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Université de Montréal

Architecture et mode de développement de l’arbre


‘’Réflexion sur les apports de l’architecture des arbres dans votre domaine d’activité professionnelle’’
Professeur Jeanne Millet

L’architecture des arbres : un outil innovant


en ingénierie des structures et création
architecturale.

Théo Fort
La nature a toujours été le sujet privilégié de la recherche scientifique et de la

création artistique. En effet, l’Homme n’a jamais eu de cesse d’assouvir sa curiosité dans

la compréhension de ce qui l’entoure et d’adapter ses découvertes à toute création dans un

but fonctionnel et artistique. On pourrait citer l’exemple du martin-pêcheur, un oiseau de

petite taille arborant un magnifique plumage et doté d’une incroyable précision et capacité

à la pêche. D’un côté Van Gogh a capté et retranscrit la beauté de cet oiseau dans un

tableau nommé Le martin-pêcheur ou encore Plutarque et Aristode en ont créé un être quasi

surnaturel capable de calmer les flots, les tempêtes et prévoir le temps dans leurs écrits. (1,

2) Alors que d’un autre côté des ingénieurs se sont inspirés du bec de cet oiseau, sa structure

lui permet de limiter la résistance et les frottements au contact du liquide, pour la

conception du TGV japonais.

L’architecture des arbres, tout comme le martin-pêcheur, constitue une source

d’inspiration et de connaissances pour des applications fonctionnelles et créatives.

L’architecture des arbres est caractérisée par la nature et l’agencement relatif de chacune

de ses parties dans un espace (3). Cependant, la notion de compréhension du

développement de l’arbre dans un contexte structurel et temporel est aussi au centre des

recherches en architecture des arbres. En ingénierie des structures donc à un niveau

scientifique l’arbre, bien avant l’apparition des premiers concepts d’architecture des arbres

par Édelin et Odeman, a été depuis bien longtemps un modèle d’étude intéressant. En effet,

l’arbre est un être autoportant poussant de façon dressée, développant différents organes

tout en devant constamment lutter contre la gravité. (4) Ces caractéristiques ont permis aux

ingénieurs par l’intermédiaire des mathématiques de comprendre la complexité de

certaines structures d’arbres et ainsi de les adapter pour la mise en place de structures de

2
soutient. L’architecture des arbres permet une meilleure compréhension de la structure et

du développement des arbres, logiquement l’arrivée de nouvelles connaissances pourrait

alors apporter des approches nouvelles en ingénierie des structures que je développerai

dans cette réflexion. En architecture, cette fois-ci caractérisée par l’art de concevoir des

structures, des édifices et d’aménager un espace défini suivant des critères esthétiques,

sociaux, éthiques, environnementaux et culturels ; les arbres ont aussi une place

prédominante. Des architectes comme Gaudi, Jürgen Mayer-Hermann ou encore Santiago

Calatrava se souvent inspirés des arbres dans la conception de leurs projets tout en étant

étroitement liés à l’ingénierie des structures. (5) De plus en plus d’architectes tendent à

rendre l’arbre vivant comme une entité prédominante en architecture comme dans certain

projets d’Aibek Almasov ou d’Alessandro Sartore. L’arbre devient alors un acteur

esthétique dynamique à part entière. L’architecture des arbres pourrait alors beaucoup

apporter à l’architecture moderne, en un sens en connaissant comment un arbre pousse et

en sachant comment gérer sa forme de façon efficace et esthétique, l’arbre pourrait alors

devenir un élément central dans l’architecture future pour plusieurs raisons que je

développerai dans cette réflexion.

L’architecture des arbres pourrait alors apporter de nouvelles visions en ingénierie

et en architecture moderne, c’est avec passion que j’essaierai de transmettre mes idées lors

de cette réflexion.

3
En ingénierie civil, l’arbre a toujours été considéré comme une merveille

structurale. En effet, les arbres sont des structures de très grandes tailles pouvant mesurer

jusqu’à 120 mètres de hauteur, on pourrait par exemple citer le « Giant Redwood » et

pouvant peser jusqu’à 2000 tonnes. Malgré une taille et masse colossale, l’arbre peut tout

de même croître en hauteur malgré les lois de la gravité, l’arbre peut même résister à de

nombreuses variations de température, hydriques, de lumière et d’apport en nutriments.

