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LES PARADIGMES ÉPISTÉMOLOGIQUES CONSTRUCTIVISTES : POST-

MODERNISME OU PRAGMATISME ?

Marie-José Avenier

Management Prospective Ed. | « Management & Avenir »

2011/3 n° 43 | pages 372 à 391


ISSN 1768-5958
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43

Les paradigmes épistémologiques


constructivistes : post-modernisme ou
pragmatisme ? 150

par Marie-José Avenier151

Résumé

Depuis que la réflexion épistémologique s’est instaurée dans la recherche en


management, les références au constructivisme se sont multipliées. Parmi
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les théorisations constructivistes qui traitent effectivement d’épistémologie,
deux paradigmes épistémologiques constructivistes, qui reposent sur des
hypothèses fondatrices distinctes, ont été conceptualisés. Ces paradigmes
épistémologiques ne diffèrent-ils qu’à la marge ? Cet article met en évidence
que ces deux paradigmes épistémologiques constructivistes présentent des
différences radicales : alors que l’un est de portée générale et relève de la
philosophie pragmatiste, l’autre a une portée régionale et s’inscrit dans le
post-modernisme.

Abstract

Since the development of epistemological thinking in management


research, references to constructivism have multiplied. Among constructivist
theorizations which bear on epistemological issues, two constructivist
epistemological paradigms have been conceptualized. These paradigms
have distinct founding assumptions, raising the question “Are these
epistemological paradigms fundamentally or marginally different ?” This
article argues that these two constructivist epistemological paradigms are
radically different: one has a global scope and subscribes to a pragmatist
philosophy, while the other one has a regional scope and lies within post-
modernism.

«  Le constructivisme radical est radical parce qu’il rompt avec la


convention, et développe une théorie de la connaissance dans
laquelle la connaissance ne reflète pas une réalité ontologique
«  objective  », mais concerne exclusivement la mise en ordre et
l’organisation d’un monde constitué par notre expérience. »
Von Glasersfeld E., 1988, p. 27.

La publication d’ouvrages tels que Sociological Paradigms and Organisational


Analysis (Burrell et Morgan, 1979) ou Epistémologie et Sciences de gestion
(Martinet, 1990) marquent l’irruption de la réflexion épistémologique dans la
150. Remerciements : je souhaite remercier chaleureusement le professeur Jean-Louis Le Moigne pour ses précieux commentaires
sur une version antérieure de ce texte.
151. Marie-José Avenier,CERAG, marie-jose.avenier@upmf-grenoble.fr

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Les paradigmes épistémologiques
constructivistes : post-modernisme ou
pragmatisme ?

recherche en sociologie et en science du management. Désormais, la plupart


des ouvrages de méthodologie de la recherche invitent les chercheurs à préciser,
en amont de la recherche, le cadre épistémologique dans lequel elle va être
développée (Miles et Huberman, 1994 ; Denzin et Lincoln, 1998 ; Thiétart et al.,
1999 ; Usunier et al., 2000 ; Hlady Rispal, 2002 ; Savall et Zardet, 2004 ; Roussel
et Wacheux, 2005 ; Van de Ven, 2007 ; Gavard-Perret et al., 2008…).

Dans ce contexte, le nombre des recherches en management affichant un


positionnement constructiviste a considérablement crû au fil des années (Chanal
et al., 1997  ; Mir et Watson, 2000  ; Charreire et Huault, 2001  ; Igalens et al.,
2005). Ces recherches se déploient en référence à des travaux qui portent sur
des registres divers tels que, notamment, le socio-constructivisme (Berger et
Luckman, 1966) ; la construction sociale des faits (Latour et Woolgar, 1989) et
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savoirs scientifiques (Knorr-Cetina, 1983) ; le constructionnisme (Gergen, 2001).
Les différentes théorisations qualifiées de « constructivistes » présentent souvent
des désaccords (Riegler, 2010). Celles qui viennent d’être citées ont au moins
un point commun, celui de ne pas constituer des paradigmes épistémologiques :
ces théorisations traitent de méthodologie ou de sociologie de la connaissance
et ne revendiquent pas particulièrement une légitimation épistémologique
constructiviste.

Dans l’ensemble des théorisations qui se présentent sous le label


« constructiviste », deux paradigmes épistémologiques constructivistes différents
ont été conceptualisés : le « paradigme épistémologique constructiviste radical »
(von Glasersfeld, 1974152, 1988/1981, 2001, 2005 ; Le Moigne, 1990, 1995, 2001,
2002, 2003), et le paradigme épistémologique constructiviste selon Guba et
Lincoln (1989, 1998). Un balayage rapide de leurs hypothèses fondatrices révèle
que celles-ci présentent à la fois des points communs et des différences. Une
telle situation est source de questionnements tout autant lorsqu’il s’agit d’inscrire
une recherche dans un référentiel épistémologique constructiviste que d’évaluer
la cohérence interne de recherches affichant un positionnement épistémologique
constructiviste : est-il indifférent que la recherche soit inscrite dans l’un ou dans
l’autre  paradigme épistémologique  ? Autrement dit, les différences entre leurs
hypothèses fondatrices peuvent-elles être considérées comme marginales au
regard des croyances qu’elles expriment et des conditions de construction et de
justification des énoncés susceptibles d’être élaborés dans les deux paradigmes
épistémologiques ? Sur quoi ces différences portent-elles précisément ? Quelles
sont leurs implications méthodologiques ?

Cet article instruit ce questionnement. Il met en évidence l’existence de différences


fondamentales entre ces deux conceptions d’un paradigme épistémologique
152. Il s’agit de Glasersfeld E. von (1974), Piaget and the radical constructivist epistemology, publié in Smock C.D. et Glasersfeld E.
von (Eds.) Epistemology and education (pp. 1–24), Athens, GA, Follow Through Publications. Ce texte devenu introuvable a été repris
dans (Larochelle, 2007, Chap. 7, pp. 73-87) notamment.

