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Une version de cet article a été publiée sous ce titre, par la Revue d’Economie Industrielle N°

98, 1er trimestre 2002


Merci de reprendre ces références.

QUELQUES FONDEMENTS
DE L’INTELLIGENCE ECONOMIQUE

Bertrand Bellon (1)


Centre de recherches ADIS
Professeur à l’Université de Paris-Sud XI
mai 2001; révision Février 2002

1. Ce n’est pas l’information mais son utilisation qui crée de la valeur


2. La transformation de l’information en connaissance
3. A nouveau sur les frontières de la firme et les dynamiques d’acteurs

Mots clé : intelligence économique, information, information pertinente, connaissances, compétences, veille,
frontières de la firme

Partie prenante, à la fois, de l’économie de l’information et de celle des connaissances


(knowledge management), « l’intelligence économique » est aujourd’hui un outil en vogue de
la conduite des organisations. Intuitivement, chacun conçoit bien que la globalisation de la
concurrence modifie les conditions de la compétitivité et implique d’être en prise immédiate
sur les évolutions des marchés (i.e. concurrents et clients), des technologies, des composantes
organisationnelles et des autres composantes de l’environnement. Les comportements micro-
économiques sont soumis à une forte flexibilité réactive, couplée d’une innovation proactive.
Ce double comportement donne à l’information une dimension de facteur de production
stratégique central et discuté (Petit 1998, Freeman 2001).

Parmi la diversité des facteurs productifs, on admettra que l’information constitue la


fonction décisive du comportement des agents, tant dans sa dimension inter-firmes que dans
celle intra-firme. La maîtrise de l’information inter-firmes, plus largement entre la firme et
son environnement, est le champ de l’intelligence économique ; la maîtrise de l’information
intra-firme sera davantage le champ du pilotage des organisations. On définira l’intelligence
économique, comme l’ensemble des processus organisés d’exploitation des informations
externes à la firme. Nous chercherons donc à établir, ici, les fondements économiques et
managériaux du premier champ : celui de l’intelligence économique.

L’intelligence économique, n’est qu’une partie mineure de l’économie de


l’information, du management des connaissances et des compétences. Elle représente un
comportement stratégique fondé sur la gestion de l’information environnementale en
vue de la construction ou de la consolidation d’un avantage concurrentiel durable.
1
Une version précédente de cet article a été discutée au sein d’un séminaire de l’ADIS. Il a beaucoup bénéficié
des commentaires de ses participants ; en particulier de Pascal Petit (Cepremap), Jean-Louis Levet
(Commissariat Général du Plan) et Carine Charpenteau (Adis). Il a également bénéficié des remarques détaillées
des lecteurs anonymes de la Revue. Il doit enfin beaucoup, comme de coutume, à Jorge Niosi.

Fondements de l’intelligence économique, B.. Bellon, ADIS, février 2002 1


L’économie de l’information englobe les processus de production (collecte, choix et
codification), de diffusion (canaux) et d’exploitation, ciblée ou non, de volumes massifs de
signaux. Ces informations ont, en majeure partie, un caractère générique. L’intelligence
économique consiste à déceler les signaux les plus faibles donnés par la clientèle, la
concurrence, le politique, la jurisprudence ou les chercheurs, pour anticiper les évolutions
futures et y adapter son propre comportement. La première pose des problèmes d’excès ou, au
moins, d’une économie d’abondance ; la dernière s’intéresse à l’information minuscule, dans
l’étendue de son objet, mais aussi dans sa durée de vie. Dans un contexte de multiplication
des signaux, l’intelligence économique est un processus qui consiste à trier les informations
collectées et identifier celles qui sont pertinentes ; à les diffuser, à les traiter ou exploiter
notamment en les faisant discuter et fructifier à l’intérieur de l’organisation (Massé et
Thibaut, 2001).

« L’intelligence » est un terme à double sens, connoté de manière contradictoire selon


que l’on considère la faculté de comprendre une situation pour anticiper les changements et
s’y adapter rapidement, ou l’activité de renseignement à des fins militaires ou économiques,
impliquant complicités ou collusions secrètes entre acteurs de camps opposés. L’intelligence
économique se situe à mi-chemin entre ces deux définitions. Elle ne fonde pas sa légitimité
sur le contournement de la loi, ni sur la dépossession de droits privés, notamment de droits de
propriété. Par contre elle traite d’informations partagées (au besoin par des concurrents)
dont la circulation et la transformation (l’enrichissement) s’effectuent par croisement et
permettent de créer de nouvelles richesses.

Nous nous limitons à traiter de l’intelligence économique dans ses dimensions


productives et compétitives. Cependant, d’autres approches ont déjà abordé les modes de
gestion des systèmes de connaissance. Toute réflexion épistémologique dans ce domaine doit
tenir compte et emprunter à des méthodologies éprouvées comme la systémique (Le Moigne,
1977 ; Seligman et Melese, 1979 ; Bertalanffy, 1993), ou l’approche cognitive des
organisations et du management des connaissances (Davenport et al, 1998 ; Nonaka et al,
1995 ; Teece, 1998, pour une bibliographie exhaustive, voir Rollet, 2001 et journaux
Knowledge Management ou Human and Organizational Learning), qui ont quelques
décennies d’avance sur les économistes.

Ainsi la question générale de la maîtrise de l’information est une préoccupation qui


entre aujourd’hui dans le champ de nombreuses disciplines : la gestion (approche cognitive du
pilotage des organisations, processus de décision), le droit (propriété intellectuelle et
industrielle), l’histoire (la validité des sources et le rôle des informations sur le déroulement
des événements), la sociologie (jeu d’acteurs et relations de pouvoirs), l’ethnologie (jeux
d’acteurs, inter-compréhension et représentations), la philosophie des sciences et de la
connaissance (processus cognitifs ; origine des idées et des compétences, critères de validité
de la démarche scientifique), les sciences dures elles-mêmes, etc. Chacune de ces disciplines
apporte sa contribution avec ses propres outils. Elle s’enrichit d’emprunts, ou d’analogies
avec les disciplines voisines. Dans ce champ disciplinaire qui émerge, il faut souligner que
l’économie est, de loin, un parent pauvre.

La première partie de ce texte traitera des conditions d’usage de l’information comme


facteur de production. La seconde, examinera les conditions de transformation de
l’information en connaissance. La troisième, présentera les dynamiques d’acteurs de
l’intelligence économique et leurs fonctions transverses par rapport aux frontières de la firme.

