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Université Paris IX Dauphine

Présentation pour le cours d’épistémologie
Professeur : M. Wacheux
Le 07.11.2003

Le  postmodernisme

Le postmodernisme, Aline Murcia, DEA 128 FC 2003 1
Aline Murcia
DEA 128 FC « e­management : méthodes et concepts »
2003,  promotion 3

Le postmodernisme, Aline Murcia, DEA 128 FC 2003 2
Table des matières

Introduction p.3

I­  Quelques définitions p.4

  A­ La modernité ou la prééminence de l’Individu sur les sociétés p.4

- Égalitarisme moderne versus hiérarchie des sociétés 

      traditionnelles   p.5

- L’aliénation du travail traduit les inégalités et les rapports 

      de domination  p.6

  B­ La postmodernité p.6

      ­  Une période véritablement qualifiée à partir des années 80 p.6

      ­  La perte de confiance p.7

II­ Les principales caractéristiques de la postmodernité  p.9

  A­ La perte des croyances p.9

  B­ La consommation, nouvelle frontière p.10

  C­ Culture et sociostyles p.12

III­ Les ressorts et les implications du postmodernisme p.14

  A­ Fin de l’Individualisme ? Ou nouvelle forme d’Individualisme ? p.14

  B­ Eclectisme et hédonisme comme nouvelles valeurs sociétales       p.16

Le postmodernisme, Aline Murcia, DEA 128 FC 2003 3
IV­ Effets de mode ou nouveau paradigme
     ? p.19

V­ Bibliographie p.22

Le postmodernisme, Aline Murcia, DEA 128 FC 2003 4
Selon Yvonne Giordano1, le postmodernisme est une « sensibilité contemporaine, développée

depuis la Seconde Guerre mondiale qui ne privilégie aucune autorité, méthode, paradigme. ».

Il   nous   paraît   nécessaire,   et   afin   d’aborder   de   façon   plus   précise   ce   « concept   difficile   à

cerner »2,   de   donner   quelques   définitions,   qui   nous   permettrons   ensuite   de   poser   les

principales questions et apporter les éléments de compréhension théoriques et pratiques. Ceci

avant d’approfondir de façon plus personnel la notion de postmodernisme.

1
 Yvonne Giordano, in Conduire un projet de recherche, une perspective qualitative, Editions 
EMS, Management et société, 2003, p.296
2
 Nicolas Riou, in Pub Fiction, Editions d’organisation, 1999, p. 183

Le postmodernisme, Aline Murcia, DEA 128 FC 2003 5
I­  Quelques définitions   :

Il est impossible d’expliquer la période postmoderne sans aborder tout d’abord les principaux

éléments du modernisme.

En effet, la tradition sociologique découpe l’histoire de l’Europe selon un schéma simple :

périodes   prémodernes  ou   « holistiques »3 ;   période   « moderne »   et   pour   certains   période

postmoderne.   L’idée   de   modernité   est   partagée   en   fait   par   toutes   les   sciences   sociales

(histoire,  économie,  sociologie…)  et désigne fondamentalement  l’avènement  de la société

moderne, industrielle, à partir du XVIIIè siècle, puis postindustrielle / postmoderne depuis les

années 60. 

Il   convient   donc   tout   d’abord   de   définir   la   modernité   avant   d’aborder   le   concept   de

postmodernité.

A­ La modernité ou la prééminence de l’Individu sur les sociétés :

« Les penseurs classiques de la sociologie : Tocqueville, Marx, Weber, Durkheim, Simmel,

ont   décrit   à   leur   manière   la   modernité :   individualisme,   rationalisation,   spécialisation   des

activités, déshumanisation, désocialisation, instabilité, etc… »4.

Les pères fondateurs de la sociologie ont décrit la modernité comme le produit d’un effort

constant pour s’arracher aux traditions, aux hiérarchies arbitraires, aux croyances obscures, en

maintenant un idéal de progrès des connaissances, des techniques et des rapports sociaux.

Pour   Max   Weber,   les   sociétés   européennes   du   17è   et   18è   siècle   se   sont   fondées   sur   la

rationalisation de toutes activités sociales et économiques et sur l’avènement de l’Etat. « La
3
 Relatif à l’holisme. En épistémologie ou en Sciences Humaines, doctrine qui ramène la 
connaissance du particulier, de l’individuel à celle de l’ensemble, du tout dans lequel il 
s’inscrit. In Le Petit Larousse, 2000
4
 In Sciences Humaines, N° 73, juin 1997, p.14

Le postmodernisme, Aline Murcia, DEA 128 FC 2003 6
modernité est caractérisée  par l’alliance d’une philosophie du droit individuel,  d’un débat

politique   régulé,   non   ­   violent,   permettant   l’accès   au   pouvoir,   et   par   la   perte   d’emprise

progressive de la religion »5. La modernité se déploie donc sur tous les registres de l’activité

sociale, politique, économique, culturel, religieux. L’histoire politique de l’Europe peut alors

se voir comme l’approfondissement difficile de cette modernité, durant laquelle les forces

conservatrices   et   despotiques   fondées   sur   la   communauté   se   sont   opposées   aux   forces

démocratiques fondées sur le droit individuel.

