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Journée d'Etude sur le thème :

« Artisanat et formation : enjeux et perspectives »


Université de Béjaïa
16 Mai 2012

L’artisanat en Algérie : Etat des lieux et défis à relever

BEZTOUH Djaber : Maître assistant « A », Doctorant en Sciences Economiques, Université


de Béjaïa, djaberbeztouh @yahoo.fr .

TOUATI Karima : Maître assistante « B » Doctorante en Sciences Economiques, Université


de Béjaïa, karitouati @yahoo.fr

Résumé :

L’artisanat constitue un levier incontournable pour la valorisation des potentialités


locales et un créneau crédible pour la promotion d’activités productives. En Algérie,
l’artisanat reflète l’expérience culturelle de tout un peuple, et la créativité artistique et
fonctionnelle de ses artisans. Il contribue indéniablement à la création d’emplois et à la
génération de revenus pour des millions de citoyens, se positionnant ainsi comme un secteur
social contribuant au développement humain et à la lutte contre la pauvreté.

Néanmoins, et en dépit du rôle privilégié accordé à ce secteur, il est constaté que


l’artisanat éprouve d’énormes difficultés liées, généralement, aux coûts de production
élevés, aux difficultés d’accès aux sources de financement, au manque de programmes de
formation etc.

A cet effet, l’objet de cette communication est d’établir une situation de référence-
diagnostic du secteur de l’Artisanat en Algérie comme moyen d’une compréhension des
enjeux et d’apporter un éclairage sur les facteurs qui freinent son développement et sa
contribution à la création de la richesse. En dépit d’une nette amélioration constatée ces
dernières années, due essentiellement à la politique de l’Etat en matière d’exonération
d’impôt et au soutien financier promotionnel et formatif en particulier par des ressources du
fond national de promotion des activités de l’Artisanat, ce secteur demeure loin du potentiel
de croissance, et les atouts majeurs dont se caractérise ce secteur restent inexploités.

A titre d’exemple, il ressort de l’analyse de la situation de l’artisanat dans la wilaya de


Béjaïa que ce secteur ne participe qu’à hauteur de 3% dans la création d’emplois (6 800 sur
un total de 305 980). Le nombre de micros entreprises artisanales financées, en 2008, dans
le cadre de l’ANSEJ n’est que de 109 projets.

Des axes, pistes et suggestions sont faites dans ce travail pour améliorer la politique du
secteur de l’artisanat en Algérie : professionnalisation de l’apprentissage et renforcement des
1
relations d’échanges et d’informations entre les différents acteurs, l'amélioration des moyens
de production, la mise en place d'un système de financement adapté au secteur, la baisse des
prix des matières premières et l'apprentissage et la formation sont autant de mesures
susceptibles de valoriser le produit de l'artisanat algérien, d'assurer sa pérennité et de
rehausser l’artisanat au rang des principaux secteurs économiquement porteurs.

1. Présentation du secteur de l’artisanat en Algérie


L’artisanat n’est pas seulement un ensemble d’activités et de produits, mais il constitue
également une référence à une civilisation, à un art et à une culture de toute une population.

La référence à l’histoire montre que la production artisanale couvrait l’essentiel des


besoins de la société et s’intégrait de façon harmonieuse dans le système économique et social
du pays.
L’artisanat s'oppose à l'industrie ou fabrication de grande masse d’objets standards.
L'artisan travaille seul ou avec les membres de sa famille. Le nombre d'ouvriers et de
compagnons ne doit pas dépasser la dizaine. L'outillage peut être exclusivement archaïque ou
comporter un certain nombre de machines-outils. L'artisanat s'exerce dans des ateliers;
l'industrie exige l'installation d'usines et l'investissement de gros capitaux.
1.1. Nomenclature des activités de l’artisanat

La nomenclature des activités de l’artisanat traditionnel et des métiers comprend des métiers
repartis à travers 03 domaines d’activité à savoir 1:

 L’artisanat traditionnel et d’art


 L’artisanat de production de biens
 L’artisanat de production de services

1.2. Diversité des produits de l’artisanat

L’artisanat traditionnel algérien, à l’instar des artisanats des autres pays du Maghreb et
d’Afrique, est d’une incontestable richesse et d’une étonnante variété tant dans les matériaux,
les formes, que dans les techniques et les décors. Cette richesse est rehaussée par la diversité
des matériaux dont sont constituées les œuvres artisanales. En outre, la diversité des
conditions climatiques, des ressources naturelles et les différentes influences, traditions et
coutumes que connaissent les régions de l’Algérie expliquent la présence d’une vaste gamme
de spécialités artisanales. L’artisanat traditionnel offre une grande variété de produits : les
tapis dans les différentes régions du pays, la vannerie et le travail des fibres végétales, les
bijoux, la céramique et la poterie, la broderie, le travail des métaux, la dinanderie et le travail
du cuir, la ferronnerie.2

1
Décret exécutif n°97-140 du 30 avril 1997 fixant la nomenclature des activités artisanales et des métiers. (JO
n°27 - 1997)
2
Renforcement de l’Agence Nationale de l’Artisanat Traditionnel et des institutions publiques et
professionnelles chargées de promouvoir l’artisanat traditionnel, Fiche de Projet de Jumelage classique
Programme d’Appui à la mise en œuvre de l’Accord d’Association (P3A), Algérie – UE, Mars 2010, P. 8.

