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No JODAR ES SALAAM CRESCENT i i ge OFF AMIN KANO CRESCENT rcowas WUSE I ARUIA.NcERI COUR DE JUSTICE DE LA COMMUNATH, IM $67 GARE. AMIUIA Tek 232982 ae ‘Webmin "TRIBUNAL DIUUSTICADA COMMUNIHADE, cepa ARRET DE LA COUR DE JUSTICE DE LA COMMUNAUTE ECONOMIQUE DES ETATS DF L'AFRIQUE DE L'OUEST - (CEDEAQ) SERGEANT A ABUJA, NIGERIA MERCREDI 30 octobre 2019 Dans L’Affaire HAMA AMADOU assisté de Maltres Francois SERRES et Mike BUL Avocats inserits respectivement au barreau de Paris et de Niamey demandeur CONTRE La République du NIGER représentée par le Secrétaire Général du Gouvernement ayant pour conseil Maitre Moussa Coutibaly, Avocat & la Cour, ancien Bitonnier défenderesse Role pénéral n° ECW/CCJ/APP/A9NT ARRET NPECWICCIIUG 1/19 COMPOSER DE ~~ HON. Juge EDWARD AMOAKO ASANTE PRESIDENT + HON. Juge GRERLBE OUATTARA JUGE RAPPORTEUR + HON. Joge REIKURA BANGURA MARE ‘Assists de Maltre ATANNON ATHANASE ——GREFFIR EN CHER ADJOINT A rendu Parrét dont la teneur suit: 2 Lacouz ‘Vo le Trait réviséInsttuant a Communauté Feonomique des Enata de I"Athique de NOest (CEDEAD) da 24 jullet 1903 ; ‘Vu leprotosote du 06 juillet 1991 « teprotocote aduitionsel du 19 janvier 2005 relate ‘ila Cour de Junice de la CEDEAO ; ‘Vole Réglemem de la Gaur de-tistice de ls CEDEAO en dated 03 juin 2002 : Vulld Déclaration universelle des drole de Mhomme di 10 décembre 1948 ; V6 la Chatteafficaine des trots de homme et dex pexples du 2? jain 1981; "Vu le pect international reli wx droits clvile et potliques; ‘Vu la requéte du demandeur suanommé etiregitnie au igreffe de In Cour le 05 avail 217; ‘Yule mémolre en defense de la Republique du Niger eneegist® w gretie de la Cou le 2 juin 2017; ‘Vu le mmémotre en duptique du demuadeur enregistré le 1" wodt 20173 ‘Va le mémoire additionnel de la défenderesse entegistré at reffe de ld Cour le 22 povembre 2017 5 (Oui Jes parties par organe ie leurs consis respecte ; ‘Apsts en avoir délibéré confixindnent A la lat; A) FAITS ET PROCEDURE: 1) Par requéte enregisinée au greffe de Ia Cour le OS aveil 2017, HAMA Amadou a saisl la Cour de Justice de in Communauté aux fins de }"entendre : * Tuger que "Etat du Nigera violé l'article 9 du PIDCP et'asticle 6 de la CADHP. pportant sur le droit ln streté; + Tuger que Ett du Niger a violé V'article 26 du PIDCP et l'article 2 de ta CADHP portant sur I"ézalité de tous devant la loi; * Tuger que I'Etat du Niger a violé les articles 15 paragraphe | diy PIDCP et 7 aragrephe? de la CADHP portant sur la régle « nulla pocna sine lege » Ww Juger que Etat du Niger a violé l'article 14 du PIDCP et? de la CADHP portant ‘sur le droit & un proces équitable ; Juger que I"Btat du Niger » violé l'article 13 de la CADHP portant sur le droit & {a participation & la vie publique ; Juger que I"Etat du Niger a violé les articles 17 et 23 du PIDCP et 18 de le CADHP portant sur le droit une vie familiale; + Constater que Jn condamnation intervenve a été rendue sans base légale et en violation du principe du proces équitable ; + Ordonner b I"Etat du Niger de ne pas mettre & exécution la décision rendue, de 1’en tier aucune conséquence juridique de nature & priver le requérant de tout droit consucré par les textes aunquels le Niger a achéré en matiére de droits de Mhomme, soit comme justiciable, solt comme citoyen et de le rétablir dans ta ‘situation dans laquelle il se serait wouvé si Jes violations ne s'étaient pus produites ; Condariner I'Etat du Niger 4 payer & HAMA AMADOU Ja somme de trois smilliards et deux cent quatre-vingt millions de francs CFA au