L’histoire   économique   est   celle   de   « la   croissance   industrielle,   fondée   sur   le   capitalisme

(alliance de l’entrepreneuriat individuel et du salariat) et sur un droit du commerce et du

travail   de   plus   en   plus   élaboré.   L’histoire   culturelle   est   celle   de   l’avènement   de   sociétés

sécularisées, où l’école et la société jouent un rôle capital »6.

 Égalitarisme moderne versus hiérarchie des sociétés traditionnelles

La tradition s’oppose à la rationalité ; de même, la religion à la science ; la contrainte à la

liberté ; et au « holisme » des sociétés traditionnelles, l’individualisme de la modernité. 

« Le culte de l’individu » qui s’incarne dans le respect des droits de l’homme devient le seul

ciment social de la modernité. »7. Ce qui génère une fragilisation du lien social, parallèlement

à l’étiolement des valeurs traditionnelles (famille, corporations, Eglise…).

Pour   Durkheim   et   Tocqueville,   la   dissolution   du   lien   social   ne   peut   être   évitée   qu’en

préservant le rôle des groupes intermédiaires. (Weber parle de « polythéisme des valeurs »

pour désigner la multiplication des valeurs et finalités.)

5
 opt cit, p. 15
6
 In Sciences Humaines N° 143, novembre 2003, p. 22
7
 opt cit, p.15

Le postmodernisme, Aline Murcia, DEA 128 FC 2003 7
Selon Durkheim, l’on assiste alors à l’anomie8 de la société. On peut rapprocher la formule de

Tocqueville de celles de Durkheim dans Le Suicide : « Ainsi, plus on aura et plus on voudra

avoir, les satisfactions reçues ne faisant que stimuler les besoins au lieu de les apaiser » ;

« moins on se sent limité, plus toute limitation paraît insupportable. »

La modernité se caractérise ainsi par un flux permanent d’évènements qui se désagrègent

et se dissolvent au moment même où ils émergent. Les individus s’agitent de toute part,

s’affairent à de multiples activités, sans en achever aucune. 

 L’aliénation du travail traduit les inégalités et les rapports de domination

C’est Marx qui a le mieux analysé l’aliénation de l’ouvrier dans l’industrie moderne : il perd

toute maîtrise du processus de production et en conséquence ne perçoit plus ni le sens, ni

l’utilité de ce qu’il fait. Loin de se réaliser dans le travail comme il le devrait, « il y mortifie

son   corps   et   y   ruine   son   esprit ».   L’objet   même   de   son   activité   lui   devient   étranger.Les

rapports entre les choses se substituent aux rapports entre les hommes, et « le monde des

objets finit par dominer le monde des hommes ». 

Derrière  l’égalité proclamée  se cachent les inégalités réelles ; derrière le contrat de travail

entre individus libres, la réalité des rapports d’exploitation ; derrière la neutralité de l’Etat,

les rapports de domination  qui transforment l’Etat en un appareil au service des intérêts

économiques de la classe dominante. 

8
 Dans le vocabulaire sociologique, le terme renvoie à l’idée d’un affaiblissement des 
mécanismes d’intégration sociale. On parlera d’anomie, par exemple, pour désigner le fait 
qu’une fraction de la population ne partage plus les valeurs et ne respecte plus les normes 
dominantes d’une société. Durkheim parle de « suicide anomiste » pour caractériser les 
suicides qui s’expliquent par un déclin de la famille ou de la communauté de travail. Le déclin
des valeurs morales d’une société sont également pour Durkheim une cause d’anomie. In 
Sciences Humaines N°73, Mots Clés, juin 1997, p.19

Le postmodernisme, Aline Murcia, DEA 128 FC 2003 8
Weber également, met en exergue les rapports de domination occultés par le droit positif.

Quant à Simmel, il met en lumière l’allongement des chaînes d’interaction et la multiplication

des groupes d’appartenance librement choisis, annonçant ainsi le retour du « néo­tribalisme »

cher à Maffesoli. 

Weber a montré le premier qu’il n’existe pas dans les sociétés modernes de point de vue

suprême capable  d’unifier l’ensemble des points de vue. Autant de thèmes qui restent au

centre des préoccupations des sociologues contemporains, pour ne pas parler des théoriciens

de la société postmoderne qui ne manquent pas d’y puiser de nombreuses idées. 

B – La postmodernité :

C’est   Charles   Jencks,   critique   d’art,   qui   donne   le   premier   un   véritable   sens   à   l’adjectif

postmoderne. Il l’emploie   à propos d’architecture dès 1975. Les années 80 marqueront la

naissance de l’école postmoderne, mouvement réellement engagé en Angleterre.

