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Brésilien noir et crasseux

Brazuca negão e sebento

João Ywarete Pyaguachu


Déglutition / Deglutição :

Karai Mirim

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ergo sum, aliás, Ego sum Renatus Cartesius, cá perdido,
aqui presente, neste labirinto de enganos deleitáveis, – vejo o mar,
vejo a baía e vejo as naus. Vejo mais. Já lá vão anos III me destaquei
de Europa e a gente civil, lá morituro. Isso de ‘barbarus – non
intellegor ulli’ – dos exercícios de exílio de Ovídio é comigo.
Do parque do príncipe, a lentes de luneta, CONTEMPLO A
CONSIDERAR O CAIS, O MAR, AS NUVENS, OS ENIGMAS
E OS PRODÍGIOS DE BRASÍLIA

Paulo Leminski (Catatau)

ergo sum, alias, Ego sum Renatus Cartesius, ici perdu,


ici présent, dans ce labyrinthe d’illusions voluptueuses – vois la mer,
vois la baie et vois les caravelles. Vois plus encore. Déjà l’an III me suis détaché
du Europe et de la gent civilisée, là-bas moribonde. Ce « barbarus – non
intellegor ulli » – des exercices d’exil d’Ovide, c’est moi.
Depuis le Parc du Prince, à travers les lentilles d’une lunette, JE CONTEMPLE TOUT
EN EXAMINANT LE QUAI, LA MER, LES NUAGES, LES ENIGMES
ET LES PRODIGES DU BRAZIL.

Paulo Leminski (Catatau)

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BENTO DE ESPINOSA

L’an 1664, à peine plus d’un siècle après le dépeçage et la dévoration du


premier évêque portugais du Brésil par les Indiens Caeté, la délicieuse déglutition
de l’Evêque Sardinha qu’Oswald de Andrade célébrera comme l’acte fondateur du
Brésil moderne, le philosophe juif portugais Bento de Espinosa, dont la famille
s’était exilée à Amsterdam, capitale mondiale du commerce colonial, avec tant
d’autres familles juives qui iraient bientôt peupler le Nordeste brésilien, écrivait au
très sage et très prudent Peter Balling pour lui confier une singulière hallucination
visuelle : l’image insistante au réveil, d’autant plus vive que faiblissait l’attention,
d’un brésilien noir et crasseux, dont Bento tenait à préciser qu’il ne l’avait, ses
grands dieux, jamais vu auparavant. Peter s’était permis d’envoyer une lettre à son
ami pour se faire expliquer l’hallucination prémonitoire qu’il avait eu des
gémissements d’agonie de son fils alors que ce dernier était encore en bonne santé.
Or, tout porte à penser que si ce Bento, qui se faisait également appeler Benedictus,
et qui entra d’ailleurs au Panthéon des bibliographes sous le nom de Benedictus de
Spinoza, s’inquiéta tant de cette histoire d’hallucination et mit tant de soin à
répondre à Peter, ce fut surtout dans le dessein de mettre son propre cas clairement
à part de celui de son ami : d’un côté la puissance psychique que confère l’Amour
paternel d’imaginer, avant même qu’ils aient lieu, les événements de la vie du fils
tant aimé ; de l’autre, la simple persistance rétinienne, à l’état de veille, d’une image
de rêve, l’effet sur l’imagination d’une banale altération du corps, tout comme la
fièvre est cause de délire. On se rassure comme on peut. Il est vrai que les Blancs,
comme ce Benedictus, ont depuis longtemps perdu la faculté qu’avaient leurs
ancêtres de voir par eux-mêmes les xapiri yanomami qui accompagnent Omama
dans son exil européen, après qu’il ait, sur la foi d’une rumeur idiote, fuit la forêt
tropicale. Des xapiri bien plus beaux, si l’on en croit Kopenawa, que les xapiri de la
forêt amazonienne. C’est pourtant un fait : des êtres fantastiques continuent
d’apparaître aux Blancs. Aussi ne savent-ils quoi penser de ces inconnus, auxquels
ils accordent volontiers l’hospitalité de leur propre univers de pensée, mais dont ils
ne savent rien apprendre. Comme ce Bento finit, avec le temps, par jouir d’une
certaine renommée, le clergé, inquiété par cette correspondance, se saisit de l’affaire
et fut à vrai dire assez embarrassé. Soucieux de détourner l’attention du public lettré
de l’irruption du Brésilien dans la chambre à coucher du philosophe, il se demanda
si l’explication de l’hallucination du père était conforme à la VRAIE doctrine de
celui qu’ils appelaient maintenant « Spinoza » : si elle était VRAIMENT spinoziste.
On soupçonnait Benedictus de s’être un peu emmêlé les pinceaux pour réconforter

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son ami Peter : qu’il ne se soit pas levé cette nuit-là, la nuit des gémissements,
franchement, c’était pas grave, puisqu’ils étaient imaginaires, et qu’en plus il les
entendait d’aimer. Peu importe le menu détail des débats qui opposèrent même un
temps un activiste padovan à la Sorbonne : « Spinoza » avait eu raison d’Espinosa.
Benedictus, le grand érudit vêtu de l’Europe du Nord, le savant des Pays Froids,
était parvenu à effacer jusqu’au souvenir de Bento. Demandez au premier agrégé
venu s’il a jamais entendu parler de Bento de Espinosa. Vous verrez ! En
escamotant la première syllabe de son nom, en forgeant de toutes pièces les trois
nouvelles syllabes du nom par lequel son spectre allait être universellement
convoqué, Benedito avait-il voulu se délester du fardeau toponymique porté depuis
l’Espagne par tous les siens, définitivement effacer tout souvenir de cette Péninsule
imbécile où l’on faisait manger du cochon aux juifs ? Qui sait ? Plus rien, en tout
cas, n’attachait à présent le Grand Luso-Néerlandais, intégralement sédentarisé,
classé au Patrimoine laïque de l’Humanité, aux peuples nombreux de ceux qui au
Brésil, au Mexique, en Equateur ou au Chili, portent encore aujourd’hui le nom
d’Espinosa, à tous ces juifs qui ne se mirent pas sous la protection du vieux monde,
européen et méditerranéen, mais fuirent outre-Atlantique, vers les arrière-pays du
Nouveau-Monde, pour y poser leur fardeau d’épines et même comme Heitor
Antunes, un autre Bento, un anti-Spinoza brésilien, le planter en terre et faire fleurir
au Minas une Nouvelle-Espinosa. Quand Bento reçut la lettre de Peter et y
répondit, il vivait au plein cœur de la communauté qui, à Recife, venait de bâtir
Kahal zut Israel, la première synagogue américaine d’où partirent, après que les
néerlandais furent chassés du Pernambouc, la vingtaine de coreligionnaires qui
fondèrent la communauté juive de la Nouvelle Amsterdam. Futur citoyen de New-
York, déjà citoyen d’une New-York hollandaise, comme tous les séfarades
néerlandais, à Recife ou à Amsterdam, Bento n’avait pu manquer d’être saisi par
l’aventure américaine. Associés au gouvernement colonial par Jean-Maurice de
Nassau-Siegen, les siens avaient pris part sur les deux bords de l’Atlantique à l’essor
de la Compagnie néerlandaise des Indes occidentales. Amsterdam leur avait offert
bien plus que la liberté du culte, bien plus que de goûter de l’anomalie historique,
politique et religieuse, de la Hollande du dix-septième siècle : la puissance sauvage
d’un devenir-mondial qui faisait communiquer d’une manière aussi violente
qu’aberrante les côtes européennes, africaines et américaines, leurs peuples, leurs
rois, leurs langues, leurs religions et leurs sons. L’Amérique, restituant à leur
dispersion contrainte sa dimension sacrée de Diaspora, les plongeait dans un
nouveau bain de semences et de sangs. Pas étonnant que Bento hallucine au petit
jour l’image entêtante d’un américain noir et crasseux ! Soit visité par un Brésilien
Fantastique ! Et plus souvent qu’il ne le confesse à Peter. Tout cela, Benedictus
Spinoza aura donc convaincu ses biobibliographes savants de l’oublier afin qu’ils
s’intéressent exclusivement aux très subtiles théories de l’imagination et de la
participation des essences distillées par le philosophe afin d’expliquer l’hallucination
auditive du très sage, très prudent et très blanc, Peter Balling. En aucun cas à
l’hallucination visuelle d’un afro-américain par le séfarade Bento de Espinosa,
simple persistance rétinienne d’une image de rêve, gêne oculaire superficielle. Mais

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les savants ne font pas ce qu’ils veulent. La fameuse lettre avait été publiée avec sa
gênante confidence dans les Œuvres Complètes du philosophe. Or, rien ne pouvait
de l’Œuvre échapper à la Critique. Il leur fallut donc tout de même trouver quelque
chose à écrire sur le Brésilien. Et comme Bento en parlait aussi bien comme d’un
éthiopien, on s’imagina forcément un Nègre, puisqu’en grec, la langue morte des
savants, « éthiopien » veut dire « gens au visage brûlé » : noirs et crasseux.
L’hallucination matinale prit alors l’aspect d’une apparition terrible et excitante. Je
veux dire : pour un lycéen. L’Erscheinung de l’image inimaginable, l’image du
Double noir, l’image interdite, refoulée, de ce que le Grand Philosophe n’est pas –
de ce qui d’ailleurs, d’une manière générale, N’EST PAS. Spinoza avant d’exister,
Spinoza dans l’Abgrund : Spinoza falasha, juif et nègre. Et comme en amharique,
parce que le lycéen connait aussi de nombreuses langues vivantes, surtout pour
l’insulte, « falasha » est ce dont un éthiopien traite un juif pour lui rappeler d’être un
immigré, on comprit tout naturellement l’apparition du brésilien noir et crasseux
comme la vision de soi-même qui menace tout juif en exil à travers l’interpellation
de l’Autre, du goy qui à son passage lui crache au visage un « sale juif » et, le
bousculant, lui intime, comme au père de Freud, de laisser le trottoir pour rejoindre
la boue crasseuse du caniveau. Une autre manière de banaliser l’hallucination, de la
blanchir. En la rapportant à l’universalité de l’informe, de l’immondice ou de la
merde dont l’Autre couvre la tête de l’immigré, et qui est si étroitement liée aux
organes génitaux, placés inter urinas et faeces, que, dans l’insulte qu’il essuie, « sale » ou
« crasseux » préjugent aussi bien de son hygiène sexuelle. Rien de brésilien donc, de
spécifiquement brésilien, dans l’hallucination du brésilien noir et crasseux, rien qui
ait à voir avec la colonisation luso-néerlandaise de l’Amérique, mais le seul jeu
universelles des mécanismes identitaires et mimétiques qui commandent partout en
Europe, comme partout ailleurs où s’étend l’Europe, la réduction d’une victime
émissaire à la bouillie d’un corps lapidé. Ça partait d’une bonne intention. On
voulait dire au fond que Bento avait bien fait de ne pas se laisser insulter par les
goyes et de se donner lui-même son surnom, un surnom blanc et propre, avec un
prénom de saint latin, pour qu’on le suspecte pas d’avoir de la merde sur la tête et
de s’être pissé dessus. Pour montrer qu’on peut être juif sans être crasseux. Juif et
blanc.

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FRANNY DELEUZE

Il est vrai que traiter ou non Bento comme un chien crevé fut pour les
philosophes européens une vraie question, et, comme on le voit avec Hegel qui
craignait d’être pris pour Spinoza, une réelle source d’angoisse, la pire chose qui
puisse arriver à un philosophe épris d’absolu étant de finir dans le même caniveau
qu’un juif : la crainte de l’informe, de n’aboutir à force d’unité qu’à une bouche ou
un trou béant, un abîme obscur où sombrent toutes les différences, est toujours liée
chez lui à la crainte confuse de sa propre souillure excrémentielle et de la
dénonciation publique qui nécessairement s’ensuit. Accusé par les siens d’avoir
dissous le monde dans l’indifférencié, le philosophe se sent aussi abject que celui
qui marchant en ville la tête couverte d’immondices est offert sans secours à la
vindicte haineuse du bourgeois. C’est pourquoi, il est si soucieux de sa notoriété. Il
mesure la valeur de son œuvre au respect qu’on lui manifeste dans la rue. Qui veut
entrer dans la carrière, bien qu’il ne puisse s’y présenter crasseux, y fait cependant
en permanence l’expérience de sa possible et brusque chute dans la boue du
caniveau. Car les philosophes ne sont pas plus disposés à céder le passage à ceux
qui prétendent fouler leur voie que le sont les chrétiens à partager leur trottoir avec
un juif. C’est une vieille histoire, qui charrie avec elle une distribution spécifique,
méditerranéenne et gréco-latine, des rôles de l’ami et de l’ennemi, du pur et de
l’impur, de l’origine et de l’existence, et de leurs rapports avec le corps et ses
orifices, surtout la bouche et l’anus, et si proche le sexe, tous compris comme
organes de mort et d’indifférenciation. Elle n’est d’aucune utilité pour comprendre
l’hallucination américaine et schizo de Bento. Seul, peut-être, un philosophe épris
de sa femme au point de lui donner le prénom d’un personnage de Salinger sait ce
qu’est la schizophrénie. Comment ça se fabrique. Avoir un ami psychiatre ne suffit
pas. Il faut une femme de roman américain : une Américaine. Pour savoir que la
schizophrénie est américaine, qu’elle est une capacité hors du commun de vivre les
mouvements gigantesques et déréglés qui réalisent à l’échelle de l’histoire
universelle des passages monstrueux entre les continents et les races, les cultures et
les sociétés, mêlant leurs destins et leurs concepts au point d’accomplir des
transformations réelles, de créer des êtres inconnus qu’aucune des catégories par
lesquelles l’Europe agence ses possibles ne peut plus expliquer. La Forêt tropicale
humide hallucine alors au Brésil de Grands Seigneurs africains de quilombos, des
guérisseurs d’âmes, psychiatres-souverains fantastiques d’authentiques Royaumes
bantous, noirs et indigènes, qui inventent pour les parias juifs et tous les fuyards un
jour descendus dans les mêmes caniveaux, de nouvelles terres d’exil enchantées.

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Elle fabule des êtres de légende, aussi aberrants que Felipe Camarão, le Templier
potiguara, le natif latinisé, élevé par les portugais à la dignité de commandeur de
l’Ordre du Christ pour avoir à la tête d’une armée indigène chassé les armées
bataves du Pernambouc. Placé en bordure des mouvements prodigieux qu’il a
provoqué, à la fois attiré vers eux, entraîné par leur tourbillon imprévisible et
désordonné, et placé en retrait d’eux, excepté d’eux, simultanément observant et
affecté à leurs marges dans une curieuse station instable, en tension, simultanément
dynamique et statique, le colon ne voit plus qu’en hallucinant de l’œil même de la
Forêt : des géants, des êtres démesurés, exubérants, monumentaux, des Henrique
Dias, des Ganga Zumba, des Zumbi. Ce point de vue est celui du brésilien, de tout
brésilien, parce qu’il est et reste un colonisateur, un colonisateur permanent,
toujours situé à cette même place, au bord de l’espace colonial, mata, sertões,
chapadas ou veredas. De ce bord, il continue d’observer les mouvements
anarchiques des groupes hétérogènes qui peuplent le Brésil et il en est toujours
affecté : bandeirantes, chasseurs d’hommes et d’or, armées insurgées d’esclaves en
fuite et troupes royales afro-indiennes, hordes vengeresses de paysans pauvres,
jagunços et cangaceiros, armée illuminée des peuples rebelles de Canudos, gangs
urbains des favelas. Aucune histoire nationale, aucun ordre institué du temps ne
parviendra à dissocier et à organiser ces meutes d’hommes, qui, en plongeant dans
un même bain de sang et de sperme les états sociaux et les ethnies, associent entre
elles toutes les époques et parcourent l’espace colonial comme le seul lieu
anachronique au monde, le lieu absolu où communiquent tous les temps humains.
« Jagunço » ne désigne t-il pas d’abord une arme africaine ? Une même lance de
bambou que celles qui valurent à Camarão et à Dias la victoire de Guararapes
contre les néerlandais empêchés d’utiliser leurs armes à feu ? Le cinéma de Rocha le
montre assez à qui voudra bien voir de l’œil de Glauber : le brésilien ne cesse
d’halluciner, malgré tous les efforts des autorités religieuses et politiques pour en
exposer les cadavres et dater la mort, les figures messianiques et royales qui
cristallisent ces chassés-croisés aorgiques de soulèvement révolutionnaire et de
fanatisme rétrograde, Antonio Conselheiro ou Lampiao. Des figures aussi violentes
que celle du Bem-te-vi de Rocinha, Erismar Rodrigues Moreira, dont le règne
criminel et populaire a encore à voir avec la gloire des bandits d’honneur du Sertão,
qu’il fait renaître sur les collines de Rio où les guerriers de Canudos ont déplacé
avec eux le Morro da Favela. Un nom d’oiseau pour un chef de gang ? Non.
Puisqu’il s’agit déjà d’un surnom : un surnom partagé avec un oiseau. Une curieuse
alliance avec l’animal, de même que la ville sans Etat accrochée à la colline noue
une curieuse alliance avec le végétal, avec une plante bouteille du Sertão, toxique et
médicinale : la favela. Mais pas n’importe quel oiseau : ce passereau omniprésent,
d’une présence tellement insistante qu’il semble partout où l’on entend son chant,
dans les rues d’Urca ou dans les veredas du Minas, s’agir toujours du même oiseau,
d’un seul et même bem-te-vi, que le jagunço entend, si l’on en croit Guimarães
Rosa, comme un « je t’ai vu, et bien vu ! » persécuteur qui l’accuse par avance des
crimes qu’il n’a pas encore commis. Bem-te-vi de Rocinha, jeune roi de favela aux
pistolets d’or, oiseau ubiquiste d’un jardin planté de fleurs qui existaient ailleurs à

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une autre époque. Car les mouvements extravagants des peuples qui dansent à
même l’espace colonial en dépit du bon ordre et du progrès, parce qu’ils déplacent
avec eux des blocs entiers de territoires et défont toute correspondance comme
toute violence raisonnables entre les ethnies et les classes, abolissent aussi les
frontières de l’humain et du non-humain que les identités territoriales, culturelles et
sociales, ont, en fin de compte, prioritairement pour vocation de protéger. Depuis
des siècles, le colon resté à son premier quai ne cesse de regarder depuis le littoral
toutes ces multiplicités furieuses de l’arrière-pays ou des pentes inconstructibles de
Rio. La baie qu’il habite depuis des lustres demeure la baie de son débarquement où
il se tient et où il ne cesse de se recréer. Qui n’a pas fait l’expérience de la
découverte de l’Amérique, de son invention, ne peut le comprendre : il n’est pas
vrai, ici, que le « là » (comme disent les Allemands) à partir duquel l’existence éclot
et s’ouvre un monde n’est pas un endroit, un lieu natal où être là, précisément à cet
endroit, revient à être submergé par l’existence. Cais : quand Elis Regina et Milton
Nascimento inventent un quai et une mer, ce n’est pas pour prendre le large, pour
fuir le pays, mais y revenir, revenir au littoral où l’esseulé, le mélancolique européen
faible en existence et en monde se rattache aux meutes hétérogènes du Brésil. Le
littoral est aussi bien bord de mer que bord de pays : si le Sertão deviendra un jour
mer, océan Atlantique, et l’océan Sertão, ce sera grâce au littoral, au sortilège de
cette bordure cosmogonique. N’importe qui, sur ce bord, peut être à bon droit
accusé par le bem-te-vi de tous les crimes du Brésil. Qui croit encore (il s’en
trouve !) que le carioca progressiste des beaux quartiers n’a pas directement à voir
avec tous les assassinats perpétrés par tous les hommes de mains du Brésil depuis
les premiers temps de la colonisation, comme avec tous ceux (les infâmes !), qu’ils
projettent encore de commettre, n’a rien compris à l’affaire.

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DINA LEVI-STRAUSS

Aucun européen ne peut débarquer pour la première fois à Rio sans être
exposé au danger d’un tel bien-être. Même Lévi-Strauss y échappe difficilement. Le
futur académicien des quais de Seine, sur lesquels, depuis l’époque de la Nouvelle
Hollande brésilienne, la France conserve précieusement ses espèces culturelles une
fois qu’elle ont cessé de donner : artistes, moralistes, écrivains, architectes, hommes
politiques, etc., – le jeune ethnographe parisien, venu au Brésil pour y collecter la
matière première de ses livres, règles de mariage inédites, listes de noms claniques,
etc., n’a, en effet, de prime abord, d’autre bord que le bord des paquebots de la
Compagnie des Transports Maritimes qu’il s’empresse de regagner après avoir,
pour la première fois, accosté le Nouveau Monde, à Rio de Janeiro, en laquelle il ne
veut voir qu’une sorte de musée des formes démodées de l’urbanisme provincial ou
faubourien français : Nice ou Biarritz à la fin du dix-neuvième siècle, Neuilly, Saint-
Denis ou Le Bourget au début du vingtième. Le rivage de Rio à Santos longé
d’assez près pour pouvoir guetter sur les lignes de crêtes de la chaîne côtière la trace
des pistes par où l’or arrivait du Minas, Ubatuba, Parati, Sao Sebastio, et les
invraisemblables plages de Barra do Sai ou de Camburi au pied de la serra… rien
n’y fait. Et pourtant, tout change en arrivant à Santos. Alors que le bateau rejoint le
port, pénétrant lentement entre les îles verdoyantes, le savant français ressent enfin
le premier choc des tropiques. Cette fois, plus de comparaisons possibles.
Enveloppé par la copieuse végétation de la forêt peuplée de plantes mastodontes,
on est rendu au primordial, au commencement de la création où tout est plus vert
ou plus aigu que tout ce qui se laisse concevoir. S’en est fini des rapprochements,
des analogies, des proportions, des classifications géographiques ou historiques, des
différences de cycle ou de rythme : la forêt tropicale ne se compare plus qu’à une
autre forêt tropicale, l’arrière-pays de Santos au bassin amazonien, le Brésil au
Brésil. Et lorsque le savant tente malgré tout une comparaison avec ce qu’il appelle
« notre forêt » en opposant les feuillages sombres et les troncs clairs des tropiques
aux feuillages clairs et aux troncs sombres de chez nous, le beau chiasme est grevé
d’évocations singulières, qui, suggérant de secrets passages entre les règnes,
finissent par faire échouer la comparaison : les minéraux, dont on suivait tout à
l’heure le trafic à la trace, qualifient à présent les nuances du végétal, qui parait être
en jade ou en tourmaline, la clarté des troncs est celle d’ossements animaux, et les
tiges sont découpées dans le métal. En inversant la distribution du clair et de
l’obscur qui gouverne le rapport du feuillage et des troncs propre à l’Ancien
Monde, la forêt tropicale opère plus qu’une simple permutation : elle change de

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nature, devient minérale et animale. Et l’ethnographe, mué malgré lui en
explorateur du Nouveau Monde, est bien forcé de l’admettre : elle est « d’un autre
ordre que la nôtre ». Le choc a bien eu lieu : venu chercher des isomorphismes, le
Français aura été mis brusquement en présence d’êtres inexplicables par le jeu des
combinaisons et des transformations logiques. Mais il aura aussi puissamment
résisté. Puissamment et symptomatiquement. Pour clore l’affaire, il conclut son
récit : « comme dans les paysages exotiques d’Henri Rousseau, ses êtres atteignent à
la dignité d’objets ». Et voilà. Voilà comment, une fois retourné dans son
arrondissement parisien, on peut s’en sortir, et justifier de n’avoir pas donné suite à
l’expérience troublante des êtres inconnus de la Forêt, qui, pris dans des
transformations réelles, semblent bien attester une communication illogique entre
l’animal, le végétal et le minéral. Citer le Douanier Rousseau, c’est avouer que le
tableau n’était pas complet, que la Forêt abritait encore une scène absente du récit,
car presque toutes les « jungles », du Douanier, restituant aux animaux encagés au
jardin d’Acclimatation du Bois de Boulogne la puissance magique de leur vie
sauvage, sont en réalité des scènes rituelles de combat et de dévoration. Le mythe
contre le rite, la structure contre ce moment d’indiscernabilité que crée le combat à
mort de l’homme noir avec le jaguar indien – une figure centrale de la sculpture
populaire du Minas Gerais, qui dit le pouvoir mystérieux de l’habitante redoutée de
la forêt, la détentrice du pouvoir chamanique de transformer les espèces les unes
dans les autres et de faire varier en intensité les humanités, d’initier l’homme
logique à d’autres humanités, non signifiantes : la onça, panthère tachetée dont la
morsure atteint directement au cerveau. Que nenni. La forêt tropicale est pour le
Français, qui la traverse en auto, un monde d’objets, une nature inhabitée, et si elle
est pour lui d’un « autre ordre » que notre forêt, fruit du labeur soigneux des
hommes signifiants, ceux-là mêmes qui vous ressortent à tout bout de champ la
panacée du soin, c’est parce qu’elle existe sans nous, que le combat d’un brésilien
noir avec une panthère, à travers lequel un peintre parisien peut communiquer avec
tout un peuple, n’est qu’une illusion, qu’il faut gommer du tableau : la minéralité de
la forêt tropicale, sa dureté métallique, sa persévérance osseuse, sont celles d’une
nature sans homme, habitée d’aucune humanité, ni celle des hommes, ni celles des
plantes et des bêtes auxquelles le rite introduit les hommes, une nature en soi.
Présupposé incontournable, croit-on, de toute science. En tous cas, la même chose
que ce qu’aujourd’hui un philosophe cartésien, enfermé dans son poêle à l’angle de
la rue d’Ulm et de la rue Gay Lussac, assis sur une banquette de bistrot parisien,
peut se représenter en soustrayant du « monde pour nous », où il vit entouré de
soins, tout le soin qu’on lui apporte : un monde ancestral purement objectif, datable
en milliards d’années, antérieur à l’apparition de l’espèce humaine, c’est-à-dire,
comme il l’entend : antérieur à l’apparition de la sensibilité – comme s’il n’y avait de
sensibilité que celle de l’espèce humaine savante, et surtout comme si l’humanité
était d’une seule espèce. Un curieux réalisme : sans expérience et sans magie, qui
ruine par avance toute rencontre et toute transcendance, et qui, à vrai dire,
partageant avec les idéalismes les plus absolus l’illusion d’avoir triomphé de la
finitude, c’est-à-dire de la vie et de la mort effectives, d’avoir triomphé du jaguar et

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de la négritude, de la mort qui vous étreint et vous bouffe, est bien caractéristique
de cette tristesse mélancolique du métaphysicien européen, qui, incapable de
soutenir le choc, le heurt de la sensation, de la manifestation qui convoque à
l’existence en même temps qu’elle anéantit, fait tout ce qu’il peut pour éviter d’avoir
à le subir. Souvenir d’un ami hégélien attablé face à moi dans un café, comblé par le
parfum d’un paquet de Marlboro à peine ouvert, dont il ne fumera aucune cigarette,
ivre de me voir boire un verre du vin auquel il ne touchera pas. Le réaliste, comme
l’idéaliste, ne fume ni ne boit vraiment. Que le premier choc des tropiques soit pour
le grand amérindianiste français celui d’une nature inhabitée, sans homme et sans
prédateur, c’est à peine croyable. Il faut n’avoir jamais mis le pied sur la terre du
Nouveau Monde pour l’appréhender d’abord sous les auspices de l’ancestralité pré-
subjective, de l’objectivité nue. Une pure spéculation. Un réalisme purement
spéculatif, de bistrot parisien. Après Santos et la Forêt, Lévi-Strauss arrive à São
Paulo, où il fréquente une autre flore exotique, celle du gran fino, l’élite
intellectuelle et politique de la ville. Une flore heureusement mimétique, composée
d’individus, qui, comme les Congolais d’Hergé, se parent chacun des attributs d’une
fonction (d’un dieu ?) de la société européenne : le libéral, le communiste, le poète
surréaliste, le peintre, le musicologue… Une autre manière de confesser la
négritude bantoue des blancs brésiliens, insupportable au savant et dont s’exceptent
seuls, à ses yeux, quelques réussites individuelles, cariocas de naissance ou de
carrière : les médecins Oswaldo Cruz et Carlos Chagas, l’écrivain Euclides da
Cunha et le musicien Heitor Villa-Lobos, qui puisent pourtant tous deux leur
inspiration à même la transe guerrière et musicale du Nordeste : cantiques du
candomblé, rythmes languissants et aguerris de la copoeira, foules de folioes
entraînées par des groupes yoruba semeurs de débauche et de désordre public, et
plus tard, violents blocos de indios, interdits et ressuscités par les Fils de Gandhi,
Inde africaine subvertissant l’invention coloniale d’une Afrique indienne
occidentale, Olodum, quilombo rythmique, polkas et mazurkas associées aux
rythmes nordestins, xaxado, baiao, côco, des frevo pernamboucains, processions
virginales de la Saint-Jean, bandas de pifano mimant la danse du jaguar, joueurs
d’accordéon du forrô… une terre aride, un fin fond du monde, vous en
conviendrez, pas mal peuplé, exactement « peuplé », comme est peuplé le désert ni
tragique ni inhabité du rêve de Franny Deleuze, qui n’est désert « que par sa
couleur, ocre, et sa lumière chaude et sans ombre », en aucun cas par l’absence de
toute humanité – animalité. Pas un désert par soustraction des hommes, identique à
un pur monde d’objets, seule notion du désert accessible depuis un poêle en pays
froid. Mais un désert grouillant de foules multiples et turbulentes. Pas les foules de
Calcutta, auxquelles Lévi-Strauss, curieusement, consacre un chapitre dans Tristes
Tropiques, foules de mendiants dégradés baignant dans leurs immondices – toujours
ce dégoût fasciné de l’excrément –, mais ces meutes joyeuses et prédatrices, espino-
spinoziennes, luso-indo-africaines, parées de balangandas, de plumes et de colliers
en dents d’animaux, coiffées de turbans orientaux : les foules anthropophages,
ethniquement, musicalement anthropophages du carnaval nordestin, contre
lesquelles viennent brutalement et inexplicablement échouer la logique, la morale et

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la religion européennes. Le voyage est bien intensif. Il ne suffit pas de parcourir le
bled, en voiture, à dos d’âne ou à pied, pour y accéder. D’abord parce qu’il ne se
traverse pas, n’est réellement accessible qu’à partir de la périphérie, du bord mobile,
affecté par les émotions permanentes des groupes, bandes ou blocos. Et jamais
l’objet d’une conquête intérieure. Ensuite, parce qu’il suffit, au cas où l’on serait
trop français, d’une façon ou d’une autre trop sédentaire, tout bonnement de s’en
remettre à sa femme, si elle est américaniste et une bonne rêveuse schizo. Mais
Lévi-Strauss, sa femme américaniste, sa Franny à lui, sa Dinamene, il l’efface de son
récit, comme il efface de la forêt tropicale la scène primitive de la dévoration. Dina
Dreyfus, pourtant du voyage, avec lui à São Paulo, à ses côtés chez les indiens
Bororo et Nambikwara. Dina, la femme disparue de Saudades do Brasil, visible sur
aucun cliché, auteur d’aucun cliché. D’ailleurs, pour confondre la saudade avec le
sentiment d’un manque inexplicable, avec la nostalgie attristée d’un temps révolu, et
pour confondre la présence excessive des êtres tropicaux avec celle des objets, il
faut bien qu’une femme disparaisse – en 1938 comme après. Il le faut, pour ignorer
ce que seule une femme ne peut manquer de faire comprendre : que saudade se dit
précisément de la présence excessive, actuelle, de ceux avec qui on est, là,
maintenant, bien, heureux, bienheureux d’être avec eux, et séparé d’eux, tellement
inaccessibles. Pour ignorer que saudade désigne très exactement le sentiment,
proprement américain, de bonheur violent presque vertigineux qui accompagne la
station de la rêveuse schizo en bordure de foule. Cela, Dina aurait pu le faire savoir
à Claude. Elle qui fréquentait Mario de Andrade, l’auteur de Macunaima, le roman
de l’anthropophagie afro-indigène fondatrice du modernisme brésilien. Dina, qui
créa avec Mario la première société d’ethnologie du Brésil, et par qui Claude
rencontra l’homme de Bois Brésil – l’autre grande figure du modernisme,
indissociable de celle de Mario, d’où allait bientôt naître le tropicalisme, le cinéma
Novo et l’anthropologie brésilienne post-lévi-straussienne : Oswald de Andrade.
Rhizome complexe des Métaphysiques cannibales d’Eduardo Viveiros de Castro,
alliances théoriques aberrantes, indigènes et euro-américaines, et tout en bas de la
grande feuille où il esquisse le rhizome, entouré au feutre noir, clairement mis à part
de tous ces noms de fabricants de concepts, chacun plus ou moins excentrique, les
Gilles, Félix, Claude, Bruno, Roy, etc. : le nom d’Oswald – nom du Rhizome
d’Eduardo. Or, ce que disait Oswald de la découverte du Brésil, du premier choc
des tropiques, c’est qu’« avant que les Portugais ne découvrent le Brésil, le Brésil
avait découvert le bonheur ». La plus incompréhensible des choses pour qui ne
parvient à penser l’antériorité absolue que par soustraction de tout ce qui est, d’une
femme, d’un Noir luttant avec un jaguar, ou bien, comme Descartes, de tout ce
qu’il a reçu jusqu’à présent des sens pour le plus vrai et assuré : qu’il est ici, assis
auprès du feu, vêtu d’une robe de chambre, ayant ce papier entre les mains, etc.
Incapable de concevoir tout ce qui a bien pu exister avant qu’il ne le découvre, le
voit, le pense et le veuille, autrement que comme une existence primitive et cette
existence primitive comme un monde impersonnel, invraisemblablement pauvre,
insensible et cristallisé en purs objets, mesurables et datables. Une réserve de
matières premières. Mais, avant que l’Ancien Monde n’y importe par caravelles

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entières la conscience en boîte, soustrayable et transportable, le Nouveau Monde
était déjà une invention tout à fait inédite. Non pas un bonheur primitif qui aurait
tenu, comme le paradis semi-sauvage, néolithique, de Jean-Jacques Rousseau, à la
rareté des hommes isolés sur une île perdue entre nature et culture, fragile instant
de bonheur sur la voie du malheur. Pas un bonheur, mais des bonheurs : le
bonheur d’un monde de personnes, uniquement fait de personnes, d’humanités
multiples, végétales, animales et minérales, une nativité, une primitivité
intégralement humaines, saturées de plantes, d’oiseaux, d’arbres et de rivières, de
pierres et de chasseurs-pécheurs, toutes et tous humains, comme dans les récits
indiens des origines : plus ou moins transformés, mais également hommes. Une
société-monde, « mappemonde » dit Oswald, où sont cartographiées les lignes
d’erres par lesquelles l’humanité se transforme et se recrée en passant d’une espèce
à une autre. Non pas un bonheur relatif à un mieux ou un pire, mais très
précisément cette béatitude simplement vécue à laquelle doit encore s’efforcer,
autant qu’il le peut, l’homme non-transformé des régions tempérées, là où Bento de
Espinosa, le pernamboucain d’Amsterdam, en introduit l’idée : l’idée tupi d’un
soleil féminin, d’une unité féminine, d’une déesse aimante, Guaraci ou la Substance
absolument infinie, d’où chacun naît à proportion de son aptitude à aimer toutes
choses, quel que soit son rang dans l’échelle spéculative des êtres, comme autant de
personnes uniques, d’essences inimitables, et à s’aimer, à jouir de soi-même à
travers cette altération insatiable et joyeuse de soi par tout ce qui n’est pas sien.
Décidemment, cela, seule une femme peut le savoir. Ou un homme qui se veut
femme. Pas étonnant que Deleuze, fidèle à Franny, hallucine Spinoza en
Héliogabale ressuscité. L’Héliogabale d’Artaud, l’anarchiste couronné, le roi solaire
habillé en femme. Pour comprendre à ce point ce qu’implique et exclut le règne de
Guaraci, et le proposer comme une nouvelle éthique aux hommes de méridien, il
faut bien, d’une façon ou d’une autre, communiquer avec une telle royauté. Mais,
venu participer à la fondation de l’Université de Sao Paulo, Lévi-Strauss est un
colon français foncièrement catéchétique, un missionnaire socialiste sensible avant
toutes choses aux progrès de la médecine tropicale et de l’éducation intellectuelle
des enfants. Un homme de discipline. De ce que le Brésil a découvert avant que les
portugais découvrent le Brésil, et que découvre à son tour le portugais en devenant
brésilien, il ignore ou feint d’ignorer tout. Pour Oswald : un communisme et un
surréalisme immédiatement palpables, à même la vie, préformés dans aucune idée,
ni importés ni exportables, contre lesquels l’idée communiste et l’idée surréaliste,
parce qu’elles sont des idées, viennent se fracasser. Un communisme et un
surréalisme non spéculatifs, éminemment affectifs, puisque, pour Oswald, les
brésiliens n’eurent jamais la spéculation, cet art latin du contrôle, de regarder de
haut et d’espionner. Un communisme ni urbain ni suburbain, ni frontalier ni
continental, sans Internationale et pourtant planétaire, identique à Pindorama, la
société-monde-planète Brésil, à même laquelle s’inscrivent les roteiros, trajets
migratoires chaotiques et scénarios populaires du Sertão, cordels nordestins, et un
surréalisme polyglotte et illettrée. Un communisme et un surréalisme divinatoires,
un monde de visões hallucinantes, au pied desquelles les idées objectivées de la