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Fondements de l’intelligence économique, B.. Bellon, ADIS, février 2002 3
1. CE N’EST PAS L’EXISTENCE D’INFORMATION, MAIS SON
UTILISATION, QUI CREE DE LA VALEUR

Dans quelles conditions l’information est-elle susceptible d’être une ressource, au même
titre que le travail, le capital, les technologies, les compétences, les modes organisationnels ou
l’entreprenariat ? Quand l’information se mue-t-elle en facteur de production ? Il est clair
qu’en tant que telle, l’information n’est pas davantage un facteur de production que n’importe
quelle autre marchandise. Le plus grand volume de l’information est libre d’accès et d’usage.
Elle ne se vend ni ne s’achète. La connaissance des spectacles, des horaires de trains, des
informations régionales peuvent devenir des marchandises qui s’achètent, tout en restant des
biens de consommation finale des ménages sans finalité productive.

On retiendra ici que l’information est un système fondé sur un ensemble de normes
générales ou propres à chaque entreprise. On confond trop souvent l’information et les
connaissances (ou les compétences). La première, multipliée par l’usage des TICs, donne
relativement peu prise à l’interprétation et se présente davantage comme un ensemble de
données extérieures, ou « objectives » qui doivent être triées ; les secondes sont encastrées
dans le contexte de leur utilisation. Les connaissances et les compétences dépendent toujours
davantage de l’utilisateur de l’information que de leur émetteur.

Au sein de la firme, on conçoit aisément que les machines, notamment celles qui
incorporent un volume important de savoirs technologiques, véhiculent, par leur simple usage,
un grand volume d’informations. Dans quelle mesure des informations de caractère générique
et volatile, peuvent-elles devenir un facteur de production, lorsqu’elles ne sont pas déjà
matérialisées au travers d’un matériel dédié (un robot ou autre machine-outil) ? Il existe en
effet une variété infinie d’informations qui conditionnent l’action. Ces informations peuvent
prendre une forme protégée juridiquement (brevet, modèle, marque ou droit d’auteur), mais,
le plus souvent, une forme plus générique comme celle du savoir-faire technique (cours de
formation professionnelle), ou encore - et c’est le domaine le plus virtuel et le plus décisif –
une forme diffuse qui intervient dans toute détermination d’un choix (connaissance
commerciale ou stratégique conduisant à décider de produire ou non, tel ou tel bien, de telle
ou telle manière, pour tel ou tel marché). Dans tous les cas, l’information participe de
l’évaluation des possibles et de l’adaptation de son organisation, davantage que de la
prédiction et l’optimisation, chères à l’économiste.

L’information n’est pas, - en dehors de celle qui est brevetable, - un facteur de


production par destination. Elle le devient par une décision de l’entreprise. L’acquisition
d’une connaissance est un processus dynamique, plus long et plus complexe que celui de la
négociation et de la signature d’une transaction de marché. L’achat d’une information
occasionne des coûts de transactions à comparer avec les coûts d’organisation qui
résulteraient d’une internalisation alternative de sa production (dans la mesure où celle-ci est
matériellement envisageable, ce qui est rarement le cas dans les domaines technologiques
spécialisés et plus largement les entreprises industrielles, même au niveau des grands
groupes). A l’instar des arbitrages entre faire, faire-faire et faire en coopération (Soussi 2002)
il existe toujours, en principe, la possibilité de produire soi-même l’information, de la
commander sur spécifications ou de la co-produire. Mais le processus ne se limite pas à cela.
L’achat d’une information, aussi unique soit-elle, n’est d’aucune utilité si elle n’est pas
intégrable (et pas seulement intégrée) au sein d’un process et d’une institution donnés. La

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capacité de lecture et d’interprétation en environnement complexe et incertain est un élément
clé. C’est le consommateur qui, seul, transforme une information spécifique en facteur de
production. C’est donc l’usage d’une connaissance précise qui crée de la valeur marchande.
La distinction ci dessus renverse la séquence habituelle de l’économie de l’information,
en attribuant le rôle déterminant à l’utilisateur-récepteur, par rapport à l’émetteur.
Ceci va fonder l’intelligence économique.

A ce stade, on admet que l’information n’est jamais un input « sec ». Il est à la fois un
bien capitalisable (forme un stock et sujet à accumulation) et un bien volatile (sujet à
transformation permanente et flux itératif) ; c’est à la fois un dispositif et un processus.
L’information n’est prise en considération que comme une « connaissance susceptible d’être
valorisée ». Nonaka et Takeuchi (1995) présentent la métaphore du rugby, en expliquant le
rôle clé du jeu d’équipe, qui permet, seul, la force de l’attaque et la flexibilité de réponse. Or
ce jeu d’équipe s’organise autour d’un ballon. Le jeu contient un ensemble de connaissances
destinées à être partagées : des connaissances techniques, des objectifs de production et des
arrangements institutionnels qui baignent dans un ensemble « d’idéaux, de valeurs et
d’émotions » qui constituent un patrimoine de connaissances. Mais la manière dont ces
connaissances s’échangent et se construisent ne suit aucun développement linéaire ; elle
dépend d’un jeu spécifique, déterminé « ici et maintenant », en fonction de l’expérience tacite
des joueurs (de chacun individuellement et des uns vis à vis des autres) et des événements du
terrain (ou, plus précisément de leur perception, ce qui suppose un certain niveau
d’explicitation et une capacité de partage). Les joueurs ont un comportement à la fois
immédiat et historique, qui prend l’apparence d’un jeu d’essais et d’erreurs. On comprendra
pourquoi les acteurs ne sélectionnent pas tous des informations identiques, mêmes lorsqu’ils
se situent dans des situations identiques. L’information est la condition et l’ingrédient
déterminant du comportement. La qualité du processus de circulation détermine son efficacité.
Mais nous sommes ici déjà dans la réflexion sur les connaissances et les compétences dont
nous parlerons dans la prochaine section.

Le caractère « unique » de l’action de réception et de partage transforme une


information générique en bien spécifique. En effet, comme au cours de toute relation
humaine, le contenu d’un message reçu, n’est jamais identique à celui qui a été produit et
diffusé (2). Celui-ci est médiatisé par les représentations, les routines, et les processus
interactifs accompagnant son partage. Cette opération de transformation et d’enrichissement
passe par une étape de choix, suivie d’une étape d’enrichissement et d’organisation.

De l’information à l’information pertinente. Nous savons que les conditions


techniques de production et de circulation actuelles de l’information offrent des capacités sans
limite, à l’échelle des besoins, toujours précis, de l’entreprise. L’information disponible est
pléthorique. Celle qui n’est pas disponible ou cachée est infiniment plus limitée. Dans une
économie concurrentielle de surinformation, la probabilité du caractère stratégique de celle-ci
est inversement proportionnelle à son importance volumique. Au milieu de l’abondance,
l’information qui intéresse une firme particulière n’a d’existence que si elle peut être dédiée à
un objectif particulier, dans un contexte compétitif.

