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FOREWORD

Les jeux ne sont pas faits.

Présentement rien n'est fatal au Québec, pas plus le but que nous visons que l'issue contraire vers laquelle tendent les forces conjuguées de nos propres complexes et de tous ceux qui font carrière à les entretenir.

Mais le dénouement ne devrait pas tarder.

Au milieu de la confusion et des reculs montent trop d'espoirs de renouveau. On sent que le ballotage collectif ne saurait durer encore bien longtemps. Au terme d'une grossesse laborieuse entre toutes, ou bien notre société avortera et sombrera sans recours dans la stérélité [sic] de l'infantilisme permanent ou bien elle accouchera de sa maturité nationale et connaîtra enfin la santé normale d'un peuple adulte.

Les avorteurs, hélas, ne manquent pas à son chevet. Dans le secteur politique, tous les autres partis en font office, plus ou moins franchement, aux deux niveaux entre lesquels nous demeurons écartelés.

Le Parti Québécois est tout seul à proposer l'effort suprême de la naissance. Il est terriblement conscient de la difficulté aussi bien que de l'importance vitale de l'enjeu. Pour réussir, il lui faut obtenir le mandat de gouverner. Pour obtenir ce mandat, le parti devra rejoindre démocratiquement et rassembler la nette majorité du Québec français qui, du fond de son être et de son histoire, aspire à la fin pour laquelle nous luttons, mais dont une partie n'en voit ou n'en accepte pas encore les moyens.

La minorité que nous sommes encore, même si elle ne cesse de s'accroître, ne deviendra cette majorité décisive qu'à la condition de rester attachée à l'idée d'indépen- dance avec une persistance inébranlable, de creuser cette idée et de la clarifier constamment afin de la rendre de plus en plus contagieuse.

Nous avons toujours su qu'il était souhaitable, ce rêve jadis insensé et qu'on refoulait d'emblée. Puis c'est devenu un possible à mesure que se précisait l'aspiration que d'abord on osait à peine envisager sérieusement. Maintenant, il s'agit de réaliser au plus tôt, ce qui est désormais un projet collectif sain et vigoureux, qui

AVANT-PROPOS

The die are not yet cast.

At present, nothing is fatal in Quebec -- any more than the goal at which we aim -- except the contrary exit towards which the combined forces of our own complexes, and of all those who make a career out of preserving them, are straining.

But the outcome should not be delayed.

In the midst of confusion and retreats, too much hope of renewal is mounting. It is felt that the collective groundswell cannot last too much longer. At the end of a hard pregnancy overall, either our society will abort and sink without recourse into permanent, infantile sterility or else it will give birth to its national maturity and will know at last the normal health of an adult people.

The abortionists, alas, are not absent from the bedside. In the political sector, all the other parties are praying for it, more or less frankly, at both levels between which we remain billeted.

The Parti Québécois is alone in proposing the supreme effort of the birth. It is terribly conscious of the difficulty as well as of the vital importance of the stakes. To succeed, it must obtain the mandate to govern. To obtain this mandate, the party must democratically reach and unite the clear majority of French Quebec which, from the depth of its being and of its history, aspires to the end for which we fight, but a part of which either does not yet see or does not yet accept the means.

The minority which we still are, even if it does not cease to grow, will never become this decisive majority except on the condition of remaining attached to the idea of indepen- dence with an unswerving persistence, of probing this idea and of constantly clarifying it in order to make it increasingly contagious.

We always knew that it was desirable, this long ago foolish dream that was driven back from the start. Then it became a possibility as the aspiration was defined which, at first, one hardly dared to take seriously. Now, it is a question of achieving as soon as possible that which from this day forward is a healthy and vigorous collective project, which

monte comme une moisson tardive de ce sol où il a si longtemps attendu la saison propice. Pour ce faire, il nous faut articuler ce projet avec un souci constant de vérité et de réalisme.

C'est en effet une chose assez belle et féconde pour qu'on résiste à l'idée de la maquiller. Assez belle, assez féconde, non seulement pour nous redresser et nous faire grandir d'un coup, tous et chacun, mais aussi pour nous ouvrir la porte du seul paradis que l'homme puisse connaître ici-bas: la chance de se forger un avenir valable, même heureux, dans une société bien à lui, où il puisse se définir et se réaliser librement.

Cela, nous y croyons avec la plus entière certitude. C'est cette certitude que nous avons à rendre majoritaire. Voilà à quoi veut s'appliquer obstinément ce texte que nous soumettons certes à tous nos concitoyens qui nous feront l'honneur d'y réfléchir, mais en premier lieu aux militants et sympathisants du Parti qui mènent la seule action politique dont on puisse dire au Québec que si elle n'existait pas il faudrait l'inventer.

Ce texte est donc essentiellement un approfondissement de notre option et de son contenu. S'il est surtout axé sur nos problèmes socio-économiques, c'est qu'à l'heure actuelle voilà où régnent les plus sombres appréhensions et les absolus les plus illusoires. Mais en y regardant de près, c'est là qu'on trouve également nos raisons les mieux fondées d'avoir confiance et d'oser entreprendre.

Vu l'atmosphère de suspense qu'on

a créée dans certains milieux autour

de ce texte, c’est un manifeste qui décevra ceux qui, de toute façon, ne rêvent que de sociétés complete- ment inédites et d'ailleurs indicibles. Mais nous espérons qu'il saura rejoindre les citoyens qui hésitent encore pour les aider dans leur réflexion. Enfin nous souhaitons surtout qu'il contribue à la relance qui doit mener le Parti à la victoire du Québec sur cette portion de son être qui a peur de la vie.

Encore une fois, c'est un texte

politique. Il ne cherche donc pas à percer les voiles d'un futur lointain, ce qui est réservé aux prophètes, ni

à chambarder tout ce qui existe en

prévision de ce qui ne sera peut-être jamais, ce que nous laissons aux plus dangereux de tous les démagogues parce qu'ils sont d'ordinaire les plus sincères. Nous évoquons et nous nous efforçons de dessiner au présent, pour le Québécois d'aujourd'hui, ces lendemains* accessibles, presque immédiats s'il le veut, et qui

like a late harvest rises up from this ground where it has so long awaited a favourable season. With this intention, we should articulate this project with continual concern for truth and realism.

It is indeed a rather beautiful and fertile thing so that one resists the idea to embellish it. It is beautiful enough, fertile enough, not only to rectify us and make us grow up all at once, all and each of us, but also to open the door to the only paradise which man can know here below:

the chance to forge a valid, even a happy future, in a society that suits him, where he can define himself and freely become himself.

We believe in this with the most complete certainty. It is this certainty which we must make majoritarian. To which end, this text is stubbornly applied that we submit, certainly to all our fellow- citizens who will do us the honor of reflecting upon it, but primarily to the militants and Party sympathizers who are leading the only political action which one can say to Quebec that if it did not exist it would have to be invented.

This text is thus basically a deepening of our option and its content. If it is above all centered on our socio-economic problems, it is because at the present time the darkest apprehensions and the most illusory absolutes prevail. But by investigating it closely, it is there that one also finds our best reasons to have confidence and to dare to make the attempt.

Considering the atmosphere of suspense created in certain milieux on the subject of this text, it is a manifesto which will disappoint those who, in any event, dream only of completely new and indescribable societies. But we hope that it will be able to reach those citizens who still hesitate so as to aid them in their reflection. Finally we wish especially that it contribute to the revival which must lead the Party to the victory of Quebec over that portion of its being which is afraid of life.

Once again, it is a political text. It therefore does not seek to pierce the veils of a distant future, which is reserved to prophets, nor to discard all that exists in preparation for what may never be, which we leave to the most dangerous of all the demagogs because they are usually the most sincere. We evoke and we endeavor to draw in the present, for the Québécois of today, these accessible, almost immediate tomorrows*, if he wants them, and which

*Translator’s note: look at the use here of the French word “lendemains”, meaning “tomorrows”. See my featured article, “Singing tomorrows” at https://nosnowinmoscow.wordpress.com/ in the sidebar.

peuvent être historiques comme toutes les grandes étapes réalisables.

Nous voudrions tellement fournir à un peuple qui n'en peut plus de se chercher l'occasion d'un rassemblement où il se découvre, s'accepte, en finisse une fois pour toutes de s'abîmer lui-même: "ce lieu de concertation, comme écrivait Jacques Grandmaison, n'est pas d'abord la culture ou l'économie, mais un aménagement politique capable de canaliser toutes les forces vives, de déboucher sur des projets valables et d'assurer un développement multiplicateur et de longue haleine."

Politique d'abord. Mais non sans tenir compte avec rigueur de l'économie, comme toute armée qui sait qu'elle ne vaincra jamais si elle néglige l'intendance. Et quant à la culture, on ne cesse en fait d'en parler puis qu'elle englobe le tout. Surtout dans un cas comme le nôtre, où l'autodétermination commence par l'autodéfinition.

can be historic, as with all the great achievable steps.

We would so much like to provide to a people who can no longer find in itself the inducement to come together where it will discover and accept itself, to once and for all put an end to damaging itself: “this place of co-decision, as Jacques Grandmaison wrote, is first of all not culture or the economy, but a political arrangement able to channel all the lifeblood, to lead to valid projects and to ensure a long- term multiplier effect on development.”

Politics first. But not without taking rigorous account of the economy, like any army which knows it will never conquer if it neglects the treasury*. And as for culture, one does not cease in fact to speak about it then that it includes the whole. Especially in a case like ours, where self-determination starts with self-definition.

*Translator’s note: “l'intendance” – I’m not sure at all that this means “treasury” in this context. I have a vague notion without a term for it, that it’s some kind of military repository for food and supplies.

CHAPITRE 1

"nous sommes des québécois"

S'il est une chose que les mois et les années ne cessent de confirmer davantage, c'est le caractère toujours actuel et riche de sens de cette identification par laquelle s'ouvrait, à l'automne de 1967, le manifeste du MSA.

"Ce que cela veut dire d'abord et avant tout, poursuivait-on, et au besoin exclusivement – c'est que nous sommes attachés à ce seul coin du monde où nous puissions être pleinement nous-mêmes, ce Québec qui, nous le sentons bien, est le seul endroit où il nous soit possible d'être vraiment chez nous."

"Être nous-mêmes, c'est essentiellement de maintenir et de développer une personnalité qui dure depuis trois siècles et demi. Au coeur de cette personnalité se trouve le fait que nous parlons français. Tout le reste est accroché à cet élément essentiel, en découle où nous y ramène infailliblement

LA "DIFFÉRENCE"

Puis, ayant évoqué l'histoire qui nous a faits tels ainsi que la volonté et l'espoir tenaces qui nous ont permis de survivre et de grandir, le manifeste du MSA enchaînait:

"Jusqu'à récemment, nous avions pu assurer cette survivance laborieuse grâce à un certain isolement. Nous étions passablement à l'abri dans une société rurale, où régnait une grande mesure d'unanimité et dont la pauvreté limitait aussi bien les changements que les aspirations.

"Nous sommes fils de cette société dont le cultivateur, notre père ou notre grand-père, était encore le citoyen central. Nous sommes aussi les héritiers de cette fantastique aventure que fut une Amérique d'abord presque entièrement française et, plus encore, de l'obstination collective qui a permis d'en conserver vivante cette partie qu'on appelle le Québec

CHAPTER 1

"we are québécois"

If there is one thing the months and years do not cease to further reaffirm, it is the still real and meaningful character of this identification by which the MSA proclamation commenced in the autumn of 1967.

“What it means first and above all, we continued, “and if need be, exclusively – is that we are attached to this corner of the world alone, where we can be fully ourselves, this Quebec which, we deeply feel, is the only place where it is possible for us to be truly at home.”

“To be ourselves is essentially to maintain and to develop a personality which has endured for three and a half centuries. At the heart of this personality is found the fact that we speak French. All the rest is tied to this essential component, from which ensues where we are infallibly heading …

LA "DIFFÉRENCE"

Then, having evoked the history which has made us so, as well as the will and the tenacious hope which have allowed us to survive and to grow, the proclamation of the MSA continued:

“Until recently, we had been able to ensure this laborious survival thanks to a certain isolation. We were more or less sheltered in a rural society, where a large degree of unanimity prevailed and whose poverty limited change as well as aspirations.

“We are the sons of this society whose farmer, our father or our grandfather, was still the fundamental citizen. We are also the heirs to this fantastic adventure which was an America initially almost entirely French and, even more, of this collective stubbornness which made it possible to keep alive this part of it that we call Quebec…

"C'est par là que nous nous distinguons des autres hommes, de ces autres Nord-Américains en particulier, avec qui nous avons sur tout le reste tant de choses en commun

Cette "différence vitale, nous ne "

pouvons pas l'abdiquer

D'AUTRES PETITS PEUPLES

Ce n'est pas que nous ayons manqué d'occasions à ce propos. Notre passé en est tout jalonné. Une bonne partie des autres provinces canadiennes et de la Nouvelle-Angleterre ont recueilli les vagues d'abdications forcées que furent les exodes des temps les plus difficiles. Il y eut aussi, il y a encore ces exilés de l'intérieur, les déracinés, les assimilés.

"Car une société humaine qui se sent malade et inférieure et qui n'arrive pas à s'en tirer, en vient tôt ou tard a ne plus s’accepter elle-même Pour un petit peuple comme le nôtre, sa situation minoritaire sur un continent anglo- saxon crée déjà une tentation permanente de ce refus de soi- même, qui a les attraits d'une pente facile au bas de laquelle se trouverait la noyade confortable dans le grand tout

"La seule façon de dissiper ce danger, c'est d'affronter cette époque exigeante et galopante et de l'amener à nous prendre tels que nous sommes. D'arriver à nous y faire une place convenable, a notre taille. Cela veut dire qu'on doit pouvoir chez nous gagner sa vie et faire carrière en français. Cela veut dire aussi que nous devons bâtir une société qui, tout en restant à notre image, soit aussi progressive, aussi efficace, aussi "civilisée" que toutes les autres. Il y a justement d'autres petits peuples qui nous montrent la voie, en nous prouvant que la grosseur maximum n'est pas du tout synonyme d'avancement "

maximum

QUE DE "STATUTS PARTICULIERS" !

Que d'efforts, pourtant, pour demeurer dans le giron de la très relative grosseur "Canadian"! Que de "dernières chances" d'un scrutin à l'autre, et de fédéralisme coopératif, "rentable et renouvelé"

“It is by this that we are distinguished from other men, in particular from these other North Americans with whom, on all the rest, we have so much in common.

“We cannot abdicate this vital difference…”

OTHER SMALL PEOPLES…

It is not as if we have not had opportunities in this regard. Our past is punctuated with them. A good part of the other Canadian provinces and New England received the waves of our forced abdications, which were exoduses from our hardest times. There were also, there still are, these internal exiles, the uprooted, the assimilated.

Because a human society which feels sick and inferior and which doesn’t manage to recover from it, sooner or later ceases to accept itself. For a small people like ours, its minority predicament on an Anglo-Saxon continent already creates a permanent enticement to self-abnegation, which has the allure of a gradual slope at the bottom of which lies the comfortable submersion in the Great Whole…

“The only way of dissipating this danger is to face this demanding and runaway era and to compel it to take us as we are. To succeed in making a place for us there, which suits us. Which is to say that one must be able to be earn a living at home and pursue a career in French. Which also is to say that we must build a society which, while in our image, is also progressive, also effectual, as “civilized” as all the others. There are as it happens other small peoples who show us the way, by proving to us that maximum size is not at all synonymous with maximum advancement…

ENDLESS PARTICULAR STATUSES

What a feat, however, to remain in the bosom of the very relative “Canadian” size! How many “last chances” from one election to the next, and from co-operative federalism, “profitable and renewed”

en paroles

à mesure qu'il se fige

in words,

to the extent it gels closer

davantage dans la réalité.

 

to reality.

 

Que de statuts particuliers et comme on les a bien, souvent, passionnément définis, repris, rabâches. Le retour massif des impôts: de Duplessis à Johnson. La 3 Oct 2014 Gy2 22h12

Nothing but “particular statuses” and oh how have we often and very passionately defined, and taken them up again, and again. The massive return of taxes: from Duplessis to Johnson. The

haute main indispensable sur les politiques sociales dont aucune nation ne peut endurer – puisqu'- elles l'affectent quotidiennement jusque dans ses moindres replis quelles soient conçues et régies en dehors d'elle-même de Lesage à Castonguay. Le contrôle de l'immi- gration, de la citoyenneté, des grands outils de la culture de masse (cinéma, radio, télè-cablodiffusion, sans quoi une “société complète" ne saurait avoir l'assurance de maintenir sa personnalité: jusqu'à Bourassa qu'on aura entendu évoquer fugitivement la "souvera- ineté culturelle" à défaut du reste

La Justice disloquée, la compétence "corporative"* émiettée, l'agriculture affamée aux deux paliers**, le circuit financier aliéné

indispensable upper hand on social policies without which no nation can endure – because they affect it daily down to its least details, conceived and controlled from outside itself through Lesage to Castonguay. The control of immigration, of citi- zenship, the great tools of mass culture (cinema, radio, TV-cable broadcasting, without which a “complete society" could not be assured of maintaining its personality: up to Bourassa, whom we will have heard fleetingly call for “cultural sovereignty” failing all the rest …

Dislocated Justice, the “company” power* in pieces, agriculture famished at both levels**, the alienated financial circuit…

“Il faut remettre de l'ordre dans le chaos d'un régime créé à une époque où étaient imprévisibles la révolution scientifique et technique où nous sommes emportés, les qualifications sans nombre qu’elle exige, la diversité infinie des productions, la concentration des entreprises, le poids écrasant que les plus grandes exercent sur la vie individuelle et collective, la nécessite absolue d’Etats capables d'orienter, de coordonner et surtout d’humaniser ce rythme infernal.

LE CUL-DE-SAC

Order must be restored out of the chaos of a regime created in an era when the scientific and technical revolution into which we have been transported was unforeseeable, the endless qualifications that it requires, the infinite diversity of production, the concentration of businesses, the crushing weight that the largest of them exerts upon individual and collective life, the absolute necessity for Governments able to direct, coordinate and above all to humanize this infernal rhythm.

THE DEAD END

Cet État absolument nécessaire, on a prétendu se le confectionner par bribes, par voie de récupéra- tions parcellaires, s'obstinant à répéter jusqu'à la nausée la constatation que le MSA faisait déjà, il y a cinq ans :

"Aussi bien les attitudes couran- tes du gouvernement fédéral que les douloureux efforts de compré- hension des partis d'opposition et les réactions des milieux les plus influents du Canada anglais, tout nous fait prévoir des affronte- ments de plus en plus difficiles.

We pretended to fashion for ourselves this absolutely necessary Government in bits and pieces, by way of compartmental recoveries, stubbornly repeating ad nauseam the observation already made by the MSA* five years ago:

*Sovereignty-Association Movement

"The current attitudes of the federal government as much as the painful efforts at comprehension by the opposition parties and the reactions of the most influential circles of English Canada, all cause us to foresee increasingly difficult confrontations.

"Dans une optique purement révisionniste, ce que nous avons à réclamer dépasse de toute évidence non seulement les meilleures intentions qui se manifestent dans l'autre majorité***, mais sans doute aussi l'aptitude même du régime à y consentir sans éclater.

“From a purely revisionist point of view, what we have to claim obviously exceeds not only the best intentions manifested in the other majority***, but undoubtedly also even the ability of the (federal) regime to consent to it without splitting apart.

"Si le Québec s'engageait dans des pourparlers de revision des cadres**** actuels ce serait bientôt le retour lamentable à la vieille lutte défensive, aux escarmouches dans lesquelles on s'épuise en négligeant le principal, aux demi- victoires qu'on célèbre entre deux défaites, avec les rechutes dans l’électoralisme à deux niveaux.*****

Translator’s notes: * (“the company power in pieces”), an allusion to the distinction between a federally and a provincially incorporated company; **(“famished at both levels”) an allusion to the distribution of powers over two levels; *** (“the other majority”) a reference to the “rest of Canada”, as if Canada were “two nations” instead of 10 Provincial peoples. ****(“current framework”) i.e., Constitution of Canada. *****(“two-level electoralism”) Allusion to federal-provincial electoral levels.

“If Quebec engaged in talks on revision of the current framework**** it would soon be back to the old pathetic defensive combat, to exhausting skirmishes while neglecting the main point, to half- victories celebrated in between two defeats with the relapses of two- level electoralism.*****

les fausses consolations du nationalisme verbal et surtout, surtout – il faut le dire, le redire et le crier au besoin – cet invraisemblable gaspillage d'énergie qui est sûrement l'aspect le plus néfaste "

pour nous du régime*

À NOUS D'EN SORTIR

Or, en même temps que s'éternisait et persiste toujours en s'aggravant cet aspect-ténèbre de notre évolution, côté-lumière, un éveil sans précédent achevait de jeter le Québec dans tous les grands courants de l'époque. En moins d'une génération, notre peuple a trouvé la force, à mesure qu'il s'ouvrait les yeux aux retards coûteux accumulés dans tant de domaines, de mettre les bouchées doubles et d'effectuer un rattrapage dont lui-même ne se serait pas cru capable. Désormais, nos générations montantes ont la même chance d'être instruites et compétentes que dans les autres sociétés qu'on dit avancées. Dans certains secteurs de l'organisation sociale et même de la vie économique, les Québécois ont vite réalisé des progrès qui les plaçaient d'emblée à l’avant-garde du Canada sinon du continent tout entier.

Tout cela, comme le soulignait encore le manifeste du MSA, "nous aura révélé des choses à la fois simples et révolutionnaires. C'est d'abord qu'il y a chez nous, en nous, la capacité de faire notre ouvrage nous-mêmes et que plus nous le prenons en charge et acceptons nos responsabilités, plus nous nous découvrons efficaces et capables de réussir tout compte fait aussi bien que les autres. C'est aussi qu'il n'y a pas d'excuse qui tienne, que c'est à nous seuls de trouver à nos problèmes les solutions qui nous conviennent, car personne d'autre n'est capable, ni sûrement très désireux, de les régler à notre place."

UN QUÉBEC SOUVERAIN

De cette constatation aussi simple

vraiment et révolutionnaire que celle de toute maturité, du constat d'échec à répétition du régime fédéral ont découlé tout

naturellement "

que le Québec doit

devenir au plus tôt un État

souverain.

