Vous êtes sur la page 1sur 172

Histoire des mathématiques

de l'Antiquit , à l'an mil

A la découverte des origines

EDITIONS •

PO LE

IS no31

ISSN 2263-4908

Bibliothèque

Ta.n9

e

L'aventure noat:hénoat:ique

Tangente Hors-série n° 30

Histoire des mathématiques

de l'Antiquité à l'an mil

Sous la direction d'Élisabeth Busser

© Éditions POLE - Paris 2015

To ute repré entatio n, traduction, adaptation ou reproduction, même partielle, par tou procédés , e n

tou s pay s, fa ite sans autorisatio n préalable est illicite, et ex posera it le contrevenant à des poursuites

judiciaire s . Réf. : Loi du 11 mar s

1957 .

I.S.B.N. 9782848841892

I.S.S.N. 2263-4908

Commission paritaire 1016 K 80883

Prochaine01ent

dans la Bibliothèque Tangente

EDITIONS.

POLE

Histoire des mathématiques

de l'Antiquité

à l'an mil

Sommaire

Mathématiques

: chronologie

de quatre siècles d'aventures

Les divisions du savoir dans

I'Antiquité

Dupliquer un carré chez Platon

l •X•tii i3,1

La

De l'astrologie

à

la

science

naissance des mathématiques

Les ciulllsations

Les

mathématiques furent l'invention de toutes sortes

de

peuples,

qui

les

pratiquèrent

tantôt

pour

raisons

comptables, astronomiques ou religieuses, tantôt pour

elles-mêmes.

Les hommes voyagent, les peuples se ren-

contrent, les uns deviennent les passeurs du savoir des

autres, tels les Arabes exhumant la science grecque ou

offrant des chiffres d'origine indienne

à l'Occident.

La

Grèce antique et sa zone d'influence

: sept cent ans

d'histoire des mathématiques

Alexandrie

La

mystérieuse machine d'Anticythère

Babyloniens et Égyptiens

La

méthode de Héron

Mathématiques en Chine ancienne

La

Mathématiques indiennes

: les origines

cience arabe racontée par Shéhérazade

Dans l'Amérique précolombienne

Le latin, langue des mathématiques

DOSSIER

Les personnages

Les

mathématiques

antiques

doivent

leur

développe-

ment

à la passion de personnages

remarquables, fon-

dateurs

d'écoles

ou

savants

solitaires.

Certains

de

ces

grands noms, Pythagore, Euclide

D'autres,

comme

Théétète

ou

nous sont familiers.

Hypatie,

sont

moins

connus.

Dans cette partie, nous rendons aussi homma-

ge

à al-Khwarizmi, Zu Chongzhi, Aryabhata et d'autres

grands savants orientaux.

Thalès et l'ombre de la pyramide

Trois mathématiciens chinois

Les pythagoriciens

: des maths ésotériques et secrètes

DOSSIER

Deux mille ans avant Galois, Théétète Euclide Aristote Archimède, le quadrateur Hypatie d'Alexandrie Aryabhata et Brahmagupta Al-Kindi Al-Khwarizmi, maître de l'algèbre Thabit ibn Qurra Le pape qui aimait les chiffres

les grands thèmes

Comment calculaient les Anciens ? Connaissaient-ils les objets mathématiques qui nous sont aujourd'hui familiers ? Comment abordaient-ils les grands concepts mathématiques? Dans ce dossier, on délaisse nos calculatrices modernes pour goûter aux joies du maniement de l'abaque. On compare l'efficacité des systèmes de numération. On redécouvre les premières réflexions sur la nature du nombre, l'invention du zéro, la manipulation - prudente - de la notion d'infini

Écrire les mathématiques Une histoire d'inconnues La découverte des grandeurs incommensurables Pourquoi les Grecs n'ont-ils pas inventé l'algèbre ? L'invention de la trigonométrie Des chiffres « romains » aux chiffres « arabes » Les naissances multiples du zéro L'infini, potentiel ou actuel ? L'abaque grec et la calculette romaine Les polyèdres dans l'Antiquité Un recueil mathématique vieux de douze siècles

En bref

Jeux et Problèmes Solutions

par F.C. et J.-J.D.

Mvthes et fantômes

La vie de quelques auteurs de !' Antiquité nous est bien connue . C' est le cas de Platon , dont on connaît même la généalogie sur plus de six générations du moins pour sa lignée maternelle. Aussi bien du côté

de

Poséidon . On voit ici que la légende s' empare vite des figures historiques.

D'autres personnages sont plus flous , comme

Théétète , dont on n' arrive pas bien à savoir s' il est mort à 20 ans ou 46 ans . D' autres encore sont des

fantômes : on

doute parfois de leur existence . Ainsi , Timée de Lacres ne serait qu ' une création littéraire de Platon. Certes , Timée de Lacres et Théétète ne passionnent pas les foules - et c'est sûrement injuste pour Théétète - mais Pythagore , Euclide! Eh bien même Pythagore pose problème aux historiens . Il semble

de sa mère que de son père, Platon

sait si peu de choses d' eux que l ' on

qu ' il ait existé , mais il n'a rien écrit et la tradition orale autour de son œuvre était secrète, réservée aux initiés de sa secte! Dans ces conditions , difficile de démêler l 'écheveau des légendes brodées autour de sa vie et

de

qu ' il soit l ' auteur d' un des textes fondateurs des

mathématiques , les Éléments , on ne sait rien de lui! Longtemps , il a été confondu avec Euclide de Mégare,

ses connaissances . Pour Euclide, c' est pire. Bien

personnage

du Théétète de Platon . Aujourd'hui , les

spécialistes

se perdent en conjectures . Existait-il?

N'était-il que le chef d' une école? A-t-il fait un travail

original ou a-t-il compilé les connaissances de son époque? Il reste des recherches historiques considérables à faire pour préciser les contours de ces figures du

que de nou-

velles découvertes viennent percer ces mystères et peut-être ressusciter des génies aujourd'hui oubliés.

Panthéon des mathématiques . Espérons

EN BREF

la naissance de la

•••••tr1•par MICIIII Serres

« Or en moins de quatre siècles, de Thalès de Milet à Euclide d'Alexandrie et qu'ils le veuillent ou non, les pen- seurs grecs, rivaux de villes et d'écoles, d'économie et de religion, acharnés à se contredire, fils de la terre contre amis des formes ou penseurs du mouvant contre éternitaires, ont, ensemble, construit, de façon fou- droyante et inattendue, un Empire invisible et unique dont la grandeur sans déca- dence perdure jusqu'à nous, un bâtiment sans autre exemple dans l'histoire où ils nous amènent encore, à plus de deux millénaires de dis- tance, à travailler selon les mêmes gestes qu'eux et sans l'abandonner sous le pré- texte de la confusion de nos langues et même si nos haines croissent. L'humanité a-t-elle jamais formé un accord équivalent? Cette réussite s'appelle les mathé- matiques. »

Extrait de Gnomon, les débuts de la géométrie en Grèce, in Éléments d'histoire des sciences, sous la direction de Michel Serres. Bordas, 1986.

Hors-série n° 30. Histoire des mathématiques

Tcingent:e

HISTOIRES

par Élisabeth Busser

mathématiques : chronologie

de quatre siècles d' auentures

Présentes dans tous les aspects de nos vies, les mathéma- tiques sont ancrées dans le passé, le présent et l'avenir de tous les peuples. Brossons un panorama de leur histoire jus- qu'à l'An Mil.

L ' histoire des mathé matiques com- me nc e ave c ce lle de l ' hum anité pui sque les peuples du paléoli- comptaient déj à les ent a ill e sur Les fi g ures e t les nombres n 'o nt

cessé de pui s de hante r l'es prit hum a in .

L' Antiquité jusque vers l' An Mil est

thiqu e les o s.

Comment partager 6 pains entre 10 personnes? Pour nous aujourd'hui, c'est simple : donner à chacun six dixièmes de pain, mais comment le compter? Couper chaque pain en dix et ne prendre que six parts? Que de miettes l Pour les Egyptiens contemporains du scribe Ahmès, le transcripteur du papyrus Rhind, en 1700 avant J.-C., le problème trouve une solution très élé- gante qui repose sur le mode de calcul en vigueur à l'époque : la dêcomposition de toute fraction en somme de fractions de numérateur 1. Comme, pour

notre problème,

le partage, departager un seul pain en dix, les cinq autres en deux et de donner à chacun la moitié d'un pain et un dixième. Cela fait beaucoup moins de découpes, et tous ont des parts de même forme.

!

10

=.! + - 1 -, il suffira, pour faire

2

10

un e pé riod e spéc ia le me nt féco nde de l'aventure mathématique.

Les précurseurs

3500 avant J .-C. , les Babylo- é ta ie nt déjà ex pe rt s : ex pe rt s

de

multipli cation s ur le urs tabl ett es d 'a r- g ile ; ex pe rt s e n a lgè bre, il s ré o lva ie nt des équ ation s du seco nd degré ; ex pert s

num é ra ti o n , il s g ra va ie nt de ta bl es

e n

Vers ni e n

e n gé omé tri e, il s sava ie nt calc ul e r des a ires pl anes et co nstruire des tabl es de

pe rt s e n

tripl e ts pyth ag ori c ie ns ; ex

as tronomi e, il s é ta ie nt ca pa bl es d 'é ta-

blir des prév is io ns fi a bl es des posi ti o ns des pl anètes.