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constructiviste, et explore les implications épistémologiques et méthodologiques


de ces différences. Il propose à des managers (Souchon, 2010), comme à des
chercheurs, de réfléchir aux philosophies qui influencent leurs manières de
penser et d’agir, et de s’interroger sur les fondements de ce qu’ils croient savoir
(Watzlawick, 1988) dans leur champ d’expérience à propos, par exemple, du
marché et des concurrents de leur entreprise, ou du fonctionnement de leur
équipe. La réflexion susceptible d’être suscitée par une exposition aux hypothèses
fondatrices de ces paradigmes épistémologiques peut les aider à comprendre
et accepter que, dans leur environnement professionnel, des acteurs différents
aient des représentations différentes, et parfois irréconciliables, d’une même
situation de gestion.

L’article est organisé de la manière suivante. Il s’attache d’abord à identifier


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précisément les hypothèses fondatrices des principaux paradigmes
épistémologiques constructivistes mobilisés dans la recherche en sciences
de gestion. La confrontation de ces hypothèses conduit à mettre au jour des
disparités importantes. Les conséquences méthodologiques et épistémiques de
ces disparités sont alors étudiées et discutées. La discussion finale porte sur
l’évaluation et la généralisation des connaissances dans les deux paradigmes
épistémologiques, et tente de clarifier diverses confusions persistantes à propos
des paradigmes épistémologiques constructivistes.

1. Similarités et disparités entre les principaux paradigmes


épistémologiques constructivistes contemporains

Dans le foisonnement de perspectives constructivistes qui se sont développées au


fil des quinze dernières années en sciences sociales évoqué dans l’introduction,
deux paradigmes épistémologiques constructivistes différents ayant des
hypothèses fondatrices précisément explicitées et argumentées coexistent : le
paradigme épistémologique constructiviste selon Guba et Lincoln (1989, 1998) ;
et le constructivisme radical selon von Glasersfeld (1988/1981, 2001, 2005), dont
la théorisation a été poursuivie par Le Moigne (1990, 1995, 2001, 2002, 2003)
sous l’appellation «  paradigme épistémologique constructiviste radical  ». Pour
cerner leurs similarités et leurs disparités nous procéderons par comparaison de
leurs hypothèses fondatrices. Auparavant, nous précisons le sens de certaines
notions-clés dans cet article.

1.1. Epistémologie, paradigme épistémologique, hypothèse


gnoséologique : de quoi parle-t-on ?
En définissant l’épistémologie comme « l’étude de la constitution des connais-
sances valables  », Piaget (1967, p. 6) indique que, au-delà des aspects
méthodologiques, l’épistémologie se préoccupe explicitement de la valeur

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Les paradigmes épistémologiques
constructivistes : post-modernisme ou
pragmatisme ?

des connaissances élaborées. En même temps, le fait que les définitions


que Piaget donne de l’épistémologie et de la méthodologie (étude de la
constitution des connaissances), ne diffèrent que d’un mot - le terme « valable »-
rend compréhensibles les confusions fréquentes entre arguments d’ordre
épistémologique et arguments spécifiquement méthodologiques.

Partant des définitions de Piaget, Le Moigne (1995) précise que le question-


nement épistémologique s’articule autour de trois questions, à savoir  : la
question gnoséologique, qui traite de la nature de la connaissance ; la question
méthodologique, qui traite de la constitution des connaissances ; et la question
éthique qui traite de la valeur ou de la validité des connaissances.

En ne limitant pas les connaissances valables aux connaissances dites validées


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selon la méthode scientifique conventionnelle, cette vision de l’épistémologie
enrichit et ouvre la conception de la connaissance scientifique pour inclure
des connaissances dont la valeur est justifiée autrement qu’en référence à la
méthode scientifique conventionnelle. En particulier, la connaissance scientifique
peut inclure des connaissances développées dans d’autres paradigmes
épistémologiques, c’est-à-dire dans d’autres systèmes d’hypothèses relatives
aux questions qu’étudie l’épistémologie, qui sont partagées par une communauté
de chercheurs. Un paradigme épistémologique se compose donc essentiellement
d’hypothèses d’ordre gnoséologique, d’ordre méthodologique, et d’ordre éthique
(précisant la manière dont la valeur des connaissances est justifiée).

Piaget (1967), dans l’introduction du volume de l’Encyclopédie de la Pléiade qui


passe en revue les écoles de pensée en matière d’épistémologie dans différents
domaines scientifiques, met en relief un phénomène nouveau  qui lui apparaît
comme un moteur du progrès de la connaissance scientifique : le développement
de la réflexion épistémologique au sein-même du travail scientifique. Cette pratique
nouvelle préfigure une évolution qui s’est engagée une dizaine d’années plus tard
en sociologie (Burrell et Morgan, 1979), puis dans le domaine du management
(Le Moigne, 1982 ; Martinet, 1990). La réflexion épistémologique ne se réduit pas
à une réflexion méthodologique : des aspects additionnels sont questionnés, tels
que le cadre gnoséologique à l’intérieur duquel la construction de connaissances
est effectuée et la valeur des connaissances en cours d’élaboration. Dans la
recherche en management, la valeur de savoirs peut être appréciée de trois points
de vue (Le Moigne, 1995 ; Martinet, 2007) : l’éthique ; l’épistémique, qui concerne
leur valeur pour la discipline scientifique du management ; et le pragmatique, qui
concerne leur valeur pour la pratique managériale.

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1.2. Comparaison des hypothèses fondatrices des principaux


paradigmes épistémologiques constructivistes
Les hypothèses fondatrices des deux principaux paradigmes épistémologiques
constructivistes sont synthétisées dans le Tableau 1 ci-après.

L’organisation générale de ce tableau à double entrée est inspirée à la fois d’un


tableau figurant dans Guba et Lincoln (1989, 1998), et de la manière dont Le
Moigne (1995) présente ce qu’il appellera ensuite le paradigme épistémologique
constructiviste radical (Le Moigne, 2001). Ce tableau distingue les hypothèses
d’ordre gnoséologique (qui portent sur l’origine et la nature de la connaissance)
et les hypothèses d’ordre méthodologique.
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Ce tableau met en relief que ces deux paradigmes n’ont en commun qu’une
seule hypothèse fondatrice, celle d’inséparabilité entre le système observant
et le système observé (von Foerster, 1981). Cette hypothèse pose que, dans
la connaissance d’un phénomène, ce qui relève uniquement du phénomène
étudié (indépendamment de l’étude qui en est faite) ne peut être séparé de ce qui
relève des sujets connaissants qui l’étudient. Guba et Lincoln (1998) soulignent
que cette hypothèse d’inséparabilité rend impossible, dans les paradigmes
épistémologiques constructivistes, de séparer les hypothèses d’ordre ontologique
(c’est-à-dire concernant le réel tel qu’il est en lui-même) éventuellement
postulées, des hypothèses d’ordre gnoséologique153 (c’est-à-dire concernant la
connaissance du réel).