2
1.3. Le cadre institutionnel de prise en charge du secteur de l’artisanat
Le cadre institutionnel mis en place en Algérie pour la prise en charge du secteur de
l’artisanat se résume dans :

1.3.1. L’Agence Nationale de l’artisanat Traditionnel (ANART)


Organisme de promotion, l’Agence Nationale de l’Artisanat Traditionnel (ANART) est un
établissement public à caractère industriel et commercial3. Conformément aux missions et
objectifs assignés, l’Agence est chargée de sauvegarder, de promouvoir, d’animer, d’orienter
et de développer l’artisanat traditionnel et d’art.
L’ANART joue actuellement le rôle d’un prestataire de services innovant de promotion au
profit non directement des artisans, mais des chambres de l’artisanat. L’ANART dispose à cet
effet de peu de ressources propres. Elle est rémunérée essentiellement au coup par coup par le
MPMEA (Ministère de la PME et de l’Artisanat) ou son émanation le Fonds National de
Promotion des Activités de l’Artisanat Traditionnel (FNPAAT). Son manque d’autonomie
financière en fait essentiellement le bras séculier du MPMEA, et plus particulièrement de sa
Direction Générale de l’Artisanat et des Métiers (DGAM).
Le rôle et le savoir-faire essentiel de l’ANART consistent dans le montage, la réalisation et le
suivi d’opérations de promotion et de commercialisation au profit des artisans à travers les
CAM.

1.3.2. La Chambre Nationale de l’Artisanat et des Métiers

Cette chambre est sous la tutelle du Ministère de la PME et de l’Artisanat. Elle a pour rôle4 :
- de veiller à préserver les intérêts du secteur de l’artisanat et de métiers ;
- de gérer le Fichier National de l’Artisanat et des Métiers ;
- de coopérer, organiser et orienter les artisans en vue de promouvoir le secteur
- de participer aux rencontres, manifestations, journées d’étude, foires et expositions ;
- d’administrer les écoles de formation ;
- de promouvoir les ventes et les exportations et de soutenir les activités artisanales ;
- d’entreprendre des activités d’enseignement, de formation, promotion, recyclage en
direction des artisans.
1.3.3. Les chambres d’artisanat et des métiers

Les chambres d’artisanat et des métiers sont des établissements publics administrés par des
artisans. Elles ont pour vocation de défendre les intérêts des artisans et à être leurs
interlocuteurs au niveau des pouvoirs publics. Elles assurent également la formation des
artisans et des apprentis.

Les chambres de l'artisanat et des métiers sont réparties sur les 48 wilayas du territoire, elles
regroupent les artisans, les coopératives artisanales, les entreprises artisanales et toute
personne exerçant une activité de production ou de service liée à l’artisanat. Sont également

3
Créée par décret exécutif N°92-12 du 09 juin 1992 modifié et complété par le décret exécutif N°04-313 du 22
septembre 2004.
4
Programme d’Appui à la mise en œuvre de l’Accord d’Association (P3A) Algérie – UE , op.cit. p.32.
3
membres de ces chambres, les représentants de l’administration et des organisations
patronales à caractère public liés à l’activité des chambres. Elles ont pour rôles :

- Authentifier les produits de l’artisanat et délivrer les certificats et actes de qualité des
services ;

- Entreprendre toute action visant à promouvoir et développer le secteur notamment à


l’étranger ;

- Développer des actions de formation et de perfectionnement des artisans. envoient


périodiquement les statistiques mensuelles des nouvelles activités inscrites selon les trois
domaines d'activité, l'artisanat traditionnel et d'art, l'artisanat de production de biens et
l'artisanat de services5.

2. Les programmes de développement du secteur de l’Artisanat et bilans des activités et


d’emplois dans le secteur

2.1. Programme national du secteur de l’Artisanat

Dans le cadre des actions initiées dans le plan de relance, le programme de


développement du secteur de l’Artisanat comporte la réalisation de plusieurs infrastructures et
l’extension et l’achèvement d’autres déjà existantes. Des maisons de l’artisanat sont réalisées
dans plusieurs wilayas, entre autres, Tamanrasset, El Bayadh et Djelfa, El Oued, Laghouat,
Biskra et Ghardaïa. Il y a aussi réalisation de centres d’estampillages, musées de l’artisanat,
centres de savoir-faire locaux, Souikates et espaces d’expositions6.

Les efforts engagées pour l’amélioration des performances de la ressource humaine


ont permis, notamment, la formation de 1.417 porteurs de nouveaux projets, 2.713
artisans pour améliorer leur capacité managériale, 29 inspecteurs pour la maîtrise du
dispositif législatif et réglementaire régissant les activités artisanales, 70 cadres dans
l’évaluation de la qualité des tapis et des tissages par la pratique de l’estampillage, 52
professionnels dans les filières de la bijouterie, du cuir, de la céramique et du vitrail et 48
formateurs à l’initiative du Bureau international du travail (BIT).

L’artisanat constitue un levier incontournable pour la valorisation des potentialités


locales et un créneau crédible pour la promotion d’activités productives. Les actions menées
par le secteur pour le développement de ce segment ne doivent occulter les retards accumulés
dans la préservation de beaucoup de métiers.
Le gouvernement envisage, dans le cadre du plan de relance 2009-2014, de moderniser
ce secteur et prévoit la création de 550 000 postes de travail qui viendront s’ajouter aux
410.000 déjà existants, l’augmentation du chiffre d’affaires de 129 à 436 milliards de dinars,
ainsi que la hausse du taux de la main-d’œuvre active dans ce domaine de 3,6% à 7% en
2020, pour le porter à 10% en 2025, soit au niveau de 1966.
2.2 La coopération internationale

