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Café lyonnais


À DÉCOUPER SELON LES POINTILLÉS

en jeux d’ombres et de reflets


Marc Folly

L’enjeu de ce tableau est


de transcrire l’ambiance
particulière du café du
AU FIL DE L’EAU
Gros Caillou à la Croix-Rousse
tout en donnant un intérêt
graphique aux éléments
choisis pour la composition,
notamment la structure
architecturale et les jeux
Matériel des différents reflets. Je travaille le réseau d’ombres – ce sont elles qui créent la composition –
I Papier Montval 300 g, 1+ terre
avec des mélanges variés de bleu de cobalt + magenta + terre de Sienne brûlée
de Sienne naturelle. Je ne travaille pas isolément chaque point d’ombre,
30 x 40 cm
mais simultanément, en posant des touches parfois très pigmentées que j’étire
I Aquarelles Daler-Rowney par endroits avec une addition d’eau. Les formes doivent être reliées.
I Pinceaux en martre kolinski
Da Vinci et Raphaël nos 4,
6 et 16
I Crayon HB.
Je choisis délibérément
de ne pas préciser, par
exemple, la décoration
murale, les motifs
du carrelage, les verres,
Palette
Pour traduire la chaleur les bouteilles…
de ce café typiquement
lyonnais où se rendent pour ne dégager
des habitués du quartier,
et parfois quelques curieux que l’ambiance du café.
séduits par son ambiance
cinématographique et son
Avec des jus plus dilués, je casse ces ombres par endroits pour apporter une
limonaire, sept couleurs
de base me suffisent, 2qu’elles
variété graphique. J’interviens en bord de zones très contrastées juste avant 3faireÀhumide,
partir d’une zone d’ombre encore
je tire à l’eau claire pour
Guide pratique n° 78

que je mélangerai au gré ne sèchent, pour faire migrer le pigment et enrichir les masses colorées. apparaître les reflets des montants
de mon inspiration. Je traite la masse la plus sombre du tableau (le bar) en chargeant mon pinceau en de la porte du fond sur les tables,
pigment. Ce jeu d’ombres global peut être considéré comme la phase préalable à la sans chercher à obtenir un tracé
I Bleu de cobalt pose d’harmonies colorées. Je laisse en blanc les endroits où la lumière vient frapper. parfaitement droit ni une ligne de
I Bleu de turquoise clair coloration uniforme.
I Magenta
I Rose permanent
I Jaune de Naples
L’IMPORTANCE DU POINT DE VUE
I Terre de Sienne brûlée
Il est plus facile de dessiner sur le motif car le rapport de contrastes intéressant. Il est essentiel de bien
aux proportions se perçoit plus aisément que sur choisir son point de vue. Commencez par une mise
I Terre de Sienne naturelle. des documents photographiques. Ici, j’ai choisi un en place très générale : repérez tous les éléments
angle me donnant accès aux différentes ouvertures que vous souhaitez faire entrer dans la composi-
sur l’extérieur (porte, fenêtres, véranda) qui se re- tion, les grandes masses des plans horizontal et ver-
flètent à l’intérieur, de manière à obtenir un jeu tical. Ensuite seulement, entrez dans le détail.

Pratique des Arts n° 78 / Février-Mars 2008 61


Par Isabelle Kersimon. Photos : Sylvie Durand.

Je travaille les ombres moyennes, notamment Pour les ombres très moyennes, je pose un mélange Après séchage, je teinte les zones très claires avec
4se fondre
les armatures de la véranda qui viennent
dans les montants des fenêtres du
5 terre de Sienne naturelle + magenta avec des touches
plus mouillées et plus larges. En poussant la couleur sur
6 une harmonie colorée à base de terre de Sienne
naturelle. Dans l’intervalle, je retravaille certains
premier plan. La queue du pinceau me permet des éléments plus sombres et secs, des formes s’animent. contrastes avec du bleu de cobalt pur pour asseoir
de tirer des liserés très fins, tout en précision, Les différents plans apparaissent par contraste. les volumes (table, tabourets, seuil du bar).
pour poursuivre l’enrichissement graphique.

Je rouvre des blancs là où j’en ai besoin en


7parties,
posant des gouttes d’eau pure sur certaines
puis j’opère des retraits au chiffon d’un
mouvement franc. Je peux ensuite retravailler
le tableau pour lui apporter plus d’intensité
ou de lumière. Ici, un allégement côté bar et
un renforcement côté table au premier plan.

DÉSTRUCTURATION AU SPALTER
En fin de travail, je trempe mon spalter dans l’eau et le passe
à grands gestes sur le tableau pour brouiller la lecture, rendre
indéfinissables des détails que je juge trop précis à mon goût, MARC FOLLY
Pour le contacter :
briser des lignes trop nettes. Des coulures se forment dont mf@marc-folly.com
je maîtrise la trajectoire en inclinant ma planche et en essuyant
les surplus sur les bords.

62 Pratique des Arts n° 78 / Février-Mars 2008


Fruits d’églantier

Joëlle Krupa-Astruc
À DÉCOUPER SELON LES POINTILLÉS

Libérez votre gestuelle


Cette réalisation qui allie
figuration et abstraction exige
une grande souplesse dans
AU FIL DE L’EAU
la gestuelle. Placés au centre
du tableau, les fruits
Matériel
I Papier Fabriano grain fin
d’églantier apparaissent grâce
300 g
I Vaporisateur
à l’agencement méthodique des
I 2 pinceaux lavis Raphaël couleurs et l’usage rigoureux
nos 8 et 4
I 2 pinceaux Isabey kolinski des pinceaux. Un geste
nos 10 et 12
I 1 pinceau spalter Jax-Hair
plus libéré permet ensuite Sur une feuille de calque, je trace rapidement l’esquisse du sujet. Puis j’isole les
I 1 pinceau biseauté Da Vinci de déployer une écriture 1le calque
zones les plus claires en les couvrant de légères hachures espacées. Je retourne
sur une feuille de papier blanc afin de transposer le dessin. À l’aide d’un
no 12
plioir, je lisse la surface dessinée, les tracés au crayon s’impriment ainsi sur la feuille.
I Un crayon graphite harmonieuse et plus abstraite.
I Un plioir
I Une planche en bois et
de l’adhésif
I Du papier-calque
I Du papier absorbant.

Palette
Aquarelles extrafines :
I Rouge Blockx
I Bleu Blockx
I Jaune gomme-gutte
Je verse directement sur la feuille une petite En tenant le pinceau n°12 très incliné, je couvre les zones les plus
Winsor & Newton
I Jaune quinacridone
2avecquantité d’eau claire que j’étale immédiatement 3 claires d’un voile jaune pâle très transparent. Mes gestes sont amples
Guide pratique n° 77

la paume des mains. Je recommence sur l’autre et harmonieux afin de donner une direction à la lumière sans provoquer
Winsor & Newton face de la feuille avant de la fixer sur une planche de rupture dans la couleur. De la pointe du pinceau, je dépose un
I Garance pourpre en bois avec du ruban adhésif. Mouillé à cœur, mélange vert de vessie + bleu. La peinture, plus dense, se disperse moins
Winsor & Newton le papier est ainsi prêt à recevoir le pigment. vite, produisant un dessin plus net. Ainsi, avec chaque mélange, je
superpose des jus plus ou moins opaques selon la luminosité recherchée.
I Vert de vessie
Winsor & Newton
ROMPRE LES VERTS
Les pigments verts ont en général un pouvoir colorant très puis-
sant. Pour en maîtriser l’effet, je conseille de les rompre systéma-
tiquement avec un autre ton. J’ai pris l’habitude de les mélanger à
du bleu Blockx puis de les réchauffer avec un peu de rose de garance.
J’obtiens ainsi un vert plus doux qui se marie facilement avec les
autres teintes présentes dans le sujet.

Pratique des Arts n° 77 / Décembre 2007-Janvier 2008 59


Par Alexandra Bourré. Photos : Stéphane Grangier.

