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OU

L ES SOUL I OTES ;
MÉLoDRAME EN DEUx ACTEs
ET c INQ TABLE AUx,
PAR MM. FRANCONI JEUNE ET HENRI. .
BALLET DE M. BERToTo; MUSIQUE DE M. SERGENT ; DÉ
CORS DE MM. DUMAY ET FILATRE ;
MISE EN SCÈNE DE M. A. FRANCONI.
Représenté, pour la première fois, à Paris, sur le Théâtre
du Cirque-Olympique , le 17 mars 185o. .

# PRIx : 1 FR. 3o C. #

PARIS,
CHEZ P.-J. HARDY, ÉDITEUR,
RUE DU TEMPLE, N° 5, AU 1".

1830

132833-B
" , , , --

_*

PERSONNAGES. . ACTEURs.

YOULI , MM. EDMoND.


Polémarques des souliotes
BOTZARI, CHÉRY.

TZAVELLA, fils d'Youli, ignorant sa .


naissance.. . - • • .. .. .. • • • • .. .. .. PAUL SEIGNEURIE.

CAPELAN, Pacha de Delvino. ...... DEMOUY.

ALI-BEY,Commandantdes Mamelucks EDoUARD. -


MACTAR , Pêcheur albanais, père
adoptif de Tzavella............ • • DELHoMMÉ.

· HOUZOUFF, barbier du Pacha. .. .. . RÉBARD.


COURGI, bostangi du Pacha.. ...... SIGNoL.

UN CHEF DE SOULIOTES. . .. . .. . DARGENT.

UN OFFICIER DE JANISSAIRES. · LÉoPoLD.

LAMARRE.
DEUX SOULI0TES. ... .. . . . © - - - - • -

·
- , AHN aîné.
ZEMINETH, Sœur de Capelan, veuve -

du Pacha de Bérat............ .. Mesd. STÉPHANIE.


ZULÉMA, fcmme de Mactar........ BUSSY.

UNE FEMME SOULIOTE. .. .. .. .. CARoLINE.

ALBANAIs,SoULIoTEs,TURCs,MAMELUCKs,
JANIssAIREs , EUNUQUEs , EsCLAYEs,
PEUPLE.

––- >©00eE-–

La scène se passe d Argiro-Castron, ville forte, siége du Pachalik


de Delvino, et aux environs et dans les montagnes où se sont
réfugiés les Souliotes. -

/
--

· · YoULH,
· LEs soULIoT Es,
MÉLODRAME.

Bree:B:E:B:e:B:e:et eºeºeºeºeºeºeºeºet
PREMIER ACTE.

PR EMIER TA BL EAU.
, Le Théâtre représente une forêt touffue ; au fond , un fleuve rapide
serpente au milieu des arbres et des plantes; à droite, la chaumière
du pêcheur-Mactar.

SCÈNE PREMIÈRE.
(Des Souliotes, le fer et la flamme à la main, poursuivent de malheu
reux Turcs qui fuient en désordre avec leurs femmes et leurs enfans.)
SCÈNE II.
ZULÉMA, seule.
- zULÉMA, accourant.
Ah! mon Dieu ! Que faire ?... Que devenir ?.. .. et Mactar,
et Tzavella qui sont à la ville. .. Comment échapper à ces fu
rieux ? Ce sont des démons et non pas des hommes; ça ne
respecte rien, et malgré mes cinquante ans, je suis sûre qu'ils
n'hésiteraient pas. .. Il faut que je me barricade...
(Elle rentre dans la chaumière dont elle ferme la porte.)
SCENE III.
UN cHEF DE SouLiorEs, SOULIOTES, puis ZULÉMA.
UN CHEF DE SOULIOTES.
Encore une habitation sur ce sol maudit l allons, que la
( 4 )
flamme en fasse justice; ils ont appris aux Souliotes qu'on
pouvait vivre sur des rochers, en proie à la fureur de tous les
élémens. -

(Les Souliotes s'apprêtent à jeter des brandons sur le chaume qui recou
| r vre la cabane du pêcheur.)
- · zULÉMA, à la fenétre.
Grâce!... Grâce !... Messieurs les Souliotes l. .. Je ne suis
pas musulmane, je suis albanaise. -

LE CHEF,- - -

Albanaise ?...Tes frères, en vendant pour un peu d'or leur


courage aux pachas, se sont montrés envers nous plus féroces
encore que nos persécuteurs, ainsi point de quartier...Obéissez!
( Les Souliotes se précipitent. .. Zuléma pousse des cris.)

SCENE IV.
LEs MêMEs, BOTZARI.
»orzARI accourt et arrête ceux qui allaient mettre le feu d la
·, : ". ' · , chaumière.
Arrêtez et respectez l'habitation de l'ami d'un de vos polé
marques : le pêcheur qui habite cette misérable cabane a
sauvé les jours d'Youli, et votre chef lui doit bien plus en
C0T6,
LE CHEF.

S'il en est ainsi, que cette bonne femme se rassure.


. , ^ • • zULÉMA, à sa fenêtre.
• - -

• Ah! merci, messieurs les Souliotes. .. Alors je vas des


cendre. ' -

| (on entend sonner le beffroi dans le lointain.)


BOTZARI. ' ' ·
Les Musulmans sonnent l'alarme : avant qu'ils aient ras
semblé leurs forces, nous aurons regagné nos montagnesaveº
notre butin. - -

• " zULÉMA, sortant.


Tout ça c'est fort bien de votre part de ne pas mettre le feu
à § chaumière, mais ça ne me rend pas mes vaches, me:
§au ... Et mon jardin qui est labouré d'un bout à l'autre!
- BoTzARI, au chef.
· · · : · - -

Donne-moi l'or qui me revient pour ma part.


LE cHEF, tui donnant une bourse. '
Le voilà !
BoTzARI, la donnant à Zuléma. -

Prenez, Zuléma, et continuez ainsi que Mactar à servir


Youli avec fidélité; bientôt vous le verrez lui-même.
(5) V

- .zULÉMA. -

Ah! certainement que vous pouvez compter sur moi.


(On entend des gémissemens et des pleurs au dehors.)
B0TZARI. --
Quels sont ces cris ? V

- L8 CHEF,

C'est un misérable turc, que nos frères, restés en arrière ,


conduisent ve1s nous.

SCENE V.
LEs MÊMEs, SOULIOTES conduisant d coups de plat de sabre
COURGI, le bostangi du Pacha. ",

COURCEs

Mais, messieurs, vous voyez bien que j'y mets de la grâce...


BOTZARI,

Qui es-tu ?
C0URGI. -

Seigneur, je suis le chétif Courgi, bostangi du sublime


pacha Capelan..... -

B0TZARI.
Misérable ! |
COURGI,

Non. .. Je voulais dire du cruel pacha Capelan.


BOTZARI. - - -

Eh! bien, Courgi, rassure-toi, nous n'exercerons pas à ton


égard les cruautés auxquelles ton implacable maître livre nos
frères qui tombent en son pouvoir. -

C0URGI,

Que le puissant Mahomet vous en récompense un jour!


BOTZARl.

Qu'on lui tranche la tête !


COURG J.

Qu'ai-je entendu ?
BOTZA R1. !

Tu vois qu'on ne te fera pas souffrir.


- COURGI.
Par la babouche du prophête.... qu'est-ce que vous feriez
d'une tête comme la mienne ?... je la rachète .... et je ne
marchande pas. .. je vous le promets.
B0TZARI.

Nous avons plus d'or qu'il ne nous en faut.


, C0URCI.
Aussi n'est-ce point de l'or que j'ai l'intention de vous of
frir. ... -

-
(6 )
- BOTZARI,

En ce cas, qu'on l'emmène.


COURG I. . -

Une minute donc; vous êtes trop pressés. ... Je veux vous
offrir mieux que de l'or.
BOTZARI.

Explique-toi vîte. -

COURGI. -

Eh! bien, si vous consentez à me laisser la vie et à me ren


dre ensuite la liberté. .. je puis vous introduire cette nuit
dans la ville et dans le palais de Capelan. .. par une issue
secrète... Et, quoique vous ayez plus d'or qu'il ne vous en
faut, je dois vous prévenir que c'est dans cet endroit que le
pacha renferme ses nombreux trésors.
- BOTZARI. -

Qu'est-ce qui nous prouvera que ce n'est point un piége


que tu cherches à nous tendre. -

- - COURG I.

Eh! mon Dieu ! ma tête, que j'estime si fort, n'est-elle pas


à votre disposition ? -

B0TZARI, - - - -

Il suffit. .. tu vas nous suivre , nous allons faire connaître .


ta proposition à notre chef. (Aux souliotes.) Qu'on le saisisse!
- coURGI. , , - -

Ah ! je suis saisi ! -

\ BOTZARI.

Zuléma, tu nous reverras avant peu. ... En marche.


(Les Souliotes, commandés par Botzari, s'éloignent avec leur butin et
leurs prisonniers. ) -
V. -

LE CHEF, à Courgi.
, Avance, chien de Turc !

SCENE VI. | º -
ZULÉMA, seule. -

Ah! je respire !.... Comment ! tant d'or pour si peu de ra


vage ! .... Ma foi, à ce prix-là, je me laisserais bien tous les
jours piller, voler.. ..
$ SCÈNE VII.
ZULÉMA, MACTAR, TZAVELLA.
(Ils arrivent dans une barque. Tzavella rentre ses filets.)
MACTAR, se jettant dans les bras de sa femme.
Chère Zuléma ! je te retrouve.. .. nous tremblions pour
(7 ) .
toi; nous avons appris à Argyro-Castron qne les Souliotes
étaient descendus de leurs montagnes et mettaient tout à feu
et à sang, aux environs; ilsZULEMA.
•• .
n'ont donc pas passé de ce côté ? -

Au contraire. .. mon ami, je les ai vus. .. j'ai été assez


heureuse pour être pillée. - - "

- MACTAR, -

Que dis-tu ? · · · -
- ^ zULÉMA.
Ils nous ont tout pris.. ..
TZAVELLA.