Ve rs 1700 ava nt notre è re, le Ahmes rassembl e dan s le papyru

sc rib e Rhind

p lus de qu atre-v ingt problè mes avec le ur solution s, to uc ha nt esse nti e ll e-

me nt

aux domain es de la vie qu otid ie n-

ne.

de là, e n

Inde, le prêtre Baudhaya na, en

qu a nt comme nt co nstruire des aute ls, dévo il e d a ns ses su lbasutras des pro- pri é tés qui resse mbl e nt fo rt a u th éo rè- me de Py th agore.

Ve rs 800 ava nt J .-C ., lo in

ex pli -

Texted'unsulbasutra

Vers 1700 ava11t notre ère, le scribe

Ahmès rassemble dans le papyrus

Rhind plus de quatre-vingts pro-

Co mm ent

co ns truir e

un

carr é

d 'ai,·e

ég ale

à la so mm e des aires de d eux car -

rés donn és ?

Le

sulb as utra indien, datant d 'e n-

viro n

d ess in

8 00

parle de

à

lui -même, d ans

ava nt

l' o ri gin e d es

J .- C. ,

fi gur e nt

recommandations pour

les

co n struire autels.

Si

gnent les côt és

dési-

a

et

b

ce

de deux carrés donnés, le fait que le carré

co nstruit

une

la

d ess in a it

co mm e

l'indique

à

a

2

+

le

aire égale

b

2

implique

co nn aissance d 'un e relati on entre les ca r-

rés

qui d eviendra

théorème de Pythagore.

des côt és

d 'un triangle rectangle, ce

le

t ro is

siècles plus

t a rd

blèmes avec leurs solutio11s, tou- chant essentiellement aux domai11es de la vie quotidienne.

figurés

on célèbre théorè-

me officialisant ce que les géo- mètres babyloniens ou indiens connaissaient déjà sous forme

la suite de Tha- la notion de

lès ,

« propriété toujours vraie » . De situation « pré-mathématique »,

on est

et

Pythagore, à la sc ience mathé-

Après eux , la déco u-

verte de l'existence de nombres

matique!

empirique .

À

il

introduit

pa

é,

avec

Thalès

irrationnels inhibera sans doute

Ex tr a it d ' un e tra -

la construction

de l'arithmé-

du cti on médi é-

tique,

faisant des

mathémati -

vale

(par ledit

C'est Thalès qui , autour de 575 avant

allant au-de là des considération s

purement pratiques, importera en Grèce

les

Baby lo ni e ns. C'est a in s i qu e, pré- figurant la s imilitud e, il ca lcu le la haute ur d ' un e pyra mide e n mes u-

ra nt son

métrie théorique

résolvant des problèmes comme

ca lc ul

bateaux et le rivage , imposs ibles

résoudre

mum de do nnées .

J .-C. ,

savo irs

math é matique

des

ombre .

de

la

di

li

me ttra

sur

sta nce

la géo-

les

rai l

e ntre

e n

le

les

d'un

à

mini-

sans disposer

ciens grecs es e nti e llement de géomètres.

Henri on) Éléments d 'E ucl ide.

~·-·····-·

des

In fluencé

par Th a lès,

Pythago re de

Samos est encore aujourd hui un mythe

mathématique.

mathématicien , il

e n

Italie une école fonctionnant comme une

secte

nombre » va

sa

'

Plus

philosophe que

à

Croton e

« Tout

es t

monde.

Il

fonde

du

le tour du

et

doctrine

faire

HISTOIRES

les législateurs

Chronologie de 4 siècles •••

D 'a utres o nt été entraînés dans ce silla-

 

ge :

Ari starqu e d e Sa mos, qui ca lc ul a

Au ,ve s ièc le

av a nt J .-C. Pl a t o n , avec

ve

rs

2 90 ava nt J.-C. , par la géo mé tr ie ,

l' Acadé mi e,

et Ari stote avec le

lycée

les di stances Terre- So le iI e t

firent d ' Athènes le vrai centre

intel-

Terre-Lune ; Archimède qui vers 250

lectuel du monde méditerranéen et

avant J .-C. donna une méthode de ca l-

eure nt

tou s de ux une influence cer-

sur

c

ul du pé rimètre du ce rcl e ;

A po ll o niu s

ta ine

le déve loppe ment des

de Pe rge qui vers 225 avant

J.-C. déve-

mathématiques en tant que science. Les mathématiciens grecs sont très reche rc hés et les souve rains de la

lopp a la th éo ri e d es sec ti o ns d ' un cô ne par un pl a n , po ur ne c ite r qu e les plu s

co nnus. Les co nna issances mathé ma-

\iijgiiizilill[lll!III d y nasti e d es Ptolé mée vont savoir les attirer à Alexandrie, le nouveau centre de la culture scie ntifique en

Méditerranée . C 'est ici qu 'Euclide a

Un manu scrit

1,

tiques se déc line nt mainte nant e n un

e

nc haîn e me nt log ique impl aca bl e où

on distingue des dé finiti ons, des

ax

l'

io mes et des théorè mes.

d ' al-Kwari zmi datant du x• s i è cl e .

e nse ig né c ré ant ve rs 300 ava nt J .-C. la plus grande œuvre des mathématiques grecques, les Éléments. C ette œ uvre monumentale, avec ses tre ize livres, est une véritable «somme », fédérant

les héritiers

Alexandrie e t restée « la Grande Géo- mè tre », co mm e le di sa it Ap o ll o niu s,

des

épars, codifiant les règles de la démons-

rés ultats connu s pour ce rta in s ma is

jusque dans les année 400 après J.-C. Les héritie rs d ' Euclide et de la log ique

tration , étendant son influence sur la

d

' Aristo te sont nombreux à y avoir tra-

géométrie et son enseig ne me nt jus- qu 'au xxe s ièc le. À la uite de Pl aton

vaillé. Héron d ' Alexandrie qui , dans ses Métriques, d o nne des fo rmules de cal-

et d ' Aristote, Euc lide a été un lég isla-

c

ul d 'a ires

et

de vo lumes, Ni co maque

te ur de la géométrie.

de G érase,

le pre mi e r à avo ir vra ime nt

sépa ré l'a rithmétique de la géo mé trie,

les NeutCha11itresliel'anllucalcut exemples

Dans une ville carrée de dimensions inconnues, il y a une porte au milieu de chaque côté. Dehors, vingt pas après la sortie Nord, il y a un arbre. Si vous quittez la ville par la porte Sud, marchez quatorze pas vers le Sud puis 1775 pas vers l'ouest, et là, vous commencerez tout juste à apercevoir l'arbre. Quelles sont les dimensions de la ville? Tel est le genre de problèmes que l'on trouve dans les Neuf Chapitres sur l'art du calcul, ouvrage chinois de 200 avant J.-C.

On résoudrait aujourd'hui ce problème en écrivant une relation de proportionnalité entre les côtés des triangles ABN et ACD, qui, si x désignait la longueur du côté de la ville, fournirait l'équation du second degré x2 + 34X = 71 ooo. C'est ce que font les Chinois, mais ils donnent pour cette équation une solution plus proche de la géométrie que de l'algèbre et trouvent évidemment 250 comme solution.

Ta.ngente Hors-série n°30. Histoires des mathématiques

Méné laü s, sphé riques,

sc ientifiquement la géo métrie

nomie, Diophante et ses « Arithmé- tiques », Pappu s , tou s ont lai ssé leur nom dans l' hi stoire des math é matiques.

On pe nse que c'est l' assass inat en 415

par des chrétien s de la premi ère mathé- matici e nne , Hypatie , à la tête de l' éco-

le pl atoni c ienne d ' Alexandrie, qui pré- cipita le déclin de l' influence intell ec-

tuelle de cette vilie .

trian g les a ppliqu e à l'astro-

spéc iali ste Ptolém ée ,

des

qui

des

math é matici e ns babyloni e ns, g rec s et

indien s

pe nsée

Khwari zmi (780 - 850), l' un grand mathé maticien s arabes.

plu s

Son trai-

à

traduire

e n

a rabe

les

œuvres

et c ' est là que naît une véritable a lgé brique sy mboli sée par a l-

des

té Calcul par restauration et réduction ,

nous fournit les premières techniques

algorithmiques, du nom de leur célèbre

utre s ont s uivi ses traces : Thabit ibn Qurra, le premier à parler (vers 850) de nombres réels, le Per- sa n Omar Khayya m ,

in ve nte ur. D 'a

JyaJ , ,_

.'

'"'~

~~$ji::1,J/t~!.P~~

.

~,.&JiJJ/jL:(j~~-

l~~~ cfiB:µ41

Jn;~~~~ J,tl,~

.