 Une période véritablement qualifiée à partir des années 80 

C’est   au   cours   des   années   80   que   l’école   « postmoderne »   s’est   développée   parmi   les

sociologues   anglais.   Des   revues   (Sociological   Review,   Praxis   international,   Theory   and

Society,   et   Sociology­   Theory­   Culture   &   Society,   fondée   par   Mike   Featherstone),   des

collections académiques (celle de Sage Publication mais aussi celle fondée par Mannheim et

maintenant dirigée par John Urry, chez Routledge) ont pris la notion pour drapeau. Les textes

écrits par Barry Smart, Scott Lash, Bryan Turner, David Harvey, Stephen Crook, Jan Pakulski

et   Malcolm   Waters,   Colin   Campbell   et   Zygmunt   Bauman   font   dialoguer   les   philosophes

« post­structuralistes » français  (Foucault, Derrida, Baudrillard  et Lyotard) avec l’école  de

Francfort (Benjamin, Adorno et Habermas). Mais Weber et surtout Marx restent également

très présents. 

Le postmodernisme, Aline Murcia, DEA 128 FC 2003 9
L’historien   britannique   Colin   Campbell   publie   en   1987   un   ouvrage   intitulé  L’éthique

romantique et l’esprit du consumérisme moderne, qui devient une référence importante pour

les   postmodernes.   Campbell,   ainsi   que   Max   Weber,   puise   dans   l’histoire   religieuse   le

complément indispensable à son analyse économique du changement social. 

                       La perte de confiance

C’est   une   « période   ouverte   par   la   perte   de   confiance   dans   les   valeurs   de   la   modernité

(progrès, émancipation, etc…) »9.

JF   Lyotard   en   1979   qualifie   de   postmoderne  la   condition   des   sociétés   déçues   par   les

promesses du modernisme. Le mot prend une signification culturelle au sens large, au sens

du dépassement des idéaux progressistes, liés   à l’esprit  des  Lumières,  de la  raison, de la

Science.   Il  intègre   les   conséquences   du   modernisme :   l’accélération   du   temps,   la

contraction de l’espace, ainsi que l’exigence de liberté individuelle.

Pour Alain  Touraine   et  Daniel  Bell,   c’est  en fait   l’ère  postindustriel,   soit  l’évolution   des

sociétés modernes vers des activités de service qui joue un rôle prépondérant.

Aux Etats ­ Unis, le postmodernisme tend à qualifier un vaste courant d’idées s’alimentant de

la   critique   d’art,   des   philosophes   de   la   déconstruction   (Derrida,   Deleuze,   Foucault),   des

penseurs   relativistes   de   la   science   (Bruno   Latour),   de   l’anthropologie   interprétative   (C.

Géertz). 

Mais comment se caractérise concrètement cette  ère nouvelle dans laquelle  nous vivons ?

Quels en sont les véritables ressorts ? 

9
 In Le Petit Larousse, 2000

Le postmodernisme, Aline Murcia, DEA 128 FC 2003 10
Selon les philosophes et les sociologues actuels, c’est la perte des illusions du modernisme qui

est à l’origine du mouvement. Et les deux moteurs de cette transformation sont la culture et la

consommation.

Nous verrons donc dans une seconde partie les caractéristiques précises de la postmodernité et

nous tenterons d’apporter les éléments de compréhension tant théoriques que pratiques.

Notons   également   que   notre   approche   est   essentiellement   sociologique,   nous   essayerons

d’immiscer des aspects philosophiques dans notre approche personnelle (3è partie) et dans

notre proposition de questionnement.

Le postmodernisme, Aline Murcia, DEA 128 FC 2003 11
II­ Les principales caractéristiques de la postmodernité 

Les sociologues de la postmodernité décrivent notre ère comme « l’avènement imminent des

sociétés   sans   classes,   sans   emploi   fixe   et   sans   culture   dominante.  Réseaux,   tribus,

interactions à distances et styles de consommation feraient alors office de repères pour

chacun »10. Tous les penseurs de la postmodernité n’apprécient cependant pas ce tableau du

même œil : pour certains, les temps actuels mènent à « la négation de tout espoir et ouvrent

les portes à toutes supercheries. Pour d’autres, l’homme débarrassé du fardeau du progrès

universel ne sera que plus autonome et à même de profiter des techniques du futur. » 11. S’agit­

il comme le suggère Georges Ballandier, de la promesse de nouveaux mondes à conquérir ?

La   consommation   est   un   argument   central   des   sociologues   de   la   postmodernité.Dans

Intimation of postmodernity,  Zygmunt Bauman se base  sur les enseignements qu’il tire de

l’histoire politique récente. Les pays de l’Est étaient des régimes essentiellement modernes

dans leur conviction passionnée qu’une bonne société ne peut être dessinée avec soin, gérée

rationnellement et complètement industrialisée. Leur disparition confirme le fait que le monde

occidental est entré dans une ère nouvelle. « Contre Marx, Bauman affirme que l’histoire n’a

plus de sens. Contre Weber, il annonce que le monde est en passe de se ré­enchanter. Tout

comme   Maffesoli,   qu’il   cite,   Bauman   discerne  un   retour   au   tribalisme   et   à

l’incohérence. »12.

A­ La perte des croyances

10
 in Sciences Humaines, N°73, juin 1997, p.21
11
 opt cit, p.13
12
 opt cit p.22

Le postmodernisme, Aline Murcia, DEA 128 FC 2003 12
Dans  Conditions   modernes,   Controverses   postmodernes,   Barry   Smart   avance   l’idée   que

l’approche de l’an 2000, la crainte et l’anxiété pourraient nourrir un nouveau millénarisme.