Cette capacité à croître en hauteur et dans différentes conditions traduit une structure

résistante et parfaitement adaptée à son environnement.

Une des premières caractéristiques ayant intéressé les ingénieurs est la

hiérarchisation des structures présente chez l’arbre. En effet, l’arbre dans la grande majorité

des cas développera de nombreuses structures feuillées lui permettant d’avoir accès à

l’énergie solaire et de nombreuses structures souterraines lui permettant un soutien au

niveau du sol et ses apports en nutriments. Chaque élément de cette structure aura une

fonction et localisation précise sur l’arbre. Chacune de ces parties résistera alors aux forces

et à la tension exercées au niveau supérieur de la hiérarchie et à celles de son propre niveau

hiérarchique, cette partie transmettra ensuite la somme de ces forces au niveau hiérarchique

inférieur. La hiérarchie se traduira forcément par une réduction de la taille des structures

en se complexifiant, par exemple un rameau et plus petit qu’une branche. (6) Ce principe

permettra à l’arbre de résister à certain choc, à de forts vents ou encore aux tremblements

de terre. Cette capacité de transmission des forces présente chez les arbres a vite été

observée et appliquée par les ingénieurs et les scientifiques. En effet, en ingénierie des

structures l’organisation hiérarchique des éléments est devenue le point central du

processus de conception et création. En effet, tous les éléments superflus peuvent ainsi

4
être éliminés et chaque élément constituant du projet aura une fonction et localisation

spécifique lui permettant de résister face à un élément de force tout comme chez l’arbre.

De plus, les structures secondaires présentent une disposition équilibrée de ses éléments

autour de son support principal. Cette organisation permet à l’arbre de pousser d’une façon

équilibrée résistant de façon optimale aux forces. L’architecture des arbres pourrait alors

logiquement apporter de nouveaux éléments de réflexion, en effet le développement et la

disposition de chacune des parties constituant l’arbre sont étudiés sur de nombreuses

espèces. (7) Il pourrait alors être intéressant de dessiner et ensuite traduire

mathématiquement la disposition exacte des parties constituantes pour l’ensemble des

espèces. Ainsi, de nouveaux modèles de gestion des forces pourraient être déterminés et

potentiellement mener à une optimisation du fonctionnement des structures actuelles.

La géométrie fractale a récemment permis de reconstituer informatiquement le

mode d’organisation des arbres et d’ainsi optimiser la disposition de certains éléments dans

des structures. La géométrie fractale est en fait une branche des mathématiques apparues

dans les années 1970, elle se base principalement sur le concept d’autosimilarité (8). En

effet, n’importe quelle forme ou motif respecte les principes de la géométrie fractale,

montrant qu’il y a une forte corrélation entre les formes observées dans la nature et les

propriétés mécaniques. Depuis des décennies les ingénieurs utilisent alors ce principe dans

la conception de projets tels que des ponts, des arches ou encore des tentes seulement en

observant et comprenant le vivant dont les arbres. En étudiant l’architecture des arbres et

en intégrant les connaissances en géométrie fractale de nouveaux projets pourraient alors

voir le jour comme des ponts plus légers et plus longs ou encore dans la création de gratte-

ciels toujours plus grands. A partir de ce mouvement mathématique un processus

5
automatisé est né, l’Iterated Function System (IFS) permettant de générer entre autres le

mode d’itération des arbres, cette technique couplée à l’architecture des arbres pourrait

avoir de belles retombées à mes yeux (Figure 1). (9)

Rian, I. M., & Sassone, M. (2014). Tree-inspired dendriforms and fractal-like branching
structures in architecture: A brief historical overview. Frontiers of Architectural Research, 3(3),
298-323.

