Vous êtes sur la page 1sur 2

Lettres à Lucilius

Nous allons maintenant nous intéresser à un ensemble de 124 lettres qu’on appelle Lettres à
Lucilius, écrites par Sénèque à la fin de sa vie (avant 65) pour Lucilius le Jeune. Ce dernier
était un gouverneur romain de Sicile durant le règne de Néron. C’est aussi un écrivain, poète
et politicien romain. Plus jeune que Sénèque, il aspire au prestige et à la fortune.
Initialement, il contacta Sénèque pour lui poser certaines questions d’ordre philosophique.
Nous n’avons malheureusement que les réponses de Sénèque. Au début, les réponses sont
succinctes. Mais petit à petit, Sénèque se rend compte que ce format de lettres est un
excellent moyen pour expliquer et pérennisera ses réflexions stoïciennes. Ses lettres vont
alors s’allonger jusqu’à en devenir des petits livres. Sénèque publiera de son vivant le recueil
de ses lettres à Lucilius. Il s’agit d’un adepte de la philosophie épicurienne dont Alexandre
vient de nous parler. C’est donc pour convaincre son ami mais aussi élève, que Sénèque
écrivit toutes ces lettres. Il faut savoir qu’Epicure aussi avait publié une lettre, la lettre à
Ménécée pour résumer sa philosophie.

Dans les deux cas, les lettres sont à la fois intimes et universelles, c’est-à-dire qu’elles
s’adressent à la fois au destinataire mais aussi, en tant qu’œuvre publiée, à tous les hommes
qui les lisent.
Ainsi, chaque lettre forme un petit traité à elle seule sur un sujet de la vie. Par exemple, la
lettre 26 fait l’éloge de la vieillesse, la lettre 31 enseigne à mépriser l’opinion du vulgaire et
la lettre 116 montre qu’il faut entièrement bannir ses passions. D’autres lettres sont plus
centrées sur Lucilius comme la lettre 34 où Lucilius est félicité ou bien sur Sénèque comme
dans la 61ème où Sénèque évoque sa propre mort.
Ainsi, il existe différents sujets qui reviennent fréquemment dans les lettres à Lucilius. Les
bienfaits, l’utilité de la philosophie, les relations qu’un homme et un philosophe doivent
avoir avec les autres habitants. Sénèque parle beaucoup des sages, des hommes qui
jouissent d’un heureux état d’âme appelé insensibilité, sérénité (ataraxia), qui ne subissent
aucune passion ou du moins s’en approchent. C’est pour cela que Sénèque met en garde
Lucilius contre de nombreuses choses comme les voyages, la mollesse ou la trop grande
richesse ou pauvreté. Le temps qui passe ainsi que la mort sont aussi au cœur des lettres
que Sénèque écrit à Lucilius. Par exemple, dans la deuxième lettre, Sénèque répond à la
question : « faut-il se jeter dans la débauche si on a conscience du temps qui passe ? ». Il
rejette l’épicurisme, la débauche, l’ivresse et les plaisirs. Pour autant, Sénèque préconise
d’occuper son temps à bon escient, c’est-à-dire en se concentrant sur l’essentiel : l’étude, la
réflexion et surtout œuvrer pour le bien du plus grand nombre.

De nos jours, il existe toujours des interrogations sur la véracité de ces lettres. Si les
échanges entre Sénèque et Lucilius sont un fait considéré comme à peu près certain, il est
également possible que ces lettres ai étés retravaillées, améliorées pour avant d’être
publiées au public. En effet, Sénèque est parfaitement conscient que s’il s’adresse dans un
premier temps à Lucilius, ses écrits vont également atteindre d’autres personnes. C’est pour
cette raison que le discours de Sénèque est extrêmement universel. On y retrouve
finalement que peu d’éléments concernant des problèmes spécifiques à son temps. Il parle
des voyages, de la richesse, de la philosophie et de nombreux autres sujets qui n’ont pas
disparu de nos jours.
Sénèque, avec ces lettres, s’est donc donné plusieurs buts.
Tout d’abord, il souhaite convaincre Lucilius de la justesse du stoïcisme et il s’agit de son
destinataire premier.
Mais Sénèque souhaite aussi convaincre le lectorat de son temps, lui montrer tous ses points
de vue sur des sujets variés.
Enfin, l’auteur cherche aussi à transmettre ses exemples et ses préceptes à la postérité. Il
vise une réelle immortalité qui va en opposition avec les charges et la richesse. Par ailleurs,
Sénèque est assez certain d’atteindre son but puisqu’il écrit dans la lettre 21 : « Ce
qu’Epicure a pu promettre à son ami, je te le promets à toi, Lucilius. J’aurais crédit chez la
postérité ; j’ai de quoi faire durer les noms que je mène avec moi ».

Les lettres de Sénèque ont eu de nombreuses influences jusqu’à de nos jours.


Montaigne en fera de nombreuses citations dans ses œuvres et Diderot fit de Sénèque le
sujet d’un de ses essais. Il nous reste aussi de nombreuses citations des lettres à Lucilius,
plus ou moins connues comme : « Perdre la vie est perdre le seul bien que l'on ne puisse regretter
d'avoir perdu puisque l'on ne sera plus là pour s'en rendre compte ».

Vous aimerez peut-être aussi