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ASSURANCE

Assurance Audit Actuariat

ARRONDEL Luc (sous la direction de), Epargne, assurance vie et retraite.


BLONDEAU Jacques et PARTRAT Christian (sous la direction de), La
réassurance - Approche technique.
BOULANGER Frédéric et GIRES Eric, Assurance et management de la
valeur.
DELWARDE Antoine et DENUIT Michel, Construction de tables de mor-
talité périodiques et prospectives.
DENUIT Michel et ROBERT Christian, Actuariat des assurances de per-
sonnes - Modélisation, tarification et provisionnement.
GIBRAIS Vincent et ADAM Anne-Claude, Le calcul des engagements de
retraite supplémentaire.
GUIZOUARN Jean-Charles et MARES CAUX Nicolas, Assurance santé -
Segmentation et compétitivité.
KALFON Patrice et PEUBEZ Gontran, L'actuariat des engagements
sociaux - Evaluation, comptabilisation et acteurs.
LABILLOY Bertrand, La régulation du marché européen de l'assurance.
LE BORGNE Hervé, Calculs bancaires.
LE VALLOIS Franck, PALSKY Patrice, PARIS Bernard et TOSETTI Alain,
Gestion actif passif en assurance vie - Réglementation, outils, méthodes.
LUZI Michel, Assurance lARD. Interprétation des chiffres.
PARTRAT Christian et BESSON Jean-Luc, Assurance non-vie.
PARTRAT Christian et aW, Provisionnement technique en assurance non-vie.
PLANCHET Frédéric, THÉROND Pierre et JUILLARD Marc, Modèles
financiers en assurance - Analyses de risque dynamiques, 2e éd.
PLANCHET Frédéric et THÉROND Pierre, Modèles de durée -
Applications
PLANCHET Frédéric et THÉROND Pierre, Mesure et gestion des risques
d'assurance.
PLANCHET Frédéric et THÉROND Pierre, Pilotage technique d'un
régime de rentes viagères.
PLANCHET Frédéric, THÉROND Pierre et KAMEGA Aymric, Scénarios
économiques en assurance - Modélisation et simulation.
PLANCHET Frédéric et WINTER Joël, Les provisions techniques des
contrats de prévoyance collective - Détermination et pilotage.
POINCELIN Thierry, Calculs élémentaires de l'assurance vie.
SANDER Jérôme, Calculs actuariels sous Access.
THOUROT Patrick et FOUGÈRE Frédéric, L'assurance française en 20
leçons.
TOSETTI Alain, BÉHAR Thomas, FROMENTEAU Michel, MÉNART
Stéphane, Assurance - Comptabilité, réglementation, actuariat.
TOSETTI Alain, WEISS François et POINCELIN Thierry, Les outils de
l'actuariat vie.
TURGNÉ Franck, L'arbitrage en matière d'assurance et de réassurance.
Assurance Audit Aétuariat
Collection dirigée par Jean-Marc Boyer

ASSURANCE
Comptabilité - Réglementation -
Actuariat
(avec extraits du Code des assurances à jour
au 30 juin 2010)

ALAIN TOSETTI (t)

Thomas Michel Stéphane


BÉHAR FROMENTEAU MÉNART

ffi ECONOMICA
49, rue Héricart, 75015 Paris
REMERCIEMENTS

Cet ouvrage doit beaucoup, naturellement, comme tout l'actuariat fran-


çais, à l'enseignement dispensé par P. Petauton.
De nombreuses discussions avec 1. Chevallier, C. Partrat et D. Pierre-
Lotu_Viaud nous ont permis de préciser et de clarifier nos vues sur bien
des points.
Il n'est évidemment pas possible de nommer individuellement les nom-
breux étudiants dont les réactions et remarques ont contribué depuis des
années à améliorer notre approche pédagogique de l'actuariat, en particu-
lier à l'INSEA de Rabat, au magistère Banque-Finance-Assurances de
l'université de Paris-Dauphine, au Centre d'Études Actuarielles de l'Insti-
tut des Actuaires Français et au Conservatoire National des Arts et Métiers.
Nous tenons à remercier Y. Simon qui nous a prodigué de nombreux
conseils sur le contenu, l'organisation et la mise en forme de cet ouvrage
ainsi que 1. Berthon et B. Guillochon qui nous ont encouragés à publier.
C. Simonin, D. Bucheton, O. Arles et G. Plantin ont bien voulu assumer
la tâche ingrate de relire l'ensemble du manuscrit. Leurs observations se
sont révélées extrêmement utiles. Qu'ils en soient chaleureusement remer-
ciés. Naturellement, les auteurs assument seuls la responsabilité des erreurs
résiduelles.
Enfin ce livre est dédié à nos familles et plus particulièrement à Kathe-
rine, Sophie et Michèle.

© Ed. ECONOMICA,2000 ; réimpression 2011


Tous droits de reproduction, de traduction, d'adaptation et d'exécution
réservés pour tous les pays.
PRÉFACE
pour la réimpression de 2011

La réglementation de l'assurance évolue.


Les actuaires envisagent d'utiliser des estimateurs sans biais pour éva-
luer les engagements d'assurance, se conformant ainsi aux souhaits pro-
fonds de leurs professeurs de statistiques. Parallèlement les plus-values
devraient perdre leur caractère latent. Les marges de prudence étant
presque toutes renvoyées dans les fonds propres, l'investisseur peut entre-
voir la perspective de mesurer directement la rentabilité réelle de l'opéra-
tion.
Toutefois, le pas n'est pas encore tout à fait franchi car quelques ajuste-
ments restent à faire.
Alors que l'horloge interne de nombre d'actuaires et d'assureurs semble
être positionnée sur « solvency 1,5 » il nous a paru opportun de réimpri-
mer l'ouvrage conçu et coordonné par Alain Tosetti, dont le tirage était
épuisé depuis plusieurs années. Selon son âge, le lecteur découvrira ou
retrouvera, grâce aux qualités pédagogiques exceptionnelles d'Alain, que
les principes techniques ont vocation à guider les évolutions réglemen-
taires et comptables.
On rappellera l'attachement d'Alain Tosetti à rendre le livre abordable
par morceaux, de manière à apporter une plus-value au lecteur (presque)
quelles que soient ses connaissances techniques initiales ou sa culture
mathématique.
Terminons par une petite citation sur la sécurité, et donc voisine de l'as-
surance, mais issue de la partie poétique des œuvres littéraires d'Alain:
«Si SAINT LOUIS, qui avait peur de la foudre, avait lu LA FON-
TAINE, il aurait eu l'air malin à rendre la justice à l'ombre d'un roseau. »

Thomas Béhar, Michel Fromenteau, Stéphane Ménart


AVANT-PROPOS

Chacun sait qu'un franc aujourd'hui et sûrement vaut mieux qu'un


franc peut-être et plus tard. Cet ouvrage traite de la manière dont les
assureurs appliquent ce principe de bon sens.
Pour cela, nous avons réuni et mis en perspective des sujets habituel-
lement dispersés :
- d'une part, la comptabilité et la réglementation de l'assurance, dont la
connaissance n'est pas aussi répandue qu'il serait souhaitable. Or, ce dont
les professionnels de l'assurance ont besoin, quelle que soit leur spécialité,
c'est d'en comprendre les principes de base, qui sont traités ici, sans se
perdre dans des détails techniques trop nombreux ;
- d'autre part, l'actuariat de l'assurance, celui de l'assurance vie et ce-
lui de l'assurance non-vie, rassemblés et unifiés alors qu'ils sont traités
généralement dans des ouvrages distincts et spécialisés, souvent dispo-
nibles uniquement en anglais, ou dans des mémoires à diffusion limitée.
Cet ouvrage définit et présente l'actuariat de l'assurance, application
du calcul des probabilités aux opérations d'assurance, sans supposer que le
lecteur connaisse déjà ni cette technique, ni même le terme d' «actuariat».
Traiter d'actuariat pour un public si large relève de la gageure. En ef-
fet, il s'agit d'un domaine très mathématique, et la plupart des traités
comportent de nombreuses formules qui rebutent les lecteurs non scienti-
fiques. Nous avons néanmoins tenté de relever le défi en conservant deux
niveaux de lecture à cet ouvrage, reflet d'un enseignement dispensé depuis
déjà longtemps, en de multiples endroits du monde,
- pour des étudiants en deuxième ou troisième année d'économie;
-- pour des ingénieurs souhaitant devenir actuaires, c'est-à-dire profes-
sionnels de l'actuariat.
*
8 Assurance: comptabilité, réglementation, actuariat

Ce double niveau de lecture se traduit par la coexistence d'un texte


principal et de compléments.
Le texte principal rassemble les notions que nous avons jugées indis-
pensables à toutes les catégories de lecteurs, en limitant leurs aspects
mathématiques au strict minimum. Aussi souvent que possible, les cal-
culs littéraux sont accompagnés d'un exemple chiffré: tenter de retrou-
ver le résultat numérique indiqué est toujours fructueux pour le lecteur.
D'ailleurs, la réussite de cette tentative est facilitée par les moyens mo-
dernes de calcul (l'ouvrage se limitant à requérir l'utilisation d'une cal-
culette ou d'un tableur). Parfois même le parti a été pris de tenter de
faire comprendre un problème difficile sans formules, en se contentant de
commenter un exemple chiffré.
Les annexes et compléments comportent des sujets que nous sommes
loin de tenir pour accessoires, puisqu'on y trouve par exemple le problème
de la tarification avec plus d'un critère, l'ajustement d'une table de mor-
talité ou les techniques de scoring et de crédibilité, très en vogue actuelle-
ment. Mais ils n'avaient pas leur place dans le texte principal, soit parce
que les mathématiques nécessaires à leur compréhension les en excluaient,
soit parce qu'il s'agit de sujets qui peuvent attendre une seconde lecture,
manière polie d'admettre que chacun conserve le droit de ne pas être
intéressé par les complications d'une spécialité qui n'est pas la sienne.
Cet ouvrage se compose d'un chapitre introductif qui présente tous
les aspects de l'assurance dont la compréhension nous paraît constituer
un préalable indispensable à l'assimilation de l'actuariat, puis de trois en-
sembles qui peuvent être abordés dans n'importe quel ordre: les chapitres
2 et 3 (cadre comptable et réglementaire), les chapitres 4 et 5 (assurance
non-vie) et le chapitre 6 (assurance vie).
- Le chapitre 1. Les trois aspects de l'assurance rappelle le vocabulaire
de l'assurance qui sera utilisé par la suite, au travers des trois aspects que
doit présenter une opération pour être qualifiée d'opération d'assurance
(un aspect juridique - l'opération d'assurance comporte un contrat -, un
aspect statistique -l'assureur utilise la loi des grands nombres -, un aspect
financier ou économique - la technique utilisée fait de lui un investisseur
institutionnel), et annonce les traductions comptable et actuarielle de ces
aspects qui sont développées dans les chapitres suivants.
- Le résultat de l'assureur est aléatoire : il espère faire un bénéfice
mais peut aussi faire une perte, voire se ruiner. L'essentiel est qu'à défaut
d'éviter une perte, il échappe à celle dont le montant le rend insolvable.
Ce qu'est une perte, ce qu'est l'insolvabilité n'est pas entièrement laissé à
son appréciation ou à celle de l'actuaire : ces notions sont définies par un
cadre réglementaire précis, qui fait l'objet des chapitres 2. Comptabilité
et assurance et 3. Le cadre réglementaire.
- Les chapitres 4. Le modèle simple de l'assurance et 5. Le modèle de
l'assurance auto décrivent les aléas de l'assurance non-vie, d'abord dans
le cas le plus simple, où le montant d'un sinistre est connu à l'avance, puis
dans le cas général, où il peut prendre diverses valeurs. En outre, dans le
Avant-propos 9

cas général, la valeur prise par le sinistre qui est survenu doit être estimée
en attendant d'être connue avec exactitude.
- Si l'exemple choisi tout au long du chapitre 4. Le modèle simple de
l'assurance, c'est-à-dire l'assurance décès, laisse croire à juste titre que ce
chapitre peut servir de préambule au chapitre 6. Le modèle de l'assurance
vie, dans ce dernier le fait d'avoir à chiffrer la valeur qu'a aujourd'hui un
franc à payer beaucoup plus tard modifie substantiellement l'étude.

