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Littérature

Le récit postmoderne
Áron Kibédi Varga

Abstract
Postmodern is both a concept and a period in time. Dating from May 1968 in France, postmodernism rejects legitimising
discourse and both formalist and marxist rationalism, undermining them through deconstruction. With the gradual discrediting of
structuralist linguistics and a new interest in history, philosophy and biology, the postmodernist adopts a stance that is neither
archaic nor modern but which exists in an historic context. Through « renarrativisation », subjects are « reinvented » using
techniques such as ironic rewriting (Echenoz, Toussaint, « historical » novels, Ransmayr, Härtling) or dissimulation (Manganelli,
Perec, Pavic, Temesi).

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Kibédi Varga Áron. Le récit postmoderne. In: Littérature, n°77, 1990. Situation de la fiction. pp. 3-22;

doi : https://doi.org/10.3406/litt.1990.1506

https://www.persee.fr/doc/litt_0047-4800_1990_num_77_1_1506

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A. Kibédi Varga, Université Libre d' Amsterdam

LE RECIT POSTMODERNE

LA POSTMODERNITÉ :
UNE PÉRIODE ?


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postmoderne
littérature
Tout
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chronologique, c'est ajouter un prédicat qualitatif unique à un


sujet multiple. On parle de périodes par commodité
didactique : seuls ceux qui attachent trop d'importance aux mots et
les confondent avec les choses, s'étonneront de constater qu'il
y a dans chaque période des phénomènes et des hommes qui
« ne devraient pas y être » et l'inverse. Chaque terme qui
signifie plus qu'un simple découpage chronologique
comporte ainsi les germes de sa propre destruction : le « baroque
éternel » ronge le baroque historique et la postmodernité du
XXe siècle finissant proclame Montaigne comme précurseur.
Le postmoderne ne s'établit que par rapport au moderne ;
retenons donc d'abord quelques définitions de la modernité.
1. Elle naît de la libération progressive, qui parvient
finalement à l'autonomie, des domaines de la science, de la
morale et de l'art par rapport à une sagesse unique et à une
idéologie dominante (Habermas, 1981) : « elle est vouée à
vivre l'abstraction » (Lefebvre cité par Anton, p. 10).
2. La modernité naît, à l'époque romantique, comme un
sentiment aigu et nouveau du caractère irrévocable de notre
historicité. Libéré de la tradition et de la religion, l'homme

1. La première partie de cette étude est une version légèrement remaniée de mon article
« Récit et postmodernité », paru dans A. Kibédi Varga, éd., Littérature et postmodernité,
C.R.I.N., Groningue, 1986 (trad. angl. dans D'Haen-Bertens).
2. Certains refusent radicalement de considérer le terme comme désignant une période ;
cf. P. Strasser, « Epochen-Schwindel », in : P. Burtscher, 1989 : 36.
devient individu et il est pris en charge par l'histoire :
« Modus der Erfahrung des Geschichtlichen » (Anton,
P. 9).
3. Si la société archaïque se caractérise par un savoir
narratif (Lyotard), la société moderne naît au moment où
savoir et narration se séparent. Le récit devient un objet de
mépris et de méfiance pour les savants, mais certains « récits »
privilégiés — celui de la spéculation et de l'émancipation —
gardent une fonction essentielle : celle de légitimer le savoir
(la volonté de savoir). Le capitalisme apparaîtra alors comme
la fin de la modernité si au moins on veut bien définir celui-là,
avec Deleuze et Guattari, comme un « décodage » généralisé,
comme un système « cynique » qui ne fait appel à aucune
croyance, à aucun sacré pour fonctionner (Descombes, 1979,
p. 205), et la postmodernité comme la perte des récits de
légitimation.
Quelque définition qu'on adopte, la modernité est toujours
conçue comme un divorce et comme une fragmentation. Les
parties se font autonomes, le tout se dissout, l'Un disparaît. Ce
qui reste, cependant, ce sont les tentatives pathétiques pour
donner un fondement unitaire et rationnel aux activés
fragmentées : humanisme, progrès, liberté. La raison est
universelle, elle ne peut être que bonne, elle qui semble tracer notre
parcours dans l'histoire.
Or, la postmodernité c'est, dans un premier temps,
précisément la mise en question de ce qui s'est affirmé, pendant
plusieurs siècles, comme le fondement d'une société
sécularisée et émancipée ; elle se définit comme déclin de la croyance
dans les récits qui légitiment, comme soupçon croissant
vis-à-vis de la rationalité. Selon Manfred Frank, l'incroyable
vient d'arriver : la rationalité, instance suprême de
légitimation jusqu'ici, doit elle-même prouver sa légitimité 3.
Il est curieux de constater que, de Hegel à Habermas, les
philosophes de la modernité sont presque tous des
Allemands : romantisme oblige !, — tandis que les principaux
« postmodernes » se trouvent dans le camp français :
Foucault, Derrida, Lyotard. Avec leurs disciples américains,
notamment les déconstructivistes. Un dialogue complexe et
confus se poursuit ainsi entre Paris et Francfort ou Berlin,
entre Paris et New Haven ou New York, avec des
répercussions variées et inattendues, mais toujours fortes. Le dialogue

3. « Die Rationalitàt nach ihrer Legitimitât befragen, heisst nichts geringeres, als diejenige
Instanz, in deren Namen bislang Legitimitàt zuerkannt wurde, selbst als etwas der Legitimitàt
Bedûrftiges unter verdach stellen. » (Frank, 1983 : 8).
Situation de la fiction

franco-américain semble plus harmonieux, il est mené à la fois


par des philosophes et par des littéraires (ces derniers se
manifestent surtout du côté américain) 4 ; le dialogue franco-
allemand, mené de part et d'autre uniquement par des
philosophes, est par contre plus passionné (et plus
passionnant) 5. Si la philosophie française contemporaine se
trouve toujours au centre des deux grands dialogues, il faut
ajouter cependant que ceux-ci ne se déroulent pas en sens
unique, les Français se réclamant de traditions anglosaxonnes
et remettant au premier plan des philosophes allemands
comme Kant ou Nietzsche 6.
Quand commence la modernité ? avec Saint Augustin ?
avec Descartes ? avec la Révolution française ? 7. Et la
postmodernité avec Rabelais ? ou Kafka ? ou le nazisme ? (Selon
Adorno, on ne peut plus philosopher après Auschwitz comme
avant). Mais déterminer, après bien des tâtonnements, le
début d'un phénomène, sa première attestation, ne veut pas
encore dire qu'on a découpé une période, une tranche dans la
chronologie qui se caractériserait par la présence massive du
phénomène en question.
Certes, pour Lyotard, la modernité est « un mode dans la
pensée » et non pas une époque ; « la postmodernité, écrit-il,
n'est pas un âge nouveau, c'est la réécriture de quelques traits
revendiqués par la modernité, et d'abord de sa prétention à
fonder sa légitimité tout entière par la science et la
technique ». Il admet pourtant que « quelque chose est en déclin
dans la modernité », ce qui implique un phénomène histori-