2
On pourrait dire qu’il en est de même pour tout échange de marchandise, où la différence entre les utilités
marginales d’un même bien pour deux agents justifie précisément la transaction. Cependant, ce qui intervient ici
n’est pas l’intérêt marginal comparé des partenaires (qui reste un élément justifiant naturellement la transaction),
mais les capacités propres de telle information à accroître la valeur produite, ce que nous développerons plus bas
dans les capacités d’absorption.

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On est durablement en situation d’inadéquation quantitative, structurelle. La
connaissance de la variation d’un cours de bourse sera d’aucun intérêt en plein désert ; la
même information devient un élément stratégique pour tout milieu boursier. C’est donc
l’usage potentiel du bien (comme toute marchandise en économie d’abondance) qui en
déterminera la valeur, davantage que ses coûts de production (sous réserve naturellement que
ceux-ci ne soient pas supérieurs à ceux-là). L’information, comme facteur de production est
un bien contextuel dont la valeur est déterminée par le consommateur. Du point de vue de
l’entreprise (étant ici un consommateur) se pose donc la question de la pertinence de
l’information disponible, à l’instar du marché pertinent. D’un côté préexiste un produit
générique extrêmement étendu, résultant du travail de production et de classement catégoriel
de l’information. De l’autre, des mécanismes de management interne à l’entreprise conduiront
à des processus de choix, de réaction et d’adaptation. Ces processus impliquent un niveau
intense de « branchement » sur le réel, articulé avec une maîtrise de la connaissance, en
fonction des objectifs propres à la firme. Paradoxalement, les technologies de l’information et
de la communication n’entrent qu’indirectement en jeu. Elles ont produit un flux continu
d’informations génériques dont elles n’ont plus la maîtrise. Cette neutralité doit cependant
être circonscrite au processus relatif de choix et de traitement de la part de la firme. Il est
évident que les TICs, comme les mécanismes institutionnels impliqués dans l’information ont,
chacune leur part dans le formatage du paysage, que l’on retrouve dans toute notion de
représentation sociale (J.P. Chanteau, 2000), comme dans celle des effets de bruit et d’appels
sur les marchés, notamment bancaires (Ellison et Vallaa, 2001).

L’utilisation de l’information comme facteur de production fait intervenir plusieurs


niveaux de maîtrise de la connaissance, c’est à dire d’apprentissage. Le concept
d’apprentissage a, au départ, une signification restrictive, (Arrow 1962 ; Morvan 1985) qui
reflète l’aptitude à perfectionner son propre fonctionnement par la prise en compte des
résultats passés. C’est un processus par lequel on s’approprie des connaissances et des
compétences qui accroissent l’efficacité de processus existants. La courbe d’apprentissage
reflète la relation entre les gains de productivité et l’expérience acquise. Il a été montré
depuis, que l’apprentissage ne se limitait pas à reproduire à l’identique les pratiques
existantes, mais incluait une dimension créative supposant des capacités réactives et
proactives. Le concept s’est élargi et regroupe aujourd’hui toute la diversité de modes
d’acquisition-transformation des connaissances détenues par d’autres. Ceux-ci vont de
l’enseignement magistral à l’apprentissage sur le tas, en passant par toutes les formes
d’interaction créatrice : learning by studying, by searching, experiencing, using, doing,
monitoring, interacting (Bellon, 1997).

L’apprentissage est un processus progressif, itératif et cumulatif, d’appropriation mais


aussi de développement de compétences nouvelles. Au-delà de la maîtrise des routines,
l’apprentissage comporte une dimension créative et la potentialité de créer des solutions
nouvelles face aux problèmes de production et de marchés. Plus les investissements et les
innovations externes sont rapides, plus les résultats de l’apprentissage, sous forme d’habileté
des hommes à passer d’une technique à une autre, à explorer des techniques nouvelles, ou à
adopter des modes organisationnels différents sont décisifs. Le processus d’apprentissage met
en jeu, pour un niveau déterminé de problèmes à résoudre, des connaissances techniques et
scientifiques, des capacités à interpréter des connaissances standard, des connaissances non
techniques et non scientifiques, des routines organisationnelles et des relations humaines.
L’apprentissage est donc autant déterminé par la nature du système d’information lui même,
que par celle des problèmes techniques à résoudre.

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Les procédures d’acquisition

L’information est ici en premier lieu un outil d’apprentissage général. Elle participe aux
processus continus des itérations de l’activité productive. Il existe des processus
d’apprentissage aux niveaux de la production – de l’émission – de la réception – de la
traduction et de l’enrichissement de l’information pertinente. Mais alors que la production
d’information est fortement dépendante des économies d’échelle (du fait de l’ampleur des
frais fixes occasionnés), la valorisation de celle-ci, à l’autre extrémité de la chaîne de
transformation, est d’abord dépendante des effets d’apprentissage, qui détermine l’ampleur
des coûts variables.

Ceci explique pourquoi la « production » de l’information implique des coûts fixes


élevés et des coûts marginaux faibles (parfois nuls) (Rallet 2000). Tandis qu’à l’inverse, la
« réalisation » de cette même information, en particulier à travers les processus
d’intelligence économique, présente des coûts d’accès relativement faibles (parfois nuls)
mais des coûts d’exploitation élevés.

La faiblesse des coûts d’accès est liée à la révolution des technologies d’accès (TIC) et
la multiplication des informations en circulation. Ces coûts s’appliquent à la plus grande
masse des informations génériques. Toutes les transactions courantes renferment, de manière
induite et automatique, de vastes volumes d’informations. Il en est ainsi lors de l’acquisition
de nouvelles machines qui intègrent une variété de savoirs techniques complexes. L’achat du
plus petit ordinateur permet l’acquisition d’une masse de connaissances qu’aucun livre ne
saurait renfermer et qui peut, nominalement, être acquises par le seul usage de la dite
machine. S’y ajoute une capacité d’accès à d’autres connaissances et d’accumulation de
connaissances propres qui sont quasi-infinies en comparaison avec les besoins et les
compétences de la plupart des utilisateurs. Le raccourcissement du temps et de l’espace
accentue l’écart entre le volume d’information disponible et les besoins et les capacités
propres des agents.

