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Elodie Rebours

Lycée St Joseph - Lamballe


elodie.fauvel@yahoo.fr

Objet d’étude : La question de l’homme…

Séquence 5 :
Autour de la peine de mort

Problématique générale : Comment convaincre?


Thème retenu : La peine de mort
Lecture Cursive : Le dernier jour d’un condamné, V. Hugo

Séance 1 : Le récit d’Albert Camus


Support : Réflexions sur la guillotine, Camus, extrait
Objectif : LA n°1

Séance 2 : Un débat passionné


Supports :
- extrait de La vie de David Gale (la scène du débat télévisé)
- discours de Barrès
- discours de Briand
- couverture du petit journal
Objectif : s’interroger sur les multiples façons d’argumenter

Séance 3 : L’argumentation directe, genres et procédés…


Support: divers documents
Objectif : découvrir la variété des ressorts de l’argumentation

Séance 4 : Le discours qui permit (enfin) l’abolition en France


Support : Discours à l’assemblée nationale du 17 septembre 1981, Robert Badinter
Objectif : LA n°2

Séance 5 : Rendre compte de sa lecture


Support : Le dernier jour d’un condamné, V. Hugo
Objectif : s’interroger sur la force persuasive du récit de Hugo

Séance 6 : La peine de mort, état actuel du monde


Support : PMB du lycée
Objectif : activité TICE
Séance 1 : Camus

Albert Camus, Réflexions sur la guillotine, 1957

de « Peu avant la guerre de 1914, » jusque « loin de réparer l’offense faite au corps social, ajoute
une nouvelle souillure à la première. »

Lecture Analytique n°1 : Réflexions sur le peine de mort, Camus, 1957

Eléments d’introduction :

- Des informations sur la vie de Camus


- Des informations sur la peine de mort : voir séance suivante
- Problématiques possibles :
- Comment fonctionne l’argumentation dans cet extrait?
- Comment, à travers une anecdote autobiographique, Camus parvient-il à dénoncer la peine
de mort?
- En quoi la forme de cette réflexion est-elle originale?

I - Un souvenir d’enfance

a) des éléments autobiographiques

Ce texte est autobiographique : l’anecdote qui y est présentée est extraite de la


mémoire familiale de l’auteur qui était à peine âgé d’un an à l’époque : il est né le 7 novembre
1913, or le récit se déroule « peu avant la guerre de 1914 » (l. 1), c’est la raison pour laquelle
on trouve dans ce texte des formules qui marquent l’imprécision de ces connaissances sur
l’évènement raconté : « Telle dut, m’a-t-on dit » (l. 5) ou encore « L’une des rares choses que
je sache de lui (mon père) » (l. 6,7)

b) un homme condamné à mort

Ce souvenir présente la condamnation d’un homme à la peine de mort : comme en


témoigne le champ lexical de la peine : «  condamné à mort  » (l. 2), «  décapitation  » ,
«  peine  » (l. 5), ou encore «  exécution  »(l. 7). Apparemment cette condamnation était
largement approuvée par le peuple : «  retentissement  » (l. 5), «  opinion  » (l.6), «  d’un grand
concours de peuple » (l.9) ces mots évoquent l’opinion publique, l’opinion populaire et l’adverbe
« généralement » (l. 4) accentue cette idée de généralisation, de totalité, comme si la voix du
peuple était unanime : cet homme méritait largement sa peine. D’ailleurs, l’auteur emploie
l’hyperbole « cent fois mérité » à la ligne 15 pour appuyer cette idée.

c) la réaction surprenante du père


Le père d’Albert Camus partageait l’opinion du peuple. Et, ce qui l’indigna par dessus
tout, ce fut «  le meurtre des enfants  » (l. 6) et il décida d’assister à l’exécution «  pour la
première fois de sa vie » (l. 7). Lorsqu’il en revint, il s’enferma dans une sorte de mutisme :
« il n’en dut rien à personne » (l. 9) ou encore « refusa de parler » (l. 10) et « se mit tout à
coup à vomir » (l. 11). Cette réaction physique de rejet par le corps inspire le dégoût, et c’est
précisément, ce que ce spectacle lui a inspiré.