À notre sens, si vie et non-vie ont développé des actuariats différents,


il est essentiel, pour voir ce qui les distingue, de faire un effort pour les
rendre comparables. Qu'il s'agisse de modèle simple, de modèle auto ou
de modèle vie, l'exposé suit un déroulement similaire en trois parties.
- Première partie: en supposant qu'il ait tarifé parfaitement les risques
qu'il assure, ex ante (à la souscription d'un ensemble de contrats), le
résultat de l'assureur est aléatoire; que peut-on dire de cet aléa?
- Deuxième partie : comment le tarif a-t-il été établi par l'assureur (ou
le groupement technique, ou les pouvoirs publics), quelles incertitudes en
résulte-t-il et quels sont les risques d'erreur les plus importants?
- Troisième partie: considéré ex post, que déduire du résultat de l'as-
sureur ? En particulier, convient-il de remettre en cause le tarif pratiqué?

L'actuariat de l'assurance est ainsi au cœur de cet ouvrage qui s'adresse


à plusieurs catégories de lecteurs.
- Ceux qui, sans souhaiter devenir actuaires, ont besoin de comprendre
le langage, parfois ésotérique, et la façon de raisonner de ces derniers, afin
de pouvoir dialoguer avec eux de manière professionnelle et mutuellement
fructueuse. Cette catégorie de lecteurs est large; elle comprend les finan-
ciers, les comptables, les juristes, les techniciens des diverses branches, les
responsables commerciaux (qui doivent intégrer les préoccupations actua-
rielles dans leur approche marketing), les informaticiens, les auditeurs, les
directions générales des entreprises d'assurance ainsi que les étudiants qui
se destinent à ces professions.
- Les actuaires professionnels et les étudiants en actuariat.
- Les statisticiens, notamment universitaires, de plus en plus nombreux
à s'intéresser à l'actuariat, qui fournit des applications de leur science
extrêmement concrètes et très souvent méconnues.

*
Il a évidemment été jugé nécessaire d'inscrire tous les calculs sur le
risque de perte et de ruine de l'assureur dans le cadre comptable et régle-
mentaire qui traite de ce que l'actuariat appelle la ruine et que la réglemen-
tation appelle l'insolvabilité. Faire des calculs d'assurance en se dispensant
de connaître ce cadre revient à jouer au bridge sans savoir comment on
compte les points.
Une remarque importante doit être faite. Ce cours d'actuariat
d'assurance ne pouvait pas être mince, traiter de plusieurs sujet, et tout
inclure. En particulier, les lecteurs ayant des connaissances en théorie
10 Assurance: comptabilité, réglementation, actuariat

financière doivent être mis en garde. Dans cet ouvrage, la modélisation


de la variabilité des taux d'intérêt a été volontairement placée au second
plan, pour donner la priorité à la modélisation des risques garantis direc-
tement par l'assureur. La théorie financière moderne fait en effet la part
belle aux fluctuations des taux d'intérêt, et une littérature abondante sur
ce sujet est disponible en français. Au risque de décevoir, nous supposons
donc en général que les taux ne varient pas dans le temps.
Chapitre 1

LES TROIS ASPECTS


DE L'ASSURANCE

Nous avons choisi de commencer cet ouvrage par un chapitre très


généraliste, qui pourrait s'appeler les vocabulaires de l'assurance. En ef-
fet, nous y rappelons ce qu'est l'assurance pour un juriste (§ 1.1), pour un
statisticien (§ 1.2), et pour un économiste (§ 1.3). Nous y indiquons aussi
comment ces trois aspects de l'assurance sont traduits par le comptable
(§ 1.4) et, last but not least, l'actuaire (§ 1.5).
Le lecteur, armé de la connaissance de ces divers aspects de l'assurance,
pourra les avoir présents à l'esprit dans les différents méandres de cet
ouvrage. Toutefois, avoir présent à l'esprit ne signifie pas utiliser en toute
circonstance, mais pouvoir préciser le sens des termes lorsque cela est
souhaitable.

1. L'aspect juridique

Du point de vue juridique, le contrat d'assurance est avant tout un


contrat. C'est donc, d'après l'article 1101 du code civil, une convention
par laquelle une ou plusieurs personnes s'obligent, envers une ou plusieurs
autres, à donner, à faire ou à ne pas faire quelque chose. L'objet de cette
section va être de définir les parties au contrat et les engagements que le
contrat tisse entre elles. En bref, nous allons dresser le schéma général de
l'assurance (§ 1.1), véritable ossature du contrat d'assurance. Nous appor-
terons ensuite quelques nuances au schéma général avec des précisions de
vocabulaire (§ 1.2), une classification des garanties (§ 1.3) et une typologie
des sociétés (§ 1.4).
12 Assurance: comptabilité, réglementation, actuariat

1. 1. Le schéma général de l'assurance


Prenons, pour commencer, trois exemples aussi simples et aussi variés
que possible :
- A, agriculteur, court le risque de voir sa récolte détruite par la grêle;
- C, chasseur, court le risque de blesser un promeneur ;
- F, père de famille, court le risque de décéder avant que ses enfants
ne soient en âge de gagner leur vie.

En cas de réalisation du risque, A ne pourra pas assumer financière-


ment, seul, la perte d'une année de revenu; C, le remboursement des frais
de soins du promeneur; et F, la charge de plusieurs années d'éducation,
d'alimentation, d'habillement, ... de ses enfants.
Dans chacun de ces trois exemples, ces personnes sont confrontées à un
risque et décident de s'assurer.
Comme ces trois risques sont assez communs pour être suffisamment
connus, A, C et F vont pouvoir trouver un assureur qui va leur proposer
ses garanties.
Les deux parties au contrat (l'assureur et l'assuré) ayant la volonté de
contracter, il reste à décrire les engagements réciproques qui vont être
noués au travers du contrat d'assurance.
Ces engagements sont simples:
Exposé à un risque,
- l'assuré paie à l'assureur une prime ;
- l'assureur garantit que, si le risque se réalise, il paiera une prestation.

Le schéma général de l'assurance comprend donc trois éléments: le


risque, la prime et la prestation.

prime l assuré

1 prestation

assureur

Ce sont ces deux engagements (paiement de la prime contre paiement,


le cas échéant, de la prestation) qui constituent le contrat d'assurance.
Dès à présent, il est possible de noter une particularité du contrat d'as-
surance. Tous les engagements du contrat d'assurance ne sont pas quanti-
tativement fixés dès la signature du contrat. En ce qui concerne l'assuré,
le montant de la prime (ou son mode de calcul) est fixé par le contrat dès
sa signature. En revanche, la prestation que pourrait verser l'assureur est
aléatoire: lors de la signature du contrat, les deux parties au contrat (l'as-
suré et l'assureur) ignorent si un sinistre va affecter l'assuré au cours de la
période de garantie. S'il n'y a pas de sinistre, l'assureur ne versera rien à
Chapitre 1 - Les trois aspects de l'assurance 13

l'assuré. En revanche, s'il y a un sinistre, l'assureur versera une prestation


à l'assuré. Les deux parties au contrat ignorent donc si l'assureur aura un
quelconque paiement à effectuer au profit de l'assuré (de plus, dans le cas
de A ou de C, le montant du sinistre n'est pas connu à l'avance). C'est en
ce sens que le contrat d'assurance est un contrat aléatoire.

1.2. Quelques précisions de vocabulaire


Le schéma précédent est-il vrai ?
Oui, le schéma

assuré

prime j r prestation

assureur

est vrai, aussi vrai que la phrase «les oiseaux volent)}.

Pourtant, chacun sait à la fois qu'il est vrai que «les oiseaux volent)} et
que l'autruche, qui est un oiseau, vole ... mal.
De même, il convient de savoir que ce n'est pas toujours l'assuré qui
signe le contrat, ni qui paie la prime, ni qui reçoit la prestation.
Le schéma général précédent appelle de nombreuses nuances et précau-
tions de vocabulaire pour être juridiquement exact. Précisons donc ici ces
nuances, que nous oublierons le plus souvent de mentionner dans la suite:
- Le contrat d'assurance (engagements de l'assuré de payer la prime
et de l'assureur de payer, le cas échéant, la prestation) est en principe à
distinguer de la police d'assurance, document qui matérialise l'existence
du contrat.
- Il y a parfois lieu de distinguer, dans un contrat d'assurance, l'assuré
qui court le risque, le souscripteur qui signe le contrat, le bénéficiaire qui
perçoit, le cas échéant, la prestation: dans notre exemple, si A joue les
trois rôles, l'assurance de F peut avoir été souscrite par son employeur et
comporter son conjoint comme bénéficiaire.
- Le contrat est individuel si le souscripteur est une personne physique
et l'assuré une ou quelques personnes ; le contrat est collectif (on parle
aussi d'assurance de groupe) si le souscripteur est une personne morale et
si le contrat compte de nombreux assurés (on parle alors d'adhérents).
- L'assureur est ici la société qui garantit le paiement en cas de réa-
lisation du risque, et non pas un intermédiaire (agent, courtier, banque)
ou un employé qui effectue la présentation des contrats ; il existe des
sociétés commerciales (sociétés anonymes) et des sociétés mutuelles. Dans
les premières, les associés (ceux qui possèdent la société et décident de son
avenir) sont les actionnaires, tandis que, dans les deuxièmes, les associés
sont les assurés eux-mêmes.
14 Assurance: comptabilité, réglementation. actuariat

- La prime (mot qui provient du latin prœmium, «prix», terme lui-


même composé de prae et emo, « acheter avant» et qui est plutôt utilisé
par les sociétés commerciales) ou son synonyme la cotisation (mot issu du
latin quota pars, «part qui revient à chacun» et qui est plutôt employé
par les sociétés mutuelles) est souvent payable au début de la période de
garantie, mais ce n'est nullement obligatoire: ainsi, en assurance grêle, il
est d'usage que l'assuré paie sa prime après avoir vendu sa récolte, c'est-
à-dire à la fin de la période d'assurance (en fait, la prime doit être payée
aux époques convenues par le contrat).
- La réalisation du risque est, en général, appelée la survenance d'un
sinistre: c'est le cas dans les trois exemples précédents, où la prestation
est appelée le montant du sinistre (même s'il ne s'agit pas d'un sinistre
incendie) ; toutefois, l'événement garanti ne peut pas toujours être qualifié
de sinistre (mot qui provient du latin sinister, «funeste», « défavorable» )
et, dans les assurances où l'événement qui déclenche la prestation est
la survie de l'assuré ou la naissance d'un enfant, il ne serait pas très
commercial de parler de sinistre (on parle alors du capital ou de la rente
prévus au contrat).
- Un même mot peut revêtir des sens différents, en particulier le mot
« risque» (mot qui provient de l'italien risco, danger) : «le risque incendie»
et «un portefeuille incendie de 10 000 risques».
- L'exercice de survenance d'un sinistre, année où le sinistre a eu lieu,
est a priori à distinguer de l'exercice de déclaration du sinistre, année
où l'assuré a signalé l'existence du sinistre à l'assureur, et de l'exercice
de paiement du sinistre, année où le sinistre est effectivement payé par
l'assureur.