La baie située au centre possède une tonalité J’amorce le travail abstrait sur les zones qui encadrent Sur ces fils de couleur entremêlés, je coule
4de bleu).
profonde et intense (rouge crémeux + touche 5 le sujet central, contrastant par la netteté du dessin
Je fais pivoter mon pinceau au centre et de la couleur. Sur un papier très humide, je fais danser
6 une teinte liquide mais opaque de vert
de vessie, rose garance et jaune quinacridone.
du fruit, libérant le pigment. Puis je module la la pointe du pinceau pour produire courbes et entrelacs, Je vaporise la surface pour accélérer l’effet
lumière par retrait du pigment foncé au pinceau qui forment les fruits et les feuilles du centre. Je pars ainsi de fusion et déstructurer le motif fantaisie.
et à l’eau. du fruit puis j’étire la couleur vers l’extérieur.

7sansPlus libre dans ma gestuelle, j’estompe


les auréoles avec du liquide, que j’absorbe
attendre avec du papier sur les bordures.
8trèsPour valoriser les fusions et accentuer
la profondeur, les derniers lavis sont
dilués à l’arrière-plan, denses devant.
Je maîtrise également les équilibres lumineux Je fais virer le rouge de l’églantine avec
en ajoutant de la couleur sur les zones trop le jaune. Le jus puissant est adouci en
claires. Opacifiées et onctueuses, les couleurs se vaporisant de l’eau. Je monte les valeurs
modèlent facilement avec des pinceaux kolinski. des ombres avec une couleur plus pâteuse.

EFFETS GRAPHIQUES PAR RETRAITS


Élément graphique important, le retrait de cou- très dur. Les petits-gris agissent sur des zones déjà
leur peut s’opérer de différentes façons selon l’ef- presque sèches : sur une surface mate, j’effleure le
fet recherché. Ainsi, soustraire complètement la papier avec la longue capillarité du pinceau chargé
couleur afin de retrouver la blancheur du papier d’eau, provoquant ainsi un retrait partiel de la
s’effectue d’une manière simple, par frottement couleur qui laisse une pellicule transparente sur
léger du papier à l’aide d’un pinceau biseauté et toute la surface.

60 Pratique des Arts n° 77 / Décembre 2007-Janvier 2008


Nature morte,

A DÉCOUPER SELON LES POINTILLÉS

pochade à l’aquarelle
Marc Chalmé

Multiplier les études à


l’aquarelle aide à s’approprier
le sujet en vue d’une séance
LE BAGAGE DU PEINTRE
à l’huile. La simplicité de
cette nature morte à la palette
Matériel
réduite et aux éléments aisés
à dessiner – deux oignons et
une tête d’ail – est l’occasion de
s’interroger sur le meilleur parti
  L’ESQUISSE
I Papier pour aquarelle de
à tirer de leur agencement pour
format 30 x 30 cm (300 g/m2).
une composition harmonieuse. 1pourAprès avoir tracé mon esquisse au crayon graphite, je pose mes couleurs en lavis
dilué pour placer mes divers éléments : bleu manganèse et terre de Sienne brûlée
I Crayon graphite. le fond, jaune et rouge de cadmium moyen pour les oignons, terre de Sienne
  LA PALETTE
brûlée et bleu pour l’ail et les ombres.
Je préfère utiliser des godets
d’aquarelle, plus pratiques.
Très peu de couleurs me
sont nécessaires ; uniquement
des dérivés de primaires avec
une teinte supplémentaire :
bleu manganèse, jaune
de cadmium moyen, rouge
de cadmium moyen, terre
de Sienne brûlée, bleu de
prusse, cramoisi d’alizarine
et terre de Sienne naturelle.
  LE GESSO
Pour finaliser mon tableau
et lui apporter un peu de
lumière, je pose des rehauts
de gesso blanc. Je n’hésite pas
à procéder ainsi quand j’ai des
objets blancs. Je préfère cette
solution plutôt que de laisser
le blanc du papier car elle me
permet de ne pas me poser de
Je place les ombres en utilisant Je monte en valeur les oignons en diluant moins Je pose les ombres portées
questions pendant l’exécution.
Trois possibilités s’offrent 2en prenant
les mêmes teintes mais 3 mes couleurs jaune et rouge. Je procède de 4 en fonçant un peu les mêmes
Guide pratique n° 64

à vous en aquarelle : laisser soin de les foncer la même façon pour l’ail avec du bleu de Prusse teintes. Je place la table en
le blanc du papier en réserve, légèrement. et du cramoisi d’alizarine. diluant un peu plus ma couleur :
poser du drawing gum j’utilise du bleu, du rouge et
de la terre de Sienne naturelle.
ou réaliser des rehauts.
Mais le résultat sera moins
couvrant qu’avec le gesso.
  LES PINCEAUX LE SUJET
I Pinceau lavis n° 2
de Raphaël Deux oignons et un ail blanc se détachent sur fassent masse. Quant à l’ail, dire que dans la
I Pinceau en martre n° 2
un fond neutre, en l’occurrence de l’ardoise, réalité il est blanc est schématique : non seu-
intéressante pour sa matité et sa couleur si lement il faut savoir regarder plus objective-
Isabey particulière, aux effets nuancés. Malgré la sim- ment ce beige rosé qui le colore, mais il faut
I Pinceau brosse n° 12 Isabey. plicité de l’ensemble, vous aurez à moduler en outre être attentif à l’influence colorée des
les tons d’orange pour éviter que les oignons objets environnants – l’ardoise et les oignons.

Pratique des Arts n° 64 / Octobre-Novembre 2005 69


Par Sandrine Panossian-Kahn. Photos : Thierry Mercier.

5surenJelescontinue encore à monter la couleur

oignons et l’ail. Avec un petit pinceau


Je retourne mon dessin à l’envers pour en avoir une nouvelle J’apporte des détails et des petites touches dans les
appliquant des teintes presque pures 6 approche et je dilue de nouveau le fond afin d’harmoniser le tout. 7 oignons avec du rouge et de la terre de Sienne brûlée,
et dans l’ail avec du bleu mêlé à de la terre de Sienne
en martre, j’apporte aussi quelques détails brûlée. Je reviens sur les ombres portées en utilisant
à ma composition. toujours les mêmes couleurs et j’apporte des éléments
un peu graphiques avec la pointe du pinceau.

Pour faire ressortir leur lumière, j’ajoute une tache sombre


8manganèse.
près des oignons avec de la terre de Sienne brûlée et du bleu
Je termine en posant un rehaut de gesso blanc avec
un pinceau brosse n° 12 pour créer un impact de lumière sur l’ail.

DÉTERMINER SA COMPOSITION LE BON ÉCLAIRAGE


Pensez à mettre en place une composition qui fasse L’éclairage latéral (ou légèrement de trois quarts)
à la fois voyager le regard sans pour autant créer et du dessus sont ceux qui donnent généralement
de vide entre les objets. Il est nécessaire de déter- les meilleurs effets : ils créent des ombres obliques
miner un premier plan et un arrière-plan au moins. qui apportent de la profondeur et, en mettant en
Les objets doivent être liés, se chevaucher, sans être lumière le plan de l’objet (la partie supérieure et
collés pour créer des respirations. un côté), ils valorisent les volumes.

70 Pratique des Arts n° 64 / Octobre-Novembre 2005


Jean-Claude Chaillou

Un panier monochrome
À DÉCOUPER SELON LES POINTILLÉS

tout en lumière
Apprivoiser l’eau en
expérimentant les zones
d’inclinaison : voici un moyen
AU FIL DE L’EAU
très judicieux de multiplier
les jeux de lumière selon
Matériel la technique de l’aquarelle.
I Une feuille de Lavis Fidélis
Arches grain fin 220 g
Coloré d’un mélange dominé
I Une planche de par l’ocre-rouge et le bleu
contreplaqué
I De la gouache extrafine outremer, ce panier rempli
Linel : rouge persan,
ocre-rouge, jaune persan clair, de fruits embrasse une vision
bleu outremer, cendre bleue
I Un pinceau entre-plume
à la fois surannée et abstraite, 1puisJ’introduis ma feuille en oblique dans un bac d’eau pure comme pour fendre
l’eau à l’horizontale. Je laisse imbiber le papier une vingtaine de minutes
je le roule à la surface de l’eau. J’extrais entièrement la feuille du bac
(ou traînard) pour les détails à la verticale et d’un geste ferme.
très fins classique et contemporaine.
I Un pinceau à lavis Raphaël
I Un pinceau petit-gris
très fin n° 2 Raphaël Je travaille à partir
I Une brosse plate en soie
de porc pour les mélanges d’une teinte riche
sur la palette
I Deux éponges que j’obtiens par
I Une planche à revêtement
plastifié. mélange. En jouant
sur la saturation de
ce mélange, j’amène
un fort contraste,
donc une forte lumière
dans mon œuvre.
Je pose la feuille dans l’axe médian de la planche de contreplaqué avant de la dérouler
2d’essuie-tout
sur toute la hauteur du support. J’éponge la surface de la feuille avec un rouleau
Guide pratique n° 66

afin d’éviter que le papier brille. Bien tendu, celui-ci n’a plus qu’à être
fixé avec des bandes de kraft adhésives.

