anderen v. Vesuvausbruch
79 n. Chr. verschütteten Städten, Recklinghausen, 1975.

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


162

172 J. ENGEMANN, Architekturdarstellungen des frühen zweiten Stils. Illusionist. Wandmalerei


und ihre Vorbilder in der realen Architektur, MDAI(R), 12. Ergänzungsheft, Heidelberg,
1967.
173 R. ETIENNE, La ratiocinatio communis de Vitruve et la maison privée volubilitaine, dans : Atti
VII. congr. Intern. di Archeolog., 3, Rome, 1961, p. 251 sq.
174 K. FITTSCHEN, Zur Herkunft und Entstehung des 2. Stils, dans : Hellenismus in Mittelitalien,
Abh. Ak. Wiss. Göttingen, phil.-hist. Kl. III, 97, 2, Göttingen, 1976, p. 539-559.
175 P. GRIMAL, Les jardins romains, 2e édit., Paris, 1969, p. 91 sq. ; 200sq. ; 237sq.
176 E. LA ROCCA, M. et A. DE VOS, Guida archeologica di Pompei, Milan, 1976, p. 31-59.
177 J. E. PACKER, The insulae of Imperial Ostia, MAAR, 31, 1971, p. 44sq.
178 E. WISTRAND, Virgil’s Palaces in the Aeneid, Klio, 38, 1960, p. 146-154 (à propos de VI, 7, 1-2
et 3-5).

17. Les techniques de maçonnerie (livre II)

179 F. COARELLI, Public Building in Rome between the Second Punic War and Sulla, PBSR, n.s.
32, Londres, 1977, p. 1-19 (chronologie de l’opus caementicium et de l’opus reticulatum).
180 V. FURBAN, P. BISSEGER, Les mortiers anciens. Histoire et essai d’analyse scientifique,
Zeitschrift fur Schweizerische Archäologie und Kunstgeschichte, 32, 1975, p. 166-178.
181 T. HELEN, Organization of Roman Brick Production in the First and Second Centuries A. D.,
Ann. Acad. Scient. Fennicae, Diss. hum. Litt. 5, Helsinki, 1975, p. 16sq.
182 H. O. LAMPRECHT, Opus caementidum, Düsseldorf, 1968.
183 R. MARTIN, Manuel d’architecture grecque, I, Matériaux et techniques, Coll. des Manuels
d’Archéol. & d’Hist. de l’art, Paris, 1965, p. 50sq.
184 F. RAKOB, Bautypen und Bautechnik, dans : Hellenismus in Mittelitalien, Abh. Akad. Wiss.
Göttingen, phil.-hist. Kl. III, 97, 2, Göttingen, 1976, p. 366-378.
185 R. A. TOMLINSON, Έμπλεκτον Masonry and Greek Structura, JHS, 81, 1961, p. 133-140 (à
propos de II, 8, 7).

18. Notices techniques et données archéologiques

186 – À propos de I, 4, 12 (oppidum Salpia) :


187 E. LEPORE, Fiumi e Città nella colonizzazione greca di Occidente, dans : Thèmes de
recherches sur les villes antiques d’Occident, Centre National de la recherche scientifique,
Colloque internat., Paris, 1977, p. 270 sq.
188 – À propos de III, 4, 1–2 (fondations et substructions) :
189 W. ALZINGER,... quae stereobates appellantur, JÖAI, 50, 1972 - 75, Beibl. 95-102.
190 G. TH. SCHWARZ-MURTEN, Antike Vorschriften für Fundamente und ihre Anwendung auf
römische Bauten in der Schweiz, dans : Provincialia. Festschrift fur Rudolf Laur-Belart,
red. E. SCHMID, L. BERGER, P. BUERGIN, Bâle–Stuttgart, 1968, p. 446-456.
191 – À propos de III,4,5 et de V,9,4 (le problème des scamilli impares) :
192 H. ALTROGGE, Zum Problem der scamilli impares bei Vitruv, AA, 78, 1963, p. 717-721.

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


163

193 D. MERTENS, Die Herstellung der Kurvatur am Tempel von Segesta, MDAI(R), 81, 1974, p.
107-114.
194 S. SINOS, Zur Kurvatur des Parthenonstereobats, AA, 89, 1974, p. 157-168.
195 – À propos de IV, 1,6–8 (proportions des colonnes dorique et ionique) :
196 H. PLOMMER, Vitruvian Studies, Ann. of the British School at Athens, 65, Londres, 1970, p.
185-190.
197 – À propos de V, l, 4 (chalcidicum) :
198 F. ZEVI, Il calcidico della curia Iulia, Rend. Accad. Naz. Lincei, 26, 1971, p. 237-251.
199 – À propos de V, 12, 3–4 (maçonneries subaquatiques) :
200 H. SCHLÄGER, Die Texte Vitruvs im Lichte der Untersuchungen am Hafen von Side, Bonn.
Jahrb., 171, 1971, p. 150-161.
201 – À propos de I, 6, 12 et IX, 8, 6 :
202 J. V. NOBLE, D. J. DE S. PRICE, The Waterclock in the Tower of the Winds, AJA, 72, 1968, p.
345-355.
203 – À propos de V, 5 (vases de résonance dans les théâtres) :
204 J. G. LANDELS, Assisted Resonance in Ancient Theatre, Greece and Rome, 15, 1967, p. 80– 94.
205 – À propos de VI, 7, 1 (inter duas ianuas) :
206 CH. LLINAS,Inter duas ianuas à la Maison du Lac, dans : Études déliennes, supplément 1 au
BCH, Paris, 1973, p. 291-328.
207 – À propos de VII, 1 (sous-couches des pavements et carrelages) :
208 R. ÉTIENNE, L’architecture, Fouilles de Conimbriga, publ. par J. ALARCĀO & R. ÉTIENNE, 1,
Paris, 1977, p. 31 sq.
209 R. E. M. MOORE, A Newly Observed Stratum in Roman Floor Mosaics, AJA, 72, 1968, p. 57-68.
210 – À propos de VII, 3, 4 et 5 (techniques des enduits et peintures) :
211 S. AUGUSTI, I colori pompeiani, Ministero della pubblica istruzione, Studi e
Documentazioni, 1, Rome, 1967.
212 A. BARBET, CL. ALLAG, Techniques de préparation des parois dans la peinture murale
romaine, MEFRA, 84, 2, 1972, p. 935-1069. (avec bibliographie antérieure).
213 A. BARBET, Recueil général des peintures murales de la Gaule, I, Narbonnaise, 1, Glanum,
27e Suppl. à Gallia, Paris, 1974, p. 30sq.
214 A. GHEQUIERE, P. OVERBAU, G. KELNER, et autres, Analyse du tectorium d’une peinture de
Pompei par la méthode de spectroscopie E.S.C.A., Les études classiques, 41, 1973, p.
402-418.
215 W. KLINKERT,
Bemerkungen zur Technik der pompejanischen Wanddekoration, dans : L.
CURTIUS, Die Wandmalerei Pompejis, 2e édit., Hildesheim, 1960, p. 435–472 (article d’abord
publie dans MDAI[R], 64, 1954, p. 111-148).
216 W. LEPIK-KAPACZYNSKA, La technique de la peinture antique et sa chronologie (en polonais),
Eos, 50, 2, 1959-60, p. 111-122.
217 R. LING, Stucco Decoration in Pre-Augustan Italy, PBSR, 40, Londres, 1972, p. 11 sq.
218 R. MARTIN, Manuel d’architecture grecque, Coll. des Manuels d’Archeol. & Hist. de l’art,
Paris, 1965, p. 425sq.

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


164

219 D. C. WINFIELD, Middle and Later Byzantine Wallpainting Methods. A Comparative Study,
Dumb. Oaks Pap., 22, 1968, p. 61-140.
220 – A propos de VIII, 5 et 6 (problèmes de nivellement et de canalisation. Construction des
conduites d’eau). Pour ces chapitres, comme pour tous ceux du livre 8, le commentaire le
plus complet est fourni par L. CALLEBAT dans son édition déjà citée des ‘Belles-Lettres’ :
221 R. BERNARDELLI, Il tripartitore d’acqua di Porta Vesuvio a Pompei, dans : Studi in onore di
L. Traverso, a cura di P. PAIONI e di U. VOGT, Studi Urbinati di Storia, Filosofia e Let-
teratura, Urbino, Argalia, 45, 1971, p. 1151-1156.
222 R. ÉTIENNE, L’architecture, Fouilles de Conimbriga publ. par H. ALARCĀO & R. ÉTIENNE, 1,
Paris, 1977, p. 50sq.
223 PH. LEVEAU, J. -L. PAILLER, L’alimentation en eau de Césarée de Maurétanie et l’aqueduc de
Cherchell, Paris, 1976.
224 G. TEDESCHI-GRISANTI, l’Trofei di Mario’. Il Ninfeo dell’Acqua Giulia sull’Esquilino, I mo-
numenti romani, 7, Rome, 1977, p. 34-38.
225 H. WENTZEL, Über antike Rohrtechnik, SP, 24, 1960, p. 74-79.

19. Contribution de Vitruve à l’histoire et à la reconstitution des


édifices de l’orient grec

226 A. BAMMER, Der Altar des jüngeren Artemision von Ephesos, AA, 83, 1968, p. 400-423.
227 ID., Die Architektur des jüngeren Artemision von Ephesos, Wiesbaden, 1972, p. 34sq.

228 A. VON GERKAN, Grundlagen fur die Herstellung des Mausoleion von Halikarnassos, dans :
MDAI(R), 72, 1965, p. 217-225.
229 M. GREENHALGH, Pliny, Vitruvius and the Interpretation of Ancient Architecture, Gaz. des
Beaux-Arts, 116, 1974, p. 297-304 (Artémision d’Ephèse).
230 K. JEPPESEN, Neue Ergebnisse zur Wiederherstellung des Mausoleion von Halikarnassos,
MDAI(I), 26, 1976, p. 47-99.
231 W. VOIGTLÄNDER, Der jüngste Apollontempel von Didyma. Geschichte seines Baudekors,
MDAI(I), Beiheft 14, Tübingen, 1974, p. 14 sq.

20. La tradition vitruvienne, de l’antiquité tardive au début de la


Renaissance (théorie et pratique architecturales)

232 L. A. CIAPPONI, Il ‘De architectura’ di Vitruvio nel primo umanesimo, dans : Italia
medievale e umanistica, III, 1960, p. 99sq.
233 V. FONTANA, P. MORACHIELLO., Vitruvio e Raffaello. Il ‘De architectura’ di Vitruvio nella
traduzione inedita di Fabio Calvo Ravennate, Rome, 1975.
234 P. HAMBERG, Vitruvius, Fra Giocondo and the City of Naples, Acta Archaeologica, 36, 1965,
p. 105-125.
235 R. KRAUTHEIMER, Alberti and Vitruvius, dans : Acts of the 20th. International Congress of
History of Art, Princeton, 1963, p. 42-52.
236 C. H. KRINSKY, Cesare Cesariano and the Como Vitruvius Edition of 1521, Diss., New- York,
1965. Sommaire dans D A, XXVII, 1967, 3789A-3790A.

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


165

237 ID.,
Introduction à l’édition de C. CESARIANO, Di L. Vitruvio Pollione, De Architectura Libri
dece, traducti de latino in volgare, Munich, 1969.
238 C. L. FROMMEL, Der römische Palastbau der Hochrenaissance, Röm. Forschungen der Bibl.
Hertziana, 21, 1, Tübingen, 1973, chap. VI.
239 P. MARCONI, Il problema della forma della città nei teorici di architettura del
Rinascimento, Palladio, 22, 1972, p. 49-88.
240 G. MARTINES, Hygino Gromatico : fonti iconografiche antiche per la ricostruzione
rinascimen-tale della città Vitruviana, Ricerche di storia dell’arte, 1-2, 1976, p. 277-282.
241 G. ORLANDI, P. PORTOGHESI, L. B. Alberti. L’architettura (De re aedificatoria), Classici ita-
liani di scienze, tecniche e arti, Trattati di architettura, 1, Milan, 1966 (introduction).
242 P. N. PAGLIARA, L’attività edilizia di Antonio da Sangallo il Giovane : il confronto tra gli
studi sull’antico e la letteratura vitruviana, Controspazio, 4, 1972, n. 7, p. 19-55.
243 H. PLOMMER, Vitruvius and Later Roman Building Manuals, Cambridge, 1973.

NOTES
1. Cf. L. A. CIAPPONI, Il ‘De Architectura’ di Vitruvio nel primo umanesimo (dal ms. Bodl. Auct. F.
5.7), Italia medievale e umanistica, 3, 1960, p. 99sq.
2. Voir sur ce sujet les hypothèses de F. PELLATI, La Basilica di Fano e la formazione del trattato di
Vitruvio, RPAA, 33-34, 1947-49, p. 155 sq.
3. Mais qui entrent en fait dans les attributions traditionnelles de 1’άρχιτέκτων, si l’on en juge
par les inscriptions grecques et hellénistiques.
4. Voir par exemple : G. AUJAC, Strabon et la science de son temps, Les sciences du monde, Coll.
d’Études anciennes 98, 1, Paris, 1966 ; P. PÉDECH , La géographie des Grecs, Coll. SUP Litt. anc, 5,
Paris, 1976 ; W. SPOERRI, Späthellenistische Berichte über Welt, Kultur und Götter.
Untersuchungen zu Diodor von Sizilien, Schweizer. Beitr. zur Altertums-wiss., 9, Bâle, 1959 ; G.
TABARRONI, Vitruvio nella storia della scienza e della tecnica, Atti della Accadem. delle Scienze
dell’Istituto di Bologna, Memorie 66, 1971-72. Pour Pline L’Ancien, on consultera les préfaces et
commentaires des éditions des divers livres de l’’Histoire Naturelle’ dans la Coll. G. Budé. Pour
Geminos, cf. l’excellente édition de G. AUJAC, Geminos, Introduction aux Phénomènes, Coll. G.
Budé, Paris, 1975.
5. Pour ne citer que les travaux essentiels, rappelons : M. THIEL, Quellenkritisches zu Vitruvius,
Neue Jahrb. fur Philologie, 67, 1897, p. 367sq. ; E. ODER, Ein angebliches Bruch-stück Demokrits
über die Entdeckung unterirdischer Quellen. Quellensucher im Altertum, Philologus, Suppl.Band
7, Leipzig, 1899, p. 229-384. (Comme son titre l’indique cette longue étude est surtout consacrée à
la technique des sourciers antiques. Mais elle contient, à propos du livre 8 de Vitruve, des
analyses très développées sur l’information, la méthode, et les sources écrites du théoricien
romain. Voir surtout p. 243 sq. et 363 sq.) ; W. DIETRICH , Quaest. Vitruvian. Specimen, Diss.,
Leipzig, 1906 ; L. SONTHEIMER , Vitruv und seine Zeit, Diss., Tübingen, 1908 ; K. WATZINGER,
Vitruvstudien, RhMus., 64, 1909, p. 202 sq. ; W. POPPE. Vitruvs Quellen im zweiten Buche ‘de
architectura’, Diss., Kiel, 1909.

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


166

Pour les éditions : V. ROSE, H. MÜLLER-STRÜBING , Vitruvii De architectura libri decem, Leipzig
(Teubner), 1867 (considérée comme la première édition scientifique. Très souvent les références
au texte de Vitruve sont données au moyen de la page et de la ligne de cette édition) ; V. ROSE,
Vitruvii De architectura libri decem, Leipzig (Teubner), 1899. Voir aussi H. DEGERING (rec), Berl.
Philologische Wochenschrift, 20, 1900, col. 8-15 (c/r de l’édition de ROSE) et ID., Warum schrieb
Vitruv sein Buch über die Architektur ?, Berl. Philologische Wochenschrift, 43, 1907, col.
1371-1376 ; 1533-1536 ; 1564-1568.
6. A. CHOISY, Vitruve, Paris, 1909 (2 volumes en 4 tomes : texte, traduction, analyse, figures).
Réédité ibid. en 1971.
7. L’édition de F. KROHN, Vitruvii De architectura libri decem, Leipzig, Teubner, 1912, redonnait
au texte une meilleure tenue, en l’émondant systématiquement des initiatives souvent
malheureuses de CHOISY.
8. A. BIRNBAUM , Vitruvius und die griechische Architektur, Denkschriften der Kaiserl. Akademie
der Wissenschaften in Wien, Philologisch-Historische Klasse, 57, 4, Vienne, 1914, 62 p., 10 pl.
9. Voir surtout p. 13sq., l’analyse de l’entablement ionique, où l’auteur tire le meilleur parti des
travaux de WIEGAND-SCHRADER et de HUMANN.
10. Ibid., p. 14, n. 2 ; p. 16, η. 1 ; p. 28, n. 1 ; p. 289, n. 2, etc.
11. F. W. SCHLIKKER, Hellenistische Vorstellungen von der Schönheit des Bauwerks nach Vitruv,
Schriften zur Kunst des Altertums, hrsg. v. Deutschen Archäologischen Institut, 1, Berlin, 1940,
187 p.
12. Voir surtout p. 72sq. et p. 96sq.
13. Ibid., p. 130sq. et p. 158sq.
14. Ibid., p. 116 sq.
15. Particulièrement p. 171 sq. et p. 181 sq.
16. S. FERRI, Vitruvio (Dai libri I-VII). De architectura quae pertinent ad disciplinas
archaeologicas, Rome, 1960, 303 p.
17. S. FERRI, Problemi di estetica Vitruviana, La critica d’arte, 6, 1941, p. 97 sq. ; IDEM , Note
archeologico-critiche al testo di Vitruvio, PP, 8, 1953, p. 214-224. Voir aussi : IDEM , Esi-genze
archeologiche e ricostruzione del testo, Studi classici e orientali, 11, Pise, 1962, p. 583 sq.
18. Cf. les ‘Note al testo’, p. 12 à 27 de son édition de 1960, et un cas particulier exemplaire : le
maintien de aliae (au lieu de alae) en IV,7,2 (cf. S. FERRI, Esigenze archeologiche e ricostruzione del
testo, Studi classici e orientali, 6, Pise, 1957, p. 235 sq.).
19. S. FERRI, op.cit., p. 91 sq. ; C. FENSTERBUSCH , éd., Vitruvii de architectura Libri decem,
Darmstadt, 1964, p. 132sq. et F. OOMES, Gnomon, 38, 1966, p. 781.
20. Le texte retenu par S. FERRI (ibid.) est le suivant : ipsique artifices, cum pollicerentur suam
prudentiam, si non pecunia sint copiosi seu vetustate officinarum habuerint notitiam aut etiam gratta
forensi et eloquentia, cum fuerint parati...
21. Remarquables de ce point de vue sont les commentaires à I, 2,1 sq., p. 48 sq. ; à III, 3,13 (sur les
corrections optiques), p. 114 sq. ; à IV, 2,2 (sur l’origine du temple dorique), p. 146 sq. ; à VII, 5,1
sq. (histoire de la peinture), p. 266 sq., etc.
22. Cf. supra, n. 5.
23. Voir en III, 5, 4, p. 124sq. le commentaire concernant l’expression ad perpendiculum, et son
caractère équivoque, hérité d’une mauvaise compréhension du grec κατά κάθετον ; id. en III, 5,
11, p. 128 sq., à propos de μετοχή.
24. Significatifs sont les commentaires à I, 2, 4 et III, 1,1, sur les problèmes modulaires (p. 52sq. ;
p. 93sq.) et à III,3,11 (p. 111 sq.).
25. Pour C. FENSTERBUSCH, et les éditions récentes, cf. la rubrique 1 de la bibliographie.
26. Cf. sur ce point, en dernier lieu, V. FONTANA, P. MORACHIELLO, Vitruvio e Raffaello, Rome, 1975,
p. 34 sq. Un homme tel que Pétrarque possédait son ‘Vitruve’.