.P

-

,

Le co ntin ent as iatique n'est pas en reste pour le progrès de la scien- ce mathématique : en Chine, vers 200 après J.- C., reparaît après une période d' autoda- fés de li vres, le tex te

de référence : Jiu zhang Suanshu ou Les Neuf Chapitres de l 'art du ca lcul , la r-

geme nt commentés par le math é mati - cien Liu Hui (220-280). On y trou ve de « as tu ce » arithm é tiques : extrac-

ti o ns de racines é ni è me s , de réso lu -

poète mathématicien , qui s ut s i bi e n (ve rs l'a n 1000) fu s ionn e r les savo irs géomé- triques et algébriques

dans

on Traité sur la

démonstration des problèmes d 'a lgèbre.

À ce moment en Europe, l'éducation

n'était pas la première préoccupation de dirigeants e t c ' est dan s les monas- tère que survécut la vie scientifique.

Ci-contre :

extrait d'un

manuscrit arabe

antique.

ti

o ns d 'é qu a tion s y compri lors-

Le moine Gerbert d ' Aurillac,

deve nu

qu 'e lles so nt indé terminées. L' Inde , qui use déso rmai s d ' un systè me

tique grec, nous donnera le premier

par la suite pape sous le nom de Syl - vestre Il , re met à l' honneur la culture

décimal de numération , position ne t, plus pratique que le systè me alphabé-

antique et surtout use de sa position

papa le pour y faire adopter le ystème arabe d'écriture des nombres, avec le

système de numération de position

zéro.

Auteur de de ux traités d 'arithmé-

connu , avec un s igne particulie r pour

tiqu e

e t d ' un traité de géo mé trie , il fut

désigner le zéro. Ve r 630 , le mathé ma- ti c ie n indien Brahmag upta utili se déjà

l' un des derniers mathé maticie ns avant l' an 1000 .

des nombres négatifs et résout des équ ation s diophantiennes .

 

É.B.

L' influence perdue d 'A lexandrie

s'est

maintenant transposée à Bagdad, nou-

ve lle capitale du savo ir mathé matiqu e, so us l' impul s ion des califes de la

y

travaillent à la « Mai son de la Sagesse »

dynastie des Abbasides. Les sava nts

Hors-série n° 30. Histoires des mathématiques

Tangente

HISTOIRES

par Élisabeth Busser

Les diuisions

du sauoir dans l'Hntiquité

Nous avons l'habitude de séparer les savoirs puis de faire éclater ces grandes divisions en catégories. Les Anciens procédaient-ils de la même façon que nous ?

Liste d ' un e ta blett e sum éri enn e.

Mésopotamie, datée de l'a n 3 du règ ne d ï bbi-Sin d 'U r, fin du 111' mi ll énaire avant J. -C .

(Musée d11 Lou1-re, A111iq11irés orientales. AO 2680).

N ous fa isons to us , no us utili sons

:

li s tes de co urses, de tâc hes à

réperto ires d ' adresses, no me n-

cl ature di ver es, di cti o nn a ires , e ncycl o-

pédi es, bases de do nnées in fo rm atiques,

to us des « li stes » auj o urd ' hui

accomplir,

la classification d'Hristote

On a commencé par énumérer, e n uite

on a rassemblé les données, et puis on

les a

cl assées . C'est Aristo te (384 - 322

ava nt J .-C. ) qui , c hez les Grecs, fut le

instru c ti o n

d es programm es d 'o rdin a-

pre mi e r à ré unir les

di sc iplines d u

te urs

Le s pre mi è res « li s te » de l' hu -

avo ir e n un « corpu s »

o rgani sé.C'es t

manité se sont écrites sur des

bi e n so uve nt à l'a id e de ses no tes de

table ttes d ' arg ile, e n caractères c uné i-

co urs, re tro u vées à l 'é tat de frag me nt s ,

form es.

E ll es d ate nt des Sumé ri e ns,

qu 'o n a recensé les travaux du grand

vers le

ve siècle avant notre ère.

phil oso phe . Ari stote , e n plu s d ' un di c-

Leurs tex tes y fi g ura ie nt e n

ti

o nn a ire d e te rm e phil oso phiques et

co lo nn es , ré pe rt o ri a nt to u s les

d

' un rés umé des théo ri e de Py th agore,

savo irs de l' é poqu e, so us fo rme de

a

p ro posé to ut un sys tè me d ' o rga ni sa-

li stes de no m s cl assés par g ro upe s de

ti

o n d es savo irs e t e n pa rti c uli e r de

sy no ny mes : to u les mé ti e rs, tou s

cl

ass ifi ca ti o n des

les no ms de di e u x, etc. Le beso in

Il di s ting ue to ut

sc ie nces. d ' a bo rd les sc ie nces

d 'orga ni ser les savo irs, de cl asser les

qu ' il no mm

e « th éo ré tiqu es » e t q u ' il

connaissances, a donc de tous temps ha nté les ho mmes. C o mme nt les

co ns idè re co mm e « les plu s ha utes des sc iences » . Ce sont des sc iences « spé-

Anc ie ns di v isa ie nt-ils le savo ir ?

c

ul ati ves » , qui co mp ose nt se lo n lui la

C' est Aristote qui, chez les Grecs, fut le premier à réunir les disciplines du savoir en un « corpus » organisé.

philosophie th éo ri que : les m a th é m a-

tiques, la « c ience des êtres immobiles

e

t sé pa rés

» , la ph ys ique, ce tt e

«

so rt e

de s ub stan ce qui possède e n e lle le

prin -

c

ipe

de · so n

mo uve me nt

e t

de

son

repos » , qui « étudie des êtres séparés

Tcingente Hors-série n°30. Histoire des mathématiques

mais no n immo biles» et la th éo log ie,

plu s ha ut e des

sc ience

qu ' il

théorétiques». Fidè le à ses di x

« catégo ri es», la su bstance, la qua lité,

qu a lifi e de

« la

Origine ilu mot II mathématiaue II

la qua ntité,

la

relati on , le

li eu,

le

temps, la situa tion, l 'avoir, l 'ac tion et la pass ion , fini es d a ns l ' Orga non,

 

Le mot « mathématique » a pour origine le nom d'une catégorie d'élèves de l'école pythagoricienne.

les akoutiskoï qui, se contentant d'écouter rece-

.

.

Aristote affirme que « la Géométrie et

Auve siècle avant J.-C., Pythagore délivrait son

/'Astronomie ont pour objet un genre

enseignement en public, tout en réservant une par- tie plus approfondie à un public restreint, les

[XJrticu lier de la qua ntité, ta ndis

que la

Mathématique générale étudie toutes

Pythagoriciens. Parmi ceux-ci, deux groupes, qui

les quantités en

généra l ».

Ari stote di stin gue en uite la p hiloso-

s'opposaient parfois d'ailleurs violemment :

va1ent un enseignement (akousmata, les choses

phie pratique , ce ll e qui tra ite des qu es-

entendues) sans aucune démonstration,

ti o ns de mora le e t il y me t l' é thiqu e e t

les mathematikoï qui, eux, recevaient l'enseigne-

la po litiqu e. Il di stin g ue e nfin la philo-

ment au complet (de mathema, la science c'est-à- dire chez les Grecs toute la connaissance ), donné

soph ie poétique, qui s' inté re

e à la

produ c ti o n (p o iés is) d 'œ uvres d ' art , o ù

par le maître lui-même, d'où le mot « mathéma-

il pl ace l'ar t poé tiqu e e t la rh é to riqu e, l'art du di sco urs. On pe ut s'é to nn e r de

tiq~e ». Nous noterons qu'en grec aussi bien qu'en latin, les mot « mathematica » est toujours au plu-

ne pas vo ir la logique fig urer dans

class ifi ca ti o n . Po ur Ari sto te,

e ll e

cette

riel ; c'est pourquoi on parle «des» mathéma- tiques. Ce n'est qu'au XIXe siècle qu'on a employé ce

n 'es t

mot au singulier, dans une tentative d'unifier cette

pas un e sc

ie nce e t ne

fa it pa rti e d 'a u-

cun e sc ie nce ; il la co ns idè re co mm e

un

discipline.

instrume nt de la sc ie nce, c'es t-à-dire

un

o

util

po ur

favo ri

se r l 'accès a u x

li

établit sur le même modè le une c las-

co nn a issa nces . A ri sto te pa rtage do nc le

s

ifi cati o n des ê tres viva nt s se lo n une

savo ir e n troi s gra nd s dom a in es, qui co rres ponde nt e n gros aux di vers

champ s

sc ience, la mora le et l'art .

la

de

l'ac ti v ité

hum a in e:

L'arbre de

Porph yre

(g ra vure du

XV III e s ièc le) .

éc he ll e « de la compl ex ité d e l 'â me ».