Cependant cette abondance reste très relative, puisqu’elle ne joue pas lorsque les
informations sont rares ou cachées (information protégée par le secret des stratégies
d’entreprises ou celles incorporées dans des systèmes complexes). Elle ne joue pas non plus
lorsque l’excès d’information ne permet plus d’isoler celle qui serait utile dans un contexte
spécifique. Elle ne joue pas enfin lorsque le demandeur ne sait pas exactement ce qu’il
cherche ; ce qui est souvent le cas, compte tenu de la nature amont de l’information destinée à
innover. Or ce sont ces derniers types d’informations dont l’entreprise a le plus besoin.

Plus précisément, l’entreprise a besoin d’un nombre très limité d’informations


correspondant à sa situation spécifique. L’atteinte de ces cibles étroites implique
l’établissement de processus extrêmement précis et spécifiques d’une entreprise à l’autre.
C’est ici qu’intervient le poids des procédures destinées à isoler l’information pertinente.
Celles-ci se décomposent en plusieurs étapes, comme la lecture (compréhension), le choix
(sélection), le codage (traduction), la transmission (circulation), le décodage (traduction) et
l’enrichissement (amélioration) de l’information sélectionnée. La combinaison des
arrangements est infinie. De tels processus laissent à la charge de l’entreprise l’essentiel de
la responsabilité de la création de la valeur du facteur de production qu’elle consomme.
Non seulement il est nécessaire d’établir une adéquation entre le facteur de production acheté
et le besoin (valable pour n’importe quel facteur déterminant son utilité, donc sa demande et

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son prix), mais le processus suppose une capacité d’absorption préalable de la part des
entreprises. Cette dernière devient un déterminant de la valeur potentielle de la marchandise.

Dit autrement, l’acquisition privative d’une information ne suffit pas à en faire un


facteur de production. Cette acquisition suppose l’existence de procédures particulières. Une
sorte de service après achat (et corrélativement après vente). Les producteurs d’ordinateurs
ont pris l’habitude de proposer gratuitement à leurs clients un volume de logiciels impliquant
des formations particulières dont le coût dépasse le plus souvent celui des achats des
équipements. De même, les producteurs de logiciels ont de plus en plus tendance à céder
gratuitement leur produit, accompagné de la facturation d’un service spécifique, motivé par
l’acquisition des savoirs par ceux qui auront à développer des solutions sur mesure aux
problèmes de l’acheteur.

Essai de représentation du processus d’intelligence économique


(de l’information pléthorique à l’information minuscule)

« Processus de Sélection - valorisation »


(information glanée, information achetée, information volée)

INTERMEDIAIRES PRODUCTEURS ENVIRONNEMENT


gatekeepers (contraintes / opportunités)
deuxième première information primaire
transformation transformation
(Evolution de la
CONCURRENCE)

ENTREPRISE . information pertinente (minuscule) informations existantes


(+ pilotage des organisations et (pléthoriques)
processus internes d’information)
(Evolution des
TECHNOLOGIES)
• proximité
• cumulativité
• réceptivité
• Capacités d’évaluation et capacités d’exploitation
(Evolution des modes
D’ORGANISATION)

INSTRUMENTS DE TRANSPORT DE L’INFORMATION : T. I. C.

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2. LA TRANSFORMATION DE L’INFORMATION EN CONNAISSANCE

L’intelligence économique renvoie simultanément à un problème de connaissance et à


un problème d’information. Nous avons montré que l’information est à la fois un output et un
input de l’activité économique. L’output prend des formes variées. Il peut être donné comme
tel, ou en tant que sous-produit de l’activité (carnet de clients ou comptabilité générale) ; il
peut demander un traitement sur la base d’une standardisation (comptabilité nationale ; il peut
également être l’objet de plusieurs transformations en fonction de destinations de plus en plus
précises. Le processus de création correspondant à cet output est complexe, mais relativement
maîtrisé par l’industrie des technologies de l’information (Carayannis et Sagi, 2001 ; Rallet
2000). Les différentes étapes de transformation et de diffusion constituent des activités qui
utilisent des outils et des canaux de plus en plus performants, en particulier les TICs. Mais
c’est le processus d’utilisation qui est le plus incertain. Il fait porter l’exigence de
compétences propres, non plus sur des producteurs, professionnels du domaine, comme
peuvent l’être les comptables ou les informaticiens, mais sur tous les consommateurs qui
exercent d’autres métiers. De ce consommateur, il est demandé des capacités de lecture,
d’identification, de traduction et d’amélioration d’un nouveau facteur de production. Ainsi, la
maîtrise de l’information renvoie à la détection à temps de l’information pertinente ; celle de
la connaissance renvoie à la capacité à incorporer cette information dans les processus
maîtrisés par la firme afin de créer de la valeur marchande. On passe donc à un autre niveau
d’intervention de la firme : celui des compétences nécessaires pour l’utilisation de
l’information comme facteur de production. Une part de ces compétences tiendra dans les
processus et les routines établies à cet effet ; une autre dans les connaissances permettant de
décoder les signaux recueillis ; une autre dans les effets d’enrichissement croisé des
informations pertinentes ainsi processées ; une dernière naturellement dépend du hasard des
événements, notamment à l’occasion de la rencontre de l’information.

On peut définir le management des connaissances comme le processus


d’identification, d’acquisition, de partage et d’utilisation d’informations pertinentes par
une organisation. Ceci comprend des processus d’identification des besoins et des
opportunités. Les informations considérées sont aussi bien d’origine interne, qu’externe. Le
management des connaissances implique une suite ininterrompue d’adaptations
organisationnelles et relationnelles en relation avec le flux de connaissances nouvelles prises
en considération : il implique l’existence d’un processus d’apprentissage continu (learning
organisation).

Une première question est posée par le mode de saisie de l’information pertinente. C’est
déjà l’objet de toutes les formes de « veille ». Il existe autant de veilles que de fonctions dans
l’entreprise : commerciale, technologique, organisationnelle, financière, juridique et
réglementaire, environnementale, géopolitique... Chaque fonction a mission de surveiller son
environnement pour y déceler toute information susceptible d’avoir un impact sur sa propre
trajectoire. Comme l’information existe toujours quelque part, mais rarement là où on en a
besoin et où on l’attend, la veille consiste, le plus souvent, en un travail systématique,
méthodique et continu qui prend appui sur un ensemble d’instruments récurrents (salons,
conférences, carnet clients, centres de valorisation...). La veille remédie à l’imperfection de la
transparence des marchés ; elle permet également de tirer, de l’extérieur, des motifs
d’innovation et de renforcement de sa propre position compétitive. Il s’agit bien d’un

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processus de sélection. On y retrouve la succession des étapes du traitement et de la diffusion
ordonnancées en interne. Le but est de préparer au mieux la prise de décision par une
approche fonctionnelle, avec des méthodes relativement bien affinées depuis une décennie
(Martinet et Marti, 1989). La veille garde cependant un caractère statique parce que réactif et
reflétant les cloisonnements des fonctions de la gestion. Elle est ciblée et déterminée par la
maîtrise des sources d’information existantes.

