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Table des matières

Représentants régionaux Articles


DIVISION DE L’AFRIQUE DE L’EST
@ H.G. 100, Highlands, Harare, Zimbabwe
u Hudson E. Kibuuka 5 À la recherche d’une intelligence extraterrestre
100076.3560@compuserve.com
Un signal intelligent provient-il d’une cause naturelle ou d’un projet
DIVISION DE L’AFRIQUE ET DE L’OCÉAN
@ 22 Boite Postale 1764, intelligent ?
Abidjan 22, Côte d’Ivoire
u Japheth L. Agboka — Urias Echterhoff Takatohi
japhethlagboka@compuserve.com
DIVISION DE L’ASIE DU SUD 8 Régime sans viande :
@ P.O. Box 2, HCF Hosur,
Tamil Nadu 635110, Inde au-delà d’un assentiment intellectuel
u Justus Devadas
sudedn@vsnl.com La philosophie, la science et l’éthique fournissent-elles des arguments
DIVISION ASIE-PACIFIQUE NORD suffisants pour faire du végétarisme une obligation morale ?
@ Koyang IIsan, P.O. Box 43,
783 Janghang-Dong, Ilsan-Gu, Koyang City, — Mark F. Carr et Gerald R. Winslow
Kyonggi-do 411-600, République de Corée
u Shin, Dong Hee
nsdyouth@kornet.net 12 Les mariages mixtes dans l’Église adventiste
DIVISION ASIE-PACIFIQUE SUD Les mouvements de population à travers le monde et les moyens
@ P.O. Box 040, Silang,
Cavite, 4118 Philippines modernes de communication favorisent les fréquentations et les
u Oliver Koh
okoh@ssd.org
mariages interculturels et interraciaux. Que pouvons-nous apprendre ?
DIVISION EURAFRICAINE
@ P.O. Box 219, 3000 Berne 32, Suisse — Chantal J. Klingbeil
u Roberto Badenas
74617.1776@compuserve.com
15 L’éthique à l’époque postmoderne
DIVISION EURASIENNE
@ Krasnoyarskaya Street 3, Golianovo, Fondements branlants et prétentions cyniques : telle est l’éthique
107589 Moscou, Russie
u Heriberto Muller postmoderne.
hcmuller@esd-rda.ru
DIVISION INTERAMÉRICAINE — Raúl Kerbs
@ P.O. Box 140760,
Miami, FL 33114-0760, U.S.A.
u Carlos Archbold
74617.3457@compuserve.com Éditorial Livres
u Bernardo Rodríguez
Bernardo@interamerica.org 3 Rêveurs et visionnaires 28 The Ellen White Series (Knight)
DIVISION NORD-AMÉRICAINE
— José Vicente Rojas — Nancy Vyhmeister
@ 12501 Old Columbia Pike, 29 The God Factor (Ashton)
Silver Spring, MD 20904-6600, U.S.A. 4 Lettres — Kevin de Berg
u Don Hevener
donhevener@cs.com 30 Behind the Seen: God’s Hand in
u Richard Stenbakken Profils Esther’s Life… and Yours
74532.1614@compuserve.com 18 Floyd Murdoch (Lichtenwalter)
DIVISION DU PACIFIQUE SUD — Gary Krause — Wilma McClarty
@ Locked Bag 2014, Wahroonga,
N.S.W. 2076, Australie 20 Maria Lee
u Gilbert Cangy — Mary Wong Perspective
Gilbert_Cangy@SDASPD.adventist.org.au 31 Dieu en procès ?
u Nemani Tausere
Ckingston@adventist.org.au Logos — E. Edward Zinke
DIVISION SUD-AMÉRICAINE 22 Fondations
@ Caixa Postal 02-2600, — Gary B. Swanson Rapports d’activités
70279-970 Brasilia, DF, Brésil 34 Des étudiants aident leur
u Roberto de Azevedo and José M. B. Silva
Violeta@dsa.org.br
Pour votre information communauté en Amazonie
24 Le département de la Jeunesse et les — Ricardo dos Santos Faria
DIVISION TRANSEUROPÉENNE
@ 119 St. Peter’s Street, St. Albans, ministères sur les campus 34 Musiciens adventistes à Cuba
Herts., AL1 3EY Angleterre — Alfredo García-Marenko — Pedro Torres
u Paul Tompkins
74617.1257@compuserve.com
35 Rencontre d’étudiants africains
u Orville Woolford 25 Échanges en Inde
71307.1432@compuserve.com — Herbert Ogembo
UNION DE L’AFRIQUE DU SUD 35 Étudiants et professeurs construisent
@ P.O. Box 468, Bloemfontein 9300, une église en Ouganda
Free State, Afrique du Sud
u Jongimpi Papu — Hudson E. Kibuuka
papu@freemail.absa.co.za

2 Dialogue 14:2 2002


Éditorial
Rêveurs et visionnaires Ce journal international de foi, de pensée,
et d’action est publié trois fois par an
parallèlement en anglais, espagnol, français

D
et portugais par le Comité pour les
ans le passé s’enracinent nos rêves. Les rêveurs sont gens d’expérience et l’ex- étudiants et diplômés universitaires
périence est une puissance. À partir de leur vécu propre, ils savent, semble-t-il, adventistes (CEDUA) de la Conférence
générale des églises adventistes du
ce qui marche et ce qui ne marche pas. septième jour : 12501 Old Columbia Pike,
Les visions ont l’avenir pour cible. Les visionnaires n’ont pas encore eu une vie Silver Spring, MD 20904-6600 ; U.S.A.
bien remplie et ne s’encombrent guère du passé. Mais ils ont pour le futur des
VOLUME 14, NUMERO 2.
visions qui ont aussi leur puissance. Copyright © 2002 CEDUA. Tous droits
La difficulté surgit quand visionnaires et rêveurs ne s’entendent pas. Ellen Whi- réservés.
te a écrit : « Nous [les visionnaires] n’avons rien à craindre de l’avenir, sauf si nous
DIALOGUE affirme les croyances
oublions comment le Seigneur nous a guidés » dans le passé [attribut des rêveurs] fondamentales de l’Eglise adventiste du
(Testimonies to Ministers, p. 31). septième jour et soutient sa mission.
Aux yeux de certains adventistes, les jeunes sont l’Église de l’avenir, et ils doi- Cependant, les idées publiées dans Dialogue
sont celles de leurs auteurs et ne
vent attendre leur tour pour s’engager dans l’action au service de Dieu. Pourtant, représentent pas nécessairement celles des
nombre de celles et de ceux qui furent à l’origine du mouvement adventiste membres du CEDUA ou de l’Eglise
étaient des jeunes qui s’étaient sentis appelés à agir. Le Seigneur a prophétisé que, adventiste.
dans les derniers jours, il répandrait son Esprit saint et que rêveurs et visionnaires Comité de rédaction
joindraient leurs forces. Rédacteur en chef : Humberto M. Rasi
Quelle puissance n’est-elle pas alors engendrée, quand — sous l’intervention Rédacteur : John Fowler
Rédacteurs adjoints : Alfredo García-
catalytique de l’Esprit saint — la force de l’âge, de l’expérience et de la maturité Marenko, Richard Stenbakken
fusionne avec la vision, l’enthousiasme et l’énergie sans limite de la jeunesse ! Directrice de la production : Julieta Rasi
Tout tient à la façon dont se passe le regroupement. Il faut que des rêveurs pren- Consultants : James Cress, George Reid
Secrétaire de rédaction : Esther Rodríguez
nent part à l’élaboration des plans et projets, mais que les visionnaires s’en empa- Editions internationales : Julieta Rasi
rent pour les mener jusqu’aux limites que l’on n’a pas encore imaginées. Sur la Révision des manuscrits :
terre du Seigneur, dans le temps du Seigneur, dans les plans du Seigneur, tous ont Julieta Rasi (espagnol)
Corinne Hauchecorne (français)
leur place. Il est temps pour nous de connaître la puissance de notre regroupe- César Luís Pagani (portugais)
ment, de notre alliance au travail, de notre être ensemble sous les auspices du Saint- Correspondance :
Esprit. 12501 Old Columbia Pike
Silver Spring, MD 20904-6600 ; U.S.A.
Jésus nous a montré la voie. Il savait bien que Nicodème serait lent à marcher Téléphone : (301) 680-5060
vers son royaume, mais il lui fit une place. Il connaissait le zèle de Jean et de Jac- Fax : (301) 622-9627
ques, tout comme la rudesse et la hâte de Pierre. Il accueillit en son sein Marie- E-Mail : 74617.464@compuserve.com ou
rasij@gc.adventist.org
Madeleine et n’eut aucun mépris pour la veuve de Naïn. Marthe et Marie avaient
toutes deux un rôle à jouer, et si Lazare a marché en brandissant des branches de Membres du CEDUA
Président : Léo Ranzolin
palmiers, Simon a aidé Jésus à porter sa croix. Ensemble, disait Jésus, on peut y Vice-présidents : Baraka G. Muganda,
arriver. Il voyait au loin le royaume du futur. Son rêve et sa vision fusionnèrent, Humberto M. Rasi, Richard Stenbakken
engendrant la communauté chrétienne, à qui il confia le rêve de l’œuvre à achever Secrétaire : Julieta Rasi
Membres : John M. Fowler, Jonathan
et la vision de son retour à attendre. Gallagher, Alfredo García-Marenko,
L’heure est venue : c’est à nous de traduire la méthode du Christ en rêve et en Clifford Goldstein, Bettina Krause,
vision de plantations et de développement d’églises. Il faut que les adventistes, Kathleen Kuntaraf, Vernon B. Parmenter,
Gerhard Pfandl, Virginia L. Smith,
jeunes et vieux, se mettent ensemble. Il est bien possible que les plans des jeunes Gary B. Swanson
ne soient pas comme ceux des plus âgés. Il est bien possible que les plus âgés ne
pensent pas comme les jeunes. Mais quand des adventistes plus mûrs font des pro- DIFFUSION : Toute correspondance doit
être adressée au représentant de la région
jets et agissent, de concert avec de jeunes visionnaires, tous grandissent et devien- où réside le lecteur. Voir noms et adresses
nent autant d’instruments de l’Esprit saint pour le progrès de l’Église du Seigneur page 2.
et de sa mission.
ABONNEMENT : $US12 par an pour trois
Que commence avec nous tous ensemble l’accomplissement de la prophétie de numéros (voir page 11).
Joël : « Je répandrai mon Esprit…, je parlerai par des rêves à vos vieillards et par des
visions à vos jeunes gens. » (Joël 3.1) Des lecteurs de 113 pays du
monde ont écrit à Dialogue.

José Vicente Rojas, directeur


Ministères bénévoles, Amérique du Nord, www.hesaidgo.net

Dialogue 14:2 2002 3


Lettres
Des questions On discerne mal, dans les exemples (cas, par exemple, de Rahab), ou dont la foi
pertinentes que cite l’article, qui fut lésé par les actes vacillait (cas de Sarah), c’est de Jésus que
Dialogue m’impressionne ! Ce magazi- des deux sages-femmes israélites en Égyp- nous devons nous inspirer, lui qui n’avait à la
ne sert de forum pour débattre des ques- te (Exode 1.15-20) ou de Rahab à Jéricho bouche aucune « ruse » (1 Pierre 2.21-22).
tions pertinentes intéressant les jeunes (Josué 2). Tout au contraire, elles ont pro- Par ailleurs, dans les récits comme celui de la
adventistes du monde entier. Vous four- tégé la vie d’autrui et ont contribué à l’ac- prostitution de Tamar (Genèse 38), l’absence
nissez un service utile. Félicitations ! complissement des plans de Dieu pour de condamnation n’implique pas approbation
Floyd Greenleaf son peuple. Elles ont montré qu’elles morale.
Punta Gorda, Floride croyaient à la puissance du vrai Dieu. Ces Il faut savoir, pour finir, que toute violation
ÉTATS-UNIS femmes ont-elles violé le neuvième com- de l’éthique déterminée par Dieu provoque
mandement ? À qui ont-elles fait du toujours des dégâts spirituels (voir Genèse 3 ;
Idéal pour les chrétiens mal ? On trouve un autre exemple d’une Romains 6.23). D’ailleurs, les croyants ne doi-
qui réfléchissent même situation, dans 2 Samuel 17.20. La vent-ils pas rester « fidèles jusqu’à la mort »,
J’ai récemment pris connaissance de Bible ne condamne aucun de ces actes. quel que soit le prix à payer dans leur chair
Dialogue, qui m’a impressionné par l’ex- Pareillement, pendant la Seconde Guerre (Apocalypse 2.10) ?
cellence de son contenu. Chaque numé- mondiale, bien des gens ont risqué leur « [Seigneur,] donne-nous plus de foi ! »
ro nous donne des articles qui nous édu- vie pour cacher des Juifs persécutés et (Luc 17.5)
quent, nous inspirent et nous lancent de pour leur sauver la vie. Par moment, ces Ron du Preez
précieux défis. C’est la revue idéale pour gens ont été obligés de mentir. Auraient- Université de l’Union du Pérou
les chrétiens qui réfléchissent et veulent ils plutôt dû livrer ceux qu’ils proté- Lima, PÉROU
faire le lien entre leurs convictions enra- geaient ?
cinées dans la Bible et les questions com- Jean-Claude Magne Un cadeau particulier
plexes propres à notre époque. Seich, FRANCE Le groupe de culte estudiantin adven-
Valeriano Kataya tiste de mon université a organisé une
Benguela, ANGOLA Réponse de l’auteur : campagne d’évangélisation. Ces réunions
On peut penser que le neuvième comman- terminées, j’ai pris la décision de devenir
Dire la vérité : réflexions dement, pris isolément, n’interdit que la trom- un fidèle de Jésus et de me joindre à
supplémentaire perie susceptible de faire du mal. Mais quand l’Église adventiste du septième jour. Ce
L’auteur de « Doit-on toujours dire la on l’interprète en le remettant dans son con- jour-là, mémorable occasion, les respon-
vérité ? » (Dialogue 13:2) avance une in- texte, on arrive à une conclusion différente : sables du groupe m’ont offert un cadeau
terprétation des plus étroites de l’Écriture. En premier lieu, les rédacteurs de la Bible, particulier — un exemplaire de Dialogue.
Le neuvième commandement traite ainsi guidés par l’inspiration divine, ont vu dans ce Je suis maintenant un membre d’église
de l’expression de la vérité : « Tu ne porte- commandement l’interdiction de tout men- dûment baptisé, étudiant sérieux de la
ras pas de faux témoignage contre ton songe (voir Jérémie 7.9 ; Osée 4.2 ; Matthieu Bible, tout en poursuivant mes études
voisin. » (Ex. 20.16) La simple lecture de 15.19 ; Marc 7.21). afin d’obtenir mon diplôme d’ingénieur
ce passage indique que nous devons nous En second lieu, on peut donner de la ver- électricien. Dieu merci, ma vie a été re-
abstenir de mentir dans le but de nuire sion de cette loi en hébreu la traduction cor- nouvelée : nouveau centre d’intérêt, sens
ou de faire du mal à autrui. Il nous inter- recte suivante : « Tu ne mentiras pas au sujet nouveau et ambition nouvelle !
dit de mentir pour sauver le coupable ou d’autrui. » (Exode 20.16, English Revised Ver- Nkem Nnaji
pour condamner l’innocent — d’agir à sion, retraduit de l’anglais) Et voici ce qu’elle Université du Nigeria
l’encontre du grand commandement de prescrit, une fois réitérée : « Il ne faut pas vous NIGERIA
l’amour agape, de tromper quelqu’un ou mentir les uns aux autres. » (Lévitique 19.11,
de tricher à son détriment, d’abuser des ERV, retraduit de l’anglais) Pris ensemble, ces
autres pour en tirer profit ou pour éviter deux énoncés excluent toute forme de trompe- Écrivez-nous !
les conséquences de nos mauvaises ac- rie. Nous vous encourageons à exprimer vos
tions. Dans tous ces cas de figure, mentir En troisième lieu, lorsque Jésus a cité ce réactions et vos questions, mais limitez
est réellement un péché. commandement, il a catégoriquement décla- vos remarques à 200 mots. Adressez-les
ré : « Ne fais pas de faux témoignage » (Luc à Dialogue Letters : 12501 Old Comumbia
18.20), ne laissant aucune échappatoire au Pike ; Silver Spring, MD 20904-6600 ;
mensonge. Etats-Unis. Fax : 1-301-622-9627. E-mail :
En quatrième lieu, plutôt que d’imiter des rodrigueze@gc.adventist.org ou
personnages ignorants des lois du Seigneur rasij@gc.adventist.org. Si votre lettre
est retenue pour cette rubrique, il se
peut qu’elle soit modifiée pour des rai-
sons de clarté et d’espace.

4 Dialogue 14:2 2002


À la recherche d’une
intelligence extraterrestre
Urias Echterhoff Takatohi

L a recherche d’une intelligence extra-


terrestre (SETI = search for extraterres-
trial intelligence) implique un cer-
tain nombre de projets. Tous ont pour
objectif de trouver des indices d’intelli-
contrôler la nature elle-même. Ainsi, au
milieu du XIXe siècle, se développa
l’idée que le Dieu créateur n’était pas
nécessaire pour expliquer les phénomè-
nes naturels. Le cosmos est devenu la
gence extraterrestre grâce aux signaux réalité ultime. Dans cette conception
radio de l’espace. Le premier de ces pro- du monde, appelée naturalisme ou ma-
jets a été dirigé par le professeur Frank térialisme, la recherche d’une explica-
Drake, astronome et maintenant direc- tion de l’origine de tout sans référence
teur de l’Institut SETI. Le projet Phoe- à un Créateur était un besoin logique.
Un signal intelligent provient-il nix est le principal projet de l’institut, La recherche des origines a abouti à
avec un budget annuel de 4 à 5 millions la théorie sur la diversité biologique,
de dollars. Il utilise de grands télescopes qui finalement a mené à la publication
d’une cause naturelle ou d’un pour recevoir les signaux électromagné- en 1859 de l’Origine des espèces de Char-
tiques des étoiles proches comme le so- les Darwin. À peu près à la même épo-
leil, qui sont à moins de 200 années-lu- que, Pasteur aborda la question de l’ori-
projet intelligent ? mière. A côté de l’Institut SETI, d’autres gine de la vie expérimentalement, dé-
instituts de recherche travaillent sur des montrant que les idées anciennes de
projets similaires : SERENDIP (Recher- génération spontanée ne tenaient plus.
che des émissions radio extraterrestres Néanmoins, la conception naturaliste
des populations intelligentes et déve- voulait que la vie apparaisse par combi-
loppées proches), SETI@Home à l’uni- naison spontanée de substances chimi-
versité de Californie (Berkeley), ques suivant les lois physico-chimi-
Southern SERENDIP en Australie, le ques, sans intervention d’un agent
groupe SETI d’Harvard, et d’autres1. créateur intelligent. Ernst Haeckel, bio-
Pourquoi des scientifiques consa- logiste allemand, et Thomas H. Huxley,
crent-ils tous leurs efforts à ces activi- partisan de Darwin, attendaient un pro-
tés ? Un rapide coup d’œil sur l’histoire cessus simple, car les cellules vivantes
de la pensée humaine peut nous per- n’étaient alors pas connues en détail.
mettre de comprendre. Jusqu’au XIXe Malgré l’optimisme du début, aucu-
siècle, la plus grande partie du monde ne théorie adéquate de l’origine de la
chrétien a cru que le cosmos et tout ce vie n’a été fournie, même si les manuels
qu’il renferme étaient le résultat de la de biologie citent toujours les hypothè-
création divine. Les scientifiques por- ses du biochimiste russe Oparin (vers
taient peu d’attention aux questions re- 1930) et les expériences de Stanley
latives à l’origine de l’univers et de la Miller de l’université de Chicago (1952)
vie. comme des avancées dans cette direc-
Cependant, depuis le XVIIe siècle, les tion.
scientifiques ont découvert un ordre Bien que ces expériences ne parvien-
dans la nature qui pourrait s’expliquer nent pas à expliquer l’origine naturelle
par des lois générales, parfois exprimées de la vie, la position matérialiste suppo-
sous une forme mathématique précise. se une apparition de la vie sans l’aide
Ces lois et théories naturelles ont per- d’un Dieu intelligent. La théorie relati-
mis la prédiction de phénomènes et le ve à l’histoire de l’univers et de la Terre
développement de technologies pour veut que l’apparition de la vie sur la

Dialogue 14:2 2002 5


planète se soit produite assez tôt. (Selon dans la fréquence ou l’amplitude. Les quence en prenant les caractères par
cette théorie, l’âge de l’univers est de 10 projets actuels ne travaillent que sur la hasard est très différente. Chaque posi-
à 20 milliards d’années et celui de la recherche du signal approprié. La re- tion dans la séquence a 27 possibilités
Terre de 4,5 milliards d’années ; la vie cherche d’un message dans un signal, si (26 lettres et l’espace). Il y a donc une
serait apparue il y a environ 3 milliards on en trouve un, exigera une nouvelle chance sur 729 (27x27) d’obtenir la sé-
d’années.) Sachant qu’il y a 400 mil- instrumentation. quence caractérisée AB. Il y a 2740 (=
liards d’étoiles dans notre galaxie et Une autre question concerne la pos- 1,797x1057) séquences différentes de 40
que l’univers comprend environ 100 sibilité de comprendre le message. Si les caractères. (Le nombre 1,797x1057 est
milliards de galaxies, il paraît raisonna- extraterrestres sont capables de diffuser équivalant à 1797 suivi de 54 zéros !)
ble que beaucoup de ces étoiles puis- des signaux radio, ils comprennent pro- Ce nombre est si grand que nous ne
sent avoir des planètes comme notre bablement les principes fondamentaux pouvons guère en saisir la signification.
Terre sur lesquelles la vie a pu se déve- de la science et des mathématiques Il est plus de 600 fois plus grand que le
lopper, aboutissant à des civilisations pour élaborer un langage commun. nombre de tous les protons et neutrons
technologiques capables de diffuser des Depuis le début de cette recherche il de la Terre. Ainsi la séquence spécifique
messages radio. Ce raisonnement fondé y a 40 ans par Frank Drake, aucun si- faite de 40 caractères est l’une des
sur une conception naturaliste est la gnal convaincant n’a été trouvé. 1,797x1057 séquences possibles. Obte-
motivation se cachant derrière les pro- nir une telle séquence de cette taille en
jets SETI. Un succès de fiction prenant des caractères au hasard est
Carl Sagan, professeur récemment pratiquement impossible. Par expérien-
La méthodologie décédé d’astronomie et de science de ce, nous savons que de telles séquences
Plusieurs projets SETI recherchent l’espace de l’université Cornell, promo- caractérisées sont le résultat d’un plan
les signaux radio de bande de fréquen- teur enthousiaste de la science, a écrit intelligent.
ces étroite, avec une fréquence définie un roman, Contact3. L’histoire raconte En résumé, la recherche d’une intel-
comme les signaux radio ou vidéo. Les qu’un signal radio avec les caractéristi- ligence extraterrestre est en quête d’on-
sources naturelles d’ondes radio de l’es- ques adéquates venant de Véga, une des radio dont les caractéristiques sont
pace produisent généralement des si- étoile de la Lyre, à 26 années-lumière, a semblables à celles produites par les
gnaux dans une bande de fréquences été détecté. Son découvreur remarque émetteurs construits par les humains. Si
large, tandis que les émetteurs radio ou que le signal émet une longue séquence un tel signal est trouvé, l’étape suivante
de télévision présentent une fréquence de nombres premiers. Comme aucun sera d’y rechercher une complexité ca-
spécifique. Par analogie avec les ondes phénomène naturel connu ne génère ractérisée. En d’autres termes, les scien-
sonores, une station de radio ou de télé- de signaux avec une structure aussi tifiques sont à la recherche d’une émis-
vision émet une seule note comme la complexe et spécifique que les nombres sion radio extraterrestre qui pourrait
flûte, tandis que les sources naturelles premiers, les astronomes de cette fic- être reconnue sans équivoque comme
d’ondes radio produisent un son com- tion parviennent à la conviction que le produit d’un esprit intelligent.
me une chute d’eau. Des extraterrestres l’émission vient d’une source intelli-
intelligents, pense-t-on, devraient faire gente. Un succès non reconnu
des émetteurs radio semblables aux nô- Mais comment savoir si un signal Un grand progrès dans la connais-
tres. On attend aussi de tout être intelli- vient d’une cause naturelle ou d’un être sance biologique a été accompli dans la
gent, qui voudrait diffuser des ondes intelligent ? Le meilleur indice de phé- deuxième moitié du XXe siècle. De
électromagnétiques à travers l’espace, nomène planifié par une intelligence nombreux détails, autrefois impensa-
qu’il utilise une fréquence proche de est sa complexité caractérisée4. Pour com- bles, relatifs à la structure et au fonc-
1420 MHz2. Si un signal avec de telles prendre ce qu’est la complexité caractéri- tionnement cellulaires ont été décou-
caractéristiques est détecté, on devrait sée, considérons l’exemple suivant : verts au niveau moléculaire. L’une de
vérifier qu’il n’est pas de source humai- La séquence des deux premières let- ces découvertes est la molécule d’ADN,
ne, puisque nos radars, nos satellites de tres, AB, est caractérisée mais pas com- clé du stockage et du transfert de l’in-
communication et autres sources hu- plexe. formation dans le matériel génétique.
maines émettent de telles ondes. Une séquence aléatoire de 40 carac- Les molécules d’ADN ont deux brins
Si jamais le signal approprié est dé- tères telle que, GIV JFJMUUDWQC- complémentaires faits de quatre consti-
tecté, l’étape suivante sera de vérifier NTQVT NVXYALZFHMBHULVCXRTPF, tuants différents, nommés nucléotides,
s’il contient une information comme est complexe mais non caractérisée. dont les bases respectives seront repré-
les ondes radio venant de nos stations Cependant, la séquence RECHER- sentées par A, G, C et T. Une suite de
de radio ou de télévision. L’information CHE D’INTELLIGENCE EXTRATERRES- symboles peut être utilisée pour véhicu-
peut être introduite dans les ondes élec- TRE, est à la fois complexe et caractéri- ler un message comme dans un texte
tromagnétiques par de petites varia- sée. écrit. On peut se demander s’il est pos-
tions intentionnelles (modulations) La probabilité d’obtenir chaque sé- sible d’avoir un langage écrit avec seu-