II - Une dénonciation de la peine de mort

a) un horrible crime
Le crime était « particulièrement révoltant » (l. 1). Le meurtrier a assassiné toute une
famille de fermiers, il s’agissait donc de personnes ordinaires, qui vivaient modestement, et
les a volés, ce qui a « aggravé son cas » (l. 3). Les meurtres du condamné ne sont pas passés
sous silence, le champ lexical du crime est bien présent : « assassin » (l. 1),, « crime », (l. 1 et
19), « massacré »(l. 2), « tué », « sang » (l. 3), « victimes », « affaire » (l. 4), « meurtre » (l. 6
et 19). Bien que cet essai d’Albert Camus entend argumenter contre la peine de mort, le crime
commis n’est pas occulté, il ne s’agit pas de taire les horreurs commises par les accusés.

b) en vérité, de l’indignation

Mais le spectacle de la condamnation suscite, en fin de compte, comme le crime commis


par le condamné, de l’indignation. Le champ lexical qui y correspond est bien présent :
«  indigné  » (l. 6), «  supplice  » (l. 8), «  boulversé  » (l. 10), «  horrible  » (l. 14) et enfin :
«  révoltante  » (l. 19). Cette indignation est mise en avant par la métaphore filée de la
« cachette » qui s’apparente à une allégorie dans le passage suivant : « Il venait de découvrir
la réalité qui se cachait sous les grandes formules dont on la masquait. » (l. 11, 12). Cela donne
davantage d’importance à l’indignation, comme si elle faisait partie de la peine capitale.
D’ailleurs, à la ligne 18, l’indignation « éclate », la métaphore de l’explosion entend montrer un
retentissement aussi fort que le premier crime commis. Quant à l’exécution de la peine, il
s’agit d’une décapitation qui est évoquée par la périphrase : «  on venait de jeter sur une
planche pour lui couper le cou » (l. 13), la décapitation est en fait décrite, cela permet de dire
clairement de quoi il s’agit, cela peut choquer le lecteur, mais cela montre la réalité telle
qu’elle est. De plus, la périphrase n’est pas sans rappeler la façon dont on pouvait tuer les
animaux dans les fermes, notamment les poules, comme si le coupable n’était plus traité dans
son humanité.

c) un « nouveau meurtre », « une souillure »

Selon Camus, tuer un assassin c’est commettre « un nouveau mettre » (l. 19) alors que
la justice entend pourtant réparer la faute commise en condamnant à mort l’assassin. Cette
contradiction est mise en avant par l’antithèse : «  douce  »/«  montre  » (l. 5) ou encore
« suprême »/« honnête » (l. 16). Pour Camus, la peine capitale ne répare pas, elle n’est qu’un
autre crime qui s’ajoute au premier : sa thèse est développée tout au long du dernier
paragraphe où le présent de vérité générale est largement employé : « il faut », « est » (l. 14),
« donne » (l. 16), « paraît » (l. 17), « éclate » (l. 18) et enfin, « ajoute » (l. 20), cette idée est
selon lui une thèse qui devrait être admise par tous afin que la peine de mort soit abolie.
Ouverture possible : la lecture analytique n°2!!!

Séance 2 : Groupement sur le débat concernant la peine de mort

Corpus :


Document A : Maurice Barrès, discours à la Chambre du 3 juillet 1908 (extrait)

Document B : Aristide Briand, discours à la Chambre du 11 novembre 1908 (extrait)
Document C : couverture du Petit Journal, 19 juillet 1908

Document D : extrait de La vie de David Gale, un film de Alan Parker, avec Kevin
Spacey et Kate Winslet, 2002

• Sur quels types d’arguments s’appuient ces débats?