"Nous y trouverons enfin cette sécurité de notre être'' collectif qui est vitale et qui, autrement, ne pourrait que demeurer incertaine et boiteuse.

"Il n'en tiendra plus qu'à nous d'y établir sereinement, sans récrimination ni discrimination, cette priorité qu'en

false consolations of verbal nationalism and especially, in particular – it must be said, repeated and shouted out if necessary – this incredible wasting of energy which is surely the most harmful aspect for us of this regime*…”

UP TO US TO GET OUT

On the light side, at the same time as this still-persistent dark side of our evolution – which it has aggravated – has eternalized itself, an awakening without precedent succeeded in throwing Quebec into all the great movements of the era. In less than one generation, our people has found the strength – to the extent it opened its eyes to the costly delays amassed in so many areas – to put in twice the effort and to carry out a correction which it would not have believed itself capable of. Henceforth, our future generations have the same opportunity to be educated and qualified as in other so-called advanced societies. In some sectors of social organization and even of economic life, the Québécois made rapid progress which from the start placed them in the avant-guard of Canada if not of the whole continent.

All that, as underscored yet again in the MSA manifesto, “will have revealed to us things at once simple and revolutionary. Which is, first, that there is among us, within us, the capacity to do our own work ourselves and that the more we take charge of it and accept our responsibilities, the more we find ourselves effective and capable of succeeding in the final analysis as well as anyone else. It is also that there is no valid excuse, that it is up to us alone to find solutions to our problems which suit us, because nobody else can do it, nor is surely very eager, to do it for us.”

A SOVEREIGN QUEBEC

From this observation, as truly simple and as revolutionary as that of any maturity; from the observed repeated failure of the federal system, has naturally resulted “… that Quebec must become a Sovereign state as soon as possible.

“There at last, we will find this security for our collective "being" which is vital and which, otherwise, can remain merely doubtful and halting.

“It will be up to no one but ourselves to peacefully establish, without recrimination nor discrimi- nation, this priority that at

Translator’s note: * (“this regime”), allusion to Confederation.

ce moment nous cherchons avec fièvre mais à tâtons pour notre langue et notre culture.

"Là seulement nous aurons enfin l'occasion – et l'obligation – de déployer au maximum nos énergies et nos talents pour résoudre, sans excuse comme sans échappatoire, toutes les questions importantes qui nous concernent, que ce soit par exemple la protection négociée de nos agriculteurs, ou le respect de nos employés et de nos ouvriers dans les entreprises, ou la croissance équilibrée de toutes nos régions, ou la forme et l'évolution des structures politiques que nous aurons à nous donner.

"Bref, il s'agit non seulement pour nous de la seule solution logique à la présente impasse canadienne; mais voilà aussi l'unique but commun qui soit exaltant au point de nous rassembler tous assez unis et assez forts pour affronter "

tous les avenirs possibles

this time we feverishly but clumsily seek for our language and our culture.

“There alone will we finally have the opportunity – and the duty – to deploy our energies and our talents to the maximum to solve, without excuse and without loopholes, all the important matters which concern us, whether it be for example the negotiated protection of our farmers, or the respect of our employees and our workmen in businesses, or the balanced growth of all our regions, or the form and evolution of the political structures that we will have to give ourselves.

“In short, not only is it the only logical solution for us to the current Canadian stalemate; but also the single common goal which is exciting to the point of linking us all up, sufficiently strong and sufficiently united to face all possible futures…”

CHAPITRE 2

"ce moment privilégié"

Voilà de quelle logique procède notre action. Elle n'a fait, nous semble-t-il, que se confirmer sans cesse davantage depuis ce manifeste de départ.

Après les percées initiales de 1966 et le pas de géant accompli au dernier scrutin par le Parti Québécois, cette volonté de liberté et de "self-government", légitime et vitale pour toute nation normalement constituée, est aujourd'hui enracinée avec une telle vigueur dans un tel nombre d'esprits que rien ni personne ne saurait plus la faire disparaître. Voilà l'espoir.

Mais encore faut-il que cet espoir devienne réalité et qu'on y parvienne à temps. Là se situe notre constante inquiétude. Sans doute l'exagérons- nous facilement, plongés que nous sommes dans l'action quotidienne, tanguant en courte période de la crête au creux de la vague, distinguant mal la perspective à long terme qui, nous en avons la foi sinon encore la preuve, peut et doit nous conduire au but.

Que nos vieux démons sont pourtant difficiles à exorciser, et comme les peurs qu'on nous a inculquées ont la vie dure! Ce mal de chien que nous avons à nous croire, une fois pour toutes, pas pires que les autres. Cet essoufflement auquel nous cédons dès que nos alarmistes professionnels crient casse-cou alors même que nous prenions simplement le rythme de notre temps. Cette lassitude collective qui nous envahit périodiquement — qui s'est installée à nouveau ces dernières années — et qui nous replonge dans les déprimantes auscultations de nos faiblesses quand ce n'est pas dans l'aventure sans issue de tous les impossibles qui fournissent de si beaux prétextes à l'inaction.

NOTRE GRAND MAL

Ces rechutes dans l'incertitude et l'insécurité, comme ces envols dans l'irréel, n'arrivent qu'aux peuples qui

CHAPTER 2

"this privileged moment"

That is the logic from which our action proceeds. It seems to us it has only constantly reaffirmed itself, since the original manifesto.

After the initial breakthroughs of 1966 and the giant step achieved by the Parti Québécois in the last elections, this will to freedom and “self-government”, legitimate and vital for any nation normally constituted, is today rooted with such strength in so many minds that nothing and no one could ever make it disappear. There is the hope.

But still it is necessary that this hope become reality and that it be achieved in time. That is our constant worry. No doubt we easily exaggerate, plunged as we are in the day-to-day action, abruptly tossed from the crest to the trough of the wave, the distant horizon unclear, which we believe, if we do not yet have the proof, can and must lead us to the goal.

How difficult are our old demons to exorcize, however, and how long- lived are those fears that have been instilled in us! This malady, that we must believe once and for all that we are no worse than anyone else. This prostration to which we yield as soon as our professional alarmists cry, “deathtrap!” although we are simply adhering to the rhythm of our time. This collective lassitude which periodically invades us — which has settled in again in recent years — and which plunges us into depressing examinations of our weaknesses, when not of the dead- end risks from all the insuperable difficulties which provide such fine pretexts for inaction.

OUR GREAT INFIRMITY

These relapses into uncertainty and insecurity, like flights into unreality, only happen to peoples who

n'ont jamais eu à diriger leur propre destin, trop longtemps agis par des forces et des institutions qui les dépassaient ou leur échappaient. Quels qu'en soient les camouflages politiques et les déguisements verbaux, ce mal qui ronge notre organisme et mine jusqu'à notre mentalité, ce mal dont il nous est si malaisé et même si angoissant de songer à guérir pour de bon, il porte chez nous le même nom et a les mêmes effets que partout dans le monde: c'est le colonialisme.

Car il faut le voir clairement, le Québec est, a toujours été une colonie. Relié successivement aux deux grands empires européens, il est ensuite devenu la "colonie de l'intérieur" d'une métropole qui est le Canada anglais. C'est cette majorité métropolitaine qui garde en mains tous les principaux leviers des affaires internes* et des rapports avec l'extérieur* et ses représentants chez nous tiennent en bloc le haut du pavé comme l'ont toujours fait les minorités de "colons" métropolitains. Que le Canada soit lui-même à la veille de ne plus être qu'un appendice de l'empire économique américain, cela ne fait que nous éloigner encore davantage des vrais centres de décision.

AVANT TROP D'ANNÉES

Nous hésitons encore alors que

notre vieille dépendance risque ainsi de s'accentuer. Or, de redoutables échéances se rapprochent, démographiques, culturelles, sociales et nous sommes terriblement mal équipés pour les rencontrer. Si nous devons en venir

à bout, il faut qu'une pleine

existence nationale nous en donne les moyens avant trop d'années.

Ce serait une sinistre ironie de l'histoire, après avoir laborieusement survécu et grandi pendant deux siècles, puis après cet élan prodigieux qui nous a menés jusqu'à la conscience de nos capacités, que de sombrer à portée de l'objectif.

Cela n'arrivera pas. Nous oserons bientôt, calmement, démocratiquement, sans hostilité envers quiconque, accomplir cette étape décisive, tenir la promesse que renferme toute notre récente évolution, devenir un peuple libre et un pays souverain.

Alors nous cesserons de gaspiller temps et énergies dans les luttes

défensives d'un peuple réduit à l'état de locataire contesté dans sa propre maison. Nous pourrons enfin mettre

à contribution tous les talents et

l'allant qui ne demandent qu'à être employés, qui dépassent infini-

have never had to manage their own destiny, too long controlled by forces and institutions which were over their heads or which eluded them. Whatever the political camouflages and the verbal disguises, this illness which corrodes our body and subverts our mentality, this illness of which it is so difficult and even distressing to think of curing ourselves for good, bears the same name and has the same effects here as everywhere in the world: it is colonialism.

Because it must be seen clearly, Quebec is, and has always been a colony. Connected successively to the two great European empires, it then became the colony of the interior” in a metropolis which is English Canada. It is this metropolitan majority which has its hands on all the principal levers of internal affairs* and the relationship with the outside world*, and those among us who are its representatives control the high road, as the minorities of metropolitan “colonists” have always done. That Canada is itself on the brink of becoming nothing but an appendage of the American economic empire, only distances us even more from the true power centres.

BEFORE TOO LONG

We continue to hesitate although our old dependency thus risks being accentuated. Nevertheless, fearsome deadlines are approaching: demographic, cultural, social, and we are terribly ill- equipped to meet them. If we are to cope, we must have a full national existence before too long to give us the means.

It would be a disastrous irony of history, after having laboriously survived and grown for two centuries, then after this extraordinary momentum which has carried us on to the awareness of our own capacities, only to sink within view of the objective.

That will not happen. We will soon dare, calmly, democratically, without hostility towards anyone, to achieve this decisive step, to seize the promise which all our recent evolution contains, to become a free people and a sovereign country.

Then we will cease wasting our time and energies in the defensive battles of a people reduced to the state of a tenant challenged in his own house. We will at last be able to use all the talents and the energy which merely require to be employed, which infinitely

*Translator’s note: “all the principal levers of internal affairs” — a figure of speech referring to the powers of the Parliament of Canada; “the relationship with the outside world” – a reference to national sovereignty, international personality.

ment ce que nous-mêmes avons jamais soupçonné et que nos élites et dirigeants traditionnels ont toujours eu peur de réveiller.

UNE CHANCE QUI NE PASSE QU'UNE FOIS

Il y a dans l'indépendance un moment privilégié, une occasion unique de mouvement et de renouveau. L'expérience d'une foule d'autres peuples nous l'apprend et il faudrait que nous soyons affreusement diminués pour penser que ce ne sera pas notre cas à nous aussi. Dans la vie d'une nation, c'est une chance qui, par définition, passe une fois et ne revient plus, mais qui permet comme aucune autre, à condition de ne pas la manquer, de s'offrir une véritable révolution à la fois pacifique et féconde. Sur tous les plans essentiels de l'existence collective, c'est l'instant où des élans sans précédent deviennent possibles pourvu qu'on les ait bien calculés.

Des gens qui se croient aux antipodes les uns des autres mais qui se rejoignent pourtant dans le même pessimisme aveugle, s'acharnent à ignorer ou à ravaler systématiquement cette irrempla- çable qualité motrice et novatrice de l'indépendance. Ils ne reconnaissent ni ne sentent ce qui nous paraît pourtant aveuglant d'évidence. C'est peut-être là leur excuse!

LE SUPPLÉMENT D'ÂME

L'homme d'ici ne s'y reconnaître plus. Son appartenance à un peuple entièrement responsable de lui- même, ne peut qu'engendrer un sens inédit de la responsabilité et développer comme jamais aupara- vant l'esprit d'initiative. Il ne s'agit pas de songer à quelque impossible mutation de l'homme dont la nature changerait en même temps et aussi profondément que les structures collectives. Nous parlons tout simplement de ce "supplément d'âme" qu'apporte infailliblement à ses membres la promotion suprême d’une collectivité nationale. Tous les peuples qui accèdent à leur souveraineté en font l'expérience, môme ceux dont l'impréparation et le sous-développement empêchent ce bond normal de se maintenir au delà de l'euphorie initiale et de porter des fruits durables.

Même dans notre contexte provincial, certaines souverainetés "sectorielles" nous ont permis de vivre un tel climat en pièces détachées pour ainsi dire. Devenue maîtresse de tout le territoire, l'Hydro-Québec a pu ainsi accroître ses réalisations, améliorer la qualité du service, l'efficacité de ses cadres, le moral de son

exceed what we ourselves have ever suspected and which our traditional elites and leaders always feared awakening.

AN OPPORTUNITY WHICH COMES JUST ONCE

In independence there is a privileged moment, a unique opportunity for movement and for renewal. The experience of a host of other peoples teaches this to us and we would have to be terribly diminished to think that it will not be the case with us, too. In the life of a nation, it is an opportunity which, by definition, passes once and returns no more, but which, like no other moment, and as long as it is not missed, allows one to offer oneself a true revolution that is at the same time peaceful and fertile. On all the essential levels of collective existence, it is the moment when unprecedented momentum becomes possible provided that all is well calculated.

People who believe they are at extreme opposite poles from one another but who however unite in the same blind pessimism, are determined to ignore or to systema- tically cover up this irreplaceable propulsive and innovative quality of independence. They neither see nor feel what nonetheless appears to us as blindingly obvious. Maybe that is their excuse!

A BOOST FOR THE SPIRIT

The man from here no longer recognizes himself. His belonging to a people entirely responsible for itself, can only generate a previously unknown sense of responsibility and develop as never before the spirit of initiative. It is not a question of imagining some impossible transformation of the man whose nature would change at the same time and as deeply as the collective structures. We speak quite simply of this “boost for the spirit” which unerringly brings to its members supreme advancement of a national community. All those peoples who accede to their sovereignty experience it, even those whose unpreparedness and underdevelopment impede this normal leap from being maintained beyond the initial euphoria and to bear durable fruits.

Even in our provincial context, certain “sectoral” sovereignties have enabled to us to live such a regime in bits and pieces, so to speak. Having become master over the whole territory, Hydro-Quebec has thus been able to expand its accomplishments, improve the quality of service, the effectiveness of its managers, the morale of its

personnel et fournir un débouché à de nombreux jeunes diplômés sur qui elle exerçait un attrait nouveau. Le même phénomène s'est produit dans le cas de la Caisse de Dépôts, dont l'équipe d'administrateurs et de spécialistes en ont fait dès le départ, et sans aucun faux pas depuis tors, l'un des grands centres de placement efficaces du continent. Et qui n'a pas noté la croissance miraculeuse des compétences et la floraison d'idées qui se manifestent en puissance dès qu'il commence à sembler possible d'être "maître chez soi'' dans n'importe quel domaine d'activité: on l'a vu aux Affaires sociales tant qu'on croyait pouvoir établir librement le plan Castonguay-Nepveu; on l'a vu dans les questions internationales à l'époque où les "maisons du Québec" paraissaient nous ouvrir sérieusement des perspectives; on l’a vu jusque dans le Grand Nord dès que nous avons fait mine de le rèoccuper comme il faudrait.

Ce désir éminemment fécond de prendre en main sa société, de prouver sans entrave ce qu'on peut en faire, il a connu depuis les jours de la Révolution tranquille toute une succession de hauts exaltants et de bas terriblement frustrants. Ainsi exacerbé, il est devenu à la fois conscient et explosif comme jamais. L'indépendance seule permettra à l'échelle de tout le Québec la valorisation complète et définitive de ce potentiel humain.

LE CHANTIER DE L'ÉTAT

Pensons seulement a l'incroyable chantier collectif que constituera, pour des milliers de Québécois, l'organisation d'un État enfin cohérent. Cet État sera enfin doté de toutes les compétences détermi- nantes qui nous échappent dans le cadre provincial alors qu'au niveau fédéral, notre place sera toujours minoritaire et en quelque sorte concédée aux coloniaux par les métropolitains de la majorité anglophone. Il jouera ce rôle de moteur central qu'un État remplit dans toute société contemporaine. Avec les charges immenses qu'il doit assumer, la puissance de ses instruments législatifs et la masse d'impôts qu'il perçoit (plus du tiers du produit national), seul un État fort de tous ces pouvoirs a les moyens de s'atteler aux tâches suprêmes de planification, d'animation et de coordination que requiert aujourd'hui le développement collectif.

Rappelons à ce propos ce que notre programme souligne déjà sur un aspect absolument fondamental de toute démocratie. Un État Québécois souverain suppose en

personnel and provide an opening to many young graduates for whom it exerted a new attraction. The same phenomenon occurred with respect to the Caisse de Depôts, whose team of administrators and specialists from the start, and with no misstep since, have made it one of the great effective investment centers on the continent. And who has not taken note of the miraculous growth of expertise and the flowering of ideas which manifest in full force as soon as it starts to seem possible to be “master in one’s own house'' in any sphere of activity: we saw it with Social Affairs when one felt able to freely establish the Castonguay-Nepveu plan; we saw it in the international questions of the time when the “Quebec Houses” seemed to open up to us new prospects in earnest; we saw it with the Far North as soon as we looked into dealing with it again as required.

This eminently fertile desire to take one’s society in hand, to prove, without obstacles, what one can do, has since the days of the Quiet Revolution known a whole succession of jubilant highs and terribly frustrating lows. Thus exacerbated, it became both alive and explosive as never before. Only independence will allow the complete and definitive valorization of this human potential across the whole of Quebec.

THE CONSTRUCTION SITE OF THE STATE

Just think of the incredible collective construction site that the organization of a coherent State would at last constitute for thousands of Québécois. This State would at last be endowed with all the defining competencies which escape us in the provincial framework, while at the federal level, we will always be a minority and to some extent colonials condescended to by the metropolitan anglophone majority. It will play the role of central motor that a State fulfills in any modern* society. With the immense responsibilities that it must assume, the power of its legislative instruments and the aggregate of taxes that it collects (more than a third of the national product), only a State fortified with all these capacities has the means of being harnessed to the supreme tasks of planning, animating and coordinating which today require collective development.

In this regard, let us point out what our program already underscores on an absolutely fundamental aspect of any democracy. A sovereign Québécois State supposes in

premier lieu la récupération totale et la propriété de nos impôts. C'est donc le pouvoir de déterminer le montant global du fardeau fiscal ainsi que la faculté de l'affecter aux dépenses que nous seuls considérons comme prioritaires. Voilà une liberté et une responsabi- lité que le citoyen-à-deux-paliers du Québec n'a jamais pu connaître. La seule façon de lui donner, pour la première fois, un tel contrôle de la gigantesque machine qui pèse d'un tel poids sur son existence, c'est de faire relever l'ensemble des revenus, des dépenses et de l'emprunt publics d'un même gouvernement.

-

UN BANC D'ESSAI DÉMOCRATIQUE

the first place total recuperation and possession of our taxes. It is therefore the power to determine the global amount of the tax burden as well as the faculty of assigning it to expenditures which we alone regard as a priority. That is a freedom and a responsibility that the two-level citizen of Quebec* has never been able to know. The only way of giving him such control, for the first time, over the gigantic machine which weighs so heavily on his existence, is to make the whole of the revenues, expenses and public debt the responsibility of the same government.

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A DEMOCRATIC TESTING GROUND

-

C'est là que réside aussi le principal instrument dont dispose un peuple qui veut se donner des politiques originales, surtout quand il prétend le faire démocratiquement. Ces décisions complexes, ces choix multiples et si difficiles qu'impose notre époque, il n'est qu'une voie qui permette de les réaliser convenablement pour l'ensemble d'une société: un Plan. Quelle qu'en soit la définition, plus ou moins indicative ou coercitive, et quelle qu'en soit l'ampleur surtout au début, seul le Parti Québécois peut évoquer sans rire un appareil moderne et cohérent de planification, puisque l'idée même d'un Plan exige un centre de décision qui ait en mains toutes les

-

It

is there as well that the principal

instrument resides which is available to a people who wish to give themselves original policies, in particular when it claims to do so democratically. These complex decisions, these very difficult multiple choices that our era imposes, there is only one way which permits achieving them for the whole of a society: a Plan. Whatever its definition, more or less indicative or coercive, and whatever its scope, especially at the outset, only the Parti Québécois can put forward (without laughing) a modern and coherent planning apparatus, since the very idea of a Plan requires a decision-making center which has in its hands all the essential data and all the levers. As

données et tous les leviers essentiels. Telle que nous

 

we see it,

calling upon the lights

as

l'entrevoyons,

faisant appel aux

well as upon the aspirations of each

lumières

comme aux aspirations de

major sector of the population so as to give to it, too, its role in the decision-making process, Québec planning would be, from the start, the most profitable of testing grounds for a democracy invited at last to live beyond the slogans.

-

chaque secteur important de la population pour lui donner aussi son rôle dans le processus de décision, la planification québécoise serait dès le départ le plus fructueux des bancs d'essai d'une démocratie appelée à vivre enfin au delà des slogans.

-

Ce qui nous amène naturellement à évoquer de manière cursive [sic] nous y reviendrons par le menu la question économique proprement dite. Qu'elle fasse peur à bien des gens, rien de plus normal puisque c’est là que nous vivons dans les contraintes les plus immédiates, sensibles à toutes les fluctuations et exposés aux moins scrupuleuses pressions du statu quo. Est-il besoin de rappeler la dégradante orgie de propagande à laquelle les élections de 70 ont donné lieu à ce sujet?

--

LE NOUVEAU DÉPART ÉCONOMIQUE

-

S'il est un domaine pourtant, au moins autant sinon plus que tout autre, où l'indépendance est une chance unique, l'occasion à ne pas rater d'un nouveau départ, c'est bien celui de la vie économique. Jamais nous ne pour-

-

Which naturally leads us to evoke in

a

this in the table of contents the economic question itself. That it scares a good many people, there is nothing more normal, since it is there that we live in the most immediate constraints, sensitive to all the fluctuations and exposed to the least scrupulous pressures of

the status quo. Is it necessary to recall the degrading orgy of propaganda to which the elections of 1970 gave way on this subject?