4. Cf. Lentricchia, Harari, La Traversée de F Atlantique.


5. Voir en particulier les travaux cités de Frank, de Habermas, de Lyotard, de Kittler. —
Le fameux débat Habermas-Lyotard, qui n'en est pas un, consiste en une critique de certaines
thèses de ha condition postmoderne par Habermas (1981), critique à laquelle Lyotard répond en
1982. (Cf. aussi Rorty 1984 et Lacoue-Labarthe 1985, pp. 168-169). Le « débat » (qui se
poursuit d'ailleurs dans les Cahiers de Philosophie) est cependant éminemment significatif —
malgré les réticences de Habermas d'entrer dans la pensée de son adversaire — dans la mesure
où il oppose la nostalgie pathétique de l'unité, telle qu'elle se formule sous la plume des
Modernes, au constat définitif (ni joyeux ni cynique) de la pluralité incommensurable, constat
qui est au cœur même de l'attitude postmoderne. (Voir l'article de Willem van Reyen in :
D. Kamper & W. van Reyen). On trouvera une analyse critique de la position de Lyotard dans
les études de Benhabib, de Burger et de Welsch.
6. Il faut bien ajouter que si la philosophie française est considérée aujourd'hui comme la
philosophie postmoderne par excellence, le terme postmoderne n'est pas d'un usage courant en
France, ni en philosophie ni en littérature. Comme on jugera par ma bibliographie, il est
surtout utilisé et discuté en Allemagne, aux États-Unis et — avec un scepticisme aussi élégant
qu'irritant — aux Pays-Bas. (Le numéro spécial des Cahiers de Philosophie [6, automne 1988]
constitue plutôt une exception.) Une analyse comparée des diverses interprétations du terme et
de la chose, d'Ihab Hassan à Jameson, Burger et Lyotard se trouve dans l'excellent article de
Van Alphen. Au moment de la rédaction de cette étude, je n'ai pas encore pu prendre
connaissance de l'ouvrage de synthèse écrit par David Harvey {The Condition of Postmodernity,
Basil Blackwcll, Oxford, 1989).
7. Cf. Lyotard 1985b : 43-
que (1985a, p. 559 ; 1988, p. 202 ; 1985b, p. 43). Je n'ignore
pas non plus que les innombrables travaux américains
consacrés aux courants « post » de notre époque, de Bell à Hassan,
utilisent d'autres critères et invoquent d'autres « autorités ».
Le terme de postmodernité désigne une notion, dont on peut
chercher à cerner l'essence et à examiner la vérité ; mais elle
peut aussi désigner, pour l'historien qui le veut, une période. Il
s'agit alors d'une simple opération didactique, qui est
relativement arbitraire, donc facile à vérifier.
Reste à savoir si l'on a le droit de se servir du concept
historique de période à propos de la postmodernité qui,
précisément, refuse l'histoire et s'ouvre à un pluralisme
vertigineux. Le paradoxe, cependant, n'est qu'apparent : s'il
est vrai que la postmodernité ne peut disposer d'un projet
comme la modernité (Habermas), puisque tout projet
implique un avenir prévisible et modélable, elle ne refuse pour
autant que l'Histoire idéologisée et accueille au contraire
les innombrables narrations du vécu qui constituent
l'histoire.
Le terme de modernité réfère à une époque historique
d'une certaine durée, elle peut être subdivisée en plusieurs
périodes ; celui de postmodernité par contre, lorsqu'il désigne
une période et non pas une notion, ne peut encore renvoyer
qu'à quelque chose de très récent et de très bref. La période
postmoderne actuelle est précédée par plusieurs périodes qui,
pourtant, relèvent toutes de la modernité 8. On dira, très
banalement et très grossièrement, que l'histoire des idées et
des lettres au XXe siècle en France se laisse découper en 4
périodes 9 qui ne correspondent pas, quoi qu'en disent les
manuels, aux deux grandes guerres. Une première période,
d'avant-gardes vitalistes et d'expériences dynamiques,
commence vers 1913 et s'essouffle pendant les années trente,
devant les menaces idéologiques de la droite (avènement
d'Hitler ; guerre d'Espagne).
La période qui suit est marquée par l'engagement moral et
politique, elle pourrait être appelée « existentialiste » : l'écri-

8. Pour les différentes périodes de la modernité, telles qu'elles se trouvent définies chez
Jauss, Lyotard, Jencks et d'autres, mais qui servent toutes de repoussoir au terme postmoderne,
cf. Welsch 1987 : 46-47 et Renner 1989 : 7-8. — La littérature de la modernité, essentiellement
critique (cf. le réalisme critique de Lukàcs) et contestataire (et s'opposant ainsi largement à la
littérature classique de caractère en majorité officiel et encomiastique), la littérature de la
modernité donc, connaît tantôt des périodes modernistes — pour reprendre un terme anglosaxon
désignant l'expression d'un malaise généralisé à F intérieur des formes artistiques héritées — et
tantôt des périodes d'avant-garde — le malaise s'exprime par le refus de ces formes.
9. Voir à ce sujet mon article « De derde période in de moderne Franse literatuur », in
Beginning, I960.
Situation de la fiction

vain est responsable, l'œuvre est jugée en fonction de critères


moraux et non esthétiques 10. Les déboires viennent au cours
des années cinquante : Merleau-Ponty dénonce « les aventures
de la dialectique », Sartre avoue à un journaliste la sensation
amère de l'impuissance politique des intellectuels. La nouvelle
période s'annonce d'abord comme une « néo-avant-garde »
(Ionesco, Robbe-Grillet) ; mais bientôt cette nouvelle
littérature ne sera plus perçue comme un retour aux années vingt,
elle s'émancipera et se confirmera dans son autonomie et dans
son autonomisme structural : le Nouveau Roman et le
structuralisme ont partie liée. Mais 68 marque la fin de cette
période ; une modification profonde a eu lieu, nos arts, nos
idées, nos vérités ne sont plus les mêmes. J'essaierai
maintenant d'étayer cette hypothèse en recueillant les symptômes
d'un changement dont je note simplement la contemporanéi-
té, sans postuler une stricte analogie entre l'art et la morale, la
science et la philosophie.
Il y a d'abord le seuil, ou la ligne de partage : Mai 68.
Certains auteurs conservateurs, poussés par la volonté de tout
embrasser dans une condamnation globale de la « décadence »
contemporaine, n'hésitent pas à confondre structuralisme et
déconstructivisme et à choisir 68 comme un symbole de
ralliement de tout ce qu'ils ont en horreur, dans les années qui
précèdent comme dans les années qui suivent n. Que ce soit
du reste « 68 ou plutôt 70 », l'essentiel c'est que critiques,
savants et journalistes constatent des changements, parlent
même parfois de bouleversements spectaculaires. Des sciences
admirées par tous sont réléguées au second plan, des autorités
sombrent, les modèles sont remplacés. L'évolution de la
pensée de certains « maîtres », de Foucault et de Barthes
notamment, est tout à fait significative à cet égard. On note le
reflux simultané du rationalisme formaliste et du rationalisme
marxiste 12 et, parallèlement, l'exigence impatiente d'un
retour aux valeurs morales. Les Nouveaux Philosophes —
mode éphémère ou non 13 — incarnent cette exigence éthique
rigoureusement maintenue aussi bien contre la pensée
totalitaire injuste que contre la formalisme éthiquement indifférent.
La philosophie a eu tort de ne s'intéresser qu'à la question de
savoir comment l'homme pourrait maîtriser la nature (et se