6 Dialogue 14:2 2002


lement quatre symboles. des 3 milliards de bases connues pour physique, université de São Paulo) enseigne
En réalité, seuls deux symboles sont coder les protéines, la quantité d’infor- les sciences au Centre universitaire adven-
nécessaires pour stocker des données mation est renversante. tiste de São Paulo, au Brésil. E-mail :
écrites. Tout codage dans les ordina- Qu’est-il « écrit » dans ces « textes » UriasT.Acad.IAE@iae-sp.br
teurs est fait avec des suites de deux d’information génétique chez les êtres
symboles, 0 et 1. Le texte que vous lisez vivants ? Nous savons qu’ils renferment Notes et références :
a été originellement composé à l’aide toutes les instructions nécessaires au 1. SETI Institute, http://www.seti-inst.edu/
d’un ordinateur et utilise pourtant pres- fonctionnement d’un être vivant, dont Welcome.html ; What is SETI ? http://
seti.uws.edu.au/main/what.htm ; SETI
que 100 symboles imprimés différents. nous ne comprenons pas entièrement FAQ, http://www.space.com/searchforlife/
Comment cela est-il possible ? Des sui- la complexe « machinerie » biochimi- seti_faq.html ; Harvard
tes de 0 et 1 sont arrangées par groupes que. 2. F. Drake, Contemporary Radio Searches for
de huit. Puisque pour chaque position D’où vient toute cette information ? Extraterrestrial Intelligence, http://www.seti-
inst.edu/science/contemporary_radio.html
sur les huit on a deux possibilités, 256 Considérons cet essai que vous êtes
3. C. Sagan, Contact : A novel (New York :
(2x2x2x2x2x2x2x2) symboles diffé- en train de lire. Il a été produit par une Simon and Schuster, 1985 ; Mass Market
rents peuvent être codifiés avec des sui- intelligence — dans ce cas un humain. Paperback, 1997).
tes de deux symboles par groupes de Personne ne peut dire qu’un dispositif 4. L’expression « complexité caractérisée » a
huit comme dans l’exemple ci-dessous : automatique a choisi des caractères par été lancée par William A. Dembski dans
The Design Inference (Cambridge University
hasard pour composer ce texte ou qu’il Press, 1998).
11001010 01010010 10001011 y a un mécanisme naturel capable de 5. Functional and Comparative Genomics
11101101 01000101 10110111 mettre les lettres à la bonne place. Le Fact Sheet, http://www.ornl.gov/hgmis/
texte est assez complexe et caractérisé faq/compgen.html
Il en est de même pour l’ADN. Qua- pour qu’il soit déraisonnable de suppo-
tre symboles différents arrangés en ser qu’il est apparu par hasard ou par
groupes de trois peuvent définir 64 une cause naturelle non dirigée.
(4x4x4) « caractères » différents. S’il en est ainsi d’un simple essai
Combien de bases y a-t-il dans l’ADN comme celui-ci, cela est encore plus
qui codent toute l’information généti- vrai pour l’information génétique, bien
que d’un être vivant ? Le nombre des plus complexe et caractérisée que ce
bases est variable selon les espèces. Une texte, qui ne peut donc être attribuée
simple bactérie comme M. genitalium a qu’à une source intelligente. Si cet
580 000 bases dans son ADN. La bacté- agent intelligent ne peut être trouvé sur
rie E. coli a des séquences s’élevant à Terre, cela doit être une intelligence ex-
4 670 000 bases. La mouche du vinaigre traterrestre. Depuis le milieu du XXe
Drosophila a environ 165 000 000 de siècle, la biologie et la biochimie, dans
bases. Les humains ont des séquences leur recherche sur la base moléculaire Abonnement
d’ADN avec au total près de 3 milliards
de bases5. Le nombre de séquences dif-
de la vie, ont trouvé une indication
claire de l’existence d’une intelligence
gratuit pour
férentes pouvant être créées avec 580 extraterrestre. Néanmoins, la pensée votre faculté ou
000 bases est un nombre énorme qu’il naturaliste a tellement imprégné notre
est difficile de comprendre. Il peut être culture que cette réalisation n’a pas été université !
écrit 4580 000 = 6,2x10349 194. Pour écrire ce célébrée dans la communauté scientifi-
Aimeriez-vous que Dialogue soit dispo-
nombre il faudrait 349 195 chiffres. Te- que.
nible à la bibliothèque de votre faculté ou
nant compte du fait qu’un groupe de On n’a pas besoin de toute cette con-
université, afin que vos amis non adventis-
trois bases représente un caractère dans naissance pour parvenir à cette conclu-
tes puissent aussi le lire ? Prenez contact
l’alphabet biologique avec ses 64 sym- sion. Il y a longtemps, avant le début de
avec la ou le bibliothécaire, montrez-lui un
boles possibles, l’information généti- la science moderne, David écrivait à
exemplaire de la revue et suggérez-lui de
que de M. genitalium équivaut à un tex- propos de Dieu le Créateur : « C’est toi
demander un abonnement gratuit à Dialo-
te de 193 000 caractères. Ce texte, que qui as formé mes reins, qui m’as tenu
gue, en écrivant sa requête sur du papier à
vous êtes en train de lire, a un peu plus caché dans le sein de ma mère. Je te cé-
l’en-tête de la bibliothèque ou de l’institu-
de 11 000 caractères. L’information gé- lèbre ; car je suis une créature mer-
tion où elle se trouve. Nous nous occupe-
nétique d’un humain avec 3 milliards veilleuse. Tes œuvres sont des mer-
rons du reste !
de bases pourrait donner un texte d’un veilles, et mon âme le reconnaît bien. »
La lettre doit être adressée à : Dialogue
milliard de caractères. Cela équivaut à (Ps. 139.13,14)
Editor-in-Chief ; 12501 Old Columbia Pike ;
environ 100 000 textes comme celui-ci.
Silver Spring, Maryland 20904 ; U.S.A.
Même en ne tenant compte que de 5 % Urias Echterhoff Takatohi (doctorat en

Dialogue 14:2 2002 7


Régime sans viande : au-delà
d’un assentiment intellectuel
Mark F. Carr
et Gerald R. Winslow
L a consommation de viande et l’in-
dustrie qui l’alimente sont aussi no-
cives pour les humains que nuisi-
bles pour notre environnement, et le
végétarisme est sans aucun doute un
essentielles à l’homme. Diverses études
démontrent que l’incidence de certai-
nes maladies diminue chez ceux qui
cessent de manger de la viande4. Il en
est qui abordent cette question d’un
mode de vie bien supérieur. Mais en par- point de vue chrétien et estiment que le
ler en ces termes suffit-il à nous faire pas- végétarisme est le régime prescrit par
ser de la sphère de l’investigation scienti- Dieu en Eden. Pour eux, l’homme a été
fique à celle des valeurs morales ? Les créé de manière à s’épanouir sans avoir
arguments en faveur du végétarisme à consommer de viande.
La philosophie, la science et procèdent souvent ainsi, chantant les Toujours d’un point de vue chrétien,
louanges des effets bienfaisants d’un ré- un second argument repose sur le fait,
gime sans viande avant de poser des scientifiquement constaté, que le régi-
l’éthique fournissent-elles des problèmes d’ordre moral. me végétarien est meilleur pour la san-
Est-on moralement requis d’adopter té. Dieu ayant voulu que le Saint-Esprit
un régime végétarien ? élise domicile en nous (1 Corinthiens
arguments suffisants pour faire Eminent défenseur des droits des 3.16,17 ; 6.19,20), nous sommes tenus
animaux, Tom Regan a contribué à de vivre sainement. Si on comprend
élever au niveau de la morale le débat que le végétarisme est plus sain et que
du végétarisme une obligation sur ce que certains nomment le « vé- rien ne s’oppose à sa mise en pratique,
gétarisme éthique 1 ». Il croyait que il devient le régime moralement préfé-
son exposé de solides arguments amè- rable.
nerait ses lecteurs à choisir le végéta-
morale ? risme. « La plupart de ceux qui liront Les droits des animaux
cet essai, écrivit-il, sont des gens qui, Mêlant la terminologie des avanta-
si mes arguments sont bons, devront ges du végétarisme à celle des droits des
changer fondamentalement de mode animaux, certains auteurs insistent sur
de vie 2. » Comme tant d’autres, il ne les devoirs éthiques envers les ani-
voulait pas se contenter de plaider ef- maux5. Un élément de cette approche
ficacement la cause du végétarisme ; il est la prise de conscience des souffran-
avait plutôt l’ambition de changer la ces qu’ils subissent quand on les tue
façon de penser et de manger des pour les manger. On tient pour immo-
gens. On peut cependant se demander ral de provoquer de telles souffrances
si les thèses en faveur d’un régime ali- pour satisfaire des préférences alimen-
mentaire non carné ont assez de poids taires.
pour engendrer à la fois consente- Faisant le bilan de leurs recherches,
ment intellectuel et changement de Paul Amato et Sonia Partridge ont iden-
comportement. tifié onze raisons d’être végétarien. On
Y réfléchir implique de se pencher trouve en tête de liste le « souci de la
sur les arguments en faveur du végéta- souffrance animale ou la conviction
risme. Nous en avons retenu cinq3. que les animaux ont des droits6 ». Le
fait que le vocabulaire relatif aux droits
L’argument de la santé soit largement répandu et compris de
La recherche scientifique a montré tous rend cet argument facile à accep-
que les protéines animales ne sont pas ter. Mais les droits de milliers de vaches,

8 Dialogue 14:2 2002


poulets et cochons inconnus sont su- Gestion de la terre
bordonnés à l’appétit humain. Par
ailleurs, tant les fondements philoso-
Le principe de bonne gestion intègre
les préoccupations des moralistes envi-
Le clapissement
phiques que les applications pratiques ronnementaux et celles des militants du lapin
du concept de « droits » restent diffici- des droits des animaux. Abordant la
les à établir au profit des humains, en- gestion d’un point de vue chrétien, An- Quelques sapins majestueux domi-
core plus envers les animaux. drew Linzey incite à une transforma- naient la vieille cabane que nous obser-
tion radicale de l’interprétation que les vions attentivement. Paée, prêt à faire
Inquiétudes écologiques chrétiens’ont donnée jusqu’à présent feu, quand nous arrivâmes au coin de
Malgré tous les efforts de militants de leur rapport à la totalité de la créa- la cabane. Mon père était de l’autre
comme Jeremy Rifkin7 et Frances Moo- tion divine. Il s’attaque à la notion côté et, juste comme il entrait dans
re Lappe8, et en dépit du succès de leurs chrétienne traditionnelle qui veut que mon champ de vision, j’ai vu un lapin
ouvrages, seul un petit nombre sem- ce monde et tout ce qu’il contient qui bondissait vers les fourrés à la limi-
blent avoir changé de régime par souci n’aient été engendrés que pour l’édifi- te de la clairière. Rien n’aurait pu me
d’écologie. C’est ainsi que l’enquête cation de l’humanité. L’être humain de- distraire du petit animal sur lequel je
d’Amato et Partridge n’a trouvé que 5% meure unique au sein de la création, et me concentrais, le gardant en vue
de végétariens qui le sont devenus par cette unicité lui impose une obligation comme papa me l’avait appris. Il s’arrê-
souci de l’environnement9. D’ailleurs, particulière, celle d’assumer le rôle ta à la lisière même des fourrés. Je sa-
si les moralistes environnementaux exi- « d’espèce servante ». Mis au service de vais qu’il faudrait que je me rapproche
gent l’adoption de méthodes plus res- toute la création, les gestionnaires doi- pour être sûr de le toucher, ce que je fis
pectueuses des sols, ils ne font que rare- vent en prendre soin, tout comme Dieu tout doucement, mais avant que j’aie
ment référence au végétarisme en tant en prend soin. Se basant sur le concept vraiment réduit la distance qui nous sé-
qu’obligation morale. théologique d’un Dieu de souffrance, parait, tout était terminé. La carabine
Linzey proclame : « On ne saurait se de papa retentit en même temps que je
L’évolution sociale contenter d’une vision négative de ce vis le lapin s’effondrer. Mais à l’enten-
Nous mettrons dans cette catégorie qu’on doit faire pour endiguer la souf- dre clapir, j’ai su que papa ne l’avait
auteurs et points de vue favorables à un france dans ce monde. Il faut une vi- pas tué. Il clapissait avec une telle in-
changement sociopolitique. C’est une sion positive de la manière dont on tensité, de manière si aiguë, que nous
rubrique qui en recoupe d’autres. peut prendre en charge cette souffrance nous sommes tous trois précipités vers
L’ouvrage de Mme Lappe, par exemple, et la transformer par la puissance du l’endroit où il se tordait de douleur.
doit figurer dans plusieurs catégories. Saint-Esprit13. » Papa s’est penché, l’a saisi par les pat-
Songeons à sa préoccupation dans la Linzey insiste pour que les chrétiens tes arrière, l’a allongé sur le sol en po-
préface à l’édition revue et corrigée de s’obligent à dépasser la notion selon la- sant son pied sur sa tête et a tiré d’un
Sans viande et sans regret : « J’ai ressenti quelle Dieu souffre seulement lorsque coup sec. Du sang a coulé des narines
un doute encore plus profond. Quid de les hommes souffrent. Lorsque nous et de la bouche du lapin pendant que
l’impact [de ce livre] ? Quid de l’orien- aurons totalement admis le fait que son cœur faisait un dernier effort pour
tation que je suggérais aux gens de don- « Dieu souffre à travers toutes les créa- préserver sa vie d’animal.
ner à leur vie ? Les lecteurs de mon livre tures qui souffrent », nous serons Je suis certain que j’ai essayé, en
couraient-ils le risque de devenir à ce mieux à même d’accepter notre rôle de vain, de dissimuler le sentiment d’hor-
point intéressés, voire obsédés, par des gestionnaires14. Malheureusement pour reur qui s’était emparé de moi. Papa a
histoires de nuances diététiques qu’ils les partisans de cette conception de la dû le voir inscrit sur mon visage, puis-
en oublieraient ou en négligeraient le gestion de la terre et pour ceux de cha- que ses paroles ont alors révélé son
vrai message10 ? » (C’est nous qui souli- cun des autres arguments, le public ris- propre besoin de justifier devant ses
gnons.) Elle souhaitait montrer en quoi que de réagir en se contentant de dire : deux garçons ce qu’il venait de faire :
le régime individuel « met chacun de « Oui, mais... » « C’était le moyen le plus rapide de
nous en rapport avec les grandes ques- mettre fin à ses souffrances », dit-il.
tions de l’alimentation de l’ensemble Dépasser le « Oui, mais... » —Mark F. Carr
de l’humanité11 ». Chacun des arguments ci-dessus est
Dans la nouvelle édition revue et largement admis par les cercles philoso-
corrigée de son ouvrage, elle s’est sou- phiques comme parmi le public, mais le
ciée non seulement de proposer une nombre de ceux qui optent pour un à mastiquer sa côte de bœuf. S’il est vrai
manière plus simple de cuisiner et de mode de vie végétarien ne reflète pas que le végétarisme est sorti de sa margi-
manger, mais aussi de traiter de la « si- ces niveaux d’acceptation. On donne nalité d’il y a vingt ou trente ans, pour-
gnification politique et sociale » de nos son assentiment intellectuel à l’une ou quoi ses pratiquants ne sont-ils pas plus
choix alimentaires12. l’autre de ces thèses tout en continuant nombreux ? Et pourquoi ceux qui opè-

Dialogue 14:2 2002 9


rent ce changement, comme le montre vation émotionnelle afin d’évoluer vers de faire des choix difficiles, mais plutôt
l’étude d’Amato et Partridge, le font-ils un régime végétarien). la dynamique de leurs émotions qui
par compassion pour les animaux ? Sharon Bloyd-Peshkin critique de donne des résultats concrets.
nombreux groupes écologistes, affir- Elle a raison de remarquer que
Moralité, conviction et action mant qu’ils ont manqué de promouvoir « l’impact de la consommation de vian-
Les avocats du végétarisme savent le végétarisme de peur de perdre des de sur l’environnement est trop indi-
s’y prendre pour disséquer les problè- membres et des revenus. Ses observa- rect ». On ne se sent pas ému au point
mes moraux liés à la consommation de tions sur les dossiers auxquels les écolo- d’abandonner le régime carné quand
viande, mais quand on va plus loin et gistes préfèrent s’attaquer et sur leurs on attend à la caisse d’un hypermarché.
qu’on aborde la prescription d’obliga- méthodes illustrent que l’évolution Mais on peut l’être sous le coup du
tions et d’actes personnels, il faut tou- pratique vers un mode de vie végéta- spectacle des souffrances infligées aux
cher le cœur, qui est plus souvent que rien ne se fera que si les gens se sentent animaux de boucherie. « Il est plus pro-
l’intellect le lieu où naissent et résident motivés au plan émotionnel aussi bien bable qu’on s’indigne à propos de l’usi-
les vraies motivations au changement qu’intellectuel. En analysant pourquoi ne près de laquelle on passe en rentrant
de comportement. De bons arguments les groupes écologistes ne deviennent chez soi, [car] on voit la saleté qui
ne motivent pas nécessairement à pas végétariens, comme on pourrait s’y s’échappe de sa cheminée15. »
changer de mode de vie (voir les enca- attendre, Sharon Bloyd-Peshkin souli-
drés pour comprendre comment les gne que ce n’est point tant une argu- Hume et les mouvements
auteurs ont pu s’appuyer sur une moti- mentation solide qui persuade les gens du sentiment humain
Il n’y a rien de neuf à admettre que
l’émotion, plus que la raison, anime les
agents moraux que nous sommes. Au
Le plumage du faisan XVIIe siècle, David Hume en avait dé-
montré la réalité. Mais l’hégémonie du
Comme j’étais fier de mon calibre 12 ratèrent et il se dirigea tout droit vers l’en- rationalisme sur la moralité de la socié-
tout neuf ! Je me l’étais payé en travaillant à droit où j’étais accroupi. Je visai et tirai, juste té occidentale a entraîné un blocage
la récolte des haricots, car j’avais pour but quand il passait au-dessus de moi. Des plu- dans l’esprit des philosophes de cette
d’apprendre l’art du tir aux faisans, aux oies mes se répandirent dans tous les sens. Le culture : pas question pour eux de faire
canadiennes et autres « oiseaux de gibier » chien, accouru, ramena le plus gros mor- appel à l’émotion quand ils dévelop-
si abondants dans la vallée de la Willamette ceau de ce qui restait du faisan. Mon tir pent des arguments moraux — celui
de ma jeunesse. Mes parents semblaient l’avait presque fait exploser en deux, mais je qui s’y risquerait serait vite accusé de
convaincus qu’à 14 ans leur fils était mûr pouvais voir, dans ce qui restait, la blan- tomber dans la sentimentalité16.
pour cette activité. cheur éblouissante de son cou, les plumes Hume a refusé d’ignorer la force
Mes deux premières sorties, en compa- rouges et vert sombre de sa tête et la riche qu’exerce le sentiment sur la dimension
gnie de mon ami Bob, ne donnèrent aucun striation des longues plumes de sa queue. morale. C’est le sentiment, en fait, qui à
résultat. Malgré tous nos efforts et bien que Le frère de Bob jeta un coup d’œil à son époque était tenu pour la caracté-
les faisans de chez nous puissent être lents l’oiseau, déclara que ces restes ne valaient ristique unique, propre à l’être humain,
et bruyants quand ils prennent leur envol, pas la peine d’être rapportés à la maison et distinguant l’aptitude de ce dernier à
nous les manquions tous. Ce furent de lon- les jeta dans un entrelacs de mûriers. vivre selon la morale. Il s’agit du « sen-
gues marches par d’humides matins Voulant par bravade cacher ma décep- timent de désapprobation » qu’en tant
d’automne, ponctuées de rares moments tion, je pris une des longues plumes traî- qu’humains nous « ressentons inévita-
d’excitation lors de tirs malhabiles et vains. nant au sol et je la fichai dans ma casquette blement lorsque nous percevons la bar-
Mais un jour, nous partîmes enfin chas- de chasse. Plus tard, chez moi, je l’examinai barie ou la tricherie » et qui nous amè-
ser avec les « grands » — le frère aîné de longuement. Je ne parvenais pas à m’ôter ne à qualifier de criminels ou d’immo-
Bob et son ami. Apprentis que nous étions, de l’esprit l’image de cet oiseau coloré, qui raux de pareils actes. Hume insiste sur
Bob et moi reçûmes l’ordre d’aller nous ne demandait rien à personne et que j’avais le fait que les actions humaines ne dé-
poster à l’autre extrémité d’un champ et fait exploser sans raison valable. L’irrémé- coulent jamais d’une raison « froide et
d’attendre. Les deux autres, accompagnés diable imbécillité de cet acte s’imposa à distanciée ». La raison peut bien trans-
d’un retriever allemand à poils ras, allaient moi dans toute son évidence. Je mis mon mettre « la connaissance de la vérité et
progresser dans notre direction. Nous fusil au placard et ne le ressortis que pour le du mensonge », elle ne servira jamais à
étions chargés, s’ils rataient leur cible, de tirer vendre, l’année suivante. Et je n’ai plus ja- évaluer les actes à l’aune de la vertu et
les oiseaux quand ils voleraient vers nous. mais chassé. du vice, l’essence de la moralité. De
Et c’est ce qui se passa. Un magnifique —Gerald R. Winslow plus, la raison ne peut jamais pousser à
faisan, un vrai coq, s’envola. Les autres le l’action, alors que le sentiment est le
« premier ressort ou impulsion du désir

10 Dialogue 14:2 2002


et de la volonté ». Selon Hume, « la rai- lui de l’action. Cependant, comme le Le poids des arguments philosophi-
son ne peut jamais, en aucun cas, ren- remarque Lawrence Blum, agir motivé ques sert-il à fonder le végétarisme en
dre compte de la finalité ultime des ac- par la compassion implique qu’on agira obligation morale ? La vertu exige-t-elle
tions de l’homme. Cette dernière dé- souvent « bien à l’opposé des humeurs que les humains carnivores deviennent
pend totalement des sentiments et af- et tendances naturelles », car il est ques- végétariens ? Et si tel est le cas, la socié-
fections du genre humain, nullement tion du bien d’autrui. Et de fait, même té doit-elle aller jusqu’à prohiber la pro-
de ses facultés intellectuelles17. » quand notre action ne parvient pas à duction et la consommation de vian-
Annette Baier, aujourd’hui la plus éliminer sur-le-champ la souffrance de de ?
éminente et talentueuse avocate de l’autre, elle est « précieuse en elle- Insister pour que l’on adopte de tel-
Hume, résume ainsi cette position : même pour celui qui souffre, indépen- les obligations morales ou légales de-
« Pour toute motivation à l’action et damment de son utilité pour l’amélio- meure problématique, même compte
pour toute réaction basée sur de l’éva- ration » du sort de ce dernier20. tenu des solides arguments en faveur
luation, il faut que la “raison” soit “en du végétarisme. Nous ne pouvons pas
accord” avec de la “passion” ; la “tête” Conclusion plus exiger de l’homme qu’il fasse preu-
doit œuvrer pour le “cœur”18. » C’est Quel sera l’effet pratique d’inclure la ve de vertu que nous ne pouvons lui
donc la pratique de ces sentiments hu- sympathie et la compassion dans l’ar- demander de manger certains aliments,
mains qui conditionne la réalité d’une gumentation intellectuelle en faveur du en particulier au stade d’évolution ac-
vie morale. végétarisme ? Nous pensons que si l’hu- tuel de la société. Viendra peut-être le
Quelles sont les implications pour la manité avance vers une société dans la- jour où les crises environnementales et
défense du végétarisme ? Il en faut plus quelle ces vertus seront appréciées et sociopolitiques forceront les décideurs
pour amener les gens à changer leurs pratiquées, nous verrons le végétarisme politiques à rendre obligatoires de telles
habitudes alimentaires. Ce ne sont pas se développer et l’alimentation carnée pratiques alimentaires. Pour le mo-
les bons arguments philosophiques qui perdre de son importance. Ces vertus ment, nous devons nous contenter de
font les végétariens, transformation serviront à nous porter au-delà du seul l’idée que le végétarisme est, tout sim-
plus fréquemment accomplie par les assentiment intellectuel, pour passer à
sentiments moraux. La force morale des la pratique du végétarisme. Suite page 27
élans du cœur est l’élément essentiel en
faveur du choix végétarien.