5
Décret exécutif n°09-323 du 11 octobre 2009 modifiant et complétant le décret exécutif n°97-100 du 29 mars
1997 fixant l’organisation et le fonctionnement des Chambres de l’artisanat et des métiers. (JO n°59 - 2009).
6
Sixième Rencontre Internationale sur l'Artisanat Traditionnel, Développement de l'artisanat et promotion des
échanges extérieurs 30/05/2008.
4
La coopération internationale dans le cadre de l’artisanat revêt plusieurs formes et réalisée
avec plusieurs partenaires :
-La Coopération allemande : Un projet « Appui aux Associations Professionnelles et
Organisations Patronales AAPOP » qui a pour objectif l’émergence d’associations
professionnelles d’artisans est mis en œuvre par l'agence de coopération technique allemande
pour le développement (GTZ). Ce projet concerne 10 Chambres d’Artisanat et des Métiers. La
GTZ appuie le développement de l’approche Nucléus visant le développement d’associations
et de groupements de professionnels. Ces groupements permettent aux professionnels, artisans
d’un métier déterminé de se rencontrer chaque mois pour discuter de leurs problèmes, de
suivre des formations périodiques sur toutes les méthodes de gestion et de management mais
aussi, sur les techniques spécifiques à leurs métiers.
-La Coopération espagnole : Le projet présenté par la fondation espagnole pour l’innovation
et l’artisanat, intitulé « Mise à niveau de l’ANART et des CAM d’Alger et d’Oran pour la
promotion du secteur artisanal algérien » vise la mise à niveau de l’ANART et de deux
importantes CAM. Son budget est de 969 000 € pour une durée de 3 ans.

-D’autres projets et initiatives sont engagés avec i) la coopération Brésilienne pour exploiter
les pierres semi précieuses et le développement de bijoux typiques à Tamanrasset (région du
sud) et ii) la coopération italienne à Beni Yenni (région du centre), également pour la
valorisation des bijoux du patrimoine.

2.3 Les systèmes Productifs Locaux pour le développement du secteur de l’artisanat


L’organisation en Systèmes Productifs Locaux (SPL) permet aux entreprises
artisanales qui en font partie d’améliorer leur rentabilité en partageant leurs charges fixes, de
coordonner leur action grâce à leur proximité, et ainsi de faire face à la concurrence
mondiale.

L’Organisation des Nations Unies pour le Développement Industriel (ONUDI) définit


les SPL comme « des concentrations sectorielles et géographiques d’entreprises qui
produisent et commercialisent une gamme de produits interdépendants ou complémentaires et
qui font face aux mêmes défis et ont les mêmes opportunités. Ces concentrations peuvent
donner lieu à des économies externes — notamment du fait de l’émergence de fournisseurs
spécialisés dans certaines matières premières et pièces ou de la constitution d’une réserve de
compétences sectorielles — et elles peuvent favoriser la mise en place de services spécialisés
dans les domaines technique et financier et en matière de gestion. » 7

Les SPL sont mis en œuvre dans une dizaine de pays, en Afrique, en Amérique latine
et en Asie. Le SPL offre à l’artisan plusieurs avantages dont essentiellement : l’amélioration
des compétences économiques, la stimulation de la communication entre les entrepreneurs
(artisans), la création de réseaux de solidarité et d’entraide entre les opérateurs en
coordination entre les chambres, les artisans et les entreprises publiques et privées, la
possibilité de création de nouvelles entreprises et spécialités avec le développement de celles
existantes, la formation de foyers de créativité et d’innovation en interaction avec le tissu des
entreprises.

7
L’artisanat au Maroc un gisement inexploité, Projet de développement des systèmes productifs locaux de la
marqueterie à Essaouira et de la poterie à Safi, Organisation des Nations unies pour le Développement Industriel.

5
Les programmes du SPL ont été lancés en Algérie en 2007 et cela 04 ans après que
l’idée du SPL ait été proposée aux chambres ; 21 SPL ont été installées et sont
opérationnelles, comme le témoigne le tableau ci – après :
TableauN°1 : Répartition des SPL au niveau national
CHAMBRE SPL
ORAN Restauration d’anciennes bâtisses
MOSTAGANEM Métiers du bâtiment
M’SILA Tissage en poil de chameau
GHARDAIA Confection de tapis
TAMANRASSET Bijoux traditionnels
BEJAIA Poterie
CONSTANTINE Dinanderie

Source : Ministère du Tourisme et de l'Artisanat

Les premiers résultats pratiques obtenus sont : la formation des associations wilayas,
l’échange de compétences et d’expériences, le rassemblement des artisans pour la constitution
d’un pôle d’intérêt général, et l’obtention de projets et réalisations locales.

Dans le cadre de sa nouvelle stratégie à moyen terme (2010-2020) la Direction


Générale de l’Artisanat et des Métiers (DGAM) met l’accent sur l’objectif de soutenir l’auto-
organisation au plan local du secteur, à travers des groupements et associations
professionnelles d’artisans, notamment sous la forme de Systèmes Productifs Locaux (SPL)
dont la création et le développement seront fortement encouragés, ou de groupements d’unités
artisanales pour l’approvisionnement ou l’exportation.

2.4. L’approche Nucleus

Les autorités algériennes ont adopté l’approche Nucleus pour relancer l’artisanat et
redynamiser les territoires. Cette approche, développée dans le monde depuis 1991, vise d’une
part à mobiliser les entreprises individuelles, d’autre part à initier des processus de
développement structurel au sein des chambres et associations de commerce. L’organisation
sous forme de Nucleus doit permettre de briser l’isolement du petit entrepreneur qui a du mal
à résoudre ses problèmes. Dans l’approche Nucleus, il est considéré que toutes les fois que
des entrepreneurs ou cadres d’entreprise ont quelque chose en commun il est possible de créer
un Nucleus. Contrairement aux systèmes productifs locaux dans lesquels le capital social était
une création spontanée, le fruit d’une culture et d’une histoire, l’approche Nucleus tente de
créer du capital social sous l’impulsion d’une politique publique dans le cadre de la relance de
l’artisanat. En début de réunion, le rôle du conseiller/animateur de Nucleus est de faire
émerger le thème de la séance. Les artisans exposent à l’assemblée de quel sujet particulier ils
souhaiteraient débattre et un choix est effectué collectivement. Une fois le thème de la réunion
choisi, les artisans doivent eux-mêmes réfléchir à des solutions à leurs problèmes et exposer
leurs besoins au conseiller/animateur qui les synthétise et se charge ensuite de faire remonter
l’information au Directeur de la CAM. Ce dernier est chargé de faire le nécessaire auprès des
pouvoirs publics.
En Algérie, bien que la mise en place soit récente plus de 1500 entreprises sont déjà
concernées. En Algérie, les CAM d’Alger, Bejaïa, Blida, Jijel, Mostaganem, Oran, Sétif,
Tipaza, Tizi-Ouzou et Tlemcen font partie des wilayas pilotes ayant mis en œuvre cette