L’idéologie   postmoderne   pourrait   être   l’expression   de   cette   appréhension.   « La

postmodernité est un âge où le doute se fait envahissant. »

L’écroulement des démocraties populaires à l’Est a fait perdre au marxisme ce qui lui restait

de légitimité. La fin des idéologies n’est pas pour autant celle des intellectuels. Les nouvelles

utopies, nécessaires pour « contenir le désespoir et la déception », doivent se doubler de

réalisme. C’est dans cet esprit que Smart aborde le postmodernisme et les controverses que

cette notion a suscitées. 

« Une fois le lien communautaire perdu, les idéaux de progrès et d’émancipation pouvaient

aussi   s’enliser   dans   l’inconsistance,   l’anomie   et   le   règne   tyrannique   d’un   parti   ou   d’un

monstre bureaucratique. L’homme « postmoderne », créature découverte dans les années 70,

aurait   hérité   de   leurs   inquiétudes,   mais  surtout   perdu   toutes   ses   illusions,   ou

presque :illusions   du   progrès,   illusion   de   l’omniscience   et   illusion   de   la   maîtrise   de   la

nature. »13

Daniel Bell, dans sa « société postindustrielle », donne une place centrale à la science et à la

technologie,   Smart   lui   substitue   l’information   et   la   communication.   « Dans   le   procès   de

production qui caractérise la société postmoderne, la production de l’information, sa

circulation   et   son   contrôle   deviennent   les   sources   de   toute   innovation   et   de   tout

changement. Grâce aux nouvelles techniques de communication, les entrepreneurs n’ont

plus besoin de concentrer leurs employés dans l’espace de l’usine ou du bureau »14. Le

« pavillon électronique » décrit par Alvin Toffler en 1983 réhabilite sur une grande échelle le

travail à domicile. 

13
 opt cit p.24
14
 opt cit, p.24

Le postmodernisme, Aline Murcia, DEA 128 FC 2003 13
Dans  une   société   où  la  croissance   est  tirée  par   la  demande  des  ménages,   le   succès   va  à

l’entrepreneur   qui,   le   premier,   parvient   à   anticiper   les   changements   de   goût   des

consommateurs. Ce type de savoir n’est pas de même nature que celui que Daniel Bell plaçait

au centre de la société postindustrielle. « Il est appliqué et non fondamental, il est littéraire et

non technologique. Il relève de la surveillance plus que de la science. »15

B­ La consommation, nouvelle frontière

Selon   David   Harvey16, sociologue   britannique,   c’est   l’évolution   économique   qui   est   le

principal facteur du changement. « Le système productif passe du fordisme à ce qu’il appelle

l’accumulation flexible. Depuis le premier choc pétrolier, le marché du travail s’est diversifié

au détriment des emplois  stables. Les industriels, mettant de mieux en mieux  à profit les

ressources   naturelles   et   humaines   qu’offre   chaque   site   géographique,   délocalisent   leur

production. Les disparités régionales s’accentuent. Les périodes de crises et de booms locaux

alternent. Enfin l’innovation accélère la rotation des produits marchands.

L’horizon temporel du consommateur est de plus en plus rapproché. Les biens durables sont

conçus par l’entrepreneur comme ayant une espérance de vie très courte. L’importance de ces

biens durables tend  à diminuer  car le consommateur  leur substitue des biens fongibles  et

surtout des services. Enfin, chaque type de produit, bien ou service, est soumis à l’innovation

et celle­ci obéit à un rythme de plus en plus rapide. Tout comme chez Gilles Lipovetsky17, la

mode et l’éphémère sont censés envahir tous les domaines de la consommation. »

Le principe de plaisir et celui de réalité, au lieu de s’opposer, sont confondus chez le

consommateur postmoderne. Le capitalisme a réussi à mobiliser à son profit le principe de

plaisir, en créant un monde irréel, celui de la consommation. Ce monde irréel ainsi crée n’est

15
 opt cit p.24
16
 David Harvey, The condition of postmodernity, an inquiry into the origins of cultural 
change, Basil Blackwell, London, 1989
17
 Gilles Lipovetsky, L’Empire de l’éphémère, Gallimard, 1987

Le postmodernisme, Aline Murcia, DEA 128 FC 2003 14
pourtant pas une pure illusion : « la consommation émerge de notre analyse, écrit Bauman,

comme la nouvelle frontière de notre société. ». Dans la société postmoderne, « la conduite

du   consommateur   se   déplace   vers   la   position   qui,   dans   la   phase   moderne   de   la   société

capitaliste, était occupée par le travail sous la forme du salariat ». Spécifique à la société

postmoderne,   la   conduite   du   consommateur   est   aussi   le   moteur   des   mutations   socio­

économiques futures.