Les brigands ! .... '.


». " -- ZULEMA,

Quel bonheur !. ...


- MACTAR.

Ah ! ça, est-ce qu'ils t'ont aussi enlevé le peu de bon sens


que tu possédais ? - A !

zULEMA, bas à Mactar. -

Eh ! non... regarde. (Elle lui montre la bourse.)... Voilà ce


qui m'a été donné au nom du redoutable Youli .... encore .
deux infortunes semblables
tre aise. . v .
et nous pourrons vivre fort à no- '
-

- ·- - MACTAR, bas.
Silence• devant
,
Tzavella.
, - • * TZAVELLA. -
-

-\

Et nous verrions de sang-froid les massacres auxquels se


livrent ces audacieux montagnards ! Ma patience se lasse du
honteux repos où je suis plongé ... Il faut nous réunir, armer
· nos bras.... et venger jusque dans le repaire de ces lâches
assassins le meurtre de nos frères.
- | zULÉMA.
O ciel! que dit-il?.,. lui se battre contre les Souliotes.
MACTAR, à sa femme.
Mais tais-toi.donc. (A Tzavella.)... Ah! ça, d'où te vient cette
ardeur guerrière qui te tourmente depuis quelque tems ?.. ..
- TZAVELLA.

Je ne puis voir sans rougir que nous nous laissions égorger "
sans oser nous défendre.
^ , ] MACTAR.

Ce n'est pas là la véritable raison qui te fait désirer de


quitter tes filets pour saisir un cimeterre...
, TZAVELLA ,
Que voulez-vous dire ?
- MACTAR.

Que le pêcheur Mactar, qui apperçoit à vingt-cinq pieds


( 8 )
dans l'eau une branche de corail, distingue aussi facilement
ce qui se passe dans le cœur d'un homme .. .. C'est l'amour
qui te souffle tout bas de quitter la profession dans laquelle
le sort t'a placé.
TZAVELLA. -

L'amour ?... moi ?... et pour qui ?... Grand Dieu !


/ MACTAR.

Pour qui ?.... je n'ai pas oublié le jour où nous étions à


vendre le produit de notre pêche sur la place d'Argyro-Cas
tron ... .. La sœur de Capelan. ... labelle Zemineth, veuve
du pacha de Bérat, passait pour se rendre au bain.. .... Tu
ne te lassais pas de la comtempler, et il y avait une demi-heure
qu'elle était éloignée. ..... que tu avais les yeux fixés à la
même place.... et que tu n'entendais pius rien de ce qu'on
te disait. .. ..
- - TZAVELLA. - *..

Vous êtes dans l'erreur..... je vous assure. ...


MACTAR.

Ma foi. .... je le désire pour toi surtout.... Ecoute, mon


garçon ; je sais bien que dans r•os pays, avec du courage, on
peut arriver facilement aux premières dignités. ... Les exem
ples ne manquent pas.. ... Je connais un fendeur de bois qui
est aujourd'hui grand-amiral, et un tailleur qui est devenu
premier ministre ;... mais on a beau les étrangler de temps
en temps,.... ça ne va pas encore assez vîte pour qu'il y
ait de la place pour tous les ambitieux...... Ainsi, crois-moi,
renonce aux grandeurs; donne ton cœur à quelqu'un de ton
rang...... La fille d'un simple pêcheur peut t'offrir le bonheur
que tu ne serais pas bien sûr de trouver chez la veuve d'un
pacha...... - - ,

- TzAvELLA, sans écouter Mactar.


Quand je devrais mourir, je saurai me rappprocher d'elle.
M1ACTA R.

Eh bien ! dis donc, est-ce que c'est pour les poissons que je
fais de la morale.
1ZAVELLA,

Pardon, mon père. .. Mais je ne saurais y résister davan


tage. .. Vous l'avez entendu comme moi ce matin. .. Le pa
cha promet un rang... des honneurs à celui qui livrera mort
ou vif le polémarque Youli... Eh bien ! je cours de ce pas
réunir tous les jeunes gens de mon âge, et je me mets à leur
tête. .. pour ne revenir qu'après avoir assuré la paix à nos
foyers ! •.

- ZU LEMA .

Eh quoi! tu voudrais quitter tcs parens adoptifs. . .. .


( 9 )
TZAVELLA.

' Pour protéger vos jours. MACTAR.


"-
.. vos biens. ..
. - - - , , '• -

Faut-il employer la prière. .. les larmes. .. pour t'engager


à renoncer à un semblable projet ?.. -

TZAVELLA.
Mon père !.. Que dites-vous ?. .
, ' , ' MACTAR,
Promets-moi de ne pas nous quitter. ..
- TZAVELLA.

Ce que vous exigez est au-dessus de mes forces.. .


MACTAR .

Sais-tu bien contre qui tu veux diriger le fer?.. -" .

- TZAVELLA. -

Contre les ennemis de mon pays. .. ) " -

- - - MACTAR »
Mais celui qui les commande ?...
TZAVELLA. * /

N'est qu'un assassin qui mérite la mort...


- - | zULÉMA.
Qu'oses-tu dire ?...
- - - , TzAVELLA. •
Je vous le répète. .. Vos efforts pour me retenir seront
vains. .. Je ne reparaîtrai plus ici que la tête du farouche
Youli à la main. - ;
MACTAR,
Arrête. .. malheureux !... Apprends donc que ce farouche
Youli que tu veux frapper. .. + -
I - j

SCÈNE VIII. ·
LEs MÊMEs, Un INcoNNU, enveloppé dans un large manteau al
banais, saute d'une barque d terre, s'approche précipitamment
de Mactar et de Zuléma et achève la phrase du pêcheur. C'est
Youli, accompagné de Botzari, qui se retire.
YOULI.
Est condamné par votre maître. .. Vous avez raison, jeune
homme; on doit obéir aux lois de son prince et de son pays.
TZAVELLA. - ". "

Qui êtes-vous ? -

-- ' , , , .' YOULI,


Un ami de Mactar. .. de Zuléma... Le vôtre aussi... Voilà
ma main. .. Voulez-vous la serrer ?...
TZAVELLA.
Je ne sais sije le deis. ..

-/
( 1o )
MACTAR. -

Tzavella, n'hésite même pas à le presser sur ton cœur. ..


Cet homme généreux a constamment veillé sur nous et pro- .
tégé ta jeunesse.
" TZAVELLA,

Ah !je ne démandais qu'à vous croire.


YOULI. -

Cher Tzavella ! ... Il faut que je confie un secret important à


vos parens adoptifs. .. Consentez-vous à me laisser seul un
moment avec eux ?.. .
TzAvELLA , d part.
Pourquoi tant de mystère ?.. Et quel peut être cet homme
qui a su m'émouvoir ? - -

- (Il s'éloigne en regardant l'inconnu.)


. YOULI.
Votre main, que je la serre encore !... -

(Tzavella lui donne la main et rentre /dans la chaumière. Zuléma le


suit.)

SCÈNE IX.
LEs MÊMEs, ExCEPTÉ TZAVELLA ET ZULÉMA.
- · YOULI • ^

Imprudent ! qu'allais-tu faire ?.. Est-ce ainsi que tu tiens


tOn Serment ? - -

MACTAR.
Apprenez que Tzavella, sourd à nos conseils, à nos prières,
voulait aller vous combattre. .. et que nous ne trahissions
votre secret que pour arrêter son bras, qu'il levait contre N
V0UlS, . . -

- YOULI, -

Il se pourrait !... Le malheureux !... il voudrait égorger


son père !...
MACTAR• -

Parlez !... Quel parti prendre ?... | \


YOULI,
N'importe ! qu'il ignore à qui il doit le jour, tant que nos
têtes seront mises à prix... Nos efforts auprès du divan pour "
obtenir justice ne seront pas toujours vains.... Bientôt nous
reprendrons notre rang. Mais, hélas! c'est le seul enfant
qui me reste... J'ai vu massacrer sa mère. .. ses frères, par
l'ordre du pacha de Delvino. .. Nous n'avons plus d'autres
retraites que les montagnes
resse Saint-Vendre de Souli, que
di ; s'il apprenait sonlapère
je suis par
défendues , il:
forte
voudrait attacher sa fortune à la mienne. .. Non, je n'expo
( 11 )
serai pas desjours qui me sont si chers, et que, depuis dix
ans, je t'ai confiés, à toi Mactar, qui déjà a conservé les
lIl16IlS. • , -

- MACTAR.
Songez qu'il peut commettre un parricide !
- YOULI. -

Ne crains rien, je saurai me soustraire à ses coups. .. Par


lons du motif qui m'amène. .. Peux-tu me conduire, sans
être vu, aux pieds des remparts qui touchent aux jardins de
Capelan ?... -

MACTAR. - , • !

Vous ne pensez donc pas aux dangers qui vous environ


nent ? -
-

YOULI, -

Depuis long-tems ne suis-je pas habitué àles braver?... Je


dois m'assurer de la vérité des renseignemens qu'on m'a don
nés... Si on nous trompe. .. je serai la seule victime, et nos
frères vengeront mon trépas. º\
MACTAR. -

•Vous savez que je vous suis tout dévoué; quand vous vou
drez, nous partirons. ' - -- .
YOULI.
Eh! bien..... dans la barque, et faisons courir la rame.
MACTAR.