À NOTER
Bien que je parle d’aquarelle, j’utilise en fait de pigment aquarelle est trop fin, il contient aussi
la gouache. Pour un travail en dilution comme trop de colle et de gomme arabique qui don-
le mien, certaines couleurs à l’aquarelle, qui nent un côté vernis m’empêchant de mode-
ont tendance à mousser ou à précipiter, sont ler la matière. J’aime la poudre de la gouache
inadaptées. Outre le fait que je trouve que le et le grain qu’elle produit, délayée dans l’eau.

Pratique des Arts n° 66 / Février-Mars 2006 65


Je prépare maintenant mes couleurs. Une fois le mélange bien unifié, la totalité du jus
3l’ocre-rouge
Sur la planche plastifiée, j’injecte de
dans une grande quantité
4 est absorbée dans une éponge. 5surÀjelal’aide d’un pinceau entre-plume chargé d’eau claire,
dessine le panier de façon à former un réseau de rigoles
surface du papier. Puis je fais circuler le liquide
d’eau jusqu’à obtenir un jus très opaque. en inclinant la planche posée sur mes genoux.
De la même façon, à la brosse plate,
je rajoute une bonne dose d’outremer.

Je commence
toujours mon
dessin directement
à l’eau. Un tracé
au crayon risquerait
de rayer le papier
et de diriger l’eau.

6dansLeJeunfaisdessin des pommes s’effectue avec un gros pinceau lavis dans un geste circulaire.
tomber la pointe du pinceau, tenu à la verticale, sur le papier, puis je l’écrase
mouvement de pivot.
Sur le coin inférieur gauche
7préalablement
de la feuille, je presse l’éponge
saturée d’eau teintée.

CHOIX ET USAGE DU PINCEAU


  Pour les pinceaux à lavis, je suis fidèle à la   Il faut veiller à constamment irriguer le
marque Raphaël série 803. La touffe en est par- dessin en pressant de temps à autre la tête d’un
faitement montée et encollée et, une fois pinceau lavis chargé d’eau sur l’extrémité d’une
mouillée, elle ne fait qu’une pointe. Le manche ligne. Inclinez ensuite la planche pour que le
en bois est bien équilibré et permet au pinceau liquide s’écoule sur la longueur du premier trait
de flotter dans le récipient d’eau. invisible.

66 Pratique des Arts n° 66 /Février-Mars 2006



AU FIL DE L’EAU
A DÉCOUPER SELON LES POINTILLÉS

Bien fixer le papier


J’accorde un soin particulier
à la fixation du papier sur
le support, une planche de
contreplaqué d’un format
supérieur de 10 cm à celui
de la feuille. Le papier ne
doit pas gondoler sous l’effet
des grandes quantités d’eau.
Je déroule la feuille mouillée
sur la planche puis je la fixe
avec des bandes de kraft sur
le pourtour. La marge de bois
de la planche est en outre
très pratique pour faire
des essais de touches avant
d’intervenir sur le tableau. 8sur laPuis j’incline la planche vers
droite afin de diriger le jus
le dessin transparent.
À l’aide du pinceau entre-plume,
9du panier.
je précise les rythmes du tressage 10 Afin de modeler le fruit par une
variation de l’éclairage, je retire au
lavis petit-gris le jus opaque. Maintenant
transparente, la couleur peut être
encore éclaircie par de l’eau claire
selon l’intensité lumineuse souhaitée.

De la même façon, je fais glisser le pinceau lavis le long de certaines lignes Pour le glacis, je rehausse
11 de tressage. L’eau est absorbée sur le passage du pinceau pour procurer
un effet plus sculpté et marquer les contrastes entre les clairs et les ombres,
12 le jus précédent d’une bonne
quantité de cendre bleue et je récupère
comme par exemple sur le nœud de l’anse. ce nouveau mélange dans une éponge.
Guide pratique n° 66

Je vaporise ensuite toute la surface


de la feuille, dessin du panier inclus.

VARIANTE : LES FRUITS EN COULEUR


Pour introduire quelques touches - Pour la pomme de droite : du du vert cyprès et du rouge
colorées sur l’ensemble mono- jaune citron, du vert cyprès et persan clair.
chrome, éveillez les teintes des du rouge persan clair ainsi qu’une - Pour la pomme de gauche : du
fruits par quelques glacis plus ou touche de rouge persan foncé. jaune citron, du rouge persan
moins légers, dans des mélanges - Pour la pomme du centre : du foncé, une pointe de vert cyprès
de couleurs bien distincts. carmin véritable (marque Lukas), et d’ocre-rouge.

Pratique des Arts n° 66 / Février-Mars 2006 67


Par Alexandra Bourré. Photos : Stéphane Grangier.

En haut à droite, je presse l’éponge. Le jus bleuté s’épanche doucement. Cet autre glacis s’oriente à l’inverse Afin de retrouver la netteté du dessin
13 J’incline la planche vers la gauche afin de diriger le mouvement vers le 14 du précédent, diffusant ainsi une lumière 15 légèrement brouillé par le glacis,
panier. Le pigment bleu, plus lourd, s’attache sur les parties supérieures alors radicalement différente. Je presse l’éponge je fais glisser le pinceau lavis sans eau
que les ocres se dispersent en amont pour apporter une lumière plus chaude. sur l’angle inférieur gauche du tableau. J’incline sur les lignes les plus claires du motif.
la planche à droite, puis très rapidement
vers la gauche pour ôter de la couleur.

Toujours dans le frais, je sculpte le dessin. À l’aide


16 d’une brosse dure biseautée, je délave les zones
de tressage de manière à faire passer les brins d’osier
les uns par-dessus les autres.
Il ne reste plus qu’à tamponner les parties redessinées avec de l’essuie-tout et de laisser sécher. Le panier
17 apparaîtra dans un camaïeu d’ocre-terre sous un rayon de lumière automnal. Titre de l’œuvre : l’Accroche.

> Vous pouvez voir environ 150 de mes œuvres sur mon site : > Pour suivre l'élaboration d'une aquarelle faite dans une forêt :
CONTACT http://aquarelle.chaillou.free.fr http://seulenscene.monsite.wanadoo.fr/index.jhtml
126, route > Pour les stages en atelier et voir quelques « natures calmes » : > Pour vous inscrire à mes stages d'été :
de la Vallée http://aquarelleautomne.monsite.wanadoo.fr http://monsite.wanadoo.fr/aquaseine
95780 Haute-Isle > Pour consulter mon site de conseils techniques :
Tél. : 01 34 78 20 16. http://aquarellesconseils.monsite.wanadoo.fr

68 Pratique des Arts n° 66 /Février-Mars 2006


Ambiance artisanale

À DÉCOUPER SELON LES POINTILLÉS

d’une scierie à l’aquarelle


Janine Gallizia

Cette scierie, avec sa lumière


trouble, chargée de poussières
de bois et ses ouvriers occupés
AU FIL DE L’EAU
à débiter des planches,
constitue un sujet qui ne
Matériel

