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Défis de l'heure dans les différents métiers de l'ingénieur civil congolais dans
le contexte de la mondialisation -Cas des opérations minières et
métallurgiques de Frontier SA

Conference Paper · June 2019

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Chriss Kabongo
University of Birmingham
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Défis de l’heure dans les différents métiers de l’ingénieur civil congolais dans le contexte de la mondialisation

Défis de l’heure dans les différents métiers de


l’ingénieur civil congolais dans le contexte de la
mondialisation – Cas des opérations minières et
métallurgiques de Frontier SA

Par les ingénieurs civils de l’entreprise minière Frontier SA

Chriss Kabongo, Jacky Bongo, Patrick Chey, Mayeba Nkonde et Daddy Mutund

Avec la participation de

Francis Tshipeng, Désiré Kibelushi, Daniel Kindionga, Guelord Mukeba, Kalaba


Mulewa, Jean Marc Nkomba, Dommy Banza, Dede Kiwanda, Raphael Mukend,
Martin Kisumpa, Serge Fariala, Elie Kalenga, David Ilunga, Etienne Ilunga et Karel
Nkale)

Cette communication est présentée sous le format appelé « SCQARE report ». A savoir :
Situation, Concern (Problematique), Question, Answer (Reponse), Rational (Justification
logique), Ethics (Ethique).

Abstract
L’ingénieur civil dans ses différents métiers est appelé à répondre aux besoins de la société
en général et particulièrement dans le secteur industriel, minier. Ces métiers s’étendent du
suivi de la production dans la mine à ciel ouvert et souterraine, l’usine métallurgique et la
gestion de ses déchets ; mais aussi la planification de la production, la maintenance des
infrastructures, l’amélioration continue de la performance, la conception des systèmes
innovants, la construction et la mise en service des équipements, la planification des besoins
en capitaux à long terme, l’optimisation des couts opératoires, voire plus.
Dans le contexte actuel marqué par la mondialisation des métiers, l’évolution technologique
permanente, et une disponibilité plus accrue des connaissances, l’ingénieur civil congolais
se retrouve à la fois en concurrence avec ses pairs d’autres cieux, mais est aussi appelé à
travailler constamment à distance avec eux. Eu égard à ce qui précède, il est impératif que
l’écart entre les compétences académiques et les compétences professionnelles soit le plus
réduit possible afin de pouvoir s’aligner aux besoins réels du monde industriel caractérisé
Défis de l’heure dans les différents métiers de l’ingénieur civil congolais dans le contexte de la mondialisation

par des avancées technologiques continuelles. La réduction de cet écart n’est possible qu’à
travers le renforcement du système éducatif dont sa rénovation doit partir de l’analyse
minutieuse du secteur industriel dans lequel œuvre ou est appelé à œuvrer l’ingénieur civil.
Il convient donc qu’en plus d’avoir une formation adéquate, il se remette continuellement à
niveau et se dote d’aptitudes managériales, organisationnelles, relationnelles et
communicationnelles à même de le hisser à des postes de responsabilités et de prise de
décisions. En plus de compter sur ses efforts personnels, les lois sont censées le protéger sur
le marché local de l’emploi et dans ses initiatives entrepreneuriales vis-à-vis de cette
concurrence comme c’est le cas sous d’autres cieux.
Eu égard à ce qui précède, nous soulevons quelques questions importantes à savoir :
l’ingénieur civil congolais actuel est-il suffisamment outillé pour affronter ces défis ? Quels
sont les besoins en terme de formation au vu de la demande actuelle et future probable ?
L’ingénieur civil congolais est-il suffisamment protégé par les lois du pays ?
Nous présentons dans la suite quelques cas concrets des défis auxquels fait face l’ingénieur
civil d’aujourd’hui dans le secteur minier ainsi que les exigences à la fois en terme de
formation et de développement personnels ainsi que les attentes vis-à-vis des pouvoirs
publics.
Mots Clés :
- Ingénieur Civil – Défi - Formation de l’ingénieur - Besoins de l’entreprise –
Mondialisation - Cadre légal et règlementaire de l’exercice du métier de l’ingénieur
Défis de l’heure dans les différents métiers de l’ingénieur civil congolais dans le contexte de la mondialisation

1. Situation
Le ministère de l’enseignement supérieur et universitaire organise diverses filières de
formation de l’ingénieur en vue d’équiper l’élite congolaise pour faire face non seulement
aux besoins imminents de la société mais aussi accompagner cette dernière dans sa
marche vers un développement durable avec un minimum de tort à son environnement.
L’ingénieur civil se démarque en ce sens qu’il a été formé non seulement comme vecteur
clé de production mais a aussi été doté des atouts de concepteur, de planificateur, de
formateur ainsi que ceux managérial et communicationnels pour ainsi apporter des
solutions techniques aux besoins de son environnement. Pour répondre à ses objectifs de
production et d’extension de ses projets, l’entreprise FRONTIER SA organisée sous divers
départements, emploie plus d’une dizaine d’ingénieurs civil œuvrant aux côtés d’autres
ingénieurs tant nationaux qu’expatriés dans un contexte de défis majeurs en vue
d’assurer sa chaine de production et ainsi satisfaire aux attentes de l’employeur qui du
reste est un partenaire peu complaisant eu égards aux investissements énormes mis en
jeux pour atteindre les objectifs qu’il s’est assigné.
La formation de l’ingénieur civil congolais entraine des responsabilités partagées d’une
part des institutions académiques sources incontournables du savoir et d’autre part des
entreprises cadre d’épanouissement scientifique du candidat ingénieur. Cette formation
passe par un programme non seulement inclusif mais surtout taillée sur mesure en vue
d’équiper l’ingénieur de connaissances suffisantes et ainsi espérer réduire l’écart entre
les compétences académiques et les compétences professionnelles afin de pouvoir
s’aligner aux besoins réels du monde industriel caractérisé par des avancées
technologiques et autres, continuelles.
Dans le cadre du renforcement des capacités du candidat ingénieur et des chercheurs,
l’entreprise FRONTIER SA a toujours été ouverte au partenariat avec l’université de
Lubumbashi. Il convient de souligner que l’ingénieur congolais est appelé à passer par
des remises à niveau périodiques au travers des conférences d’échanges scientifiques des
produits de recherche, des cours spécialisés, des formations diverses et ce n’est à ce prix
que l’ingénieur pourrait constamment être compétitif dans son milieu professionnel.
Cette obligation de compétitivité est devenue de plus en plus accrue avec la globalisation
que vit le monde depuis une vingtaine d’années.