La gestion des connaissances externes implique une culture d’entreprise, qui conduit à
regarder l’information non plus comme un enjeu de pouvoir (dont la détention est constitutive
d’un pouvoir individuel), mais comme un enjeu stratégique (pratique de l’information
partagée, dont le flux et l’interaction sont destinés à produire des richesses).

Les capacités d’absorption.


Le traitement des signaux part d’informations hétérogènes qui doivent être transformées
dans un temps limité, spécifique et cher. L’entreprise cherche à disposer de l’information
voulue au moment voulu, en quantité voulue et à un coût compatible avec ses effets espérés
sur l’accroissement de valeur produite. Cette dynamique suppose un fort niveau de
compatibilité entre les connaissances antérieurement acquises et les processus cognitifs
nouveaux de la « firme apprenante » (Anciaux, 1994). L’accès à l’information est conditionné
par la capacité à « lire » celle-ci. La lecture ne se limite pas à une traduction littérale mais
comprend celle de déceler, intellectuellement et concrètement les opportunités susceptibles de
se nicher derrière une information particulière.

La capacité d’absorption représente le potentiel qui se trouve derrière cette faculté de


lire (Cohen et Levinthal, 1990 ; Amessea et Cohendet, 2001) ; elle est composée de
paramètres internes, articulés à des paramètres externes (Charpenteau 3). L’évolution de cette
frontière repose sur la perception du domaine techno-organisationnel et du type de ressource
nouvelle qui serait potentiellement utile. Les caractéristiques de toute ressource nouvelle sont
définies en termes de proximité, de complexité, de cumulativité, mais également de
réceptivité des agents, de compétences internes propres qui constituent ces capacités
d’absorption. La proximité des connaissances croît avec le degré d’application de celles-ci
(par opposition avec la recherche fondamentale) ; tandis que la complexité évolue en sens
inverse (notamment à travers les machines). La cumulativité fait référence aux effets
d’expériences préalables de l’entreprise apprenante dans des domaines proches de ceux
considérés. Le niveau de réceptivité des agents (surveillance des opportunités, capacité
d’étonnement) est une dimension clé, en particulier lorsqu’il s’agit d’informations
horizontales (en provenance des clients, concurrents et fournisseurs, dans les relations
marchandes ou à travers les expositions et rassemblements professionnels). Le niveau
préalablement atteint par les compétences analytiques, et notamment les fonctions de
R&D en interne, constitue une masse critique susceptible de permettre de bénéficier des
informations plus fondamentales produites par l’environnement de la firme (Cf. les Systèmes
Nationaux et Régionaux d’Innovation). Enfin, ce dernier paramètre de la capacité
d’absorption conduit à poser une distinction entre les capacités d’évaluation (capacités
scientifiques et techniques), et les capacités d’exploitation (capacités organisationnelles)
(Saviotti, 1998 ; Braun, 1998), c’est à dire entre la capacité de sélection d’un projet et celle de

3
Thèse de sciences économiques Les processus d’acquisition des ressources externes dans la phase de R&D
Mars 2002, (ADIS, Faculté Jean Monnet, Université de Paris-Sud). Consulter en particulier la question des
indicateurs disponibles concernant les capacités d’absorption (dépenses comparatives de R&D, de dépôts de
brevets...) et celle des structures d’interfaces.

Fondements de l’intelligence économique, B.. Bellon, ADIS, février 2002 10


sa réalisation. L’ensemble de ces conditions détermine l’efficacité de toute activité de search
ou de recherche de projets pertinents.

Ainsi, l’intelligence économique attribue un rôle déterminant aux ressources vives


propres à chaque firme. La « théorie des ressources » (Wernerfelt, 1984, Conner et Prahalad,
1996) considère la firme comme un ensemble d’actifs tangibles et intangibles, dont ceux qui
ont un caractère stratégique qui garantissent la compétitivité sur les marchés ouverts. Les
actifs intangibles forment une base de connaissances (des savoir-faire aux brevets) qui
matérialisent des « compétences » ou « capacités ». Parmi celles-ci, les « capacités
dynamiques » permettent de faire face aux transformations de l’environnement, c’est-à-dire
d’adapter correctement, d’intégrer et de reconfigurer les compétences organisationnelles
internes existantes (Teece et Pisano, 1994).

Les capacités se construisent à partir des acquis de l’organisation, plus précisément de


routines, c’est à dire des régularités de comportement, d’actions plus ou moins automatiques
et répétées, qui permettent de répondre à des situations récurrentes et donc rendre
l’organisation plus efficace. Les routines participent à un apprentissage collectif qui donne
davantage de liberté pour les actions d’innovation et d’ouverture sur l’extérieur.

C’est en cela que les ressources de chaque entreprise sont spécifiques, car elles résultent
d’histoires, d’expériences et d’obstacles, par nature singuliers. La théorie des ressources reste
cependant souvent statique car elle explique les stratégies en fonction des ressources
existantes davantage que de celles à créer. Or, l’intelligence économique prend en compte les
relations inter-firmes dans la production de nouvelles ressources à partir de la combinaison de
celles apportées par les partenaires. Ces connaissances ne peuvent être présupposées : elles se
développent au cours du temps au travers d’un processus d’apprentissage et d’adaptation que
les approches évolutionnistes ont contribué à spécifier (Dosi et Marengo, 1994).

Fondements de l’intelligence économique, B.. Bellon, ADIS, février 2002 11


3. A NOUVEAU SUR LES FRONTIERES DE LA FIRME ET LES
DYNAMIQUES D’ACTEURS

La prise en compte des biens informationnels à travers les fonctions d’intelligence


économique ne modifie pas seulement les comportements et l’organisation de la firme, mais
également ses structures. Le rôle joué par l’information re-dessine la composition et les
frontières de la firme. En 1890, Alfred Marshall avait fait de l’organisation le quatrième
facteur de production. A sa suite, Ronald Coase a introduit l’idée d’arbitrage entre
internalisation et externalisation, donnant à l’organisation un rôle clé de gestion des détours
de production, c’est à dire des délais et de l’incertitude. Une traduction partielle de l’apport de
Coase se retrouve dans la théorie des coûts de transaction ; une autre dans celle des contrats ;
une troisième, quoique beaucoup moins directement, dans les théories managériales où la
« direction » devient l’essence de l’entreprise. Les frontières de l’entreprise sont déterminées
et évoluent en fonction de l’un ou l’autre de ces critères. L’essentiel des théories qui se
réclameront de la révolution « causienne » (dont nous-mêmes) reste cependant dans un
raisonnement manichéen, opposant des logiques ou des dynamiques inter-entreprises à des
dynamiques intra-entreprises. Or l’étendue et les limites d’une entreprise ne sont plus fixes,
même si les arbitrages entre internalisation et externalisation continuent de faire intervenir des
calculs d’égalisation ou de comparaisons entre coûts de marché aux coûts d’organisation.
Autrement dit, les logiques contractuelles traitant des relations entre entreprises autonomes ne
laissent que peu de place à la « co-production concurrentielle », sauf sous forme de
compromis, par essence temporaire. La traduction williamsonnienne de la coopération comme
une forme hybride, illustre ce type de compromis.

