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Le système d`imposition du revenu des personnes physiques en Côte d`Ivoire

De nombreuse reformes sont intervenues ces dix dernières années en matière fiscale en Côte d`Ivoire.
Ces changements qui ont porté principalement sur la fiscalité des entreprises ont eu un impact certain
sur les recettes fiscales liées à cette catégorie d`impôt, lesquelles sont en nette progression ces dix
dernières années.
En revanche en matière de fiscalité personnelle peu de réformes ont été engagées et les réalisations
restent encore en deçà des attentes.
Pour remédier à cette situation, les Autorités Ivoiriennes ont porté leur attention sur la problématique du
rendement de la fiscalité des personnes physiques.
Dans ce sens, une réflexion est actuellement engagée au sein de la Direction Générale des Impôts de
Cote d`Ivoire sur la réforme du système actuel d`imposition du revenu des personnes physiques, afin
de mettre en place, un dispositif adapté à la psychologie du contribuable ivoirien, simple à administrer
et rentable pour le Trésor Public.
Les développements qui suivent ont pour but d`une part, de présenter le système actuel et d`autre part
de proposer des axes de réflexion pour cette reforme.

I – Le Dispositif Actuel

Le système actuel d`imposition du revenu des personnes physiques, applicable en Cote d`Ivoire est un
système mixte comprenant des impôts cédulaires et une surtaxe progressive qui est l`impôt général sur
le revenu.
Il s`inspire du dispositif mis en place en France dans le cadre de la reforme Caillot de 1917, mais il est
complété par un ensemble de retenues à la source ou de précomptes effectués sur les différentes
catégories de revenus, ce qui le singularise.

I.1 – Les Impôts cédulaires sur les revenus

Dans le système de taxation des revenus des personnes physiques en Cote d`Ivoire, chaque revenu
est passible d`un impôt catégoriel qui est propre. Ces impôts sont présentés ci-après :

a – Enumération des impôts catégoriels


On distingue :

• L`impôt sur les bénéfices industriels et commerciaux :


L`impôt sur les bénéfices industriels et commerciaux qui frappe les bénéfices des professions
commerciales et industrielles exploites en Cote d`Ivoire. Son taux est de 35 % du bénéfice imposable
déterminé à partir du résultat comptable. S`agissant des entreprises individuels, le taux est de 25 %.

• L`impôt sur les bénéfices non commerciaux


L`impôt sur les bénéfices non commerciaux s`applique aux bénéfices des professions libérales, des
charges et offices dont les titulaires n`ont pas la qualité de commerçant et de toutes occupations,
exploitations lucratives, sources de profit, ne se rattachant pas a une autre catégorie de benefices ou
de revenus. C`est en résume, l`impôt des professions libérales. Son taux est de 35% du benefice
comptable, déterminé sur la base des encaissements et des dépenses effectivement réalises par
l`exploitant.

• L`impôt sur les traitements et salaires, pensions et rentes viagères

L`impôt sur les salaires s`applique aux traitements, soldes, indemnités, émoluments, salaires, pensions
et rentes viagères y compris les avantages en nature et en argent dont a bénéficié le salarie. Son taux
est 1,5% du revenu brut imposable. Pour sa détermination un abattement de 20% est applique pour
tenir compte des frais professionnels engagés par le salarié.
A cet impôt s`ajoutent des impôts additionnels à savoir :

1. La contribution nationale (CN)


Qui est un impôt additionnel progressif s`ajoutant à l`impôt sur les traitements et salaires proprement
dits. Il est assis sur le revenu brut imposable après application d`un abattement de 20 % ;

2. la contribution nationale de solidarité (CNS)


aux taux de 1% du salaire imposable. Cette contribution ne s`applique toutefois pas aux pensions et
rentes viagères ;

3. l`impôt général sur le revenu à la source sur les salaires.


Il s`agit de l`impôt général sur le revenu perçu ici par anticipation sur les salaires.

• L`impôt sur les revenus des capitaux mobiliers

C`est l`impôt qui s`applique aux dividendes et aux revenus imposables assimilés aux intérêts. Son taux
est de 18 %.