titre des préjudices ssubis et de deux cent millions de francs CFA au ttre des frais exposés pour la présente instance ; 2) Au soutien de cette requéte, par les éritures de sex consells maltres Frangols SERRES ct Mike BUL, HAMA AMADOU expose que le 25 juin 2014, un rapport de police mettant en exergue des soupsons de participation de son épouse Aditzatou HAMA A des fats constitutifs de supposition d'enfants a été transmis au Procurcur de la République, 3) ressort de ce rapport qui vise plusieurs personnalités que « dans la plupart des cas, ce sont les époux qui financaient les frais». Hama Amadou affieme ‘qu"avant qu'il ne soit entendu sur les fats, le Ministre de la Justice a saisi le corse} des Ministres sur requéte du Procureur de in République ea date du 16 juillet 2014 ‘e1-vue d'obsenir a levée de son immunité parlementaire. A la suite de cette saisine A * du consell des Ministres, le Premier Ministre @ saisi & son tour le bureau de M'Assembiée Nationale d'une demande aux fins de sa mise & la disposition de Ii Justice. 4) Ti rapporte qu’en résction & cette maniére de procéder, par lui jugée liréguliére, il a doric élevé vine contestation auprés du Premier Ministre pour violation des r8gles de droit et de procédure en Ia mutiére. 5) Suite au rejet de sex arguments parle premier Ministre, ia sllicits avis de 44 Coir Constitutionne!te sur Ia violation de ta procédure engaye devant le ures de ("Assemblée Nationale. (6) Le requérant souligne que sans attendre I'avis de la Cour Constitutionnellé et en I'absence du Président du bureau de |'Assemblée Nationale, ledit bureau non ‘sonvoqut par son Président mais réuni en fait par son Vice-président, dans des ‘conditions imégulitres e+ composé de 7 membres sur 11, vous, 4 lamajorité simple, Vnutorisation de su mise A In disposition de la Justice. 11 précise que cette décision 2448 prise alors qu'l n'était maine pes visé par un réquisitoine du Parquet qui n’avait pas engagé de poursuites contre lui. 7) Estimant que sa sécurité et sa vie sont menscdes en raison des violations manifestes opérées de Ia procedure de levée de I"immuanité, il s"est exilé en France, 48) Le 15 septembre 2014, le Procureur de la République a requis "ouverture d'une information judiciaire, 9) Tarticule qu’apris avoir constaé qu’ll ne se trouve plus & son dattlcile, le siagista inatructeur sais a décernt contre lui te 25 septembre 2014, un mandatdarrét ‘sonformément aux réquisiions du Parquet. Le 4 décembre 2014, (information Jiciaire achevée, fe uge d’insirdction a ordonndé son renvoi devast le wibusal ‘correctionnel de Niamey. 10) Hama Amadou affirme que dés son retour d’exil, il» été interpellé & Vatroportet conduit & la prison civite de Niamey sang étre présenié als Procureur de la “h République du liow de Varrestation ni d un autre magisteat. Sa detention a duté di 14 Novembre 2015 aul 16 mars 2016 sans étre présenté aii Juge qui avait instruit |'affnine ‘Pour son audition ow 8 un autre Juge. 11) If soutient par ailleurs que toutes les personnes impliquées dans cette procédture étaient libres pendant qu'il état détenu et que toutes ses demandes de remise cenliberté alent systématiquement rejetées sous le prétente d’empécher toute collusion vee les autres prévenus pourtant Iaffare avait déjA été jugée par le tribunal et se trouvait pendante devant In Cour de Cassation, 12) 11 conelut qu'il a &é détenti en vertu d'un mandat d’arrét émis le 25 septembre 2014 dont |e validité et lu force exécutoire ne pouvnient pas survivre 4 in décision fendue le 30 janvier 2015 par les mayistrats de premiére instance qui omt considéré que tn procédure initiée n’a pas de base Kégale A défi de décision préalable de Ia juridiction vivile sur la question de ta fillation. 