6
approche. L’implantation de cette approche en Algérie a été rapide, en fin 2008, l’Algérie
comptait 112 Nuclei.
Selon l’étude de Cécile PERRET 8, Cette approche n’a pas connu le succès souhaité
en Algérie, l’échec de la mise en place de l’approche Nucleus en Algérie pourrait s’expliquer
par le fait que :
- les animateurs de Nuclei n’arrivent pas à générer une dynamique de groupe grâce au
développement d’un fort sentiment d’appartenance, un sentiment communautaire et que les
artisans ne se sentent pas partie prenante de leur Nucleus, qu’ils ne se soient pas appropriés
l’approche ;
- les artisans ne voient pas « rapidement » des répercussions financières de leur participation
au Nucleus car il existe une difficulté de se projeter dans le long terme ;
- Qu’ils soient découragés par les trajets à effectuer de façon hebdomadaire pour participer
aux réunions ;
-La fréquence des réunions qui peut paraître élevée peut cependant aider à la mise en place
d’un « esprit communautaire ».

2.5. Le soutien financier pour la création de micro - entreprises artisanales par le biais
des organismes d’aide de l’Etat

2.5.1. Le soutien financier de l’ANGEM


Au niveau national, la part de lion des micro-crédits alloués par l’ANGEM en 2010
revient à l’artisanat traditionnel (29%), suivi des petites industries alimentaires (25%).

Tableau N°2 : Répartition des bénéficiaires de Prêts Non Rémunérés par secteur d’activité en 2010

Secteur d’activité Part du micro-crédit


alloué au secteur
Agriculture 19%
Industrie alimentaire 25%
Artisanat 29%
BTP 6%
Services 21%
Total 100%
Source : Etabli à partir des données disponibles sur le site de l’ANGEM
2.5.2. Le soutien financier de l’ANSEJ

A l’instar du dispositif de l’ANGEM, la part de crédits alloués à l’artisanat par


l’ANSEJ est notable puisque ce secteur bénéficie de plus de 15% du total de crédit,
permettant ainsi de créer 48650 poste d’emplois en 2008 (comme le montrent le tableau et le
graphe suivant) :

Tableau N°3 : Répartition du nombre de projets financés par l’ANSEJ selon le secteur
d’activité (au 30 juin 2008)

8
Cécile PERRET : « Culture ambiante et organisation des entreprises sous forme de Nuclei en Algérie », Note
de Recherche n°10, IREGE, Université de Savoie.

7
secteurs Projets financés Emplois
d’activité nombre % nombre %
Services 27625 30,62 76063 29,89
Agriculture 10519 11,66 27205 10,69
Artisanat 14043 15,57 48650 19,12
Industrie 5095 5,65 18131 7,12
Transport v. 12332 13,67 30859 12,13
Transport m. 11756 13,03 24100 9,47
BTPH 4079 4,52 15700 6,17
Maintenance 1664 1,84 4605 1,81
Pro. Libérales 2347 2,60 5816 2,29
Pêche 453 0,50 2184 0,86
Hydraulique 279 0,31 1168 0,46
Total 90219 100 254481 100
Source : Etabli à partir des données disponibles sur : www.pmeart-dz.org

Figure N : La répartition des projets financés et emplois crées par secteur d’activité

Source : Etabli sur la base des données du tableau N°3.

2.6. Bilan des activités et création d’emplois dans le secteur de l’artisanat en Algérie

2.6.1. Bilan des activités et son évolution durant la période 2008 à 2011

Tableau N°4 : Evolution de la croissance des activités durant la période 2008 à 2011

Domaine/Nbre Taux de Taux de Taux de


2008 2009 2010 2011 croissance croissance croissance
d’activités
(2008/2009) % (2009/2010) % (2010/2011) %

8
Artisanat et artisanat 3070 3633 4333 9194 18 19 112
d’art
Artisanat de 2999 4728 5471 7804 58 16 43
production de biens
Artisanat de services 8412 10514 11018 15719 25 5 43
Total général 14481 18875 20822 32717 30 10 57
Source : Construit à partir des données disponibles sur le site du Ministère du Tourisme et de l’artisanat

L’artisanat en Algérie a connu une évolution très importante durant la période allant de 2008 à
2011. Comme le confirme le tableau précédent, la création de nouvelles activités suit une
tendance haussière.
Le domaine de l’artisanat de services occupe la première position puisque il enregistre plus de
50% d’activités sur les quatre années. Le domaine de production de biens occupe la deuxième
position en réalisant une amélioration considérable de sa part qui passe de 21% en 2008 à
26% en 2010. On constate aussi que 11 895 nouvelles activités ont été enregistrées entre 2010
et 2011.
2.6.2. Bilan de création d’emplois et son évolution durant la période 2008 à 2011

La création d’emplois dans le secteur d’ l’artisanat suit également une tendance haussière
durant la période 2008-2011 :