Toutes ces contributions soulignent cependant que les frontières de l’entreprise sont
multiples. On peut en dessiner autant que de critères retenus : la propriété du capital ;
l’étendue du portefeuille d’activité ou du carnet de clients ; les dynamiques technologiques et
organisationnelles ; les capacités de maîtrise de l’information.

On ajoutera que, non seulement ces frontières sont multiples et séquentes, mais
aussi plus floue. Les réseaux ne suppriment pas la concurrence. Chaque entreprise cherche à
tirer le meilleur parti de son environnement non concurrentiel (Centres publics de recherches
notamment), sans pour autant coopérer avec son concurrent immédiat. Par contre des
coopérations peuvent exister entre entreprises situées dans des sphères éloignées et
complémentaires. Il en résulte des effets de clubs. L’articulation concurrence-alliance
s’accentue avec la mondialisation, le juste à temps comme le recentrage sur des métiers et
compétences pointus. L’introduction de l’intelligence économique, consolide l’analyse
actuelle de la coopération industrielle (Voisin et al, 2000 ; Plunket et al, 2001) sur ces
dynamiques de flou. Les frontières de la firme peuvent continuer de jouer leur rôle classique,
sur le plan juridique. La propriété du capital permet toujours utilement de dessiner et
d’argumenter sur les contours de la propriété et des pouvoirs. Les phénomènes de filialisation
au sein de groupes qui sont eux-mêmes détenus par des pouvoirs financiers alliés et
concurrents illustrent bien ces dynamiques. Mais, les mutations ne s’arrêtent pas au pouvoir
financier. Elles touchent toutes les fonctions à l’intérieur des organisations (4). Pour ce qui

4
Notamment le management par centres de profits et/ou par unité de gestion à taille humaine qui conduisent à
considérer l’entreprise comme une fédération d’unités autonomes pour ce qui concerne les aspects productifs et
commerciaux. Cette nouvelle légitimité de la décentralisation productive va de pair avec une centralisation
financière accrue au profit des niveaux ultimes de détention du capital : sociétés holdings ou actionnaires de
contrôles, comme les noyaux durs.

Fondements de l’intelligence économique, B.. Bellon, ADIS, février 2002 12


nous concerne, la prise en compte de l’information comme facteur de production par
l’intelligence économique, transforme le contenu du concept de frontière. L’intelligence
économique conduit une entreprise à valoriser des idées qui sont nées dans une autre - et
réciproquement -. Ici, la propriété du capital ne varie pas. Par contre, les informations
véhiculant des idées génératrices de valeur ajoutée sont partagées au sein de groupes d’acteurs
partageant les mêmes valeurs. Davantage, ces groupes co-produisent des informations propres
qui ne peuvent se réduire à la somme des informations produites par chacun des partenaires.
Ces idées se matérialiseront dans des innovations qui pourront éventuellement être exploitées
ensuite différemment dans des entreprises autonomes. L’usage de l’information et les
processus de création de compétences introduit des systèmes relationnels qui traversent des
entreprises sur la base d’affinités culturelles, c’est à dire entre des groupes partageant les
mêmes systèmes de connaissances scientifiques et technologiques, les mêmes systèmes
d’organisation et les mêmes systèmes de valeurs. Ces proximités peuvent être en concurrence,
voire en contradiction avec les intérêts à court terme de chaque entreprise prise isolément.
Elles deviennent aussi une des conditions de leur compétitivité.

La réflexion sur les frontières de la firme n'est pas l’objet de cet article ; nous nous
limiterons à relater deux domaines constitutifs de nouvelles frontières : celui des nouveaux
métiers d’interface et celui des dynamiques de réseaux.

La diversité des compétences mobilisées dans la production d’informations. Les


informations sont véhiculées par des supports génériques (descriptions techniques, banques de
données, Internet…) et spécifiques (blue prints, notes confidentielles, rapports ciblés...). Dans
le premier cas, ce sont les fournisseurs d’informations qui prennent l’initiative de proposer
leurs données à des utilisateurs potentiels ; dans le second, c’est le client qui détermine à
l’avance son besoin propre. Ceci donne naissance à une série de métiers nouveaux d’interface.
L’introduction de l’usage systématique de l’information dans l’entreprise transforme son
organisation sur le modèle des entreprises de presse. L’entreprise de presse produit un journal
chaque matin à partir d’informations brutes, d’origine et de natures non maîtrisées, qui sont
« processées » en fonction d’objectifs stratégiques (conseil éditorial) et selon des grilles et des
méthodes préétablies. L’entreprise industrielle ou de service est conduite également à intégrer
en continu la même diversité de variables externes à traiter en fonction de ses objectifs et de
ses méthodes.

La segmentation du marché laisse la place pour des créneaux spécialisés susceptibles de


donner lieu à vente et à profit. L’élaboration progressive de l’information implique
successivement plusieurs acteurs types ; c’est à dire plusieurs métiers qui se présentent
comme autant d’interfaces entre l’information brute et celle ciblée et utilisée. On distinguera
les sources d’information brute ou primaire qui sont le lieu d’activité des chercheurs et des
acteurs de l’activité économique ; mais tout autant des enquêteurs et des recenseurs (pour
les premiers, l’information est le résultat de leur travail, pour les autres, il en est l’objet). La
première transformation est le fait des documentalistes et des comptables qui rassemblent,
classent selon des formats et diffusent des informations génériques. La seconde
transformation est le fait des conseils, analystes et experts qui traitent des informations en
fonction d’objectifs préexistants. La troisième transformation est l’usage de celle-ci par les
acteurs eux-mêmes. La démarche de l’intelligence économique attribue au consommateur le
rôle déterminant et le plus spécifique. Les acteurs précédents exercent des fonctions de plus
en plus générique, d’aval vers l’amont.