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THE NEW ECONOMIC DEPARTURE

-

If, however, there is one area, as much if not more than any other, where independence is a unique chance, the opportunity not to be missed of a new beginning, it is certainly that of economic life. We will never

-

cursory

way we will getback to

*Translator’s note: “the two-level citizen of Quebec” is an allusion to the federal-provincial structure.

rons effectuer autrement les virages d'importance dont notre pénible infériorité collective nous démontre depuis si longtemps la nécessité, mais que le contexte actuel nous empêche même d'imaginer.

Or, là comme ailleurs, le Québec souverain se trouvera, littéralement du jour au lendemain, en position de redéfinir tout un ensemble fondamental de règles, d'institutions et de situations. Songeons que l'indépendance signifie non seulement l'appropriation légitime de tous les pouvoirs, actifs et ressources fiscales de la collectivité, mais aussi l'obligation pour toutes les entreprises d'obtenir ou de renouveler leur existence juridique si elles veulent continuer d'opérer chez nous. Ce peut et doit être – car, répétons-le, il ne repassera plus jamais – le moment de lancer le Québec sur la voie d'un progrès et d'une liberté économiques qui contiendront aussi ces éléments de justice et de démocratie auxquels on rêve confusément sans avoir jamais espéré les voir se concrétiser.

A condition qu'une ferme et lucide

volonté politique en ait la gouverne,

nous sommes convaincus pour notre part que des changements proprement miraculeux peuvent en sortir, que nombre d'obstacles présentement insurmontables ne seront plus que problèmes techniques parfaitement solubles et que point ne sera besoin de recourir aux apôtres de la table rase pour démarrer ni d'écouter les jérémiades inlassables du désordre établi pour éviter les écueils.

Abordant donc le problème économique avec cette solide et claire volonté politique, le Québec souverain s'appliquera à corriger le sous-développement relatif aussi

bien que la véritable aliénation dont

il souffre collectivement. En même

temps, il amorcera cette démocratisation du régime et des entreprises qu'exige désormais le souci croissant de participation du citoyen-travailleur.

Bref, c'est la vraie entrée en action que l'indépendance [sic]. Tout le reste, depuis plus de 300 ans, n'aura été pour ainsi dire qu'une trop longue période d'entraînement.

A tout ce qui précède, il faut ajouter

une constitution et des institutions

politiques à mettre au monde, des mesures sociales et culturelles à modeler en fonction exclusive de nos priorités et de nos moyens, des

liens à établir enfin librement, d'égal

à égal, avec les autres peuples

be able to differently carry out the important shifts, the necessity for which has been for so long demonstrated by our painful collective inferiority, but which the current context prevents us from even imagining.

However, there as elsewhere, a sovereign Quebec will be, literally, the next day, on that day, in a position to redefine a whole set of fundamental rules, institutions and situations. We think that independence means not only the legitimate appropriation of all powers, assets and tax resources of the collective, but also the obligation for all companies to obtain or to renew their legal existence if they want to continue to operate on our soil. This can and must be – because, let us repeat, it will never come along again – the moment to launch Quebec on the road of economic freedom and progress which will also comprise those elements of justice and of democracy of which one anxiously dreams without ever hoping to see them realized.

Provided that a firm and lucid political will is in control, we are convinced, for our part, that quite miraculous changes can result, that many currently insurmountable obstacles will be nothing more than perfectly soluble technical problems, and that there is no need to resort to the apostles of tablua rasa for a kick-start, nor to give ear to the tireless moanings of the established disorder in order to avoid the pitfalls.

Thus, tackling the economic problem with this solid and clear political will, a sovereign Quebec will endeavor to correct the relative underdevelopment as well as the true alienation from which it collectively suffers. At the same time, it will start this democrati- zation of the regime and of companies, which from then on will require the growing participation of the citizen-worker.

In short, it is the true entry into action which independence [sic]. All the rest, for over 300 years, will have been, so to speak, merely a too-long preparation period.

To all of the foregoing, a constitution must be added, and political institutions brought into the world, cultural and social measures to be modeled exclusively according to our priorities and our means, links to be established freely at last, on an equal footing, with the other peoples

du monde, en particulier ceux que la géographie, l'histoire ou la langue ont faits nos proches. Et quoi encore.

Ce contenu inépuisable de la souveraineté, notre programme s'efforce depuis le début de le définir dans ses grandes lignes. Mais il est bien loin d'avoir achevé cette tâche primordiale et même, avouons-le, il n'a guère progressé depuis notre congrès de 1969. Pendant les mois qui nous séparent encore de celui d'octobre prochain, dans tous les domaines nous avons à nous remettre au travail. Il y a des vides â combler ainsi que l'ensemble à approfondir et, le cas échéant, à remettre à jour. (1)

Le Conseil Exécutif du Parti manquerait gravement à son devoir s'il ne faisait toute sa part dans cette prospection démocratique du pays que nous aurons à bâtir ensemble.

(1) Il faut rappeler que nous aurons, entre autres, à étoffer et reviser au besoin les chapitres que nous avons consacrés à la politique agricole et aux éventuels accords d'interdépendance avec le Canada, en tenant compte des recommandations des deux colloques organisés sur ces sujets.

world, in particular those whom geography, history or language have made our neighbors. And so on.

From the outset, our program has endeavoured to define the inexhaustible content of sovereignty in its broad outlines. But it is very far from having completed this paramount task and moreover, let us confess, it has barely progressed since our congress of 1969. During the months which still separate us from [the congress] of next October, we must get back to work in all areas. There are gaps to fill as well as the whole to deepen and, if necessary, to bring up-to-date. (1)

The Executive Council of the Party would seriously fail in its duty if it did not do its full share in this democratic survey of the country which we will have to build together.

(1) It should be recalled that, inter alia, we will have to enlarge and revise as needed the chapters which we have devoted to agricultural policy and to eventual interdependence agreements with Canada, taking into account the recommendations of the two conferences organized on these subjects.

CHAPITRE 1

CHAPTER 1

l'organisation

politique

Examinons d'abord l'organisation de l'État et les institutions fondamentales qu'un projet de constitution devra présenter clairement à tous nos compatriotes. La recherche que reflète notre programme est encore largement inachevée, en particulier dans les passages concernant le régime politique ainsi que la définition des structures locales et régionales.

LE RÉGIME PRÉSIDENTIEL

Nous avons choisi de proposer aux Québécois un régime de type présidentiel. C'est celui qui nous a paru répondre le mieux aux exigences si difficiles à concilier de la délégation démocratique et de l'efficacité gouvernementale et ce à une époque où les affaires publiques deviennent sans cesse plus complexes et où les pressions de la population sont de plus en plus fortes sur les dirigeants.

Or, nous constatons que le régime proposé dans le programme du parti est fortement inspiré de l'expérience française des années gaullistes. Il s'agissait là, dans la jonction extraordinaire d'un grand pays en pleine crise de régime et d'un personnage hors cadre, d'un arrangement tout à fait exceptionnel. Il a jusqu'à maintenant survécu au général de Gaulle, et peut-être réussira-t-il à devenir permanent, en s’amendant peu à peu comme tous les régimes politiques le font en cours de route.

Mais ce dosage fort complexe dune tête présidentielle et de tout l'appareil du parlementarisme traditionnel nous paraît vraiment susceptible de créer beaucoup de confusion dans une petite société comme la nôtre, qui aura surtout besoin de cohérence et d'un clair partage des responsabilités au niveau de son État. Dans le système qui nous a servi de modèle, les Français eux-mêmes ne s'y retrouvent pas facilement. Admettons que nous avons, nous aussi, quelque peine à démêler notre propre version!

political

organization

Let us first examine the organization of the State and the fundamental institutions that a draft constitution will have to present clearly to all our compatriots. The research which our program reflects is still largely un- finished, in particular in the passages concerning the political regime as well as the definition of local and regional structures.

A PRESIDENTIAL REGIME

We have chosen to propose to the Québécois a presidential régime. This appeared to us to best fulfill the very hard-to-reconcile requirements of democratic delegation and governmental effectiveness, and this at a time when public affairs are becoming increasingly more complex and the demands of the population upon the leaders are growing.

We acknowledge that the regime suggested in the party program is strongly inspired by the French experiment of the De Gaulle years. There, it consisted of the extraordinary juncture of a large country in full regime crisis and a personage of exceptional character; of a completely exceptional arrangement. It has, up to now, survived General De Gaulle, and perhaps it will succeed in becoming permanent, altering itself little by little as all political regimes do, along the way.

But this extremely complex proportioning of a presidential head and all the apparatus of traditional parliamentarianism appears to us quite likely to create much confusion in a small country like ours, which above all will need coherence and a clear division of responsibilities at the State level. The system which we used as a model does not sit that easily with the French, themselves. Frankly, we, too, are having difficulty in ironing out our own version!

À notre avis, il serait donc souhaitable de revenir plutôt au régime présidentiel "classique", où l'on élit séparément un chef de l'État qui est en même temps responsable du pouvoir exécutif, et une Assemblée Nationale libre de toute attache ministérielle dans l'exercice de ses fonctions législatives et budgétaires. Il faudrait songer également à coiffer nos structures judiciaires d'une "Cour Suprême" qui, en plus d'être le tribunal de dernière instance, serait chargée du rôle essentiel de chien de garde et d'interprète final de la Constitution.

LE NIVEAU RÉGIONALE

Quant aux structures régionales et municipales, au plan des principes nous y avons inscrit un souci de "participation" démocratique dont l'évolution générale de la société confirme chaque jour l'urgente nécessité. Mais l'articulation concrète manque de précision, bien qu’elle indique déjà une amorce de réorganisation qui nous semble se tenir bien mieux que les àcoups erratiques du présent gouvernement A la lumière des expériences plus ou moins réussies de ces dernières années, celle en particulier des communautés urbaines, faisant aussi son profit du travail remarquable accompli dans ce secteur comme dans bien d'autres par son équipe parlementaire, le Parti devra maintenant ramasser en un seul chapitre net et compact les vues éparses qu'il a formulées sur le sujet.

D’abord, il faut qu’émergent enfin les fameuses “régions adminis- tratives” dont on discute depuis des années – le premier dessin d’ensemble remontant déjà à 1966.

Le consensus indispensable est encore loin d’être apparu. En fait, il serait plutôt en voie de se perdre irrémédiablement dans les palabres et la confusion générale, et plus encore dans le cafouiflis gouvernemental.

Au lieu de donner l’exemple et de s’organiser lui-même sur les bases régionales qu’il avait suggérées, l’État n’a cessé en effet d’émietter ses propres services au region des vieilles habitudes comme des nouveaux caprices “souverains” des ministères: l’Éducation continue de découper le Québec à sa façon,

les Affaires regiona ont adopté la leur, la Justice a ses districts à elle toute seule, tandis que le regionali

regionalize

Main-d’oeuvre n’a rien à voir avec celui de la Voirie et des Travaux

Publics, etc.

ve du Travail et de la

Bref, c’est une pagaille qu’on dirait faite exprès non seulement pour détruire toute notion cohérente de

régionali-

In our opinion, it would thus be desirable to rather return to the “traditional” presidential regime, where one separately elects a Head of State who is at the same time responsible for the executive power, and a National Assembly free of any ministerial ties in the performance of its legislative and budgetary duties. It would be necessary to also think of capping our legal structures with a “Supreme court” which, in addition to being the court of last resort, would have the crucial role of guard dog and final interpreter of the Constitution.

THE REGIONAL LEVEL

As to regional and municipal structures, we have inscribed in the plan of principles a desire for democratic “participation”, which the general evolution of society daily confirms to be an urgent necessity. The concrete articulation lacks precision, although it is already a beginning at reorganiza- tion, which it seems to us has a better grip than the erratic fits and starts of the present government. In light of the more or less successful experiments of recent years, in particular that of the urban communities, and also profiting from the remarkable work achieved by its parliamentary team in this sector as in a good many others, the Party will now have to amass in one brief and compact chapter the range of views it has formulated on the subject.

First, it is necessary to finally bring about the famous “administrative regions” that have been talked about for years – the first overall draft going back as far as 1966.

The essential consensus is still far from emerging. In fact, it is rather more on the way to being lost irremediably in the palaver and the general confusion, and still more in the governmental muddle.

Instead of setting an example and organizing itself on the regional bases suggested, the Government has not ceased to fragment its own services at random according to old habits, such as the “sovereign” whim of the ministers: Education continues to carve up Québec as it will, Social Affairs has their own approach, Justice has its very own districts, while the administrative map of Labor and Manpower has nothing to do with that of Highways and Public Works, etc.

In short, it is a disorder which one could say has been made purposely to not only destroy any coherent concept of regionaliza-

sation des services mais pour perpétuer aussi la compartimenta- tion jalouse des départements gouvernementaux qui continuent à s'ignorer et souvent même â se contrer les uns les autres dans tous les coins du Québec.

Or, c'est à l'État qu'il revient de prendre la décision en ce domaine et d'avoir surtout le courage et la persistance qu'il faut pour qu'elle s'applique et que puisse éclore et croître la "conscience régionale'' sans laquelle les plus beaux projets demeurent académiques.

Dans un Québec indépendant, où sera rapatrié tout le faisceau de grandes compétences qui nous échappent (communications, transports ferroviaires et aériens, etc.), la nécessité est encore plus évidente de déconcentrer systématiquement l'administration gouvernementale, afin de la

regrouper une fois pour toutes, avec une solide organisation intégrée et de larges délégations de pouvoir, autour des centres urbains qui seront désignés comme "capitales" régionales et deviendront ainsi de véritables préfectures: Hull, Sherbrooke, Trois-Riviéres-Cap-de- la-Madeleine, Rouyn-Noranda,

Chicoutimi-Arvida-Jonquiére-

Kénogami, Rimouski, Sept-lles Dans un sens, une fois établies les normes nationales, la répartition du budget et les contrôles indispensables, cela voudrait dire que l'appareil administratif de l'État s'en irait enfin retrouver la population là où elle a besoin de lui.

DES COMMUNAUTÉS DÉMOCRATIQUES

Quant à l'administration locale, sans prétendre épuiser la question, nous croyons que la solution à l'indescriptible fouillis actuel se trouverait dans une "revalorisation'' radicale de l'institution municipale. C'est la forme d'organisation politique la plus familière à toute la population. C'est également celle qui permet le lien le plus intime et direct entre les citoyens et leurs délégués, à condition de la sortir une fois pour toutes de l'anarchie dans laquelle on l'a laissée tomber et de l'indifférence dangereusement généralisée qui s'est ensuivie.

Dans cette perspective, la base essentielle d'une politique de revalorisation serait un ensemble de municipalités regroupées et fusionnées, dont le nombre ne devrait pas dépasser la centaine.

Nous serions bien loin de la situation qui prévaut à l'heure actuelle alors que le Québec compte pas moins de 1500

zation of services but to perpetuate as well the jealous compartmental- ization of government departments which continue to ignore and often to contradict each other in every corner of Québec.

So, it is up to the Government to make the decision in this area and above all to have the courage and persistence necessary to apply itself so that a "regional awareness” can hatch and emerge, without which the best of projects remains academic.

In an independent Quebec, in which the whole bundle of great subject matters which now escapes us is patriated (communications, air and rail transport, etc.), the need to systematically decentralize government administration is even more obvious, in order to regroup it once and for all, with a solid integrated organization and broad delegations of powers, around the urban centers which will be designated as regional “capitals” and will thus become true prefectures: Hull, Sherbrooke, Three-Rivers-Cap-de-la-Madeleine, Rouyn-Noranda, Chicoutimi-Arvida- Jonquière-Kénogami, Rimouski, Sept-lles… In a sense, once national standards are established, and essential budget and controls are distributed, that would be as much as to say that the administrative machinery of the State would finally reach the population where it needs it.

DEMOCRATIC

COMMUNITIES

As for local administration, without claiming to exhaust the question, we believe that the solution to the current indescribable tumble is to be found in a radical "revalorization" of the municipal institution. This is the form of political organization most familiar to the whole population. It is also that which allows for the most direct and closest link between the citizens and their delegates, on condition that it once and for all be lifted out of the anarchy into which it has been allowed to fall and the dangerously generalized indifference which has ensued.

From this point of view, the essential basis of a policy of revalorization would be an array of regrouped and amalgamated municipalities, which ought not to exceed a hundred in number.

We would be quite far from the situation which prevails at present in which Quebec counts no fewer than 1500

municipalités désuètes, inefficaces et trop souvent déconsidérées par les citoyens.

La taille démographique irait d'un minimum de 30-40,000 habitants à des maximums d'environ 200- 250,000 dans le cas de nos deux grandes agglomérations métropolitaines. Ces dernières seraient dotées de "communautés" démocratiques, où ce serait des élus métropolitains qui exerceraient les grandes responsabilités d'ensemble, tandis que les municipalités constituantes se verraient chargées des fonctions d "arrondissement" qui affectent la vie quotidienne et le rythme d'activité des quartiers:

écoles, parcs et loisirs, stationnement, zonage, etc.

Ailleurs, où la population est moins dense et éparpillée sur de plus grandes étendues, ces fonctions locales resteraient aux paroisses et villages constituants, alors que les responsabilités communautaires iraient à des municipalités élargies.

Autrement dit, dans les districts métropolitains, les grandes fonctions seraient définitivement confiées à un organisme super- municipal élu à l'échelle des présentes "communautés urbaines" — et les municipalités existantes seraient réduites à un petit nombre d'unités (v.g. 9 ou 10 à Montréal, 3 ou 4 à Québec) chargées des responsabilités qui affectent le plus quotidiennement les citoyens.

De même, dans les autres parties du Québec, on créerait des super- municipalités en quelque sorte régionales, englobant les grandes fonctions communautaires pour un territoire donné, les paroisses et villages existants continuant à s'occuper des services purement locaux.

Rien n'interdirait alors de remettre à ces nouvelles structures super- municipales le plus clair des responsabilités quotidiennes que l'administration gouvernementale s'obstine depuis toujours à concentrer à Québec, perpétuant ainsi les "pèlerinages'' folkloriques. Sous les "préfectures" décentralisées que nous décrivions ci-dessus, ce sont les municipalités qui administreraient désormais au jour le jour la santé et les travaux publics, etc., aussi bien que les présentes régionales scolaires auxquelles un regroupement parallèle permettrait aisément d'épouser le même dessin. Nous pensons en particulier que le niveau municipal devrait avoir l'entière responsabilité des immeubles scolaires, avec une péréquation de l'État dans les districts les moins fa-

obsolete and ineffective municipalities, too often discredited by the citizens.

Demographic size would go from a minimum of 30-40,000 inhabitants to a maximum of approximately 200- 250,000 in the case of our two great metropolitan agglomerations. These last would be equipped with democratic communities”, where there would be elected metropolitan officials who would carry out the overall major responsibilities, while the constituent municipalities would see themselves in charge of "district" functions which affect daily life and the rhythm of activity of districts: the schools, parks and recreation, parking, zoning, etc.

Elsewhere, where the population is less dense and is scattered over greater distances, these local functions would remain with the constituent parishes and villages, whereas the community responsibilities would go to expanded municipalities.

In other words, in the metropolitan areas, the major functions would be definitively entrusted to a super- municipal organization elected at the level of the present “urban communities” — and the existing municipalities would be reduced to a small number of units (i.e. 9 or 10 in Montreal, 3 or 4 in Quebec) tasked with those responsibilities which most affect citizens on a daily basis.

In the same way, in the other parts of Quebec, one would create super- municipalities to some extent regional, including the major community functions for a given territory, the existing parishes and villages then continuing to deal with purely local services.

Nothing would then prevent assigning to these new super- municipal structures the clearest of daily responsibilities that governmental administration has forever insisted upon concentrating in Quebec, thus perpetuating the “folkloric pilgrimages''. Under the decentralized prefectures that we described above, it is the municipalities which from now on, will manage day-to-day health, public works, etc., as well as the current school districts which a parallel regrouping will easily allow to be married to the same design. We think in particular that the municipal level must have complete responsibility for school buildings, with State equalization in less favored districts,

vorisés, afin que les citoyens aient du droit de regard sur l'ensemble d'un seul budget. Celui-ci serait alimenté au départ par les revenus traditionnels, y compris un impôt foncier consolidé, dont la partie provenant des petits propriétaires irait décroissant pendant une brève période de transition. Après quoi l'État québécois, maître de toute sa fiscalité, aurait transféré aux municipalités d'autres ressources suffisantes pour faire face à l'ensemble de leurs nouvelles charges, et pour éliminer définitivement le poids injuste et mal réparti de la contribution foncière des citoyens individuels — tout en maintenant, bien sûr, celle des établissements industriels et commerciaux.

Il nous semble que de tels regroupements permettront l'instauration d'unités administratives qui fourniront à leurs propres populations aussi bien qu'à l'État des interlocuteurs plus valables et efficaces que la poussière des municipalités actuelles, tout en demeurant relativement proches des citoyens.

LA PLACE DU CITOYEN

Mais toute cette réorganisation — au niveau municipal comme à celui des services gouvernementaux — ne saurait assurer au citoyen individuel la zone locale d'initiative et d'influence dont le besoin se fait sentir de plus en plus à mesure que s'affirme une sorte d'éveil sans précédent des esprits.

C'est dans le quartier, dans la paroisse ou le village, qu'on ressent au jour le jour l'impact des programmes, des lois ou règlements et des normes de fonctionnement que les administrations publiques ont le devoir absolu d'établir et de faire respecter, mais qui arrivent toujours de si loin. Même les nouvelles unités municipales, en dépit de leur proximité relative et de la surveillance populaire qui peut s'y exercer, risquent encore de perdre le contact.

C'est à partir du voisinage que l'individu, la famille, peuvent le mieux évaluer la qualité de leur existence et manifestent de plus en plus fréquemment le goût normal et très sain de réagir, non seulement pour faire savoir ce qu'ils en pensent mais aussi pour mettre activement la main à la pâte. Il va donc falloir laisser aux citoyens la possibilité d'administrer certains de leurs services et, dans le cadre des politiques gouvernementales, leur ouvrir la possibilité de chercher des formules nouvelles, d'essayer des solutions qui leur soient propres.

so that citizens have a right to see the whole in one single budget. Which would be provided for at the outset by the traditional revenues, including a consolidated tax on land, of which that part coming from small proprietors would be on

a sliding scale for a short

transitional period. After which the Québécois Government, as master of all taxation, would transfer to the municipalities other resources sufficient to deal with the whole of their new responsibilities, and definitively eliminate the unjust weight and badly distributed land tax from individual citizens — all the while, of course, maintaining the tax on factories and businesses.