10. Voir par exemple Les lignes de départ de Francis Jeanson (Seuil, 1963).
11. Voir les travaux cites de Jean-Paul Aron, de Luc Ferry et Alain Renaut.
12. Cf. J.J. Wunenberger.
13- Je me permets de renvoyer à mon article « Le Maître et l'Ange », in : Rapports 1981 :
58-63.
faire ainsi l'arme de la modernité), elle doit analyser la guerre,
la violence, les conflits.
Le problème politique est l'un des problèmes à la fois les
plus aigus et les plus difficiles de la postmodernité, dans la
mesure même où il est un problème moral. Les impostures
totalitaires et les illusions formalistes sont repoussées, nous le
voyons, au nom du sujet et de la valeur. Mais si les récits de
légitimation sont tombés en discrédit, où prendre les critères
qui permettent de juger ? Et sans choix moral préalable
comment s'engager ? Les penseurs politiques ont toujours été
convaincus qu'on peut tirer « d'une description vraie (...) des
prescriptions justes ». Mais les jeux de langage (le descriptif
ou dénotatif, le prescriptif, etc.) sont incommensurables, ils
n'ont pu être liés l'un à l'autre par le métarécit fondateur : « ce
qui doit être ne peut pas être conclu de ce qui est » 14.
L'analyse postmoderne de Mai 68 — il ne peut guère y en
avoir d'autre — apporte peut-être la solution provisoire, si
tant est qu'on accepte « les leçons de l'histoire ». Les
interprétations ont été en effet innombrables, tant les faits — quels
sont-ils ? — semblent dérouter les commentateurs
traditionnels les plus intelligents (Alain Touraine, Raymond Aron).
Sans aller jusqu'à lui conférer, avec Clavel 15, un sens
purement métaphysique ou à le ranger, avec le christianisme
primitif et la révolution culturelle chinoise parmi l'une des
trois véritables révolutions culturelles qu'ait connu notre
histoire — comme le font Lardreau et Jambet l6 — , nous
adopterons la définition de Vincent Descombes : Mai 68 fut
une révolution impertinente 17. Ce ne fut pas une révolution qui
s'opposait au pouvoir et au savoir ; ceci aurait engendré un
autre pouvoir et un autre savoir. Toute révolution classique
recrée un ordre. Il faut donc, contre le pouvoir au sens où
Foucault entend ce terme, trouver une forme de révolution
qui ne s'y oppose pas mais qui triche avec lui. Tricher avec le
pouvoir comme on triche avec la langue, qui est au service des
forces qui dominent : la littérature, telle que Barthes la définit
(comme tricherie — contre ? avec ? — le fascisme inhérent à
la langue) rejoint, on le voit, la révolution (Barthes, 1978,
p. 14).

14. Lyotard-Thébaud 1979 : 49 et 36.


15. Cf. Maurice Clavel — Philippe Sollers, Délivrance, Seuil, 1977.
16. Selon ces auteurs, les thèmes essentiels de ce « refus du Maître » (du Pouvoir) qu'est
toute révolution culturelle, seraient « rejet radical du travail, la haine du corps et le refus de la
différence sexuelle » (Guy Lardreau et Christian Jambet, L'Ange, Grasset, 1976 : 10).
17. Descombes, 1979 : 198.

8
Situation de la fiction

Ainsi interprété, Mai 68 suit les règles de cette agonistique


qui est, selon Lyotard, un aspect négligé mais décisif de la
communication ; « Chaque partenaire de langage subit lors
des 'coups' qui le concernent un 'déplacement', une altération,
de quelque sorte qu'ils soient, et cela non seulement en qualité
de destinataire et de réfèrent, mais aussi comme destinateur.
Ces 'coups' ne peuvent pas manquer de susciter des
'contrecoups' — or, tout le monde sait d'expérience que ces derniers
ne sont 'bons' s'ils sont seulement réactionnels. Car ils ne sont
alors que des effets programmés dans la stratégie de
l'adversaire, ils accomplissent celle-ci et vont donc à rebours d'une
modification du rapport des forces respectives. De là
l'importance qu'il y a à aggraver le déplacement et même à le
désorienter, de façon à porter un 'coup' (un nouvel énoncé)
qui soit inattendu. » (1979, p. 33). Si Lyotard termine son
livre célèbre sur la condition postmoderne par une phrase
énigmatique et utopique qui conjugue le désir de justice et
Yinconnu, c'est qu'il s'agit là sans doute à ses yeux d'un
principe fondamental qui dépasse le langage, la littérature et même
la révolution et qui se laisse formuler comme une espèce de
« métaphysique de l'imprévisible » : l'efficacité novatrice n'est
pas seulement l'affaire de nos partenaires de langage, mais
aussi de la technologie et de la science futures qui ne
manqueront pas de nous asséner des contre-coups inattendus.