Fondements de l’intelligence économique, B.. Bellon, ADIS, février 2002 13


Les nouveaux métiers d’interface. Toute révolution industrielle est caractérisée par les
changements de paradigmes qui affectent les énergies, matériaux, moyens de transports et de
communications, compétences et organisations des périodes précédentes. La révolution dite
de la nouvelle économie, fondée sur l’information, crée les métiers correspondants qui ont une
influence sur la composition et l’organisation de la firme. Ces métiers – bien que restant
encore relativement limités en terme de volume d’emplois (5) - jouent un rôle décisif par leur
position dans le processus de production. Ce sont d’abord les métiers d’intermédiaires
d’information, situés aux niveaux de l’émission, du transport, de la réception et de
l’exploitation de celle-ci. Les métiers de l’émission ont une fonction d’identification et de
codage des informations existantes. L’essentiel de ces professions existe déjà : statisticiens,
comptables, journalistes, enquêteurs... (Bipe, 2000). Le volume d’information suscité par
l’aval accroîtra le volume de travail nécessaire, mais les changements de nature de ces
compétences resteront comparativement limités. Les métiers du transport sont par contre,
très fortement reliés aux TIC en pleine explosion : informaticiens, ingénieurs de
télécommunications, ou physiciens... Les « nouvelles » technologies de l’information et de la
communication ont maintenant une certaine ancienneté, mais elles n’ont pas atteint leur stade
de maturité et donneront lieu encore à un développement important du volume des
productions et des qualifications, et partiellement de l’emploi. Ce sont certainement les
métiers de la réception qui susciteront à l’avenir les plus grands développements et
modifications. Il s’agit des fonctions de sentinelles (gatekeeper), placées aux frontières
(internes ou externes) de chaque organisation, pour surveiller et interpréter les changements
de l’environnement. Ces sentinelles ne limitent pas leur rôle à celui de veille, comme nous
l’avons développé dans la section précédente. Elles jouent un rôle actif d’interface
technologique, organisationnelle et culturelle. Elles sont responsables de la lecture et du tri
des informations extérieures, ainsi que de la diffusion des informations pertinentes en interne.
Mais leur rôle ne s’arrête pas là. Elles créent des flux d’informations croisées, qui ont un sens
particulier par la manière dont sont établies les relations entre ceux qui émettent des
informations et possèdent des compétences. Il en résulte des processus d’interaction qui
assurent non seulement la gestion mais aussi la fertilisation des flux d’information. Les
conditions du transfert conduisent à une sélection des flux entre les parties de même niveau de
compétences et d’intérêts ; les conditions de la fertilisation conduisent à une certaine
pérennité des réseaux efficaces. Pour les sentinelles, les frontières de la firme n’ont de sens
que par la densité et la qualité des interactions entre l’intérieur et l’extérieur des systèmes
complexes reposant sur des compétences en action. Mais c’est de la traversée de ces frontières
qu’elles tiennent leur légitimité.

5
Les prévisions d’emploi dans les 20 prochaines années sont concordantes dans tous les pays industrialisés : les
secteurs les plus demandeurs d’emplois seront ceux de l’hôtellerie, des infirmières et des services à domicile.

Fondements de l’intelligence économique, B.. Bellon, ADIS, février 2002 14


Essai de représentation des acteurs de l’intelligence économique
(les métiers d’interface des connaissances)

ACTEURS INTERMEDIAIRES PRODUCTEURS


gatekeepers

troisième deuxième première information primaire


transformation transformation transformation

Veilleurs Experts Documentalistes Chercheurs


Internes Conseils Comptables Inventeurs
Analystes Journalistes Créateurs

ENTREPRISE . information pertinente information existante

Valoriseurs Agences de presse Enquêteurs


Syndicats prof. Recenseurs
Statisticiens
+ tous les
salariés en interne

Ingénieurs télécom ; Informaticiens ; physiciens...


ACTEURS DU TRANSPORT DE L’INFORMATION : T. I. C.

Les dynamiques des réseaux : externalités et systèmes. Non seulement les TICs
induisent une série de métiers articulés, mais ils participent à une division des connaissances
qui modifie le comportement de la firme. D’un côté, le management de l’intelligence
économique renforce les cohérences propres à chaque entreprise et l’identité de celle-ci par
rapport à son environnement. Une solidarité et une conscience collective internes fortes sont
des conditions de l’éveil vis à vis de l’extérieur. De l’autre côté, l’intelligence économique
limite les phénomènes de myopie (ou syndrome du NIH, Not Invented Here) en créant de
nouvelles valeurs liées aux innovations externes. Celles-ci légitiment le traitement de
l’information externe, donc de la valorisation d’informations partagées. L’information crée
des externalités dont l’entreprise va essayer de tirer parti. Ces externalités ne résultent
qu’exceptionnellement du hasard ; elles n’interviennent que dans le cadre de relations suivies
au sein de réseaux d’informations bâtis et entretenus préalablement. Ces réseaux ne survivent
que s’ils développent des flux cumulatifs d’information. Ceci à deux conditions : 1/ leurs
membres apportent leur contribution régulièrement en conservant leur diversité (core
competencies, compétences spécifiques ; Quelin, 2000) ; 2/ leur capacité d’absorption suit la
complexité des informations en circulation ; il en résulte des effets d’apprentissage propres à
chaque réseau et des évolutions de sentier qui sont transversaux aux firmes (Cohen et
Levinthal, 1990) ; 3/ mais ceci implique des efforts permanents pour limiter les effets
d’opportunisme et éliminer les passagers clandestins (Foss et Koch, 1996). Il en va de même

Fondements de l’intelligence économique, B.. Bellon, ADIS, février 2002 15


de la survie des réseaux eux-mêmes (l’absence de rémunération de l’effort tue l’effort). La
réussite de cet objectif n’est jamais garantie.

Pour conclure, l’intelligence économique apparaît comme un véritable processus


d’utilisation de l’information environnementale en tant que facteur de production. Elle
participe à la fois à l’économie de l’information, des connaissances et des compétences. Il
s’agit d’un processus complexe qui est d’abord déterminé par les comportements des
utilisateurs de l’information et qui s’articule avec les autres processus productifs (dont celui
de l’information interne que nous n’avons pas examiné) et avec les conditions générales du
fonctionnement des marchés. C’est la raison pour laquelle l’intelligence économique participe
directement de la stratégie des entreprises. Par ailleurs, en tant que pratique environnementale,
elle concerne directement le niveau de la « politique microéconomique » destinée à structurer
ou à faciliter les systèmes de production, d’échange et de valorisation de l’information. Et de
telles politiques constituent des facteurs de succès, qu’elles se développent au niveau national,
régional ou international.