13) Estimant en conséquence que ses droits de "hanune ot £4 violés, Il ealnit fa ‘Cour de eéans pour violation du droit la siireté, violation du principe de légalité devant Ia Joi, violation du principe « nulla poena sine lege », violation du droit & un proces équitable et violation du droit A une vie de famille. 14) Ea réplique, la République du Niger explique par les écritures de son conseil Malte Moussa COULIBALY, qu'en 2014, des médias nigérians ont fait état de ta découverte d'un vaste trafic d'enfants entre plusieurs pays de Ia sous-rdglon, Les léments de la Police nigirienne dépéchés au Nigéria dans le cadre de la coopération Policiére entre Jes Etats membres de ln CEDEAO ont fat état, dans leur rapport, du manitlement, au Nigéria, d'un résemu de tmnfic d’enfarts dénommé « Usine de Production d'enfants », Des perquisitionseffectutes dans ces « Usines 8 bébbés Iéuir font permis de consiaier que des jeunes filles y étaient stquestrées jusqu’ leur aaccouchement et leurs bébés Vendus par la nommée Agoundé}i Hapiness 4 800 000 ‘Nainss pour les garyons et 300 000 & 400 000 Nairas pour les files. <& 15) Lrenquéte prifimiruite de Ia police jodiciaire nigétienne a aboutl & Vinterpeliation de 18 personnes dont dame Adizatou Amadou Dieye, I'épouse du fequérant. 16) Adizatou Amadow Dicye's contesté les fitits qui vi sont reprochés et a _ déclaré avolr doting nalssance & des jumeanx te 1* septembre 2012 sans indiquer la tinique mu sein de laquelle 'accouchement a eu lieu. Interrogée sur les extraits d'acies de rinissance des enifrts en cause, elle a demandé aux enquiteurs de s’adresser & #00 poux HAMA Amadou tout en reconniaissant que ses enfants disposent de passeports diplomatiques nigériens. 17) Cliturant instruction de In procédure jadiciire ouverte & cet effet, le juge instruction « reteru que information a mis en évidence I'existence d'indices graves ‘¢tconcordants contre HAMA Amadou de'sétre rendu complice du délt de supposition enfants commis par son épouse Adizatou Amadou Dieye, d'aveir commis un faux en écrinare publique en fhisant établir des extralts dactes de nalssance altx enfants Lilian-Guel et Lalin-Fadima et d'avoir commis usage do faux en écriture publique en utilisant de fausses pidces d'état civil pour établir des passeports tu nom des enfints Lilign-Gue! ot Latin ~Fadima ; 18) Ein raison du fait qu'il est le président de I"Assemblée Nationale, dove un député de la nation, Je magistrat instructeur a communiqué te dossier de la procédure au Procureiie de le République afin qu'il soit procédé comme la lol le prescrit. 19) La mise en application de cette procsdure spéciale @ abouti & la mise du ‘requérant la disposition de Ia Justice. 20) Estimant que le bureau de I"Assemblée Nationale n'est pas compétent pour ‘aunoriser sa mise @ la disposition de Ia justice et que N'autorisation d°errestation ne * ‘comune mayen de défense principal ; la Cour doit done se pronancer sur sa competence : 32) M résulte des dispositions de I'amticle 9.4 du protocole additionnel ASP.1/01/05 portant amendement ci protocole A/P.1/7/91 relatif la Cour de Justice de la Communauté que ta cour est compétente pour connaitre des cas de violation des droits de l'homme dans tous les Etats membres ; 33) En Vespéce, le demandeur invoque la violation des droits de "homme dom Hl ourait été vietime au regard de l'article 9 du protocale additionnel du 19 Janvier 2005 ; 34) Dans plusieurs affaires