Ces deux paradigmes ont aussi en commun de voir l’élaboration de connaissances


comme un acte de construction de représentations intelligibles, forgées par des
humains pour donner un sens aux situations dans lesquelles ils se trouvent. Enfin,
ils ont en commun de considérer que l’hypothèse fondatrice qu’ils partagent rend
inadéquate la notion de vérité absolue dans laquelle la connaissance est censée
correspondre exactement au réel tel qu’il est en lui-même. Mais ils divergent
ensuite dans leur manière de traiter la question de la vérité. Guba et Lincoln
définissent ce qu’ils dénomment la «  vérité  » (vérité avec des guillemets)
comme la représentation la plus informée et sophistiquée faisant consensus.
Von Glasersfeld (1988, 2001) propose les critères d’adaptation fonctionnelle et
de viabilité de la connaissance pour penser et agir en direction de ses buts, et
reprend comme critère de définition du vrai le principe pragmatique du verum/
factum (Vico, 1858, cité par von Glasersfeld, 1988, p. 30), selon lequel le vrai est
le même que le fait (factum).

153. Ces auteurs utilisent le terme « épistémologique » plutôt que « gnoséologique ».

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Tableau 1: Hypothèses fondatrices des deux principaux paradigmes épistémologiques constructivistes contemporains
Paradigmes épistémo-
Paradigme Epistémologique Constructiviste Paradigme Epistémologique Constructiviste
Les

logiques Radical/Pragmatique (Glasersfeld, 2001; Le Moigne, selon Guba et Lincoln (1989, 1998)
Hypothèses 1995, 2001, 2002)
fondatrices
Hypothèses Hypothèse de connaissance phénoménologique :
gnoséologiques L’expérience humaine est connaissable. Chaque humain
connaît sa propre expérience d’un réel. L’élaboration de
connaissances est vue comme un processus intentionnel de
Quelle est la nature de
connaissance d’une relation perçue de résistance aux
pragmatisme ?

la connaissance ?
constructivistes

actions humaines.
Hypothèse d’ontologie relativiste :
L’existence d’un réel tel qu’il peut être en lui-même n’est Il existe de multiples réalités socialement
:

pas niée a priori, mais aucune hypothèse fondatrice n’est construites, qui ne sont pas gouvernées par des
postulée sur l’existence et la nature d’un réel en soi. La lois naturelles, causales ou d’autre sorte.
paradigmes

confrontation des connaissances que différents humains ont


d’un phénomène ne permet pas de garantir l’élaboration
d’une connaissance objective d’un (possible) réel en soi,
qui serait indépendante des sujets connaissants et de leurs
Dans la connaissance, contextes d’étude.
quelle est la relation Dans la connaissance d’un phénomène, ce qui
entre le sujet connaissant Dans la connaissance d’un phénomène, ce qui relève relève uniquement du phénomène étudié ne peut
et le phénomène étudié ? uniquement du phénomène étudié ne peut être séparé de ce être séparé de ce qui relève du sujet connaissant.
qui relève du sujet connaissant. Cette hypothèse rend inadéquate la notion
Cette hypothèse rend inadéquate la notion classique de classique de vérité où une connaissance vraie est
vérité où une connaissance vraie est une connaissance qui une connaissance qui correspond exactement au
correspond exactement à un réel en soi auquel elle se réel auquel elle se rapporte.
rapporte. La « vérité » est définie comme la
Le critère de vérité retenu dans ce paradigme est le représentation la plus informée et sophistiquée
post-modernisme

principe pragmatique du verum/factum (Vico, 1858) : le faisant consensus parmi les individus les plus
vrai est le même que le fait (« factum »). compétents pour forger cette représentation.
épistémologiques
ou

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L’élaboration de connaissances est vue comme un L’élaboration de connaissances est vue comme
processus intentionnel d’élaboration de constructions un acte de construction.
symboliques, appelées représentations. Celles-ci sont
forgées à partir de l’expérience que le sujet a du phénomène
Quel est le but de la qu’il étudie et de ses connaissances antérieures. Le
connaissance ? phénomène étudié est connu finalisé par l’action cognitive
intentionnelle de sa représentation.
Savoir, c’est disposer de manières et de moyens pour Connaître, c’est élaborer des constructions
penser et agir intentionnellement. informées et sophistiquées faisant consensus.
Le processus de connaissance a pour but l’élaboration de Le processus de connaissance a pour but
représentations fonctionnellement adaptées et viables pour l’élaboration de compréhensions améliorées des
cheminer dans le monde. situations étudiées.

Hypothèses Toute méthode, y inclus les méthodes herméneutiques et Seules les méthodes herméneutiques et
méthodologiques dialectiques sont éligibles. dialectiques, mises en œuvre de manière éthique,
sont éligibles.

Principes directeurs : comportement éthique, Critères d’évaluation de la qualité d’une


explicitation des hypothèses et du processus d’élaboration recherche : crédibilité (trustworthiness),
des connaissances, et rigueur critique dans la conduite de ce authenticité.
processus.
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Les paradigmes épistémologiques
constructivistes : post-modernisme ou
pragmatisme ?

Examinons les autres différences dans les hypothèses fondatrices de ces


deux paradigmes. Au niveau gnoséologique, le paradigme épistémologique
constructiviste selon Guba et Lincoln (désormais PECGL) comporte une
hypothèse fondatrice d’ordre ontologique, que ces auteurs dénomment l’hypothèse
d’ontologie relativiste. Celle-ci pose qu’il n’existe pas de réalité objective, mais de
multiples réalités socialement construites, et que celles-ci ne sont pas gouvernées
par des lois naturelles, causales ou d’autre sorte (1989, p. 86). Autrement dit, le
PECGL postule le caractère relatif de ce qui existe. Il s’agit d’une hypothèse forte,
qui inscrit le PEGCL dans le post-modernisme. Une telle hypothèse empêche la
formulation d’hypothèses de travail154 portant sur l’essence ou le comportement
de phénomènes considérés dans des recherches menées dans le PEGCL.