En effet, l’architecture des arbres cherche en partie à comprendre et identifier les

changements d’organisation et de fonctionnement apparaissant durant les différentes

étapes de développement de la plante. Ces découvertes en architecture des arbres pourraient

alors être modalisées informatiquement et mathématiquement, d’une part cela permettrait

de mieux visualiser le développement des arbres et de faire avancer les connaissances en

architecture mais d’une autre part ces modélisations constitueraient une base de données

regroupant tous les modèles de développement des arbres. Ainsi, en tenant compte que

toute étape du développement correspond au mode d’organisation le plus adapté à un

moment donné et à un endroit donné, rendant la gestion et transmission des forces alors

optimale, de nouvelles méthodes de conception et construction pourraient voir le jour. En

effet, j’imagine des étapes de construction suivant les étapes de développement d’un arbre

qui sera le plus adéquat au type de projet et à la localisation de la structure en question. En

effet, suivant la position géographique un arbre ne poussera pas de la même façon et aura

6
une architecture différente le rendant adapté à une localisation particulière. En respectant

les étapes « naturelles » dans l’édification d’une structure on limite alors forcément les

coûts et le temps de construction et on obtient une structure adaptée à son environnement

en tout temps de la construction.

La forme convergente des arbres a aussi été une caractéristique ayant retenu

l’attention des ingénieurs. En effet, les branches latérales supposées être en position

d’équilibre par rapport à la gravité convergent vers un seul et même axe vertical : le tronc.

Ainsi, toutes les forces de compression convergent et sont concentrées dans le tronc pour

être transmises au sol par l’intermédiaire des racines. (10) Cet aspect physique a été adapté

aux mâts des grands bateaux à voiles comme par exemple pour les trois mâts barques

comme on peut le voir avec la figure 2 (Figure 2).

Figure 2: Exemples de la forme convergente d'un mât et dans un bateau trois-mât barque.
Pasini, D., & Burgess, S. C. (2002). Optimal structural features in trees and their application in
engineering. WIT Transactions on Ecology and the Environment, 57. Et
https://escales.files.wordpress.com/2009/05/3-mtas-ok-2.jpg

7
Cette disposition plagiotrope des axes soutenant les voiles permet de transmettre

l’ensemble des forces agissant sur les voiles sur un seul et même mât qui concentrera les

forces à sa base, cette disposition permet alors l’avancée optimale du navire. Je suis

d’accord que cette structure a été inventé bien avant la naissance même des principes de

l’architecture des arbres et que cette science n’aurait plus beaucoup a apporté sur la mise

en place de structures à formes convergentes plus optimales. Cependant, je pense qu’à

l’origine le principe du mât repose sur une observation de l’organisation des axes de

pinacées. En effet, une partie des pinacées présente une organisation très similaire à la

Figure 2, c’est-à-dire une croissance vers le haut, une disposition plagiotrope des axes et

une longueur croissante des axes du haut vers le bas. Ces arbres ont dû être observé, dessiné

et compris permettant alors de concevoir des projets à partir de de la compréhension

acquise. Même si le principe d’architecture des arbres n’existait pas encore, on pourrait

dire qu’indirectement la conception du mât a reposé à un moment donné sur une analyse

architecturale de l’arbre. Cela renforce l’idée que l’architecture des arbres peut être

considérée comme un outil intéressant en ingénierie.

L’ensemble des bénéfices apportés par l’architecture des arbres cités précédemment

s’appliquent de la même façon à notre dernier exemple. En région tropicale, il n’est pas

rare d’observer des arbres présentant un tronc consolidé d’arcs de soutien. Une partie des

racines aériennes vont s’accoler en équerre au tronc. (Figure 3) (11) Cela apparait car du

bois est ajouté en réponse au flux de force et à la tension se propageant dans le tronc, cette

structure permettra alors à l’arbre une meilleure gestion des forces et donc de limiter les

stress. Ainsi au niveau de cette jonction, les forces et la tension seront transmises du tronc

vers ces racines-contreforts qui seront alors transmises au sol.