2. Problématique (Concern)
La mondialisation que la planète vit et subi depuis la décennie quatre-vingt-dix a
profondément transformé le monde dans lequel évolue l’ingénieur civil. De profondes
transformations ont lieu, qui commandent une adaptation permanente pour les
ingénieurs déjà diplômés et une nouvelle façon d’envisager la formation et l’intégration
des futures élites.
Les conséquences les plus prégnantes de la mondialisation et de l’ouverture des
frontières physiques et immatérielles sont notamment : la circulation des personnes,
Défis de l’heure dans les différents métiers de l’ingénieur civil congolais dans le contexte de la mondialisation

l’accès à l’information, le télétravail (travail à distance), la mutualisation des couts, le


décloisonnement des marchés, les délocalisations des moyens de production, etc.
Ces effets de la mondialisation se posent aux ingénieurs civils du monde entier et de tous
les secteurs d’activités sous la forme de défis à relever, à la fois pour continuer à
demeurer pertinents et compétitifs dans la société, s’adapter aux transformations
structurelles qui en découlent et léguer aux générations futures un cadre attractif pour
l’exercice de ce beau et noble métier.
Ces défis se posent avec d’autant plus d’acuité aux ingénieurs civils congolais au vu
particulièrement de la situation de pays pauvre aux institutions faibles, aux politiques
publiques déficientes et aux infrastructures précaires que constitue notre pays. A
l’intérieur du territoire national, ces défis se vivent différemment selon le lieu de
l’exercice de la profession, le secteur d’activité et l’entreprise où les ingénieurs sont
employés (dans le cas où ils le sont).
Dans cette communication, nous avons choisis de partager l’expérience des ingénieurs
civils évoluant au sein de la Société FRONTIER SA basée dans le territoire de Sakania dans
la Province du Haut-Katanga. L’entreprise qui est en production depuis 2007 emploie 20
ingénieurs civils dont 9 Ingénieurs civils des Mines, 5 Ingénieurs civils Métallurgistes, 1
Ingénieur civil Chimiste, 5 Ingénieurs civils Electromécaniciens. L’effectif total des
employés de l’entreprise étant d’environs 700 agents sur un total de 2000 agents
répertoriés sur le site (Contractants compris).

3. Question
Le décor planté ci-haut et le diagnostic relatif à la situation à laquelle fait face l’ingénieur
civil congolais appelle quelques questions de fonds dont notamment :
• Quels sont les différents types de défis auxquels l’ingénieur civil est réellement
confronté ?
• L’ingénieur civil congolais est-il suffisamment outillé au sortir de l’université pour
faire face à ces défis ?
• Quelles orientations peuvent être envisagées pour remédier aux écueils
éventuels ?
• Comment ces défis se posent-ils au sein de Frontier SA et de quelle façon sont-ils
pris en charge ?

4. Réponse (Answer)
Les défis que rencontrent les ingénieurs civils sont de plusieurs ordres et sont
intimement liés à ceux que rencontrent les entreprises ou les entrepreneurs dans le
monde d’aujourd’hui. Ils peuvent être catégorisés en défis d’ordre général qui se posent
aux ingénieurs dans l’exercice de leur profession quels que soient leur filière et le métier
qu’ils exercent, d’une part, et en défis plus spécifiques d’autre part.
Défis de l’heure dans les différents métiers de l’ingénieur civil congolais dans le contexte de la mondialisation

Dans les lignes qui suivent, nous discutons des défis qui se posent aux ingénieurs civils
tels que vécus par vos collègues de FRONTIER SA à la lumière du paradigme de la
mondialisation et de l’évolution sociétale déjà circonscrits plus haut ; et en même temps
analysons la situation de l’adéquation de la formation de l’ingénieur face aux défis de
l’heure.

4.1. Défis d’ordre général


Les défis d’ordre général qui se posent sont épinglés et discutés ci-dessous :

• Le cadre législatif et réglementaire : Ce cadre a connu une évolution décisive


avec la promulgation récente de la loi No 18/033 du 13 Décembre 2018 portant
création, organisation et fonctionnement de l’Ordre National des Ingénieurs Civils
(ONICIV). Néanmoins, la mise en place de l’organisation est encore en chantier et
nous nous félicitons des efforts déployés pour sa matérialisation. Ce cadre devrait
permettre de clarifier au minimum : les conditions d’exercice de la profession
d’ingénieur civil, les types de responsabilités à lui assigner, la protection légale, les
rapports hiérarchiques dans les unités industrielles, ainsi que l’immixtion légitime
de l’Ordre dans les procédures disciplinaires visant les ingénieurs civils pour les
fautes commises dans l’exercice de leur fonction.
• La culture et l’environnement multiculturel : Quoique cela soit parfois vu et
ressenti comme de la concurrence, il est inimaginable aujourd’hui d’envisager
l’exercice de la profession d’ingénieur en vase clos sur le territoire national. La
venue des ingénieurs émanant des autres coins du monde doit être considérée
comme une opportunité d’échange de compétences et de brassage culturel. En
effet, la pratique et l’expérience ont démontré qu’une synergie positive se dégage
là où plusieurs personnes de cultures différentes s’associent pour atteindre un
objectif commun. Cet état de choses a aussi le mérite de préparer ceux des
collègues ingénieurs civils qui envisagent une carrière en dehors du pays, à
s’intégrer dans des cultures différentes.
• L’acquisition et le développement des compétences : De notre point de vue, le
niveau général des ingénieurs civils congolais est bon. Beaucoup d’entre nous en
avons fait l’agréable expérience en nous frottant aux professionnels d’autres pays.
Il n’en demeure pas moins que le développement des compétences demeure une
quête continue et même une obligation pour relever les challenges d’un monde en
pleine mutation. S’il est une obligation légale pour les entreprises établie en RDC
d’assurer la formation de leur personnel, il est un fait que trouver sur place des
formations qualitatives pour les ingénieurs qui ont déjà plusieurs années
d’exercice s’avère être parfois difficile. Il est recommandé ici que l’Université de
Lubumbashi renforce son partenariat avec les entreprises afin notamment
d’informer régulièrement celles-ci des nouvelles compétences acquises
(Nouveaux Docteurs), nouveaux équipements, nouvelles publications, etc.
susceptibles de susciter l’intérêt des professionnels de l’industrie. De même,
l’ONICIV devrait songer à se doter d’un département de formation afin de faciliter
la formation de haut niveau et le développement des compétences. A FRONTIER
Défis de l’heure dans les différents métiers de l’ingénieur civil congolais dans le contexte de la mondialisation