• La contribution foncière des propriétés bâties :


Sur ce point, il convient de préciser que seule la contribution foncière perçue au taux de 15 % auprès
des particuliers en raison de la location de leurs immeubles, constitue un impôt sur le revenu.

b – Caractères

Les impôts cédulaires applicables en Côte d`ivoire présentent les caractéristiques suivantes :
• Ils sont payables spontanément, c`est à dire que leur paiement n`est pas subordonné à l`émission
préalable d`un rôle nominatif, sauf dans une certaine mesure l`impôt foncier ;
• Ils sont pour certains, retenus à la source par des redevables légaux et reversés au Trésor Public et
non acquittes par les redevables réels eux-mêmes
• Ils sont pris en compte dans la détermination de l`impôt général sur le revenu soit qu`ils viennent en
déduction de la base imposable soit qu`ils s`imputent sur l`impôt général sur le revenu calculé.

I.2 – Cas particuliers : les Impôts Uniques

Ils existent à coté des impôts cédulaires précités des impôts particuliers que l`ont peut considérer
comme des impôts uniques, à savoir :
• L`impôt synthétique, art 32 bis Code Général des Impôts

Cet impôt est supporte par les commerçants et prestataires de services dont le chiffre d`affaires est
compris entre 5 et 50 millions pour les commerçants, 2 et 25 millions pour les prestataires. Cet impôt se
substitut à la patente, à l`impôt sur les bénéfices industriels et commerciaux, à la TVA ainsi qu` à l`IGR.

• La taxe forfaitaire des petits commerçants et artisans

I.3 – les retenues à la source

Dans un souci d`élargissement de l`assiette de l`impôt, de nombreuses retenues à la source au titre


des impôts sur les revenus ont été introduites dans le dispositif ivoirien. Parmi ces retenues on peut
citer :
- la retenue de 25 % sur les intérêts des bons de caisses (loi 70-209 du 20 mars 1970) ;
- le prélèvement de 15% sur la plus-value de cession à titre onéreux d`immeubles ou de fraction
d`immeubles par des personnes non passibles de l`Impôt sur les bénéfices, art. 564 ter du Code
Général des Impôts ;
- la retenue de 35 % sur les fermages forestiers ;
- l`IGR sur la plus value de cession des droits sociaux au cours de l`existence de la société, (art 95 bis
du Code Général des Impôts) ;
- l`IVRM retenu sur les indemnités de fonction servies aux administrateurs, aux actionnaires ou
associes de sociétés et dont le taux de base est de 12% ;
- 10% de l`impôt sur les bénéfices réalisés par les entreprises individuelles disposant de revenus autre
que ceux ayant servi de base à la déclaration de leurs résultats
- L`IGR grevant les salaires et pensions

I.4 – l`Impôt Général sur le Revenu (I.G.R)

a – Caractères

L`impôt général sur le revenu est un impôt global, progressif et annuel qui frappe l`ensemble des
revenus catégoriels des personnes physiques domiciliées ou non domiciliées en Cote d`Ivoire
lorsqu`elles réalisent les bénéfices en Cote d`Ivoire.
• Un Impôt Déclaratif Annuel

L`une des principales caractéristiques de l`IGR est qu`il est un impôt déclaratif. En effet, l`article 101 du
Code Général des Impôts oblige les personnes physiques à souscrire au plus tard le 30 avril de chaque
année une déclaration annuelle récapitulant l`ensemble des revenus qu`ils ont perçu ou dont ils ont
dispose au cours de l`année précédente.
Son caractère déclaratif le distingue fondamentalement des impôts cédulaires qui eux sont, pour la
plupart, retenus à la source.

• L`IGR, un Impôt global.

L`Impôt Général sur le Revenu est calculé sur la base de l`unité économique constitue par le foyer
fiscal c`est a dire, sur la base de l`ensemble des revenus du contribuable, de son conjoint, de ses
enfants mineurs, des personnes dont il assure les moyens de subsistance. En outre, l`article 95 du
Code Général des Impôts prévoit la prise en compte des éléments du train de vie dans la détermination
de l`Impôt Général sur le Revenu.

• Un impôt progressif

Le barème d`imposition à l`IGR est un barème progressif qui s`applique selon le niveau du revenu et
qui comprend 7 tranches de taux compris entre 10/110 et 60/110.