8
Figure 3 : Présentation des équerres de soutient observées chez certains arbres tropicaux et
illustration d'un arc boutant de la cathédrale d'Amiens.
Pasini, D., & Burgess, S. C. (2002). Optimal structural features in trees and their application in
engineering. WIT Transactions on Ecology and the Environment, 57.
https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/1/19/Arc.boutant.cathedrale.Amiens.png
/220px-Arc.boutant.cathedrale.Amiens.png

Ce principe que l’on observe chez ces arbres des régions tropicales et retrouvé dans la

plupart des projets en génie civil. En effet, une équerre en charpenterie, un arc boutant

d’une cathédrale ou le contrefort d’un château médiéval suivent le même principe physique

et ont la même fonction c’est-à-dire soutenir en permettant le transfert de la tension et des

forces de compression de la structure (ex : une cathédrale) vers la structure en équerre.

(Figure 3)

L’ingénierie pourrait aussi utiliser les connaissances disponibles en architecture des

arbres pour concevoir des projets mais cette fois pour les arbres. En effet, les modifications

de l’organisation durant le développement est connue pour de nombreuses espèces. Il

pourrait alors être intéressant de concevoir des structures dynamiques de soutien et d’aide

à la pousse pour ces arbres. Ces structures seraient spécifiques à chaque type d’arbre, à la

position géographique et aux variations environnementales. Cette structure pourrait alors

remplir la fonction de soutient mais sans empêcher ou entraver la croissance de l’arbre.

9
Au travers de ces différents exemples, il est maintenant clair que l’architecture des

arbres a apporté, aurait pu apporter et va apporter de nouvelles connaissances utilisables

par les ingénieurs et les physiciens dans la conception de nouveaux projets. Cependant,

l’explosion des connaissances en architecture des arbres ne s’applique pas seulement à

l’ingénierie, en effet certains aspects de cette science peuvent se rapporter à l’architecture

moderne.

Lors de cette réflexion, l’architecture sera caractérisée comme étant l’art de

concevoir des espaces et de bâtir des structures selon des règles scientifiques, ainsi que

selon des concepts esthétiques. D’une autre part, l’architecture moderne implique des

aspects environnementaux, sociaux et philosophiques adaptés à la fonction de l’édifice et

à son intégration dans l’environnement. L’architecture se divise en plusieurs grands

mouvements de travail, l’architecture urbaniste, l’ingénierie architecturale et l’architecture

paysagiste, lors de cette réflexion il sera vu que l’architecture des arbres peut s’appliquer à

ces différents mouvements et quels projets innovants pourraient en découler. (12)

Il est intéressant dans un premier temps d’en apprendre un peu plus concernant

l’utilisation des arbres depuis les débuts de l’architecture. L’apparition de l’utilisation des

arbres en architecture n’est pas réellement connue cependant les plantes étaient utilisées en

tant que décoration dans les palais et pyramides d’Égypte à partir de -3000 av. JC. Le

premier exemple observé d’une structure ayant imitée l’allure d’une plante serait les

colonnes du palais de Luxor (1400 av. JC). (Figure 4a) En effet, ces colonnes auraient été

copié de l’ombelle d’une plante de papyrus, en Égypte les plantes deviennent alors un

élément central dans la conception architecturale. L’utilisation des arbres en architecture

10
sur le continent européen s’initie avec les colonnes romaines (à partir de 500 av. JC), on

pourrait donner l’exemple des plants d’Acanthus qui étaient souvent représentés en hauteur

des colonnes (Figure 4b et 4c). À cette époque, surtout les feuillages d’arbres intéressaient

les architectes en tant qu’élément décoratif. (13)

Figure 4 : a) Colonnesdu palais de Louxor en Égypte, b) Colonnes Corentines à Rome, c)


Illustration d'une plante d'Acanthus, d) Le temple de Sakyamuni Pagoda de Fogong en Chine,
e) Assemblage typique des Dougongs respectant une architecture d'arbre.
a) d) e) Rian, I. M., & Sassone, M. (2014). Tree-inspired dendriforms and fractal-like
branching structures in architecture: A brief historical overview. Frontiers of Architectural
Research, 3(3), 298-323.b)
https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/c/cc/Colonnes_ chapitea
ux_pantheon.jpg/319px-Colonnes_chapiteaux_pantheon.jpg, c) http://payload179.cargoco
llective.com/1/0/3575/5895817/Alexis_Peyrotte_-_Floral_ and_Acanthus _Leaf_Design_-
_Google_ Art _Pr oject.jpg