Sur le motif
demande qu’à être magnifié
à l’aquarelle. Pour ce faire,
je vais procéder en deux
étapes : la première sur
le motif pour les croquis,
et la seconde en atelier. 1et JeEnenm’imprègne de la scène en regardant les ouvriers travailler.
plusieurs croquis rapides, je découpe le sujet en enlevant le superflu
ne conservant que les points importants. Ces dessins me serviront
de documentation : à l’inverse d’une photographie qui saisit l’intégralité
de la scène, je préfère me focaliser sur certains éléments que je retiendrai
 Critérium 0,7 mm 2B dans ma composition finale.
 Vaporisateur
 Pinceaux Raphaël 803 :
000, 1, 4 et 7 Tout demeure,
Palette et doit
 2 bleus Winsor & Newton demeurer,
(nuances rouge et vert)
 Bleu phtalo turquoise au service de
 Rouge quinacridone
l’atmosphère
Dans l’atelier

Winsor & Newton


 Terre de Sienne brûlée
Winsor & Newton que je souhaite
 Jaune transparent
 Or vert
donner à
l’œuvre finie.
Je retranscris mes croquis sur la feuille. Comme le croquis, qui Je me réapproprie les différents croquis en
2interprétation
est une interprétation libre de la réalité, le dessin constitue une 3en opérant
gardant en tête une vision d’ensemble. C’est
Guide pratique n° 85

libre du croquis préalable. J’opère de substantielles cette distanciation, en puisant dans


modifications : j’exagère la perspective et je change les proportions ce réservoir de motifs, que j’arrive à optimiser
de la machine tout en baissant un peu le point de vue. mon dessin. Ainsi, par exemple, un personnage
croqué de profil sera intégré, mais de face.

LE SUJET
Je suis déjà passée plusieurs fois devant cette scierie sans
m’y arrêter, tout en sachant qu’il y avait là matière à réali-
ser une œuvre intéressante. Je choisis mon point de vue :
une belle perspective accentuée par une trouée lumi-
neuse au fond et plusieurs ouvriers affairés autour de la
scie à ruban qui débite les billots de bois en planches.

49
Je fais tourner
régulièrement ma
feuille : pour des raisons
techniques (lavis par
exemple) et pour
pouvoir appréhender
le sujet avec une
distance parfois
nécessaire.
Je démarre toujours par le haut de la feuille. Je n’hésite Je travaille les formes et les plans ensemble, de manière
4premier
pas à la retourner pour y appliquer généreusement un
lavis, composé d’un mélange de rouge quinacridone
5fusionner
à obtenir une meilleure harmonie des couleurs et à faire
les couleurs et les formes entre elles.
et de terre de Sienne brûlée. Je le rehausse, dans l’humide,
de bleu phtalo turquoise.

Un mélange de bleu Winsor (nuance


un rôle multiple : elle place les masses 8 rouge) et de terre de Sienne brûlée
Tout se joue dans la rapidité du geste. À partir de l’image mentale Cette première couche colorée joue
6J’alterne
que j’ai du tableau final, j’effectue un premier passage de couleurs.
entre la terre de Sienne brûlée, le rouge quinacridone et
7et élimine les blancs que je ne souhaite constitue la base de toute ma peinture,
un mélange des deux jaunes. Je prends soin de nettoyer le pinceau pas conserver et qui viendraient parasiter ma palette se déclinant autour de ce
entre chaque prise de couleurs. mon regard. mélange. 80 % de ma peinture s’effectue
avec ce mélange de deux couleurs dans
des proportions différentes.

LE TEMPS DE L’OBSERVATION
Je suis sur le motif depuis une demi- pouvoir le dépasser. Tout en dessinant,
heure ; je commence à vraiment ren- je repère une autre vue de l’atelier qui
trer dans mon sujet. À en ressentir les conviendrait à un autre tableau. Je m’ef-
variations et les subtilités. Ce temps force de ne pas la regarder et de ne pas
nécessaire me permet de l’analyser froi- y penser. Je reviendrai sur le motif une
dement et voir ainsi comment je vais prochaine fois.

50 Pratique des Arts n° 85 / Avril-Mai 2009



AU FIL DE L’EAU
A DÉCOUPER SELON LES POINTILLÉS

S’affranchir
des règles
Il est bon de toujours garder
en tête l’idée principale.
Il faut bien sûr travailler
en dosant les éléments
importants que constituent
les couleurs, les contrastes
de couleurs et les contrastes
de valeurs. Mais on ne doit
pas non plus s’astreindre
à suivre, envers et contre tout,
des règles. Une peinture est
avant tout une question
d’équilibre, pas de règles.
9sur Jefaire
garde un contraste de valeurs très fort, afin de
ressortir le sujet principal : l’ouvrier penché
la scie. Il est important de garder un petit sujet
10 Cette partie peut paraître ingrate car les formes ne
sont pas encore très bien définies. C’est par la suite,
lors de la pose des dernières touches, que tout se décante
principal, afin que le regard puisse se focaliser sur et que le tableau se révèle véritablement. Avec le même
un point pas plus grand qu’une pièce de monnaie. mélange, appuyé de bleu et très dilué, je dessine les
rouleaux du premier plan.

Je garde un premier plan très clair et un arrière-plan sombre Je pose une grosse touche de bleu Winsor, très en pâte,
11 en dosant toujours les lumières de manière à conserver 12 que je vais venir ensuite délayer avec un pinceau
Guide pratique n° 85

les valeurs. Tout se joue en terme de rapport à différents endroits mouillé. Par des traits prestes, horizontaux et verticaux,
du tableau : rappel de formes, bien sûr, rappel des couleurs, je viens suggérer les poutres du toit et la structure
évidemment, mais aussi rappel des différentes granulosités architecturale du lieu. Ces lignes, posées de façon
et des techniques : mouillé sur mouillé, mouillé sur sec. arbitraire, viennent renforcer la composition.

LA PRISE DE NOTES
 Mon dessin se construit petit à petit par des rappels de formes et dessin. Pour une composition équilibrée et harmonieuse, organisez
de lignes verticales et horizontales. Je fais ainsi un rappel de la super- les formes en conséquence et ne vous référez pas simplement à la
structure de la scie à ruban en traçant des verticales à gauche. Je réalité.
garde aussi un côté ouvert, tout en fermant ma composition à droite.  Pour les ouvriers et leur répétition de gestes mécaniques, je trace
 Le cercle formé par la machine m’intéresse. Je vais lui accorder plusieurs croquis rapides, en me concentrant simplement sur les gestes.
plus d’importance, tout en déclinant ce cercle à d’autres endroits du Puisqu’ils travaillent vite eux aussi, je dessine quantité de croquis. À

Pratique des Arts n° 85 / Avril-Mai 2009 51


Texte : Laurent Benoist. Photos : Sylvie Durand.

J’obtiens un orange transparent avec un mélange de Je dessine les bleus de travail des ouvriers avec un bleu
13 quinacridone rouge et de jaune transparent. Je mélange
mes oranges pour une raison très simple : les oranges déjà
14 Winsor pur, et les visages avec de la terre de Sienne
diluée. Je trace des lignes avec le même bleu Winsor, en haut
mélangés que l’on trouve en tube sont opaques ou semi- à droite de la composition, ce qui fait un rappel heureux avec
opaques. Ainsi j’ouvre en éclairant la partie gauche de l’œuvre. les salopettes bleues en bas à gauche.

Je reviens sur certains détails avec un pinceau mouillé


15 une fois le papier sec : des éléments de la scierie,
quelques lignes de fuite et le mouvement des ouvriers.
Enfin, je parachève l’aquarelle en traçant quelques rehauts
avec de la gouache blanche mélangé avec du bleu Winsor,
afin d’apporter de la lumière dans la toiture.

VARIATION SUR LE MÊME THÈME


La démo, comme les ébauches du même trop se soucier de la mise en pratique, ni des Remerciements à
genre que je fais systématiquement avant de problèmes et des hésitations qui peuvent MICHEL FORGENEUVE
m’atteler à la peinture proprement dite, cons- survenir. Le travail, plus élaboré par la suite, Scierie Michel Forgeneuve
titue une approche de la composition et des gagnera en transparence et en aisance des 24360 Piégut-Pluviers.
Tél. : 05 53 56 53 94.
valeurs (c’est-à-dire le travail de lumière et gestes, car des idées plus sûres se reflètent
de l’atmosphère). À ce stade, il ne faut pas dans des gestes également plus sûrs.