Les taux applicables au revenu imposable sur une part sont fixés d’une façon progressive, pour chaque
tranche de revenu par un barème après défalcation de la somme de trois cent mille francs (300 000) F
CFA totalement exonérée. Ce barème est schématiquement le suivant :

De 301.000 à 525.000F CFA =10%


526.000 à 900.000F CFA =15%
901.000 à 1.350.000F CFA =20%
1.351.000 à 2.250.000F CFA =25%
2.251.000 à 3.750.000F CFA =35%
3.751.000 à 7.500.000F CFA =45%
7.500.000 F CFA et au dessus =60%

Par exemple, le taux effectif d`imposition pour un revenu net imposable de 10.105.000 FCFA est de
37,5 %
Les revenus nets imposables inférieurs à 300.000 FCFA sont affranchis d`IGR.

• Un impôt reposant sur la technique du quotient familial

Pour la détermination du revenu net imposable, il est tenu compte de la situation personnelle du
contribuable (situation matrimoniale, nombre d`enfants à charge). La technique du quotient familial
permet de rapporter le revenu imposable et par conséquent l`impôt à payer, aux charges familiales du
contribuable.

b – Techniques d`imposition

Le système d`imposition mis en place prévoit en principe un mécanisme devant permettre d`éviter une
superposition d`Impôts, entre l`IGR et les impôts cédulaires.
Ainsi, pour la détermination de l`Impôt dû, des déductions et imputations d`impôts cédulaire ou de
retenues à la source sont pratiquées ;

• Prise en compte des impôts cédulaires dans la base d`imposition à l`IGR

Le système d`imposition du revenu des personnes physique repose sur le mécanisme de la cascade.
Les impôts payés à l`occasion de la perception des revenus cédulaires sont déduits de la base
imposable à l`IGR pour obtenir le revenu net global imposable.
A titre d`exception, il convient de noter que l`IVRM paye en amont sur les revenus des dividendes ne
vient pas en diminution de la base de calcul, il est directement imputable sur l`IGR. C`est donc un
acompte direct sur l`I.G.R calculé.

• Prise en compte des précomptes IGR dans la détermination de l`IGR à payer.

L`IGR retenu à la source sur les salaires vient en déduction de l`IGR calcule. Il en va de même de :
- l`impôt sur le revenu des valeurs mobilières (IRVM) qui constituent un précompte de l`IGR ;
- l`intégralité de la retenue à la source sur les fermages forestiers ;
- la retenue de 10 % sur les sommes mises en recouvrement ou en paiement par le Trésor Public

I.5 – les limites du système actuel de taxation

Le système actuel d`imposition du revenu des personnes physiques est le résultat d`un dosage fait de
pragmatisme et de justice fiscale. Pragmatisme à travers l`existence de retenues à la source destinées
à assurer des rentrées fiscales sûres à l`état, justice fiscale, à travers la progressivité et le quotient
familial qui permettent de mieux cerner la capacité contributive de chaque citoyen.
Les limites qu`il nous parait cependant utile de relever et présenter sont exposées ci-après.

• Les limites du système déclaratif


Dans un pays où le civisme fiscal est peu développé, très peu de contribuables souscrivent une
déclaration annuelle de revenu. Le système déclaratif sur lequel repose l`IGR, ne semble pas adapte au
degré de civisme fiscal de nombreux contribuables ivoiriens. De fait, le rendement de cet impôt, hors
IGR retenu à la source sur les salaires demeure a ce jour assez marginal

• Les limites de la personnalisation par la technique du quotient familial


Pour mieux prendre en compte les facultés contributives de chaque citoyen, la technique du quotient
familial a été retenue en Côte d`Ivoire. Cette technique permet de tenir compte de la situation
matrimoniale et des charges de famille du contribuable dans la détermination de l`Impôt à mettre à sa
charge.
Elle repose sur les notions de foyer fiscal et de chef de famille.
Bien que le statut de chef de foyer fiscal ne soit pas exclusivement réservé à l`homme, la femme
accède difficilement à cette qualité en raison de sa pesanteurs d`ordre sociologique qui la tiennent
encore dans une position de dépendance à l`égard de l`homme. Ce constat se vérifie dans les cas
suivants ;

• En ce qui concerne les femmes célibataires avec enfant à charge

Elles peuvent, pour la détermination de leur IGR, bénéficier du nombre de parts des enfants mineurs à
leur charge à condition d`obtenir du juge, l`attribution de la puissance paternelle concernant ces
enfants. Cette solution rencontre souvent en pratique l`opposition des pères, bien que ces derniers
dédaignent parfois d`assurer leur responsabilité de père à l`égard de ces enfants !