SA, un bon nombre d’ingénieurs civils ont entrepris de compléter leurs


connaissances et de développer leurs compétences en administration des affaires
(Business Administration) et en Engineering (Maitrise) avec un soutien moral de
la société notamment en ce qui concerne l’accès aux données. A ce jour, quelques
collègues sont sur le point d’obtenir leurs MBA et Master en Engineering, et
d’autres envisagent de commencer ces programmes.
Le volet relatif à la formation et au développement des compétences est abordé
avec plus de détails plus loin dans la présente communication.
• Accès aux postes de gouvernance et de gestionnaire d’entreprise (Board and
Excom) : Dans la plupart des entreprises avec conseil d’administration et même
du secteur industriel, les sièges dans les comités de direction et aux conseils
d’administration ne sont pas octroyés systématiquement aux ingénieurs civils. S’il
est vrai que la composition de ces organes dépend avant tout des actionnaires, il
n’en demeure pas moins que la diversité des compétences au sein de ces organes
est souvent un des facteurs de la qualité des décisions, et de la conception et la
validation des stratégies du business. C’est ici le lieu de plaider pour une plus
grande représentation de l’ingénieur civil congolais au sein des organes de
gouvernance et de gestion des entreprises, surtout celles du secteur industriel. La
Faculté polytechnique et l’ONICIV devraient initier une réflexion afin de faire de la
présence des ingénieurs civils congolais dans les comités de gestion et les conseils
d’administration de certains types d’entreprise, une obligation légale et une
obligation de conformité sur le modèle du BBEEE en Afrique du Sud par exemple.
Il appartient cependant aussi aux ingénieurs civils d’être à la hauteur et de briser
le « plafond de verre ».
• L’innovation et l’économie circulaire : A l’exception des entreprises de services
et de fourniture des consommables, un bon nombre des entreprises industriels de
la région n’évoluent pas sur un marché compétitifs. Cette situation les rend parfois
nonchalantes lorsqu’il s’agit d’apporter des innovations à leurs opérations. A tout
le moins les innovations sont conduites à partir de l’extérieur et ne constituent pas
toujours une culture d’entreprise et une occasion de transfert de connaissances. Il
est important que dans la quête de l’excellence opérationnelle, les ingénieurs civils
fassent de l’innovation un élément à part entière de leur culture, de même que la
faculté devrait mettre un accent sur l’innovation dans la formation. De la même
manière, il est essentiel que dans le cadre de la protection de l’environnement, la
gestion des déchets et la préservation des ressources de la planète, les ingénieurs
civils soient formés aux concepts et à la pratique de l’économie circulaire qui
prône le recyclage et l’optimisation des pertes et des déchets.
• Les possibilités d’investissement, d’acquisition des actions (shares) et de
financement : Le secteur privé congolais offre très peu de possibilités
d’investissements faute d’avoir sur la place de Lubumbashi ou de Kinshasa par
exemple un marché boursier. Les politiques publiques doivent conduire à la
création de bourses de valeurs en RDC de sorte que les ingénieurs civils puissent
investir individuellement ou collectivement ou pouvoir lever des fonds pour leurs
projets via l’introduction en bourse. Dans le même ordre d’idées, les possibilités
Défis de l’heure dans les différents métiers de l’ingénieur civil congolais dans le contexte de la mondialisation

de financement pour les créateurs d’entreprise et les jeunes entrepreneurs sont


parfois limitées et les portes des banques closes faute pour les ingénieurs de
justifier de connaissances solides en finances, en stratégie des affaires et gestion
des projets. Nous devons tous songer à renforcer ces compétences à la fois aux
plans théorique et pratique.

4.2. Défis d’ordre spécifiques


Quelques défis d’ordre spécifique aux opérations et à la chaine de valeur de FRONTIER
SA sont présentés dans les lignes qui suivent :

4.2.1. Automatisation et contrôle des processus métallurgiques


Le renforcement d’une coopération permanente entre les universités et les industriels est
indispensable en vue d’assurer aux futurs ingénieurs une formation équilibrée leur
donnant ainsi de la valeur sur le marché de l’emploi afin d’être en concurrence avec leurs
paires d’autres cieux.
La figure 1 ci-dessous regroupe quelques défis majeurs rencontrés par l’industriel parmi
lesquels la disponibilité d’expertise n’en est pas des moindres ( (FLSmidth, 2018).

Coût élevé de Marchés


l’énergie Forte fluctuants
concurrence
Rareté du personnel
qualifié et expérimenté

Emplacement
éloigné

Figure1. Défis majeurs de l’industriel

Dans le cadre du renforcement des capacités du candidat ingénieur et chercheur,


l’entreprise Frontier SA a toujours été ouverte au partenariat avec les Universités de la
région. Dans ce cadre, nous reconnaissons que l’ingénieur congolais est aussi appelé à
passer par des remises à niveau périodiques au travers des conférences d’échanges
scientifiques sur des produits de recherche, des cours spécialisés, des formations
Défis de l’heure dans les différents métiers de l’ingénieur civil congolais dans le contexte de la mondialisation

diverses et ce n’est qu’à ce prix que l’ingénieur pourrait maintenir sa compétitivité dans
son milieu professionnel. Pour l’ingénieur qui est appelé à se mettre constamment à
niveau, les relations Université-Industrie deviennent le creuset qui lui permette
d’éliminer l’écart entre les connaissances théoriques et les besoins en connaissances
pratiques de sa profession.
A titre illustratif, le cours d’automatisation des processus métallurgique dispensé par la
faculté polytechnique pose des bases essentielles offrant la possibilité de développer des
modèles mathématiques de simulations de contrôle des processus pouvant aller du
‘‘single input-out control’’ aux contrôles plus complexes, tenant en compte des
perturbations peu prédictives du système. L’un des modèles avancés de control, appelé
PXP, développé par l’entreprise FLSmidth et rendu opérationnel grâce aux ingénieurs de
Frontier SA a permis des améliorations considérables des opérations métallurgiques du
circuit de broyage et de flottation. Ce modèle a permis d’aller d’un control traditionnel
simple (P&ID) à un contrôle plus complexe et prédictif des processus ; ce qui a permis
une amélioration du tonnage alimenté à l’usine de broyage de 15%, du rendement de
récupération métal de plus de 2% et de la qualité du concentré de cuivre. La figure 2
donne un schéma d’approche du problème rencontré (FLSmidth, 2018).