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science européenne franco-batave tombent cadavérisées, et se volatilisent les
hypothèses où se complaisent les maîtres allemands : moi-cosmos ou cosmos-moi,
Moi est tout ou Tout est moi, Moi-Tout ou Tout-Moi, Tout-Tout ou Moi-Moi,
Mou-Toi-Toi ou Toi-Mou-Tou, Moi-Tou-Tou ou Toi-Moi-Tou. Et autres
foutaises. Le poète surréaliste de carnaval, la fonction « poète surréaliste » du gran
fino pauliste, dont parle Claude dans Tristes tropiques, est-ce bien Oswald de
Andrade ? L’innommable Oswald qui débauchait ses jeunes étudiantes, et en
compagnie duquel il poussa jusqu’aux grandes eaux d’Iguaçu ? Qui d’autre ? Bien-
sûr qu’il s’agit du grand Oswald !... et non d’un quelconque bourgeois pauliste
infatué d’avant-gardes parigotes. Il est vrai qu’Oswald invente le Brésil, au début
des années 20, Place Clichy, et doit plus à l’amitié d’un poète suisse qu’à la
fréquentation des tupis. Oswald de Andrade, une espèce des régions tempérées
transplantée en milieu tropical, sous la forme d’un échantillon unique,
artificiellement entretenu, et exposé aux yeux des visiteurs comme une nouveauté
parisienne à la vitrine d’une boutique de Province ? Comment un Français
sérieusement français, c’est-à-dire sérieusement au fait de sa langue, ou, ce qui
revient au même, un Français qui a été en 32 un lecteur enthousiaste de Céline,
peut-il feindre trois ans plus tard, arrivé au Brésil, d’ignorer ce dont est capable la
Place Clichy, ce qu’elle peut en matière de fuite et de Voyage… et de dénonciation
de l’imbécilité coloniale ? La grande fuite, le plus loin possible, jusqu’au cul du
monde, à travers de vastes espaces géographiques et historiques par-delà les océans
et les continents, et, simultanément, le repli dans les profondeurs intimes et
sinueuses, encore inexplorées, de la langue et de la pensée de son propre peuple.
Jamais l’une sans l’autre. Pour ne voir en Oswald qu’un surréaliste de Mardi gras,
comme les historiens antiques n’ont vu en Héliogabale qu’un idiot habillé en roi, il
faut ne pas prendre l’exacte mesure du « Nous, nous avons fait Carnaval »
d’Oswald, le Carnaval que les caravelles portugaises n’ont pas pu importer, car,
comme le communisme ou le surréalisme, comme le Christ, né à Bahia ou Belém
du Para, il était déjà là, déjà fait par le Brésil avant même que le Brésil soit
découvert. « Nous, nous avons fait Carnaval. L’indien habillé en sénateur d’Empire.
Singeur de Pitt ». La voilà l’image persistante, l’image de carnaval d’autant plus vive
que faiblit l’attention, l’image concrétiste-anti-spéculative par excellence, l’image
antidote contre les idées qui veulent tout gouverner et condamnent à mort tous
ceux qui ne savent s’y soumettre, et aussi l’hallucination de Bento d’Amsterdam :
« l’Indien habillé en sénateur d’Empire », Felipe Camarão. Mais aussi Virgulino
Ferreira da Silva, le roi du Cangaço, habillé de cuir ouvré et clouté, orné de pièces
de monnaie et de caractères hébraïques, dont Claude aurait pu fort bien admirer la
coiffe royale exposée à l’incrédulité publique à côté de sa tête tranchée en juillet
1938 à Santana de Ipanema. Car, peu importe les mélanines du roi : blanc, noir,
cuivré ou marron de peau, il est toujours un Indien. Cela tient à cette curieuse
antériorité du Carnaval, du brésilien et de son déguisement, à la découverte du
Brésil. Bento-le-portugais, pour lequel il est indifférent de parler d’un « Brésilien
noir et crasseux » ou d’un « Ethiopien », le sait fort bien : parti du Portugal pour
chercher aux Indes le royaume mythique du Prêtre Jean, Terre chrétienne primitive

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irriguée par un fleuve de pierres précieuses abondant directement du Paradis, c’est à
un Empereur africain, le Niguse negest d’Ethiopie, héritier des rois d’Aksoum,
dépositaire d’un christianisme littéralement aborigène, pré-romain, que Pêro da
Covilha, remet à la fin du quinzième siècle une proposition d’alliance écrite de la
main du roi du Portugal. Brésilien ou Ethiopien, indigène ou africain, Felipe
Camarão ou Henrique Dias, peu importe, c’est la même royauté Indienne, de ces
Indes que les Portugais découvrent en cherchant l’Inde, la même figure indatable
d’une royauté aborigène en costume d’Empereur, par quoi quelque chose circule
entre le romain, le gréco-méditerranéen, et l’indien, et passant entre eux et sous eux,
les défait et les dénature, pour faire autre chose, qui ne résulte pas d’eux, n’est ni
leur contradiction exposée, ni leur synthèse ou leur unité syncrétique, mais quelque
chose d’antérieur à eux deux, déjà fait avant qu’ils ne se scindent : non pas leur
unité naturelle primitive – encore une idée hantée par l’angoisse de la
dégénérescence si caractéristique de la psyché mélancolique –, mais leur unité
première fabriquée, entièrement fabriquée, de toutes pièces fabriquée. C’est cela
faire Carnaval. C’est coudre le Primitif en cousant un habit d’Empereur sur une
peau Indienne. Et c’est cela l’antériorité du Carnaval à la découverte du Brésil :
l’antériorité de cette couture, de cette fabrication. Rien de plus stupéfiant, de plus
renversant, pour un méditerranéen, un gréco-latin pourtant habitué à fabriquer des
systèmes d’idées sur la seule émotion dont il est peut-être encore capable : la
surprise de l’impossible. Car l’invention brésilienne n’est pas du tout faite pour lui :
la perplexité panique qui le frappe le laisse définitivement sur le carreau,
logiquement impuissant, découragé de sortir la moindre idée de son bagage
transatlantique comme de tenter d’en former de nouvelles. Débarquer sur la côte
du Nouveau Monde, à condition de vraiment débarquer, de changer de bord, c’est
découvrir cette invention, en être frappé, tétanisé de bonheur. Mais la découvrir,
c’est la devenir. C’est basculer dans cette invraisemblable antériorité. Arriver
comme on revient. Going nativ. Car la déglutition de l’évêque Sardinha par les Caeté,
c’est déjà Oswald de Andrade. La catastrophe coloniale, ce qu’est en vérité le choc
des tropiques, n’a pas été pour le portugais de se faire manger par l’Indien, mais de
devenir lui-même dévoreur de Portugais, de Néerlandais, de Français, d’Italiens, de
Polonais, de Japonais, d’Ukrainiens, de tous les fugitifs d’une civilisation que le
Brésil ne cesse de manger – et aussi d’Indiens. D’avoir été invité au boucanage tupi
et de s’y être trouvé bien, et friand de chair étrangère savamment fumée, au point
d’avoir fini par donner au boucan indigène l’ampleur sonore et festive d’un
Carnaval. Il se trouvera bien-sûr toujours des fugitifs incapables de fuir jusque là,
des moralistes incapables de comprendre que de l’Embaxaida Africana de Salvador,
la Rome noire, au Bachianas brasileiras d’Heitor, des Putaria du Baile funk au Funk
melodico de Caetano Veloso, c’est le même principe anthropophagique qui
prévaut : la même barbarie, violente ou douce, indécente ou tendre, plus ou moins
intellectualisée, mais toujours exclusivement affective, la même faim, sexuelle et
anthropophage – puisque le Brésil, ayant aussi dévoré Freud, en avait également fini
avec le drame moral bourgeois de la frustration et de la sublimation et se délectait
sans complexe de l’acte sexuel comme un jaguar du sang frais de sa proie. Heitor

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Villa-Lobos : Bach mangé par le Nordeste. Caetano Veloso, le tropicaliste : le
cinéma de Godard, la sociologie de Morin et même l’anthropologie de Lévi-Strauss,
mangés par le Reconcavo bahianais. Aucun jeu d’influence, aucun rapport de
filiation. Rien qui ait à voir, de près ou de loin, avec cette sacro-sainte
reconnaissance, dont sont tellement en déficit les européens et à travers laquelle ils
interprètent toutes les aliénations, toutes les pauvretés et tous les manques qu’ils
ont réussi à creuser dans leur existence comme dans celle des autres. Ou plutôt,
seulement cette reconnaissance paradoxale, dont Bergson a parlé sous le nom
de fausse reconnaissance, mais qui n’a rien de faux : l’impression de déjà vécu due
au fléchissement momentané de notre attention à ce que la vie exige normalement
pour la conservation de notre espèce, en tant qu’espèce séparée du reste du monde
des vivants. En substance : soumettre le monde à notre industrie et prendre part à
l’impitoyable massacre de tout ce qui n’est pas nous. Une brève inattention qui
détache de notre perception actuelle son double fantastique sous l’aspect d’une
image résistante, sans rapport avec ce dont la mémoire est capable en matière de
souvenir, d’une image indatable du présent par quoi il semble avoir toujours été là :
parce qu’il a toujours été là. La plus neuve, la plus surprenante des visions étant
ainsi proprement re-connue, et d’autant plus reconnue qu’elle ne ressemble à rien
de reconnaissable. Ce monde de visions primitives et intemporelles dans lequel
vivent les enfants et les aventuriers pour être tant exposés à voir des choses
auparavant jamais vues d’eux. De même l’antériorité du Brésil. Arriver comme on
revient : le Nouveau Monde à ce point nouveau qu’il surgit de l’océan comme un
déjà vu – comme un monde dont on s’était éloigné et que l’on retrouve après des
siècles d’absence. La fuite coloniale de l’Occident vers une terra incognita répétant à
rebours la fuite, très ancienne, pour le coup vraiment ancestrale, des premiers
hommes, aborigènes épuisés par le bruit incessant de la Forêt-monde, où, sans
parler des animaux, prolifère et fermente une végétation emphatique, le moindre
arbre, peuplé d’épiphytes essaimés par d’autres espèces, déployant à profusion, une
foule de branches et de tiges, de feuilles, de fleurs et de fruits, de formes et de
couleurs enchevêtrées qui sont autant de présences humaines. Fuite de ces ancêtres
indigènes qui quittèrent le monde, perdirent le monde pour gagner sur l’autre rive
de l’Océan une Terre vierge de toute humanité. Fuyant la forêt où l’on ne pénètre
jamais qu’en file, selon un ordre contingent, mais qu’il faut impérativement
reproduire au retour, et revenant par bateaux entiers, dans le plus total désordre, de
plus en plus nombreux, mais sans réussir à dominer par le nombre l’immensité du
sertão-monde. Bref : plus que jamais aborigène, déjà aborigène, le portugais,
latinisé, comme tous les fugitifs à venir de l’Ancien Monde, était déjà là où il pose le
pied pour la première fois, sur ce quai, cette bordure mobile du monde-peuple où il
accoste. Son attention s’y effondre durablement, et tout ce qu’il emporte avec lui, à
toutes les époques, de philosophie, de musique, de science, françaises, allemandes,
bataves, juives, catholiques ou protestantes, occidentales, orientales ou africaines,
tout cela, Jésus, Négus, Prêtre Jean, était déjà là, et aussi tous les personnages de la
Thèse d’Oswald, refusée par l’Université de São Paulo dûment francisée, tous les
noms de l’Histoire (dans l’ordo ordinans) : Homère, Kojève, Kelsen, Engels, Frazer,

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les prêtres insomniaques du lac de Nemi, Paul, Pierre et les Pères Martyrs,
Constantin, Attila et Genseric, François d’Assise, Savonarole, le moine Martin
Luther, Aristote, Lazare, Matthieu, Marc et Luc, Paracelse, l’Homo Sapiens,
l’homme-oiseau, tous les êtres du funambulesque Royaume Macaque et Macaque
Saru, leur chef, d’où descendent les japonais par croisement avec une princesse
chinoise, Cicéron, Fustel de Coulange, Virgile, Tucidide, Solon, César,
Zarathoustra, Michel-Ange, Bachofen. Tous déjà là comme l’étaient Bach, Godard,
Morin et Lévi-Strauss, mêmes aborigènes partis nus et retournant en Amérique
vêtus d’habits latins. Et leur existence à tous tient en réalité à leur présence
indatable dans leur double brésilien. Heitor n’a jamais été influencé par Bach, pas
plus que par les musiques du Nordeste, où il disparut pendant huit ans, rayé du
monde vierge des institutions culturelles : Jean-Sébastien Bach et les Mères des
saints du Candomblé ont toujours été au Brésil, dès le premier quai ; ils y sont nés,
et y renaissent à chaque fois qu’un fugitif se fait dévorer par un Indien et qu’un
Indien s’habille en costume d’Empereur.

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HELIOGABALE

Bien-sûr qu’il ne l’avait jamais vu auparavant, Bento, son Brésilien rastafari,


noir et crasseux, son Negusa Nagast pernamboucain. Qui a jamais vu ça ? Une
armée noire indo-orientale, équipée d’armes de jet, chassant des Indes occidentales
les maîtres de l’anomalie néerlandaise à la pointe du progrès commercial, politique
et militaire. Pointes contre pointe. L’anomalie américaine contre l’anomalie
européenne – à vrai dire plutôt contre ce que l’homme vêtu d’Oswald, l’homo habitus
européen, peut comprendre comme anomalie sur la seule foi de son messianisme
chronique qui lui interdit de penser l’anomal autrement que comme une vague
préfiguration de ce qui ne viendra jamais. Un orignal invisible, infléchable. Et bien-
sûr qu’il s’agit d’un double. Mais pas celui qu’on croit : le double du conte
hoffmannien-freudien de l’angoisse de castration ou le double dostoïevskien,
Goliadkine le jeune versus Goliadkine l’aîné, les doubles de Pays Froids, où il est
encore question du papa et du fils. Ça c’est l’histoire de Peter, l’hallucination
auditive. La filiation et la reproduction héréditaire, la communication entre humains
d’une même espèce, s’aimant et se conservant autant que possible dans le même
état, sans transformations, sans passages funambulesques vers des peuples
d’oiseaux, de poissons, de Buriti et mêmes d’eaux : Preto, Verde, Pacari, Ponte, São
Pedro et Santa Catarina – bref sans faire peuple. L’enfant de papa. Patriarcat dont
la forme est papa-maman et l’enfant, jiji-cricri agonisant dans l’essence triangulaire
du Père. Non. L’histoire de Bento, l’hallucination visuelle, l’identité stricte,
féminine, de la vue et du vu, comme seule peut la comprendre, encore et toujours,
une femme, Clarice Lispector, ou un homme habillé en femme, l’histoire de Bento,
du premier Bento brésilien, avant Bento Prado Jr et Bento Nunes, lecteurs de
Clarice et d’Oswald, cette histoire est bien américaine et indienne. Ce qui arrive
quand, au Mexique ou au Brésil, papa-maman n’encule plus le pédéraste inné : le
môme Artaud, « suie du cu de la grand-maman, beaucoup plus que du père-mère »,
ou Héliogabale, fils de son oncle, et surtout, et, tout compte fait, exclusivement de
toutes les Julia, toutes primo-génitrices, Julia Domna, Moesa, Soemia et Mamoea,
mères, tantes et sœurs, qui, brouillant définitivement la filiation, le périple imbécile
papa-maman et l’enfant où s’enferre l’engendrement, font naître ensemble le roi
pédéraste dans un berceau de sperme. Le Matriarcat barbare substituant ainsi par
avance aux histoires de famille, à la partouze œdipo-chrétienne, les symbioses et les
connexions transversales entre hétérogènes, Julia, Domna et les autres ayant partie
liée avec tout ça : la terre qui vit en Syrie où il y a des pierres qui vivent et où le sang
de l’homme, par des canaux rituels, rejoint le plasma des animaux. Une anarchie

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dont la logique propre déjà inapplicable au monde romain affole le savant
européen, qui, comme Claude, d’un pays à l’autre, ne sait voir que des similitudes,
ne sait d’un pays à l’autre que parcourir le même Empire romain, logiquement
romain. Un ordre métaphysique barbare qui fait communiquer partout et de tout
temps l’aborigène syrien avec l’aborigène Indien, marranes et marrons, le schizo, le
philosophe et l’Empereur, tous en prise avec le latin. Bento de Espinosa et
Benedictus Spinoza, Héliogabal et Marcus Aurelius Antoninus, Potiguaçu et
Camarão : tous ceux qui ont un double nom. Un premier nom comme peuple non
latin. Et donc comme une multiplicité de peuples, trente peuples d’orient ou
d’occident, de péninsule ou de bassin, de rivages ou de plateaux, tournant dans une
incessante transe migratoire autour de chaque premier nom – car le premier nom,
qu’il soit ibérique, syrien ou potiguara, n’est jamais le nom d’une personne mais
bien de toutes les personnes. Un deuxième nom, latin, comme personnage unique
de l’Histoire Universelle – son deuxième nom n’étant pas plus le sien, mais en un
autre sens. Une double dé-personnalité sous l’effet conjoint de la multiplication
diastolique du premier nom et du resserrement systolique du second. Indien en
costume d’Empereur : à la fois entraîné hors de soi, loin de soi, par la foule des
peuples en mouvement sur la surface de la Terre, et en retrait sur le bord de la
foule. Les deux, ensemble. Toujours la même station schizo-américaine de
Carnaval. L’hallucination de Bento, image du double ? Oui. Mais pas le petit double
misérable et méchant, vous savez, celui qui redouble la petite personne d’un
chacun, niché dans tous les coins obscurs des chambres d’enfants œdipiens, entre
les cuisses de leurs mères, dans le mauvais œil du Père et jusque dans les miroirs de
la maison. L’hallucination de Bento : image du Grand Double, le Duplice, qui n’a
rien à voir avec ce qu’on s’imagine ou pas de soi au regard de l’Autre, un moi
fuyant en extension le long des lignes de migration, à travers le règne des espèces,
et aussi : concentré en un point d’exception royale, au-dessus de tous les vivants.
D’autant plus exceptionnel qu’il fuit avec la foule, d’autant plus foule qu’il se
distingue entre tous. Voilà cet autre lui-même que voit Bento au pied de son lit. Sa
propre duplicité. Spinoza als Spinoza, disent les Allemands. Bento faisant son
Spinoza. Du grand théâtre ! Quoi ? Spinoza, un roi pédéraste habillé en femme, un
Empereur de Carnaval ? Un brésilien noir et crasseux seulement d’en avoir fini avec
le vagin de maman et la fente des prostituées pour naître directement du cu de la
Grand-Mère, « suie » du cu de la Substance-Nature ? Voyons ? Et le nouveau cogito
espinosien : cogito ego-suie. Une lubie ? Pas du tout. Rien de plus sérieux. Une
affaire de sperme, de sang et de merde. Sans dégoût. Afro-polonais brésilien, le
concrétiste Leminski ne connaît pas le dégoût, ne confond pas comme vous un
trou avec l’absence de Dieu, car rien n’est meilleur qu’une bela cagada, une belle
chiasse, un bel épandage de merde, et aucune merde n’est comparable à celle de
l’Aimée… le véritable or du Brésil. Une nativité non-chrétienne par le cu, genèse
annale du pédéraste par le féminin, sans tout compliquer avec des histoires de
charpentier cocufié par un ange. Né comme Héliogabale dans un berceau de
spermes ibériques, juifs et arabes, Bento entre, sous le nom de Benedictus, comme
Héliogabale, dans l’Empire Romain, « par le derrière ». Pratiquant comme lui une

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insurrection systématique, more geometrico – c’est là que ça se fait par le derrière –,
contre le partage du romain et du barbare, de l’ordre et de l’anarchie, de la
consonance et de l’aberration, et, comme lui, transformant la dépense barbare sans
réserve et le plus absolu désordre, en expérience de la plus parfaite et la plus
joyeuse unité. Et inversement. Sans vouloir vous vexer, il est vrai que vous aurez du
mal à comprendre ça, vous qui vous prenez pour des grecs et marchez au pas de
l’oie vers le salut spirituel de l’Occident en maugréant sur la pauvreté en monde des
animaux. Il faut être un peu sorcier, un peu chaman, pour savoir ça, que Spinoza
est américain, éthiopien et donc syrien, que sa pensée comme celle des mille
plateaux a avoir avec la pensée indigène. Le voyage est intensif. Certes. Mais, il a
bien lieu aussi. Pour de vrai. Et si Lévi-Strauss n’a jamais vraiment débarqué dans la
baie de Guanabara où le Corcovado et le Pic du Pain de Sucre lui paraissent,
comme le chante Caetano, des chicots perdus aux quatre coins d’une bouche
édentée, Deleuze aura débarqué pour de bon dans le rêve de Franny, sur la terre
ocre et chaude de son rêve, dans la baie désertique du plateau gallo-romain de
Millevaches, espace vide, melo vacua, Hautes Terres, Sertão limousin, véritable mer
de collines, moutonnante, accomplissant déjà, ailleurs et là même où elle doit
toujours s’accomplir, dans le même lieu, la prophétie, qui vaut pour tous les sertões,
de devenir mers, et pour toutes les mers, en abordant leur côte, de devenir sertão,
cernée de troupeaux de blocs granitiques, serra de vaches occitanes figées dans la
pierre, et aussi, et surtout, planalto celtique où mille eaux prennent leur source,
affluant dans la Dordogne, en direction de l’Atlantique coloniale et négrière, et dans
la Loire, fleuve royal. Mer et baie-monde-chapada, où mille peuples et civilisations
ne cessent de se brasser, et où Gilles se sent bien, loin en amont des estuaires et des
vallées où le pouvoir blanc boutique ses machines molarisantes. Un Brésil intérieur
à la France. Et qu’on ne vienne pas me dire qu’un plateau n’est pas une baie,
l’arrière pays une mer. Comment voulez-vous sans cela accoster un pays ? Toujours
ce ton moralisant des boutiqueurs de privilèges, marchands de sucre et d’esclaves.
A Rio, comme en Limousin, c’est la même bouche dentée des mêmes blocs de
granite irréguliers, des mêmes pics cristallins, qui vous dévore. Et puis sait-on ce
qu’est la pierre ? Ce que la pierre fait aux hommes ? Encore un savoir
pernamboucain. Eduqué « par la pierre », comme dit Joao Cabral de Melo Neto,
c’est-à-dire par leçons, pour en apprendre la diction impersonnelle, non
emphatique, en allant du dehors au-dedans, pour bien vous rentrer ça dans la tête, à
coup de dictées, de récitations morales, de poétique et d’orthodontie, l’académicien
français, l’enfant de la Communale, n’aime pas les bouches édentées. Il leur préfère
sans doute les dentitions régulières et complètes propres à la phonation
scientifique. Mais dans le Sertão, dans la baie-plateau brésilienne, c’est une autre
éducation par la pierre qui a cours. Du dedans au dehors et pré-scolaire. Là, la
pierre ne sait pas enseigner, faire des leçons, et n’apprendrait rien si elle se risquait à
enseigner. Là, la pierre est de naissance, au-dedans, le noyau ou l’amande de cet
arbre pétrifié qu’est le sertanejo. Et cela même jusqu’à Guanabara, où c’est un
bossu et deux frères, et, à Gavea, un roi de Tyr, qui, pour de vrai, accueillent Claude
à Rio. Et puisque cela ne s’enseigne pas, ne s’explique pas, voyez donc les dents

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gâtées par la faim et le sucre des enfants nordestins et comment Glauber les exhibe
fièrement dans sa propre mâchoire. Car du dedans au dehors, c’est seulement en
pierre que peut s’exprimer l’homme du Sertão, en idiome pierre, en mots pierreux
qui écorcheraient sa bouche s’il ne les enrobait pas chacun dans le cristal d’une
intonation lisse car sucrée, ne prenait pas le soin de les confire, un à un, ce qui
prend du temps, et l’oblige à parler lentement et à contre-cœur… à pourrir un peu
plus ses dents, à réduire à l’état de chicot un bloc de granite à force de l’envelopper
encore et encore de sucre. Et donc à parler d’une bouche de plus en plus édentée
un langage de plus en plus rare. Totale incompatibilité entre la langue
orthodontique des Ecoles et la langue des Plateaux. De tout cela, il sera
décidemment difficile de parler sans parler une langue cariée. D’autant plus cariée
qu’elle sera enrobée pour rendre supportable la douleur de la pierre, qui monte du
dedans et vient, comme le dit Joao Cabral, endeuiller la peau « d’un noir terne et
sale ». Peau endeuillée, terne et sale, du pau mulato, en mue permanente, sous
laquelle, en de larges lambeaux de chairs, perce l’ocre doux et chaud de la terre,
presque orangé, le vert et le rouge vifs de la tourmaline… que n’a pu manquer de
voir Claude. Car, mulâtre, le Brésilien noir et crasseux, l’homme sans couleur est
aussi un homme de couleurs, l’homme achromatique un arbre chromatique. Ce que
veut dire « mulâtre ». Sans teinte et hâlé de toutes les teintes des tropiques. Noir et
fauve. Cristaux durs du granite et cristal fondant du sucre. Le vois-tu maintenant, ce
Noir qui insiste au chevet d’Espinosa : scintillant de mille couleurs instables,
ouvrant fièrement une bouche cannibale édentée pour répondre à ton étonnement
par quelques mots doux, soigneusement choisis, habillé en costume d’Empereur ?
Es-tu à ce point étranger à Bento d’Espinosa ou à Spinoza pour ne pas te voir, toi
aussi, dans une telle image ? Dans cette image brésilienne de toi-même. Te faut-il
encore des explications ?

26
CARTÉSIO

Je sais, mon Bento. Tu ne me crois pas. Tu ne crois pas que Spinoza soit allé
au Brésil. Un beau balnave. Un gros lézard. Et, comme dit Clarice, l’écriture, « ça ne
vaut pas tripette ». Et alors, le spino-marxo-heideggériano-hégélianisme des
philosophes, petit monstre des salles de classe ? Minuscule spinosaure, débile,
inoffensif, quand même hargneux, forcément, d’être aussi inoffensif, et si pâlot.
Petit anomal… Eh bien, si. Il y est allé. C’est avéré par le Museu Nacional do
Brasil. Un établissement spécialisé dans les lézards à piques, à plaques, à cornes, à
crêtes et à plumes. La preuve ? Le récit minutieux en est officiellement consigné, à
la première personne, par Paulo Leminski Fils (un professeur d’Histoire et de
Rédaction) dans le Catatau. Je tiens ça personnellement d’un ami du Parc de Belle
Vue. Et Tout le reste. Alors, puisqu’il faut s’expliquer, mettons les points sur les i.
« Catatau », n.m. : le bruit d’une chute fracassante, d’un effondrement. Au Portugal :
une raclée et un pénis. Une branlée et une pine. Au Brésil : une grande ou une
petite chose. A Bahia, quelque chose de laid. Un grand ou un petit spinosaure, très
laid. Noir et crasseux ? Ou une discussion-bourdonnement, un essaim de mots, de
noms et de phrases polyglottes, glossolaliques, onomatopoïétiques. Géant ou nain,
un lézard brésilien, là sur l’asphalte, résistant jusqu’à toi et moi depuis des millions
d’années. Dix-milles espèces survivantes. Bien avant toi et bien après. L’extinction
des spinosaures ? Le voilà le vrai bobard, le vrai lésard ! Dix-mille bem-te-vi, dix
mille petits tyrannidés, minuscules et terrifiants, qui t’ont toujours déjà vu, et
capables de tauler un faucon, de cramer un boche. Crois-tu qu’il serait possible de
fabriquer, chez nous, dans les laboratoires sous-équipés de nos universités
blanches, des petits sauriens noirs et crasseux, des monstres miniatures comme un
Spinoza allemand, un marrane berbère phénoménologue, communiste ou que sais-
je, sans cette chute colossale de Catatau, de Spinoza en Amérique ? Mais, diras-tu,
parce que tu te seras forcément renseigné : o Catatau, c’est l’histoire de Descartes
qui va au Brésil, pas Spinoza. Et qui d’autre peut prendre la raclée ? Spinoza, est-ce
que c’est pas o catatau de Descartes ? Son organe éjaculatoire ? Sa puissance
poétique, auto-poïétique ? Même l’Ecole a du mal à cacher ça. Chaque fois qu’elle
essaye Descartes sans Spinoza, elle ne peut qu’ânonner des bondieuseries. Et
pourquoi Descartes ne se prendrait-il pas la branlée en première personne ? Et
« Spinoza » ne serait pas le nom de Descartes se prenant une raclée ? Bref :
l’hallucination de Bento, c’est aussi Descartes aux tropiques, le sourire édenté de
Cartesio. Bento Cartesio !

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Te voilà comme le chien sans plumes, l’arbre sans voix de Joao Cabral, rongé
jusqu’à ton manque. Privé de ce dont tu crois ne pas manquer – pour ne pas l’avoir,
pour ne l’avoir jamais eu. Et sans quoi, pourtant, te voilà perdu, comme une aiguille
ne se perd pas, comme un miroir ne se brise pas. Perdu en-deçà de l’humain. Ton
fil d’homme rompu. Crois-tu. Et, comme le Cartesio d’o Catatau, embarqué par
Nassau avec Wagener, Post, Golijath et Eckhout, pour faire l’inventaire des biens
coloniaux de la Nouvelle Hollande, plantes, animaux et hommes (toujours cette
logique de boutiquier), frappé, ravi, par le Brésil, tu attends toujours des
explications : qu’on te répète sous une autre forme pour l’authentifier et la clarifier,
et prévenir toute erreur d’interprétation, encore et encore, mais sans emphase, la
phrase que tu viens tout juste de lire, sans en changer d’un iota le sens, pour te
récupérer toi-même intact dans cette continuité logique sans accroc de la leçon
redondante, sans avoir perdu une seule plume dans l’affaire, portant toujours le
même nom, un seul nom, le tien et certainement pas celui d’un étranger qu’en plus,
c’est un comble, tu n’as de ta vie jamais vu, le nom d’un étranger où tu le pressens
grouillent et rappliquent déjà dix-mille noms d’oiseaux, dix-mille coiffes de plumes,
dix-mille parures pour un chien sans plume. Donc : que Descartes soit Descartes,
Spinoza Spinoza, Hegel Hegel, Artaud Artaud, Camarão Camarão, Lampiao
Lampiao, Moreira Moreira, et, mon Bento, surtout, que personne ne s’appelle
Bento : A = A. Bref, que ça ne fasse jamais totem, que jamais à ton nom propre on
puisse accoler un masque, le masque d’une autre humanité guarani-kaiowá,
munduruku, kadiwéu, arapiuns, pankará, xocó, tapuio, xeréu, yanomami, asuriní,
cinta larga, kayapó, waimiri atroari, tariana, pataxó. Et inversement, que jamais ton
nom propre devienne un masque pour un Indien, un costume de Carnaval. Tu
attends des explications, et, comme Cartesio, tu ne reçois que des informations
toujours nouvelles, sans lien, et ne sais de phrase en phrase, de mots en mots,
jamais à quoi t’attendre, prêt à jeter l’éponge, à te soustraire à cet avortement
incessant du continu, à cette frustration permanente de ton attente, et à laisser là ta
lecture. Et puis, mon Bento, qu’est-ce que c’est que cette manière de t’appeler
Bento, de te traiter de tous ces noms d’oiseau ? De te priver de ton nom de famille,
de ton nom de famille spirituelle, de grande famille spirituelle, de cesser de parler
avec toi dos au fleuve, de couver avec toi les gros œufs de notre prose commune,
dos au fleuve – de ne plus te parler, mon chien sans plume, en te tournant le dos.
De t’installer sur le quai, au bord du fleuve, au bord de sa matière vivante, de son
sang épais et boueux, de t’entraîner sans plume, incapable de ne plus rien couver,
parmi ce qui vit, dévêtu de tous tes vêtements de pays froid, jusqu’à ta chemise
légère d’homme échaudé, jusqu’aux vêtements de nuages que tu rêves de te tailler.
De t’exposer au trouble, au heurt blessant de la vie, où pullulent mille vies. A cette
épaisseur submergeante du réel, dont se protègent les grandes familles
hénochiennes de la pensée, les familles heauntontimorouménotiques, qui
s’appliquent une torture savante, méthodique et laborieuse, dos aux peuples
vivants, pour garder leur nom propre et repousser les attaques de zoopsie
auxquelles elles ne cessent pourtant d’être sujettes, hallucinant des sauriens
répugnants. Qui, pour contrer les idées fixes qui comme un brésilien noir et

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crasseux ne cessent pourtant de les assaillir, apprennent la langue des anges pour
n’effleurer que du bout d’une réduction transcendantale ou d’un calcul spéculatif,
tête renversée, les lèvres au ciel, mais fermées, du plus loin qu’on puisse penser, la
chose même, la bête immonde gisant dans la boue épaisse du fleuve sans plume. De
t’établir là, au bord des quais, sur la répugnante paroi intérieure de la bouche cariée
de Guanabara, face à Niteroi, rua Acre, qui porte le nom d’un autre bord, d’autres
contreforts : les acres andins des terres indigènes kaxinawa non découvertes de
l’Amazonie, Palestine tropicale et florestale où les hommes, cueilleurs seringueros,
tiennent leur nom d’une plante, et où flottait autrefois, comme sur les quais du port
de Rio, une même puanteur épidémique de caoutchouc fumé et de combustibles
fossiles, où des jagunços continuent d’assassiner des rois insurgés du sertao-forêt,
Chico Mendes, sosie du Président pacifiste de l’Eldorado renversé sur les toits du
Palais Lage, au pied du Corcovado, autre chicot carioca, dans Terre en transe de
Glauber, allié d’un chef indien kayapo-metutkire à plateau, ambassadeur labial de la
Forêt-peuples. Toi, rua Acre, avec la jeune nordestine niaise de L’heure de l’étoile, la
nordestine biblique de Clarice, aussi niais, pâlot et misérable qu’elle, d’une pauvreté
à ce point crasse qu’aucun ami de l’homme n’y ira voir s’il est encore assez aisé
pour manger à sa faim et babiller de vagues pensées de révolte. Sauf Clarice, obligée
de se mettre dans la peau d’un homme pour s’habiller en femme. Torturé comme
elle par la faim, étouffé par une toux chronique, la tête sous un mince oreiller, et
suffisamment anonyme et médiocre pour être ravi, comme elle, vile bestiole, par le
chant d’un coq surgi du néant dans l’aurore sanglante, venu jusqu’à ton lit depuis
les quais du port. Toi, devenu cette femme, mon Bento. Pas Marilyn, la toute rose,
mais cette Maccabée de Clarice, grise de crasse, aussi résistante au progrès des
hommes qu’un insecte millénaire, qu’une juive pieuse à laquelle aucun grec ne fera
manger du porc. Toi, traitée de menteuse par ton petit ami pour lui avoir confié la
seule vérité connue de toi : qu’un coq chante dans ta rue… à ton petit ami,
malheureuse, un penseur olympique, un savant diplomate, un brillant opportuniste
prêt à te piquer ta meilleure amie, parce qu’elle est, admets-le, bien plus présentable
que toi pour sa future carrière de député. Mais toi aussi, depuis cette négritude
grise, mulâtre, de la rua Acre, tu l’entends maintenant le chant du coq. Et tu le vois.
Tu vois l’aurore sanglante et l’oiseau, là où il n’y a aucun animal. Orignal à plumes.
Evidence invisible. Là où les eaux se figent, épaisses et stagnantes, face aux vastes
entrepôts fuyant à l’arrière du pont innommable jeté en travers de la baie vers
Niteroi, portes sans portes, béant malodorant. Quelque chose, dit Joao Cabral,
comme la stagnation de vie sale et renfermée de l’hôpital ou de l’asile. Visible
seulement par un œil de lézard… détaché du corps, sans mémoire ; puisque la vue
est immédiatement la vue de ce qui a toujours été présent, depuis des millénaires,
avant J.-C., et dans le plus lointain avenir, après J.-C. Ce curieux agencement de
médiocrité et d’éclat… D’insignifiance et d’infini… Rosemonde-Salamandre. La
fille du film ? Je dis Rosemonde pour tenter d’expliquer, mon Bento. Car, nous,
cette curieuse combinaison de femme et d’animal rivulaire, ne sommes pas roses,
pas Marilyn, ni Rosemonde-Bulle, trop impertinente, trop âcre et trop belle, née
dans l’esprit d’un documentariste suisse expert en sciences économiques… plutôt

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Rosetta-Salamandre dans l’eau boueuse de la rivière, la glèbe froide du bois. Une
petite prolétaire moche… Filmée sans faire de sentiment. Une négresse belge, à
peau blanche, rosie par le froid. Rosetta de Espinosa ! Jamais on n’y arrivera
autrement. Quoi ? Jamais on n’arrivera à la vie sans ça. Jamais sans ça on ne
reviendra à la vie. Tu peux noircir dix-mille pages sur la vie sauvage au soleil de la
Haute-Provence, dans le parfum des lavandes, rien n’y fera. Il faut être autrement
belge, autrement nordiste, autrement enfumé ! C’est vrai ! Comment faut-il le leur
dire ? Avec leurs réductions, ils n’obtiendront jamais qu’un fond plus concentré,
plus savoureux, tout juste bon à exciter leurs corps repus à prendre un énième
repas, aussi désespérément assuré que copieux… Arrosé de vin en bouteille, gavé
de sulfites, pour les sauver de cette pourriture grise, de cette flore microbienne, de
cette racaille, millions de bestioles vivantes, qui menace au fond des culots… Un
coq au vin bourguignon pour le dîner ! Pour épater leur go à eux, les bons députés
des choses et des hommes… forcément des conservateurs. Ça rassure. Pour jouir
avec elle, d’elle, mais sans joie… Jamais avec leurs interminables effeuillages
voyeuristes ils n’arriveront à ronger une chose jusqu’à son manque, à la mettre à nu
comme un homme sans plume au bord du fleuve sans plume se dessèche bien au-
delà même de la chemise qu’il n’a pas. Pour cela, il faut le désert : sa lumière
ardente et nue. D’un coup. Sans s’y attendre. Pour progresser très lentement
seulement à partir de là, et non vers là. Et alors seulement : l’infini, le chant du
coq… la joie de l’immensité libérée par le cafard, par l’épanchement de la matière
vivante hors de son corps, comme par le flux épais, dévorant, des eaux pénétrant la
baie vue depuis la fenêtre de la bonne dans la Passion de G.H., le plus grand livre
spinosaurien jamais écrit, et forcément écrit par une femme, puisque, je te l’ai dit,
Spinoza est une femme. Une femme qui avait fait le rêve de Franny D. « Un cafard,
plusieurs ? » se demande, furieuse, Franny Lispector. Un cafard et dix-mille vies.
L’immensité. Depuis la fenêtre de la chambre-désert, au-delà des gorges rocheuses
de Rio, les favelas sur un morro, plus loin les plateaux de l’Asie mineure, le détroit
des Dardanelles, plus loin encore les sables du désert, la région des grands lacs
salés, les marchés assyriens, l’Egypte des Pharaons, l’Athènes antique,
Constantinople… Car si le cartésien du Gay-Lussac ne peut, par la baie vitrée de
son bistrot, voir plus loin qu’un dépôt archi-fossile ancestral, l’œil du cafard carioca
voit lui de l’œil ancestral même du dernier troglodyte, et du plus ancien animal. Et
de cet œil, il voit jusqu’au plus lointain futur.
Comme Cartesio, tu attendais des explications et, comme lui, tu t’en es remis
corps et âme à ce vice-gouverneur polonais des Tropiques néerlandaises, ce Kristof
Articzewski qui t’y accueille… puisqu’il faut bien t’en remettre à quelqu’un devant
un tel désastre, chercher une main. Mais ce Christophe là, ce Réprouvé, jamais ne
t’aidera à te sortir des eaux boueuses du fleuve. Cet Articzweski ou Arstixoff,
comme tu veux, t’abuse, comme il abuse Cartesio. Parce que son besoin à lui est
bien plus grand que ton besoin d’explication. Inutile de jurer que, « homme très
homme, et aimant les femmes, que tu as eues nombreuses, jamais, au grand jamais,
tu n’as eu de tels penchants contre nature ! » : te voilà bien amouraché de ce
polanar d’Artizewsque. Mais, le voilà aussi l’agent subversif qui emmêle tout. C’est

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lui, à qui tu ouvres ton cœur, qui est en vérité la cause de tous tes malheurs. Lui,
l’anti-jésuite, l’ennemi des réducteurs d’indigènes, le mauvais principe : la
Compagnie des Indes contre la Compagnie de Jésus. Rien à faire de
l’alphabétisation des sauvages, de la latinisation des miséreux ! Juste là pour la perte
de ton humanité et, avec elle, de toute ta civilisation. C’est lui, ce géant
anthropophage à tête de chien, cloîtré gamin avec Leminski au monastère de São
Bento, pour apprendre à pister tes espoirs les plus ténus. Lui, ton devenir
nordestine. Lui, le démon, qui te fait penser en rond. Ah ! Les imbéciles qui se
targuent de ne pas penser en rond et qui ne l’ont jamais rencontré ! Trop tard, mon
Bento. « SpinoZa »… Tu crois vraiment t’en sortir en collant un Z dans ton nom ?
En virant l’E espagnol d’Espinosa ? En lissant tes épines. Quoi ? Tu espères quoi ?
Pardonne-moi, mais, c’est lui, ton amoureux, qui te polonise ; c’est lui ton Z polak.
Le devenir yiddish de Descartes. Lui, qui te ramène à Tchechelnik, dès ton premier
quai grouillant de vermine. Lui encore, le démon carieur de l’écriture nordestine,
qui disorthographie la langue sertanejo de Glauber sur l’Eztetyke du Kynema.