Le paradigme épistémologique constructiviste radical prend une position


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radicalement différente, que Riegler (2001) qualifie métaphoriquement
d’agnostique : dans ce paradigme épistémologique on ne se prononce pas sur
l’existence, ou la non-existence, d’un monde peuplé d’entités indépendantes de
l’esprit humain. On postule que, si un tel monde existe, un humain n’a pas la
possibilité de le connaître de manière rationnelle au-delà de l’expérience qu’il en
a (von Glasersfeld, 2001). Il s’en suit que dans le paradigme épistémologique
constructiviste radical, l’élaboration de connaissances ne vise pas à développer
des théories du réel tel qu’il peut être en lui-même. Il s’agit exclusivement de
mettre en ordre et d’organiser un monde constitué par l’expérience humaine. La
divergence entre les deux paradigmes épistémologiques est essentielle : dans le
PECGL on postule que le réel ontologique est relatif, alors que dans le paradigme
épistémologique constructiviste radical on ne formule aucune hypothèse
fondatrice concernant la nature du réel, et on se donne pour projet de développer
des connaissances susceptibles de fournir des repères convenant à l’expérience
des humains et viables pour cheminer vers leurs buts. Le PECGL relève du post-
modernisme, alors que le paradigme épistémologique constructiviste radical
relève du pragmatisme.

Le qualificatif «  radical  » que von Glasersfeld (1988) utilise pour distinguer sa


conception du constructivisme, de celle qu’il considère comme triviale, qui était
alors fréquente chez les psychologues du développement (von Glasersfeld, 2005),
présente l’inconvénient majeur d’évoquer le déni d’existence d’un monde réel
plutôt que le caractère agnostique de ce paradigme. De fait, nombre de lecteurs
pressés des travaux de von Glasersfeld et Le Moigne (comme, entre autres,
Girod-Séville et Perret, 1999) ont cédé à cette interprétation hâtive. Afin d’éviter
cette source d’interprétation erronée, Le Moigne (2001) a proposé de remplacer le
qualificatif « radical » par celui de « téléologique ». Une telle substitution présente
l’avantage de mettre en relief une des hypothèses fondatrices de ce paradigme
154. Dans un projet de recherche, une hypothèse de travail est une hypothèse postulée dans le cadre du projet considéré et que ce
projet ne vise pas à questionner. Dans le PECP, le fait de poser des hypothèses de travail d’ordre ontologique permet d’effectuer des
raisonnements par simulation, c’est-à-dire de raisonner « comme si… ».

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épistémologique, celle selon laquelle la connaissance d’un phénomène est


influencée par l’action cognitive intentionnelle de construction d’une représentation
de ce phénomène. Autrement dit, dans la construction de connaissances, les
buts de l’action cognitive se définissent et se redéfinissent au fil de cette action et
en liaison avec elle dans un processus d’auto-finalisation. Une autre possibilité,
qui a ma préférence, est de remplacer «  radical  » par «  pragmatique  ». Cette
substitution permet de souligner l’inscription de ce paradigme épistémologique
dans la philosophie pragmatiste au sens de W. James and J. Dewey. Un tel
rattachement se justifie par « les modes d’élaboration et d’évaluation des
connaissances » (cf. Tableau 1).

A titre d’illustration du foisonnement quelque peu brouillon autour du constructi-


visme, rappelons que, dans un article du prestigieux Strategic Management
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Journal, Mir et Watson (2000) indiquent que le constructivisme repose sur une
hypothèse de réalisme ontologique. Si cette hypothèse, qui postule l’existence d’un
réel indépendant des chercheurs qui l’étudient, apparaît comme une hypothèse de
travail admissible dans le paradigme épistémologique constructiviste pragmatique
(PECP désormais), elle contredit l’hypothèse d’ontologie relativiste formulée par
les théoriciens du PECGL (cf. Tableau 1). Dans un commentaire publié dans
cette même revue, Kwan et Tsang (2001) notent que Mir et Watson n’ont pas
suffisamment mis en relief l’existence de différents types de constructivisme. Ils
soulignent que, lorsque des chercheurs se réclament du constructivisme, il est
indispensable que ceux-ci explicitent précisément à quel type de constructivisme
ils se réfèrent. D’où la vigilance exercée dans cet article à systématiquement
préciser que l’on traite de paradigmes épistémologiques (constructivistes) plutôt
que, par exemple, de théories constructivistes du social (comme par exemple
Gergen, 2001)  ; et, que, à l’intérieur de ces paradigmes épistémologiques
constructivistes, on se réfère à celui selon Guba et Lincoln, ou à celui désormais
qualifié ici de pragmatique.

Les deux paradigmes épistémologiques divergent aussi au niveau des hypothèses


fondatrices d’ordre méthodologique. Dans le PECP, toute méthode de recherche
est considérée comme éligible pourvu que soient respectés trois principes
directeurs (Le Moigne, 1995, 2007  ; Avenier, 2010) : comportement éthique
du chercheur  ; rigueur critique sur le processus de recherche mis en œuvre
et sur les résultats de ce processus  ; et explicitation détaillée des hypothèses
sur lesquelles la recherche repose ainsi que du travail épistémique et du travail
empirique menés.

Dans le PECGL, considérant que l’élaboration de connaissances repose sur


l’élucidation des représentations particulières que les divers acteurs concernés
ont du phénomène étudié, Guba et Lincoln (1998) préconisent l’utilisation de
méthodes fondées sur des interactions approfondies entre le chercheur et
les acteurs interrogés. Ces représentations sont ensuite à interpréter selon

380
Les paradigmes épistémologiques
constructivistes : post-modernisme ou
pragmatisme ?

des techniques herméneutiques, puis comparées et mises en contraste via


un échange dialectique. Donc finalement, seules les méthodes de ce type
sont considérées comme éligibles. Cette restriction empêche d’intégrer, dans
une recherche menée dans le PECGL, des savoirs élaborés dans d’autres
paradigmes épistémologiques via d’autres méthodes, même si ces savoirs sont
légitimés de manière explicite et reposent sur des hypothèses cohérentes avec
les hypothèses fondatrices du PECGL.