Les processus connaissent differentes conditions


operatoire et perturbations

Nécessité de modeliser les processus

Contrôle traditionel (PIDs) accuse des insuffisances

Nécessité d'un système stratégique de contrôle des


multiple variables

Figure2. Etapes d’optimisation des processus automatique

Ainsi l’innovation technologique et l’amélioration des techniques et des procédés


peuvent contribuer à la préservation des ressources primaires des matières premières.
L’accent doit être mis sur l’amélioration des procédés existant, l’optimisation des
performances, et la conception de techniques novatrices qui non seulement minimisent
les pertes dans les rejets, mais bien plus augmente la rentabilité du procédé tout en
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demeurant dans les bornes de la législation environnementale en la matière (Wills,


1997).

4.2.2. Ingénierie et maintenance


Les défis liés à l’ingénierie et la maintenance ont été abordés sous l’angle de la conception,
la construction, la mise en service et la maintenance. Ils sont discutés dans les lignes qui
suivent.
Défis de l’heure dans les différents métiers de l’ingénieur civil congolais dans le contexte de la mondialisation

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Les métiers, qui concernent la conception des structures et infrastructures, la


construction, l’assurance et le contrôle de qualité, la mise en service, la maintenance et
l’amélioration continue de la performance et entre autre la commande automatisée des
installations, exigent en général la même formation de base dans des domaines tels que
le génie civil, électrique, mécanique, électromécanique, électronique et informatique. La
République Démocratique du Congo forme à ce jour des ingénieurs civils dans tous ces
domaines.
Dans les lignes qui suivent, nous décrirons les différentes exigences que nous avons pu
épingler concernant ces métiers dans le milieu industriel.
4.2.2.1. Conception, Construction Et Mise En Service
« Les meilleurs pratiques en terme de conception, construction et mise en service d’un
équipement, une machine ou encore une infrastructure neuve, exigent que plusieurs
mesures soient prises afin de s’assurer que le produit du projet satisfasse à son besoin
initial. Ces mesures consistent, entre autre, à recueillir les besoins et exigences auprès de
toutes les parties prenantes, leurs attentes, les réalités du terrain et son environnement,
des conditions d’utilisation futures, des besoins futurs en maintenance, l’estimation
initiale du budget disponible à utiliser, toute contrainte d’ordre technique, sécuritaire ou
environnemental, etc. A l’issue de cet exercice sera établi un cahier des charges complet,
un plan ou calendrier d’exécution et un budget précis qui devront être suivi
continuellement durant l’exécution du travail afin de s’assurer que le produit est
conforme à la qualité préétablie et qu’il a été réalisé dans le temps et sans dépassement
du budget alloué » (Project Management Institute, 2017).
Prenons l’exemple du projet de la conception, la construction et la mise en service de la
station de pompage de Frontier SA appelée à soutirer jusqu’à un débit de 6300 m3/h
d’une profondeur de 300 mètres sur une plateforme d’une largeur maximale de 38
mètres et une longueur pouvant aller jusqu’à 200 mètres. Les tuyaux de décharge d’eau
et l’alimentation en énergie électrique devraient être reliés respectivement au bassin
d’eau et au réseau de distribution bouclé tous situés à la surface. Durant sa vie, la station
de pompage sera sujet aux vibrations et jets de particules solides de dimensions diverses
suite au minage et devrait de temps à autre évacuer une eau boueuse.
Après collection des données techniques, environnementales et sécuritaires en plus de
toutes les autres contraintes, un projet comme celui exige d’un ingénieur civil une
approche pluridisciplinaire malgré sa formation de base spécifique et des compétences
interpersonnelles lui permettant de travailler dans une équipe tout en atteignant ses
objectifs personnels.
Il faudrait donc dimensionner un système qui puisse être en mesure d’évacuer la quantité
d’eau voulue tout en offrant une maintenabilité suffisante, c.-à-d. offrant une bonne
redondance avec par exemple plusieurs pompes en parallèles mais aussi des systèmes
Diesel pouvant être utilisés en cas d’interruption de l’alimentation électrique du secteur.
En plus, les équipements choisis devraient convenir sur la plateforme disponible tout en
étant suffisamment bien positionnés pour ne pas gêner un quelconque autre système. Ils
Défis de l’heure dans les différents métiers de l’ingénieur civil congolais dans le contexte de la mondialisation

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devraient aussi tenir compte d’une route d’accès pour les grues, camions et autres engins
durant les constructions mais aussi lors de la maintenance future. Au final, le choix des
équipements, leurs dimensions, positionnement et protection devraient tenir compte des
activités futures de minage et supporter la poussière et les boues dues au chargement et
transport du minerai (voir figure 3).
Eu égard à ce qui précède, il convient que l’ingénieur civil selon sa discipline soit
théoriquement, techniquement et pratiquement aguerri ; qu’il ait un esprit très ouvert et
critique. Il faut, en plus, qu’il maîtrise l’outil informatique et les logiciels de conception et
de dessin, qu’il ait une bonne interprétation des schémas et des capacités élevées en
calculs et dimensionnement des pompes, tuyauteries, moteurs électriques, câbles,
transformateurs, disjoncteurs, sectionneurs, vannes, etc. Tout cela, sachant que tout
calcul approximatif, choix erroné ou mauvaise interprétation entrainerait un échec
probable du projet et affecterait la production minière dont le timing est lié au temps de
construction et à l’espace occupé par les infrastructures d’exhaure.