On raconte, dans les classes des écoles brésiliennes


Que DEZKARTES, appelé au PERNAMBOUK par NASKAU
S’est établi à REZIFE
Où, tous les matins au réveil, habillé en mae-de-santo
Il écrit dans une langue inconnue, afro-asiatique
Une longue lettre à un certain Bento
Un juif d’AMZTERDAM qui la traduit en latin et l’insère
Selon un système de classement très sophistiqué
Par axiomes, propositions et scolies
Dans une « ETYK »
Qu’il projette de faire paraître sous le nom de SPINOZA
Chez un éditeur hollandais
La voilà la stricte vérité.

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32
CHAYA OHLOCLITORISPECTOR

Car, contrairement à ce que l’on raconte aux enfants, ce n’est pas en portant
des enfants sur ses épaules que Christophe sauve. Ce n’est pas en donnant libre
cours à sa pulsion phorique, durch Nacht und Wind, qu’il protège de l’Ogre, roi des
aulnaies rivulaires où pousse un bois rouge nappé d’écorce blanche, ou grise – bois
de braise des zones tempérées. Ce n’est pas, contrairement à ce que pense Michel
Tournier, la superphorie d’un enfant astrophore perché sur les épaules d’un Gilles
de Raiz nazi qui sauve de l’Holocauste. Le vrai Christophe, Tarado da Sé, géant
pervers nigromancien d’Olinda, pratique une autre médecine, qui n’a rien à voir
avec cette supercherie, la prétendue migration des âmes, la traversée du fleuve
jusqu’à l’autre rive. Une médecine exclusivement corporelle. Il ne verse pas son
sang pour le repas du soir, pour que des brancomanciens romains revêtus d’une
chasuble cousue d’or et d’argent, après avoir copieusement enfumé la salle où
somnole docilement leur public, fassent mine tous les dimanches, à heure fixe, de
convertir les espèces, de transsubtantier le vin. Le vrai Christophe ne porte pas le
Christ qui sanctifie par le sang. Comme le Diable de la Tentation du Christ au
désert dans l’Âge de la Terre de Glauber, Dieu des eaux surgit de l’océan en sifflotant
la Marseillaise, il soumet à la plus terrible des tentations, bien plus terrible que la
tentation d’user de miracles : la tentation d’aimer, de répondre à son immense
besoin, à son impérieuse exigence d’amour indifférent, total. La tentation du neutre,
du gris. La tentation claricienne de ne pas passer sur l’autre rive. De rester dedans,
au-dedans de la chose, de la vie impersonnelle de la vermine, dans la boue du
fleuve, sur sa troisième rive, sans traverser. Qui résisterait à une telle tentation, à la
tentation d’être aussi médiocre, aussi moche qu’une petite salamandre nordestine
nichée dans les eaux fangeuses d’une bouche édentée ? A cette extraordinaire
exigence d’amour divin ? A cette demande d’un Dieu immense, neptunien, Natura
naturans, faisant simplement tout ce qu’il fait, d’une infinité de manières, aucune
plus convenable qu’une autre ? Sans bien et sans beauté. Christophe n’est pas un
Porte-Dieu, il est Dieu. Le Dieu de SpinoZa. De SpinoZa vaincu par la tentation de
l’amor intellectualis Dei… de SpinoZa tenté par son Dieu. Et c’est encore Lui qu’il
hallucine au pied de son lit : un Dieu géant Noir et Crasseux. Deus sive Pindorama.
Lui-même aimé de Dieu et aimant Dieu du même amour indifférent, furieusement,
joyeusement neutre et gris… mulato. Qui résisterait à cette formidable tentation de
déshumanisation ? Qui, y ayant cédé une fois comme Clarice, n’y retournerait pas,
comme elle, toutes les nuits, recouverte d’onguent de chair, pour monter dans le
désœuvrement de la nuit, jusqu’à l’aube, le cheval chamanique du roi du sabbat,

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quadrupède ailé sorti des entrailles de l’océan, strix aquatique anthropophage ? Pour
commettre sous l’emprise de l’amanite le plus joyeux des meurtres ? Et se réveiller
le matin, au bord du ruisseau, la bouche pleine de sang ? Le sang de sa victime,
enfant ou roi, et le sien propre, matière vivante du sabbat. Ah, l’humanisation des
humanisateurs ! Qui mettent à part Dieu et le Malin, Saint-Christophe et Krystof, le
porte-Christ et le Pernamboucain, la chevauchée du père, den Knaben wohl in dem
Arm, et le roi des Aulnes, le Diable des bordures – la belle promesse qu’il vous fait
de porter les robes dorées de sa mère et de danser, habillé en femme, au milieu de
ses filles. Non. Il n’y a qu’une seule chevauchée, celle du cheval-strix rivulaire, et
c’est lui qui dévore l’enfant, et l’enfant qui se dévore avidement lui-même sur le dos
du cheval. C’est lui, ce Diable de Krystof, et non Jesus-Christ, qui verse son sang –
qui, comme le cafard de Clarice, se sacrifie, pour que la matière de son sang soit
appliquée, en compresse, sur ton œil blessé par les tortures que tu t’infliges. Et que
ton œil, par la vertu médicinale de cette boue de sang, se mue en œil de cafard, de
lézard. OFÒ polacopélophtalmothérapeutique : « Pour que te pousse hors du corps
un nouvel organe visuel exclusivement affecté par tout ce qui te désorganise.
Comme sur le bord du désert pousse l’œil de la rêveuse schizo, détaché de son
corps, affecté d’une infinité de manières par la désorganisation permanente des
populations en transe. Un œil féminin, exclusivement féminin : olhoclitoris, œil-
bouton de rose, ton pénis de nordestine. »
Te voilà maintenant du côté de la matière vivante du plaisir. Pour avoir
connu la tentation du neutre, de la mangrove en décomposition, cité-jardin du
Diable, enfer de Thulé, peuplé de pythons hypnotiques – « que me hipnotiza » dit
Cartesio – et de monstres reptiliens portant des masques séfarades. La bouche
pleine d’animaux vivants, connaissant le goût de la sangsue. D’avoir bu l’eau des
fruits des eaux stagnantes, dont Lévi-Strauss dit qu’elle sent la cave, et dont il fuit
l’odeur comme il fuit la boue noire de la baie de Rio, pullulant de crabes, et les
palétuviers dont il ne sait si l’expansion relève de la croissance ou du
pourrissement. Car, ce n’est pas à Santos que Claude connaît le choc des tropiques.
Pas ce choc négociable de la forêt de tourmaline : le thaumazein qui fait encore
penser l’homme blanc. Qui le laisse là, stupéfait, à branlocher des idées pas
ordinaires sur la matière fossile, le Grand Dehors, l’accrétion de la Terre… Par
soustraction d’un félin tropical se délectant du sang d’un homme noir comme un
indien guayaki du suc vineux d’un palmier... C’est bien à Rio qu’a lieu le choc. La
perplexité panique de l’européen qui l’oblige à remonter fissa à bord de son
paquebot. Le choc de la vermine, de la vie ancestrale non fossilisée, la bicharada, là,
vivante, remuant lentement sur les berges glaireuses de la baie, fixant l’intrus avec
les yeux réels du cafard de Clarice, yeux noirs et radieux de mulâtresse à l’agonie,
aussi vieux que les salamandres, les chimères, les griffons et les léviathans – plus
vieux que ce qu’aucune fouille, aucun forage, ne pourra jamais extraire de la terre.
Le choc du bestiaire de Catatau face auquel la logique de Descartes ne marche pas,
et auquel Cartesio succombe comme on succombe à la demande d’un trop grand
amour. La vie vous regardant depuis la fange humide, grossière et vivante, où
germe avec une insupportable lenteur votre identité de personne civilisée, de

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paléontologue avisé prêt à monter en chaire, devant quelques dizaines d’idiots
savants, pour enseigner qu’il leur est salutairement possible, depuis la banquette du
bistrot où ils se retrouveront tout à l’heure, de penser à leur tour en première
personne que le monde et sa subtile architecture existe sans eux. Sans eux ! Comme
s’il suffisait de remonter à bord du paquebot pour mettre entre soi et soi-même la
distance d’un monde sans nous, pour vaincre l’ivresse olfactive du Nouveau
Monde, que provoque, déjà bien avant qu’on y aborde, les arômes fruités de la forêt
en fermentation qui vont sur l’Océan au-devant des navigateurs, et substituer à ce
monde putrescent et vineux le monde de la science des objets pétrifiés depuis des
millénaires sous leur forme première et mathématique. C’est pour avoir raison de
cette pourriture que Claude, loin de la baie édentée, escamotera à Santos des
tableaux du Douanier le meurtre anthropophage perpétré par le jaguar, et la Femme
de la Forêt Fantastique. Dès son arrivée, avant même d’avoir rencontré un seul
tupi, Claude comprend d’instinct que s’il veut mener à bien sa mission brésilienne
sans risquer d’être cannibalisé par le Brésil – de se retrouver, comme Pierre
Fatumbi Verger, habillé en femme dans un terreiro de Salvador – il lui faut se
méfier de la Femme Fantastique, du Perroquet qu’elle porte sur son bras, comme
Jo, la femme décapitée de L’origine du monde, et qui, comme à Cartesio, lui parle en
polonais, le raille en imitant Articzewski. De cette Dina Hiffernan Lizpektor qui
prépare avec soin pour les nuits du sabbat le cauim de manioc propre à enivrer les
guerriers, à aiguiser leur insatiable appétit de vengeance cannibale. Tous les jésuites,
Monteiro, Anchieta, Gra, Azpicuelta, vous le diront : il n’y a pas de meilleure image
de l’enfer que ces beuveries des peuples indigènes ingurgitant des quantités
invraisemblables d’alcool, catatau de toutes sortes de vins de racines et de fruits
fermentés, préalablement mâchés par la bouche de jeunes vierges. Car le règne de la
moisissure, du monde en fermentation, le règne des vins, est d’abord celui des
femmes. Comme l’est, en fin de compte, celui de la haine cannibale et de la guerre
indigène qui s’ensuit. C’est une même nécessité qui commande l’enrôlement de
force des guerriers-buveurs dans les armées coloniales et l’embouteillement des vins
par les éleveurs-négociants. Une nécessité jésuite : empêcher l’enivrement des
meutes par la fermentation éthylique des plantes autochtones mâchées par des
femmes. Il n’y a pas plus grand obstacle à la conversion des natifs que ce vin de
femme, naturel, baroque, inconstant, qui, comme le pau mulato, n’a jamais la même
couleur, et vire sans cesse d’un arôme à un autre… et sera bu avant d’avoir exhalé
son dernier parfum. Aux armées en ordre des blancs, où chaque homme, réduit à la
bouillie commune, dort, mange et chie, indistinct, sans nom et sans femme, avec
d’autres hommes, il faut opposer le boucan festif des sorcières tupi où, sous
l’emprise de la boisson, exaltés par les danses et les chants incessants, courant en
tous sens dans le village, les hommes énumèrent la longue liste de leurs meurtres de
guerre et retrouvent la mémoire de leurs noms, de leur centaine de noms, de leurs
noms de criminels, tous pris à l’ennemi.
Comment les ancêtres de Chaya Pinkhasovna Lispector, Abraham, Isaac,
Jacob, Juda, Thamar, Pharès, Zara, Esrôm, Aram, Aminadab, Naassôn, Salmon,
Rahab, Booz, Ruth, Jobed, Jessé, David, Salomon, Roboam, Abia, Asa, Josaphat,

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Joram, Ozias, Joatham, Achaz, Ezéchias, Manassé, Amon, Josias, Jéchonias,
Salathiel, Zorobabel, Abioud, Eliakim, Azor, Sadok, Akhim, Elioud, Eléazar,
Mathan, Jacob, Joseph et Jésus, Jésus le baptisé par un nazir rivulaire, Yo’hanan
Kristof Articzewski, et, depuis tout ce temps, Pedro et Mania, ont-ils pu croire que
la Terre avait été créée par Dieu il y a six mille ans ? Car, ne vous en déplaise, ils
l’ont cru. Six mille ans, l’épinéolithique, l’âge du premier vin caucasien à Areni, et
des premiers noms, les noms des espèces et des gens, puisqu’il n’y a pas de noms
sans fermentation éthylique. L’âge épinéothylique où la rencontre des eaux a fait
naître le premier brouillard humide propice à la formation de la pourriture grise sur
les grappes surmûries. Six mille ans, l’âge du Serpent des Rêves, qui était au
commencement, qui était Dieu et qui, auprès de Dieu, nomme toutes choses et par
qui toutes choses sont. L’âge des cochylispector, des bufonidae, batraciens latino-
américains, et des buphagidae, sortes de pitangua tic-tiui bem-te-vi méditerranéens,
qui prolifèrent dans la vigne-pâturage centenaire des schistes languedociens de
Lenthéric, à l’abri des contreforts des Cévennes paléozoïques. L’âge des ruminants
des vignes, girafes tropicales à bois de cerfs du Gers. L’âge de la flaque sanguine, de
la pupille opaque, extraordinairement réactive, cernée d’un large iris rose, qui se
forme au centre des cuves de vinification. Six mille ans : l’âge de Pindorama et du
Bicho do Fundo – qui viennent après et sont au commencement. Fasciné par les
quatre milliards cinquante-six millions d’années qui séparent très exactement
l’accrétion de la Terre de son ballon de rouge branco, parfaitement protégé contre
la moindre attaque d’acidité, le réaliste spéculatif ne peut atteindre à ces six mille
ans. Comme Cartesio, le cyborg baroque de Leminski, mon Bento, et comme le
lecteur de Catatau, qui est aussi Cartesio, tu accèdes à présent à une toute nouvelle
redondance, une redondance toute neuve… à l’indifférence absolue, strictement
identique à l’information la plus absolue… l’énumération de tous les noms, leur
démultiplication épiphyte… Yo’hanan Hiffernan, Gilles de Ray-Lussac… le
scintillement d’une même image, la vision d’un brésilien noir et crasseux, à travers
une foison d’images, de percepts et d’affects, luso-néerlandais, syriens, amérindiens,
yiddish, féminins, végétaux, sexuels. Zappés à grande vitesse. Quo imago aliqua
pluribus aliis juncta est, eo saepius viget (V, Prop. 13). Du Fort au Da de la
ritournelle mise en fiche par Freud, c’est toujours le même qui revient, et du Da au
Fort toujours la mort du même qui menace, logique de l’éducation par la pierre,
entièrement basée sur la croyance dans l’inexistence, la foi en un Dieu vaginal
acéphale – comme si le tamandua pouvait manquer, la pierre manquer
d’ensanglanter la bouche ! La complexité, comme la complexité du vin, ne s’obtient
pas par purification, mais naît d’une plongée dans les profondeurs du chaos où
l’existence abonde, grouille et prolifère. Et chaque plongée est en même temps un
épanouissement. La voilà l’autre logique prophétisée par Oswald, la logique tupi, la
logique d’o Catatau : l’embrasement mutuel de la plongée et de l’épanouissement.
Et aussi : l’introversion extravertie, l’extraversion introvertie. L’embrasement
mutuel de l’extraversion épique, inédite, interminable panoplie documentée,
historique, géographique, humaine, et de l’introversion verbale à travers les chenaux
souterrains, inhumains, de la langue et de la pensée. L’écriture cybernétique,

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récursive et perturbée, d’o Catatau, le texte le plus informatif et le plus redondant
jamais écrit. Maximalement informatif, excessivement diastolique, jusqu’à la plus
insoutenable systole cardiaque, la plus aiguë des contractions cordiales :
Katamenokata no monômio gatari, de kono, mono no oko mo kodomo
condomino. De Re Niponica. VII 33. Inj. Judus. Et donc maximalement
redondant : 0 = 0. La nouvelle langue de la philosophie, son portugais, le latin de
Descartes au Brésil, en état de choc tropical, gréco-nippon – un latin d’Evangile
apocryphe copte, afro-asiatique. La langue des prêtres de l’Inde africaine, des rois-
peuples de l’île de Braise. Illisible ! Ou seulement par un analphabète. En yoruba ? –
« Àjáso n’t’aáyán » : la formule précise de la nouvelle logique claricienne. Très
exactement, l’ofò trois cent cinquante-sept appris à Fatumbi, l’œil de Sango, par ses
maîtres babalawo. A prononcer après avoir pilé avec une pierre de foudre un
certain nombre de fleurs (Bananier), d’herbes (d’Eléphant), de grains et de plantes,
un ver de terre et une plume d’oiseau (Chouette), avoir répandu la préparation sur
des morceaux de tissu rouge attachés aux quatre coins d’un linceul, et avoir cousu le
tout. Alors, c’était donc ça, nos travaux ? C’est ça. Le fouloir épinéolithique, la
vermine… les plumes du chien, le passereau ubiquiste… cousus ensemble… C’est
ça. L’ofò qui serait sans effet s’il n’était prononcé. Obligatoirement prononcé !
Ecrit ou lu, ça ne vaut pas. Ou peut-être écrit à voix haute... Et qui pour agir, être le
Verbe agissant, doit comporter au moins une syllabe de l’ingrédient et de son
action. Et ne presque pas faire phrase. Àjáso n’t’aáyán. Dans la langue relativement
informative (dans la traduction française) : Àjáso : « Rassembler les parties
sectionnées d’un corps » ; Àjáso n’t’aáyán : « couper pour rassembler est la
caractéristique du cafard ». Dans notre nouvelle langue, dans la langue absolument
informative, hyperinformative : Àjáso n’t’Chaáyá : Séparassembler n’t’ Clafarice.
Ramener à la vie. La formule d’Héliogabale ressuscité. C’est ça ! Sens-tu enfin
(puisque cela ne peut être que senti), sous l’effet de cette magie (puisque seule la
magie de l’ofò y pourvoit), ce que veut dire « sentir que nous sommes éternels » ?
Puisque ta redondance toute neuve, en troublant ta contemplation maniaque d’un
unique Grand Dehors, réveille enfin ta puissance visionnaire de lézard clitofaricien :
libère une myriade de visions d’une myriade de choses, toutes singulières, naissant
les unes des autres, sans fécondation mâle, par pure parthénogenèse. Toutes ces
naissances, cette vivacité, qui sont de Guaraci, la voilà ta nouvelle redondance, ton
indifférence absolue, ta neutralité, ta couleur grise, ta toute nouvelle médiocrité,
éminemment affective, positivement affective, au plus haut point et d’une infinité
de manières. Qui te libère de tes passions par une Passion plus grande que toi…
l’affectibilité jouissive de la matière vivante, de son œil-bouton d’Amour,
photosensible et ophtalmographe, qui, avec ses huit mille terminaisons nerveuses,
enregistre minutieusement la moindre réfraction optique et la traduit
immédiatement en plaisir spasmodique. Puisque quicquid intelligimus tertio
cognitionis genere, eo delecamur.

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BENTO CARTESIO. – Ergo sum, alias, Ego Renatus Cartesius, ca perdido,
aqui presente, neste labirinto de enganos deleitaveis, – vejo o mar, vejo a baia e vejo
as naus… vejo mais…
ARSTIXOFF ARTYZEWSQUE. – Délicieux Bento d’Amour...

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GALLI-MATHIAS

« J’ai demandé à un homme ce qu’était le Droit. Il m’a répondu que c’était la


garantie de l’exercice de la possibilité. Cet homme s’appelait Galli Mathias. Je l’ai
mangé » (Oswald). Né depuis 1797 dans une famille de négociants-éleveurs en vins
de Bourgogne, comme sa grande sœur, mère supérieure d’une mission jésuite
amazonienne, et comme son frère, Louis le sixième, missionnaire du vin industriel
au Nouveau Monde, Galli Mathias, professeur de sciences politiques chez les Fils
aînés de l’Eglise, sert une grande mission d’amour : entamer une grande négociation
diplomatique entre les peuples de la Terre et des Modernes qui, comme lui et ses
jeunes amis, chercheraient enfin à se présenter convenablement. Des Occidentaux
repentis qui confesseraient qu’ils n’ont jamais été modernes, n’ont jamais cessé de
pratiquer la même religion que celle des autres peuples, depuis les mers de Chine
jusqu’au Yucatan, depuis les Inuits jusqu’aux aborigènes de Tasmanie, le même
bricolage d’idoles et d’objets sacrés, même s’ils l’ont fait différemment, parce que la
même chose peut se faire de différentes manières – et que la leur, la manière catho-
bourguignonne, n’est pas inintéressante … qu’on vienne voir et qu’on s’y essaye !
Le plus grand projet politique inspiré de Vatican II, pour la création, sous la forme
d’un média social mondial, d’une immense réduction jésuite qui reprendrait à zéro
l’œuvre catéchétique, sans contrainte, sans violence, en usant de la seule séduction
qu’exerceraient notre religion, notre science, notre philosophie, notre droit, sur les
peuples aborigènes convaincus par les nouveaux missionnaires de la Compagnie
G.M. de la parfaite adaptabilité des pratiques occidentales à leurs propres pratiques
– de leur caractère aborigène ! Possiblement aborigène ! La nouvelle pédagogie de
l’éducation coloniale par la pierre. Pas sûr que ça marche.

Simulation d’une négociation diplomatique avec des Modernes qui chercheraient à se


présenter enfin convenablement aux autres collectifs :

GALLI MATHIAS. – Rien d’absolument différent de ce qui se fait…


CUNHAMBEBE (la bouche pleine). – Jaudra ichê.
GALLI MATHIAS. – Ichê ?
CHACHUGI. – Aché. Cho, Cho, Cho!
STADEN. – Ich. Ich.

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GALLI MATHIAS. – …depuis les mers de Chine jusqu’au Yucatan… La même
matrice…
CUNHAMBEBE (à Galli Mathias). – Jaudra ichê !... Barkibia ! Dégage !
ARTYCZEWSKI (renchérissant). – Idz ! Idz !… Dégage, poule mouillée ! Chou !
Chou ! tè, tè, tè, tè, tè !...
LAMPIAO (à l’accordéon). – Oia eu aqui de novo… xa-xa.
CUNHAMBEBE, ARTYCZEWSKI, CHACHUGI, STADEN (en chœur, dansant
autour de Galli Mathias). – Xa-xa… xa-xa…
GALLI MATHIAS (avec une voix de femme). – Xa-xa… oia eu aqui de novo… cho-
cho…oia eu aqui de novo… xa-xa… oia eu aqui de novo… chê-chê…

La preuve ? Ce pauvre Chachugi, bayja jusqu’au cou, occupé depuis le lever


du jour à tendre son arc, à retailler les pointes en bois dur de ses longues flèches,
dos au village, interdit de voir la femme, sa femme et son enfant né dans la nuit,
exclu de la matière vivante, de la flaque rose, vineuse, du placenta… de l’irritante
fadeur du ventre maternel dont il a joui… et tous ces jaguars qui accourent vers lui
et le somment d’entrer dans la Forêt Fantastique pour leur disputer le gibier, tous
ces jaguars qui l’invitent à retourner dans la meute, à verser le sang avec eux, à tuer
des animaux pour recouvrer sa puissance de voir la Femme, la merveilleuse
apparition de la Forêt Fantastique, seul moyen pour un homme d’être homme,
homme-jaguar, vir-jaguar, d’être homme comme le jaguar est homme : pointes
plantées dans la pulpe du vivant. Comme la parturiente est homme : féline mordant
directement au placenta – et ne plus courir le pire des risques : l’humanisation de
l’homme, sa masculinisation, le risque mortel de ne plus être jaguar, d’être à jamais
aveugle à la Femme – de tourner pane-papa, Dieu le Père enculeur de jiji-cricri,
l’enfant né d’une Vierge perpétuelle aplasmatique violée par son Fils. Car, ce que les
Tropiques ont fait de différent, c’est bien d’avoir inventé le chrétien avant que le
chrétien soit anéanti par l’absurdité des Tropiques. D’avoir déjà identifié, bien avant
Nicée, la folie trinitaire, et bien avant Sophocle, le poison du papa-maman et
l’enfant. La divinité du Père, l’insurrection du Fils, la charité, la longanimité, la
serviabilité, la bonté, la maîtrise de soi, la fidélité, l’AIME project de l’Esprit Saint.
D’avoir craint par-dessus tout de devenir chrétien : la plus grande menace qui pèse
sur la virilité des chasseurs, sur leur virilité tropicale, leur virilité de jaguar, leur
virilité pourpre, sanguine et végétale, éminemment féminine – leur capacité à virer
jaguar, à virer femme directement nourrie au plasma de la matière vivante. Mais ce
matin-là, Pierre, le chroniqueur français des Indiens Guayaki, ça l’angoisse vraiment
le mutisme de Chachugi. Difficile d’arracher un mot d’explication à son
informateur. Difficile aussi de ne pas compatir, de ne pas ressentir jusqu’au cœur de
son propre exister, et forcément de son exister occidental, œdipio-chrétien, le
désarroi du masculin ployant sous le poids symbolique de la Femme, contraint
d’affronter seul le monde dangereusement vivant de la Forêt. Tout cela à cause de
l’enfant. Tant de malheur, de silence, d’anxiété, ça ne peut venir que de l’enfant ! Le
Fils, le Separator, prêt à s’insurger contre le Père, à le tuer au premier croisement, à
le bouffer avec ses frères. Extraordinaire coïncidence de la pensée sauvage et du

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logos le plus puissamment maître de soi de la pensée occidentale. Cet insoutenable
silence de Chachugi occupé aux préparatifs de la chasse, muré dans son savoir
indigène indicible, fermement appliqué à réussir son entreprise conjuratoire, tendre
l’arc, entrer dans la forêt, tuer du gibier, ça ne peut être que sa manière à lui de
parler, sa manière à lui d’exprimer la pensée sauvage inconsciente de soi en ce que
seuls les gestes la disent : la vocation parricide du nouveau-né. « La pensée sauvage
inconsciente de soi en ce que seuls les gestes la disent… » ! Une telle connerie, il
faut la lire pour la croire ! Et l’écrire ! C’est qu’en lisant les écrivains, on ne lira
jamais que des conneries, et que tout écrivain, tout homme qui, aux tropiques
comme au retour des tropiques, ne sait rien d’autre qu’écrire, dès lors qu’il écrira,
écrira, l’idiot, forcément des conneries. A moins de ne pas écrire : de tenter de ne
fixer par l’écriture que ce qu’il y a de plus subit. De tenter comme Clarice de fixer,
mot après mot, dans l’écriture, du mouvement même de cette saudade
effroyablement bienheureuse qui confond contre la poitrine d’une femme « para
sempre » et « para nunca », pour toujours et pour jamais, l’instante-já, le déjà du
ceci, le d’jà du isto. De tenter une écriture photographique, oculaire, instantanée, du
déjà isto, ancestral et fugitif, plus bref qu’aucun mot et plus durable qu’aucun livre.
A moins de n’avoir plus soi-même, dans l’acte d’écrire, d’autre but et d’autre
existence que l’instant du ceci. D’autre puissance que sa puissance de
métamorphose. De faire de cet « ex-isto », de cette manière d’être du ceci, d’en être,
d’être par lui et en lui, moi, directement nourri de sa substance, la formule la plus
adaptée, la moins inepte, de mon ego sum. D’écrire ex-isto. D’ jáx-isto. A moins,
comme Clarice, mais aussi Céline, la dentellière d’Asnières, de n’écrire que l’écriture
– de même que, pour véritablement peindre, on ne doit peindre que la peinture. Et
de te l’écrire, mon Bento. De t’écrire l’écriture, et de te l’écrire illisible. En t’écrivant
le Z de Spinoza comme on trace les indices d’un odù yoruba dans la poudre d’une
préparation sacrée, faite de feuilles cueillies dans la forêt de grand matin et triturées
solennellement par des femmes au torse nu. En t’écrivant comme le Verbe agissant
s’écrit, seulement illisible aux pieds des scribes. De prendre, pour toi, par l’écriture,
l’écriture avec la main, d’écrire chaque mot en le prenant avec la main. Pour le
sentir vibrer. Et de le poser dans ta main. De ne plus faire de l’écriture qu’une
vibration de mots sans significations, ou alors seulement auditives, corporelles.
D’écrire « dinosaures », « ichtyosaures » et « plésiosaures », et même « spinosaure »,
moins pour suggérer des correspondances inconscientes, de secrets échanges, que
pour accroître, maintenant, sur le champ, notre propre frémissement ouvo-
clitoridien, et puisque le clitoris est un œil, un œil-ouïe, tendre au plus près du point
où l’écriture virera voir, et ce voir même de l’œil par lequel la vie se voit – où le
sens sera exclusivement corporel. A moins de soutenir par l’écriture le choc du
maintenant, à rebours de la mélancolie allemande qui, par l’écriture, toute entière s’y
soustrait. Mieux encore : de le provoquer, d’aller aux Tropiques, de multiplier les
instants, les arômes, de libérer leur séquence – jusqu’au risque de perdre son
lecteur, jusqu’au risque de l’information la plus absolue. Jusqu’au risque de ne plus
être lu. Enfin ! Seulement ouï par un œil. Jamais Galli Mathias n’arrivera à nous
symétriser. Parce que Pierre, le silence de Chachugi, il ne veut, il ne peut pas l’ouïr.

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Parce que son silence, sa concentration matinale, en vérité libre d’humeurs, il ne
peut l’endurer, pas plus qu’il ne peut endurer l’épreuve du isto, vouloir le flux
mortel des instants. Son scintillement silencieux incessant, son apparition-
disparition létale-vitale. Comme Staden, et tous les philosophes incomestibles des
pays froids, il a peur de la mort. Alors, il écrit. Et forcément des conneries. Sur la
masculinité et la féminité, sur la double équation guayaki : Homme = chasseur =
arc, femme = collecte = panier. Sur l’impossibilité pour un homme de perdre son
droit à l’arc sans devoir porter le panier. Sur la triste condition de l’homme
contraint aux exploits de l’arc sous peine de déchoir et d’être obligé d’incorporer le
groupe des femmes, de devenir réellement cueilleuse-ménagère et donc
« métaphoriquement » femme, comme Krembegi, le pédéraste guayaki, kyrypy-
meno, anus-faire-l’amour, qui ne coupe plus ses cheveux, n’attrape plus jamais
d’animal et fabrique les plus beaux colliers de dents dont se parent les femmes
lorsqu’elles sont heureuses. Et si Krembegi est heureux du bonheur des femmes,
c’est bien-sûr d’avoir admis sa déchéance. Par une sage résignation stoïcienne. Du
moins doit-on le supposer, car Krembegi, comme Chachugi, est peu disert, et,
homme très homme, le Français ne lui envie certainement pas sa pédérastie. C’est
pourquoi, il ne t’écrira jamais son écriture, mon Bento. Et, ne te l’écrivant pas, ne
verra pas ce qu’aucune écriture ne peut comprendre : que, femme, Krembegi ne
l’est pas métaphoriquement, mais bien réellement. Que sa pédérastie accomplit
réellement, dans le féminin, le féminin et le masculin. Que seul un pédéraste,
comme Héliogabale, ou Spinoza ressuscité en femme, peut être un prêtre du
masculin, de la masculinité REELLE. Car si Krembegi a troqué l’arc contre le
panier, il n’a pas perdu la pointe : les griffes du jaguar dont ses mains, doigts écartés
et repliés, prendront la forme, porteront la trace dans la tombe, la dent de paca
avec laquelle il perce une à une les canines de singe dont il fait les beaux colliers que
les femmes portent occasionnellement autour du cou et toujours au fond du panier,
et son tout petit pénis de coati, coaticloris, que les chasseurs achés comparent aux
barbelures des pointes de leurs flèches. Pointes de pointes, pointes par excellence.
Qui ne pointent aucune signification, mais la vie seule, la vie nue, ex-isto, du vivant.
En la perçant. Afin par ce perçage de cueillir le suc et la moelle, la matière
nourrissante du vivant. Afin par ce perçage de se nourrir réellement et
exclusivement de cette matière – comme Clarice perce pour la manger, à travers
ses écailles, la matière blanche du cafard, et comme on peut aussi percer, à travers la
carapace aristotélico-cartésienne de l’Ethique, pour en nourrir l’œil, le pau mulato de
l’hallucination de Bento. Car, si les femmes ne tuent pas d’animaux, la substance
qu’elles récoltent dans leur panier, en ramassant les larves de la forêt et la cervelle
moelleuse du palmier pindo pour les broyer ensemble en une soupe épaisse, est
pourtant bien la même que celle que les chasseurs-jaguar percent par l’arc. La même
gomme organique, visqueuse et vibratile, gel de guar, en laquelle celle qui t’écrit
l’écriture parvient à fixer l’instante-já, l’instant-ichê/cho, déjà-je. La matière dans
laquelle elle imprime la trace de sa patte de panthère indigène, les signes de l’odù já-
guar. Krembegi est un prêtre du masculin de l’avoir bien compris : qu’il était
indifférent d’être chasseur ou cueilleuse pour être homme, qu’en abandonnant le

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masculin pour le panier, il l’accomplissait plutôt en féminité. Quelle différence avec
Chachubutawachugi ! L’indien assez vigoureux pour chasser, mais qui, ayant perdu
l’arc, incapable de flécher le vivant, attrape les coatis à la main, poursuit les tatous
dans leurs terriers, veut aller aux femmes, heim gehen, et ne pas être femme, ne pas
percer les dents des singes, ne pas récolter la moelle végétale, mais dont aucune
femme ne veut. Non, jamais Galli Mathias n’arrivera à nous symétriser. Parce que
Krembegi et Chachubutawachi sont absolument différents. Parce que les indiens
guayakis ont déjà compris cette différence entre eux, les chasseurs-cueilleuses de
matière vivante voués à transpercer la matière dure des espèces de la forêt-monde,
indifférents à la différence, sociale, phallique, du masculin et du féminin, et tous
ceux qui, comme Chachubutawachi, là-bas comme ici, sont incapables de durcir
une pointe et d’aller seul dans la forêt flécher un singe hurleur, par manque de
courage, certes, mais aussi et surtout par idiotie, pour ne pas le savoir, et qui tout de
même tiennent à leur masculinité exclusive du féminin, se font photographier en
chasseur un animal mort dans le panier et portent en parure sur leurs poitrines
viriles, comme Chachubutawachi, liés entre eux par une ficelle, les objets
intransperçables produits par l’industrie des Blancs, offerts ou abandonnés par leurs
missionnaires, une douille de balle, une dizaine de flacon de pénicilline, quelques
clés de boîtes de sardine… pour l’amusement des femmes et des enfants. Cet idiot
de Chachubutawachi, « Grand-cochon-sauvage-à-longue-barbe », ce marrane-
sauvage clownesque guayaki, cet hybride ridicule en ce qu’il détourne le masculin de
son sens d’être femme, voilà pour quoi on voudrait te faire passer, mon Bento. Toi
qui ne sais rien faire d’autre qu’écrire et t’évertue tout de même par l’écriture, du
cœur même de ton idiotie, en latin et more geometrico, à ressembler à Krembegi –
à ressusciter Héliogabale ! Toi, qui t’efforce à une écriture pédéraste – aussi
pédéraztique que possible. Jamais Galli Mathias ne réussira à nous symétriser. Parce
que les Indiens ont déjà inventé Galli Mathias, Gallinaburgutawachi, le Moderne
qui déambule au milieu des siens, les pieds dans la matrice anthropologique,
arborant fièrement autour du cou l’Objet industriel, la plus belle trouvaille des
Blancs, l’Objet sacré intégralement fabriqué, le chic Made in Paris, infiniment
redevable aux très catholiques portugais esclavagistes d’avoir justement qualifié de
feitiço, les faits/fées-tiches des Nègres de la Côte de Guinée, comme peuvent l’être
aussi bien les Orishas du candomblé, à en croire les ethnographes, c’est-à-dire à les
lire, puisque Galli Mathias ne sait que lire, et encore pas Bastide, toujours sous le
choc des tropiques, et certainement pas Fatumbi Verger, qui ne se lit pas mais se
voit, et se voit de ses propres yeux qui sont les yeux mêmes de Sango – celui qui
voit et sait tout. Pierre Fatumbi, l’ethnologue bem-te-vi. Le très catholique
Chachubutawachi de Sciences-Po, lui, est même capable de faire croire aux Blancs
qu’en laissant proliférer leurs fabrications, au point d’embrouiller le naturel et
l’humain, ils ne font ni plus ni moins que ce que font les Nègres d’Afrique ou de
Bahia, – qu’en combattant par la philosophie leur propre industrie, en creusant par
la pensée aussi largement que possible le fossé entre la nature et la culture, l’animal
et le social, mektoub, ils œuvrent encore à leur hybridation, à la même industrie,
finissent eux-mêmes par produire des monstres sobjectifs, humanoturels – Kant,

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Hegel, Husserl, Heidegger, Lacan, Derrida, etc., tous sorciers africains, parés de
colliers de pacotille, dents de pénicilline, dents de conserves, dents-douilles, mais,
bien-sûr, sans pouvoir, sans Ashè, kraftlos. Belle symétrie ! La meilleure diplomatie
blanche jamais osée : se présenter aux autres aussi inoffensifs qu’on se les
représente ! Une invitation originale du Quai d’Orsay, adressée à tous les ichês, les
cho-cho, et les xa-xa, à faire le Chachu, à célébrer la fête du Paraclet Nouveau, de
l’Esprit symétriseur du Réseau des Indes occidentales et orientales, Pentecôte
anglophone, forcément, puisque Chachubutawachi, le Panier-chasseur, ne peut
prendre part aux chants nocturnes des Arcs-chasseurs qui, au cœur de la forêt,
inventent des langues que personne ne parle. Pourtant, Mae Senhora avait bien
prévenu Gallichachu : « Attention à Verger, c’est un sorcier, il a des pouvoirs ! ».
Jamais Galli Mathias n’arrivera à se symétriser qu’avec Chachubutawachi. S’il avait
vu, seulement vu, les instantanés de Pierre Fatumbi, il aurait vu que les travaux
magiques du candomblé ne s’emploient pas à transformer la matière première pour
fabriquer des Objets aussi seyants qu’une douille de fusil, mais seulement à la
préparer sans jamais la transformer. Il aurait vu que les Nègres africains de
l’ancienne Côte des Esclaves comme les Nègres brésiliens de la Baie de tous les
Saints sont bien noirs et crasseux, ne fabriquent ni ne boutiquent rien, involuent
sans y régresser vers cette matière primitive, poudre grise, Iyerosoun, de feuilles
médicinales et liturgiques cueillis en un lieu sauvage, brousse ou forêt, connu des
seuls chasseurs familiers d’Ossanyin, le dieu des feuilles, boue primordiale,
intransformable, mélange de substances végétales pétries dans le sang d’animaux
sacrifiés. Sans cette matière vitale, rien ne se ferait… de ce qui ne se fait pas. Même
Patricia de Aquino le dit. On ne demande pas à un initié « quelle divinité fais-tu ? »,
mais : « você é feito de que santo ? ». Il aurait rencontré Aroni, le petit homme
auquel manque une jambe, peut-être la troisième jambe de Clarice, fumant à travers
une tige creuse le pétun d’une coquille d’escargot bourrée de ses feuilles favorites,
et Nana, la déesse de la boue des marécages, qui lui auraient tous deux appris à ne
rien faire, à ne plus alimenter ses usines à Objets d’une matière exotique arrachée à
ses peuples, et à simplement se laisser faire d’elle.