Forts d’une compréhension fine de ce qui différencie fondamentalement les


deux principaux paradigmes épistémologiques constructivistes, nous pouvons
maintenant examiner les implications épistémiques et méthodologiques de ces
différences.
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2. Conséquences des différences entre les hypothèses
fondatrices des paradigmes épistémologiques constructivistes 

Dans cette seconde partie, les conséquences des différences entre les
hypothèses fondatrices du PECGL et du PECP vont être étudiées de trois points
de vue : l’éventail des hypothèses de travail d’ordre ontologique admissibles dans
les deux paradigmes ; la possibilité d’intégrer des savoirs initialement élaborés
dans d’autres paradigmes épistémologiques  ; la portée de ces paradigmes
épistémologiques.

2.1. Un éventail d’hypothèses de travail admissibles moins large


dans le PECGL que dans le PECP
Le fait que le PECP ne postule aucune hypothèse fondatrice d’ordre ontologique
(c’est-à-dire relative à l’essence ou la nature possible du réel) a une conséquence
extrêmement importante au plan épistémique : permettre à un chercheur de poser,
dans le cadre d’un projet de recherche particulier, des hypothèses de travail
d’ordre ontologique concernant certains aspects du phénomène qu’il étudie, qui
sont cohérentes avec l’expérience qu’il a de ce phénomène. Ces hypothèses
doivent alors être soigneusement explicitées et rappelées lors de la présentation
des résultats de la recherche. En outre, tout au long de la recherche, le chercheur
doit systématiquement s’assurer de ce que les inférences qu’il effectue sont
cohérentes avec ces hypothèses.

Dans le PECP, toutes sortes d’hypothèses de travail sont admissibles. Par exemple,
l’hypothèse constructionniste (Gergen, 2001) du caractère socialement construit
des phénomènes sociaux, tels que, par exemple, le classement des revues
académiques en management. Dans d’autres cas, le chercheur peut prendre
comme hypothèse de travail que le phénomène qu’il étudie a certaines propriétés
intrinsèques indépendantes du fait que des chercheurs étudient ce phénomène.
Par exemple, l’hypothèse selon laquelle les capacités cognitives humaines sont

381
43

limitées. Une telle hypothèse de travail ne serait pas admissible dans le PECGL
puisqu’elle est incompatible avec l’hypothèse d’ontologie relativiste fondatrice de
ce paradigme. Ainsi, le PECP permet de raisonner à partir d’un éventail plus
large d’hypothèses cohérentes avec l’expérience humaine.

2.2. Dans le PECP, possibilité d’intégrer des savoirs élaborés


dans d’autres paradigmes épistémologiques
Comme conséquence du constat qui vient d’être effectué, dans une recherche
conduite dans le PECGL il n’est pas toujours possible d’intégrer des savoirs
développés dans le PECP, et il semble impossible d’intégrer des savoirs
développés dans un paradigme épistémologique réaliste, car les hypothèses
fondatrices d’un tel paradigme sont incompatibles avec l’hypothèse de relativisme
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ontologique du PEGCL.

La situation est différente dans le PECP. La possibilité que le PECP offre au


chercheur de prendre appui, dans le cadre d’un projet de recherche, sur des
hypothèses de travail d’ordre ontologique spécifiques dote le PECP d’une
capacité remarquable : dans le processus d’élaboration de connaissance,
il est possible d’intégrer des savoirs qui ont été développés et légitimés dans
d’autres paradigmes épistémologiques, dès lors que les hypothèses de
travail sur lesquelles ces savoirs reposent sont compatibles avec celles de la
recherche menée dans le PECP. L’intégration de ces savoirs est évidemment
à effectuer avec une attention réfléchie et en les réinterprétant en fonction du
contexte considéré et des hypothèses fondatrices du PECP. L’inverse est plus
problématique et présente des difficultés que Denyer et al. (2008) n’ont pas
prises en considération dans la présentation de la notion de «  synthèses sur
mesure  » qu’ils ont développée dans le paradigme réaliste critique. Certaines
de ces difficultés proviennent de ce que les savoirs élaborés dans le PECP
ne sont pas nécessairement compatibles avec les hypothèses fondatrices du
réalisme critique, en particulier celles relatives à l’existence de structures et de
mécanismes générateurs sous-jacents immuables. Dans ce cas, comment leur
intégration dans des recherches conduites dans le paradigme réaliste critique,
pourrait-elle être légitimée ?

Dans une recherche conduite dans le PECP, lorsque l’on envisage d’intégrer des
savoirs qui ont été élaborés dans d’autres paradigmes épistémologiques, on doit
s’assurer de ce que les différents éléments de savoir que l’on souhaite combiner
reposent sur des hypothèses cohérentes entre elles et avec les hypothèses
fondatrices du PECP. Ceci met à nouveau en relief l’importance cruciale dans
tout projet de recherche, quel que soit le paradigme épistémologique dans lequel
il est inscrit, de bien expliciter les hypothèses fondatrices de ce paradigme ainsi
que les hypothèses de travail complémentaires éventuellement adoptées (Le
Moigne, 1995 ; Mir et Watson, 2000 ; Kwan et Tsang, 2001).

382
Les paradigmes épistémologiques
constructivistes : post-modernisme ou
pragmatisme ?

2.3. Le PECP : un paradigme épistémologique de portée plus


large que le PECGL
Last but not least, Guba et Lincoln ont conceptualisé le PECGL pour l’étude des
phénomènes humains et sociaux. Ceci a eu pour conséquence de les conduire à
postuler des hypothèses fondatrices155 qui circonscrivent le domaine de pertinence
potentielle du PECGL, et donc sa portée, à l’étude de tels phénomènes. Le
PECGL est donc un paradigme épistémologique qui peut être qualifié de régional
(par analogie avec la notion d’ontologie régionale de G.G. Granger, 1988).