Figure 3. Vue de la station de pompage de Frontier SA

Dans la pratique, plusieurs difficultés ont été rencontrées pour dénicher sur le marché
des ingénieurs civils bien équipés à la fois dans la conception mais aussi dans la
supervision méticuleuse et exigeante des travaux de constructions comme ceux décrits
ci-haut afin d’obtenir un produit atteignant la qualité requise.
4.2.2.2. Maintenance Industrielle
« La maintenance dans le milieu industriel doit se faire de telle sorte que la disponibilité
des équipements soit optimale c.-à-d. la plus élevée possible tout en s’assurant de la
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fiabilité des infrastructures. Ceci exige donc une maintenabilité élevée, c.-à-d. une durée
de maintenance réduite, tout en s’assurant que les machines fonctionnent en gardant un
environnement de travail sécuritaire c.-à-d. la sureté de fonctionnement » (Avizienis,
Laprie, & Randell, 2016, pp. 5-6, 10).
Lorsque les installations sont neuves, il convient que l’ingénieur civil mette en place un
programme de maintenance adéquat pour atteindre les objectifs cités ci-haut. Ceci
combine à la fois les recommandations du constructeur des équipements ainsi que des
considérations supplémentaires tels les exigences climatiques du milieu, les conditions
réelles d’utilisation de ces machines qui sont rarement conformes aux conditions prévues
par le concepteur, etc. Ceci exige de l’intéressé plusieurs atouts tels qu’une maitrise
poussée des notions théoriques, une bonne expérience, une capacité élevée de jugement,
une bonne maitrise de l’outil informatique et des techniques d’ordonnancement ainsi que
des aptitudes relationnelles, communicationnelles et organisationnelles considérables
sachant qu’il est appelé à interpréter des documents techniques le plus souvent en langue
anglaise, collaborer avec les équipes de projet, etc.
Une fois que le programme de maintenance est mis en place ou dans le cas d’une
installation déjà en fonctionnement, le concerné est appelé à s’assurer d’une maintenance
de bonne qualité qui se traduit d’une manière simple par « l’élimination des pannes et
travaux répétitifs » (Campbell, Jardine, & McGlynn, 2011, p. 75). Ceci consistera à évaluer
continuellement le programme de maintenance établi et l’adapter aux nouvelles
contraintes de production. Ce programme doit intégrer tous les aspects y compris la
maintenance préventive, prédictive, curative, etc. Un tel programme inclut, entre autres,
les inspections, les analyses des vibrations, des huiles pour les machines en mouvement
et les transformateurs, l’enregistrement du son, une surveillance thermographique de
potentiels points chauds, etc. aussi et surtout leur interprétation (voir figure 4). Il est
donc exigé, une fois de plus, une connaissance poussée des sciences de l’ingénieur, un
esprit suffisamment critique, la maitrise de l’outil informatique et l’utilisation des
logiciels récents et l’aptitude de communication avec toutes les parties prenantes
localement et globalement pour le besoin de la cause.
De manière générale, l’ingénieur civil est appelé à travailler avec sa hiérarchie, ses
collègues et collaborateurs, des sous-traitances expertes dans la matière ainsi que le
fabricant des équipements concernés pour atteindre les objectifs décrits ci-haut. Ceci
apporte des considérations supplémentaires, en considérant que les parties prenantes ne
sont pas basées sur un espace géographique commun ; étant éparpillées sur le globe,
ayant des origines diverses, ayant bénéficié de formations variées et étant exposés à des
évolutions technologiques illimitées et caractérisées par l’innovation incessante.
La maintenance centrée sur la fiabilité est utilisée pour optimiser les stratégies de
maintenance préventive. Elle opère en optimisant les coûts de maintenance corrective
élevés avec le coût des stratégies programmées (préventives ou prédictives).
Suivant le cas, il est souhaitable de les mettre sous surveillance et, à partir de là, de
décider d’une intervention lorsqu’un certain seuil est atteint. Mais les contrôles
demeurent systématiques et font partie des moyens de contrôle non destructifs. Cette
Défis de l’heure dans les différents métiers de l’ingénieur civil congolais dans le contexte de la mondialisation

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maintenance préventive conditionnelle se fait par des mesures pertinentes sur le


matériel en fonctionnement.
Pratiquement parlant, il convient de relever que la maintenance prédictive, basée sur la
condition des équipements considérés, a pris une grande ampleur dans l’industrie. A
Frontier SA elle consiste au prélèvement des signaux vibratoires, des échantillons des
huiles de lubrifications et diélectriques des transformateurs, températures des paliers et
des points chauds des circuits électriques, alignements tant parallèles qu’angulaires des
arbres, etc., ainsi que leur interprétation correcte suivie des recommandations des
mesures préventives ou correctives selon le cas.
La majorité de ces méthodes sont étudiées dans le cursus normal de l’ingénieur civil
congolais néanmoins, ce dernier est moins exposé à leur application pratique afin qu’il
soit directement utile à son employeur dès qu’il intègre le milieu industriel.

Figure 4. Signaux vibratoires du moteur d’un concasseur giratoire

4.2.2.3. Recommandations
Eu égard à ce qui précède, il ressort que les exigences actuelles du milieu industriel sont
énormes vu le niveau d’automatisation, régulation, numérisation, digitalisation et de
traitement de « big data » que prennent les usines d’aujourd’hui d’une part et de demain
de l’autre. Néanmoins, un bon nombre d’ingénieurs civils prestant actuellement dans le
secteur industriel s’adapte tant bien que mal à cette demande mais se voit obligé de se
remettre continuellement à niveau pour prôner et renforcer la culture d’une amélioration
continuelle. Plusieurs étudiants ayant été reçus lors de stages et travaux de recherches
scientifiques ont semblé accuser des insuffisances parfois considérables, premièrement
sur le plan théorique mais ensuite communicationnelles puis finalement en terme de
l’utilisation de l’outil informatique et des appareils de mesure, entre autres.
Défis de l’heure dans les différents métiers de l’ingénieur civil congolais dans le contexte de la mondialisation