Les vertus du végétarisme


Abonnements

A
La sympathie est une des vertus près avoir longtemps travaillé dur, vous voici diplôme en main.
« tournées vers autrui » ; elle présuppo- Félicitations ! Et à présent que vous vous trouvez dans le vrai grand
se une aptitude à faire preuve de dispo- monde, vous faites de votre mieux pour rester fidèle à votre
sitions altruistes. Face à la souffrance engagement de chrétien. Pour continuer sans cesse à apprendre. Ce n’est pas
d’un autre, nous sommes mus par sym- commode ! Maintenez le contact avec le meilleur de la pensée et de l’action
pathie à soulager cette souffrance. Re- adventistes autour du globe. Entamez le Dialogue avec nous !
prenant les thèses de Hume, Edward F. Abonnement d’un an (3 numéros) : $US12,00. Numéros précédents : $US4,00
Mooney écrit que la sympathie est « le l’exemplaire
“mécanisme” grâce auquel les difficul-
tés d’autrui nous chagrinent, et qui Veuillez m’abonner à Dialogue en : ❏ Anglais ❏ Français ❏ Portugais ❏ Espagnol
nous inspire à réagir charitablement19 ». Numéros : ❏ Veuillez envoyer mon abonnement à partir du prochain numéro
La compassion est proche parente de ❏ Veuillez m’envoyer les numéros précédents suivants : Vol.___ No.___
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te communauté pour y inclure tous les
êtres, doués ou non de sensations. Envoyez à : Dialogue Subscriptions ; Linda Torske ; 12501 Old Columbia Pike ;
Comme d’autres vertus ayant pour res- Silver Spring, MD 20904-6600, U.S.A. Fax : 301-622-9627.
sort les émotions, la compassion nous E-mail : 110173.1405@compuserve.com
fait passer du simple stade affectif à ce-

Dialogue 14:2 2002 11


Les mariages mixtes dans
l’Église adventiste
Chantal J. Klingbeil

I l y encore peu de temps, il nous sem-


blait normal d’être nés, de grandir et de
nous marier dans le même petit villa-
ge, et notre partenaire pour la vie avait de
grandes chances d’être le garçon ou la
13). Dans notre monde moderne, une tel-
le prohibition semblerait relever du pré-
jugé. Mais il ne faut pas oublier que ces
mariages mixtes étaient les instruments
utilisés par Satan pour écarter les enfants
fille d’à côté. Tout naturellement, nous du Seigneur de sa mission et de son ob-
étions de la même race, nous partagions jectif premiers. Quand Balaam, par exem-
la même culture et parlions la même lan- ple, ne put maudire ce que Dieu avait
gue. Tel n’est plus le cas. Les migrations béni, le démon s’est tourné vers une autre
planétaires et les communications mo- arme, poussant le roi de Moab à inviter
Les mouvements de population dernes nous font nous mélanger et nous les Israélites à se mêler à son peuple par le
mêler les uns aux autres comme jamais mariage. Satan voulait qu’Israël devienne
auparavant. Quant à l’Église adventiste, une seule chair avec un peuple qui
à travers le monde et les elle connaît elle aussi une formidable ex- n’aimait pas Dieu et fasse ainsi échec à
pansion dans le monde entier, réunissant l’objectif et à la mission du Seigneur. Pour
des gens de toutes les races, de toutes les Israël, le résultat fut un vrai désastre (voir
moyens modernes de cultures et de toutes les familles linguisti- Nombres 25).
ques. Ce qui pose la question des maria- Néhémie 13.23,24 établit un rapport
ges mixtes. La Bible a-t-elle quelque cho- intéressant entre religion et culture. « En
communication favorisent les se à dire à ce sujet ? ces jours-là, je vis des Judéens qui avaient
épousé des femmes ashdodites, ammoni-
Le brassage biblique tes et moabites. La moitié de leurs fils par-
La Genèse relate, dans ses deux pre- laient l’ashdodite et ne savaient pas par-
fréquentations et les mariages miers chapitres, comment Dieu a institué ler le judéen ; ils ne connaissaient que la
le mariage. Cet acte révèle certains princi- langue de tel ou tel autre peuple. » Le fait
pes qui distinguent de tout autre un ma- que ces enfants ne parlent pas la langue
interculturels et interraciaux. riage fondé sur la vénération de Dieu. de Judée suffit à Néhémie pour qu’il leur
Dieu est intervenu dans le choix du par- fasse des reproches et les maudisse (Néhé-
tenaire : Adam et Ève étaient faits l’un mie 13.25). Le prophète lui-même, en
Que pouvons-nous apprendre ? pour l’autre et les deux sont devenus une tant qu’échanson du roi, parlait certaine-
seule chair. Est-il possible de former « une ment couramment le perse et l’araméen,
seule chair » avec quelqu’un qui ne s’est et sa réaction ne peut donc avoir été hos-
pas engagé à servir et à aimer Dieu, sans tile aux langues étrangères en elles-mê-
pour autant cesser soi-même de servir et mes. Le nœud du problème était que, si
d’aimer Dieu (Esdras 9.10-14) ? Si vous ces enfants ne parlaient pas la langue de
parvenez à préserver vos liens avec Dieu, Judée, comment allaient-ils pouvoir
qu’est-ce qui garantit que le pieux hérita- grandir dans la religion dont les Ecritures
ge que vous êtes censé transmettre à vos et les pratiques étaient transmises en cet-
enfants ne sera pas amoindri ou distor- te langue ?
du ? La religion est donc la clé permettant
L’Ancien Testament critiquait avec for- de comprendre l’interdiction des maria-
ce, prohibait même, l’union des enfants ges mixtes. L’Ancien Testament abonde
d’Israël avec les gens des nations environ- en exemples d’étrangers ayant accepté le
nantes, interdit (Deutéronome 7.3) qui Dieu d’Israël et dont le mariage avec des
fut réitéré lors de chaque grand réveil de Israélites fut approuvé. Songez à l’histoire
la foi en Israël (voir Esdras 9 ; Néhémie de Ruth, la Moabite, qui avait accepté le
12 Dialogue 14:2 2002
Dieu d’Israël (Ruth 1.16) et dont le maria- après la guerre de Sécession, quand l’es- dire qu’il faut travailler dur sur la
ge avec un fils de Bethléem fournit le li- clavage venait d’être aboli dans toute communication.
gnage dont fut issu le Christ (Matthieu l’Amérique. En premier lieu, tout couple • Elles ne nous concernaient pas. On
1.5). De même, Rahab, prostituée cana- envisageant de se marier (en particulier si s’est rencontrés alors qu’on tra-
néenne, fit l’expérience de la conversion, les deux personnes sont d’origines cultu- vaillait comme missionnaires dans
épousa Salmôn peu après la chute de Jé- relles ou raciales différentes) doit se de- un pays qui nous était étranger à
richo et figure dans la généalogie de Jésus mander si son union sera ou non cause tous les deux.
(Matthieu 1.5). La dévotion et l’engage- de « controverse et de confusion » au sein
ment envers le Dieu d’Israël paraissent des deux familles, dans l’Église et dans Après votre mariage, les différences cultu-
suffire à éliminer totalement les barrières l’ensemble de la société. En second lieu, relles ou raciales se sont-elles dissipées ou
nationales et à ouvrir la voie à l’assimila- le couple ne doit pas penser qu’à lui- ont-elles pris du relief ?
tion. même et doit réfléchir au patrimoine ra- • Les différences culturelles ont pris
La Bible condamne le préjugé racial au cial et culturel qu’il transmettra à ses en- du relief après le mariage. Ainsi, par
sein du mariage. Moïse épousa Séphora, fants au sein de la société particulière où exemple, on suppose toujours que
qui était madianite mais vénérait le Sei- il vit4. l’autre sait comment se comporter
gneur. Or, comme sa peau était sombre et de manière culturellement confor-
sa race différente, Miriam, sœur aînée de La voix de l’expérience me, mais ce n’est pas toujours le
Moïse, la traita avec mépris. L’affaire prit J’ai fait parvenir un questionnaire à cas.
les proportions d’un conflit d’autorité en quelques amis mariés avec une personne • Non, nous avons découvert à peu
bonne et due forme entre Miriam et Moï- issue d’une autre culture ou d’une autre près autant de différences que ce à
se, tant et si bien que Dieu dut intervenir race. Les 13 couples qui ont répondu quoi nous nous attendions.
en punissant sévèrement cette dernière. viennent de tous les continents et for- • Elles se sont dissipées. Certes, notre
Le Nouveau Testament ne se soucie ment un impressionnant méli-mélo cul- mariage n’a pas été un conte de fée.
guère, en fait, des mariages culturelle- turel, linguistique et racial. Tous ces cou- Nous avons dû y travailler dur et il
ment ou racialement mixtes, mais précise ples sont adventistes pratiquants. A l’épo- nous a fallu être conscients l’un de
bien qu’il est interdit de se marier avec que de ma petite enquête, leurs mariages l’autre à chaque instant. Il y a deux
des incroyants. Dans sa seconde lettre à avaient une durée de sept mois à quinze clés de la réussite : le compromis et
l’Église de Corinthe, congrégation où se ans. Quelques-uns ont des enfants. la considération.
mêlaient les cultures, Paul dénonça les • Étant tous deux adventistes, nous
unions interreligieuses : « Ne formez pas Etiez-vous conscients de vos différences nous sommes rendu compte que
avec les non-croyants un attelage dispa- culturelles ou raciales lorsque vous avez com- les différences majeures avaient
rate. » (2 Corinthiens 6.14) mencé à sortir ensemble, ou est-ce qu’il vous perdu l’importance que nous pen-
semblait, à l’époque, que cela ne vous concer- sions qu’elles auraient.
Ce que dit Ellen White nait pas ? • Elles ont pris du relief, non pas à
Ellen White a beaucoup à dire sur le • Les différences culturelles m’intri- cause de nos différences personnel-
mariage et sur le choix d’un partenaire guaient et les similarités aussi. les, mais parce que nous avons dé-
pour la vie1. Elle apporte des éléments J’étais toujours en quête de quelque ménagé dans le pays de mon mari.
importants pour la construction d’un chose de différent et j’ai été heu-
mariage heureux et réussi, et nous rappel- reux de trouver quelqu’un qui sor- Pensez-vous qu’il soit nécessaire, pour
le aussi qu’il ne faut pas se contenter de tait de l’ordinaire. bien comprendre son partenaire, d’apprendre
songer à notre bonheur, mais aussi à la • Les différences ne semblaient pas sa langue ou de vivre dans son environne-
santé et au bonheur des enfants à naître. nous concerner à l’époque. ment culturel ?
Dans la droite ligne des enseignements • Nous étions conscients qu’il y • Si votre partenaire parle une autre
bibliques, elle s’est prononcée avec force aurait quelques différences et nous langue maternelle que la vôtre, ef-
contre le mariage avec quiconque n’aime avons essayé de nous y préparer, forcez-vous le plus possible de l’ap-
pas et ne sert pas pleinement le Seigneur2. mais nous ne pensions pas que ce prendre. Vous ne le regretterez ja-
Selon elle, la compatibilité est essentielle serait un gros problème, car nous mais. La langue compte peut-être
pour un mariage heureux. Elle a parlé de partageons le même héritage spiri- moins que la relation, mais elle
la « vie malheureuse » qu’engendreraient tuel. peut engendrer de vraies coupures
les mariages dont les partenaires ne se- • On est conscient des différences lors des rassemblements familiaux,
raient « pas faits l’un pour l’autre3 ». En- culturelles ou raciales. Mais même etc.
tre autres problèmes, elle envisagea briè- si on est de la même culture ou de • Il est important de connaître le
vement la question des mariages entre la même race, il existe d’autres dif- contexte d’origine et la culture de
races différentes, et on peut tirer de ses férences — dans les manières de votre partenaire, car cela vous aide-
propos deux grands principes, même si penser et d’agir. Peut-être pas tant ra à comprendre pourquoi il réagit
elle s’est exprimée dans le climat régnant que ça, mais elles sont là. Ça veut ou pense d’une certaine façon.
Dialogue 14:2 2002 13
• Oui, apprendre à parler couram- qui croient que les mariages inter- tes.
ment la langue de votre partenaire raciaux reviennent à « former un • Si nous sommes compatibles au
vous aidera à mieux le comprendre. attelage disparate » et ne sont donc plan spirituel et que nos antécé-
pas une bonne chose. dents religieux sont les mêmes, et si
Comment gérez-vous les conflits de cultu- • Oui, mais avoir la peau de la même nous sommes disposés à faire preu-
re dans votre mariage ? couleur facilite l’acceptation. ve de souplesse à propos de nom-
• Discussions et compromis. breuses choses, nous pourrons ré-
• Demandez à Dieu de vous donner Qu’en est-il de vos enfants ? Quel héritage soudre nos différences.
la capacité d’accepter et d’aimer vo- culturel ou linguistique allez-vous leur don- • La différence de culture ou de race
tre partenaire tel qu’il est et n’es- ner ? Pensez-vous que ce sera pour eux un est une broutille, mais quelle mon-
sayez pas de le changer pour qu’il avantage ou un inconvénient ? tagne immense vous fait obstacle
se conforme à vos attentes. • Les enfants souffrent en s’efforçant s’il s’agit de différences religieuses !
• Nous en parlons et nous essayons d’apprendre les deux langues et les Assurez-vous que vous croyez bien
de nous comprendre mutuelle- cultures différentes de leurs parents au même Dieu ! Parlez des enfants,
ment. Ou bien nous nous conten- et de s’y adapter. de la discipline, de la façon de les
tons d’en parler et d’en rire. • Issu moi-même d’un foyer culturel- élever, des noms que vous leur don-
• Nous essayons de rester calmes. Si lement mixte, j’y vois de nombreux nerez, des animaux de compagnie,
la situation devient tendue, nous avantages potentiels. Ça expose les des loisirs, des tâches domestiques,
nous éloignons tous les deux pour enfants à une perspective plus vaste etc. Apprenez à communiquer
prier à ce sujet, puis nous revenons sur la vie. ouvertement et honnêtement. Et
en parler à nouveau. • En grandissant, les enfants se trou- soyez prêts à faire des compromis.
vent exposés à différentes idées et • Soyez souples et prêts à rire. Parlez
Vos familles ont-elles apporté un soutien manières de faire, ce qui les aide à avec la famille et avec les amis.
actif à votre mariage ? avoir l’esprit plus ouvert. • Demandez-vous si cette relation re-
• Pas au début. Par la suite, elles ont • Notre maison est pour l’essentiel lève de votre volonté ou de celle de
appris à aimer mon mari. Sa mère un foyer multiculturel harmo- Dieu.
m’a acceptée sur-le-champ mais il nieux. Nos gamins sont élevés dans
lui est arrivé de se montrer mécon- les idées et dans les coutumes de Et enfin…
tente et parfois même de faire des nos deux cultures d’origine. On es- Si vous fréquentez quelqu’un qui ne
remarques raciales. père que cela leur fera mieux accep- partage pas votre relation avec Dieu et
• La famille de mon mari s’est mon- ter autrui. n’a pas la volonté de donner à Dieu la
trée ouvertement heureuse de no- première place dans sa vie, c’est le mo-
tre mariage. Elle nous a aidés dans Quel sera votre dernier commentaire à ment d’arrêter ! D’un point de vue bibli-
nos préparatifs. Ma famille a juste l’intention de quiconque envisage une fré- que, il est évident que cette relation n’est
dit : « C’est bien. » quentation ou un mariage culturellement ou pas une bonne chose. Les bons mariages
• Pas au départ. Leur acceptation racialement mixte ? sont sûrement des fruits du paradis, mais
s’est développée peu à peu. • Priez. Dieu sait bien des choses en il leur faut une maintenance permanente
• Oui, après que le choc initial de sa matière culturelle. Communiquez et poussée. Ne laissez rien au hasard
famille s’est dissipé. Mais le plus avec l’autre. Si vous rencontrez quand il s’agit de bâtir un avenir heu-
dur pour nous était que nos parents quelqu’un d’un milieu culturel dif- reux.
étaient au loin. férent, n’omettez pas de rendre vi- Enfin, si vous envisagez un mariage
site à vos foyers respectifs et de faire interculturel ou interracial avec quel-
Estimez-vous que votre église a accepté connaissance avec vos familles. Les qu’un qui partage votre foi en Dieu, sou-
votre mariage et lui a apporté son soutien ? choses peuvent sembler très diffé- venez-vous que vous avez plus de préju-
• Absolument. C’est en partie la rai- rentes lorsque l’interaction se dé- gés à briser et probablement plus de déci-
son pour laquelle nous sommes en- roule sur un terrain étranger. sions fondamentales à prendre. Cepen-
semble. • Plutôt que de songer aux différen- dant, avec Dieu à la barre, c’est non seule-
• Certains membres sont très sensi- ces, demandez-vous si vous aimez ment possible, mais même une bénédic-
bles au fait que nous soyons de ra- et honorez tous deux le Seigneur tion et une joie.
ces différentes. Deux ans après no- par-dessus tout.
tre mariage, une sœur de l’église • Prenez de bons avis professionnels Chantal J. Klingbeil enseigne la linguis-
nous a présenté ses excuses et a avant de parvenir à votre décision tique à l’université adventiste del Plata, en
confessé qu’elle n’avait pas cru que finale. Cela vous aidera à découvrir Argentine. E-mail : kling@uapar.edu
notre mariage tiendrait le coup. les domaines pouvant causer des
• Pour la plupart, oui, bien que j’aie conflits potentiels et aussi à formu-
Suite page 23
entendu parler de gens de l’église ler des attentes réciproques réalis-
14 Dialogue 14:2 2002
L’éthique à l’époque
postmoderne
D
Raúl Kerbs epuis deux ou trois siècles, le mo- jeunesse et flatte ses caprices et fantai-
dernisme domine la pensée occi- sies2, une culture où la richesse fournit le
dentale et en a dépouillé la mora- modèle du succès et du bonheur, une
lité de tout cadre de référence transcen- économie de consommation où « être »
dant, basé sur la religion. Son slogan : c’est acheter, consommer, utiliser et met-
« Finissons-en avec Dieu ! » Pourtant, tre au rebut, une identité déterminée par
même en essayant de façonner un mon- les comportements sur le marché et non
de dénué de toute référence aux contrain- par les idéologies3. En d’autres termes,
tes, aux traditions et par-dessus tout à la « l’image » domine la réalité. Pour être
religion, le modernisme s’est efforcé de quelqu’un, il faut être à l’écran ou pré-
Fondements branlants préserver certaines valeurs — comme le sent sur un site web4. Ce que l’on donne à
travail, l’épargne et le report à plus tard voir définit ce que l’on est et très rares
d’une satisfaction immédiate afin d’en- sont ceux qui se soucient encore de ce
et prétentions cyniques : granger un profit à long terme. Autant de qui existe « réellement » : l’image présen-
concepts qui devaient sans doute leur ori- tée au public est devenue objet de culte5.
gine à une référence dépassant l’individu, Notre culture postmoderne a perdu
telle est l’éthique postmoderne. mais de ça le modernisme ne s’est guère tout amour de la vérité.
inquiété. L’affirmation du droit à l’expres- A la différence de l’éthique de travail
sion subjective de soi, tel était son but. Ce- et d’épargne individuelle qui était celle
pendant, quand le modernisme est parvenu du modernisme, l’éthique actuelle affir-
à son « point critique », quand la priorité ac- me les valeurs propres à la consomma-
cordée à la subjectivité en vint à détruire le tion : dépense6, temps libre et oisiveté7.
besoin d’objectivité, on dut constater que Mais cela ne pourrait fonctionner sans
l’on avait abouti à un stade de l’histoire une exaltation de l’individualisme, une
humaine caractérisé par une quasi absen- dévaluation des causes caritatives et une
ce de respect pour la loi. De là surgit une véritable indifférence pour le bien com-
nouvelle morale, tournée vers la quête du mun8. L’idéal suprême réside désormais
plaisir, ludique, individualiste, soucieuse dans la poursuite de la gratification, du
du seul instant présent, niant la nécessité plaisir et de l’accomplissement de soi
d’observer le passé ou d’envisager l’ave- dans la sphère privée. Le culte de l’indé-
nir. Maintenant devint son nouveau man- pendance personnelle et de la diversité
tra et on prit position contre tout effort des styles de vie prend de plus en plus
de mettre des bornes à la liberté et à l’ac- d’importance. Le pluralisme autorise la
complissement de l’individu. multiplicité des valeurs et des choix indi-
Cette nouvelle moralité est au cœur viduels, mais sans la moindre authentici-
même de l’éthique postmoderne. té. Les différences d’idéologie ou de reli-
gion sont traitées comme autant de phé-
L’éthique postmoderne nomènes de mode, avec la superficialité
A l’origine de l’éthique postmoderne qui s’y attache9. Avec la culture de la li-
se trouve une crise d’autorité1 qui impli- berté et de la détente personnelles, le na-
que les institutions traditionnelles (fa- turel, l’humour, la sincérité et la liberté
mille, école, Église, État, justice, police) à d’expression émergent comme autant de
l’aide desquelles le modernisme tentait concepts sacrés10. L’irrationnel trouve sa
d’organiser une société rationnelle et pro- légitimité dans des affections, des intui-
gressiste. Cette crise se manifeste de plu- tions et des sentiments ainsi que dans le
sieurs manières : une société qui adule la charnel, la sensualité et la créativité11. Et
Dialogue 14:2 2002 15
tout cela s’instaure dans le cadre d’un que néohédoniste. Ce mélange de sens En ce contexte, la morale néohédonis-
axiome que presque tout le monde res- du devoir et de déni du devoir, propre à te de la vie postmoderne se traduit en exi-
pecte : minimisez l’austérité et maximisez l’éthique postmoderne, est devenu obli- gences contradictoires. D’une part, nous
le désir, minimisez la discipline et maxi- gatoire car l’individualisme aveugle exis- avons des normes : tu dois manger saine-
misez la tolérance compréhensive12. te en fait au détriment des conditions né- ment, garder la forme, lutter contre les ri-
En même temps, les médias13 font cessaires à la quête du plaisir et de l’ac- des, rester mince, apprécier le spirituel, te
l’opinion publique et décident des orien- complissement individuel. Il faut une détendre, pratiquer le sport, réussir, ex-
tations de la dépense du consommateur éthique prescrivant certains devoirs afin celler, contrôler tes pulsions violentes,
et de ses normes de comportement. Ils de museler l’individualisme sans pour etc. D’autre part, il y a la promotion du
substituent à l’interprétation et à l’éthi- autant le proscrire. La préoccupation mo- plaisir et de la vie facile, l’exonération de
que religieuses une information ponc- rale postmoderne n’exprime pas des va- toute responsabilité morale, l’exaltation
tuelle, instantanée, directe et soi-disant leurs, mais bien plutôt une indignation des dépenses de consommation et de
objective. Ils valorisent ce qui paraît réel face aux limites imposées à la liberté. Son l’image, la survalorisation du corps aux
maintenant et le placent au-dessus des ambition n’est pas la vertu, mais l’obten- dépens de la spiritualité. Le résultat : dé-
concepts de bien et de mal14. Or, parado- tion du respect18, et ses efforts visent à pression, vide intérieur, solitude, stress,
xalement, leur influence ne cesse d’aug- interdire tout ce qui pourrait restreindre corruption, violence, négligences, cynis-
menter alors que la communication est les droits de l’individu. C’est pourquoi la me, etc.21
en pleine crise : les gens ne parlent plus nouvelle morale peut coexister avec les
que d’eux-mêmes, ils veulent être écoutés dépenses de consommation, avec le plai- La morale postmoderne
mais ne veulent pas entendre. Ils veulent sir et avec la quête individuelle de l’ac- dans la vie quotidienne
de la communication sans engagement. complissement privé. C’est une morale Pour comprendre à quel point la mo-
D’où la quête d’une participation à distance indolore, light, où tout est acceptable, mais rale postmoderne a affecté notre vie quo-
et d’amis invisibles, la vogue des hot lines, d’où ont disparu le devoir et le sacrifice in- tidienne, regardons deux listes typiques
des e-mails et des chats sur le Net15. conditionnels. Le postmodernisme a laissé du projet postmoderne : il s’agit de « de-
loin derrière aussi bien le moralisme que voirs » moraux et de « permissions » mo-
La nouvelle forme de la morale l’antimoralisme19. rales :
Quelle forme la morale prend-elle Or, une pareille évolution aboutit à
dans le contexte épistémologique du une morale pleine d’ambiguïté. On a, Liste 1 : devoirs « moraux » dans « l’éthi-
postmodernisme socioculturel ? d’un côté, un individualisme sans loi, qui que » postmoderne :
Si l’on en croit Lipovetsky, la naissan- se manifeste par l’exclusion sociale, l’en- • Tolérer tout style de vie.
ce du postmodernisme, au milieu du XXe dettement familial, les familles sans pa- • Se rendre à des concerts donnés au
siècle, a ouvert la voie à un âge sans de- rents et les parents sans famille, l’anal- profit de bonnes causes.
voir, où la notion de devoir absolu s’est phabétisme, les sans-logis, les ghettos, les • Décrocher son téléphone pour faire
trouvée éliminée du champ de l’éthique16 réfugiés, les marginaux, la drogue, la vio- un don.
et où s’est développée une éthique pro- lence, la délinquance, l’exploitation, la • Coller sur sa voiture un slogan anti-
clamant le droit de l’individu à l’autono- criminalité en col blanc, la corruption raciste.
mie, au bonheur et à l’accomplissement politique et économique, la lutte sans • Défiler dans une manifestation
personnel. Le postmodernisme est un âge scrupule pour le pouvoir, les modifica- contre une injustice (estimée ou
postmoral, puisqu’il rejette toute valeur tions génétiques artificielles, les expérien- réelle).
inconditionnelle supérieure, telle que le ces sur des cobayes humains, etc. D’un • Participer à un marathon pour la
service d’autrui et l’abnégation. autre côté, la société est nimbée d’un es- vie saine.
Notre société n’en préserve pas moins prit de vigilance hypermoraliste, prêt à • Utiliser des préservatifs.
(selon les pays) certaines législations ré- dénoncer toute forme d’atteinte à la li- • Interdire d’interdire (tout le monde
pressives et vertueuses (contre les stupé- berté individuelle et au droit de chaque doit avoir le droit de vivre sa vie).
fiants, l’avortement, la corruption, la dé- personne à l’autonomie : préoccupation • Porter un ruban rouge pour protes-
réliction, pour la protection de l’enfance, éthique pour les droits de l’homme, par- ter contre les discriminations dont
de l’hygiène publique et pour promou- don demandé pour les erreurs du passé, sont victimes les homosexuels.
voir de sains régimes alimentaires) jus- écologie, campagnes de lutte contre la • Étre écologiste.
ques et y compris, parfois, la censure et la drogue, le tabagisme, la pornographie, • Faire don de ses organes.
peine de mort17. Le postmodernisme ne l’avortement, le harcèlement sexuel, la • Réglementer les lieux de travail
propose pas le chaos moral mais réorien- corruption et la discrimination, tribu- pour prévenir le harcèlement
te plutôt les préoccupations éthiques en naux éthiques, manifestations silencieu- sexuel.
les canalisant dans un engagement va- ses, lutte contre les sévices sexuels infligés • Étre fidèle (aussi longtemps qu’on
gue, éphémère et indolore pour des va- aux enfants, mouvements de secours s’aime, mais après…)
leurs qui n’interfèrent pas avec la liberté pour les réfugiés, les pauvres, le tiers- • Condamner toute forme de violen-
individuelle. Il n’est pas tant hédoniste monde, etc.20 ce.
16 Dialogue 14:2 2002
• Ne pas tenter de convertir quel- n’y a pas de vérités absolues. Un système moral peut-il lutter contre
qu’un à sa religion. • Je dois donner de l’argent aux bon- le mal si son fondement même est l’ob-
nes causes parce que regarder des session de soi, qui est, d’un point de vue
Liste 2 : permissions « morales » : enfants affamés me soulève le biblique, la source du mal ? Est-il possible
• Garantir la liberté sexuelle, mais cœur. de parvenir au bonheur dans le genre de
sans favoriser le harcèlement et en • Je dois défiler contre l’impunité morale que défend le postmodernisme ?
prenant garde au sida. afin que les criminels ne s’en sor- Si le bonheur est la quête de l’autonomie
• La corruption vaut mieux que de tent pas facilement. et de l’accomplissement personnels, la sa-
passer pour stupide. • Je dois vivre sainement parce que tisfaction du désir immédiat, le contrôle
• Fumer, mais pas dans les lieux pour mon corps est l’instrument qui me de toute liberté individuelle excessive
non-fumeurs. permettra d’acquérir le succès et sans véritable ouverture de l’âme à son
• Ne pas respecter les règles, les gens d’accumuler le plaisir. voisin et à Dieu, alors, dans cette morale,
ou les causes qui font obstacle à • Je dois m’intéresser à une religion la recherche du bonheur n’est que la re-
l’accomplissement personnel. quelconque parce que je pourrais production perpétuelle de pensées, d’ac-
• La prostitution est acceptable, mais bien y puiser de l’énergie. tions et d’attitudes que l’on connaît de-
seulement dans les quartiers • Je dois manifester mon intérêt pour puis toujours. On retrouve un vieux cock-
chauds. des questions sérieuses afin de ne tail de vie et de mort, de plaisir et de dou-
• Mentir est acceptable, mais pas pas avoir l’air d’un matérialiste sans leur, de réussite et d’échec, de joie et de
pendant une campagne électorale. valeurs, prêt à suivre n’importe tristesse. Or tout cela ignore ce qui est
• Le divorce est acceptable, mais seu- quelle mode. sous-jacent à la quête humaine du bon-
lement si c’est pour parvenir à l’ac- • Je ne dois critiquer aucun style de heur : le désir d’autre chose, de quelque
complissement personnel. vie parce que tout est bon et que chose de différent, de quelque chose qui
• L’infidélité est acceptable, mais seu- rien ne marche. nous débarrasse de tous ces conflits anti-
lement quand l’amour n’est plus. thétiques. Ce « quelque chose d’autre »
• L’avortement est acceptable, mais est absent de la recherche postmoderne
seulement dans le cadre du plan- Evaluation critique : du bonheur. L’éthique postmoderne se
ning familial. une morale cynique contente de bien peu et se donne un but
• On peut tout essayer dans la quête Tout cela étant dit, certains estimeront bien léger, en prétendant que, puisque les
de l’exploration de soi et de l’ac- peut-être que l’éthique postmoderne morales traditionnelles, y compris l’éthi-
complissement personnel. n’est pas si mauvaise que ça. Certes, on que chrétienne, n’ont pas su nous rendre
• On peut adapter la religion à l’en- peut trouver quelques apports positifs meilleurs, il est temps de réduire nos am-
gagement que l’on veut prendre. dans la préoccupation postmoderne pour bitions et d’accepter les gens tels qu’ils
• Boire est acceptable, mais sans ex- les problèmes qui menacent de nos jours sont.
cès. l’humanité. Un style de vie sain, le souci Or cette attitude de résignation suppo-
• Il est bon d’accumuler les réussites, de l’environnement et la lutte contre la se que le christianisme ait déjà été vérita-
la gloire et l’argent, quelles qu’en violence et contre la discrimination sont blement mis en œuvre et ait échoué,
soient les conséquences pour de fort bonnes choses. Par ailleurs, le auquel cas, sur cette base, on est bien
autrui. postmodernisme met en lumière les obligé de juger insignifiant son potentiel
• Prenez du bon temps, ne vous en échecs théoriques et pratiques de l’éthi- de contribution positive. Pourtant cette
faites pas pour l’avenir. que du passé. Mais ne nous y trompons hypothèse contredit la maxime postmo-
pas. Au cœur de l’éthique postmoderne, derne qui veut qu’il n’y ait point de vérité
Le « code de conscience » il n’y a pas trace d’une motivation mora- absolue. La vérité pure n’existe pas, pro-
d’un postmoraliste le, et seule prévaut sa quête individualiste clame le postmodernisme, tout en présu-
L’éthique postmoderne ne se limite de l’accomplissement et de l’autonomie mant que la morale traditionnelle a eu sa
pas à de pareilles listes. L’esprit de liberté personnels. Si le mobile de toute éthique chance, que l’homme d’aujourd’hui ne
extrême qui caractérise le postmodernis- authentique est de vaincre le mal par le peut être amélioré, qu’un changement
me a engendré son propre code de cons- bien, il faut admettre que le postmoder- radical est impossible et que nous devons
cience. Dans l’atmosphère qui prévaut nisme est vierge de toute inspiration mo- nous y résigner. Mais qui peut en être sûr
désormais, toute de néo-individualisme, rale et ne cherche qu’à combattre les ex- et comment le savoir ? Il semblerait que
un genre nouveau d’éléments idéologi- cès du mal, sans vouloir nullement éradi- le postmodernisme soit parvenu d’une
ques, socioculturels et éthiques s’est ag- quer ce dernier. Il lutte, ou plutôt se débat, manière ou d’une autre à acquérir quel-
glutiné pour donner naissance à un type contre certaines manifestations du mal ques certitudes quant à la nature humai-
nouveau de conscience postmoderne. sans en reconnaître les origines. Son but ne et au sujet du futur, mais qu’il dénie ce
Elle se décline un peu comme ceci : est de parvenir à l’autonomie de soi — savoir à toutes les idéologies et religions
• Je ne dois pas discriminer parce que une notion contre laquelle se dresse tout
Suite page 33
je dois rester ouvert à tout et qu’il ce que la Bible dit à propos du péché.
Dialogue 14:2 2002 17
Profil
Floyd Murdoch
Dialogue avec un adventiste observateur d’oiseaux