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


167

27. C. H. KRINSKY, Seventy-eight Vitruvius Manuscripts, Journal of the Warburg and Courtauld
Institute, 30, 1967, p. 36-70.
28. A. GIRY, Notes sur un manuscrit de la bibliothèque de Schlestadt, Revue de Philologie, 3, Paris,
1879, p. 16sq.
29. P. RUFFEL, J. SOUBIRAN, Recherches sur la tradition manuscrite de Vitruve, Pallas, 9, 2, 1960, p. 3
sq.
30. J.-P. CHAUSSERIE-LAPRÉE, Un nouveau stemma vitruvien, REL, 47, 1969, p. 347sq.
31. L. CALLEBAT, Vitruve, De l’architecture, livre 8, Coll. G. Budé, Paris, 1973, et le c/r de C.
FENSTERBUSCH , Gnomon, 47, 1975, p. 301 sq.
32. BODO EBHARDT, Vitruvius. Die zehn Bücher der Architektur des Vitruv und ihre Herausgeber
seit 1484. Mit einem Verzeichnis der vorhandenen Ausgaben und Erläuterungen, Berlin, 1918.
Réédité à New-York en 1962.
33. Voir la rubrique 20 de la bibliographie.
34. Ce qui explique les remarques sur Vitruve contenues dans les ‘Annotations aux Pandectes’
(Paris, 1508).
35. Voir l’ouvrage cité supra n. 26.
36. Ibid., p. 36 et p. 185.
37. Sur le problème, cf. P. GROS, Nombres irrationnels et nombres parfaits chez Vitruve, MEFRA,
88, 1976, p. 694.
38. Le texte des manuscrits est le suivant (III, 2,5) :... quemadmodum est in porticu Metelli Jovis
Statoris Hermodori et ad Mariana Honoris et Virtutis sine postico... F. KROHN propose : quemadmodum est
sine postico in porticu Metelli Jovis Statoris Hermodori et Mariana Honoris et Virtutis...
39. On lira sur ce sujet la magistrale introduction que J. SOUBIRAN a écrite en tête de son édition
du livre 9 (Coll. G. Budé, Paris, 1969), particulièrement, p. XXXVIII sq. et p. LX sq.
40. Cf. P. GROS, Hermodoros et Vitruve, MEFRA, 85, 1973, p. 137sq.
41. Où se posent des problèmes aussi difficiles que, au chapitre 8, l’épure de l’analemme des
cadrans solaires, ou le dispositif de réglage du débit des horloges à eau.
42. Le réquisitoire de ODER (loc.cit., n. 5) est spirituel, mais excessif. Il s’appuie sur une tradition
antérieure, qui remonte à WINCKELMANN (cf. F. W. SCHLIKKER, op.cit., p. 6).
43. Cette attitude est encore en grande partie celle de B. PEDOTTI, L’architettura e la figura
dell’architetto secondo Vitruvio, Florence, 1969.
44. Fort utile est sur ce point la synthèse toute récente de CL. PRÉAUX, Le monde hellénistique. La
Grèce et l’Orient de la mort d’Alexandre à la conquête romaine de la Grèce, II, Nouvelle Clio, 6,
Paris, 1978, p. 622sq. Mais on lira aussi avec profit le livre de J.-P. VERNANT (qui concerne les
époques plus hautes, mais dont les conclusions valent encore, dans leurs grandes lignes, pour la
période hellénistique) : Mythe et pensée chez les Grecs. Études de psychologie historique, Petite
coll. Maspero, 86—87, Paris, 1974.
45. De architectura, I, 1.
46. Cf. CL. PRÉAUX, op. cit., p. 631 ; G. AUJAC, Strabon et la science de son temps, p. 49sq. (sur le
« dilettantisme » d’Erastosthène). Pour Quintilien, et la tradition dont il se fait l’écho, cf.
Institution Oratoire, I, 10 (le problème de l’ ἐγκύκλιος παιδεία).
47. De Oratore, III, 126 sq. (voir particulièrement le par. 132, sur l’excessive spécialisation des
médecins).
48. Cf. F. E. BROWN, Vitruvius and the Liberal Art of Architecture, Bucknell Review, 11, 4, 1963, p.
99sq.
49. I,1,12 :... ideoque de veteribus architectis Pytheos, qui Prieni aedem Minervae nobiliter est
architectatus, ait in suis commentariis architectum omnibus artibus et doctrinis plus opor-tere posse
facere, quam qui singulas res suis industriis et exercitationibus ad summam claritatem perduxerunt. Et
I,1,15 : igitur in hac re Pytheos errasse videtur...

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


168

50. I,1,1 : ea nascitur ex fabrica et ratiocinatione.


51. Ibid. : ratiocinatio autem est, quae res fabricatas sollertiae ac rationis pro portione demon-strare atque
explicare potest.
52. I,1,3 (avec le commentaire de S. FERRI, p. 34 sq. de son édition de 1960).
53. Cf. I,1,4,8 et 9.
54. Sur les liberales doctrinae, cf. Cicéron, De Oratore, III, 127. Le cas des historiae est significatif
(I,1,5) : leur connaissance doit permettre de rendre compte du symbolisme des ornements, à qui
s’en informerait éventuellement (quaerentibus). C’est en fait pour Vitruve un prétexte pour
raconter la légende étiologique des Caryatides.
55. Sauf en II, 2 et en VIII, praef., où Vitruve expose à sa façon l’origine des éléments.
56. I,1, 17 : quibus vero natura tantum tribuit sollertiae, acuminis, memoriae, ut possint geo-metriam,
astrologiam, musicen ceterasque disciplinas penitus habere notas, praetereunt officia architectorum et
efficiuntur mathematici. Sur les mathematici, cf. III, 1, 6 ; VI, 1, 5 ; IX, 2, 3 ; IX. 7, 3.
57. Cf. J.-P. VERNANT, op.cit., p. 54 sq. et CL. PRÉAUX, op. cit., p. 633 sq.
58. Cf. CL. PRÉAUX, ibid., p. 626. Voir Plutarque, Vie de Marcellus, 9-10 et 12 sq.
59. Plutarque, Vie de Marcellus, 15, 2 (les machines d’Archimède) et 17, 5-6 (Archimède ne veut
laisser aucun écrit sur ses inventions mécaniques).
60. Voir M. LAFFRANQUE, Poseidonios d’Apamée. Essai de mise au point, Publ. Fac. des Lettres de
Paris, Paris, 1965, p. 271sq. (sur le lien entre la recherche théorique en mathématique et
géométrie, et l’expérience ou l’observation) ; p. 491 sq. (sur l’invention et la diffusion des
techniques, comme tâche non indigne du sage).
61. Toute la longue lettre 90 à Lucilius est conçue par Sénèque comme une réfutation de l’opinion
de Posidonius, qui attribuait à la philosophie l’invention des « arts mécaniques ». (Cf. 90,7 ; 90,25 :
vilissimorum mancipiorum ista commenta sunt). Sur cette lettre, cf. M. LAFFRANQUE, op. cit., p. 453 sq.
62. J. SOUBIRAN , op.cit., p. XXII sq. et commentaire ad loc. ; P. GROS, Nombres irrationnels et
nombres parfaits chez Vitruve, MEFRA, 88, 1976, p. 669 sq.
63. J. POTTAGE, The Vitruvian Value of π, Isis, 59, 1968, p. 190sq.
64. H. PLOMMER, The Circle of the Winds in Vitruvius, I, 6, Class. Rev., 21, 1971, p. 159-162. Sur ces
questions, voir la rubrique 7 de la bibliographie.
65. VI, 2, 2. Il s’agit en fait d’exemples d’école, toujours les mêmes (Cf. Cicéron, Prem. Académ.
II.7.19 ; Sénèque, Quaestiones Natur., I, 3, 9, etc.).
66. VI, 2, 4.
67. VI, 2, 3.
68. Cicéron, Ad Attic. II, 3, 2. Il est intéressant de comparer les expressions employées par ce
Cyrus à celles d’Euclide (voir à ce sujet les citations réunies par CH. MUGLER, Dictionnaire
historique de la terminologie optique des Grecs. Douze siècles de dialogues avec la lumière,
Études & Commentaires, 53, Paris, 1966, p. 294).
69. Cf. P. GROS, Structures et limites de la compilation vitruvienne dans les livres III et IV du ‘De
architectura’, Latomus, 34, 1975, p. 986sq.
70. IV, 8, 4.
71. Cf. infra, p. 676.
72. Chapitre II, 3.
73. R. A. STACCIOLI, Sulla struttura dei muri nelle case della città etrusca di Misano a Marza-botto,
SE, 35, 1967, p. 113 sq.
74. II, 3, 3 : fiunt autem laterum genera tria : unum, quod graece Lydium appellatur, id est quo nostri
utuntur...
75. On consultera aussi, sur la technique des excerpta, J. MEJER, Diogenes Laertius and his
Hellenistic Background, Hermes-Einzelschriften, Heft 40, Wiesbaden, 1978, p. 16 sq.

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


169

76. Polybe, VI,5,1 : ποικίλος δ’ ὢν καì διὰ πλειόνων λεγόμενος ὀλίγοις ἐφικτός ἐστιν. C’est à
l’intention des très nombreux lecteurs, qui ne peuvent plus se référer avec profit aux textes
originaux, que Polybe va retracer l’évolution des constitutions.
77. De architectura, V, 4, l.
78. Cf. R. DA RIOS, Aristoxeni elementa harmonica, Script. Gr. & Lat. consilio Acad.Lync. ed. Roma
Ist. poligraf. dello Stato Rome, 1955.
79. Cf. L. LALOY, Aristoxène de Tarente, disciple d’Aristote, et la musique dans l’antiquité, Paris,
1904.
80. Sur cette question, cf. P. GROS, Le dossier vitruvien d’Hermogénès, MEFRA, 90, 1978, p. 700, et
n. 90.
81. Cf. Y. BÉQUIGNON , A. LAUMONIER, Fouilles de Téos, BCH, 49, 1925, p. 291 sq. et A. YAYLALI, Der
Fries des Artemisions von Magnesia am Mäander, MDAI(I), Beiheft 15, Tübingen, 1976, p. 119sq.
82. Un « savant » comme Pline l’Ancien n’a pas manqué d’y céder lui aussi.
83. Sur la baisse du niveau culturel et le manque de capillarité sociale entre les spécialistes et le
public, cf. CL. PRÉAUX, op. cit., p. 632.
84. Il en va ainsi des passages déjà cités sur les erreurs des sens (VI, 2, 2 sq.) ou sur les « grandes
inventions » (IX, praef.).
85. G. LUGLI, La tecnica edilizia romana, con particolare riguardo a Roma e Lazio, Rome, 1957.
86. Cf. en dernier lieu T. HELEN, Organization of Roman Brick Production in the First and Second
Centuries A. D., Ann.Acad.Scient.Fennicae Diss. Hum. Litt., 5, Helsinki, 1975, p. 16sq.
87. II, 8, 20.
88. Cf. G. LUGLI, op.cit., p. 529sq.
89. Cf. Guida arecheologica di Pompei, di EUGENIO LA ROCCA, MARIETTE e ARNOLD DE Vos, coord. di
FILIPPO COARELLI, Milan, 1976, p. 131 sq. et 155 sq. Pour Calès, voir W. JOHANNOWSKY , dans :
Hellenismus in Mittelitalien, Abh. Akad. Wiss. Göttingen, phil.-hist. Kl. III, 97, 1, Göttingen, 1976,
p. 271 et 283.
90. Cf. F. COARELLI, Public Building in Rome between the Second Punie War and Sulla, PBSR, n.s.
32, 1977, p. 18.
91. Cf. G. LUGLI, op.cit., p. 365sq. et p. 410sq. et F. COARELLI, op.cit. p. 1 à 19 (très utile mise au point
en faveur d’une chronologie plus haute de l’ensemble des manifestations de l’architecture
moulée à la fin de la République).
92. II, 8, 1 : sed ad rimas faciendas ideo paratum, quod in omnes partes dissoluta habet cubilia et
coagmenta.
93. II.8.4.
94. Ibid. : ita enim non acervatim, sed ordine structum opus poterit esse sine vitio sempiter-num...
95. II, 8, 7.
96. V, 12 : Cf. H. SCHLÄGER, Die Texte Vitruvs im Lichte der Untersuchungen am Hafen von Side,
Bonn.Jahrb., 171, 1971, p. 150sq.
97. II, 8, 6 et II, 8, 7.
98. Cf. F. COARELLI, loc. cit., ibid. (PSBR, n.s. 32, 1977).
99. F. COARELLI, loc. cit., p. 10 sq.
100. Cf Tite-Live 36,36,4 (cité par F. COARELLI, loc.cit., p. 13).
101. II, 8, 1 : ex his venustius est reticulatum...
102. F. COARELLI, loc.cit., p. 16sq.
103. Cf. F. RAKOB, Bautypen und Bautechnik, dans : Hellenismus in Mittelitalien, Abh. Akad. Wiss.
Göttingen, phil.-hist. Kl. III, 97, 2, Göttingen, 1976, p. 366sq. et P. GROS, Architecture et Société à
Rome et en Italie centro-méridionale aux deux derniers siècles de la République, Coll. Latomus,
156, Bruxelles-Berchem, 1978, p. 14sq. et p. 42sq.
104. Voir par ex. VI, praef. 6 (Cf. DE FRANCISCIS, RPAA, 27, 1954, p. 63 sq.).

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


170

105. Cf. les rubriques 11 - 12 - 13 de la bibliographie.


106. Cf. P. GROS, Structures et limites..., Latomus, 34, 1975, p. 986 sq.
107. IV, 2, 5 : ita quod non potest in veritate fieri, id non putaverunt in imaginibus factum posse certam
rationem habere.
108. De Oratore, III, 180.
109. VI, praef. 6 : cum autem animadverto ab indoctis et imperitis tantae disciplinae magnitu-dinem
iactari...
110. IV, 2, 4 : non enim, quemadmodum nonnulli errantes dixerunt...
111. IV, 1, 3.
112. IV, l, 4-6.
113. C’est en effet ici le sens de fastigium.
114. IV. 2, 1-2.
115. Cf. en dernier lieu G. GULLINI, Sull’origine del fregio dorico, Memor. Accadem. delle Scienze
di Torino, Cl. di Scienze Morali, Storiche e Filol., Ser. 4 a, 31, Turin, 1974.
116. IV, 2, 2. Voir le commentaire de S. FERRI, op.cit., p. 148sq.
117. En tout cas cette idée doit avoir joué un rôle au moins aussi important que celle, plus
confuse, et moins rigoureusement adaptée à la mentalité antique, du primat de la forme sur la
matière, autrefois développée jusqu’à ses limites extrêmes par KARL BÖTTICHER, Die Tektonik der
Hellenen, 2e édit., Berlin, 1874, p. 18sq. (Cf. en dernier lieu, sur ce point, les remarques
suggestives de A. BAMMER, Architektur als Erinnerung. Archäologie und Gründerzeitarchitektur
in Wien, Archäolog.-soziol. Schriften, 2, Vienne, 1977, p. 8 sq.).
118. IV, 2, 2.
119. Cette fonction est encore accrue, et comme magnifiée, par l’emploi du marbre. Cf. P. GROS,
Aurea Templa. Recherches sur l’architecture religieuse de Rome à l’époque d’Auguste, BEFAR, 231,
Rome, 1976, p. 50sq.
120. Cf. E. SIMON, Ara Pacis Augustae, Monumenta Artis Antiquae, hrsg. v. E.S., 1, Tubingen, 1967,
p. 9-14 et pl. 8.
121. G. GULLINI, op.cit., p. 4sq.
122. Voir T. E. KALPAXIS, Zum außergewöhnlichen Triglyphenfries vom Apollontempel C in
Thermos, AA, 89, 1974, p. 105 sq.
123. IV, 1, 9-10.
124. Ainsi TH. HOMOLLE parle d’un « conte de nourrice » (L’origine du chapiteau corinthien, RA, V e
sér., 5, 1916, p. 17).
125. Sur ce point, voir en dernier lieu H. BAUER, Korinthische Kapitelle des 4. und 3. Jahr-
hunderts v.Chr., MDAI(A), 3. Beiheft, Berlin, 1973, p. 11 sq.
126. G. Roux, L’architecture de l’Argolide aux IVe et IIIe siècles av. J.-C., BEFAR, 199, Paris, 2 vol.,
1961, p. 360sq.
127. Sur le chapiteau de Tégée, cf. en dernier lieu H. BAUER, op.cit., p. 65sq.
128. Ibid., p. 12-13.
129. IV,1,7 (voir le commentaire de S. FERRI, op.cit., p. 143). L’évocation n’est nullement
cautionnée pas la symmetria du chapiteau, décrite en III, 5, 5 sq.
130. IV, 1, 7 : ad columnam muliebrem transtulerunt gracilitatem... (texte de C. FENSTER-BUSCH).
131. IV. 1, 9-10 et IV, 1, 11-12.
132. D’où un raidissement numérique constant. L’un des meilleurs exemples est sans doute celui
du rythme pycnostyle des colonnades, où le rapport de 1, 5 entre entrecolonnement et diamètre
fixe une limite arbitraire au resserrement des volumes (III, 3, 2).
133. IV, 1, 12.
134. Cf. B. WESENBERG , Kapitelle und Basen. Beobachtungen zur Entstehung der griechischen
Säulenformen, Düsseldorf, 1971, p. 116sq. (Vitruve, III, 5, 3).

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


171

135. Vitruve, III, 5, 2. Cf. B. WESENBERG, op.cit., p. 130.


136. Terminologie de M. WEGNER, dans : IDEM, Schmuckbasen des antiken Rom, Orbis Antiquus, 22,
Munster, 1965.
137. Cf. P. GROS, Nombres irrationnels et nombres parfaits chez Vitruve, MEFRA, 88, 1976, p. 702
sq.
138. Voir P. GROS, Aurea Templa (op. cit.), p. 200 sq.
139. Parmi les études qui sont orientées par cette problématique, à notre avis fausse, citons A.
BOËTHIUS, Vitruvius and the Roman Architecture of his Age, dans : Δράγμα M. P. Nilsson
dedicatum, Acta Inst. Rom. Regni Sueciae 2, 1, Lund—Leipzig, 1939, p. 114sq. et F. PELLATI, loc.cit.,
RPAA, 23-24, 1947-49, p. 155sq.
140. Cf. l’édition de F. LASSERRE, Strabon, Géographie III, Coll. G. Budé, Paris, 1967, p. 10 sq.
141. Caractéristique est l’exemple de la Thurioi grecque, à laquelle il consacre un développement
important ; il se contente en. revanche de nommer la colonie de Copia, qui a pris sa place en 194
(Strabon, VI,1,13 ; cf. P. A. BRUNT, Italian Manpower, Oxford, 1971, p. 360sq.).
142. En cela notre conception de Vitruve n’est pas « pessimiste », comme on l’a dit (cf. R. ETIENNE,
Fouilles de Conimbriga, I, L’architecture, Paris, 1977, p. 263, n. 8).

NOTES DE FIN
1. Abréviations :
AA Archäologischer Anzeiger, Berlin.
AJA American Journal of Archaeology, New York.
ANRW Aufstieg und Niedergang der römischen Welt. Geschichte und Kultur Roms im Spiegel der
neueren Forschung, hrsg. v. H. TEMPORINI & W. HAASE, Berlin-New York.
BCH Bulletin de Correspondance Hellénique, Paris.
BEFAR Bibliothèque des Écoles françaises d’Athènes et de Rome, Paris.
CPh Classical Philology, Chicago.
DA Dissertation Abstracts. International Abstracts of Dissertations available in Microfilm or as
xerographic Reproductions, Ann Arbor, Mich./USA.
JHI Journal of the History of Ideas, Ephrata/Philadelphia/USA.
JÖAI Jahreshefte des Österreichischen Archäologischen Instituts, Wien.
MAAR Memoirs of the American Academy in Rome, Rome.
MDAI (A) Mitteilungen des Deutschen Archäologischen Instituts (Athen.Abt.), Berlin.
MDAI (I) Mitteilungen des Deutschen Archäologischen Instituts (Abt.Istanbul), Tübingen.
MDAI (R) Mitteilungen des Deutschen Archäologischen Instituts (Röm.Abt.), Mainz. MEFRA
Mélanges d’Archéologie et d’Histoire de l’École Française de Rome (Antiquité), Paris.
PBSR Papers of the British School at Rome, London.
PP La Parola del Passato. Rivista di Studi antichi, Napoli.
RA Revue Archéologique, Paris.
RE PAULYS Realencyclopädie der klassischen Altertumswissenschaft, Neue Be-arb. v. G. WISSOWA/

W. KROLL/K. MITTELHAUS, hrsg. ν. K. ZIEGLER & W. JOHN, Stuttgart.


REL Revue des Études Latines, Paris.
RhMus. Rheinisches Museum, Frankfurt/M.
RPAA. Rendiconti della Pontifica Accademia di Archeologia, Roma.