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Une des faiblesses du milieu industriel actuel est qu’il exige au candidat postulant et au
nouvel employé d’avoir au préalable obtenu une expérience professionnelle sinon une
connaissance pratique du milieu professionnel. De ce fait, il est recommandé à l’ingénieur
civil congolais de demain de se munir d’un bagage bien plus fourni que celui de ses ainés
s’il veut s’intégrer, s’adapter et se positionner dans les domaines de son métier.
De ce fait, il est impératif d’insister sur l’aspect pratique dans la formation de l’ingénieur
civil. L’une des manières de le faire et de s’assurer qu’il ait au moins un travail pratique
côté dérivant de la théorie apprise dans la plupart de ses cours et que les projets de fin
de cycles et d’études fassent l’objet d’une réalisation pratique et vérifiable permettant
réellement de transformer son auteur.
Compétences théoriques et pratiques requises pour faire face aux techniques de
maintenance prédictive
✓ Avoir les compétences en informatique spécialement sur certains logiciels
✓ Avoir les compétences en analyse des signaux vibratoires
✓ Avoir les compétences en thermographie
✓ Avoir les compétences en analyse des huiles, etc.
✓ Avoir les compétences aussi en anglais car une bonne documentation est plus
trouvable en anglais qu’en français.
Les ingénieurs civils mécaniciens, électromécaniciens et électriciens dans leur
programme pourraient avoir des compétences requises pour faire face à ces techniques.
En effet, la formation théorique que ces ingénieurs reçoivent est aussi bien efficace que
cohérente pour leur permettre de bien mener ces méthodes à un résultat probant.
Les compétences de l’ingénieur civil congolais
En général, les ingénieurs civils congolais ont des compétences plus ou moins
généralistes et purement théoriques dans les domaines précités. Il en ressort alors un
écart entre les compétences exigées et celles que l’ingénieur civil congolais possède pour
mener à bien ces méthodes appliquées en maintenance prédictive.
Cet écart pourra être supprimé par une stratégie à court, moyen et long terme de la
manière ci-après :
Court terme
✓ Renforcer les considérations théoriques dans ces domaines.
✓ Maitriser avec pratique à l’appui les appareils et machines que la maintenance
prédictive utilise et que les laboratoires et ateliers des universités possèdent ;
Moyen terme
✓ Exiger que tous les projets que les étudiants réalisent dans ces domaines soient
pratiques et publiés ;
✓ Encourager les étudiants à choisir des thèmes dans ces domaines de maintenance
prédictive ;
Défis de l’heure dans les différents métiers de l’ingénieur civil congolais dans le contexte de la mondialisation

15

✓ Entretenir la culture de l’amélioration continue.


Long terme
✓ Equiper les laboratoires des équipements récents pour être à la pointe en termes
de technologie ;
✓ Renforcer la collaboration entre le secteur industriel privé et l’université ;
✓ Augmenter le budget alloué a la recherche pour que l’ingénieur congolais soit au
fait des technologies récentes et, pourquoi pas ? se plonger lui-même dans
l’innovation.

4.2.3. Formation et développement des compétences


Les défis relatifs à la formation et au développement des compétences sont de deux
ordres à savoir : l’écart des compétences dans le métier d’ingénieur civil (skills gap) d’une
part et le plan de succession ou de relève d’autre part.
Afin de pouvoir bien comprendre ce défi portant sur les limites de compétences de
l’ingénieur civil dans le secteur industriel en général et chez Frontier en particulier, nous
nous sommes proposés de commencer par aborder la notion de compétence que nous
définissons comme étant : l’ensemble des savoir, savoir-faire, savoir-faire-faire, savoir
être, vouloir être, qui permettent à un individu d’agir efficacement dans un métier donné.
L’ingénieur civil est un produit d’un établissement universitaire auquel il doit à la fois, les
connaissances et savoirs académiques nécessaires pour exercer son métier d’ingénieur
civil. Il y a lieu de considérer aussi la notion d’écart de compétences (Ec) qui n’est rien
d’autre que la différence entre le niveau de compétence de l’ingénieur civil a l’état initial
(Iro) soit à la sortie de l’université/polytechnique ou à son état actuel (Ira ) après avoir
acquis une certaine expérience professionnelle ; et le niveau de compétences désirées
(Cde) par l’employeur afin de pouvoir réaliser les tâches répertoriées pour un emploi
donné d’ingénieur civil.
Ec=Cde - (C Iro + C Ira)

De ce qui précède, nous considérons la compétence d’un ingénieur civil comme étant
cette capacité à mobiliser ses connaissances et savoirs académique et professionnels de
manière à exécuter les différentes tâches dans son emploi d’ingénieur civil.
Cette capacité mobilisatrice est fonction d’une part du niveau des connaissances acquises
à l’université, de la détermination de l’ingénieur ainsi que des conditions de travail mises
en place par son employeur et les pouvoirs publics. Cela est illustré par le diagramme de
Venn ci-dessous dans lequel interagissent 3 acteurs à savoir : l’ingénieur Civil,
l’université, l’industrie ainsi que L’Etat congolais (voir figure 5).
Défis de l’heure dans les différents métiers de l’ingénieur civil congolais dans le contexte de la mondialisation

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INGENIEUR CIVIL UNIVERSITE

…….

INDUSTRIE

POUVOIRS PUBLICS

Figure 5. Diagramme de Venn illustrant les relations entre l’ingénieur civil, l’université, l’industrie et l’Etat

Chacun de ces acteurs est susceptible d’accuser des faiblesses qui peuvent limiter les
compétences de l’ingénieur civil qui est censé faire preuve de maitrise des compétences
requises dans son métier d’ingénieur civil. Ainsi, en vue d’agrandir le champ des
compétences, nous avons répertorié dans le tableau I en annexe, quelques faiblesses qui
concernent les trois acteurs susmentionnés ainsi que les actions correspondantes qui
doivent être prises pour minimiser les écarts des compétences dans le métier d’ingénieur
civil. Ces faiblesses sont : le manque de curiosité scientifique, le complexe de supériorité,
la mauvaise gestion de l’information, l’emprisonnement de l’ingénieur civil dans la
routine de son métier, le manque de clarté dans la définition des objectifs des
programmes de formation académique, le chômage, le faible financement du secteur de
la recherche. L’ingénieur civil congolais lui-même, l’industrie, l’Université et l’Etat ont été
identifié comme étant les acteurs clé du processus de correction de ces faiblesses (Cfr.
Tableau 1).
En plus des acteurs repris dans le diagramme de Venn illustré à la figure 1 ci-dessus, dans
le tableau II en annexe, nous avons défini différents domaines de collaboration entre les
trois acteurs et formulé des propositions de quelques éléments sur lesquels portera cette
collaboration. Bien entendu, une franche collaboration entre les trois acteurs contribuera
sensiblement à la réduction des écarts de compétences dans le métier d’ingénieur civil.
De même, en vue de garantir un bon plan de carrière de l’ingénieur civil au sein de
l’entreprise, il est important que cette dernière mette en place un plan de succession qui
permettra à l’ingénieur civil de se hisser aux postes de responsabilités et de décision. Ce
plan de succession consiste à :
a) Identifier les métiers critiques d’ingénieur civil au sein de l’entreprise ;
b) Identifier les occupants actuels de ces postes critiques identifiés ;
c) Constituer une base de données des candidats ingénieurs civils potentiels qui
peuvent occuper les emplois identifiés ;
Défis de l’heure dans les différents métiers de l’ingénieur civil congolais dans le contexte de la mondialisation