DE QUELQUES Comme toute période, la postmodernité se caractérise, elle


CARACTÉRISTIQUES DE LA
POSTMODERNITÉ aussi, à la fois par ce qu'elle récuse dans le passé immédiat,
dans la période qui la précède, et par ce qu'elle crée, par le
sens (imprévu, original) des déplacements qu'elle provoque.
Voyons d'abord le premier point.
L'interprétation de Mai 68 constitue un bel exemple de la
manière très particulière dont la postmodernité entend réaliser
sa tâche réactionnelle. Elle ne s'oppose pas simplement à ce
qui lui semble dépassé ou problématique, elle déconstruit.
Déconstruire, c'est détruire en trichant, c'est non pas
opposer B à A, mais plutôt montrer que A n'est pas tout à fait A
et qu'il ressemble peut-être même à B. Puis on reprendra ce
travail à propos de B, et ainsi de suite. Déconstruire ce n'est
pas détruire au nom de..., mais simplement empêcher que rien
ne se produise. On connaît l'immense travail de
déconstruction de Foucault, Derrida et leurs amis et disciples, contre le
pouvoir, contre la terreur (verbale) de la théorie 18. La

Lyotard
18. répond
A la question
: « Theory
de savoir
is in effect
si « theory
a genre,is amerely
toughone
genre.
genre
Modern
of discourse
logic hasamong
elaborated
othersthe
»,
déconstruction antistructuraliste se dirige en particulier et
avec prédilection contre les oppositions binaires, contre les
dichotomies : il s'agit d'effacer les frontières 19. Deux
exemples particulièrement lourds de conséquences.
L'effort déconstructiviste de la postmodernité rencontre
les tentatives des sciences naturelles lorsqu'il cherche à
nuancer les rapports entre sujet et objet, au-delà des
dichotomies simplistes de la tradition. S'il est vrai que l'objet se
modifie sous l'influence de la présence du sujet, si le sujet ne
peut jamais constituer un objet autonome préalable à son
enquête, alors tout énoncé (descriptif ou prescriptif,
scientifique ou moral) sera entaché d'un élément autoréflexif. Dans
le domaine des arts, ceci signifie que l'artiste moderne
s'adonne finalement aux mêmes illusions que l'artiste
classique : représenter ne va pas sans se représenter, le créateur peut
chercher à détruire la distance qui le sépare de l'objet
représenté, par l'ironie autoréflexive ou en permettant
délibérément au matériau utilisé de traverser l'objet 20, mais il peut
désormais aussi bien s'en passer. Le romancier postmoderne
ne s'insurge plus contre l'omniscience du narrateur classique,
comme l'a fait naguère Robbe-Grillet : les deux attitudes sont
possibles et égales, un même jeu ironique englobe l'illusion
des classiques et des modernes.
Le second exemple concerne la sexualité. Tandis que la
période structuraliste se caractérise par une mise en valeur de
l'opposition des sexes et une importance accordée à la liberté
sexuelle, la déconstruction postmoderne consiste à privilégier
les formes hybrides (homosexualité, androgynie) 21. Les rôles
sexuels s'estompent dans la vie sociale et les progrès du

rules for this genre : consistency, completeness, decidability of the system of axioms. (...)
theory is a remarkable elaboration of the linkings between phrases, and first of all of their
fonnation into 'well-formed expressions' or propositions. It is only a question of determining
the cases in which the theoretical genre engenders paralogisms (which the Sophists, Russell, or
Gôdel did, each in his own way) (...) I have always been attracted by formalism (...) Terror
through theory only begins when one also claims to axiomatize discourses that assume or even
cultivate incompleteness, inconsistency or indecidability. Contemporary 'French thought' is
often accused of irrationalism because it resists this extension. But it is this extension that is
irrational. » {Diacritics, p. 19).
19. L'irritation de Habermas contre les « postmodernes français » est nette lorsqu'il
proteste contre la suppression des règles constituant les genres de discours, en particulier celles
qui séparent philosophie et littérature (1985 : 224-246).
20. Ce sont là, me semble-t-il, les deux procédés majeurs de la modernité, aussi bien dans
le domaine des arts plastiques que dans celui de la littérature.
21. L'exposition Les Immatériaux (Paris, Centre Beaubourg, 1985), « dramaturgie d'un
siècle qui vient » accorde une place à la transsexualité (Théofilakis, 1985 : 93-99) et une chaire
(la première peut-être) de transsexualité a été créée en 1988 à la Faculté de Médecine de
l'Université Libre d'Amsterdam. Pour l'androgynie, voir June Singer, Androgyny, toward a new
theory of sexuality, Anchor Books, New York, 1976 et le recueil collectif U Androgyne, Albin
Michel, 1986.

10
Situation de la fiction

féminisme réussissent à démasculiniser en partie la vie


publique.
Enfin s'il est vrai que la modernité se caractérise, comme
dit Daniel Bell, par la disjonction progressive des trois règnes
de l'économique, du social et du culturel, la postmodernité, en
déconstruisant les dichotomies et en effaçant les frontières,
collabore, entre autres choses, à une esthétique généralisée.
Contrairement à la tradition qui considérait l'art comme un
moyen de policer la vie, la sensibilité contemporaine voit,
selon Susan Sontag, dans l'art un moyen d'étendre notre
expérience de la vie. L'art pénètre la vie, il fournit les moyens
d'un comportement nouveau, d'une esthétisation de la
quotidienneté 22.
La postmodernité se confirme à travers ses refus, mais elle
se manifeste aussi grâce à ses options. Les refus du passé se
complètent, surtout dans la conception de Jean-François
Lyotard, par une vision de l'avenir. Loin de craindre les
développements technologiques, comme le suggèrent bien
des prophètes pessimistes et de sombres futurologues,
l'homme réussira grâce à ces développements à diversifier et à
esthétiser sa vie. « Plus il y a d'information, plus il y aura de
liberté », a proclamé Lyotard dans une interview 23. Et voici
le monde postmoderne selon Lacoue-Labarthe : « C'est un
monde sans propriété ni stabilité. Il offre à jouer, il demande
de la virtuosité. Et, comme il est agonal (...), il demande aussi
des qualités sévères, mais qu'on peut exercer sans pesanteur,
gaiement : le courage (j'entends d'abord : le courage au
combat) et la rigueur. Car, lorsque l'Un est pulvérisé et
l'identité disloquée, et que règne le polémos, c'est alors,
contrairement à ce que croient les spéculatifs, qu'il n'est plus
question de faire n'importe quoi et qu'il est urgent d'être
juste » (p. 186). Instabilité, agonistique, justice : voici les
grands thèmes actuels de la réflexion postmoderne 24.
Il existe une manière globale et simple de mesurer la
distance qui sépare deux périodes : elle consiste à comparer
leurs modèles, leurs « idoles ». Pour la littérature, rien de plus
instructif que de juxtaposer le Panorama de Picon (Gallimard),
les manuels de Bersani et de Vercier-Lecarme (Bordas). Le
nombre de pages consacré à Yourcenar ou à Duras grandit,

22. Voir les travaux de Jean Galard et, pour une attitude nuancée mais hostile, Odo
Marquard.
23. Interview accordée à l'hebdomadaire Vrij Nederland, 22 juin 1985.
24. Il faudrait sans doute ajouter encore l'évolution récente vers une réflexion à la fois
ontologique et esthétisante autour de la notion du sublime. Voir le recueil collectif Du Sublime
(Belin, 1987).