1.3. Classification des garanties


On distingue trois catégories d'assurances différentes : les assurances
de choses, les assurances de responsabilité et les 3:Ssurances de personnes.

1.3.1. Les assurances de choses


Dans les assurances de choses, ou assurances de dommages aux biens
de l'assuré, l'assureur s'engage à indemniser l'assuré des dommages subis
par ses biens.
C'est le cas de l'assurance contre la grêle souscrite par A.
Dans cette catégorie peuvent aussi être rangées l'assurance contre l'in-
cendie souscrite par les propriétaires de maison ou encore l'assurance
contre le vol d'objets précieux.
Dans ces assurances, l'assuré, le souscripteur et le bénéficiaire ne for-
ment généralement qu'une seule et même personne. Les garanties sont
limitées aux dommages matériels.
L'indemnisation des dommages correspond rarement à l'intégralité du
préjudice subi par l'assuré. Elle est, en général, effectuée sous déduction
d'une franchise et dans la limite d'un plafond de garantie inférieur à la
Chapitre 1 - Les trois aspects de l'assurance 15

valeur totale des biens assurés. En effet, la pratique montre qu'une partie
du préjudice doit rester à charge de l'assuré de façon à l'inciter à tout
mettre en œuvre pour protéger ses biens et à diminuer ainsi la fréquence
et le coût des sinistres.
L'assuré doit, en outre, déclarer la valeur garantie des biens qu'il entend
protéger par l'assurance. C'est cette valeur garantie qui, selon l'usage,
permet de définir prime et prestation.

prime = taux de prime x valeur garantie


prestation = taux de sinistre x valeur garantie

1.3.2. Les assurances de responsabilité


Dans les assurances de responsabilité, l'assureur s'engage à indemni-
ser, à la place de l'assuré, les tiers victimes de dommages - matériels ou
corporels - dont l'assuré est responsable.
C'est le cas de l'assurance de responsabilité civile (RC) chasse souscrite
par C.
C'est aussi le cas de l'assurance RC du chef de famille, qui permet,
par exemple, d'indemniser le voisin du dessous en cas d'inondation, ou
de l'assurance RC du constructeur de maisons, qui permet d'indemniser
l'acquéreur d'une maison neuve en cas de malfaçons.
Le souscripteur et l'assuré sont souvent une seule personne. En re-
vanche, le bénéficiaire est systématiquement un tiers.
Cette assurance a pour origine les articles 1382 à 1384 du code civil.
Tout fait quelconque de l'homme, qui cause à autrui un dommage, oblige
celui par la faute duquel il est arrivé à le réparer (1382). Chacun est
responsable du dommage qu'il a causé non seulement par son fait, mais
encore par sa négligence ou par son imprudence (1383). On est responsable
non seulement du dommage que l'on cause par son propre fait, mais encore
de celui qui est causé par le fait des personnes dont on doit répondre, ou
des choses que l'on a sous sa garde (1384).
Comme pour les assurances de choses, l'indemnisation peut être ef-
fectuée sous déduction d'une franchise, et, plus rarement, dans la limite
d'un plafond de garantie. La garantie peut être illimitée: c'est le cas en
assurance de responsabilité civile automobile pour les dommages corporels
causés à des tiers par l'assuré.

1.3.3. Les assurances de personnes


Dans les assurances de personnes, l'assureur s'engage à verser un capital
ou une rente définis par le contrat si se réalisent des risques touchant à la
personne même de l'assuré (maladie, accident, décès ... survie !).
C'est le cas de l'assurance décès souscrite par l'employeur de F.
Le souscripteur et l'assuré sont en général la même personne. Le bénéfi-
ciaire en cas de vie est, aussi, en général, la même personne, ce qui n'est
évidemment jamais le cas pour le risque décès.
16 Assurance: comptabilité, réglementation, actuariat

Ici, on ne parle pas d'indemnisation, sauf dans le cas des rembourse-


ments de frais médicaux. Dans les autres cas, le capital ou la rente prévus
au contrat ne sont pas qualifiés d' «indemnisation».
Lorsque les risques sont la maladie ou l'accident, on parle d'assurances
de dommages corporels. Lorsque les risques sont le décès - quelle qu'en
soit la cause - ou la survie de l'assuré, on parle d'assurance vie.

Questions
À quel( s) type( s) se rattachent les différentes garanties
- d'un contrat auto?
- d'un contrat incendie?

Réponses
Un contrat auto comporte d'abord une garantie d'assurance de respon-
sabilité (c'est elle qui est obligatoire) ; il peut aussi comporter des ga-
ranties d'assurance de choses (vol, incendie, bris de glaces, dommages au
véhicule ... ) et des garanties d'assurance de personnes (individuelle conduc-
teur).
Un contrat incendie comporte des garanties d'assurance de choses, et
aussi des garanties d'assurance de responsabilité (recours des voisins).

1.4. Typologie des sociétés et principe de spécialisation


On distingue deux grands types de sociétés d'assurance:
- les sociétés d'assurance vie (ou life insurance ou long-term business
en anglais) ;
- les sociétés d'assurance non-vie, que l'on appelait sociétés dommages,
ou lARD (Incendie, Accidents et Risques Divers), ou accidents (ou non-life
insurance ou short-term business en anglais).
Depuis longtemps, dans certains pays comme la France, une même
société ne peut pratiquer à la fois l'assurance vie et les autres assurances.
C'est également le cas de toute société créée depuis 1976 dans l'Union
européenne.
Pourquoi une société doit-elle être spécialisée en vie ou en non-vie?
Pour que les promesses de longue durée faites aux assurés vie ne puissent
être compromises par la survenance de sinistres incendie ou auto.

Qu'appelle-t-on une société mixte?


C'est évidemment une société qui donne à la fois des garanties d'assu-
rance vie et des garanties d'assurance non-vie. Il en existe dans certains
pays.
Il ne s'en créait plus en Europe depuis les premières directives
européennes d'assurance, mais les troisièmes directives permettent aux
sociétés vie de pratiquer toutes les autres assurances de personnes.
Chapitre 1 - Les trois aspects de l'assurance 17

On appelle donc société mixte


- soit une société qui pratique, à la fois, la vie et l'ensemble des assu-
rances non-vie, comme il en existe dans certains pays;
- soit une société qui pratique à la fois l'assurance vie et l'assurance des
dommages corporels, comme peuvent le faire les sociétés vie de l'Union
européenne qui le souhaitent.

L'assurance vie n'est pas toujours à long terme


Si la spécialisation vise à protéger les promesses de longue durée faites
aux assurés vie, pourquoi autoriser les sociétés vie à commercialiser des
garanties en cas de décès temporaires d'un an ?
La spécialisation vie/non-vie est basée sur un critère juridique: ce sont
les garanties dont l'exécution dépend de la durée de la vie humaine (cas
de vie, cas de décès) qui constituent l'assurance vie, et non la durée des
garanties. C'est donc dans l'ensemble - mais non dans le détail - que
les garanties des contrats vie sont de longue durée, et les garanties des
contrats non-vie de plus courte durée.

La spécialisation n'est-elle pas illusoire ?


La plupart des groupes importants de sociétés d'assurances comportent
à la fois une société vie et une société non-vie: la spécialisation n'est-elle
pas illusoire?
Au contraire, il s'agit de sociétés dont les patrimoines sont distincts,
qui présentent des garanties de solvabilité distinctes (cf. chapitre 3) : la
faillite de l'une des composantes n'entraîne pas la faillite de l'autre.

2. L'aspect statistique
La prestation de service de l'assurance revient à répartir sur tous les
assurés les conséquences de sinistres qui surviennent à quelques-uns
(§ 2.1). Les mathématiciens, dans des théorèmes appelés lois des grands
nombres (§ 2.2), ont posé les conditions de cette mutualisation (§ 2.3).

2.1. Compensation des risques et mutualité


Réduite à un seul contrat avec un seul assuré, l'opération décrite précé-
demment

assuré

prime j 1 prestation

assureur
18 Assurance: comptabilité, réglementation, actuariat

ne serait qu'un pari pour l'assureur. En effet, celui-ci, en encaissant la


prime du contrat, s'engage, par avance, à verser une prestation dont il
ignore le montant. La prime est connue d'avance. Elle est dite certaine.
La prestation est inconnue à l'avance. Elle est dite aléatoire. Elle peut
être nulle (le risque ne se réalise pas) ou positive (le risque s'est réalisé).
Dans le premier cas, l'assureur fait un petit bénéfice (la prime). Dans le
second cas, il fait une perte importante, voire insupportable pour lui si la
réalisation du risque est catastrophique.
Prenons un exemple réel. Un assureur assure le conducteur E en respon-
sabilité et en dommages moyennant une prime d'environ 800 €. Quelques
semaines après la signature du contrat, la voiture de E cale à un passage à
niveau et fait dérailler un train. L'assureur prend en charge les dommages
subis par la voiture de son assuré, mais aussi ceux subis par le train, par
les voies ferrées, par le chargement du train, soit plusieurs millions d'eu-
ros de dégâts. Pour pouvoir payer ces dégâts, l'assureur doit avoir reçu de
nombreuses primes sur des contrats qui, eux, ne donneront pas lieu à des
paiements de sinistres: au moins 10000 contrats, dans notre exemple, qui
lui fournissent 10 000 x 800 €, soit 8 000 000 €.
Pour que chaque opération d'assurance ne soit pas un pari entraînant la
faillite de l'assureur dès qu'un seul sinistre survient, l'assureur doit avoir
réuni un grand nombre d'assurés.

primeS j
assuréS
l prestationS

assureur

L'ensemble des assurés forme une mutualité au sein de laquelle l'assu-


reur mutualise (ou compense) les risques. Cette expression signifie sim-
plement que l'assureur paiera, avec les primes reçues de tous, les sinistres
qui frapperont les malchanceux.

Quelques notations
Dans cet ouvrage, i est l'indice désignant le i-ème assuré. Le nombre
d'assurés sera noté na, et i variera donc entre 1 et na.
Chaque assuré i paie une prime commerciale qui se note ?T:' et comprend
notamment une prime pure notée ?Ti qui permet, par mutualisation des
risques, de payer les sinistres. Le reste de la prime commerciale comprend
des chargements destinés à financer le fonctionnement de l'entreprise.
La somme des primes pures sera notée

i=l
Cette somme, connue d'avance, est certaine.
Chapitre 1 - Les trois aspects de l'assurance 19

La prestation que peut recevoir un assuré i est notée Xi. Elle peut
être nulle ou positive en cas de sinistres. Elle est aléatoire. La somme des
prestations se note

et est aléatoire. L'actuaire cherche à la prévoir avec le maximum de préci-


sion possible.
En annexe 2 figurent des rappels élémentaires sur les notions de pro-
babilités qui seront supposées acquises dans les chapitres 4 à 6.

2.2. La loi des grands nombres


L'assureur dispose des primes L L
'Tri pour payer les sinistres Xi. Sa
situation s'est-elle améliorée par rapport à celle d'un assureur qui n'aurait
qu'un contrat, ou a-t-il seulement amplifié le risque de catastrophe?
C'est la loi des grands nombres qui permet de répondre à cette question.