S i vous passez une heure avec Floyd Murdoch, vous serez converti aux joies
de l’observation des oiseaux. Même si vous n’avez jamais regardé un oiseau,
il parviendra à vous convaincre que c’est la chose la plus excitante qui soit.
Pour Floyd, l’observation des oiseaux va au-delà du simple hobby. C’est une
passion qui ouvre les portes vers de plus vastes horizons : la création, la cama-
autour de son œil jaune. Depuis ce jour,
je fus séduit. Il me fallait une paire de ju-
melles et il me fallait observer les oiseaux.

■ Quel est l’oiseau le plus rare que vous ayez


raderie, la protection de la nature, et vers un Dieu d’amour créateur de beauté. vu ?
Cela implique une bibliothèque de 1500 livres sur les oiseaux. Cela implique J’en ai vu certains dont la race est
aussi d’accompagner des groupes dans des expéditions sur le thème des oiseaux, maintenant éteinte, mais le plus rare que
autant aux États-Unis qu’à l’étranger. Cela demande de l’organisation, des col- j’aie vu est la corneille d’Hawaï. Il y a plu-
lectes de fonds et des centaines d’heures de volontariat pour aménager un parc sieurs années, ma femme Lynetta et moi
naturel d’un million de dollars à Hagerstown, dans le Maryland. partîmes à la recherche de cet oiseau avec
L’intérêt de Floyd pour les oiseaux a commencé quand il était en en dernière plusieurs pasteurs adventistes hawaïens.
année d’école primaire, alors que son père, un Écossais, était le principal de l’ac- Nous nous dirigeâmes vers une monta-
tuel Avondale College, en Australie. Sa mère, une Américaine, s’était toujours gne où nous étions supposés en trouver.
intéressée aux oiseaux et communiqua cet intérêt au jeune Floyd. Sa passion Lynetta décida d’attendre en bas pendant
fut nourrie par le directeur de son école et plus tard par un professeur du lycée. que nous passions plusieurs heures à ar-
Sa thèse de doctorat en 1975 : « Pour les oiseaux — Histoire de la protection penter la montagne dans tous les sens.
des oiseaux aux États-Unis » regroupa l’intérêt de Floyd pour l’histoire et celui Nous ne vîmes jamais l’oiseau.
pour la biologie. Pour ses recherches, il visita de nombreux refuges nationaux de Quand nous revînmes, Lynetta nous
vie sauvage et répertoria 678 espèces d’oiseaux, battant ainsi le record du plus dit : « Eh ! j’ai vu une corneille. » Elle
grand nombre d’espèces d’oiseaux observées en Amérique du Nord en une année. nous conduisit où elle l’avait vue et, ef-
Dans sa carrière éminente et variée, Floyd s’est souvent consacré à l’éduca- fectivement, elle était là. Il y avait alors
tion. Il a occupé les postes de maître de conférences en éducation, de principal treize corneilles de ce type en liberté.
de collège, de directeur des plans internationaux pour ADRA (Agence adventiste Aujourd’hui, aucune n’a survécu à l’état
d’aide et de développement), et de professeur de collège et de lycée. Actuellement sauvage. Il en existe en captivité que l’on
il enseigne la science environnementale au lycée Takoma, près de essaie de faire se reproduire, mais c’est
Washington D.C. quasi la fin de l’espèce.
Floyd a également travaillé pour des associations à but non lucratif telles
qu’Audubon Naturalist Society et American Birding Association, dont il est ■ Avez-vous un lieu de prédilection pour ob-
membre fondateur et membre à vie. Il a également dispensé bénévolement ses server les oiseaux ?
talents d’expert dans de nombreux domaines d’intérêt public, notamment le La forêt tropicale.
Smithsonian Institute.
Floyd aime à partager son enthousiasme pour la nature avec les jeunes. Sa ■ Faites-vous aussi des photos ?
femme, Lynetta, travaille dans les bureaux de la Division nord-américaine de Oui, j’ai pris de nombreuses photos,
l’Église adventiste. Leur fils, Michael, titulaire d’une maîtrise en biologie, est mais c’est difficile de faire à la fois une
professeur de collège. Leur fille, Jennifer, étudie à l’université adventiste bonne observation d’oiseaux et d’excel-
Southern. lentes photos. Pour la photo, il faut s’as-
seoir et attendre pour prendre le bon cli-
■ Floyd, commençons par le commencement. précis. ché. Pendant ce temps, on rate vingt
Avez-vous un oiseau préféré ? Je me rappelle un sabbat, quand j’étais oiseaux qu’on n’a jamais vus avant parce
Oui et non. En fait, le kookaburra (un jeune, où le principal de mon école en qu’on est resté concentré sur un seul.
martin-pêcheur australien) est l’un de Australie m’emmena. Il avait une longue
mes oiseaux préférés. Certains oiseaux vue (il ne pouvait pas s’offrir de jumelles) ■ Combien de temps consacrez-vous à ce
sont si beaux que vous voudriez les voir et il me fit voir une aigrette, une aigrette hobby ?
et les revoir encore. C’est assez enthou- blanche. J’ai vu son œil magnifique. Je C’est par période. Il y a une vingtaine
siasmant de sortir pour voir un oiseau pouvais même voir un petit anneau bleu d’années, je disais que je passerais au
18 Dialogue 14:2 2002
moins deux semaines par an dans les jun- garde de tout ce qui concerne le monde des mangeoires. C’est surprenant de voir
gles du monde — et je l’ai fait. C’est exci- naturel et la protection de l’environne- les petits enfants devenir fous quand ils
tant de montrer à d’autres comment s’y ment créé par Dieu. L’ordre donné à voient les oiseaux. Ils sont tous curieux :
prendre. L’observation des oiseaux est un Adam et Ève était d’entretenir le jardin. « Qu’est-ce que c’est ? Comment s’appel-
sport de groupe. Ce n’est pas amusant d’y Non seulement c’est une expérience ré- le-t-il ? Où puis-je le voir ? » C’est une cu-
aller seul. jouissante, mais cela préserve aussi la riosité naturelle. Si l’on peut dévelop-
création de Dieu. Si l’on protège une zone per cela chez les enfants plutôt que de les
■ Le lecteur pourrait se dire : « Ça a l’air pas- de forêt qui protège elle-même l’hydro- voir assis devant des jeux vidéo jour et
sionnant ! » Comment commencer ? graphie, on s’assure d’une eau propre et nuit, c’est plus sain. Cela génère un plus
Le meilleur moyen est de trouver quel- potable toute l’année et on protège aussi grand intérêt dans la connaissance du
qu’un qui est un observateur d’oiseaux les oiseaux. monde et peut-être que les enfants le
passionné — il sera toujours ravi de vous La planète ne peut pas lutter contre la transmettront à la génération suivante.
emmener. Prenez un livre sur les oiseaux, destruction qui est en marche. Dans de
une paire de jumelles et sortez avec lui. nombreux pays il ne reste plus de vérita- ■ Y a-t-il beaucoup d’adventistes intéressés
Vous serez conquis — il n’y a pas d’an- bles anciennes forêts. J’espère que le Sei- par l’observation des oiseaux ?
ciens observateurs d’oiseaux ! gneur reviendra avant que toutes les fo- Oui. En fait, proportionnellement, il
Aux États-Unis, vous pouvez vous rêts aient disparu. doit y avoir plus d’amateurs d’oiseaux
mettre en rapport avec l’Audubon So- parmi les adventistes du septième jour
ciety. Ailleurs, essayez de trouver quelque ■ J’ai entendu des reportages qui disaient que que dans tout autre segment de la popu-
chose sur l’Internet. Normalement, on les oiseaux volaient depuis l’Amérique du Sud lation. Le premier observateur d’oiseaux
peut trouver des gens qui observent les jusqu’en Amérique du Nord sans s’arrêter. reconnu comme tel est un adventiste, et
oiseaux à peu près partout. Si vous ne Ils font bien cette distance, mais pas la personne qui a créé l’association améri-
trouvez personne, appelez l’ambassade sans s’arrêter. L’hirondelle arctique par- caine des amateurs d’oiseaux était adven-
britannique. Il y a toujours un observa- court 32 000 à 35 000 km — la distance tiste.
teur d’oiseaux à l’ambassade britannique. de la pointe sud de Punta Arena, en Ar-
Et ils sont là pour cette raison, vous savez gentine, jusqu’en Alaska et au cercle arcti- ■ Pourquoi tant d’adventistes parmi les ama-
— ils travaillent à l’ambassade et ils ont que. Et elle le fait deux fois — dans un teurs d’oiseaux ?
des titres, mais nous savons tous qu’ils sens puis dans l’autre. Bien sûr, elle s’arrê- En raison de notre foi dans la création,
sont réellement là pour observer des te souvent en route. et dans le sabbat qui est le mémorial de la
oiseaux ! La plus grande distance qu’ils pour- création — un temps pour cesser le tra-
raient probablement parcourir sans s’ar- vail, adorer Dieu, aller dans la nature et
■ Donc, une fois que vous aurez constitué le rêter serait depuis le Venezuela jusqu’en regarder vers l’éternité. Les écrits d’Ellen
réseau électronique, de quoi aurez-vous be- Floride ou au Texas. Même les minuscules White sont aussi très évocateurs de la na-
soin ? colibris — les petits rouges-gorges — peu- ture, de sa protection et du concept du
Je conseille de démarrer avec une paire vent voler 800 km sans s’arrêter. Vous jardin d’Eden. Et puis je pense que les ad-
de jumelles à 50 ou 60 dollars. Cela peut pouvez imaginer combien de battements ventistes aiment tout simplement la na-
être un peu difficile d’en trouver dans d’ailes cela représente. ture.
certaines parties du monde, mais il y a
des bourses d’échanges où ceux qui ont ■ C’est phénoménal. Comment font-ils ? ■ Est-ce que l’observation des oiseaux est
trop de jumelles en Amérique et en Euro- Ils mangent beaucoup d’insectes pour vous une expérience spirituelle ?
pe peuvent en faire don. Si vous vivez avant de partir. Cela les engraisse. Mais Même si le monde est gâché par le pé-
dans un pays développé et que vous vous bien sûr, lorsqu’ils arrivent à destination, ché, je n’ai jamais regardé un bel oiseau
intéressez à l’observation des oiseaux, ils sont très faibles. Et puis ils se retapent sans m’émerveiller de la création divine.
mais que vous ne pouvez pas vous offrir — surtout l’été. Il y a tant d’oiseaux magnifiques et colo-
de jumelles, vous pouvez probablement rés autour de nous. Les observer nous
contacter un club d’amateurs d’oiseaux et ■ Certains disent qu’il n’est pas bon de met- conduit à une meilleure compréhension
dénicher une paire de jumelles comme tre des mangeoires à oiseaux. et à une plus profonde appréciation de la
on trouve un livre dans une bibliothèque Je n’y vois aucun inconvénient. Nous création de Dieu et de sa beauté inhéren-
de prêt. avons coupé toutes leurs sources naturel- te.
les de nourriture donc, en un sens, nous Il y a plus de 10 000 oiseaux différents
■ Pensez-vous que les adventistes devraient remplaçons juste ce qui était là avant. dans le monde. Bien que certains d’entre
se sentir concernés par la protection de la na- C’est super d’aider les oiseaux et cela per- eux soient encore comme du temps de la
ture ? met aussi d’aider les gens à les apprécier. Genèse, la « dévolution », comme je l’ap-
Je suis effaré, vraiment, que nous n’en Au centre de nature de Hagerstown,
fassions pas plus que cela. Je pense que nous avons deux fenêtres avec des vitres
les adventistes devraient être à l’avant- sans tain devant lesquelles sont installées Suite page 23

Dialogue 14:2 2002 19


Profil
Maria Lee
Dialogue avec une adventiste directrice d’hôtel en Chine

M aria Lee est une véritable première dame. Être capable de travailler
dans une société dominée par les hommes est une chose, mais y exceller
en est une autre. Elle est dévouée à son devoir, avec la volonté de réus-
sir, et elle fait le maximum pour gravir les échelons — depuis le poste de chef du
département lingerie à l’hôpital adventiste de Hong Kong jusqu’à la direction
ment, je n’ai pas pu aller au-delà de la se-
conde année ; j’ai dû retourner chez moi
parce que ma mère était malade.