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


172

SE Studi Etruschi, Firenze.


SP Studies in Philology, Chapel Hill, North Carol./USA.

AUTEUR
PIERRE GROS
Aix-en-Provence

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


173

La ville idéale à l’époque de César :


mythe et réalité du « beau paysage »
urbain
Urbi, 8, 1983, p. 119-124

Pierre Gros

1 Lorsqu’on évoque la Rome antique, on songe toujours à la cité impériale, parvenue au


terme de son développement, sans s’aviser que cette ville, qui fut la matrice de
l’urbanisme occidental, a été fort longue à élaborer pour elle-même des réponses
architecturales à la fois Imaginatives et rationnelles aux problèmes que lui posaient son
accroissement démographique et la multiplicité de ses fonctions.
2 Il faut attendre la fin de la République et le début du Principat pour que des responsables
se donnent les moyens de remodeler le vieux centre historique, afin de lui conférer la
solennité qui jusqu’alors lui avait fait cruellement défaut. Auparavant des îlots de
monumentalité, à caractère d’ailleurs essentiellement religieux, s’étaient élevés dans la
Rome républicaine ; mais c’est surtout la zone occidentale de la cité, et particulièrement
la frange méridionale du Champ de Mars, et le quartier dit du Circus Flaminius qui, promus
au rang d’aire expérimentale, les avaient accueillis ; les quadriportiques construits à
partir du milieu du IIe siècle avant J.-C. par les généraux vainqueurs de l’Orient grec,
isolaient de façon hautaine des sanctuaires en rupture ostensible avec la pratique italique
courante : le temple de Jupiter Stator, d’ordre ionique, en marbre, conçu par l’architecte
Hermodoros, de Salamine de Chypre, pour le compte de Metellus le Macédonique, reste
l’exemple le plus caractéristique de ces fondations ponctuelles, prestigieuses assurément,
mais refermées sur elles-mêmes et sans incidence réelle sur l’organisation du centre
vivant de la cité.
3 Ce centre historique, pendant le même temps, s’encombrait de façon souvent anarchique,
sans le moindre souci de rigueur ni de monumentalité. Le forum, par exemple, envisagé
du point de vue de son ordonnance architecturale, ne soutenait pas la comparaison avec
les agoras des villes hellénistiques de la côte orientale de l’Egée ; quant au Capitole, son

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


174

aire sacrée s’était progressivement surchargée de temples, de chapelles, de monuments


commémoratifs ou honorifiques, au point qu’il faudra, au début de l’Empire, des mesures
draconiennes, pour lui rendre un minimum de viabilité. Les angustiae, c’est-à-dire
l’encombrement, sont une des plaies contre lesquelles luttent périodiquement les
magistrats chargés de la maintenance des voies de circulation, y compris à travers les
places publiques les plus centrales et les plus vénérables.
4 A vrai dire les raisons ne manquent pas, qui permettent d’expliquer ce curieux état de
fait, trop souvent méconnu. Les premières sont d’ordre institutionnel : la rotation très
rapide des responsables au plus haut niveau, préteurs, consuls, censeurs, nuit au
développement d’une politique urbanistique sur le long terme, en même temps qu’elle
encourage chacun d’eux à laisser sa marque personnelle sur le sol de Rome, sans trop se
soucier de continuité ou de cohérence, malgré le rôle régulateur du Sénat ; il faut savoir
en outre que les généraux triomphateurs, soucieux d’utiliser l’argent tiré de leur butin à
des constructions publiques, ne peuvent en principe concevoir autre chose que des
sanctuaires votifs. Mais les motifs idéologiques, camouflés en règles austères de moralité
collective, les interdits religieux et les superstitions populaires jouent aussi leur rôle : par
peur des foules trop confortablement installées, les censeurs ont empêché, jusqu’à une
date basse — 55 av. J.-C. — la mise en place d’édifices de spectacle à caractère non
temporaire ; la population romaine, attachée aux plus anciens lieux de culte, n’hésitait
pas à se soulever — elle le fit encore contre César, pourtant adulé par les masses urbaines
— lorsqu’on détruisait telle chapelle pour dégager l’espace nécessaire à une construction
plus ambitieuse. A quoi s’ajoutent, naturellement, les phénomènes de surpopulation dans
certains quartiers, la spéculation immobilière qui tendit très vite à entasser n’importe
comment des habitations de rapport, et les nécessités économiques qui privilégièrent
longtemps les structures commerciales et portuaires aux dépens d’aménagements moins
immédiatement utilitaires.
5 Rien d’étonnant, dès lors, à ce que l’équipement de Rome, et l’organisation de son espace
soient demeurés jusque vers le milieu du Ier siècle avant J.-C. dans une situation de
relative humilité et de réel inconfort, que les contemporains vivaient de façon assez
négative, pour peu qu’ils aient eu l’occasion de connaître les cités précocement
hellénisées d’Italie du Sud. Plusieurs textes nous aident à mesurer cette conscience d’un
retard, qui peut prendre l’aspect d’un sentiment de frustration. Tite-Live et Diodore de
Sicile, par exemple, ont souligné, chacun à leur façon, combien la forma urbis, l’aspect
général de la ville républicaine, traduisait l’anarchie qui avait présidé à la répartition du
sol : c’est en vain qu’on chercherait ici un plan régulateur. Plus caractéristique encore, ce
passage célèbre du De Lege agraria, prononcé en 63 avant J.-C, où, comparant la Rome de
son temps aux villes campaniennes de Capoue et de Calès, dont l’assiette et la majestueuse
ordonnance entretiennent chez leurs habitants un légitime orgueil, Cicéron évoque avec
une amertume teintée d’ironie : « Rome, placée dans un site de montagnes et de vallées,
et comme suspendue dans les airs avec ses maisons à plusieurs étages, percée de rues
médiocres et très étroites ; Rome, en comparaison de leur Capoue, qui s’étale au milieu
d’une vaste plaine, dans une situation admirable, sera l’objet de leurs moqueries (De lege
agraria, II, 96) ».
6 Plus tard, au début de notre ère, Strabon rappellera, en une phrase qui définit
remarquablement les données idéologiques et chronologiques du problème, comment
s’est enfin modifiée la situation : « On pourrait dire que les premiers romains ont accordé
peu d’importance à la beauté de Rome, pour se vouer à des objets plus graves et plus

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


175

nécessaires, tandis que leurs successeurs, surtout dans les temps modernes et de nos
jours, pour ne pas demeurer en arrière sur cet autre point, l’ont remplie d’une multitude
de magnifiques monuments. Pompée, le dieu César, Auguste, ses enfants, ses amis, sa
femme et sa sœur ont déployé plus de zèle et dépensé plus d’argent que quiconque en
travaux d’embellissement » (Géographie, V. 3, 8).
7 Il est exact que la rivalité entre Pompée et César, dans la phase finale de la course au
pouvoir absolu, servie par les ressources énormes tirées des campagnes orientales et de la
conquête des Gaules, entretint, dès le début des années 50, un climat de surenchère ; dans
une Rome dont les institutions se désagrégeaient, la politique de prestige de chacun des
imperatores conduisit à l’implantation de complexes architecturaux sans précédent : le
théâtre et le quadriportique de Pompée sur le Champ de Mars, le forum julien, premier de
la série des fora impériaux, et les Saepta Julia, immense enclos de marbre pour la réunion
des assemblées électorales.
8 Mais notre propos n’est pas d’examiner ici, en un survol forcément trop rapide, le
nouveau visage dont se dote l’Urbs au cours de cette période de mutation, mais d’essayer
de saisir les modèles auxquels, plus ou moins explicitement, ont voulu se référer les
puissants commanditaires ainsi que leurs architectes. Il est en effet impossible que la
genèse de telles séquences monumentales, les plus vastes jamais encore mises en place
dans une cité d’Occident, n’ait pas été précédée d’une réflexion globale ; à l’origine de ces
réalisations, et plus encore peut-être des projets non aboutis qui devaient en compléter la
portée et en préciser le sens, se trouve sans nul doute une certaine image de la ville
idéale, dont nous pouvons retrouver au moins quelques composantes.
9 Il ne subsiste malheureusement aucune trace, dans la tradition textuelle, des spéculations
auxquelles se livrèrent théoriciens et architectes. Et c’est dommage, car les décennies que
nous envisageons furent de celles, très rares dans l’histoire d’une grande cité, où tout
paraissait possible, et où l’espace même, traditionnellement occupé par l’Urbs, fut soumis
à une réévaluation radicale. De ce point de vue, nous sommes évidemment dans une
situation bien moins favorable que l’historien de la Renaissance italienne ; on sait en effet
que la « belle architecture » du Cinquecento fut pensée et décrite par les théoriciens,
représentée par les peintres, avant d’être effectivement construite. Les brefs passages de
sa Correspondance où Ciceron, témoin d’abord actif, puis très vite inquiet, des grands
travaux césariens (lettres à Atticus réparties entre 54 et 45 avant J.-C), apporte des
indications, au reste précieuses, sur le déroulement des phases préliminaires —
expropriations, puis promulgation de la « loi sur l’extension de la ville » et choix de
l’architecte en chef — ne permettent pas d’avoir une vue claire des schémas directeurs, ni
de l’itinéraire intellectuel de ceux qui les ont mis au point. Beaucoup plus tard, quand
Suétone récapitule, en une sèche énumération, les projets du dictateur, pour beaucoup du
reste sans lendemain, il ajoute au dossier cicéronien des informations ponctuelles, sans
expliquer la finalité des opérations.
10 Un théoricien se préoccupa, quelque quinze ans après la mort de César, de rassembler en
une somme les expériences architecturales de son temps. C’est Vitruve, dont les dix livres
du De architectura, rédigés dans les années 30-25 avant J.-C, accordent une place aux
questions d’urbanisme. Mais les chapitres de son premier livre, qui en traient,
constituent, pourrait-on dire, le degré zéro de la pensée théorique : ses préceptes relatifs
au choix de l’emplacement de la ville, à l’implantation et au circuit des fortifications, à la
direction et à la répartition des rues en fonction des vents dominants, à la réservation des
îlots destinés au forum et aux temples, se contentent de transformer en normes plus ou

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


176

moins rationalisées tous les aspects d’une pratique courante, mais beaucoup plus
diversifiée qu’il ne le suggère. Le niveau de généralisation auquel il se place lui interdit de
prendre en considération les tentatives les plus novatrices, dont certaines avaient vu le
jour lors des fondations communales consécutives à la « Guerre sociale » ; et en même
temps, par souci de rigueur, il opère des « passages à la limite », dans un contexte
totalement abstrait : ainsi lorsqu’il prône des fortifications de plan circulaire, en vertu de
considérations qui n’ont jamais été appliquées. Ce double décalage par rapport à la réalité
ne l’empêche pas, certes, de faire sien l’héritage « hippodamien » de l’urbanisme
géométrique ; mais celui-ci appartient au langage commun de tous les architectes
méditerranéens depuis plusieurs siècles, et ne correspond à aucune réflexion originale.
11 Pourtant c’est le même Vitruve qui nous aide à recomposer une partie de cet « imaginaire
de la ville », qui hante, à son époque, les responsables politiques. Ce n’est pas dans la
partie de son traité qui se veut rigidement normative qu’on cherchera ces échappées vers
un au-delà de l’urbanisme quotidien, mais dans les pauses qu’il se ménage pour conter
des anecdotes, choisies pour leur exemplarité. Le texte le plus riche à cet égard est sa
description de la cité d’Halicarnasse, telle que la voulut Mausole, le fameux satrape de
Carie, au IVe siècle avant J.-C ; il présente l’activité créatrice de ce monarque comme le
signe d’une rare acuité intellectuelle et d’une remarquable habileté à disposer les édifices
d’une ville : « Or le site est semblable à la courbe concave d’un théâtre. Aussi, dans la
partie basse, le long du port, a-t-il installé l’agora ; à mi-hauteur, vers le milieu de la
courbure et de la rue qui en marque le palier (praecinctio), il aménagea une esplanade de
vastes dimensions au centre de laquelle fut mis en place le Mausolée, d’un travail si
exceptionnel qu’on le compte au nombre des sept merveilles. Au sommet de la citadelle,
sur l’axe de la courbe, était le sanctuaire d’Arès, qui possédait une statue colossale,
monolithe, de la main de Léocharès selon certains, de celle de Thimothée selon d’autres.
Sur la pointe de droite s’élève le sanctuaire de Vénus et de Mercure, près de la fontaine
même de Salmakis (...). De même que sur la droite se trouve le sanctuaire de Vénus et la
fontaine ci-dessus mentionnée, on rencontre à gauche le palais royal, que le roi Mausole a
fait établir suivant sa propre idée » (De architectura, II, 8, 11-13).
12 L’espace vécu et apprécié comme urbain par excellence, c’est donc d’abord un paysage
étagé, dont la double fonction d’accueil (courbure concave) et de hiérarchisation
(terrasses superposées) répond à une volonté d’organisation scénographique de la ville.
Cette image du théâtre et de sa conque, servant de noyau organisateur à une architecture
harmonieusement déployée, sur plusieurs niveaux, les Attalides l’ont, aux deux siècles
suivants, admirablement réalisée sur l’acropole de leur capitale et dans les cités qu’ils ont
reconstruites ; la vertigineuse cavea du théâtre de Pergame, qui s’ouvre en éventail au-
dessus des lignes horizontales du vaste portique inférieur et conduit à la terrasse des
temples, constitue l’exemple le plus accompli d’adaptation d’un schéma monumental à un
relief naturel ; le même parti fut appliqué, avec un bonheur égal, à la petite cité d’Aegae,
adossée au Sud du massif montagneux qui sépare la vallée du Caïque de celle de l’Hermos
(fig. 1).

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


177

Plan de la ville d’Aegae.

13 La beauté de ces ensembles ne tient pas seulement à leur mélange unique de rationalité et
de grandeur ; elle s’explique aussi par le fait qu’en dépit des travaux de soutènement et de
nivellement souvent gigantesques qui ont été nécessaires pour rendre utilisables les
paliers de la colline, ils laissent l’impression que les choix de l’urbaniste, si arbitraires
qu’ils soient, n’expriment en réalité que les virtualités contenues dans le paysage. Cet
accord apparent entre la volonté des hommes et le cadre naturel où ils choisissent de
s’établir est le secret de la séduction durable qu’exerça sur les Anciens ce type
d’organisation urbaine. L’axiologie qui sous-tend implicitement de nombreux partis
architecturaux comporte en effet souvent, en ces temps où morale et esthétique ne se
distinguent guère, la notion de légitimité ; Vitruve en donne dans son traité plusieurs
exemples, dans des registres différents, et il ne fait en cela que traduire un sentiment
largement répandu : un décor, un type de construction, une ordonnance monumentale ne
valent que dans la mesure où ils ne sont pas gratuits, où ils sont justifiés par une sorte de
nécessité originelle. Dans le cas présent, c’est évidemment la coïncidence entre la
conformation initiale d’un site qui s’ouvre comme une conque, et l’édifice qui symbolise
le mieux le rassemblement organique d’une communauté, le théâtre, qui définit une
manière de finalité naturelle, particulièrement satisfaisante pour les observateurs comme
pour les théoriciens.

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


178

Plan actuel du quartier où s’élevait le théâtre de Pompée : le tracé des structures antiques est encore
lisible, non seulement au sol, mais également aux niveaux supérieurs.

14 Ce n’est pas un effet du hasard si l’on retrouve fréquemment, dans les descriptions à
valeur laudative des villes méditerranéennes, le poncif du schéma théâtral ; jusqu’à la fin
de l’époque hellénistique, géographes et historiens emploient volontiers des expressions
qui l’évoquent plus ou moins directement, lorsqu’ils ont à dire d’un site urbain qu’il est
beau : Diodore de Sicile, par exemple, définit Rhodes comme semblable à un théâtre ; et
pour montrer la majesté de la Rome d’Auguste, Strabon déclare que le Champ de Mars et
les collines qui le dominent, au-delà du fleuve, offrent l’aspect d’un décor scénique.
15 Nous aurons à nous souvenir de ce dernier texte, en parlant du grand projet césarien de
détournement du Tibre. Mais auparavant il nous faut apprécier, à la lumière des
remarques précédentes, le programme pompéien du théâtre et du quadriportique, ainsi
que la riposte que voulut lui opposer César, sans avoir le temps de mener son projet à
terme.
16 L’un des drames de Rome est que son relief trop chaotique se prêtait mal à des mises en
scène du type pergaménien. L’occupation de la partie centrale du site, trop précoce et
trop dense, rendait au reste difficile l’exploitation du versant des collines à des fins
« scénographiques ». Lorsqu’une modeste cité du Latium — Palestrina, l’antique Praeneste
— se dotait, dès la fin du IIe siècle avant J.-C, d’une immense séquence processionnelle
ascendante, où se succédaient rampes obliques, escaliers en cavea, portiques en exèdres,
pour conduire depuis son forum jusqu’au sanctuaire de la Fortuna Primigenia, les pentes
vertes du Palatin ou les parois rocheuses du Capitole n’offraient encore à l’œil que leur
parure naturelle. Pourtant l’idée s’était assez tôt manifestée d’utiliser les dénivellations
pour y implanter des architectures. C’est ainsi que, dès 154 avant J.-C, un censeur, C.
Cassius Longinus, entreprit la construction d’un théâtre sur la face du Palatin qui
descendait vers la dépression du Circus Maximus ; bien qu’elle fût immédiatement

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


179

bloquée par les sénateurs traditionalistes, qui invoquèrent l’ordre moral, l’initiative
procédait évidemment, dans cette Rome du second siècle, si réceptive aux innovations
hellénistiques, du souci de créer dans la ville un ensemble prestigieux, comparable à celui
des cités attalides. Lorsque Pompée cherche, près d’un siècle plus tard, à transposer à
Rome l’une des merveilles qu’il a observées en Orient, de Lesbos à Antioche, il songe tout
naturellement à reprendre un schéma de ce genre. Un texte précieux de Plutarque nous
révèle qu’à Mytilène, capitale de Lesbos, île longtemps soumise aux Ptolémées, mais toute
proche du royaume attalide, et ouverte aux influences pergaméniennes, il admira
tellement le théâtre qu’il en fit lever le plan, afin, nous dit le Biographe, d’en construire
un semblable mais plus grand sur les bords du Tibre. Comme les fouilles ont révélé que le
théâtre en question était adossé à la colline qui domine, à l’Ouest, l’ensemble de la cité
égéenne, on en a généralement conclu que la notice était dépourvue de sens ; on sait en
effet que le theatrum lapideum du Champ de Mars, bâti sur terrain plat, reposait tout entier
sur des substructions artificielles. Mais c’est mal comprendre le dessein de Pompée que de
rejeter, au nom d’une distinction typologique assez artificielle entre « théâtre grec » et
« théâtre romain », l’indication, tirée sans doute d’une source sûre, transmise par
Plutarque : ce qui, en réalité, a séduit l’imperator, c’est la position et l’environnement
extraordinaires de l’édifice lesbien, et le rôle prépondérant qu’il assumait au sein d’un
vaste paysage urbain. Et ce qu’il a voulu faire à Rome, sans toucher aux vénérables
collines du Capitole ou du Palatin, c’est créer un complexe cohérent du même type, une
sorte de ville dans la ville, entièrement architecturée, avec son immense quadriportique
au premier niveau, puis l’imposante cavea d’un théâtre et, dominant le tout, un temple,
celui de sa divinité protectrice, la Vénus de la Victoire, serti dans un écrin de portiques
comme s’il s’élevait sur une terrasse (fig. 2). Il n’est pas indifférent de noter, à ce propos,
que le faite de cet édifice culminait à environ 45 m au-dessus de la plaine avoisinante ;
c’est la hauteur du point le plus élevé de l’Arx, l’un des sommets du Capitole. En somme
Pompée avait implanté a solo une sorte de colline sacrée qui faisait concurrence aux
collines naturelles ; sa composition architecturale répondait à la définition que Vitruve
propose pour le site d’Halicarnasse tout entier, locus theatri curvaturae similis. Et l’on
comprend peut-être mieux, dans cette optique, la façon dont il tourna l’interdiction
censoriale de construire un théâtre « en dur » : l’immense cratère de la cavea n’était rien
d’autre, affirma-t-il pour établir l’innocence de ses intentions, que l’escalier conduisant
au sanctuaire de Vénus. Il est certain que la désinvolture du potentat qui se sait au-dessus
des lois et de la tradition éclate dans cette réplique, qui amusait Aulu-Gelle et peinait
Tertullien. Mais on aurait tort d’y voir seulement une parade plaisante ; elle nous livre
aussi, sous une forme assez claire, l’une des clés de cette création prodigieuse, dont tout
un quartier de la Rome actuelle conserve la trace, dans la disposition de ses rues et de ses
immeubles (fig. 3) : le théâtre jouait ici, comme à Pergame, à Aegae ou à Mytilène, le rôle
d’une aire de transition, d’une zone de convergence et de dispersion, dans un « paysage »
à vocation essentiellement ascendante. La confirmation de cette hypothèse, nous la
trouvons dans le contre-projet césarien ; celui-ci ne doit pas être cherché, comme on le
dit trop souvent, dans les Saepta Julia, mais dans cet édifice dont nous parle Suétone, et
qui n’a, malheureusement, jamais vu le jour : un théâtre immense, adossé à la roche
Tarpéienne. Il est clair que César, plus audacieux encore que Pompée, ou plus conscient
de sa toute puissance, qui lui permettait de bouleverser impunément l’ordonnance
traditionnelle du centre historique de Rome, voulait, au prix de terribles destructions
préalables, transformer le versant Sud-Est du Capitole en une cavea qui aurait assuré la
continuité monumentale depuis le bas de la colline jusqu’aux grands temples du sommet.