52 Pratique des Arts n° 85 / Avril-Mai 2009


Glacis à l’aquarelle

À DÉCOUPER SELON LES POINTILLÉS

Vieilles boutiques bordelaises


François Tilly

Au détour des ruelles du vieux


Bordeaux, les façades des
blanchisseries, cordonneries
LE GESTE ET LA MÉTHODE
et autres coutelleries sont
les témoins d’un autre siècle
Matériel
  LE CHOIX DU PAPIER et nous livrent un peu de leur
Le papier Vinci lourd (400 g), histoire. L’aquarelle, grâce
très lisse, permet un travail
précis. On peut atténuer des aux subtilités des glacis,
lignes en enlevant du pigment
et créer des effets par traduira fidèlement l’aspect
grattage du papier à la lame.
Ma feuille (27 x 25 cm), est patiné des façades en bois Sur mon esquisse au crayon, je passe Je passe un premier jus transparent
tendue puis fixée au kraft
sur une planche de bois. que le temps a façonnées. 1pinceau
mes lettres au drawing gum avec un 2 de couleur lumineuse associant une
  UNE PALETTE RÉDUITE
fin et une plume selon leur taille. terre de Sienne à un rose de garance.
Puis, à la brosse, je pulvérise ma feuille J’évolue dans le sens du bois de
Seules quelques couleurs d’impacts de drawing gum. Ces éclats manière à donner un premier rythme.
suffisent, à partir desquelles blancs animeront mon aquarelle.
j’obtiens des gris colorés qui
rendent mon sujet lumineux
et riche en nuances.
Respectez le cheminement
de l’aquarelle : des couleurs
claires et transparentes
vers les plus sombres.

  ET AUSSI…
I Un papier témoin en guise
de palette
I Un portemine HB
Je grise mon ton rosé d’une pointe de bleu et je traite J’amène une couleur plus dense de rouge indien et de terre
I Une boîte d’aquarelle grands 3Poursans entrer dans le détail l’environnement de la boutique. 4 de Sienne sur la boutique qui réagit au ton rosé sous-jacent.
Guide pratique n° 67

godets Winsor & Newton donner du relief à mon sujet, j’intensifie les zones Je restructure l’ensemble en intensifiant les contours de la façade.
I Du drawing gum Pébéo posé d’ombre. Je sèche ma feuille au sèche-cheveux. J’anime le mur en pierre sur la droite. Je sèche puis reviens
à la plume et au pinceau fin au pinceau fin, chargé en rouge indien et bleu, pour préciser
I Une gomme mie de pain
les lignes de force, moulures et structure des volets. Je sèche
et densifie la façade de rouge indien et de terre d’ombre.
(préserve la texture du papier)
I 3 pinceaux ronds kolinski
nos 1, 4 et 5 L’APPLICATION DU DRAWING GUM
I 2 brosses (largeur 5 et 15 mm)
Je l’utilise pour des réserves très pinceaux. On peut aussi protéger les
en soie de porc pour effets de léchées, appliquées à la plume, pour poils du pinceau en les savonnant
matière et pulvérisations les lettres notamment ; pour obtenir sans les rincer avant l’application du
I Une lame de rasoir des effets de texture, je le projette produit. Je le retire à la fin de mon
I Un récipient d’eau (gardez avec une vieille brosse, car le drawing travail avec une lame de cutter.
toujours une eau propre). gum (ou liquide à masquer) abîme les

Pratique des Arts n° 67 / Avril-Mai 2006 73


Par Christel Fleury. Photos : Stéphane Grangier.

En gardant le
caractère original
de mon sujet,
je peux, à cette étape,
commencer à
personnaliser
mon travail.

J’effleure ensuite la surface du papier avec une brosse J’enlève le drawing gum sur les lettres pour les vieillir, au pinceau fin,
5monusée pour enrichir les effets de matière. Puis je réchauffe
sujet en déposant un voile ocre-jaune sur le haut
6J’atténue
d’un gris coloré associant un bleu à une terre de Sienne brûlée.
les contours pour les vieillir davantage. Je cerne d’un trait
du store, les volets et le premier plan. Je laisse sécher. gris sombre bleuté les lettres et le store. Je trace quelques lignes
horizontales sur les lettres. J’apporte enfin quelques reflets roses
et suggère l’aspect pavé du premier plan.

7PourJ’enlève le drawing gum disséminé et pulvérise


à la brosse quelques impacts de couleur sombre.
finaliser mon aquarelle, avec le plat de
la lame, je dégage une lumière perdue, redessine
une lettre, gratte les volets pour en vieillir
davantage leur aspect.

LA TECHNIQUE DU GLACIS À VOIR


Le glacis est idéal pour traduire des effets François Tilly expose
ses aquarelles de Venise
de matière. Je commence mon travail avec des à l’office de tourisme de
couleurs lumineuses puis je passe successi- Créon (33) jusqu’au 31 mars 2006.
vement des voiles de couleurs plus sombres. Rens. : 05 56 51 80 40.
L’utilisation du sèche-cheveux entre chaque
passage accélère la réalisation.

74 Pratique des Arts n° 67 / Avril-Mai 2006


Jean-Claude Chaillou

Le geste en aquarelle
À DÉCOUPER SELON LES POINTILLÉS

Astuces et improvisation
Quelques oignons nouveaux :
la simplicité du sujet permet de
se concentrer sur la spontanéité
AU FIL DE L’EAU
du geste, primordial dès lors
qu’on cherche à mettre en
Matériel scène divers effets de surface.
La démonstration n’en est que
plus évidente lorsqu’il s’agit
de jouer avec un éventail
d’instruments improvisés, tels
que le carton, le peigne ou 1desAvant de dessiner le sujet, je mets
au point sur la palette la teinte
bulbes, un gris bleu-vert très clair
2 Avec un pinceau à lavis très chargé
en eau, je forme la rondeur des
bulbes en écrasant et en faisant pivoter
obtenu par un mélange de cendre bleue, la touffe. J’amplifie mon geste vers
I Une feuille Arches
encore le disque de paraffine. de jaune citron et de rouge persan clair. la droite pour dessiner la feuille
Je réserve la couleur dans une éponge. de l’oignon.
grain moyen fin, 200 g
I Une planche de
contreplaqué pour
fixer le papier À chaque bulbe
I Des tubes d’aquarelle
I Un pinceau entre-plume correspondent
I Un pinceau à lavis Raphaël
I Un pinceau petit-gris
plusieurs lignes
très fin n° 2 Raphaël
I Un pinceau en ficelle
généreusement
de chanvre
I Une brosse dure biseautée
alimentées en
pour les mélanges
I Deux éponges
eau, où viendra
I Une planche en revêtement s’infiltrer
plastifié
I Du carton la couleur.
I Un peigne
I Un cure-dents À l’aide d’un pic en bois, je travaille les méridiens
I De la paraffine. 3en accompagnant
des bulbes. Je raye ensuite les tiges au peigne 4de laàJeéponger
fais fuser la couleur dans les bulbes, en veillant
l’excédent d’eau sur le côté. Par inclinaison
Guide pratique n° 68

les stries dans un tracé en feuille, le jus coloré s’infiltre dans les tiges, diffusant
étranglement. Le papier mouillé a tendance à gonfler, une pellicule grisâtre très diluée et transparente. Avec
Palette la présence de ces rayures va donc permettre le précédent mélange enrichi de vert cyprès, j’irrigue
une meilleure adhérence de la peinture sur le sujet. au pinceau à lavis l’ensemble des tiges d’un vert intense.
I Cendre bleue
I Jaune citron
I Rouge persan clair
I Vert cyprès
LA PARAFFINE
I Vert Armor Son utilisation permet un travail de préci- Mode d’emploi : je fais fondre la paraffine dans
I Laque carminée.
sion : appliqué sur les réserves de blanc, le film une louche de façon à obtenir la forme d’un
gras protège ces zones contre les infiltrations palet. Utilisé sur la tranche, il doit être ensuite
d’eau. Dessinées avec netteté, les formes d’un aiguisé au cutter ou refondu après chaque pas-

 
blanc pur rendent plus précis les effets de sage sur la feuille.
contre-jour, par exemple.