11
Les Dougongs chinois (Figure 4d et 4e), sont les premiers vrais exemples d’une utilisation

complète des arbres, en effet ces temples sont constitués d’un assemblage et

d’emboitements de structures d’origine végétale (en général du bois). Ces exemples font

parties d’une période où l’architecture ne prenait en compte que très peu les aspects

sociaux, environnementaux ou encore philosophiques. En effet, l’architecture était surtout

influencée par des caractères religieux et l’utilisation des arbres était principalement limitée

au caractère esthétique de la plante. Cependant, des exemples comme celui des Dougongs

montrent que la conception du temple vient d’une observation de l’organisation d’un arbre

(Figure 4e). Cette observation portant sur l’organisation d’un arbre correspond à une des

premières étapes de l’analyse architecturale d’une plante, cette démarche s’insère alors

dans celle de l’architecture des arbres.

Des exemples plus modernes se traduisent par la même conclusion concernant

l’implication indirecte de l’architecture des arbres dans ces projets. L’exemple le plus

représentatif à mes yeux serait celui de la Sagrada Familia à Barcelone fameuse cathédrale

d’Antonio Gaudi dont la construction n’est toujours pas achevée. Sa démarche était

caractérisée par l’insertion d’éléments fortement inspirés des formes observées dans la

nature, dont les arbres qui ont une place prépondérante dans son travail. Gaudi disait

souvent la phrase suivante : « Il n’y a de plus belle structure que celle d’un tronc d’arbre

ou que d’un squelette humain », (14) cette citation reflète bien l’importance de la nature

pour Antonio Gaudi et en particulier celle de l’arbre. Dans la Sagrada Familia , Gaudi avait

pour but de réaliser une église ayant la structure d’une forêt constituée d’un ensemble de

colonnes aux allures d’arbres divisaient en branches supportant la structure de la

cathédrale. (15) (Figure 5)

12
Figure 5 : a) Plan d'une des colonnes de la Sagrada Familia, b) Intérieur de la cathédrale de la
Sagrada Familia à Barcelone, c) Modélisation d'une des colonnes principales de la Sagrada
Familia
a) Rian, I. M., & Sassone, M. (2014). Tree-inspired dendriforms and fractal-like branching
structures in architecture: A brief historical overview. Frontiers of Architectural Research, 3(3),
298-323, b) https://cinelatura.files.wordpress.com/2011/07/rauzier_la_sagrada_familia1.jpg,
c) https://moreaede sign.files.wordpress.com/2010/09/column-book-copy.jpg?w=700

La Sagrada Familia présente un édifice modèle et innovant en architecture dans

l’utilisation des aspects esthétiques et physiques des arbres. Les arbres avec le temps

deviennent alors un élément de plus en plus courant en architecture, leur utilisation ne

repose plus seulement sur des caractères esthétiques et physiques mais implique des

notions sociales, environnementales et philosophiques.

13
Au XXIème siècle, l’architecture des arbres plus que jamais donne et donnera des

pistes de travail en architecture moderne. Des concepts d’architecture des arbres sont d’ores

et déjà utilisés dans la création architecturale, on pourrait par exemple citer les

modélisations informatiques émanant du développement de certains arbres. En effet, en

architecture des arbres, le développement des espèces est étudié afin de comprendre et

d’observer les modifications de l’organisation de la plante au cours du temps. Quelques

architectes et ingénieurs ont alors utilisé ces caractéristiques de croissance des arbres pour

concevoir de nouveaux bâtiments en utilisant des techniques de modélisation. (Figure 6).