Tableau N°5 : Evolution de la croissance de la création d’emplois

Domaine/Nbre Taux de Taux de Taux de


2008 2009 2010 2011 croissance croissance croissance
d’activités
(2008/2009) % (2009/2010) % (2010/2011) %
Artisanat et artisanat 11388 13449 16054 34031 18 19 112
d’art
Artisanat de 7571 11854 13701 19543 57 16 43
production de biens
Artisanat de services 15983 19977 20943 29866 25 5 43
Total général 34942 45280 50698 83440 30 12 65
Source : Construit à partir des données disponibles sur le site du Ministère du Tourisme et de l’artisanat

En raison de la hausse enregistrée par la création des activités, la création de l’emploi a connu
une nette croissance, en passant de 34 942 emplois créés en 2008 à 83 440 en 2011soit une
hausse de 139%.
L’artisanat de services représente le domaine qui emploie plus d’effectif par rapport aux
autres.
La lecture des tableaux permet aussi de tirer les tendances suivantes :
- Les trois domaines ont connu une croissance remarquable.
- Pendant la période 2008-2009, le domaine de l’artisanat de production de biens enregistre le
plus grand taux de croissance de 57%.
- Pendant la période 2009 -2010, le domaine de l’artisanat d’art a réalisé le meilleur résultat
en enregistrant une croissance de 2 605 nouveaux emplois soit un taux de croissance de 19%,
alors que le domaine de l’artisanat de production de services a réalisé une progression très
timide soit 5% seulement.
- Pour la période 2010 -2011, le domaine de l’artisanat d’art conserve sa position et dégage un
taux de croissance de 112%.

3. Le secteur de l’Artisanat dans la wilaya de Béjaïa


9
3.1. Présentation
Région côtière du Centre Est insérée entre les grands massifs du Djurdjura, des Bibans et des
Babors et s’ouvrant sur la mer méditerranée avec une façade maritime de plus de 100 Kms, la
wilaya de Béjaïa, alternant criques rocheuses et plages de sable fin d’Est Ouest.
La wilaya est inscrite aussi dans le Pôle d’Excellence et de compétitivité (POC) qui intègre les
wilayas ci-après : « Sétif- Béjaïa - B.B.Arréridj - M’sila » orientée principalement sur les
domaines d’activité de la plasturgie, la biotechnologie et la productique. Elle aura à assumer
un rôle dans le cadre du pôle de compétitivité et d’excellence en milieu rural constitué par les
pôles suivants : « Béjaïa- Bouira –Skikda », en accroissant les possibilités que ces zones et
terroirs recèlent, dans le but d’assoir des industries localisées, à caractère technologique mais
aussi artisanale et de services notamment sur l’huile d’olive. Les solidarités et
complémentarités territoriales de développement et d’investissements sont à constituer autour
de la zone de croissance constituée justement par les wilayas limitrophes comme il a été
indiqué dans le POC cité plus haut.

L’histoire nous enseigne que juste avant l’indépendance, l’économie de la région de


Béjaïa était complémentaire à celle de la France coloniale. Essentiellement axée sur
l’exploitation des gisements miniers de Bou Amrane et de Timezrit et le développement de
l’agriculture maraîchère à travers l’exploitation rationnelle des plaines d’El Kseur et
d’Amizour et de toute la bande fertile s’étendant des jardins d’Irryahen jusqu’à Souk El
Tenine. La viticulture était très développée, l’agriculture de montagne aussi, l’oléiculture,
l’apiculture, la pêche et l’élevage de caprins. Les forêts de chênes-lièges s’étendaient sur des
milliers d’hectares, de Jijel jusqu’aux confins des massifs de l’Akfadou et du Djurdjura.
L’artisanat traditionnel n’était pas négligé ainsi que la valorisation d’un certain nombre de
savoir-faire locaux entretenus depuis des lustres parmi la population. Ce fut une économie très
active, productive, de type pluri exportatrice.

L’histoire ne peut occulter l’existence à Béjaïa d’un véritable réseau d’unités


agroalimentaires, des PME/PMI, à très forte valeur ajoutée sur les plans proprement
économique et commercial. Les unes chargées du traitement de câpres, de caroubes, d’olives
et de figues sèches, de verveine et de menthe séchée ; les autres versées dans le
conditionnement du poisson, la salaison de l’anchois, la récupération et la transformation du
liège et de certaines espèces végétales particulières à la région. Et autres encore carrément
orientées vers la fabrication d’ébauchons de pipes à fumer à base du bois de bruyère, de
bouchons de liège et d’espadrilles faites de toile coton et de fibres végétales, très prisées des
estivants en raison de leur qualité hygiénique. Beaucoup de gens de la région ne sont pas près
d’oublier les noms de certaines personnes qui furent d’authentiques managers locaux,
créateurs de véritables richesses : Tamazali dans les huiles, Henri Maire et Bocheron dans la
fabrication et le négoce des vins, Gouzens dans les boissons rafraîchissantes, Fons dans le
liège, les frères Blanc dans la récupération du bois de bruyère et le façonnage des ébauchons
de pipes, Boulimat, Coudrier et Sonigo dans le conditionnement de figues et de caroubes. Des
richesses locales issues de la terre algérienne, plantées et traitées en Algérie par des
Algériens9.

3.2. Bilan des activités


Selon les données recueillies auprès de la chambre de l’artisanat et des métiers de la wilaya de
Béjaïa, nous pouvons synthétiser le bilan des activités dans le secteur de l’artisanat durant la
période 1998 à 2011 dans le tableau suivant :
Tableau N°6 : Bilan des activités de l’artisanat dans la wilaya de Béjaïa
9
El Hadi Tebbane - El Watan du 8/12/2007.
10
Domaine Nombre d’inscrits Part en %
Artisanat et artisanat d’art 1116 14
Artisanat de production de biens 1719 23
Artisanat de services 4746 63
Total 7581 100

Source : D’après les données recueillies de la CAM de Béjaïa.