Un instant. .. Le fleuve'est couvert d'embarcations. .. la


campagne est remplie de cavaliers. .. de peuple ... C'est
sans doute le pacha qui se rend à sa maison de plaisance....
Il ne serait pas prudent de partir dans un tel moment... En
trez dans ma chaumière ; quand le cortége sera passé... nous
IlOUS InettTOnS en route. . :
- YOUlLI.
Je connais trop ta fidélité pour ne pas m'en rapporter à
toi. -

( Youli entre dans la chaumière au moment où Tzavella et Zuléma


en sortent. )
SCENE X.
MACTAR, ZULÉMA, TRAVELLA, LE PACHA , JANISSAIRES
ZEMINETH, ALBANAIs, PEUPLE.
t Le cortége du pacha entre en scène : il se compose de nombreux ca
valiers, de janissaires et d'Albanais. Le pacha paraît lui-même à che
Val au milieu de ses officiers.... Zémineth, sa sœur, est dans une gon
dole, conduite par des rameurs noirs; ils ne font que traverser pour
# diriger vers une maison de plaisance, à quelques lieues d'Argyro
Castron. ) -
( 12 ) |

SCÈNE XI.
MACTAR, ZULÉMA, TzAvELLA.
TzAvELLA, contemplant Zemineth qui s'éloigne.
Ah! je saurai rapprocher la distance qui nous sépare.
MACTAR, d Tzavella.
Tzavella, te voilà juste comme le jour où tu vendais notre
poisson à tort et à travers.
TZAVELLA.

Eh ! pourquoi me rappeler sans cesse la bassesse de mon


origine ? |

zULÉMA.
Ils sont bien loin.... Ils glissent avec une vîtesse sur le
fleuve... •º
TZAVELDA.
Hélas !
zULÉMA.
A peine si on les voit maintenant !
, MACTA R.-
C'est le moment de faire sortir notre hôte.
(Il entre dans la chaumière.)

| \ | SCENE XII.
ZULÉMA, TZAVELLA, sur le devant; UN oFFICIER DE JANIs
sAIREs ET UN PAYsAN, dans le fond. -

(Zuléma s'asseoit avec Tzavella. Un officier de janissaires paraît avec


- ^ un paysan.)
•,

- L'oFFICIER. ' .
Plusieurs habitans des bords de ce lac, dans l'espoir de
| toucher la récompense
Youli a paru promise, viennent de m'assurer que
dans ces lieux. •/

(Mactar sort avec Youli.)

SCÈNE XIII.
LEs MÊMEs, MACTAR, YOULI, puis JANISSAIREs.
- MACTAR.

Vous pouvez paraître sans crainte.


,YOULI,

Eh ! bien ... partons. ...


' LE PAYsAN à l'Offieier.
Voilà Youli. .. le chef des Souliotes !
\. ( 13 )
TZAVELLA• .
Youli !
- YOULI.
Je suis trahil... Malheur au premier qui m'approche.
- . zzAvELLA, tirant son poignard. ' -

Et je laisserais échapper une si belle occasion *. - - »

, MACTAR. :
Que vas-tu faire?... respecte l'hospitalité. .
- TZAVELLA. , , - · , · · · · ,
Malédiction !
(Les janissaires s'avancent.)'
- L'oFFICIER. | : ..
Rends-toi. .. ou tu es mort !
- | YoULI.
Osez donc m'arrêter !
(Les janissaires veuleut se précipiter sur Youli, qui gagne le rivage. ...
Botzari a † avec la barque, Youli le rejoint , et ils fendent les
flots en se faissant aller au courant qui les entraîne.. .. On se met à
leur poursuite.)
SCÈNE XIV. -

MACTAR, TZAVELLA, ZULÉMA,


MACTAR.
Le ciel soit loué ! il est hors de leur pouvoir.
-
TZAVELLA , -

Et c'est vous, un Albanais, qui donnez asile àun Souliote !


vous, mon père ! Ah! pourquoi m'avoir rappelé les devoirs de
l'hospitalité... Jamais.... non jamais semblable occasion ne
Se retrOuVe I'a. -

MACTAR.
Plus tard tu me remercieras d'avoir arrêté ton bras.
- - - TZAV ELLA. - -

Plus tard vous regretterez peut-être vous même votre pitié.


MACTAR•
Mon fils ! ... .
TZAVELLA »
Je me lasse à la fin des éternels obstacles que vous semblez
mettre à mes desseins, à mon bonheur ... J'ignore quel est
le sort que le ciel me réserve, mais je prétends suivre ma
destinée. ... Elle m'entraîne surles traces du rebelle que vous
avez soustrait à mes coups.... je n'y résiste plus. .. adieu !... "
(Il se jette dans une barque et disparaît.)
MACTAR, zULÉMA.
Tzavella !
( 14 )
- SCÈNE XV.
MACTAR, ZULÉMA.
MACTAR. -

Grand Dieu !. .. je frémis malgré moi ! Ah!. .. comment


empêcher ?.. . f -

ZULEMA. º -

Il ne pourra l'atteindre. .. Regarde ! un ouragan terrible


se prépare.. .. Mais quels dangers ne va-t-il pas courir ?...
MACTAR.

L'imprudent !. .. Oui, les eaux du fleuve se gonflent...Ah !


ne négligeons aucun moyen pour voler à son secours.
SCÈNE XVI.
LEs MÊMEs, TZAVELLA, ZEMINETH, LE PACHA, JANIs
sAIREs, ALBANAIs, PEUPLE.
(L'orage augmente à chaque instant, le fleuve mugit, les vents se dé
chaînent avec force, les éclairs brillent ; les gens du pacha courent
ça et là ; des paysans accourent sur le rivage. On aperçoit la barque ,
qui porte Zémineth, battue par les flots. Le pacha arrive en désordre.)
LE PACHA • -

Mais, ma sœur. .. qu'est-elle devenue ?.. .


(En ce moment, Tzavella reparaît dans sa barque; il aperçoit Zémi
| neth près de périr. )
Esclaves, je vous promets de l'or. .. beaucoup d'or. .. Mais,
au nom du prophête. .. sauvez ma sœur !.. .
(Tzavella, voyant le danger que court Zémineth, s'élance et tombe au
milieu de la barque; d'une main vigoureuse, il saisit le gouvernail,
gagne le rivage, et remet Zémineth dans les bras de son frère.) .
- LE PACHA ,

Brave jeune homme, demande tout l'or que tu voudras.


TZAVELLA.

De l'or ?. .. Ce que j'ai fait ne se paie pas avec de l'or.


LE PACHA.

Fais-moi connaître toi-même la récompense que tu dé


sires ? - TZAVELLA.
La faveur de te servir encore.
- LE PACHA ,

Je te l'accorde. .. Tu ne me quitteras plus, je t'attache à


ma personne.
TZAVELLA , d part.
Voilà donc une partie de mes vœux comblés !...
MACTAR .

Eh ! quoi, Tzavella, tu nous quittterais ?


#
· ( 15 )
$-
,* - TzAvELLA. .
Je vous l'ai dit, je ne veux écouter que ma volonté seule.
(On place Zémineth sur un palanquin ; le pacha monte à cheval , et or
donnc à Tzavella de le suivre ; celui-ci sort plein de joie , tandis que
ses parens adoptifs se désespèrent en se voyant ainsi abandonnés.)

FIN DU PREMIER TABLEAU.

DEUxIÈME TABLEAU.
Le Théâtre représente les jardins du pacha; à gauche est un trophée,
dont le piédestal masque une issue souterraine, conduisant sur les
bords du fleuve et hors de l'enceinte. A droite, nn pavillon servant
d'entrée au harem; à côté, un trônerichement décoré.)

SCÈNE XVII.

HOUSOUFF, suivi d'un grand nombre d'esclaves.


HoUsoUFF, aux esclaves, qui disposent tout pour une fête que le
' pacha doit donner d sa sœur.
C'est bien.. ... c'est très-bien.. ... O Mahomet !... ..
serait - il vrai ? ... ... un nouveau favori viendrait me dis
puter les bonnes grâces du puissant Capelan !... moi qui
me félicitais déjà d'être débarrassé de mon ami le bostangi!..
et il faut que je lui prépare une brillante réception, à ce damné
êcheur... C'est égal, il n'a qu'à bien se tenir... je m'en vas
· lui faire bonne mine pour le quart-d'heure... mais comme il
n'y a pas moyen que deux favoris puissent vivre en même
temps, et qu'il faut que l'un des deux soit empalé.... natu
rellement, j'aime mieux que ce soit lui... Aussi, je jure bien
par mon rasoir et la barbe de Mahomet de le faire sauter à la
première occasion. .. Le voilà avec le pacha... courbons vîte
notre tête dans la poussière, pour la forme. -

SCÈNE XVIII.
HOUZOUFF, LE PACHA, ZEMINETH, TZAVELLA,
JANIssAIREs, ALBANAIs, TURCs , EsCLAvEs, FEMMEs DE
ZEMINETH.

- . - LE PACHA,

Habitans d'Agiro-Castron, votre maître va vous apprendre


( I6 )
comment il récompense un sujet fidèle et dévoué.Approche,
Tzavella.. .. et revêts devant nous cette pelisse d'honneur.
(Houzouffet des esclaves jettent sur les épaules de Tzavella une
riche pelisse.) Tu as manifesté le désir d'être attaché à ma per
sonne, je veux aussi le satisfaire.... (Il prend un étendará de
la main d'un officier.) Prends cet étendard sacré, je le confie
à ton courage, et souviens-toi toujours que tu dois le garantir
des attentats des perfides Souliotes, qui, sous les ordres du
traître Youli, ne cessent de ravager nos contrées.
TZAVELLA. -

Je jure que la tête du rebelle ornera bientôt cet étendard.


(Tzavella s'incline, reçoit l'étendard ; tous les officiers et soldats flé
chissent le genou devant lui; au même moment, Zémineth, suivie de
ses femmes, sort du harem.) :
LE PACHA .

Ma sœur,
a sauvé c'estde
tes jours à toi maintenant
la fureur de récompenser celui qui
des flots. , - T»

ZEMINETH.

Tzavella, je possède d'immenses richesses ; demande, et


aussitôt la moitié de mes biens t'appartiendra.
- TzAvELLA.
Trop récompensé déjà par le bonheur que j'ai ressenti, en
arrachant à la mort votre auguste personne, et par les hon
neurs dont vient de m'accabler le sublime Pacha, permettez
moi, princesse, de refuser l'offre que vous venez de me faire.
\ ZEMINETH. " " " - !

