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OBJET D’ÉTUDE : La poésie du XIXe siècle à nos jours Parcours : Alchimie poétique, la boue et l’or

L.A n°1 : « Le Lombric », Les animaux de tout le monde, Jacques Roubaud, 1983

Introduit par Clément Marot en 1538, la forme poétique du sonnet s’est développée en France au
1. ACCROCHE XVIe siècle avec les auteurs de la Pléiade. Cette forme poétique composée de deux quatrains et
(CONTEXTE deux tercets, généralement en alexandrins, perdurera jusqu’à la fin du XIX e siècle, période durant
D’ECRITURE) laquelle, les poètes privilégierons des formes moins contraignantes comme le poème en prose ou
le vers libre.

2. AUTEUR Pourtant, vers la fin du XXe siècle, des auteurs comme Jacques Roubaud reviendront à cette forme
(BIOGRAPHIE, poétique. En effet, ce poète s’inscrit dans le mouvement de l’OuLiPo dont le critère principal est de
TITRES se fixer des contraintes d’écriture.
D’ŒUVRES)

3. ŒUVRE (TITRE, Ayant écrit son premier recueil poétique à l’âge de douze ans, il publie en 1983, un recueil de
GENRE, sonnets intitulé Les animaux de tout le monde, recueil dans lequel le poète va mettre en scène des
PARUTION, animaux personnifiés.
RÉSUMÉ)
INTRODUCTION
4. TEXTE Dans l’un de ces sonnets, « Le Lombric », il compare le travail du ver de terre à celui du poète pour
(EMPLACEMENT valoriser le travail poétique.
DANS L’ŒUVRE)

5. LECTURE (à l’oral Inférieure à 2 minutes. (Attention à la prononciation des -e et aux nombreux accords)
uniquement !)

6. ANNONCE DE LA Problématique possible : Comment Jacques Roubaud parvient-il à faire l’éloge du travail du
PROBLÉMATIQUE poète en comparant ce dernier à un lombric ?

Annoncez les axes en employant des connecteurs logiques (premièrement… donc). Ne pas
donner les sous-parties.
7 . ANNONCE DES
AXES DE LECTURE Nous verrons d’abord quels procédés Jacques Roubaud utilise pour comparer le ver de terre à un
être humain, nous analyserons ensuite comment cette comparaison permet de rendre compte de
l’importance du travail du poète.

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AXE 1 SOUS-PARTIES « CITATIONS » : PROCÉDÉS (+ N° VERS)  EFFETS PRODUITS PAR LES PROCÉDÉS

Du lombric au « se réveille », « bâille », « mâche », « digère », « fore » : Accumulation de verbes d’actions


poète humaines, conjugués au présent, valeur de répétition, d’habitude :  La routine associée au réveil
Un lombric
d’un humain qui se prépare à aller au travail.
personnifié
« il » : pronom personnel  le lombric a une personnalité
Un quatrain d’une seule phrase, régularité des alexandrins avec enjambement du vers 3 au vers 4
+ allitération en « m » et « l » : « au sein des mottes molles il les mâches »  rythme lent associé
au réveil du lombric.
« Avec conscience » : CC de manière  la conscience est une caractéristique essentiellement
humaine

« il travaille », « il laboure » : Verbes d’actions liées au travail + rythme saccadé avec ponctuation
et rejets « comme », « il le connaît »  insistance sur le labeur, le travail de la terre est une tâche
Un travailleur
difficile.
déterminé et
indispensable « comme, avant lui, ses père et grand-père » : Lexique de la famille  transmission
générationnelle, détermination biologique du travail de la terre pour le lombric, il n’a pas le choix.
« vrai lombric de France » : formule grandiloquente  tonalité comique, attachement patriotique,
fierté du lombric.
« son rôle, il le connaît. Il meurt » : le lombric sait qu’il se sacrifie, tonalité tragique mise en
évidence, « il meurt » en une seule phrase Destin fatal du lombric.
« La terre prend l’obole de son corps » : le but de son sacrifice est modeste, « obole » ou cadeau
modeste qui minimise l’effet produit sur la terre  cela donne davantage d’importance par
contraste au sacrifice du lombric.
« Aérée, elle reprend confiance » : personnification de la terre  Trahison des hommes qui ne
cessent de la maltraiter, le sacrifice du lombric est donc indispensable.