Pratique des Arts n° 68 / Juin-Juillet 2006 69


Par Alexandra Bourré. Photos : Stéphane Grangier.

Afin d’obtenir des blancs purs sur les zones brillantes du bulbe, À l’extrémité des bulbes, je trame J’éclaircis à l’eau pure l’ensemble des tiges,
5de paraffine.
je repousse la couleur par mouvements circulaires avec le cercle 6 le réseau des racines avec un mélange
Je continue à sculpter le motif mais cette fois en de jaune citron, de rouge persan clair et
7 avant d’ajouter à l’entre-plume de minces filets
vert Armor. La couleur ne doit pas s’infiltrer dans
apportant de la couleur avec la tranche imbibée d’un morceau d’un soupçon de vert appliqué au pinceau en les bulbes. Par précaution, je repasse une couche
de carton détrempé. Je sillonne la zone de verdure de longues ficelle de chanvre. Je précise ensuite le dessin de paraffine pour les protéger.
courbes montées en valeur pour accentuer l’effet de profondeur. par de légères incisions avec le cure-dents.

8tiges,Afin de faire disparaître toute


zone blanche de l’amas de
j’ajoute quelques lignes
9 Il s’agit maintenant d’apporter
de la densité à l’ensemble de la
composition en suggérant des formes
10 Vaporisée, la couleur fraîche envahit toute la surface de la feuille pour former
un glacis léger et subtil en accord avec les tonalités précédentes.

vertes à l’entre-plume, en essuyant en filigrane. Je barre le sujet de longues


au fur et à mesure l’excédent de courbes d’un vert très foncé, puis
jus à l’aide du pinceau à lavis. projette de la couleur au pistolet.

CONTACT
La paraffine présente par ailleurs l’avantage Je déconseille l’utilisation d’une simple bou- 126, route de la Vallée 95780 Haute-Isle
de se dissoudre très facilement à la chaleur gie pour effectuer les réserves car sa texture, Tél. : 01 34 78 20 16.
http://aquarelle.chaillou.free.fr/
du sèche-cheveux, la matière pénétrant dans trop molle, rend difficile l’obtention d’un dessin http://monsite.wanadoo.fr/aquaseine
le papier sans laisser de traces de brillance en net. Elle a d’autre part tendance à jaunir légè- http://aquarelleautomne.monsite.wanadoo.fr
surface. Le papier ainsi imprégné empêche rement le papier. http://aquarellesconseils.monsite.wanadoo.fr
l’eau de s’infiltrer.

70 Pratique des Arts n° 68 / Juin-Juillet 2006


Une carcasse de 2 CV

À DÉCOUPER SELON LES POINTILLÉS

aux crayons Neocolor II


Jean Olyslaegers

Pour moi qui suis un


aquarelliste de longue date,
la rencontre avec les Neocolor
AU FIL DE L’EAU
de Caran d’Ache tient à un
hasard heureux : un cadeau
Matériel
d’anniversaire. Ma curiosité
attisée, je découvris alors
tout le potentiel d’un médium
connu de trop peu d’entre
nous, à la fois proche et
I Papier Canson Montval
300 g grain fin, 32 x 41 cm complémentaire des aquarelles 1avoirJeclair)commence par la voiture dont le bleu d’origine (bleu
disparaît sous la rouille (rouge vermillon). Après
réalisé une esquisse précise, je mouille mon papier.
I Neocolor II de Caran d’Ache
Avec le pinceau, je prélève directement de la couleur sur
traditionnelles. le bâtonnet pour la déposer sur ma feuille humide.
I Pinceaux : pinceaux ronds et
fins de différentes grosseurs
dont nos 2 (petit-gris Manet), 4,
6 (fibres synthétiques Talens)
I Brosses plates nos 8 et 12, Pour obtenir des
brosses usées (pour les frottis)
I Pinceau 8793 Pébéo n° 8 effets de matière
pour fondre (pointe longue
langue de chat) intéressants,
I Art Masking Fluid
de Winsor & Newton. travaillez au pinceau
La gamme
le pigment
Neocolor II directement
Ces craies à la cire solubles
à l’eau sont disponibles dans appliqué sur
une gamme de 126 couleurs.
Leur mine (10 mm de diamètre le support.
pour 10,5 cm de haut) est plus
tendre que celle des crayons
J’approfondis le travail de la matière avec le Je reprends mon vermillon pour la
de couleur et plus ferme que
celle des pastels à l’huile. 2le vermillon.
rouge anglais et la sanguine que je superpose sur 3 portière. Pour un travail plus en eau,
Guide pratique n° 84

Très concentrée en pigments, Le travail peut se faire sur sec, avec un je mouille mon support au préalable :
la couleur se laisse fondre renfort éventuel d’aquarelles traditionnelles (Sienne, au contact du liquide, le bâtonnet répand
garance). Ici, je joue plus sur la chaleur des tons et le pigment sur la feuille. Je l’étale au
à l’eau, pour prendre la matière que sur la transparence du médium. pinceau et lui donne l’effet voulu.
l’apparence de l’aquarelle,
et estomper au doigt pour
un effet mat et velouté.
DE NOMBREUX AVANTAGES…
  L’artiste est dans un rapport direct avec le support. La matière tout en renforçant à tout moment les lignes de son dessin.
en main, comme un pastel, il peut alterner avec le pinceau   Le nuancier est très étendu, ce qui évite de tâtonner dans ses
pour une approche plus traditionnelle de l’aquarelle et balan- mélanges. Avec de très beaux jaunes clairs, verts olive et beiges.
cer ainsi constamment entre peinture et dessin. À noter aussi le grand éventail de gris (au nombre de 13, du blanc
  La variété des approches est intéressante : on peut à la fois

 
au noir, du chaud au froid). Quelques manques en revanche du
travailler en fondus ou en précision, dans l’humide ou sur sec, côté des verts sourds (oxyde de chrome, terre verte).

Pratique des Arts n° 84 / Février-Mars 2009 55


Avec ce bâtonnet,
vous pouvez, par
endroits, poser la
couleur par petites
touches en apportant
un effet mat,
presque pastel.

L’intérieur de la voiture est traité à l’aide d’un noir anthracite


4de Sienne
(plus chaud que le noir d’ivoire) que je mélange à de la terre
et de la garance. Sur cette zone encore humide, je pose
5dansJ’attaque maintenant le pneu placé au premier plan.
Avec le gris souris, je crée un effet volontairement flou
les contours afin que le regard ne soit pas détourné
le brun directement avec le bâtonnet puis l’estompe au pinceau. de la voiture. Je reviens dans un deuxième temps avec le gris
Le pigment fond agréablement. foncé, voire le gris-noir car, comme à l’aquarelle traditionnelle,
les teintes pâlissent.

6le tonsurÀ l’intérieur du pneu, j’ai posé du liquide à masquer


les petites fleurs afin d’appliquer tranquillement
le plus sombre (mélange de gris et violet) et le plus
7 Après avoir ôté la gomme, je peins les fleurs et traite en détail
le feuillage en allant du clair (vert de mai) vers le foncé (vert
prairie). J’accentue ensuite les contrastes à l’anthracite ou au noir.
lumineux (vert clair) qui vont permettre d’asseoir le rouge
des fruits d’églantier.

… ET QUELQUES INCONVÉNIENTS
  Les couleurs ne sont pas aussi transparentes et un papier qui se déchire. D’où le besoin d’éta-
que les aquarelles traditionnelles. Inégales dans blir son propre nuancier afin de bien se repérer
leur opacité, certaines tels le bleu clair ou l’ocre parmi les numéros.
tirent presque sur la gouache.   Des noms particuliers, parfois bizarres, ont été
  La présentation n’est pas encore au point : donnés aux couleurs et égarent l’aquarelliste habi-
des teintes pas toujours indiquées sur le bâtonnet tué aux noms plus usuels de ses tubes ou godets.

56 Pratique des Arts n° 84 / Février-Mars 2009



AU FIL DE L’EAU
A DÉCOUPER SELON LES POINTILLÉS

Conseils
I Ayez toujours du papier
essuie-tout pour éponger les
excès d’eau, difficiles à doser
au début.
I Quand vous prélevez la
matière sur le bâtonnet avec
un pinceau mouillé, attention
à ce qu’une goutte ne tombe
pas sur le support.