44
JEAN-BAPTISTE-THEODORE-MARIE-ROSALIE BOTREL

Sait-on seulement ce dont souffre Antonin Artaud ? Même son acuponcteur,


Soulié de Morant, n’en sait rien. Des électrodes qu’on lui enfonce dans le cul, dans
la bouche et tous les trous de con qu’on lui trouve ? De pisser tout son sang, de se
liquéfier, comme une chiasse ? Une chiasse blanche ? Et laide ? Souffre-t-il de la
guerre asymétrique des Blancs ? Qui tuent sans joie, par pure idée, sans d’abord
épiler et peindre leurs victimes, sans boire d’abord avec elles jusqu’à l’ivresse la
boisson des femmes, mais d’une balle dans la tête, vite fait, sur le bord du chemin,
ou, lentement, à coups répétés, à même la viande. Sans attendre de l’ennemi qu’il
réclame fermement d’être assommé, d’un coup sec sur la tête, pour avoir lui-même
déjà assommé tant et tant de nos parents et de nos amis, certain d’être vengé de
nous tous par tous ses parents et tous ses amis, tous également voués à la mort par
son aveu, pour que seule subsiste entre eux et nous une saine et solide inimitié.
Souffre-t-il de la guerre asymétrique des Blancs, qui abandonnent là les corps, en
vrac, au milieu des rues ou au fond des fosses, ou bien les brûlent, bref, ne savent
pas trop qu’en faire, et qui par-dessus tout réclament par là-même qu’on se
réconcilie, qu’on redevienne bons amis ? Qui, par peur de la mort, à la moindre
bagatelle, tuent leurs meilleurs amis, en font leurs pires ennemis, pour que seule
subsiste l’amitié et que personne ne revienne les tuer. Ce qui, comprends-le bien,
mon Bento, exige de vrais carnages, de gigantesques massacres… d’inimaginables
amas de viande rouge, immangeables. Souffre-t-il donc de l’amitié, Artaud ? Ça se
pourrait bien. Et sait-on seulement à quoi tiennent les Indiens ? Puisqu’il s’agit bien
de cela : de ce que lui fait perdre l’amitié des Blancs. Comprimé, écrasé au sol, d’une
pesanteur extrême, insensée, et aussi vide et fluide qu’un utérus de sorcière. Aussi
minéral et volatile que le Nouveau Monde selon Claude. Bref, frappé d’obusite,
abasique-astasique, incapable de marcher, de tenir debout, de franchir debout la
grande eau qui le sépare de la Terre sans Mal. La maladie colonniale par excellence.
Le choc des barbelés. Ce que, très exactement, la guerre fait à Nijinski en lui
dérobant la danse. Le trauma blanc, qui, le 19 janvier 1919, lui fait danser des
choses affreuses, flottant au-dessus d’un amoncèlement de cadavres. Danse de
Saint-Guy, chorée des Pays Froids. L’effondrement du style, la perte de ce qui
maintient dressé le squelette et la colonne, de ce-qui-maintient-dressé-le-flux-du-
dire, de l’e-ry mo’ä a des chanteurs Mbya d’Hélène, la femme de Pierre. Vois-donc
ce qu’ils m’ont fait, mon Bento : ils m’ont porté à la cuve baptismale avant même
que je tienne debout et ils m’ont donné un nom qui ne m’a pas dressé sur le sol de
leur Eglise. Ils l’ont soigneusement écrit dans tous leurs registres pour se rappeler

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ce dont on ne peut oralement garder la mémoire : mon nom d’agité, mon nom
maniaco-dépressif, celui qu’il suffira d’hurler pour me jeter tremblochant au sol.
Mais tu m’as donné un Z noir et crasseux. Une lettre retorse et sonore, polonaise.
Tu m’as inventé un Dieu tropical, tupi et oriental, Karai Ru Etê / Karai Chy Etê,
pour recevoir de lui mon nom et ma voix en même temps que ma provenance. Et
toutes les langues s’en sont mêlées. Amomoût latu as tatkwe terik’ejá aáyáns
minajáso, tamo daleko tamo anusun usunu sina minajá, waiwi lapayawii ãwe ayiajá
nd’ndá-wasu àjìyè nd’ndá-ti dìde n’lè. Si Gallinacias avait pris le temps d’écouter
Jeanne Flora-Bocaine-Saada, la désorceleuse mayennaise, peut-être aurait-il su,
comme Eduardo, répondre à la question du Myrte, de savoir à quoi tiennent les
Indiens, qui n’est pas de pierre – puisque de toutes façons rien ne tient par la pierre.
Mais Galliamathias est pressé de rentrer des tropiques. De se remettre au boulot.
D’oublier tout ça et de reprendre son poste à la Fabrique des Objets, des Idées, de
tout ce qui peut s’accrocher au cou pour faire le Chachubutawachi – l’Universel
God Fazer, le Parrain de tous les peuples depuis les mers de Chine jusqu’au
Yucatan, depuis les Inuits jusqu’aux aborigènes de Tasmanie. Et puis, on va tout de
même pas symétriser de l’indigène avec du paysan mayennais ! Du mineur avec du
mineur ! Quand on a en réserve des modernes bien plus modernes, bien plus
présentables : des Kant, des Hegel, des Lacan... Je veux. Les Babins, les paysans de
Jeanne, de toute évidence sont beaucoup moins attractifs… ils ont même une
manière de faire l’indigène qui risque de tout faire capoter, d’éventer la mèche. Une
manière un peu gênée, handicapée, comme peut un Moderne, mais terriblement
exacte : en demandant à Jeanne de leur inventer de toutes pièces des ennemis
mortels, uniquement pour retrouver leur vitalité et leur assurer la suite du monde.
On comprend qu’ils y tiennent les Indiens, à leurs beuveries et à leurs guerres !
D’avoir tant d’ennemis, tant de haine, de meurtres et de noms de meurtriers sans
avoir à consulter Madame Flora. Quelle différence avec les Babins ! Qui
confondent tout de suite leur ethnographe avec une psychothérapeute, et lui
racontent des heures entières par le menu tous leurs malheurs. Quand Chachugi ou
Krembegi se taisent. N’ont rien à dire à Pierre. Un blanc, c’est fait comme ça. Ça
construit des barrages et puis ça fabrique des passes à saumon le long des fleuves.
Ça peut même mettre les poissons en cuve pour les transporter par camion
jusqu’aux frayères. Tout un dispositif de réparation, coûteux et terriblement
efficace, pour faire ce qui ne se fait pas – n’a pas besoin d’être fait. Pour sûr, ça va
les faire fuir les autres collectifs, depuis les mers de Chine etc., des peuples sans
ennemis obligés de consulter pour haïr, pour se soigner de l’amitié. Parce qu’il n’y a
pas d’autre moyen d’être soi que de sortir de soi, d’autre moyen de se-tenir-debout
que de marcher, d’aller au-devant de l’ennemi pour le tuer ou le capturer et prendre
son nom. Pas d’autre intériorité qu’un mouvement permanent vers le dehors. Pas
d’autre identité que la migration continue vers le littoral, la marche vers le bord de
l’Océan, sur son bord, sous le guidage du chant, de la voix, ñe’e, qui maintient
dressé. La Terre sans Mal vers laquelle marchent les Guarani n’est pas un but ni
même un horizon – elle est la Terre même de la marche, la Terre terrestre sur
laquelle le chant tient un peuple debout. On y entre en marchant, tant qu’on

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marche. Même Hélène, la femme de Pierre, a du mal à comprendre ça, à voir que la
désorganisation nomade, la marche mortelle, est la seule chose qui tient et à quoi
tiennent ceux qui tiennent. Il est vrai que les Blancs migrent toujours sédentaires,
traversent d’un bord à l’autre, assis, à la recherche de nouveaux amis, impatients de
dresser leurs temples de pierre sur la nouvelle terre. Eh quoi ? Y a-t-il une
migration plus suicidaire que celle de qui pour voyager prend un avion qu’il
pourrait tout aussi bien ne pas prendre, parce qu’il n’a en fin de compte rien de
vraiment essentiel à faire là où il se rend, mais qu’il prend tout de même, sachant
parfaitement qu’il va mourir en vol, parce que rien de vraiment essentiel ne le
retient de préparer ses bagages, de passer à la banque, de prendre un taxi pour
l’aéroport et de monter dans l’avion ? Si les Indiens du Brésil migrent sur la Terre
en marchant – tant qu’on ne les contraint pas à se lever pour aller travailler ou
passer à la banque retirer leur maigre argent –, et si les Européens migrent en
Caravelles, nautiques et aériennes, en suivant invariablement le même trajet qui,
partant de Lisbonne, leur fait longer les côtes africaines avant de s’élancer vers
Recife, ce n’est pas, pour le dire dans la langue des philosophes, par une différence
de « catégorie transcendantale ». Car, si l’on veut être exact, il n’y a pas d’autre
condition « transcendantale » que la marche qui fait tenir-debout. Les maîtres
allemands du « transcendantal » vous le diront : leur affaire est de trouver sous
quelles conditions un homme peut être Selbstständig et Unabhängig – tenant-tout-seul-
debout et non-suspendu-en-l’air. Marcher, chanter, tuer forment ensemble un seul
et même mouvement. Exclusivement anthropophage. Une seule et même marche
meurtrière et prophétique vers l’ennemi nourricier, que les peuples insurgés
accomplissent parfois miraculeusement, et dont certains hymnes nationaux
européens portent encore, mais honteusement, la trace : « Qu’un sang impur
abreuve nos sillons ! ». Que Rosalie, la « si jolie » baïonnette qui « pique, et perce et
taille », qui « perce en tête et pointe à fond », que la « danseuse de polka », « si
vermeille et rosée », nous « verse à boire le sang impur des Boches ! », chantent
encore les Poilus de la Grande Guerre, pour se remettre le cœur au ventre sous le
feu des obus allemands. Mais, Jean-Baptiste-Théodore-Marie Botrel, le parolier de
« Rosalie », le Karai des tranchées, n’en peut mais. Le perçage est définitivement
perdu. Les obus pleuvent, et des générations de survivants défileront abasiques à
heure régulière chez le psy, qui les désorcellera en leur découvrant des ennemis
symboliques, et leur rendra quelque chose comme une marche – en leur laissant
toutefois dans les mains un léger mais incessant tremblement qui les rendra pour
toujours pane, les empêchera à jamais de percer d’un trait l’œil d’un oiseau en vol. A
moins d’échapper à l’Œdipe, comme Anani, l’Empédocle languedocien de Jean
Camp : en se jetant tête première dans le moût tiède et empourpré de la cuve de
vinification, dans la chair moite et gluante de la fosse mouvante où les raisins
dansent une ronde infernale et grouillent des millions de vers. Mais, ils vont
rarement jusque-là. Faute de Karai, de vrais chanteurs capables de les entraîner par
la force des ñe’ë porä, des belles paroles indigènes, dans de longues migrations
meurtrières, ils s’en remettent dans le meilleur des cas à de beaux parleurs, à des
enseignants-thérapeutes, des Wissenschaftslehrer, des professeurs de savoir-faire-le-

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savoir qui leur apprennent les rudiments pratiques de la Bestimmung des Menschen, de
la vocalisation de l’homme, et tentent par le beau discours de les mettre en humeur
de se lancer sur les chemins. Certains de ces beaux-parleurs atteignent même,
comme le saxon J.-G. Fichte, un certain degré de perfection. Pas au sens où Hélène
comprend l’aguyje guarani – « la perfection qui, moyennant une ascèse (sic) fait
exister l’homme comme logos (sic) en le faisant accéder à un savoir (sic) dont la seule
puissance (sic) suffit désormais à l’animer (sic) ». Pas au sens gréco-latin, donc. Mais
bien indien. En proférant, à l’intention de ses seuls apprentis, dans l’intimité du
séminaire, une parole initiatique non écrite et illisible, exclusivement orale et
presque inintelligible, en faisant naître chez eux des visions fantastiques et sonores,
faites de prépositions-mots et de verbes-actions qui improvisent dans l’élément
exsangue, débile, du savoir philosophique blanc un drame violent, qui ne laisse
aucune chance au Begriff, à la main sans griffes de Chachubutawachi qui prétend
encore tuer sans percer et ne sait rien faire que ramasser à terre, pour toute prise,
un animal mort – Sein, Träger aller Realität, Grund, etc. Car les blancs connaissent
la formule. Après s’être assuré que quelqu’un veuille bien fermer la porte, et aussi
les fenêtres, leurs thérapeutes en savoir-faire-le-savoir, une fois bien enclos, la leur
livrent la formule, très exactement. La formule de l’IMPOSSIBILITE. Rentrer et
sortir, en même temps. S’éloigner, un max, et revenir au plus près, très très prés. Se
séparer de tout, isolé au centre, et s’éclipser partout, se barrer, s’évaporer dans le
cosmos. Fuir en ligne droite, sans fin, et se concentrer en un point fini. Mais les
deux EN MÊME TEMPS. L’un par l’autre. La formule de la marche
anthropophage, entropiphage, de la désorganisation nourricière. La formule de la
production du temps, de l’impossible-já, mort et ressuscité, du séparassembler
instantané où s’originent le passé et l’avenir, bref : la formule de la suite du monde.
Et rien à foutre du socius… de l’organiser ou de le désorganiser… la formule de la
SUITE DU MONDE, de la SUITE DE PINDORAMA, de tout le monde qu’ils
sont, le monde qui sont. Mais ils ont beau connaître la formule, ils ne savent pas
quoi en faire. Ils ont beau s’enfermer pour la parler, seulement la parler, et parfois
même, dans de plus grandes salles, la gueuler devant un plus large public, ils ne
peuvent s’empêcher de l’écrire, et de la lire, et d’écrire encore ce qu’ils en ont lu. Et
ils écrivent et lisent des conneries. D’invraisemblables conneries. J’ai même connu
une de leurs élèves, une dingue qui voulait m’appeler maman et qui comprenait la
mata atlantica comme une immense preuve d’amour ! Les amis nantais et bordelais,
sûrement par une forme de batavisme, s’étaient entichés de mon amoureuse
chronique, toujours prompte à adopter le moindre détritus, à recueillir et à choyer
sur les étagères de son orphelinat montmartrois, à deux pas des Abbesses, des
centaines de flacons vides, de jouets abandonnés, de bouts de ferraille, d’objets
perdus. Sans doute reconnaissaient-ils en elle ce Chachubutawachi qu’ils avaient
rencontré au cœur de la forêt tropicale et qui les avait tant rassurés sur eux-
mêmes… et tant aimés. Pas… pas… papa… passionnément…

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DAVI KOPENAWA

Davi Kopenawa a vu un jour le Dieu des Blancs. Teosi. Celui dont les
paroles tordues ne connaissent que la menace et la peur, et ignorent tout de la
Forêt. Enfin, peut-être l’a-t-il vu. On ne sait pas. Parce qu’en réalité, même avec la
poudre de yãkoana, personne n’a encore réussi à faire descendre son image, à la
voir danser. Mais quand-même, ce qu’il a vu Davi ce jour-là, le jour où il était mort
à cause des épidémies des Blancs, de la chiasse blanche, de ce chien de chiasse
blanche qui vous dévore le ventre et vous broie les os, c’est quelque chose comme
ce que les esprits appellent Wãiwãiri, un être à peau flasque et lumineuse qui danse
sur place, agité de frémissements mous et effrayants. Jamais la poudre vous fait voir
ça ! Même la vieille poudre, la poudre molle ! Pour le voir, il ne faut pas mourir de
la poudre, mais de xawara, de la maladie des Blancs. Sans la rougeole, la grippe, la
malaria, la tuberculose, et la pire de toutes les fumées d’épidémie xawara affamées
de chair humaine que les Blancs répandent sur la Forêt, la fumée des minerais qu’ils
extraient de la Terre, jamais personne n’aurait vu quelque chose d’aussi terrifiant
qu’une pareille Verklärung… et Sesusi qui essaye de vous rassurer, le fourbe, après
vous avoir fichu une telle peur bleue. Regardez comme ça le met en pétard, Mômo,
la poudre molle, la lavette de foutre mort. Et comment ça foudroie un Blanc, même
d’Afrique du Nord, le foutre chaud, la poudre vive. Tellement instable, qu’il la dose
savamment pour qu’elle lui pète pas d’un coup à la gueule, maintenant, jà, mais
toujours après-coup, qu’elle déflagre seulement très localement, sur de petites
peaux de papier, accrochées aux murs d’un Musée d’Art Moderne dans une colonie
batave du Nouveau Monde – mieux encore : à même les pages du Catalogue de
l’expo, à lire chez soi, dans un tirage limité, entouré d’Objets, tous choyables et
soustrayables à volonté, tous faits de matière arrachée à la Terre et à la Forêt. Du
grand Art. Le problème des Blancs, c’est qu’ils y tiennent dur comme fer à leur
débilité abasique, leur asthénie visuelle, autant que l’Indien tient à sa marche, mais
autrement : sans tenir. Toujours suspendus en l’air. C’est pourquoi la formule de
l’impossibilité ils la traduisent systématiquement en flottement, et le monde, leur
monde, ils l’imaginent et le créent par un flottement, par le suspens d’une hésitation
continue entre la forme et l’informe, le contour et la ligne infinie – ils disent aussi :
« de.tɛʁ.mi.ne » et « libʁ » –, et ne voient pour toute vision que des êtres transfigurés,
des Wãiwãiri à peau molle, des schwebende Erscheinungen, des visages de drap
lumineux, comme Giotto : un Christ avion cerf-volant, mais jamais un Brésilien
Noir et Crasseux. Par débilité, parce qu’ils ne voient rien sans eux-mêmes flotter, et
rien d’autre qu’un flottement, ils migrent sans cesse, sur la mer et dans les airs. C’est

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pour ça que Pierre, Jacques et Jean, les disciples terrorisés de la religion du mont
Tabor, embarquent sur les caravelles transatlantiques au péril de leurs vies. Et
tombent à la verticale. Pulvérisés. Se transforment en faits divers. Ils cousent ou
collent entre elles des peaux volantes, couvertes de dessins de belles paroles, pour
faire des Livres dans lesquels ils les retiennent captives et les torturent. Quand ils ne
savent ou ne veulent pas, comme Clarice, les improviser directement dans l’écriture
– ce qui est très difficile, et que les philosophes ordinairement enfumés ont
d’ordinaire le bonheur de trouver fumeux. J’ai beaucoup lu un de ces livres, au
point d’user et de rompre les nœuds qui tenaient ensemble les peaux, de faire voler
de nouveau ses feuilles. Il était écrit par un russe blanc, un ancien champion de
natation graphomane qui se disputait amicalement avec un fin jésuite au regard clair
à propos de ce qu’il fallait comprendre des belles paroles d’un certain Jean-Amédée
Sapinette – un célèbre philosophe français de langue allemande dont on entendait
parler à l’époque dans la moindre échoppe du Quartier Latin. Machinalement, parce
qu’on se sent bête de ne pas le faire, j’avais moi-même recouvert de dessins de
paroles la page « 100 » de mon livre russe traduit à peu près de l’allemand en
français. Cet Articzewsko parigot y expliquait dans une langue presque inintelligible,
émaillée de mots allemands incohérents, difficilement interprétables, parce que
l’ethnographie est une science vraiment difficile, et surtout l’ethnographie des
Blancs, comment, donc, pour un Blanc d’Europe, se-rencontrer-ensemble
(tsu’zamen’trefen) et prendre-par-la-main (auf’fasen), c’est pareil. Que toute leur force
(kraft) tient dans cette poignée de main, et que, par la magie de cette poignée, cette
force est infinie, qu’elle est leur force-d’acculturation (’’ain’bilduns’kraft) infinie,
d’eux-mêmes et des autres peuples. Et surtout que le produit (pro’dukt) de cette
force consiste précisément dans ce fameux ‘sve:ben, entre nager (‘svimen) et tisser
(‘ve:ben) : progresser dans un élément fluide, jamais sur la Terre, passer une trame
dans la foule sans avoir préalablement tendu la chaîne entre deux bâtons de bois
figés dans le sol ; d’une manière générale : sans jamais rien tendre, spiraler ou
tresser – ni arc, ni panier, aussi étranger à l’un et à l’autre que Chachubutawachugi.
Difficile ! Mon Philonenczewsko expliquait encore comment grâce à ce
Schwabutaschweben, cette fumée migrante que produisent les Blancs en usant de
leur force d’acculturation, il existe pour eux un temps, un temps qu’ils peuvent
aussi s’amuser à suspendre un temps, en suspendant un temps l’usage de leur force,
mais pas trop longtemps quand-même, un suspens de leur suspension en l’air, ce
qu’ils appellent er’ha:benen, leur manière de rester debout, levé en suspens au-dessus
de la Terre, dans une sorte d’érection sublime, céleste et solennelle, ce qui les
étonne beaucoup et leur cause de grands frissons, très jouissifs. Mais la plupart du
temps, malheureusement, de suspens en suspens, ils traversent les Océans. Et leurs
fumées migrantes, épidémiques, recouvrent la Forêt. Le dos du premier Ciel,
autrefois tombé, qu’ils percent et branlent à coup d’explosifs pour en extraire l’huile
minérale. Et, par contre-coup, ils ébranlent aussi le nouveau Ciel, celui qui tonne
au-dessus de nos têtes, précipitent sa chute, puisqu’en fin de compte ils ne savent
rien faire d’autre que tomber et faire tomber à la verticale, dispersé, et n’ont pour
toute suite du monde qu’une série de faits divers. Tout ce qui se répand ainsi par

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fumées épidémiques a force d’acculturation : ballons de football, grippe, canettes et
flacons, rougeole, cartes de crédits, chaussures et pantalons, malaria, livres de
philosophies et bréviaires, tout ce qui se répand en matière d’idées, réalismes,
idéalismes, matérialismes, gallimatismes. Objets, maladies et idées : mêmes fumées
létales. Et aussi tout ce qui passe, sournoisement, sur le côté, en fraude, dans les
passes à saumon qu’ils construisent après avoir enfumé le pays : longanimité,
serviabilité, sollicitude, bonté, fidélité, A.I.M.E. project. Parce qu’ils ne s’aiment pas
eux-mêmes, n’aiment pas les leurs mais veulent le bien seulement des autres et
seulement à condition de les avoir d’abord anéantis, par centaines de millions –
deux cent quinze millions, très exactement, à compter du 11 octobre 1492. Faute
d’ennemis. Et combien d’africains noirs et crasseux ? Leurs amis, ils ne les aiment
pas. Ils les fuient. Les plantent là comme Mme Bérenge, la concierge de Mort à
crédit, la vieille bignole. Comme la fille sotte et moche de la rue de l’Acre. Et aussi la
grand-mère de Louis-Ferdinand, plein de haine. Ils repartent tous très loin, très loin
dans l’oubli, changer d’âme, pour mieux trahir. Mais, qu’est-ce que ça me fait à moi
qu’ils m’écoutent ou qu’ils ne m’écoutent pas. Du moment que toi tu es là, mon
Bento. Et à qui écrirais-je sinon ? Et comment écrirais-je en un tel désordre tout ce
qui me vient à l’esprit ? Comment capterais-je ce qui arrive ainsi de derrière la
pensée sans y penser ? Comment, vieille femme, serais-je pleine de milhares de
passarinhos barulhando ? Si je ne t’écrivais pas à toi mes notations d’instants ?
Vois-donc comment l’estrangier, le Horpays, l’orpailleur épidémique ici comme
partout ailleurs porte ses pieds dans les chemins sacrés par les pas des anciens,
fauche l’arbre mûr, en arrache les racines et, pour finir, coupe la forêt bord à bord
comme un seul arbre ! Entends-le crier sa gloire dans les combes en palauras que
personne ne sait ! Et beaucoup veulent devenir Blancs, lèchent lo cuòu de
l’estrangier ! Li servon de valets, li servon de putain ! Même Gilles-Plateaux, mon
Bento, le philosophe français de Millevaches, ne parle plus la langue de Marcela
Delpastre, confond un arbre avec un livre, n’aime pas l’Arbre et la Racine, leur
préfère les rhizomes invasifs. Quand la bouche dentée de granits de Marcela, mille
veines ouvertes, saigne sur terre et dans la mer. Saigne et sème dans les terres qui
sont au loin par-delà la mer. Plante ses graines et enracine de cœur par-delà l’Océan
un arbre-parole, aubras palavras, qui fleurit comme fleurit au Nouveau Monde un
arbre à chants yanomami : en mille bouches entonnant sans relâche, sans jamais se
répéter, dans toutes les langues qui se peuvent inventer, de magnifiques mélodies,
aussi innombrables que le sont les étoiles dans la poitrine du ciel. Et mille arbres à
belles-paroles, couverts de mille lèvres chantantes. Les mille arbres à chants où
toute musique se puise. Sans quoi le monde serait sans musique. De part et d’autre
de l’Océan. D’avoir trop copulé, ils sont venus nombreux, bien obligés, d’outre-
pays pour tuer le pays. Mais ils ont beau faire, jamais le pays ne meurt ! Pour jamais,
la sève vivante y remonte, d’un bord à l’autre. Jamais n’avait donné autant de
feuilles ni de fleurs si parfumées. D’avoir trop copulé, d’avoir trop mangé la vulve
des femmes, il leur a bien fallu, les pauvres, là-bas et ici, s’emmurer et emmurer
leurs enfants, les nourrir de la chair cuite de nos propres enfants, de nos femmes et
de nos anciens, enfermée dans des boîtes de fer ou de plastique, qu’ils préparent en

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très grand nombre et conservent pour les manger plus tard. Et cela, afin de pouvoir
aussi plus tard mettre en caisse leurs propres morts, dont la viande, ainsi nourrie de
matière inoxydable, ne se décompose plus, mais que personne ne mange. Drôles
d’anthropophages. Leurs pieds aussi, ils les mettent en boîtes, de peaux et de tissus.
C’est une manie. Aussi les seins des femmes, en deux boîtes plus ou moins opaques
attachées entre elles, plaquées sur la poitrine, serrées par derrière au moyen d’un
petit verrou. La peau, leur peau, ils s’interdisent de la recouvrir de dessins et, une
fois les parties molles bien tenues, curieusement ils se couvrent entièrement de
draps de peau flasque, tissés de matières transformées, végétales, animales ou
minérales. C’est même une grande affaire que la fabrication de ces draps mous, qui
mobilise des armées d’esclaves dans leurs colonies. Sauf les visages, exposés au
poison de leurs fumées d’industrie, qui ramollissent, dégringolent naturellement
sous leurs yeux pochés à force d’agitation : prospection, extraction, transport par
air et par mer, transformation, transport par air et par mer, stockage, transport par
air et par mer, commerce – ce qui est épuisant. Car, ils n’ont de cesse qu’ils n’aient
épuisé le monde. Lorsqu’ils sont las de nous chasser pour nous dévorer le cœur, ils
construisent au milieu de nulle part sur la terre du pays mort des maisons en pâte
de pierre qu’ils nous offrent avec de grandes cérémonies. Mais, ils ont du mal. Il
arrive que des Indiens venus d’Egypte avec Sara la Noire arrachent le sol de leurs
maisons, éventrent le ciment, mettent à nu la terre vivante, affolent la vermine,
ouvrent un champ au beau milieu de la salle à manger, y creusent un trou où
allumer un feu et tirent entre deux doigts la corde d’un violon pour apprendre aux
enfants à chanter les belles paroles et faire danser les filles. Pour ne pas perdre la
marche le mieux est quand même de rester sur la route, de ne pas quitter la bonne
route, de remercier les gadjé sans rien accepter d’eux. Ni maisons, ni canettes, ni
ballons, ni livres, ni idées, ni réalisme, ni idéalisme, ni empirisme, ni matérialisme,
spéculatif ou historique, transcendantal ou pas… on s’en fout.

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GLAUBER DAS MORTES

J’ai peur. Les gadjos normalement ignorent la peur. Ils n’ont peur que de la
mort. Pour le reste, ils sont sans peur. Toujours plus forts les uns que les autres.
Dans les édifices où ils stockent leurs plus précieux Objets-et-Idées, ils organisent
des joutes entre eux-mêmes et eux-mêmes, inventent des combats singuliers entre
des ennemis qui ne se sont jamais rencontrés, jamais touchés, des combats où
jamais on ne verse le sang, mais où se presse une foule de jeunes hommes et de
jeunes femmes bizarrement animés d’aucune soif de vengeance. Tout autour, dans
les rues et jusqu’aux quais... plus loin encore, s’affaire sous leurs yeux aveugles un
peuple nègre, grassboys, hygienboys, bottelboys, gutterboys d’Abidjan, dockers,
porteurs, manœuvres, contrebandiers d’Accra sur les confins de la Côte des
Esclaves. Quand ils voient enfin ce que ce peuple fait, alors là seulement ils
prennent peur comme j’ai maintenant peur. Comme un enfant prostré d’avoir tué
un autre enfant… par bêtise. Tristes gadjos. Jean Rouch, documentariste-émissaire
du Quai d’Orsay en pays noir, pose fissa la caméra quand la pantomime
glossolalique tourne au vinaigre, part se planquer dès que les noirs en transe s’en
prennent au chien, se ruent bave aux lèvres sur la pauvre bête pour l’égorger et
boire son sang cru. Les Blancs palabrent beaucoup au sujet des Noirs. Mais, peu se
soucient de ce qu’Ils font le dimanche soir dans les faubourgs de la Ville coloniale,
de ce que font Mountyeba et Moukayala lorsque le travail a cessé. Ils s’épargnent
ainsi de savoir avec précision ce qu’ils font, eux, aux Noirs. La secte des Haouka !
Tu t’imagines, mon Bento ? C’est comme si je disais : « la secte des Xawarari » ! Les
Maîtres Fous des Fumées Epidémiques et des Objets ! Mountyeba Grand Prêtre de
l’Ordre de Chachubutawachi… voilà comment il faut voir ça. Un vrai galimatias.
Au lieu de faire descendre les images des xapiri ou des orishas, ils appellent sur eux
les divinités des Blancs, les dieux de la Ville et de la Technique, l’esprit du
conducteur de locomotive, l’esprit du gouverneur, l’esprit de la femme du
capitaine… l’esprit du Colon. Non, mais tu te rends compte ? Ils me trouvent
amphigourique ! Pas clair ! Pas assez tricoté. Et regarde ce bazar : une religion
noire des dieux de la colonisation ! Pas étonnant, qu’ils retournent docilement au
boulot le lundi matin, Mountyeba et Moukayala. Jean y voit même un modèle de
prophylaxie mentale pour prolétaires blancs. Sans blague ? Après en avoir délibéré,
puisque les dieux de la Civilisation délibèrent tout le temps, s’engueulent à n’en pas
finir sur ce qu’on va faire et ce qu’on ne va pas faire, ils décident de cuire le chien
pour en manger plus tard avec les copains restés en ville. Gilles écoute Fanny. Mais
pas seulement. Il écoute tout le monde et n’importe qui. Sans trop y réfléchir. Il ne

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sait pas que Glauber, dans Vento del Este, fait un peu la pute en passant, sans être
tout de même assez charlot pour se laisser embarquer dans le folklore des gigolos
de l’inoubliable Mai français… juste par affection pour un cinéaste quadragénaire
maigre, chauve et triste, fatigué de poésie, totalement inoffensif. Ah, l’amitié de
Glauber, mon Bento ! L’anarchisme bourgeois, moraliste et sérieux, de Jean-Luc et
Dany, Gilles le prend pour argent comptant, et quand Glauber fait le poteau
indicateur du cinéma politique pour une gonzesse russe blanche prégnante – « par-
là la direction du cinéma inconnu, de l’aventure esthétique et de la spéculation
philosophique !… par ici la direction du cinéma du Tiers-Monde, un cinéma
dangereux, divin, merveilleux ! » –, Gilles prend ça au sérieux et le cinéma du Tiers-
Monde devient le cinéma politique moderne, celui de Glauber et aussi de Rouch et
de Perrault. Un vrai sac de nœuds ! Tout ça à cause du chien, de l’orignal et du
marsouin, l’animal anomal, la bête lumineuse, l’animal « merveilleux », comme dit
Stéphane-Albert. Mais qu’est-ce qu’il y a de merveilleux à préparer des conserves de
viande de chien, à piéger un cétacé blanc pour le camionner jusque dans un
aquarium new-yorkais ? Sait-il, Gilles, ce que Glauber a vu en voyant Vent d’Est, la
Bonne Nouvelle qu’il répand de retour au Brésil ? Il a vu de près le cadavre de
Godard le suicidé : l’image morte de la colonisation ! LA MORT DE LA
COLONISATION. Et toi, mon Bento, l’as-tu vue la mort de la colonisation ? Un
philosophe français aristocrato-anarchiste, cloitré dans son appart, prenant au mot
ce qu’un cinéaste suisse anarcho-droitier dépressif fait dire sur le cinéma du Tiers-
Monde à un poteau brésilien édenté qui, lui, se moque bien de la destruction de
l’Occident, de sa religion, de sa morale, de sa philosophie et de son cinéma, mais
veut seulement CONSTRUIRE, continuer de faire du cinéma pour construire sa
Terre de Braise en sons et en images. Comme Céline, Glauber n’aime pas les
destructeurs. C’est un constructeur. Sérieux ? Eh oui ! C’est ça aussi la mort de la
colonisation. Cette manière qu’a Michel-Ange d’écrire et de lire, tout et n’importe
quoi, sur l’Accrétion de la Terre, l’Autre Métaphysique, l’Inexistence du Monde, la
Forclusion du Nom-du-Père, la Lutte des Classes, la Constitution des Modernes, le
Manque de Peuple, d’un bout à l’autre de la planète, à la télé, sur le net, dans la
presse, à San-Francisco sur une planche à roulette, sur la Grande Muraille de Chine
coiffé d’une chapka, dans un Centre Commercial de Rio – Gavea ? –, à une vitesse
presque infinie… au lieu d’aller peindre la Chapelle Sixtine. Ou d’inventer le bazar
infernal du tropicalisme. Ni Godard, ni Rouch, ni Perrault ne filment le sang, ne
causent aucune terreur. Ils sont sans violence. A peine un filet sur le dos blanc du
cochon de mer prisonnier à marée descendante du piège tendu par les Blancs de
l’Îsle aux Coudres. Un filet de sang facilement enjambé. Quand Glauber Das
Mortes blesse REELLEMENT à mort un cangaceiro de Carnaval, quand il fait
REELLEMENT renaître un jour de Parade la violence affamée de Saint-Georges
au désert, d’Oxosse-Museau-Sale, ce vieux-nègre de Lampiao, le Saint-Guerrier-
Noir-et-Crasseux, et impose les images et les sons de cette violence REELLE dans
les salles obscures des milieux tempérés où Gilles s’enferme des jours entiers le
galurin vissé sur la tête, Grand-Louis et Stéphane-Albert, les acteurs-fictionnant de
Pierre, arrière-petit-fils d’égorgeurs de cochons bretons, attendent encore, eux,

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l’Achab, le Génie, l’Achabutawachi qui sera capable, sans trop le blesser, de leur
capturer un marsouin, de ramener sur terre un dos de Lune, de faire descendre
l’image de l’Absolu, de faire voir Teosi tremblant au-dessus de leurs têtes, son
ombre lumineuse flottant à la surface des eaux – légèrement effilée de sang… sur le
flanc droit… loin du cœur. Ça l’émerveille, Gilles, la pêche à marsouin des
Tremblay et consorts, des adeptes du Grand-Malouin, l’illustre Inventeur de Terres
Neuffves, le Précurseur de la France-Antarctique. Ça l’émerveille, Gilles, dans sa
salle obscure, au Champo, le galurin vissé sur la tête, pendant que Franny reste à la
maison mater son docu sur les loups… un loup, des loups... Faut voir ça ! De la
viande sans os. Lisse et blanche. Lumineuse. Totalement décérébrée. Pas un poil de
cerveau. Et ça tient quand-même debout ! Tout seul. Magie, Magie ! C’est ça qu’il
aime, Gilles, chez Cézanne : l’érection de la chair, la station debout des parties
molles, la stance du fluide, la turgescence de l’utérus. Pendant que Frannytoris rêve
sur le bord des meutes. C’est son style, à Gilles, sa manière de colonniser. Il tient ça
des filles priapiques de Charcot. Il suffit qu’un toubib-homme-très-homme les
installe, abasiques-astasiques, pile devant un appareil photographique, pour qu’à
tous les coups elles lui fassent là, sur place, tout un numéro de contorsionniste, de
contractures et d’oscillations, un bel arc-sans-organes, un arc-corps, une verge-
corps, sans jet, pleine et lisse comme un œuf, un corps-œuf… un arc inoffensif,
intensif, inotensif, sans plus rien à voir avec percer-tuer… un arc pour
Chachubutawachis… fait sur mesure. C’est peut-être ça, mon Bento, que les Blancs
appellent fal.lys : cet utérus pénien, cette station hystérique du pénis, qu’ils opposent
au pénitoris, trop organique, des femmes, à l’œil qu’elles ont au bas du ventre, et
qu’ils craignent tant de peur de perdre la seule chose à quoi ils tiennent : ce bon
dieu de flottement entre turgescence et déturgescence.