■ Et ensuite ?
d’une chaîne d’hôtels à Hong Kong. En 1987, Mme Lee a obtenu le grade de di- Je suis entrée à l’hôpital adventiste de
rectrice d’hôtel et occupe maintenant un poste décisionnel dans Peninsula Hong Kong comme gouvernante en chef.
Group, New York Hotel, et dans la société China Travel Services. A 21 ans, j’étais le plus jeune cadre. Plus
En 1997, après avoir travaillé comme sous-directrice de la société Hong Kong tard, j’ai complété ma formation avec un
China Travel Hotel Management, qui gère 21 hôtels à Hong Kong, à Macao et certificat de cadre d’intendance en hôtel-
en Chine, Maria fonda la société Cheer Success Hospitality Management. Elle lerie et, en 1985, j’ai obtenu un diplôme
est maintenant directrice de la première centrale de réservation d’hôtel de Hong en gestion hôtelière de l’American Hotel
Kong — le Best Western Rosedale on the Park, qui vient d’ouvrir et qui est situé & Motel Associations. J’ai aussi suivi une
dans la baie de Causeway, à Hong Kong. Elle est aussi directrice générale de la formation de cadre supérieur à l’universi-
société Rosedale Hotel Management. Son plus récent projet concerne le Plaza té Cornell.
Canton Hotel à Guangzhou (Chine), qui a été récemment rebaptisé le Rosedale Après quatre années de service à l’hô-
Hotel de Guangzhou. pital, j’ai accepté le poste d’intendante
Sa lourde tâche consiste à diriger tous les hôtels et à lancer les nouveaux pro- assistante au Peninsula Hotel, l’un des
jets. Mais Maria, qui est entrée dans l’Église à l’adolescence, n’a pas manqué de dix hôtels les plus célèbres du monde. A
mettre son expérience et son talent au service de l’Église adventiste du septième partir de là, ma carrière a fait un bond en
jour. Elle est membre laïc du comité exécutif de l’Union chinoise, dans la Divi- avant. Les trois premiers mois à Peninsu-
sion Asie-Pacifique Nord. De plus, elle est membre du conseil d’administration la Hotel furent très durs. Cependant, cet-
de l’hôpital adventiste de Hong Kong. te expérience m’a permis d’acquérir un
véritable concept de management, ainsi
que les valeurs éthiques qui s’appliquent
■ Maria, parlez-nous de vos origines familia- Je suis entrée en contact avec la foi en gestion hôtelière.
les. adventiste d’une façon détournée et mi-
Je suis née dans une famille de quatre raculeuse. Mon père, qui fumait, assista à ■ Maria, j’ai su que vous aviez été inter-
enfants ; j’ai trois petits frères. À 11 ans, un Plan de 5 Jours en 1966, sur les recom- viewée par un journaliste du World Hotel Ma-
j’ai eu ma première expérience profes- mandations d’un collègue. Il fut ensuite gazine.
sionnelle, en m’occupant d’enfants pen- invité à une campagne d’évangélisation Le journaliste voulait savoir ce qui
dant l’été. J’ai ainsi gagné mon argent de dirigée par le pasteur Milton Lee, qui était m’avait conduite à devenir la première
poche pour entrer au lycée. Ce travail m’a missionnaire en Chine. Deux ans plus directrice générale de Hong Kong. J’ai été
donné pour la première fois l’occasion de tard, ma mère et moi recevions le baptê- perçue comme un manager « futuriste ».
rencontrer des gens d’origines et de clas- me après des études bibliques avec le pas- J’aime les nouvelles idées et les nouveaux
ses sociales diverses. Cela m’a aussi incul- teur. concepts et je veux aller de l’avant, plutôt
qué le sens des responsabilités et l’esprit que de suivre les tendances du passé. Je
d’indépendance. Mes parents m’ont re- ■ Qu’en est-il de votre éducation ? Avez-vous dois remercier Dieu de ce que j’ai reçu
connu cette capacité à l’autonomie et ils fréquenté une école adventiste ? mon premier entraînement de leader en
n’ont élevé aucune objection quand j’as- J’étais à l’école secondaire Sam Yuk de participant aux activités de la jeunesse
sistais à des rencontres de jeunes, même Hong Kong et j’ai été diplômée en 1973. dans l’Église.
si parfois je rentrais tard. Après avoir travaillé comme diététicienne
à l’hôpital adventiste de Hong Kong pen- ■ Quels traits particuliers de votre style de
■ Vous n’êtes donc pas née dans une famille dant une année, j’ai reçu une bourse pour management ont attiré l’attention du maga-
adventiste. Qu’est-ce qui vous a amenée à étudier la diététique à l’université de zine ?
vous joindre à l’Église ? l’Union des Philippines. Malheureuse- Je pense que c’est le concept de mana-
20 Dialogue 14:2 2002
gement ABCDE, que j’applique dans ma c’est-à-dire l’hôtel, les partenaires et les mes collègues, j’adopte la ligne de con-
façon de diriger, et j’ai utilisé le concept C clients. Il en résulte une meilleure effica- duite de la Bible : je perçois la beauté des
pour lancer le Rosedale. cité, un gain de temps et d’argent. Autre gens plutôt que de m’attarder sur leurs
A = Alignement, ce qui signifie que exemple, les ascenseurs sont verrouillés faiblesses. Je me mets à l’écoute de mes
tout le personnel poursuit le même but et et l’on ne peut y accéder qu’avec la clef subordonnés et je montre du respect en-
a la même vision. La vision de la compa- d’une chambre. Résultat, nous sommes vers mon patron. Je me tiens à ce que je
gnie se répercute depuis le niveau direc- au niveau zéro en termes de vol et de dis, et j’apprécie les défis plutôt que de
torial jusqu’au bas de l’échelle. Nous dis- cambriolage, ce qui procure à notre clien- m’inquiéter de la charge de travail.
pensons pour tout le personnel et pour tèle un sentiment de sécurité.
les nouveaux venus des formations ba- Nos réseaux intranet nous ont permis ■ Quel conseil pourriez-vous donner à ceux
sées sur ce concept. d’avoir un bureau sans papiers, ce qui est qui travaillent dans un environnement non
B = Business is business. Dans un hô- plus écologique. Il n’y a plus de problè- adventiste ?
tel, nous devons savoir de quoi nos mes de livraison ou de délai, et la confi- Les travailleurs adventistes sont perçus
clients ont besoin et le leur fournir avec dentialité est préservée. L’accès à notre comme dévoués et prudents, et nous de-
toutes les facilités qui mettront en valeur réseau interne profite largement à nos vons faire honneur à notre réputation. Si
notre travail, afin de s’assurer qu’ils pas- clients et il est gratuit. C’est l’une des rai- nous tendons vers notre idéal chrétien et
sent un bon séjour loin de chez eux. sons pour lesquelles nous fidélisons les que nous pratiquons les principes bibli-
C = Concept. Notre service est amical cadres supérieurs. ques, nous pouvons être des témoins effi-
sans familiarité, courtois, compréhensif, caces pour Dieu. Si nous gardons une atti-
concis, utile, compétitif, propre, chaleu- ■ Avec le planning chargé qui est le vôtre, tude ouverte en travaillant dans un envi-
reux, sûr, engagé, dans l’intérêt du client comment trouvez-vous du temps pour contri- ronnement non adventiste, cela nous
et toujours cohérent. buer aux activités de l’Église ? aidera aussi. Il ne faut pas nous inquiéter
D = Dévouement. Chaque membre Pour pouvoir assister à la réunion an- des critiques émises par ceux qui pensent
du personnel doit être pleinement dé- nuelle de la Division Asie-Pacifique Nord, que nous sommes matérialistes parce que
voué à la compagnie, et doit se consacrer en tant que membre laïc, je dois deman- nous travaillons en dehors de l’Œuvre. Il
à être un bon cadre ou un bon employé der quatre semaines de vacances alors faut juste se rappeler que nous pouvons
— en procurant de bons services aux que mon patron n’en a que deux. A côté toujours servir notre Église — pas seule-
clients tout en étant un bon citoyen. de cela, je suis activement impliquée ment en étant capables de travailler au-
E = EQ (quotient émotionnel) et dans la chorale de mon église locale, dans dehors, mais aussi en étant de bons té-
éthique. Notre éthique est d’être sensés l’organisation de retraites et d’activités moins pour des gens qui, autrement,
et raisonnables dans les décisions de ma- laïques pendant le sabbat, et dans n’auraient pas eu de contact avec un ad-
nagement, de nous assurer que nous met- d’autres programmes ecclésiaux. Je passe ventiste ni entendu parler de Jésus-
tons en action ce que nous disons et que du temps à apporter mon soutien à des Christ. Je suis sûre que chaque membre
nous tenons nos engagements. Je consi- amis membres d’église et à prier pour laïc peut apporter une contribution à
dère toujours la Bible comme ma eux. De plus, je soutiens activement les l’Église de différentes manières. Une foi
meilleure encyclopédie de management, projets de collectes et les fonds de scolari- engagée et un dévouement à notre tâche
pour ses maximes et ses injonctions. té. en sont la clef.

■ Vous croyez fermement que le business et ■ Pouvez-vous nous dire comment vous té- Propos recueillis par Mary Wong
l’automatisation sont la future tendance dans moignez sur votre lieu de travail auprès de vos
l’hôtellerie. Pouvez-vous nous dire comment collègues ou des clients non adventistes ? Mary Wong (doctorat de l’université de
cela améliorera le service et l’efficacité opéra- Dans les relations avec les clients et les l’Etat du Michigan) était jusqu’à récem-
tionnelle ? collègues, je m’efforce d’avoir une appro- ment directrice des Ministères auprès des
L’automatisation paraît chère, mais à che chrétienne. Pour cette raison, tout le enfants, de la famille et de la femme, à la
long terme c’est une solution économi- monde ou presque sait que je suis chré- Division Asie-Pacifique Nord. Elle réside à
que. Par exemple, en utilisant des télé- tienne et que je vais à l’église le samedi. San José, en Californie.
phones reliés au Web, les clients n’ont En fait, je suis la seule qui n’est pas tenue E-mail : mhtwong@aol.com
plus besoin de transporter leur ordinateur de venir pointer le sabbat dans une com- E-mail de Maria Lee :
et peuvent recevoir leur courrier électro- pagnie de plus de 2 000 employés. J’ai fait gm@rosedale.com.hk
nique. Le téléphone mobile permet aux en sorte que mon patron n’ait rien à redi-
clients d’aller déjeuner, dîner, souper ou re au fait que je m’absente le sabbat, car
travailler sans rater un appel. Qui plus j’ai promis de travailler 44 heures par se-
est, nos agences de l’étranger et nos par- maine et je dépasse souvent ce nombre
tenaires peuvent consulter la disponibili- d’heures.
té des chambres instantanément. Pour Plus encore, j’aime mon travail et je le
cette raison, nous sommes tous gagnants, fais avec passion. Dans mes relations avec
Dialogue 14:2 2002 21
Logos
Fondations tenir compte de l’époque à laquelle il fut
raconté pour la première fois et de l’audi-
toire auquel il était destiné, sa sphère d’ex-
pression en quelque sorte. » Ah, comme il
Gary B. Swanson Où bâtir sa maison ? aimait ces termes sphère d’expression et
substantifique moelle, qui semaient la con-
fusion chez ses frères. Il pensait qu’em-
ployer des concepts aussi alambiqués dé-
montrait sa supériorité intellectuelle.
Son interprétation de l’histoire des

I l était une fois trois frères qui ne parve-


naient jamais à se mettre d’accord.
Quelle que soit la question débattue,
s’il semblait qu’on puisse l’aborder de
deux façons différentes, ils faisaient tou-
avait toujours été interprété sans difficul-
té parce que celui qui l’avait raconté en
avait immédiatement tiré explicitement
la leçon, appliquée à la vie humaine. Il
n’y avait, semblait-il, qu’un seul choix
deux maisons amena Bordeaux à cons-
truire la sienne… sur l’eau ! Peut-on ima-
giner meilleure protection contre la pluie
et les inondations, songeait-il, que de bâ-
tir sa maison de manière à ce qu’elle
jours montre d’une créativité formidable prudent et la maman souhaitait — contre monte et descende en fonction du niveau
pour en trouver une troisième. L’un vo- tout espoir — qu’à ce sujet au moins, ses des eaux ? La bêtise d’une construction
tait à droite, l’autre à gauche et le troisiè- trois fils tombent d’accord. sur le sable n’était-elle pas évidente aux
me s’abstenait à tous les scrutins. L’un Ce ne fut hélas pas le cas. Comme yeux de tous, alors qu’étant bâtie sur du
préférait les Citroën, l’autre les Peugeot et pour tout le reste, Mauve, Prune et Bor- roc, une maison ne s’effondrerait sans
le troisième les Renault. L’un n’aimait deaux firent du récit des deux maisons doute jamais, mais qu’on courait le ris-
que les glaces à la vanille, l’autre ne les des lectures totalement divergentes. Et que d’immenses dégâts des eaux en cas
voulait qu’à la fraise et le troisième au pendant que leur pauvre mère se tordait d’inondation — hypothèse bien peu at-
chocolat. Si on leur montrait une voiture les mains en se disant qu’elle avait sans trayante, surtout pour Bordeaux.
et qu’on leur en demandait la couleur, doute fait erreur en mentionnent l’histoi- Pas de doute, construire sur l’eau —
l’un disait : « mauve », le second : « pru- re des deux maisons, ses fils se mirent en une maison flottante — telle était LA ré-
ne » et le troisième : « plutôt bordeaux ». route. Comme il y a quatre points cardi- ponse. L’époque du narrateur original
Leur mère, en les écoutant, hochait la naux, cela leur permit d’emprunter — n’avait bien sûr jamais connu cela, mais
tête et s’étonnait en son for intérieur. comme on s’y serait attendu — des direc- la pensée moderne qu’incarnait Bor-
Comment diable nos fils, nés et élevés dans tions différentes, avec une disponible, deaux avait fourni une solution novatrice
la même famille, s’y sont-ils pris pour être si comme en secours. à cette histoire de pluie et d’inondations.
différents ? Il arrivait que ce soit un peu Mauve, comme toujours le plus stable « Nous sommes censés marcher avec no-
amusant. Mais la plupart du temps, et le plus sensé, fit sienne l’interprétation tre époque, proclama-t-il. A quoi bon
c’était plutôt exaspérant ! que le narrateur original avait donné de toute l’érudition du monde si nous ne
Un beau jour, à l’aube de leur vie son histoire. Ayant étudié de fond en sommes pas disposés à l’appliquer aux
d’adultes, Mauve, Prune et Bordeaux par- comble tout le terrain dont il disposait, il problèmes de la vie quotidienne ? »
tirent chercher fortune. L’heure était ve- commença à bâtir les fondations de sa Et c’est ainsi que les trois frères bâti-
nue, leur avait fait savoir leur père, de maison sur la roche la plus solide qu’il ait rent leurs maisons de rêve, chacun à l’en-
fonder leurs propres foyers. Pour s’y pré- pu trouver. « Je sais ce que veut dire cette droit qui lui convenait le mieux. Les trois
parer, ils avaient fait un inventaire dé- histoire », affirmait-il. maisons firent l’objet d’une grande admi-
taillé d’à peu près toutes les sources d’in- Prune se moqua : « Cette histoire est si ration au sein de la population, car cha-
formation disponibles : ils avaient con- vieille qu’elle n’a plus aucun sens, dit-il. cune était à nulle autre pareille. La page
sulté des ingénieurs conseils et d’autres On a fait de tels progrès en génie civil et immobilière du journal local leur consa-
experts, s’étaient servi de l’Internet, en techniques du bâtiment que l’on peut cra un article tout à fait élogieux, abon-
avaient fait leur miel du savoir accumulé construire où ça nous plaît. » Il fit donc damment illustré de photographies et in-
sur les rayons de la bibliothèque munici- appel à un entrepreneur pour qu’il lui sistant sur l’aspect humain de la cons-
pale et en avaient même fait un sujet de bâtisse sans plus tarder une jolie maison truction. Il commençait ainsi : « Il était
prière. sur la plage, les pieds dans l’eau. une fois trois frères qui ne parvenaient
Désireuse de leur proposer une autre Bordeaux se considérait depuis tou- jamais à se mettre d’accord… »
approche, leur mère, toute de calme et jours d’un calibre intellectuel supérieur Soudain les entrepreneurs et les agents
d’humilité comme à son habitude, leur aux deux autres. « L’histoire des deux immobiliers de toute la région ont senti
suggéra de réfléchir à un conte tradition- maisons est toujours valable, dit-il, mais il qu’ils étaient en plein boum. Les clients
nel, vieux comme le monde — l’histoire faut savoir lire entre ses lignes. Nous som- se sont mis à décrire ce qu’ils cherchaient
de deux hommes dont l’un avait érigé sa mes censés nous servir de nos cerveaux et en s’inspirant du style des maisons des
maison sur le roc alors que l’autre avait si vous voulez tirer la substantifique et trois frères. « Je cherche une maison du
construit la sienne sur du sable. Ce récit véritable moelle de ce récit, il vous faut genre de celle de Mauve », disait l’un.
22 Dialogue 14:2 2002
« Ne penses-tu pas qu’une “Prune” aurait
grand air à cet endroit ? » demandait une
Mariages mixtes… Murdoch
épouse à son mari. Alors qu’un homme Suite de la page 14 Suite de la page 19
exigeait : « Ma femme adore la maison
Bordeaux. Pouvez-vous nous en trouver Notes et références : pelle, les a tous fait changer. Mais je ne
une ? » 1. Il vaut la peine de lire, par E. G. White, vois pas trop de lacunes. Plus j’étudie le
Tout le monde était à ce point passion- Letters to Young Lovers (Boise : Pacific Press sujet, plus je suis convaincu de la réalité
Publishing Association, 1983) et Messages
né par le marché de l’immobilier et ses à la jeunesse (Boise : Le monde français, de la création de Dieu. Ce que nous
multiples projets que personne ne fit at- Pacific Press Publishing Association, 6e voyons autour de nous ne peut pas avoir
tention aux premières légères bourras- éd., 1990). juste évolué. Il doit forcément y avoir un
ques et aux toutes première gouttelettes 2. Voir Messages à la jeunesse, p. 437-440. plan divin.
3. E. G. White, Patriarches et prophètes
de ce que l’on allait plus tard appeler « la
(Dammarie-lès-Lys : Vie et santé, 2000), p.
mère de toutes les tempêtes ». Il sembla 167. Propos recueillis par Gary Krause
en premier lieu que ce ne serait qu’un ac- 4. Voir E. G. White, Messages choisis
cès de mauvais temps comme un autre, le (Mountain View, Californie : Le monde Gary Krause est directeur de la commu-
genre de chose qui fait entonner ce vieux français, Pacific Press Publishing
Association, 1971), vol. 2, p. 539-543.
nication à la Conférence générale. Il a gran-
refrain : « Ces gens de la météo disent di en Australie. Enfant, il aimait nourrir les
vraiment n’importe quoi ! » kookaburras à la main. E-mail :
Mais cette fois-ci, l’orage ne fit que GaryKrause@compuserve.com
croître, sa fureur semblant ne jamais de- E-mail de Floyd Murdoch : fmurdoch@
voir faiblir. Comme le dit un vieux ta.edu
chant : « La pluie est tombée et l’eau est
montée. » Ce fut aussi simple que terri-
fiant. Quand le niveau de l’eau atteignit
leurs maisons, Mauve et Prune durent
s’enfuir et se diriger vers des terres plus
hautes. Bordeaux, quant à lui, l’air suffi-
sant, contemplait de son balcon l’évolu-
Attention !
tion de la tempête. « Je crois, se disait-il,
que ceci va démontrer une fois pour tou- Le 2ème Congrès européen pour les étudiants adventistes aura lieu en
tes qui est le plus malin de nous trois. » Allemagne du 1er au 3 novembre 2002 sous le thème « Célébrer un
Après des jours et des jours où le vent héritage et faire face à une mission : les étudiants adventistes d’aujourd’hui
et la pluie avaient régné sans partage, la peuvent-ils enfiler les chaussures des réformateurs ? »
« mère de toutes les tempêtes » finit par
Sujets : « Luther et le message adventiste », « La théologie adventiste peut-
se calmer. Mauve regagna sa maison, la
trouva intacte et se mit à la nettoyer. Cel- elle être moderne ? », « Gardiens de la flamme ou conservateurs des
le de Prune avait cessé d’exister et il déci- cendres ? », « Katherina de Bora, l’épouse de Luther », « Comment aimer
da donc, tout bien réfléchi, de la recons- Dieu de toute notre pensée ? »
truire en un lieu plus sûr. Quand les se-
Rapports d’activités universitaires, et autres.
cours vinrent constater comment Bor-
deaux s’en était tiré, ils ne trouvèrent Site : Feriendorf Eisenberg, DE 36275 Kircheim, Allemagne (à 25 km au
plus rien. La maison avait rompu ses sud-est de Stuttgart, Route A7, entre Fulda et Kassel).
amarres et avait été entraînée comme un
fétu de paille par la tempête déchaînée. Logement : Petits groupes en dortoir dans plusieurs bâtiments.
Nul ne la revit jamais.
Coût : 50 Euros par personne pour la pension avec les repas du vendredi
Et un journaliste de conclure ainsi son
soir au dimanche midi.
reportage sur l’affaire : « Il semble
qu’après tout il n’y ait eu en fait que deux Langues : Traduction simultanée en plusieurs langues au moyen
possibilités entre lesquelles choisir. » d’écouteurs.

Gary Swanson édite CQ, auparavant Inscription : Les places sont limitées. Contacter Therese Sanchez avant le
The Collegiate Quarterly (un guide pour 10 septembre 2002 par e-mail : therese.sanchez@euroafrica.org
l’Ecole du sabbat destiné aux universitai-
Venez et fraternisez internationalement ! Rendez-vous au congrès !
res), et est l’auteur de nombreux articles.
www.cq.youthpages.org

Dialogue 14:2 2002 23


Pour votre information
Le département de la Jeunesse et les
ministères sur les campus
Alfredo García-Marenko

L e département de la Jeunesse de la Con-


férence générale s’est engagé à travailler
de manière suivie et dynamique
auprès des jeunes et des jeunes adultes de
l’Église. « Salut et service » sont les mots
nisation, les programmes et les activités
proposés par ce département dans le
monde entier. Notre jeunesse est appelée
à expérimenter la joie du salut et à servir
le Seigneur et ses semblables par l’entre-
4. Préparation d’activités chrétiennes
variées et équilibrées
Pour ne pas perdre de vue ces priorités
et les mettre en action dans le monde en-
tier, le comité directeur du département
clés qui résument les objectifs du départe- mise des groupes organisés au sein de
de la Jeunesse au niveau de la Conférence
ment de la Jeunesse. Ce mot d’ordre cha- l’Église : clubs d’Explorateurs et de Com-
générale a pris les décisions suivantes lors
peaute la philosophie, les idéaux, l’orga- pagnons, sociétés de jeunesse, clubs de
de l’une de ses dernières sessions.
chefs-guides et de leaders de jeunesse, et
associations d’étudiants universitaires.
Ministères sur les campus
Ces organisations sont toutes importan-
Étant donné que les jeunes adultes de
Dialogue pour tes et essentielles pour le bon fonctionne-
ment de l’ensemble.
niveau universitaire étudiant dans nos
institutions adventistes du septième jour
vous, Les plus récentes de ces organisations
ou dans des universités publiques for-
de jeunesse sont peut-être les associations
gratuitement ! d’étudiants universitaires, établies pour
ment au sein de notre Église un groupe
intellectuel privilégié ayant besoin d’être
Si vous êtes étudiant adventiste dans
nourrir spirituellement et soutenir les
nourri spirituellement, organisé et formé
une université non adventiste, l’Église vous
jeunes adventistes du septième jour qui
pour le leadership et le service chrétien,
offre Dialogue gratuitement pendant la du-
étudient dans des écoles supérieures et
rée de vos études. (Si vous ne répondez
des universités publiques. Il y a quelques
Il est voté :
pas à cette condition, vous pouvez vous
années, les départements de la Jeunesse,
1. Que dans toutes les universités ad-
abonner à Dialogue en utilisant le coupon
de l’Aumônerie et de l’Éducation se sont
ventistes les ministères sur les cam-
de la page 11.) Contactez le directeur du
unis pour créer un service destiné aux
pus et auprès de la jeunesse soient
département de la Jeunesse ou celui du
jeunes adultes n’étudiant pas dans des
placés sous la direction du vice-pré-
département de l’Éducation de votre
institutions adventistes. Il s’agit du CE-
sident chargé des étudiants ou de
union et demandez à être inclus dans le
DUA* (Comité pour les étudiants et di-
toute autre personne nommée par
réseau de distribution de la revue. Précisez
plômés universitaires adventistes). L’ob-
l’administration qui veillera à l’or-
votre nom (en entier), votre adresse, votre
jectif premier de ce ministère est de per-
ganisation, au fonctionnement et à
université ou établissement d’enseigne-
mettre aux étudiants de fraterniser, et de
la coordination de toutes les orga-
ment supérieur, le diplôme que vous visez
leur offrir un soutien spirituel et intellec-
nisations de jeunesse de l’Église,
et le nom de l’église locale dont vous
tuel pour les aider à surmonter les défis
des différents clubs et associations
êtes membre. Vous pouvez aussi écrire à
auxquels ils doivent faire face en tant que
d’étudiants.
votre représentant régional (adresse
chrétiens et à rester fidèles à la vérité qui
2. Que dans toutes les divisions,
page 2), et joindre une copie de votre
a été annoncée aux saints.
unions et fédérations/missions, le
lettre à l’un des directeurs mentionnés
Par conséquent, nous considérons que
département de la Jeunesse tra-
plus haut. En Amérique du Nord, vous
l’appel à travailler en faveur des jeunes
vaille conjointement avec les dé-
pouvez téléphoner gratuitement au
adultes est de toute première importance.
partements de l’Éducation et de
1-800-226-5478, nous envoyer un fax au
Ce ministère destiné à tous les jeunes
l’Aumônerie pour mettre sur pied
301-622-9627 ou un message électroni-
adultes adventistes, y compris à ceux qui
et faire fonctionner selon les direc-
que au : 74617,464@compuserve.com
étudient dans des universités publiques, a
tives votées par le comité exécutif
ou ssicalo@yahoo.com
quatre priorités :
de la Conférence générale un comi-
Si vous n’obtenez pas de résultats par 1. Encouragement de la croissance té semblable au CEDUA, comité or-
ces contacts, écrivez à notre adresse spirituelle des jeunes adultes ganisé par la Conférence générale.
page 2. 2. Évangélisation par les jeunes
3. Formation de leaders Suite page 27