Document A : Maurice Barrès, Discours à la Chambre du 3 juillet 1908 (extrait)

de « Pour ma part, je demande que l’on continue à nous débarrasser de ces dégradés, de
ces dégénérés, » jusque « …C'est par amour de la santé sociale que je vote Ie maintien et
l'application de la peine de mort. »

Document B : Aristide Briand, Discours à la Chambre du 11 novembre 1908 (extrait)

de « J'ai retenu une partie du discours de l'honorable M. Barrès. » jusqu’à  « Messieurs,


ici, c'est la société qui agit. (Très bien ! très bien ! à l'extrême gauche et à gauche. ) « 

Document C : couverture du Petit Journal, 19 juillet 1908

Séance 3 : Le genre de l’argumentation

Objectifs :
- définir l’argumentation directe
- connaître sa finalité et ses enjeux

Supports :
- Document A : Extrait du Supplément au voyage de Bougainville, Diderot.
- Document B : Document C : Emile Zola, « J’accuse », L’aurore, 13 janvier 1898.
- Document C : La Rochefoucault, Maximes et Réflexions morales, 1664
- Document D : extrait de la Préface de la deuxième édition de Thérèse Raquin, Emile Zola
- Document E : « De l’horrible danger de la lecture », Voltaire
- Document F: Aristide Briand, Discours à la Chambre du 11 novembre 1908, (séance 2,
document B)
- Document G : Camus, Réflexion sur la guillotine (texte de la séance 1)
Document A : Extrait du Supplément au voyage de Bougainville, Diderot
de « A. En attendant, que faites-vous ? » jusqu’à « Il fait comme tout le monde : il se dissipe
après s’être appliqué, et s’applique après s’être dissipé. »

Document B : Emile Zola, « J’accuse », L’aurore, 13 janvier 1898, extrait

Document C : La Rochefoucault, Maximes et Réflexions morales, 1664, une maxime

Document D : extrait de la Préface de la deuxième édition de Thérèse Raquin, Emile Zola

de « Dans Thérèse Raquin, j’ai voulu étudier des tempéraments et non des caractères. » jusqu’à
« L’âme est parfaitement absente, j’en conviens aisément, puisque je l’ai voulu ainsi. »

Document E : « De l’horrible danger de la lecture », Voltaire, extrait

Séance 3 : Les genres de l'argumentation directe

Document A B C D E F G

Remarque
s sur
l’argumen
tation en
oeuvre
dans le
support

Identific
ation du
genre
Séance 4 : le discours de Badinter

Lecture Analytique : Discours de Badinter, « L’abolition de la peine de mort »

Problématiques possibles :
- comment fonctionne l’argumentation de ce discours?
- en quoi ce discours se révèle-t-il profondément humaniste?
- comment Badinter parvient-il à convaincre l’assemblée?

I - Un discours argumentatif

a) L’implication personnelle de Badinter

A plusieurs reprises, il utilise la première personne du singulier  : «  à cet âge de ma


vie » (déterminant possessif de première personne), « je ne parle pas seulement », « je parle
aussi  » (pronoms personnels de première personne) et s'inclut dans un ensemble plus large,
celui constitué par toute l'assemblée, avec la première personne du pluriel : « notre société
refuse une justice qui tue  » (déterminant possessif de première personne), «  nous la
refusons  » (pronom personnel de première personne). Il inclut donc tous les membres de
l'assemblée comme s'ils étaient acquis à sa cause, ne leur laissant pas le choix de se définir
contre son point de vue.
b) de l’éloquence

- de la flatterie : « grâce à vous », répété 2 fois


- du style : anaphore de « Demain »
- vision futuriste : emploi du futur de l’indicatif; comme s’il prédisait l’avenir, d’ailleurs
l’avenir lui donnera raison !
- « au sens noble du terme », humilité du personnage

c) le traitement de ses adversaires

Badinter s'oppose par contre à « ceux qui veulent une justice qui tue », en prenant soin
d'utiliser la troisième personne pour désengager l'assemblée de cette position, signifiant
ainsi : ceux-là sont autres, ils ne font pas partie de notre assemblée.
Ils sont dans l'erreur, ce qui est également suggéré dans la phrase : « Cette société
croit, en dépit de l'expérience des siècles, faire disparaître le crime avec le criminel » Dans
ce passage, Badinter montre la confusion qui est faite entre les personnes (les criminels) et
les actes transgressifs que sont les crimes : si les premiers peuvent disparaître, les seconds
existeront toujours, ce qui est souligné par « l'expérience des siècles ».
Robert Badinter, de plus, dévalorise la position adverse en utilisant des pronoms
démonstratifs à valeur dépréciative : « ceux qui », « ceux-là ». Ces démonstratifs sont repris
sous forme de déterminants « cette justice » pour désigner la justice telle que l'envisagent
les opposants : les compléments du nom « d'élimination », « d'angoisse et de mort » mettent
en valeur des principes qui s'opposent.
II - Une thèse abolitionniste