L’éclectisme  envahit   tous   les   aspects   de   la   consommation :   la   restauration,   les   tenues

vestimentaires,   l’ameublement,   la   décoration… Les   produits   industriels   dont   les   originaux

sont parfois conservés dans les musées d’art et de traditions populaires sont des imitations

infidèles   et   reconnues   comme   telles   par   « le   consommateur,   qui   n’est   pas   dupe.   La

consommation   postmoderne   n’est   pas   tant   fondée   sur   l’illusion   que   sur

l’allusion. Éphémère  et  allusive,   la  consommation  postmoderne  déracine  et  parfois  même

dépersonnalise »18.   Le   consommateur   réagit   alors   de   plusieurs   façons :   il   échappe   à

l’accélération   du   temps   en   redonnant   valeur   à   des   institutions   traditionnelles   comme   la

famille,   la   religion   et   le   voisinage.   On   voit   renaître   des   usages   qui   peuvent   sembler

rétrogrades : culte familial des « souvenirs », des photos   et des objets obsolètes comme le

piano, l’horloge, les vieux disques, les lettres et les livres. On maintient ainsi un domaine qui

résiste   à   la   commercialisation   envahissante.   « La   violence   par   laquelle   s’exprime

l’attachement   au   voisinage,   à   la   commune   de   résidence   ou   à   sa   région,   peut   aussi   se

comprendre comme une réaction identitaire contre la compression postmoderne du temps

et de l’espace. »19

C­ Culture et socio­ styles

18
 opt cit p. 24
19
 opt cit p.24

Le postmodernisme, Aline Murcia, DEA 128 FC 2003 15
Dans   le   domaine   de   la   culture,   cet   ébranlement   continuel   s’accompagne   d’un   regain   de

conservatisme,   d’un   retour   au   mythe   de   l’entrepreneur   et   d’un   ensemble   de   tendances

constitutives de la postmodernité.

Selon   Crook,   Pakulski   et   Waters,   l’ère   postmoderne   s’amorce   lorsque   différenciation,

commercialisation   et  rationalisation,   les  trois  caractéristiques   de  la  société  moderne   selon

Durkheim, Marx et Weber, « à force de s’étendre, brouillent mutuellement leurs effets propres

au lieu de les renforcer». La culture, devenue « postculture », est contenue dans des styles

de vie.  Une tenue vestimentaire, des goûts musicaux et des opinions politiques suffisent à

définir   un   style   de   vie.   Peu   importe   si   les   personnes   ainsi   identifiées   n’ont   pas   d’autres

consommations ou croyances communes.Chaque style de vie est un assemblage d’éléments

disparates. Parfois, son unité provient d’une démarche coordonnée mais en général, les styles

de vie sont des combinaisons instables. La réalité du style de vie est celle que lui confèrent

les médias et le marketing.

De même que pour la société moderne, il est possible de dégager les trois tendances de la

postmodernisation. La culture, l’organisation économique et la structure sociale sont affectées

par trois orientations évolutives globales ;

­  Les styles de vie  se substituent à la consommation de masse uniforme. Tous les biens et

services sont touchés par un processus de stylisation. La culture artistique  ne constitue plus

un monde à part. L’opposition entre culture savante et culture populaire s’abolit. 

­ Des formes flexibles d’organisation industrielle et de travail remplacent la grande industrie.

La demande oriente la fabrication vers des biens en nombre relativement faible par série et le

nombre des séries ne cesse de croître, il s’agit de segmenter la population pour répondre au

plus proche des attentes. Personnaliser au plus les produits. À l’intérieur de l’entreprise, les

employés sont encouragés à la polyvalence. Les entrepreneurs recourent au travail temporaire,

Le postmodernisme, Aline Murcia, DEA 128 FC 2003 16
à   la   sous­traitance,   à   la   délocalisation   à   l’étranger   et   même   au   travail   à   domicile.   Les

nouveaux moyens de communication le leur permettent.

­  Une   structure   sociale   floue (dite   « nébuleuse   des   classes   moyennes »)   succède   à   une

stratification   sociale   hiérarchisée   en   un   petit   nombre   de   classes   distinctes.   La   hiérarchie

sociale s’est transformée à ses deux extrémités. D’un côté, les ouvriers ne forment plus une

classe. Ils se sont répartis entre une « underclass » disparate (immigrés, personnes isolées) et

la classe moyenne. De l’autre, la classe supérieure se distingue de moins en moins bien de la

classe moyenne. Entre les classes supérieures et moyennes, les flux de mobilité sont de plus

en   plus   importants,   et   les   positions   sont   instables.   Dans   la   société   en   voie   de

postmodernisation, « les styles de vie, les formes flexibles d’organisation économique et la

moyennisation des classes sociales se substitueraient donc à la consommation de masse, à la

production fordiste et à une stratification sociale calée sur les revenus, qui caractérisaient la

société moderne. »20

Nous avons abordé les principales caractéristiques de cette ère dite postmoderne, mais voyons

maintenant   quels   sont   les   véritables   ressorts   de   ce   concept,   et   leurs   traductions   dans   le

quotidien de tout un chacun.

20
 opt cit p. 24 

Le postmodernisme, Aline Murcia, DEA 128 FC 2003 17
III­ Les ressorts et les implications du postmodernisme  

Comme nous l ‘avons vu précédemment, la postmodernité est un cadre conceptuel qui permet

de comprendre, caractériser les changements sociétaux actuels. 