24 Dialogue 14:2 2002


Échanges
Déployez le intérêts : musique religieuse, sports, bien-
faisance ; correspondance en anglais ou
tagalog. Adresse : Adventist University of
dor ; EL SALVADOR. E-mail :
patyromero@biblio.ues.edu.sv
Janet Hernández L. : JF 23 ans ; céli-
the Philippines ; Puting Kahoy, Silang, bataire ; infirmière ; intérêts : musique,
réseau de Cavite ; P.O. Box 1834 ; PHILIPPINES. E-
mail : Joana_888ph@yahoo.com
Alpha O. Citra : JF 21 ans ; célibatai-
nature, sports ; correspondance en espa-
gnol. Adresse : Edificio 34, Apart. 13 ;
Rept. Villa Nueva, Holguín ; 80500 CUBA.

vos amitiés re ; prépare un diplôme d’administration


commerciale à Aquinas University ; inté-
rêts : voyages, langues, poésie ; correspon-
Mildrede Jatoonah : JF 26 ans ; céli-
bataire ; représentante médicale ; inté-
rêts : lecture, musique religieuse, échange
dance en anglais ou philippin. Adresse : d’idées ; correspondance en français ou

É
tudiants et professionnels adventistes dé- Basud San Rafel ; Guinobatan, Albay ; anglais. Adresse : 22 Bonne Veine ; Quar-
sirant correspondre avec des collègues 4503 PHILIPPINES. tier Militaire ; MAURICE.
d’autres parties du monde. E-mail : alpha_202k@yahoo.com Adrian Kampmann : JH 28 ans ; cé-
Sunday U. Edem : JH 29 ans ; céliba- libataire ; technicien dentiste ; intérêts :
taire ; médecin ; intérêts : évangélisation, cyclisme, natation ; aimerait communi-
Flordilez N. Alba : JF 20 ans ; céliba- nature, bienfaisance ; correspondance en quer avec d’autres malentendants ad-
taire ; prépare un diplôme d’anglais ; inté- anglais. Adresse : Health Care Centre ; No. ventistes ; correspondance en espagnol
rêts : musique classique et religieuse, cui- 42 Faith Road ; P.O. Box 2992 ; Uyo, Akwa ou portugais. Adresse : 9 de Julio 717 ;
sine, randonnée ; correspondance en an- Ibom State ; NIGERIA. 3315 L. N. Alem ; Misiones ; ARGENTI-
glais. Adresse : C-1188 Samaloc Drive, Changui Mwendambio Elonga : JH NE. E-mail : ijbacom@ssdnet.com.ar
Lower Calavian ; 7000 Zamboanga City ; 26 ans ; célibataire ; prépare un diplôme Andrew Kasozi : JH 19 ans ; célibatai-
PHILIPPINES. d’administration commerciale à l’Univer- re ; prépare des diplômes de sciences so-
Barbara Amma Ampong : JF 19 ans ; sité adventiste Wallace ; intérêts : photo- ciales et administration commerciale ; in-
célibataire ; étudie l’économie ménagère ; graphie, informatique, activités de jeu- térêts : lecture, musique, sports ; corres-
intérêts : voyages, chant, activités d’égli- nesse ; correspondance en français ou pondance en anglais. Adresse : P.O. Box
se ; correspondance en anglais. Adresse : swahili. Adresse : P.O. Box 6965 ; Kampa- 26 ; Kyambogo, Kampala ; OUGANDA.
Seventh-day Adventist Church ; Post Offi- la ; OUGANDA. E-mail : Claudio Koncilja : JH 27 ans ; céliba-
ce Box 8 ; Kwame Danso, B/A ; GHANA. g2066293@inmarsat.Francetelecom.fr taire ; étudie les arts graphiques à l’Insti-
Brenda Antri F. : JF 23 ans ; célibatai- Eduardo Escalona : JH 34 ans ; céliba- tuto de Estudios Superiores ; intérêts :
re ; étudie la technologie médicale à taire ; professeur d’université ; intérêts : musique, piano, évangélisation par la
l’Universidad Austral de Chile ; intérêts : voyages, camping, bonne musique ; cor- radio ; correspondance en espagnol ou
films, musique classique, nouveaux amis ; respondance en espagnol ou anglais. allemand. Adresse : Tucumán 1251 ;
correspondance en espagnol. Adresse : Adresse : Carrera 1 entre Calles 7 y 8, # 7- 5972 Pilar, Córdoba ; ARGENTINE. E-
Rene Schneider 3822 ; Valdivia ; CHILI. E- 55, Pueblo Nuevo ; Barquisimeto, Lara ; mail : german_ariel_torres@yahoo.com
mail : brendantrix@yahoo.com VENEZUELA. Valeria Kremneva : JF 29 ans ; céliba-
Jacques B. Bakano : JH 24 ans ; céli- E-mail : eduardoescalona@LatinMail.com taire ; ingénieur en télécommunications ;
bataire ; étudiant en théologie à l’Univer- Anel García G. : JF 20 ans ; célibatai- intérêts : prophétie biblique, informati-
sité adventiste Wallace ; intérêts : lecture re ; prépare un diplôme de chimie clini- que, programmation ; correspondance en
de la Bible, activités de jeunesse, nou- que à l’Universidad Veracruzana ; inté- espagnol, russe ou anglais. Adresse : Ma-
veaux amis ; correspondance en français rêts ; musique chrétienne, voyages, étu- nuel Fajardo #52 entre Maceo y Campo ;
ou swahili. Adresse : P.O. Box 6965 ; Kam- de d’autres pays ; correspondance en es- Manacas, Villa Clara ; 54510 CUBA.
pala ; OUGANDA. E-mail : pagnol, français ou anglais. Adresse : Keila Rejane Alves Macedo : JF 28
g2066293@inmarsat.francetelecom.fr Marruecos 828, Col. Gaviotas Sur, Sector ans ; célibataire ; termine ses études de
Andresa Brito : JF 23 ans ; célibatai- San José ; 86090 Villahermosa, Tabasco ; médecine ; intérêts : peinture et design,
re ; a un diplôme d’assistance sociale de MEXIQUE. E-mail : musique chrétienne, nouveaux amis ; cor-
l’Universidade Federal de Alagoas ; inté- garcia-anel@correoweb.com
rêts : musique, voyages, camping ; cor- Fernando González M. : H 38 ans ;
respondance en portugais. Adresse : Cai- célibataire ; médecin (médecine de fa-
xa Postal 83 ; 57300-970 Arapiraca, Ala- mille et urologie) ; intérêts : science et re-
goas ; BRÉSIL. E-mail :
andresabritos@bol.com.br
ligion, sports, tout ce qui améliore la vie ; Fides et Libertas
correspondance en espagnol ou anglais.
José A. Caballero : JH 30 ans ; céliba- CUBA. E-mail : fegon@finlay.cmw.sld.cu L’Association internationale de liberté
taire ; termine ses études de droit à l’Uni- or fegon@infrance.com religieuse publie dans la revue Fides et Li-
versidad Nacional de Panamá ; intérêts ; Claudia Patricia Guerra : JF 25 ans ; bertas des articles sur le sujet. Les lecteurs
musique, télévision, nouveaux amis ; cor- célibataire ; prépare un diplôme d’admi- s’intéressant aux questions de liberté reli-
respondance en espagnol. Adresse ; Cor- nistration commerciale ; intérêts : activi- gieuse peuvent en demander un spéci-
reo El Dorado, Entrega General, Panamá ; tés avec les Explorateurs, musique chré-
RÉPUBLIQUE DE PANAMA. men à son rédacteur, Dr John Graz, par
tienne, informatique ; correspondance en
Joana Mariano Capuyan : JF 18 ans ; e-mail : 74532.240@compuserve.com
espagnol. Adresse : Col. Manzano, Calle
célibataire ; fait ses études d’infirmière ; Vilanova No. 926 ; San Jacinto, San Salva-

Dialogue 14:2 2002 25


respondance en portugais, espagnol ou pine Adventist College ; P.O. Box 3749 ; Christian Dental College ; Ludhiana ; Pu-
anglais. Adresse : Rua Noriasu Ishikawa 8002 Digos City ; PHILIPPINES. njab ; 141008 INDE. E-mail :
1888 B, Jardim Iguacu ; Maringa, Parana ; Marcela Giselle Pucci : JF 24 ans ; cé- vids82@yahoo.com
BRÉSIL. E-mail : keilarejane@hotmail.com libataire ; a un diplôme de kinésithérapie Jasmine Htang Dim Seap : JF 24 ans ;
Irene Mbabazi : JF 23 ans ; célibatai- de l’Universidad Nacional de Córdoba ; célibataire ; a un diplôme d’enseigne-
re ; fait ses études de médecine ; intérêts : intérêts : musique, lecture, voyages ; cor- ment ; intérêts : chant, piano, témoignage
chant, voyages, soins aux malades ; cor- respondance en espagnol. Adresse : Obis- chrétien ; correspondance en anglais.
respondance en anglais ou swahili. Adres- po Fajardo 2148 ; 5000 Córdoba ; ARGEN- Adresse : No. 68 Uwisara Road, Dagon
se : P.O. Box 724 ; Fort Portal ; OUGAN- TINE. E-mail : mur906090@hotmail.com Township ; P.O. Box 11191 ; MYANMAR.
DA. K. Manohar Raju : JH 26 ans ; céliba- Ana Paula Libois Tavares : JF 20 ans ;
Ptang’uny arap Mokin : JH 24 ans ; taire ; a une maîtrise en religion de Spicer célibataire ; fait des études de pharmacie à
célibataire ; prépare un diplôme en éduca- Memorial College ; intérêts : lecture, in- l’Universidade Metodista de Piracicaba ;
tion spéciale à Maseno University ; inté- formatique, musique ; correspondance en intérêts : piano, flûte, chant en chœur,
rêts : étude de la Bible, chant, sports ; cor- anglais. Adresse : c/o Pastor K. R. Jones ; découverte d’autres cultures ; correspon-
respondance en anglais ou kiswahili. Orissa Region of Seventh-day Adventists ; dance en portugais ou anglais. Adresse :
Adresse : P.O. Box 322 ; Chwele ; KENYA. Gopabandu Nnagar, Hill Patna Post ; Be- Estrada de Itapecerica, 5859 Casa 10 ; Sao
Ptanamo2000@yahoo.com rhampur, 760005 Ganjam District, Oris- Paulo, S.P. ; 05858-001 BRÉSIL. E-mail :
Naybuti Emmanuel Momanyi : JH 26 sa ; INDE. anapaulalibois@bol.com.br
ans ; célibataire ; fait ses études de droit à E-mail : manokhand@yahoo.co.in Eberechi Uhegwu : JF 27 ans ; céliba-
Shivaji University ; intérêts : voyages, or kmanoharraju@indya.com taire ; fait ses études de médecine à l’Uni-
sports, camping ; correspondance en an- Wilnelia Ramírez : JF 22 ans ; céliba- versity of Calabar ; intérêts : recherche
glais, swahili ou ekegusii. Adresse : Kore taire ; fait des études de lettres à l’Univer- scientifique, nouveaux amis ; correspon-
Nagar Plot 14 ; Kolhapur 416013 MS ; sidad Adventista de las Antillas, Porto dance en anglais. Adresse : 7 Asuquo Aba-
INDE. E-mail : mo@mkenya.com Rico, U.S.A. ; intérêts : conversations au si St. ; Calabar, C.R.S. ; NIGERIA.
Landrine Mvele : JF 27 ans ; célibatai- sujet de Dieu, sports, nouveaux amis ; Andrien Van : JH 36 ans ; célibataire ;
re ; étudiante en théologie ; intérêts : lec- correspondance en espagnol. E-mail : étudie l’informatique ; intérêts : voyages,
ture, cuisine, échange d’expériences reli- wilne_@hotmail.com musique classique et chrétienne, sports ;
gieuses ; correspondance en français ou Davelynn Olivia David Rampas : JF correspondance en français ou anglais.
anglais. Adresse : P.O. Box 191 ; Yaoundé ; 19 ans ; célibataire ; étudie la comptabilité Adresse : 42/8 rue de Provence ; 59370
CAMEROUN. E-mail : à KIK College ; intérêts : lecture, piano ; Mons-en-Barœul ; FRANCE.
Landrine@yahoo.com correspondance en anglais et malais. Sandra Liliana Villegas : JF 20 ans ;
Carles W. E. Mwambene : JH 27 ans ; Adresse : PPM No. 166l ; 88450 Mengga- célibataire ; fait des études d’odontolo-
marié ; enseignant ; intérêts : romans, tal, Kota Kinabalu ; Sabah ; MALAISIE. E- gie au Colegio Universitario Odontoló-
musique religieuse, football ; correspon- mail : davelynne@yahoo.com gico Colombiano ; intérêts : chant, pia-
dance en anglais ou chichewa. Adresse : Willie Reia : JH 19 ans ; célibataire ; no, nouveaux amis ; correspondance en
Nyungwe F. P. School ; Post Office Box prépare un diplôme d’administration espagnol ou anglais. COLOMBIE. E-
10 ; Nyungwe, Caronga ; MALAWI. commerciale à l’université de Papouasie- mail : sanly3@LatinMail.com
Reginald Okpulor : JH 28 ans ; céliba- Nouvelle-Guinée ; intérêts : étude de la
taire ; diplômé en microbiologie ; inté- Bible, humour, football, volley-ball ; cor-
rêts : football, ping-pong, lecture ; corres- respondance en anglais. P.O. Box 7787 ; Si vous êtes étudiant ou professionnel ad-
pondance en anglais. Adresse : P.O. Box Boroko, N.C.D. ; PAPOUASIE-NOUVELLE- ventiste et désirez que votre nom paraisse
2423 ; Aba, Abia State ; NIGERIA. E-mail : GUINÉE. dans cette rubrique, veuillez envoyer vos
regokpulor@yahoo.com Myrian Rivera H. : JF 19 ans ; céliba- coordonnées — nom, adresse (et e-mail le
Geovanna Ortega S. : JF 24 ans ; céli- taire ; étudie les sciences psychosociales à cas échéant), âge, sexe, état civil, école fré-
bataire ; a un diplôme de comptabilité de l’Universidad Interamericana ; intérêts : quentée, domaine d’études ou diplôme
l’Universidad Central del Este ; intérêts : musique, camping, découverte d’autres obtenu, intérêts, passe-temps, ainsi que la
musique chrétienne, témoignage chré- cultures ; correspondance en espagnol ou ou les langues dans lesquelles vous désirez
tien, nouveaux amis ; correspondance en anglais. Adresse : Bzn. 1709, Bo. Tablo-
correspondre — à DIALOGUE Interchange,
espagnol. Adresse : c/ Altagracia # 14, Sec- nal ; Aguada, Porto Rico 00602 ; U.S.A.
12501 Old Columbia Pike, Silver Spring,
tor Gualey ; Hato Mayor del Rey ; RÉPU- María Antonia Rosales : JF 27 ans ;
BLIQUE DOMINICAINE. célibataire ; fait ses études de droit à MD 20904-6600, U.S.A. Veuillez dactylo-
Gabriela Palade : JF 34 ans ; célibatai- l’Universidad Nacional de Córdoba ; inté- graphier ou écrire lisiblement, ou commu-
re ; économiste ; intérêts : lecture, voya- rêts : films, activités physiques, piano ; niquer ces renseignements par e-mail :
ges, la mer ; correspondance en roumain correspondance en espagnol ou allemand. ssicalo@yahoo.com. Seuls seront inclus
ou français. Adresse : loc. Moscu - 6267 ; Adresse : Blvd. Italia 241 ; 5900 Villa ceux qui nous communiqueront tous les
jud. Galati ; ROUMANIE. María, Córdoba ; ARGENTINE. E-mail : renseignements ci-dessus. La revue ne
Melody Pedaleña : JF 22 ans ; céliba- german_ariel_torres@yahoo.com peut endosser la responsabilité de l’exacti-
taire ; prépare un diplôme de gestion Vidhya Sagar : JH 21 ans ; célibataire ; tude des informations soumises ni du con-
commerciale ; intérêts : échecs, lecture, fait des études d’odontologie ; intérêts :
tenu des correspondances qui pourraient
musique religieuse ; correspondance en basket-ball, guitare, piano, aventures ;
s’ensuivre.
anglais ou tagalog. Adresse : South Philip- correspondance en anglais. Adresse :

26 Dialogue 14:2 2002


Régime sans viande… Nutrition 70 (supplément, 1999) : 5325-
5385. Jeunesse…
Suite de la page 11 5. Peter Singer et Tom Regan sont les Suite de la page 24
auteurs les mieux connus de cette
catégorie. La libération animale de Peter
Singer (publié en 1975, édition française 3. Que durant la première partie de ce
plement, moralement digne de louan-
publiée en 1993) a apporté à la cause quinquennat les divisions, les
ges. végétarienne sa dimension éthique. unions et les fédérations/missions
6. Paul R. Amato et Sonia A. Partridge, The
complètent l’organisation de nou-
Mark F. Carr (doctorat de l’université de New Vegetarians : Promoting Health and
Protecting Life (New York : Plenum Press, velles associations d’étudiants uni-
Virginie) est professeur associé de religion, versitaires, selon le modèle de sta-
1989), p. 34.
et Gerald R. Winslow (doctorat de la Gra- 7. Voir Jeremy Rifkin, Beyond Beef : The Rise tuts et de règlements pour les asso-
duate Theological Union) est doyen et pro- and Fall of the Cattle Culture (New York : ciations d’étudiants [disponible
fesseur d’éthique chrétienne à la faculté de Dutton Books, 1992).
8. Voir Frances Moore Lappe, Sans viande et auprès de votre département de
religion, à l’université de Loma Linda, en Jeunesse], ainsi que le recensement
sans regrets : un régime alimentaire pour une
Californie. E-mails : mcarr@rel.llu.edu ; petite planète (Montréal : Multimédia des étudiants universitaires dans les
gwinslow@rel.llu.edu Robert Davies, 2002). écoles adventistes ou publiques
9. Amato et Partridge, op. cit.
afin de pouvoir leur offrir systéma-
Notes et références 10. Lappe, op. cit., p. xviii.
11. Ibid. tiquement la revue Dialogue, des in-
1. Les « végétariens moraux » ne sont pas
des gens moralement droits. Il s’agit de 12. Ibid., p. xix. formations locales, des outils mis-
ceux qui adoptent ce régime pour des 13. Andrew Linzey, Animal Theology sionnaires et d’autres publications.
raisons éthiques. Cf. Paul R. Amato et (Chicago : University of Illinois Press, 4. Que chaque fédération/mission
Sonia A. Partridge, The New Vegetarians : 1995), p. 58, 59.
14. Ibid. nomme des aumôniers — employés
Promoting Health and Protecting Life (New
15. Sharon Bloyd-Peshkin, « Mumbling de l’Église ou laïcs — pour travailler
York : Plenum Press, 1989), p. 35 sq. ;
Andrew Linzey et Jonathan Webber, About Meat », Vegetarian Times (octobre auprès de nos jeunes adultes étudiant
« Vegetarianism », Dictionary of Ethics, 1991), p. 72. dans des universités publiques.
Theology and Society (New York : 16. Tom Regan fait état de cette position
5. Que les fédérations et les unions or-
Routledge, 1996) ; Gotthard M. Teutsch, dans All That Dwell Therein, p. 4, qu’il est
possible que les végétariens « souffrent de ganisent chaque année une re-
« Killing Animals : Reflections on the
Ethics of Meat Eating », Universitas 2 sentimentalité perverse », qu’ils traite spirituelle ou un congrès
(1993) : 98-107. « représentent un mode de vie où une pour leurs étudiants universitaires.
2. Tom Regan, All That Dwell Therein : sentimentalité excessive a contaminé les 6. Que ce ministère soit exécuté selon
Animal Rights and Environmental Ethics marges de l’action rationnelle ». Lui-
même n’approuve pas cette réaction, tout les directives et les idées publiées
(Berkeley : University of California Press,
en ne tenant aucun compte de la force par le CEDUA dans le Sourcebook for
1982), p. 4. Peter Singer, auteur de La
libération animale (Paris : Grasset, 1993) du sentiment dans sa démarche pour Adventist Ministry on the Public Uni-
place aussi la question au-delà du seul poser un « fondement rationnel » du versity Campus.
souci de la manière dont sont traités les végétarisme.
7. Que le département de la Jeunesse
animaux : « [Le végétarisme] n’est pas 17. David Hume, Enquête sur les principes de
la morale (Paris : Flammarion, 1991 — de la Conférence générale, en colla-
qu’un geste symbolique. Devenir
végétarien est la démarche la plus date de première publication : 1751 en boration avec les départements de
pratique et la plus efficace à adopter pour Grande-Bretagne), p. 134 d’une l’Éducation et de l’Aumônerie, pré-
parvenir à mettre fin à la tuerie des réimpression américaine, publiée par pare un manuel pour les ministères
animaux non humains et aux souffrances Open Court Publishing en 1995 ; citation
traduite de l’anglais. sur les campus.
qu’on leur inflige. » (P. 165 de l’édition
de poche américaine, publiée par Avon 18. Annette Baier, « Hume, David »,
Books ; citation traduite de l’anglais.) Encyclopedia of Ethics (New York : Garland Travaillons ensemble pour instaurer par-
3. Voir la contribution de William O. Publications, 1992). tout dans le monde ce ministère particulier.
Stephens, « Five Arguments for 19. Edward F. Mooney, « Sympathy »,
Les trompettes retentissent. Jésus revient
Vegetarianism », Environmental Ethics : Encyclopedia of Ethics.
20. Lawrence Blum, « Compassion », bientôt. Aidons les étudiants universitaires
Concepts, Policy, Theory (Mountain View,
Californie : Mayfield Publishing Explaining Emotions, sous la dir. de A. à travailler au nom du Seigneur.
Company, 1998) ; Jordan Curnutt, « A Rorty (Berkeley : University of California Qu’ils sonnent de la trompette dans
New Argument for Vegetarianism », Press, 1980), p. 515. les universités publiques et dans le mon-
Journal of Social Philosophy 28 (hiver de universitaire. Maranatha !
1997) 3 : 153-172.
4. Pour une bonne introduction à
l’orientation de recherche qui illustre ce *En anglais : AMiCUS (Adventist Minis-
thème, voir G. E. Fraser, « Associations try to College and University Students).
Between Diet, Cancer, Ischemic Heart Alfredo García-Marenko dirige la section
Disease, and All-Cause Mortality in Non-
jeunes adultes pour le département de la
Hispanic White California Seventh-day
Adventists », American Journal of Clinical Jeunesse de la Conférence générale. E-mail :
marenkoa@gc.adventist.org

Dialogue 14:2 2002 27


Livres
tions essentielles, fondamentales et à découvrir les principes
sous-jacents à ces textes, afin d’éviter les interprétations extrê-
mes. Il l’incite aussi à tenir compte du contexte historique et
littéraire de chaque passage. Il consacre un chapitre à étudier
l’inspiration. Il montre qu’elle agit sur les pensées de l’auteur et
non directement sur ses mots, ce qui rend impossible toute no-
tion d’infaillibilité (p. 105-112). Il y a dans ces pages un excel-
lent antidote à toutes les interprétations erronées qui abondent
au sujet des écrits d’Ellen White.
Ellen White’s World dépeint une « vue aérienne », comme dit
G. Knight, des différents aspects du monde où elle vécut et au
sein duquel elle écrivit. Avant la guerre de Sécession, l’environ-
The Ellen White Series nement d’Ellen White fut l’objet d’une vague millénariste (reli-
par George R. Knight (Hagerstown, gieuse et séculière) et de nombreuses réformes en différents do-
Maryland : Review and Herald Publishing maines — santé, éducation, tempérance et abolition. Ce monde
Association, 1996-1999, brochés) : Meeting connut aussi des progrès techniques dans l’imprimerie et les
Ellen White : A Fresh Look at Her Life, transports. Dans la sphère religieuse, plusieurs mouvements
Writings, and Major Themes, 1996, 127 méritaient qu’on y prête attention : le développement d’un
p. ; Reading Ellen White : How to clergé laïque (dans les Églises baptistes et méthodistes), le retour
Understand and Apply Her Writings, à la Bible et au respect du sabbat, et la montée des mormons, du
1997, 140 p. ; Ellen G. White’s World : A spiritualisme et des sentiments anticatholiques. Dans le sillage
Fascinating Look at the Times in Which de la guerre de Sécession, les pulsions religieuses débouchèrent
She Lived, 1998, 144 p. ; Walking with sur des perspectives revivalistes et millénaristes, sur l’intensifi-
Ellen White : Her Everyday Life as a cation du libéralisme protestant de concert avec une réaction
Wife, Mother, and Friend, 1999, 140 p. conservatrice, et sur le développement des missions chez les
Noirs américains et dans les terres lointaines. Cet après-guerre
Recension de Nancy Vyhmeister fut aussi une époque riche en grands mouvements dans la socié-
té : le combat pour la tempérance, les revendications du monde
du travail, la lutte pour les droits de la femme, la question racia-