It seems to us that such

regroupings will allow the introduction of administrative units which will provide to their own

populations, as well as to the Government, more valid and effective intermediaries than with the current municipalities, while remaining relatively close to the citizens.

THE PLACE OF THE CITIZEN

But all this reorganization — at the municipal level as with that of government services — could not ensure to the individual citizen a local zone of initiative and influence the need for which is increasingly felt in response to an unprecedented awakening of consciousness.

It is in the district, the parish or the

village, where one feels from day to day the impact of programs, laws or bylaws and standards of operation that public administrations have the absolute duty to establish and see respected, but which always arrive from so far away. Even the new municipal units, in spite of their relative proximity and public monitoring which can be exerted there, risk losing contact.

It is starting with the neighborhood

that the individual, the family, can better evaluate the quality of their existence and demonstrate increasingly frequently a normal liking and a very healthy desire to act, not only to let their views be known but also to actively get their hand into the cookpot. It thus will be necessary to make it possible for citizens to manage some of their services and, in the framework of government policies, of giving them the opportunity to seek new formulas, to test solutions which are appropriate to them.

Divers mouvements issus spontanément du milieu — associations de parents, de consommateurs, comités de citoyens, etc. — sont déjà en train d'ouvrir la voie à cette nouvelle forme de conscience et d'organisation "de base" qui sera sûrement l'une des caractéristiques essentielles de la société de demain.

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Various movements which spontaneously emerge from the surroundings — parents’ and consumers’ associations, citizens’ committees, etc. — are already paving the way to this new form of awareness and of “basic” organization which will surely be one of the essential characteristics of tomorrow’s society.

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CHAPITRE 2

CHAPTER 2

vers un nouveau modèle social

Au centre de nos préoccupations sociales, de notre conception de la vie collective, doit en effet se trouver, une fois la nation libérée de ses vieilles entraves, un objectif permanent qui pourrait s'appeler le droit de l'homme à l'autodétermination.

Nous avons dit que l'indépendance est déjà, sur ce plan aussi, la promesse d'un grand pas en avant. Cela nous semble évident. La promotion d'un peuple, son accession à la liberté politique et à la pleine responsabilité de lui- même, ne sauraient que rejaillir de façon bénéfique sur les hommes et les femmes qui le composent.

L'IDÉAL À POURSUIVRE

Mais ce n'est là qu'un point de départ indispensable. Aussi loin qu'on puisse voir en avant, le souci de la dignité et de l’épanouisse- ment des personnes devra sous- tendre toute l'orientation de notre société. Ce sera le devoir en même temps que l'honneur du premier gouvernement d'un Québec souverain de placer ce souci au coeur de son action et, autant que possible, de l'enraciner solidement dans les esprits.

C'est un idéal auquel il nous faut aspirer: celui d'une communauté d'hommes libres, respectueux deux-mêmes et des autres, capables d'affronter victorieuse- ment les défis multiples qu'un rythme d’évolution sans précèdent lance aux individus comme aux collectivités. Cet idéal, nous savons bien que nous n'en verrons pas l'entière realization. Modeste- ment, il nous faut même admettre qu'au milieu d'embûches inévitables et de possibles reculs, nous ne franchirons que des étapes sur la route très longue, peut-être sans fin, qui mène dans cette direction. Des étapes que nous n'accomplirons d'autre part qu'à condition de nous dépouiller impitoyablement de certaines illusions.

Il en est deux surtout qui cherchent sans relâche à séduire et dont il faut sans relâche se méfier.

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toward a new social model

At the core of our social concerns, of our design for our collective life once the nation is liberated from its old obstacles, must indeed be a permanent objective which could be called the right of man to self- determination.

We have said that independence is already, in this same scheme, the promise of a great step forward. This seems obvious to us. The advancement of a people, its accession to political liberty and full responsibility for itself, could only rebound in a beneficial way upon the men and women who compose it.

THE IDEAL TO PURSUE

But that is only an indispensable starting point. As far as we can see ahead, a desire for the dignity and the blossoming of individuals must underlie the whole orientation of our society. It would be the duty at the same time as the honor of the first Government of a sovereign Quebec to place this desire at the center of its action, and as far as possible, to solidly anchor it in hearts and minds.

It is an ideal to which we must aspire: that of a community of free men, respectful of themselves and of others, capable of victoriously facing the multiple challenges that an unprecedented rhythm of evolution will throw in the way of individuals as well as collectivities. We know very well that we will not see the full achievement of this ideal. Modestly, we must even admit that in the midst of inevitable obstacles and possible retreats, we will only achieve steps along the very long, perhaps endless road that leads in this direction. Steps that we will accomplish moreover on condition that we pitilessly strip ourselves of certain illusions.

Two, above all, relentlessly seek to seduce, and must unrelentingly be avoided.

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QUI VEUT FAIRE L'ANGE

Celle d'abord que notre texte d'orientation de novembre 1971 décrivait ainsi: "l'illusion des raccourcis, d'une miraculeuse métamorphose collective qui s'accomplirait ici brusquement et comme jamais nulle part dans le monde." C'est la vision utopique qui confère à la fois leur élan et leur fondamentale stérilité aux extrêmes gauchismes qu'on peut certes exploiter à tout âge mais qui sollicitent si naturellement l'impatience aussi bien que la générosité des jeunes. Il est si beau et – l'histoire est là pour le prouver – si facile de croire qu'un bouleversement de structures, qu'un renversement global et dogmatique des valeurs est capable d'effectuer une mutation instantanée des comportements, des atavismes, de ce qu on appelle la nature humaine.

Mais l'histoire est là, justement, pour rappeler aussi que cela n'arrive jamais. Il suffit d'ailleurs de jeter les yeux autour de nous, et plus encore en nous-mêmes si nous en avons la lucidité, pour bien voir pourquoi et comment cela ne peut arriver. Il reste encore trop du primitif et souvent même du fauve dans l'animal humain pour qu'un tel avènement subit à la perfection ne demeure pas une vue de l'esprit, qui conduit d'ailleurs presque infailliblement à l'autoritarisme et à une inhumanité plus féroce que celle dont on prétendait sortir. Oui veut faire l'ange fait la bête, c'est une vieille constatation de l'expérience, que l'échec de tous les angélismes révolutionnaires ne cesse de confirmer.

L'HOMME-LOUP

L'autre illusion, qui n'est pas moins extrémiste en réalité, c'est celle qui s’acharne au contraire à tenir l'homme pour un être non perfectible, ne voyant en lui que le fauve plus ou moins bien armé pour attaquer ou se defender.

Pour cet homme-loup, la société n'est qu'une jungle ou le déchaînement des instincts et des appétits est considéré comme le grand moteur du progrès, auquel il ne faudrait par conséquent imposer que le plus strict minimum de contraintes.

C'est cette vision foncièrement pessimiste qui a longtemps régné sur notre civilisation. C'est elle qui a présidé à l’expansion puis à tous les excès du capitalisme et de l'impérialisme traditionnels. C'est cette même vision qu'on retrouve au fond des conservatismes les plus butés

WHOEVER WISHES TO PLAY THE ANGEL

Our orientation text of November 1971 described it first of all as follows: “the illusion of short- cuts… of a miraculous collective metamorphosis which would be achieved here abruptly and as never anywhere in the world.” It is that utopian vision which confers both their momentum and their fundamental sterility on those extreme leftisms that one may certainly exploit in any era, but which so naturally invite the impatience as well as the generosity of the young. It is so fine and – history is there to prove it – so easy to believe that an upheaval of structures, that a total and dogmatic inversion of values is capable of effecting an instantaneous change of behaviors, of atavisms, of what is called human nature.

But history is there, precisely, to remind us also that it never happens. Moreover, it suffices to look around us, and even more within ourselves if we have the clarity, to see very well why and how it cannot happen. There still remains too much of the primitive and often even of the wild in the human animal, for such an accession undergone to perfection not to remain a phantasm, which moreover leads almost infallibly to authoritarianism and to an inhumanity more ferocious than that from which one intends to exit. Whoever wishes to play the angel, acts the beast, an old observation from experience, which the failure of all the revolutionary angelic dogmas does not cease to confirm.

THE MAN-WOLF

The other illusion, which is no less extremist in reality, is that which, on the contrary, is determined to take man for a non-perfectible being, seeing in him only a beast of prey, more or less well armed to attack or defend itself.

For this man-wolf, society is nothing but a jungle where the unleashing of instincts and appetites is regarded as the great motor of progress, upon which one would consequently have to impose only the most strictly minimal of constraints.

It is this fundamentally pessimistic view that has so long reigned over our civilization. It has presided at the expansion and then at all the excesses of capitalism and of traditional imperialism. It is this same view that one finds at the bottom of the most obstinate conservatisms,

de la terrible facilité avec laquelle on persiste à tolérer l'exploitation, l'injustice et les formes les plus abusives d'inégalité entre les hommes.

Il faut extirper autant et aussi vite que possible, cette fausse idée de la liberté individuelle, qui n’aboutit en pratique qu’à la liberté du renard dans le poulailler, du fort aux dépens du faible, du gros aux dépens du petit, et qu’on reconnaît dans la plupart des refrains qui chantent les attraits les plus douteux du statu quo.

PROMOTION ET ACTION

C'est contre l'affrontement de ces deux illusions, des extrémismes auxquels elles sont toutes deux susceptibles de conduire, qu'on doit se prémunir. La véritable promotion de l'homme d'ici, nous la trouverons à égale distance de ces deux abîmes dans une claire et chaleureuse perception des possibilités immenses aussi bien que des lacunes qui sont notre lot. Nous la trouverons aussi dans un effort persistant pour redresser ce qui cloche, dans la mise en valeur systématique de tout ce que recèlent de plus prometteur nos aptitudes naturelles, nos aspirations si longtemps confuses et frustrées et les meilleurs penchants que nous ayons acquis le long du chemin.

Par une action constamment axée sur des programmes et des projets concrets et des échéanciers précis, nous devrons, en tout premier lieu, corriger ce travers hérité des trop longues dépendances qu'a subies notre peuple: le perfectionnisme outrancier, la manie des diagnos- tics à répétition à la place du traite- ment et, sous d'autres déguise- ments encore, une dangereuse difficulté de décider et puis de réaliser jusqu'au bout. Laquelle est particulièrement odieuse quand elle retarde les progrès et la justice que trop des nôtres ont assez attendus dans tous les domaines. Face aux impatiences justifiées et aux étapes réalisables, il nous faut cesser d'avoir trop souvent l'air d'une société en forme de club académique.

LA DÉMOCRATIE À DÉCOUVRIR

Dans le domaine politique, tout ce qu'exige une telle ascension collective nous paraît contenu dans la notion faussement familière de démocratie. Familière, puisqu'on use et qu'on abuse de ce mot depuis qu'il y a des politiciens pour s'en servir trop souvent comme d'un leurre. Faussement familière car on n'a jamais réalisé convenablement les promesses même les plus superficielles de cette façon de vivre en société, alors que des problèmes

of the terrible ease with which one persists in tolerating exploitation, injustice and the most abusive forms of inequality between men.

It is necessary to extirpate as much

and as rapidly as possible, this false idea of individual liberty, which in practice is tantamount to the liberty of the fox in the henhouse, of the strong at the expense of the weak, of the large at the expense of the small, and which one recognizes in the majority of refrains which extol the most dubious attractions of the status quo.

PROGRESS AND ACTION

To avoid confronting either of these two illusions or the extremism to which they are both likely to lead, one must prepare in advance. We will find the true advancement of the man from here at equal distance from these two abysses in a clear and cordial perception of the immense possibilities as well as of the inadequacies which are our lot. We will also find it in a persistent effort to rectify that which rings false, in the systematic development of all that harbors the most promising of our natural aptitudes, our aspirations so long confused and frustrated and the best inclinations than we acquired along the way.

Through action constantly based on programs and concrete projects with precise deadlines, we must, in the very first place, correct this distortion inherited from the too prolonged dependencies suffered by our people: outrageous perfectionism, the mania for endless diagnosis instead of treatment, and, under other disguises as well, a dangerous difficulty in deciding and then in achieving the goal. Which is particularly odious when it delays the progress and the justice for which too many of us have waited in every domain. Faced with justified impatience and in light of achievable steps, we must cease too often having the air of a society in the form of an academic club.

DEMOCRACY TO DISCOVER

In the political domain, all that such

a collective ascension requires

seems to us to be contained in the falsely familiar notion of democracy. Familiar, because ever since there have been politicians, we have too often used and abused this word to delude ourselves. Falsely familiar because one can never decently keep even the most superficial promises as to this mode of living in society, while endless and increasingly difficult problems

sans cesse plus ardus et des changements toujours plus rapides nous commandent non seulement d'en élargir mais d'en réinventer la définition.

La démocratie, ce pouvoir qui est censé appartenir au peuple, est la seule voie qui puisse nous mener à cette liberté adulte et responsable, à cette féconde autodétermination de l'homme que nous devons poursuivre comme un idéal. Ce n'est pas autre chose que l'on évoque chaque fois qu'on se rabat sur cet autre terme, si bien porté présentement, celui de participation. C'est-à-dire un contexte où I’on travaille inlassablement à rendre tous les hommes capables de connaître une vie fructueuse et satisfaisante et d'assumer chacun leur pleine part des décisions toujours plus interdépendantes qu'exige une société moderne.

Comment y parvenir? En nous plongeant vigoureusement, joyeusement dans l'action sur tous les fronts stratégiques du seul développement qui compte, celui de la condition humaine et sociale.

Le programme du Parti Québécois nous semble constituer déjà une première prospection valable dune foule de secteurs ou nos talents et nos énergies trouveront à s employer aussi longtemps que vivront les plus jeunes d'entre nous. Il nous incombe de le préciser, de le pousser plus avant, de l'ajuster toujours plus concrètement à l'évolution des faits et des esprits, d'y encadrer dans un véritable projet collectif ce qu'il y a de plus fécond dans nos trouvailles ou nos expériences du passé comme dans les espoirs et les sursauts sans précédent auxquels on assiste aujourd'hui.

and ever more rapid changes require us not only to expand but to reinvent the definition.

Democracy, this power which is supposed to belong to the people, is the sole route that can deliver us to this responsible and adult liberty, to this fertile self- determination of man that we must pursue as an ideal. It is nothing but that which we evoke each time we harp on that other term, so popular now: participation. Which is to say, a context where one works tirelessly to make all men capable of knowing a fruitful and satisfying life and to assume, each one, his full share in the ever more interdependent decisions required by a modern society.

How do we get there? By plunging vigorously, joyously, into the action on all strategic fronts of the only development which counts, that of the social and human condition.

The programme of the Parti Québécois seems to us already to constitute a first valid survey of a host of sectors where our talents and our energies will find employment for as long as the youngest among us will be alive. It is incumbent upon us to clarify it, to push it forward, to adjust it ever more concretely to the evolution of facts and of consciousness, to give shape within it, in a veritable collective project, to that which is most fecund among our discoveries or our experiences of the past as in the hopes and unprecedented burgeonings forth that we are witnessing today.

CHAPITRE 3 CHAPTER 3

l'égalité des equality of

citoyens

S'il est un aspect de la société traditionnelle qui est entre tous générateur de révolte, c'est la bonne conscience avec laquelle on y tolère l'iniquité flagrante de zones excessivement privilégiées â côté de zones de pénurie sans espoir.

L'inégalité de potentiel, de rendement, de succès, de responsabilité, n'est pas près de disparaître entre les hommes. Mais ce qu'on peut et doit empêcher, c'est que se perpétuent par- dessus le marché des structures et des chasses gardées qui figent ces écarts. Il serait absurde d'oser parler de démocratie vécue, sans s'attacher obstinément à parfaire et consolider au plus tôt une société d'égalité des chances, assurant dans toute la mesure du possible une juste répartition des ressources, de la place au soleil et en fin de compte, du pouvoir.

LA RÉFORME ÉLECTORALE

Touchant par exemple le fonctionnement de la démocratie politique, c'est un pas important aussi bien que tardif que constitue dans cette direction le tout récent projet de remaniement de la carte électorale. Le Parti Québécois peut être fier de l'insistance acharnée qu'il a mise à le réclamer et qui a pour sûr contribué à faire qu'il se réalise enfin.

Mais ce n'est qu'un début. Nous avons clairement proposé d'autres étapes, toutes également réalisables autant que nécessaires. Nous avons maintenant à les reprendre et à travailler avec plus d'énergie que jamais à ce qu'elles deviennent réalité.

Rien n'est plus urgent, peut-être, que cet assainissement du processus électoral et de l'action politique. C'est dans le scandaleux manque d'empressement à l'effectuer que réside l'une des causes les plus évidentes et les plus pernicieuses de l'indifférence, de l'hostilité

citizens

If there is one aspect of traditional

society which breeds revolt more than all others, it is the clear conscience with which one tolerates the obvious iniquity of excessively privileged zones side by side with zones of hopeless deprivation.

Between men, the inequality of potential, of performance, of responsibility, is nowhere near to disappearing. But what one can and must prevent, is the self- perpetuation via the market, of structures and exclusive zones which institutionalize these variations. It would be absurd to dare to speak about a lived democracy, without obstinately holding fast so as to perfect and consolidate, as soon as possible,

a society of equal opportunity,

ensuring as far as possible an equitable allocation of resources,

a place in the sun, and in the final analysis, power.

ELECTORAL

REFORM

Concerning for example the functioning of the political democracy, the quite recent project of revising the electoral map constitutes an important and belated major step in this direction. The Parti Québécois can be proud of its unwavering insistence in clamoring for it, which undoubtedly contributed to its finally being realized.

But this is only a start. We have clearly proposed other steps, all just as achievable as they are necessary. We must now take them up again and work with more energy than ever so that they become reality.

Perhaps nothing is more urgent than this cleansing of the electoral process and of political action. In the scandalous lack of eagerness to carry it out lies one of the most obvious and most pernicious causes of the indifference, even of the hostility

même, dans laquelle un si grand nombre de citoyens, en particulier dans les nouvelles générations, ont sombré à l'égard de ces fondements de toute vie démocratique, l'élection et la délégation de pouvoir.

L'amélioration du mode de scrutin demeure un complément indispensable au remaniement de la carte, dont l'analyse objective révèle brutalement qu'à elle seule elle ne suffira jamais à garantir I’équité dans les résultats.

LE POUVOIR ET L'ARGENT

La liste permanente et uniformisée d'électeurs est aussi une réforme dont trop d'expériences scabreuses montrent assez clairement le besoin pour qu'on l'envisage à brève échéance.

Plus importante encore, à notre avis, est celle qui assurera l’égalité des chances à tous les groupements politiques "reconnus", en même temps qu’elle leur imposera la démocratisation de leur financement. Cette étape-là, bien sur, c'est sans trop d'illusions que nous allons continuer à la pousser de toutes nos forces. On ne saurait espérer que le gouvernement du jour puisse la réaliser, le parti libéral étant rivé indissolublement aux milieux financiers et à la tradition des caisses qu'ils alimentent en coulisse. C'est pourquoi il nous faut persister dans notre propre financement populaire dont la récente campagne du Parti constitue la plus éclatante démonstration d'efficacité. Ainsi pourrons-nous porter au pouvoir un gouvernement libre de toute attache d'argent et seul en mesure de briser une fois pour toutes ces vieilles chaînes clandestines qui collent l'un à l'autre depuis trop longtemps le pouvoir politique et les gros intérêts.

En plus d'un financement public des activités essentielles des partis et de la divulgation obligatoire de leurs revenus et dépenses, il faudra alors mettre au point une formule qui encourage tous les citoyens a soutenir modestement l'action politique de leur choix et qui interdise ou rende aussi malaisées et onéreuses que possible les grosses contributions néfastes des milieux financiers et des groupes d'intérêts dominants.

SÉCURITÉ DES CANDIDATS

À ce train de réformes, nous suggérons fortement d'ajouter un projet de législation dont l'utilité nous semble

into which so great a number of citizens, in particular the new generations, have sunk with regard to these foundations of any democratic life: elections and the delegation of powers.

Improvement in the voting system is an essential complement to revision of the electoral map, which objective analysis brutally reveals will never alone suffice to guarantee equity in the outcome.

POWER AND MONEY

The permanent and standardized voters’ list is also in need of imminent reform, as clearly indicated by an excessive number of embarrassing attempts.

More important still, in our opinion, is reform that will ensure equal opportunity to all the “recognized” political groupings, at the same time as imposing upon them the democratization of their financing. That step, of course, we will continue to push with all our power, without too many illusions. One could hardly hope that the government of the day might carry it out; the Liberal party being indissolubly divided between the financial circle and the tradition of the till which they feed on the side. This is why we must persist in our own popular financing, of which the recent Party campaign is the most vivid proof of effectiveness. We will thus be able to carry to power a government free of any money attachment and alone able to break, once and for all, these old clandestine chains which have too long bound together the political power and the major interests.

In addition to public financing of essential party activities and obligatory disclosure of their revenues and expenditures, it will then be necessary to develop a formula which encourages all citizens to modestly support the political action of their choice, which prevents or makes as difficult and costly as possible the large harmful contributions of the financial circle and the dominant lobbies.

SECURITY OF CANDIDATES

To this caravan of reforms we strongly suggest adding draft legislation whose utility seems to us

sauter aux yeux dans une société où l'immense majorité des citoyens sont aujourd'hui des employés. Il s'agirait simplement d'assurer par un texte général la sécurité et la réintégration garantie dans son emploi à toute personne qui accepte de se présenter comme candidat à un poste électif. Certains catégories d'employés ont déjà obtenu cette protection. A notre avis, elle doit être étendue au plus tôt à tous les citoyens, car il n'est rien de plus répugnant ni de plus foncièrement antidémocratique que les pressions et, souventes fois, les représailles auxquelles peut se trouver exposé un candidat dont la seule faute est de n'être pas servilement du même bord que son employeur.

Il nous paraît indiqué d'assurer également une garantie analogue de ré-emploi à tout élu rémunéré qui n'aurait accompli qu'un seul mandat — quand ce ne serait que pour éviter (tout spécialement) à l'Assemblée Nationale de mener la pension des parlementaires, déjà excessivement rapide et généreuse, jusqu'à des niveaux absolument exorbitants

LES BESOINS DEVENUS DES DROITS:

LA SANTÉ

L'objectif de l'égalité des chances, inutile de dire qu'il est urgent de l'atteindre et de le consolider aussi définitivement dans tous les grands secteurs de la vie en société où l'homme vraiment civilisé ne peut plus tolérer que l'on traite comme des privilèges la satisfaction de besoins qui sont en réalité devenus des droits fondamentaux.