Il   faut   aussi   remarquer   que   les   théories   post­modernes   englobent   un   vaste   champ   de

recherches tels que l’art, la culture, la sociologie, le droit, la psychologie, le management…

Par ailleurs, nous notons que les penseurs n’appréhendent pas tous la post­modernité dans la

même perspective, ce qui rend toute définition globale délicate.

Pour  Jean­François   Lyotard21,  philosophe,   la  post­modernité   peut   être  définie   comme   une

nouvelle période qui se traduit par l’incrédulité des individus à l’égard des métarécits.

Après les horreurs de la guerre et des régimes totalitaires, aucun « lendemain chantant » ne

pouvait plus être attendu, ni de la science, ni des idéologies politiques. La réflexion de JF

Lyotard se veut donc un bilan des changements récents intervenus dans la culture des pays

développés.   Mais   le   combat   qu’il   dresse   place   l’homme   face   à   une   situation   absolument

nouvelle dans l’histoire. Les idéologies fondatrices du vingtième siècle ne structurent plus nos

sociétés   actuelles,   les   cadres   modernes   en   perdant   leur   légitimité   s’érodent   lentement,   le

système de valeur moderniste est remplacé par une pluralité de valeurs. Quelles sont­ elles ?

A­ La fin de l’individualisme ? Ou une nouvelle forme d’individualisme ?

La   valeur   centrale   du   post­modernisme   est   selon   Gilles   Lipovetski 22,   philosophe,

l’individualisme. Pour ce dernier, nous ne sommes plus dans un individualisme autoritaire,

signe d’une époque moderne, mais dans  un individualisme hédoniste  qui conduit « à la

21
 Lyotard,Jean­François, La condition post­moderne, les Editions de minuit, 1979
22
  Lipovetsky, Gilles, L’ère du vide, Folio Essais, Gallimard, 1983 et 1993

Le postmodernisme, Aline Murcia, DEA 128 FC 2003 18
légitimation de l’expression de soi, au droit à l’individu à se gouverner lui­ même, à vivre

pour lui­ même »23.

Plus récemment, les valeurs se recomposent autour d’une éthique minimale centrée sur la

liberté   de   l’individu   et   le   respect   de   la   personne   humaine.   Ce   nouveau   sens   moral   que

Lipovestki   appelle  individualisme   responsable,  remplace   les   valeurs   de   sacrifice   et

d’abnégation du modernisme et débouche sur le besoin de donner du sens à ses actions, se

sentir utile au sein de communautés ou de mouvements associatifs. 

On a souvent opposé l’individualisme de Lipovestky au tribalisme de Michel Maffesoli. La

recherche   de   Michel   Maffesoli   repose   sur   un   paradoxe   essentiel   qui   est   « le   va   et   vient

constant   qui   s’établit   entre   la   massification   croissante,   et   le   développement   des   micro­

groupes, que j’appellerai tribus »24.

Pour cet auteur, nous assistons à un phénomène de tribalisation sociale qui renvoie à une

tradition  archaïque  dont le  fondement  est le  communautaire.  Le  communautaire  peut  être

défini par l’intérêt de ses membres pour le concret, l’immédiat, le quotidien. On y retrouve

également   une   dimension   esthétique,   affectuelle   et   sentimentale.   Pour   Maffesoli,   la   tribu

repose sur un processus de désindividualisation.

Lipovetsky conteste cette opposition individualisme moderne – tribalisme post­moderne car

pour cet auteur l’individualisme ne signifie pas la fin d’appartenances collectives, mais la

mise en pratique du principe d’autonomie dans des appartenances de groupe.

L’individu répond à des besoins individuels en s’affiliant à plusieurs tribus parfois de façon

éphémère.

23
 Riou, Nicolas,  en guide de postface…entretien avec Gilles Lipovetsky , in Pub Fiction, 
Editions d’organisation, p.156
24
 Maffesoli, Michel, Le temps des Tribus,  Editions Méridiens Klincksreck, 1998, p.

Le postmodernisme, Aline Murcia, DEA 128 FC 2003 19
Il   considère   qu’aujourd’hui,   on  arrive   à   une   nouvelle   forme   d’individualisme :   le

narcissisme. C’est un nouveau rapport de l’individu vis  à vis de lui­même, ce serait une

nouvelle forme de capitalisme : permissif, hédoniste, par rapport à l’ancien (cf Max Weber).

B­ Éclectisme25 et hédonisme26 comme nouvelles valeurs sociétales

La   conséquence   de   cette   nouvelle   forme   d’individualisme   est   que   l’objectif   de   vie   de

l’individu serait de se faire plaisir à lui­même, s’épanouir, se réaliser. Aujourd’hui, la valeur

morale, c’est l’exaltation du moi , de la personne, de l’authenticité, et du plaisir. L’effort, la

contrainte et la discipline sont dévalorisés au bénéfice du culte de l’individu, du règne de la

personnalité. La nouvelle exigence morale, c’est être absolument soi­même, s’épanouir et le

moyen d’y parvenir est la consommation. 