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


180

On ne saurait mieux attester la persistante rémanence du « modèle pergaménien » dans la


pensée des créateurs de la fin de la République.
17 César, du reste, ne devait pas s’en tenir là. Son intention, qui inquiète si fort Cicéron, de
détourner le cours du Tibre pour lui faire suivre le pied des collines vaticanes, et de bâtir
tout l’espace ainsi intégré à la ville, est révélatrice de la volonté de remodeler dans le
même esprit non plus seulement un secteur choisi de l’Urbs, mais toute sa partie Nord-
Ouest. Reprenons le texte déjà mentionné de Strabon ; parlant du Champ de Mars, il
s’exprime en ces termes : « ... le sol recouvert toute l’année de gazon vert et, au-delà du
fleuve, la couronne de collines qui s’avancent au bord de l’eau et font l’effet d’un décor de
théâtre, tout cela offre un tableau dont l’œil a peine à se détacher ». Au moment où le
Géographe écrit, le projet césarien, trop ambitieux, a été depuis longtemps abandonné
par Auguste. Mais la façon dont il ordonne le paysage nous aide à comprendre quel parti
voulait en tirer le dictateur : il s’agissait d’urbaniser, selon un plan sans doute très
concerté, toute la bande de terrain qui, gagnée sur le Campus Vatinacus. viendrait s’ajouter
au Champ de Mars et permettrait d’avancer, sans solution de continuité, jusqu’au pied des
Montes Vaticani, longés désormais par le Tibre. Ces collines, dans le même programme,
auraient accueilli, sur leurs versants tournés vers la ville, des monuments assurant une
continuité visuelle avec ceux de la plaine. Là encore, ce qui domine, c’est l’idée
« théâtrale », étendue cette fois à un espace immense, par l’esprit le plus audacieux de
son temps. Là encore il s’agit d’exprimer, au prix certes de travaux exceptionnels, mais
sans faire vraiment violence aux données naturelles, les virtualités d’un site.

Coupe restituée du théâtre de Pompée et du temple de Venus Victrix.

18 Si, en fin de compte, le « beau paysage urbain », hérité de l’esthétique hellénistique, et


plus précisément inspiré de l’urbanisme monumental de tradition pergaménienne, s’est
peu matérialisé à Rome, c’est parce que les projets césariens, brutalement interrompus
par le meurtre du dictateur, n’ont pas été repris par Auguste. Il y aurait beaucoup à dire
sur cette rupture, qui n’affecte pas seulement le domaine architectural ; la raison en tout
cas ne doit pas en être cherchée seulement dans les obstacles techniques, et le coût très
élevé d’opérations qui, en toute hypothèse, eussent été difficiles à conduire jusqu’au bout.
Il faut aussi comprendre que l’idéologie inscrite dans le schéma « théâtral » ne convenait
pas à l’image que le premier Empereur, une fois déposé son masque implacable de chef de
parti, entendait donner de lui-même et de sa politique. Les connotations « royales » ou
« tyranniques », selon qu’on parle grec ou latin, de la colline architecturée dominant
l’espace environnant, et elle-même couronnée par un ou plusieurs édifices cultuels à
vocation plus ou moins ouvertement dynastique, ne pouvaient s’accorder à la volonté
augustéenne de « restauration » ostensible de la légalité républicaine : si Auguste fit

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


181

achever la vaste enceinte originellement destinée à la réunion des comices centuriates,


les Saepta Julia, dont la dédicace fut confiée à Agrippa, il se garda bien de donner la
moindre réalité au projet de théâtre adossé à la roche Tarpéienne. On s’orienta, en fait, à
partir des années 30 avant J.-C, vers une activité multiforme, où la remise en état
systématique des sanctuaires anciens n’excluait pas des programmes plus novateurs, où
le conservatisme affiché des choix religieux et idéologiques n’empêcha point le recours
fréquent au marbre ; mais les citations plastiques renvoient désormais à la Grèce tardo-
classique plutôt qu’à l’Orient des Diadoques.
19 Sans hâte ni système, avec une efficacité d’autant plus remarquable qu’elle se déploie
sans interruption sur plus de quarante années, les équipes augustéennes procèderont
dans un esprit de pragmatisme très ouvert, recherchant dans chaque cas les solutions les
plus appropriées, répugnant aux bouleversements excessifs ou aux destructions massives.
Plus attentives, sans doute, aux besoins réels des hommes, elles laisseront sur la Ville une
empreinte durable. Elles ne sauraient toutefois faire oublier les brillantes initiatives
césariennes, dont on se prend à regretter que le temps ne leur ait pas toujours été laissé
de se réaliser.

BIBLIOGRAPHIE
Aix-en-Provence, Novembre 1982

R. Martin, L’urbanisme dans la Grèce antique, 2e édit., paris. 1974.

P. Gros, Architecture et Société aux deux derniers siècles de la République, Bruxelles, 1978.

P. Gros, Aurea Templa, Recherches sur l’architecture religieuse de Rome à l’époque d’Auguste, Rome.
1976.

P. Gros, Vitruve : l’architecture et sa théorie, à la lumière des recherches récentes, dans Aufstieg und
Niedergang der rōmischen Welt, Berlin, New York, 1982, II. 30, 1. p. 659-695. F. Coarelli, Roma, dans
la série Guide archeologiche Laterza. Bari, 1980.

P. Zanker, Forum Romanum. Die Neugestaltung durch Auguslus, Rome, 1972.

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


182

La basilique de forum selon Vitruve : la


norme et l’expérimentation
Pierre Gros

1 Parmi les monuments de la ville romaine, il en est peu qui aient, au cours de ces dernières
années, fait l’objet d’études aussi nombreuses que la basilique de forum ; découvertes
archéologiques, monographies architecturales, analyses formelles se conjuguent pour en
illustrer les versions italiennes et provinciales, tardo-républicaines et impériales. 1
L’acquis le plus important tient sans doute dans la restitution de deux des exemplaires les
plus anciens, celui de Praeneste et celui de Pompéi : les hypothèses bouleversantes de K.
Ohr et de H. Lauter obligent à remettre en cause ce qu’on croyait savoir de la genèse de ce
type d’édifice.2 Les certitudes de naguère chancellent. On ne croit plus au caractère
originel d’un « schéma basilical », sorti tout armé de l’esprit des architectes italiques du
début du Ile s. av. J.-C. On n’admet plus comme vérité infrangible la thèse de la dérivation
pure et simple à partir des salles hypostyles du monde grec ou hellénistique. 3
2 Le problème qui se pose dès lors en termes nouveaux est celui de la valeur du texte que
Vitruve consacre à la « basilique normale ». Quel statut accorder désormais à cette
notion ? Dépouillés de leur trompeuse simplicité typologique, le mot et la chose
paraissent aujourd’hui s’enfoncer dans la brume, offusqués par les cas d’espèce, et les
rameaux divergents d’une évolution plus complexe qu’on ne l’a cru longtemps. Toutefois,
si l’on doit refuser comme illusoire la prétention à l’universalité du modèle vitruvien, la
démarche du théoricien mérite d’être scrutée. Contrairement en effet à ce qui se passe
d’ordinaire dans le De architectura, Vitruve ne paraît pas en mesure, en ce premier
chapitre de son livre V, de décrire un édifice déjà figé dans une forme définitive. Le
caractère mal défini d’une structure, dont nous savons maintenant qu’elle restait en
gestation au moment où il écrivait, se trahit à plusieurs indices, et, malgré son apparente
rigueur normative, le développement théorique garde ici, plus qu’ailleurs, un aspect
créatif.4 Si elle ne se borne pas à la recherche d’une transcription graphique
convaincante, l’interprétation de ce passage peut se donner pour tâche d’en retrouver la
stratification, à la lumière des acquis récents. Paradoxalement, c’est parce que la
basilique vitruvienne n’a peut-être jamais existé dans toutes ses particularités que l’étude

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


183

en est pour nous riche d’enseignements : autant et plus que la fameuse construction de
Fano, décrite dans le même chapitre, la notice sur la « basilique normale » nous livre un
moment précieux de la réflexion sur la forme et la finalité de cet édifice à la fin de la
République.5 Son analyse peut nous aider à situer les jalons archéologiques et à entrevoir
ce que furent à Rome les premières basiliques civiles.
3 La principale question soulevée par ces lignes, trop souvent isolées de leur contexte, est
celle du rapport entre l’espace interne et l’espace externe ou, si l’on préfère, entre les
aires libres et les aires bâties. Le chapitre traite uniquement du forum, et des portiques
qui le définissent en tant que place close6 ; les édifices qui sont organiquement liés à cette
unité architecturale, le trésor, la prison, la curie, n’apparaîtront qu’au chapitre suivant. 7
Du point de vue de Vitruve donc, les basiliques, du moins dans leur version ordinaire, ne
sont pas encore des constructions à part entière, mais des structures marginales ou
d’encadrement, au même titre que les portiques. Il s’agit, comme il le dit explicitement,
de loca adiuncta, c’est-à-dire d’espaces annexes, qui permettent d’abriter à la mauvaise
saison les activités commerciales qui s’exercent normalement à découvert. Le neutre,
retenu ici de préférence au masculin, n’est pas indifférent : si un locus est un endroit
choisi pour recevoir des monuments publics, au sens plein du terme (temples, théâtres,
etc.)8, les loca désignent le plus souvent soit des zones libres, naturelles ou non bâties, soit
des secteurs dont on prend seulement en compte la superficie.9
4 En cela Vitruve semble tributaire d’une conception fort ancienne, qui ne sera pas sans
incidence sur l’organisation même de son schéma. Les premières basiliques construites à
Rome ont sans doute été assimilées à d’amples préaux, dont la définition relevait
davantage de leur environnement que de leurs structures propres. C’est ainsi que la
basilique de Caton, adossée à la Curie, sur le site d’anciennes carrières-in lautumiis- 10 doit
être cherchée dans un plaidoyer de Cicéron sous la locution peu explicite ad tabulam
Valeriam :11 le panneau peint que M. Valerius Messala avait placé sur le mur latéral de la
curie en 264 av J.-C. s’était trouvé intégré à la Basilica Porcia en 184, mais c’est lui qui, dans
une toponymie conservatrice, continuait à désigner le siège des tribuns, dont on sait, par
Plutarque, qu’ils se réunissaient dans la basilique.12 De même le mot subbasilicani employé
par Plaute pour désigner les personnages qui hantent la basilique qui précéda sur le
Forum celle de Caton, et se situait sans doute à l’emplacement de la future Aemilia, donne
à penser que celle-ci est d’abord un abri, qui permet d’éviter le soleil – mais pas les
odeurs, provenant du marché au poisson voisin.13 Enfin, même lorsque ce premier édifice,
d’ampleur et d’élévation sans doute modestes, aura été remplacé par la Basilica Aemilia, le
toit restera la composante essentielle de la construction, et suffira dans certains cas à la
définir : ainsi l’horloge hydraulique, placée dans cette basilique par les soins de P.
Cornelius Scipio Nasica en 159 av. J.-C, est « mise à l’ombre » selon Varron (inumbravit) et
« sous abri » selon Pline (sub tecto).14
5 A cet égard, le développement relatif à la basilique de Fano tranche sur le reste du
chapitre, et pas seulement par sa prolixité : cet édifice, dont Vitruve fut à la fois le maître
d’œuvre et le commanditaire possède, lui, l’autonomie monumentale.15 C’est ce que
prouve, dès les premiers mots, le terme de dignitas, que le De architectura réserve aux
constructions indépendantes, dont l’identité tant spatiale que structurelle est assurée par
des murs, une entrée solennisée, etc.16
6 L’unité de ce chapitre, dont toute la seconde partie a parfois été rejetée par les éditeurs
comme une interpolation tardive, doit en fait être préservée.17 Vitruve suggère, avec ces
notices qu’il veut inégales et contrastées, la modestie de la norme contemporaine : de son

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


184

point de vue, sinon encore de son temps, une basilique de forum ordinaire n’est
apparemment rien d’autre qu’une halle couverte, voisine, par sa conception, des
portiques dont elle constitue seulement une dilatation. C’est à la lumière de cette
première observation qu’il convient d’interpréter les mots columnae et porticus, auxquels
recourt le théoricien pour décrire les composantes et l’élévation de ce curieux édifice.
7 On sait que, lorsqu’il présente les volumes d’un nouveau type monumental, cet auteur les
aborde toujours de l’extérieur ; qu’il décrive une forme achevée, ou définisse la marche à
suivre pour la construire, il commence par nous faire tourner autour d’elle.18 Aussi,
quand, près les habituels préceptes relatifs au plan et aux rapports des dimensions
horizontales, il en vient, sans autre précision, aux columnae basilicarum, est-il difficile
d’admettre, malgré une tradition exégétique ancienne et unanime, qu’il entend par là les
colonnes d’une véritable ordonnance interne. Ce serait un cas unique et, pour le lecteur
qui vient de suivre la description des portiques du forum, la source d’une grave
ambiguïté. En fait la colonnade en question ne saurait se concevoir in concluso aere 19 ; elle
doit pouvoir être appréhendée de l’extérieur, et constituer la limite de l’édifice, même si,
en même temps, elle contribue à son organisation intérieure.20 Les modalités d’emploi du
mot porticus, qui intervient tout de suite après, n’infirment pas cette lecture : le seul fait
que Vitruve, dans d’autres passages, appelle porticus duplex un portique à deux nefs, et
considère donc comme un portique à part entière la nef « extérieure », celle qui est
uniquement définie par des colonnes, montre assez que la présence d’un mur de fond
n’est pas nécessairement impliquée dans ce terme.21 Et en cela la pratique de De
architectura est conforme à celle de son temps.
8 Plusieurs textes prouvent en effet que la nef extérieure des basiliques « ouvertes », du
type de l’Émilienne ou de la Julienne, dans leur version tardo-républicaine ou impériale,
était considérée comme un portique pur et simple. Sans recourir aux notices des
historiens grecs, chez qui la confusion entre στοὰ et βασιλικὴ semble avoir été constante,
et tient davantage à une pesanteur terminologique qu’à la claire perception des réalités
architecturales22, nous nous limiterons à quelques exemples, choisis dans une tranche
chronologique qui englobe celle où travaillait Vitruve. Dans ses Academica Priora II, écrits
en 45 av. J.-C, Cicéron note plaisamment, à propos d’Antiochus d’Ascalon qui, dans sa
vieillesse, revenait aux vieilles théories dont il s’était d’abord détaché : « Semblable à ces
gens qui ne supportent pas le soleil devant les >boutiques neuves<, il s’est mis, tout en
sueur, à l’ombre des anciens Académiciens, comme ceux-là à l’ombre des balcons ». 23
L’allusion est claire : Cicéron évoque la frange Nord du Forum républicain de Rome, où les
tabernae novae longent toujours, même après la restauration commencée en 54, la façade
méridionale de la Basilica Aemilia. 24 La démarche prêtée aux promeneurs consiste à fuir le
soleil en passant derrière les boutiques, et à s’abriter sous l’étage supérieur de la nef
latérale Sud de la basilique elle-même ; c’est en effet le sens de l’expression ad
maenianorum umbram ; on en retrouve l’équivalent, pour la description de la face opposée
du Forum, dans un texte de Pline citant Varron, où l’on apprend que le peintre d’origine
alexandrine Serapion avait bouché tous les maeniana avec un seul grand tableau sur bois,
au lieu-dit Sub veteribus. il s’agit évidemment de la terrasse de la Basilica Sempronia, qui
s’élevait au-dessus des tabernae veteres sur la frange Sud de la place. 25 Or les termes
employés dans ces deux passages sont exactement ceux que Vitruve utilise pour les
portiques de forum : circaque in porticibus argentariae tabernae maenianaque superioribus
coaxationibus conlocentur...26 Le parallélisme de ces différents textes, qu’on pourrait
presque superposer, indique bien que les notions auxquelles ils font appel sont analogues

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


185

dans l’esprit des contemporains ; le fait que les boutiques des changeurs soient situées
devant les basiliques, et non pas sous leur nef extérieure, comme dans les portiques
décrits par Vitruve, ne change rien à la valeur structurelle des composantes, ni à leur
analogie quand on passe d’un édifice à l’autre.27
9 Plus nette encore s’avère l’expression porticus Gai et Luci, dont H. Lauter a montré qu’elle
s’appliquait à la nef Nord de la Basilica Julia, dans sa version de 12 apr. J.-C. 28 Si la volonté
augustéenne de donner à l’ensemble de l’édifice le nom des Caesares n’a pas été, autant
qu’on en puisse juger, respectée par Tibère, la notice de Suétone nous apprend du moins,
en distinguant basilica et porticus, que la façade de cet immense édifice était assimilée à un
portique.29 La confusion était ici d’autant plus facile que la disparition des tabernae veteres
donnait pour la première fois un accès direct à la basilique sur le Forum, et qu’un
emmarchement séparait la nef extérieure (porticus) de la nef latérale interne.
10 Mais la même ambiguïté se retrouve dans l’épigraphie italienne de l’époque d’Auguste et
du Haut Empire.30 Citons seulement le texte de Caere, où le collège des Augustale obtient
des décurions la concession d’un espace sous le « portique » de la basilique de Sulpicius :
là encore le mot désigne, selon toute vraisemblance, le déambulatoire externe ouvert sur
la place.31 Une inscription, exactement contemporaine du De architectura, atteste du reste
que, dans les années 30-20 av. J.-C, cette notion de basilica, dépourvue de tout caractère
fonctionnel précis, s’applique à des aires d’accueil et de passage, où la colonnade sert à
circonscrire l’espace abrité : les « basiliques » du théâtre de Gubbio, telles que les décrit le
quattuorvir Cn. Satrius, et telles que l’archéologie nous les restitue, ne sont rien d’autre
que d’amples parascaenia quadrangulaires limités par des colonnes, entre lesquelles ont
été mis en place des chancels.32 Du fait de cette clôture, plus symbolique qu’effective, et
d’ailleurs ajoutée lors d’une seconde tranche de travaux, la dialectique entre l’extérieur et
l’intérieur demeure très souple.
11 Il semble donc que la lettre de la brève notice vitruvienne – brève mais non pas elliptique,
comme le pensent, sans le dire, beaucoup de commentateurs, qui se permettent d’en
combler les prétendues lacunes – autorise en fait à considérer que la « basilique
normale » de Vitruve n’est pas fermée, au moins sur sa face principale, et que la
colonnade de ses « portiques » définit, en même temps que les nefs latérales, son aspect
du côté du forum. Si le théoricien avait envisagé des murs – parietes – comme un élément

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


186

limitrophe, et donc de définition, il n’aurait pas manqué d’en faire mention, comme dans
le développement consacré à la basilique de Fano33 (fig. 1).