G eorge Knight, professeur d’histoire de l’Église au Séminaire


théologique adventiste de l’université Andrews, est de loin
le plus connu des historiens actuels de l’adventisme, auquel il a
le et le développement des loisirs. Knight s’attarde sur chacun
de ces aspects pour en rendre compte et pour montrer com-
ment Ellen White se situait par rapport à eux.
consacré plusieurs de ses nombreux écrits. Parmi ceux-ci, A Brief Walking with Ellen White nous présente la personne de
History of Seventh-day Adventists, A Search for Identity, et Organi- Mme White — la vie quotidienne de cette femme parmi sa fa-
zing to Beat the Devil, tous trois faisant partie de la collection mille, ses amis et ses adversaires. Knight nous en fait tout
« Adventist Heritage Series », traitent de la même période histo- d’abord un portrait personnel qui la montre persévérante dans
rique que les ouvrages sur Ellen White. l’adversité, tout entière consacrée à atteindre ses buts, modérée,
Son ambition, en rédigeant ces quatre livres, « n’était pas gentille, serviable — pourtant tout à fait humaine. Elle paraît
tant de présenter une nouvelle approche scientifique que… de sévère mais tolérante, timide mais ne se dérobant pas à la con-
rendre accessibles des documents et des idées » (Walking, p. 9). frontation. La seconde partie du livre discute de son mariage et
Et plutôt que de publier un gros volume de 600 pages, Knight a de sa vie de mère, ainsi que de ses finances. La troisième partie
préféré en produire quatre petits, tous de lecture facile et tout à fait l’analyse de l’itinéraire spirituel de cette femme de foi et de
fait intéressants. prière. La dernière section de l’ouvrage la montre dans son rôle
Meeting Ellen White se compose d’une biographie concise de de fidèle travailleuse ecclésiale, engagée dans la transmission du
Mme White, destinée « au lecteur moyen », d’une présentation message divin tout en se soumettant au mandat confié par
générale de ses écrits et d’une introduction aux grands thèmes l’Église. Dans ce livre, Knight fait revivre Ellen White et clarifie
qui en assurent l’unité : l’amour de Dieu, le grand conflit, la Bi- en même temps toute la portée de son œuvre de prophète.
ble au cœur de tout, le retour attendu du Christ, le message du Comme on pouvait s’y attendre, il développe avec lucidité
troisième ange et la mission des adventistes, ainsi que le chris- une pensée clairement organisée. Il enrichit ses arguments
tianisme pratique. C’est un véritable cours d’introduction à El- d’anecdotes qui font vibrer son ouvrage. Tout au long des ces
len White. quatre volumes, il fournit d’abondantes références à ses sources
Reading Ellen White suggère une approche pour comprendre primaires, publiées ou non. De nombreuses photos illustrent le
les écrits d’Ellen White. Une première partie traite de leur objec- texte. Une fois de plus, George Knight a produit un chef-d’œu-
tif, de leur rapport à la Bible et du rôle des compilations. Une vre !
seconde partie fait apparaître d’importants principes d’hermé- Je n’ai guère trouvé dans ces quatre livres matière à récrimi-
neutique. Knight exhorte le lecteur à se focaliser sur les ques- nation. Pour économiser de la place, les références sont insérées
28 Dialogue 14:2 2002
dans le texte avec des abréviations, alors que j’aurais préféré des logico-déductive à ce sujet, à cause, précisément, de ce qu’est
notes en bas de page. Les photos auraient bénéficié de légendes l’essentielle nature de Dieu.
plus complètes et explicites. On constate, sur l’ensemble de la La section « Raison et foi » traite du rôle de la foi dans la vie
série, que les répétitions ne manquent pas, ce qu’explique peut- et dans l’œuvre de quelques figures très respectées, qu’elles ap-
être le désir de l’auteur de faire de chacun des quatre volumes partiennent à la sphère de la science ou à celle du christianisme.
un livre indépendant. Plus d’un auteur relate comment l’ouvrage de F. F. Bruce (New
Cette série mérite d’être largement lue au sein de l’Église ad- Testament Documents — Are They Reliable ?) l’a aidé à accepter
ventiste du septième jour. Pour les pasteurs comme pour les l’historicité de Jésus, de ses miracles et de sa résurrection corpo-
laïcs, elle sera d’une lecture instructive et agréable, enrichissante relle. Les deux parties du livre sont imprégnées de l’influence
pour leur foi. Ces livres conviennent aussi fort bien aux non- exercée par des parents pieux et par des amis chrétiens sur le
adventistes intéressés par Ellen White et par son œuvre. développement des convictions de chacun. Certains auteurs di-
sent ne pas se rappeler avoir jamais vécu en état d’incroyance, la
Nancy Vyhmeister (doctorat de l’université Andrews) est professeur foi leur étant aussi naturelle que la respiration. La plupart d’en-
émérite de missiologie mondiale au Séminaire théologique adventiste de tre eux, cependant, se sont trouvés confrontés au défi de l’in-
l’université Andrews. Elle vit maintenant à Yucaipa, en Californie, où elle croyance. Certains des essais rassemblés dans ce volume affir-
exerce les fonctions d’écrivain, de rédacteur en chef, de grand-mère et de ment que tant le savoir rendu public (la science) que l’expérien-
soignante. E-mail : vyhmeist@andrews.edu ce individuelle (la foi) sont nécessaires pour appréhender les
réalités matérielles et immatérielles de la vie.
Il est décevant que cinq des auteurs ne traitent pas vraiment
The God Factor : 50 Scientists la question « Pourquoi crois-je en Dieu ? ». Leurs contributions
and Academics Explain Why expliquent surtout pourquoi ils croient en la création divine et
They Believe in God au déluge planétaire, et pourquoi ils sont chrétiens et ont foi en
sous la direction de J. F. Ashton (Sydney : la Bible. Certes, ces questions sont importantes, mais ces essais
Harper Collins, 2001 ; 379 p., broché). amoindrissent l’effet d’ensemble positif des 45 autres, consacrés
à la question d’une foi personnelle en Dieu.
Recension de Kevin de Berg Selon moi, la contribution la plus éloquente est due à la plu-
me de Philip Hill, professeur émérite d’ingénierie mécanique à
l’université de Colombie britannique (Canada). Son texte mon-
tre qu’il a pris au sérieux les arguments des sceptiques aussi bien
que ceux des croyants et qu’il estime que la vérité demeure en-
core un objectif important de la foi chrétienne, que ses effets sur
la vie de chacun soient positifs ou négatifs. « Malgré toute sa

L ’explication de la réalité qu’offre ce livre est de niveau univer-


sitaire, mais elle constitue aussi, et surtout, une alternative
aux théories matérialistes et naturalistes en vogue dans les uni-
beauté, écrit-il, j’abandonnerais le christianisme si on parvenait
à me persuader que c’est faux. Il est des gens qui disent à propos
du christianisme : “Qu’importe que ce soit vrai ? Tant que c’est
versités du monde contemporain. La moitié des 50 contribu- un réconfort, pourquoi devrais-je me soucier de sa véracité ?”
tions porte sur la raison et la foi, l’autre moitié traitant de la Mais je ne vois pas comment ce pourrait être un réconfort si ce
raison et de l’expérience. Tous les auteurs ont adopté une pers- n’était pas vrai. Je ne pourrais pas davantage l’ignorer s’il était
pective biblique et chrétienne. une source de total inconfort tout en étant vrai. Pour moi,
Selon eux, croire permet de mieux comprendre la nature donc, la question de la vérité est aussi inévitable qu’importan-
humaine et nous donne la possibilité de nous laisser guider par te. » (P. 51) Hill admet cependant que dans la foi il n’y a pas que
la providence dans nos mariages et nos carrières. La foi aboutit à l’aspect intellectuel qui compte, mais aussi le relationnel.
des réponses à nos prières, sous forme parfois d’un miracle de « Comme la foi chrétienne implique un rapport à Dieu, elle ne
guérison, parfois d’une transformation de la vie des gens pour le peut se limiter indéfiniment à un exercice intellectuel. Tôt ou
meilleur, les amenant à une expérience de paix et d’assurance, tard, comme dans toute bonne relation, la mise à l’épreuve doit
les soulageant dans l’adversité, donnant un sens nouveau à la céder la place à la confiance. » (P. 61)
vie et répondant aux plus profonds des besoins humains. Certains auteurs mentionnent des idées intéressantes mais
Les auteurs dissertent aussi du dessein et de la complexité controversées (la « théorie des signes »). Cet ouvrage est, dans
dans la nature. Une nature qui désigne le Seigneur comme son l’ensemble, une précieuse contribution à l’étude de la foi en
concepteur ultime. Les exemples fournis vont de la structure Dieu, d’autant plus que son style convient aussi bien au lecteur
complexe d’une simple cellule aux concepts requis pour voler, moyen qu’à l’érudit.
en passant par l’extrême précision des lois de la nature et par
toutes les interactions symbiotiques qu’on y rencontre. Ces Kevin de Berg (doctorat de l’université du Queensland, Australie) est
exemples sont cependant présentés comme autant de traces, et professeur de chimie et directeur du centre d’études scientifiques interdisci-
non de preuves, de l’existence de Dieu. D’ailleurs, certains plinaires à Avondale College, en Australie. Il édite le magazine Christian
auteurs tiennent à préciser que l’on ne dispose d’aucune preuve Spirituality and Science. E-mail : Kevin.deberg@avondale.edu.au

Dialogue 14:2 2002 29


Behind the Seen : God’s Hand in métaphores et de symboles, faisant référence à des auteurs bien
Esther’s Life… and Yours connus (Dillard, Swindoll et Tillich), impliquant des personna-
par Larry Lichtenwalter (Hagerstown, lités populaires (Phil Jackson) et racontant des anecdotes, per-
Maryland : Review and Herald Publishing sonnelles ou non (Androclès et le lion, les habits neufs de l’em-
Association, 2001 ; 160 p., broché). pereur), pour illustrer ses connexions. Le récit d’Esther, dit-il,
développe un grand nombre de sujets : quand on ne suit pas la
Recension de Wilma McClarty consigne d’obéissance à Dieu, l’histoire bascule ; Dieu inter-
vient souvent en exploitant le mal pour faire le bien ; les ins-
tructions du Seigneur sont révélées par des coïncidences ; les
gens ont besoin d’avoir conscience de l’empreinte de Dieu dans
leur vie ; il est essentiel d’avoir le courage d’admettre son identi-
té propre ; Dieu n’est pas indifférent et avertira son peuple

I nclusion embarrassante dans le canon biblique, l’histoire d’Es-


ther dérange. Martin Luther en regrettait les éléments païens.
Le Nouveau Testament ne renferme pas la moindre allusion à ce
avant qu’il ne soit trop tard ; s’attaquer au peuple de Dieu amè-
ne la fin des téméraires ayant osé le faire car, d’où qu’elle vien-
ne, l’aide attendue par les élus du Seigneur arrivera.
livre, pas plus que les manuscrits de la mer Morte n’y font réfé- Un vocabulaire coloré, des mots imagés, un ton de conversa-
rence. Et voici d’autres questions gênantes : pourquoi n’y trou- tion — tout cela captive le lecteur, d’autant que c’est tout le li-
ve-t-on aucune prière ? Pourquoi une Juive a-t-elle non seule- vre qui est empreint d’un style convivial.
ment dissimulé son identité mais aussi participé à l’élection En 160 pages seulement, l’apport de Behind the Seen est au
d’une nouvelle reine destinée à un roi païen, avec toute la di- niveau de nos attentes, mais plusieurs aires de réflexion mérite-
mension sexuelle que cela impliquait ? ront d’être revues si Lichtenwalter prépare un jour une seconde
Lichtenwalter ne se contente pas d’effleurer les problèmes édition. Il affirme, par exemple, qu’Esther demande aux Juifs de
que doit confronter tout analyste sérieux du livre d’Esther, et prier (p. 82), or ce n’est pas le cas. Il la présente comme modeste
c’est louable. Il en reconnaît d’emblée les aspects controversés. (p. 45), hypothèse dénuée de fondement, comme l’est celle qui
Son but, en écrivant une analyse de plus de la saga d’Esther, est veut qu’Esther ait mis de l’ordre dans sa relation avec Dieu
de montrer comment Dieu s’y prend quand il agit derrière le avant d’avoir pu agir. Il faut aussi déplorer l’absence notable,
décor (Behind the seen/scène : derrière ce que l’on voit). Le sous- dans la bibliographie, des ouvrages de Leland Ryken, critique
titre de son livre, « La main de Dieu dans la vie d’Esther… et littéraire biblique de premier plan. Enfin, Lichtenwalter croit
dans la vôtre », éclaire encore mieux son propos. que « l’auteur d’Esther veut nous faire reconnaître que c’est
Tout au long du livre, l’auteur fait le lien entre des passages Dieu seul qui vient au secours de Mardochée et que l’homme
précis de l’histoire d’Esther et des événements à venir lors de la n’a absolument rien eu à voir avec sa délivrance » (p. 105). Or, à
fin des temps. Ces fréquents parallèles donnent une dimension cause de l’évidente absence, dans le récit, de toute prière, de
pratique à son appréciable érudition. Dieu et du moindre élément religieux, je ne suis pas convaincue
Se basant sur le thème de l’intervention divine « derrière la de la validité de cette analyse. C’est peut-être bien le vœu de
scène », il développe son interprétation à l’aide de récits, de Larry Lichtenwalter, mais on peut douter que l’auteur du récit
ait eu cette idée en tête.
Ce livre brille par son organisation logique, son érudition
historique, son contenu aussi provocateur qu’agréable à lire —
Attention, rare combinaison. Mais ce qui en fait peut-être le plus une lec-
ture éminemment recommandable, c’est la pertinence qu’il
Professionnels Adventistes donne, pour le lecteur d’aujourd’hui, à toute la saga d’Esther —
fascinant récit de beauté, d’intrigues de palais, de sexe, de re-
Si vous êtes titulaires d’au moins une maîtrise ou d’un diplôme vanche et d’histoire. Lichtenwalter s’empare des aspects pure-
équivalent en tous domaines, le Réseau des Professionnels Adven- ment historiques de cette histoire pour leur donner une dimen-
tistes (RPA), registre mondial tenu sur internet, aide les institutions sion universelle. Il interpelle : « Es-tu un Juif habitant Suse ? »
et les organismes qui en font partie à repérer les consultants ayant (p. 51), es-tu en lutte avec ton identité chrétienne ? Aujourd’hui
l’expertise requise, les bénévoles volontaires pour des missions de encore, Dieu continue d’agir derrière la scène pour intervenir
courte durée et les personnes dont le profil correspond à des pos- dans nos vies.
tes à pourvoir dans l’enseignement, l’administration, la recherche. L’ouvrage se conclut sur une promesse et sur un appel :
Inscrivez-vous directement, avec vos renseignements profession- « Dieu peut ranimer la flamme ! » et donc : « Accepte de lui de-
nels, sur le site web du RPA : voir ton identité. »
http://apn.adventist.org
Wilma McClarty (doctorat en éducation de l’université du Montana)
Et encouragez d’autres professionnels adventistes qualifiés à dirige le département d’anglais de l’université adventiste Southern, à
faire de même ! Collegedale, dans le Tennessee. E-mail : wmclarty@southern.edu