La   consommation   est   l’activité   centrale   de   la   postmodernité   en   ce   qu’elle   permet   l’auto

­production de chacun. C’est par là que les individus entre en contact avec les autres ou se

différencient des autres.  

Les produits de consommation courante sont tous conçus par le consommateur comme devant

provoquer   des   émotions.   « L’esprit   du   consumérisme   moderne   (…),   que   nous   appelons

hédonisme auto illusoire (self illusory hedonism), est caractérisé par un désir d’éprouver dans
25
 Méthode utilisée par certains philosophes qui choisissent dans différents systèmes ce qui 
leur paraît le meilleur pour en faire un nouveau système. Attitude d’esprit qui refuse les 
systèmes, qui s’intéresse à tous les domaines ou, dans un domaine, à tous les sujets. In Le 
Petit Larousse, 2000
26
 Doctrine morale qui fait du plaisir le principe ou le but de la vie. Motivation de l’activité 
économique par la recherche du maximum de satisfaction par le minimum d’efforts. In Le 
petit Larousse, 2000.

Le postmodernisme, Aline Murcia, DEA 128 FC 2003 20
la réalité des plaisirs crées par l’imagination et dont aussi la jouissance est imaginaire. Ce

désir   entraîne   une  consommation   sans   fin   de   la   nouveauté.   Une   telle   approche,   si

caractéristique par son insatisfaction pour la vie réelle et par son avidité pour les expériences

nouvelles,   est   au   cœur  des   conduites   les   plus   typiques   de   la   vie   moderne   et   conditionne

l’existence   de   certaines   de   ses   institutions   centrales   comme   la   mode   et   l’amour

romantique »27.   Le   consommateur   contemporain   a   généralisé   à  l’ensemble   des   produits

commerciaux l’attitude esthétique des romantiques, à l’origine purement religieuse. Cette

thèse de Campbell, indépendante du postmodernisme, sert cependant souvent d’argument aux

sociologues   pour   affirmer   l’importance   croissante   de   la   composante   esthétique   dans   les

arbitrages du consommateur. 

Pour Baudrillard, c’est une vision dominée par le rôle des mass média, critique en ce qu’elle

dénonce l’inconsistance de la culture contemporaine, et pessimiste dans la mesure où elle

n’entrevoit pas de portes de sortie à cette situation vécue par l’auteur comme une sorte de

déréliction28.   La   publicité   devient   un   produit   en   soi.   Les   marques   sont   obligées   de

communiquer   de   différentes   manières   car   le   consommateur   est   déniaisé.   Les   marques

essayent de tisser une relation de connivence avec le consommateur et se jouent d’astuces

codées   pour   créer   l’interaction   (cf   le   pastiche,le   recyclage,   la   parodie,   le   kitch,   l’auto­

citation…).

Il n’y a plus de grand système de pensée ou d’idéologie qui permette de conférer un sens à la

vie en général. Il n’y a plus de morale qui serait reconnue par tous, c’est un retour sur soi avec

un   manque   d’investissement   dans   le   futur.   Les   tribus   se   constituent   autour   de   valeurs

affectives plus que de classes sociales. C’est la recherche de liens communautaires forts (ex :

grande fête, concert, Rave Party…). L’appartenance se fait sur des critères psychologiques et

non sociologiques. 

27
 Opt cit p.25
28
 Etat d’abandon et de solitude morale complète, in Le Petit Larousse, 2000

Le postmodernisme, Aline Murcia, DEA 128 FC 2003 21
Cette vision de la société valorise le même  éclectisme  que l’on trouve chez les architectes

postmodernes. « Loin de dénoncer un âge décadent ou une évolution dépourvue de sens, M.

Maffesoli y voit plutôt un reflet de l’hétérogénéité profonde  de l’individu libre, un « au­

delà » de l’individualisme. »29

Lipovetsky reprend à l’historien Daniel Bell l’idée que l’hédonisme, la diversification des

styles   de   vie   et   l’accélération   constante   des   besoins   de   satisfaction   ont   amené   l’homme

moderne   à   « un  état   de   narcissisme   avancé,   qui   se   traduit   par   plusieurs   phénomènes :

l’indifférence,   la   désertion   du   champ   social,   le   traitement   humoristique   des   faits,   la

pacification   des   rapports   ordinaires   et   la   montée   de   la   violence   aux   extrêmes »30.   Toute

conviction y est remplacée par le besoin de plaire ou par une ironie distante.

Nous avons maintenant brossé un tableau global de ce phénomène postmoderne, tant dans ses

caractéristiques   que   dans   ses   implications   concrètes.   Il   est   temps   d’aborder   une   question

centrale, soit le concept de postmodernité en tant que nouveau paradigme ou simplement à

apprécier comme un phénomène de mode.

29
 opt cit p.23
30
 opt cit p. 26

Le postmodernisme, Aline Murcia, DEA 128 FC 2003 22
 IV­ Effet de mode ou nouveau paradigme   ?

Il est essentiel de préciser que cette notion de postmodernisme ne fait pas l’unanimité des

chercheurs, ce terme étant souvent contesté et taxé d’effet de mode.