Fig. 1 Interprétation graphique du texte sur la « basilique normale », avec la nomenclature vitruvienne.

12 On doit admettre aussi, comme corollaire, que la basilique ordinaire présente vers le
forum sa plus grande dimension ; nous n’ignorons pas que la plupart des interprétations
antérieures du passage aboutissent à une implantation perpendiculaire, le petit côté,
considéré comme celui de l’entrée principale, ayant seul vue sur la place, à la façon de la
basilique de Pompéi.34 L’argument majeur en faveur de cette hypothèse courante est la
présence des chalcidica, que Vitruve propose d’ajouter aux extrémités de l’édifice, lorsque
celui-ci est trop long par rapport à l’espace disponible en largeur. Mais, d’une part, rien
ne prouve que ces chalcidica soient des vestibules comme on l’imagine souvent ; le fait que
le théoricien emploie le pluriel pour les localiser – in extremis-laisse à penser qu’il y voit
des structures symétriques, réparties sur les ailes de la basilique, plutôt qu’une entrée
unique, située à la base de l’axe longitudinal.35 D’autre part, les similitudes que nous
avons relevées avec les portiques de bordure, les observations, que nous ferons ensuite,
sur les promenoirs périphériques à l’air libre de l’étage supérieur ne se comprennent que
si la partie la plus importante de l’ambulatio, au premier comme au second niveau, longe
le forum au lieu de s’en éloigner.36
13 Ces remarques conduisent à une réévaluation du seul autre passage où Vitruve évoque ce
type d’édifice, et qui a parfois été à l’origine d’une conception trop rigide du « plan
basilical » ; c’est, au livre VI, la conclusion du paragraphe relatif aux salons corinthiens ou
égyptiens.37 Comme l’a bien noté H. Drerup, la similitude établie par le théoricien entre l’
oecus aegyptius et la basilique de forum se limite aux parties hautes et plus précisément à
leur coupe ; elle ne permet nullement de conclure à la présence obligatoire d’un mur
périphérique au rez-de-chaussée.38
14 Le vocabulaire vitruvien, d’apparence inadéquate et imprécise, a donc toute chance
d’exprimer ici à la fois une genèse et une structure. Il s’applique remarquablement à un
type d’édifice qui procède par annexions successives d’éléments hétérogènes, sans leur
faire perdre, du moins dans un premier temps, leur spécificité.39

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


187

Fig. 2 Plan de la basilique et de la partie septentrionale du forum de Glanum (Relevé P. Varène, J.


Bigot, Bureau d’Architecture antique d’Aix-en-Provence, CNRS).

15 La planimétrie « ouverte » de cette « basilique normale » ne nous aide pas seulement à


saisir le rapport des basiliques d’Ardée et de Cosa, de Glanum et de Ruscino avec leurs fora
respectifs40 (fig. 2 et 3) ; elle éclaire aussi, rétrospectivement, les spécimens qui
appartiennent à un stade antérieur de l’évolution, comme la basilique de Praeneste, dans
la restitution de H. Lauter41 (fig. 4). Dans tous ces exemples, c’est une colonnade externe –
dont le rythme peut être différent de celui des supports intérieurs -qui limite l’édifice en
façade. Dans le schéma vitruvien, la présence d’un medium spatium, d’un espace central
plus large que les nefs périphériques, verifiée dans la plupart des basiliques tardo-
républicaines italiennes connues par l’archéologie – Praeneste, vrai « incunable »,
constituant une exception attardée – rend encore plus sensible la fonction de « portique »
de cette façade. On notera du reste la largeur inusitée de la nef centrale dans le texte du
De architectura : il n’est guère que Cosa qui présente une proportion proche de trois pour
un entre le spatium medium et la porticus42 (fig. 5). Dans les édifices plus récents, le rapport,
plus serré, contribue a une meilleure intégration des composantes à l’ensemble. Là
encore, Vitruve semble tributaire de modèles plus anciens que ceux de son temps, à
moins qu’il n’ait cédé à la séduction d’une relation arithmétique satisfaisante, celle-même
qu’il appliquera dans sa construction de Fano.

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


188

Fig. 3 Plan de la basilique et du forum de Ruscino, d’après G. Barruol et A. Nickels.

16 Cet espace central pose le problème de la couverture différenciée, le fameux toit à


lanterneau, qui passe généralement pour l’un des caractères typiques du « schéma
basilical ». Comment envisager, d’après V, 1, 5, l’élévation du second ordre dans la
« basilique normale » ?
17 Les columnae superiores sont présentées par Vitruve exactement comme celles des
portiques du forum des villes d’Italie, puisqu’il renvoie explicitement à ces dernières pour
définir leur hauteur par rapport à celle des colonnes inférieures.43 C’est la confirmation,
s’il en est encore besoin, de l’équivalence qui s’établit, dans l’esprit du théoricien, entre
ces deux types de constructions ; c’est aussi un indice supplémentaire de la valeur de
façade de ces supports, qu’ils soient au premier ou au second niveau : les proportions d’un
ordre intérieur seraient différentes.44 Le fait d’ailleurs que Vitruve renvoie au livre III
pour les entablements prouve bien qu’il traite de l’ensemble des colonnades de la
basilique comme d’une ordonnance, sinon externe, du moins entièrement perceptible de
l’extérieur.45
18 Les difficultés commencent quand on essaie de se représenter comment il conçoit l’étage
de l’édifice. Les interprétations sont nombreuses et divergentes. Depuis A. Birnbaum il
semble admis que le déambulatoire au-dessus des nefs latérales est à l’air libre, et K. Ohr a
repris le postulat sans discussion.46 Il est assurément difficile d’avancer une autre
hypothèse sans tomber dans des restitutions absurdes, du type de celle de Choisy. 47 On se
souviendra toutefois que le terme contignatio, employé pour désigner le niveau supérieur
des nefs latérales, évoque plutôt, dans le De architectura, l’idée d’un étage couvert : la
contignatio, c’est le plancher situé au-dessus de la poutraison du plafond (coaxatio) ; mais ce
plancher ne peut faire office de terrasse que s’il est muni d’un revêtement étanche, le
pavimentum.48 De ce dernier, il n’est nullement question dans notre texte.

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


189

19 Ce problème du déambulatoire du niveau supérieur est lié à celui du pluteum dont il est dit
qu’il se place entre les colonnes supérieures et les colonnes inférieures. Quel sens prêter à
ce mot ? Il convient ici de ne pas méconnaître la valeur sémantique des changements de
genre dans le vocabulaire vitruvien. Nous en avons eu un exemple avec locus/locum ; il est
d’autres doublets analogues, tels xystus/xystum 49 et, précisément, pluteus/pluteum. K. Ohr
parle, dans son étude récente, d’un pluteus, sans soupçonner, apparemment, qu’il est en
désaccord avec la leçon unamine des manuscrits50. Quand on examine les occurrences
dans leur contexte, on note que pluteus, le plus souvent au pluriel, désigne soit des
balustrades ou des murettes élevées à hauteur d’appui, comme celles qui bordent les
précinctions des théâtres51, soit des chancels entre les antes et les colonnes d’un pronaos.
52
Dans ce dernier cas le pluteusseu à clore des entrecolonnements, et il peut paraître
séduisant de le transposer au premier niveau des basiliques. C’est ce que propose K. Ohr.
Mais c’est un pluteum que Vitruve situe à cet endroit, et le mot, souvent employé au
singulier, est l’équivalent de podium, comme le prouve à l’évidence le passage du même
livre V sur les ordres superposés du mur de scène des théâtres ; à quelques lignes de
distance, les deux termes désignent la même réalité, et sont même employés l’un pour
l’autre.53 Un pluteum ne peut donc se placer que sous les colonnes et non pas dans les
entrecolonnements ; c’est ce que dit d’ailleurs le texte, et toute autre interprétation
s’accompagne d’une correction abusive de la phrase latine (fig. 1).

Fig. 4 Vue restituée de la basilique de Praeneste, d’après H. Lauter.

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


190

Fig. 5 Plan de la basilique de Cosa, d’après F. E. Brown.

20 Nous n’ignorons pas que la répugnance des archéologues à retenir cette idée d’une sorte
de podium ou d’attique entre les ordres inférieur et supérieur de la basilique vitruvienne
tient à la hauteur de cet élément intermédiaire, qui se transforme en un véritable mur-
écran, puisqu’il doit être dans un rapport de 3/4 avec le second ordre : la superposition de
trois composantes verticales aussi importantes sur un même axe a de quoi laisser
perplexe ; la « prise au vent » de ce genre d’échafaudage rend son équilibre précaire,
même dans l’hypothèse d’une basilique aux dimensions modestes54 (fig. 6).
21 Cédera-t-on pour autant à la tentation de corriger le texte ? Sans invoquer l’hypothèse
toujours fragile de la glose antique, on peut fort bien admettre que Vitruve a cédé lui-
même à un automatisme qui aboutit à une composition irréaliste, par goût des relations
arithmétiques simples ; rien n’est plus sujet à caution dans le De architectura que les
données chiffrées ou proportionnelles55 : que l’on songe par exemple à la difficulté
soulevée par le item supra parietes de III, 4, 1, relatif à la largeur des structures au-dessus
des fondations56, ou par le rapport entre l’architrave et la frise, selon que cette dernière
est ou non décorée ; dans ce cas, voisin du nôtre, la relation constante à forte amplitude
(quarta parte minus ; quarta parte altior) est un sujet de perplexité pour qui lui cherche des
cautions archéologiques.57
22 Toutefois, même si l’on émet des réserves sur la hauteur théorique du pluteum, celle-ci ne
saurait être réduite aux dimensions d’un simple entablement intermédiaire, comparable à
celui de la Basilica Aemilia sur les revers monétaires de 61 av. J.-C, car le texte y perdrait de
sa logique58 : il faut que cet écran dépasse en toute hypothèse la taille d’un homme,
puisqu’il doit empêcher qu’on voie depuis la nef centrale les gens qui cheminent sur la
terrasse au-dessus des nefs latérales.59 Cette exigence procède du même souci d’ouverture
sur l’extérieur que celui dont témoigne, croyons-nous, la colonnade de façade du niveau
inférieur. Elle rapproche la basilique vitruvienne des portiques à maenianum décrits au

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


191

début du même chapitre, où tout est conçu pour faciliter la vue sur les spectacula 60 ; elle
nous oblige à considérer que le déambulatoire du premier étage est libre, malgré
l’ambiguïté du mot contignatio (fig. 1).
23 Mais, loin de considérer, avec A. Birnbaum, que ce pluteum est une invention vitruvienne
dérivée du mur d’appui des toits en appentis qui auraient couvert les nefs latérales des
plus anciens spécimens61, nous serions tenté de voir là une structure sinon originelle, du
moins fréquente dans les basiliques tardo-républicaines. Relisons en effet le texte sur les
« salons égyptiens », où Vitruve se réfère à la basilique, non pas comme à une entité
abstraite, mais comme à une réalité familière à ses lecteurs, et capable de leur faire
comprendre, par analogie, la description qui précède. Il n’y est nullement question de
trois éléments superposés, mais seulement de deux ordres, dont le second anime un mur
percé de fenêtres. C’est ce que laisse entendre l’expression un peu elliptique : et inter
columnas superiores, fenestrae conlocantur. Et c’est cette expression qui amène la
comparaison avec la basilique : ita basilicarum ea similituto... 62 L’auteur pense ici à des
édifices dont le toit en lanterneau est soutenu, au-dessus de la nef centrale, par une paroi
ajourée (fig. 7). C’est ainsi que devaient en effet se présenter des basiliques de dimensions
moyennes, comme celles d’Ardée, de Glanum, et de Ruscino.

Fig. 6 Interprétations possibles du texte sur la « basilique normale » selon K. Ohr. Seule la coupe
inférieure est admissible pour cet auteur.

24 Mais pour son schéma théorique, tout se passe comme si Vitruve avait voulu combiner
deux rameaux de l’évolution entre lesquels il serait imprudent d’ailleurs d’établir une
chronologie relative trop rigoureuse : le mur-support du lanterneau, et la colonnade
supérieure d’un portique à deux niveaux. Cette dernière apparaît d’abord dans des
basiliques dont l’espace n’est pas hiérarchisé par la présence d’une nef centrale élargie ;
elle surmonte alors la colonnade de façade aussi bien que les supports intérieurs. 63 Cette
organisation peut subsister après l’introduction d’un medium spatium, comme l’indique,

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


192

semble-t-il la représentation monétaire de la Basilica Aemilia, dans les émissions de 61 av.


J.-C : elle offre en façade deux ordres superposés, séparés seulement par un entablement,
orné de boucliers64 (fig. 8 et 9). Et il n’est pas impossible que la basilique de Cosa ait
présenté, en élévation, une coupe du même type. L’absence, sur les tambours appartenant
aux colonnes supérieures, de toute trace d’accrochage de chancel, a conduit F. E. Brown à
la restituer selon le modèle vitruvien le plus orthodoxe, avec un pluteum intermédiaire
important65 (fig. 10). Mais on peut aussi admettre, maintenant que le précédent de la
basilique de Praeneste apporte sa caution à une autre organisation, que ces colonnes
surmontaient directement les ordres inférieurs, et que la couverture de l’ensemble était
unitaire. Du point de vue de la statique, cette solution serait du reste plus satisfaisante
que celle, fort audacieuse, proposée par le savant archéologue américain. 66
25 Il apparaît, au terme de cette relecture de la notice vitruvienne, qu’il convient, avant
toute transposition littérale du schéma « basilical » dans la réalité, non seulement
d’évaluer son degré de vraisemblance architectonique, mais aussi de retrouver son mode
de constitution67. C’est ce que nous avons essayé de faire ici. Il s’avère que, dans l’état où il
nous est parvenu, le texte reflète plusieurs phases successives ou divergentes d’un
processus qui, avant d’aboutir à la grande basilique d’époque impériale, n’a pas été
linéaire. La « basilique normale », est, en un sens, une abstraction, qui répond à des
exigences plus théoriques qu’architecturales. Vitruve semble avoir voulu préserver,
devant un monument auquel il ne peut trouver d’antécédent grec immédiat, du moins au
stade de l’évolution où il l’aborde, un lien avec les portiques d’encadrement des places
publiques.68 Sa démarche n’est pas réductrice, comme pour d’autres créations composites
dont il refuse d’admettre l’existence, mais elle correspond à une réalité fonctionnelle,
dont d’autres témoignages contemporains nous conservent la trace. En même temps, il
intègre à son schéma la structure qui passe dès lors, même si elle n’est pas originelle,
pour une caractéristique de l’édifice, la nef centrale et sa couverture surélevée.
26 Le principe, si souvent appliqué dans le De architectura, de la ponctualisation formelle, qui
tend à privilégier une formule monumentale parmi d’autres, et à la présenter comme
canonique69, revêt en l’occurrence un intérêt particulier, en ce qu’il se double d’un
phénomène de contamination. Le résultat, sur le papier, c’est un édifice qui, même s’il
offre tous les caractères de l’évidence, demeure en grande partie expérimental, en ce qu’il
rassemble ce que Vitruve a cru devoir retenir de différentes réalisations antérieures ou
contemporaines. Mais en même temps – cela aussi est un fait unique dans son traité – il
n’entend pas s’en tenir là, et veut montrer que l’élaboration du type n’est pas achevée. Ce
chapitre V, 1 est le seul où, après avoir proposé sur le mode normatif un schéma qui se
veut général, et universellement applicable, il décrit un cas particulier qui en constitue,
non pas une adaptation, mais, en un certain sens, une négation. Contradiction ? Pas
exactement. Il s’agit plutôt de faire passer la basilique du statut de locum commune à celui
d’opus publicum, en la dotant de tous les attributs qui définissent une construction
publique au sens noble du terme. Ce qui distingue essentiellement en effet la basilique de
Fano de la basilique ordinaire, c’est qu’elle est close sur elle-même ; certes, des axes
visuels y sont préservés vers le Forum et le temple de Jupiter, mais les nefs latérales sont
entourées de murs.70 La disparition des plutea, dont Vitruve se félicite au terme de sa
description, en avançant, comme souvent en pareil cas, des raisons d’économie qui
masquent l’essentiel, et qu’il met au crédit de l’ordre colossal, est caractéristique de cette
attitude71 : elle prouve que les déambulatoires supérieurs ne sont plus coupés du centre
de l’édifice par un écran, mais jouent au contraire le rôle de tribunes surplombant la

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


193

grande nef ; des balustrades à hauteur d’appui, dont le théoricien ne parle pas, mais dont
la présence s’impose, permettent d’observer sans danger ce qui s’y passe. 72 Et sur ce point,
même si le thème plastique et tectonique de la colonnade unique, d’un seul tenant,
disparaît des grandes basiliques impériales, la construction de Fano est sur le versant du
progrès.73

Fig. 7 Reconstitution de la « Casa dell’Atrio a mosaico » d’Herculanum, selon A. Maiuri.

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


194

Fig. 8 Revers d’un denier de M. Aemilius Lepidus.

Fig. 9 Interprétation graphique du revers présenté à la figure précédente, par G. Fuchs. Vue de face;
vue en perspective.

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


195

Fig. 10 Coupe restituée de la basilique de Cosa, selon F. E. Brown.