On co mpre nd mi e ux ce tte cl ass ifi ca ti o n

à la lecture de l'introduction que le phi -

losophe Porphyre (234 - 305 après J .-C. ) e n a fa ite qu e lqu es s ièc les plu s

tard dan on lsagogè, sorte de mode

d 'empl oi à l' usage des scolaires de

l' Orga non d ' Ari sto te . Da ns la cl ass ifi - cati o n d 'A ri sto te, les propri é tés dev ie n-

ne nt de plus e n plus gé né rale au fur et

à mesure de la mo ntée vers la « sub-

visua-

1ise dans un « arbre » o ù, à chaque nœ ud , le « genre» se di v ise e n so us- ge nres e n fo nc ti o n des « diffé re nces »

(propriétés) ajo utées.

stance » ; c'est ce que Porph yre

HISTOIRES

Ty mp a n du port a il de la cathédrale de Chartre s

représentant des a ll égo ri es des se pt art s libé rau x . La Sagesse trô ne au milieu des person- nifi cati o ns du 1ri- vi u111 re prése nt ées par Donat. C icéron

e t Ari s to te e t du qua -

dri viu111 fi g urées pa r

Boèce , Euclide,

Pyth ago re et Pto lé mée .

Les divisions

Les sept arts libéraux

À la cl ass ification d ' Ari stote va se sub-

stituer une autre class ification des savoirs, sans doute sous l' influence de

l 'es prit pratique des Rom a in s, qui perdurer dans tout le Moyen Âge en

va

corres pond plutôt à la philosophie d 'a uj o urd ' hui , et le quadri vium , parti e plut ô t sc ie ntifiqu e, d a ns laqu e ll e o n

trou ve

Po ur les

mu s ique et !'astronomi e.

!'arithmétique, la géométrie, la

sc ie nces, ce tt e c lass ifi ca ti o n re pre na it la di v is ion des mathé matiques chè re

Occ ide nt.

Pour l'a ute ur latin Varra

a u x py th ago ri c ie ns. Les autres art s

vre

(

116 ,

27

avant

J.-C

.), pui s po ur

so nt les art s méca niques, c'es t-à-dire

Cicéron ( 106 , 43 avant J.-C.) dan Les Académiques, les se ul es di sc iplin es

les ac ti v ités ma nu e ll es, par o ppos iti on aux ac ti vité inte llec tue lles : l' arc hitec-

di g nes d 'ê tre

étudiées par un homme

ture, la sculpture, la pe inture et l'o rfè-

libre sont les e pt a rt s

libé rau x. C' es t

ri e. C o mm e c hez Ari s to te, un e

 

un

autre auteur latin de I' Antiquité tar-

hi é ra rc hi e s'é ta blit , pl aça nt la phil oso-

div

e, Martianu s C a pe ll a (ve s iècl e a près

phi e au-dess us de autres do ma ines de

J .-C.) qui les codifie ra, fa isant ré fé re nce

d a ns un e sorte d 'é po pée invrai sem - blabl e, à un e c lass ifica tion des arts

conn a issa nces : le pre mi e r ni vea u e n se ra le tri vium , et dans le qu adri vium , les ma th é matiqu es fi g ure ront au ni vea u

défini e à pa rtir de se pt Muses: l ' hi s- toire (Clio), l'é loquence et la poésie héroïque (C alliope), la tra gédi e

que les autres ni vea u plu s ha ut .

Co mme chez les Grecs auss i, la

intermédi aire alors sc ie nces se ront un

(

Me lpom è ne), la com édi e (Th a li e), la

co nn a issa nce es t le fa it des ho mm es

mu

sique (Euterpe), la danse

libres, les escl a ves, limités aux savo irs

(Te rpsichore), l'é légie (Érato), le

ly ri s me ( Po ly mni e) e t l'as tro no mi e (U ra ni e). C e tt e no uv e ll e di v is io n du

savoir

plutôt littéraire composée de la gram-

di a lectique,

ma ire, la rhé toriqu e et la

c 'es t-à-dire les scie nces du lan gage, qui

di stin g ue donc le tri v ium , parti e

bas iqu es e t ré pé titi fs, ne

accéder. C es di v is io

év ide mme nt conditi o nn é l'o rga ni sa ti o n

et les pratiqu es de l'e nse igne me nt , de l' Antiquité à nos jours.

po uva nt y savo ir o nt

n s

du

É.B.

Ta.ngent:e Hors-série n°30. Histoire des mathématiques

par Benoit Rittaud

Dupliquer

un carré

chez Platon

Le plus ancien texte grec à teneur mathé- matique est un texte de Platon, le Ménon, écrit probablement en -385. Comment le grand philosophe y parle-t-il des maths ?

UN PROBLlME DU MIIIOII

Dans Je non de Platon , Socrate s'emploie, les yeux de Ménon à discuter avec un

e clave

carré : un carré étant donné, com- ment con truire un carré d'aire double ?

ou

ur le problème de la duplication d'un

Fidèle à

coucher l 'esprit, le philo ophe athénien tente d ' amener l' e clave à la découverte de la bonne

a pratique de la maïeutique, art d 'ac-

répon e par le biais de ques-

tions simples, san

même tout ou partie de la

répon e (en principe).

LES MATHS AU SERVICE DE lA PHILOSOPHIE

donner lui-

Dan le M énon, Platon envisage le problème

de la duplication du carré avant tout comme

un exemple pour illustrer des propo

généraux de philo ophie. Dè

but atteint (l ' esclave a accouché d'un savoir),

il cesse de s'intéres er au problème. En parti-

plus

qu'il e time

on

EN BREF

culier, il n'aborde pa la question de l' incom- men urabilité de la diagonale du carré (autre- ment dit le fait que racine de 2 est irrationnel), un fait mathématique qu'il mentionne pourtant en d'autres occasions comme un résultat essentiel.

OBSCURERlPllQUE

Dan le Ménon , on trouve au si ce pas age :

« Quand on demande [à un géomètre] 'il est possible d'inscrire en tant que triangle une telle surface dans un cercle donné, [il

répond] :

telle qu'une fois appliquée sur sa ligne don- née, elle lai se pour reste un espace semblable à l 'espace qui a été appliqué, je pense qu 'il s 'ensuit telle cho e, et à l 'inverse telle autre choses 'il est impossible que cette situation se

) Si la surface en question est

produise. » Le moins que l'on puisse dire, c'est que ce pa age ne brille pa par sa clarté : on en dénombre aujourd hui des dizaines d' interpré- tations géométriques différentes ! Il s ' agit ici bien plu d'une réplique pédante que de la

mi e en valeur d ' un ré ultat de géométrie.

Certains commentateurs soupçonnent

d' ailleurs Platon de 'être du monde

ain i un peu moqué

Bien sûr, Platon tenait les mathématiques en haute estime(« que nul n'entre ici s'il n'est géomètre», lisait-on à l'entrée de son Académie), et il en est question dans d'autres dialogues (en particulier le Théétète , cf article page 86).

Référence

Platon, Ménon, Garnier-Flammarion, 1993 (traduit et commenté par Monique Canto- perber) D.H. Fowler, The mathematics ofPlato s Academv Oxford Univer ity Pre , 1987.

'

.

HISTOIRES

par Jean Lefort

De l'astrologie à la science

L'astrologie, née du besoin, chez l'homme antique, de prévoir son avenir, est la mère de la numérologie. Cette dernière, si elle n 'est assurément pas une science sérieuse, influença et motiva sans doute l'étude de l'arithmétique.

Illu stration d ' un ou vrage pour Cha rles Quint

(n

f

s iè cle ).

C omprendre le monde dans lequel

pour

l' homme le moteur de la

il

v it

a

toujours

é té

connaissance. Pour ex plique r un e nature complexe, il a rec he rc hé de ca uses simples et effectué des assoc iat ions

ser les phé-

nomènes. Le but ultime est de pouvoir

anticipe r, prévo ir

avoir un moyen d ' action

ce qu ' il va se passe r,

d ' idées lui permettant de cl a

sur le futur.

avo ir un di e u tuté lai re qui les meut, comme Neptune le dieu de la mer,

Éo le, celui du

di

ho mm e c he rc he sa pl ace da ns la na-

ture. D 'où

pour év ite r d 'être le j o uet des forces na-

ture ll es qui pe uve nt se révé ler catastro- phiqu es ? Les cos mo lo g ies o nt pour but d 'ex pliquer la na issa nce du mo nd e

fa ire

L'

e n Égypte, le c ru es

ve nt ou,

règ le

es

e u du Nil qui

vie nt -i l , qu e doit-il

 

et

de l' homme, d' imposer des conduites

faire des hypothèses

à

sui vre pour ass ure r la pérennité de la

c

ivi li sa tion . Po ur cela , dans tout es les

Une

de s pre mi è res catégorisations

c

ultures, il

faut des sacr ifi ces, m ais

(et qui perdure largement aujour- d ' hui , ma lgré le flou de certaines

fronti è res) a pe ut-être é té la dif- férence e ntre a nimé ou v iva nt e t inanimé ou in e rte. L'a nimé a

l'o n

un e â me e t c'est a in s i que

auss i une étude atte nti ve des divers phé nomènes pour trouver des règles qui permette nt d 'a nti c iper le urs ve nues. Et

ce fut le début de la science.

l'astrologie

re ncontre les esprits des forêts o u d es plantes, les contes où les a ni -

L'

observation du ciel étoi lé fai t appa-

maux ont un rôle qu as i- hum a in , etc.

raî tre se pt as tres dont la rég ul ar ité du

L' in erte ne pe ut se mou vo ir qu e s' il

mouvement ne sa ute pas

a ux ye ux . Ce

est manipulé par un être vivant. Ainsi

so

nt le Soleil e t la Lun e

a in s i que les

la m e r, le vent , les é toil es doiv e nt - il s

c

inq planètes (e n utili sa nt le vocab ul a i-

Tangente Hors-série n°30. Histoire des mathématiques

re mode rne) Me rc ure, Vé nu s, M a rs, Ju - piter et Saturne.