Pour donner un bel effet d’herbe, j’adopte la Je reviens ensuite avec un pinceau fin et
8pinceau,
technique du frottis : les poils durs de ce vieux
frottés sur le bâtonnet, ne retiennent que
9camaïeu
anime ce plan intermédiaire à l’aide d’un
de verts et d’ocres clairs. Dans un travail
la couleur (beige et jaune de Naples) et créent une de va-et-vient, j’ajoute et ôte de la couleur à la
I Gardez en tête que, matière sèche sur le support. brosse sèche jusqu’à créer un effet à la fois fondu
comme avec les aquarelles et frotté.
traditionnelles, les teintes
pâlissent en séchant.
I Créez-vous un nuancier
afin de vous repérer plus
facilement parmi les numéros.
I Pour les applications sur
sec ou demi-sec, préférez les
couleurs claires qui vont se
fondre. Les teintes foncées,
tels les bleus, marquent plus,
pénètrent le papier et se
fondent moins bien.
I Attention de toujours rincer
votre pinceau avant de
prélever la couleur pour ne
pas salir le bâtonnet.
I Essayez vos couleurs sur
une feuille test afin de juger
de la teinte et de son effet
au contact de l’eau.

Le traitement du ciel se fait dans l’humide, Petit à petit, le papier sature. C’est le moment
10 à la manière d’une aquarelle traditionnelle : 11 de créer des effets lumineux (sur papier épais
Guide pratique n° 84

je mouille le support puis pose mes tons (bleu clair, uniquement) en rajoutant de la couleur : on peut
vert clair et vert foncé, bleu lavande, pervenche, fondre, dégrader, frotter. Par endroits, je pose
jaune de Naples, tilleul, émeraude). Je fais voyager la couleur directement, par petites touches, pour
la couleur tant qu’elle est humide. un effet mat, presque pastel.

NEOCOLOR II, MODE D’EMPLOI


  FROTTÉ. La couleur   APPLIQUÉ DIREC-
est prélevée à la pointe TEMENT. La couleur est
du pinceau sur le bâton- déposée brute sur le
net puis appliquée sur le support puis fondue au

 
support. pinceau.

Pratique des Arts n° 84 / Février-Mars 2009 57


Texte et photos : Stéphanie Portal.

N’oubliez pas, avant


de commencer votre
travail, qu’avec ces
craies, les couleurs
ne sont pas aussi
transparentes que
les aquarelles
traditionnelles.

À l’intérieur de la voiture, le ton rouille se doit d’être plus brun : je pioche dans J’attaque l’arrière-plan à grande eau avec le vert
12 les beiges, j’assombris avec le gris anthracite puis réchauffe avec la sanguine.
Je reprends le beige foncé pour nuancer le tissu, traité au rose saumon. Les planches
13 foncé et le bleu royal qui tire sur le violet. Sur sec, je
réchauffe avec l’ocre et refroidis au bleu azur. Le vert jade,
de bois sont rose saumon et jaune de Naples, ensuite foncées pour signaler opaque, effleuré de la pointe sur le papier, me permet de
la présence des arbres qui leur font de l’ombre. J'ai remis une couleur ocre et créer du relief et un bel effet mat qui accentue la densité.
pervenche pour assombrir les planches de gauche puisqu'elles sont en contre-jour.

Après avoir ajouté un pneu puis quelques gravats dans


14 les mêmes tons que la voiture, j’enlève le liquide à
masquer. Il ne me reste plus qu’à combler tous les blancs avec
le vert olive foncé et la terre de Sienne, sans oublier les tiges
ligneuses (vert clair) et quelques feuilles au premier plan
(taches de vert prairie).

  D ILUÉ À L’ EAU .
Frottée au pinceau dans JEAN OLYSLAEGERS
la palette, la couleur est 97, rue Château Beyaerd
1120 Bruxelles.
rendue liquide, facilitant Tél. : 02 2682188.
les mélanges de teintes. http://jean.olyslaegers.be

58 Pratique des Arts n° 84 / Février-Mars 2009


Scène urbaine

À DÉCOUPER SELON LES POINTILLÉS

Savoir suggérer à l’aquarelle


Francis Saure

Les scènes de rue sont pour


le peintre l’occasion de
s’interroger sur la profondeur
AU FIL DE L’EAU
d’une rue, la hauteur de ses
immeubles, la largeur de la
voie, les rythmes des voitures
garées sont autant d’atouts
Matériel
I Une feuille de papier que de problèmes à régler.
Moulin du Coq 300 g, dans
laquelle j’ai coupé un carré À l’aquarelle, la difficulté est
de 21 cm de côté.
Pour repérer l’endroit de intensifiée par les fusions,
l’envers, je me sers du
filigrane. Puis je raye d’un qui ne doivent pas entamer 1puisD’après une photo, j’ai reporté les lignes principales
de mon sujet en respectant les règles de perspective;
j’ai humidifié la partie du ciel, que je teinte ensuite
coup de crayon léger l’envers de jaune de cadmium. Quelques échos de cette couleur
sur toute sa surface afin de la rigueur du dessin. sur la route équilibrent ma page.
ne pas me tromper de côté.
I Deux pinceaux petit-gris :
Raphaël série 903 n° 6 ;
Léonard série 349 n° 4. Afin que les
diffusions s’opèrent
doucement,
je vaporise la zone
peinte encore
Nuancier humide. Les auréoles
I Ma base : un rouge alizarine
cramoisie et un vert de minuscules donnent
pérylène. Le mélange de ces
deux couleurs donne un beau une belle matière.
ton violet, sombre et aux
dégradés intéressants.
I Jaune de cadmium
I Bleu outremer
2Un Unfaçades
vert et un rouge sont mélangés et posés sur les
en conservant des réserves nombreuses. 3 Quant aux zones foncées de l’ensemble,
le pare-brise de la voiture est outremer
Guide pratique n° 82

outremer introduit dans mon mélange est posé mêlé d’orange dans lequel je crée une
I Orange de cadmium sur la façade opposée; je module ma teinte avec un auréole. La tôle est de la même teinte, mais
plus de bleu et dessine le rebord des fenêtres. très diluée. Je souligne l’ombre au sol pour
I Bleu indanthrène asseoir les éléments.
I Violet de cobalt
I Terre verte

NOTIONS DE PERSPECTIVE
Pas question d’aborder une rue en peinture
sans avoir compris comment s’échafaude une
perspective. Pour ne pas donner à votre réali-

 
sation un petit air penché, voici quelques
conseils.

Pratique des Arts n° 82 / Octobre-Novembre 2008 57


Par Emmanuelle Tenailleau. Photos : Sylvie Durand.

Je pose en général une teinte


assez diluée, puis l’accentue
de points de couleurs choisies
à l’instinct. Je sais que les
apports d’un rouge et d’un
jaune peuvent enrichir ce
bleu sombre. Le contrôle
des fusions fait le reste.

4pourJeimmeubles
fonce plus fortement la base des
à l’aide d’un outremer
leur donner une assise. Le regard
La route est un violet clair que je fais jouer avec le jaune
5 précédemment posé. Je contourne les bandes du passage piéton.

est ainsi attiré vers le sol.

6le basdeJe fonce d’un mélange de vert de pérylène,


rouge alizarine et de bleu outremer
gauche de ma feuille ainsi que les
7 Un violet de cobalt et de la terre verte donnent
une teinte proche de la pierre. Voilà posé un
immeuble. Je joue des contrastes clairs et foncés
Je peins une devanture de vieux magasin avec un
8les fusions
mélange de rouge alizarine et de vert: je fais jouer
et conserve des réserves. Le second magasin,
petites ombres portées sur les voitures. pour donner relief et profondeur. voisin, est à dominante verte: l’alliance est intéressante.
Je travaille ensuite la façade d’une teinte de base diluée.