Tu voudrais que je ne m'acquitasse pas envers toil.. je ne


saurais le souffrir. ... Que puis-je faire ?.... parle.... je
l'ordonne. .. • . -

TZAVELLA.

Pardonnez, Madame, si j'ose élever mes vœux trop haut...


mais vous avez commandé. .. -

- - zEMINETH.
Explique-toi sans crainte.
TZAVELLA , - -

Eh ! bien... souffrez que je dépose un baiser.. .. sur cette


main que je saisis au moment où les flots allaient vous en
gloutir.
LE PACHA . |
Quelle audace !
ZEMINETH.

· Mon frère. .. ma parole comme la vôtre est sacrée.. .. et


je ne dois pas refuser la seule grâce qu'implore de moi Tza
vella. (Elle lui donne sa main, que Tzavella baise avec transport.)
( 17 )
LE PACHA•

Que l'on commence la fête que j'ai ordonnée pour célébrer


l'heureux événement qui nous rend ma sœur.
(Chacun prend place ; Tzavella se met auprès de Zemineth et du pacha,
à l'endroit où venait s'asseoir Houzouff, qui s'éloigne de fort mau
vaise humeur, en voyant sa place prise par le nouveau favori, qui ne
cesse de contempler la belle Zemineth.)
BALLE'I'. - 4

Il est interrompu par l'arrivée d'Houzouff, qui s'approche du pacha,


et lui dit.)s -

- HOUZOUFF. -

· Sublime Pacha, le commandant des mamelucks que Sa


Hautesse envoie pour t'aider à soumettre les rebelles Sou
liotes, Ali-Bey, fait son entrée dans la superbe ville d'Argiro
Castron... Un de ses mamelucks vient de se présenter au pa
lais pour te donner cet avis.
- LE PACHA.
· Il suffit... je vais le recevoir... J'attendais son arrivée avec
impatience. .. pour toi surtout, Zemineth.
· zEMINETH.
Je ne vous comprends pas...
LE PACHA. -

C'est en sa présence que je m'expliquerai... tu connaîtras


alors tous mes projets sur toi. ... et tu verras combien ton
bonheur m'est cher. (A ses officiers.) Suivez-moi.
(Le pacha sort, suivivi de ses officiers, de ses gardes, et Zémineth ren
tre dans le harem, accompagnée de ses femmes.) -

SCÈNE XIX.
TZAVELLA, seul; it a suivi des yeux Zemineth.
Voilà donc la barrière qui m'en sépare pour toujours.. ...
pour toujours ?... Lorsque je posai en tremblant un baiser
sur sa divine main, ne l'ai-je pas senti tressaillir ?.. et si je
l'avais offensée par ma demande téméraire, n'aurait-elle pas
partagé l'indignation de son frère, au lieu de calmer son cour
roux... Oui. .. je dois le croire... elle ne saurait être insen
sible à tant de dévouement, à tant d'amour. .. Il faut à quel
que prix que ce soit qu'elle apprenne ce qui se passe dans
mon cœur. .. qu'elle décide de mon destin... Je suis seul.. .
hâtons-aous !
(Il tire ses tablettes et écrit.)
"; *\
- - · 2
( 18 ). -

SCÈNE XX.
TZAVELLA , HOUZOUFF, arrivant à pas de loup.
HoUzoUFF, à part. •

Je suis curieux de savoir ce qui peut engager le nouveau


venu à rester en arrière. .. Le voilà !... Par la manche de la
veste de Mahomet. .. je crois qu'il écrit.
TZAVELLA.

Puisse-t-elle ne pas résister !...


HoUzoUFF, à part.
Ellel. .. Il paraît que c'est à une femme qu'il s'adresse...
J'en aurai le cœur net».. (S'approchant.) SeigneurTzavella !...
TzAvELLA , surpris. •

| Heim !... (Il cache précipitamment ses tablettes sous les cous
sins du trône.) Que me voulez-vous ?
- HOUZOUFF,

Rien pour mon propre compte, courageux Tzavella... C'est


notre glorieux maître, qui, surpris de ne pas vous voir à ses
côtés, m'a chargé de vous dire d'aller le rejoindre tout de
suite. ... il veut vous présenter au chef des mamelucks. ...
le vaillant Ali-Bey.
- TZAVELLA.
C'est bien. , .. je vais le rejoindre. ..
- HOUZOUFF. -

Il m'a bien recommandé de ne pas vous quitter. .. que


vous ne fussiez parti... ,*

- TZAVELLA ,

Dans un moment.. . -

- - , HoUzoUFF.
Je dois encore vous prévenir que notre très-bon maître est
d'une vivacité sans exemple. .. il fait voler une tête pour peu
qn'on tarde d'une seconde à lui obéir... C'est son habitude.
- TZAVELLA. -

· Ah ! maudit importun. .. (A part.) Je trouverai bien le


moyen de les reprendre avant peu.
SCENE xxI. ' v

HOUZOUFF, seut.
C'est ça; cours... et moi je vais m'instruire. .. (Il tire les
tablettes qui sont sous les coussins du trône, et les parcourt rapi
dement.) «Belle Zemineth l» Ah! c'est à la sœur du pacha qu'il
s'adresse; rien que ça! ... « Cette existence que je vous ai
-

/
-
\
\ \

( 19 ) - ------

» csnservée , est depuis longtemps liée à la mienne. .. et si


» je dois renoncer à vous voir partager mon amour, il me
» faudra mourir. .. » C'est eomme ça qu'il y va le cama
rade.. .. il n'est guère ambitieux. .. Continue, et tu ne tar
deras pas à obtenir la place du chef des eunuques.... Ah !
ça, voilà bien certainement de quoi le perdre.. .. mais je
voudrais y arriver sans mc compromettre. ... le moyen est
bien simple. .. Il n'y a qu'à mettre en vue ces tablettes qu'il
, avait cachées. .. Le premier qui les trouvera, ne manquera
sans doute pas de les porter au maître.... De cette façon
j'arriverai à mon but, sans m'exposer aux éclats de la co
lère de notre très vif pacha. .. On vient. .. vite. .. (Il place
les tablettes sur les coussins)... C'est justement la personne à
, qui il s'adressait.. .. Je serai bien aise de voir l'effet que cette
déclaration va produire sur elle. -
- (Il se met derrière le trône.)

sCÈNE XXII.
ZEMINETH, HOUZOUFF, caché.
zEMINETH. • -

Les dernières paroles de mon frère ne me permettent pas


de goûter un instant de repos ... Une agitation brûlante. ..
HoUzoUFF, à part.
Eh ! bien.... est-ce qu'elle fera exprès de ne pas regarder
de mon côté ?.. .. - * -

ZEMINETH. .
Je voudrais déjà qu'il fût revenu ....

- HoUzoUFF, d part.
Ah ! elle y vient enfin....
- , ZEMINETH. -
Des tablettes ! ... c'est à moi qu'elles sont adressées ! ....
· - HoUzoUFF, d part. - -

Justement ! Comment ... elle ne s'emporte pas plus que


ça ?.. Ah !.. c'est qu'elle attend peut-être qu'il y ait du monde.
- - zEMIMETH..
L'imprudent ! à quel danger ne s'exposait-il pas en laissant
ainsi l'aveu d'un amour... que je dois bien me garder d'en
courager.,.. - -

- HoUzoUFF, d part.
Je n'entends rien du tout.... c'est peut-être qu'elle s'apprête
àse mettre en fureur ... , -
( 2o ) |

SCENE XXIII. ,
LEs MÊMEs, TZAVELLA.
- HoUsoUFF, d part. )
Mon concurrent !... bon, ça se complique... -

- TZAVELLA , en entrant. -

· Hâtons-nous'de reprendre... Que vois-je ?.. elle les tient...


O fortune, je te rends grâce. ( Se jetant aux genoux de Zemi
neth.) Ah! madame c'est à vos pieds que je dois tomber
ponr implorer mon pardon... avoir osé vous faire connaître...
ZEMINETH,
Relevez-vous. .. .
- - TzAvALLA.
Par pitié.. ..
ZEMINETH.

, Relevez-vous, vous dis-je... et reprenez ces tablettes, qui


auraient pu tomber dans d'autres mains que les miennes.. ..
Gardez-vous d'ajouter un mot pour défendre votre audace...
cessez de conserver une coupable espérance, que mon rang
aurait dû bannir de votre cœur... et ne me forcez pas d'oublier
que vous avez sauvé mes jours....
HoUzoUFF, d part. .
Bravo! elle vale faire empaler... c'est sûr... Je suis enchanté.
, - TZAVELLA.
Madame!... ZEMINETH. - • • •

On vient !.. Que cet entretien soit effacé de votre mémoire,


comme il l'est de la mienne....
( Tzavella est confus, désespéré ; zemineth soupire, et Houzouff se
frotte les mains. ) " -

SCÈNE xxIV.
LEs MÊMEs, LE PACHA, ALY-BEY, JANIssAIREs, Arºsais 9

- MAMELUCKS.

LE PACHA, présentant Aly à sa sœur.


Zemineth, je te présente l'indomptable Aly, que le sultan,
notre glorieux maître envoye pour m'aider à anéantir les su
jets révoltés de l'empire du Croissant. .. Et afin de mieux
cimenter l'alliance faite entre nous.. .. j'ai disposé de ta main
en sa faveur.
- TZAVELLA.
O Ciel !
( 21 )
LE PACHA.