Le dictionnaire sociologique rappelle au sujet des idées qualifiées de post­modernes que :

«Ces idées générales ne sont pas propres aux sociologues de la post­modernité et n’ont pas

débouché sur un travail de recherche. La grille de lecture post­moderne n’a pas non plus,

produit d’études empiriques originales et méthodologiquement rigoureuses ».

Force est donc de s’interroger sur les travaux des sociologues de la postmodernité. Il faut tout

d’abord  remarquer  que  leur  méthodologie  semble   extrêmement  indigente.  « Hormis  Colin

Campbell, aucun de ces auteurs  n’exploite de façon méthodique   des données  historiques

originales. Les statistiques sociales ou économiques sont méconnues, sauf par David Harvey.

Ce ne sont pas non plus des ethnographes, ni même des observateurs inventifs des réalités

sociales qui les entourent. Depuis le milieu des années 80, leurs travaux consistent surtout en

commentaires de commentaires. »31

D’autre part aucune théorie cohérente n’émerge réellement de ces recherches. Il s’agit plus de

généralités factuelles qui peuvent servir de grille de lecture pour classer les évènements socio­

économiques   actuels.   Cette   doctrine   ne   constitue   donc   pas   une   interprétation   globale   du

changement dans les sociétés avancées. 

De fait, plusieurs critiques peuvent être opposées aux thèses centrales des postmodernistes.

Tout d’abord, les sociologues de la postmodernité accordent peut être à la consommation

comme moteur du changement socio­économique, une importance excessive. « Selon eux, la

31
 opt cit p. 25

Le postmodernisme, Aline Murcia, DEA 128 FC 2003 23
culture, en développant son emprise sur la consommation, rendrait la demande des ménages

fragmentée  dans  l’espace  social  et  instable  dans  le temps.  En s’adaptant   à  cette  nouvelle

demande, les entrepreneurs seraient donc amenés à prendre des risques de plus en plus grands.

Cette incertitude grandissante tendrait à faire de la consommation le facteur prédominant dans

le   développement   économique.(…).   Le   progrès   technique   et   les   aléas   politiques   ou

climatiques   sont   aussi   des   sources   d’incertitude.   De   quel   droit   affirmer   qu’en   général   la

vulnérabilité des entreprises tient davantage à la demande qu’à ces autres sources ? »32.

D’autre   part   et   toujours   selon   les   sociologues   de   la   postmodernité,   le   consommateur

individuel, confronté à une offre de plus en plus diversifiée et en changement constant, serait

dans l’incapacité de maîtriser l’information nécessaire à ses arbitrages. La culture fournirait

alors des repères indispensables aux individus et, au niveau collectif, un instrument pour lutter

contre le risque de sous – consommation. On remarquera d’abord que la culture en question

n’est rien d’autre que l’ensemble des « sociostyles » maniés par la publicité et le marketing.

Rien   ne   prouve   qu’ils   correspondent   à   quoi   que   ce   soit   dans   les   déterminations   des

consommateurs.

En réalité, le consommateur a de véritables contraintes budgétaires qui ne lui permettent pas

d’être réellement libre face à de multiples attentes pour un même produit. Il est, sans doute,

plus   souvent   dans   la   situation   de   ne   pas   trouver   ce   qu’il   cherche   en   fonction   de   ces

contraintes.

De fait,  s’agit­il d’une véritable   évolution  sociétale ? Ou simplement  d’un phénomène  de

mode ?

32
 opt cit p. 27

Le postmodernisme, Aline Murcia, DEA 128 FC 2003 24
Est –ce  la fin de siècle, le nouveau millénarisme et les angoisses générées qui sont à l’origine

de   ce   concept ?   Est­ce   réellement   un   concept   ou   simplement   l’aboutissement   de   la

modernité ? Quelles en sont les évolutions possibles ?

Plus concrètement, peux t­on considérer que les pratiques communautaires (Centre d’appel,

SI, succès des TIC…) représentent  les traductions du postmodernisme dans l’organisation des

sociétés actuelles ?

L’émergence   du   marketing   relationnel   (segmentation pour   maximiser   la   personnalisation,

empathie, création de lien, donner du sens…), par exemple, serait – elle une conséquence de

la postmodernité ? Ou n’est – ce qu’un terme vide de sens, uniquement lancé pour renouveler

celui de marketing opérationnel ?

Les concepts de vente récents (Nature & Découvertes, Résonance…) sont ­ ils le fruit d’une

véritable   évolution   sociétale ;   la   concrétisation   de   besoins   émis   par   le   consommateur

postmoderne ? Ou bien une nouvelle expression du marketing ?

Autant de questions pour tenter de déterminer si nous sommes les témoins de changements

sociétaux majeurs ou si le terme de postmodernité ne couvre qu’une mode sans lendemain  .

Le postmodernisme, Aline Murcia, DEA 128 FC 2003 25
V­ Bibliographie 

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MAFFESOLI (Michel):  La   contemplation   du   monde,   Figures   du   style   communautaire.

­Paris : Grasset, 1993

MAFFESOLI (Michel) :Le temps des tribus, Le déclin de l’individualisme dans les sociétés

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