dont Mamadou Tandja contre Niger ; El Hadji Tidjani Aboubscar contre BCEAO, Ia Cour de eéans a fait observer que pour "établissement de sa competence en mative de droit de I"homme, |'évocation des faits ‘entrant dans cette qualification sufft; 35) ressort de la requéte introductive d'instance que Hama Amadou demande ‘ilu Cour de jager que la République du Niger a violé les dispositions de l'article 9 du Pacte International relatif aux Droits Civils et Politiques (PIDCP)et l'article 6 de la ‘Charte Africaine des Droits de I" Homme et des Peuples (CADHP) portant sur le droit ‘ln sGreté, article 26 du PIDCP et ‘article 3 de la CADHP portant sur "égalité devant {a loi, les articles 15 paragraphe 1 dus PIDCP et Iarticle 7 paragrophe 2 de la CADHP Portant sur « nulla poens sine lege », les articles 14 du PIDCP et 7 dela CADHP portant ‘sur le droit 4 un procés équitable, Marticle 13 de la CADHP portant pur le droit 4 la ‘participation 4 la vie publique, les articles 17 et 23 paragraphe | du PIDCP et "article 18 de la CADHP portant sur le droit & une vie faeniliale 36) Ii demande, en outre, A la Cour de constater que sa condamnation a été faite sans une base Jégale en violation du principe du procts équitable, ondonner en conséquence a la République du Niger de ne pas mettre exécution la décision renutue, de nen tier aucune conséquence juridique de nature 4 le priver de tout droit consacré ‘par les textes auxquels le Niger a adhéré en matiére de droit de "homme et de lerétablir an dans Ia situation dans laquelle il se serait trouvé si les violations qu'il a énumérées fVavaient pas éé commises ; 37) La Cour note qu’elle est compétente pour se prononcer sur les violations des ‘droits de I"homme résultant des dispositions de la CADHP et de celles du PIDCP dont Je requérant se prétend victime de la part de In République du Niger, Etst membce de 1a Communauté Economique des Etats de "Afrique de I'Quest (CEDEAO) ; 38) Par contre, s*agissant de I'appréciation de ta légalité de sa condamnation [Par Ia justice répressive nigérienne, Ia Cour rappelle que sur ce point précis de Ia demande qui lui est soumise, clle a une jurisprudence bien étublie suivant laquelle es recours contre les décisions des juridictions nationales des Etats memibres ne font pas partie de ses competences ; 39) Bille en a ainsi décidé dans l'alfaire Jerry Lgokwe contre la République ‘Fédérale du Nigeria du 7 octobre 2005 ; 40) Dans I'affaire Al Hadji Hamman Tidiani contre la République Fédérale dur Nigeria ct auires du 28 juin 2007, ellea estimé que « recevoir cette requéte reviendrait 4 stimmiscer dans la compétence des tribunaux nigérians en matiére pénale sans justification » ; 41) De méme duns |"arrét ALIMU AKEEM contre la République Fédérale du Nigéria, arrét du 28 janvier 2014, la Cour @ rappelé qu'il est constant que dans les affaires of V objet du différend porte fondamentalement sur le réexamen des decisions ‘dgja rendues par les juridictions nationales, etle rejette les requétes introduites, 42) Enfin dans son arrét « Convention Démocratique et Sociale Rahama (CDS Rahama) contre la République du Niger » du 23 avril 2015, la Cour » indiqué qu’ « i ‘ésulte de cete position de principe que les demandes de la CDS Rahauna celatives aux décisions des juridictions nigériennes ne peuvent dre satisfaites par la Cour, celle-<} ‘ayant ni & les apprécier, ni, plus généralement et a fortiori, & porter une appréciation ‘sur le respect par ces juridictions de leur propre jurisprudence ou du droit aigérien plus sBlobalement »; aA 43) Cette jurisprudence foisonnante et