La santé est évidemment l'un de ces secteurs. Aux mesures déjà prises ou proposées dans le sillage du rapport Castonguay-Nepveu, nous continuerons d'exiger sans relâche l'addition de ces compléments indispensables que sont, en particulier, le contrôle public de la fabrication et de la distribution des médicaments ainsi qu'une "couverture" totale sur ce plan et celui des soins dentaires, et le "service civique" (indicatif autant que possible, mais si besoin est obligatoire) des jeunes professionnels de la santé dans les régions sous-équipées.

LE LOGEMENT

En ce qui concerne le logement, nous croyons avoir déjà dessiné les articulations essentielles d'une politique progressive. Vu l'éveil sans précédent qui se manifeste ces années-ci, à l'échelle des quartiers et des voisinages, nous voudrions souligner avec la plus grande vigueur

glaringly obvious in a society where the vast majority of citizens today are employees. It would simply be a question of ensuring, by a general provision, the security and reinstatement in his employment of anyone who agrees to run as a candidate for elected office. Some categories of employees already have this protection. In our view, it must be extended as soon as possible to all citizens, for nothing is more repugnant or more deeply antidemocratic than the pressures and, oftentimes, the reprisals to which a candidate may find himself exposed whose only fault is that he is not servilely on the same bandwagon as his employer.

It appears to us also indicated to ensure a similar guarantee of re- employment to any salaried incumbent who completes just one term — when this would be solely to avoid (in particular) carrying the already excessively prompt and generous pensions of parlia- mentary members in the National Assembly to absolutely exorbitant levels…

NEEDS BECOME RIGHTS:

HEALTH…

The objective of equal opportunity, needless to say. it is urgent to achieve it and also to consolidate it permanently in all major sectors of societal life where the truly civilized man can no longer tolerate that one treats as privileges the satisfaction of needs which in reality have become fundamental rights.

Health is obviously one of these sectors. To measures already taken or proposed in the wake of the Castonguay-Nepveu report, we will continue unremittingly to require the addition of these essential concomitants which are, in particular, public control of the manufacture and distribution of drugs as well as total “coverage” of same, and of dental care, and “civic service” (voluntary, as much as possible, but if need be obligatory) by young health professionals in under-staffed regions.

HOUSING

With respect to housing, we believe we have already sketched out the necessary outlines of a progressive policy. In light of the unprecedented awakening manifesting in recent years, at the district and neighborhood level, we would like to most emphatically underscore it

comme un engagement solennel qui nous semble particulièrement prometteur sur le plan démocra- tique, les quelques phrases suivantes de notre programme:

“Une politique de logement doit poursuivre des buts d'hygiène publique et sert aussi naturellement de stimulant économique. Mais il est tout aussi important qu'elle se donne des objectifs de promotion sociale et de provocation à l'esprit communautaire.

“Voilà pourquoi tous les projets de rénovation urbaine devront prévoir la participation active des citoyens concernés. Non seulement encouragera-t-on la formation de comités de citoyens à l'occasion de ces projets, mais il faudra également susciter dans la population des groupes promoteurs capables de concevoir et de réaliser eux-mêmes de telles initiatives. A cette fin, la loi qui permet aux municipalités et aux offices municipaux de recevoir des subventions s'appliquera aux coopératives et organismes sans but lucratif formés par des citoyens dans les quartiers où le besoin de logement social se fait sentir.

“Dans ces projets de rénovation urbaine, on introduira des formules de gestion communautaires et les occupants pourront accéder progressivement à la propriété de leur logement par le versement du loyer mensuel." (Programme du PQ, Édition 1971. p. 17)

Notons également le lien très étroit qu'il faut établir entre une politique de logement convenable pour tous et une volonté sérieuse de politique familiale. Dans un milieu miné aussi profondément que le nôtre par une dénatalité galopante, ne tombe-t-il pas sous le sens qu'une des urgen- ces les plus vitales est de corriger sans délai une pénurie qu'il n'est pas excessif, comme nous l'avons dit, de qualifier de criminelle?

Nous insisterons plus loin, d'autre part, sur le fait incontestable que le "bâtiment" demeure aussi l'un des moteurs les plus puissants du développement économique.

LE REVENU MINIMUM GARANTI

Dans tout le domaine éminement complexe des politiques de sécu- rité du revenu et de lutte contre la pauvreté, nous ne pouvons qu'endosser et nous engager à réaliser dans les intégrité et dans les plus brefs délais les mesures que tâche si péniblement de détendre le ministère des Affaires Sociales. Tout en faisant remarquer au passage le prix effarant en énergies et en temps perdus, en confusion

as a solemn commitment which seems to us particularly promising on the democratic plane, the following few sentences from our program:

“A housing policy must pursue the aims of public health and also naturally serve as an economic stimulant. However, it is just as important that it have objectives of social development and of motivating community spirit.

“For this reason all urban renovation projects must envisage active participation by the citizens concerned. Not only will the creation of citizens’ committees be encouraged at the time of these projects, but also promoter groups able to conceive and carry out such initiatives themselves must be elicited from among the population. To this end, the law which allows municipalities and municipal offices to receive subsidies will apply to co- operatives and non-profit organizations formed by citizens in districts where the need for social housing is felt.

“Into these urban renovation projects, community management formulae will be introduced, and the tenants will be able to gradually acquire ownership of their housing through the payment of monthly rent.” (PQ programme, 1971 edition, p. 17)

Also let us note the quite close link that must be established between a housing policy suitable for all and a serious desire for a family policy. In a milieu as deeply undermined as ours is by a galloping decrease in the birth rate, does it not seem that one of the most vital emergencies to correct without delay is a shortage which, as we have said, it is not too much to call criminal?

We will further insist, in addition, on the undeniable fact that “building constructon” is also one of the most powerful engines of economic development.

GUARANTEED MINIMUM INCOME

In the whole eminently complex area of income security policies and the fight against poverty, we can only endorse and commit ourselves to achieving completely and as rapidly as possible measures that are so painful a chore as to slow down the ministry of Social Affairs. While noting in passing the mind-boggling cost in wasted time and energy, in insoluble

inextricable, en ressources financières mal réparties ou bêtement gaspillées, que nous coûte dans ce secteur crucial le perpétuel tiraillement entre Québec et Ottawa. Nous sommes ainsi exposés, là comme ailleurs, au danger croissant de voir notre peuple "irresponsabi- lisé" et asservi par une majorité anglo-canadienne et une bureaucratie fédérale dont la culture est différente et dont les priorités sont souvent loin de correspondre aux nôtres.

De ces mesures si laborieusement en marche, de celles que nous proposons nous-mêmes concernant un salaire minimum d'abord acceptable puis indexé, touchant aussi l'allocation de salaire unique pour la femme au foyer (seule façon de revaloriser un métier qu'aucune révolution ne fera jamais disparaître mais que l'on a dangereusement laissé se dégrader dans un contexte qui n'est plus celui du temps jadis) – de tout cela il découle à notre avis que le temps est venu d'élaborer, d'amorcer tout au moins la politique de revenu minimum garanti que nous nous sommes contentés jusqu'à présent d'évoquer en principe. Nous avons été les premiers à introduire cette notion dans un programme politique. Il nous appartient maintenant de la fouiller et de l'évaluer minutieusement afin d'en faire, comme nous croyons désormais possible d'y parvenir par des étapes précises, un engagement ferme et concret.

LES CITOYENS ÂGÉS

Quel que soit l'aménagement de telles étapes, la première de toutes devrait être celle que nous avons déjà prévue.

“S'il est un groupe social auquel une population civilisée devrait accorder au plus tôt la dignité et la sécurité de ce minimum décent garanti, c'est celui des personnes âgées qui n'ont que leurs pensions pour vivre (et dont) la plupart n'ont jamais connu que les salaires de famine, quand ce n'était pas le chômage et la misère. (Programme du PQ. Édition 1971. p. 20)

Il est proprement inconcevable de

voir tant de nos vieux citoyens arriver à peine à tenir l'âme et le corps ensemble, obligés de finir leurs jours en grelottant dans des réduits invivables et de quêter patiemment et en vain des grenailles comme le billet à prix réduit dans les transports en

commun

assurer en priorité absolue un revenu qui leur permette de finir leurs jours dans cette dignité et

cette sécurité dont les mouve-

Nous devons leur

confusion, in badly distributed or foolishly wasted financial resources, which in this crucial sector costs us the perpetual tug of war between Quebec and Ottawa. We are thus exposed, here as elsewhere, to the growing danger of seeing our people “made dependent” and enslaved by an Anglo-Canadian majority and a federal bureaucracy whose culture is different and whose priorities are often far from corresponding to our own.

From these measures so laboriously underway, to those which we ourselves propose concerning first of all an acceptable and then an indexed minimum wage, concerning also the allocation of a unique salary for the housewife (the only way to revalorize a trade which no revolution will ever cause to disappear but which has dangerously been allowed to debase itself in a context which is no longer that of former times) – from all this, it ensues, in our view, that the time has come to work out, to at least commence the policy of guaranteed minimum wages that until now we have been satisfied to evoke in theory. We were the first to introduce this concept into a political program. It is now up to us to follow it up and thoroughly evaluate it in order to make of it a firm and concrete commitment, since we believe it possible from here on to get there by precise stages.

SENIOR CITIZENS

Whatever will be the formulation of such stages, the very first of all should be that which we have already envisioned.

“If there is one social group to which a civilized population should as soon as possible grant dignity and the security of this guaranteed decent minimum, it is the elderly who have only their pensions on which to live (and of whom) the majority… have never known anything but starvation wages, when it was not unemployment and misery. (Program of the PQ. 1971 Edition. p. 20)

It is inconceivable in the final analysis to see so many of our older citizens barely managing to keep body and soul together, obliged to end their days shivering in intolerable tiny rooms and to patiently and in vain beg for crumbs like the reduced-rate ticket to public transit… We must assure to them as an absolute priority an income which enables them to finish their days in this dignity and this safety the

ments sociaux ont depuis longtemps établi le coût minimum.

minimum cost of which has long been established by social movements.

LES HOMMES SANS VOIX

C'est ainsi que nous abordons cette “clientèle privilégiée” que nous décrivions dans notre mini- manifeste de l'an dernier: "les plus démunis, ceux qui n'ont pas ou trop peu de voix pour se faire entendre ni de moyens pour se

protéger"

Cela comprend la

grande masse fragile des travailleurs non-organisés, dont l'union et la promotion à des conditions de travail et de salaire acceptables seront parmi nos principaux objectifs.

Cela comprend aussi, et avec une sollicitude toute particulière, les èclopés de la société: mères seules, orphelins ou abandonnés, handicapés physiques et mentaux, à qui nous devons nous faire un point d'honneur d'assurer le plus vite possible le rattrapage et le maximum de chance égale' qu'une société moderne est en mesure de leur procurer.

MEN WITHOUT A VOICE

It is in this way that we approach

this “privileged clientèle" that we described in our mini-manifesto of last year: “the poorest, those who have no or too little voice to be heard nor the means to protect themselves”… That includes the

great fragile mass of non- organized workers, whose unionization and advancement into acceptable working conditions and wages will be among our main objectives

That includes as well, and with a quite particular concern, the downtrodden of society: single mothers, orphans or the abandoned, the physically and mentally handicapped, to whom we must make it a point of honor to assure a remedy as quickly as possible and the maximum of equality of opportunities that a modern society is able to procure for them.

Là nous rejoindrons le noyau le plus profond et résistant de cette pauvreté qui est la maladie spécialement honteuse de notre collectivité. Ces existences marginales, ces milieux qu'on appelle pudiquement défavorisés, nous devons nous engager à leur fournir une véritable "péréquation" aussi bien en services qu'en ressources matérielles. Ce sera le cas en particulier dans le secteur de l'éducation, dans les quartiers de "bien-être" des grandes villes comme dans les districts éloignés où l'isolement condamne des générations successives au cachot du sous-développement et de la misère et où la plus justifiable des révoltes commence ici et là à se profiler à l'horizon.*

*Translator’s note: The book actually says “profiter”, which doesn’t make sense. If the word “profiler” is substituted, it means “loom on the horizon”, which does make sense. Therefore, “profiter” seems to be a typesetting error.

C’est là aussi, dans ces milieux que trop d'épreuves et de privations ont souvent enlisés dans une sorte de désespoir fermé et sans ressort, qu'on fera porter avec persistance mais aussi avec doigté et un respect jaloux de la dignité des personnes toutes les ressources de l'animation sociale dont la base essentielle et préalable doit être constituée par l'information.

There, we will reach the deepest and most resistant core of this poverty which is the especially shameful malady of our community. These marginal existences, these milieux we prudishly call underprivileged, we must commit ourselves to providing them with true “equalization” in services as well as in material resources. This will be the case in particular in the education sector, in the “socially assisted” areas in large cities as in remote areas where isolation condemns successive generations to the prison of underdevelopment and misery and where the most justifiable of revolts begins here and there to loom on the horizon.

It is there too, in these milieux,

that too many ordeals and

deprivations have often sunk into

a kind of dead-end despair without

exit, that one will persistently but tactfully and with a determined respect for the dignity of persons, bring all the resources of social animation, the most essential and preliminary basis of which must consist of information.

INFORMATION LIBERTÉ SENIOR CITIZENS

D'ailleurs, ce n'est pas seulement dans les milieux qui exigent des "soins intensifs", mais à tous les étages de la société, que se pose comme jamais le problème d'une information complète, honnête et cohérente. Si l'on doit

Moreover, it is not only in those milieux which require “intensive care”, but at every level of society, that the problem poses itself as never before, of complete, honest and coherent information. If one must

marcher d'un pas sûr vers une vraie démocratie, qui tende à l'égalité des hommes et à leur participation indi- viduelle et collective aux décisions qui les affectent, la première de toutes les conditions à remplir, c'est de rendre accessible et même de trouver le moyen de remettre à l'ensemble des citoyens cette source primordiale du pouvoir que sont l'information elle-même et les instru- ments de plus en plus puissants qui la recueillent, la diffusent et, plus souvent qu'à leur tour, se permettent présentement de la tronquer ou de la vicier.

En attendant de traiter ci-dessous de la réorganisation structurelle que l'indépendance nous fournira l'occa- sion d'amorcer dans ce domaine, nous tenons â réitérer et nous sug- gérons d'étoffer davantage l'engage- ment de notre programme en ce qui concerne le rôle de l'Etat. Ayant le devoir, comme nous l'avons soulig- né, de nous préoccuper constam- ment de l'expansion de la démocra- tie, l'État que nous mettrons sur pied devra donc faire la lumière systematicquement sur tous les aspects majeurs de son action dans tous les domaines, remplissant sur ce plan une véritable fonction d'édu- cateur permanent, stimuler le devel- oppement rapide de l'enseignement social et économique au niveau secondaire; et faire appel en com- plément aux "mass média'' en les amenant à mettre au moins autant de talent et d'ingéniosité à éclairer vraiment l'opinion sur les questions d'importance qu'ils en consacrent à tant de futilités. Car à notre époque plus que jamais, être informé, c'est être libre."

L'ÉTAT, SERVICE PUBLIC

Soyons plus spécifiques touchant la zone des décisions publiques. Pour que l'exercice du pouvoir y soit de mieux en mieux compris, afin qu'éventuellement tous en aient leur part, nous devons nous engager à rendre publiques toutes les pièces des dossiers le moindre- ment significatifs, tous les éléments d'information qui permettent d'éla-

borer les décisions d'ordre public; et ce avant la décision chaque fois qu'il sera possible, ou sinon dans les plus brefs délais. Nous sou- scrivons sur ce point au jugement que porte sur la fameuse tradition de "confidentialité" l'étude sur "la société de demain" que M. Gérald Fortin a faite pour la commission Castonguay-Nepveu: "On peut se

demander si cette règle

surtout utile aux hommes politiques

et aux fonctionnaires pour camoufler soit le manque de sérieux des études qui éclairent la décision ou encore les facteurs indus qui viennent influencer les décisions en faveur d'un groupe d'intérêts "

(p. 58) Est-il besoin

d'ajouter que c'est

particuliers

n'est pas

to step surefootedly towards a true democracy, which inclines to the equality of men and to their individ- ual and collective participation in the decisions which affect them, the first of all conditions to fulfil is to make available and even to find the means of giving to the whole of the citizens this paramount source of power which increasingly is information itself and the ever-more powerful instruments which collect it, disperse it and, more often than not, at present, which garble it and vitiate it.

Before we discuss below the structural reorganization that independence will provide us the occasion to commence in this domain, we would reiterate and we would suggest more fully fleshing out the commitment of our program with regard to the role of the State. Having the duty, as we emphasized, to be continually concerned with the expansion of democracy, the State that we will set up will have to systematically shed light on all the major aspects of its action in all areas, fulfilling from this point of view a true function of permanent educator, to stimulate the rapid development of social and economic instruction at the secondary level; and to call in aid the “mass media'' by bringing them to put at least as much talent and ingenuity into truly enlightening public opinion on questions of importance, as they devote to so very much that is irrelevant. Because in our era more than ever, to be informed is to be free.”

GOVERNMENT, PUBLIC SERVICE

Let us be more specific concern- ing the sphere of public decisions. For that exercise of power to be increasingly better understood, so that eventually all may have a share in it, we must begin to make public all documentation down to the least significant, all the elements of information which make it possible to work out public decisions; and this prior to the decision wherever possible, or if not, then as soon as possible. On this point, we subscribe to the judgment in the study on “The Society of Tomorrow” done by Mr. Gérald Fortin for the Castonguay- Nepveu commission, which bears on the famous tradition of “confidentiality”: “One can wonder whether this rule… is not above all useful to politicians and civil servants to camouflage either the lack of seriousness of studies on which a decision was based or again, the unjustified factors which come to influence decisions in favor of a particular group of private interests.” (p. 58) Is It necessary to add that it is

le second cas qui est surtout fréquent et préoccupant?

Pour ramasser en une seule image la perspective qui nous inspire, dans toutes ces étapes forcément graduelles vers une démocratie de vraie participation nous voyons le rôle d'un gouvernement comme celui du premier des "services publics". Le service public par excellence, chargé d'une besogne qui en définitive résume toutes les autres: celle d'amener l'organisation sociale et le niveau de vie à des paliers qui permettent un engagement croissant et fécond de citoyens sans cesse plus nombreux et compétents dans un développement collectif où chacun pourra s'épanouir en enrichissant du même coup notre patrimoine commun.

the second case which is especially frequent and alarming?

To express in a single image the outlook which inspires us, in all these inevitably gradual stages towards a democracy of true participation, we see the role of a government as being that of the primary “public service”. A public service par excellence, charged with a task which ultimately sums up all the others: that of bringing the social organization and the standard of living to levels which allow for the growing and fertile engagement of unceasingly more numerous and competent citizens in a collective development where each will be able to flourish while at the same time enriching our common patrimony.

CHAPITRE 4

la qualité de la vie

Au delà de toutes ces questions connues auxquelles, bien ou mal, les sociétés modernes se savent appelées à répondre, il est une vaste zone nouvelle de prospection, dont certains aspects sont déjà familiers alors que d'autres commencent seulement à se révéler, et qu'on peut ranger en vrac sous le thème global de la "qualité de la vie".

NOUS SOMMES TOUS CONSOMMATEURS

C'est particulièrement le cas du consommateur c'est-à-dire de chacun de nous — dont une amorce aussi tardive que timide de politique commence tout juste à reconnaître le besoin criant de protection contre les abus. Il nous faut sur ce plan songer à un véritable code des droits du consommateur, qui serait administré par un Office ou des représentants du public seraient munis d'un pouvoir réel et appuyés par un "parti pris" de l'État et de toute la population. C'est d'ailleurs une fonction à la fois si indiquée et si proche de la vie de chaque jour qu'on devrait au plus tôt l'étendre à l'échelle régionale, en attendant qu'elle puisse pénétrer dans chaque quartier et chaque village du Québec.

Restrictivement, cela s'enchaînerait sur un contrôle sévère de la publicité commerciale, laquelle devrait non seulement être soumise pleinement à l'impôt mais se voir interdire des abus flagrants comme la publicité destinée aux enfants et celle (de même d'ailleurs que la production et la vente) de produits nocifs ou abrutissants.

Dans le sens positif, il faudra considérer comme une urgente priorité l'appui le plus vigoureux au développement des "Cooprix" et des diverses formes de coopératives de

CHAPTER 4

quality of life

Over and above all these known questions to which modern societies are invited to reply well or badly, is a vast new zone of prospection, certain aspects of which are already familiar while others are just beginning to show themselves, and that one might categorize under the overall label of “quality of life”.

WE ARE ALL CONSUMERS

This is particularly the case of the consumer, which is to say, with each one of us — whose rather late and equally timid start at a grasp of the policy is just beginning to recognize the crying need for protection against abuses. In this respect, we must contemplate a bona fide code of consumer rights, which would be managed by an Office or by public representatives equipped with real power and supported by a Government position and by the whole population. It is moreover a function at once so obvious and so close to everyday life that one should extend it as soon as possible to the regional level, expecting that it can penetrate into every district and every village in Quebec.

Restrictively, this would be connected to a stern control of commercial publicity, which should not only be fully subjected to taxation but be prohibited from flagrant abuses such as advertising aimed at children and for physically or morally harmful products (whose production and sale should also be prohibited).

In a positive sense, the most vigorous support for the development of “Cooprix” and various forms of consumers’ co- operatives must be considered an urgent priority

consommation qui répondent à une des tendances les plus fécondes de la population québécoise — et nous ne voyons pas pourquoi nous refuserions d'aller même jusqu'à la distribution gratuite de certains produits essentiels, v.g. les médicaments, le lait.

TRAVAIL ET "LOISIRS"

Ce souci de la "qualité de la vie" nous amène également à prévoir des changements d'orientation dont certains sont déjà nettement nécessaires: ainsi faut-il dès maintenant proposer, face à la persistance malsaine et devenue "structurelle" du chômage ou du sous-emploi, l'abaissement de l'âge de la retraite â 60 ans pour tous ceux qui veulent s'en prévaloir et même sans doute à 55 ans avant bien longtemps.