Exemple
Soit un contrat d'assurance qui garantit le versement d'un capital de
100 000 € en cas de décès. Il est souscrit par na = 10 000 assurés qui
ont chacun une probabilité q = 1 % de décéder dans l'année. Le nombre
de décès de l'année est donc une variable aléatoire binomiale que nous
noterons Nd. Son espérance (le nombre moyen de décès) est naq = 100.
On peut donc dire (cf. annexe 2) qu'il y a une quasi-certitude que le
nombre de décès sera compris entre 67 et 133, donc que Nd sera égal à
100 à 33 % près. L'incertitude absolue sur le nombre de décès est de 33.
L'incertitude relative est de 33 %. Si l'assureur a encaissé 10 000 primes
de 1 000 € et qu'il n'a pas d'autres dépenses que le paiement des sinistres,
son résultat sera compris entre - 3,3 M € et 3,3 M €.
Si l'assureur a fait souscrire n~ = 1 000 000 d'assurés, les mêmes for-
mules conduisent à dire qu'il y a une quasi-certitude que le nombre de
décès sera compris entre 9 672 et 10 328 morts, donc que Nd sera égal à
10 000 à 3,3 % près. L'incertitude absolue sur le nombre de décès est de
328. L'incertitude relative est de 3,3 %. Si l'assureur a encaissé 1 000 000
primes de 1 000 € et qu'il n'a pas d'autres dépenses que le paiement des
sinistres, son résultat sera compris entre - 33 M € et 33 M €.
En multipliant par 100 le nombre d'assurés, l'incertitude absolue n'est
multipliée que par 10. L'incertitude relative a été divisée par 10.
Lorsque les risques sont identiques et indépendants, la loi des
grands nombres dit, sous certaines conditions, que le montant aléatoire
LXi = Xl + '.' + X na peut être d'autant mieux prévu que le nombre
d'assurés na est plus grand.
Plus précisément, le calcul des probabilités dit que si on multiplie le
nombre de risques par na,
- l'incertitude absolue est multipliée non par na mais par ~ ;
- l'incertitude relative est divisée par ~.
20 Assurance: comptabilité, réglementation, actuariat

La loi des grands nombres permet donc de diminuer l'incertitude re-


lative qui pèse sur les comptes de l'assureur. Elle signifie que, dans la
réalisation des risques, il n'y a pas trop de variations dans le nombre de
malchanceux par rapport à ce qui était prévu initialement, ce qui permet
la mutualisation des risques.

2.3. Les conditions d'application de la loi des grands nombres


La loi des grands nombres est valable pour des risques identiques et
indépendants. Elle s'étend aux risques dits assez homogènes et indépen-
dants, que nous définirons par des contre-exemples :
- Une maison et une usine ne sont pas des risques incendie homogènes.
- Les 100 appartements d'un même immeuble ne sont pas des risques
incendie assez indépendants.

Si les risques assurés ne sont pas suffisamment nombreux, homogènes et


indépendants pour que l'assureur puisse prévoir correctement la somme
des prestations, en bref, si la loi des grands nombres ne peut pas slap-
pliquer, l'assureur doit se réassurer: la réassurance est l'assurance des
assureurs.
Remarque
Il est possible que, pour une garantie donnée, les risques d'un assureur
soient homogènes et assez indépendants, mais ne le soient pas pour une
autre garantie. Prenons le cas d'une société qui assure des forêts dans
un département du nord de la France. Si ces forêts sont suffisamment
éloignées les unes des autres, les risques sont assez indépendants pour le
risque incendie. Ce n'est pas le cas pour le risq~e tempête, qui peut affecter
en une seule nuit de nombreuses forêts du département. L'assureur doit
donc prévoir pour ce risque une réassurance spécifique.

3. L'aspect économique
L'assurance est un service (§ 3.1) qui tient une place importante dans
l'économie (§ 3.2). L'assurance s'exerce dans un cadre concurrentiel. En
conséquence, l'assureur ne peut pas compter sur des primes futures pour
honorer ses engagements actuels: on dit qu'il fonctionne en capitalisation,
contrairement à la Sécurité sociale, qui fonctionne en répartition (§ 3.3).

3.1. L'industrie de la sécurité


Le rôle essentiel de l'assurance est de répondre au besoin de sécurité
des ménages et des entreprises, comme l'illustre la citation suivante:
«New-York n'est pas la création des hommes, mais celle des assureurs ...
Sans les assurances, il n'y aurait pas de gratte-ciel car aucun ouvrier n'essaie-
rait de travailler à une pareille hauteur, en risquant de faire une chute mortelle
et de laisser sa famille dans le besoin.
Chapitre 1 - Les trois aspects de l'assurance 21

Sans les assurances, aucun capitaliste n'investirait des millions pour cons-
truire de pareils buildings qu'un simple mégot de cigarette peut réduire en
cendres.
Sans les assurances, personne ne circulerait en voiture à travers les rues. Un
bon chauffeur est conscient du risque qu'il court à chaque instant: le risque de
renverser un piéton».
Henry FORD.

Ce besoin de sécurité permet de créer trois types d'assurance: les assu-


rances de personnes, les assurances de choses et les assurances de respon-
sabilité. Nous retrouvons ainsi les trois grandes catégories que nous avons
définies.

3.2. La place de l'assurance dans l'économie


On peut s'interroger sur l'importance de l'assurance dans l'économie.
Par exemple, l'assurance représente-t-elle 1 %, un dixième ou un tiers du
PIB français ?
Chacun des trois nombres précédents a un sens. Passons-les en revue.
Commençons par le second nombre, qui est la réponse la plus fréquem-
ment citée. L'assurance représenterait 10 % du PIB français. En effet, en
1996, le chiffre d'affaires (primes ou cotisations) des sociétés d'assurance,
770 GF, représente environ 10 % (9,8 %) des 7 861 GF de PIB.
Une première objection à cet énoncé doit être formulée. Le chiffre d'af-
faires des sociétés d'assurance ne constitue pas, en soi, environ 10 % du
PIB. En fait, c'est la valeur ajoutée par l'assurance qui est une part du
PIB : elle en constitue environ 1 % (0,8 %).
Et, en effet, l'assurance emploie 200 000 personnes en France, soit
1 Français actif sur 100, et non 1 sur 10.
Une deuxième objection peut être formulée. Le chiffre d'affaires de l'as-
surance ne comprend pas celui de la Sécurité sociale (santé, accidents du
travail, retraite ... ). Or, la Sécurité sociale répond, comme l'assurance, au
besoin de sécurité des ménages. En outre, le rôle actuellement joué en
France par l'une peut avoir été joué par l'autre à une autre époque en
France, ou être joué aujourd'hui par l'autre dans un autre pays. Ainsi,
lors de la création de la Sécurité sociale en 1947, les accidents du tra-
vail qui lui ont été transférés représentaient le tiers du chiffre d'affaires
des sociétés d'assurances. Autre exemple, l'assurance-vie occupe une place
plus importante dans les pays anglo-saxons, car les régimes de retraite y
sont moins complets.
Donc, si on tient compte des prestations sociales, qui ont un chiffre
d'affaires annuel trois fois plus élevé que celui des sociétés d'assurance,
on obtient un chiffre d'affaires total, assurance et Sécurité sociale réunies,
qui équivaut à environ un tiers (34 %) du PIB.
Toutefois, si la fonction de l'assurance est quasiment la même que celle
de la Sécurité sociale, ces deux secteurs d'activité diffèrent par leur mode
de fonctionnement. L'assurance fonctionne en capitalisation. La Sécurité
sociale fonctionne en répartition.
22 Assurance: comptabilité, réglementation, actuariat

3.3. Capitalisation et répartition

Dans un fonctionnement en répartition, les primes reçues dans l'année,


voire le mois, servent à payer les sinistres devant être payés dans l'année,
voire le mois, même si ces sinistres se rapportent à des périodes de garan-
tie antérieures. Pour payer les sinistres l'année d'après, l'organisme aura
besoin de nouvelles primes.
Dans un fonctionnement en capitalisation, les primes reçues au cours
d'un exercice donné serviront à payer les sinistres survenus au cours du
même exercice. L'exercice de paiement des sinistres peut différer de quel-
ques années de celui de l'encaissement des primes.
Réécrivons donc le schéma général de l'assurance en tenant compte de
son fonctionnement en capitalisation :

assuréS

j prestationS

l
primeS

Temps

assureur

Pour illustrer ces fonctionnements en répartition et en capitalisation,


prenons l'exemple d'un organisme de Sécurité sociale et d'une entreprise
d'assurance qui se créent en 2000. Ces deux entités s'engagent à régler des
sinistres avec les primes qu'elles reçoivent. Nous supposerons pour simpli-
fier que les sinistres sont payés en moyenne 2 ans après leur survenance
(comme pour les accidents de voiture) et qu'il n'y a pas de frais de gestion .

• Le fonctionnement en répartition de la Sécurité sociale


Prenons l'exemple d'un organisme qui se crée en 2000 et adopte la
répartition comme mode de fonctionnement. Le tableau ci-après donne,
année après année, les encaissements auxquels l'organisme procède, les
décaissements qu'il réalise ainsi que le solde de ces opérations.

Recettes Nature

Exercice Nature Montant Nature Montant Solde

2000 Primes de 2000 100M€ Sinistres de 1998· 1ooM€ OM€

2001 Primes de 2001 100M€ Sinistres de 1999 100 M€ OM€

2002 Primes de 2002 100 M€ Sinistres de 2000 100 M€ OM€

2003 Primes de 2003 100M€ Sinistres de 2001 100M€ OM€

2004 Primes de 2004 100M€ Sinistres de 2002 100 M€ OM€


Chapitre 1 - Les trois aspects de l'assurance 23

Dès sa création en 2000, l'organisme peut payer les sinistres qui doivent
l'être cette année-là (à savoir, ceux survenus en 1998).
Année après année, l'organisme ne peut pas constituer de réserve car
le solde de chaque année est nul.
En revanche, si l'organisme cesse d'avoir des recettes en 2005, les
sinistres de 2003 et de 2004 ne pourront pas être payés.
La Sécurité sociale permet donc la mise en place d'une solidarité immé-
diate. Dans le cadre de la retraite ou de la maladie, cette solidarité est
intergénérationnelle. Dans le régime de retraite, il apparaît que les jeunes
paient immédiatement pour les vieux. Dans le régime maladie, il en va un
peu de même: les gens en bonne santé paient pour les malades, et sont
en moyenne plus jeunes .

• Le fonctionnement en capitalisation de l'assurance


Prenons, cette fois-ci, l'exemple d'une entreprise qui se crée en 2000
et adopte la capitalisation comme mode de fonctionnement. Le tableau
ci-après donne, année après année, les encaissements auxquels l'entreprise
procède, les décaissements qu'elle réalise ainsi que le solde de ces opéra-
tions.

Recettes Dépenses Solde

Exercice Nature Montant Nature Montant

2000 Primes de 2000 100M€ OM€ 100 M€

2001 Primes de 2001 100M€ OM€ 200 M€

2002 Primes de 2002 100M€ Sinistres de 2000 100M€ 200 M€

2003 Primes de 2003 100M€ Sinistres de 2001 100M€ 200 M€

2004 Primes de 2004 100M€ Sinistres de 2002 100M€ 200 M€

L'entreprise d'assurance ne prend pas en charge les sinistres survenus


en 1998 et en 1999. Elle ne règle que les sinistres qui correspondent à des
primes encaissées. Les primes encaissées en 2000 servent à payer en 2002
les sinistres survenus en 2000, et celles de 2001 servent en 2003 à payer les
sinistres survenus en 2001. Entre 2000 et 2001, l'assureur doit donc placer
les primes qu'il a reçues, soit 200 M€ au total. En régime permanent,
l'assureur disposera toujours de cette réserve de 200 M€. C'est pour cela
que les entreprises d'assurance sont des investisseurs importants sur les
places boursières mondiales et dans l'immobilier. On parle d'investisseurs
insU tutionnels.
Toutefois, cet argent ne revient pas in fine à l'assureur: si ce dernier
cesse d'avoir des recettes en 2005, les sinistres survenus en 2003 et 2004
pourront être réglés avec la provision de 200 M€.
24 Assurance: comptabilité, réglementation, actuariat

Le fonctionnement en capitalisation est aussi le lieu d'exercice d'une


solidarité. Mais elle est différente : elle s'exerce par exemple entre les
payeurs de primes de 2000 (qui sont les auteurs de sinistres de 2000),
alors que dans le fonctionnement en répartition, la solidarité s'exerçait
entre les payeurs de primes de 2000 et les auteurs de sinistres de 1998 (qui
peuvent avoir été des personnes différentes).