Voilà, ma sœur, ce que je ne voulais te faire connaître qu'en


présence d'Aly lui-même. .. ALY, -

Puis-je espérer, belle Zemineth, que vous voudrez bien


sanctionner les désirs de votre frère et ceux de sa hautesse ?
r 'zEMINETH. -

Je regrette que mon frère ne m'ait pas informé †de


ses intentions, j'aurais pu alors lui faire connaître les mien
nes. .. Veuve du pacha de Berat, je suis maîtresse seule de
ma volonté. .. J'ai juré sur le tombeau du Prophête de ne
jamais donner de successeur à mon époux. .. et vous savez si
Mahomet pardonnerait un tel parjure. .. Vous le voyez,
Seigneur, il ne dépendait pas de moi de vous épargner un
semblable refus...
(Elle s'éloigne. )
TzAVELLA , d part.
Je respire plus librement.
SCÈNE XXV.
LEs MÊMEs, hors ZEMINETH.
- LE PACHÀ.
Elle ose résister à mes volontés !
ALY. -

Pacha de Delvino. .. ce n'est point moi qui ai sollicité ton


alliance.. .. Etait-ce pour me faire subir un tel affront que tu
m'as appelé à ta cour ? réponds !
LE PACHA.

Aly, avant peu tu apprendras à me connaître. .. Je n'ai ja


mais souffert la désobéissance, et ce n'est pas dans ma famille
que je la tolèrerai. .. Tu peux t'en reposer sur moi du soin de
tenir ma promesse... (A ses gardes.) Qu'on prépare tout à la
mosquée pour que l'hymen de ma sœur ait lieu. .. demain
au point du jour.. .
TzAVELLA , d part.
Je le jure, cet hymen ne s'accomplira pas !
(Le pacha entre dans le harem pour retrouver sa sœur. Tout le monde
sort, à l'exception d'Aly et d'Houzouff qui reste dans le fond. )
SCÈNE XVI.
ALY, HOUSOUFF.
ALY.

Cette fière bcauté me croit-elle dupe de son prétendu ser


-
( 22 ) - (

ment fait sur le tombeau du Prophête. .. Ce refus me cache


quelqu'intrigue que je saurai bien découvrir. .. Les richesses
- du pacha de Bérat ont excité mon envie. .. Il faut qu'elle
m'appartienne, et si en secret elle aime quelqu'un...
HoUzoUFF, s'avancant tout doucement.
Oui, seigneur, elle aime quelqu'un. '
ALr, le saisissant.
Misérable, qui te rend si hardi?..
HOUZOUFF.

Qa n'est pas moi. .. Dieu merci !.. mais je vais vous dire
qui. .. lâchez-moi !
- ALY. .
Eh! bien; parle ! - -º -
-
| - HoUzoUFF.
C'est le fils d'un pêcheur. ... un favori de vingt-quatre
heures. .. dont tout le monde ici semble engoué, parce qu'il
a pêché dans le fleuve la sœur du Pacha qui allait périr. ....
comme si c'était une chose bien extraordinaire de se jeter à
l'eau. .. quand on a du courage et qu'on sait nager.
- · ALY. -

Et tu n'as pas révélé à ton maître ce secret important ?


-- HOUZOUFF.

Pas si sot !.. comme je n'ai pas assez de preuves de ce que


j'avance, et que notre doux maître en est coiffé, je n'ai pas
envie qu'il me fasse appliquer la bastonnade sur la plante des
pieds, comme cela lui arrive quelquefois quand il a mal
dormi.
ALY .

Montre-moi ce vil esclave, et mon kangiar en fera justice


sur-le-champ. ·
- HOUZOUFF. - -

Pardon, Seigneur, je crois que vous êtes réellement trop


vif; d'abord, c'est qu'en traitant de la sorte celui tient peut-êtrc
au cœur de la belle veuve, ça ne serait guère le moyen de lui
faire votre cour. .. tandis que j'en connais un petit, bien plus
simple... · · · · ·
- ALY.

Et quel est-il?.. - - -

HoUzoUFF, tirant un petit papier de sa ceinture.


Le voilà ! je l'avais préparé à tout événement.
- ALY,

Mais ce billet, que contient-il ?


\ YoUzoUFF. -

Un rendez-vous. .. que je me permets de donner la nuit...


dans le sérail, au nom de la princesse. .. Le favori est trop
|
· ( 23 )
enflammé et trop courageux pour craindre les suites d'une
semblable entrevue... Une porte restera ouverte... une fois
introduit.... le chef des eunuques sera prévenu. .. les lois du
sérail sont très-claires. .. et d'un revers de cimeterre, on en
verra le pêcheur faire la cour aux houris de Mahomet. .. Qu'en
dites-vous ? • " . .

ALY.
J'approuve tout. .. et je te donnerai de l'or...
HoUzoUFF, avançant la main.
Je vous remercie. . . -

ALY. *
Si tout réussit comme tu me le promets. .. mais dans le cas
contraire, voilà ce que je te destine. .. (Il lui montre son
Kangiar.) - -

- HoUzoUFF. ",

Vous pouvez compter que jè ferai tout pour ne pas m'y ex


poser. #
( Aly sort.)

SCÈNE XXVII.
HoUzoUFF, seul; ruis vs NÈcRE.
Comme ils sont aimables les mamelucks... ça (Il fait le
signe de donner une bourse), ou ça (Il fait le geste d'un coup de
poignard). Mon choix est fait. .. A moi Noirot ! (Un noir pa
raît, il lui parle bas.) Tu remettras ce billet et tu demanderas -
la réponse. .. va. .. (Le négre sort. ) Ah! que je suis bête !..
la réponse ... à un muet. .. Ah! j'aperçois le chef des eunu
ques. .. on va fermer les portes du sérail... je vais lui donner
ses instructions... C'est mon ami intime, et il ne me refusera
certainement pas le petit service que j'attends de lui...
SCÈNE XXVIII. s

HOUZOUFF, EvNvoves NoIRs.


(Des eunuques noirs, le sabre nu , font leur ronde ; Houzouffva parler
au chef, en lui montrant le harem. Tzavella traverse dans le fond
sans être aperçu et se cache.)

SCÈNE XXIX.
ZEMINETH, seule.
Comment me soustraire aux ordres de mon frère; son ca
ractère m'est connu, son orgueil ne cèdera point.... un délai
/
( 24 ) / -

de deux jours, voilà tout ce que sa générosité m'accorde...


Quel moyen employer ?.. comment fuir ?.. et où aller ?..
Tous mes esclaves lui sont vendus. .. personne à qui je puisse
· me fier. .. -

| SCÈNE xxx.
ZEMINETH, TZAVELLA.
TzAvELLA, au fond..
Je distingue dans l'obscurité... c'est elle sans doute...
- ZEMINETH. -

Ah ! Tzavella, toi seul pourrais me sauver.. ..... mais où


es-tu ?.. -

TzAvELLA, qui s'est approché.


Près de vous, belle Zemineth !.. -

zEMINETH.
Grand Dieu !.. que viens-tu faire ici ?..
- TZAVELLA ,

C'est vous qui me le demandez ?.. quand le billet que vous


m'avez fait remettre m'en donnait l'ordre...
- , ZEMINETH.
Quel billet ? je ne vous en ai envoyé aucun...
TZAVELLA.

Eh! quoi, ce rendez-vous ?..


ZEMINETH.

Je ne vous l'ai point donné. ..


TZAVELLA. -

Nierez-vous cette preuve !.. (Il lui montre le billet.)


' zEMINETH.
Ce billct n'est pas de moi... O ciel! j'entrevois un horrible
mystère... Tzavella, on aura surpris le secret de votre âme...
fuyez pendant qu'il en est temps encore.. .
- TZAVELLA.

Que je fuye, quand j'acquiers la certitude que je ne suis


pour vous qu'un objet de haine, de mépris,.. quand demain
vous allez appartenir à un autre.. .
zEMINETH.
Vous oubliez le sort qui vous attend si on vous surprend dans
ces lieux... au nom du ciel... partez, Tzavella !..
TZAVELLA. .
Et que m'importe la mort ?.. Elle mettra un terme à mes
IIlaUlX. • .
- ZEMINETH.

Eh bien ! puis qu'il le faut pour te sauver. .. Ma fierté va


( 25 ) .
, s'humilier. .. Non. .. je n'ai pas été insensible à ton amour, à
ton dévoûment. .. Mon âme appelle la tienne. .. Oui, je
t'aime. .. Mais fuis. .. - , * -

- TZAVELLA , -

L'ai-je bien entendu ? Zemineth! Tu partages ma flamme!..


Ah! je n'ai plus besoin de fuir; un tel aveu double mon cou
rage. .. Ils peuvent venir, je ne crains plus rien...
ZEMINETH. - -
Tu veux donc me voir expirer à tes yeux?
TZAVELLA, /

Eh bien !... j'obéis. .. je pars. . .


zEMINETH, apercevant les Eunuques. ,
Il est trop tard !
- · TZAVELLA. l ' · .
Rassure-toi... mon cimeterre saura bien m'ouvrir un pas
Sage. . . -

SCÈNE XXXI.
LEs Mtues , HOUZOUFF, au fond, montrant Tzavella aux Eu
nuques.

HoUzoUFF, sans être vu.


N'ayez pas peur de frapper, allez !...
(Combat entre Tzavella et les eunuques. On se précipite sur lui; il va
périr. Zemineth pousse un cri.)
SCÈNE XXXII. .
LEs MÊMEs, COURGI , BOTZARI , SoULIorEs.
(L'issue souterraine, pratiquée sous le piédestal du trophée, s'ouvre :
Botzari et quelques Souliotes, conduits par Courgi, paraissent. )
BoTzARI, reconnaissant T'zavella.
Tzavella !.. .
- TZAVELLA.
Les Souliotes !. ..
HoUzoUFF, dans le fond.
A moi, soldats !...
SCÈNE XXXIII.
LEs MÊMEs, ALY, JANIssAIREs, MAMELUCKs.
(On se jette sur les Souliotes; Botzari est désarmé : on va le massacrer. )
TZAVELLA.