Ceci n’a pas été le cas pour le PECP. Ce paradigme épistémologique a été
conceptualisé dans le prolongement de travaux de Piaget portant notamment sur
la construction de l’intelligence sensori-motrice et de la pensée conceptuelle chez
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l’enfant (Piaget, 1937), et sur les liens entre biologie et connaissance, concernant
en particulier les relations entre régulations organiques et processus cognitifs
(Piaget, 1967b). De surcroît, toutes les méthodes de recherche étant a priori
éligibles dans le PECP, les méthodes spécifiques à l’étude des phénomènes
physiques et biologiques sont mobilisables tout autant que celles spécifiques aux
sciences sociales, et les phénomènes de toute nature peuvent être étudiés dans
le PECP. Autrement dit, alors que le PECGL est un paradigme épistémologique
régional puisque concerné exclusivement par l’étude de phénomènes sociaux,
le PECP est un paradigme épistémologique de portée générale, de même
niveau donc que les paradigmes épistémologiques positivistes et réalistes. En
témoignent par exemple les recherches que le biologiste Maturana (2000) conduit
dans le PECP sur les processus cognitifs humains, ou les travaux de Le Moigne
(2001, 2002) sur l’épistémologie des sciences fondamentales d’ingénierie et de
conception. A cet égard, il est à souligner que la conceptualisation initiée par
Simon (1969) des sciences de l’artificiel est compatible avec le PECP (Avenier,
2010), de même que nombre de notions développées par Simon dans cette
conceptualisation, tels le principe d’action intelligente et l’analyse fins/moyens,
qu’il a empruntés au philosophe pragmatiste Dewey.

Le PEGCL apparaît ainsi moins ouvert que le PECP au plan méthodologique :


dans le PECP, admissibilité des diverses méthodes de recherche envisageables
versus limitation à un type de méthode particulier dans le PECGL. Il apparaît
également moins ouvert que le PECP au plan épistémique : admissibilité d’un
éventail moins large d’hypothèses de travail d’ordre ontologique, et possibilité
d’intégrer une moins grande variété de savoirs élaborés dans d’autres paradigmes
épistémologiques. Enfin, il a une portée épistémologique régionale alors que le
PECP a une portée générale.

155. Nommément, l’hypothèse d’ontologie relativiste et l’hypothèse méthodologique de limitation à la méthode herméneutique utilisée
de manière dialectique avec les acteurs parties prenantes de l’investigation.

383
43

3. Discussion

La discussion est organisée en trois parties. Elle porte d’abord sur les méthodes
destinées à évaluer la connaissance dans les deux paradigmes épistémologiques.
Puis elle questionne les possibilités de généralisation de connaissances
développées sous l’hypothèse d’ontologie relativiste sur laquelle repose le
PECGL. Pour terminer, elle revient sur diverses confusions fréquentes dans le
foisonnement des travaux qui se réclament du constructivisme.

3.1. Des méthodes radicalement différentes pour évaluer la


connaissance
Dans les deux paradigmes, les connaissances ne prétendent pas fournir de
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description fidèle de la manière dont les choses sont ou fonctionnent réellement.
Le processus de connaissance vise l’élaboration de représentations congruentes
avec l’expérience des acteurs impliqués dans la situation considérée, et qui
font sens pour eux. Les théoriciens de ces deux paradigmes soulignent que
ces représentations sont largement façonnées par les valeurs des individus
concernés par la situation, et par les contextes physiques, psychologiques,
sociaux et culturels particuliers dans lesquels elles sont forgées et auxquels
elles se réfèrent. Ensuite, les positions adoptées dans les deux paradigmes
divergent.

Pour Guba et Lincoln (1989, p. 9), puisque les acteurs parties prenantes d’une
situation font mutuellement partie des contextes les uns des autres, ces auteurs
considèrent normal (« not surprising ») qu’un consensus émerge sur la nature
de la situation considérée. Ces auteurs soulignent que toutefois, l’existence d’un
consensus n’implique pas que ce sur quoi les acteurs s’accordent, correspond
plus à la réalité que d’autres représentations de la situation. Il signifie seulement
que les acteurs concernés partagent une représentation de la situation, qui, alors,
prend réalité pour eux, et qu’il n’y a alors pas d’autre réalité pour ces acteurs que
celle-ci. Ceci inscrit explicitement le PEGCL dans le post-modernisme.

Von Glasersfeld et Le Moigne quant à eux, sans rejeter la notion de consensus, ne


lui font pas jouer un rôle central dans l’évaluation des connaissances élaborées.
Ils mettent plutôt en avant le principe du verum/factum (Vico, 1710/1993) ou les
critères d’adaptation fonctionnelle et de viabilité pour cheminer dans le monde
(Glasersfeld, 2001). Ces derniers rattachent le PECP au pragmatisme plutôt qu’au
post-modernisme. Autrement dit, dans le PECP, l’évaluation des connaissances
repose sur la confrontation à l’expérience de l’action, alors que dans le PECGL,
elle repose sur la confrontation aux représentations d’autres acteurs dans la
perspective de parvenir à un consensus (cf. Tableau 1).

384
Les paradigmes épistémologiques
constructivistes : post-modernisme ou
pragmatisme ?

Il est à noter que la notion de consensus paraît délicate à définir précisément


dans le PECP, puisque, en vertu des hypothèses fondatrices, un individu ne
peut connaître les représentations d’autrui qu’à travers l’expérience qu’il en
a, laquelle expérience est elle-même influencée par les valeurs, les projets, le
contexte de l’individu considéré. Dans ces conditions comment peut-on savoir s’il
y a effectivement consensus, c’est-à-dire si l’on est effectivement d’accord sur ce
sur quoi on croit être d’accord ?