3.3. Le système productif local dans la wilaya de Béjaïa


Le SPL de la Wilaya de Bejaïa est lancé en 2008, il concerne seulement la filière de la
poterie. Il comporte aujourd’hui :
- Plus de 28 artisans adhérents (producteurs de la poterie).
- Fournisseurs de la matière première et commerçants du produit
- Association AFFOUS
- Les dispositifs ANSEJ et ANGEM
L’échange et l’entraide (entre les membres du SPL) est réalisé à travers
l’approvisionnement en matière première, la conquête de nouveau marchés et la formation des
artisans (plus de 10 artisans d’après l’animateur de la CAM de Bejaïa)
certains artisans adhérents exportent leurs produits. Le soutien formatif offert par le SPL a
permis la formation de 44 artisans.
Le nombre d’adhérents ayant bénéficiés des différents dispositifs de soutien financiers est
représenté par le tableau ci-dessous:
Tableau N°7 : Contribution des organismes d’Etat au financement du SPL dans la wilaya de
Béjaïa
Dispositif de soutien Nombre de %
bénéficiaires
FNPAAT (Fonds de promotion des 18 72
activités de l’artisanat traditionnel)
ANGEM 05 20
ANSEJ 02 08
Total 25 100
Source : D’après les données recueillies de la CAM de Béjaïa.

3.4. Le soutien financier pour la création de micro-entreprises artisanales


Les programmes de soutien financier s’effectuent par le biais des organismes d’aide de l’Etat,
à savoir l’ANSEJ et l’ANGEM :

3.4.1. Le soutien financier de l’ANGEM


Comme le témoigne le tableau ci-dessous, dans la wilaya de Béjaïa, la part des
micro- entreprises artisanales financées par l’ANGEM est appréciable,
puisque il enregistre plus de (31%) de microcrédits accordés (412 sur un total de 1250).
Tableau N° 8 : Bilan de l’ANGEM dans la wilaya de Bejaïa
secteurs d’activités Nombre de projets (emplois)
Total Dont femmes Taux de féminité
Agriculture 481 33 7%
Industrie 33 25 75 %
BTP 10 00 00 %
Services 314 50 16 %
11
Artisanat 412 128 31 %
Total 1250 234 19 %

3.4.2. Le soutien financier de l’ANSEJ

Tableau N° 9 : Nombre d’Attestations d’éligibilité délivrées par L’ANSEJ aux secteurs


d’activités
Dans la Wilaya de Bejaia, le secteur de services et de l’artisanat occupent la première
place dans le financement des micro-entreprises par l’ANSEJ. Le même positionnement est
confirmé pour les deux années 2009 et 2010, comme le montre le tableau ci-après :

Secteurs 2010 2009


Service 400 645
Artisanat 273 210
Agriculture 56 95
Hydraulique 15 8
Pêche 7 1
Transport frigorifique 0 3
Transport de marchandise 1064 303
BTPH 555 458
Transport de voyageurs 0 0
Industrie 64 55
Professions libérales 22 28
Maintenance 1 3
Total 2457 1809

Source : ANSEJ de Bejaïa.

Figure N° 05 : Micro-entreprises financées et emplois créés par l’ANSEJ Bejaia (du


1/7/1998 au 30/06/2008)

12
Source : Etabli à partir des données du tableau N°9.

3.5. L’approche Nucleis dans la wilaya de Bejaïa


La Wilaya de Bejaïa fait partie du projet pilote de l’approche Nucleis. La CAM de BEJAIA
a bénéficié de 9 Nuclei en 2009.

Nombre de Nuclei mis en place à Bejaïa


2008 2009 Taux de
croissance
Nombre de Nuclei 5 9 80%
Source : http://www.nucleusalgerie.org. Tiré de l’article de Cécile PERRET : « Culture
ambiante et organisation des entreprises sous forme de Nuclei en Algérie » Note de Recherche n°10-**, IREGE,
Université de Savoie.

4. Les contraintes de l’artisanat en Algérie et défis à relever

L’espace de l’artisanat en Algérie est constitué généralement d’unités de production très


hétérogènes et mal structurées, qui sont loin de former un véritable système de production.
Dominée par le poids des activités informelles, l’entreprise artisanale de par sa taille réduite et
son faible niveau de productivité, n’a nullement la vocation d’organiser une production en
série, et de faire face aux grosses commandes.

Les activités artisanales ne bénéficient pas de l’appui qu’elles sont en droit d’attendre de
l’État pour se développer et jouer pleinement leur rôle dans l’emploi, la création de richesses
et l’élévation du niveau de vie des populations. Contrairement à certains pays modèles tels
que la Roumanie et le Maroc.

4.1. Les contraintes

13
En dépit des succès enregistrés dans le cadre des plans d’action jusqu’à 2010, le
secteur de l’artisanat en Algérie demeure confronté à de nombreuses contraintes qui entravent
son essor et qui l'empêchent de jouer pleinement son rôle socioéconomique :

- Les entreprises artisanales éprouvent d’énormes difficultés liées aux coûts de production
élevés. Individuellement, ces entreprises ne peuvent pas réaliser des économies d’échelle sur
les intrants (matières premières) et n’ont souvent pas la capacité de fabriquer des produits en
quantité et qualité suffisantes, d’appliquer des normes de production homogènes et de
respecter les délais de livraison pour tirer parti des débouchés commerciaux qui s’offrent à
elles.

- Les difficultés d’accès au financement, tant au niveau de l’investissement que de


l’exploitation, constituent un frein au développement des activités artisanales au sens large
(production de biens, services, traditionnel). Les spécificités de l’activité et la modicité des
crédits constituent des obstacles pour s’intégrer dans la démarche empruntée habituellement
par les organismes de crédit (niveau de crédit et garantie).

- La quasi-totalité de l’assistance technique et financière a été consacrée au seul domaine de


l’artisanat traditionnel et d’art, alors que ce dernier ne représente que 15 % des inscrits.