27 Ce à quoi nous assistons, en somme, dans ces développements vitruviens, si souvent


corrigés parce que mal compris, c’est à une conversion au sens propre, la conversion d’un
édifice vers l’intérieur, avec la fermeture de son enveloppe. Évidemment le phénomène
ne saurait s’analyser en termes exclusivement formels.74 Sans doute, l’apparent
flottement de la doctrine est en partie dû à l’absence probable de toute tradition écrite
antérieure ; contrairement à ce qui se passe pour les temples et, peut-être, pour les
théâtres, Vitruve ne peut se référer à un ou des traités tardo-classiques ou hellénistiques.
Il lui manque à la fois un pivot typologique et une caution historique.
28 Mais c’est surtout l’évolution de la fonction qui explique le passage du modèle « normal »
au modèle de Fano : dans le premier cas, il est seulement question de negotiatores ; la
construction est inséparable du forum républicain traditionnel, celui de Plaute et de
Caton, dont les aspects commerciaux restent essentiels. Ce n’est pas un hasard, on le sait,
si les premières basiliques apparaissent au début du IIe s., ou à la fin du IIIe s., c’est-à-dire
au lendemain de la seconde guerre punique75 ; elles remplacent souvent, alors, des atria
publica, sortes de souks spécialisés, répartis autour d’une cour centrale, et il n’est pas
exclu que la première basilique de Rome, antérieure à la Porcia, ait porté, chez Tite-Live,
le nom d’Atrium regium.76 Dans le second cas, nous sommes au contraire en présence d’une
basilique de type déjà impérial : hiérarchisation des espaces, répartis sur un axe dominé
par l’aedes Augusti, et spécialisation des fonctions, avec l’apparition du tribunal et des
magistrats. Certes, les négociants sont toujours là, mais ils occupent des aires secondaires,
et rigoureusement circonscrites. Ce à quoi Vitruve contribue, à la fin de son chapitre,
c’est donc à l’élaboration d’une forme nouvelle exigée par ces nouvelles finalités ;
l’archéologie atteste, d’ailleurs, qu’elle a connu des applications réelles. 77 Les aspects
déconcertants de sa basilique « normale », tiennent peut-être, en revanche, au fait qu’il a
lui-même conscience de décrire une formule en partie caduque. Si elle est appelée à
survivre, sous un aspect que le théoricien a du reste pu observer lors de la restauration de

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


196

la Basilica Aemilia, et de la construction de la Julia, il n’en a pas, selon toute apparence, tiré
de conclusion typologique décisive.78 Mais cela n’est pas propre à la basilique, et procède
d’une myopie volontaire à l’égard des grandes innovations contemporaines, dont d’autres
exemples ont déjà été relevés.79

NOTES
1. Même limitée aux deux dernières décennies, la liste reste impressionnante (nous ne prenons
pas en compte les manuels, guides ou encyclopédies). Travaux généraux : G. Fuchs, Die Funktion
der frühen römischen Marktbasilika, dans BJ, 161, 1961, p. 39 sq ; J.-Ch. Balty, Curia ordinis.
Recherches d’architecture et d’urbanisme antiques sur les curies provinciales du monde romain,
Bruxelles (thèse dactylogr.), 1967 ; K. Ohr, Die Form der Basilika bei Vitruv, dans BJ, 175,1975, p.
113 sq. Rome : Ch. Leon, Die Bauornamentik des Trajansforums, Graz- Vienne, 1971, p. 32 sq. ; C.
M. Amici, Foro di Traiano : Basilica Ulpia e Biblioteche, Rome, 1982 ; L. Richardson Jr., Basilica
Fulvia, modo Aemilia, dans Studies in Classical Art and Archaeology, New York, 1979, p. 209 sq. ;
H. Lauter, Zwei Bemerkungen zur Basilica Julia, dans RM, 89,1982 ; il faut ajouter les importantes
recherches en cours de H. Bauer sur la Basilica Aemilia. Italie : K. Ohr, Die Basilika in Pompeji,
Dis-sert., Karlsruhe, 1973 ; id., Die Basilika in Pompeji, dans Cronache Pompeiane, III, 1977, p. 17
sq. ; C. Saletti, Le basiliche romane dell’Italia settentrionale, dans Athenaeum (fascic. spécial),
1976, p. 122 sq. ; L. Bertacchi, P. Lopreato, V. Novak, I. Giacca, La basilica forense di Aquileia,
Aquilée, 1981 ; R. Chevallier, La romanisation de la Celtique du Pô, BEFAR 249, Rome, 1983, p. 125
sq. ; F. E. Brown, Cosa. The Making of a Roman Town, Ann Arbor, 1980, p. 56 sq. Provinces
occidentales : J.-Ch. Balty, Basilique et curie du forum de Glanum : note sur le centre monumental
de la ville augustéenne, dans Latomus, 21,1962, p. 279 sq. ; G. Barruol, A. Nickels, Le forum et le
centre monumental de Ruscino, dans Ruscino I. Supplément 7 à la RAN, p. 41 sq. ; R. Etienne, J.
Alarcao, Fouilles de Conimbriga, I, Paris, 1977, p. 34 sq. ; Afrique romaine : A. Luquet, La basilique
judiciaire de Volubilis, dans Bull. d’Arch. marocaine, VII, 1967, p. 407 sq. ; P. Gros, Le forum de la
haute ville dans la Carthage romaine, d’après les textes et l’archéologie, dans CRAI, 1982, p. 636
sq. ; id., La basilique orientale, Byrsa III (sous presse). Asie mineure : W. Alzinger, Augusteische
Architektur in Ephesos, Vienne, 1974, p. 26 sq. et id. dans JÖAI, 50, 1972-75, Beiblatt, p. 258 sq.
2. Pour les travaux de K. Ohr, voir la note précédente. Pour la nouvelle, et convaincante,
restitution de la basilique de Praeneste, cf. H. Lauter, Bemerkungen zur späthellenistischen
Baukunst in Mittelitalien, dans JDAI, 94,1979, p. 390 sq., et particulièrement p. 436 sq. Fondée sur
un examen exhaustif des vestiges en place, cette hypothèse corrige heureusement les tentatives
antérieures de R. Delbrueck et de F. Fasolo-G. Gullini.
3. Pour le renouvellement de la problématique, voir H. Lauter, loc. cit., dans JDAI, 94, 1979, p. 451
sq. et H. Drerup, dans Hellenismus in Mittelitalien, II, Göttingen, 1976, p. 376.
4. De architectura, V, 1, 4-5. Le texte qui sert de base à notre réflexion est celui de l’édition de C.
Fenster-busch, Darmstadt, 1964, p. 206-208 : Basilicarum loca adiuncta foris quam calidissimis
partibus oportet constitui, ut per hiemem sine molestia tempestatium se conferre in eas negotiatores
possint. Earumque latitudines ne minus quam ex tertia, ne plus ex dimidia longitudinis constituantur, nisi
si loci natura impedierit et aliter coegerit symmetriam commutari. Sin autem locus erit amplior in
longitudine, chalcidica in extremis constituantur uti sunt in Julia Aquiliana. Columnae basilicarum tam
altae, quam porticus latae fuerint, faciendae videntur ; porticus, quam medium spatium futurum est, ex

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


197

tertia finiatur. Columnae superiores minores quam inferiores, uti supra scriptum est, constituantur.
Pluteum, quod fuerit inter superiores et inferiores columnas, item quarta parte minus, quam superiores
columnae fuerint, oportere fieri videtur, uti supra basilicae contignationem ambulantes ab negotiatoribus
ne conspiciantur. Epistylia, zophora, coronae ex symmetriis columnarum, uti in tertio libro diximus,
explicentur.
Nous proposons la traduction suivante en gardant la forme latine des termes qui présentent une
difficulté, et que nous examinons dans le cours de cet article : « L’endroit occupé par les
basiliques, en annexe du forum, doit être établi dans le secteur le plus chaud, pour permettre aux
négociants de s’y rassembler pendant la mauvaise saison, sans avoir à souffrir des intempéries.
Que la largeur des basiliques soit contenue entre le tiers et la moitié de leur longueur, à moins
que la nature du lieu ne l’interdise et n’oblige à modifier le rapport des dimensions. Si l’espace
construit s’étend trop en longueur, que l’on établisse des chalcidica à leurs extrémités, comme à
Julia Aquiliana. Il convient que les colonnes des basiliques soient aussi hautes que le portique
sera large ; celui-ci doit être limité en largeur au tiers de l’espace central. Que les colonnes
supérieures soient plus petites que celles du bas, dans la proportion ci-dessus prescrite. Le
pluteum, qui prendra place entre les colonnes supérieures et les colonnes inférieures, semble
devoir être, de la même façon, réduit d’un quart par rapport aux colonnes supérieures, afin que
les promeneurs du déambulatoire, à l’étage de la basilique, ne puissent être aperçus par les
négociants. Que la hauteur des architraves, frises et corniches soit calculée en fonction de celle
des colonnes, selon la formule exposée au livre III ».
5. La description de la basilique de Fano occupe la fin du même chapitre, V, 1, 6-10.
6. Sur ce point la fin de la préface du livre V (Primumque forum uti oporteat constitui dicam...) et le
début du premier chapitre (Graeci... fora constituunt...) sont clairs. Le chapitre V, 1 pourrait
s’intituler De foris.
7. V, 2, 1 : aerarium, carcer, curia foro sunt coniungenda.
8. Exemple : IV, 7,1 : locus in quo aedis constituetur... ; V, 3,1 : eligendus est locus theatro... ; V, 10,1 :
eligendus locus est quam calidissimus (pour les thermes). La basilique construite accède tout de
même au rang d’un locus, comme le prouve V, 1, 4 (sim autem locus erit amplior...).
9. Sens et emplois de loca : espaces non construits : II, 6,2 ; II, 6,3 ; V, 9,7 ; V, 12,3 ; VIII, 1, 2 ; VIII,
6,14. Surfaces réservées, dans les édifices publics : V, 6,2 (proédrie) ; V, 7,8 (emplacement des
périactoi sur la scène) ; V, 10,4 (exèdres dans les thermes). Pour d’autres emplois, plus
techniques, cf. E. Nohl, Index Vitruvianus, réédit. anast., Rome, 1963, sub verbo.
10. Cf. Tite-Live, 39, 44, 7 et Asconius, In Milonianam, 29 ( = p. 33 de A. C. Clark, G. Asconii Pediani
oratio-num Ciceronis quinque enarratio, Oxford, 1907). La Basilica Porcia a brûlé en 52 av. J.-C.
dans l’incendie déclenché par les partisans de Clodius. Sur ces textes, voir F. Coarelli, dans PP,
174,1977, p. 209 sq., et dans II foro romano. Periodo arcaico, Rome, 1983, p. 156 sq. Sur les
vestiges retrouvés de cet édifice, cf. F. Castagnoli, dans BC, 72, 1946-48, p. 195 et A. M. Colini, dans
Capitolium, 1941, p. 98-99.
11. In Vatinium, 9, 21. La tabula Valeria mentionnée en 58 av. J.-C. dans une lettre d’exil de Cicéron
(Fam., XIV, 2,2) est sans doute différente ; il s’agit plutôt du tableau d’affichage du banquier
Valerius, qui aurait procédé à la vente aux enchères des biens de l’orateur.
12. Pline, HN, 35, 22 ; Plutarque, Cato Minor, V, 1. Cf. E. Welin, Studien zur Topographie des Forum
Romanum, Lund. 1953, p. 114 sq. Il est curieux que, malgré l’évidence des textes, les historiens du
Forum républicain hésitent à admettre que les tribuns se réunissaient dans la basilique.
Beaucoup préfèrent adopter une formule moins précise : à proximité de, devant, etc. Voir encore
F. Coarelli, loc. cit., dans PP, 174, 1977, p. 210, n. 121. En fait la notice de Plutarque est claire :
Caton le Jeune a prononcé son premier discours public pour empêcher les tribuns de déplacer
une colonne de la basilique ; ils voulaient un espace interne plus dégagé pour leurs sièges. Cela ne
prouve pas pour autant, comme le veut L. Richardson Jr, loc. cit., p. 210, que la Basilica Porcia
présentait déjà « the familiar basilical form ». Nous sommes, pour notre part, moins péremptoire

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


198

sur le schéma « basilical » de cet édifice que dans notre Architecture et Société à Rome et en
Italie centro-méridionale aux deux derniers siècles de la République, coll. Latomus 156, Bruxelles,
1978, p. 18. Les vestiges retrouvés de cette basilique (cf. note 10), et particulièrement la
disposition de ses substructions, donnent à penser qu’elle offrait des rangées de colonnes
internes assez resserrées, sans véritable nef centrale. La toiture en était sans doute unitaire,
comme à la basilique de Praeneste. Sur le problème des maeniana, cf. infra, et n. 25.
13. On cite toujours, de Plaute, les vers du Curculio, 470-484, qui fournissent du Forum romain une
description animée, et parlent, dans les années 200-190, d’une basilica. Sur le problème historique
posé par ce texte, voir infra, n. 76. Mais il est un autre passage de cet auteur, qui localise
clairement cette basilique antérieure à la Porcia, c’est Captifs, 813-815 :
Tum piscatores qui praebent populo piscis foetidos/qui advehuntur quadrupedanti crucianti caniherio/
quorum odos subbasilicanos omnis abigit in forum.
Cette évocation fugitive d’une réalité familière au public romain confirme la localisation
récemment proposée de cette basilique « plautinienne » sur le site de la future Aemilia, qui
s’élèvera elle aussi entre le Macellum (version agrandie du Forum Piscarium) et les tabernae novae,
reconstruites en 179. Ces dernières avaient été détruites dans le grand incendie de 210 (Tite-Live,
26,27, 2-3) ; entre 200 et 190, rien ne séparait donc la basilique archaïque du forum lui-même,
comme le confirme le texte de Plaute. Cf. en dernier lieu W. Fuchs, dans RM, 63,1956, p. 25 et L.
Richardson Jr., loc. cit., p. 210 sq.
14. Varron, De lingua latina, VI, 4 ; Pline, HN, 7, 215. Notons que l’indication de Pline (sub tecto
dicavit) ne s’accompagne d’aucune autre précision.
15. V, 1,6 : non minus summam dignitatem et venustatem possunt habere comparationes basilicarum, quo
genere coloniae Juliae Fanestri conlocavi curavique faciendam. La reconstitution la plus vraisemblable
est celle de K. Ohr, dans BJ, 175,1975, p. 113 sq.
16. Les occurrences de dignitas sont rares chez Vitruve. La plus significative pour notre propos
est celle de VI, 7,3 ; il s’agit du gynécée de la maison grecque : habent autem eae domus vestibula
egregia et ianuas pro-prias cum dignitate.
17. L’examen le plus approfondi de cette question demeure celui de F. Pellati, La basilica di Fano
e la forma-zione del trattato di Vitruvio, dans RPAA, 33-34,1947-1949 (paru en 1950), p. 153-174.
On ne saurait toutefois suivre cet auteur lorsqu’il fait de Vitruve l’un des praticiens essentiels de
l’époque augustéenne.
18. Le cas est patent pour les temples où, sur les deux livres que Vitruve leur consacre (III et IV),
seul un court chapitre (IV, 4) s’arrête à la description de leur structure interne.
19. IV, 4,2, ou in concluso spatio (IV, 4,3). Ce sont les expressions qui désignent chez Vitruve
l’espace intérieur d’un édifice. Elles sont absentes de notre notice.
20. L’importance des colonnes dans la définition des basiliques tardo-républicaines, considérées
essentiellement, sinon exclusivement, comme des salles hypostyles, est attestée par d’autres
textes. Voir par ex. Cicéron, Ad Atticum, IV, 16,4 : Paullus in medio foro basilicam iam paene texerat
iisdem antiquis columnis... Et, à propos de la même Basilica Aemilia, Pline, HN, 36,102 : non inter
magnifica basilicam Pauli columnis e Phrygibusmirabilem ? Là encore, on peut s’interroger sur la
façon dont l’édifice est appréhendé. De l’extérieur ou de l’intérieur ?
21. Sur la porticus duplex, cf. V, 1, 1 ; V, 9, 2 ; V, 11, 1-2.
22. Cf. l’étude toujours utile de Gl. Downey, The architectural Significance of the Use of the
Words Stoa and Basiliké in Classical Literature, dans AJA, 41,1937, p. 197 sq.
Cette confusion est tout de même significative de la conception que les Grecs se faisaient de la
basilique judiciaire. Du reste, les exemplaires qu’on en trouve au début de l’Empire dans les cités
orientales de l’Empire ne sont que des dilatations des portiques périphériques. L’exemple le plus
significatif est celui de la basilique du « Staatsmarkt » d’Ephèse. Cf. W. Alzinger, op. cit. p. 26 sq.
(avec une dédicace bilingue). On relève une ambiguïté du même genre dans la description

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


199

talmudique de la synagogue d’Alexandrie, assimilée à une série de portiques imbriqués. Cf. A.


Pelletier, Legatio ad Gaium (tome 32 des Oeuvres de Philon d’Alexandrie) Paris, 1972, p. 160-161.
23. Academia Priora, II, 24,70 : ut ii qui sub Novis (sc. tabernis) solem non ferunt, item ille cum aestuaret
vete-rum ad maenianorum sic Academicorum umbram secutus est.
24. Cf. en dernier lieu F. Coarelli, Guide archeologiche Laterza. Roma, Bari, 1980, p. 45.
25. Pline, HN, 35,113 : Maeniana, inquit Varro, omnia operiebat Serapionis tabula sub Veteribus. Pour la
localisation, cf. F. Coarelli, op. cit., p. 68. Ces textes prouvent que les maeniana ont fini par désigner
toute terrasse extérieure donnant sur le forum, qu’elle surmonte un portique ou une basilique. La
discussion des textes de Tite-Live (39, 44,7) et de Festus (134 L) a été obsurcie par le fait qu’on a
voulu établir un rapport entre le Maenius de la Basilica Porcia et celui de la Columna Maeniana. La
confusion remonte, semble-t-il, à l’antiquité, puisque Festus, dans sa notice explicite, parle d’un
Maenius censeur (de 318 ?) : Maeniana appellata sunt a Maenio censore, qui primus in foro ultra
columnas tigna proiecit, quo ampliarentur superiora spectacula. Cf. K. Lehmann-Hartleben, Maenianum
and Basilica, dans AJPH, 59,1938, p. 280 sq. ; A. Boëthius, Maeniana, dans Eranos, 1945, p. 89 sq. et E.
Welin, op. cit., p. 130 sq. et p. 144 sq. F. E. Brown a raison d’assimiler les déambulatoires
découverts des terrasses des basiliques à des maeniana (op. cit., p. 58). Dans un premier temps,
cependant, le mot maenianum a dû désigner un balcon en surplomb au-dessus des colonnes de
façade d’un portique, comme tend à le prouver la définition de Festus. C’est sans doute sous cette
forme qu’il faut imaginer les maeniana de la Basilica Porcia.
26. V, 1,2.
27. Cf. à ce sujet les remarques pertinentes de A. Birnbaum, Vitruvius und die griechische
Architektur, Vienne, 1914, p. 42-43.
28. H. Lauter, loc. cit., dans RM.1982, p. 449 sq.
29. Suétone, Divus Augustus, 29, 6 : porticus basilicaque.
30. Voir par exemple CIL, V, 3446 (Vérone) : basilicam et porticus testamento fieri iussit.
31. CIL, XI, 3614 : ut sibi locus publice daretur sub porticu basilicae sulpicianae (I.11) ; in angulo
porticus basilic (ae) (I.16).
32. CIL, XI, 5820. Cf. Moschella, dans Dioniso, 7,1939, p. 3 sq. ; M. Verzar, dans Hellenismus in
Mittelitalien, I, Göttingen, 1976, p. 129 et D. Manconi, dans Guide archeologiche Laterza, Umbria-
Marche, Bari, 1980, p. 184. La terminologie, confirmée ici par l’archéologie, puisque l’inscription
a été retrouvée in situ, sur l’un des chancels d’un parascaenium, n’autorise pas pour autant à voir
dans les basilicae du théâtre de Nicomédie (Pline le Jeune, Epist. X, 39,3) une réalité analogue. Cf.
en dernier lieu E. Frézouls, dans ANRW, 12,1,1982, p. 381.
33. V, 1, 6 : porticus eius circa testudinem inter parietes et columnas...
34. Sur la basilique de Pompéi, voir en dernier lieu K. Ohr, loc. cit., dans Cronache Pompeiane, III,
1977, p. 17 sq.
35. Le problème des chalcidica (définition, origine, fonction) a été étudié récemment, à partir des
données textuelles et épigraphiques, par F. Zevi, Il calcidico della Curia Julia, dans Rendiconti
dell’Accad. Naz. dei Lincei, Scienze morali, storiche e filologiche, Serie VIII, vol. 26, fasc. 3-4,
mars-avril 1971, p. 1 sq. Le chalcidicum n’apparaît pas lié à un édifice particulier ; c’est toujours un
élément annexe, le plus souvent un portique, comme celui de la curie de l’époque césaro-
augustéenne. On notera d’autre part que H. Lauter (loc. cit., dans JDAI, 94,1979, p. 441 sq.) accepte
l’idée que le chalcidicum de la basilique de Praeneste est constitué par la cour devant la fontaine.
La séquence en façade sur le forum se décomposerait ainsi : chalcidicum, basilica, tribunal.
36. A. Birnbaum (op. cit., p. 39 sq.) note avec raison que la présence d’un pluteum élevé du côté de
la nef centrale entraîne comme conséquence inévitable une ouverture directe de la terrasse sur
l’extérieur. Il maintient cependant dans sa recomposition (pl. VIII) une entrée sur l’un des petits
côtés, ce qui semble impliquer un axe longitudinal perpendiculaire à celui du forum.
37. VI, 3, 9.
38. Cf. Hellenismus in Mittelitalien, II, Göttingen, 1976, p. 376.