11
Paul Morand, jusque-là complètement oublié, fait une
apparition triomphale en 1982 ! Le choix et le vocabulaire reflètent
non seulement le goût différent et personnel des auteurs, mais
aussi et surtout la différence des trois périodes. Un travail
analogue pourrait être fait, en comparant par exemple France
mère des arts ? publié par Maurice Nadeau en 1963 et l'Enquête
sur les idées contemporaines de Jean-Marie Domenach (1981),
pour enregistrer certains glissements significatifs du côté des
disciplines scientifiques et pour savoir quelle a été, à un
moment donné, la science-pilote qui servait de modèle à
toutes les autres. Il semble bien que chaque époque connaît sa
« mode », son snobisme scientifique particulier — les travaux
d'historiens des idées comme Love joy, Kluckhohn, Boas ou
Foucault le confirment. Qui dit structuralisme, dit
linguistique ; et l'on sait quelle hégémonie cette discipline a exercé,
grâce aux services intermédiaires de l'anthropologie, sur
l'ensemble des sciences humaines. En revanche, le livre de
Domenach ne comporte plus de chapitre consacré à la
linguistique : on y parle d'histoire, de philosophie, de
biologie. Le déclin des sciences humaines, qu'on proclame un peu
partout aujourd'hui, faut-il en chercher la raison dans le fait,
noté par Wunenberger, qu'elles n'ont toujours pas surmonté
« la phase de formation d'instruments », autrement dit qu'elles
ne cessent de nuancer et de raffiner leurs outils et classements
sans pointer outre, sans oser aborder le grave problème du
sens ? Quoi qu'il en soit, ce déclin signifie parallèlement la
remontée spectaculaire de la seule science humaine discréditée
par le structuralisme, à savoir Yhistoire, et le retour fortement
marqué de la philosophie. Il y a quinze ans, les sciences
humaines sonnaient le glas de la philosophie non-
formalisable ; or, voici que les débats les plus passionnants
tournent de nouveau autour de Kant et de Platon.
Les sciences naturelles, et en particulier la biologie,
complètent ce tableau des activités intellectuelles de la période
postmoderne. Il est intéressant de constater que, au moment
même où les siences humaines ont œuvré pour évacuer
définitivement la philosophie, celle-ci retrouve sa place grâce
aux sciences de la nature.
Parmi les « découvertes » récentes de celles-ci, il y en a une
qui concerne de près notre propos et qui pourrait avoir des
conséquences énormes et encore imprévisibles pour la théorie
et la réflexion philosophique sur \ histoire. Le structuralisme,
suivant sur ce point la physique en vigueur depuis Newton,
s'enthousiasmait encore à l'idée de V arbitraire du temps et des

12
Situation de la fiction

expériences complexes furent entreprises pour prouver que


théoriquement le temps était réversible 25 ; ce qui compte,
c'est la structure du temps, son sens est négligeable. L'espoir
semble naître, aux yeux des partisans farouches de la
synchronie, que le temps n'est plus dans le temps, que sa réversibilité
permettrait d'enlever au temps ce qu'il y avait en lui, pour un
structuraliste, de foncièrement scandaleux.
Or, de nouvelles expériences menées à la fin des années
soixante-dix et qui ont valu en 1980 le prix Nobel de physique
à deux savants américains, ont démontré l'impossibilité
théorique d'un tel renversement et postulent Y irréversibilité du
temps physique. Le cadre est fourni ainsi pour des
spéculations ultérieures qui permettent peut-être, une fois l'arbitraire
liquidé, de conférer un sens et une éthique à l'homme, située
enfin dans la linéarité signifiante de son histoire. Au moment
où les sciences humaines se désintéressent de l'histoire, les
philosophes y reviennent pour s'interroger sur le rapport
entre les récits et l'histoire, sur la question de savoir dans
quelle mesure le narratif (récit et/ou histoire) contribue à
restituer les critères qui permettent de juger. Le narratif peut-il
être à la source du prescriptif ?
On se rappelle la définition célèbre de la postmodernité
comme « déclin des métarécits de légitimation » 26. Cette
formule a sans doute l'inconvénient de rapprocher ces récits
de ceux qui circulent dans les sociétés archaïques pour y
constituer le réseau d'un savoir narratif; et Lyotard a sans
doute raison de dire que l'organisation de ces deux types de
récits est « du tout au tout opposée » (1985a, p. 566).
Cependant de telles différences, aussi profondes soient-elles, ne
permettent pas d'éluder, me semble-t-il, le problème du
narratif qui est au centre, non seulement de ces deux types de
récits, mais de toute civilisation 27. Il faut donc, au risque de
tomber aux yeux de certains dans des spéculations méta-

25. Voir e.a. O.E. Overseth, « Experiments in Time Reversai », in : Scientific American,
octobre 1969.
26. L'emploi du terme récit fut du reste critiqué : implicitement par Frank qui, tout en
reprenant l'idée de Lyotard sur la légitimation de la modernité, ne parle pas de récit (1983 :
108) et par Lacoue-Labarthe à propos de Platon (1985 : 181). — Dans les pages suivantes nous
rejoignons donc une étape plus ancienne de la pensée de Lyotard, telle qu'elle se trouve
présentée chez Descombes (1979 : 215-217) à la suite de Nietzsche : « ha fin de l'Histoire signifie
maintenant que l'humanité se prépare à sortir du temps historique pour entrer de nouveau dans
'le temps du mythe'. Et c'est justement en cela que consiste l'éternel retour : la sortie hors de
l'histoire c'est-à-dire l'oubli actif du passé, condition préalable de la création de nouveaux
dieux. » (p. 215).
27. « There is no way to give us an understanding of any society, including our own,
except through the stock of stories which constitute its initial dramatic resources » (Mclntyre,
1981 : 201).

13
physiques, revenir à la question du récit dans la
postmodernité.