3.2. Quelles possibilités de généralisation lorsque ce qui existe


est vu comme relatif ?
Le PECGL repose sur l’hypothèse d’ontologie relativiste qui stipule le caractère
relatif de ce qui existe. A la différence du PECGL, le PECP ne postule pas la
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relativité de ce qui existe : il adopte une posture agnostique vis-à-vis de la nature
du réel en lui-même (Riegler, 2001), et repose plutôt sur une hypothèse d’ordre
épistémique : l’hypothèse de connaissance phénoménologique. Celle-ci stipule
que même s’il existe un réel en soi, indépendant de l’attention que tout humain
peut lui porter, un humain ne connaît que sa propre expérience du réel : il ne peut
pas prétendre connaître le réel de manière objective et exhaustive. En combinant
cette hypothèse avec le postulat – que partagent les paradigmes épistémologiques
constructivistes – de non-séparabilité, dans le processus de connaissance, de ce
qui provient du système observé avec ce qui provient du système observant (von
Foerster, 1981), il en résulte que, dans le PECP, ce qui est connaissable par
un humain – à savoir l’expérience qu’il a de ce qui existe – est influencé par de
multiples caractéristiques de ce sujet connaissant, telles que les finalités de son
projet de connaissance, le contexte dans lequel il se situe, ses valeurs, sa culture
et plus généralement son histoire (Le Moigne, 1977, 1995). Dans le PECP la
connaissance d’un phénomène apparaît donc à la fois ancrée dans le phénomène
étudié et dépendante des sujets qui l’étudient (et de leur projet de connaissance).
Le caractère relatif de la connaissance n’est donc pas posé comme une hypothèse
fondatrice, mais découle des hypothèses fondatrices postulées (cf. Tableau 1).
En outre, ce caractère relatif de la connaissance est tempéré par le fait que
cette connaissance est continuellement évaluée à l’aune de l’action : critère de
viabilité pour cheminer dans le monde, et principe du verum/factum présentés
plus haut. Comme, à la différence du PECGL, le PECP ne postule pas que ce
qui existe est relatif, dans les recherches menées dans le PECP il est possible
de prendre appui sur toutes sortes d’hypothèses de travail sur la nature de ce qui
existe156. Il est aussi possible de concevoir la généralisation de savoirs (Avenier,
2007), alors que ceci semble hautement problématique lorsque les phénomènes
sont postulés exister seulement relativement à des « relativiseurs » comme c’est
le cas dans le PECGL.

156. Par exemple, considérer que le réel étudié existe indépendamment du regard que des chercheurs portent sur lui.

385
43

3.3. Diverses confusions fréquentes


Dans leurs écrits, les théoriciens du PECP (particulièrement von Glasersfeld et
Le Moigne) sont attentifs à systématiquement distinguer157 les notions de « réel
en soi », « expérience humaine d’un réel », et « représentations d’un réel ». Il
n’en va pas de même pour nombre d’auteurs qui inscrivent leurs recherches
dans un référentiel constructiviste. En témoigne la citation suivante émanant de
Guba et Lincoln eux-mêmes (1989, p. 86, gras ajoutés dans notre traduction) :
«  L’hypothèse d’ordre ontologique formulée par les tenants du paradigme
constructiviste est qu’il existe de multiples réalités socialement construites, qui
ne sont pas gouvernées par des lois naturelles, causales ou d’autre sorte : une
ontologie relativiste. Ces constructions sont effectuées par des individus lorsqu’ils
essaient de donner du sens à leurs expériences (…). » Dans la première phrase
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de cette citation, les « réalités socialement construites » sont censées relever du
niveau ontologique, c’est-à-dire de ce que Korzybski (1933/2007) désigne par
territoire. Les « constructions » évoquées dans la seconde phrase sont, quant
à elles, d’ordre symbolique et relèvent donc du niveau épistémique, c’est-à-dire
de celui d’une carte dans la métaphore de Korzybski. Une carte n’étant pas le
territoire (Korzybski, 1933/2007), il ne peut s’agir des mêmes constructions.
Cette utilisation ambivalente par les théoriciens du PEGCL eux-mêmes, du terme
« réalité » pour désigner à la fois le réel, l’expérience propre qu’un humain a du
réel, et la connaissance que cet humain développe du réel, s’est généralisée dans
la littérature et constitue une source importante de confusion dans les travaux se
référant au constructivisme.

L’ouverture méthodologique du PECP soulignée plus haut se heurte à


diverses idées reçues d’ordre méthodologique qui n’ont pas de justification
épistémologique dans ce paradigme épistémologique. Une première idée reçue
consiste à considérer que seules les recherches de type recherche-intervention
peuvent s’inscrire dans un paradigme épistémologique constructiviste. Or nous
avons vu que la réplication et le test d’hypothèses sont éligibles dans le PECP,
et considérés comme des techniques susceptibles d’apporter des éclairages
enrichissants ou des éléments de questionnement, sans toutefois jouer de rôle
décisif dans la mise à l’épreuve de savoirs. Le PECP privilégie plutôt des mises
à l’épreuve pragmatiques à travers l’activation des savoirs dans des situations
pratiques pour lesquelles le chercheur considère que ces savoirs peuvent se
montrer pertinents. Dans ce cas, il s’agit d’examiner si les praticiens qui participent
à la réinterprétation de ces savoirs dans le contexte spécifique de l’organisation
concernée, considèrent que ceux-ci stimulent valablement leur réflexion, offrent
des éclairages intéressants sur la problématique pratique considérée, et/ou leur
suggèrent des voies d’action pertinentes. Si tel est bien le cas, cette mise à
157. Sachant que distinguer ne signifie pas séparer – une autre confusion fréquente, qui est source d’incompréhension dans les
discussions. Ainsi, ce n’est pas parce que, pour les étudier, on distingue différentes facettes d’un certain phénomène – comme les côtés
pile et face d’une pièce de monnaie – qu’on les tient pour séparables.

386
Les paradigmes épistémologiques
constructivistes : post-modernisme ou
pragmatisme ?

l’épreuve pratique contribue à la légitimation pragmatique de ces savoirs. Si ce


n’est pas le cas, cette mise à l’épreuve pratique ne constitue pas une réfutation
de ces savoirs au sens de Popper (1968). Elle indique plutôt que la recherche
est à poursuivre pour tenter de comprendre pourquoi ces savoirs ne se sont pas
avérés éclairants dans ce contexte spécifique. La poursuite de la recherche peut
alors conduire à affiner ces savoirs ou les amender.

Une autre idée reçue, qui accompagne souvent la précédente, considère que
les recherches par études de cas qui ne sont pas des recherches-interventions
relèvent d’un autre paradigme épistémologique, qualifié par Girod-Séville et Perret
(1999) d’interprétativiste. Dans la conception de ces auteurs, ce paradigme a les
mêmes hypothèses gnoséologiques que le PECP mais ne considère admissibles
que les méthodes dites interprétatives ou herméneutiques. Une telle contrainte
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méthodologique limite la portée de ce paradigme, comme celui du PEGCL, au
domaine des sciences humaines et sociales, et conduit certains auteurs tels que
Yanow (2006) à ne pas le considérer comme un paradigme épistémologique mais
comme un paradigme méthodologique reposant sur l’hypothèse de connaissance
phénoménologique.