4. Traduction comptable
Les entreprises d'assurance, comme toutes les sociétés, tiennent une
comptabilité avec un bilan et un compte de résultat. Les principes géné-
raux de la comptabilité doivent donc être respectés (§ 4.1). Mais l'inversion
du cycle de production propre à l'assurance conduit à des spécificités
notables dans la comptabilité des entreprises d'assurance (§ 4.2) et dans
le rôle de l'État (§ 4.3).

4.1. Les principes généraux de la comptabilité


4.1.1. Bilan, actif réel et passif réel
L'actif réel d'une société est constitué par l'ensemble des biens qu'elle
possède et l'ensemble des créances qu'elle détient sur des tiers. En as-
surance, cet actif est essentiellement constitué par des placements. Par
convention, l'actif se place à gauche du bilan.
Le passif réel d'une société est constitué par l'ensemble des dettes
qu'elle a contractées à l'égard de tiers. En assurance, ce passif est essen-
tiellement constitué par les engagements contractés à l'égard des assurés.
Ces engagements ont pour nom les provisions techniques. Par convention,
le passif réel se place à droite du bilan.
Le bilan permet de comparer le montant de l'actif réel (les biens et
les créances) au montant du passif réel (les dettes et les engagements).
La différence entre l'actif réel et le passif réel constitue la situation nette
de l'entreprise. Cette situation nette doit nécessairement être positive.
En effet, une situation nette positive signifie que les biens de l'assureur
sont plus importants que ses dettes. Dans le cas contraire, l'assureur ne
pourrait pas rembourser ses dettes avec ses biens, il serait donc insolvable.
À la place de situation nette, on parle aussi d'actif net, ou encore de fonds
propres (somme des capitaux propres et des réserves).
La situation nette figure au passif du bilan, de manière à ce que les
deux colonnes aient le même total.

ACTIF PASSIF

ACTIF RÉEL (Placements) SITUATION NETTE (Fonds propres)


PASSIF RÉEL (Provisions techniques)

SITUATION NETTE (Fonds propres) = ACTIF RÉEL - PASSIF RÉEL


Chapitre 1 - Les trois aspects de l'assurance 25

La situation nette évolue au fil des exercices :


- Elle s'accroît si l'entreprise fait un bénéfice et que ce bénéfice n'est
pas entièrement distribué aux actionnaires (dans le cas d'une société com-
merciale) ; le bénéfice est alors mis en réserve.
- Elle diminue si l'entreprise fait une perte.

Il est essentiel que, même amputée d'une perte, la situation nette reste
positive. Dans le cas contraire, les biens et créances étant inférieurs aux
dettes et engagements, l'entreprise serait insolvable. Une remarque im-
portante peut être faite ici : l'insolvabilité dont nous parlons diffère de
la faillite ou cessation de paiements telle que la connaît le tribunal de
commerce. L'entreprise d'assurance précédente, qui au 31/12/2004 doit
200 M€, est insolvable si elle ne possède pas au moins 200 M€, (même si
elle en possède 199) : pour remplir ses engagements, il lui faut alors faire
appel aux actionnaires ou à un fonds de garantie.

4.1.2. Charges, produits et résultat


Le compte de résultat explique le résultat de l'exercice écoulé en com-
parant les charges (les dépenses) aux produits (les recettes). En assurance,
les produits sont principalement les primes et les produits financiers pro-
venant des placements. Les charges sont essentiellement les prestations et
les frais de fonctionnement de l'entreprise.

PRODUITS (primes ... )

- CHARGES (prestations ... )

= RÉSULTAT

Cette explication du résultat passé est le point de départ de la prévision


des résultats futurs.

4.2. L'inversion du cycle de production


Dans une entreprise classique, le prix d'achat (le prix des matières
premières) est connu et payé avant le prix de vente.
En assurance, l'assureur encaisse les primes avant de payer les sinistres.
On peut donc dire que le prix de vente de l'opération d'assurance (le
montant de la prime) est connu et payé avant le prix d'achat (le montant
du sinistre). C'est cela l'inversion du cycle de production.
Cette inversion modifie considérablement la perception du bilan et du
compte de résultat.
Le bilan reflète le fait que les primes sont encaissées avant que les
prestations correspondantes ne soient payées : il montre comment les en-
gagements envers les assurés (ou provisions techniques) sont couverts par
des placements.
26 Assurance: comptabilité, réglementation, actuariat

Dans une entreprise classique, l'activité nécessite certains actifs (immo-


bilisations et stocks), et le passif du bilan explique comment l'entreprise a
financé ces immobilisations et ces stocks: l'activité de l'entreprise s'illustre
surtout dans son actif, et on peut lire le bilan de gauche à droite et dire
que le bilan montre comment l'actif a été financé par le passif.
Dans une entreprise d'assurance, l'activité conduit à un passif réel (les
engagements envers les assurés), et l'actif du bilan montre comment l'en-
treprise a employé les fonds reçus et comment elle pourra payer ces enga-
gements à l'égard des assurés: l'activité de l'entreprise s'illustre surtout
dans son passif, et on peut lire le bilan de droite à gauche et dire que le
bilan montre comment le passif a été placé.
Le compte de résultat comporte des produits (les primes) qui ont été
définis avant que les charges (les prestations) qui en sont la contrepartie
ne soient connues avec précision.
Dans une entreprise classique, les charges sont connues d'abord: dans
la formation du résultat de l'exercice, le chiffre d'affaires, la capacité de
vendre de l'entreprise, est a priori l'inconnue, et permettra éventuellement
un bénéfice.
En assurance au contraire, le chiffre d'affaires est connu d'abord: dans
la formation du résultat de l'exercice, les charges de sinistres ou de pres-
tations ne seront cernées qu'après l'encaissement des primes (et connues
avec exactitude parfois bien après l'encaissement des primes), et permet-
tront éventuellement un bénéfice.

4.3. La réglementation et le contrôle de fÉtat


4.3.1. Les fondements
Dans la plupart des pays, l'exercice de l'activité d'assurance est subor-
donné à l'obtention préalable d'une autorisation administrative délivrée
par les pouvoirs publics. Cette licence d'exploitation, appelée agrément,
peut par la suite être retirée à l'entreprise d'assurance dès lors que l'évolu-
tion probable de sa situation financière future ferait craindre un mauvais
déroulement des garanties délivrées.
Cette surveillance des pouvoirs publics trouve son fondement dans la
protection du consommateur preneur d'assurance.
Les attendus d'un arrêt de la Cour de justice des Communautés eu-
ropéennes de Luxembourg rendu en 1986 explicitent les motivations de
cette protection. Après avoir affirmé que le secteur de l'assurance consti-
tue un domaine particulièrement sensible du point de vue de la protection
du consommateur en tant que preneur d'assurance et assuré, la Cour mo-
tive quatre fois son affirmation:
1. La prestation de l'assurance est très spécifique, car elle est liée à
des événements futurs dont la survenance reste incertaine à la date de la
conclusion du contrat.
2. La situation de l'assuré peut devenir précaire si, après un sinistre, il
n'en obtient pas le dédommagement.
Chapitre 1 - Les trois aspects de l'assurance 27

3. Il est extrêmement difficile à l'assuré d'apprécier les clauses du


contrat et les perspectives d'évolution de la situation financière de l'assu-
reur.
4. Compte tenu du fait que l'assurance est devenue un phénomène de
masse, la sauvegarde des intérêts des tiers est tout aussi essentielle.

Par ces motivations, la Cour a en fait rappelé une évidence, à savoir


que les garanties accordées par l'assureur sont des promesses dont l'objet
présente un intérêt parfois considérable pour celui qui les a achetées. Le
refus opposé par l'assureur ou son incapacité à payer peuvent en effet être
lourds de conséquence :
-- pour l'assuré, dont l'effort d'épargne est annulé (contrat d'assurance
vie), ou bien qui est laissé sans indemnité à la suite d'un gros préjudice
(assurance incendie) ;
- pour le tiers victime d'un accident (assurance automobile).

4.3.2. L'organisation
En France, les agréments sont délivrés par le ministre de l'Economie et
des Finances, et la surveillance du respect des conditions de leur maintien
est confiée depuis 1990 à une commission administrative indépendante:
la Commission de contrôle des assurances.
Cette dernière est ainsi investie d'une mission permanente consistant
à vérifier que les entreprises d'assurance tiennent et restent en mesure de
tenir les engagements qu'elles ont contractés envers les assurés. Ces véri-
fications portent notamment sur l'appréciation du caractère suffisant des
provisions techniques (évaluation comptable des engagements pris envers
les assurés), de la qualité des actifs (placements) qui en sont la contrepar-
tie et enfin de l'existence d'une marge de solvabilité permettant de faire
face à d'éventuelles pertes futures.
Notons enfin qu'il ne faut pas confondre ce système d'agréments ad-
ministratifs avec d'autres préoccupations que peuvent avoir à certaines
époques les pouvoirs publics, par exemple :
- souhaiter que les placements des sociétés d'assurance, dont le volume
a une importance significative en termes macroéconomiques, s'effectuent
dans le sens de l'intérêt général et du développement économique;
- prélever des impôts sur l'assurance comme sur d'autres activités éco-
nomiques, ou inversement inciter par la fiscalité à la souscription de cer-
taines garanties (assurance vie par exemple).

5. Traduction actuarielle

Nous avons établi précédemment que le schéma général de l'assurance


était le suivant :
28 Assurance: comptabilité, réglementation, actuariat

assuréS

primeS j 1prestation~
Temps

assureur

Au § 3., nous avons ajouté le temps dans le schéma général de l'assu-


rance. Nous n'avons pas précisé comment le temps s'y intégrait. Il existe
en fait deux modélisations différentes en fonction de la complexité de la
prise en compte du temps et de l'importance des aléas. Ces deux modéli-
sations différentes définissent deux actuariats différents: un actuariat à
court terme et à fort aléa (§ 5.1), que nous étudierons dans les chapitres
4 et 5 (Modèle simple et Modèle de l'assurance auto), et un actuariat à
long terme et à faible aléa (§ 5.2), celui du chapitre 6 (Modèle vie).

5.1. Les risques courts à fort aléa


Reprenons l'exemple précédent d'un contrat d'assurance qui garantit
le versement d'un capital de c = 100 000 € en cas de décès et qui a été
souscrit par na = 10000 assurés, chacun d'entre eux ayant une probabilité
q = 1 % de décéder dans l'année.
Modélisons le résultat, en faisant abstraction des frais de gestion et des
produits financiers, la prime étant de 1 050 €.
Le nombre de décès dans l'année est une variable aléatoire Nd d'espé-
rance naq = 100.
Soit Rna le résultat aléatoire de l'assureur. Rna est la différence entre
les primes connues et les prestations aléatoires. Rna est aléatoire car il
dépend du nombre de décès Nd.