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SAINT-BENTO

Lorsque les filles des eaux cherchent à attirer par magie amoureuse leurs
jeunes garçons pour les conduire dans la forêt sous la surface d’un lac obscur
auprès de leur père, Tëpërësiki, afin qu’il leur enseigne les chants qui permettent en
les nommant de régurgiter les êtres maléfiques, les Blancs enserrent puissamment
l’enfant de leurs bras et accélèrent la course fatale de leur monture à travers nuit et
vent. Quand un jeune garçon est pendant son sommeil visité par les xapiri les bras
parés de caudales d’ara rouge et d’une profusion de bouquets de plumes brillants et
colorés, enduits de teinture vermillon de rocou, et qu’il se réveille en cris, terrifié
par la beauté de cette invitation à partager le secret des esprits, ils le bourrent de
Chamonix Orange et pour qu’il ne devienne pas fou, pas plus qu’il ne l’est déjà, ils
le conduisent une à deux fois par semaine à Meudon, chez Colette, une bonne amie
de Philonenczewsko, une philosophe faisant métier de désensorceler les enfants
mâles en leur apprenant à s’intéresser plus à la vulve qu’à ce qu’ils voient la nuit.
C’est pourquoi les Blancs ne connaissent jamais les paroles qui sauvent. Sont sans
défense devant leurs propres fumées épidémiques, se blessent mortellement à
chaque geste qu’ils font pour s’en libérer. Sont incapables de faire descendre les
esprits qui savent réparer le ciel et courent à la catastrophe. Aide-moi, Saint-Bento,
aide-moi, Vieux-Nègre, à régurgiter mes fumées ! Il faut du courage et de
l’expérience pour tenir debout, même tordu. Il ne sert à rien de sortir du Lycée des
langues mortes, d’être engraissé de mandarinades et d’examinines, de porter le
bicorne à plumes infantile des quais de Seine. Il ne faut pas être si douillet. Je le sais
bien, moi qui suis né par accident dans le berceau d’un autre – dans un panier tressé
pour accueillir un tout autre que moi. Moi, qui était tellement nerveux,
REELLEMENT nerveux, d’une nervosité tellement sereine, sans douleur et
heureuse, qu’il leur a bien fallu, pour me maintenir asthénié au berceau douillet, me
refiler une maladie nerveuse. Symétriser et tenir debout sont maintenant une seule
et même chose. Comme Galli Mathias n’en a pas la moindre idée. Je dis
« maintenant » parce que cela ne se fait que maintenant, à condition de tenir
fermement en main, religieusement en main, l’instant présent, celui-là même où
nous mourrons ensemble, maintenant, toi et moi, mon Bento. Je ne tiendrai
debout, maintenant, qu’à condition de joindre à l’instant nos deux asymétries, ma
différence absolue d’avec toi et ta différence absolue d’avec moi, de les tenir
ensemble chacune fidèlement peinte, comme seule sait le faire Clarice, sur les deux
battants d’un même portail, mais, écoute-moi bien, strictement identiques l’une à
l’autre – de tenir et de voir ensemble peintes identiques sur chacun des battants du

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portail nos deux différences absolues, différemment différentes, puisqu’aussi bien
tu diffères de moi comme jamais je ne saurais différer de toi. A seul dessein que nos
asymétries enfin se rencontrent. Que ton image m’apparaisse et, puisque nous
sommes peints tous deux identiques sur chacune des deux portes, qu’aussi bien
mon image t’apparaisse comme l’image d’un Brésilien Noir et Crasseux dansant à
l’aube au chevet d’un philosophe luso-polonais, comme l’image d’un Coq-Bem-te-
vi chantant dans l’aurore sanglante sur les quais d’une baie édentée, d’une Femme
Fantastique charmant des serpents au plus profond d’une Forêt-Monde, d’une
Sorcière nordestine montant la nuit, recouverte d’enguent de chair, le cheval du roi
du sabbat, de Fatumbi-Descartes habillé en femme dans un terreiro de Salvador…
de tout ce que nient ceux qui ont l’outrecuidance de prétendre atteindre au réel sans
magie… par simple agitation du bocal. Voilà, mon Bento, la prière matinale que,
très exactement, je t’écris.

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BENTO DE ESPINOSA

No ano de Cristo de MDCLXIV, pouco além dum século após o


esquartejamento e a devoração do primeiro bispo português do Brasil pelos índios
Caeté, a deliciosa deglutição do bispo Sardinha que Oswald de Andrade celebrará
como o ato fundador do Brasil moderno, o filósofo judeo-português Bento de
Espinosa, cuja família se exilara em Amsterdam, capital mundial do comércio
colonial, com tantas outras famílias judias que logo iriam povoar o nordeste
brasileiro, escrevia ao mui sábio e mui prudente Peter Balling para confiar-lhe uma
singular alucinação visual: a imagem tinhosa, ao despertar, ainda mais viva com a
atenção vasqueada , de um brazuca negão e sebento, que, Bento queria deixar bem
claro, nunca tinha, cruz credo, dantes visto. Peter permitira-se enviar uma carta ao
amigo pedindo explicações sobre a alucinação premonitória que tivera dos gemidos
de agonia de seu filho, estando este bonzinho da silva. Ora, tudo leva a pensar que
se esse Bento, que se fazia igualmente chamar Benedictus, e que aliás entrou no
Panteão dos bibliógrafos com o nome de Benedictus de Spinoza, se aporrinhou
tanto com essa arrumação alucinatória e respondeu a Peter com tanto do cu doce,
fez isso sobretudo pra mor de distinguir bem distinguidinho seu próprio caso
daquele de seu amigo: de um lado a potência psíquica que o Amor paterno confere
de imaginar, antes mesmo que se dêem, os acontecimentos da vida do filho tão
amado; do outro, a simples teimosia retiniana, em estado de vigília, de uma imagem
onírica, o efeito sobre a imaginação de uma alteraçãozinha besta do corpo, assim
como a febre é causa de delírio. Me engana que eu gosto. É verdade que os
brancos, como esse Benedictus, há muito tempo perderam a faculdade que tinham
seus ancestrais de ver por eles mesmos os xapiris yanomamis que acompanham
Omama em seu exílio europeu, depois que ele, botando fé num diz-que-diz-que
idiota, fugiu da floresta tropical. Xapiris bem mais belos, se nos fiarmos em
Kopenawa, que os xapiris da floresta amazônica. No entanto, uma coisa não se
pode negar: seres fantásticos continuam assombrando os brancos. E eles, coitados,
não sabem o que pensar destes desconhecidos, aos quais concedem de mão beijada
a hospitalidade de seu próprio universo de pensamento, mas dos quais não sabem
aprender bulhufas. Como esse Bento acabou, com o tempo, por gozar de um certo
renome, o clero, cabreiro com aquela correspondência, soube dessa arrumação e
ficou, cá pra nós, com a maior cara de bunda. Ansiosos por desviar a atenção do
público letrado da irrupção do Brazuca no quarto de dormir do filósofo, ele se
perguntou se a explicação da alucinação do pai era conforme à VERDADEIRA

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doutrina daquele que agora chamavam “Spinoza”: se ela era
VERDADEIRAMENTE spinozista. Suspeitava-se de que Benedictus se
embananara ao tentar reconfortar seu amigo Peter: que ele não tivesse se levantado
naquela noite, a noite dos gemidos, na boa, não era o fim do mundo, já que eram
imaginários e, além do mais, ele os ouvia por amor. Pouco importam as picuinhas
dos debates que opuseram por algum tempo um ativista de Pádua à Sorbonne:
“Spinoza” triunfara sobre Espinosa. Benedictus, o grande erudito vestido da
Europa do Norte, o sabichão dos países frios, chegara a apagar até a lembrança de
Bento. Pergunte ao primeiro professor que aparecer se ele alguma vez ouviu falar
num tal Bento de Espinosa. Pergunta só! Escamoteando a primeira sílaba de seu
nome, forjando do zero as três novas sílabas do nome pelo qual seu espectro seria
universalmente convocado, Benedito quis se desvencilhar do fardo toponímico
trazido da Espanha por todos os seus, apagar definitivamente toda e qualquer
lembrança daquela península imbecil onde obrigavam os judeus a comerem porco?
Vai saber! Em todo caso, nada mais prendia agora o Grande Luso-Holandês,
integralmente sedentarizado, enquadrado no Patrimônio laico da Humanidade, ao
povaréu daqueles que no Brasil, no México, no Equador ou no Chile, trazem ainda
hoje o nome de Espinosa, a todos aqueles judeus que não ficaram debaixo da saia
do velho mundo, europeu e mediterrâneo, mas fugiram pr'além-Atlântico no rumo
dos sertões do Novo-Mundo, prali deitar seu fardo de espinhos e inclusive, como
Heitor Antunes, um outro Bento, um anti-Spinoza brasileiro, plantá-lo na terra e
fazer brotar em Minas uma Nova-Espinosa. Quando Bento recebeu a carta de
Peter e respondeu, vivia no miolo da comunidade que, no Recife, acabava de
construir Kahal zut Israel, a primeira sinagoga americana de onde partiu, depois
que os holandeses foram corridos de Pernambuco, a vintena de correligionários
que fundou a comunidade judaica de Nova Amsterdam. Futuro cidadão de Nova
Iorque, já cidadão de uma Nova Iorque holandesa, como todos os judeus sefarditas
holandeses, no Recife ou em Amsterdam, Bento não podia deixar de ficar de
queixo caído com a aventura americana. Associados ao governo colonial por Jean-
Maurice de Nassau-Siegen, os seus tinham tomado parte, nas duas bordas do
Atlântico, do desenvolvimento da Companhia holandesa das Índias ocidentais.
Amsterdam lhes oferecera muito mais do que a liberdade de culto, bem mais do
que gozar da anomalia histórica, política e religiosa da Holanda do século dezessete:
a potência selvagem de um devir-mundial que colocava em contato de maneira tão
violenta quanto aberrante as costas europeias, africanas e americanas, seus povos,
seus reis, suas línguas, suas religiões e seus sons. A América, restituindo à dispersão
forçada deles sua dimensão sagrada de Diáspora, mergulhava-os num novo banho
de sementes e de sangues. Grande surpresa que Bento alucine pela manhã com a
imagem pegajosa de um americano negão e sebento! Seja visitado por um Brasileiro
Fantástico! E com mais frequência do que confessa a Peter. Benedictus Spinoza
terá então convencido seus biobibliógrafos sabichões a esquecer tudo isso a fim de
que se interessassem exclusivamente pelas mui sutis teorias da imaginação e da
participação das essências destiladas pelo filósofo no intuito de explicar a
alucinação auditiva do mui sábio, mui prudente e mui branco Peter Balling. Em

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nenhum caso pela alucinação visual com um afro-americano do sefardita Bento de
Espinosa, simples teimosia retiniana de uma imagem onírica, estorvo ocular
superficial. Mas os sabichões não podem fazer o que der no bedelho. A famigerada
carta fora publicada com sua embaraçosa confidência nas Obras Completas do
filósofo. Ora, nada da Obra podia escapar à Crítica. Foi preciso, então, dum jeito
ou de outro, encontrar alguma coisa pra escrever sobre o tal Brazuca. E como
Bento falava dele como de um etíope, imaginou-se, e como não?, um Negrão, pois
que em grego, a língua morta dos sabichões, “etíope” quer dizer “gente com cara
queimada”: negões e sebentos. A alucinação matinal tomou então o aspecto de uma
aparição terrível e tesuda. Quero dizer: para um aluno de liceu francês. A
Erscheinung da imagem inimaginável, a imagem do Duplo negão, a imagem
interdita, recalcada, daquilo que o Grande Filósofo não é – daquilo que, aliás, no
grosso, NÃO É. Spinoza antes de existir, Spinoza no Abgrund: Spinoza falasha,
judeu e negão. E como em amárico, por conta do liceano francês conhecer também
muitas línguas vivas, ainda mais pro insulto, “falasha” é como um etíope chama um
judeu para lembrá-lo de que é um imigrado, compreendeu-se logo de cara a
aparição do brazuca negão e sebento como a visão de si mesmo que assombra todo
judeu em exílio através da interpelação do Outro, do gói que, à sua passagem,
escarra-lhe na cara um “judeu de merda!'' e, empurrando-o, intima-o, como ao pai
de Freud, a deixar a calçada para retornar à lama imunda da sarjeta. Outro jeito de
pasteurizar a alucinação, de branqueá-la. Remetendo-a à universalidade do informe,
da imundície com que o Outro cobre a cabeça do imigrado, e que está tão
enroscada aos órgãos genitais, localizados inter urinas et faeces, que, no sapo que
ele engole, “de merda'' ou “sebento” prejulgam também de sua higiene sexual.
Nada de brasileiro, portanto, de especificamente brasileiro, na alucinação do
brazuca negão e sebento, nada que tenha a ver com a colonização luso-holandesa
da América, mas apenas o jogo unanimerdal dos mecanismos identitários e
miméticos que reinam por tudo, na Europa e em todos os lugares por onde se
alastra a Europa, a redução de um boi de piranha à geléia de um corpo lapidado. E
olha que a intenção era das melhores. No fundo, queriam dizer que Bento fizera
bem em não deixar que os gois o mandassem à merda e atribuir a si mesmo seu
sobrenome, um sobrenome branco e limpo, com um nome de santo latino, pra que
ninguém desconfiasse que tinha merda na cabeça e mijava nas calças. Pra mostrar
que se pode ser judeu sem ser sebento. Judeu e branco.

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FRANNY DELEUZE

É verdade que chutar ou não Bento como um cachorro morto foi para os
filósofos europeus uma verdadeira questão, e, como vemos em Hegel, que trancava
o cu só de pensar em ser confundido com Spinoza, uma real fonte de angústia, a
pior merda que podia suceder a um filosofo enrabichado pelo absoluto era acabar
na sarjeta com um judeu: o cagaço do informe, de só chegar, pelo excesso de
unidade, a uma boca ou um buraco escancarado, um abismo obscuro onde
soçobram todas as diferenças, está sempre ligado nele ao medo atrapalhado de sua
própria mácula excrementícia e da denúncia pública que vem de todo jeito.
Acusado pelos seus de ter dissolvido o mundo no indiferenciado, o filósofo sente-
se tão abjeto quanto aquele que, caminhando na cidade com um chapeu de bosta, é
oferecido indefeso à vindita odienta do burguês. Quem tem cu tem medo. Ele
mede o valor de sua obra pelo respeito com que o tratam na rua. Quem quer entrar
na carreira, ainda que não possa apresentar-se sebento, experimenta, no entanto, a
contínua possibilidade de sua brusca queda na lama da sarjeta. Pois os filósofos
estão tão afim de ceder a passagem àqueles que pretendem calcar seu caminho
quanto os cristãos a partilhar o meio-fio com um judeu. É uma história do arco da
velha, que carrega com ela uma distribuição especifica, mediterrânea e greco-latina,
dos papéis do amigo e do inimigo, do puro e do impuro, da origem e da existência,
e de suas relações com o corpo e seus orifícios, principalmente a boca e o fiofó, e
tão próximas as vergonhas, todos compreendidos como órgãos de morte e
indiferenciação. Isso não ajuda lá essas coisas para compreender a alucinação
americana e esquizofrênica de Bento. Apenas, talvez, um filósofo embeiçado por
sua mulher ao ponto de lhe dar o nome de um personagem de Salinger sabe o que é
a esquizofrenia. Como o menino coisa a bicha. Ter um amigo psiquiatra não basta.
É preciso uma mulher de romance americano: uma americana. Para saber que a
esquizofrenia é americana, que ela é uma capacidade estrapolada de viver os
movimentos gigantescos e desregrados que realizam na escala da história universal
passagens monstruosas entre os continentes e as raças, as culturas e as sociedades,
mesclando seus destinos e seus conceitos a ponto de efetuar transformações reais,
de criar seres desconhecidos que nenhuma das categorias por meio das quais a
Europa agencia seus possíveis pode mais explicar. A Floresta tropical úmida alucina
no Brasil Grandes Senhores africanos de quilombos, pajés, psiquiatras-soberanos
fantásticos de autênticos Reinos bantos, negros e indígenas, que inventam para os
párias judeus e todos os fugitivos que um dia caíram na mesma sarjeta, novas terras
de exílio encantadas. Ela fabula seres de lenda, tão aberrantes quanto Felipe

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Camarão, o Templário potiguar, o nativo latinizado, promovido pelos portugueses
à dignidade de comandante da Ordem de Cristo, por ter, à frente de um exército
indígena, botado pra correr as hostes batavas de Pernambuco. Colocado na borda
dos movimentos prodigiosos que provocou, a uma só vez atraído para eles,
arrastado por seu turbilhão imprevisível e desordenado, e colocado na retranca em
relação a eles, excluído deles, ao mesmo tempo observando e sendo empurrado pra
borda numa curiosa estação instável, em tensão, duma lapada dinâmica e estática, o
colono só vê alucinando com o olho da própria floresta: gigantes, seres
desmesurados, exuberantes, monumentais, Henriques Dias, Gangas Zumbas,
Zumbis. Esse ponto de vista é aquele do brasileiro, de todo brasileiro, porque ele é
e continua sendo um colonizador, um colonizador permanente sempre situado
nesse mesmo lugar, na borda do espaço colonial, mata, sertões, chapadas ou
veredas. Da banda de cá, ele continua a bispar os movimentos anárquicos dos
grupos heterogêneos que povoam o Brasil e nele sempre reincidem: bandeirantes,
caçadores de homens e ouro, exércitos insurgidos de escravos que picaram a mula e
tropas reais afro-indígenas, hordas vingativas de roceiros, jagunços e cangaceiros,
exército iluminado dos povos rebeldes de Canudos, galeras das favelas. Nenhuma
história nacional, nenhuma ordem instituída do tempo dará conta de dissociar e
organizar essas matilhas de homens, que, mergulhando num mesmo banho de
sangue e de porra os estados sociais e as etnias, cozinham na mesma panela todas
as épocas e percorrem o espaço colonial como o único tekoá anacrônico do
mundo, o tekoá absoluto em que se comunicam todos os tempos humanos.
“Jagunço” não designa em primeiro lugar uma arma africana? Uma daquelas
mesmas lanças de bambu que valeram a Camarão e a Dias a vitória de Guararapes
contra os holandeses impedidos de usar seus paus de fogo? O cinema de Rocha
mostra-o bem a quem quiser ver pelo olho de Glauber: o brasileiro não para de
alucinar, apesar de todos os esforços das autoridades religiosas e políticas para
exibir os cadáveres e datar sua morte, as figuras messiânicas e reais que cristalizam
essas contradanças aórgicas de sublevação revolucionária e de fanatismo
retrógrado, Antônio Conselheiro ou Lampião. Figuras tão cruéis quanto o Bem-te-
vi da Rocinha, Erismar Rodrigues Moreira, cujo reinado criminoso e popular ainda
tem tudo a ver com a glória dos bandidos de honra do Sertão que ele faz renascer
sobre os morros do Rio para onde os guerreiros de Canudos transportaram com
eles o Morro da Favela. Um nome de pássaro pra um chefe de bando?
Nãnãnãnãninha. Pois trata-se já de um apelido: um apelido partilhado com um
pássaro. Uma curiosa aliança com o animal, assim como a cidade sem Estado
atrepada no morro estabelece uma curiosa aliança com o vegetal, com uma planta
de garrafa do sertão, tóxica e medicinal: a favela. Mas não qualquer pássaro: esse
passarinho onipresente de uma presença de tal modo tinhosa que parece, por toda
parte onde se escuta seu canto, nas ruas da Urca ou nas veredas de Minas, tratar-se
sempre do mesmo pássaro, de um único e mesmo bem-te-vi que Riobaldo ouvia:
“que era um bem-te-vi,.exato, perseguindo minha vida em vez, me acusando de
más horas que eu ainda não tinha cometido”. O Bem-te-vi da Rocinha, reizinho
nagô da favela, com pistolas de ouro, pássaro ubiquista de um jardim plantado com

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flores que existiram alhures no antes. Pois os movimentos extravagantes dos povos
que dançam no meio do terreiro do espaço colonial tocando um foda-se pra boa
ordem e pro progresso, porque deslocam com eles blocos inteiros de territórios e
desfazem toda correspondência como toda violência tolerável entre as etnias e as
classes, abolem tanto as fronteiras do humano e do não-humano quanto as
identidades territoriais, culturais e sociais, têm, no final das contas, a vocação de
proteger. Há séculos, o colono que ficou em seu primeiro cais não cessa de olhar
do litoral todas essas multiplicidades furiosas dos sertões ou das escarpas
inconstruíveis do Rio. A baía que ele habita há décadas continua sendo a baía de
seu desembarque em que ele se sustém e na qual não para de se recriar. Pra quem
não provou da descoberta da America, de sua invenção, nunca que vai cair a ficha:
não é verdade, aqui, que o “aí” (como dizem os alemães) a partir do qual a
existência eclode e abre-se um mundo, não é um lugar, um torrão natal onde ser aí,
justamente nesse lugar, equivale a ser tragado pela existência. Cais: quando Elis
Regina e Milton Nascimento inventam um cais e um mar, não é pra sair ao largo,
escafeder-se dali, mas para ali voltar, voltar ao litoral onde o solitário, o melancólico
europeu fraco em existência e em mundo reata-se às matilhas heterogêneas do
Brasil. O litoral é tanto borda do mar quanto borda do país: se o Sertão vai um dia
virar mar, oceano Atlântico, e o mar Sertão, será graças ao litoral, ao sortilégio
dessa bordura cosmogônica. Qualquer um, nessa borda, pode ser com todo direito
acusado pelo bem-te-vi de todos os crimes do Brasil. Quem acredita ainda
(encontra-se gentinha assim!) que o carioca progressista dos bairros ricos não tem
nada que ver com todos os assassinatos perpetrados por todos os capangas do
Brasil desde os primeiros tempos da colonização, assim como com todos aqueles
(os infames!) que projetam ainda cometer, tá viajando na maionese.

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DINA LÉVI-STRAUSS

Nenhum europeu pode desembarcar pela primeira vez no Rio sem ser
exposto ao perigo de um tamanho bem-estar. Mesmo Lévi-Strauss escapa fedendo.
O futuro acadêmico dos cais do Sena, nos quais, desde a época da Nova Holanda
brasileira, a França conserva com todo cuidado do mundo suas espécies culturais
uma vez que elas pararam de dar: artistas, moralistas, escritores, arquitetos, políticos
etc., - o jovem etnógrafo parisiense, vindo ao Brasil praí coletar a matéria prima de
seus livros, regras inéditas de casamento, lista de nomes de clãs etc. não tem, numa
primeira abordagem, outra borda que não a borda dos paquetes da Companhia de
Transportes Marítimos pra qual não vê a hora de voltar depois de ver pela primeira
vez, aportado o Novo Mundo, no Rio de Janeiro, onde só consegue ver uma
espécie de museu de formas fora de moda do urbanismo provincial ou suburbano
francês: Nice ou Biarritz no final do século dezenove, Neuilly, Saint Denis ou Le
Bourget no início do século vinte. O litoral do Rio a Santos percorrido de perto o
bastante pra poder espreitar nas cristas da cadeia costeira os vestígios das trilhas por
onde o ouro chegava de Minas, Ubatuba, Parati, São Sebastião e as inverossímeis
praias da Barra do Sai ou de Camburi ao pé da serra... num dianta. Só que chegando
a Santo a coisa muda. Enquanto o barco ganha o porto, penetrando lentamente
entre as ilhas verdejantes, o sabichão francês toma enfim o primeiro choque dos
trópicos. Desta vez, noves fora zero de comparação possível. Envolto pela parruda
vegetação da floresta povoada de plantas mastodontes, a gente é devolvido ao
primordial, ao começo da criação onde tudo é mais verde ou mais agudo do que
tudo que se deixa perceber. Foram pro beleleu as aproximações, as analogias, as
proporções, as classificações geográficas ou históricas, as diferenças de ciclo ou de
ritmo: a floresta tropical só pode ser comparada a outra floresta tropical, o interior
de Santos à bacia amazônica, o Brasil ao Brasil. E quando o sabichão tenta, apesar
de tudo, uma comparação com aquilo que chama “nossa floresta” opondo a
folhagem escura e os troncos claros dos trópicos às folhagens claras e os troncos
escuros dos bosques europeus, o belo quiasma está sobrecarregado de evocações
singulares, que, sugerindo secretas passagens entre os reinos, acaba esculhambando
a comparação: os minerais, cujo tráfico seguíamos até há pouco, passo a passo,
qualificam agora as nuanças do vegetal, que parece ser em jade ou em turmalina, a
claridade dos troncos é aquela das ossadas animais, e os talos são recortados em
metal. Virando de perna pro ar a distribuição do claro e do escuro que governa a
relação da folhagem e dos troncos própria ao Velho Mundo, a floresta tropical
opera mais do que uma simples permutação: ela muda de natureza, torna-se mineral

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e animal. E o etnógrafo, transformado à sua revelia em explorador do Novo
Mundo, é obrigado a admitir: ela é “duma cepa outra que a nossa”. O choque
ocorreu mesmo: vindo procurar isomorfismos, o francês foi colocado de chofre em
presença de seres inexplicáveis pelo jogo das combinações e transformações
lógicas. Mas ele segurou a bronca com bravura. Poderosa e sintomaticamente. Pra
fim de papo, arremata sua narrativa: “como nas paisagens exóticas de Henri
Rousseau, esses seres adquirem a dignidade de objetos”. Bingo!. Eis como, uma vez
reinserido em seu arrondissement parisiense, ele pode se safar dessa, e justificar o
fato de não ter dado sequência à experiência perturbadora dos seres desconhecidos
da Floresta, que, ocupados em transformações reais, parecem mesmo atestar uma
comunicação ilógica entre o animal, o vegetal e o mineral. Citar Douanier
Rousseau, é confessar que o quadro não estava completo, que a Floresta abrigava
ainda uma cena ausente da narrativa, porque quase todas as “jungles”, de Douanier,
por restituirem aos animais enjaulados no jardim de Aclimatação do Bois de
Boulogne a potência mágica de sua vida selvagem, são na verdade cenas rituais de
combate e devoração. O mito contra o rito, a estrutura contra esse momento de
indiscernibilidade criado pela peleja mortal do homem negro com a onça índia -
uma figura central da escultura popular de Minas Gerais, que traduz o poder
misterioso da temida habitante da floresta, a detentora do poder xamânico de
transformar as espécies umas nas outras e de fazer variar em intensidade as
humanidades, de iniciar o homem lógico em outras humanidades, não significantes:
a onça pintada cuja mordida atinge direto no cérebro. Nonada. A floresta tropical é
pro francês, que a atravessa de carro, um mundo de objetos, uma natureza
inabitada, e se ela é pra ele de “outra cepa” que a nossa floresta, fruto do labor
cuidadoso de homens significantes, aqueles mesmos que remedam a todo instante a
panaceia do cuidado, é porque ela existe sem nós, porque a peleia de um brazuca
negão com uma onça, através da qual um pintor parisiense pode se comunicar com
todo um povo, é apenas uma visagem, que é preciso apagar do quadro: a
mineralidade da floresta tropical, sua dureza metálica, sua teimosia ossosa, são as de
uma natureza sem homem, habitada por nenhuma humanidade, nem aquela dos
homens, nem aquela das plantas e dos bichos nos quais o rito introduz os homens:
ser tão natureza. Pressuposto sem remédio, acredita-se, de toda ciência. Em todo
caso, a mesma coisa que hoje um filósofo cartesiano, num cubículo aquecido na
esquina da rua Ulm com a rua Gay Lussac, sentado num banco de bistrô parisiense,
pode representar-se subtraindo do “mundo para nós”, onde ele vive cercado de
cuidados, uma viadagem só: um mundo ancestral puramente objetivo, datável em
bilhões de anos, anterior à aparição da espécie humana, ou seja, como ele entende:
anterior à aparição da sensibilidade – como se não houvesse sensibilidade além
daquela da espécie humana sabichona e, acima de tudo, como se a humanidade
fosse de uma só espécie. Um realismo engraçado: sem experiência e sem magia, que
esculhamba de antemão toda reapropriação e toda transcendência, e que, de rocha,
partilhando com os mais absolutos idealismos a ilusão de ter triunfado sobre a
finitude, ou seja, sobre a vida e a morte pra valer, de ter triunfado sobre a onça e a
negritude, sobre a morte que nos estreita e traça, é bem característico desta tristeza

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melancólica do metafísico europeu que, incapaz de segurar a onda, a porrada da
sensação, da manifestação que convoca à existência ao mesmo tempo que aniquila,
faz tudo que pode pra não ter que segurar a barra. Lembrança de um amigo
hegeliano sentado à minha frente numa mesa de café, extasiado com a catinga dum
maço de Marlboro recém-aberto, do qual não fumará nenhum cigarro, bem jonson
de ver-me beber um copo de vinho do qual ficará na saudade. O realista, como o
idealista, na real, não fede nem cheira. Que o primeiro choque dos trópicos seja
para o grande amerindianista francês aquele de uma natureza inabitada, sem
homem nem predador, isso me cheira a conversa fiada. É preciso nunca ter posto
os pés na terra do Novo Mundo pra apreendê-lo de primeiro sob os auspícios da
ancestralidade pré-subjetiva, da objetividade nua. Uma pura especulação. Um
realismo puramente especulativo, de bistrô parisiense. Depois de Santos e da
Floresta, Lévi-Strauss chega a São Paulo, onde frequenta uma outra flora exótica,
aquela do grã-fino, a elite intelectual e política da cidade. Uma flora felizmente
mimética, composta de indivíduos, que, como os congoleses de Hergé, pavoneiam-
se cada qual com os atributos de uma função (de um deus?) da sociedade europeia:
o liberal, o comunista, o poeta surrealista, o pintor, o musicólogo... Uma outra
maneira de confessar a negritude banto dos brancos brasileiros, insuportável para o
sabichão e da qual se excluem apenas, a seus olhos, alguns êxitos individuais,
cariocas de naiscença ou de carreira: os médicos Oswaldo Cruz e Carlos Chagas, o
escritor Euclides da Cunha e o músico Heitor Villa-Lobos, que haurem, no entanto,
ambos, sua inspiração diretamente no transe guerreiro e musical do Nordeste:
pontos do candomblé, capoeira angola ou regional, multidões de foliões arrastados
por cordões yorubás semeadores da sacanagem e desordem pública, e mais tarde,
violentos blocos de índios, antes proibidos, ressuscitados pelos filhos de Gandhi,
Índia africana subvertendo a invenção colonial de uma África india ocidental,
Olodum, quilombo rítmico, polcas e mazurcas associadas aos ritmos nordestinos,
xaxado, baião, maracatu, coco, tambor de criola, frevos, procissões virginais de São
João, bandas de pífano arremedando a dança da onça, sanfoneiros do forró... uma
terra árida, um ermo profundo, convenhamos, nada despovoado, exatamente
“povoado”, como é povoado o deserto, nem trágico nem inabitado, do sonho de
Franny Deleuze, que só é deserto “por sua cor, ocre, e sua luz quente e sem
sombra”, de modo algum pela ausência de humanidade-animalidade. Não um
deserto por subtração dos homens, idêntico a um puro mundo de objetos, única
noção do deserto acessível a quem está num cubículo aquecido num país frio. Mas
um sertão, fervilhante de multidões múltiplas e turbulentas. Não as multidões de
Calcutá, às quais Lévi-Strauss, curiosamente, consagra um capítulo em Tristes
Trópicos, multidões de mendigos degradados banhando-se em suas imundícies –
sempre este nojo fascinado pelo excremento –, mas aquelas matilhas alegres e
predatórias, espino-spinozianas, luso-indo-africanas, emperiquitadas de balagandãs,
de penas e de colares de dentes de animais, coroadas com turbantes orientais: as
multidões antropófagas, étnica e musicalmente antropófagas, do carnaval
nordestino, contra as quais vêm brutal e inexplicavelmente esbarrar a lógica, a
moral e a religião europeias. A viagem é intensiva. Não basta percorrer o bled, de

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carro, no lombo dum jegue ou de pés, para chegar ali. Primeiro porque ela só se
atravessa, só é realmente acessível pela periferia, da borda móvel, transformada
pelas emoções permanentes dos grupos, bandas ou blocos. E nunca o objeto de
uma conquista interior. Segundo, porque já basta, caso seja-se demasiado francês,
de uma maneira ou de outra demasiado sedentário, simplesmente voltar pros
braços da mulher, se ela é americanista e uma bela sonhadora esquizofrannyk. Mas
Lévi-Strauss, sua mulher americanista, a Franny lá dele, a Dinamene lá dele, é
apagada de sua narrativa, como é apagada da floresta tropical a cena primitiva da
devoração. Dina Dreyfus, no entanto, estava na viagem, com ele em São Paulo, a
seu lado com os índios Bororo e Nhambiquara. Dina, a mulher desaparecida de
Saudades do Brasil, visível em nenhuma foto, autora de nenhuma foto. Aliás, para
confundir a saudade com o sentimento de uma falta inexplicável, com a nostalgia
entristecida de um tempo que já era, e para confundir a presença excessiva dos
seres tropicais com aquela dos objetos, carece duma desaparacida – em 1938 como
depois. Carece disso, para ignorar aquilo que apenas uma mulher pode fazer
compreender: que saudade se diz precisamente da presença excessiva, atual,
daqueles com quem se está, aí, agora, felizinho, feliz da silva, por estar com eles, e
separado deles, de tal modo inacessíveis. Para ignorar que saudade designa muito
exatamente o sentimento, propriamente americano, de felicidade violenta quase
vertiginosa que acompanha a estação da sonhadora esquizo à beira da multidão.
Isso, Dina poderia ensinar a Claude. Ela que frequentava Mário de Andrade, o
autor de Macunaíma, o romance da antropofagia afro-indígena fundadora do
modernismo brasileiro. Dina, que criou com Mário de Andrade a primeira
sociedade de etnologia do Brasil, e através de quem Claude encontrou o homem do
Pau Brasil, outra grande figura do modernismo, indissociável daquela de Mário,
união da qual viria logo nascer o tropicalismo, o cinema novo e a antropologia
brasileira pós-lévi-straussiana: Oswald de Andrade. Rizoma complexo das
Metafísicas canibais de Eduardo Viveiros de Castro, alianças teóricas aberrantes,
indígenas e euro-americanas, e bem lá embaixo da grande folha em que ele esboça
o rizoma, circulando com caneta pilot preta, claramente posto à parte de todos
esses nomes de fabricantes de conceitos, cada um mais ou menos excêntricos, os
Gilles, Félix, Claude, Bruno, Roy, etc.: Oswald – nome do rizoma de Eduardo.
Pois então, aquilo que dizia Oswald da descoberta do Brasil, do primeiro choque
dos trópicos, é que “antes dos portugueses descobrirem o Brasil, o Brasil tinha
descoberto a felicidade”. A mais incompreensível das coisas para quem só chega a
pensar a anterioridade absoluta por subtração de tudo aquilo que é, de uma mulher,
do Negro lutando com uma onça, ou bem, como Descartes, de tudo aquilo que ele
recebeu até então dos sentidos como mais verdadeiro e garantido: que ele está aqui,
sentado perto do fogo, enfiado em seu roupão, tendo este papel entre as mãos, etc.
Incapaz de conceber tudo aquilo que poderia ter existido antes que ele o
descobrisse, visse, pensasse e vigiasse, senão como uma existência primitiva e essa
existência primitiva como um mundo impessoal, inacreditavelmante pobre,
insensível e cristalizado em puros objetos, mensuráveis e datáveis. Uma reserva de
matérias-primas. Mas, antes que o Velho Mundo importasse para ali caravelas

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inteiras de consciência enlatada, subtraíveis e transportáveis, o Novo Mundo era já
uma invenção totalmente inédita. Não uma felicidade primitiva devida, como o
paraíso semisselvagem, neolítico, de Jean-Jacques Rousseau, na raridade dos
homens isolados numa ilha perdida entre natureza e cultura, frágil instante de
felicidade no caminho da infelicidade. Não uma felicidade, mas as felicidades: a
felicidade de um mundo de pessoas, unicamente feito de pessoas, de humanidades
múltiplas, vegetais, animais e minerais, uma natividade, uma primitividade
integralmente humana, saturada de plantas, pássaros, árvores e igarapés, de pedras e
de caçadores-pescadores, todas e todos humanos, como nas narrativas indígenas
das origens: mais ou menos transformados, mas homens de todo jeito. Uma
sociedade mundo, “mapa-mundi” diz Oswald, em que são cartografadas as linhas
errantes pelas quais a humanidade se transforma e se recria passando de uma
espécie a outra. Não uma felicidade relativa a um melhor ou a um pior, mas muito
precisamente aquela beatitude simplesmente vivida pela qual tem que ralar pra
chuchu, tanto quanto possa, o homem não-transformado das regiões temperadas,
ali onde Bento de Espinosa, o pernambucano de Amsterdam, introduziu a ideia: a
ideia tupi de um sol feminino, de uma unidade feminina, de uma deusa amante,
Guaraci ou a substância absolutamente infinita, da qual cada um nasce de acordo
com sua aptidão para amar todas as coisas, qualquer que seja seu grau na escala
especulativa dos seres, cada qual uma pessoa única, de essências inimitáveis, e pra
amar-se, pra gozar de si mesmo com aquela alteração insaciável e alegre de si por
tudo aquilo que não é seu. Decididamente, isto só uma mulher pode saber. Ou um
homem que assume a mulher dentro de si. Não admira que Deleuze, fiel a Franny,
alucine Spinoza como Heliogábalo ressuscitado. O Heliogábalo de Artaud, o
anarquista coroado, o rei solar vestido de mulher. Para assim compreender aquilo
que implica e exclui o reino de Guaraci, e propô-lo como uma nova ética aos
homens do meridiano, é preciso também, de uma maneira ou de outra, comunicar
com tal realeza. Mas, tendo vindo participar da inauguração da universidade de São
Paulo, Lévi-Strauss é até o talo um colono francês catequético, um missionário
socialista sensível antes de tudo ao desenvolvimento da medicina tropical e da
educação intelectual das crianças. Um homem de disciplina. Daquilo que o Brasil
descobriu antes que os portugueses descobrissem o Brasil, e que descobre por sua
vez o português ao tornar-se brasileiro, ele ignora ou finge ignorar tudo. Para
Oswald, um comunismo e um surrealismo imediatamente palpáveis, a vida como
ela é, pré-formados em nenhuma ideia, nem importados nem exportáveis, contra os
quais a ideia comunista e a ideia surrealista, porque elas são ideias, quebram a cara.
Um comunismo e um surrealismo não especulativos, eminentemente afetivos, pois
que, para Oswald, os brasileiros nunca conheceram a especulação, esta arte latina
do controle, de olhar do alto e de espionar. Um comunismo nem urbano nem
suburbano, nem fronteiriço nem continental, sem Internacional e, no entanto,
planetário, idêntico a Pindorama, a sociedade-mundo-planeta Brasil, sobre a qual se
inscrevem os roteiros, trajetos migratórios caóticos e roteiros populares do Sertão,
cordéis nordestinos, e um surrealismo poliglota e iletrado. Um comunismo e um
surrealismo divinatórios, um mundo de visões alucinantes, ao pé das quais as ideias