- Le réseau des chambres de l’artisanat et des métiers mis en place dans le but de
rapprochement des opérateurs (action de proximité) manque d’efficacité et reste très souvent
tributaire d’instructions et d’orientations émanant de l’administration centrale.

- Les contraintes d’approvisionnement en matière de production


Les contraintes liées à l’environnement des activités artisanales en milieux ruraux sont encore
plus importantes, on cite souvent les contraintes inhérentes à l’approvisionnement en facteurs
de production, mais aussi celles liées à la promotion des produits, à leur distribution et à leur
commercialisation…

- L’enclavement et les contraintes d'ordre infrastructurel qui constituent l'essentiel des


problèmes des artisans et qui induisent en fait d'autres contraintes et d'autres problèmes
(transport, santé, déperditions scolaires, écoulement des marchandises...).

4.2. Les défis à relever

Une politique volontariste à fort impact social dans la formation des artisans, l’amélioration
de leur financement, la promotion commerciale de leurs produits et, de manière plus globale,
adaptation du secteur dans un cadre institutionnel … constituent autant de défis à relever dans
le secteur de l’artisanat en Algérie.

- La mise à niveau de l’entreprise artisanale


Le défi de la mondialisation des échanges incite l’entreprise artisanale à opérer une double
mise à niveau :
- Au niveau interne, face aux entreprises nationales du secteur industriel qui la poussent à la
marginalisation;
Au niveau externe, à l’égard des entreprises étrangères similaires qui lui livrent une
concurrence sans merci, car mieux structurées et plus compétitives. La compétitivité de
l’artisanat est donc liée à l’efficience de l’entreprise.

14
- Le financement de l’artisanat
Le financement du secteur de l’artisanat constitue une source de préoccupation permanente
pour les responsables.
La simplification des procédures pour l’octroi de crédits aux artisans et la promotion de
l’entreprise artisanale, par le développement des crédits destinés à l’investissement,
notamment par le moyen des micro-crédits et la sensibilisation des investisseurs sur les
potentialités de l’artisanat dans le domaine de l’investissement et de l’emploi constitue un
autre défi à relever. En effet, parmi les obstacles à la relance du secteur de l’artisanat, on
observe notamment les problèmes de financement et le désintéressement quasi-total du
système bancaire.

- L’encouragement de la naissance des artisans-entrepreneurs


La vocation économique du secteur de l’artisanat impose aux opérateurs et aux artisans un
comportement particulier et leur impose le développement d’une culture de l’entreprise et une
« démarche qualité ». Ces opérateurs ne sont pas forcément des artisans de métier , il s’agit de
toute personne qui dispose de fonds nécessaires et de la prédisposition à investir dans le
secteur pour la promotion d’un ou de plusieurs métiers. Ils doivent être réceptifs à des
politiques d’incitation à l’investissement et à des programmes efficaces de perfectionnement,
de vulgarisation et de promotion du produit. Des modifications peuvent également toucher, le
processus de production. Il y a des tâches manuelles qui gagneraient à être mécanisées sans
nuire au caractère artisanal du produit final.
La commercialisation, surtout extérieure, est présentée, comme un atout principal pour
l’artisanat, il faudrait non plus seulement aller offrir ce qui se fait en Algérie, mais d’aller voir,
comprendre et mesurer ce qui peut se vendre, pour le produire ensuite. Le savoir-faire et
l’adoption d’une démarche appropriée pour aborder le marché font souvent défaut. « Si les
artisans n’ont pas la vocation de vendre et de gérer, il faudrait que ceux qui le savent puissent
investir le secteur ». Dans un environnement compétitif, la clairvoyance et la perspicacité sont
exigées : « voir, savoir et prévoir » n’a rien à voir avec « regarder, garder et sauvegarder ».
Ainsi, le produit demeure artisanal, mais l’outil de production et de gestion devra être
moderne et rationnel

- L’intervention des pouvoirs publics pour la promotion commerciale de l’artisanat est une
exigence, elle n’est toutefois pas sans conséquence. De multiples expériences prouvent que
cette intervention provoque des effets prévus, mais d’autres qui ne l’étaient pas. Des
changements manifestes sont apparus, dans le mode de production et du genre de vie des
populations, ce qui par conséquent a provoqué des modifications dans les statuts et rôles des
individus et des groupes. L’ensemble de ces données dessine dans ces régions, un paysage
social, économique et culturel totalement différent de ceux qui l’ont précédé.

- Relever le défi en faisant des maisons d’artisanat et des métiers des « espaces de création de
rayonnement », et d’accompagnement des porteurs de projets à travers l’intervention en ce qui
concerne :

a) les matières premières;


Il est indispensable d'instaurer une politique de coopération dans ce domaine, entre les
ministères intéressés (Agriculture, commerce, industrie et artisanat). Il faudra veiller à
l'augmentation des disponibilités en matières premières nécessaires aux artisans. Ne permettre
l'exportation des matières brutes ou semi-finies qu'après avoir satisfait aux besoins locaux.
b) l'équipement;
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L'artisanat appelé à se transformer rapidement, pour mieux s'intégrer dans l'économie
moderne, se verra dans l'obligation de modifier ses méthodes et de perfectionner son
équipement. Il est de même nécessaire, pour un certain nombre de produits fabriqués, de
renoncer aux petites installations sans avenir et les remplacer par des manufactures et des
unités de production, à grand rendement et disposant de capitaux en conséquence.

c) la formation de la main-d’œuvre.

Le problème de la main-d’œuvre devrait être étudié dans la perspective d'une croissance


accélérée de la production, compte tenu des possibilités de commercialisation du produit
artisanal national.
Il faut donc souligner l'importance à cet égard de la formation professionnelle et
l’organisation des cycles de formation au profit des artisans dans la création et la gestion des
entreprises.