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d) Mobiliser toutes les ressources nécessaires qui entreront dans le développement


de performance des candidats identifiés
e) Planifier et lancer le développement des candidats
f) Sélectionner au moment opportun des candidats compétents qui peuvent
remplacer les travailleurs identifiés au point (b)

Dans le cas de Frontier, le plan de succession se fait partiellement et de manière


informelle notamment avec le programme d’intérim dont bénéficient quelques cadres de
collaboration et de direction. Pour garantir un plan de relève efficace, il est important de
pouvoir mettre en place un plan de succession systématique qui pourra garantir la suite
des activités en cas de démission d’un expert ou de l’expiration d’un permis de travail.
Donc une planification efficace du plan de succession profitera non seulement au duo
ingénieur civil-entreprise mais aussi à la nation congolaise d’autant plus que l’ingénieur
civil ayant subi ce processus de développement devient une ressource indispensable sur
laquelle la nation congolaise peut compter pour garantir son essor industriel.

5. Justification (Rationale)
Le présent document se veut à la fois un cas d’étude (case study) et aussi une contribution
et un partage d’expériences avec la communauté des ingénieurs civils. Il est important en
effet que les trois importantes institutions que sont l’Université, l’Ordre des ingénieurs
civils et l’industrie puissent évoluer en synergie de manière à relever les défis qui se
posent aux ingénieurs civils.
Nous avons choisi de présenter ces défis non seulement sous la forme d’obstacles
rencontrés dans l’exercice de la profession ou dans l’épanouissement de l’ingénieur civil,
mais bien plus sous la forme d’opportunités en soulignant à chaque fois ce qui peut être
fait afin de transformer le défi en succès pour le bien de la communauté des ingénieurs et
de la nation toute entière.

6. Ethique (Ethics)
L’éthique est définie par Blumberg et al. (2011) comme étant l’ensemble des normes et
codes de conduite qui guident nos choix moraux et notre comportement dans la société.
(Blumberg, Cooper, & Schindler, 2011). Velasquez et al. (2010) dans leur approche de
l’éthique professionnelle, ajoutent que la dimension éthique dans les choix, les décisions
et propositions s’analysent par la justice et l’équité dans le traitement des parties et aussi
dans l’absence ou non de tort que nos choix causent aux autres (Velasquez, Shanks, Andre,
& Meyer, 2010). Il est important de nos jours que tout travail scientifique soit passé sous
le crible de l’éthique afin de déterminer si les propositions et choix y contenus sont
moralement acceptables pour la société.
Défis de l’heure dans les différents métiers de l’ingénieur civil congolais dans le contexte de la mondialisation

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La plupart des choix et des propositions contenus dans la présente communication n’ont
pas d’implication éthique particulière. Néanmoins, les propositions relatives à
l’obligation légale à faire aux conseils d’administration et aux comités de gestion
d’accorder une préférence aux ingénieurs civils congolais peut être vue comme se faisant
au détriment des cadres exécutifs étrangers. En réalité, les contours de cette obligation
légale, si elle venait à être mise en place, devraient stipuler clairement à la fois la
préférence nationale et l’absence de discrimination. Le choix devant se faire uniquement
sur base des compétences et de l’expérience des candidats postulant pour un poste dans
ces organes de gouvernance et de gestion.

7. Conclusion
Dans les lignes précédentes, nous avons essayé de cerner l’environnement professionnel
de l’ingénieur civil congolais, avons identifié les défis auxquels il est confronté. Ces défis
ont été classifié en deux catégories à savoir : les défis d’ordre général et ceux d’ordre
spécifique basés sur le modèle de l’entreprise minière Frontier SA.

En réponse aux questions posés précédemment, afin de permettre à l’ingénieur civil


congolais à répondre à ses défis de manière sûre et efficace, il a été recommandé une
amélioration de la collaboration entre les quatre acteurs concernés qui sont l’ingénieur
civil lui-même, l’industrie (employeur), l’université et l’état congolais.

Ainsi, il est conseillé à l’ingénieur civil de développer continuellement ses compétences


afin de demeurer compétitif, à l’industrie de mettre à sa disposition un cadre de travail
adéquat, à l’université de s’assurer de la pertinence de ses programmes de formation et
de recherche pour répondre aux besoins de l’industrie et enfin aux pouvoirs publiques de
garantir la protection des métiers de l’ingénieur civil et s’appuyer sur ce dernier dans la
réalisation des grands travaux d’intérêt public.
Défis de l’heure dans les différents métiers de l’ingénieur civil congolais dans le contexte de la mondialisation

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Bibliographie
Avizienis, A., Laprie, J.-C., & Randell, B. (2016). Fundamental Concepts of Dependability.
Newcastle: Newcastle University. Retrieved from
https://pld.ttu.ee/IAF0530/16/avi1.pdf
Blumberg, B., Cooper, D. R., & Schindler, P. S. (2011). Business Research Methods.
London: McGraw-Hill Education.
Campbell, J. D., Jardine, A. K., & McGlynn, J. (2011). Asset Management Excellence:
Optimizing equipment life-cycle decision (2nd ed.). New York: CRC Press.
FLSmidth. (2018). Advanced process control for minerals applications.
Project Management Institute. (2017). Project Management Body of Knowledge (6th ed.).
Velasquez, M., Shanks, T., Andre, C., & Meyer, M. (2010). What is Ethics? (IIE, Ed.) Issues
in Ethics, 1(1).
Wills, B. A. (1997). Mineral Processing Technology (6th ed.). Musselburgh: Butterworth-
Heinemann.
Défis de l’heure dans les différents métiers de l’ingénieur civil congolais dans le contexte de la mondialisation

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Défis de l’heure dans les différents métiers de l’ingénieur civil congolais dans le contexte de la mondialisation