concordante améne la Cour & se déclaver incompétente sur cette partie de la requéte qui renvoie wu droit national ; 44) Pour te surplus, i) est constant que dans Ia requéte que Hama Amadou s déposée devant Ix Cour le OS avril 2017 contre Ia République du Niger il allague également la violation de ses droits de homme notamment la violation du droit a la sireté, In violation de I'égalité devant la li, la violation da principe « nulla poena sine lege », Ia violation du droit & un proces équitable et In violation ds droit a une vie familiale ; 45) Conformément & Varticle 9 paragraphe 4 du Protocole Additionnel du premier janvier 2005, aixx termes dugue! « ln Cour est eampétente pour connsfire des ‘cas de violation des droits de1"Homme dans tout Euxt membre» et A article 10d du mime Protocole qui dispose que : « peuvent saisir la Cour...Toute personne vietime ‘de violmtions des Droits de I"Homme... », la Cour de céanis est compéiente pour cconnalire du ltige; (B) SUR LA RECEVABILITE DE LA REQUETE ET LAUTORITE DE LA CHOSE JUGEE 46) Aux termes de l'article 10-d du protocole additionnel A/SP.1/01/05 du 19 Janvier 2005, peuvent saisir la Cour, toute personne vietime de violations des droits de Vhomme ; 47) La demande soumise & cet effet ne dolt pas étre anonyme nil avoir déja dé portde devant une autre Cour internationale compétente ; 48) En Mespice, la Cour reléve qu’elle a été saisie par Hama Amadou qui s'estime victime de violations de ses droits tels qu'énumérs dans la requate Iintroductive ; lm 2 49) A S'examen, {a requéte n'étant pas anonyme et le requérant n'ayant pas saisi Une sulre juridiction internationale compétente en matiére des droits de I"homime pour connaitre de ce méme litige. In Cour de céans devrait, par principe eta priori, déciarer ta requéte recevable ; 50) Toutefois, il convient de rappeler que I’ Etat du Niger a opposé A la requéte de Hama Amadou, Iautorité de la chose jugde (res judicata) qui est en droit une fin de nonerecevolr ; $1) La Cour fait remarquer que I'autorité de la chose jugée est l'ensemble des effets attachés & une décision juridictionnelle qui font que celle-ci n'est plus susceptible "Bure remise en cause en dehors des recours légalement ouverts ; $52) Elle lie les partics et toutes les jutidictions ; elle empéche conséquemnment les juridictions de trancher 4 nouvemu le méme litige : '53) Cependant, I'autorité de la chose jugde ne conceme que ce qui n fait l'objet du jugement ; $4) 11 faut que la demande soit formée par les mémes parties et contre les mémes: [parties et que la demande soit fondée sur ia méme cause ; II faut que la chose demandée soit In méme's 55) En lespéce, Ia République du Niger estime que Ia présente affaire est cexaciement la méme que celle dont Hama Amadou avait saisi la Cour de céans (affaire ECW/CCVAPP32/15) et qui a déji fait objet d'un jugeenent sur l¢ fond par arrét N* ECW/CCH/IUDI20/16 ; it affirme en conséquence qu’ll y a autorité de la chose jugde ; $6) Au contraire, Hama Amadou soutient que la présente procédure est tout & fai différene de Ia premitre en ce sens que contrairement 4 la précédente affuire, il invoque désormais la violation du droit & la stireté, la violation du principe de I'égalité devant Ia loi, la violation du principe « nulla poena sine lege », la violation du droit & un procts équitable et la violation du droit une vie fumiliate, a 57) La Coisr doit procter & analyse critique des faits pour décider si en Vespéce, il y a effectivement autorité de Ia chose juaée : 58) La premiéze procédure, I'affaire ECW/CCI/API/32/15, a opposé Hama Amadou