5. Conclusion et pistes de réflexion

L’Algérie dispose d’un potentiel humain considérable, mais considéré, d’un point de vue
qualitatif, cet avantage s’avère limité. Des mesures et actions urgentes doivent être engagées
pour redynamiser, rendre productives et compétitives les entreprises artisanales et pour sortir
de l’informel de leurs activités.

- Renforcer le Rôle des Chambres de Métier et d’artisanat :


Ce point est important car les structures d’encadrement doivent avoir beaucoup plus de
ressources pour s’acquitter de leur mission, cela éviterait de confier des missions à une
structure sans lui donner les moyens de les réaliser.
- Aller vers la création d’un Fonds D’appui à l’Artisanat :
Il s’agit d’éviter d’enfoncer les artisans dans un endettement poussé avec des risques de
crédibilité pour le secteur. Il serait utile d’y associer les ONG et les IMF (Institutions de
Micro finance) pour élargir la réflexion sur le Fonds.
- Protection Sociale des Artisans :
Il s’agit d’une question vitale au regard des actions et au regard des exigences d’équité et de
droit à la protection Sociale. Elle devait contribuer à améliorer la productivité du travail tout
en réduisant les charges qui pèsent les Artisans. En même, leurs familles pourraient aussi
bénéficier des avantages qui en découlent en matière de niveau de vie.
- Un processus de développement local qui serait basé sur la valorisation et la promotion des
produits artisanales doit être surtout conditionné par des appuis de la part des pouvoirs
publics, ainsi que par un système d'organisation conduit par des professionnels ; ces
professionnels devant être coordonnés entre eux à l'intérieur de réseaux ou de « systèmes de
production locaux.
- Aussi, il devient nécessaire pour les artisans de s'associer et de définir ensemble le cadre
utile pour le développement de leur secteur : « la force du « local » est justement que les
acteurs locaux (les paysans, les artisans, les autres acteurs du secteur) peuvent aboutir, par la
contradiction qu'ils peuvent entraîner à avoir une seule et même stratégie vis-à-vis de

16
l'extérieur. Cela nécessite donc obligatoirement une parfaite maîtrise des problèmes et des
potentialités par les acteurs locaux, ce qui implique aussi une autre forme de gestion du
secteur et des actions de développement.

- Appuyer toutes les initiatives visant l’implantation de nouvelles entreprises artisanales et


améliorer les performances techniques, commerciales et organisationnelles de celles qui
existent déjà (Court moyen et long terme):
Il s’agit d’encadrer les entreprises qui le souhaitent :
- Echanger et de résoudre les problèmes rencontrés par celles-ci ;

- Mobiliser une expertise de haut niveau capable de leur apporter des conseils stratégiques et
opérationnels;
- Appuyer les différentes opérations de restructuration décidées par les entreprises ;

- Agir efficacement sur les coûts des facteurs de production (court et moyen terme)
Il s’agit d’abaisser progressivement les coûts des facteurs de production à travers :
- la réduction du prix de l’électricité;
- la réduction des prix et l’amélioration de la qualité des services de télécommunications;

- Abaisser la fiscalité de ces entreprises


- l’injection de ressources financières longues dans l’économie, en bonne intelligence avec
les banques ;
- la mobilisation des ressources extérieures bon marché mises à la disposition des entreprises
par leur intermédiaire ;
- la réduction des coûts de transport,

- Organisation et participation dans les foires itinérantes aux produits de l’artisanat dans les
différents pays du monde avec pour objectif la pénétration des marchés extérieurs porteurs
pour les produits algériens de l’artisanat.

- Etablir un partenariat fort avec des banques ou structures de micro finances en vue d'appuyer
les créations d'entreprises artisanales nouvelles ou le développement d’entreprises existantes.

- La promotion de partenariat entre les chambres d’artisanat et les collectivités locales à


travers :
- L’apport de conseils et d’assistance aux artisans, coopératives et entreprises artisanales dans
le domaine des approvisionnements, de la production et des techniques artisanales.
- La participation à l’écoulement de la production artisanale et à sa promotion tant au niveau
national qu’international.
- La proposition et la mise en œuvre de toute mesure de nature à promouvoir et développer les
activités de l’artisanat traditionnel et d’art d’une part et la promotion socioprofessionnelle des
artisans d’autre part.
- L’écoute des artisans pour recenser les préoccupations, les contraintes et les difficultés du
secteur de l’artisanat et les soumettre aux instances concernées.

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- A la promotion des activités artisanales par l’organisation de foires, salons, expositions et
concours destinés à récompenser les meilleures œuvres et à développer l’esprit d’innovation.

Références :

Cécile PERRET : « Culture ambiante et organisation des entreprises sous forme de Nuclei en Algérie », Note de
Recherche n°10, IREGE, Université de Savoie.

Décret exécutif n°97-140 du 30 avril 1997 fixant la nomenclature des activités artisanales et des métiers. (JO
n°27 - 1997).

Décret exécutif n°09-323 du 11 octobre 2009 modifiant et complétant le décret exécutif n°97-100 du 29 mars
1997 fixant l’organisation et le fonctionnement des Chambres de l’artisanat et des métiers. (JO n°59 - 2009).
Renforcement de l’Agence Nationale de l’Artisanat Traditionnel et des institutions publiques et
professionnelles chargées de promouvoir l’artisanat traditionnel, Fiche de Projet de Jumelage classique
Programme d’Appui à la mise en œuvre de l’Accord d’Association (P3A), Algérie – UE, Mars 2010.

Développement de l'artisanat et promotion des échanges extérieurs Sixième Rencontre Internationale sur
l'Artisanat Traditionnel, 30/05/2008,.

L’artisanat au Maroc un gisement inexploité, Projet de développement des systèmes productifs locaux de la
marqueterie à Essaouira et de la poterie à Safi, Organisation des Nations unies pour le Développement Industriel.

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