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


200

39. Voir à sujet les remarques de H. Drerup (loc. cit., à la note précédente) et de H. Lauter, loc. cit.,
dans RM, 89, 1982, p. 450.
40. Aux références de la n. 1 on ajoutera, pour Ardée, Ch. Morselli, E. Tortorici, Ardea ( = Forma
Italiae, 1,16), Florence, 1982, p. 91 sq.
41. Loc. cit., dans JDAI, 94,1979, fig. 30, p. 448.
42. Cf. F. E. Brown, op. cit., fig. 70 et p. 57.
43. Le uti supra scriptum est de V, 1,5 renvoie en effet à V, 1,3 : columnae superiores quarta parte
minores quam inferiores sunt constituendae...
44. En raison des phénomènes optiques exposés en IV, 4, 2-3 (à propos de l’ordre intérieur des
temples).
45. Cf. V, 1,5 : epistylia, zophora, coronae ex symmetriis columnarum, uti in tertio libro diximus,
explicentur. La formule est, à quelques mots près, celle de V, 9,4, relative à la colonnade des
portiques situés derrière les théâtres. Il faut noter que l’analogie avec les colonnes de l’ordre
extérieur des temples se limite aux proportions verticales. Pour ce qui est de la densité de la
colonnade et du choix des ordres, les exigences sont différentes, quand on passe d’un édifice
religieux à un édifice profane, en vertu des principes énoncés en V, 9,3 : columnarum autem
proportiones et symmetriae non erunt isdem rationibus, quibus in aedibus sacris scripsi ; aliam enim in
deorum templis debent habere gravitatem, aliam in porticibus et ceteris operibus subtilitatem.
46. A. Birnbaum, op. cit., p. 39 sq. et pl. VIII ; K. Ohr, loc. cit., dans BJ, 175,1975, fig. 1, p. 114.
47. A. Choisy, Vitruve, Paris, 1909, I, p. 184 sq. et IV, pl. 45. Cet auteur propose de voir dans le
pluteum un balcon en surplomb au-dessus de la nef centrale, ce qui lui permet de couvrir les
déambulatoires supérieurs. Restitution sans aucune justification, ni philologique ni
archéologique ; voir déjà à ce sujet A. Birnbaum, op. cit., p. 41, n. 2.
48. Les textes du De architectura sont, sur ce point, clairs et cohérents. Voir d’abord en IV, 2,1, la
définition des contignationes (et le rapprochement étymologique avec tigna). Sur la nécessité du
pavimentum au-dessus de la contignatio si celle-ci est à l’air libre, cf. VI, 3,9 : imponenda est
contignatio, supra coaxationem pavimentum, et VII, 1, 5. Très souvent, contignatio, au singulier ou au
pluriel, est l’équivalent de plancher (d’un niveau couvert), ou d’étage. Et d’abord dans le passage
qui suit immédiatement le nôtre (basilique de Fano) (V, 1, 6 : porticuum contignationes). Voir aussi
II, 8,17 ; VI, 3, 2 ; VI, 6, 7 ; VII, 1,1 ; VII, 3, 2.
49. D’après V, 11,4, xystus, directement transcrit du grec ξυστός, est un portique couvert le long de
la palestre ; xystum, ou plus souvent xysta, désignent les allées découvertes (hypaethroe
ambulationes). Voir aussi VI, 7, 5.
50. K. Ohr, loc. cit., dans BJ, 175, 1975, p. 121 et p. 126.
51. V, 7,7 : uti gradus, diazomata, pluteos... ;il est probable aussi que le pluteum de V, 10,4 est un
accusatif masculin (rebord de la piscine des thermes).
52. IV, 4,1 : pluteis marmoreis. Le cas oblique empêche ici, en principe, de distinguer le masculin du
neutre, mais le mode d’emploi, et le pluriel, correspondent à ce qu’on observe en V, 7, 7. Voir à ce
sujet J. Campbell, dans PBSR, 48,1980, p. 19-20.
53. V, 7,6. Ordre inférieur du mur de scène ; supra podium columnae ; ordre du second niveau :
pluteum insu-per cum unda et corona inferioris plutei (où pluteum reprend ici podium de la phrase
précédente) dimidia parte. Supra id pluteum columnae... A. Birnbaum (op. cit., p. 41) avait bien
compris qu’avant de se poser en termes architecturaux le problème du pluteum se posait d’abord
en termes philologiques. Mais il se trompe lorsqu’il affirme que si le mot avait désigné un chancel
entre les colonnes des basiliques, on aurait eu le pluriel neutre plutea.
54. C’est la raison invoquée par K. Ohr pour refuser de suivre la lettre du texte. A. Birnbaum est
aussi conscient de la difficulté, mais il n’en tire pas la même conclusion.
55. Voir à ce sujet notre étude sur les nombres irrationnels dans le De architectura, dans MEFRA,
88,1976, p. 669 sq.

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


201

56. Cf. la note ad locum de l’édition de C. Fensterbusch (n. 182 p. 544-545), avec la discussion des
différentes hypothèses.
57. III, 5, 10. CF. A. Birnbaum, op. cit., P. 15 SQ. A. Choisy (op. cit., I, P. 85 SQ.) avait cru devoir
corriger 1/4 en 1/7.
58. Sur ces représentation monétaires, CF. infra, n. 64.
59. L’expression de v, 1,5 : uti supra basilicae contignationem ambulantes ab negotiatoribus ne
cospiciantur, est certes imprécise sinon ambiguë car on peut aussi penser aux negotiatores qui, par
beau temps, se tiennent sur le forum. plus clairement, à propos de la construction de Fano, il
parle des negotiantes in basilica (v, 1,8). Mais la cohérence interne du texte oblige à considérer qu’il
songe, dans le premier passage aussi, aux commerçants établis dans la nef centrale (qui doivent
donc être distingués de ceux des tabernae fixes situées devant ou sous les portiques).
60. V, 1, 2 : igitur circum spectacula spatiosiora intercolumnia distribuantur... On sait que, dans le
vocabulaire de cette époque, le mot spectacula désigne à la fois le lieu où l’on donne les jeux de
gladiateurs (ici le forum), les jeux eux-mêmes (v, 1, 2 : et ad spectaculorum rationem utilis dispositio)
et l’emplacement où se rassemblent les spectateurs (v, 7,5 : cum populus dimittitur de spectaculis...).
voir aussi le texte de festus (superiora spectacula) cité supra n. 25. Cf. en dernier lieu sur ces
questions G. Ville, la gladiature en Occident, BEFAR 245, Rome, 1981, p. 380 et 430 sq.
61. op. cit., P. 42.
62. VI, 3,9. Autrement, pour la partie inférieure, l’œcus aegyptius ne se distingue en rien de l’œcus
corinthius. On notera que la « Casa dell’ Atrio a mosaico » (Hexulanum) offre un œcus aegyptius de
ce type : mur à baies au-dessus d’une colonnade inférieure (fig. 7).
63. Comme celle de Praeneste et, peut-être, la Basilica Porcia.
64. Cf. g. Fuchs, Zur Baugeschichte der Basilika Aemilia in republikanischer Zeit, dans RM,
63,1956, p. 14 sq. L’interprétation graphique de cet auteur est la bonne, ainsi que sa lecture de la
légende du monnayage, en dépit de ce qu’en dit L. Richardson Jr. (loc. cit., p. 212 sq.). Les boucliers
sur l’entablement ne sont sans doute pas les imagines clipeatae placées à l’intérieur de la basilique
en 78 av. J.-C. (Pline, HN, 35,13), mais plutôt les Mariana scuta cimbrica mentionnés par Cicéron (De
Oratore, II, 66,266) et Pline (HN, 35,25), qui ornaient l’extérieur. Cf. en dernier lieu M. Torelli,
Typology and Structure of Roman Historical Reliefs, Ann Arbor, 1982, p. 93. Quoi qu’il en soit ce
détail de décor, ainsi que la structure générale de l’édifice, excluent l’hypothèse de Richardson,
qui propose de voir sur ces revers la Porticus Aemilia. Pour celle-ci, cf. F. Coarelli, Guide
archeologiche Laterza. Roma, p. 348 sq. L’argument de richardson, selon qui on devrait voir en
façade les tabernae novae, s’il s’agissait de la basilique ne tient pas, quand on se souvient que
l’Émilienne était tournée à cette époque vers le Macellum, et non pas vers le forum (cf. G. Fuchs,
loc. cit., p. 18, et h. Lauter, loc. cit., dans RM, 89,1982, p. 451).
Sur ce monnayage, voir aussi M. Crawford, Roman Republican Coinage, Cambridge, 1974,1, n° 419,
p. 441 et 2, pl. 52. Sur la planimétrie de la basilique émilienne pré-impériale (avant les
restaurations de 55-34 et de 14 av. J.-C), cf. G. Carettoni, Esplorazioni nella basilica Aemilia, dans
NSA, 73,1948, p. 111 sq.
65. F. E. Brown, dans MAAR, 20, 1951, p. 75 sq. et op. cit., p. 57 et fig. 71.
66. Qui reconnaît lui-même le caractère acrobatique de sa restitution, mais note plaisamment :
« Given the load of roof timbers and tiles, to say nothing of the wind-load, the roof might well
seem a risky engineering feat. Yet it stood for some two hundred years » (op. cit., p. 57).
67. Il en va de même pour beaucoup d’autres édifices vitruviens ; citons seulement le temple
périptère « normal », déduit de la planimétrie du pseudo-diptère hermogénien, et le temple à
cella barlongue, dérivé de l’Erechthéion. Cf. Aurea Templa. Recherches sur l’architecture
religieuse de Rome à l’époque d’auguste, BEFAR 231, Rome, 1976, p. 108 sq. et p. 143 sq.
68. Ce qui ne prouve rien, évidemment, quant à l’origine réelle de l’un des rameaux de l’évolution
du schéma basilical. Cf. F. Rakob, dans Hellenismus in Mittelitalien, ii, p. 369, à propos de K. Ohr,
Die Basilika in Pompeji (op. cit.), p. 154 sq. et fig. 20.

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


202

69. Les exemples abondent de cette démarche. Rappelons, comme l’un des plus significatifs, la
définition des édifices cultuels en fonction du rythme de leur colonnade (III, 2) ; chacun de ces
rythmes est lié à un rapport numérique et un seul, entre le diamètre inférieur de la colonne et la
largeur de l’entrecolonnement, ce qui fige, d’une façon arbitraire, une réalité beaucoup plus
diversifiée.
70. V, 1, 7 :... ne impediant aspectus pronai Augusti, quae est in medio latere parietis basilicae conlocata
spectans medium forum et aedem Jovis.
71. V, 1, 10. Vitruve se (felicite a la lois d’avoir diminue le oût de la construction en supprimant
l’entablement du premier niveau, les plutea et les colonnes du second ordre (un note la même
succession terraire des éléments constitutifs de l’élévation qu’en V, 1,5) et d’avoir malgré tout
donné une apparence plus somptueuse à l’ensemble grâce à l’ordre colossal. Comme son émule
Philibert de l’Orme, il pratique avec maitrise l’ait de faire du grandiose « à petits frais » ! Ce
passage n’est pas le seul exemple où une vision assez étroitement « économique » de
l’architecture publique empêche le théoricien de saisir le caractère novateur ou la valeur
plastique réelle d’un schéma. Ainsi il attribue l’invention hermogénienne du temple pseudo-
diptère au souci de diminuer les trais en supprimant les ordines interiores du portique
periphérique (III, 3, 8) ; mais il convient en même temps que l’auctontas de l’édifice n’y perd rien.
72. Voir à sujet l’excellente restitution de K. Ohr, loc. cit., dans BJ, 175,1975, fig. 2, p. 115.
73. De par sa conception générale, elle s’apparente déjà à la Basilica Julia dans sa version tardo-
augustéenne : tout y est prévu pour que l’on puisse observer de haut les grands procès
spectaculaires. Voir le texte de Quintilien, Inst. Orat, XI, 5,6, et celui, plus explicite encore, de
Pline le Jeune, Epist., VI, 33, 4 : ad hoc stipa-tum tribunal, atque etiam ex superiore basilicae parte qua
feminae qua viri et audiendi, quod difficile, et quod facile, visendi studio imminebant. La dernière partie
de la phrase est intéressante : les gens des galeries supérieures se penchent par-dessus les
chancels pour mieux voir dans la nef centrale. Nous sommes exactement à l’opposé de la formule
de Vitruve, V, 1,5 : uti supra basilicae contignationem ambulantes ab negutiatoribus ne conspiciantur.
74. Cf. les remarques de M. Torelli, dans Hellenismus in Mittelitalien, II, p. 376-377.
75. Cf. P. Gros, Architecture et Société à Rome et en Italie centro-méridionale (op. cit.), p. 12 sq.
76. On connaît le problème : si l’on suit Tite-Live à la lettre, la première basilique de Rome serait
la Basilica Porcia, puisqu’il ne mentionne aucun autre édifice de ce genre avant 184 av. J.-C, et
précise même à propos de l’incendie du forum en 210, qu’il n’y avait pas alors de basiliques à
Rome (26,27,2-4). Mais alors quelle est la basilique dont parle Plaute dans le Curculio et les Captifs,
pendant les années 200-190 av. J.-C ? (cf. supra, n. 13). Il est possible que Plaute, devant un public
populaire à qui la terminologie grecque était assez familière, ait désigné par ce mot l’Atrium
regium, mentionné par Tite-Live parmi les édifices détruits par le feu en 210, reconstruit en 209
(Tite-Live, 27, 11, 16), et dont on ne trouve plus aucune mention par la suite. Cet Atrium regium se
trouvait certainement à proximité du forum et du Macellum, si l’on considère que les notices de
Tite-Live suivent un ordre périégétique. Voir en particulier le second texte :... locaverunt inde
reficienda quae circa forum incendio consumpta erant, septem tabernae. macellum, atrium regium. Or on
sait que, d’après les vers des Captifs mentionnés plus haut, c’est exactement la localisation de la
basilique plautinienne. A ces présomptions s’ajoute le fait que les plus anciennes basiliques se
sont souvent élevées à l’emplacement ou à proximité d’atria publica : c’est le cas, précisément, de
la Basilica Porcia, d’après Tite-Live (39, 44, 7) ; c’est aussi ce qu’on observe à Cosa (cf. F. E. Brown,
op. cit., p. 22 sq). Il faut noter d’autre part que la basilique de Caton ne passait pas, dans la
tradition, pour la première basilique construite à Rome, mais pour la première à laquelle un
censeur ait donné son nom ; sur ce point le texte d’Aurelius Victor, Vir. Illust., 47.5 est clair : Cato
basilicam suo nomine primus fecit. Sur les atria publica, voir : E. Welin, op. cit., p. 179 sq. et les
références données par F.-E. Brown, op. cit., p. 45, n. 5.
77. Cf. en dernier lieu I. Di Stefano Manzella, I Volusii e il tempio del Divo Augusto a Lucus
Feroniae, dans Ar-cheologia, Materiali e Problemi, 6, 1982, p. 45 sq.

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


203

78. Les deux opérations sont l’une et l’autre achevées avant 30 av. J.-C, mais les grandes
innovations structurelles sont sans doute imputables, pour ces édifices, aux réfections tardo-
augustéennes ou tibériennes (14 av. J.-C. et 22 apr. J.-C. pour l’Émilienne ; 12 apr. J.-C. pour la
Julienne). Cf. en dernier lieu sur ces questions H. Lauter, loc. cit., dans RM, 89,1982, p. 447 sq. On
notera toutefois que la réfection entreprise par L. Aemilius Paullus en 55 av. J.-C, avec l’argent de
César, fit la plus grande impression aux contemporains. Cf. Cicéron, Ad Attic, IV, 16,4 : Illam autem
quam locavit facit magnificentissimam. Quid quaeris ? Nihil gratius illo monu-mento, nihil gloriosius.
79. Citons seulement son refus d’envisager la corniche modillonnaire, dont les premières mises
au point monumentales sur des édifices publics romains datent précisément de l’époque où il
compile son traité. Cf. Aurea Templa (op. cit.), p. 197 sq.

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


204

Le rôle de la scaenographia dans les


projets architecturaux du début de
l’Empire romain
Le dessin d'architecture dans les sociétés antiques. Actes du colloque de
Strasbourg, 26-28 janvier 1984, Leyde, 1985, p. 231-253 (Travaux du
Centre de recherche sur le Proche Orient et la Grèce antique, 8)

Pierre Gros

1 Dans l’analyse des complexes architecturaux, il est fréquent d’observer deux démarches
différentes, qui se rejoignent rarement bien que, dans leur principe, elles soient
inséparables. La première consiste à identifier les composantes proportionnelles et
modulaires des dimensions essentielles, et s’efforce de retrouver, à partir de celles-ci, les
montages géométriques et les relations arithmétiques qui sont à l’origine du projet lui-
même. La seconde dégage, au moyen de schémas un peu abstraits, généralement
dépourvus de toute valeur opératoire, les angles privilégiés sous lesquels le visiteur
pouvait embrasser d’un seul coup d’œil tel édifice ou telle suite monumentale.
2 L’importance revêtue par ces axes visuels pour l’ordonnance générale des constructions
antiques laisse à penser qu’ils jouèrent un rôle non négligeable dans l’élaboration des
plans et des élévations. Mais cette incidence paraît rarement prise en compte par les
archéologues modernes, qui enregistrent volontiers le phénomène, au terme d’une
restitution planimétrique par exemple, sans toujours en tirer les conséquences qui
s’imposent pour les phases préparatoires du travail architectural.
3 Le problème est vaste, et revêt des aspects divers, selon les époques et les types d’édifices.
On connaît, pour l’architecture grecque, classique et hellénistique, les théories de C. A.
Doxiadis sur les « coordonnées naturelles » et les « couloirs de transparence »1 ; elles ont
contribué à expliquer certains décentrements ou certaines distorsions apparentes, dans
l’organisation des grands sanctuaires. Pour le téménos du temple d’Athéna Niképhoros,
au sommet de l’acropole de Pergame, la répartition des édifices en fonction des secteurs
de visibilité semble avoir trouvé une confirmation dans l’hypothèse récemment proposée

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


205

par F. Coarelli, à propos du monument votif des Galates qui s’élevait au centre de
l’esplanade2 ; sa restitution d’un groupe unique à partir de deux copies d’époque
césarienne, le « Gaulois qui se donne la mort », du Musée des Thermes, et le « Gaulois
mourant », du Musée du Capitole, confère peut-être à un schéma géométrique incisé sur
la base de ce dernier une fonction jusqu’ici méconnue : cette curieuse figure qui semble
vouloir inscrire un pentagone dans une série de cercles concentriques, assimilée
d’ordinaire à une simple tabula lusoria, comporterait des indications relatives au montage
des pièces sculptées et à leur mise en place, en concordance avec les axes visuels ménagés
depuis les entrées du téménos3 (fig. 1).

FIG. 1. – Le dessin gravé sur le socle de la statue du « Gaulois Mourant » (Rome, Musée du Capitole).

4 Je laisse à d’autres, plus compétents que moi en ces matières, le soin de pousser à son
terme l’étude géométrique de ce croquis. Mais si cette hypothèse séduisante devait se
confirmer, nous aurions là l’un des rares témoignages matériels d’une réflexion antique
sur les angles de vision. Cet objet, encore partiellement énigmatique, n’est certainement
pas unique, et sa présence peut nous inciter à déceler, dans d’autres domaines, des traces
d’un même type de recherche. Nous y reviendrons.

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


206

FIG.
2. – Vue perspective reconstituée par G. Ioppolo du temple du culte impérial à partir du vestibule
semi-circulaire de la basilique sévérienne de Lepcis Magna.