en qualité de requérant 4 la République du Niger qui etait la défenderesse ; 59) La présente procédure ECW/CCI/APP/19/17 oppose Hama Amadou le requérant la République du Niger, la défenderesse ; 60) Un résulte que les deux procédures concernent les mémes parties aginsant ‘en ayant les mémes qualités 61) Dans la premiére affaire, il ressort de l'arrét de la Cour les faits sulvants ¢ «Le requérant, ancien président de l'assernblée nationale du Niger, a saisi la Cour pour violation des droits de I"homme : Allié au pouvoir en place dans un premier temps, aprés les éiections de 2011, ia éré amené A quitter l'alliance & la suite de dissensions interes & celle-ci ; Il évoque, au cours di mois de février 2014, diverses mesures prises por les autorités gouvemementales tendant notamment a le priver de protection policiére. Mais surtout, ‘4u mois de Juin 2014, et apres que 1a presse eft fait écho d'une gigantesque altaire de ‘wafic de bébés dont les plaques toumantes se trouvalent au Benin, au Niger et au Nigeria, des enquétes de police ont conduit 4 la mise en cause d'une épouse du ‘requérant, puis du requérant fui-méme dans cette affsire. Des poursuites furent alors déclenchées contre eis, ct le 22 juin, Mme Hama Amadou éiait interpellée, gardée a ‘Vue, et ineulpée de supposition denfants, faux et usage de faux en écriture publiques et association de malfaiteurs. Le 15 septembre 2014, le procureur de la République saisit le doyen des Juges instruction pour unc information judiciaize contre Hama Amadou sous les mémes chefs d'inculpation, Da fait de In qualité de dépuré de celui et de sureroit président de I’Assemblée hnationale, une procédure spéciale pour son arrestation devait cependant étre mise en ne a enuvre, C'est dans ce eadre que le promier ministre saint le Bureau de I"Axcembléc [Nationale d'une requéte de mise 4 ta disposition de la justice visant le requerant. Le Bureau y donna une suite favorable, puis en informialt le président dela Cour d° Appel de Niamey. Le méme jour 26 aofit 2014, M. Hama Amadou saisit par lettre un certain notibre d'autorités sur ce qu'l! considérait comme une procédure illégale ; le premicr ministre lui-méme, le Vice-président de |" Assemb/ée nationale et surtout, sur le plan strictement egal, Ja, Cour constitutionnelle, aux fins d'interprétation de I'anicle #8 de ta constitution nigérienne, relatif 4 \"immunité parlementaire et aux conditions 'arrestation d'un dépué. Prés d'un mois plus tard, le 25 sepicmbre 2014, un mandat d’arré était laneé contre le equérant, qui n'avait pas tardé a quitter le pays: Il restera en « exil » pendant plus ‘une année, C'est lorsqu’il s'est dévid-& rentrer au pays, pour notamment participer Al" dlection présidentielle de 016, qu'il a 4 arrété et privé de liber. (Cost dans ces conditions qu'il « décidé, par requéte parverie au Greffe le 3 novembre 2015, de sais la Cour de justice de 1a CEDEAO pour violation de ses divits par les autorités nigériennes. Simulwnément, le requiémant # déposé une demande tendant & ce que la Cour trate Vafinire en procédure acoéléede, eu épard a Iurgence dont il se prévalait. Dans une ‘oedonnance, in Cour & rejeté eente demande et ordonné Ia continuation des powrsultes. Pour sa part, I'Etat du Niger a déposé un mémoire en défense le 1* décembre 2015, phis un mémolte en défense << complémentaire>> le 04 décembre 2015» ; 62) L'exumen de ces faits montre bien qu'lls'agit des mémes fits danstes deux -prosédures pulsque depuis I'arét de la Cour de céans rend le 1* juillet 2016, des fits similaires postérieurs & cet arrét n'ont pas été mis & la charge du requérant Hama ‘Amadou : 8 63) Dans la premigie affaire Harms Amadou a estimé que ces thlts constituent des violations de ses droits de I"homme et a demands des réparations pécuniaires ; dans. Ja présente alfaire, II Invoque également In violation de ses droits de l'homme et sollicite la réparation du préjudice que ces violations lui auraient cause; 64) La Cour constate done qu’en l"espéce, la demande est formée par le mime requérant Hama Amadou contre la méme défenderesse, Ia République du Niger et que tu demande est fondée sur la méme cause c’est-i-dire 1a violation des droits de horume ; "objet de la demande est aussi le méme en ce sens qu’ll s‘agit dans les deux: cas de demande en paiement de dommages et intéréts ; 65) Or, manifestement sur tous ces points, la ‘Cour de ce sidge a déji statué et conclu que le requérant n'a pas produit d’éi¢ments décisifs, propres.& dablir la preuve d'une Violation de ses droits ; en conséquence, il n éué débouté de'sa demande ; 66) L’artt N* ECW/CCSUD20/16 de Ia Cour étant insusceptible de voie de reeours, il en résulte qu'il est revétu de l'autorité de In chose jugée de sorte que cette méme affaire ne peut plus étre invoquée, sans faits nouveaux, devant cette Cour ; 667) Pot coniéquent, en dépit de su régularité formelle, Ia requéte de Hama ‘Amadou ne peut dire vegue par fa Cour 5 65) La requéte n’étant pas recevable pour autorité de la chase jugée, la Cour ne suit se pronaocer sur les prétendues violations dex droits de I'homme encore moins sur la demande de dommages et iniéréts en réparation desdites violations ; (C) SUR LA DEMANDE RECONVENTIONNELLE EN PAYEMENT DE DOMMAGES ET INTERETS POUR PROCEDURE ABUSIVE (69) La Cou rappelie que I'abus dans I'exereice d'un droit est constitué par une ‘faite suffisamment caractirisée tele que le dol ou a mauvaise foi, erreur prossitre équipollente mu dol ou intention de nine ; 70) En espéce, la République du Niger qui estime que la présente procédure est abusive, vexatoire, voite malveillante & sor égard ne ripporte pas Ia prouve dela faute _ ‘saractérisée commise par le requérant qui I'a initiée, son erreur grossiére, sa mauvaise foi ou son intention de lui nuire ; 71) Il en résulte que sa demande n'est pas bien fondée ; 72) My alliew de I'ea débouter; (D) SUR LES DEPENS 73) Aux termes de Marticle 66 du Réglement de Ia Cour de Justice de la Communauté CEDEAO, « toute partie qui succombe est condaminée aux dépens s'il ‘ext conclu dans ce sens»; 74) En espe, les deux parties succombent ; 75) En outre, le requérant et la République du Niger ont expressément conclu a Je condamnation aux dépens ; 76) l convient done de dire que chaque partie supportera ses dépens ; PAR CES MOTIFS: Statuant publiquement, contradictoirement en matiére de violation des droits de Mhorame en premier et dernier ressort ; Se déclare incompétente pour connaitre de toutes les questions soulevées par le requérant concemant les décisions des juridictions nationales ; Se déclare compétente pour statuer sur le surplus de Ia requeéte 5 Constate que le likige oppose les mémes parties ayant les mémes qualités, pour laméme cause et pour le méme objet ; Dit qu'lly a autorité de la chose jugée ; Ae 7 Diten conséquence que in requéte de Hama Amadou est iecevable ; Revoit tn défenderesse on sa demande reconventionnelle de dommages et ints 5 L'y dit cependant mal fondée:; ‘L'en déboute ; ‘Dit que chaque partie supporte ses propres dépens : ‘Ainsi fit et Juaé tes Jour, mois et an que dessus. Eront signd : ~ HON. Juge EDWARD AMOAKO ASANTE mols + HON. Juge GBERI-BE OUATTARA