• En ce qui concerne les femmes mariées percevant des revenus plus élevés que ceux de leur
conjoint ;
Elles peuvent, au plan fiscal, se voir conférer la qualité de chef de famille. Mais pour y parvenir, elles
doivent surmonter l`ego du chef de famille !

• L`IGR et l`inflation

Le barème de l`impôt général sur le revenu est resté inchangé depuis 1970 malgré l`inflation et la
dévaluation de la monnaie en 1994.
Certes, les salaires nominaux dans le secteur public et dans le secteur privé ont été rehausse mais le
taux effectif d`imposition reste élevé pour certaines catégories de revenus notamment ceux des cadres
du secteur prive du fait du maintient des tranches du barèmes d`imposition. Et des voix s`élèvent dans
ce secteur pour pousser à une révision du barème de l`IGR.

II – propositions en vue d`une réforme du système actuel de taxation du revenu des personnes
des personnes physiques

II.1 – Maintenir le système mixte d`imposition tout en limitant l`obligation de déclaration


Fondamentalement, le système mixte d`imposition n`est pas remis en cause ; toutefois, il conviendrait
d`envisager sa simplification par la mesure suivante, relever le revenu minimum imposable
actuellement fixé à 300.000 frs. L`objectif visé est de faire en sorte que l`IGR ne s`applique qu`aux
revenus élevés.

II.2 – Introduire la progressivité au niveau des impôts cédulaires

Il s`agit d`introduire la progressivité au niveau de l`ensemble des revenus catégoriels par l`institution
d`un barème unique applicable à toutes les cédules et de généraliser leur caractère libératoire.
Cette mesure pourrait être introduite en particulier au niveau de l`impôt foncier.

II.3 – sur la personnalisation de l`impôt

Dans le dispositif actuel, l`IGR n`est pas neutre à l`égard du statut matrimonial ou familial du
contribuable. Cette situation est source de conflits conjugaux et d`injustice notamment à l`égard de
certaines femmes célibataires comme nous l`avons vu.
Dans un souci de renforcer l`égalité de tous les citoyens devant l`impôt, il conviendrait de supprimer
toute référence à la situation matrimoniale et au nombre d`enfants à charge et partant à la notion de
chef de famille dans le calcul de l`IGR.

En effet, il serait souhaitable que l`avantage fiscal lié au nombre de part soit remplacé par un système
d`allocations sociales accordées par un organisme de prévoyance sociale.

II.4 – Réaménager les tranches de revenus imposables

Il s`agit de revaloriser les tranches de revenus et les taux applicables par tranche. Cette mesure pour
être envisageable doit nécessairement prendre en compte le financement de l`incidence financière de
la réforme en ce qui concerne les revenus du secteur privé et ceux du secteur public.
Elle pourrait être envisagée dans le cadre du déblocage des salaires du secteur public annoncé par le
gouvernement.

II.5 – Renforcer la gestion et le contrôle de la fiscalité personnelle

L`un des objectifs de la reforme du système actuel de taxation est de renforcer la contribution de la
fiscalité personnelle aux recettes fiscales. Pour y parvenir, il conviendrait d`assurer une meilleur gestion
de la masse d`informations disponibles sur les revenus perçus ou les opérations réalisables par les
contribuables.

Un renforcement des moyens informatiques de la Direction Générale des Impôts est à cet égard
nécessaire.

En outre, il conviendrait de développer le contrôle des revenus, qui doivent être perçues comme une
contribution à la réflexion générale à laquelle nous invitons tous les cadres de ce pays, chercheurs,
universitaires et praticiens afin que par nos analyses, nous puissions guider nos gouvernants