Rna = na1f - CNd = 10 000 X 1 050 - 100 000 X ]\td

avec

E(Rna) = na1f - cnaq = 10 500 000 - 10 000 000 = 500 000 €

Prise en compte de frais de gestion et de produits financiers


On vérifiera que l'espérance du résultat ne change pas si la prime est
portée à 1 400 € et si les frais de gestion nets de produits financiers en
représentent 25 %, soit 350 €.

5.2. Les risques longs à faible aléa


Supposons qu'à la date t = 0, l'assureur souscrive na = 10 000 contrats
identiques dans chacun desquels un assuré verse une prime unique
1f = 63 000 €. En contrepartie, l'assureur s'engage à verser c = 100 000 €
à l'époque t = 8 ans à chaque assuré vivant.
Chapitre 1 - Les trois aspects de l'assurance 29

Pour modéliser ce contrat, nous allons supposer que les placements


rapportent 6 % l'an et que chaque assuré a une probabilité P = 0,986 51
d'être en vie dans 8 ans; nous ferons abstraction des frais de gestion.
À la date t = 0, l'assureur encaisse na 1r = 630 M€ qu'il place à 6 %
l'an.
À la date t = 8 ans, l'assureur disposera donc de na1r x 1,068 pour
payer caux N v survivants, N v étant le nombre aléatoire de survivants.
N v suit une loi binomiale. Son espérance E(Nv ) est naP = 9 865,1.
Le résultat de l'assureur est aléatoire car il dépend du nombre de sur-
vivants N v :

Rna = na1r X 1,068 - cNv = 1 004 124 287 - 100 000 X Nv

avec

E(Rna) = na1r xl, 06 8 -cnap = 1 004 124287 -986 510000 = 17614287 €

5.3. Comparaison des deux actuariats


L'écart temporel entre primes et prestations est
- bref (6 mois) dans le premier exemple, ce qui peut conduire, au moins
dans un premier temps, à ne pas modéliser explicitement les produits
financiers ;
- long (8 ans) dans le second exemple, ce qui conduit à modéliser ex-
plicitement les produits financiers.

Il Y a une autre différence : deux dizaines de décès de plus ou de moins


(en raison du caractère aléatoire du décès)
- ont une grande importance dans le premier exemple, car le nombre
espéré de prestations est égal au (petit) nombre de décès attendus ;
- sont plus négligeables dans le second exemple, où le nombre espéré de
prestations est égal au contraire au (grand) nombre de survivants, presque
égal au nombre des assurés.

Choix du modèle actuariel


Traditionnellement, le modèle d'actuariat à court terme et fort aléa est
utilisé en assurance non-vie, et le modèle d'actuariat à long terme et faible
aléa en assurance vie.
Cette tradition provient du fait que l'écart temporel entre les primes et
les prestations d'un contrat est globalement plus considérable en assurance
vie qu'en assurance non-vie. Ceci peut se constater sur les comptes de
l'ensemble des sociétés: les provisions techniques représentent 5 fois les
primes en vie et 1,5 fois en non-vie. Cela signifie qu'en moyenne il s'écoule
5 ans en vie entre l'encaissement de la prime et le décaissement de la
prestation, et 1,5 ans seulement en non-vie.
30 Assurance: comptabilité, réglementation, actuariat

En outre, l'aléa est beaucoup moins important en vie qu'en non-vie


car, en vie, le versement de la prestation dépend de la survie de l'assuré,
événement qui a une forte probabilité contrairement à l'assurance non-vie,
où les sinistres ont de faibles probabilités.
Et l'assurance décès?
Selon notre convenance,
- tantôt, comme dans le chapitre 4, l'assurance en cas de décès (de
durée un an) sera rattachée à l'assurance non-vie: l'assimilation du décès à
la non-vie ne surprend pas ! Le modèle simple du chapitre 4 sera d'ailleurs
basé sur un contrat d'assurance décès ;
- tantôt, comme dans le chapitre 6, l'assurance en cas de décès (de
durée quelconque) sera l'une des composantes de l'assurance vie, l'autre
étant l'assurance en cas de vie.

Annexes

Annexe 1. Rappels de mathématiques financières


Cette annexe a pour objet de rappeler les principaux concepts de
mathématiques financières utilisés dans cet ouvrage et notamment dans
le chapitre 6. Le lecteur peut se reporter aux ouvrages cités dans la
bibliographie et notamment à [21] pour une étude approfondie.

1.1. Intérêt simple


L'intérêt 1 relatif au prêt d'un capital C pendant la durée t et au taux i
est dit simple lorsqu'il est payé en une seule fois et qu'il est proportionnel
à la durée du placement
1 = cti
Il est le plus souvent payé à terme échu, mais peut également être payé
d'avance.

1.2. Intérêts composés


Un placement est fait à intérêts composés lorsqu'à la fin de chaque
unité de temps (le plus souvent l'année), l'intérêt simple obtenu au cours
de la période est ajouté au capital pour porter à son tour intérêt simple
pendant la période de temps suivante.
Calculons la valeur acquise par un capital Co placé à intérêts composés
au taux i pendant k années.
Au bout d'un an, on a
Cl = Co + coi = co(1 + i)
Le capital Cl est supposé être lui-même placé au taux i pendant la
deuxième année. La valeur acquise au bout de deux ans est donc
C2 = Cl (1 + i) = (co (1 + i)) (1 + i) = Co (1 + i) 2
Chapitre 1 - Les trois aspects de l'assurance 31

Et ainsi de suite. Au bout de la k-ième année, le capital acquis sera


donc égal à

Le capital Ck est appelé valeur acquise du capital co.


Le capital Co est appelé valeur actuelle du capital Ck.
La capitalisation, qui fait passer un capital de sa valeur actuelle à sa
valeur acquise future en y ajoutant les intérêts, et l'actualisation, qui
fait passer de la valeur acquise future à la valeur actuelle, sont donc des
opérations inverses l'une de l'autre.

Exemple : le bon de capitalisation

prime c que "assuré soit en vie ou non


âge=x âge = x+ k

Dans un contrat dit de capitalisation, moyennant une prime 11' perçue


à la date 0, la société s'engage à verser c dans k années au porteur du
titre de capitalisation: il ne s'agit pas d'assurance vie, car le décès ou la
survie du porteur du titre n'influe pas sur l'opération.
La société souscrit na contrats identiques. Quelle est la prime 11' qui
correspond à une espérance de résultat nulle ?
Comme
Rna = na1l'(1 + i)k - naC

Rna = 0 {::} 11'(1 + i)k - C = 0 {::} 11' = (1: i)k

Le versement de c = 100 000 € dans 8 ans équivaut au versement


immédiat de sa valeur actuelle.
La prime pure 11' ainsi calculée est la valeur actuelle du capital c : on
, . k 1
ecnt 11' = cv , avec v = - -
l+i
Ici, à c = 100 000 € dans 8 ans, correspond une valeur actuelle calculée
à t = a et au taux i = 6 %, qui est 11' = cv k = 62 741 €.

1.3. Valeur acquise, valeur actuelle d'un ensemble


de flux financiers
Considérons une opération qui génère les flux financiers (positifs ou
négatifs)
32 Assurance: comptabilité, réglementation, actuariat

On peut définir
- la valeur acquise à la date finale t f, au taux d'intérêt i :

tf

VAcquise (t = tf, i) =L Ft (1 + i)tf-t


t=to

- la valeur actuelle à la date ta, au taux d'intérêt i :

tf F,
VActuelle (t = 0, i) = ~ (1 +t i)t

Exemple
Sur un compte rémunéré au taux i = 5 %, un épargnant
- dépose 10 000 € à t = 0 ;
- puis retire 100 € par an à t = 1, 2, 3, ... , 7, et Il 000 € à t = 8.

VAcquise (t = 8, i = 5 %) = 10 000 x (1,05)8 - 100 x (1,05)7


- 100 x (1,05)6 - 100 x (1,05)5
- 100 x (1,05)4 - 100 x (1,05)3
- 100 x (1,05)2 - 100 x (1,05) - Il 000
=2920 €

. 100
VActuelle (t = 0, 'l= 5 %) = 10 000 - -
1,05
100 100 100 100
1,05 2 1,05 3 1,05 4 1,05 5

100 100 Il 000


1,056 1,057 1,058
= 1 976 €
On peut vérifier que

VAcquise (8)
VA ctueIle (0) = 1, 05 8

1.4. Sensibilité de la valeur actuelle


d'un ensemble de flux financiers au taux d'intérêt
On peut se demander comment VActuelle (t = 0, i) varie en fonction
de i.
Le cas particulier où

dVActuelle (t = 0, i) = 0
di
Chapitre 1 - Les trois aspects de l'assurance 33

attire l'attention: en ce cas, une petite modification de i ne modifie pas


VActuelle (t = 0, i).
Or,

. t, t,
dVActuelle (t = 0, 'l) = _ "" t x Ft -1 "" Ft
di t~ (1 + i)t+l = (1 + i) tta t x (1 + i)t
La quantité

est appelé duration des flux Fto, Ftl' ... , Ft, ... , Ft, : c'est en effet une
valeur moyenne des dates t des flux Ft considérés, moyenne où chaque
date t est pondérée par la valeur actuelle (calculée à la date 0) du flux Ft
correspondant.
Il est équivalent de dire :
- une petite modification de i ne modifie pas V

_d_V_A_ct_u_e_lle_(t_=_O_,_i) =
di
°
- la duration des flux Ft est nulle:

- (ou encore que la duration des flux positifs est égale à la duration
des flux négatifs.)

Annexe 2. Rappels de probabilités


Addition de variables aléatoires
Sans aucune condition, E(X I + X 2 ) = E(Xd + E(X 2 ).
Si Xl et X 2 sont indépendantes, a 2 (X I + X 2 ) = a 2 (X 1 ) + a 2 (X 2 ).
Donc si Xl, X 2 , ... , X n sont des variables aléatoires indépendantes,
de même espérance E(X) et de même écart-type a(X) :
• leur somme LXi = Xl + ... + X n est une variable aléatoire
- d'espérance E (I: Xi) = nE(X) ;
34 Assurance: comptabilité, réglementation, actuariat

- de variance 0"2 (L Xi) = n0"2(X) ;


- d'écart-type 0" (2: Xi) = VnO"(X) ;
• leur moyenne -X = ;;,1"
~ Xi est une variable aléatoire

- d'espérance E(X) = ~ E (LXi) = E(X) ;


- d'écartr-type cr(X) =~ cr (LXi) = cr~).

De plus (théorème de la limite centrale), la loi de 2: Xi tend vers une


loi normale quand n devient grand.

Loi normale, notée N(m, 0")


- Définition:
1 (x_T1t)2
P(x < X < x + dx) = fiC e-~
y27r0"

Alors, E(X) = m et O"(X) = 0".


- Loi centrée et réduite :

U=(X-m)jO"

suit la loi N(O, 1), qui est tabulée.


- Addition: si X suit N(ml, 0"1) et Y suit N(m2, 0"2), X et Y étant
indépendantes, alors X + Y suit une loi normale N (ml + m2, .jO"r + O"~).

Loi de Bernoulli, notée B (1, p)


- Définition :
X = 1 avec la probabilité p
X = 0 avec la probabilité 1 - P
Alors E(X) = p et O"(X) = .;;:'-p('---l--p-).