De même, dans un contexte de "loisirs" qui devront être en réalité, de plus en plus, des formes de travail inédites ou naguère considérées comme "pas sérieuses", faut-il s'atteler sans délai à démocratiser et rentabiliser toute la gamme des activités culturelles et artistiques, et à mettre sur pied un vaste programme d'entraînement aux sports ainsi que rétablissement de sites et d'organisations de tourisme- vacances accessibles à tous les citoyens

LA NOTION DE CROISSANCE

Il y a, de plus, une prise de conscience et toute une recherche prudente mais intensive qui vont devoir bientôt s'amorcer autour de la notion même de croissance. Ce terme sacrosaint du vocabulaire socio-économique, toutes les sociétés modernes commencent à le remettre en question, car il en est venu â masquer trop de création artificielle, incontrôlée et potentiellement catastrophique, de "besoins" qui ne répondent en fait qu'à l'appétit inassouvible des appareils de production. Dans ce galop infernal, pour donner un seul exemple, aucune politique de revenu garanti ne pourrait jamais être appliquée avec la moindre chance de succès.

D'autre part, l'acuité sans cesse plus grande que prennent les problèmes de l'environnement, les ravages de la pollution, le degré croissant d"'anti-produit" que recèlent trop de développements anarchiques et foncièrement stériles, ne peuvent que nous acculer dans un avenir qui se rapproche à vive allure à une "révision déchirante'' de tout ce concept enraciné de la croissance.

Chose certaine, seul un Québec souverain sera en posses-

as these respond to one of the most productive tendencies of the Québec population — and we do not see why we would refuse to go even as far as the free distribution of certain essential products, i.e., drugs and milk.

WORK AND “LEISURE”

This concern for the “quality of life” also leads us to foresee changes of orientation, some of which are already definitely necessary: thus we must immediately propose, vis-à-vis the unhealthy persistence of unemployment or of under- employment that has become “structural”, the reduction of retirement age to 60 for all those who wish to take advantage of it, and even undoubtedly to 55 before too long.

Likewise, in the context of “leisure” which in reality must increasingly become,new forms of work at one time considered “frivolous”, we must without delay tackle the democratization and profitability of the whole range of cultural and artistic activities, and set up a vast program of training in sports as well as the re-establishment of tourism- holiday sites and organizations accessible to all citizens

THE CONCEPT OF GROWTH

There is, moreover, a developing consciousness and quite careful but intensive research which will have to start soon around the very notion of growth. This sacrosaint term of the socio-economic vocabulary, is starting to be put into question by all modern societies, because it has come to conceal the excessive artificial, uncontrolled and potentially catastrophic creation, of “needs” which only respond in fact to the insatiable appetite of the apparatuses of production. In this infernal gallop, to give just one example, no policy of guaranteed income could ever be applied with the least chance of success.

In addition, the ever-growing urgency that environmental problems are taking on, the ravages of pollution, the growing number of “anti-products" which harbor too many anarchistic and fundamentally sterile developments, can only drive us toward a fast-approaching future which draws us nearer to an “agonizing reappraisal '' of this whole ingrained concept of growth.

One thing is certain, only a sovereign Quebec would possess

sion des instruments requis pour les transformations qui seraient alors impératives et en mesure de faire appel aux énergies et aux réserves d'imagination qu'il faudrait déployer.

the instruments required for the transformations which would then be imperative and able to call upon the energies and reserves of imagination that would have to be deployed.

Cela dit, avant que d'avoir à réorienter la croissance, encore faut-il d'abord se doter d'une abondance suffisante et acquérir le contrôle adéquat de l'économie qui l'engendre.

That said, before having to reorient growth, still one must first equip oneself with a sufficient abundance and acquire adequate control of the economy which generates it.

CHAPITRE 1

CHAPTER 1

une économie à comprendre

L'économie du Québec n'est pas vraiment sous-développée. Elle a un caractère industriel très accusé et fournit la gamme des services que l'on trouve normalement dans les pays les plus avancés.

Le moteur de cette économie, Montréal, [est] un des plus grands centres économiques du nord-est de l'Amérique du Nord.

De plus, l'économie du Québec est très largement ouverte sur l'extérieur. Les exportations et les importations sont essentielles à son fonctionnement à un point qui n'est pas souvent dépassé dans le monde contemporain. En fait les exportations représentent près d'un tiers du produit national brut, et les importations sont à peu près équivalentes. (1)

Enfin, le niveau de revenus des Québécois, bien qu'inférieur à la moyenne canadienne, reste caractéristique de celui des pays du monde industriel.

Ces quelques constatations doivent faire comprendre que, toute nécessaire qu'elle est, la transformation de l'économie du Québec ne saurait s'inspirer des politiques économiques que peut suivre tel ou tel pays sous- développé. Ni le point de départ, ni la structure, ni l'acquis ne sont les mêmes. Quelles que soient les modifications que l'on peut vouloir apporter à notre économie, on ne doit jamais l'oublier.

LES GRANDS MAUX

Cela étant posé, il faut aussi constater que cette économie fonctionne très mal. Pour de multiples raisons.

C'est d'abord une économie vieillie dans plusieurs de ses secteurs les plus vitaux. Lorsque le revenu d'autant de travailleurs dépend de la capacité d'être compétitif

(1) Derniers chiffres disponibles, soit ceux de 1966.

an economy to understand

The economy of Quebec is not really underdeveloped. It has a pronounced industrial character and supplies the range of services that one normally finds in the most advanced countries.

The engine of this economy, Montreal, [is] one of the greatest economic centers of North-Eastern North America.

Moreover, the economy of Quebec is quite broadly open to the outside. Exports and imports are essential to its functioning to an extent not often surpassed in the contemporary world. In fact, exports represent nearly a third of the gross national product, and imports about the equivalent. (1)

Lastly, the income level of the Québécois, although lower than the Canadian average, is characteristic of that of countries in the industrialized world.

These few observations must make it understood that, as necessary as it is, the transformation of Quebec’s economy could not commence with economic policies that such and such an underdeveloped country can follow. Neither the starting point, nor the structure, nor the assets are the same. Whatever the modifications one might want to make to our economy, one must never forget this.

MAJOR AILMENTS

That being said, it should also be noted that this economy functions very badly. For a number of reasons.

It is first of all an aged economy in several of its most vital sectors. When the income of so many workers depends on the power to be competitive

(1) Most recent figures available, those of

1966.

sur les marchés extérieurs, le vieillissement devient une maladie critique. Les fermetures d'usines de papier, de produits chimiques, de vêtements, de textiles, de chaussures, l'effondrement d'une partie de l'agriculture, sont les résultats les plus visibles de cette sénilité industrielle.

C'est, en second lieu, une économie mal équilibrée. Elle n'a absorbé qu'en partie les grandes vagues de l'industrialisation mondiale de[s] 80 dernières années. La sidérurgie par exemple, ou la construction mécanique, s'y sont développées lentement, récemment et de façon partielle. Les industries légères de la première révolution industrielle (vêtement, textile, meubles, chaussures) y occupent encore une place anormalement importante dans un contexte moderne.

C'est, en troisième lieu, une économie complètement divorcée de la société sur laquelle elle s'appuie Même à l'époque du capitalisme libéral, la société canadienne-française n'a jamais produit les entrepreneurs locaux qui, un peu partout ailleurs, ont fourni les cadres de l’expansion industrielle. La quasi totalité des décisions économiques majeures ont été prises par des entrepreneurs et des intérêts financiers extérieurs à notre milieu. D'abord par le groupe canadien-anglais implanté à Montréal comme une caste étrangère, puis de plus en plus souvent par des intérêts américains qui achetaient les entreprises et auxquels ce groupe anglophone fournissait des gérants locaux commodes.

LES ROIS NÈGRES

Une mentalité de colonisé s'est donc maintenue au Québec bien après que les caractéristiques extérieures d'une économie coloniale eurent disparu. Dans ce sens, le Québec est, dans le monde contemporain, un "cas".

La manifestation la plus sérieuse de cette mentalité a été la façon de voir le rôle du gouvernement – quel qu'il soit et où qu'il soit. Les décisions étant presque toutes prises à l'extérieur de la société, tout gouvernement qui, au nom de cette société, prétendrait changer les règles du jeu, risquerait de choquer, de gêner ou même d'éloigner ces intérêts extérieurs. Ainsi nos "rois nègres" se sont-ils assurés en tout temps d'un comportement collectif qui servait leur ambitions modestes.

on outside markets, ageing becomes a critical disease. The paper, chemicals, clothing, textiles, and shoe factory shutdowns, the collapse of a part of agriculture, are the most visible results of this industrial senility.

It is, in the second place, a badly

balanced economy. It only partially absorbed the great waves of world industrialization of the last 80 years. The iron and steel industry for example, or mechanical engineering, developed here slowly, recently and only partially. Light industries of the first industrial revolution (clothing, textile, furniture, shoes) still occupy an abnormally large segment in a modern context.

It is, in the third place, an

economy completely divorced from the society which supports it. Even in the era of liberal capitalism, French-Canadian society has never produced the local entrepreneurs who, pretty much everywhere else, have supplied the executives for industrial expansion. The quasi totality of major economic decisions have been made by executives and financial interests external to our milieu. First of all by the English-Canadian group established in Montreal like a foreign caste, then more and more often by American interests which bought the companies and to whom this anglophone group provided convenient local managers.

THE NIGGER KINGS

A colonized mentality was thus

maintained in Quebec well after the external characteristics of a colonial economy had disappeared. In this sense, Quebec, in the contemporary world, is a “case”.

The most serious manifestation of this mentality was the manner of seeing the role of government – whatsoever and wherever it be. The decisions being almost all made outside society, any government which, in the name of this society, might claim to change the rules of the game, would risk shocking, obstructing or even driving away these outside interests. Thus our “nigger kings” ensured themselves at all times of collective behavior which served their modest ambitions.

A une époque où le gouvernement

est partout devenu le surveillant, le

régulateur et en fait le responsable du fonctionnement de l'économie,

cette attitude est sans doute la cause principale du retard à moderniser

et à réorganiser celle du Québec.

Dans ce sens, la politique économique de l'actuel

gouvernement québécois, basée sur

la quête des investissements

extérieurs, est la plus traditionnelle,

la plus ancienne, la plus classique

qui puisse s'imaginer.

Elle s'accompagne de la part du gouvernement fédéral d'un choix qui ne fait que confirmer, qu'accentuer même cette mentalité si soigneusement entretenue chez nous. En multipliant les régimes de subventions de tous ordres (péréquation au gouvernement, subventions d'investissement à n'importe quel genre d'entreprise même non viable, aux initiatives locales, aux intellectuels, aux étudiants), tout en agençant ses politiques économiques majeures dans le sens des intérêts de l'Ontario et de l'Ouest, le gouvernement fédéral dramatise encore l'impression d'impuissance des Québécois.

RÉACTIONS D'HIER ET D'AUJOURD'HUI

Notre société n'a pas été sans réagir

contre les politiques et l'état d'esprit dans lesquels on s'efforce ainsi de

la maintenir.

L'expansion du militantisme syndical a été historiquement la première et reste peut-être encore la plus forte de ces réactions. Le developpement prodigieux des formes d'économie coopérative, singulièrement dans le domaine de l'épargne, en a été une autre. La création d'entreprises publiques au cours des années 60, par des gouvernements qui cherchaient encore obscurément à s'adapter au XXe siècle, en est une troisième.

Ces trois formes de réaction ont un dénominateur commun: la volonté de rapatrier les centres de décision majeurs de l'économie et en les rapatriant, d'en modifier l'organisation.

Mais avant même d'avoir pu réaliser cette reprise en mains de ses centres de décision économique, condition fondamentale de l'émergence hors du colonialisme, le Québec a été frappé de plein fouet par le renouvellement des valeurs sociales qui, aux États-Unis et en Europe de l'Ouest, tend à remettre en question l'exercice du pouvoir politique et économique. On en arrive alors à vouloir implanter une idée de partici-

At a time when government every- where has become the supervisor, the regulator and in fact responsible for the functioning of the economy, this attitude is undoubtedly the main cause of the delay to modernize and reorganize that of Quebec.

In this sense, the economic policy of the current Québécois government, based on the quest for outside investments, is the most traditional, the oldest, and the most classic that one can imagine.

It is accompanied on the part of the federal government by a choice which does nothing but confirm, even to accentuate, this mentality so carefully maintained on our soil. By multiplying the types of subsidies of all kinds (government equalization, investment subsidies to any kind of even nonviable company, to local initiatives, to intellectuals, to students), while arranging its major economic policies according to the interests of Ontario and the West, the federal government continues to dramatize the impression of the impotence of the Québécois.

REACTIONS YESTERDAY & TODAY

Our society has not failed to react against the policies and the state of mind in which it was endeavored to thus maintain it.

The expansion of trade-union militancy was historically the first and remains perhaps still the strongest of these reactions. The extraordinary development of forms of the co-operative economy, singularly in the field of savings, was another. The creation of state enterprises during the Sixties, by governments which still obscurely sought to adapt to the XXth Century, is a third.

These three forms of reaction have a common denominator: the will to repatriate the major decision-making centres of the economy and in repatriating them, to modify its organization.

But even before having been able to achieve this recovery into its own hands of its economic decision centers, a fundamental condition for emergence out of colonialism, Quebec was struck by the renewal of social values which, in the United States and in Western Europe, tend to call into question the exercise of political and economic power. From there, one then manages to want to establish an idea of partici-

pation du citoyen québécois à des décisions qui se prennent à Toronto ou à New-York! Le cul-de-sac est inévitable, de même que les deux réactions possibles dès qu'on en prend conscience. Ou bien de s'engager dans la voie révolutionnaire: on brise le moule et on recommence. Ou bien de s'astreindre à sérier les problèmes:

on reprend d'abord le contrôle des centres de décision, puis on redonne au Québec le dynamisme économique qu'il lui faut, en même temps qu'on commence â modifier l'exercice du pouvoir.

Cette deuxième voie qui est évidemment la nôtre, exige comme première condition que l'indépendance soit faite, que sur cette base essentielle on construise une société responsable d'elle- même, puis que celle-ci évolue vers un ordre nouveau qui subordonne les objectifs économiques aux objectifs humains et sociaux. Mais on ne cherche pas à sauter les étapes. Et I'on refuse, en particulier, de tomber dans des chicanes dialectiques où I'on classifierait l'indépendance comme un objectif "petit bourgeois", la modernisation du gouvernement comme une forme de capitalisme d'État, et la révolution sociale comme la forme moderne du gauchisme. De telles oppositions nous émietteraient sûrement en chapelles et condamneraient ainsi à l'impuissance tous les efforts pour construire un Québec vivable. Objectivement, elles constitueraient la plus solide assise du statu quo.

LES CONTRAINTES DE L'ACTION

Tout ce qui suit doit être compris à partir de notre option.

Ceux pour qui l'indépendance est un objectif absolu trouveront que nous reconnaissons peut-être trop l'interdépendance des peuples. Mais nous devons exporter pour prospérer. Cela implique des contraintes.

Ceux qui jugent qu'il faut, toutes autres affaires cessantes, constituer un État solide et doté de moyens puissants, devront se rappeler que nous avons collectivement raté le moment historique où les peuples modernes ont compris que la rationalité et la force des gouvernements étaient à la source du développement. En dépit de ce retard, et pour éviter de sombrer, nous devons faire une bonne partie de ce chemin, mais il faut en même temps pousser activement l'expérience de formes de vie communautaire qu'on n'entrevoyait même pas il y a vingt ans.

pation of the Québécois citizen in decisions which are made in Toronto or New York! The dead end is inevitable, as are the two possible reactions as soon as one becomes aware of it. Take the revolutionary route: break the mould and start again. Or, discipline oneself to list the problems: first, one retakes control of the decision-making centres, then one restores to Quebec the economic dynamism it needs, at the same time that one begins to modify the exercise of power.

This second way, which is obviously ours, requires independence as condition number one, so that on this essential basis one constructs a society responsible for itself, which then evolves toward a new order that subordinates economic objectives to human and social objectives. But one does not try to skip the steps. And one refuses, in particular, to fall into dialectical battles where one would classify independence as a "petit bourgeois" objective, the modernization of government as a form of State capitalism, and the social revolution as the modern form of leftism. Such oppositions would surely sever us into sects and thus condemn to impotence all efforts to construct a livable Quebec. Objectively, they would constitute the most solid anchor of the status quo.

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CONSTRAINTS ON ACTION

All that follows must be understood from the outset of our option.

Those for whom independence is an absolute objective will find that we perhaps overly acknowledge the interdependence of peoples. But we must export to thrive. That implies constraints.

Those who deem it necessary, all other business aside, to constitute a solid State equipped with powerful means, must recall that we collectively missed the historic moment when modern peoples understood that rationality and the might of governments were the source of development. In spite of this delay, and to avoid going under, we must travel a good stretch of this road, but it is necessary at the same time to actively encourage the experiment with forms of community life which one did not even foresee twenty years ago.

D'autre part, à ceux pour qui la participation, les centres de décision communautaires, la réorganisation du pouvoir traditionnel, représentent les objectifs les plus urgents, on doit aussi faire admettre qu'il y a des étapes à franchir entre la grande entreprise internationale et l'autogestion, et que la décentralisation des décisions recouvre pour le moment au moins autant de problèmes que de solutions. Il nous faut donc procéder avec une vigueur qui n'exclut jamais la lucidité.

Ce que nous proposons vise à marquer profondément le Québec, en lui donnant une impulsion prodigieuse et un nouveau sens de son avenir. Mais c'est en même temps un document de gouvernement. Nous croyons pouvoir réaliser ce que nous avançons. Nous voulons à la fois éviter les querelles de chapelles et le "gradualisme" de ceux qui, au fond, ne veulent rien changer d'important. Être radical et réaliste à la fois n'est jamais un exercice facile. C'est cependant le devoir fondamental d'un parti politique appelé à prendre le pouvoir et, par conséquent, à relever le défi de réorienter et humaniser l'économie nationale.

PREMIERS GRANDS OBJECTIFS

Un programme de politique économique, dans le cadre que nous venons d'esquisser, doit mettre autant d'accent sur l'organisation de l'économie que sur les objectifs eux-mêmes. Ce n'est pas tout, par exemple, de soutenir qu'il faut réduire le coût du bois au Québec si l'on veut sauver l'industrie papetière; on doit voir comment cela peut se faire et par qui. Ce n'est pas tout de suggérer que le Québec aura son propre réseau ferroviaire; il faut voir comment les installations du C.N. et du C.P. vont le constituer et qui va le contrôler.

Cependant, on ne refait pas l'organisation d'une économie sans affecter aussitôt l'organisation du pouvoir politique et de l'administra- tion gouvernementale. En tout cas pas à notre époque. Réorganiser une économie, c'est forcément susciter aussi de profonds change- ments sociaux. On ne modifie pas une structure fiscale, on n'adopte pas une politique de logement, sans que cela ne découle d'abord de l'idée que l'on se fait du mode de redistribution des revenus dans une société et de la compensation des charges familiales. Il n'est donc pas question d'esquisser une transfor- mation de l'économie québécoise sans indiquer clairement certains des choix politiques et sociaux qui nous guident.

In addition, to those for whom participation, community decision- making centres, and the reorganization of traditional power, represent the most urgent objectives, one must also admit that there are steps to take between the major international corporation and self-management, and that decentralization of decisions for the moment conceals at least as many problems as solutions. It is therefore necessary that we proceed with a firmness of purpose which never excludes lucidity.

What we are proposing aims to profoundly alter Quebec, by giving it an extraordinary impetus and a new direction for its future. But this is at the same time a document of government. We believe we have the power to carry out what we propose. We want at one and the same time to avoid the quarrels of factions and the “gradualism” of those who, at bottom, want to change nothing of importance. To be radical and

realistic at the same time is never an easy exercise. It is, however, the fundamental duty of a political party called to take power and, consequently, to take up the challenge to reorientate and to humanize the nation's economy.

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FIRST BROAD OBJECTIVES

An economic policy program, within the framework that we have just outlined, must put as much accent on the organization of the economy as on the objectives themselves. It is not enough, for example, to argue that it is necessary to reduce the cost of wood in Quebec if one wants to save the paper industry; one must see how that can be done and by whom. It is not enough to suggest that Quebec will have its own railway network; it should be seen how the C.N. and C.P. installations will be accounted for, and who will control it.

However, one does not refashion the organization of an economy without at the same time affecting the organization of political power and governmental administration. In any case, not in our era. To reorganize an economy is inevitably to also cause deep social changes. One does not modify a tax structure, one does not adopt a housing policy, without its first arising from the idea that one has of the mode of redistribution of revenues in a society and of compensation for family expenses. It is thus not a question of outlining a transformation of the Québécois economy without clearly indicating some of the social and policy options which are guiding us.

Mais il ne demeure pas moins que sur le terrain proprement économique nous devons nous fixer quelques objectifs généraux. Généralité qui ne diminue en rien leur caractère concret et essentiel. Ne pas les atteindre compromettrait gravement la possibilité d'une transformation sérieuse de la société.

LE CHÔMAGE

En premier lieu, il faut ramener le chômage à un niveau beaucoup plus faible que celui que nous connaissons depuis quinze ans. Il faut, en particulier, rompre la règle en vertu de laquelle le Québec a invariablement deux fois plus de chômeurs que les autres centres industriels de l'Amérique du Nord.

Dans une économie aussi liée au commerce extérieur que la nôtre, ce serait de la démagogie que de promettre la disparition absolue du chômage. Nous pouvons, cependant, nous fixer un certain nombre d'objectifs réalistes pour corriger l'inadmissible condition de notre marché du travail.

Les statistiques telles qu'elles sont actuellement établies, c'est-à-dire à un jour donné de chaque mois, révèlent deux aspects distincts:

d'une part le niveau du chômage par rapport à la main-d'oeuvre totale, et d'autre part le nombre de semaines ou de mois pendant lesquels les chômeurs sont demeurés sans emploi.

Etant donné la façon dont le relevé statistique est ainsi fait au cours d'une même journée, le chômage ne sera jamais égal à zéro. Ce jour-là, en effet, des étudiants se cherchent un emploi, des femmes mariées déclarent qu'elles veulent travailler, un ouvrier qui a peut-être quitté un emploi saisonnier en cherche un autre. II est donc et sera toujours normal que subsiste un certain chômage statistique.