FORMES LITTÉRAIRES En lisant les philosophes qui se sont récemment penchés


DU POSTMODERNE
sur cette question (Kolakowski, Mclntyre, Ricœur), on a
l'impression que le récit a une double fonction dans la société
moderne. D'un côté, il fait partie de notre vie quotidienne, il
nous impose des rôles et nous inspire nos décisions. « I can
only answer the question », écrit Mclntyre, « What am I to
do », if I can answer the prior question « Of what story or
stories do I find myself a part ? » (p. 201). Les récits que nous
avons écoutés et qui nous entourent continuellement dans la
vie sociale déterminent notre comportement. Notre vie, note
Ricœur, ne se réduit pas à notre « vécu » mais comprend aussi
nos fictions, comprend tout ce qui apparaît à notre
imagination, grâce aux récits, comme susceptible d'être vécu.
L'autre fonction c'est la fonction mythique. Il s'agit de
récits qui ne se situent pas du côté de notre expérience
quotidienne et que nous ne saurions même pas raconter dans
tous leurs détails. Ce sont les récits que Kolakowski appelle
les « mythes » et Lyotard les « métarécits de légitimation » : ils
sont là, implicitement et inconsciemment, on y renvoie, on y
fait allusion, et ils sont destinés à corroborer nos croyances, à
nous rassurer sur le plan ontologique.
Il semble bien que dans les sociétés archaïques ces deux
types de récit n'en font qu'un. Ce qui caractérise tout récit
archaïque (« mythe » inclus), c'est une certaine équivalence —
ou rapprochement — des trois instances narratives : le sujet
peut occuper à tour de rôle les postes du narrataire, du
réfèrent et du narrateur 28. Le sujet se trouve inscrit dans ce
qu'il écoute et dans ce qu'il raconte. Le récit peut par là
complètement simuler la vie, qu'il répète. Et répéter, c'est
exclure le temps : le récit imprime à la vie un caractère
répétitif, il a une fonction léthale.
La modernité sépare, pour les opposer de plus en plus,
expérience et croyance, récit et mythe. Celui-ci s'éloigne de
plus en plus de celui-là, l'un semble contredire l'autre et
l'homme perd de plus en plus sa confiance en le second 29.

28. Dans les récits cashinahua « Le narrateur se perçoit, à la fois, comme le narrataire de
ces récits, et comme le narré de certains autres qui définissent le lien social sous la forme des
relations de parenté. En disant au début : voilà, je vais vous raconter ce que j'ai toujours
entendu, et à la fin, je m'appelle comme ceci, il se situe aux deux pôles oubliés (dans le sens d'un
oubli actif, d'un refoulement) dans la pensée ou la tradition moderne occidentale de
l'autonomie. » (Lyotard-Thébaud, p. 165 ; voir aussi La condition postmoderne, pp. 39-43.)
29. La perte définitive coïncidant, bien entendu, avec l'avènement de la postmodernité.

14
Situation de la fiction

Dans cette société, il n'y a que la littérature — c'est le grand


mérite de René Girard de ne cesser d'y insister — qui soit
consciente de ce divorce et qui, de Cervantes au Nouveau
Roman, essaie soit de réconcilier ces deux types de récits, soit
de démontrer précisément l'impossibilité de leur synthèse.
L'un des traits caractéristiques de la modernité — nous
l'avons vu au début de cet article — c'est la conscience
historique : le sujet moderne se sait condamné à l'écoulement,
unique et irrémédiable, du temps. La modernité, devenue
insensible à l'équivalence des trois instances narratives et à la
fonction léthale du récit, invente l'histoire. L'histoire, c'est ce
qui doit son prix à son unicité, c'est ce qui ne s'oublie pas. En
outre, elle revendique la vérité, elle se considère comme la
détenant seule, car, dans la modernité, la répétition est
illusoire. Elle ne peut avoir que mépris pour la littérature :
« ce n'est qu'un roman », disent les amateurs de vérité.
Entrer dans la période postmoderne, ce n'est pas
seulement se rendre compte du déclin des mythes, c'est aussi faire
un effort pour retrouver le récit. Si Ricœur, Maclntyre et
d'autres insistent tellement sur la fonction quotidienne du récit,
c'est sans doute parce qu'ils estiment que le récit se trouve, à
l'heure actuelle, menacé sous toutes ses formes. Dans ce temps
irréversible que nous vivons, marqué pour toujours par les
effets de la modernité, il ne s'agit plus de chercher à se dérober
à l'histoire mais de créer un récit, ni archaïque ni moderne,
qui soit compatible avec elle.
Dans la mesure où l'on peut postuler que la littérature
« reflète » le mouvement général de la pensée, il faut s'attendre
à rencontrer trois types de littérature, trois tons différents qui
correspondraient aux trois périodes que nous avons cherché à
distinguer au début de cette étude. La littérature existentialiste
est bien connue, ses rapports avec la pensée contemporaine
ont fait l'objet de nombreuses enquêtes 30. De même, on
pourra postuler certaines analogies entre l'activité
structuraliste et le Nouveau Roman. Mais existe-t-il une littérature
postmoderne dans le sens que nous avons donné ici à ce
terme, c'est-à-dire une littérature qui remplit ces deux
conditions d'appartenir à la période d'après 68 et de manifester les
traits analysés plus haut ?
Si la littérature existentialiste portait les traces pathétiques
et sombres d'un humanisme agonisant, si la littérature struc-

30. On se demandera, toutefois, si la notion de « littérature existentialiste » ne devrait pas


être étendue, au-delà des noms toujours cités (Sartre, Beauvoir, Camus, Malraux, Beckett) à
d'autres auteurs comme Bove et Mouloudji.

15
turaliste affichait, à l'égard de cette agonie, une belle et cruelle
indifférence, la littérature postmoderne retrouve un ton à la
fois ironique et joyeux. Le triple retour du sujet, de l'éthique
et du récit se fait dans le désir et non pas sur la base d'aucun
puissant métarécit de légitimation : l'homme qui désire se
réconcilier avec le monde narrable ne peut le faire
qu'ironiquement. Il parle, il juge, il aime « sans critères » : c'est
l'ironie qui protège les fils encore ténus de son récit.
Dans le cas de Michel Foucault, de Roland Barthes et de
Tzvetan Todorov, une évolution nette conduit de la période
structuraliste à la période postmoderne. De même, en
littérature, les changements se mesurent parfois à l'intérieur
d'un mouvement 31 ou d'une personnalité. L'exemple de
Robbe-Grillet est spectaculaire dans la mesure où, à la lumière
de ses écrits autobiographiques, ses romans d'autrefois se
voient rétroactivement dotés d'un sujet : ils se «
déstructurassent ».
Ce qui caractérise le plus profondément peut-être la
nouvelle littérature postmoderne, c'est la renarrativisation du
texte, c'est l'effort de construire de nouveau des récits 32. Il y
a vingt ans on s'étonnait couramment de ce que le monde
moderne, s'il offrait autant et peut-être même plus
d'événements extraordinaires et passionnants que celui du dix-
neuvième, ne suscitait pourtant pas un foisonnement
romanesque, d'autres genres et d'autres média ayant pris la relève
pour les raconter. Certes, après Proust et Sarraute, on ne peut
plus retourner à Balzac : le conteur « naïf » et « omniscient »
n'existe plus. Le retour s'effectue selon d'autres voies.
Mais pourquoi le conteur naïf ne peut-il plus exister ?
Nous savons, depuis Aristote, qu'un récit ne saurait se passer
de personnages et d'intrigue. Mais nous savons aussi, depuis
le Nouveau Roman en particulier, qu'il s'agit là, moins
peut-être de « quelques notions périmées », que de notions
extrêmement complexes : les personnages traditionnels d'« un
avare » ou d'« un égoïste » apparaissent en effet comme