Figure 6 : Le Restaurant Tote à Mumbai réalisé par the Serie Architects, UK (Gawell
2013)

14
A mon avis, l’utilisation des données de développement permettent alors l’apport

de deux approches novatrices en architecture. La première découle encore d’un aspect

physique et esthétique, en effet la modélisation permet de déterminer informatiquement

quelle structure sera la plus adaptée pour le bon maintien de l’édifice et pour un rendu

visuel en accord avec le bâtiment et l’environnement. La deuxième approche est plutôt

théorique, lors de ces projets plusieurs étapes de développement de l’arbre peuvent alors

être présentes dans un seul et même bâtiment. C’est intéressant dans l’idée où un sens, une

histoire ou encore une ligne de conduite peut ainsi être donnée à l’édifice.

Prenons l’exemple fictif d’une offre de projet intitulée « Création d’un musée /

centre national de la forêt du Costa Rica », et ce projet doit forcément être intégré dans une

forêt. La construction d’un bâtiment utilisant des structures de soutient basées sur des

formes d’arbres à différents stades de développement serait alors très pertinente pour ce

genre d’édifice. En effet, dans un premier temps ce type de structure permettra de rendre

le projet adapté à sa fonction et à son environnement, c’est-à-dire un lieu d’éducation et de

connaissance sur les arbres et les plantes dans une forêt. Dans un deuxième temps,

l’insertion de tels éléments permettra un rendu esthétique, original et relaxant qui donnera

du plaisir, de confort et un sentiment d’adéquation aux visiteurs de ce musée. Dans un

dernier temps, la philosophie derrière le bâtiment sera renforcée, dans le sens où la

conception aura été basé sur l’observation de la croissance d’une plante et donc sur des

concepts scientifiques. En utilisant alors des concepts scientifiques, comme ceux de

l’architecture des arbres, et non plus exclusivement la créativité, les projets architecturaux

sont de plus en plus complets, ont un sens et une histoire à raconter.

15
Aujourd’hui, des architectes vont encore plus loin dans l’utilisation de l’arbre pour

la réalisation de différents projets. L’arbre n’est plus seulement copié et imité, il est

maintenant intégré dans les créations et devient alors un élément central de l’architecture

de l’édifice. (Figure 7)

Figure 7 : a),d) Maison cylindrique construite autour d’un arbre par A. Masow, b) La maison à thé par
Archi-Union , c) La Casa Vogue par Alessandro Sartore
a) http://www.amasow.kz/
b) http://architizer.com/firms/archi-union/
c) http://casavogue.globo.com/Interiores/casas/noticia/2014/07/uma-arvore-na-decoracao-da-sala.html

Pour moi, l’arbre devient alors une entité dynamique dans la création architecturale, en

effet l’organisation de l’arbre changeant constamment donne une notion de mouvement

16
et de changement perpétuel dans l’architecture de l’édifice. L’arbre devient alors le centre

de vie du bâtiment, l’ensemble des autres éléments s’organise autour de cette structure

centrale. A mon avis, en intégrant à nouveau la nature dans nos habitations, il y aurait un

rapprochement entre l’humain et le réel, permettant ainsi de freiner le décalage croissant

entre l’Homme et la nature. De plus, je suis persuadé qu’en associant nature et habitat, le

cadre de vie au quotidien serait beaucoup plus agréable, serein et stimulant au niveau

personnel.

L’architecture des arbres pourraient donner des éléments consolidant la démarche

de ces architectes. L’intégration d’un arbre vivant dans une structure suppose une démarche

qui à la base est liée à un soucis environnemental. Les arbres qui seront intégrés dans les

édifices devront être taillé à des moments donnés, il serait alors intéressant d’utiliser des

techniques de taillage raisonné et spécialisé à chaque condition d’aménagement. Ce type

de taille éviterait certains effets indésirables de la taille sur les arbres mais empêcherait

aussi toute taille non nécessaire. Ainsi, la philosophie initiale du projet, c’est à dire la

compréhension et le respect de la nature, est conservée. Il faut préciser que cette notion de

taille peut aussi être utilisée par les architectes paysagistes lors de la conception de jardins

ou de lieux publics. Mais à mon avis l’élément le plus important que l’architecture des

arbres peut donner à l’architecture moderne est tout simplement la créativité. Le vivant est

l’exemple même de la créativité, tout être vivant est différent et possède une organisation

particulière permettant de stimuler l’imaginaire de l’Homme lui permettant de développer

des concepts et des projets. La nature constitue un puit intarissable d’idées, de projets dans

tous les domaines et l’architecture des arbres en fait partie.