L' influe nce du c ie l sur la vie

est évi de nte : pluies, orages,

beau temps, les aisons réglées par la

haute ur d u

So le il , les ma rées qu e Py-

théas (e n - 330) attribu a à la Lune

Pourqu o i les autres pl anè tes

e ll es pas un rô le ? Et le qu e l ? Vo il à un e

dé marc he toute sc ie ntifiqu e : hypo-

thè es, prév isions et co mparaison à la réa lité . Ma is il n 'es t pa fac il e d 'a na ly-

se r la co mpl ex ité du rée l. Ne no us mo-

quons donc pas mais remercions plutôt Pto lé mée (a u nes .) q ui , à cô té d ' un re- marqu able trava il mathé matique e t géo- grap hi q ue , ex pliqu a le carac tè re des peuples par l' influe nce des astres. Car

co mpre ndre la vo lo nté des di eux qui

me uve nt les pl anè tes , c ' est d ' abord bi e n

comprendre le mouvement de ces der-

ni è res e t e n co nséque nce acc umul e r des

sièc les d'o bse rva ti o n . Ain s i de c iv ili sa-

ti o n e n c iv ili sa ti o n , Sum e r passa nt le

re la is à Baby lone qu i le passa a ux Égy p-

ti e ns , ce ux-c i a u G recs , les Grecs a ux

n 'a ura ie nt-

hum a ine te mpê te,

to ur complet e n 60 ou en 360 parti es ,

di vis io n ayant !'ava ntage

d ' un e qu as i-coïnc ide nce avec le nombre

de l' année. (Les Chino is ont

di visé le cerc le en 365 parti es). C'es t

Hipparqu e ( nes. ava nt J .-C. ) qui impo-

de jo urs

cette de rni è re

La mosaïque de la synagogue de Beit Alpha (vi" siècle).

Ara bes

c hac un e apporta sa pie rre à

sa

les 360°. Ma is les mesures

ne suffi-

l'éd ifica tio n de la co nn a issance e n utili -

se

nt p as ; il fa ut les re li e r , e t ce la

sant le savoir accumulé par les précé-

co

ndui s it à to ut un déve lo ppe me nt de

de

ntes .

la

géo mé tr ie s ur

la s phè re

avec l' étu de

Soyons cla irs , l'a tro log ie n' est pas

e nco re « la fi ll e déve rgo nd ée qui no ur -

ri t sa mè re pa uvre, ! 'as tron o mi e » se -

lon la bo utade de Ke pl e r , m a is plut ô t

l'

in ve rse. Il fa ud ra atte ndre le déve lo p-

tati tiqu e po ur me ttre à

bas toute le th éo ri e as tro log iques .

Pos iti onner les as tres sur la

vo ute cé-

pe

me

nt de la

leste impliqu e de les re pé re r. Po ur ce la

des tri angles sphériques et les pre-

mi è res

Déve lo ppe me nts mathé matiques et as-

tro no miques vo nt de pa ir, perme ttant

de mi e u x pos iti o nn e r la Te rre au se in

de l 'U ni ve rs. Mi se e n év ide nce de la pé-

lip ses (le saro s) , des

princ ipa les inéga lités du mo uve me nt de la Lune, de la précession des équi-

ri

noti o ns de tri go no métri e .

odi c ité des éc

il

fa ut

mes urer des a ng les d 'o ù le c ho ix

noxes, mes ure de la di stance

d'

un e

un ité . Pour des ra iso ns d ' uni fo r-

Te

rre- Lun e, te nt a ti ve de la mes ure de

m

isatio n des po id s e t mes ures, Sume r

la

di sta nce Te rre- So le il

So us pré tex -

in

ve nt a la base 60 qui

va pe rdure r ju s-

te

d ' astrol ogie, et pour chercher à

pré-

qu'à nos jours avec le minutes et les

vo

ir I ave nir , préocc upati o n to uj o urs

seco nd es e t avec les pé ri odes du cale n-

ac

tu e ll e de l ' hum a nité, les sava nt s de

d

ri e r c hin o is . C e pe nd a nt les sava nt s

I'

Antiquité ont établi sur des bases

o

nt lo ngte mp s hés ité e ntre di vise r

le

sc

ie ntifiqu es le mo uve me nt d es pl a-

De l'astrologie à la science

éclipses, ces dernières

(ces deux douze é ta nt li és). Da ns la Bible, le douze est assoc ié au sacré.

aya nt un rôl e impor- tant dans la conduite

Éleve r un nombre au carré forcer le sy mboli sme. Ça

c'es t en ren- 1'est encore

des affaires de l'em- pereur de Chinqui

de co nsi dé re r le nombre tri angul aire as- soc ié, c'est-à-dire la somme des entiers

est le fils du Ciel.

success ifs jusqu'à

lui -même. Ain i, i

En effe t , un e

6 est mauvai , 36 l'est encore plus et

éclipse prév ue

666

( le tri a ng ul a ire de 36), avec cette

qui ne se produi-

répétition du 6, l'est au maximum .

sa it pas é ta it un

L'

utili sation de carrés et des triangu -

signe favora bl e

la

ires es t un a pec t parti culi er

de toute

ma is une éc lip-

un e géométri e des no mbre que mettra

se qui se pro-

e n fo rm e

Pyth ago re (vie siècle ava nt

sans

J

.-

C.). 11 sa n c tifi era

l a T etrakys (

le

avo ir é té pré-

no mbre 4) dont le tri ang ul a ire est

10,

sig ni - que l'e mpere ur ava it pe rdu

base de la numération. Un autre aspec t de la numéro log ie est basé s ur l' utili sa ti on de l'a lph a be t pour représenter les no mbres, ce qui es t !' ha-

son man-

bitude des peuples

sém itiques et grecs.

dat avec le Ciel.

Mais ce la est plus ancien pui sq ue déjà les s um é ri e ns assoc iaie nt au roi (SHÀR ) le no mbre 3600 (SHÀR ).

L' influence du zodiaque sur l es div ers organ es d e l' homm e

(Calendrier et compo~t des bt:r- gers. :w" ~ièclc) .

la numérologie

En fait , l' homm e a to uj o urs bea uco up de mal à di stin gue r le sym bo le de ce

Une autre des retombées de l'astro log ie

qu ' il re prése nte, le s ig nifi a nt du

sign i-

es t la num éro log ie, qui influe nça

fié. Les math é matici e ns so nt deve nu s

l'arithmétique.

maîtres de ce tte di

stin c ti o n et

un e

li y a se pt astres mobiles et un qu art de lun aison dure e nviro n se pt jours. 7 fut

mê me éq uati o n pe ut rep rése nt er bien des phénomènes différents se lon le

a lors co nsidé ré co mm e un nombre ma-

co nt ex te d a ns lequ e l e ll e es t

écrite.

léfi qu e pa r les assy ri e ns ; le se pti è me,

Ma is ce tte

di stin cti o n n'es t pas

immé-

qu ato rz iè me, vingt-et-unième e t vingt-

di

ate e t bi e n des déco uv ertes, même ré-

huiti è me jour de c haqu e moi s, il ne fa l- la it rien faire de pe ur qu e tout ai ll e de trave rs. Les Hé bre ux re prire nt l' idée mai s pour faire de tou s les septi è me

ntes, provi e nn e nt de l'a ptitude du

cherc heur à appliquer à on problème des tec hnique d ' un autre sec teur. Mer- c i à nos ancêtres d 'avo ir su se dégager

ce

jours

des jours sacrés. 6, qui re prése nte

petit à petit de l'astrol ogie pour

un manqu e, es t don c attribu é à Luc ife r,

8 est attribué à l' homme car selon la genèse l' homme fut créé le huitième jour. Le nombre 12 joue auss i un gra nd rô le en astrologie à cause des dou ze mois de l'année ou des douze signes du zod iaque

co n truire les sc ie nces qui so us- tende nt notre culture.

J.L.