5 Je m’en tiendrai pour l’instant à l’examen de plusieurs constructions du début de l’Empire


où la définition du « meilleur point de vue » paraît avoir été primordiale. Sans m’attarder
sur un dossier par ailleurs bien connu, je voudrais poser, à partir de quelques exemples, la
question des moyens dont disposaient les architectes de cette époque pour affronter ce
genre de problème, aussi bien en atelier que sur le terrain.
6 Rappelons d’abord en quels termes il se pose. Développant des observations de H. Kähler
sur la Villa Hadriana, H. Drerup a expliqué dans un article déjà ancien que le plan de
certaines maisons de Pompei et d’Herculanum s’organisait autour d’un axe visuel
différent de l’axe géométrique de l’aire qu’elles occupent4. On ne saurait comprendre
l’ordonnance de ces demeures sans restituer les circuits savamment proposés au regard,
depuis le vestibule jusqu’à l’extrémité du péristyle ou du viridarium, sans retrouver le
cheminement de ce que le latin rend par le terme ambigu de prospectus, et l’allemand par
le mot précis mais intraduisible de « Durchblick »5. Seules la nature et la direction des
« vues » ménagées à partir de certaines pièces, et s’étendant, au travers d’une porte ou
d’une baie, vers les portiques, les jardins architecturés, les exèdres, peuvent rendre
compte du schéma d’implantation d’une domus, comme la Casa dell’Atrio a Mosaico
d’Herculanum, par exemple6. Après lui, B. Wesenberg a examiné les apparentes ruptures
de symétrie observables dans certains ensembles picturaux du IIe style représentant des
motifs d’architecture7 ; et il a pu démontrer que ces « perspectives asymétriques », selon
l’expression de J. Engemann8, n’étaient en réalité que des perspectives « parallèles »
conçues pour accompagner latéralement le regard vers l’extérieur à partir d’un point
précis dont il retrouve l’emplacement dans les pièces étudiées. Enfin, tout récemment, L.
Bek a mis en évidence le rôle des axes visuels obliques dans les séquences monumentales
des grandes demeures urbaines ou des villas de luxe, à partir de la fin du Ier s. apr. J.-C.9 :
la position des lits d’apparat, et plus précisément de celui qui occupe la place d’honneur
dans un triclinium d’été, peut être déterminante pour la composition de tout un ensemble
architectural. Ces observations redonnent un poids particulier à certains vers de Stace
décrivant la villa sorrentine de Pollius Felix10 ou à certaines phrases de Pline le Jeune

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


207

vantant les mérites de tel de ses salons, dans sa résidence de Toscane ou des Laurentes 11.
Par exemple quand, à propos de cette dernière, il évoque la position d’une salle à manger
« assez coquette », satis pulchrum, qui offre une vue, à travers le cavaedium, le portique, la
petite cour, le portique de nouveau, l’atrium, vers les forêts et, dans le lointain, les
montagnes, on peut raisonnablement penser qu’il décrit là l’un des axes générateurs de
toute sa villa12. Cette recherche des vues en enfilade ou des dégagements perspectifs, à
travers les espaces construits, s’avère donc, pour notre période, une composante
essentielle des aménagements privés.
7 Pour les constructions publiques, le prospectus se révèle aussi décisif. Trois exemples
suffiront à le rappeler : on accédait de l’Ouest au forum flavien de Bolsena par une sorte
de couloir voûté, qui fait un angle de 8°46 avec la direction normale des autres rues du
secteur13. Jusqu’à une date récente on ignorait la raison de cette divergence ; on sait
maintenant qu’elle est due au souci d’éviter à l’œil du visiteur de « buter » sur l’un des
massifs d’escalier de la basilique judiciaire14 ; elle doit permettre une vue oblique mais
complète de tout l’espace occupé par la place ; sans doute un édifice important s’offrait-il
à l’extrémité de cet axe, sur la bordure orientale du Forum. La restitution proposée par H.
Bauer pour la Porticus absidata de Rome n’est pas sans susciter quelques perplexités quant
à son élévation ; mais cet auteur a pleinement raison quand il souligne que si le plan
s’inscrit dans un trapèze, et non pas dans un rectangle, c’est parce qu’il a été conçu pour
être appréhendé depuis un point bien défini au début de l’Argiletum, qui n’est pas situé sur
l’axe géométrique de l’espace disponible15. Enfin une analyse précise du forum sévérien
de Lepcis Magna, dans l’extension complète que lui a restituée A. Di Vita, a permis à
l’architecte G. Ioppolo de rendre compte des particularités des portiques latéraux et de
certaines dissymétries planimétriques16 ; ce sont les exigences des « lignes visuelles »
tirées depuis l’intérieur de la basilique ou à partir des entrées latérales de la place
occidentale qui les expliquent. Là encore la présence d’un monument massif empiétant
largement sur l’aire libre – le temple de Septime Sévère en l’occurrence – a entraîné un
sensible déplacement des axes visuels par rapport aux axes géométriques (fig. 2).
8 Ces divers effets, qu’ils soient premiers ou seconds dans la conception des ensembles sur
lesquels ils ont tellement influé, ont en commun d’avoir été soigneusement concertés.
Nous les observons en aval de la construction. Notre souci est d’essayer de comprendre
quand et comment on pouvait les prévoir en amont.
9 Ces préoccupations, qui font intervenir l’espace et l’orientation, qui touchent davantage à
la position relative des bâtiments qu’à leur structure, sont toujours difficiles à cerner
concrètement, pour la raison simple qu’elles ne laissent pas, en général, de trace
archéologique. Les « lignes de réglage » nous parlent, souvent prolixement, de la
disposition des assises17 ; les dessins préparatoires, incisés dans œuvre ou à proximité des
édifices, détaillent, dans plusieurs constructions, de Capoue à Baalbek, à des échelles
diverses, et parfois avec des indications cotées, les assemblages d’appareil délicats
(arcades, frontons, adyta), les modénatures complexes (corniches en particulier) 18 ; mais
les axes, les effets perspectifs, les alignements, restent, par définition, étrangers à toute
matérialisation durable. Le dossier graphique établi par le praticien en vue de l’exécution
permettait-il leur prise en compte ? Autrement dit, les documents qui constituaient la
base du dialogue de l’architecte avec l’entrepreneur et les équipes spécialisées
comportaient-ils en ce domaine des indications efficaces, et immédiatement
transposables sur le terrain ?

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


208

10 Il est inutile d’insister sur l’ignorance où nous sommes, non seulement du niveau de
précision des figures établies en atelier, mais même de leur nature. Ce que laisse entrevoir
l’analyse structurelle et modulaire de quelques constructions complexes, c’est la
fréquence des initiatives, ou des remords – selon qu’on apprécie ces correctifs en termes
positifs ou négatifs – qui se manifestent au cours de la réalisation, et ces observations
donnent à penser qu’il n’existait pas toujours de coordination exacte entre les dessins
relatifs au plan et ceux relatifs à l’élévation19. Nous avons conservé quelques croquis
épigraphiques, qui paraissent des transcriptions, peut-être simplifiées, et en tout cas
réduites, de documents qui, dans leur version initiale, pouvaient être mieux informés.
Mais les plans de Perugia ou d’Urbino, ceux de la Forma Urbis ou du cadastre d’Orange,
pour ne citer que quelques exemples, répondent à des finalités plus juridiques,
topographiques ou fiscales que proprement architecturales et, quels que soient leurs
qualités ou défauts propres, on n’en saurait rien tirer pour notre propos20. Quelques
textes parlent des formae, c’est-à-dire des schémas planimétriques à l’usage des
commanditaires ou des clients, mais les témoignages de Cicéron et de Suétone ne nous
donnent pas une haute idée de leur puissance évocatrice, du moins pour les profanes 21 ;
on sait aussi que de véritables recueils de plans-types sur parchemin – membranulae –
étaient proposés par les architectes, pour certaines catégories d’édifices, mais leur aspect
devait rester assez sommaire22.

***

11 Force est donc d’interroger le seul traité technique dont nous disposions, celui de
Vitruve. Mais, outre que son témoignage reste indirect puisque aucune figure originale
n’en a été conservée, une hypothèque grève les notices du De architectura consacrées à
cette question. Elle tient au fait que leur auteur mélange, sans le dire, les diverses phases
du travail architectural, et en particulier qu’il ne précise jamais, quand il parle de
documents graphiques, ni leur destination ni leur degré d’élaboration. Cette ambiguïté
est sensible dès le premier chapitre de son livre I, où il place sur le même plan, parmi les
connaissances indispensables à l’architecte, l’art du dessin pour les esquisses colorées, et
la maîtrise de la géométrie pour l’implantation des édifices sur le terrain – in areis 23. Dans
le célèbre passage du chapitre suivant où il énumère les trois espèces de croquis
architecturaux en usage de son temps, il est permis de se demander si la scaenographia, qui
présente l’effet perspectif de l’édifice, appartient à la même série que les projections
orthogonales en plan (ichnographia) ou en élévation (.orthographia)24.
12 En première analyse, pour la recherche des points de vue et des perspectives en enfilade,
la scaenographia peut apparaître comme un mode de représentation privilégié. La
littérature très abondante suscitée par les deux lignes où Vitruve la définit s’est souvent
enlisée dans des apories théoriques dont les données textuelles et archéologiques
disponibles pour cette période ne permettent pas de sortir25. Mais elle s’est plus rarement
posé la question de savoir à quoi pouvait servir ce type de figure. Le seul exégète, à notre
connaissance du moins, qui ait donné une réponse claire sur ce point, c’est F. W.
Schlikker : dans trois études successives, il a présenté la scaenographia comme le
document le plus important du dossier d’étude des architectes hellénistiques26. D’abord
destiné à la « clientèle », le dessin en perspective cavalière aurait très vite été adopté par
les praticiens eux-mêmes pour harmoniser les volumes et éviter de commettre des fautes
qui auparavant ne se révélaient qu’au terme de la construction27. A vrai dire, le texte de

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


209

Proclus que Schlikker cite à l’appui de sa thèse a toutes chances de s’appliquer davantage
aux arts plastiques qu’à l’architecture28. Et l’on voit mal, étant donné le caractère
approximatif des montages tridimensionnels dont la peinture contemporaine nous garde
l’image29 comment une vue en perspective, dont on nous dit que le relief est rendu autant
par les effets d’ombre (skiagraphia) que par les lignes de fuite, aurait pu fournir aux
bâtisseurs des indications précises et directement exploitables30. Les architectes italiens
de la Renaissance qui redécouvrent Vitruve ne s’y trompent pas : ni Alberti ni Raphaël ne
mettent la scaenographia au nombre des dessins d’architecture ; ils lui réservent tout au
plus un rôle dans le dialogue avec le commanditaire31. L’auteur du De re aedificatoria
s’acharne même à la dévaluer en tant que document technique, lui préférant la maquette,
qui autorise selon lui une véritable expérimentation des hypothèses graphiques, avant
toute construction sur le terrain32.
13 La scaenographia, telle que l’évoque succinctement Vitruve, n’est cependant pas
dépourvue d’intérêt : sa présence comme dernier élément de la triade relève du souci
d’aboutir, sous une forme ou sous une autre, à une vision synthétique de l’objet. C’est là
une préoccupation qu’ont toujours eue les bâtisseurs : depuis les παραδείγματα, dont nous
parlent, entre autres, Aristote et Plutarque33, jusqu’aux axonométries, dont les premières
tentatives remontent au XVIe s., avec le fameux « schéma isométrique » de Baldassare
Peruzzi pour le projet de St Pierre par exemple, mais dont les règles ne seront définies
clairement qu’à la fin du XIXe s., avec les travaux d’A. Choisy en particulier, la volonté de
rassembler efficacement, sur un même document, les données du plan et de l’élévation
est demeurée l’un des moteurs essentiels du progrès de l’expression plastique ou
graphique en architecture34. Et il est certain que, pour la période envisagée, les problèmes
d’insertion dans l’espace, dont nous avons rappelé l’importance, ont dû favoriser le
perfectionnement des techniques de représentation en trois dimensions.
14 Au stade où Vitruve nous permet de la saisir, qu’est-ce, concrètement, qu’une
scaenographia ? Beaucoup d’exégètes ont buté sur la formule qui fait intervenir le centre
du compas – circini centrum –, car elle semble impliquer la présence d’un cercle comme
élément constitutif de la figure ; on sait le parti qu’en a tiré E. Panofsky pour
l’établissement de sa théorie d’une perspective antique, fondée sur la définition
sphérique du champ visuel35. Si l’on rapproche cependant cette trop brève notice de
plusieurs autres passages de Vitruve, et d’abord de VII, praef. 11, il apparaît que l’auteur
entend seulement définir ainsi la convergence – responsus – des rayons rectilignes issus de
l’œil – oculorum radiorum extentio ; ces rayons partent d’un point où l’on peut admettre que
le théoricien voit sans doute la projection, sur le plan du tableau, du regard d’un
spectateur privilégié, choisi comme centre – certo loco centro constituto36. Cette
interprétation, qui est celle, entre autres, de S. Ferri37, n’autorise nullement à créditer
Vitruve ou sa source d’un savoir complet et rationnel sur la construction de la
perspective centrale, au sens moderne du terme ; elle permet seulement de définir un
point de convergence parmi d’autres, situé en théorie très près du plan de projection lui-
même, et concernant en général, si l’on en juge par les compositions du II e style
pompéien, un seul édifice, celui qui occupe la place principale38.
15 Mais, sans rouvrir le débat sur le degré de cohérence atteint par les Anciens à la fin de la
période hellénistique, dans l’appréhension de l’espace et le rendu du relief – la
contradiction des théories optiques en présence, entre lesquelles Vitruve refuse de
trancher, les empêche d’aboutir à une conception unitaire39 – il nous paraît utile de
souligner que l’auteur du De architectura s’exprime, dans ces passages, en praticien

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


210

beaucoup plus qu’en théoricien ; il se réfère ici à la construction d’un cône visuel, et
d’autres textes de son traité attestent que celle-ci était familière aux dessinateurs comme
aux concepteurs de l’architecture. En III, 5, 13, il détaille en quelque sorte la réalisation
graphique de ce qu’il suggère dans les deux notices précédemment évoquées, et là un
montage simple fait place aux formules condensées et absconses : imaginons, dit-il, un
homme placé devant la façade d’un édifice ; si l’on tire à partir de son œil deux lignes
dont l’une touchera la base de l’entablement et l’autre le sommet du fronton, la seconde
sera plus longue que la première, etc.40 (fig. 3). Les termes employés sont les mêmes que
ceux du texte de la préface du livre VII : ab oculo lineae duae si extensae fuerint. Nous
retrouvons sous une autre forme le schéma proposé par l’architecte de Cicéron,
l’affranchi Cyrus, qui justifie l’étroitesse des fenêtres de l’Amaltheum de la résidence
arpinate de son maître par une démonstration de type euclidien qui recourt à un schéma
similaire : soit α l’œil de l’observateur, γ la chose vue, on trace des rayons qui joignent ces
points, etc.41. Mais, dira-t-on, tout cela n’explique pas la présence du mot circinus dans le
premier texte, celui qui, précisément, définit la scaenographia en tant que dessin
d’architecture.
16 C’est ici qu’interviennent les pratiques élémentaires des bâtisseurs antiques, et qu’il faut
tenir compte de l’amalgame fréquemment effectué par Vitruve entre le dessin en atelier
et le travail sur le terrain. Rappelons d’abord que circinus désigne un instrument, le
compas, et non pas la figure géométrique du cercle. Or, dans le passage déjà cité sur la
géométrie, le théoricien s’exprimait ainsi : et primum ex euthygrammis circini tradit usum42 ;
contrairement à ce que proposent toutes les éditions récentes, la seule traduction
possible est celle-ci : « et d’abord elle nous enseigne l’usage du compas à partir de la ligne
droite »43. Qu’est-ce à dire, sinon que Vitruve évoque par ces mots l’utilisation du cordeau
ou de la perche, graduée ou non, dont un texte de Cicéron signale l’emploi, non seulement
chez les arpenteurs mais aussi chez les architectes44 ; ces tronçons de droites pivotaient
autour d’un point fixe pour permettre les implantations sur le terrain ; elles
fonctionnaient en quelque sorte comme les branches d’un compas, dans le tracé des
angles, le rabattement des diagonales, etc., toutes opérations familières au constructeur
matérialisant un plan au sol.
17 Il nous semble que le compas joue un rôle comparable dans la construction de la
scaenographia ; il assure la définition des lignes de convergence et des angles visuels, mais
ne sert pas forcément à tracer un cercle où s’inscrirait le dessin, et encore moins le
« cercle de distance » des schémas théoriques de la perspective centrale45.

***

18 Ces remarques, tirées de la confrontation de notices trop souvent alléguées séparément,


peuvent nous aider à comprendre certains aspects de la matérialisation du prospectus sur
les croquis préparatoires. Même si la perspective cavalière n’était pas directement utile à
l’explication technique d’un projet, la définition qu’en donne Vitruve, telle du moins que
nous croyons devoir la lire, nous conforte dans l’idée que les dessins d’architecture de son
temps faisaient intervenir les cônes visuels. Et l’on doit penser que sur les plans – formae,
ichnographiae –, on ne se contentait pas de tracer des axes pour définir l’orientation et
l’extension des « vues en enfilade », axes qu’on implantait éventuellement au sol au
moyen de visées à la groma ou à la dioptre, et qu’on jalonnait avec le cordeau – linea – et
la chaux, pour indiquer clairement les directiones ou alignements46. Mais on devait aussi

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


211

19 rendre graphiquement, sur les documents planimétriques, des angles dont les sommets
marquaient des points privilégiés dans telle ou telle pièce ou sur le seuil de telle ou telle
entrée dans un lieu public ; ces angles étaient censés représenter l’amplitude visuelle d’un
observateur, et peut-être en trouvons-nous la transcription sur la figure gravée à la
surface du socle du « Gaulois mourant », où il n’est pas interdit d’interpréter en première
hypothèse les cordes qui s’entrecroisent dans les cercles concentriques comme les
prolongements de trois secteurs angulaires qui convergeaient en un point névralgique du
complexe architectural ; l’échelle du dessin par rapport à la réalité semble avoir été, dans
ce cas particulier, de 1/25e, si l’on en juge par le rapport qui s’établit entre le troisième
cercle et le diamètre restitué de la base de la statue où il est incisé47. Mais dans des
compositions moins élaborées, ces constructions angulaires pouvaient plus simplement
contribuer au calcul de la largeur d’une baie ou de l’entrecolonnement d’un portique ;
elles n’étaient certes pas fondées sur des notions physiologiques claires, mais sur des
expériences solides ; l’ouverture des angles, ou la base des triangles, pour reprendre les
termes du schéma proposé par l’architecte de Cicéron, était fonction de la dimension de
l’objet qu’on voulait cadrer, et du couloir visuel qu’on cherchait à déterminer.
20 Ainsi dut procéder Vitruve lors de l’élaboration du plan de la basilique de Fano, lorsqu’il
éprouva le besoin de supprimer les deux colonnes médianes du portique interne, au
contact du tribunal et de l’aedes Augusti : il précise que cet aménagement ne servait pas
seulement à dégager la vue, à l’intérieur de l’édifice, depuis la nef médiane jusqu’à
l’exèdre du « tribunal », mais assurait une meilleure liaison optique entre ledit
« tribunal » et le temple de Jupiter, situé de l’autre côté du Forum, face à la basilique 48. On
ne semble pas s’être avisé que cette dernière exigence impliquait la mise en place d’un
cône visuel très étudié, dont le sommet se situait soit à la base de l’escalier, soit en un
point central du pronaos du temple de Jupiter ; son amplitude était directement liée à la
largeur de la porte de la basilique, à l’entrecolonnement axial de la première colonnade
interne (huit supports) et à celui de la seconde colonnade interne (six supports) 49. Si
Vitruve, du reste, ne donne aucun chiffre pour ces différentes ouvertures, alors qu’il
indique toutes les autres mesures (diamètre inférieur des colonnes, épaisseur des
pilastres adossés, dimensions de l’espace central et des portiques latéraux), c’est sans
doute que celles-ci représentent des valeurs déduites et non premières, et qu’elles ne
dépendent pas exclusivement de la structure de la basilique ; en particulier la distance
entre les colonnes du péristyle interne ne varie pas seulement, comme l’a remarqué K.
Ohr, quand on passe des longs aux petits côtés, mais elle doit aussi être modulée, sur un
même côté – celui qui est le plus proche du forum – quand on passe du centre à la
périphérie. La largeur de la place, et la distance à laquelle se trouvait la façade du temple
de Jupiter, qui nous demeurent inconnues, conditionnaient ici le choix de l’entraxe
médian.
21 De telles constructions graphiques s’appliquaient aussi, à n’en pas douter, aux façades des
portiques et à la péristasis des temples, pour lesquelles on ne manquait pas d’exploiter les
« déformations latérales »50 ; un texte bref de Sénèque montre qu’on avait pleinement
conscience du phénomène, et qu’il était familier aux citadins du Ier s. apr. J.-C. : « Les
intervalles entre les colonnes d’un portique qui atteint une certaine longueur se
rejoignent », rappelle-t-il dans son catalogue des « erreurs » de la vue51. Dans de
nombreux sanctuaires augustéens, la densité des supports de façade (rythme pycnostyle),
ainsi que la position et le nombre des colonnes en retour sur les côtés du pronaos
s’expliquent sans doute en partie, comme j’ai essayé de le montrer ailleurs, par le souci de

Pierre Cloquette <pcloquette@aaia.be>


212

créer ce qu’on pourrait appeler un « effet de porche » pour l’entrecolonnement axial52.


Les dessins en plan, comportant la matérialisation des angles et des axes visuels, à partir
d’un ou de plusieurs points choisis sur un cheminement préférentiel, pouvaient déjà
autoriser une répartition assez précise des pleins et des vides.
22 Du reste l’importance accordée aux issues et aux « couloirs de communication », qu’ils
soient envisagés comme des parcours réels ou simplement visuels, est suggérée par
certains détails de la Forma Urbis severiana ; même sur les fragments où l’on relève les
négligences les plus graves, comme celui qui présente le temple de Minerve avec une