Mais nous devons faire en sorte:

que le taux du Québec rejoigne au plus tôt celui d'autres régions industrielles d'Amérique du Nord, c'est-à- dire que le niveau actuel du chômage soit réduit au moins de moitié;

que l'on coordonne étroitement les emplois qui s'ouvrent et ceux qui sont abolis, tout en assurant la mobilité de la main-d'oeuvre, afin que personne ne soit plus condamné à croupir dans le chômage. Si au cours

But it remains nonetheless that on properly economic grounds we must lay down some general objectives. A generality which does not diminish their concrete and essential character in any way. Not to achieve them would severely compromise the possibility of a serious transformation of society.

UNEMPLOYMENT…

In the first place, it is necessary to bring unemployment to a level much lower than that which we have known for fifteen years. It is necessary, in particular, to break the rule by which Quebec invariably has twice the number of unemployed as the other industrial centers of North America.

In an economy like ours which is so linked to external trade, it would be demagogy to promise the absolute disappearance of unemployment. We can, however, set for ourselves a certain number of realistic objectives to correct the unacceptable condition of our job market.

The statistics, as they are currently established, which is to say, at a given day of each month, reveal two distinct aspects: on one hand, the level of unemployment compared to total labor, and on the other hand, the number of weeks or months during which the unemployed are without jobs.

Given the way in which the statistical statement is thus made in the course of the same day, unemployment will be never equal zero. On that day, students will be seeking employment, married women will declare that they want to work, a laborer who perhaps left seasonal employment is looking for another similar. Thus, a certain statistical unemployment is and will always be normal.

But we must see to it:

that the Quebec rate reaches that of other industrial areas of North America as soon as possible, i.e. that the current level of unemployment be reduced by at least half;

that we closely coordinate job openings and closures, while ensuring labor mobility, so that nobody is condemned any more to stagnate in unemployment. If, in the course

de l'été, par exemple, le taux de chômage est de deux pour cent, un tel chiffre ne doit en définitive révéler que le passage normal d'un emploi à un autre ou une attente qui ne se prolonge pas.

Ces deux objectifs sont à la fois réalistes (en fait ils sont souvent réalisés ailleurs) et astreignants (ils impliquent une profonde transformation de la structure économique et du marché du travail).

LE NIVEAU DE VIE

En deuxième lieu, l'accroissement du niveau de vie doit être accéléré. Le Québécois s'est fait répéter pendant deux générations qu'il avait le second niveau de vie du monde. C'était faux il y a vingt ans; ce l'est encore bien davantage maintenant. Le vieillissement des structures économiques nous a fait reculer par rapport aux autres sociétés industrialisées. Une dizaine de pays du monde occidental ont déjà un niveau de vie supérieur à celui du Québec, où l'on sait par ailleurs que les francophones ont des revenus très inférieurs à ceux des anglophones

L'augmentation du niveau de vie implique nécessairement une augmentation de la production nationale. Mais il ne s'agit pas de n'importe quelle augmentation de production et pas davantage d'en permettre n'importe quelle répartition. Des priorités précises doivent apparaître, l'essentiel de l'effort portant sur la transmission de l'augmentation de revenus vers les groupes les plus défavorisés, vers la foule croissante de ceux qui sont tombés sous le seuil le plus élémentaire du minimum vital. Dans ce sens, la guerre au chômage est d'abord la guerre à la pauvreté. Et le relèvement du niveau de vie passe donc par le relèvement de ceux que le système actuel a relégués aux oubliettes.

LA DIMENSION RÉGIONALE

Soulignons, en troisième lieu, que la réduction radicale du chômage et l'accélération de la croissance ont une dimension régionale. Dans un territoire aussi grand que celui du Québec, l'économie des régions suit des chemins différents et souvent discordants. Croire que la mobilité de la main-d'oeuvre sera jamais suffisante pour "vider" une région relève du mythe. Une région ne se vide jamais. Elle peut perdre ses éléments les mieux formés, les plus dynamiques, mais elle ne disparaît pas. Elle présente simplement des problèmes économiques plus difficiles à résoudre.

of the summer, for example, the unemployment rate is two percent, such a figure should ultimately reveal only the normal passage from one job to another or a wait which is not prolonged.

These two objectives are at one and the same time realistic (in fact, they have often been achieved elsewhere) and demanding (they imply a deep transformation of the economic structure and job market).

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STANDARD OF LIVING…

Secondly, the increase in standard of living must be accelerated. The Québécois has told himself for two generations that he had the second highest standard of living of the world. That was false twenty years ago; and it is moreso, now. The ageing of the economic structures put us in retreat compared to other industrialized societies. A dozen countries in the western world already have a standard of living higher than that of Quebec, where it is known in addition that francophones have incomes much lower than those of anglophones …

An increase in the standard of living necessarily implies an increase in national production. But this is not about merely an increase in production, any more than it is about permitting the random distribution of the fruits of that increase. Precise priorities must emerge, the essence of the effort bearing on the transmission of the increase in incomes towards the most underprivileged groups, towards the increasing host of those who have fallen below the most elementary threshold of the vital minimum. In this sense, the war on unemployment is from the start a war on poverty. And the raising of the standard of living thus depends upon raising up those whom the current system has relegated to oblivion.

THE REGIONAL DIMENSION

Let us underscore, in the third place, that the radical reduction of unemployment and the acceleration of growth have a regional dimension. In a territory as large as that of Quebec, the economy of the regions follows different and often discordant routes. To believe that mobility of labor will ever be sufficient to wholly depopulate a region is a myth. A region is never completely depopulated. It can lose its most dynamic, best-formed elements, but it does not disappear. It simply presents economic problems more difficult to solve.

L'idée même de placer de telles régions "sur" le bien-être social, un peu comme le gouvernement fédéral tente de le faire pour le Québec tout entier, ne peut qu'aggraver les problèmes et accentuer les crises. Les gens de Cabano ou de Sainte- Paula ne s'insurgent pas contre les prestations d'assistance sociale ou les programmes d'initiatives locales, mais bien contre l'absence révoltante de travail permanent et bien rémunéré.

Le relèvement de l'économie du Québec doit donc prendre aussi la forme d'une politique de développement régional. Il ne faut surtout pas s'imaginer que c'est là une opération facile. Pour rendre l'économie du Québec compétitive sur les marchés internationaux, il faudra poser des gestes qui feront disparaître des entreprises ou des activités peu rentables et mal assises. A l'opposé, le relèvement de certaines régions amènera la tentation d'y faire justement apparaître de ces entreprises peu rentables mais qui présentent l'avantage de faire travailler la population locale. Ce ne sera pas le moindre de nos défis que d'avoir à déconcentrer systématiquement certaines activités, tout en résistant à cette tentation des solutions faussement faciles.

On nous dira que les trois objectifs généraux qu'on vient de décrire sont ou devraient être ceux de tous les partis politiques et de tous les gouvernements. C'est certain. Les problèmes qui rendent ces objectifs évidents sont tellement sérieux, visibles, connus, que personne ne peut les éviter.

Encore faut-il disposer des instruments nécessaires et d'un programme coordonné de reconstruction économique qui ne peut être que l'aboutissement d'un Plan. Or, comme nous l'avons déjà souligné et y reviendrons dans un autre chapitre, un Plan économique sérieux est impensable sans l'indépendance.

ON N'AURAIT NI ASSEZ DE FONDS PUBLICS?

Avant d'aborder dans le détail les politiques économiques que nous proposons, nous devons noter deux des objections que ne cessent d'agiter des groupes conditionnés par plusieurs générations d'impuissance.

Even the idea of placing such regions “on” social assistance, a bit like the federal government tries to do for the whole of Quebec, can only worsen the problems and accentuate the crises. The people of Cabano or Sainte-Paula do not rebel against social assistance payments or local initiative programmes, but against the revolting absence of permanent, well paid work.

The revitalizing of the Quebec economy must thus also take the form of a regional development policy. Above all, it must not be thought that this is an easy operation. To make the Quebec economy competitive on interna- tional markets, actions must be taken which will cause companies or unprofitable and poorly based activities to disappear. On the other hand, the revitalization of certain regions will bring with it the temptation to resort precisely to these not-so-profitable companies, which, however, have the advantage of putting the local population to work. It will not be the least of our challenges to have to systematically decentralize certain activities, while resisting the temptation of deceptively easy solutions.

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Some will tell us us that the three general objectives just described

are or should be those of all political parties and of all governments. That is certain. The problems which make these objectives obvious are so serious, visible, known, that nobody can avoid them.

Again, one must have at one’s disposal the necessary instruments and a coordinated program of economic reconstruction which can only be the result of a Plan. However, as we have already emphasized, and will return to in another chapter, a serious economic Plan is unthinkable without independence.

NOR WOULD THERE BE ENOUGH PUBLIC FUNDS?

Before broaching in detail the economic policies which we propose, we must take note of two of the objections which groups conditioned by several generations of impotence never cease to raise.

Deux masses d'argent sont essentielles pour le fonctionnement normal d'une économie. Il faut d'abord que les ressources fiscales permettent d'assurer les services publics et laissent à l'État les moyens d'une politique originale. Il faut ensuite que l'épargne soit suffisante pour financer un haut niveau d'investissement dans l'ensemble de l'économie.

L'État n'a pas à couvrir toutes ses dépenses par l'impôt. Il peut se permettre d'emprunter. Mais les besoins d'emprunt ne doivent pas dépasser les bornes de ce que les marchés monétaires et financiers peuvent fournir, sans quoi l'on risque un recours massif à la création de monnaie et donc â l'inflation.

De même, une économie peut de temps à autre investir plus qu'elle n'épargne en obtenant des capitaux de l'étranger. Mais cette entrée de capital ne doit être qu'un appoint, jamais la base même du develop- pement ni l'origine des activités économiques les plus importantes.

De ces deux points de vue, l'économie du Québec est paradoxale. On y fait apparaître artificiellement des pénuries qui tiennent non pas à l'insuffisance des impôts qui y sont payés ni à celle de l'épargne qui s'y accumule, mais à la façon dont ces sommes sont canalisées.

Le Parti Québécois a souvent dénoncé les gaspillages ridicules que provoquent les querelles de juridiction auxquelles les gouvernements de Québec et d'Ottawa se livrent depuis des années. Il a souligné qu’elles économies découleraient de la concentration à Québec de tout le produit des impôts. L'argument a eu un tel impact sur l'opinion publique, le gaspillage est â ce point visible pour tous ceux qui veulent le constater, qu'au cours des dernières élections québécoises le Parti Libéral fédéral s'est senti forcé de répondre par l'inconcevable bilan qu'était le pamphlet intitulé "Quoi de Neuf".

Des pressions incessantes se sont ensuite exercées sur M. Bourassa pour que, dés son arrivée au pouvoir, il rende publique l'évaluation faite par le gouvernement provincial du montant des impôts qui s'en va à Ottawa et de l'argent que les Québécois tirent en retour du gouvernement fédéral (pensions, allocations, salaires des employés du secteur public, péréquation, subventions de toutes sortes, contrats, etc.).

Il est alors apparu qu'au cours de cinq années consécutives, le Québec, selon une hypothèse de calcul, avait reçu

Two money masses are essential for the normal functioning of an economy. It is necessary initially that the tax resources make it possible to ensure the public services and leave in the State the means of an original policy. It is necessary then that savings be sufficient to finance a high level of investment in the whole of the economy.

The State does not have to cover all its expenditure through taxation. It can be allowed to borrow. But needs for loans should not exceed the limits of what the financial and money markets can provide, without which one risks a massive recourse to the creation of currency and thus to inflation.

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In the same way, an economy can at one time or another invest more than it does not save by obtaining capital from abroad. But this entry of capital should be only a supplement, never the very basis of development nor the origin of the most important economic activities.

From these two points of view, the economy of Quebec is paradoxical. It has artificial shortages which are due not to the insufficiency of taxes paid, nor to that of accumulating savings, but to the way in which these sums are channeled.

The Parti Québécois has often denounced the ridiculous wastage provoked by quarrels over jurisdiction to which the governments of Quebec and Ottawa have given way for years. It has emphasized the savings that would result from the concentration in Quebec of all its tax proceeds. The argument had such an impact on public opinion, so visible is the wastage at this point for all who wish to see, that during the last Québécois elections, the federal Liberal party felt forced to reply with the inconceivable assessment which was their pamphlet entitled “Quoi de Neuf” [“What’s New?”].

Ceaseless pressure was then exerted on Mr. Bourassa so that upon his arrival in power, he would make public the assessment made by the provincial government of the amount of taxes that goes to Ottawa and of the money that the Québécois draw back from the federal government (pensions, allowances, wages of public-sector employees, equalization, subsidies of all kinds, contracts, etc.)

It then appeared that for five consecutive years, Quebec, according to one hypothetical calculation, had received

juste autant qu'il avait payé, et que selon une autre hypothèse, it avait perdu deux cents millions de dollars par an.

just as much as it had paid, and that according to another hypothesis, it had lost two hundred million dollars per annum.

Ce qui donne une force singulière à l'argument du Parti Québécois Si nous reprenions le contrôle des 7.5 milliards d'impôt que nous versons aux deux gouvernements, la suppression des doubles emplois et une diminution des sommes consacrées à la Défense nationale dégageraient 600 ou 700 millions de

Which adds singular force to the argument of the Parti Québécois. If we were to take back control of the 7.5 billion in tax which we pour out to both governments, the suppression of dual employment and a reduction in sums devoted to National Defence would release 600 or 700 million dollars per annum,

dollars par an, compte tenu du maintien au coût actuel de toutes les pensions et subventions et de tous les services publics existants.

taking into account maintenance, at the current cost, of all pensions and subsidies and of all existing public services.

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Il suffit de se rappeler que la totalité

It

is enough to recall that the totality

des investissements manufacturiers au Québec n'atteint pas encore un milliard par an, pour bien voir ce qu'une telle somme d’impôts rendus disponibles peut permettre de changer au Québec.

of manufacturing investments in Quebec does not yet reach one billion per annum, to clearly see what such a sum of taxes, made available, could permit to be changed in Quebec.

Il faudra d'ailleurs, d'ici un an, présenter un projet de budget du Québec indépendant, où apparaîtra clairement la fausseté de l’image que le gouvernement fédéral cherche à répandre, à savoir que la multitude de subventions versées aux Québécois leur viendrait de dons du reste du Canada. En fait, les Québécois se paient eux-mêmes cette soi-disant "charité" sans s'en rendre compte.

NI ASSEZ D'ÉPARGNE?

Le même phénomène joue du côté des capitaux privés. Beaucoup de Québécois croient, parce qu'on les a ainsi intoxiqués, qu'ils dépendent pour leur prospérité des capitaux du déhors. Puisque les décisions sont extérieures, les capitaux doivent l'être aussi. Rien n'est plus faux. Le contrôle des entreprises de New York ou de Toronto sur notre activité économique, c'est nous- mêmes qui le finançons en grande partie. Et quand ce n'est pas le cas, l'entrée de capitaux étrangers s'accompagne souvent de sorties de capitaux québécois. En fait, et singulièrement depuis quelques années, l’épargne québécoise représente une masse du même ordre que les investissements â financer.

Mais là encore, la façon dont ces capitaux disponibles sont gérés et canalisés nous empêche de nous en servir convenablement.

It will be necessary, moreover,

within the year, to present a draft budget for an independent Quebec, in which the falseness of the image that the federal government seeks to spread will clearly appear, which is to say, that the multitude of subsidies paid to the Québécois come to them as gifts from the rest of Canada. In fact, the Québécois themselves pay for this so-called “charity” without realizing it.

NOR ENOUGH SAVINGS?

The same phenomenon is at play with private capital. Many Québécois believe, because their minds have

been poisoned, that they depend for their prosperity upon outside capital. Since the decisions are external, so must also be the capital. Nothing is more untrue. The control of New York or Toronto companies over our economic activity is mainly financed by us. And when this is not the case, the entry of foreign assets has often been accompanied by outflows of Québécois capital. In fact, and in particular in recent years, Québécois savings represent

a mass of the same order as

investments to be financed.

But still, the way in which this available capital is managed and channeled prevents us from conveniently using it.

Un grand nombre de compagnies qui s'installent au Québec vont recevoir une subvention gouverne- mentale de 15, 20 ou même 25% du montant de leurs investissements. La moitié de la valeur du projet sera vraisemblablement assurée par une émission d'obligations en première hypothèque, vendues ici. La balance sera financée pour une part par les profits des premières années s'il y en a, couverts temporairement par un emprunt auprès d’une de nos banques, et pour le reste (et ce reste peut n'être que 10 ou 15 p.c. du montant total) par une mise de fonds directs de la société-mère. (1)

Une fois la compagnie en marche depuis quelques années, son expansion ne nécessitera même plus de transfert de la société-mère. Les profits accumulés à même notre marché suffiront pour couvrir le dernier 10 ou 15 pour cent nécessaire.

Mais la multiplication des succur- sales étrangères dans notre écono- mie a une autre conséquence: celle d'éliminer des bourses de valeurs mobilières les actions d'anciennes entreprises indépendantes absor- bées par ces intérêts extérieurs. Le détenteur québécois d'un porte- feuille d'actions n'a plus alors d'autre recours que d'aller à New York pour acheter des catégories de titres qui au Canada n'existent plus.

Cela a pris, dans le cas de fonds de retraite ou de fonds mutuels, l'allure d'une véritable épidémie. Une partie de l'épargne québécoise va donc se fondre à New York pour nous revenir sous forme de contrôle étranger.

Enfin, un nombre croissant d'institutions financières ont pris l'habitude de placer dans les autres provinces canadiennes une partie de l'épargne obtenue au Québec. Quand la Royal Trust en est rendue

à investir son fonds d'hypothèque (2)

à raison de 39 pour cent dans

l'Ouest, 37 pour cent en Ontario, 12 pour cent dans les Maritimes et 11 p.c. au Québec, on sait bien que rien ne va plus.

Bref de quelque côté que l'on aborde la question, on en arrive toujours à la même conclusion:

l'épargne est disponible, les capitaux ne manqueraient pas, mais ce sont le contrôle et la canalisation de ces capitaux qui nous échappent.

A large number of companies that

settle in Quebec will receive a governmental subsidy of 15, 20 or even 25% of the amount of their

investments. Half the value of the project will probably be ensured by

a bond issue in first mortgage, sold

here. The balance will be financed on the one hand by profits, if any, from the initial years, temporarily covered by a loan from one of our banks, and for the rest (and this remainder can only be 10 or 15% of the whole amount) by a direct placement of funds by the parent company. (1)

Once the company has been in operation for a few years, its expansion will not even require a further transfer from the parent

company. The profits accumulated even on our market will suffice to cover the final 10 or 15 percent necessary.

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But the proliferation of foreign branches in our economy has another consequence: that of elimi- nating from the stock exchanges the shares of former independent companies absorbed by these external interests. The Québécois holder of a share portfolio then has no other recourse but to travel to New York to purchase categories of shares which no longer exist in Canada.

In the case of retirement funds or

mutual funds, this has taken on a

truly epidemic pace. A part of Québécois savings will thus be melted down in New York to come back to us in the form of foreign control.

Lastly, a growing number of financial institutions have acquired the habit of placing in the other Canadian provinces a part of the savings obtained from Quebec. When Royal Trust is brought to invest its mortgage funds (2) at a rate of 39% in the West, 37% in Ontario, 12% in the Maritimes and 11% in Quebec, one very well knows that nothing is working any more.

In short, from whatever side one

approaches the question, one always arrives at the same conclusion: savings are available, there is no lack of capital, but it is

the control and the channeling of this capital which escapes us.

Et on remarquera qu'au cours de ces années, les subventions gouvernementales n'étaient qu'une faible fraction de ce qu'elles sont maintenant.

And it will be noticed that during these years, governmental subsidies were only a small fraction of what they are now.

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(1) Le rapport Gray estime que, de 1960 à 1967, l'entrée de capitaux étrangers pour le financement des filiales établies au Canada n'a pas dépasse 19 pour cent des sommes investies dans ces filiales.

(1) The Gray report estimates that, from 1960 to 1967, the entry of foreign capital to finance subsidiaries established in Canada did not exceed 19 percent of the sums invested in these subsidiaries.

(2) "Fonds M"

(2) “M Funds”

NI ASSEZ D'HOMMES?

Quant â l'argument selon lequel le Québec n'aurait pas les hommes nécessaires pour organiser et conduire les rouages de son économie, on pourrait en rire si l'on ne constatait pas à quel point il effraie ceux qui déjà sont si bien convaincus de notre impuissance collective.

Depuis vingt-cinq ans, le Québec est exportateur de personnel technique et professionnel francophone tout en demeurant importateur de personnel technique et professionnel anglophone. Les géologues, les sidérurgistes, les spécialistes du génie nucléaire ou de l'aéronautique qui sont sortis de la société francophone ont dû souvent faire l'essentiel de leur carrière à l'étranger. Mais les sièges sociaux des compagnies dites "nationales" installées à Montréal continuent d'importer des diplômés des Maritimes ou de l'Ontario. Le placement des diplômés francophones des CEGEP ou des Universités n'est plus un problème, c'est un drame. Ce n'est pas seulement le chômage qui les menace; c'est aussi le déclassement, c'est-à-dire l'accès à un emploi nettement inférieur à celui que leur formation leur permettait d'espérer.

Pas d'expérience. Evidemment. L'expérience vient avec les débouchés. Pas de débouchés, pas d'expérience. Mais si ces cadres sont bons pour l'étranger, ne le sont-ils pas pour nous? Faut-il condamner à l'exode ou à la révolte nos talents les mieux entraînés alors qu'on n'aurait qu'à s'ouvrir les yeux pour constater qu'aux plans de la formation, de l'éducation et de l'entraînement, le Québec est désormais entré dans le XXe siècle et devenu normal.

Qu'il n'y ait pas au départ le nombre de compétences requises dans chaque spécialité et pour chaque catégorie de postes? Sans doute. Qu'il soit encore nécessaire pendant quelque temps de recourir à certains spécialistes étrangers? Probablement.

Mais l'essentiel est en place. Et si le Québec ne l'absorbe pas convenablement, il va connaître une émigration autrement plus grave et coûteuse que les vieilles saignées du XIXe siècle.