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objetivas da ciência europeia franco-batava tombam cadaverizadas, e volatilizam-se
as hipóteses em que se comprazem os mestres alemães: eu-cosmos ou cosmos-eu,
Eu é tudo ou Tudo é eu, Eu-Tudo ou Tudo-Eu, Tudo-Tudo ou Eu-Eu, Deu -Tu-
Tu ou Tu-Deu-Meu, Eu-Meu-Meu ou Tu-Eu-Meu. E outras eudiotices mais. O
poeta surrealista de carnaval, a função “poeta surrealista” do grã-fino paulista, de
quem fala Claude em Tristes trópicos é bem o Oswald de Andrade, num é? O
inominável Oswald que avacalhava seus jovens estudantes, na companhia dos
quais ele deu uma esticada até as grandes águas de Iguaçu? Quem mais? Na certa
que se trata do grande Oswald!... e não de qualquer outro burguês paulista
enfatuado de vanguardas parigotas. É vero que Oswald inventa o Brasil no início
dos anos 20, na Praça Clichy, e deve mais à amizade de um poeta suíço que à
convivência com os tupis. Oswald de Andrade, uma espécie de regiões temperadas
transplantada num meio tropical, sob a forma de uma amostra única, conservada
artificialmente, e exposta aos olhos dos visitantes como uma novidade parisiense na
vitrine de uma lojinha interiorana? Como um francês seriamente francês, isto é,
seriamente a par de sua língua, ou, o que dá no mesmo, um francês que foi em
1932 um leitor entusiasta de Celine, pode fingir três anos mais tarde, chegado ao
Brasil, ignorar aquilo de que é capaz a Praça Clichy, aquilo de que ela é capaz em
matéria de fuga e Viagem... e de denúncia da imbecilidade colonial? O burro louco
por excelência, pra onde judas perdeu a bota, até o cú do mundo, através desse
mundo velho sem porteiras além dos oceanos e dos continentes, e aproveitando o
embalo, emprenhá-lo nas profundidades íntimas e sinuosas, ainda inexploradas, da
língua e do pensamento de seu próprio povo. Nunca um sem o outro. Por ver em
Oswald apenas um surrealista de terça feira gorda, como os historiadores antigos só
viram em Heliogábalo um idiota vestido de rei, é preciso não ter a exata medida do
“Fizemos foi Carnaval” de Oswald, o Carnaval que as caravelas portuguesas não
puderam importar, pois, como o comunismo ou o surrealismo, o Cristo, baiano ou
paraense, já estava lá, já inventado pelo Brasil antes mesmo que o Brasil fosse
descoberto. “Fizemos foi Carnaval. O índio vestido de senador do Império.
Fingindo de Pitt.” Eis a imagem tinhosa, a imagem do carnaval, ainda mais viva
quando vasqueia a atenção, a imagem concretista-anti-especulativa por excelência, a
imagem antídoto contra as ideias que querem tudo governar e condenam à morte
todos aqueles que não sabem submeter-se a ela, e também a alucinação desse Bento
de Amsterdam: “o índio vestido de senador do Império”, Felipe Camarão. Assim
como Virgulino Ferreira da Silva, o rei do Cangaço, vestido de couro trabalhado e
cravejado, ornado de moedas e caracteres hebraicos, de que Claude teria muito
bem podido admirar o chapéu real exposto à incredulidade pública ao lado de sua
cabeça decepada em julho de 1938 em Santana de Ipanema. Pois pouco importa a
melanina do rei, se branca, negra, avermelhada ou marrom, ele nunca deixa de ser
um índio. Isto por causa daquela curiosa anterioridade do Carnaval, do brasileiro e
de seu disfarce, quando da descoberta do Brasil. Bento-o-português para quem
tanto faz falar de um “Brazuca negão e sebento” ou de um “Etíope”, ele sabe
muito bem: partiu de Portugal para procurar nas Índias o reino mítico do Preste
João, Terra cristã primitiva irrigada por um rio de pedras preciosas a jorrar do

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Paraíso, é a um Imperador africano, o Niguse negest de Etiópia, herdeiro dos reis
de Aksoum, depositário de um cristianismo literalmente aborígene, pré-romano,
que Pero da Covilha, entrega no fim do século quinze uma proposta de aliança
escrita pela mão do rei de Portugal. Brazuca ou etíope, indígena ou africano, Felipe
Camarão ou Henrique Dias, até aí morreu o Néves, é a mesma realeza indiana,
dessas Índias que os portugueses descobrem procurando a Índia, a mesma figura
imemorial de uma realeza aborígene em trajes de imperador, pela qual alguma coisa
circula entre o romano, o greco-mediterrâneo e o indiano, e passando de través e
revés, os destrói e desnatura, para fazer outra coisa, que não resulta deles, não é
nem sua contradição exposta nem sua síntese ou unidade sincrética, mas alguma
coisa anterior, já feita antes deles se cindirem: não sua unidade natural primitiva –
ainda uma ideia a fazer visagem pela angústia da degenerescência tão característica
da psique melancólica – mas sua unidade primeira fabricada, totalmente fabricada.
Isto é que é fazer Carnaval. É coser o Primitivo costurando um hábito de
Imperador numa pele indígena. E é essa a anterioridade do Carnaval à descoberta
do Brasil: a anterioridade dessa costura, dessa fabricação. Nada de mais assustador,
de mais transtornador, para um mediterrâneo, um greco-latino não obstante
habituado a fabricar sistemas de ideias sobre a única emoção de que ainda pode ser
capaz: a surpresa do impossível. Pois a invenção brasileira de maneira alguma é
feita pra ele: o pânico caipora que o agarra e o bota pra catar cavaco, logicamente
impotente, desencorajado de tirar a menor ideia de sua bagagem transatlântica
assim como de tentar formar alguma ideia nova. Desembarcar na costa do Novo
Mundo, se é que se desembarca mesmo e se muda de borda, é descobrir essa
invenção, por ela sendo arrebatados, embasbacados de felicidade. Mas descobri-la é
transformar-se nela. É pular de cabeça nessa inverossímil anterioridade. Chegar
como quem volta. Going nativ. Pois a deglutição do bispo Sardinha pelos índios
Caeté, já é Oswald de Andrade. A catástrofe colonial, isso que é na verdade o
choque dos trópicos, não foi para o português ser comido pelo índio, mas tornar-se
ele mesmo devorador de portugueses, holandeses, franceses, italianos, poloneses,
japoneses, ucranianos, de todos os fugitivos de uma civilização que o Brasil não se
cansa de comer – e também índios. De ter sido convidado ao moquém tupi e de se
sentir feito pinto na merda, guloso de carne estrangeira defumada por quem sabe,
ao ponto de acabar dando ao moquém indígena a amplitude sonora e festiva dum
Carnaval. Na certa tem fujões incapazes de fugir até lá, moralistas incapazes de
perceber que da Embaixada Africana de Salvador, da Roma negra, às Bachianas
brasileiras de Heitor, da putaria do baile funk ao funk melódico de Caetano Veloso,
é o mesmo princípio antropofágico que prevalece: a mesma barbárie, violenta ou
suave, indecente ou terna, mais ou menos intelectualizada, mas sempre
exclusivamente afetiva, a mesma fome, sexual e antropófaga – pois que o Brasil,
tendo também devorado Freud, já dera um basta igualmente ao drama moral
burguês da frustração e da sublimação e se deleitava sem complexo com o ato
sexual como uma onça com o sangue fresco de sua embiara. Heitor Villa-Lobos:
Bach comido pelo Nordeste. Caetano Veloso, o tropicalista: o cinema de Godard, a
sociologia de Morin e até mesmo a antropologia de Lévi-Strauss, papados pelo

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Recôncavo baiano. Nenhum jogo de influência, nenhuma filiação. Nada que tenha
a ver, de perto ou de longe, com esse sacrossanto reconhecimento, de que tanto
carecem os europeus e através do qual interpretam todas as alienações, todas as
pobrezas, e todas as faltas que eles conseguiram cavar em sua existência assim
como na dos outros. Ou antes, somente aquele reconhecimento paradoxal, de que
Bergson falou sob o nome de falso reconhecimento, mas que não tem nada de
falso: a impressão de dejà vu devida à distenção momentânea de nossa atenção
àquilo que a vida exige normalmente para a conservação de nossa espécie,
enquanto espécie separada do resto do mundo dos vivos. Resumo da ópera:
submeter o mundo à nossa indústria e tomar parte no impiedoso massacre de tudo
aquilo que não é nós. Uma breve desatenção que desprende de nossa percepção
atual seu duplo fantástico sob o aspecto de uma imagem tinhosa, sem relação com
aquilo de que a memória é capaz em matéria de lembrança, de uma imagem
imemorial do presente pela qual ele parece ter sempre estado ali: porque sempre
esteve ali mesmo. A mais nova, a mais surpreendente das visões sendo assim
propriamente re-conhecida, e ainda mais reconhecida pelo fato de não se parecer
com nada de reconhecível. Aquele mundo de visões primitivas e intemporais no
qual vivem as crianças e os aventureiros por estarem tão expostos a ver coisas
jamais dantes vistas por eles. Dá-se o mesmo com a anterioridade do Brasil. Chegar
como quem volta: o Novo Mundo, a tal ponto novo que surge do oceano como
um déjà vu – como um mundo do qual a gente tinha se afastado e ao qual a gente
volta após séculos de ausência. A fuga colonial do Ocidente para uma terra
incognita repetindo às avessas a fuga, muito antiga, d'agora realmente ancestral,
dos primeiros homens, aborígenes extenuados pelo ruído incessante da Floresta-
mundo, onde, sem falar dos animais, prolifera e fermenta uma vegetação enfática, a
menor árvore, povoada de epífitos enxameados por outras espécies, desdobrando
em profusão, uma multidão de galhos e gravetos, folhas, flores e frutas, de formas e
de cores emaranhadas que são como presenças humanas. Fuga daqueles ancestrais
indígenas que deixaram o mundo, perderam o mundo para ganhar na outra borda
do Oceano uma Terra Virgem de toda humanidade. Fugindo da floresta onde
nunca se penetra senão em fila, segundo uma ordem contingente, mas que é preciso
imprenscindivelmente reproduzir na volta, e voltando em frotas, numa barafunda
total, cada vez mais numerosos, mas sem conseguir dominar pelo número a
imensidão do sertão-mundo. Sendo assim: mais do que nunca aborígene, já
aborígene, o português, latinizado como todos os fugitivos por vir do Velho
Mundo, já estava lá onde ele pôe o pé pela primeira vez, sobre aquele cais, aquela
borda móvel do mundo-povo onde ele aporta. Sua atenção aí despenca de vez, e
tudo que ele traz consigo, de todas as épocas, de filosofia, música e ciência,
francesas, alemãs, batavas, judaicas, católicas ou protestantes, ocidentais, orientais
ou africanas, tudo isso, Jesus, Négus, Preste João, já estava lá, e também todos os
personagens da Tese de Oswald, recusada pela Universidade de São Paulo,
devidamente afrancesada, todos os nomes da História (no ordo ordinans): Homero,
Kojève, Kelsen, Engels, Frazer, os padres insones do lago de Nemi, Paulo, Pedro e
os santos mártires, Constantino, Átila e Genserico, Francisco de Assis, Savonarole,

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o monge Martinho Lutero, Aristóteles, Lázaro, Mateus, Marcos e Lucas, Paracelso,
o Homo Sapiens, o homem-pássaro, todos os seres do funambulesco Reino
Macaco e Saru, o chefe deles, do qual descendem os japoneses por cruzamento
com uma princesa chinesa, Cícero, Fustel de Coulange, Virgílio, Tucídides, Sólon,
César, Zaratustra, Michelângelo, Bachofen. Todos já estavam lá como Bach,
Godard, Morin e Lévi-Strauss, eles mesmos aborígenes saíram nus e retornaram à
América vestidos com roupas latinas. E a existência deles todos depende, na real,
da sua presença indatável no duplo brasileiro. Heitor nunca foi influenciado por
Bach, não mais que pelas músicas do Nordeste, onde tomou um chá de sumiço
durante oito anos, riscado do mundo virgem das instituições culturais: João-
Sebastião Bach e as mães de santo do candomblé sempre estiveram no Brasil, desde
o primeiro cais; aí naisceram, e aí renaiscem a cada vez que um fugitivo é papado
por um índio e que um índio se veste com trajes de imperador.

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HELIOGÁBALO

É certo que Bento nunca tinha dantes visto seu Brazuca rastafári, negão e
sebento, seu Negusa Nagast pernambucano. Onde já se viu uma presepada dessa?
Uma armada negra indo-oriental, equipada com armas de arremesso, expulsando
das Índias ocidentais os mestres da anomalia holandesa à ponta do progresso
comercial, político e militar. Pontas contra ponta. A anomalia americana contra a
anomalia europeia – pra dizer a verdade, antes contra aquilo que o homem vestido
de Oswald, o homo habitus europeu, pode compreender como anomalia só se
fiando em seu messianismo crônico que o impede de pensar o anômalo senão
como uma vaga prefiguração daquilo que jamais virá. Um Orignal invisível,
inflechável. Tá na cara que se trata de um duplo. Mas não aquele no qual
acreditamos: o duplo do conto hoffmanniano-freudiano da angústia da castração
ou o duplo dostoievskiano, Golyadkin o jovem versus Golyadkin maduro, os
duplos de Países Frios, onde ainda é coisa de papai e filhinho. Essa é a história de
Peter, a alucinação auditiva. A filiação e a reprodução hereditária, a comunicação
entre humanos de uma mesma espécie, amando-se e conservando-se tanto quanto
possível no mesmo estado, sem transformações, sem passagens funambulescas
rumo a povos de aves, de peixes, de Buritis e mesmo de águas: Preto, Verde, Pacari,
Ponte, São Pedro e Santa Catarina – em suma, sem fazer povo. O filhinho de papai.
Patriarcado cuja forma é o papai-mamãe e filhinho, jiji-cricri agonizando na
essência triangular do Pai. Nem que a vaca tussa. A conversa fiada de Bento, a
alucinação visual, a identidade estrita, feminina, da vista e do visto, como só pode
compreendê-la, agora como sempre, uma mulher, Clarice Lispector, ou um homem
vestido de mulher, a história de Bento, do primeiro Bento brasileiro, antes de Bento
Prado Junior e Bento Nunes, leitores de Clarice e Oswald, essa conversinha é
mesmo americana e índia. É o que se dá quando, no México como no Brasil, papai-
mamãe não enraba mais o pederasta inato: o momo Artaud “sebo do cu da vovó,
muito mais do que do papai-mamãe”, ou Heliogábalo, filho de seu tio, e sobretudo,
e, no final das contas, exclusivamente de todas as Julias, todas primo-genitoras,
Julia Domna, Moesa, Soemia e Mamoea, mães, tias e irmãs, que, embaralhando
definitivamente a filiação, o périplo imbecil papai-mamãe e filhinho, a que se aferra
o engendramento, juntas, parem o rei pederasta num berço de esperma. O
Matriarcado bárbaro substitui assim, de antemão, as ladainhas de família, a suruba
édipo-cristã, pelas simbioses e conexões transversais entre heterogêneos, Julia,
Domna e as outras cúmplices tudo isso: a terra que vive, na Síria, onde há pedras
que vivem e onde o sangue do homem, por canais rituais, reencontra o plasma dos

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animais. Uma quizumba cuja lógica própria já inaplicável ao mundo romano pira o
melão do sabichão europeu que, como Claude, de um país a outro, só vê
similitudes, percorrer, de um país a outro o mesmo Império romano, logicamente
romano. Uma ordem metafísica bárbara que faz comunicar por tudo e em todos os
tempos o aborígene sírio com o aborígene índio, marranos e marrons, o esquizo, o
filósofo e o Imperador, todos às voltas com o latim. Bento de Espinosa e
Benedictus Spinoza, Heliogábalo e Marcus Aurelius Antonius, Potiguaçu e
Camarão: todos aqueles que têm um duplo nome. Um primeiro nome como povo
não latino. E, portanto, como uma multiplicidade de povos, trinta povos do oriente
ou do ocidente, de península ou de bacia, de praias ou platôs, girando num
incessante transe migratório em torno de cada primeiro nome – pois o primeiro
nome, seja ibérico, sírio ou potiguar, nunca é o nome de uma pessoa, mas de todas
as pessoas. Um segundo nome, latino, como personagem único da História
Universal – seu segundo nome não sendo mais o seu, mas num outro sentido. Uma
dupla des-personalidade sob o efeito conjunto da multiplicação diastólica do
primeiro nome e da contração sistólica do segundo. Índio em trajes de imperador,
ao mesmo tempo arrastado pra fora de si, longe de si, pela multidão dos povos em
movimento sobre a face da Terra, e na retranca, na borda da multidão. Os dois,
coladinhos. Sempre a mesma estação esquizoamericana de Carnaval. A alucinação
de Bento, imagem do duplo? Sim. Mas não o pequeno duplo malvado e miserável,
vocês sabem, aquele que redobra a pequena personalidade de cada um, aninhado
em todos os cantos obscuros dos quartos de crianças edipianas, entre as coxas de
suas mães, no mau olhado do Pai e até nos espelhos da casa. A alucinação desse
Bento: imagem do Grande Duplo, o Dúplice, que não tem nada a ver com aquilo
que se imagina ou não de si ao olhar do Outro, um eu ganhando o mato em
extensão ao longo das rotas de migração, através do reino das espécies, e também:
concentrado num ponto de exceção régia, acima de todos os viventes. Tanto mais
excepcional quanto mais perdido na multidão, tanto mais multidão quanto mais
distinto entre todos. É esse outro ele mesmo que Bento vê ao pé de sua cama. Sua
própria duplicidade. Spinoza als Spinoza, rosnam os alemães. Bento pagando uma
de Spinoza. Teatro do bom! Cuma? Spinoza, um rei pederasta vestido de mulher,
um Imperador de Carnaval? Um brazuca negão e sebento só porque deixou de
atravessar a vagina da mamãe e a racha das prostitutas para nascer diretamente do
cu da Avó, “sebo” do cu da Substância Natureza? Será? E o novo cogito
espinosiano: cogito ego-sebo cum. Um capricho? Nada disso. Não há nada mais
sério. Uma questão de esperma, sangue e merda. Sem nojo. Afro-polonês brasileiro,
o concretista Leminski não conhece o nojo, e nem confunde como vocês um
buraco com a ausência de Deus, porque não há nada melhor que uma bela cagada,
uma bela caganeira, um belo jato de merda, e nenhuma merda é comparável à
merda da pessoa Amada... o verdadeiro ouro do Brasil. Uma natividade não-cristã
pelo cu, gênese anal do pederasta pelo feminino, sem complicar tudo com papinho
de carpinteiro chifrado por um anjo. Nascido como Heliogábalo num berço de
espermas ibéricos, judaicos e árabes, Bento penetra, com o nome de Benedictus,
como Heliogábalo, no Império Romano, “por trás”. Praticando como ele uma

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insurreição sistemática, more geometrico – aí é que a coisa se faz por trás –, contra
a partilha do romano e do bárbaro, do caxias e do balacobaco, da consonância e da
aberração, e, como ele, transformando o desperdício bárbaro ilimitado e a mais
absoluta baderna em experiência da mais perfeita e alegre unidade. E inversamente.
Não levem a mal, é verdade que teriam dificuldade em compreender isso, vocês que
juram que são gregos e caminham a passo de ganso rumo à salvação espiritual do
Ocidente praguejando contra a pobreza de mundo dos animais. É preciso ser meio
bruxo, pajé, pra saber isso, que Spinoza é americano, etíope, e logo sírio, que seu
pensamento, como aquele dos mil platôs, tem a ver com o pensamento indígena. A
viagem é intensiva. No duro. Mas ela acontece. Pra valer. E se Lévi-Strauss nunca
desembarcou de verdade na baía de Guanabara onde o Corcovado e o Pão de
Açúcar pareceram-lhe, como canta Caetano, cotocos perdidos nos quatro cantos
duma boca banguela, Deleuze desembarcaria arregaçando no sonho de Franny, na
terra ocre e quente de seu sonho, na baía desértica do platô galo-romano de
Millevaches, espaço vazio, melo vácua, Terras Altas, Sertão limusino, verdadeiro
mar de morros, encarneirado, cumprindo já, alhures e ali mesmo onde ela deve
sempre se cumprir, no mesmíssimo lugar, a profecia, que vale pra tudo quanto é
sertão, de virar mar, e pra tudo quanto é mar, abordando sua costa, de virar sertão,
cercado por rebanhos de blocos graníticos, serra de vacas occitanas fixadas na
pedra, e também, e acima de tudo, planalto céltico onde mil águas têm sua fonte,
afluindo na Dordogne, pras bandas do Atlântico colonial e negreiro, e no Loire, rio
régio. Mar e baía-mundo-chapada, onde mil povos e civilizações não cessam de se
mestiçar, e onde Gilles se sente bem, longe à montante dos estuários e dos vales
onde o poder branco apronta suas máquinas molarisantes. Um Brasil interior à
França. E não me venham com conversa pra boi dormir, que um platô não é uma
baía, que o sertão não é um mar. Como esperam sem isso atracar num país?
Sempre esse tom moralizante de mercadores de privilégios, traficantes de açúcar e
escravos. No Rio, como em Limousin, é a mesma boca dentada com os mesmos
blocos de granito irregulares, os mesmos picos cristalinos, que os devora. E além
do mais, quem sabe o que é a pedra? O que a pedra faz aos homens? Mais uma
sabença pernambucana. Educado “pela pedra”, como diz João Cabral de Melo
Neto, o que significa por lições, para aprender sua dicção impessoal, não enfática,
que vai de fora pra dentro, pra melhor enfiar isso na cachola de vocês, na base de
ditados, recitações morais, poética e ortodontia, o acadêmico francês, filhote da
escola primária, não gosta das bocas banguelas. Prefere decerto as dentições
regulares e completas próprias à fonação científica. Mas no Sertão, na baía-platô
brasileira, o que rola é uma outra educação pela pedra. De dentro pra fora e pré-
didática. Lá, a pedra não sabe ensinar, dar lições, e se lecionasse ensinaria não . Lá,
a pedra é de naiscença, no dentro, o caroço ou a amêndoa dessa árvore pedrenta
que é o sertanejo. E isso até na Guanabara, onde foi um corcunda e dois irmãos, e,
na Gávea, um rei de Tiro, que, na real, recebem Claude no Rio. E já que isso não se
ensina, não se expirica, vejam então os dentes estragados pela fome e pelo açúcar
das crianças nordestinas e como Glauber exibe-os orgulhosamente em sua própria
maxila. Pois de dentro ou de fora, é somente pela pedra que pode se exprimir o

79
homem do Sertão, em idioma pedra, em palavras de pedra que pubariam sua boca
se ele não rebuçasse cada uma no cristal de uma entonação melosa, não tomasse o
cuidado de confeitá-las, uma a uma, o que toma tempo, e o obriga a falar devagar e
a contragosto... a pubar um pouco mais seus dentes, a reduzir ao estado de cotoco
um bloco de granito de tanto impregná-lo mais e mais de açúcar. E portanto a falar
com uma boca cada vez mais banguela uma linguagem cada vez mais rara. Total
incompatibilidade entre a língua ortodôntica das escolas e a língua dos Platôs. Por
causa disso, será com certeza difícil falar sem falar uma língua cariada. Que quanto
mais rebuçada mais cariada para tornar suportável a dor da pedra, que sobe de
dentro e vem, como diz João Cabral, enlutar a pele “de um fosco fulo”. Pele luto,
fosca e fula, do pau mulato, em muda permanente, sob a qual, em grandes farrapos
de carnes, surge perfurando o ocre doce e quente da terra, quase alaranjado, o
verde e o vermelho vivos da turmalina... que Claude não pôde deixar de ver. Pois,
mulato, o brazuca negão e sebento, o homem sem cor é também um homem de
cores, o homem acromático uma árvore cromática. É o que quer dizer “mulato”.
Sem cor e curtido de todas as cores dos trópicos. Negro et pardo. Cristais duros de
granito e cristal de açúcar que se derrete. Estás vendo agora, esse negão que reina
na cabeceira de Espinosa: cintilando com mil cores instáveis, abrindo
orgulhosamente uma boca canibal banguela para responder ao teu susto com
algumas palavras doces, cuidadosamente escolhidas, vestido em trajes de
Imperador? És a tal ponto estranho a Bento de Espinosa ou a Spinoza para não te
veres, a ti também, numa tal imagem? Nessa imagem brasileira de ti mesmo. Deu
pra sacar, bilu bilu teteia?

80
CARTESIO

Tô sabendo, meu Bento. Cê num bota fé. Num bota fé que Spinoza veio
mesmo pro Brasil. Uma bela balela. Um lagarto gordo . E como diz a Clarice
“quanto a escrever, mais vale um cachorro vivo”. Antonci magina só o spino-
marxo-heideggeriano-hegelianismo dos filósofos, monstrenguinho das salas de
aula? Minúsculo spinossauro, débil, inofensivo, mesmo assim invocado, não podia
ser diferente, tão jito e tão amarelinho tadinho. Anômalozinho de merda... Mas
rapaz, num é que ele veio merrmo. Tá lá, asseverado pelo Museu Nacional. Uma
instituição especializado em lagartos com pontas, placas, penas, cornos, cristas. A
prova? O relato minucioso tá oficialmente consignado, em primeira pessoa, por
Paulo Leminski Filho (um professor de História e de Redação) em Catatau. Soube
disso da boca de um amigo lá da Quinta da Boa Vista. E Todo o resto. Então, já
que tem que dar tudo na boquinha, bora botar os pingos nos iis. “Catatau”, s.m.: o
ruído de uma queda estrondosa, dum desabamento. Em Portugal: uma surra e um
pênis. Uma taca e um pau. No Brasil: tanto uma coisa grande quanto uma coisa
pequena. Na Bahia, uma coisa feia. Um grande ou pequeno spinossauro, feio pra
caralho. Negão e sebento? Ou uma discussão-zoada, um enxame de palavras,
nomes e frases poliglotas, glossolálicas, onomatopoiéticas. Gigante ou anãozinho,
um lagarto canarinho, ali no asfalto, resistindo há milhões de anos e chegando a
você e a mim. Dez mil espécies sobreviventes. Bem antes docê e bem adispois. A
extinção dos spinossauros? Taí o verdadeiro boato, o vero lagarto. Dez mil bem-te-
vis, dez mil tiranideosinhos, minúsculos e aterradores, que sempre já te viram, que
pegam e matam um gavião, fritam um alemão. Cê acha que dava pra fabricar nos
laboratórios subequipados das universidades brancas, saurinhos negões e sebentos,
monstros mirins como um Spinoza alemão, um marrano berbere fenomenólogo,
comunista ou sei lá o quê, sem essa queda colossal do Catatau, de Spinoza na
América? Ora (dirá) porque na certa já está sabendo: o Catatau é a história de
Descartes que vai ao Brasil, não de Spinoza. E quem mais pode tomar a surra?
Spinoza não é o catatau de Descartes? O órgão ejaculatório dele? Sua potência
poética, autopoiética? Até mesmo a Escola passa apertado pra mocosar isso. Toda
vez que ela tenta Descartes sem Spinoza, só consegue balbuciar carolices. E por
que Descartes não socaria a bronha em primeira pessoa? E “Spinoza” não seria o
nome de Descartes tomando uma surra? Enfim: a alucinação de Bento é também
Descartes nos trópicos, o sorriso banguela do Cartésio. Bento Cartésio!
Taí você como o cão sem plumas, a árvore sem voz de João Cabral, roído até
o que não tem. Privado daquilo que pens ter, por não tê-lo, por jamais tê-lo tido.

81
Mas sem o quê cê taí perdido, como uma agulha não se perde, como um espelho
não se quebra. Perdido aquém do humano. Com seu fio de homem rompido . É o
que pensa. E como o Cartésio do Catatau, embarcado por Nassau com Wagener,
Post, Golijath e Eckhout, para fazer o inventário dos bens coloniais da Nova
Holanda, plantas, animais e homens (sempre essa mentalidade de mercador),
impressionado, arrebatado, pelo Brasil, queres sempre que te expliquem tintim por
tintim: que te repitam de outro jeito para autenticar e esclarecer, e prevenir qualquer
erro de interpretação, de novo e de novo, mas sem ênfase, a frase que acaba de ler,
sem mudar um tico o sentido, para se recuperar a si mesmo intacto nessa
continuidade lógica sem pecha da lição redundante, sem ter perdido uma pluma no
caso, mantendo sempre o mesmo nome, um só nome, o seu e certamente não o de
um estrangeiro que, além do mais, pra cúmulo, nunca viste mais gordo, o nome de
um estrangeiro em que pressentes fervilhando e chegando junto dez mil aves-
palavrões, dez mil cocares de pena, dez mil adornos para um cão sem plumas.
Logo: que Descartes seja Descartes, Spinoza Spinoza, Hegel Hegel, Artaud Artaud,
Camarão Camarão, Lampião Lampião, Moreira Moreira, e, meu Bento,
principalmente, que ninguém chame-se Bento: A=A. Em suma, que isso nunca faça
totem, que jamais a teu nome próprio se possa pregar uma máscara, a máscara de
uma outra humanidade guarani-kaiowá, munduruku, kadiwéu, arapiuns, pankará, ,
xocó, tapuio, xeréu, yanomami, asuriní, cinta larga, kayapó, waimiri atroari, tariana,
pataxó. E inversamente, que jamais teu nome próprio vire uma máscara para um
índio, uma fantasia de Carnaval. Queres tudo mastigado, e, como Cartésio, só
recebes informações sempre novas, sem liga, e nunca sabes, de frase em frase, de
palavra em palavra, o que esperar, prestes a jogar a toalha, a esquivar-te a esse
aborto incessante do contínuo, a essa frustração permanente de tua espera, e a
interromper por ali tua leitura. Além do quê, meu Bento, que fuleragem é essa de
chamar se Bento, de se chamar de tudo quanto é nome, de pássaro. De te privar de
teu nome de família, teu nome de família espiritual, da grande família espiritual, de
parar de falar contigo de costas pro rio, de paparicar contigo os pitéus de nossa
prosa comum, de costas pro rio – de não mais falar contigo, meu cão sem plumas,
dando as costas pra ti. De te plantar no cais, na borda do rio, na borda de sua
matéria viva, de seu sangue espesso e barrento, de te arrastar sem pluma, incapaz de
paparicar porra nenhuma, em meio àquilo que vive, despido de todas as tuas roupas
de país frio, até de tua camisa leve de homem escaldado, até as roupas de nuvens
que sonhas talhar. De te expor à turbulência, à porrada na fuça da vida, em que
pululam mil vidas. A essa espessura avassaladora do real, de que se protegem as
grandes famílias hénochiennes do pensamento, as famílias
heauntontimoroumenóticas, que se aplicam uma tortura fina, metódica e laboriosa,
de costas para os povos vivos, para conservar seu nome próprio e repelir os ataques
de zoopsia aos quais elas não cessam, no entanto, de estar sujeitas, alucinando
sáurios repugnantes. Famílias que, pra empatar ideias fixas como a de um brazuca
negão e sebento que não param, no entanto, de assaltá-las, aprendem a língua dos
anjos para roçar, apenas com a pontinha duma redução transcendental ou dum
cálculo especulativo, com a cabeça pra trás, os lábios pro céu, mas fechados, o mais

82
longe que se possa pensar, a coisa mesma, a besta imunda que jaz na lama espessa
do rio sem pluma. De te plantar alí, na borda do cais, na repugnante parede interna
da boca cariada da Guanabara, de frente pra Niterói, rua Acre, que leva o nome
duma outra borda, de outros contrafortes: os acres andinos das terras indígenas
kaxinawá não descobertas da Amazônia, Palestina tropical e florestal onde os
homens, seringueiros, seivam seu nome a uma planta, e onde flutuava, noutros
tempos, como nos cais do porto do Rio, uma mesma fedentina epidêmica de
borracha defumada e de combustíveis fósseis, onde jagunços continuam a
assassinar reis insurgidos do sertão-floresta, Chico Mendes, o focinho e a cara do
presidente pacifista de Eldorado derrubado sobre o telhado do Parque Lage, ao pé
do Corcovado, outro toco de dente carioca, em Terra em transe de Glauber, aliado
de um chefe índio kayapó-metutkire botocudo, embaixador labial da Floresta-
povos. Assuncê, na rua Acre, com a jovem nordestina lesa de A hora da estrela, a
nordestina bíblica de Clarice, tão leso, amarelo e miserável quanto ela, de uma
pobreza a tal ponto sebenta que nenhum amigo do homem vai lá pra conferir se
ainda dá pra matar a fome e balbuciar vagos pensamentos de revolta. Exceto
Clarice, obrigada a se meter na pele dum homem pra se vestir de mulher. Torturado
como ela pela fome, sufocado por uma tosse crônica, com a cabeça debaixo de um
travesseiro ralo, e anônimo e medíocre o bastante pra ser arrebatado, como ela, vil
bestiola, pelo canto dum galo surgido do nada na aurora sanguinolenta, vindo até
sua cama do cais do porto. Você, tornado esta mulher, meu Bento. Não Marilyn, a
toda rosa, mas essa Macabeia de Clarice, gris de sebo, tão resistente ao progresso
dos homens quanto um inseto milenar, quanto uma judia praticante que nenhum
grego fará comer porco. Você minha nega, tratada de mentirosa por seu namorado
por ter-lhe confiado a única verdade que conhecia: que um galo canta na sua rua... a
seu namorado, sua infeliz, um pensador olímpico, um sabido diplomata, um
brilhante oportunista prestes a surrupiar sua melhor amiga, porque ela é, tem que
admitir, bem mais jeitosa pra carreira de deputado por ele almejada. Mas você
também, no meio dessa negritude gris, mulata, da rua Acre, escuta agora o canto do
galo. E o vê. Você vê a aurora sanguinolenta e o pássaro, lá onde não há animal
nenhum. Alce de plumas. Óbvio ululante. Lá onde as águas param, espessas e
estagnadas, face aos vastos galpões fugidios por trás da ponte inominável lançada
de través na baía no rumo de Niterói, portas sem portas, hiante fedorenta. Algo, diz
João Cabral, como a estagnação de vida suja e abafada, de hospital ou de asilos.
Visível apenas por um olho de lagarto... desprendido do corpo, sem memória; já
que a vista é imediatamente a vista daquilo que sempre esteve presente, há milênios,
antes de Cristo, e no mais longínquo porvir, depois de Cristo. Esse curioso arranjo
de mediocridade e brilho... De insignificância e infinito... Rosemonde-Salamandra.
A moça do filme? Digo Rosemonde pra tentar explicar, meu Bento. Pois nós, essa
curiosa combinação de mulher e animal ribeirinho, não somos rosas, nem Marilyn,
nem o boto, nem Rosemonde-Bulle, impertinente demais, acre e bela demais,
nascida no espírito de um documentarista suíço especialista em ciências
econômicas... antes Rosetta-Salamandra na água barrenta do igarapé, a gleba fria do
bosque. Uma pequena proletária feia de doer... Filmada sem causar emoção. Uma

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negra belga, de pele branca, rosada pelo frio. Rosetta Espinhosa! Nunca se chegará
lá de outra forma. O quê? Nunca se chegará à vida sem isso. Sem isso nunca
voltaremos à vida. Pode canetar dez mil páginas sobre a vida selvagem ao sol da
Haute-Provence, ao perfume das lavandas, tá perdendo seu tempo. É preciso ser
muito mais belga, muito mais nortista, muito mais enfumados! É verdade! Como
dizer isso pra eles? Com suas reduções, eles só vão mesmo conseguir um fundo
mais concentrado, mais saboroso, ideal para excitar seus corpos empanturrados a
comer um enésimo repasto, tão desesperadamente seguro quanto copioso... Regado
a vinho engarrafado, entupido de sulfitos, para salvá-los dessa podridão gris, dessa
flora microbiana, dessa gentinha, milhões de bestiolas vivas, que ameaça a bôrra no
fundo... Um galo ao vinho bourguignon para o jantar! Para embasbacar a
bonequinha deles lá, os bons deputados das coisas e dos homens... obviamente
conservadores. Isso tranquiliza. Para gozar com ela, dela, mas sem alegria... Nunca
com suas intermináveis desfolhagens voyeurísticas chegarão a roer uma coisa até o
que ela não tem, colocá-la a nu como um homem sem pluma na beira do rio sem
pluma se seca ainda mais além da camisa que não tem. Para isso, carece o deserto:
sua luz ardente e nua. Duma lapada. Sem se esperar. Para progredir muito
lentamente somente a partir de lá, e não para lá. E só então: o infinito, o canto do
galo... a alegria da imensidão liberada pela barata, pela efusão da matéria viva fora
de seu corpo, como pelo fluxo espesso, devorante, das águas penetrando a baía
vista da janela da doméstica em A Paixão segundo G.H., o maior livro
spinosauriano jamais escrito, e necessáriamente escrito por uma mulher, pois que,
eu te disse, Spinoza é uma mulher. Uma mulher que realizou o sonho de Franny D.
“Havia uma barata... Uma? duas? quantas?” pergunta-se, furiosa, Franny Lispector.
Uma barata e dez mil vidas. A imensidão. Da janela do quarto-deserto, para além
das gargantas rochosas do Rio, as favelas sobre o morro, mais longe os platôs da
Ásia menor, o estreito de Dardanelos, mais longe ainda as areias do deserto, a
região dos grandes lagos salgados, os mercados assírios, o Egito dos Faraós, a
Atenas antiga, Constantinopla... Pois se o cartesiano de Gay-Lussac não pode, pela
porta de vidro de seu bistrô, ver mais longe do que um depósito arquifóssil
ancestral, o olho da barata carioca vê com o próprio olho ancestral do último
troglodita, e do mais antigo animal. E com esse olho ele vê até o mais longe no
além.
Como Cartésio, salivavas por explicações, e como ele, te entregaste de corpo
e alma a esse vice-governador polonês dos Trópicos holandeses, esse Kristof
Articzewski que te acolhe lá... porque precisas mesmo te entregar a alguém diante
de um tal desastre, procurar uma mão. Mas esse Christophe aí, esse Enjeitado,
nunca te estendera a vara pra sair das águas barrentas do rio. Esse Articzweski ou
Arstixoff, como queiras, abusa de ti, como abusa de Cartésio. Porque a necessidade
dele é bem maior que tua necessidade de explicação. Inútil jurar que, “homem
muito homem que fui, e homem por mulheres! - nunca tive inclinação pra aos
vícios desencontrados”: eis-te embeiçado até as bolas por esse polaco do
Artizewsque. Porém, eis também o agente subversivo que embaralha tudo. É ele, a
quem te abres todo, que na verdade é a causa de tuas zicas todas. Ele, o anti-jesuíta,

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o inimigo dos redutores indígenas, o mau principio: a Companhia das Índias contra
a Companhia de Jesus. Nada a fazer da alfabetização dos selvagens, da latinização
dos miseráveis! Ali só pra perdição de tua humanidade e, com ela, de toda tua
civilização. É ele, esse gigante antropófago com cabeça de cão, enclausurado
moleque com Leminski no monastério de São Bento, para aprender a farejar as tuas
esperanças mais sutis. Ele, teu devir nordestino. Ele, o demônio, que te faz pensar
em círculos. Ah! Os imbecis que cagam a goma de não pensar em círculos e que
nunca o encontraram! Tarde demais, meu Bento. “SpinoZa”... Achas mesmo que
vai te safar dessa botando um Z no teu nome? Jogando fora o E espanhol de
Espinosa? Alisando teus espinhos. Cuma? Que é que tu quer? Perdoa-me, mas é
ele, teu amado, que te polonisa; é ele teu Z polaco. O devir yiddish de Descartes.
Ele, que te leva de volta a Tchechelnik, do teu primeiro cais fervilhante de bicheira.
Ele ainda, o demônio cariador da escrita nordestina, que desortografiza a língua
sertaneja de Glauber na Eztetyke do Kynema.