Encore une autre idée reçue affirme que, dans toutes les recherches inscrites
dans un paradigme épistémologique constructiviste, les connaissances doivent
nécessairement être co-construites avec des praticiens impliqués dans le travail
empirique (Charreire et Huault, 2001). Si les faits mis en forme sur la base des
informations recueillies dans l’organisation où se déroule la recherche peuvent
effectivement être considérés comme des co-constructions entre le chercheur
et certains des acteurs interrogés, il n’en va pas systématiquement de même
des conceptualisations effectuées à partir de ces faits mis en forme. Même si
rien n’interdit aux praticiens de s’impliquer dans le travail de conceptualisation,
ce genre de travail est le plus souvent effectué par les chercheurs sur la base
du matériau empirique et conceptuel constitué au fil de la recherche et des
diverses revues de littérature effectuées. Dans ce travail, la collaboration entre
chercheurs et praticiens se résume généralement à deux types d’action : d’une
part, revenir sur certaines questions qui n’ont pas été examinées de manière
suffisamment détaillée – ou pas examinées du tout – lors du travail empirique ; et
d’autre part, discuter les savoirs tels que conceptualisés par le chercheur, avec
les quelques praticiens qui acceptent de participer à ce travail réflexif, qui est à
la fois chronophage et souvent éloigné de leurs préoccupations pressantes du
moment.

Enfin, au-delà de l’idée encore très répandue selon laquelle «  l’enquête par
questionnaire est un outil positiviste  », une confusion déjà dénoncée (Hlady-
Rispal, 2002) mais qui persiste, consiste à associer les techniques de recueil et
de traitement d’informations quantitatives avec les paradigmes épistémologiques
positivistes, et les techniques de recueil et de traitement d’informations qualitatives

387
43

avec les paradigmes épistémologiques constructivistes. Pourtant, dans une


recherche inscrite dans le PECP, il n’y a aucune contre-indication à recourir à
toutes sortes de techniques de recueil et traitement d’informations quantitatives
et qualitatives. La légitimation des savoirs élaborés repose sur l’explicitation du
travail épistémique et du travail empirique effectués par le chercheur tout au long
de la recherche, et en particulier de leur rigueur et des conditions épistémiques,
éthiques et techniques dans lesquelles les informations ont été recueillies et
traitées (Le Moigne, 1995, 2007 ; Martinet, 2007).

Conclusion

L’étude comparative des deux principaux paradigmes épistémologiques


constructivistes a fait apparaître que ceux-ci présentent des différences
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fondamentales. En effet, ils ont en commun une seule hypothèse fondatrice,
celle de non-séparabilité dans le processus de connaissance, entre le système
observant et le système observé (von Foerster, 1981). Ils ont aussi en commun
de considérer que cette hypothèse rend inadéquate la notion de vérité absolue,
et de voir l’élaboration de connaissances comme un acte de construction de
représentations forgées par des humains pour donner sens aux situations dans
lesquelles ils interviennent. Les différences fondamentales entre leurs autres
hypothèses engendrent des conséquences épistémiques et méthodologiques
majeures. En particulier, le paradigme épistémologique constructiviste prag-
matique (PECP) relève de la philosophie pragmatiste, alors que le paradigme
épistémologique constructiviste selon Guba et Lincoln (PECGL) relève du post-
modernisme.

Le fait de signaler qu’une recherche est inscrite dans un paradigme épistémologique


constructiviste ne suffit pas à situer valablement le cadre épistémologique de ladite
recherche : il exprime seulement que cette recherche est menée en prenant en
compte l’hypothèse de von Foerster (1981). Le chercheur doit expliciter les autres
hypothèses fondatrices postulées, notamment l’hypothèse d’ontologie relativiste
pour le paradigme épistémologique constructiviste selon Guba et Lincoln
(PECGL)  ; l’hypothèse d’agnosticisme et de connaissance phénoménologique
pour le paradigme épistémologique constructiviste pragmatique (PECP)  ; ou
encore l’hypothèse de réalisme ontologique s’il se réfère à la vision de Mir et
Watson (2000).

Le PECGL a été conceptualisé pour étudier des phénomènes humains et sociaux


en mobilisant exclusivement des méthodes herméneutiques mises en œuvre
de manière dialectique. Il se révèle de portée régionale. Le PECP, à l’instar
des paradigmes épistémologiques positivistes et réalistes, est un paradigme
épistémologique de portée générale, qui peut être mobilisé dans l’étude de
n’importe quel type de phénomène, qu’il relève des univers physique, biologique,
social, ou des trois à la fois. Toute méthode de recherche est éligible dans le

388
Les paradigmes épistémologiques
constructivistes : post-modernisme ou
pragmatisme ?

PECP pourvu que soient respectés les principes directeurs de comportement


éthique, rigueur critique et explicitation des hypothèses de travail et du processus
d’élaboration de connaissances (Le Moigne, 1995, 2007 ; Avenier, 2010). Le PECP
offre une capacité à poser des hypothèses de travail d’ordre ontologique relevant
d’un éventail beaucoup plus large que le PECGL, et une capacité plus grande que
le PECGL à intégrer, sous certaines conditions évoquées dans le corps du texte,
des connaissances développées dans d’autres paradigmes épistémologiques.
L’évaluation des connaissances s’effectue, dans le PECGL, par confrontation
de représentations, et dans le PECP, par confrontation à l’action. Enfin, alors
que l’hypothèse d’ontologie relativiste rend problématique la généralisation de
savoirs dans le PEGCL, cette question n’est pas problématique dans le PECP et
a même déjà reçu certaines réponses (Avenier, 2007).
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Aussi, en reprenant la représentation métaphorique d’une théorie comme une
lampe torche qui met en lumière certains éléments d’une pièce sombre tout en
en laissant d’autres dans l’ombre (Mir et Watson, 2001), le faisceau de la lampe
torche «  paradigme épistémologique constructiviste pragmatique  » apparaît-il
plus large et plus puissant pour éclairer les phénomènes étudiés par la recherche
en management, que celui de la lampe torche «  paradigme épistémologique
constructiviste selon Guba et Lincoln ».

Bibliographie

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