Arrêtez !... Sans eux, j'étais assassiné...


cº)
ALY, aux soldats.
Vous le voyez ! c'est un traître !...
TZAVELLA.
Misérable ! tu vas apprendre à me connaître... (Il jette son
cimeterre à Botzari.) Souliotes, songez à défendre vos jours.
(Botzari ramasse l'arme, et se faisant jour jusqu'à l'issue souterraine ,
s'écrie à l'entrée. ) -

- B0TZARI•

A nous, chefl. ..
SCÈNE XXXIV.
' LEs MÊMEs, YOULI, SoULIoTEs.

YoULI, paraissant avec plusieurs autres Souliotes.


Me voici !... je réponds de votre liberté ! "
(Il contient Aly avec ses pistolets ; Zemineth arrête Tzavella ; les Sou
liotes garnissent le piédestal, en tenant les Turcs en respect. )

TABLEAU.

· • - -

FIN DU PREMIER ACTE.


- ( 27 )

· DEUXIÈME ACTE
T R oIsIÈME TAB L EAU.
Le Théâtre représente une partie des défilés où se réfugient les Souliotes.
On aperçoit au loin , sur une hauteur , Aghia-Paras-Kevi, ou forte
resse Saint-Vendredi.
x

SCÈNE PREMIÈRE.
LE CHEF DES SOULIOTES, SoULIeTEs, FEMMEs ET ENFANs
SoULIoTEs. -

(Tableau d'une halte. Les Souliotes sont diversement groupés. , Les


femmes sont tristes; quelques-unes pleurent.)
LE CHEF, assis sur un tertre.
Youli n'est point encore de retour, et déjà le soleil éclaire
la cîme de nos montagnes. Ce turc maudit l'aurait-il entraîné
dans quelque piége ?... Malheur à lui et aux siens, s'il a
causé la mort d'un de nos frères (Il se lève, parcourt la scéne
et s'adresse aux femmes Souliotes. ) Eh ! quoi ! femmes Soulio
tes, vous versez des larmes ?... n'êtes-vous donc plus ces
modèles de courage et de vertu qui ont étonné l'Europe en
tière. Livrez-vous encore à l'espoir d'embrasser bientôt vos
pères et vos époux. .. (Marche dans le lointain. ) J'entends
du bruit !. .. Aux armes, Souliotes ! :
( Les femmes et les enfans se retirent. Tous les Souliotes se mettent
sous les armes.)

• SCENE II.
LE CHEF DES SOULIOTES, BOTZARI, SoULIoTEs, puis
YOULI , et autres SoULIoTEs apportant le butin et condulsant
les Prisonniers faits dans le palais de Capelan.
LE CHEF, d Botzari.
Braves compagnons, votre absence prolongée commençait
à nous donner les plus vives inquiétudes ! -

^.
( 28 ) /

· YoULI , en arrivant. | --

Que ces prisonniers soient conduits à la forteresse Saint


Vendredi, leurs jours nous répondront de ceux de nos frères
qui tomberaient au pouvoir de nos persécuteurs. Allez. (On
emméne les esclaves.) Déposez ici le butin et que le partage se
fasse en présence de tous. .. appelez les vieillards, les fem
mes et les enfans. -

(On sonne de la trompe. Le butin est à terre. )

SCÈNE III.
YOULI, BOTZARI, SoULIoTEs, PAPAs , FEMMEs, VIELLARDs
ET ENFANS. - -

(Au signal qu'on vient d'entenºre , les femmes descendent des monta
gnes ; les unes soutiennent des vieillards, d'autres portent de très
jeunes enfans sur leurs épaules. Des papas ou prêtres grecs les ac
t compagnent.) -

· YOULI,
| Sommes-nous tous rassemblés ?
- TOUS.

| Oui P. .. oui ?. . .
YOULI,
Que les vieillards fassent donc le partage de toutes ces ri
chesses. -

| (Les vieillards distribuent le butin aux guerriers.)


, UNE FEMME,

· Voilà bien de l'or , des bijoux ; mais nous mourons de


besoin. 1

YoULI, aux femmes qui se sont jetées à ses genoux.


· Calmez vos craintes, que l'espoir rentre dans vos âmes.. .
Voyez. .. un chariot chargé de vivres tourne la montagne.
(Dans ce moment on aperçoit un chariot chargé de pain..... Cris de
joie à cet aspect. .. On se précipite au-devant du convoi.)
·, : ';

SCENE IV.
LEs MÊMEs, SoULIoTEs, conduisant le chariot.
(On décharge lès paniers remplis de vivres.)
YOULI. -

Vous le voyez, Dieu n'abandonne pas ses enfans ; avant de


toucher à ce qu'il nous envoie, remercions-le de ses bien
faits.. . - -

(Tout le monde s'incline spontanément ; les papas font tout bas une
courte prière, pendant laquelle on entend une musique douce et reli
gieuse : quand la musique cesse, on se relève.)
- | ( 29 )
Nous ne formons, mes frères, qu'une seule famille; qu'elle
s'asseoie donc au banquet auquel Dieu la convie. .. Et vous,
guerriers, livrez-vous à vos jeux accoutumés.. .. Pour des
Souliotes, le repos même doit présenter l'image de la guerre.
(On s'asseoit sur les rochers, et le repas commence. Pendant ce temps,
les guerriers quittent leurs armes, et se livrent aux exercices qui leur .
sont familiers, comme : la danse, le saut, la lutte, le jeu du drapeau.
D'autres s'amusent à dompter des chevaux.) -

« · SCENE V. /

LES MÊMEs, LE CHEF Des souliores.


(Ces exercices sont interrompus par le chef des Souliotes.)
LE CHEF, au fond, sur une montagne.
Alerte ! alerte !. ..
(Tout le monde se lève et saisit ses armes.)
YOULI•

Que se passe-t-il?
LE CHEF, -

Nous venons d'apercevoir une riche caravane qui s'en


fonce dans nos défilés. - Je .

- TOUS. -

Aux armes ! -

YOULI, -

Arrêtez !... Sommes-nous des brigands pour pillér ainsi les


voyageurs?.. Songez qu'en vous livrant à de semblables ex
cès, vous détruisez l'intérêt qu'inspire notre cause.
BOTZARI,

Cette caravane est sans doute celle qu'attend le pacha de


Delvino, et nous devons frapper nos ennemis dans tout ce qui
leur est cher.. . + -

TOUS. .
Oui! oui ! . /
SCENE VI.
LEs MÊMEs, SoULIoTEs amenant MACTAR et ZULÉMA.
- YOULI,
Que vois-je ! Mactar ?
MACTAR.

Ah ! Seigneur !
YoULI, aux Souliotes qui veulent se précipiter sur Mactar et
- - - ( Zuléma.
, Arrêtez, mes amis ; cet homme nous est entièrement dé
voué. .. Mais quel motif t'amène en ces lieux ?...
, - ( 3o )
- zULÉMA. -

Ah ! seigneur , si vous saviez, ces maudits janissaires, fu


rieux de ce que vous leur étiez échappé... s'en sont pris à
nous. .. ils ont dit que nous étions des traîtres, ils ont mis
le feu à notre cabane. .. ils voulaient nous brûler avec elle..
- MACTAR. -

Ah ! ce malheur n'est pas le plus grand que nous avions à


redouter. .. ainsi qüe je vous l'avais annoncé hier. .. Tza
vella nous a quittés. .. pour se jeter dans les rangs de vos op
presseurs. .. il n'aspire qu'à vous rencontrer pour vous com
battre. - ·. -

YOULI. -

· Que me rappelles-tu ?... mon fils !... un chrétien défen


dant le croissant !
MACTAR. - /

Vous n'avez pas de temps à perdre pour vous mettre en


défense. .. Capelan, furieux de la perte de ses trésors.. .
s'est mis à votre poursuite. .. Aly et ses mamelucks l'accom
pagnent. .. ils cernent vos défilés... - -/

YOULI. -

Vous l'entendez, Souliotes ; votre plus cruel ennemi ose


pénétrer dans les seules retraites qui vous restent. .. Souffri
rez-vous qu'il vous en chasse encore ?...
TOUS.
Non ! non !
LE CHEF,

A la caravane , d'abord !...


- TOUS. -

A la caravane !... à la caravane !.. .


YoULI, se jetant au devant d'eux.
Vous n'irez pas, ou vous foulerez aux pieds votre Polémar
que. .. Eh ! quoi ! pour un peu d'or vous pourriez compro
mettre le sort de vos femmes , de vos enfans et ternir votre
gloire !... Ecrasons nos ennemis d'abord !. .. et vous pourrez
après demander des richesses. -

- MACTAR.
Mais votre fils, seigneur ?
YoULI, montrant ses compagnons.
Dans ce moment, je ne dois songer qu'à leur salut. .. Que
le ciel veille sur Tzavella. .. que tout le monde s'arme. .. les
vieillards, les femmes, les enfans mêmes ; il ne doit pas y
avoir de bras inutiles quand il s'agit d'écraser des tyrans. ..
faites rouler sur eux, du haut des ces montagnes. .. des ar
bres. .. des quartiers de rocs. .. que pas un de ces barbares
/

| ( 31 )
n'en réchappe. .. et que leurs cadavres entassés fertilisent
ce sol qui n'avait su produireTOUS.
que là liberté... A .
, Mort !... mort aux musulmans l. .. · . •

· YOULI.

Combats avec nous , brave Mactar , et deviens un de nos


frères !. .. +

(Ils sortent tous en silance. )

sCENE VII. .
LE PACHA , ALY-BEY , JANIssAIREs , MAMELUCKs.
(Entrée de l'avant-garde, commandée par le pacha et Aly-Bey. On fait
halte un moment.) -

- LE PACHA. - -

Avant d'attaquer la forteresse Saint - Vendredi, attendons


ici les troupes que commande Tzavella. .
". ALY. -

Croyez-vous donc qu'Aly ait besoin, pour vaincre, du


bras d'un Albanais ?... - -

LE PACHA .

Je connais trop bien votre courage pour en élever le soup


çOn.
- ALY. - -

Mes mamelucks ne savent pas s'arrêter quand on leur a dit


en avant ! - /

LE PACHA. -

| Nous pouvons compromettre une victoire certaine...