Voilà pour le cadre. Entrons maintenant dans le détail des changements que nous proposons.

En nous efforçant jusqu'à la fin d'imprimer à cette démarche un caractère aussi précis et concret que

NOR ENOUGH MEN?

As for the argument according to which Quebec would not have the men necessary to organize and drive the wheels of its economy, this would be laughable if one had not noticed the extent to which it frightens those who are already so thoroughly convinced of our collective impotence.

For twenty-five years, Quebec has been an exporter of French- speaking technical personnel and professionals while remaining an importer of anglophone technical personnel and professionals. The geologists, the steelmakers, the specialists in nuclear engineering or aeronautics who exited French- speaking society often had to spend most of their careers abroad. But the so-called “national” head offices of companies installed in Montreal continue to import graduates from the Maritimes or Ontario. The placement of French-speaking graduates from the CEGEPs or Universities is no longer a problem, it is a drama. Not only does unemployment threaten them; but also downgrading, i.e. access to employment definitely inferior to that which their training led them to hope for.

No experience. Obviously. Experience comes with job opportunities. No opportunities, no experience. But if these executives are suitable abroad, are they not to us? Must we condemn our best- trained talents to exodus or revolt, whereas one only has to open one’s eyes to see that on the level of training, education and drive, Quebec, as of now, has entered the XXth century and become normal.

Will there not at first be a shortage in the required number of competences in every specialty and for every category of job? Undoubtedly. Will it still be necessary for a time to resort to certain foreign specialists? Probably.

But the essential is in place. And if Quebec does not absorb it suitably, it will experience a type of emigration much more serious and expensive than the old outflows of the XIXth century.

So much for executives. Now, let’s look in detail at the changes we propose.

While endeavouring always to imprint this step with as precise and concrete a character as

possible. Il faut sortir en effet, en matière économique tout particulièrement, d'une tendance trop répandue aux grandes abstractions sonores qui ont le don de mener fatalement de l'illusion des raccourcis miraculeux et des pseudo-solutions dogmatiques aux déceptions les plus cruelles et à la démobilisation des énergies.

Le programme du Parti Québécois évoque déjà, au moins en germe ou entre les lignes, bon nombre des mesures que nous essayons de cerner ici de façon plus nette et cohérente. On ne saurait exagérer l'importance de cet effort qu'il faut poursuivre systématiquement en vue de savoir comment prendre en mains puis réaménager — mais d'abord en la comprenant bien — une réalité économique dont les sommets nous ont toujours échappé.

possible. It is necessary to get over, in economic matters particularly, too widespread a tendency toward grandiose abstractions which have the gift of fatally leading from the illusion of miraculous shortcuts and dogmatic pseudo-solutions to the cruelest disappointments and to demobilization of energies.

The program of the Parti Québécois already calls into play, at least in potential or between the lines, a good number of measures which we are trying to set out here more clearly and coherently. One could not exaggerate the importance of this effort, which it is necessary to pursue systematically with a view to knowing how to take ourselves in hand and then to redevelop — but first by understanding well an economic reality whose heights have always escaped us.

CHAPITRE 2

CHAPTER 2

l'entreprise

C'est ici qu'on touche surtout du doigt la valeur inestimable du moment de l'indépen[d]ance.

Un pays apparaît – et toutes les entreprises qui étaient jusque là sous la juridiction d'autres gouvernements (celui d'Ottawa essentiellement) doivent s'incorporer au Québec comme sociétés distinctes et se soumettre en même temps aux nouvelles "règles du jeu".

A ce moment-là, plus qu'à n'importe quel autre, un peuple évolué peut déterminer comment fonctionnera son système d'entreprise. Par la suite, on viendra corriger le tir, préciser ou modifier l'orientation; mais au moment de l'indépendance, il faut déjà que soit clairement établie la feuille de route et que, pour un bon bout de temps, chacune des étapes à franchir soit clairement comprise par tous les agents de la vie économique.

Un gouvernement traditionnel, fédéral ou provincial, peut se contenter d'un certain empirisme et se laisser balloter indéfiniment par les circonstances.

L'indépendance ne permet pas ce genre de laissez-faire. On ne peut pas dire aux entreprises:

"On ne sait pas très bien où l'on va, mais attendez, on vous le dira à mesure que nos idées se clarifieront." Une telle incertitude serait plus dommageable pour l'investissement et tout le rythme de l'activité économique que l'affirmation, même brutale, de changements radicaux dans les structures et les politiques. Les entreprises, en concurrence les unes avec les autres, ont une remarquable faculté d'adaptation. Mais elles ont besoin de savoir à quoi elles doivent s'adapter.

UNE QUESTION DE TAILLE

Et d'abord, que faut-il entendre par entreprise? Le mot recouvre maintenant tellement de choses différentes qu'on ne saurait éviter d'en préciser le contenu.

h

67

the company

It is here above all that one puts the finger on the inestimable value of the moment of independence.

A country appears – and all the

companies which until then were under the jurisdiction of

other governments (that of Ottawa essentially) must incorporate in Quebec as distinct companies and be subjected at the same time to the new “rules of the game”.

At that moment, more than at any other, an evolved people can determine how its company system will function. Thereafter, one can adjust one’s aim to define or modify its orientation; but at the moment of independence, it is necessary that the road map already be clearly drawn up and that, for a good stretch of time, each of the stages to be crossed must be clearly understood by all agents of economic life.

A traditional federal or provincial

government can be satisfied with

a certain empiricism and allow

itself to be buffeted indefinitely

by circumstance.

Independence does not allow this kind of laissez-faire. One cannot say to the companies:

“We don’t really know where we’re going, but we’ll let you know as soon as we clarify our ideas.” Such uncertainty would be more detrimental to investment and to the whole rhythm of economic activity than even the brutal assertion of radical changes in structures and policies. Companies in competition with one another have remarkable adaptability. But they need to know to what they must adapt.

A QUESTION OF SIZE

And firstly, what must one understand by “company”? The word now covers so many different things that one could not avoid defining its meaning.

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Forme normale d'organisation économique dans le monde d'aujourd'hui, l'entreprise peut encadrer des nombres infiniment variés de travailleurs, du plus

petit jusqu'au plus grand. S'il est permis de voir un avantage social

à éviter la grande entreprise qui

risque toujours de déshumaniser

le travail, il faut reconnaître aussi

que la technologie moderne impose des formes de concentration et de gigantisme qu'on ne rejette pas sans sacrifier du même coup une partie du niveau de vie espéré ou déjà atteint. C'est ainsi, par exemple, qu'on peut bien songer théoriquement à implanter au Québec plusieurs petites aciéries au lieu d'une grande, mais les coûts de production seraient alors beaucoup plus élevés. On devrait renoncer à exporter de l'acier tout en se protégeant férocement contre les importations. Et ce qui vaut pour l'acier, vaut pour la majeure partie de l'industrie lourde

Dans d'autres secteurs, si rien n'interdit de multiplier de petites usines, on constate pourtant que pour qu'elles soient compétitives et dynamiques, elles devront relever d'une même entreprise de grande taille afin de disposer des ressources financières requises pour la recherche, le dévelop- pement, le marketing, etc.

The usual form of economic organization in the world of today, the company can structure an infinitely varied number of workers, from the smallest to the largest. If it is permitted to view as a social advantage the avoidance of the large corporation which always risks dehumanizing work, it should also be recognized that modern technology imposes forms of concentration and gigantism which one does not reject without at the same time sacrificing a part of the hoped-for or already attained standard of living. It is thus, for example, that one can quite theoretically think of establishing in Quebec a number of small steel-works instead of one large one, but production costs would then be much higher. One would have to give up exporting steel while savagely protecting oneself against imports. And what applies to steel, applies to the lion’s share of heavy industry…

In other sectors, if nothing forbids the multiplication of small factories, one takes note, however, that for them to be competitive and dynamic, they will have to be answerable to one large corporation in order to have the financial resources necessary for research, development, marketing, etc.

A

l'inverse, il est quand même

 

Conversely, there are nonetheless a number of sectors where indefinite growth in the size of companies hardly presents any true advantages. The economic utility of conglomerates (or “empires”) is perhaps obvious for the financiers who constituted them, but not for the community. All in all, the fact that one must be satisfied with only one steel-works does not extend absolutely to justifying at the same time the existence of

plusieurs secteurs où l'accroissement indéfini de la taille des entreprises ne présente guère d'avantages véritables. L'utilité économique des conglomérats (ou des "empires") est peut-être évidente pour les financiers qui les ont constitués, mais pas pour la collectivité. En somme, le fait qu'on doive se contenter d'une seule aciérie ne mène absolument pas à justifier du même coup l'existence de Power Corporation! S'il faut

Power Corporation! If

regional

 

unifier les

réseaux aériens

 

flight grids

must be unified,

 

régionaux,

 

il n'en découle pas

 

neither does it follow that it is

 

non plus qu'ils leur soient

 

advantageous for them to be the

 

avantageux de relever de la

 

concern of the management and

 

direction et du propriétaire d'une

ownership of a single insurance

 

compagnie d'assurance

 

company

Cette insistance sur la taille des entreprises – ou plutôt sur une certaine forme de taille – nous paraît importante, vu l'objectif qui découlera clairement de certaines de nos options: celui de réduire et dans bien des cas, de faire disparaître le contrôle étranger sur les entreprises québécoises.

Il faut éviter à tout prix que la

réaction contre la grande compagnie internationale ne dégénère en une réaction contre la grande entreprise en tant que telle.

Tout en reconnaissant que bien des activités économi-

.

This insistence on the size of companies – or rather on a certain form of size – appears to us to be important, considering the objective which clearly will ensue from some of our options:

that of reducing and in many cases, eliminating foreign control of Québécois companies.

At all costs, it should be avoided that a reaction against the large international company should degenerate into a reaction against the large company as such.

While recognizing that many economic activities

.

ques peuvent être fortement déconcentrées et que certains types de décision économiques peuvent et doivent être décentralisés (nous en donnerons des exemples plus loin), il faudra, dans maints secteurs dont nous reprendrons le contrôle, pousser bien plus loin qu'on ne l’a fait jusqu'ici la concentration et la taille des opérations. Dans un monde de concurrence féroce, la prospérité du Québec ne se conçoit pas autrement.

Bref, nous devons nous garder de faire une vertu de notre inaptitude traditionnelle à construire nous-mêmes de grandes entreprises.

Deuxième question fondamentale: qui contrôle et comment les décisions sont-elles prises?

De ce point de vue, il y a plusieurs types d'entreprises. Certaines appartiennent aux consommateurs des services ou des biens qu'elles produisent. On les appelle des coopératives, encore que le terme soit assez vaste pour recouvrir aussi bien les caisses populaires, expression la plus spectaculaire de l'économie communautaire, que la Sun Life, un des piliers du système capitaliste traditionnel.

D'autres entreprises sont essentiellement gouvernementales. Dans notre milieu, elles sont encore peu nombreuses et dans la plupart des cas, assez récentes.

Enfin, la plupart des entreprises existantes sont privées, classification générale comportant plusieurs types très différents: le cas de l'actionnaire unique qui est une compagnie étrangère; celui des entreprises à nombreux petits actionnaires qui n'interviennent jamais dans la gérance (les banques à charte par exemple), auquel cas il suffit de détenir 10 ou 15 pour cent des actions pour "mener" pratiquement toute l'affaire à sa guise. Notons aussi la foule de petites entreprises privées qui n'ont qu'une poignée d'actionnaires (famille ou associés).

LE SECTEUR MIXTE

Depuis quelques années, on s'est mis à voir les formules s'entremêler. Ainsi, les caisses populaires ont acheté des entreprises qui n'étaient pas des coopératives. De même, des capitaux gouvernementaux ont commencé à s'investir dans une foule d'entreprises officiellement privées. La Caisse de Dépôt, qui place l'argent de la Régie des Rentes, est devenue actionnaire – parfois le second ou même

can be strongly decentralized and that certain types of economic decision can and must be decentralized (we will give examples later), it will be necessary, in many sectors over which we will retake control, to push much further than has been done up to now the concentration and the size of operations. In a world of fierce competition, the prosperity of Quebec is viewed no other way.

In short, we must take care not to make a virtue of our traditional inaptitude for constructing our own large corporations.

Second fundamental question:

who controls and how are decisions made?

From this viewpoint, there are several types of companies. Some belong to the consumers of the services or goods which they produce. These are called co- operatives, although the term is vast enough to cover the caisses populaires -- the most spectacular expression of the community economy – as well as Sun Life, one of the pillars of the traditional capitalist system.

Other companies are primarily governmental. In our milieu, they are still very few and in the majority of the cases, rather recent.

Lastly, the majority of existing companies are private, of general classification comprising a number of quite different types:

the case of the single shareholder who is a foreign company; that of companies with many small shareholders who never intervene in management (charter banks, for example), in which case, it is sufficient to hold 10 or 15% of the shares “to control” practically the whole business as one wishes. We also note the host of small private companies which have but a handful of shareholders (family or associates).

THE MIXED SECTOR

For a number of years, one has started to see the formulas intermingling. Thus, the caisses populaires purchased companies which were not co-operatives. Similarly, governmental capital began to be invested in a host of officially private companies. The Caisse de Dépôt, which invests the money of the Régie des Rentes, has become a shareholder – sometimes the second or even

le plus gros - de prés de 200

compagnies canadiennes. La Société Générale de Financement et Soquem ont amorcé aussi, avec des succès divers, l'entrée de capitaux gouvernementaux dans des opérations économiques jusque là privées.

A partir d'un pôle clairement

communautaire (les coopératives d'épargne et de crédit) et d'un autre pôle clairement gouvernemental, deux formes nouvelles de capitaux entrent ainsi graduellement dans le champ de l'entreprise de type capitaliste.

Tout effort pour rapatrier les centres de décision et réorganiser notre vie économique devra tenir compte de ces deux pôles, mais sans négliger non plus l'apport de l'épargne individuelle. Une véritable transformation en profon- deur du système d'entreprise du

Québec ne commande pas du tout d'exclure la possibilité pour l'investisseur d'y trouver une place pour ses fonds. Il sera souvent nécessaire de se débarrasser d'un actionnaire étranger ou d'éliminer

le contrôle d'un "establishment"

financier, mais il ne s’ensuit pas qu'il faille éliminer aussi le capital- actions des petits épargnants.

A LA RECHERCHE D'UN NOUVEL ÉQUILIBRE

Par delà le mode de propriété

, on

doit encore évoquer le mode de gestion de l'entreprise. Singulièrement dans le cas des plus grandes, c'est bien connu, ceux qui gèrent sont rarement ceux qui possèdent. C'est la technocratie du "management ",

que d'aucuns baptisent désormais

la

technostructure

". Elle pose, à

certains égards, les mêmes problèmes que la technocratie de l'administration publique. Or, dans l'économie renouvelée que nous suggérons, il va falloir pousser très loin l'expérience de nouvelles formes de gestion et de prises de décision.

Au niveau du Plan que seul un Québec indépendant peut élaborer, il est entendu que les travailleurs, les consommateurs et les contribuables auront à participer à l'établissement des objectifs et des grandes lignes du développement. Mais cette

insertion dans la société, on devra

la retrouver aussi du côté des

entreprises, dans l'application de ce Plan. Nous reviendrons plus loin sur le rôle que peuvent remplir la gestion coopérative, la cogestion ou l'autogestion de plusieurs des champs d'activité économique, et qu'on chercherait vainement dans une admi-

the largest – of somewhere near 200 Canadian companies. The Société Générale de Financement and Soquem also began, with varied success, the introduction of governmental capital in economic operations which up to then had been private.

Starting from a clearly community pole (savings and credit co- operatives) and from another clearly governmental pole, two new forms of capital thus gradually enter the field of the capitalist-type company.

Any effort to repatriate the decision-making centres* and to reorganize our economic life will have to take account of these two poles, but without neglecting the contribution of individual savings, either. A true in-depth transforma- tion of the of the Quebec company system does not at all require excluding the possibility of the investor’s finding a place for his funds. It will often be necessary to get rid of a foreign shareholder or to eliminate the control of a financial “establishment”, but it does not follow that it is necessary to also eliminate share capital from small savers.

IN SEARCH OF A NEW BALANCE

Beyond the mode of property

, one

must still evoke company management style. Singularly, in the case of the largest, it is well- known, those which manage are seldom those which possess. It is the technocracy of “management”,

which nobody henceforth baptizes

the technostructure

". It poses, in

certain respects, the same problems as the technocracy of public administration. However, in the renewed economy that we suggest, it will be necessary to push quite far the experiment with new forms of management and decision making.

At the level of the Plan which only an independent Quebec can elaborate, it is understood that the workers, the consumers and the taxpayers will have to participate in the establishment of objectives and the broad outlines of its development. But this insertion

into the company must also be found on the companies side, in the application of this Plan. We will return later to the role that can be played by co-operative management, coadministration or self-management of a number of fields of economic activity, and which one would seek in vain in an

admi-

* A reference to the federal-provincial structure of Canada and the division of powers between Parliament and the provincial Legislatures

administration trop exclusivement centralisée sous l'égide de l'Etat.

Il va de soi, cependant, qu'en ajoutant aux instruments habituels d'intervention gouvernementale le développement graduel de nouvelles formes de gestion d'entreprises, nous partons à la recherche d'un équilibre entre les deux niveaux, recherche qui sera forcément longue, délicate et ardue. D'ailleurs, ce ne sera pas, loin de là, un problème purement québécois. Bien d'autres pays tâtonnent déjà dans la même voie.

LE RATIONNEMENT DE LA DEMANDE

Qu'elle soit étrangère ou nationale, privée ou publique, grande ou petite, l'entreprise garde en tout cas cette caractéristique fondamentale:

elle vend quelque chose, produit ou service, à des consommateurs. Et elle le vend à un prix qui doit normalement couvrir au moins les coûts.

Dans ce sens, l'entreprise rationne la demande. Elle la rationne par l'argent. Seuls consomment ceux qui peuvent en payer le prix.

Il n'existe en fin de compte que deux façons d'atténuer ce rationnement. La première, c'est d'établir un plancher au-dessous duquel ne doit descendre le revenu d'aucun citoyen. Amorcée par diverses formes de sécurité sociale, cette politique débouche sur le revenu minimum garanti et le relèvement systématique des salaires de ceux qui sont à la fois les moins protégés et les plus vulnérables des travailleurs. C'est cette perspective-là que, jusqu'à maintenant, notre programme a surtout explorée.

Mais il en est une autre, au moins aussi importante, que nous n'avons pas encore étudiée. Elle consiste à enlever au secteur de l'entreprise certains biens ou services pour en rendre l'offre moins chère ou même gratuite. Il revient alors au citoyen, à même sa contribution au budget de l'État, de financer le nouveau programme. S'il lui faut encore payer un prix comme consommateur, ce prix sera désormais proportionnel à ses revenus et non plus déterminé par le coût.

LA “SOCIALISATION” EN MARCHE

Les précédents ne manquent pas.

L'enseignement a été longtemps dispensé par des entre-

administration too exclusively centralized under the aegis of the State.

It goes without saying, however, that while adding to the usual instruments of governmental intervention the gradual development of new forms of management of companies, we leave to research a balance between the two levels, research which inevitably will be long, delicate and difficult. Moreover, it will not be far from it a purely Québécois problem. Many other countries are already grappling with it.

RATIONING OF DEMAND

Whether it be foreign or national, private or public, large or small, the company in any case posits this basic characteristic: it sells something, a product or a service, to consumers. And it sells it at a price which must usually at least cover the costs.

In this sense, the company rations demand. It rations it via money. Only those consume who can pay the price.

In the final analysis, there exist only two ways of attenuating this rationing. The first is to establish a floor below which the income of no citizen must fall. Initiated by various forms of social security, this policy leads to the guaran- teed minimum wage and the systematic raising of wages of those who at one and the same time are the least protected and the most vulnerable among the workers. It is this perspective, which our program has above all explored up to now.

But there is another, at least as important, that we have not yet studied. It consists in removing from the company purview certain goods or services to make of the offer less expensive or even free. It then comes down to the citizen, with his contribution to the budget of the State, to finance the new program. If he must still pay a price as a con- sumer, this price from now on willl be proportional to his income and no longer determined by the cost.

“SOCIALIZATION” ON THE MARCH*

There is no lack of precedents.

Teaching was for a long while dispensed by compa-

* It could also be “socialization in the marketplace”

prises. La santé aussi. Pas plus les exceptions consenties aux "pauvres" que les subventions gouvernementales ne changeaient vraiment la forme essentielle de l'opération. Aujourd'hui, ces entreprises traditionnelles ont à peu prés complètement disparu dans l'enseignement et la santé.

Rien n'interdit de se demander maintenant s'il faut garder le régime d'entreprise et de marchés dans bien d'autres secteurs et pour bien d'autres activités. Passons rapidement sur les médicaments dont la gratuité ou la quasi-gratuité devrait être assurée au plus tôt. De même pour les soins dentaires d'ailleurs. Ce qui découle logiquement des étapes déjà franchies dans le domaine des services de santé.

Mais il va falloir nous décider également à soustraire à l'entreprise et au marché une bonne partie du logement, en divorçant le loyer du coût de la construction, de celui de l'argent comme du prix du terrain.

La création de banques de sols dans les régions urbaines, la multiplication rapide des logements publics, une forme de loyer à la fois proportion- nelle au revenu et inversement proportionnelle au nombre des dépendants, tout cela n'est pas difficile à prévoir. Et c'est sûrement la seule façon d'accélérer la rénovation de nos quartiers les plus délabrés en même temps que le relèvement social des plus défavorisés de nos concitoyens.

Et l'assurance: quelle protection élémentaire doit-on considérer comme un service essentiel que toute société doit fournir à ses membres indépendamment de leurs revenus? Et si l'on fournit gratuitement le médecin, l'hôpital et le médicament par quel raisonnement baroque pourrait-on justifier l'enterrement ruineux?

Les changements qui s'opèrent petit à petit dans les techniques d'information et d'enseignement ne mèneraient- ils pas à l'appareil de télévision automatiquement incorporé au logement et considéré comme un service public au même titre que l'aqueduc et l'égoût? Et les villages de vacances? Et les terrains de camping?

Evidemment, tout cela ne peut se produire en même temps et il faut éviter de promettre électoralement la gratuité de tout un lot extravagant de biens et de services.

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