Tangente Hors-série n°30. Histoire des mathématiques

par Élisabeth Busser

les astrologues, des umathématiciens n?

ve nus de

Grèce o u de Sy ri e se re ndire nt cé lè bres par le ur

scie nce et le ur c ulture et de vinre nt les favori s de leurs maîtres en leur enseignant l' astrolog ie. On

Dans

la

Rome

antique , des escl aves

se mit à les a ppe le r les « Ch a ldée ns » e t le s ur- nom se généralisa puisqu ' on l'étendit par la suite

contrée

d ' o ri g ine. Ce

à to us les as trol og ues, qu e ll e qu e so it leur

sont ces« Chaldéens» qu ' on

a ppel a a uss i,

durant la

périod e fl o -

ri

ssa nte de r as trolog ie à Ro me,

c

' es t- à- dire

e ntre

30

a va nt

J.-C. et 100 après J.-C

les

«

Math é mati c ie ns » . to ut

comme

Eu x les

m

a th é m a ti c i e n s,

co

nn a issa ie nt

l'a rt

du

ca

lc ul

as tron o

miqu e

indi spen sabl e

a ux

as tro-

log ues. Ces « math é mati -

c ie ns » d ' un autre style pri -

re nt d 'a ill e urs te lle me nt d ' in -

flu e nce qu e Ti re les c ha5sa de

Ro me e n l 'a n

dit a uss i bi e n la diffu s ion d ' horoscopes que les co nsult ati o ns d 'as trol og ues.

16 a près J .-C. e t inte r-

UNE RÉPUTATION

EN BREF

les mathématiciens, des uastrologues n?

Les mathé matic ie ns, c ' est sûr , avaient les connais- sances d 'astro nomie nécessaires pour appréhe nder le mouvement des astres. De là à étudier l' astrologie pui s à lui accorde r un certain crédit , il n 'y a qu ' un

pas

que des mathé mati c ie ns co nnu s o nt franc hi !

Cette

mauvai e habitude a d 'ai lle urs perd uré

bi e n

après

l'an mil : l 'astro no me mathé mati c ie n

a lle-

man d Reg io m o n tan us (1 436- 1476)

, spéc ia-

li ste des co mè tes , se pe nc he, da ns ses Éphémérides, sur l'influence des

signes du Zod iaque sur certaines parties du corps. Jérôme Cardan

1576) c al c ul e l'h o ro -

scope de Jésus-Christ, prédit le j o ur de sa propre mo rt (et cesse de s'alimenter pour cor- roborer sa prédiction). New to n , Ke ple r et C ass ini croyaient, dit-on, aux horo- scopes et dans le pre mier règ le- me nt de l'Académie des sciences , fo ndée par Co lbert , un de articl es interdi ait à ses membres de s'occuper d 'astrolog ie et de rec hercher la pierre philosopha le. Quand même!

( 1501 -

D'ASTROLOGUE C"est l'astrologie des Grecs et des Arabes qui régnait sur le bassin méditerranéen autour de l'an Mil et on a même pu par la suite attribuer au mathématicien Gerbert d'Auri llac (938- 1003 ). devenu par la suite pape sous le nom de Sylvestre Il . de s' être laissé tenter par ses pratiques . Cette réputation qu 'on lui a faite n'est pas étrangère au fait que c'est lui qui a fait connaître l'astrolabe à l'Occident en le ramenant d'Espagne . Cet instrument . qui permet de représenter le mouvement des étoiles sous la voûte céleste et dont l'utili- sation était très répandue chez les astronomes arabes . est en fait davantage utilisé pour l'astrologie que pour l'astronomie . Comme Gerbert d'Auri llac avait par ailleurs une répu- tation de novateur et même un peu de prophète. de là à lu i attribuer la réputation su lfu- reuse de pratiques astrologiques occultes . il n'y avait qu 'un pas '

par Hervé Lehning

la naissance des mathématiques

La naissance des nombres remonte à la préhistoire. La nouvelle qui suit en propose un scénario vraisemblable sous forme de mythe. Elle débouche sur la naissance des mathématiques.

L a bergère descend de la colJjne en prenant de l'avance sur son troupeau . Elle court puis

réunissez deux troupeaux, assemblez

leurs caillo ux

correspondant au tro upeau total . En ver-

et vous o btie ndrez un tas

m

o nte s ur un roche r où e lle re trou ve les

sion g ue rri è re , une armée pe ut

ai nsi faci-

cailloux dépo és le matin même. Son

À

c haque passage, la be rgè re e nl è ve un

le me nt

co

mpte r

e

pe rtes .

Ava nt de

chi e n fai t dé fil e r les mouto ns à ses pieds.

partir en campagne, c haque ho mme dé po se un cai llo u d ans un lie u co nsacré.

caillo u . Qua nd le de rnie r mo uto n est passé, tro is res te nt s ur le so l. E ll e regarde vers la colline . Pas trace de mou-

Au re to ur , c hac un e n re ti re un. Le tas resta nt re prése nt e les pe rt es . To utes ces o péra ti o n s so nt s impl es à réa li se r e t ne

to

ns . E ll e c ri e a uss itô t :

dev ie nne nt fas tidieuses qu 'avec les

«

tro is mo utons! Va

grands nombres, que l'on rencontre au

Ch ien ! Il manque les chercher! »

Laissons la bergère retrouver ses mou-

ni vea u de la ges ti o n d ' un é tat o u d' un grand domaine.

De simples sou- cis comptables sont à l' origine de la naissance des nombres entiers naturels.

to ns. So n évocation illustre la naissance

des nombres , à l'aube de l' humanité. fi s'agit d ' une sorte de pense-bête, ou plu-

tô t de pe nse- humain car si les

sont , comme nous, capables de

chi e ns distin-

g ue r qu ' il m anqu e un mouton p armi deux, trois ou quatre, aucun n'a jam ais

conçu l'artifice de la bergère pour le détecter dans un plus grand nombre.

Mê me nos cousins le c himpa nzés en sont incapa bl es. La mé thode pe rme t

d 'ajouter ou de oustraire. Si vous

na ires plu s tard , un

croule so us les cailloux . Le

sol autour de lui en est couvert. À sa droite, se trouve le tas des moutons . À sa ga uche, celui des vaches, de rrière,

ce lui d es c heva ux. Le d o m ai ne do nt il

s'occ upe est imme nse,

Que lques mill é

comptable

et il passe a v ie

à manipul e r des ca illou x : en enlever en cas de mort ou de vente , en ajouter pour

les nais ances, etc. Pour fac ilite r so n tra- va il , d evant c h aqu e tas , il e n regro upe

lques un s à pa rt , e n pe tites pyra-

qu e

T4ngente Hors-série n° 30. Histoire des mathématiques

mides. Il a sa tec hnique : un ca illou par

doigt. Autrefois, so n père a imag iné cet artifice pour gag ne r du te mps. Ainsi , il est entouré de trois gros tas, chacun pré- cédé d'un bon nombre de pyramides. Une

Bonzi, Paysage

avec bergers

troupeau.y, 1621,

Pinacoteca

Capitolina, Rome.

base 10) d a ns lequel dix petits

sont rempl acés par un gros , dix gros par

un très g ros , et ainsi de suite.

Si on adopte la base 10 , ri e n ne sé pare

la notation « cailloux », des chiffres

cailloux

main , à pei ne,

sépare les mouton s des

c heva ux. Un jour, il le

romains. Il suffit de noter un petit

vaches ou des

ca

illou par un bâton (I) , un gros, par

sent , les tas se mé langero

ennui s commenceront. Le maître ne plaisante pas avec les comptes!

et les

une croix (X) et un plus gros, par un C. On continue ensuite avec un M. Ainsi, le nombre cent soixante-sept

Comment faire ? Il regarde à l'extérieur.

s'éc rit :

C XXXX:XX llIIIII , ce qui est

De ouvriers construi sent un mur, e n

difficile à lire. Pourquoi ? Parce que le

manipulant de gros blocs. L' un d ' eux

nombrement in stin c tif es t limité à

crie :

qu

a tre. À partir d

e cinq, il nou s faut

« Mets d es p etits ici à la place d'un

gros

»

Cette réfle x ion fait jaillir un écl air dan s

l' e prit du co mpt a bl e : co mm e les maçons , remplacer un tas de petits ca illou x par un gros! Que lques généra- tions plus tard , l' un de ses successeurs a

pyramides de gros

l' idée de faire

caillou x et de le re mpl acer par d 'autre

encore plus gros.

de

compter. Pour vous en

regarder les deux groupes : IIIII et Illl . Normalement , vous devez voir d ' un

coup d ' œi l que le second est composé de quatre bâton s. En revanc he , vous êtes obligé de sci nder le premier en

de ux pour réa li se r qu ' iI e n contient

cinq. Pour cette raison, les Romains

utili saient des chiffres inte nnédi aires :

V pour IIIII , L pour XXXXX et D pour

CCCCC, ce qui correspond à l'usage

convaincre ,

les premiers chiffres

d

' un e se ul e

main . Cent so ixante-se pt

s'

écrit alors

:

C

LX

VII ,

deux mille

Ces cai llou x sont les pre mie rs chiffres

quatorze : MM X UII. Si cette façon

de l' hi stoire de l' humanité , c ' es t-à-dire la

d

'écrire les nombre est économique ,

première façon d 'écrire les nombres ; avan t même l'invention de l'écriture , le

e

ll e n ' amène a ucun pro g rès dan s les calculs. Au contraire , pour ajouter

premier a lph abet. Nos co mptables ont

C

LX VII à MM X llII , on revient aux

a

in si inventé le sys tè me déc imal (o u à

ca

illoux. On les di spose sur une table ,

Hors-série n° 30. Histoire des mathématiques

Tc:ingente

La naissance

appelée abaque, selon des colonnes représentant le

L'arpentage

unités, di za in es, centa in es,

Un ho mme marche

ur un chemin de

etc. (v oir l'a rti c le ['Abaque

l

'A ntiquité , e t re ncontre un e be rgère.