Dit autrement, plus l’espace économique est complexe et concurrentiel, - et notamment


dans le triple contexte de la mondialisation, de la révolution technologique et de la révolution
organisationnelle - plus les capacités de traitement de l’information deviennent un enjeu
stratégique. La mondialisation multiplie les concurrents potentiels et fait dépendre la
compétitivité de l’entreprise non plus seulement de ses prix, mais de la rapidité et de la
justesse d’adaptation de son offre à la demande potentielle et de l’intégration des changements
technologiques et organisationnels. L’information devient naturellement une source de
pouvoir aux deux niveaux de la vie économique : la production de la valeur et le
fonctionnement des marchés.

Si l’on accorde une dimension stratégique à cette information (ce qui n’est pas une
nouveauté), notre présentation souligne que la « nouvelle économie » ne se limite pas aux
technologies et aux industries de l’information et de la communication. L’adoption générique
de ces technologies par l’ensemble du système productif, a conféré à ces technologies un
caractère propre que l’on aurait qualifié autrefois « d’industrialisant ». On peut ainsi résumer
la situation selon six remarques :
• Les forces porteuses de la croissance contemporaine ne s’appuient pas, comme il en
a été le cas dans les précédentes révolutions industrielles, sur les matières premières
ou le mode d’utilisation de l’énergie que furent le moteur (moteur à explosion ou
machine à vapeur), ou les matériaux (essence ou nucléaire), mais sur les moyens de
circulation de ces matières et de ces énergies. Dit autrement, contrairement à ce qui
est retenu intuitivement, ce n’est pas l’information qui caractérise la nouvelle
économie, mais son mode de transmission et d’exploitation qui privilégie les
connaissances et les compétences. C’est à travers les formes particulières que
prend la circulation de la marchandise-information que se construit et se généralise
le modèle de production.
• Le rôle clé est donc joué par le consommateur-utilisateur de l’information. C’est à
partir de lui d’abord qu’une information prend ou non de la valeur. Ceci
donne un contenu très précis au concept de capacité d’absorption. La valeur de
l’information est davantage déterminée par l’aval (comportement du consommateur)
que par l’amont (comportement du producteur). On est, en première analyse à
l’opposé de la valeur travail ; sans pour autant pouvoir appliquer une échelle simple

Fondements de l’intelligence économique, B.. Bellon, ADIS, février 2002 16


de valeur utilité. Car c’est, au niveau du récepteur, de la stricte capacité d’absorption
et du travail des consommateurs qui sont en l’espèce des « travailleurs » (considérés
individuellement et collectivement) que dérive la « valeur » de la marchandise.
• Ceci ne fait pas disparaître la contradiction entre, d’une part, les producteurs
primaires de l’information (chercheurs, inventeurs, créateurs, écrivains) qui voient
un intérêt direct à l’amélioration de la diffusion de leur production et, d’autre part,
ses utilisateurs à des fins concurrentielles, qui ont intérêt naturel à leur rétention,
pour tirer avantage d’une éventuelle situation de monopole et voient leur système de
protection fuir de toutes parts. Entre les deux, l’interface, joué traditionnellement
par le journalisme, se complexifie et se crée une suite de nouveaux métiers. La
masse des connaissances disponibles ne se trouve plus seulement répartie dans des
laboratoires ou dans des bibliothèques (qui restent spécialisés par nature : par
obligation physique et intellectuelle), mais sur la toile, donc comparables et
disponibles pratiquement instantanément.
• Une conséquence est la multiplication des canaux et des outils spécialisés dans la
collecte, le process et la répartition des informations. Il s’ensuit un rôle clé joué par
l’économie des réseaux.
• De ce fait, l’information économique qui était autrefois une denrée rare, est devenue
tendanciellement pléthorique. Tout se passe comme si le réseau était une sorte de
pot commun, à l’échelle de l’humanité, qui met à disposition de (presque) tous,
(presque) toute la connaissance disponible. Ceci pose un problème inédit à
l’économie politique qui se définit comme « la science de la gestion des ressources
rares ». Est-il, dans ce cas, envisageable de concevoir une économie d’une denrée
(l’information) qui soit à la fois surabondante, disponible et gratuite ? Ne serait-
on qu’en face d’une nouvelle illustration du paradoxe d’Adam Smith de l’eau et du
diamant, ou s’agit-il d’une situation d’une autre nature ?
• Cette « abondance d’un bien rare » induit un nouveau problème : celui de la
signification de l’excès, c’est à dire celui du bruit propre à tout système de
communication. Le bruit est double. Il est d’abord composé des informations
erronées, mal codées ou sujettes à des interférences. Relativement au flux global
d’informations, cette part du bruit reste limitée. Par contre, au regard des besoins
propres de chaque entreprise-consommatrice, l’information utile (réellement ou
potentiellement) est infiniment plus ciblée, étroite et instable. A ce niveau, le
« bruit » est naturellement augmenté de l’ensemble des informations qui n’ont pas
d’intérêt particulier pour un agent donné à un moment donné. Autrement dit, une
même information peut être de nature informationnelle ou de bruit, selon le contexte
spécifique de son usage. Dans un contexte concurrentiel, le ratio information
utile/bruit est extrêmement bas et le volume s’amplifiant du bruit corrompt
directement la valeur des signaux émis ou sélectionnés. La croissance
exponentielle des informations en circulation conduit beaucoup plus sûrement
à des congestions institutionnelles (incapacité d’isolation a priori de l’information
pertinente) qu’à des congestions techniques (la technique repousse constamment
les limites de l’engorgement des canaux). Si tout bruit ne peut être éliminé, il peut
être réduit grâce à un bon tri préalable des signaux, complété par des méthodes
d’envoi simultané de signaux différents mais redondants (permettant la validation
des signaux retenus et limitant la perte d’informations du fait de signaux mal codés).
La distinction entre différents types d’information pose donc la question de
l’information pertinente à l’image du « marché pertinent » qui est constitutif de
cette gestion ciblée des connaissances.

Fondements de l’intelligence économique, B.. Bellon, ADIS, février 2002 17


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• WWW Virtual Library on Knowledge Management recommandé comme un des
meilleur site par Knowledge Management Review http://km.brint.com/ (également à:
http://www.brint.com/km/ )
• Le Think Tank du Knowledge Management "Virtual Community of Practice"
recommandé par Business Week, Fortune et Wall Street Journal
http://forums.brint.com/
• KMWorld: http://www.kmworld.com/
• Knowledge Management Magazine:
http://www.destinationcrm.com/km/dcrm_km_index.asp

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