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Père Martin CHARCOSSET Ensemble Paroissial Champagne-Dardilly-la Duchère et Ecully

Music everywhere
Messe d’action de grâces pour Henri Marchand
Vendredi 13 septembre 2019 - S. Claude, Dardilly

Textes pour les funérailles d’Henri Marchand

Livre d’Isaïe (2, 2-5)


Il arrivera dans les derniers jours que la montagne de la Maison du Seigneur se tiendra plus
haut que les monts, s’élèvera au-dessus des collines. Vers elle afflueront toutes les nations,
et viendront des peuples nombreux.
Ils diront : « Venez ! montons à la montagne du Seigneur, à la Maison du Dieu de Jacob ! Qu’il
nous enseigne ses chemins, et nous irons par ses sentiers. » Oui, la loi sortira de Sion, et de
Jérusalem, la parole du Seigneur.
Il sera juge entre les nations et l’arbitre de peuples nombreux. De leurs épées, ils forgeront
des socs, et de leurs lances, des faucilles. Jamais nation contre nation ne lèvera l’épée ; ils
n’apprendront plus la guerre.
Venez, maison de Jacob ! Marchons à la lumière du Seigneur.

Evangile selon saint Jean (16, 16-24)


Au moment de passer de ce monde à son Père, Jésus disait à ses disciples :
« Encore un peu de temps, et vous ne me verrez plus ; encore un peu de temps, et vous me
reverrez. »
Alors, certains de ses disciples se dirent entre eux : « Que veut dire : un peu de temps ? Nous
ne savons pas de quoi il parle. »
Jésus comprit qu’ils voulaient l’interroger, et il leur dit : « Vous discutez entre vous parce
que j’ai dit : “Encore un peu de temps, et vous ne me verrez plus ; encore un peu de temps,
et vous me reverrez.” Amen, amen, je vous le dis : vous allez pleurer et vous lamenter,
tandis que le monde se réjouira ; vous serez dans la peine, mais votre peine se changera en
joie.
La femme qui enfante est dans la peine parce que son heure est arrivée. Mais, quand l’enfant
est né, elle ne se souvient plus de sa souffrance, tout heureuse qu’un être humain soit venu
au monde.
Vous aussi, maintenant, vous êtes dans la peine, mais je vous reverrai, et votre cœur se
réjouira ; et votre joie, personne ne vous l’enlèvera.
En ce jour-là, vous ne me poserez plus de questions. Amen, amen, je vous le dis : ce que vous
demanderez au Père en mon nom, il vous le donnera. Jusqu’à présent vous n’avez rien
demandé en mon nom ; demandez, et vous recevrez : ainsi votre joie sera parfaite.

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Homélie

“Your eyes, your mine, your tongue, declare


That you are music everywhere.” (Henry Purcell)

Chers frères et sœurs,

Il y a certaines morts auxquelles on peut se préparer. On les voit venir, on a le


temps de comprendre qu’elles arrivent. Et il y a les autres : inattendues, brutales,
choquantes. La mort d’Henri appartient à la deuxième catégorie, et les sentiments
qui se bousculent, je crois, en nous tous. Nous avons du mal à accepter cette si
brutale séparation. Nous sommes comme les apôtres qui murmurent entre eux, dans
l’évangile : pourquoi faut-il que notre ami nous quitte, si tôt, si vite ? Et où va-t-il ?
Faut-il se résigner à ne plus le voir ? Comme c’est difficile !

La réponse de Jésus au désarroi de ses amis les invite à regarder vers l’avenir. Il
y a l’avenir immédiat, dans lequel la tristesse domine ; et puis, il y a un avenir un
peu plus lointain, dans lequel Jésus leur promet non seulement des retrouvailles,
mais le don de la joie imprenable : « Votre peine se changera en joie (…) et votre
joie, nul ne pourra vous l’enlever. » A vrai dire, ce n’est pas par hasard que nous
avons choisi cet évangile, il y a quelques jours. Il faisait écho à une conversation
que plusieurs d’entre nous avons eu avec Henri, au sujet du génial Jean-Sébastien
Bach et de l’une de ses plus célèbres compositions, Jesus bleibet meine Freude.
Henri râlait régulièrement de voir ce morceau traduit sous le titre : Jésus, que ma
joie demeure. Comme si Jésus et la joie étaient deux choses distinctes. Non, disait-
il, la vraie traduction, c’est Jésus, demeure ma joie ! Ou, si l’on veut traduire le titre
complet, Jesus bleibet meine Freude, Meines Herzen Lust und Saft – Jésus,
demeure ma joie, la consolation et la sève de mon cœur. Cette traduction en dit
long de la foi de Jean-Sébastien Bach. Ce grand artiste avait le désir d’être un
serviteur, et de ne jamais perdre de vue l’essentiel : contempler Jésus dans la
musique, le transmettre, le faire aimer.

Henri, passionné d’orgue, admirateur de Bach, amoureux de cette église Saint-


Claude de Dardilly en face de laquelle était sa pharmacie, avait créé en 1991 les
Vendredis Baroques. Il s’y était investi corps et âme. Après plus de vingt éditions,
les Vendredis Baroques ont dû s’arrêter il y a quelques années. Mais, comme rien

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ne se passe tout-à-fait par hasard, aujourd’hui, nous sommes vendredi, et il y a


quelque chose de baroque dans cette célébration. Le mot baroque, vous le savez,
vient du portugais Barroco, qui désigne une perle irrégulière. L’art baroque n’a pas
la froide rigueur du classique, mais une originalité chaleureuse. Il brille, il éclate, il
est joyeux et fantaisiste. Ce n’est pas un art pour les coupeurs de cheveux en quatre,
mais un art plein d’émotion qui veut rejoindre et toucher tout le monde. Henri était
un personnage baroque, généreux et passionné, qui voulait que chacun s’approche
de la Beauté sans en avoir peur. De là, le projet de la Messe des Simples que nous
entendons tout au long de cette célébration. Simple, parce qu’accessible à tous.
Simple, parce que pour Henri, ce qui comptait, c’était les personnes, avec une
tendresse spéciale pour les plus modestes. Simple, enfin, puisque ce nom est aussi
celui donné au Moyen Age aux plantes médicinales : une messe à son image
d’herboriste et de pharmacien, une messe qui apaise et qui guérit.

Dans cette messe, dans ce tout dernier Vendredi Baroque, nous demandons au
Seigneur d’apaiser et de guérir notre douleur, de ka transformer en joie. C’est ce
que chante un autre morceau fameux du répertoire baroque, Music for a while, du
grand Henry Purcell : « La musique, pour un moment, va calmer tous vos
tourments, et vous serez étonné de voir vos douleurs apaisées… » La musique vient
calmer notre tristesse. Elle nous fait entrevoir ce Dieu qui nous aime et veut nous
consoler. Il nous dit que nous reverrons Henri un jour, au sommet de la montagne,
et qu’en attendant ce jour de la Résurrection, nous pouvons chanter pour mieux
prier, pour que notre espérance soit plus grande et plus forte.

Jésus, toi qu’Henri a si souvent servi au clavier de l’orgue de cette église,


donne-nous la joie imprenable que tu nous as promise, et dont nous avons tant
besoin. Sois toi-même cette joie, cette joie baroque, éclatante, généreuse qu’Henri a
su nous transmettre. Accueille-le auprès de toi, au plus du ciel, parmi les chants de
fête,
Amen.