17
J’imagine des bâtiments entièrement basés sur le vivant, respectueux et autogérés

dont la consommation est égale à la production même de l’édifice. Des bâtiments capables

de suivre la lumière du soleil permettant de capter une partie de l’énergie nécessaire. Des

structures dynamiques ayant une position adaptée à leurs besoins comme dans la canopée.

Quand j’étudie l’architecture des arbres, ce sont les premières choses qui me viennent et

me restent à l’esprit, c’est une des raisons pour lesquelles je vais intégrer un programme

d’ingénierie pour compléter ma formation de biologiste, afin de mieux comprendre le

vivant mais aussi dans l’idée d’appliquer les concepts biologiques, dont l’architecture des

arbres, dans de nombreux projets. Lors de cette réflexion, j’ai alors essayé de transmettre

les liens possibles mais pas toujours évidents qui me tiennent à cœur entre l’architecture

des arbres, l’ingénierie des structures et l’architecture.

18
(1) M. Flourens, Georges Cuvier, Etienne de Lacapède, 1883. Œuvres complètes de Buffon
avec la nomenclature linnéenne et la classification de Cuvier. Imprimerie des frères Garnier,
Paris, France.
(2) M. Flourens, Georges Cuvier, Etienne de Lacapède, 1883. Œuvres complètes de Buffon
avec la nomenclature linnéenne et la classification de Cuvier. Imprimerie des frères Garnier,
Paris, France.
(3) Jeanne Millet, 2012. L’architecture des arbres des régions tempérées. Montréal, Canada,
Imprimerie MultiMondes.
(4) Jeanne Millet, 2012. L’architecture des arbres des régions tempérées. Montréal, Canada,
Imprimerie MultiMondes.
(5) Rian, I. M., & Sassone, M. (2014). Tree-inspired dendriforms and fractal-like branching
structures in architecture: A brief historical overview. Frontiers of Architectural Research,
3(3), 298-323.
(6) Pasini, D., & Burgess, S. C. (2002). Optimal structural features in trees and their
application in engineering. WIT Transactions on Ecology and the Environment, 57.
(7) Jeanne Millet, 2012. L’architecture des arbres des régions tempérées. Montréal, Canada,
Imprimerie MultiMondes.
(8) B.B. Mandelbrot (1982) The Fractal Geometry of Nature, W. H. Freeman and Co., New
York
(9) Rian, I. M., & Sassone, M. (2014). Tree-inspired dendriforms and fractal-like branching
structures in architecture: A brief historical overview. Frontiers of Architectural Research,
3(3), 298-323.
(10) Burgess, S. C., & Pasini, D. (2004). Analysis of the structural efficiency of trees. Journal
of Engineering Design, 15(2), 177-193.
(11) Pasini, D., & Burgess, S. C. (2002). Optimal structural features in trees and their
application in engineering. WIT Transactions on Ecology and the Environment, 57.
(12) Bridges 2011: Mathematics, Music, Art, Architecture, Culture, Tessellations Publishing
(2011), pp. 65–72 The University of Melbourne, Melbourne

(13) Rian, I. M., & Sassone, M. (2014). Tree-inspired dendriforms and fractal-like branching
structures in architecture: A brief historical overview. Frontiers of Architectural Research,
3(3), 298-323.
(14) Barrallo, J., Sánchez-Beitia, S., & Oñati, E. A. P. (2011). The geometry of organic
architecture: the works of Eduardo Torroja, Felix Candela and Miguel Fisac. Bridges, 65-72.

(15) B. Orman Art Nouveau & Gaudí: The way of nature. JCCC Honor. J., 4 (1) (2013), p. 2

(16) Gawell, E. (2013). Non-euclidean geometry in the modeling of contemporary architectural


forms. Journal Biuletyn of Polish Society for Geometry and Engineering Graphics, 24.

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