31. On pourrait signaler enfin des cas plus ambigus de « transition » entre modernité et
postmodernité : Boris Vian, Louis-René Des Forêts, Italo Calvino.
32. Il est curieux de constater que cette tentative de renarrativiser la littérature coïncide
avec la tentative de réhabiliter la narration dans les sciences dites non-exactes (économie, droit,
psychiatrie, pédagogie, etc.) Cf. D.E. Polkinghorne, Narrative Knowing and the Human Sciences,
New York, S.U.N.Y. Press, 1988 ; T.R. Sarbin, Narrative Psychology : the Storied Nature of
Human Conduct, New York, Praeger, 1986 ; Christopher Nash, Narrative in Culture, Londres,
Routledge, 1990. — Parmi les travaux signalés dans la bibliographie, on trouvera des réflexions
sur la littérature postmoderne dans les ouvrages de Bessière, Burger, Burtscher, d'Haen,
Renner, Scherpe et Voss. Les points de vue de ces auteurs ne correspondent pas toujours avec
les miens.

16
Situation de la fiction

d'énormes simplifications 33. Et nous comprenons maintenant


que l'artifice du récit traditionnel, ce qui assurait sa souplesse
et son succès, c'était de présenter un sujet plus ou moins
stéréotypé et se distinguant à peine d'un caractère de La
Bruyère ; les actions d'un tel personnage étaient prévisibles,
celles de l'avare s'expliquent entièrement par la volonté de
contrôler sa fortune, celles du jaloux par la volonté de
contrôler sa maîtresse et ainsi de suite. La motivation,
l'ensemble des liens de causalité dans les séquences narratives
sont à peine plus compliquées à établir, pour le lecteur, que
dans le cas des contes de fées, le genre privilégié des
narratologues structuralistes.
Toutefois, les romans de l'abbé Prévost, de Stendhal, de
Proust, les textes surréalistes — non seulement le Nadja de
Breton — nous ont inspiré depuis longtemps un certain
malaise et des doutes au sujet des fondements du récit
traditionnel, dont l'artifice devenait de plus en plus évident :
ces romans nous apprennent en effet que le personnage se
fait connaître successivement, qu'il ne se révèle jamais de
manière spontanée dans son unicité essentielle. Nous savons
maintenant — Ricœur et Mclntyre insistent là-dessus —
qu'on ne peut connaître le sujet que narrativisé, un
personnage (réel ou romanesque) ne se présente jamais « tel qu'en
lui-même », il se constitue à travers les innombrables
histoires qu'il aura traversées. Le sujet reste inconnaissable tant
qu'on ne renonce pas à le vouloir définir hors du temps et
hors du discours ; en revanche, il se fait connaître si l'on
accepte de le voir paraître progressivement dans la succession
de ses récits.
Pour retrouver le sujet, pour lui rendre sa responsabilité
morale et politique M — ce que des philosophes et des
critiques aussi différents que Habermas, Lyotard, Rorty et
Todorov réclament — , il faut donc lui rendre ses récits, lui
réinventer ses histoires (toujours au pluriel). A ce début de
l'ère postmoderne, cet effort ne peut sans doute encore se faire
que sur le mode ironique, dans le sens large que le
romantisme allemand donnait à ce terme. Dans la littérature, cette
ironie adopte deux formes, celle de la réécriture et celle du
déguisement.

33- Voir encore l'interview de Nathalie Sarraute dans Libération, 28 sept. 1989-
34. Dans notre perspective, l'avant-garde et la modernité représentent des périodes de la
critique du sujet, tandis que la postmodernité se caractérise par un effort complexe pour préparer
les conditions d'un retour du sujet. (Ce n'est qu'en apparence que Brandon Taylor adopte, dans
son livre intéressant, un point de vue opposé, pp. 16, 37, 48 et passim).

17
ha réécriture ne peut bien entendu concerner que des genres
narratifs connus et largement codifiés ; elle se distingue
cependant de la parodie proprement dite dans la mesure où
son attitude à l'égard du pré-texte est allusif et ludique. Il
s'agit de clins d'oeil lancés au public des connaisseurs et non
pas d'une volonté systématique de ridiculiser. Ceci vaut aussi
bien pour des romans en apparence graves et inquiétants
comme les romans « fantastiques » de Marie Ndiayé, que pour
les réécritures plus légères des romans réalistes et des romans
policiers chez Jean-Philippe Toussaint et Jean Echenoz. Les
personnages et les actions sont d'une simplicité si exacerbante
que le lecteur (à moins de rejeter en bloc cette littérature de
surface, scandaleusement dérisoire) ne peut pas s'empêcher
d'y voir à la fois une déconstruction minutieuse — non pas
destruction, ce qui caractériserait une parodie moderniste —
des genres populaires et une humilité quasi-métaphysique
pour repartir de zéro, pour reconstruire avec une extrême
prudence les intrigues du quotidien, et à travers ces intrigues,
en filigrane, les premières traces d'un sujet qui renaît.
Cependant, la tentative la plus massive de réécriture
postmoderne a lieu, ces derniers temps, du côté du roman
historique. Au moment même où les historiens de profession,
tel Hayden White ou Frank Ankersmit, insistent sur le
caractère nécessairement fictionnel de toute narration
historique et sur la part incontournable de la littérature dans
l'historiographie, les romanciers prennent conscience des
possibilités immenses qu'offre la réécriture d'histoires déjà
existantes, d'histoires bien connues ; celles-ci peuvent être
actualisées ou réactualisées grâce à quelques procédés très
simples.
Le premier consiste à inventer, pour relier entre eux les
divers moments d'une séquence narrative, des liens de
causalité, c'est-à-dire, en l'occurrence, de motivation
psychologique. La sèche chronique des événements qui se succèdent peut
ainsi se transformer en roman historique, comme ce fut déjà
le cas du Don Carlos de Saint-Réal au dix-septième siècle. La
motivation classique repose, bien entendu, sur la psychologie
des passions telle qu'elle se trouve chez Descartes et ses
contemporains. La réécriture postmoderne modifie
radicalement la nature de ce qui s'insère (comme réflexion,
motivation, commentaire, confession) entre les événements. Ainsi,
l'œuvre de Michel Tournier peut être considérée comme une
vaste tentative de réécriture d'histoires préexistantes, celle du
capitalisme naissant dans Vendredi, celle de la collaboration