:

grec

et

la

Calcu lette

Après l' avoir salu ée, il de mande

romaine).

 

« C'est encore loin la ville ?

Ainsi, de simples soucis compta bl es so nt à l 'o ri g ine de la naissance des nombre entie rs naturels, ceux que des ca illou x pe uve nt re pré - sente r, a ins i qu e de l'addi - tion et de la soustraction. Que l es t le prin c ipe mathé- matique sou s-j ace nt à cet art de co mpter, in ve nté par la bergè re e t pe rfec ti o nn é par

le co mptabl e ? Comme to ut

ce qui est essenti e l, iI est

in v is ibl e . Il 'ag it du prin -

c ipe de réc urre nce. L' idée est

qu e tout no mbre es t sui v i par un autre. Après chaque

ca illo u , notre bergère peut

e n pl ace r

sa

py ramid e . Ell e sa it qu ' e ll e

po urra touj o urs fa ire ainsi, mê me s' il es t lég itim e d e

penser que le processus

la

s' ar-

un

a utre

s ur

te ra.

No n

se ul e me nt

Te rre ne conti e nt qu ' un no mbre fini de ca ill o ux, mais de plus, les forces et la

vi e de la be rgè re ne suffi ront

pas

à

les

é pui se r.

Ce pe nd a nt , no tre es prit im ag ine cette infinité . Notez pour finir que le mot

« ca lcul

n'est plus utilisé dans ce sens qu 'en médec ine : les ca lcul s qu e j e vo us so u- haite ne pas avo ir d a ns les re ins o u a ill e urs n ' o nt ri e n à vo ir avec l ' art de

compter, ce sont juste de petits ca ill oux.

En mathématiques, Fexception ne confirme pas la règle : elle l'anéantit !

» s ig nifi e « ca ill o u » , m a is il

- À la vitesse où vous allez, vous devriez y être j uste ava nt la nu it ! »

C e tte con ve rsation est im mé mo ria le.

Qu and o n se dé pl ace à pi ed , les d is-

tances se mes ure nt e n jours et en

he ures pui squ e se ul

conn aître l'he ure d 'arrivée. La méthode

a to utefo is un in co n vé ni e nt : ce te m ps

dé pe nd de la v itesse de c hac un , e t mê me du sens de parcours. En côte, la marche es t plu s le nte. Po ur mes urer les d is-

ta nces, les arpe nte urs de I' Antiquité ont

préféré compte r leurs pas. Dans l' em-

pire ro ma in , il s ' ag issa it de de ux

e nj

lég

ro ma ines, les born e indique nt a insi les

milliers de pas, que l'on nomme

« milles » plus simplement. Le mile

a ng la is e n

plu s lo ng : 1 60 9 mè tres a u li e u de

1 482. Les Ro m a in s o nt éga le me nt

mesure des Grecs : le stade ,

hérité une

pas . Les

pra tiqu a it ! 'a thl é ti s me ava ie nt ce tt e

lo ngue ur, d 'o ù le urs nom s .

Les c ru es, du Nil e n Égy pte , du Tigre

et de !'Euphrate en Mésopotamie,

apporte nt les allu vions nécessaires à la

fe rtili sation des terres mai effacent les

limites des

a uj o urd ' hui . Le le nd e ma in , co m men t

rétablir chaque pay an dans sa pro- prié té? La pre mi è re idée est de mes urer se côtés ava nt la c rue e t d 'es aye r de la rétablir à l' ide ntique e nsuite.

L'a rpe nte ur o pè re a in s i ma is, un jo ur,

l ' o péra ti o n

s'avè re imposs ibl e. li ve ut

restitue r un lo pin de 30 pas de large et

c hamps, autrefo is co mme

qui va ut

l ' o n

dé ri ve , to ut e n é ta nt un pe u

impo rte de

a mb ées io nn a ire.

( rég le me

Au x

bo

nt a ires)

rd s

des

d ' un vo ies

12 5

li e ux où

80 de long . Aujo urd ' hui , le fle uve a

c ha ngé de co urs e t il ne di spose plu s

Tangente Hors-série n° 30. Histoire des mathématiques

d' un e

Co mm ent fa ire ?

qu e

lo ng ue ur

de

60

pas.

Découpage d'un champ en par- celles carrées et échange de deux surfaces égales.

L'a rpe nteur dess in e un modè le du

champ au so l (vo ir la

e t tro uve la

morceau qui dépa e en longueur pour le disposer e n largeur. Le nouveau champ n'a pas la même fo rm e qu e l' an- cie n mais il co mp ort e le mê me no mbre de carrés de di x pas de côté, c'est-à-d ire

o luti o n e n déco up a nt le

fig ure ci-dessus)

exe mple (vo ir la fig ure c i-des ou ) .

Un champ trapézoïdal : Pour calculer la surface de ce champ, on peut le découper en un rectangle (en orange) et un triangle rectangle (en jaune). On trouve 26 carrés.

o pposés so nt de lo ng ue ur

Si les côtés

40 et 50 d ' une part , 50 et 80 de l'autre,

les arpenteur égy pti ens calcule nt 45

( moye nne de 40 e t 50) multiplié pa r 65

(moye nn e de 50 et 80), ce qui donne

2 925. Un découpage subtil du champ montre que la surface vé ritabl e est égale à 2 600 . Les arpenteurs suréva- lu e nt la ta ille du c ha mp , et ce la sys té-

24.

matique me nt pour les

champs no n

L' additi o n a un e o ri g ine co m ptabl e,

rectan g ul a ires ! Co mm e les arpe nte urs

ma is

la multipli cati o n vie nt de l'arpe n-

étaie nt age nts du fisc, o n peut y vo ir

tage,

mê me s i e lle pe ut se définir à par-

un in var ia nt. Es t- il co nceva bl e qu ' un

tir de l'a d d iti o n: multipli e r 15 pa r 8

e mpl oyé des impô ts so us-éva lu e

un

consiste à aj outer huit fo is le mê me no mbre 15. En no tati o n mode rn e :

bie n ?

8 X l5=

15+

15+

+

15 +

15+

15.

15+

15+

15

Pour effectuer le calcul , on peut utili ser un gra nd no mbre de ca ill o ux, ma is ce

la preuue

Plu s sé ri e use me nt , ce ty pe d 'e rre urs introduit ('exigence de preuve en

n

'es t pas fac il e : e ayez do nc! Bie n

ma th é m atiqu es, a in s i qu e l 'o mnipré-

e

nte nd u , il ex i te des mé th odes

sence des tri angles en géométrie.

e

mpl oyant l'abaque utili sé

po ur l'addi -

Po urqu o i ? Tout d 'a bo rd , il es t néces-

tio n , ma is e ll e o nt te ll e me nt tec h- nique qu e, à cette é poqu e, le calc ul étai t réservé à des pécialistes : les abacistes. La isso ns- les et revenons aux arpe nteurs.

saire de di sposer d ' un moyen inco ntes- ta bl e po ur d é te rmin e r s i un e formul e es t ju ste o u fa usse. Il ne u ffit pas de vé ri fier sa va lidité d ans qu e lqu es cas .

Il

s o nt l' habitude

de mes ure r les qu atre

Par exemple, pour affirmer que la sur-

côtés des champs

pour les ré ta bl ir après

face d ' un tri angle est éga le à la

mo itié

les c rue . Qu and les cô tés o pposés ne so nt pas égaux, il s e n fo nt la moye nn e, ava nt de mul t ipli e r les rés ultats.

Voyons ce que ce la donne sur un

du produit de sa base par a hauteur, iI est néce saire de fournir la preuve qu e cette fo rmul e es t vra ie po ur to us les tri - angles (vo ir l'encadré Une preuve

Hors-série n° 30. Histoire des mathématiques

Tcingente

'

HISTOIRES

La naissance

rigo ureuse?) , a uss i bi zarres qu e

dan s la pre mi è re colo nn e , pui s un dans

• • • •

• •

l ' on pui sse les im ag in e r. En

la seconde e t a in s i de

uite e n reco m-

mathématiques, l'exception ne

me nça nt à

la pre mi è re a près la qu a-

• •

confirme pa s la règ le : e ll e

 

• •

tri è me. Qu a nd il n 'a plu s de ca ill o u , il

 

l'anéantit!

déc ide d 'e n

donne r c inq à c hacun ma is

 

D 'a utre part , pourquoi cette

il e n res te de ux (vo ir la fi g ure

c i-

Répartition omniprésence des triangles en géomé-

c ontre) . On pe ut im ag in e r qu ' il

les

du

en

troupeau tri e? Pour y ré pondre , rappelon s

gard e pour

se

paye r de

o n t rava il

, à

quatre parts. d 'a bord que géométrie signifie

moin qu ' il

ne

les fa

e rô tir po ur fê

te r

 

«

mesure de la Terre » . Son but initi a l

sa trou va ill e . D ans tous les cas, leur

es

t d e

pe rme ttre l'éva lu a tion des s ur-

sort ne con ce rne pas les mathé ma-

fa

ce s,

d es

c h a mp s e n p a rti c u Iie r.