30 Dialogue 14:2 2002


Perspective
Dieu en procès ?
E. Edward Zinke

L ’heure est enfin arrivée. C’est le plus


formidable événement de toute
l’histoire de l’univers et vous y as-
sistez. En fait, l’assistance est formée de
tous ceux qui ont vécu sur cette terre.
certains de traiter Dieu selon l’équité la
plus totale. Quand nous en aurons fini,
nous voulons avoir la certitude de dispo-
ser d’une base de référence tout à fait clai-
re pour le juger. Cela vous semble-t-il jus-
comprend la nature humaine et le jeu de
la vie, qui sait comment les mettre en scè-
ne, afin que nous puissions plus aisément
appréhender les problèmes qui se posent.
Je propose Shakespeare! » Et voilà que,
Le cadre ressemble à un amphithéâtre te ? » soudainement, il semble qu’un peu par-
grec, mais infiniment plus vaste, en for- Une immense ovation tient lieu de ré- tout dans le public des gens se dressent
me de demi-cercle et aux gradins permet- ponse. Napoléon s’incline et, levant les pour faire leur proposition — des poètes,
tant à tous de bien voir. L’acoustique est bras, fait à nouveau taire l’assistance. des musiciens, des artistes…
superbe. « Je suggère maintenant, reprend-il, C’est enfin Sir Francis Bacon, célèbre
Quelqu’un, tout d’un coup, entre en que, dans le meilleur style démocratique, philosophe et homme d’Etat du XVIIe siè-
scène, un monsieur distingué, qui tente nous choisissions un président — ou bien cle, qui parvient à obtenir l’attention de
de faire taire la foule. Napoléon1, célèbre une présidente — des débats et je recom- tous : « J’ai été vraiment ébloui par les
général et ancien empereur des Français, mande que l’on désigne un général pour progrès que la révolution scientifique
s’avance de plusieurs pas. « Ce qui nous a assumer cette tâche importante. Doués nous a offerts. Fondation de la découver-
amenés ici, déclare-t-il, est de toute pre- pour la persuasion et pour l’organisation te et de la connaissance, la science a fait
mière importance. Ce n’est pas le procès des gens, les généraux savent mettre de des miracles de guérison, rendu possibles
de l’année ou du siècle, ni même du mil- l’ordre dans le chaos. Je propose de nom- les voyages et les communications de
lénaire. C’est LE procès de tous les temps mer à cette fonction Alexandre le Grand, masse, découvert d’énormes sources
— le procès de Dieu. Nous voulons savoir ce formidable général grec qui sut bâtir un d’énergie et nous a permis d’explorer les
s’il est digne d’être Dieu. Nous allons empire encore plus vaste que le mien. » profondeurs marines et l’espace. Nous
nous pencher sur ses actions pour voir si À ces mots, Néron se dresse immédia- avons besoin d’un savant, quelqu’un
elles ont toutes été empreintes de sagesse, tement : « Pourquoi choisir Alexandre ? ayant la capacité de faire la synthèse de
s’il a préservé la liberté et la paix, s’il a agi Moi qui fus à la tête du grand Empire ro- tout cet immense savoir scientifique, ce
avec amour et justice. » main, celui qui conquit la Grèce, je me qui nous donnera la meilleure base possi-
« Notre première tâche, poursuit Na- présente à ce poste et vous remercie ! » ble pour notre verdict sur Dieu. Je propo-
poléon, sera de déterminer ce qu’est la Napoléon, plein d’orgueil, fait un pas se la candidature de Darwin. »
vérité, afin de disposer d’une base de réfé- en avant. « Nul ne peut faire acte de can- Avec douceur, Platon se lève et capte
rence pour juger Dieu. Après avoir étudié didature. Vous devez aborder cette tâche l’attention de l’assemblée. « Depuis ma
la nature, l’histoire et les rapports inter- avec humilité. Sans quoi, cela va de soi, je résurrection, j’ai été étonné par les der-
personnels, nous en tirerons des princi- me serais choisi moi-même. » nières conquêtes de la science. Je com-
pes de vérité, ces principes qui régissent « Alexandre est un grand homme, prends aussi le besoin d’appréhender la
le fonctionnement de l’univers. Ensuite c’est indéniable, mais il a trop d’ennemis, complexité de l’esprit humain et je sou-
viendra le tour de la vérité sur Dieu. S’il se proteste une voix dans la foule. Il est mal tiens la recherche d’un principe organisa-
conforme à ces principes universels, nous placé pour susciter un consensus. teur de la connaissance. Mais la responsa-
pourrons prononcer un jugement ration- D’ailleurs, ce sera le problème de n’im- bilité de regrouper en un tout intégré
nel en sa faveur et l’univers pourra l’ado- porte quel autre général. Passons à un l’ensemble des disciplines humaines
rer avec une pleine assurance. autre postulant. » L’assistance est évidem- n’incombe pas à la science, mais à la phi-
« Quant au jury — eh bien, il s’agit de ment d’accord avec cette suggestion et losophie. Je propose donc Socrate, père
vous, de vous tous. Ce sera à vous de déci- Napoléon semble un peu chagriné que de la philosophie et de la réflexion hu-
der. Le procureur général — c’est vous l’on ait si facilement éliminé son poulain, maine. Qui doutera qu’il soit le plus qua-
aussi. Et le juge — eh bien, c’est aussi à mais il se reprend bien vite et demande : lifié pour nous guider dans le processus
vous qu’échoit cette fonction. Et mainte- « Bon, d’accord, y a-t-il d’autres sugges- de recherche qui doit aboutir à un juste
nant, mesdames et messieurs — oh ! et tions ? » verdict, auquel nous puissions tous con-
bienvenue à tous nos hôtes les anges ! — George Bernard Shaw se lève : « Il sentir ? »
nous ne devons rien négliger pour être nous faut un dramaturge, quelqu’un qui Tandis qu’Aristote appuie cette propo-
Dialogue 14:2 2002 31
sition, le soulagement de l’assemblée est Quelque peu troublé par ce postulat, l’environnement au sein duquel il évolue
perceptible : on a enfin trouvé la person- Socrate réagit : « Je me souviens avec plai- dans le temps et il ne serait donc pas juste
ne idéale. sir de nos rencontres de maître et élève, de nous baser sur les principes du XXIe
Socrate accepte le poste et s’installe à Platon. Tu n’as quand même pas oublié siècle pour juger ce que Dieu a fait il y a
la présidence. Les pensées les plus profon- que nous avons déterminé que la con- des milliers d’années, car à cette époque-
des l’animent quand il commence : « No- naissance est avant tout innée, que nous là, la réalité était plutôt primitive. Mais
tre tâche est sans aucun doute la plus im- en sommes déjà dotés et qu’il nous suffit en y repensant, peut-être pouvons-nous
portante jamais entreprise. Nous devons de la découvrir grâce au dialogue. » appréhender les principes moteurs de
être justes mais aussi systématiques. Pour Et voilà que s’engage une joute intel- l’évolution, à condition qu’ils ne soient
y parvenir nous devrons examiner l’ac- lectuelle. Aristote présente sa réfutation pas eux-mêmes l’objet d’un processus
tion de Dieu à toutes les époques, afin de et sa proposition alternative : « Vous êtes évolutif, pour nous en servir comme cri-
nous assurer qu’il s’est toujours montré mes prédécesseurs et mes maîtres et j’ai, à tères pour juger Dieu. »
juste et honnête et a toujours agi par ce titre, la plus grande estime pour cha- Pilate n’en peut plus : « Il y a trois mil-
amour, par souci de la justice et dans la cun de vous. Mais je suis obligé de mani- le ans, j’ai posé une question : qu’est-ce
vérité. Il faudrait à cette assemblée toute fester, avec le plus grand respect, mon que la vérité ? Et voici qu’enfin on en dé-
l’éternité pour réaliser pareille étude. Je désaccord. La connaissance est en réalité bat correctement. Mais il ne semble pas
suggère donc que nous nous répartissions un peu plus concrète que ce que vous in- que nous ayons beaucoup avancé. Quel-
en commissions représentatives des diffé- diquez. Le produit de l’observation soi- qu’un peut-il m’aider ? Qu’est-ce que la
rentes périodes, aires géographiques et gneuse de nos sens lui est absolument es- vérité ? »
spécialités savantes, afin de pouvoir ana- sentiel. » Lucifer entre en scène. « Vous vous en
lyser soigneusement toutes choses sous « Ah ! vous, les Grecs, proteste Emma- sortez tous merveilleusement bien ! Je
tous les angles. » nuel Kant, vous supposez qu’il existe une suis très content de moi — de l’excellente
réalité définie et stable que l’on puisse formation à la pensée critique que je vous
La nature de la connaissance appeler “connaissance”. Mais en fait, je ai donnée. Et comme vous l’avez si bien
Socrate poursuit : « Pourtant, avant de ne peux rien savoir avec certitude en de- démontré, après tout, rien n’est tout à fait
nous séparer en commissions diverses, je hors de moi-même, car mon esprit risque net et tranché. Nous ne sommes pas par-
crois qu’il est important de nous mettre de déformer ce que je perçois comme réa- venus à nous mettre d’accord sur la natu-
d’accord à propos de plusieurs sujets. lité extérieure à moi. Il m’est impossible re de la vérité, de l’amour ou de la justice.
Qu’est-ce que la connaissance ? Qu’est-ce de m’échapper de mon esprit afin de dé- Mais c’est tout naturel, et même bon,
que la vérité, l’amour et la justice ? Ensuite, terminer s’il y a la moindre congruence puisqu’en fait, la vérité est quelque chose
nous devrons décider des principes qui entre ce que je pense voir et ce qui se de relatif. Il n’existe pas, dans l’univers,
nous guideront pour déterminer si Dieu a trouve réellement là en dehors de moi. Si de norme unique sur laquelle nous puis-
agi correctement dans chaque domaine. » nous voulons vraiment juger Dieu, c’est sions tous être d’accord avec plus ou
Platon2 se lève : « J’ai beaucoup réflé- en nous-mêmes qu’il nous faut aller, en moins de certitude. Chacun de nous voit
chi à cette question de la connaissance. Il nous plongeant dans notre nature mora- midi à sa porte et en réalité, nous ne som-
va de soi que la connaissance n’est pas le. Cela nous donnera les bons principes, mes donc responsables qu’envers nous-
dérivée en première instance des choses ceux dont nous avons besoin pour parve- mêmes, à titre individuel, et non devant
que nous appréhendons avec nos sens, nir à un verdict sur Dieu. » quoi ou qui que ce soit ! Nous devons
mais plutôt de ce qui émane, en direction C’est alors qu’Alfred North Whitehead mettre l’accent sur notre indépendance
de nos esprits, des formes éternelles. C’est (mathématicien et philosophe anglais, vis-à-vis de Dieu. D’ailleurs, si nous
ce qui nous permet d’intégrer à la con- 1861-1947) prend la parole : « J’éprouve n’étions pas indépendants de lui, nous
naissance ce que nous observons avec de la perplexité à entendre toute cette n’aurions pas la possibilité de le juger
nos sens. » discussion sur la connaissance. Il semble comme nous le faisons maintenant.
que chacun d’entre vous présuppose « Pensons à tous ces pauvres types de
l’existence de quelque éternelle structure toutes les époques, qui ont cru qu’ils
bien définie, qu’elle soit en nous ou en avaient besoin de vivre selon la préten-
Vous cherchez des dehors de nous, et susceptible d’être con- due parole divine. Bah ! J’en ai croisé un
nue de nous. Le seul problème est que la comme ça, dans le désert de Judée, il y a
réponses aux réalité elle-même n’est pas statique. Elle trois mille ans, et voyez ce qui lui est arri-
GRANDES QUESTIONS est en pleine évolution. En fait, Dieu lui-
même est en évolution. Si nous devons
vé — on l’a crucifié, mort bien cruelle et
humiliante. Telle fut sa récompense pour
de la vie ? parvenir à un verdict à son sujet, nous avoir été d’une si rigide droiture !
Consultez le site web devons décider de quelle époque nous al- « Eh ! bien, je suis ravi, tout ce qu’il y a
lons tirer les principes selon lesquels nous de plus ravi ! Nous avons rassemblé ici les
Bibleinfo.com le jugerons. Il ne serait pas raisonnable esprits les plus brillants que le monde ait
d’attendre de lui qu’il soit détaché de produits. Comme je suis impatient
32 Dialogue 14:2 2002
d’aboutir au verdict ! Pauvre Dieu, je me
demande comment il va s’en sortir. Mon-
41.1,2,4,29]. Vos dieux artificiels ne sont
que cela et rien d’autre : des dieux que
L’éthique…
tons tous aux cieux et glorifions-nous en vous avez fabriqués et que vous contrô- Suite de la page 17
nous plaçant au-dessus même de ses étoi- lez.
les. D’ailleurs, nous pourrions même « Car mes pensées ne sont pas vos du passé. C’est pourquoi nous le tenons
nous transformer en dieux, n’est-ce pas ? pensées, vos voies ne sont pas mes voies pour une posture essentiellement cyni-
Pardon, pardon, je n’avais pas l’intention — déclare le Seigneur. Autant le ciel est que, qui affirme (implicitement) d’un
de retarder la suite du procès. C’est sim- élevé au-dessus de la terre, autant mes côté ce qu’elle nie (explicitement) de
plement que je déborde d’excitation voies sont élevées au-dessus de vos voies l’autre.
quand je songe au niveau de sagesse, de et mes pensées au-dessus de vos pen-
connaissance et de discernement mani- sées. » (Ésaïe 55.8,9) Raúl Kerbs (doctorat de l’université de l’État
festé en ce lieu. Alors, veuillez vous re- Lucifer a le souffle coupé et un long de Cordoba) enseigne la philosophie à l’univer-
mettre à la tâche afin que nous puis- silence s’ensuit, rompu peu après par cet- sité adventiste del Plata, en Argentine.
sions… » te voix formidable, source de réconfort
pour ceux qui ont servi le Seigneur au fil Notes et références :
Des propos sans connaissance des temps. « N’aie pas peur, car je suis 1. Kenneth Gergen, El yo saturado, Dilemas de
Mais voici que soudain Lucifer est in- avec toi ; ne jette pas des regards inquiets, identidad en el mundo contemporáneo
(Barcelone : Paidós, 1992), p. 164-168.
terrompu. Une voix de tonnerre retentit car je suis ton Dieu ; je te rends fort, je
2. Beatriz Sarlo, Escenas de la vida
dans l’amphithéâtre, aussi claire, distinc- viens à ton secours, je te soutiens de ma posmoderna. Intelectuales, arte y videocultura
te et sonore qu’elle est puissante : « Qui main droite victorieuse. » (Ésaïe 41.10) en la Argentina (Buenos Aires : Ariel, 1994),
est celui qui obscurcit mes projets par des « Ils seront honteux et confus, tous ceux p. 38-43.
propos sans connaissance ? Tiens-toi qui sont fâchés contre toi ; ils seront ré- 3. Sarlo, p. 27-33.
4. Gilles Lipovetsky, El imperio de lo efímero
prêt, je te prie, comme un vaillant hom- duits à rien, ils disparaîtront, ceux qui te (Barcelone : Anagrama, 1990), p. 225-231.
me ; je t’interrogerai et tu m’instruiras. cherchent querelle. Tu les chercheras et L’empire de l’éphémère : la mode et son destin
Où étais-tu quand je fondais la terre ? tu ne les trouveras plus, tes adversaires ; dans les sociétés modernes (Paris :
Dis-le, si tu es intelligent. Qui en a fixé les ils seront réduits à rien, au néant, ceux Gallimard, 1987).
5. Sarlo, p. 27-33.
mesures, le sais-tu ? Ou qui a tendu sur qui te faisaient la guerre. Car je suis le Sei-
6. Lipovetsky, p.225-231.
elle le cordeau ? Dans quoi ses bases sont- gneur, ton Dieu, celui qui te saisit par la 7. Gilles Lipovetsky, La era del vacío. Ensayos
elles enfoncées ? Qui en a posé la pierre main droite, qui te dit : N’aie pas peur, je sobre el individualismo contemporáneo
angulaire, alors qu’ensemble les étoiles viens à ton secours. » (Versets 11-13) (Barcelone : Anagrama, 1986), p.14. L’ère
du matin criaient de joie et que tous les L’auditoire garde le silence. Dieu est du vide : essai sur l’individualisme
contemporain (Paris : Gallimard, 1983).
fils de Dieu lançaient des acclama- justifié. Quelle est la créature qui ose faire 8. Lipovetsky, El imperio de lo efímero, p. 201,
tions ? » (Job 38.2-7*) le procès de Dieu ? De Dieu dont les voies 202.
« Qui a pris la mesure de l’Esprit du Sei- sont justes et vraies. De Dieu dont le nom 9. Ibid., p. 313-315.
gneur ? Quel confident Dieu a-t-il instruit est sanctifié. 10. Lipovetsky, La era del vacío, p. 7-11.
11. Lipovetsky, El imperio de lo efímero, p. 196.
de son plan ? Avec qui s’est-il entretenu
12. Lipovetsky, La era del vacío, p. 7.
pour le mettre au courant ? À qui a-t-il en- Homme d’affaires et théologien, E. Ed- 13. Lipovetsky, El imperio de lo efímero, p. 251.
seigné comment il faut s’y prendre et ce ward Zinke est coauteur, avec Roland R. 14. Ibid., p. 256-258.
qu’il faut savoir, et par quel moyen com- Hegstad, du livre The Certainty of the Se- 15. Ibid., p. 321-324.
prendre son action ? Devant le Seigneur, les 16. Gilles Lipovetsky, El crepúsculo del deber. La
cond Coming (Hagerstown, Maryland :
ética indolora de los nuevos tiempos
nations ne comptent pas plus qu’une gout- Review and Herald Publishing Association, democráticos (Barcelone : Anagrama, 1994),
te d’eau qui tombe d’un seau, ou qu’un 2000), d’où est tiré et adapté cet article. p. 9-12, 46. Le crépuscule du devoir :
grain de sable dans le plateau d’une balan- E-mail : ezinke@aol.com l’éthique indolore des nouveaux temps
ce. Les populations lointaines ne pèsent pas démocratiques (Paris : Gallimard, 1992).
17. Lipovetsky, El crepúsculo del deber, p. 13.
plus qu’un peu de poussière. » (Ésaïe 40.13- Notes et références : 18. Ibid., chapitres II, III.
15, Bible en français courant) * Sauf indication contraire, toutes les 19. Ibid., p. 47-49.
« On ne peut sonder [mon] intelligen- citations de l’Ecriture proviennent de la 20. Ibid., p. 14,15, 55, 56, 208, 209.
Nouvelle Bible Segond. 21. Ibid., p. 55sq.
ce (Ésaïe 40.28, Bible Segond). Tais-toi
1. Je ne tente nullement, dans ces lignes, de
donc pour m’écouter, Lucifer ! Appro- juger des personnages historiques. Dieu
chons-nous pour commencer le procès. seul peut le faire.
Qui a suscité celui que la justice appelle 2. Je n’ai pas cherché à décrire en détail les
sur ses pas ? Qui m’a livré les nations et concepts de la connaissance — qui sont
aussi nombreux que variés. Néanmoins,
abaissé les rois ? C’est moi le Seigneur, je les exemples choisis illustrent la diversité
suis au point de départ et je serai là enco- des théories sur la nature de la
re pour les derniers événements. Vos ido- connaissance.
les : du vent, du vide [d’après Ésaïe
Dialogue 14:2 2002 33
Rapports d’activités
Des étudiants aident leur
communauté en Amazonie

I l y a deux ans, l’Association des étu-


diants universitaires adventistes de
l’Amazonie (SUAMA, en portugais) a été
à leur prévention.
5. Exprimer à Dieu notre reconnais-
sance pour les talents qu’il nous a
fondée avec le soutien du département confiés en travaillant à améliorer la
de l’Éducation de la Fédération Centre santé de nos compatriotes dans no-
Amazonie à Manaus. Pour répondre aux tre région et dans notre pays.
multiples besoins d’ordre sanitaire de la Ces initiatives ont reçu un soutien des
population de notre région, les membres plus enthousiastes de la part des profes-
de l’association se sont proposé d’attein- sionnels de santé adventistes et des res-
dre les objectifs suivants : ponsables de l’hôpital adventiste de Ma-
1. Encourager les membres à faire pro- naus.
fiter la population de leurs connais- Au cours de la première année, nous
sances en matière d’hygiène et de avons offert aux habitants des villages si-
santé pratique au moyen de confé- tués sur les rives de l’Amazone des con-
rences. sultations médicales et dentaires, des
2. Renforcer les liens entre l’Église ad- conférences sur la prévention des mala- Apt. 04 ; Cachoeirinha ; 69000-000 Ma-
ventiste et les habitants de la région dies. Des visites ont aussi été faites. Près naus, Amazonie ; Brésil. E-mail :
au moyen de dispensaires. de quatre mille personnes ont pu profiter ricardo_faria@bol.com.br
3. Inciter les étudiants et les profes- de ces services gratuits. De plus, des repré- —Ricardo dos Santos Faria
sionnels adventistes et non adven- sentants de notre association ont présen- président de la SUAMA
tistes à faire du bénévolat au sein té des rapports de nos activités sanitaires
de la population. et éducatives lors de rencontres régiona-
4. Sensibiliser les membres d’Église et les et nationales d’étudiants en médecine
la population en général aux pro- et de professionnels de santé.
blèmes de santé les plus courants et Notre adresse : Rua Manicore, 639,

Musiciens
adventistes à Cuba

L ’année dernière, Dialogue vous a fait


part des activités de jeunes adventis-
tes qui étudient à l’École nationale de
musique de La Havane, à Cuba. (Voir « Le
témoignage par la musique », Dialogue
13:2, p. 35.) Ces étudiants ont besoin
d’instruments pour mieux accomplir leur
ministère. Dernièrement, des amis de
« Grupo Creación » leur ont offert un cla-
vier électronique. La photo ci-contre té-
moigne de cet heureux événement. Les
lecteurs qui souhaiteraient soutenir ce
ministère peuvent prendre contact avec
le directeur du groupe, Omar Rojas
(shumby01@hotmail.com), ou avec son
conseiller, Pedro Torres Sarduy
(uciasd@ip.etecsa.cu).

34 Dialogue 14:2 2002


Rencontre
d’étudiants
africains en Inde
L a All India African Adventist Students
Association (AIAASA) a tenu son
camp-meeting du 18 au 24 juin 2001
dans la ville de Jabalpur. Plus de trois
cents étudiants venant de toutes les di-
rections s’y sont réunis. Le thème pour
cette rencontre était « Fils et filles d’adop-
tion par Jésus-Christ » d’après Éphésiens
1.5.
L’orateur principal était Rudolf Cush,
pasteur en Inde. L. F. Lyngdoh, directeur
des ministères auprès de la jeunesse à la le baptême de dix étudiants qui se sont sont rendus sur un site touristique pour
Division de l’Asie du Sud, s’est aussi joints à l’Église adventiste du septième pique-niquer ensemble.
adressé aux participants. D’autres ora- jour, et un service de communion. Le Toute personne intéressée peut pren-
teurs ont traité des sujets particulière- soir, le président sortant de l’association, dre contact avec Nemwel Bosire, le nou-
ment intéressants pour les étudiants, à le pasteur Julius Bichanga, a transmis ses veau président d’AIAASA, à l’adresse élec-
savoir : prophétie biblique, communica- responsabilités à Nemwel Bosire, un étu- tronique suivante :
tion et développement, préparation pour diant de troisième cycle à Jabalpur. aiaasapres@yahoo.com
le mariage, santé et tempérance. D’autres personnes ont aussi été élues à —Herbert Ogembo,
Le programme du sabbat comportait différents postes à cette occasion. Avant rédacteur en chef sortant
plusieurs activités d’adoration, y compris de se séparer le dimanche, les étudiants se

Étudiants et
professeurs
construisent une
église en Ouganda
L ors d’une rencontre d’étudiants uni-
versitaires du Kenya, de la Tanzanie et
de l’Ouganda dans les années 1990, des
fonds ont été recueillis pour commencer
la construction d’une église adventiste
sur le campus de l’université Kyambogo,
en Ouganda. Des professeurs et des mem-
bres ont apporté leur soutien financier.
Aujourd’hui, quatre-vingts étudiants
participent à des services religieux dans
cette jolie église pas encore terminée. Ces
étudiants et les administrateurs de l’uni-
versité souhaitent l’achever.
Les personnes intéressées à offrir des
fonds pour l’achèvement des travaux à la
gloire de Dieu doivent prendre contact
avec Hudson E. Kibuuka, responsable de
l’Éducation à la Division de l’Afrique de
l’Est et représentant de Dialogue pour cet-
te même région. E-mail :
100076.3560@compuserve.com
Dialogue 14:2 2002 35
36 Dialogue 14:2 2002
Cygne à cou noir
(Cygnus melanocory-
pha), 120 cm. Il
compte parmi les
plus beaux, avec son
Le cinquième
corps blanc, son cou
et sa tête noirs qui
font ressortir son bec
jour, Dieu
rouge et bleu. Les cy-
gnes défendent leur
territoire avec agressi-
créa la
vité, chassant ou
tuant tout autre
oiseau tentant de fai-
splendeur
re son nid à l’inté-
rieur de leurs limites
établies.
ailée
Cacatoès à huppe
jaune (Cacatua gale-
rita), 50 cm. Ce ca-
catoès a la faveur
des amateurs
d’oiseaux en cage. Il
vit à l’état naturel
dans certaines villes
d’Australie où on
peut l’observer
déambulant sur les
pelouses et juché là
où, ailleurs dans le
Grue de paradis (Grus paradisea),120 monde, se perchent
cm. Cette espèce en voie de disparition, les moineaux. Il ni-
malgré son élégance, vit en Afrique aus- che dans les creux
trale. Elle fréquente les herbes vertes et d’eucalyptus et s’ex-
courtes des pâturages en coteaux mais prime très bruyam-
préfère habiter sur l’eau. Son rituel ment avec force
amoureux passe par une danse raffinée cris, sifflements et
qui peut durer jusqu’à quatre heures jacassements.
d’affilée ! Les deux partenaires se parta-
geront le travail d’incubation, qui dure
de 29 à 30 jours.
Perruche de Pen-
nant (Platycercus ele-
gans), 35 cm. Autre
beauté australienne,
Casse-noix d’Amérique (Nucifraga co- sa robe rouge et
lumbiana), 31 cm. Cet oiseau est l’apana- bleue ensoleillera la
ge des chaînes montagneuses de l’Ouest journée de quicon-
nord-américain ainsi que du grand que l’observe. On la
Nord, où il préfère voit souvent en vols
les lisières des forêts de plusieurs centai-
de hauts sapins. nes d’individus. On
Son comportement croit fréquemment
ne diffère guère de que ses petits imma-
celui d’autres mem- tures appartiennent
bres de sa famille à une autre espèce
(geais, corneilles et car ils sont d’un vert
corbeaux) : il est superbe avec de pe-
bruyant, domina- tits points rouges sur
teur et ne craint pas la face et sous la
même l’homme. queue.

Dialogue 14:2 2002 Encart


37A
Ci-dessous à droite: Sarcoramphe roi (Sarcoramphus papa), 80 cm (envergure : 180 cm).
Géant à vous couper le souffle, ce vautour des forêts tropicales du Nouveau Monde
mérite bien son qualificatif royal. Le spectacle de son corps blanc à liseré noir s’abat-
tant sur un grand arbre mort fait tressaillir le cœur. Comme tous les autres vautours des
Amériques, celui-ci ne tue pas mais nettoie la forêt en la débarrassant de ses carcasses.

Ci-dessous à gauche: Canard mandarin (Aix galericulata), 45 cm. Ce canard fait sûre-
ment partie des oiseaux les plus cabotins du monde ! Sa manière de se pavaner en
nageant comme un fanfaron montre qu’il a pleine conscience de son exceptionnelle
beauté. Si on le trouve souvent dans des zoos et s’il en existe quelques groupes qui
s’en sont échappés et se reproduisent en différents endroits du monde, son territoire
d’origine se trouve en Chine du centre et de l’est et au Japon.

Calao bicorne (Bucerus bicornis), 105


cm. Les 53 espèces de calaos habitent en
Afrique et en Asie du sud. Leur bec
prend toutes sortes de formes étranges,
disproportionnées — certains ont un se-
cond niveau superposé à la mandibule
supérieure. Ils nichent, en général, dans
les creux de grands et vieux arbres. Cer-
tains enferment la femelle dans le nid à
l’aide d’un bouchon de boue et la nour-
rissent constamment, ainsi que les pe-
tits. Il semble qu’il s’agisse là d’une mé-
thode pour les protéger des prédateurs

Tyran tête-police
(Tyrannus caudifascia-
tus), 23 cm. Le nom
générique de cet
oiseau le place parmi
les 375 espèces de
vrais tyrans. C’est
une famille de go-
beurs de mouche du
Nouveau Monde.
L’appartenance de
celui-ci à ce groupe
est facile à reconnaî-
tre à cause de l’agres- Ara hyacinthe (Anodorhynchus hyacinthi-
sivité dont il fait nus), 95 cm. Observer, dans le Pantanal
montre pour attraper brésilien, plusieurs de ces oiseaux en
les insectes et de son voie de disparition pendant qu’ils se
comportement do- nourrissent de noix palmistes à quelques
minateur envers les mètres au-dessus de vous est l’un des
autres oiseaux. instants les plus mémorables que puisse
vivre un amateur d’oiseaux.
Encart
38 B Dialogue 14:2 2002
Grue royale (Balearica regulorum), 105 cm. Ce spécimen, une
des deux espèces de grues couronnées africaines, est originaire
du Kenya, de l’Ouganda et de Tanzanie. La grue royale est un
des phénomènes comiques que nous offre la nature : on a
l’impression qu’elle se croit reine, même si elle a l’air ridicule.
Elle fait sa cour en une série de sauts et de cabrioles qui ne
font que lui donner l’air encore plus drôle.

Bihoreau violacé (Nycta-


nassa violacea), 60 cm.
Comme le signale son
nom anglais (night heron
ou héron de nuit), cet
oiseau part au travail au
moment où la plupart
des autres volatiles re-
tournent à la maison
pour y passer la nuit. Il
est cosmopolite et fait
des crabes et des écrevis-
ses le plat principal de
ses banquets nocturnes.
Bien qu’il soit assez ré-
pandu dans les zones de
lagunes côtières et d’es-
tuaires, on ignore sou-
vent sa présence parce
qu’il dort le jour, bien ca-
ché dans les arbres.

Jardinier satiné (Ptilonorhynchus violaceus), 30 cm. En dépit d’un


étroit cousinage avec le célèbre oiseau de paradis de Nouvelle-
Guinée, cet habitant du Pacifique Sud n’est pas aussi joli. Il a
l’étrange habitude de se bâtir avec de l’herbe un tunnel en arche
et de disposer à l’entrée des objets brillants ou colorés, afin de
charmer les femelles en faisant ainsi étalage de richesse et de bon
goût. Son tunnel peut atteindre 35 cm de haut et 45 cm de long.

A gauche: Casoar unicaronculé (Casuarius unappendiculatus), 140


cm. Il existe 7 espèces de grands oiseaux coureurs, appelés « rati-
tes ». La plus connue est peut-être l’autruche africaine. Le casar
du nord, ou unicaronculé (la caroncule est son excroissance char-
nue et rouge), habite les basses terres de la Nouvelle-Guinée et
des îles voisines, et on l’estime en voie de disparition.

Dialogue 14:2 2002 Encart C


Insert39
Jardinier prince-régent (Sericulus chryso- Aigrette neigeuse (Egretta thula), 55 cm. Il y
cephalus), 27 cm. Il est bien plus coloré a deux espèces très proches de petits hérons
que le jardinier satiné et on admire son blancs : celle-ci, originaire des Amériques, et
plumage contrasté : or brillant et noir la petite aigrette d’Eurasie, d’Australie et
irisé. Il se fabrique un tunnel un peu d’Afrique. Elle se nourrit de faune aquatique
plus petit mais aime faire sa cour en — poissons, écrevisses et grenouilles. Son
dansant devant son domicile tout en te- nom scientifique, thula, semble être dérivé
nant dans son bec sa breloque préférée. de Thulé, terme qu’employaient les géogra-
phes d’autrefois pour désigner la partie la
plus septentrionale du monde, celle que re-
couvrait sans cesse la neige.
Ibis rouge (Eudocimus ruber), 58 cm.
Quand on longe les plaines inondables
du sud et de l’est du Venezuela, on
assiste parfois à un étonnant spectacle :
tout d’un coup, ces vastes étendues ver-
tes se retrouvent comme saupoudrées de
grosses taches d’un rouge brillant. En y
regardant de plus près, on s’aperçoit que
ces points rouges sont en fait de gros
oiseaux occupés à enfoncer leur long bec
courbe dans la boue molle pour y trou-
ver des vers, leur friandise.

Dindon ocellé (Agriocharis ocellata), 85


cm. Abondant dans la péninsule du Yu-
catan (Mexique), cet oiseau est parent de
différentes espèces de dindes domesti-
ques. Mais il n’a pas été apprivoisé et Spatule rosée (Ajaia ajaja), 85 cm. Si les
préfère les forêts humides à feuilles ca- champs nourriciers de l’ibis rouge devien-
duques et leurs petites clairières. Sur ce nent marécages, leur cousin ici présent,
territoire bien restreint, il se montre aus- plus gros et d’aspect bizarre, vient les re-
si secret qu’inquiet. On a dit de son joindre. Avec son bec en forme de spatule
glouglou qu’il rappelait le bruit d’un qu’il remue constamment de droite à gau-
scooter au démarrage ! che et de gauche à droite, il attrape dans
l’eau boueuse de petits insectes et d’autres
particules alimentaires.

Encart
40 D Dialogue 14:2 2002