Que DEZKARTES, foi chamado a PERNAMBOUK por NASKAU


A verdade ta contada nas escolas brasileiras
Radicou-se no REZIFE, e sob os dedos de rosa
Desperta em mãe-de-santo e escreve em língua estrangeira,
Negra e oriental, uma carta a um fulano um tal de Bento
Um judeu de AMZTERDAM que ao latim deglute inteira,
E a insere num sistema abilobado meio ansim
Por axiomas boçal em classificação fuleira
Publicou como SPINOZA num editor holandês
Proposições e escólios numa ETYK rasteira
E pro corno que pensa que esse macho é de bacaba
Essa é a pura verdade mais que todas verdadeira.

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Chaya Ohloclitorispector

Porque, ao contrario do que contam aos pirralhos, não é carregando crianças


sobre os ombros que Christophe salva. Não é dando livre curso à sua pulsão fórica,
durch Nacht und Wind, que ele protege do Ogro, rei dos elfos ribeirinhos, onde
vinga um pau vermelho coberto de casca branca, ou cinza – pau brasil das zonas
temperadas. Não é, ao contrário do que pensa Michel Tournier, a superforia de
uma criança astrófora empoleirada nos ombros de um Gilles de Raiz nazi que salva
do Holocausto. O verdadeiro Christophe, Tarado da Sé, gigante pervertido
nigromântico de Olinda, pratica uma outra medicina, não essa empoleirada na
superstição, a pretendida migração das almas, a travessia do rio até a outra ribeira.
Uma medicina corporal e só. Ele não derrama seu sangue pra refeição da noite, pra
que os brancomânticos romanos revestidos de uma casula bordada de ouro e prata,
depois de ter generosamente defumado a sala onde manso adormece seu público,
finjam todos os domingos, com hora marcada, converter as espécies,
transubstanciar o vinho. O verdadeiro Christophe não leva o Cristo que santifica
pelo sangue. Como o diabo da tentação de Cristo no deserto na Idade da Terra de
Glauber, Deus das águas surgido do oceano assobiando a Marselhesa, submete à
mais terrível das tentações, bem mais terrível do que a tentação de usar de milagres:
a tentação de amar, de corresponder à sua carência transbordante, à sua imensa
exigência de indiferente amor , batata. A tentação do neutro, do gris. A tentação
clariciana de não passar para a outra margem. De ficar dentro, dentro da coisa, da
vida impessoal da bicheira, na lama do rio, em meio à terceira margem, sem
atravessar. Quem resistiria a uma tal tentação, à tentação de ser tão medíocre, tão
feio quanto uma salamandra nordestina aninhada nas águas lodosas de uma boca
banguela? A essa extraordinária exigência de amor divino? A essa demanda de um
Deus imenso, netuniano, Natura naturans, fazendo simplesmente tudo que ele faz,
de uma infinidade de maneiras, nenhuma mais conveniente que a outra? Sem bem
e sem beleza. Christophe não é um Porta-Deus, ele é Deus. O Deus de SpinoZa.
De SpinoZa vencido pela tentação do amor intellectualis Dei... de SpinoZa tentado
por seu Deus. E é ainda Ele que alucina ao pé de sua cama: um Deus gigante
Negão e Sebento. Deus sive Pindorama. Ele mesmo amado por Deus e amando
Deus com o mesmo indiferente amor, com sangue nos olhos, alegremente neutro e
gris... mulato. Quem resistiria a essa formidável tentação de desumanização? Quem,
tendo dado o braço a torcer a ela uma vez como Clarice, não retornaria, como ela,
todas as noites, recoberta de unguento de carne, para montar na desobrigação da
noite, até o amanhecer, o cavalo xamânico do rei do sabath, quadrúpede alado

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saído do bucho oceânico, strix aquático antropófago? Para cometer sob a influência
da amanita o mais alegre dos assassinatos? E despertar pela manhã, na borda do
córrego, com a boca cheia de sangue? O sangue de sua vítima, criança ou rei, e o
seu próprio, matéria viva do sabath. Ah, a humanização dos humanizadores! Que
separam Deus e o Maligno, São Christophe e Krystof, o porta-Cristo e o
Pernambucano, a cavalgada do pai, den Knaben wohl in dem arm, e o rei dos elfos,
o Diabo das borduras – a bela promessa que ele vos faz de levar os vestidos
dourados de sua mãe e dançar, vestido de mulher, no meio de suas filhas. Nem
fodendo. Só há uma cavalgada, aquela do cavalo-strix ribeirinho, e é ele quem
devora a criança, e a criança que se devora avidamente a si mesma no lombo do
cavalo. É ele, esse Diabo do Krystof, e não Jesus Cristo, que derrama o próprio
sangue – que, como a barata de Clarice, sacrifica-se, para que a matéria desse
sangue seja aplicada, em compressa, sobre teu olho ferido pelas torturas que te
infliges. E que teu olho, pela virtude medicinal dessa lama de sangue, transforme-se
em olho de barata, de lagarto. OFÓ polacopeloftalmoterapêutico: “Para que te
cresça fora do corpo um novo órgão exclusivamente visual, exclusivamente tocado
por tudo aquilo que te desorganiza. Como na borda do deserto cresce o olho da
sonhadora esquizo, desprendido de seu corpo, tocado de uma infinidade de
maneiras pela desorganização permanente das populações em transe. Um olho
feminino, exclusivamente feminino: olhoclitóris, olho-botão de rosa, teu pênis de
nordestina.”
Agora tu tá aí do lado da matéria viva do prazer. Por ter conhecido a
tentação do neutro, do mangue em decomposição, cidade-jardim do Diabo, inferno
de Thule, povoado de pítons hipnóticos – “que me hipnotiza” diz Cartésio – e de
monstros reptilianos portadores de máscaras sefarditas. A boca cheia de animais
vivos, conhecendo o gosto da sanguessuga. Por ter bebido a água das frutas das
águas estagnadas, de que Lévi-Strauss diz que ela cheira a caverna, e de cujo cheiro
foge como foge da lama negra da baía do Rio, pululando de caranguejos, e das
paletuviárias cuja expansão não sabe se vem do crescimento ou da putrefação. Pois,
não é em Santos que Claude conhece o choque dos trópicos. Não aquele choque
negociável da floresta de turmalina: o thaumazein que ainda faz o homem branco
pensar. Que o deixa lá, a sacudir ideias nada ordinárias sobre a matéria fóssil, o
Grande Fora, a acreção da Terra... Por subtração de um felino tropical deleitando-
se com o sangue dum negão como um índio guayaki com a seiva vinosa de uma
palmeira... É no Rio mesmo que tem lugar o choque. A pânico caipora do europeu
que o obriga a voltar no pinote pra bordo do paquete. O choque da bicheira, da
vida ancestral não fossilizada, a bicharada, ali, viva, remexendo lentamente nas
montanhas pegajosas da baía, fixando o intruso com os olhos reais da barata de
Clarice, olhos radiosos e negros de mulata à morte, tão velho quanto salamandras,
quimeras, grifos e leviatãs – mais velho que aquilo que nenhuma escavação,
nenhuma perfuração, poderá extrair da terra. O choque do bestiário de Catatau face
ao qual a lógica de Descartes não funciona, e ao qual Cartésio sucumbe como
sucumbimos à demanda de um amor grande demais. A vida vos bispando do lodo
úmido, grosseiro e vivo, onde germina com insuportável leseira vossa identidade de

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pessoa civilizada, de paleontólogo escovado pronto pra atrepar no púlpito, diante
de algumas dezenas de sabichões idiotas, pra ensinar que lhes é salutarmente
possível, do banquinho do bistrô onde se encontrarão dali a pouco, pensar por sua
vez em primeira pessoa que o mundo e sua sutil arquitetura existe sem eles. Sem
eles! Como se bastasse voltar para bordo do navio para colocar entre si e si mesmo
a distância de um mundo sem nós, para vencer a embriaguez olfativa do Novo
Mundo, que provoca, já bem antes que o abordemos, os aromas frutados da
floresta em fermentação que vão no oceano adiante dos navegadores, e substituir
esse mundo putrescente e vinoso pelo mundo da ciência dos objetos petrificados
há milênios sob sua forma primeira e matemática. É para vencer essa podridão que
Claude, longe da baía banguela, escamoteará em Santos dos quadros de Douanier o
homicídio antropófago perpetrado pela onça, e a Mulher da Floresta Fantástica.
Desde sua chegada, antes mesmo de ter encontrado um só tupi, Claude
compreende instintivamente que se quer levar a bom termo sua missão brasileira
sem o risco de ser canibalizado pelo Brasil – de se ver, como Pierre Fatumbi
Verger, vestido de mulher num terreiro de Salvador – precisa desconfiar da Mulher
Fantástica, do Papagaio que ela leva no braço, como Jô, a mulher decapitada da
Origem do Mundo, e que, como com Cartésio, fala com ele em polonês, ralha com
ele imitando Articzewski. Daquela Dina Hiffernan Lizpektor que prepara com zelo
para as noites do sabath o cauim de mandioca próprio para embriagar os
guerreiros, afiar-lhes o insaciável apetite de vingança canibal. Todos os jesuítas,
Monteiro, Anchieta, Gra, Azpicuelta, vos dirão: não há melhor imagem do inferno
que essas bebedeiras dos povos indígenas ingerindo quantidades inverossímeis de
álcool , catatau de todas as sortes de vinhos de raízes e de frutas fermentadas, antes
mascadas pela boca de jovens virgens. Pois o reinado do mofo, do mundo em
fermentação, o reinado dos vinhos, é primeiro aquele das mulheres. Como o é, no
final das contas, aquele da raiva canibal e da guerra indígena que se segue. É uma
mesma necessidade que comanda o alistamento forçado dos guerreiros-bebedores
nos exércitos coloniais e o engarrafamento dos vinhos pelos produtores-
atravessadores. Uma necessidade jesuíta: impedir a embriaguez das matilhas pela
fermentação etílica das plantas autóctones mascadas pelas mulheres. Não há maior
obstáculo à conversão dos nativos do que esse vinho de mulher, natural, barroco,
inconstante, que, como o pau mulato, nunca tem a mesma cor, e muda
constantemente de um aroma a outro... e será bebido antes de ter exalado seu
ultimo perfume. Aos exércitos em ordem dos brancos, em que cada homem,
reduzido à mesma papa, dorme, come e caga, indistinto, sem nome e sem mulher,
com outros homens, é preciso opor o moquém festivo das bruxas tupi em que, sob
o império da bebida, exaltados pelos poracês incessantes, correndo pra tudo quanto
é lado na aldeia, os homens enumeram a longa lista de todos seus mortos de guerra
e encontram a memória de seus nomes, de sua centena de nomes, de seus nomes
de criminosos, todos tomados ao inimigo.
Como os ancestrais de, Chaya Pinkhasovna Lispector, Abraão, Isaac, Jacó,
Judá, Tamar, Farés, Zara, Esron, Arão, Aminadab, Naasson, Salmon, Raab, Booz,
Rute, Obed, Jessé, Davi, Salomão, Roboão, Abias, Asa, Josafá, Jorão, Ozias,

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Jonatão, Acaz, Ezequias, Manassés, Amon, Josias, Jeconias, Salatiel, Zorobabel,
Abiud, Eliacim, Azor, Sadoc, Aquim, Eliud, Eleazar, Matã, Jacó, José e Jesus, Jesus
batizado por um nazireu ribeirinho, Yo’hanan Krystof Articzewski, e, desde todo
esse tempo, Pedro e Mania, puderam eles acreditar que o mundo foi criado há seis
mil anos? Pois, lamento informá-los, eles acreditaram. Seis mil anos, o epineolítico,
a idade do primeiro vinho caucasiano em Areni, e dos primeiros nomes, os nomes
de espécies e gentes, porque não há nomes sem fermentação etílica. A idade
epineotílica em que o encontro das águas fez nascer a primeira neblina úmida
propícia à formação da podridão gris nas uvas sobremaduras. Seis mil anos, a idade
da Serpente dos Sonhos, que era no principio, era Deus e com Deus, que nomeia
todas as coisas e que tudo fez. A idade dos cochilispector, dos bufonídeos,
batráquios latino-americanos, e dos bufagídeos, tipo de pitangua tic-tiui bem-te-vi
mediterrâneos, que proliferam na vinha-pasto centenária dos xistos languedocianos
de Lentheric, ao abrigo dos contrafortes das Cévennes paleozóicas. A idade dos
ruminantes das vinhas, girafas tropicais em bosques de cervos de Gers. A idade do
charco sanguíneo, da pupila opaca, reativa no balde, envolta numa larga íris rosa,
que se forma no centro das cubas de vinificação. Seis mil anos: a idade de
Pindorama e do Bicho do Fundo – que vêm depois e estão no principio. Fascinado
pelos quatro bilhões e cinquenta e seis milhões de anos que separam bem certinho
a acreção da Terra de seu balão de vermelho branco, perfeitamente protegido
contra o menor ataque de acidez, o realista especulativo não pode chegar a esses
seis mil anos. Como Cartésio, o ciborgue barroco de Leminski, meu Bento, e como
o leitor de Catatau, que também é Cartésio, chegas agora a uma redundância de
todo nova, redundância essa, velha uma óva... uma indiferença absoluta,
estritamente idêntica à informação mais absoluta... a enumeração de todos os
nomes, sua multiplicação epifítica... Yo'hanan Hifferman, Gilles de Ray-Lussac... a
cintilação de uma mesma imagem, a visão de um brazuca negão e sebento, através
duma profusão de imagens, de perceptos e afetos, luso-holandeses, sírios,
ameríndios, yiddish, femininos, vegetais, sexuais. Zapeados a grande velocidade.
Quo imago aliqua pluribus aliis juncta est, eo saepius viget (V, Prop.13) Do Fort ao
Da do ritornelos catalogado por Freud, é sempre o mesmo que volta, e do Da ao
Fort sempre a morte do mesmo que ameaça, lógica da educação pela pedra,
baseada todinha na crença na inexistência, a fé em um Deus vaginal acéfalo – como
se pudesse faltar tamanduá no mercado ou a pedra deixar de ensanguentar a boca!
A complexidade, como a complexidade do vinho, não se obtém pela purificação,
mas nasce de um mergulho nas profundezas do caos onde a existência abunda,
fervilha e prolifera. E cada mergulho é ao mesmo tempo um desabrochar. Taí a
outra lógica profetizada por Oswald, a lógica tupi, a lógica do Catatau: o incendiar
mútuo do mergulho e do desabrochar. E também: a introversão extrovertida, a
extroversão introvertida. O incendiar mútuo da extroversão épica, inédita,
interminável panóplia documentada, histórica, geográfica, humana, e da introversão
verbal através dos canais subterrâneos, inumanos, da língua e do pensamento. A
escrita cibernética, recursiva e perturbada, do Catatau, o texto mais informativo e
mais redundante jamais escrito. Maximamente informativo, excessivamente

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diastólico, até a mais insustentável sístole cardíaca, a mais aguda das contrações
cordiais: Katamenokata no monômio gatari, de kono, mono no oko mo kodomo
condômino. De Re Nipônica, VII 33. Inj. Judus. E logo, maximamente redundante:
0 = 0. A nova língua da filosofia, seu português, o latim de Descartes no Brasil, em
estado de choque tropical, Greco-nipônico – um latim de evangelho apócrifo
copta, afro-asiático. A língua dos padres da Índia africana, os reis-povos da ilha da
Brasa. Ilegível! Ou somente por um analfabeto. Em ioruba? – “Àjáso n’t’aáyán”: a
fórmula precisa da nova lógica clariciana. Precisamente, o ofó trezentos e cinquenta
e sete ensinado a Fatumbi, o olho de Xangô, por seus mestres babalaô. A
pronunciar depois de ter pilado com uma pedra de raio, um certo numero de flores
(Bananeira), de ervas (de Elefante), de grãos e de plantas, uma minhoca e uma pena
de pássaro (Coruja), ter espalhado o preparo sobre pedaços de pano vermelho
presos nos quatro cantos de uma mortalha, e ter costurado tudo. Então era isso,
nossos trabalhos? É isso aí. A dorna epineolítica, a bicheira... as plumas do cão, o
passarinho ubiquista... costurados juntos... É isso aí. O ofó que seria sem efeito se
não fosse pronunciado. Pronunciado sem burro louco! Escrito ou lido, não vale.
Ou talvez escrito em voz alta... E que para agir, ser o verbo ativo, deve comportar
ao menos uma sílaba do ingrediente e de sua ação. E quase não fazer frase. Àjáso
n’t’aáyán. Na língua relativamente informativa (na tradução portuguesa): Àjáso:
“Reunir as partes seccionadas de um corpo”: Àjáso n’t’aáyán: “ cortar para reunir é
a característica da barata”. Em nossa nova língua, na língua absolutamente
informativa, hiperinformativa: Àjáso n’t’Chaáyá : Separeunir n’t’ Clarata.
Reconduzir à vida. A fórmula de Heliogábalo ressuscitado. É isso aí! Sentes enfim
(pois isso só pode ser sentido) sob o efeito daquela magia (porque só a magia do
ofó aí provê), o que quer dizer “sentir que somos eternos”? Porque tua redundância
fresquinha, conturbando tua contemplação maníaca de um único Grande Fora,
desperta enfim tua potência visionária de lagarto clitofariciano: libera uma miríade
de visões de uma miríade de coisas, todas singulares, nascendo umas das outras,
sem fecundação masculina, por pura partenogênese. Todos esses nascimentos, essa
vivacidade, que são de Guaraci, taí tua nova redundância, tua indiferença absoluta,
tua neutralidade, tua cor gris, tua novíssima mediocridade, eminentemente afetiva,
positivamente afetiva, no mais alto grau de uma infinidade de maneiras. Que te
libera de tuas paixões por uma paixão maior que tu mesmo... a afetabilidade
deleitável da matéria viva, de seu olho-botão de Amor, fotossensível e
oftalmográfica, que, com suas oito mil terminações nervosas, registra tintim por
tintim a refração ótica e a traduz no mesmo do contenente em prazer espasmódico.
Porque quicquid intelligimus tertio cognitionis genere, eo delecamur.
BENTO CARTÉSIO. – Ergo sum, aliás, Ego Renatus Cartesius, cá perdido,
aqui presente, neste labirinto de enganos deleitáveis, - vejo o mar, vejo a baía e vejo
as naus... vejo mais...
ARSTIXOFF ARTYZEWSQUE. – Delicioso Bento de Amor...

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GALLI MATHIAS

“Perguntei a um homem o que era o Direito. Ele me respondeu que era a


garantia de exercício da possibilidade. Esse homem chamava-se Galli Mathias.
Comi-o”(Oswald). Nascido em 1797 numa família de atravessadores-produtores
de vinhos da Borgonha, como sua irmã mais velha, madre superior de uma missão
jesuíta amazônica, e como seu irmão, Luiz o sexto, missionário do vinho industrial
no Novo Mundo, Galli Mathias, professor de ciências políticas na terra dos Filhos
mais velhos da Igreja, serve uma baita missão de amor: encetar uma grande
negociação diplomática entre os povos da Terra e os Modernos que, como ele e
seus jovens amigos, procurariam enfim apresentar-se nos trinques. Ocidentais
arrependidos que jamais confessariam terem sido modernos, nunca deixaram de
praticar a mesma religião que aquela dos outros povos, desde os mares da China até
Yucatan, desde os Inuits até os aborígenes da Tasmânia, a mesma bricolagem de
ídolos e de objetos sagrados, mesmo que o tenham feito d'outro jeito, porque a
mesma coisa pode ser feita de muitas maneiras – e que a deles, a maneira católico-
borgonhesa, não é de todo desinteressante... veja e confira! O maior projeto
político inspirado no concílio do Vaticano II, para a criação, sob a forma de uma
mídia social mundial, de uma imensa redução jesuíta que retomaria do zero a obra
catequética, sem coação, sem violência, usando unicamente a sedução que
exerceriam nossa religião, nossa ciência, nossa filosofia, nosso direito, sobre os
povos aborígenes convencidos pelos novos missionários da Companhia G.M. da
perfeita adaptabilidade das práticas ocidentais a suas próprias práticas – de seu
caráter aborígene! Possivelmente aborígene! A nova pedagogia da educação colonial
pela pedra. Sei não se esse troço funciona.

Simulação de uma negociação diplomática com os modernos que buscariam apresentar-se


enfim nos trinques aos outros coletivos:

GALLI MATHIAS. – Nada de tão diferente assim daquilo que se faz...


CUNHAMBEBE (de boca cheia). – Jaudra ichê.
GALLI MATHIAS. – Ichê?
CHACHUGI. – Aché. Cho,Cho,Cho!
STADEN. – Ich. Ich.
GALLI MATHIAS. - ... dos mares da China até Yucatan... A mesma matriz...
CUNHAMBEBE (a Galli Mathias). – Jaudra ichê!... Barkibia! Atimbora!

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ARTYCZEWSKI (reforçando). – Idz! Idz!... Chispa, galinha cagona! Xô! Xô!
té, té, té, té, té!...
LAMPIÃO (na sanfona). – Óia eu aqui de novo... xa-xa.
CUNHAMBEBE, ARTYCZEWSKI, CHACHUGI, STADEN. (em coro,
dançando em volta de Galli Mathias). – Xa-xa...xa-xa...
GALLI MATHIAS (com uma voz de mulher). – Xa-xa... óia eu aqui de
novo...chô-chô...óia eu aqui de novo... chê-chê...

A prova? Tadinho do Chachugi, bayja até o pescoço, ocupado desde o


nascer do dia em retesar seu arco, afiar as pontas de madeira dura de suas longas
flechas, de costas pra aldeia, proibido de ver a mulher, sua mulher, e seu filho,
nascido naquela mesma noite, expulso da matéria viva, da poça rosa, vinosa, da
placenta... da irritante mornidão do ventre materno de que gozou... e todas essas
onças correndo no rumo dele intimando-o a entrar na Floresta Fantástica para
disputar com elas a embiara, todas essas onças que o convidam a voltar à matilha, a
derramar o sangue com elas, a matar animais para recobrar a potência de ver a
Mulher, a maravilhosa aparição da Floresta Fantástica, único jeito de um homem
ser homem, ava-jaguarete, vir-onça, de ser homem como a onça é homem: pontas
plantadas na polpa do vivente. Como a parturiente é homem: felino mordendo
diretamente a placenta – e não correr mais o pior dos riscos: a humanização do
homem, sua masculinização, o risco mortal de não ser mais onça, de ser
eternamente cego pra Mulher de virar pane-papai, Deus Pai enrabador de jiji-cricri,
a criança nascida de uma Virgem perpétua aplasmática violada pelo Filho. Pois, o
que os trópicos fizeram de diferente, foi exatamente inventar o cristão antes que o
cristão fosse aniquilado pelo absurdo dos Trópicos. Identificar, muito antes do
concílio de Niceia, a loucura trinitária, e muito antes de Sófocles, o veneno do
papai-mamãe e filhinho. A divindade do Pai, a insurreição do Filho, a caridade, a
longanimidade, a prestatividade, a bondade, o domínio de si, a fidelidade,
A.I.M.E.project do Espírito Santo. Temer antes de tudo virar cristão: a maior
ameaça que pesa sobre a virilidade dos caçadores, sobre sua vyrilidade tropical, sua
virylidade de sussuarana, sua virilydade púrpura, sanguínea e vegetal,
eminentemente feminina – sua capacidade de virar onça, de virar mulher nutrida
direto no plasma da matéria viva. Mas naquela manhã, Pierre, o cronista francês dos
índios Guayaki, angustia-se demais da conta com o mutismo de Chachugi. Não tira
nem um pio explicatório do seu informante. Difícil não padecer junto, não sentir
até as tripas do seu próprio existir, e mais ainda do seu existir ocidental, édipo-
cristão, a aflição do masculino afundando sob o peso simbólico da Mulher, forçado
a afrontar sozinho o mundo perigosamente vivo da Floresta. Tudo isso por causa
do curumim. Tanta infelicidade, silêncio, ansiedade, isso só pode vir do piá! O
Filho, o Separator, pronto a insurgir-se contra o Pai, a matá-lo na primeira
encruzilhada, a papá-lo com seus irmãos. Extraordinária coincidência entre o
pensamento selvagem e o logos mais vigorosamente senhor de si do pensamento
ocidental. Aquele insustentável silêncio de Chachugi ocupado com os preparativos
da caça, murado em seu saber indígena indizível, aplicado com firmeza em levar a

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cabo sua empresa conjuratória, esticar o arco, entrar na floresta, matar a embiara,
isso só pode ser a maneira lá dele de falar, a maneira dele de exprimir o pensamento
selvagem inconsciente de si já que só os gestos o dizem: a vocação parricida do
recém-nascido. “O pensamento selvagem inconsciente de sí já que só os gestos o
dizem...” ! Tamanha babaquice, só lendo pra crer! E escrever! É que lendo os
escritores, a gente só vai ler babaquices, e que todo escritor, todo homem que, nos
trópicos como ao voltar dos trópicos, não sabe fazer outra coisa além de escrever, e
quando escreve, o zé boceta escreverá na certa babaquices. A menos que não
escreva: não tente fixar pela escrita o que há de mais sutil. Tentar como Clarice
fixar, palavra por palavra, na escrita, o próprio movimento daquela saudade
medonhamente feliz que se confunde com o peito de uma mulher para sempre e
para nunca, o instante-já, o já do isto, o d’já du ceci. Tentar uma escrita fotográfica,
ocular, instantânea, do já do isto, ancestral e fugidio, mais breve que qualquer
palavra e mais durável que qualquer livro. A menos que não se tenha, no ato de
escrever, outro objetivo e outra existência que o instante do isto. Outro poder que
seu poder de metamorfose. Fazer desse “ex-isto”, dessa maneira de ser do isto, de
sê-lo, de ser por ele e nele, eu, nutrido diretamente de sua substância, a fórmula
mais adaptada, a menos inepta, de meu ego sum. Escrever ex-isto. D’jáx-isto. A
menos que, como Clarice, mas também como Celine, a rendeira de Asnières, só se
escreva a escrita – da mesma maneira que, para pintar de verdade, só se deve pintar
a pintura. E te escrever, meu Bento. Te escrever a escrita, e te escrever o ilegível. Te
escrevendo o Z de Spinoza como se traçam os índices de um odu yoruba no pó de
uma preparação sagrada, feita de folhas colhidas na floresta de manhãzinha e
trituradas solenemente por mulheres com os peitos de fora. Escrevendo-te como o
Verbo que age se escreve, somente ilegível aos pés dos escribas. Pegar, para ti, pela
escrita, a escrita com a mão, escrever cada palavra pegando-a com a mão. Para
senti-la vibrar. E pousá-la em tua mão. Fazer da escrita apenas uma vibração de
palavras sem significação, ou então somente auditivas, corporais. Escrever
”dinossauros”, “ictiossauros” e “plesiossauros” , e até “spinossauro” menos para
sugerir correspondências inconscientes, segredos trocados, do que para acrescentar,
agora, no ato, nosso próprio tremelique olho-clitoriano, e já que o clitóris é um
olho, um olho-ouvido, tender ao mais próximo do ponto em que a escrita far-se-á
ver, e esse ver mesmo do olho pelo qual a vida se vê – em que o sentido será de
todo corporal. A menos que se firme pela escrita o choque do agora, ao avesso da
melancolia alemã que, pela escrita, subtrai-se inteiramente dela. Melhor ainda:
provocá-lo, ir aos Trópicos, multiplicar os instantes, os aromas, liberar sua
sequência – até o risco de perder seu leitor, até o risco da informação mais absoluta.
Até o risco de não mais ser lido. Enfim! Somente ouvido por um olho. Nunca Galli
Mathias chegará a nos simetrizar. Porque Pierre, o silêncio de Chachugi, ele não
quer, não pode ouvi-lo. Porque seu silêncio, sua concentração matinal, na verdade
livre de humores, ele não pode suportar, assim como não pode suportar a prova do
isto, querer o fluxo mortal dos instantes. Seu cintilar silencioso incessante, sua
aparição-desaparição letal-vital. Como Staden, e todos os filósofos intragáveis dos
países frios, ele tem medo da morte. Então, ele escreve. E como não podia ser

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diferente, babaquices. Sobre a masculinidade e a feminilidade, sobre a dupla
equação guayaki: Homem = caçador = arco, mulher = coleta = paneiro. Sobre a
impossibilidade para um homem de perder seu direito ao arco sem dever carregar o
paneiro. Sobre a triste condição do homem forçado às façanhas do arco sob pena
de decair e ser obrigado a incorporar o grupo das mulheres, devir realmente
colhedora-do lar e logo “metaforicamente” mulher, como Krembegi, o pederasta
guayaki, kyrypymeno, ânus-fazer-amor, que não corta mais seus cabelos, nunca
mais captura embiara alguma e fabrica os mais belos colares de dentes com que se
enfeitam as mulheres quando estão alegres. E se Krembegi está alegre com a
felicidade das mulheres, é de certo por ter admitido sua queda. Por uma sábia
resignação estoica. Ao menos é o que se supõe, pois Krembegi, como Chachugi, é
pouco diserto, e, homem muito homem, o francês certamente não inveja sua
pederastia. É por isso que ele nunca te escreverá sua escrita, meu Bento. E não te
escrevendo não verá o que nenhuma escrita pode compreender: que, mulher,
Krembegi não o é metaforicamente, mas de rocha, batata. Que sua pederastia de
fato realiza, no feminino, o feminino e o masculino. Que só um pederasta, como
Heliogábalo, ou Spinoza ressuscitado como mulher, pode ser um sacerdote do
masculino, da masculinidade DEVÉRAS. Mesmo tendo Krembegi trocado o arco
pelo paneiro, não perdeu a ponta: as garras de onça de que suas mãos, dedos
afastados e contraídos, pegarão a forma, levarão o seu rastro até o túmulo, o dente
de paca usado pra furar um a um os caninos de macaco com os quais faz belos
colares que as mulheres levam porventura em volta do pescoço e sempre no fundo
do paneiro, e seu pequenino pênis de quati, quaticloris, que os caçadores achês
comparam aos fiapos das pontas de suas flechas. Pontas de pontas, pontas por
excelência. Que não apontam nenhuma significação, mas a vida somente, a vida
nua, ex-isto, do vivo. Furando-a. A fim de, por essa perfuração, colher o suco e a
moela, a matéria nutritiva do vivo. A fim de, por essa perfuração, nutrir-se real e
exclusivamente dessa matéria – como Clarice fura para comê-la, através de suas
escamas, a matéria branca da barata, e como se pode também furar, através da
carapaça aristotélico-cartesiana da Ética, para dele nutrir o olho, o pau mulato da
alucinação de Bento. Pois, se as mulheres não matam os animais, a substância que
recolhem em seus paneiros, apanhando as larvas da floresta e o cérebro moelento
do pindó para moê-los juntos numa sopa espessa, é contudo aquela mesmíssima
que os caçadores-onça furam com o arco. A mesma goma orgânica, viscosa e
vibrátil, gel de guar, na qual aquela que te escreve a escrita consegue fixar o
instante-já, o instante iché/cho, já-eu. A matéria na qual ela imprime a pegada de
sua pata de pantera indígena, os sinais do odu jaguar. Krembegi é um sacerdote do
masculino por ter sacado isto muito bem: que tanto faz ser caçador ou colhedora
para ser homem, que abandonando o masculino pelo paneiro, ele o realiza em
feminilidade. Quanta diferonça de Chachubutawachugi! O índio vigoroso o
bastante pra caçar, mas que, tendo perdido o arco, incapaz de flechar o vivente,
pega os quatis com a mão, persegue os tatus nas tocas, quer ir às mulheres, heim
gehen, e não ser mulher, não furar os dentes de macaco, não coletar o palmito, mas
que nenhuma mulher quer. Não, jamais Galli Mathias chegará a nos simetrizar.

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Porque Krembegi e Chachubutawachi são absolutamente diferentes. Porque os
índios guayakis já sacaram essa diferonça entre eles, os caçadores-colhedoras de
matéria viva condenados a trespassar a matéria dura das espécies da floresta-
mundo, indiferontes à diferença, social, fálica, do masculino e do feminino, e todos
aqueles que, como Chachubutawachi, lá como aqui, são incapazes de endurecer
uma ponta e ir sozinho na floresta matar um guariba, por falta de coragem, de
certo, mas também e sobretudo por idiotia, por não sabê-lo, e que de qualquer
maneira se aferram à sua masculinidade exclusiva do feminino, se fazem fotografar,
posando de caçadores, com a embiara no paneiro e levam como enfeite sobre os
peitos viris, como Chachubutawachi, ligados entre si por um barbante, os objetos
intranspassáveis produzidos pelos Brancos, ofertados ou abandonados por seus
missionários, um cartucho de bala, uma dezena de frascos de penicilina, algumas
chaves de lata de sardinha... para a diversão das mulheres e das crianças. O idiota
desse Chachubutawachi, “Grande-queixada-barbudo”, esse marrano-selvagem
clownesco guayaki, esse híbrido ridículo na medida em que desvia o masculino de
seu sentido de ser mulher, taí o que queriam que pastasse, meu Bento. Você que
não sabe fazer outra coisa senão escrever, e ainda assim se empenha pela escrita, do
coração mesmo de sua idiotia, em latim e more geométrico, pra parecer Krembegi
– pra ressuscitar Heliogábalo! Você, que se esforça por uma escrita pederasta – tão
pederáztica quanto possível. Nunca que Galli Mathias conseguirá nos simetrizar.
Porque os Índios já inventaram Galli Mathias, Gallinaburgutawachi, o Moderno
que deambula no meio dos seus, os pés na matriz antropológica, arvorando
pávulamente em volta do pescoço o Objeto industrial, o mais belo achado dos
Brancos, o Objeto sagrado fabricado da cabeça aos pés, o chique made in Paris,
infinitamente devedor aos mui católicos portugueses escravagistas por terem
qualificado justamente de feitiço, coisa feita/mandinga dos Negros da Costa da
Guiné, como podem sê-lo também os Orixás do candomblé, se acreditamos nos
etnógrafos, quer dizer, se os lemos, porque Galli Mathias só sabe ler, e não Bastide,
sempre sob o choque dos trópicos, e com certeza não Fatumbi Verger, que não se
lê mas se vê, e se vê com seus próprios olhos que são os próprios olhos de Xangô –
aquele que vê e sabe de tudo. Pierre Fatumbi, o etnólogo bem-te-vi. Já o mui
católico Chachubutawachi das Ciências Políticas, capaz até mesmo de fazer crer aos
brancos que, deixando proliferar suas fabricações, ao ponto de embaralhar o
natural e o humano, não fazem nem mais nem menos do que fazem os negros da
África ou da Bahia – que combatendo pela filosofia sua própria indústria, cavando,
pelo pensamento, o máximo possível o fosso entre a natureza e a cultura, o animal
e o social, maktub, eles ainda trabalham por sua hibridização, pela mesma indústria,
acabando eles mesmos por produzir monstros sobjetivos, humanoturais – Kant,
Hegel, Husserl, Heidegger, Lacan, Derrida etc. todos eles bruxos africanos,
enfeitados com colares de bugigangas, dentes de penicilina, dentes de conservas,
dentes-cartucho, mas na certa sem mbaraeté, sem axé, kraftlos. Bela simetria! A
melhor diplomacia branca jamais ousada: apresentar-nos aos outros tão inofensivos
quanto os imaginamos! Um convite original do Itamarati francês, endereçado a
ixês, xô-xôs, e xá-xás pra chuchu, a fazer o Chachu, a celebrar a festa do Paracleto

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Novo, do Espírito simetrizador da Rede das Índias ocidentais e orientais,
Pentecostes anglófono, inevitavelmente, porque Chachubutawachi, o Paneiro-
caçador, não pode tomar parte nos cantos noturnos dos Arcos-caçadores que, nas
entranhas da floresta, inventam línguas que ninguém fala. Todavia, bem que Mãe
Senhora preveniu Gallichachu: “ Cuida o Verger, é um bruxo, tem mandingas! ”.
Nunca que Galli Mathias chegará a se simetrizar a não ser com Chachubutawachi.
Se ele tivesse visto, só visto, os instantâneos de Pierre Fatumbi, teria visto que os
trabalhos mágicos do candomblé não são empregados em transformar a matéria
prima para fabricar Objetos tão elegantes quanto um cartucho de fuzil, mas
somente pra prepará-la sem jamais a transformar. Teria visto que os negros
africanos da antiga Costa dos Escravos como os negros brasileiros da Baía de
Todos os Santos são mesmo negões e sebentos, não fabricam nem barganham
nada, involuem sem regressar até ela rumo a essa matéria primitiva, pó gris,
iyerosun, de folhas medicinais e litúrgicas colhidas num lugar selvagem, juquira ou
floresta, conhecido apenas pelos caçadores familiares de Ossanyin, o deus das
folhas, barro primordial, imutável, mistura de substâncias vegetais piladas no
sangue dos animais sacrificados. Sem essa matéria vital, nada se faria... daquilo que
não se faz. Até Patrícia de Aquino o diz. Não se pergunta a um iniciado: “que santo
cê tá fazendo?”, mas: “ você é feito de que santo?”. Ele teria encontrado Aroni, o
homenzinho ao qual falta uma perna, talvez a terceira perna de Clarice, que tá
kashimbando por um talo oco o petum duma concha de caracol cheia de suas
folhas favoritas, e Naná, a deusa da lama dos brejos, que ambos o teriam ensinado
a não fazer nada, a não mais empanturrar suas usinas de Objetos com uma matéria
exótica arrancada de seus povos, e a apenas se deixar fazer por ela.