ALY, -

Je vous l'ai dit, je n'attendrai pas vos Albanais pour com


battre... Ils arriveront pour enterrer les morts. .. ou pour
• les dépouiller.. .. comme de vrais oiseaux de proie qu'ils sont
tOuS. . . " . - · •

LE PACHA,

Oubliez-vous, Seigneur, qu'après avoir prié... je pourrais


commander ? vous êtes sous mes ordres.. .

SCÈNE VIII.
LEs MÊMEs ; L'OFFICIER DES JANISSAIRES , conduisant
ZÉMINETH, vêtue en esclave. - -

L'oFFICIER. -

Nous venons d'arrêter au moment où elle cherchait à fuir


de ton camp, cette jeune esclave. .. elle semblait vouloir pas
ser aux Souliotes.
| ( 32 ) . -
, LE rAcHA. |
Que je l'interroge et qu'elle meure ! |

- (Zemineth lève son voile.)


LE PACHA , surpris.
Zemineth ?...
ZEMINETH.
Mon frère !
LE PACHA. -

Je ne suis plus que ton maître et ton juge. .. Réponds !


quel motif t'engageait à fuir ?... -

ZEMINETH,
Je voulais me seustraire à l'hymen où tu veux me contrain
dre. .. - - -

ALY. Z

Qu'entends-je ?...
LE PACHA .

Zemineth... : tu sais qu'on ne brave pas impunément mes


volontés... Il en est temps encore".. jure donc par Mahomet
de t'y soumettre. ..
- ZEMINETH.
Jamais !
LE PACHA.
Pour la dernière fois. ..
ZEMINETH.

Jamais, te dis-je !... -

LE PACHA.
Zemineth !

SCÈNE IX.

LEs Mºuss; YoULI, BoTzARI, souliores.


(Dans ce moment, les hauteurs sont couvertes de Souliotes... Leurs cris
arrêtent le bras du pacha.)
YOULI.

Mort aux Musulmans !


TOUS.
Mort l mort aux Musulmans !
- ALY.

Malédiction ! nous sommes cernés !.,. A moi, mamelucks !


LE PACHA.

Chargeons ces infidèles.


(Ils sortent tous ense battant.Les Souliotes paraissent avoir l'avantage.)

( 33 )
, SCÈNE X.
ZEMINETH, DEUx SoULIoTEs.
(Zemineth, qui s'était échappée pendant le combat , revient pour
suivie par deux Souliotes. )

- - zEMINETH, d genoux.
Grâce ! grâce !
1** SOULlOTE.

Elle m'appartient ! -

II° SOULI0TE. -

C'est moi qui le premier l'ai aperçue. .. C'est mon esclave.


I * SOULIOTE, , , v .
Viens donc la chercher.
(Ils attachent Zemineth à un arbre.) :
II° SOULIOTE. • ",

Maintenant, que le cimeterre en décide. . . .' • . '

' (Combat entre les deux Soulfotes; le deuxième tombe blessé. On en


' tend une musique guerrière.)
- 1* soULIoTE. -"

Les Turcs !.. allons, allons. (Il se dispose d la détacher.)


- II° SOULIOTE.

Eh! quoi, pour une femme, tu abandonnes un de tes frères


à la rage des Musulmans.
(Le premier Souliote abandonne Zemineth , et d'un bras vigoureux, il
place sur ses épaules le Souliote blessé, et gravit avec lui la montagne.)
SCENE XI.

ZEMINETH, TZAVELLA, d la tête des Albanais, HOUZOUFF.


(Les Albanais traversent le théâtre ; Tzavella, apercevant Zemineth ,
s'arrête et descend de cheval.)
zEMINETH, appelant.
Tzavella ! - - - -

TzAvELLA, après avoir détaché Zemineth.


Vous ici?.. exposée à tous les dangers?..
- zEMINETH, vivement.
Mon frère... Aly. .. tous les siens sont tombés peut-être au
pouvoir des Souliotes...
TZAVELLA ,

Qu'ai-je entendu ?
ZEMINETH.

Hâtez-vous !.. Au nom de notre amour... Tzavella... sauve


mon frère et ton maître. .. . " .

3
( 34 )
TZAVELLA. \ -

Zemineth, tes désirs vont-être comblés....ou je périrai


moi-même... (A Housouff.)Je confie à ta garde la sûreté de
la princesse. -

(Tzavella remonte à chevàl et disparaît.)

SCENE XII.
ZEMINETH, HOUZOUFF.
ZEMINETH»

Puisse-t-il arriver à temps !


HOUZOUFF.

Il nous laisse là, à la garde l'un de l'autre; comme c'est


rassurant. .. Princesse, si vous m'en croyez, nous ne reste
rons pas ici... nous nous en retournerons. (On entend des
coups de feu.) Ah! mon Dieut.. entendez-vous... on se bat...
venez.. , ça ne doit pas nous regarder...
- (Il sort en entraînant Zemineth.)
SCÈNE XIII. ' --

YoULI, BoTzARI, MACTAR, LE PACHA, ALY-BEY,


SoULIoTEs, JANIssAIREs, MAMELUCKs. .
(Le combat reprend avec vigueur; Youli, Botzari, Mactar, le pacha,
· Aly, reviennent en scène. Ces deux dèrniers sont renversés.)
| YoULI. .
Eh ! bien, Capelan, tu le vois, le ciel est juste.
ALY.

S'il était juste, tu serais sur un pal.


/ . LE PACHA. -

Ordonne vîte de notre sort.... si tu étais tombé en mon


pouvoir, j'eusse été sans pitié pour toi.
YOULI ,

Nos vieillards vont en décider... qu'on les emmène.


SCENE XIV.
LEs MÊMEs, TZAVELLA, ALBANAIs.
( Le combat reprend encore ; Tzavella délivre le pacha et Aly, qui se
joignent à lui. Mais Tzavella n'a qu'une pensée , c'est d'atteindre
Youli; il s'attache à lui, et enfin le joignant, il s'élance sur lui , en
s'écriant :)
- - TzAvELLA. -

Lâche ! tu refuses le combat, .. meurs donc !..


- ( 35 )
- MACTAR, se précipite au-devant.
Malheureux!.. arrête !.. c'est ton père !.. (A Youli.)
Fuyez. .. ' s . -
- TZAVELLA•

Mon père !..


º) - ALY, reparaissant.
Son père ? - -

(Il fait arrêter Youli par ses mamelucks.)


LE PACHA, revenant en soéne avec ees officiers.
| Nous l'emportons !.. Tzavella, grâce à ton courage, nous
sommes libres.
TZAVELLA.
Grand Dieu !
- LE PACHA, d Aly. .
Vous voyez, Aly, que le bras d'un Albanais n'est pas à
dédaigner. - -

ALY, haut.
Peut-être. .. (A part.) Attendons, pour mieux assurer sa
perte. - -

LB PACHA, à ses soldats.


· Emparez-vous de ces misérables. .. ils recevront dans peu
leur juste châtiment. \

- ALY.

Qu'on les attache à la queue des chevaux de mes Mamelucks.


TzAVELLA, d lui-même.
· Ah l c'en est trop. .. et je vais. ..
BoTzARI , enveloppé d'un manteau, l'arrête.
Imprudent !.. veille sur ton père, et laisse aux Souliotes le
soin délivrer de leur chef. -

(On attache les prisonniers à la queue des chevaux; on se met en marche.


Tzavella sort le dernier ; Botzari, avant de s'éloigner, le rassure.)

QUATRIÈME TABLEAU.
Le Théâtre représente une partie fortifiée du palais de Capelan.

SCÈNE XV.
HOUSOUFF, GARDEs.
|
HOUZOUFF.

Par le Croissant !... Je vais donc pouvoir me venger de


ce que j'ai souffert avec ces enragés de Souliotes. .. Allons,
que l'on prépare des pals, des bûchers et généralement tous
( 36 )
les petits accessoires destinés aux prisonniers.. .. Allez. ..
(Les gardes sortent.) Nous allons avoir du travail et nous fe
rons une belle et nombreuse collection de têtes pour Constan
tinople. ... ( Regardant son rasoir. ) Comme ils me l'ont
ébréché.

SCÈNE XVI.
HOUZOUFF, ZEMINETH.
. . | ZEMINETH.

Ah ! c'est toi, Houzouff, réponds. .. A-t-on des nouvelles


de Tzavella ?... Est-il de retour ?. ..
- , HOUZOUFF. -

A vous parler franchement, princesse, depuis que nous


sommes échappés des mains de ces maudits Souliotes, je ne
me suis occupé que de ma misérable personne. (A part.) Ça
m'intéressait beaucoup plus. -

zEMINETH, remontant la scène.


Voici mon frère. .. Evitons sa présence. .
- (Elle sort avoc Houzouff.) .

SCÈNE XVII. .
LE PACHA, orriciens, JANIssAIREs.
- LE PACHA. *
Le prophête a béni nos efforts... Mais c'est à Tzavella
qu'appartient toute la gloire de nos armes. .. il m'a sauvé
plus que la vie en me rendant la liberté, et je suis impatient
de lui prouver toute ma reconnaissance... Plus je suis ter
rible pour les traîtres et plus je dois être généreux envers le
sujet fidèle.
SCÈNE XVIII.
LEs MÊME, ALY, MAMELUCKs.
ALY. -

Je vous cherchais, seigneur, pour vous dévoiler un secret


important, d'où dépend le sort de votre vie.
LE PACHA.

Que voulez-vous dire ?... Expliquez-vous !


, · · - · ALY. * - -

Vous avez placé votre confiance dans l'homme le moins


fait pour la mériter. - - -
( 37 )
LE PACHA,
· Nommez ce traître et je fais tomber sa tête. .
•, ALY. , -

Tzavella ! - 1
- LE PACHA. /

Tzavella ?... Celui qui nous a sauvés tous ?... Son succès,
je le sais, a excité votre envie, et votre haine vous rend
injuste. . -

| ALY
Savez-vous qui a donné le jour à ce sujet si dévoué?
- LE PACHA.
Eh bien ? -

ALY
Le chef des rebelles... ce Souliote qui cent fois vous
fittrembler.
- LE PACHA.