21

Annexes

TABLEAU I : QUELQUES FAIBLESSES ET RECOMMANDATIONS DE RENFORCEMENT DES COMPETENCE DE


L’INGENIEUR CIVIL.
Faiblesses Description Actions/Recommandation Acteur Concerné
1. Manque de Les connaissances et savoirs de l’ingénieur civil • Participer aux colloques L’ingénieur Civil.
curiosité s’émoussent par manque de curiosité scientifique scientifiques
scientifique laquelle curiosité doit se développer à travers les • Lire les revues scientifiques ;
colloques scientifiques, la lecture des revues • Initier des projets.
scientifiques, des visites des milieux
industriels…

2. Complexe de Cette faiblesse peut donner naissance au rejet de • Etre attentif à son L’ingénieur Civil.
supériorité l’ingénieur civil par son environnement. environnement immédiat. Se
L’environnement sous-entend : les collègues de servir de la maïeutique et de
services, les autres ingénieurs, les connaissances l’ironie socratique si nécessaire
du quartier… pour maximiser son savoir.
3. Mauvaise Dans le monde ou la concurrence technologique • Apprendre la gestion de L’université et
gestion de est sans précédent, il est indispensable que l’information. Savoir quand et l’ingénieur civil. les
l’information l’ingénieur civil apprenne à générer comment divulguer ses idées entreprises minières et
convenablement ses données. novatrices ; FRONTIER SA
• L’organisation par l’état des comporte un système
concours d’innovations afin adéquat de gestion de
que l’ingénieur civil trouve un l’information
cadre approprie pour exposer
son talent ;
Défis de l’heure dans les différents métiers de l’ingénieur civil congolais dans le contexte de la mondialisation

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• Mettre en place des lois


rigoureuses qui protègent les
patrimoines scientifiques mis
en place par l’ingénieur civil.
4. Emprisonnement La routine du métier réduit les champs de • “Think out of the box” sortir • L’ingénieur
de l’ingénieur développement de l’ingénieur et conduit à de la routine de son métier. Civil et
civil dans la l’émoussement de sa perspicacité scientifique et • S’intéresser aux revues L’industrie
routine de son professionnelle. scientifiques, colloques (employeur)
métier. scientifiques… • L’état congolais
• Proposer d’autres méthodes de (inspection du
travail, innover… travail)
• Voyager et visiter les industries
et universités de par le monde.
• L’entreprise doit mettre en
place un bon système de
gestion de carrière des
travailleurs en général et de
l’ingénieur civil en particulier ;
• L’entreprise doit mettre en
place un système de gestion de
plan de succession pour les
ingénieur civils
5. Manque de clarté Bon nombre de programmes de formation • Evaluer les besoins réels du • Ingénieur Civil,
dans la définition académique ne comportent pas des définitions secteur industriel et voir dans • Université,
des objectifs des claires de leurs objectifs généraux et spécifiques. quelle mesure réadapter les • Industrie.
programmes de Ce qui rend difficile la mise en pratique des programmes de formation
formation connaissances et savoirs acquis. académique.
académique • Remettre à niveau les objectifs
de différents programme de
formation académique
Défis de l’heure dans les différents métiers de l’ingénieur civil congolais dans le contexte de la mondialisation

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6. Le chômage Le chômage est des facteurs qui contribuent à • Revoir ses notes. • Ingénieur Civil
l’amoindrissement du champ de compétence de • Faire le bénévolat dans des (au chômage) ;
l’ingénieur civil, un produit d’université bien entreprises et établissements • L’état congolais
équipé en connaissance et savoir mais scolaire, universitaire et
malheureusement voir ses aptitudes diminuer professionnels.
progressivement suite au manque d’exposition • Participer aux colloques
aux situations qui peuvent solliciter son intellect. scientifiques
• Lire les revues scientifiques,
• S’intéresser aux colloques
scientifiques…
7. Faible Le manque d’un financement conséquent à la • Evaluation par l’état d’un • Le
financement du hauteur des besoins du pays, contribue budget de recherche qui tient gouvernement
secteur des largement à l’émoussement des connaissances et compte des besoins réels du Congolais ;
recherches savoir de l’ingénieur civil. il est à noter que le pays. • Le milieu
financement au secteur de recherche est à la industriel
hauteur de seulement 0.1% du PIB (produit
intérieur brut) d’après les statistiques de
l’UNESCO
(http://uis.unesco.org/apps/visualisations/research-
and-development-spending/)
Défis de l’heure dans les différents métiers de l’ingénieur civil congolais dans le contexte de la mondialisation

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TABLEAU II: Domaines de collaboration impliquant l’université, l’industrie et l’ingénieur Civil

Domaine de collaboration bilaterale Domaine de collaboration tripartite Domaine de collaboration Domaine de collaboration bilatérale
Ingénieur Civil-Employeur Ingénieur Civil-Employeur- bilatérale Université- Ingénieur Civil
industrie Université- Employeur
PROPOSITION DES MATIERES A TRAITER DANS CES DOMAINES DE COLLABORATION
• Mettre en place les plans de carrière • Organiser des colloques • Encadrer les stagiaires ; • Encadrement de l’ingénieur
et de développement individuel de scientifiques ; • Communiquer aux évoluant à l’université afin
l’ingénieur Civil au sein de • Organiser des concours universités la situation qu’il soit en mesure de
l’entreprise ; d’innovation. actuelle sur de nouvelles transmettre des connaissances
• Faciliter l’accès de l’ingénieur civil • Organiser des séances technologies acquises requises aux futurs ingénieurs
aux nouvelles technologies d’analyse des besoins de par l’entreprise en vue de • Donner l’occasion aux
fournies à l’entreprise par leurs l’industrie minière et voir permettre à l’université étudiants de présenter leurs
fournisseurs respectifs. comment les aligner aux de pouvoir non talents en matière
objectifs de programmes de seulement y aligner ses d’innovation technologiques.
formation académique. programmes de • Travailler en toute synergie en
• Travailler en synergie en vue formation académique vue de mettre en place des
de mettre en place des mais aussi d’étudier bibliothèques numériques.
bibliothèques numériques ; comment s’en approprier
• Encourager le transfert de via les ingénieurs civils
technologie via l’ingénieur évolution au sein de
civil l’institution.
Défis de l’heure dans les différents métiers de l’ingénieur civil congolais dans le contexte de la mondialisation

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• Travailler en synergie dans le • Rencontre des


domaine de recherche… responsables de ces 2
institutions

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