Loi binomiale, notée B(n, p)


- Définition:
X = 2:: Xi où XI, X 2 , ... , X n est un échantillon d'une loi B(l, p).
Alors évidemment
E(X) = np
et
O"(X) = y'np(l - p)
- Addition: si X suit une loi B(nI, p) et Y suit une loi B(n2, p), X
et Y étant indépendantes, alors X + Y suit une loi B(nl + n2, p).
- Approximation:
si n est grand, et si p n'est pas petit, alors X suit à peu près une loi
normale N(np, .jnp(l - p)).
Chapitre 1 - Les trois aspects de l'assurance 35

La loi de Poisson de paramètre À


Définition :
Les probabilités que X prenne les valeurs 0, 1, 2, ... varient ainsi (elles
decroissent si À est inférieur à 1) :

P(X = 0) = e-'\

puis
À
P(X = k) = kx P(X =k- 1) pour k = 1, 2,

Alors, E(X) = À, et a 2 (X) = À, et donc a(X) = V)....


Addition: si X suit P(Àd et Y suit P(À 2 ), X et Y étant indépendantes,
alors X + Y suit P(À I + À2 ).

Le calcul des probabilités et la prévision du résultat


Soient Xl, X 2 , ... , X n , des variables aléatoires indépendantes, de
même espérance E(X) et de même écart-type a(X). D'un point de vue
pratique, le théorème de la limite centrale permet de considérer que
- la charge moyenne centrée et réduite

UX = X - E(X) = _X_-_E--,--(X--,-)
a(X) a(X)/ fo

- ou, ce qui revient au même, la charge totale centrée et réduite

suivent une loi normale centrée réduite si n est suffisamment grand.


En se reportant aux tables de la loi normale, on lit, par exemple, que

P(IUI < 2) = 95 %
P(IUI < 2,6) = 99 %
P( 1U 1 < 3, 3) = 99, 9 %
P(IUI < 3,9) = 99,99 %

On en déduit par exemple qu'il y a 99,9 % de chances que

X-E(X)I
I a(X)/fo < 3,3
soit
lX - E(X)I < 3,3a(X)/v'n
qui tend vers 0 quand n tend vers l'infini.
36 Assurance : comptabilité, réglementation, actuariat

Ce qui précède permet donc, si l'on connaît E(X) et a(X), et si l'ap-


proximation découlant du théorème de la limite centrale est justifiée, de
prévoir une réalisation future de X.
Il Y a par exemple 99,9 % de chances que

E(X) - 3, 3a(X)/Vrï < X < E(X) + 3, 3a(X)/vn

Le calcul statistique et la tarification


Inversement, si l'on a observé une réalisation x de X, on peut estimer
E(X), et si l'approximation découlant du théorème de la limite centrale
est justifiée, il y a par exemple 95 % de chances que:

x- 2a(X)/Vrï < E(X) < x + 2a(X)/Vrï

(Évidemment, a(X) doit être estimé lui aussi.)

Si l'approximation découlant du théorème de la limite centrale n'est pas


justifiée, on peut recourir à l'inégalité de Bienaymé-Tchebicheff, valable
pour toute variable aléatoire et donc pour x : les résultats précédents
demeurent au moins qualitativement.

Remarque pratique
Il importe de bien distinguer, pour une variable aléatoire X et n va-
riables Xl, X 2 , ••• , X n , de même loi:
- X d'espérance E(X), d'écart-type a(X) ;
- ~Xi d'espérance nE(X), d'écart-type ylna(X) ;
- X d'espérance E(X), d'écart-type a(X)/ yin.

De même, il ne faut pas confondre


- la moyenne aléatoire X ;
- la moyenne observée x ;
- la moyenne probable E(X).

Le vocabulaire usuel est très ambigü, les mots «fréquence}) et «coût


moyen}) désignant selon le contexte l'une ou l'autre de ces notions.

Annexe 3. Comptes 1997 de l'assurance française

3.1. Ensemble des entreprises d'assurance non-vie en France


Les montants sont indiqués en milliards de francs.
Le bilan compare l'actif réel au passif réel.
Chapitre 1 - Les trois aspects de l'assurance 37

BILAN NON-VIE AU 31/12/1997

ACTIF PASSIF

Placements 524 Situation nette 138


Part des réassureurs dans Passif réel
les provisions techniques 75 Provisions techniques 471
Provisions pour risques et charges 16
Autres créances 120 Autres dettes 95
Sous-total : actif réel 719 Sous-total : passif réel 581

TOTAL 719 TOTAL 719

Remarque: les placements comportent une plus-value latente de 87.


Le compte de résultat explique le résultat de l'exercice par une diffé-
rence entre produits et charges.

COMPTE DE RÉSULTAT NON-VIE 97

Primes (+) 276 100 %


Charge des prestations (-) 218 79 %
Frais d'acquisition (-) 37 13 %
Autres charges de gestion (-) 24 9%
Produit net des placements (+ ) 22 8%
Participation aux résultats (-) 3 1%
Solde de réassurance (±) -4 -1%
Résultat technique (=) 11,6 4,2 %

Résultat non technique (+ ) - 2,7 -1,0 %

Résultat (=) 8,9 3,2 %


38 Assurance: comptabilité, réglementation, actuariat

Le bilan compare l'actif réel au passif réel

BILAN NON-VIE AU 31/12/1997

ACTIF PASSIF

Placements 3 189 Situation nette 136


Part des réassure urs dans Passif réel
les provisions techniques 54 Provisions techniques 3 159
Provisions pour risques et charges 11
A utres créances 261 Autres dettes 198
Sous-total: actif réel 3504 Sous-total : passif réel 3368

TOTAL 3504 TOTAL 3504

Remarque: les placements comportent une plus-value latente de 272.


Le compte de résultat explique le résultat de l'exercice par une diffé-
rence entre produits et charges.

COMPTE DE RÉSULTAT VIE 97

Primes (+) 528 100 %


Charge des prestations (-) 210 40 %
Charge des prestations techniques (-) 309 59 %
Ajustements ACAV (±) 21 4%
Frais d'acquisition (-) 27 5%
Autres charges de gestion (-) 12 2%
Produit net des placements (+ ) 177 34 %
Participation aux résultats (-) 160 30 %
Solde de réassurance (±) 1 0,2 %
Résultat technique ass. vie (=) 9,2 1,7 %

Résultat technique ass. non-vie (±) 0,4 0,1 %


Résultat non technique (±) 0,1 0,0 %
Résultat (=) 9,7 1,8 %
Chapitre 2

COMPTABILITE
ET ASSURANCE

«Les comptables de Sienne, de Florence et Venise [du


XIIe siècle] ont fait triompher la technique sur le bon
sens et le sens des mots: quant à la terminologie, l'in-
version des signes a embrouillé l'esprit des profanes
pour des centaines d'années; mais quant à la tech-
nique, la réforme a eu des conséquences suffisamment
heureuses pour être adoptée par tous les comptables»,
Jean Fourastié ([16]).

La première tâche du comptable est de recenser chronologiquement


tous les actes de l'entreprise qui ont une incidence financière certaine :
actes d'achat et de vente, réception ou émission de factures, paiement ou
encaissement. L'enregistrement doit être minutieux et parfaitement fiable,
car il constitue un élément d'information et de preuve entre l'entreprise et
l'extérieur (clients, fournisseurs, administration fiscale, banque), et même
entre différents services de l'entreprise.
Bien que cet aspect de la comptabilité occupe la majeure partie du
temps du comptable, il ne sera évoqué que succinctement, car il suffit d'en
comprendre les grands principes pour pouvoir porter toute son attention
sur la seconde tâche du comptable.
La seconde tâche du comptable est de faire périodiquement une synthèse
de la situation, à partir des informations qui découlent de l'enregistrement
chronologique précité, mais aussi de la totalité des informations dispo-
nibles dans l'entreprise, et en particulier, en assurance, du montant des
engagements envers les assurés (valeur estimative des sinistres non-vie, ou
valeur actuelle des capitaux ou rentes d'assurance vie que l'assureur est
engagé à payer).
40 Assurance: comptabilité, réglementation, actuariat

Cette synthèse comporte deux volets :


- un inventaire de la richesse de l'entreprise, le bilan, où sont résumés
les avoirs et les dettes au sens le plus large ;
- une explication du résultat (enrichissement ou appauvrissement de
l'entreprise au cours de la période écoulée) comme différence entre des
produits et des charges.

Cette synthèse, et d'abord le bilan, intéresse particulièrement l'actuaire


car il souhaite pouvoir y lire la capacité de l'entreprise à honorer la
totalité des engagements pris envers les assurés. Sur ce terrain, l'actuaire
rencontre le comptable et le juriste, car le respect des normes réglemen-
taires de solvabilité conditionne le maintien de l'agrément administratif
qui est le régime général sous lequel fonctionne, dans la plupart des pays,
la prestation de service d'assurance, et qui trouve son fondement dans un
souci de protection du consommateur.
Afin de permettre l'étude de la réglementation, qui fait l'objet de la
partie suivante, nous exposerons d'abord les mécanismes comptables géné-
raux et les particularités de l'assurance (§ 1.), puis nous illustrerons les
opérations d'inventaire si particulières à l'assurance par l'exemple de la
société S (§ 2.), et enfin nous commenterons l'information que contiennent
les comptes annuels de toute société d'assurance (§ 3.).

1. Les buts et les méthodes de la comptabilité


Il est usuel de distinguer, comme nous l'avons fait ci-dessus, deux fonc-
tions de la comptabilité :
- jour après jour, enregistrer les opérations afin d'en conserver la
mémoire et la preuve;
- périodiquement, par exemple le 31 décembre de chaque année, établir
une synthèse de la situation en deux volets : bilan, compte de résultat.

Au risque de paraître mettre la charrue avant les bœufs, nous présente-


rons la synthèse annuelle (§ 1.1) avant d'examiner l'enregistrement jour-
nalier des opérations (§ 1.2). Il nous semble en effet préférable de présenter
d'abord ce qui, pour l'objet de cet ouvrage, est le but essentiel de la comp-
tabilité.

1.1. Les comptes annuels: bilan, compte de résultat


1.1.1. Le bilan
(( Le bilan décrit séparément les éléments actifs et passifs de l'entreprise,
et fait apparaître, de façon distincte, les capitaux propres}) (art. 9 du Code
de commerce).

Le bilan (au 31/12 de l'année n) permet de comparer l'actif réel (au


31/12/n) au passif réel (au 31/12/n).
Chapitre 2 - Comptabilité et assurance 41

Rappelons avant d'aller plus loin ce qui a été indiqué au chapitre 1, § 4.


• L'actif réel d'une société est constitué par l'ensemble des biens qu'elle
possède et l'ensemble des créances qu'elle détient sur des tiers. En assurance,
cet actif est essentiellement constitué par des placements.
• Le passif réel d'une société est constitué par l'ensemble des dettes qu'elle
a contractées à l'égard de tiers. En assurance, ce passif est essentiellement
constitué par les engagements contractés à l'égard des assurés, dénommés pro-
visions techniques.
• La différence entre l'actif réel et le passif réel constitue la situation nette
comptable, encore appelée capitaux propres, de l'entreprise. La situation nette
évolue au fil des exercices.
- Elle s'accroît lorsque l'entreprise fait un bénéfice. Elle diminue ensuite du
montant des distributions de bénéfices aux actionnaires, et reste donc accrue du
montant des bénéfices non distribués aux actionnaires (mis en réserve).
- Elle diminue lorsque l'entreprise fait une perte.
• Il est essentiel que, même amputée d'une perte, la situation nette reste
positive. Dans le cas contraire, les biens et créances étant inférieurs aux dettes
et engagements, nous dirons que l'entreprise est insolvable.