Vu

tiques.

tri -

ang les es t év ide nte : to ut c ha mp

sou s cet as pect , l' importance des

La mé th ode de partage a ppliquée par le not a ire fon c ti o nne e n to ute c irco ns-

limité par des seg me nts de droit e pe ut

ta

nce. Il es t to uj o urs pos ibl e de di v i-

ê tre décomposé e n trian g les, pas fo r- cé m e nt e n re cta ng les ou e n ca rrés . Il

e r un no mbre , di son s 12 5 , e n a ut a nt de parts qu 'on le dés ire. La valeur de

est ainsi poss ible de calculer la sur-

c haqu e part

es t a ppe lée le qu oti e nt

et ce

face de tout c ha mp pol yg on a l.

qu

' il res te

. le res te . Bie n sûr, ce

res te

La diuision

Le notaire est perplexe . Un homme est mort. Il posséd a it un petit troupea u de mouton s. Comme nt le partager e ntre ses quatre fil s?

C o mm e to us les be rge rs le fo nt , il

prend un ca illou par mouton et trace qu atre co lo nnes sur le sol , une pour chaqu e fil s. Il pl ace e nsuit e un ca ill o u

une preuve rigoureuse ?

Les triangles ABH et ABD ont même surlace car on peut superposer le premier sur le second en le faisant pivoter comme indiqué sur la figure. De même pour ACH et ACE. La surface du triangle ABC est donc la moitié de celle du rectangle BCED, qui est égale au produit de BC par AH. Cette preuve souffre un cas d'exception: que se passe-t-il si H n 'est pas situé entre B et C? Cette lacune est cependant facile à corriger, on distingue trois cas dont deux sont symé- triques.

e t plus petit que le nombre de parts ,

s inon

suppl é me nta ire d ans c haque co lo nn e.

Cette di vision po rte le no m de di v ision e uclidi e nn e mê me s i e ll e es t très a nt é- ri e ure à Euclide (fi e s iècl e ava nt Jés us-

Chri s t) d o nt e ll e po rt e

n ' a pe ut- ê tre j a m a i

mode rne, la di v ision de 20

ex isté . En no tati o n

1 par 13 (par

exe mple) consiste à trouver le deux

no mbre A e t 8 réa li sa nt l 'éga lité :

201 = 13 x A + B , A es t dit le qu o ti e nt

o n po ur ra it pl ace r un ca ill o u

le

no m , e t qui

et

B , le reste de la di vi ion de 20 1 par

13

( ic i

A

=

15

e t

8

=6). Si ce reste es t

nul , on parl e de

di

viseurs .

Par

exe mple ,

puisque

18

= 2

x

9 a lo rs 2 e t 9 so nt

des

di v i-

se

urs d e 18.

 

Des con s idé rati o ns pratiqu es

o nt

a in si

donné le jo ur aux nombres e nti ers

natu-

re ls et aux quatre opérations (addition,

soustraction , multipli ca tio n et di visio n).

e t tout es les

To ut pe ut se co mpre ndre

o pé rati o ns pe uve nt s'effec tu e r e n utili -

sa nt d e

s impl es ca ill o u x o u d es fi g ures

compo ées de triangles . Ce la suffit pour

que naisse nt les mathé matiqu es .

H.L.

Tcingent:e Hors-série n° 30 . Histoire des mathématiques

HISTOIRES

par Élisabeth Busser

la Grèce antique

et sa zone d'influence

« Arithmétique », « géométrie » , « logarithme » : le grec ancien vit en nous par les mathématiques. Pourquoi cette influence du monde mathématique grec ?

C'est grâce au génie et à la langue grecs que purent s'épa- nouir et se répandre les

N ous parlons tous grec en pro-

nonçant « arithmétique » , « géo-

métri e » , « parallé logramme »,

« logarithme » ou « hyperbole ». Le grec ancien vit encore en nous en particulier à travers les mathé matiques. Mais po ur- quo i cette fo nnid able réussite du monde mathématique grec créé il y a de ux mi lle cint cents ans?

Entre le VI e e t le pre mi e r s ièc le ava nt

., le mo nde c réé par le Grecs

auto ur de la Mé dite rra née ava it to ut

pour réussir : les terres et le pouvo ir, le

éc o les, la sc ience et l' éc ri - peut dire qu ' il a ré uss i !

savo ir et les

ture

J .-C

et on

connais- les terres et le pouuoir

sances scien-

tifiques

acquises des

Babyloniens

ou des

Égyptiens.

ère, la Grèce l' As ie mine ure

(parti e occ ide ntale de l' Asie au sud de la Me r Noire) j usqu 'a u Sud de l ' Ita li e e t e ng lob a it auss i bi e n la Si c il e qu e Marse ille , les côtes d 'Espag ne ou d 'É- gy pte o u les ri ves de la me r No ire. Les

Vers 600 ava nt notre s'éte nd a it des ri ves de

Grecs, qui ava ie nt des com ptoi rs com- merc iaux dans tout le monde méd iterra-

, rappo rta ie nt d ' Orie nt no n

se ul e me nt des mati è res pre mi è res pré-

cie uses mais auss i un nouvea u savoir, fa it de co nn a issa nces sc ienti fi qu es acquise auprès de mages babyloniens et de prê tres égy pt iens. Il s ava ie nt donc les terres , mais a uss i le pouvo ir. Ver 500 avant J.-C. , après les guerres

co ntre les e nvahi sse urs

médiqu e

née n

pe rses, Ath è nes es t la plu s pui sa nte

c ité du mond e grec. Le rayonn ement de

la dé mocra ti e grecqu e , la pre mi ère du

mo nde antiqu e , es t in te nse. Une fo is l'hégé monie d 'A thènes di spa- ru e au profit de Sparte, c'est-à-d ire

après les guerres du Pé loponèse, auto ur

de 400 ava nt J.-C. , mê me si la pui s- sance des c ités grecqu es s ' affa ibli t , la

c iv ili sa ti o n g rec qu e, e nric hi e des

apports de l' Ori ent , co ntinue de s' épa-

no uir , e n part ic uli e r à Alexa ndri e, vi l-

leph are de la culture grecq ue . La co nquête de nouveaux territoi res par Al exan dre le G rand en Inde va renfo rcer

LES CIVILISATIONS

c::=J1Le monde grec

1 ,

Cités et colonies grecques

- Empire perse

Le mond e grec au ve siècle ava nt J.-C.

le ra pproc he me nt d e la c iv ili sa ti o n grecq ue et des civili sations orientales. Après la chute d ' Alexandre et même au début de la conquête romaine, l'esprit créatif des sc ientifiques grecs demeure

e t le début d e l ' ère c hrét ie nn e vo it

e nco re naître des ma th é ma ti c ie ns de renom .

le sauoir et son organisation

De leur périples en Orient , les Grecs

rap po rte nt de no uve ll es ex pé ri e nces e t un no uvea u avo ir. Il s save nt , co mm e

le

Wa lte r

« mettre à profit le conn aissances

ac qui se a u co nt act des pe upl es qu ' il s ava ient soumi s , mais e n les

dépouillant de leur fondement magique

et e n développa nt la rec he rche de la

co nn aissance dés intéressée ».

dit

la

lin g ui te

He nri e tte

visio n rationnelle du

curseur d ' une

mo nde . C'est Pyth agori c ie ns de

e nsuite au tour des fonder le ur éco le, au

milieu du VIe sièc le, à Crotone au sud de l ' Ita li e . Pui s vient l'A cadé mi e , fon-

dée par Pl aton au ive s iècle ava nt J .-C ., qui réserve à l'approche scientifique des choses et des événements une grande place. Aristote son é lève fonde une école concurrente , le Lycée, conçu comme une uni versité d 'a ujourd ' hui pui squ 'o n y e nse ig ne un savo ir « uni - versel ». Le iv e s ièc le vo it aussi se déve lopper l' imme nse centre sc ie nti - fiqu e d ' Al exandri e, avec sa bibliothèque

de s ix ce nt mill e vo lum es, qui s ut a tti -

la Grèce d ' a lors co mp -

rer tout ce qu e ta it de sava nts.

L'empire grec favorise donc l'épanouis- se ment des intelli ge nces non se ul e me nt

C

' es t na ture ll e m e nt que le savo ir g rec

en su citant des vocations, mais

auss i

s

organi se auto ur d ' éco les.

e n sac hant organiser ses e nseigne-

La première se crée à Mile t , ve rs

650

me nts.

a

va nt J .- C . e t Th a lès y dev ie nt le

pré-

Hors-série n° 30. Histoire des mathématiques

Tangente

HISTOIRES

-6"0

La Grèce Antique

'

f'Al? -lae1

Euclide

[-lC~ ;-2f;J

 

Socrate

Aristote

'

f-470 ;-399)

ffü; -füj