TRANSITION Jacques Roubaud personnifie le lombric en lui donnant les caractéristiques d’un travailleur modeste
mais indispensable qui se sacrifie pour la survie de la terre. La comparaison avec le poète ne
devient explicite qu’au début du premier tercet mais Jacques Roubaud jouait déjà avec le double
sens du mot « vers » : vers poétique + sillon creusé par le soc d’une charrue.

AXE 2 SOUS-PARTIES « CITATIONS » : PROCÉDÉS (+ N° VERS)  EFFETS PRODUITS PAR LES PROCÉDÉS
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L’éloge du travail « Le poète, vois-tu, est comme un ver de terre » : révélation de l’être humain à qui peut se
poétique Une fable animalière comparer le lombric (le poète), apostrophe, « vois-tu » au fameux « jeune poète de douze ans »
cité en épigraphe + retour au langage plus enfantin : « ver de terre » + présent de vérité générale :
« est »  tonalité didactique, relation maître-élève, la leçon est en cours, le « conseil » devient
explicite.
« dans la nuit parfumées aux herbes de Provence » : cadre spatio-temporel réconfortant imposé
dès le début  formule qui peut faire penser au début d’un conte merveilleux,
La personnification du lombric démontré dans la partie précédente : anthropomorphisme  fait
penser aux Fables de La Fontaine  le lecteur face à l’apologue est en mesure de s’attendre à une
morale ou un enseignement  effet d’attente, de suspense

Relecture des vers précédents, le rôle du poète est aussi vital que celui du lombric :
Le rôle vital du « lombric de France » : référence aux poètes de la pléiade qui ont enrichi la langue française en
poète-lombric travaillant le langage.
« Il meurt », bascule du comique au tragique renversement de l’appréhension du lombric,
passage d’un animal insignifiant à un rôle noble qui lui coûte la vie. Le poète prend peut-être
davantage de valeur après sa mort comme la mort du lombric apporte plus de bénéfice à la terre
que son travail vivant.
« l’obole » : référence à la mythologie grecque, le lombric prend la dimension d’un héros
mythologique.
« denrées langagière » : métaphore filée des deux tercets  le langage est nourricier, les mots
sont mis au même niveau qu’un besoin vital.
« la terre s’épuise à l’effort incessant »  le langage se perd à force d’utiliser les mots.
Le « poète lombric » : réunion des deux termes, les deux personnages ne font qu’un  rôle
essentiel, vital, de chacun.
« sans le poète lombric et l’air qu’il lui apporte le monde étoufferait sous des paroles mortes » :
allitérations en consonnes liquides (r, l) + enjambement + conditionnel + rimes riches fluidité,
dimension proverbiale de la phrase, maxime, aphorisme qui se mémorise bien : morale de la fable :
le poète permet au langage de vivre, de respirer, son rôle est vital pour la communication entre les
humains.

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A travers sa personnification du lombric, Jacques Roubaud parvient à sublimer le rôle de son
personnage qui, d’un premier abord, pourrait paraître dérisoire. En effet, le lombric exerce un travail
laborieux, dont l’apport à sa patrie est modeste, mais cet apport est capital et le travailleur en
question donne sa vie pour celle de la terre. En personnifiant le lombric pour le comparer au poète,
Jacques Roubaud suis l’exemple des fabulistes, notamment Jean de La Fontaine. Il parvient à faire
l’éloge du travail poétique car son apologue nous enseigne qu’à l’instar du lombric, essentiel à la
fertilité de la terre, le poète est indispensable à la communication entre les hommes.
SYNTHÈSE

CONCLUSION

Ici, Jacques Roubaud propose une vision OuLiPienne du poète qui fait davantage penser à un
artisan qu’un artiste. Cette comparaison avec le lombric n’est pas sans nous rappeler celle de
Baudelaire avec « L’Albatros » où le poète s’incarne dans la figure plus romantique de « prince des
nuées » ou encore le poème de Tristan Corbière, « Le Crapaud » dont l’animal en question
symbolise le poète décadent.
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