a) des alternatives

« Il s’agit bien, en définitive, dans l’abolition, d’un choix fondamental » : c’est ainsi que
Badinter pose le problème de l’abolition : c’est une vision manichéenne.
Badinter utilise des alternatives à deux reprises :, «  l’une et l’autre affirmations me
paraissent également erronées » , il renvoie ainsi dos à dos de conceptions, la première étant
celle qui consiste à croire qu’il existe des « hommes totalement coupables », la seconde, « qu’il
peut y avoir une justice sûre de son infaillibilité ».
Ensuite, «  Le choix qui s’offre à vos consciences est donc clair  : ou notre société
refuse une justice qui tue (…) et c’est le choix de l’abolition ; ou cette société croit, en dépit
de l’expérience des siècles, faire disparaître le crime avec le criminel, et c’est l’élimination. ».
Toujours un choix manichéen marqué par les mots «  choix  » et les conjonctions de
coordination «  ou  » qui introduise l’alternative. C’est l’idée qu’il n’y a pas de compromis
possible.

b) une justice humaine donc faillible

« la justice demeure humaine, donc faillible »


L’analogie est établi avec Dieu pour mieux révéler la faillibilité de l’Homme. « Pour ceux
d’entre nous qui croient en Dieu, lui seul a le pouvoir de choisir l’heure de notre mort. Pour
tous les abolitionnistes, il est impossible de reconnaître à la justice des hommes ce pouvoir de
mort parce qu’ils savent qu’elle est faillible.  » Cette référence à Dieu peut également
s’assimiler à un argument d’autorité.
Un argument d’expérience est également convoqué : il s’agit de tout le paragraphe 3,
qui démontre la relativité de la justice, «  au hasard d’une erreur  », elle manque donc
d’impartialité : la justice est donc injuste! On aboutit donc à une contradiction!!

c) l’Homme, pas complètement mauvais….

Pour Badinter, il n’y a pas «  des hommes totalement coupables, c’est-à-dire des
hommes totalement responsables de leurs actes », la répétition de l’adverbe « totalement »
fait écho à la peine « capitale », la peine « totale », qui est entière, qui n’est pas dans la demi-
mesure…
« Parce qu’aucun homme n’est totalement responsable, parce qu’aucune justice ne peut
être absolument infaillible  » on retrouve l’adverbe «  totalement  » dans ce parallélisme de
construction qui vise à amoindrir la culpabilité de « l’Homme », et à amoindrir le rôle suprême
de la justice.
Selon Badinter l’homme quel que soit l’acte qu’il a pu commettre n’est pas entièrement
mauvais. De même, il serait une erreur de croire que la Justice est complètement « bonne »,
infaillible, justement parce qu’elle est donnée par des hommes. On aperçoit donc une
conception « relative » de l’homme, qui n’est ni tout à fait bon, ni tout à fait mauvais. En tous
les cas, il est imparfait.

Séance 5 : Rendre compte de sa lecture


Support : Le dernier jour d’un condamné, V. Hugo
Objectif : être capable d’échanger sur sa lecture (entretien de l’oral du bac)

• Répondez à ces questions en veillant à développer vos réponses le plus possible.

Présenter le roman (cadre spatio-temporel, personnages, …)

Ce roman vous semble-t-il efficace pour lutter contre la peine de mort? Pourquoi?

Quels sont les passages qui vous ont semblé les plus pertinents/convaincants? Pourquoi?

Nous n’avons pas d’informations sur le crime qui a été commis par le condamné, cela vous a-t-il
gêné? est-ce mieux ainsi, pourquoi?

Séance 6 : La peine de mort, aujourd’hui

Séance au CDI

A l’aide de l’outils de recherche PMB, recherchez des informations sur la peine de mort
aujourd’hui dans le monde, consultez les articles et les sites internet recensés. Effectuez une
bibliographie.

Quelle est la situation mondiale au regard de la peine de mort?

Quels sont les arguments (pour et contre) qui alimentent aujourd’hui le débat?

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