18
Situation de la fiction

avec l'Allemagne nazie dans Le Roi des Aulnes, — aboutissant


toutefois, comme chez le Pierre Mesnard de Borges, à une
réécriture plus humble et plus totale encore : ayant choisi,
dans Le médianoche amoureux, des récits et des contes banals qui
frôlent le Kitsch, le narrateur se contente de faire semblant de,
littéralement, les répéter.
Le roman historique postmoderne connaît d'autres
procédés encore : il opte délibérément pour le mélange du passé et
du présent, comme dans le cas de Ransmayr dans sa recherche
méthodique d'Ovide exilé, ou encore pour le mélange
constant entre le passé du personnage et le présent du narrateur,
comme le fait Peter Hàrtling dans sa biographie de Hôlderlin.
D'autres romanciers inventent de toutes pièces leur sujet qu'il
est impossible de distinguer de « vrais » romans historiques,
tant le vocabulaire du genre est bien imité et les allusions à des
événements historiques connus sont nombreuses (Renaud
Camus, Wolfgang Hildesheimer) 35. Enfin, il faudra citer le
procédé du roman historique simultané : le romancier entend
créer un récit nouveau en juxtaposant les fragments de
plusieurs récits contemporains : c'est ainsi que Guerreschi
raconte parallèlement des bribes de la biographie de Kafka, de
Freud et le récit politique de la chute imminente de l'empire
austro-hongrois 36.
Au vingtième siècle, le roman historique semble avoir
connu, il est assez étonnant de le constater, deux sites
privilégiés : en dehors de la postmodernité, il fleurit surtout
au milieu des dictatures. Là, il constitue en effet un genre
recherché par les écrivains qui aimeraient échapper aux mots
d'ordre oppressants de l'actualité ; le roman historique est un
moyen de critiquer le présent, une ruse qui permet de
rééquilibrer le monde et de formuler, sous une forme à peine
déguisée, les « vraies » valeurs 37. Le roman historique conçu
dans des circonstances historiques pareilles relève encore, de
toute évidence, du projet de la modernité. En revanche, le
roman historique postmoderne présente une option anthro-

35. La même fiction historique joue dans le cas du dialogue de Gaulle-Sartre, inventé par
Bernard Fauconnier {L'Être et le Géant, Paris, Régine Desforges, 1989), et qui renoue en fait
avec le curieux genre antique du « dialogue des morts » (repris en France notamment par
Fénelon et Fontenelle).
36. Christian Ransmayr, Le dernier des mondes, Flammarion, POL, 1989 ; Peter Hàrtling,
Hôlderlin, ein Roman, Luchterhand, 1976 ; Renaud Camus, Roman Roi, POL, 1983 ; Wolfgang
Hildesheimer, Marbot, Suhrkamp, 1981 ; Jean Guerreschi, Montée en première ligne, Julliard,
1988.
37. C'est ce qui explique l'ambiguïté des romans historiques nés dans des pays plus ou
moins « post-totalitaires » comme ceux de l'Albanais Kadaré, du Géorgien Okoudjava ou du
Hongrois Spirô (Les Anonymes, Éd. Bernard Coutaz, s.L, 1988).

19
pologique et ontologique plus vaste : faire revivre les
histoires, c'est-à-dire les intrigues et leurs motivations, dans leur
vertigineuse pluralité, c'est repartir, au-delà du politique, à la
recherche du sujet, c'est recontextualiser l'homme
d'aujourd'hui.
Le roman-réécriture observe certaines lois fondamentales des
genres narratifs de manière explicite : le début et la fin de
l'intrigue sont marqués, les personnages principaux sont
reconnaissables. Le roman déguisé n'offre pas toujours de telles
commodités : le lecteur se trouve dérouté dès le début. Là, en
cours de route, le récit prend des allures inquiétantes et
inattendues, ici, ce n'est qu'après coup, une fois la lecture
terminée, que le lecteur est en mesure de construire le récit,
c'est-à-dire de conférer un sens unificateur aux événements
présentés par le texte. On pourrait mentionner le roman
réduit dans le temps et le roman dilaté dans l'espace. Manga-
nelli publie un recueil qui contient le résumé de cent romans-
fleuves : l'intrigue résumée en une page inclut d'ailleurs sa
propre inanité, le récit se suicide avant même de pouvoir
épanouir. Et Perec écrit non pas l'histoire simultanée de
plusieurs personnes, ce qui donne un roman historique d'un
type particulier (Guerreschi), mais celle de toutes les
chambres d'un même immeuble parisien : la synthèse finale aboutit
à une même impossibilité de raconter. Enfin, le roman
postmoderne peut surgir au bout d'un déguisement encore
plus étonnant et nettement non-narratif : c'est au sortir de la
lecture alphabétique d'une encyclopédie que Pavic et Temesi
offrent au lecteur la possibilité de saisir leur récit, c'est en
suivant les méandres du travail philologique d'une édition
critique fictive que le lecteur découvrira un ou plusieurs des
sens possibles du récit de Nabokov 38.
La distinction entre réécriture et déguisement ne concerne
par ailleurs que la forme narrative : le sens du récit est miné,
dans les deux cas, par la même ironie. D'Echenoz à Perec, de
Tournier à Nabokov, on voit tout autant la volonté de rendre
et de reconstruire le récit qu'une gêne profonde à l'égard de
l'intrigue traditionnelle : le dénouement est ridicule et
invraisemblable, le message n'a pas la moindre profondeur. On
n'est pas conteur quand on veut ; on ne guérit pas rapidement
de l'antinarrativisme de la modernité.

38. Giorgio Manganelli, Centurie, cent petits romans-fleuves, W, Mâcon, 1985 ; Georges
Perec, ha vie mode d'emploi ; Milorad Pavic, Le dictionnaire kbaqar, Belfond, 1988 ; Ferenc
Temesi, Por, Budapest, 1987 ; Nabokov, Feu pâle, Gallimard 1981.

20
Situation de la fiction

Dans la tradition aristotélicienne, on pourrait distinguer


trois ingrédients majeurs de la narration, l'idée, l'intrigue et le
personnage. C'est la modification des rapports hiérarchiques
entre ces trois qui permet de définir certaines périodes de
l'histoire littéraire. Dans le récit romantique — que l'on
songe à René, à Ruy Bias, à Des Esseintes — c'est le
personnage qui domine ; dans le récit moderniste, c'est l'idée :
L'Étranger de Camus, Le Château de Kafka en témoignent.
Pour Aristote lui-même, dont l'enseignement reste central
pour le renouveau actuel de la philosophie morale (Mclntyre),
c'est l'intrigue qui doit être privilégiée, les meilleurs récits
étant ceux où l'intrigue dévoile progressivement les
personnages et l'idée. Après le règne du récit romantique et du récit
moderniste, la postmodernité cherche à renouer avec cette
ancienne sagesse et à réinstaller l'homme au milieu des
histoires, encore tâtonnantes et risibles, mais qui, renforcées
et revigorées, finiront un jour par le décrire et par lui rendre
ses qualités.

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