Le principe de la perspective est le suivant: la ligne d’hori-


zon correspond à votre regard. Elle se modifie donc si vous
êtes assis ou debout. Sur cette ligne s’inscrit le ou les points
de fuite vers lequel convergent toutes les lignes de cons-
truction. Ce principe est valable autant pour des architec-
tures que pour une rangée d’arbres le long d’une route.

58 Pratique des Arts n° 82 / Octobre-Novembre 2008


Une vitre fermée est toujours un espace
9un paysage
sombre. Les fenêtres rythment ainsi
urbain.
10 Jeensuggère les pierres de la pointe du pinceau,
revenant avec un lavis sur la zone sèche. 11 Une fois la première teinte sèche, je colore les
réserves avec mon mélange à base de rouge
de la devanture, en soulignant les rythmes du bois.

Pour rendre une aquarelle


plus vivante, je m’acharne
à dénoncer tout système :
par exemple, la porte cochère
que je viens de traiter est
une surface que je fais vibrer
grâce à un ton plus sombre
en haut qu’en bas.

Passons au côté gauche de la rue: la façade J’accentue la pigmentation dans la partie


12 est colorée d’un gris neutre à base de rouge
alizarine et de terre verte, très dilué.
13 inférieure et contourne les fenêtres. Je fais
fuser les deux couleurs, posant plus de l’une ou
plus de l’autre sur la surface.

COMMENT SUGGÉRER
Le problème d’un tel sujet, c’est bien sûr l’abondance ici avec les détails du pare-chocs, il n’est pas néces-
d’informations livrées à votre œil ; ainsi, afin d’éviter saire de dessiner précisément l’ensemble. La sug-
la méticulosité qui nuit inévitablement à l’at- gestion devient alors suffisante, et même artisti-
mosphère d’ensemble, j’ai recensé quelques gestes quement plus valable.

 
qui vous aideront à éviter le «détail». 2. Les personnages que j’ai inventés sont faits d’un
1. Quand le premier plan est défini assez nettement, réseau de taches. Je dessine en peignant, esquissant

Pratique des Arts n° 82 / Octobre-Novembre 2008 59


Comme je trouve
le contraste entre la voiture
du premier plan et
la route trop fort,
je reprends le sol avec
un jus plus foncé.

En attendant le séchage de mon travail Un peu d’indanthrène renforce sombrement les vitres
14 à gauche, je m’occupe des ombres sous
les balcons et sous les ouvertures des fenêtres.
15 de la voiture du premier plan. Le même bleu définit
la carrosserie: quelques zones suffisent à la suggérer.
Je nuance par des jus ou l’apport de nouvelles couleurs.

C’est le moment des détails de finition: de petits


16 glacis dans les lointains, dans les ombres, quelques
rythmes de fenêtres supplémentaires… Les personnages
ajoutés donnent une dée de la dimension des immeubles.

les silhouettes. Ainsi tracées du bout du pinceau,


on comprend bien qu’il s’agit d’un couple qui marche.
3. Un immeuble est un rectangle doté de plus petits
rectangles. Jouez avec leurs proportions sans vous FRANCIS SAURE
intéresser au nombre de carreaux. Un endroit pré- 14, rue Denise 33000 Bordeaux.
cisé suffit à rendre lisible l’ensemble. Tél. : 05 56 43 86 39.

60 Pratique des Arts n° 82 / Octobre-Novembre 2008


Hortensias

Joëlle Krupa-Astruc
À DÉCOUPER SELON LES POINTILLÉS

à l’aquarelle monochrome
Si le bouquet d’hortensias
occupe une place de choix
parmi les sujets de natures
AU FIL DE L’EAU
mortes, la version bleutée des
fleurs accentuée de virements
colorés discrets résulte d’un
traitement original, à mi-
chemin entre la monochromie
et les glacis. Deux voies
techniques pour explorer J’esquisse au crayon les têtes d’hortensia Je mouille au pinceau spalter
la couleur et la transparence. 1grosses.
en précisant les contours des fleurs les plus 2 la totalité de la surface de
J’enveloppe le bouquet de formes la feuille recto verso. J’humidifie
Matériel évasées pour évoquer les feuilles. À la gomme, les bandes de kraft adhésif avec
I 2 pinceaux en martre je brise les lignes des éléments des premiers lesquelles je fixe la feuille sur
nos 10 et 12 plans, estompe les contours. la planche.
I 2 pinceaux à lavis nos 2 et 4
I 1 pinceau spalter S, Jaxhair
I 1 pinceau biseauté
synthétique no 12 Da Vinci Cette première
I 1 crayon
I 1 gomme mise en couleurs
I 1 spray
I Du papier absorbant
doit nécessairement
I 1 gant de toilette ménager des
I 1 cale en bois
I Du papier kraft espaces vierges
I Du papier Fabriano 300 g
grain fin. réservés aux têtes
Palette d’hortensia.
I Bleu Winsor nuance rouge
Winsor & Newton
I Vert de vessie Schmincke Au pinceau lavis n° 2, j’applique un jus très Je monte la valeur du bleu de façon à placer les
I Violet bleu permanent
3grandes
dilué de bleu Winsor afin de définir les 4 ombres et sculpter les masses précédentes. J’applique
Guide pratique n° 81

masses sombres de la composition. la peinture pâteuse avec le pinceau en martre n° 10.


Bréhat J’étire ensuite la couleur avec l’autre pinceau J’estompe les bords avec de l’eau claire en veillant à
lavis uniquement chargé en eau. Je colore ne pas faire fuser le pigment trop loin sur la feuille.
plus largement la partie supérieure. Un voile Cette étape peut être répétée deux ou trois fois selon
bleuté très clair suggère la source de lumière. l’intensité recherchée de la couleur.

DILUER UNE COULEUR PURE


La couleur sortie du tube et utilisée pure râpe le papier. Afin de la
rendre plus fluide sans pour autant perdre de son épaisseur, je dilue
la couleur sur la palette avec très peu d’eau. Je prélève la teinte au
pinceau martre puis je fais rouler la tête du pinceau sur un gant de
toilette humide. L’eau s’est ainsi suffisamment évaporée et seul le
pigment fluidifié est conservé.

Pratique des Arts n° 81 / Août-Septembre 2008 55


Par Alexandra Bourré. Photos : Stéphane Grangier.

Lors de cette étape,


la planche est
inclinée et le jus
s’épanche vers
le bas du tableau,
produisant sur le
pétale un dégradé
bleu très clair.

5afinauJ’effleure les zones colorées J’amorce à présent le contour des fleurs en dessinant
pinceau biseauté humide 6 la forme en négatif. Avec la martre n° 10, j’applique
d’éclaircir le pigment en le pigment très dilué sur le pétale dessiné, puis, à l’aide
7la plusAfin de faire virer le monochrome, je prépare sur
la palette le vert et le violet permanent. Sur la zone
foncée, je dépose un lavis de violet très dilué puis
surface. Ces traces blanchâtres d’un second pinceau chargé d’eau, je tamponne légèrement j’étire la couleur sans écraser le pigment. Avec un second
sculptent les masses sombres la zone colorée. pinceau, je suis les bords où l’eau vient de s’arrêter. Les
et aèrent la composition. traces disparaissent et les voiles de couleur se rencontrent.

Sur le feuillage, je dépose du vert de Pour terminer, je conserve la zone claire de la partie
8au pinceau
vessie que je fais fuser immédiatement 9 supérieure et je renforce les valeurs au niveau du pot
lavis. Cette fois, la couleur se et de la partie gauche avec les deux teintes mélangées.
répand bien au-delà du seul motif de la Sur papier sec, j’applique un jus composé de trois quarts
feuille. La couleur empiète sur les formes de violet et un quart de vert. Avec le pinceau chargé
du pot, envahit l’espace de l’arrière-plan. d’eau claire, je fais fuser rapidement.

DE L’EAU EN POT
En aquarelle, il est important d’avoir à portée de main de grandes quantités d’eau. CONTACT
Généralement, j’ai besoin de trois pots d’eau sur mon plan de travail. Je les remplis à moi- E-mail : j.krupa.astruc@tiscali.fr
Site internet : www.krupa-astruc.com
tié afin de pouvoir écraser le pinceau au fond du pot. Ainsi, le pigment se libère complè-
tement et le rinçage du pinceau est plus efficace.

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