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JEAN-BAPTISTE-THÉODORE-MARIE-ROSALIE BOTREL

Sabe-se ao menos do que padece Antonin Artaud? Até mesmo seu


acupuntor, Soulié de Morant, bóia grandão. Dos eletrodos que lhe enfiam no cu, na
boca e em todos os buracos de boceta que se acham nele? De mijar todo seu
sangue, de se liquefazer, como uma titica? Um cocô branco? E feio? Ele sofre da
guerra assimétrica dos brancos? Que matam sem alegria, só pela ideia, sem antes
depilar e pintar suas vítimas, sem antes beber com eles até a embriaguês a bebida
das mulheres, mas com uma bala na cabeça, pá-pum, na beira da estrada, ou,
molemolente, com um catatau de golpes, no lombo do peão. Sem esperar do
inimigo que ele exija com firmeza ser golpeado, com uma pancada seca na cabeça,
por ter ele mesmo já golpeado tantos parentes e amigos nossos, certo de ser
vingado de nós todos por todos seus parentes e amigos, todos igualmente votados
à morte por sua confissão, para que só subsista entre eles e nós uma sã e sólida
inimizade. Sofre ele da guerra assimétrica dos brancos, que abandonam os corpos
ao léu, largados, no meio das ruas ou no fundo das valas, ou então os queimam, no
final das contas, não sabem o que fazer deles, e ainda por cima exigem por isso
mesmo que se reconciliem, que voltem a ser bons amigos? Que, por medo da
morte, pela menor bagatela, matam seus melhores amigos, fazem deles seus piores
inimigos, para que apenas subsista a amizade e que ninguém venha matá-los. O
que, compreenda-o bem, meu Bento, exige verdadeiras carnificinas, gigantescos
massacres... inimagináveis pilhas de carne vermelha, incomíveis. Sofrerá então de
amizade, Artaud? Podia ser isso mesmo. E sabe-se ao menos ao em que se firmam
os índios? Pois trata-se exatamente disto: daquilo que o faz perder a amizade dos
brancos. Comprimido, esmagado no chão, de um peso extremo, insensato, e tão
vazio e fluido quanto um útero de bruxa. Tão mineral e volátil quanto o Novo
Mundo segundo Claude. Enfim, atacado de obusite, abásico-astásico, incapaz de
andar, de ficar de pé, de atravessar de pé paraguachu, que o separa de Yvy Mara e’y.
A doença colunial por excelência. O choque dos juruás. É o que, exatamente, a
guerra fez a Nijinski roubando-lhe a dança. O trauma branco, que, a 19 de janeiro
de 1919, fez com que ele dançasse coisas medonhas, flutuando em cima dum
monte de cadáveres. Dança de São Guido, coreia dos Países Frios. O
desmoronamento do estilo, a perda daquilo que mantém ereto o esqueleto e a
coluna, daquilo-que-mantém-erguido-o-fluxo-do-dizer, do e’ry mo’ä a dos cantores
Mbya de Heléne, a mulher de Pierre. Veja só o que me fizeram, meu Bento:
levaram-me à pia batismal antes mesmo que eu me aguentasse de pé e me deram
um nome que não me ergueu do chão da igreja deles. Cuidadosamente escreveram

99
em todos os seus registros para se lembrar daquilo que não se pode guardar
oralmente na memória: meu nome de nóia, meu nome maníaco-depressivo, aquele
que bastará uivar para me lançar convulso ao chão. Mas você me deste um Z negão
e sebento. Uma letra retorcida e sonora, polonesa. Você me inventou um Deus
tropical, tupi e oriental, Karai Ru Etê-Karai Chy Etê, para receber dele meu nome e
minha voz ao mesmo tempo que minha proveniência. E todas as línguas se
misturaram nele. Amamoût latu as tatkwe terik’ejá aáyáns minajáso, tamo daleko
tamo anusun usunu sina minajá, waiwi lapayawii àwe ayiajá nd’ndá-wasu àjìye
nd’ndá-ti dìde n’lè. Se Gallinácias tivesse se dado o tempo de escutar Joana Flora-
Bocaine-Saada, a desencantadora de Mayenne, talvez saberia, como Eduardo,
responder à questão da Murta, de saber o que da firmeza aos índios, que não a
pedra – porque de qualquer maneira nada se firma pela pedra. Mas Gallimathias
está aperreado pra abrir dos trópicos. Pra voltar pro seu trampo. Pra esquecer tudo
isso e retomar seu posto na Fábrica dos Objetos, das Ideias, de tudo aquilo que
pode se pendurar no pescoço pra bancar o Chachubutawachi – o Universal God
Fazer, o Padrinho de todos os povos, dos mares da China até Yucatan, dos Inuits
aos aborígenes da Tasmânia. Além do mais, a gente também não vai simetrizar o
indígena com o camponês de Mayenne! Menor com menor! Quando se tem na
reserva modernos bem mais modernos, bem mais apresentáveis: os Kant, os Hegel,
os Lacan da vida... Chuchu beleza. Os Babins, os camponeses de Joana, ta na cara
que são muito menos atrativos...têm mesmo uma maneira de bancar o indígena que
arrisca avacalhar tudo, peidar na farofa. Uma maneira um pouco atrapalhada,
retardada, como pode um moderno, mas terrivelmente exata: pedindo a Joana que,
do nada, inventasse pra eles inimigos mortais, unicamente para que reencontrassem
sua vitalidade assegurando-lhes a continuação do mundo. Dá pra entender por que
os índios se firmem tanto em suas beberagens e em suas guerras! Ter tantos
inimigos, tanto ódio, homicídios e nomes de homicidas sem ter de consultar Dona
Flora. Que diferonça com os Babins! Que confundem logo de cara sua etnógrafa
com uma psicoterapeuta, e esmiúçam-lhe por horas a fio todos seus males.
Enquanto Chachugi ou Krembegi se calam. Não têm nada a dizer a Pierre. Branco
é foda. Constrói barragens e depois fabrica passagens para o salmão ao longo dos
rios. Pode até colocar os peixes em cubas para transportá-los de caminhão até os
viveiros. Todo um dispositivo de reparação, custoso e terrivelmente eficaz, para
fazer o que não se faz – não carece ser feito. Por certo, isso os fará fugir de outros
coletivos, dos mares da China etc. povos sem inimigos obrigados a consultar para
odiar, para se tratar da amizade. Pois não há outro meio de ser si mesmo senão sair
de si, outro jeito de firmar-se-de-pé senão andar, pôr-se frente ao inimigo para
matá-lo ou capturá-lo e pegar seu nome. Nenhuma outra interioridade além de um
movimento permanente pra fora. Nenhuma outra identidade senão a migração
contínua para o litoral, a caminhada para a borda do Oceano, sobre sua borda,
conduzidos pelo canto, pela voz, ñe’e, que mantém erguido. Yvy ju mirim, para a
qual caminham os Guarani não é um objetivo nem mesmo um horizonte – ela é a
própria Terra da caminhada, a Terra terrestre na qual o canto firma um povo de pé.
Entra-se nela andando, enquanto se anda. Mesmo Helena, a mulher de Pierre, pena

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pra entender isso, para ver que a desorganização nômade, a caminhada mortal, é a
única coisa que se firma e à que se firmam aqueles que se firmam. É verdade que os
brancos migram sempre sedentários, atravessando de uma borda à outra, sentados,
a procura de novos amigos, impacientes para erigir seus templos de pedra sobre a
nova terra. Qualé? Há migração mais suicida que aquela de quem, para viajar, pega
um avião que poderia muito bem não pegar, porque não há nada de realmente
essencial a se fazer lá onde se vai, mas que apesar disso ele pega, sabendo
perfeitamente que vai morrer no voo, porque nada de realmente essencial o impede
de preparar as bagagens, de passar no banco, de pegar um taxi para levá-lo ao
aeroporto e de subir no avião? Se os índios do Brasil migram na terra andando –
contanto que não os obriguemos a se levantar para ir trabalhar ou passar no banco
retirar seu dinheirinho magro – e se os europeus migram em Caravelas, náuticas e
aéreas, seguindo invariavelmente o mesmo trajeto que, partindo de Lisboa, as faz
costear a África antes de se lançarem para o Recife, não é, para dizer na língua dos
filósofos, por uma diferença de “categoria transcendental”. Porque, se queremos
ser exatos, não há outra condição “transcendental“ senão a caminhada que faz
firmar-de-pé. Os mestres alemães do “transcendental” lhe dirão: a tarefa deles é
descobrir sob quais condições um homem pode ser Selbstständig e Unabhängig –
firmando-se-sozinho-de-pé e não-suspenso-no-ar. Andar, cantar e matar formam
um só e mesmo movimento. Exclusivamente antropófago. Uma única e mesma
caminhada homicida e profética rumo ao inimigo nutridor, que os povos insurgidos
cumprem às vezes miraculosamente, de que certos hinos nacionais europeus trazem
ainda, mas vergonhosamente, o rastro: “Que um sangue impuro sacie nossos
campos!”. Que Rosalie, a “tão formosa” baioneta que “pica, e fura e talha”, que
”fura na cabeça e crava a fundo”, que a “dançarina de polca”, “tão vermelha e
rosada”, nos “dê de beber o sangue impuro dos Boches!”, cantam ainda os Peludos
da Grande Guerra, para erguer os ânimos debaixo do fogo dos obuses alemães.
Mas, Jean-Baptiste-Théodore-Marie Botrel, o letrista de “Rosalie”, o Karai das
trincheiras, não aguenta mais. A posição está perdida de uma vez por todas.
Chovem obuses, e gerações de sobreviventes desfilarão abásicas em horas regulares
para o psiquiatra, que os desencantará descobrindo seus inimigos simbólicos, e lhes
restituirá algo como uma caminhada – deixando-lhes todavia nas mãos um leve mas
incessante tremor que os deixará pra sempre em pane, os impedirá pra sempre de
acertar o olho dum pássaro em voo. A menos que escapem do Édipo, como Anani,
o Empédocles languedociano de Jean Camp: lançando-se de cabeça no mosto
morno e avermelhado da tina de vinificação, na carne úmida e viscosa da fossa
movente em que as uvas dançam uma ronda infernal e fervilham milhões de
vermes. Mas, raramente chegam lá. Na falta de Karai, na falta de verdadeiros
cantores capazes de enredá-los pela força dos ñe’ë porã, das belas palavras
indígenas, em longas migrações homicidas, recorrem no melhor dos casos a belos
palavrorios, a professores-terapeutas, os Wissenschaftslehrer, professores do saber-
fazer-o-saber que lhes ensinam os rudimentos práticos da Bestimmung des
Menschen, da vocalização do homem, e arrotando sabedoria tentam dar-lhes ânimo
para que se lancem pelos caminhos. Alguns desses belos-palavrorios chegam a

101
atingir, como o saxão J.-G. Fichte, um certo grau de perfeição. Não no sentido em
que Helena entende o aguyjé guarani – “a perfeição que, mediante uma ascese (sic)
faz existir o homem como logos (sic) fazendo-o acessar um saber (sic) cuja simples
força (sic) basta desde então para animá-lo (sic)”. Não no sentido greco-latino,
portanto. Mas sim índio. Proferindo, apenas para seus aprendizes, na intimidade do
seminário, uma palavra iniciática não escrita e ilegível, exclusivamente oral e quase
ininteligível, fazendo nascer neles visões fantásticas e sonoras, feitas de
preposições-palavras e de verbos-ações que improvisam no elemento exangue,
débil, do saber filosófico branco um drama violento, que não deixa a menor chance
ao Begriff, à mão sem garras de Chachubutawachi que pretende ainda matar sem
furar e não sabe fazer nada além de apanhar na terra, como única presa, um animal
morto – Sein, Träger aller Realität, Grund, etc. Pois os juruas conhecem o
pirlimpimpim. Depois de assegurar-se de que alguém se dispõe a fechar a porta e
também as janelas, seus terapeutas em saber-fazer-o-saber, uma vez bem fechados,
lhes entregam o abracadabra, com muita exatidão. O migué da
IMPOSSIBILIDADE. Entrar e sair, ao mesmo tempo. Distanciar-se, ao máximo, e
voltar ao mais perto, bem acochadinho. Separar-se de tudo, isolado no centro, e
eclipsar-se por toda parte, riscar-se, escafeder-se no cosmos. Pegar o beco, reto
toda vida, e concentrar-se num ponto finito. Mas os dois AO MESMO TEMPO.
Um pelo outro. A fórmula da caminhada antropófaga, entropífaga, da baderna que
nutre. A fórmula da produção do tempo, do impossível-já, morto e ressuscitado, do
separeunir instantâneo onde se originam o passado e o porvir, resumindo: a
fórmula da continuação do mundo. E porra nenhuma a ver com o socius...
organizá-lo ou desorganizá-lo... a fórmula da CONTINUAÇÃO DO MUNDO, da
CONTINUAÇÃO DE PINDORAMA, de todo o mundo que eles são, o mundo
que são. Mas, por mais que manjem a fórmula, não sabem o que fazer dela. Por
mais que se tranquem pra falá-la, só pra falá-la, e por vezes até, em salas maiores,
esgoelá-la diante de um grande publico, não resistem à tentação de escrevê-la, e de
lê-la, e escrever de novo aquilo que leram. E escrevem e leem babaquices.
Inverossímeis babaquices. Cheguei mesmo a conhecer uma de suas alunas, uma
tantã que queria me chamar de mamãe e que entendia a mata atlântica como uma
imensa prova de amor! Os amigos nantinos e bordeleses, certamente por uma
forma de batavismo, tinham se embeiçado pela minha apaixonada crônica, sempre
pronta a adotar o menor detrito, a recolher e a acarinhar nas prateleiras de seu
orfanato de Montmartre, a dois passos de Abbesses, centenas de frascos vazios,
brinquedos abandonados, cacarecos de ferro velho, objetos perdidos. Decerto,
reconheciam nela aquele Chachubutawachi que tinham encontrado no miolo da
floresta tropical e que os tinha tranquilizado tanto sobre eles mesmos... e de que
eles tinham gostado tanto. Pas... pas... papai... paixonadamente ...

102
DAVI KOPENAWA

Davi Kopenawa viu numa miração o Deus juruá. Teosi. Aquele cujas
palavras enviesadas só conhecem a ameaça e o medo, e manjam nécas de pitibiriba
da Floresta. Mas é de rocha que viu ou ta de pupunha. Com cerveja. Porque, na
real, mesmo com a yakuana, ninguém conseguiu ainda fazer baixar sua imagem, vê-
la dançar. Mas mesmo assim, o que Davi viu naquele dia, no dia em que tinha
morrido por conta das epidemias juruá, da caganeira juruá, daquela merda de
caganeira juruá que devora o ventre e rói os ossos, é parecido com aquilo que os
espíritos chamam Wãiwãiri, um ser de pele flácida e luminosa que dança sem sair
do lugar, sacolejado por tremeliques moles e medonhos. Nem que a vaca tussa que
com o rapé a gente vê isso! Nem mesmo com o velho pó, o pó mole! Pra vê-lo
carece não morrer do rapé, mas de xawara, da doença juruá. Sem a rubéola, a gripe,
a malária, a tuberculose, e a pior de todas as fumaças de epidemia xawara fissuradas
por carne humana que os juruá alastram na floresta, a fumaça dos minerais que eles
extraem da terra, nunca se viu um troço tão medonho quanto uma tal Verklärung...
e esse sacana do Sesussi, que tenta te tranquilizar depois de ter te deixado com o cu
que não passava uma agulha. Vejam como o pó mole e o frouxo de porra morta
deixam o Momo fulo da vida. E como a porra quente e o pó de fogo aporrinham
um jurua, mesmo ele sendo do norte da África. Tão instável que ele dosa tudo a
dedo pra não explodir na cara duma lapada, agora, já, mas sempre pós-lapada, pra
detonar bem alí, em pelezinhas de papel, penduradas nas paredes dum Museu de
Arte Moderna numa colônia batava do Novo Mundo – melhor ainda: justo nas
páginas do Catálogo da exposição, pra ler em casa, numa tiragem limitada, rodeado
de Objetos que a gente pode mimar e botar fora à vontade, todos feitos de matéria
arrancada da Terra e da Floresta. Grande Arte! A zica dos brancos, é que eles se
agarram com unhas e dentes à sua debilidade abásica, sua astenia visual, tanto
quanto o índio se firma à sua marcha, mas de outro jeito: sem se firmar. Sempre
suspensos no ar. É por isso que o tal migué da impossibilidade é deglutido de praxe
como ficar de bubuia, e o mundo, o mundo deles, é imaginado e criado de bubuia,
pela suspensão de uma hesitação contínua entre a forma e o informe, o contorno e
a linha infinita – eles arrotam também: “ de.tɛʁ.mi.ne” e “libʁ” – e a única coisa que
veem são seres transfigurados, Wãiwãiri de pele mole, os schwebende
Erscheinungen, faces de trapos luminosos, como Giotto: um Cristo avião papagaio,
mas nunca um Brazuca Negão e Sebento. Por panemice, porque eles só enxergam
as coisas de bubuia, uma eterna bubuia, migram sem parar, no mar e nos ares. É
por isso que Pedro, Tiago e João, os discípulos aterrorizados da religião do mon'

103
Tabor, montam a bordo de caravelas transatlânticas correndo risco de vida. E caem
verticalmante. Pulverizados. Transformam-se em noticias. Costuram ou colam
peles voadoras umas nas outras, cobertas com desenhos de belas palavras, para
fazer livros em que as retêm cativas e as torturam. Quando não sabem ou não
querem, como Clarice, improvisá-las direto na escrita – o que é difícil pra chuchu, e
que os filósofos ordinariamente enfumaçados têm de ordinário a alegria de achar
fumarento. Li demais um desses livros, a ponto de gastar e romper os nós que
mantinham juntas as peles, de fazer voar de novo suas folhas. Tinha sido escrito
por um russo branco, um ex-campeão de natação grafômano que tretava amistosos
com um fino jesuíta de olhar claro sobre o que ele precisava sacar das belas
palavras de um tal João-Amadeu Pinheirinho – célebre filosofo francês de língua
alemã, de que se ouvia falar na época em qualquer barraca do Quartier Latin.
Maquinalmente, porque parece leseira não fazer isso, eu mesmo cobri de desenhos
de palavras a pagina “ 100 ” de meu livro em francês traduzido mais do alemão que
do russo. Esse Articzewsko parigoto explicava aí numa língua mais enrolada que
tripa de bodó, burilada com palavras alemãs incoerentes, osso duro de roer, porque
a etnografia é uma ciência mais dura que carne de pescoço, e sobretudo a etnografia
sobre os brancos, como, então, para um branco da Europa, encontrar-se-junto
(tsu’zamen’trefen) e pegar-pela-mão (auffasen) dá no mesmo. Que toda sua força (kraft)
reside nesse aperto de mão, e que, pela magia desse aperto, essa força é infinita, que
é sua força de aculturação (ain’bilduns’kraft) infinita, deles mesmos e dos outros
povos. E, sobretudo, que o produto (pro’dukt) dessa força consiste precisamente
nesse famoso ‘sve:ben, entre nadar (‘svimen) e tecer (‘ve:bem): progredir num
elemento fluido, nunca na terra, passar uma malhadeira na multidão sem ter antes
esticado a corda entre duas varas fincadas no chão; duma maneira geral: sem nunca
nada esticar, espiralar ou trançar – nem arco nem paneiro, tão estranho a um e
outro quanto Chachubutawachugi. Mais duro que carne de téteu! Meu
Philonenczewsko expiricava ainda como graças a esse Schwabutaschweben, essa
fumaça migrante que os brancos produzem usando de sua força de aculturação,
existe pra eles um tempo, um tempo em que podem também se divertir
suspendendo por um tempo, suspendendo por um tempo o uso de sua força, mas
não por tempo demais, um suspense de sua suspensão no ar, aquilo a que chamam
er’há:benen, sua maneira de ficar de pé, erguidos em suspenso acima da terra, num
tipo de ereção sublime, celeste e solene, o que os espanta muito e os arrepia até os
pentelhos do cu, ficam molhadinhos. Mas a maior parte do tempo, pra urucubaca
geral, de suspense em suspense, eles atravessam os oceanos. E suas fumaças
migrantes, epidêmicas, recobrem a Floresta. O dorso do primeiro céu, outrora
tombado, que eles furam e chacoalham detonando explosivos, pra extrair dele o
óleo mineral. E, em contrapartida, abalam também o novo céu, aquele que estronda
acima de nossas cabeças, precipitam sua queda, porque afinal de contas a única
coisa que sabem fazer é despencar e fazer cair verticalmente, aos pedaços, e a única
continuação do mundo que têm é transformar-se em noticia. Tudo aquilo que se
difunde assim por fumaças epidêmicas tem força de aculturação: bolas de futebol,
gripe, latinhas e frascos, rubéola, cartões de crédito, sapatos e calças, malária, livros

104
de filosofias e breviários, tudo o que prolifera em matéria de ideias, realismos,
idealismos, materialismos, gallimatismos. Objetos, doenças e ideias: as mesmas
fumaças letais. E também tudo aquilo que passa, na miúda, por debaixo dos panos,
na trairagem, nas passagens pra salmão que constroem depois de terem defumado
o país: longanimidade, prestatividade, solicitude, bondade, fidelidade,
A.I.M.E.project. Porque não amam a si mesmos, não amam os seus, mas querem o
bem só dos outros e só sob a condição de tê-los antes aniquilado, às centenas de
milhões – duzentos e quinze milhões, pra ser exato, a contar do 11 de outubro de
1492. Por falta de inimigos. E quantos africanos negões e sebentos? Aos próprios
amigos eles não amam. Fogem deles como o diabo da cruz. Deixam-nos plantados
ali como Dona Berenge, a zeladora de Morte a crédito, a velha bisbilhoteira. Como
a moça tansa e baranga da rua Acre. E também a avó de Louis-Ferdinand, com
sangue nos olhos. Vão todos muito longe, muito longe no esquecimento, mudar de
alma, pra melhor trair. Mas, tô cagando e andando se me escutam ou deixam de
escutar. Contanto que esteja aí, meu Bento. E pra quem escreveria senão a você? E
como escreveria numa tal baderna tudo que me dá na veneta? Como eu pegaria no
ar aquilo que chega assim de trás do pensamento sem pensar nisso? Como, velha
coroca, estaria eu cheia de milhares de passarinhos barulhando? Se não te
escrevesse minhas anotações de instantes? Veja então como o estrangier, o gringo,
o garimpeiro epidêmico aqui como por tudo quanto é canto leva seus pés nos
caminhos sagrados pelos passos dos antigos, ceifa a árvore madura, arranca suas
raízes, e, pra arrematar, corta a floresta de fora a fora como se fosse uma só árvore!
Escuta-o gritar sua glória nas grotas, em palauras que ninguém conhece! E muitos
querem virar brancos, lambem o cuou dos estrangieiros! Servem-lhe de capacho,
servon de putas. Mesmo Gill-Platôs, meu Bento, o filósofo francês de Millevaches,
não fala mais a língua de Marcela Delpastre, confunde uma árvore com um livro,
não ama a Árvore e a Raiz, prefere os rizomas invasivos. Quando a boca dentada
de granitos de Marcela, mil veias abertas, sangra na terra e no mar. Sangra e semeia
nas terras que estão no longe além mar. Planta seus grãos e enraíza de coração pra
lá do Oceano uma yvyra-palavra, aubras-palavras, que floresce como floresce no
Novo Mundo uma árvore com cantos yanomamis: em mil bocas entoando sem
trégua, sem nunca se repetir, em todas as línguas que se possam inventar,
magníficas melodias, tão inumeráveis quanto os astros no seio celeste. E mil
árvores de nhee-porã cobertas de mil lábios canoros. As mil árvores de cantos em
que toda música é apanhada. Sem o quê o mundo seria sem música. De um lado a
outro do Oceano. Por terem furunfado demais, vieram no balde, na marra, de
terras d’além pra terras matar. Mas por mais encarniçados que sejam a terra nunca
morre! Pra sempre, a seiva viva volta a subir, duma borda a outra. Nunca tinha
dado tantas folhas nem flores tão perfumadas. Por ter furunfado demais, por ter
socado demais a estrovenga na xoxota das mulheres, bem que tiveram, os coitados,
lá como aqui, que se amuralhar e amuralhar seus filhos, alimentá-los com a carne
cozida de nossos próprios filhos, de nossas mulheres e de nossos anciãos,
encerrada em potes de ferro ou plástico, que eles preparam a granel e conservam
pra comer mais tarde. E isso pra poderem depois encaixotar tambem seus próprios

105
mortos, cuja carne, assim alimentada de matéria inoxidável, não se decompõe mais,
mas que ninguém come. Estranhos antropófagos. Os pés também, eles colocam em
potes de peles e de tecidos. É uma nóia. Também os peitos das mulheres, em dois
potes mais ou menos opacos, presos entre si, chapeados no peito, fechados atrás
por meio de um pequeno ferrolho. À pele, às próprias peles, eles não recobrem de
desenhos, uma vez as partes moles bem presas, eles curiosamente as cobrem de
cima a baixo de trapos de pele flácida, tecidos de matérias transformadas, vegetais,
animais ou minerais. Chega a ser um negócio da China a fabricação desses trapos
moles, que mobiliza exércitos de escravos em suas colônias. Fora as caras, expostas
ao veneno de suas fumaças de indústria, que amolecem, degringolam naturalmente
sob seus olhos fundos a custo de agitação: prospecção, extração, transporte por ar e
por mar, transformação, transporte por ar e por mar, estocagem, transporte por ar
e por mar, comércio, perere pão doce, peixe frito, caixa de fosforo, moirão de cerca
– o que é brochante. Pois que não vão parar até que tenham brochado o mundo.
Quando estão de saco cheio de nos caçar pra devorar-nos o coração, constroem no
meio do nada na terra do país morto casas em massa de pedra, que nos oferecem
com pomposo cerimonial. Mas eles penam. Acontece que os índios vindos do
Egito com Sara a Negra arrancam o chão de suas casas, arregaçam o cimento,
põem a nu a terra viva, despirocam a bicheira, sentam um terreiro bem no meio da
sala de refeições, aí cavam um buraco pra acender um fogo, e esticam entre dois
dedos a corda de um violino pra ensinar as crianças a cantar as belas palavras e as
moças a dançar. Pra aguentar a pisada, o melhor mesmo é ficar no trecho, não
largar o rumo certo, agradecer os gadjé, mas mandar que enfiem no toba tudo que
nos oferecerem. E eles que morram pra lá com suas casas, latinhas, bolas, livros,
ideias, realismo, idealismo, empirismo, materialismo, especulativo ou histórico,
transcendental ou não... fôda-se.

106
GLAUBER DAS MORTES

Tenho medo. Os gadjos normalmente ignoram o medo. Só cortam um


diante da morte. Para o resto, são colhudos. Sempre uns mais fortes que os outros.
Nos edifícios em que estocam seus mais preciosos Objetos-e-Ideias, organizam
justas entre eles mesmos e eles mesmos, inventam combates singulares entre
inimigos que nunca tinham se encontrado, nunca se tocado, combates onde nunca
se derrama sangue, mas onde se espreme uma multidão de rapazes e garotas
bizarramente animados por nenhuma sede de vingança. Tudo em volta, ruas
adentro até o cais... mais longe ainda, se atarefa sob seus olhos cegos um povo
negro, grassboys, hygienboys, bottelboys, gutterboys de Abidjan, estivadores,
entregadores, manobristas, contrabandistas de Accra nos confins da Costa dos
Escravos. Quando veem enfim o que esse povo faz, só aí então é que se cagam
como tenho medo agora. Como uma criança prostrada por ter matado uma outra
criança... por besteira. Tristes gadjos. Jean Rouch, documentarista-expiatório do
Itamarati francês em país negro, depõe a câmara num pé de vento quando a
pantomima glossolálica azeda, zarpa a se mocozar quando os negros em transe
atacam o cachorro, se lançam babando sobre a pobre besta pra esganá-la e beber
seu sangue cru. Os brancos palavreiam muito a respeito dos negros. Mas, pouco se
cuidam do que eles fazem domingo à noite nos subúrbios da Cidade colonial, do
que fazem Mountyeba e Moukayal quando o trabalho termina. Poupam-se assim de
saber com precisão o que eles fazem aos negros. A seita dos Haouka! Pensa so,
meu Bento? É como se eu dissesse: “a seita dos Xawarari”! Os Mestres Loucos das
Fumaças Epidêmicas e dos Objetos! Mountyeba Grande Sacerdote da Ordem de
Chachubutawachi... taí como a gente tem que ver isso. Um verdadeiro galimatias.
Em vez de fazer baixar as imagens dos xapiri ou dos orixás, chamam sobre si as
divindades dos brancos, os deuses da Cidade e da Técnica, o espírito do maquinista
de locomotiva, o espírito do governador, o espírito da mulher do capitão... o
espírito do Colono. Não, ta ligado meu nêgo? Me acham anfigúrico! Suspeito!
Acochambrado. E cuida esse bazar: uma religião negra dos deuses da colonização!
Não admira que voltem mansos ao batente segunda de manhã, Mountyeba e
Moukayala. Jean vê aí até mesmo um modelo de profilaxia mental para proletários
brancos. De rocha? Depois de ter deliberado, porque os deuses da civilização
deliberam o tempo todo, se pegam até não poder mais sobre o que se vai ou não
fazer, decidem cozinhar o cachorro pra comer mais tarde com os parceiros que
ficaram na cidade. Gilles escuta Fanny. Mas não apenas ela. Escuta todo mundo e
não importa quem seja. Sem pensar demais. Não sabe que Glauber em Vento do

107
Leste, faz um pouco a puta de passagem, sem ser, ainda assim, palhaço que chega
pra se deixar levar na barca do folclore dos gigolôs do inesquecível Maio francês...
apenas por afeição a um cineasta quadragenário, magro, careca e triste, fatigado de
poesia, totalmente inofensivo. Ah, a amizade de Glauber, meu Bento! O
anarquismo burguês, moralista e sério, de Jean-Luc e Dany, Gilles o toma por
dinheiro vivo, e quando Glauber banca a baliza do cinema político para uma moça
russa branca pregnante – “pra lá o rumo do cinema desconhecido, da aventura
estética e da especulação filosófica!.. pra cá a direção do cinema do Terceiro
Mundo, um cinema perigoso, divino, maravilhoso!” -, Gilles leva isso a sério e o
cinema do Terceiro Mundo vira o cinema político moderno, aquele de Glauber e
também de Rouch e de Perrault. Uma nozaiada só. Tudo isso por causa do
cachorro, do orignal e do marsuíno, o animal anômalo, a besta luminosa, o animal
“maravilhoso”, como diz Stéphane-Albert. Mas o que é que tem de maravilhoso em
preparar conservas de carne de cachorro, em engaiolar um cetáceo branco para
encaminhá-lo até um aquário nova-iorquino? Será que Gilles sabe o que Glauber
viu vendo Vento do Leste, a Boa Nova que ele espalha voltando ao Brasil? Ele viu
de perto o cadáver de Godard, o suicida: a imagem morta da colonização! A
MORTE DA COLONIZAÇÃO. E você, meu Bento, viu a morte da colonização?
Um filósofo francês aristocrato-anarquista, enclausurado em seu apê, levando ao pé
da letra o que um cineasta suíço anarco-direitista depressivo faz um truta brazuca
banguelo dizer sobre o cinema do terceiro mundo, brazuca este que está cagando e
andando pra destruição do Ocidente, de sua religião, de sua moral, de sua filosofia
e de seu cinema, mas quer apenas CONSTRUIR, continuar a fazer cinema para
construir sua Terra de Brasa em sons e em imagens. Como Celine, Glauber não
gosta dos destruidores. É um construtor. De rocha? Mas rapaz! É isso também a
morte da colonização. Essa maneira que Michelângelo tem de escrever e de ler tudo
quanto é coisa sobre a Acreção da Terra, a Outra Metafísica, a Inexistência do
Mundo, a Foraclusão do Nome-do-Pai, a Luta das Classes, a Constituição dos
Modernos, a Falta de Povo, de uma ponta à outra do planeta, na tv, na internet, na
imprensa, em São Francisco num skate, na Grande Muralha da China coroada de
uma chapka, num Centro Comercial do Rio – Gávea? –, a uma velocidade quase
infinita... ao invés de ir pintar a Capela Sistina. Ou de inventar a zona infernal do
tropicalismo. Nem Godard, nem Rouch, nem Perrault, filmam o sangue, nunca
tocam o terror. Não cheiram nem fedem. Não fodem nem saem de cima. Quando
muito um fio no dorso branco do porco do mar prisioneiro na maré baixa da
armadilha armada pelos brancos de Ilha dos Coldres. Um fio de sangue que passa
batido. Enquanto Glauber-das-Mortes fere DE ROCHA de morte um cangaceiro
do Carnaval, enquanto ele faz DE ROCHA renascer num dia de Desfile a violência
faminta do São Jorge do sertão, de Oxóssi-Fuça-Suja, Lampião, o veio nego, o
Santo-Guerreiro-Negão-e-Sebento, e impõe as imagens e os sons daquela violência
DE ROCHA nas salas obscuras dos meios temperados onde Gilles fica enfurnado
dias inteiros, o velho chapéu enfiado na cabeça, Grand-Louis e Stéphane-Albert, os
atores-ficcionando de Pierre, bisneto de degoladores de porcos bretões, esperam
ainda o Achab, o Gênio, o Achabutawachi que será capaz, sem enfiar tudo, de lhes

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capturar um marsuíno, de trazer pra terra um dorso de Lua, de fazer baixar a
imagem do absoluto, de fazer ver Teosi tremendo sobre suas cabeças, sua sombra
luminosa flutuando sobre a face das águas – com um leve fio de sangue... no flanco
direito... longe do coração. Isso maravilha Gilles, a pesca ao marsuíno dos
Tremblay e consortes, adeptos do Grande-Malouin, o ilustre inventor das Terras
Noffvas, o Precursor da França-Antártica. Isso maravilha Gilles, em sua sala escura,
no cinema Champo, o velho chapéu enfiado na cabeça, enquanto Franny fica na
casa mater com seu documentário sobre os lobos... um lobo, lobos... Só vendo!
Carne desossada. Lisa e branca. Luminosa. Totalmente descerebrada. Xongas de
cérebro. E isso fica de pé apesar de tudo! Sozinho. Magia, Magia! É isso que Gilles
ama em Cézanne: a ereção da carne, a posição em riste das partes moles, a estância
do fluido, a turgescência do útero. Enquanto Frannytoris sonha na borda das
matilhas. É o jeitinho de Gilles, sua maneira de colunizar. Traz isso das filhas
priápicas de Charcot. Basta que um médico-homem-muito-homem instale-as,
abásicas-astásicas, no foco mesminho do daguerreótipo, para que infalivelmente
façam ali mesmo todo um número de contorcionista, de contrações e oscilações,
um belo arco-sem-orgãos, um arco-corpo, uma verga-corpo, sem jato, cheia e lisa
como um ovo, um corpo-ovo... um arco inofensivo, intensivo, inotensivo, sem
mais nada a ver com furar-matar... um arco para Chachubutawachis... feito sob
medida. Talvez seja isso, meu Bento, que os brancos chamam fal.lys: esse útero
peniano, essa estação histérica do pênis, que eles opõem ao penitóris, demasiado
orgânico, das mulheres, ao olho que elas têm no baixo ventre, e que temem tanto,
por medo de perder a única coisa em que se firmam: essa divina flutuação entre
turgescência e deturgescência.

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SÃO-BENTO

Quando as kunhãtais das águas buscam atrair por magia amorosa seus jovens
moços pra conduzi-los na floresta sobre a superfície de um lago obscuro junto de
seu pai, Tëpërësiki, para que ele lhes ensine os cantos que permitem, nomeando-os,
regurgitar os seres maléficos, os brancos apertam com força o curumim em seus
braços e aceleram o curso fatal de sua cavalgadura através da noite e do vento.
Quando um jovem é visitado durante o sono pelos xapiri, de braços enfeitados
com penas da cauda da arara vermelha e de uma profusão de buquês de plumas
brilhantes e coloridas, untadas de urucum, e se levanta aos gritos, terrificado pela
belezura desse convite a partilhar o segredo dos espíritos, empanturram-no de
bolinhos de laranja e, pra que não fique pinel, não mais do que já está, conduzem-
no uma a duas vezes por semana a Meudon, na casa de Colette, uma amiguinha de
Philonenczewsko, uma filósofa cujo ofício é desencantar a molecada do sexo
masculino ensinando-as a se interessar mais pela periquita que por aquilo que veem
de noite. É por isso que os brancos não conhecem nunca palavras que salvam.
Estão sem defesa diante de suas próprias fumaças epidêmicas, ferindo-se
mortalmente a cada gesto que fazem pra se liberar. São incapazes de fazer baixar os
espíritos que sabem reparar o céu e correm pra catástrofe. Me acuda, São-Bento,
me ajuda, Preto-Velho, a regurgitar minhas fumaças! Carece coragem e experiência
pra ficar de pé, mesmo torto. Num adianta nada sair do Liceu das línguas mortas,
engordado por mandarinadas e examininas, vestir o bicórnio de plumas infantil dos
cais do Sena. Não precisa ser tão mocinha. Bem o sei, eu que nasci por acidente no
berço dum outro – num paneiro trançado pra acolher alguém tão não eu. Eu, que
era tão, DE ROCHA, nervoso, duma nervosidade de tal forma serena, sem dor e
feliz, que foi preciso, pra me manter asteniado no berço fofo, me transmitir uma
doença nervosa. Simetrizar e se firmar de pé são agora uma mesma e única coisa.
Como Galli Mathias não faz a menor ideia disso. Digo, “agora” porque isso só se
faz agora, sob a condição de segurar firmemente na mão, religiosamente na mão, o
instante presente, aquele mesmo em que morremos juntos, agora, tu e eu, meu
Bento. Eu só me firmaria de pé, agora, sob a condição de juntar no instante nossas
duas assimetrias, minha diferonça absoluta contigo e tua diferonça absoluta
comigo, mantê-las juntas cada uma fielmente pintada, como só Clarice sabe fazer,
nos dois batentes de um mesmo portal, mas, cuida, estritamente idênticos um ao
outro – de manter e ver juntas pintadas idênticas em cada um dos batentes do
portal nossas duas diferonças absolutas, diferentemente diferentes, porque também
difere de mim como eu nunca saberia diferir de você. Com o único desígnio de que

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nossas assimetrias enfim se encontrem. Que tua imagem me apareça e, já que
somos ambos pintados idênticos em cada uma das duas portas, que também minha
imagem te apareça como a imagem de um Brazuca Negão e Sê-Bento dançando ao
amanhecer na cabeceira de um filosofo luso-polonês, como a imagem de um galo-
bem-te-vi cantando na aurora sanguinolenta sobre os cais de uma baía banguela, de
uma Mulher Fantástica encantando serpentes no mais profundo de uma Floresta-
Mundo, de uma Bruxa nordestina montando à noite, recoberta de unguento de
carne, o cavalo do rei do sabath, de Fatumbi-Descartes vestido de mulher num
terreiro de Salvador... de tudo aquilo que negam aqueles que têm a audácia e a
pretenção de alcançar o real sem magia... só mexendo a boca. Taí meu Bento, a
prece matinal que cocorocamente te escrevo.

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Brésilien noir et crasseux

Bento de Espinoza 5

Franny Deleuze 9

Dina Lévi-Strauss 13

Héliogabale 23

Cartesio 27

Chaya Ohloclitorispector 33

Galli Mathias 39

Jean-Baptiste-Théodore-Marie-Rosalie Botrel 45

Davi Kopenawa 49

Glauber Das Mortes 53

Saint-Bento 57

Brazuca negão e sebento

Bento de Espinoza 59

Franny Deleuze 63

Dina Lévi-Strauss 67

Heliogábalo 77

Cartesio 83

Chaya Ohloclitorispector 87

Galli Mathias 93

Jean-Baptiste-Théodore-Marie-Rosalie Botrel 99

Davi Kopenawa 103

113
Glauber Das Mortes 107

São-Bento 111

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