· Youli ?...
ALY. .
Lui-même !... c'est sur le champ de bataille que ce secret
fut révélé. .. il arrêta le cimeterre de Tzavella, qui engagea
son père à fuir. .. et sans moi votre ennemi le plus redouta
ble ne serait point en votre pouvoir en ce moment.
LE PACHA. "
Aly, je ne saurais condamner légèrement un homme qui a
tant fait pour moi. .. il me faut des preuves certaines.
ALY.

Vous allez être satisfait. .. la femme d'un pêcheur Albanais,


qui combattait avec les Souliotes, est venue me faire cette
révélation dans l'espoir de sauver son mari, fait prisonnier...
LE PACHA . • °

Qu'on l'amène.
SCENE XIX.
LEs MÊMEs ; ZULÉMA, conduite par deux Mamelucks.
ALY.

Interrogez-là vous-même, seigneur


LE PACHA.
Réponds !... tu prétends que Tzavella est le fils du rebelle
Youli ?.. . |
zULÉMA.
Oui, seigneur. .. je dois bien le savoir puisqu'il nous a
été remis à l'âge de neuf ans.
LE PACHA.
Et qu'est-ce qui peut t'engager à révéler aujourd'hui un
semblable mystère ?...
( 38 )
- zULÉMA.
Comment?... la vie de mon pauvre homme, donc, qui a
tout sacrifié pour ce Tzavella, que le ciel maudisse... car il
n'a jamais fait que nous porter malheur. .. sans s'embarrasser
de nous après, comme vous voyez. ..
LE PACHA , d part. -

Il est ingrat et ambitieux !... (#. ) Qu'on garde cette


femme. .. je veux qu'elle ne puisse communiquer avec per
sonne. Obéissez.
(On emmène Zuléma.)

SCÈNE XX.
LE PACHA, ALY.
· ALY•

Eh ! bien, seigneur ! pensez-vous toujours que l'envie seule


m'ait fait parler, et vous fierez-vous désormais à celui qui
sait que le polémarque Youli est son père ?
- LE PACHA.

Mahomet m'inspirera ce que je devrai faire !


sCENE xxI.
LEs MÊMEs, HOUZOUFF.
HOUZOUFF. -

Sublime pacha !... soleil bienfaisant de Delvino !... je


viens annoncer à ta puissance, qu'un riche charriot venant
de Constantinople, entre dans Argyro-Castron.
SCÈNE XXII.
LEs MÊMEs; BOTZARI, ET DEux SoULIoTEs, déguisés en Turcs.
BOTZARI,
Très-haut. .. et très-redoutable Capelan... Sa Hautesse a
dû te prévenir des riches présens qu'elle t'adresse... ordonne,
et nous allons les déposer à tes pieds.
- LE PACHA .

Je reçois , en m'humiliant, les bienfaits de mon maître.


(Après avoir fait entrer le charriot, Houzouff sort avec Botzari et les
deux Souliotes.)
)
".

( 39 )
SCÈNE xxIII.
LE PACHA , ALY , TZAVELLA , puis YOULI , conduit par
\ - deux bourreaux. GARDEs.
TZAVELLA. -

Pacha, tu as ordonné que je t'amenasse le chef des Sou


liotes. .. le voilà !...
(Youli paraît conduit par les bourreaux.)
LE PACHA. -

Je veux que la tête de ce rebelle prouve à Sa Hautesse


mon ardeur à punir les ennemis du croissant.
YoULI, avec calme. -

Espères-tu m'épouvanter ?.... détrompe-toi !.... Depuis


que vous avez souillé de vos présences le sol sacré de la
Grèce, ma vie ne m'appartient plus ; je l'ai donnnée à mon
Dieu, à ma patrie.. ..
LE PACHA , - -

Nous verrons si tu conserveras ce superbe courage au mi


lieu des tortures ! -

YOULI.

Tes bourreaux sont-ils prêts ? -

- LE PACHA , à part d Aly. -

Tzavella ne paraît point ému. (Haut d Tzavella.) Votre


avis , Tzavella ? -

TZAVELLA , d part.
Je n'ai que ce moyen. (Haut.) J'approuve la résolution
que tu viens de prendre, puisqu'elle tend à détruire d'un seul
eoup les ennemis de mon maître ! •, .'

LE PACHA, à part.
Il se pourrait ? - -

- TZAVELLA.
J'attends même une faveur pour prix de ce que j'ai fait
pour toi !
, LE PACHA.
Pourvu que tu ne me demandes pas la vie de ce mé
créant. .. ... - /

TZAVELLA.
Je saurai mieux te prouver mon zèle... Je demande à exé
cuter moi-même la sentence portée contre le chef des Sou
liotes.
LE PACHA,
Il me faudra une preuve quand tu auras frappé.
( 4o )
TZAVELLA .
Laquelle ? -

- LE PACHA.
Sa main, que tant de fois il osa lever contre son maître.
- TZAVELLA4
Tu l'auras.
LE PACHA,

, Marche donc !... (Indiquant un cachot.) Là... seul avel lui...


je t'attends.
TzAVELLA , d un bourreau.
Ta hache !... (A Youli.) Suis-moi... (Youli suit Tzavella.)

SCÈNEXXIV.
Les Meurs, hors TzAvELLA Er YoULI.
- ALY, au Pacha. ^

Et vous pourriez vous fier à celui qui, pour satisfaire son


ambition, va vous sacrifier son père ?...
t . LE PACHA.

Non... .. car plus tard l'infâme me sacrifierait de même...


Soldats ! si Tzavella me rapporte le gage sanglant que j'ai
exigé de lui, qu'il tombe à l'instant frappé de mille coups.)
0 - (Tam-tam.)
\ SCÈNE XXV.

LEs MÊMEs, TZAVELLA, pâle, sa hache est sanglante.


TzAvELLA, déposant une main dans une urne que tient un bourreau.
Pacha, tes ordres sont remplis.... Justice est faite...
LE PACHA, après avoir vu la main.
Eh bien ! que justice te soit rendue maintenant. (Aux sol
dats.) Obéissez ! -

(Les soldats lèvent le cimeterre sur Tzavella, qui les arrête avec sa
hache.)
TzAvELLA , au Pacha.
Est-ce ainsi que tu récompenses ceux qui te servent ?
LE PACHA.

C'est ainsi que je récompense un parricide !


- TZAVELLA.

Un parricide ?.. regarde et juge-moi !


( Il fait voir son poignet gauche coupé, qu'il tenait caché sous son
- manteau. ) -
( 41 )
- SCÈNE XXVI.

LEs MêMEs, YOULI » puis BOTZARI ET LEs SoULIoTEs. " -

Mon fils !.. mon fils ! .. sortant


YoULI, du cachot. ·
A · • -- ,
· · -

| . ' , ALY. · · · · ·
Soldats, faites votre devoir.. . | |
BoTzARI, accourant.
A moi, Souliotes!.. - • • •• - '

- (Des souliotes sortent du chariot.)


/ LE PACHA. .
Nous sommes trahis l. -

(Combat : Capelan et Aly sont repoussés.)

SCÈNE XXVII.
YoULI, TzAvELLA, BoTzARI, sovrioras.
YOULI.

Tzavella ! mon fils, tu a sauvé mes jours. .. Mais à quel


prix, grand Dieu !.. ton sang... -

TZAVELl,A,

Je ne dois pas l'épargner quand l'honneur le demande. .


YOULI.

L'honneur ne t'ordonne pas d'en être prodigue.


- (Coups de canon au-dehors. )
BoTzARI, arrivant avec les Souliotes.
Hâtons-nous !.. nos frères en ce moment attaquent la for
tereSSe. . -

YOULI.
Secondons leurs efforts !. .
TZAVELLA.
Avant tout, la patrie !
-

ToUs, en sortant.
La patrie !.. la patrie !

CINQUIÈME TABLEAU.
Le Théâtre représente les fortifications d'Argyro-Castron, à droite
un pont-levis,
4
(42 )
| ACTION MILITAIRE. -
Les Turcs garnissent les remparts; le pacha et Aly les commandent,
Youli et ses principaux officiers font avaneer leurs troupes ; ils sont re
poussés, Youli plante un étendard noir au milieu du théâtre ; tous les
Souliotes l'entourent en criant : La victoire ! ou la mort ! On a baissé le
pont-levis. Les Turcs font une sortie ; des décharges de mousqueterie
ont lieu de part et d'autre ; le canon du fort répond à celui des assié
† .Les Souliotes fléchissent ; Tzavella arrive à la tête de la cava
erie, encourage les troupes , se précipite sur le pont-levis, dont il
s'empare après une vive résistance. Youli et les siens entrent dans la
ville. Combat, mêlée générale dans le fond sur les remparts. Le pacha
entraîne sa sœur ; Tzavella, qui paraît à cheval , les rejoint bientôt ;
après avoir mis en fuite le pacha et ses janissaires, il emporte Zémi
neth sur son cheval. Les Souliotes sont vainqueurs; l'étendard gree
flotte sur les remparts.)

TABLEAU FINAL,

IMPRIMERIE DE DAVID .
boulevart Poissonnière, u"6.
PIÈCES QUI SE TROUVENT CHEZ LE MÉME ÉDITEUR.
-

LEs LANCIERs ET LEs MARcHANDEs DE MoDEs, vaudeville en


un acte . .. • • • • • • • • • • • • • . . . .. 1 f. 5o cent.

LE Cour D'ÉrÉE, drame en un acte. . .. .. 1 5o


Et autres Pièces anciennes et pouvelles.
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- • • • *

•\
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-
Osterreichische Nationalblbliothek

+Z160357209