Dans la présentation en colonne, le bilan est présenté ainsi :

Actif au 31/12/n (biens et créances, en assurance Placements)


- Passif au 31/12/n (dettes et engagements, en assurance Provisions
techniques)
= Situation nette comptable ou Capitaux propres au 31/12/n

Dans la présentation en tableau (ou vénitienne, du nom de la cité où la


comptabilité a pris sa forme moderne aux XIIe et XIIIe siècle), la situation
nette figure au passif, de manière avoir deux colonnes égales, à gauche et
à droite du bilan.

Actif au 31/12/n Passif au 31/12/n

Situation nette ou Capitaux propres


Biens et créances (Placements)
Dettes et engagements (Provisions
techniques)

Sur la présence conventionnelle de la situation nette au passif, au côté


des dettes et engagements, on peut
• soit penser que la situation nette est assimilable à une dette envers
les sociétaires (les actionnaires dans une société anonyme, les assurés dans
une mutuelle) ;
• soit penser que le passif juxtapose les deux origines possibles des biens
et créances : l'entreprise possède ce qui figure à l'actif
- soit parce qu'elle a emprunté,
42 Assurance: comptabilité, réglementation, actuariat

- soit parce que les actionnaires ou les sociétaires lui ont apporté (ca-
pital initial) ou lui ont laissé (bénéfices non distribués) des fonds.

Jean Fourastié a, fort justement, défendu la seconde opinion.


«Dans le bilan d'une société prospère, l'actif est formé par une seule classe
de comptes bien homogène; c'est la description de ce qu'elle possède, la valeur
comptable de ses investissements, de ses placements et de ses créances. Au
contraire, du côté passif sont portés des éléments très différents: capital social
et réserves, puis dettes, amortissements, provisions; enfin le solde du compte
de profits et pertes, puisque dans le cas d'une société prospère, ce compte doit
gonfler le passif pour l'égaliser avec l'actif.
Et cependant les livres de comptabilité impriment que le passif du bilan est
l'état des sommes que la société doit; mais l'entreprise ne doit pas son capital,
il n'y a aucun intérêt à baptiser dette ce qui n'est pas dû ; par ces absurdes
théories on obnubile les crédules, on trompe les naïfs et l'on perd la confiance des
gens intelligents. En effet l'actionnaire n'est pas créancier, il est propriétaire».
Jean Fourastié, [16].

1.1.2. Le compte de résultat


«Le compte de résultat récapitule les produits et les charges de l'exer-
cice, sans qu'il soit tenu compte de leur date d'encaissement ou de paie-
ment. Il fait apparaître, par différence après déduction des amortissements
et des provisions, le bénéfice ou la perte de l'exercice. Les produits et les
charges, classés par catégorie, doivent être présentés soit sous forme de
tableaux, soit sous forme de liste» (art. 9 du Code de commerce).

Nous avons dit au chapitre 1, § 4. que le compte de résultat compare


les charges (les dépenses) aux produits (les recettes), afin d'expliquer le
résultat (qui, par définition, a augmenté la situation nette au cours de
l'exercice écoulé).
En assurance, les produits sont principalement les primes et les produits
financiers provenant des placements, les charges sont essentiellement les
sinistres et les frais de fonctionnement de l'entreprise.

1.1.3. Remarques
• L'exercice désigne l'intervalle de temps qui s'est écoulé depuis l'in-
ventaire précédent; en assurance, il s'agit de l'année civile .
• Les mots dépenses et recettes ne sont pas utilisés en comptabilité en
raison de leur ambiguïté :
- La charge de loyer de 1999 (et le résultat de l'exercice 1999) doit être
la même, que l'entreprise ait ou non payé son loyer de décembre avant le
31/12/1999 ; or, le langage courant ne parlerait pas de dépense dans le
deuxième cas.
- L'acquisition d'un titre de valeur mobilière ou d'un immeuble n'est
pas une charge ; or, le langage courant peut la qualifier de dépense.
Chapitre 2 - Comptabilité et assurance 43

Les mots de dépenses et de recettes se réfèrent, en effet, dans le langage


courant, à des variations du compte en banque de l'entreprise.
• Dans la présentation en colonne, le résultat est présenté ainsi :

Produits (ventes, en assurance Primes) de l'exercice n


- Charges (achats, en assurance Sinistres) de l'exercice n
= Résultat (Bénéfice +, Perte -) de l'exercice n

Dans la présentation en tableau, le bénéfice figure du côté des charges,


la perte du côté des produits, de manière à avoir deux colonnes égales.

Charges de l'exercice n Produits de l'exercice n


(achats, en assurance Sinistres) (ventes, en assurance Primes)

Bénéfice éventuel Perte éventuelle

Cette explication du résultat passé est le point de départ de la prévision


des résultats futurs.
• Colonne ou tableau ? Dans le plan comptable français actuel, et donc
dans la suite de ce chapitre, le bilan est présenté en tableau et le compte
de résultat en colonne. La directive européenne laisse chaque pays libre
de la présentation.
• Pourquoi introduire les termes Actif réel et Passif réel? Les conven-
tions comptables qui peuvent être rencontrées en France à diverses épo-
ques et dans le monde nous ont conduits à utiliser les mots Actif réel et
Passif réel :
- Les capitaux propres figurent ici du côté intitulé Passif et il va de soi
que nous ne les incluons pas dans le Passif réel, assimilable aux Dettes et
Engagements (liabilities en anglais).
- Dans certaines présentations (telles que celle en usage en France jus-
qu'en 1994), la Perte de l'exercice figure à l'actif: nous ne l'incluons pas
dans l'Actif réel, assimilable aux A voirs et créances (assets en anglais).
• Dans certaines présentations, le Résultat de l'exercice figure sous ce
nom soit au passif soit à l'actif; c'est au lecteur de savoir qu'il s'agit d'un
bénéfice ou d'une perte, ce quj demande une certaine initiation. Dans
la présentation française actuelle, le résultat de l'exercice figure algébri-
quement dans les capitaux propres, avec un signe moins s'il s'agit d'une
perte.
• Vaut-il mieux dire Situation nette comptable ou Capitaux propres?
Chaque terme évoque un aspect de la même grandeur.
- Le terme Situation nette comptable évoque le calcul de cette gran-
deur: Situation nette comptable (on dit aussi Actif net) = Actif réel net
de Passif rée1.
44 Assurance: comptabilité, réglementation, actuariat

~ Le terme Capitaux propres évoque l'origine historique de cette gran-


deur : comme il a été dit plus haut, si l'actif réel dépasse le passif réel,
c'est que les actionnaires ont apporté un capital, que la société a fait dans
les exercices passés des bénéfices qui ont été mis en réserve, qu'elle a fait
un bénéfice au cours de l'exercice qui vient de s'écouler. ..

1.2. L'enregistrement des opérations


1.2.1. L'enregistrement journalier des opérations courantes
Avant d'émettre une prime ou de payer un sinistre, nous examinerons
quelques opérations afin de mettre en lumière les mécanismes comptables .
• a) La société S se crée avec un capital de 20 M€.
~ al) Si S avait emprunté 20 M € à la banque B', S aurait écrit, dans un
tableau à deux colonnes, celle de gauche étant appelée D, celle de droite
C, pour des raisons que nous expliquerons plus loin:

Journal du 1/1/2000 D C

A voirs en banque (banque B) 20000000

à Dette envers les banques (banque B') 20000000

~ a2) Ici, elle reçoit 20 M € de ses actionnaires (capital de 20 M € entière-


ment libéré en espèces) et écrit :

Journal du 1/1/2000 D C

Avoirs en banque (banque B) 20000000

à Capital 20000000

On voit ici la similitude apparente entre une opération d'emprunt et


l'appel aux actionnaires; la différence, essentielle pour les créanciers, est
commentée plus loin .
• b) S achète un immeuble pour 1 000 000 € le 7/1, encaisse un loyer
de 10 000 € le 31/1, revenè l'immeuble pour 1 100 000 € le 15/2.
~ b1) Les placements sont enregistrés pour leur prix d'acquisition:

Journal du 7/1/2000 D C

Placements (Immeuble A) 1 000000

à Avoirs en banque 1 000000


Chapitre 2 - Comptabilité et assurance 45

- b2) Lors de l'encaissement du loyer est enregistré un produit:

Journal du 31/1/2000 D C

Avoirs en banque 10000

à Produits des placements la 000

- b3) Lors de la vente de l'immeuble est enregistré un produit si elle


vend cet immeuble 1 100 000 € :

Journal du 15/2/2000 D C

A voirs en banque 1 100000

à Placements 1 000000

à Produits des placements 100 000

• c) S émet puis encaisse une prime.


Les primes sont comptabilisées lors de leur émission (sans attendre leur
encaissement) :
- cl) (ni taxe, ni intermédiaire).

Au journal du 1/03, la société émet la prime:

Journal du 1/3/2000 D C

Assurés 1 000

à Primes 1 000

La créance sur Monsieur X s'éteint lorsque Monsieur X paie:

Journal du 9/3/2000 D C
Avoirs en banque 1 000

à Assurés 1000
46 Assurance: comptabilité, réglementation, actuariat

- c2) (intermédiaire; pas de taxe)

Journal du 1/3/2000 D C

Assurés 1000

à Primes 1 000

Commissions 200

à Courtiers 200

La créance sur l'assuré s'éteindra lors de l'encaissement de la prime;


la dette envers le courtier s'éteindra lors du paiement de la commission;
ces deux opérations peuvent n'être pas simultanées .
• d) S enregistre puis règle un sinistre auto.
À la différence des primes, les prestations ne sont en général compta-
bilisées que lors de leur paiement.
Lorsque, le 1/4, la société apprend que Monsieur A, assuré en res-
ponsabilité civile auto, a blessé gravement un piéton, elle ne sait quoi
comptabiliser.

Journal du 1/4/2000 D C

Prestations ?

à Victimes ?

Le moment où la dette envers la victime est connue est le moment du


paiement.

Journal du 10/10/2000 D C

Prestations 50000

à Avoirs en banque 50000

En assurance vie, il est beaucoup plus facile qu'en non-vie de compta-


biliser la naissance de la dette, dès le décès de l'assuré:

Journal du 1/4/2000 D C

Prestations 5000

à Bénéficiaires 5000
Chapitre 2 - Comptabilité et assurance 47

Journal du 3/4/2000 D C

Bénéficiaires 5 000

à A vairs en banque 5 000

1.2.2. Quand constater les charges et les produits?


Dans toute la mesure du possible, l'enregistrement des opérations cou-
rantes ne doit pas se contenter de constater les encaissements de produits
(et les paiements de charges) ; on doit saisir dès leur naissance les créances
(et les dettes) que les encaissements (et les paiements) éteindront.

«Le compte de résultat récapitule les produits et les charges de l'exer-


cice, sans qu'il soit tenu compte de leur date d'encaissement ou de paie-
ment» (art. 9 du Code de commerce).

C'est pourquoi on utilise les termes techniques de produits et de charges


plutôt que les termes usuels de recettes et de dépenses.
Ce principe s'applique en particulier aux primes (et aux commissions).
En revanche, pour des raisons pratiques, nous avons vu qu'il ne s'applique
généralement pas aux prestations de l'assurance non-vie, ni aux autres
charges (salaires ... ), ni aux autres produits (produits des placements).
Lorsque les opérations courantes n'ont pas comptabilisé une charge ou
un produit, c'est aux opérations d'inventaire de le faire.

S a-t-elle payé ou non son loyer de décembre avant le 31/12 ?


La situation de S ne doit pas apparaître meilleure si S n'a pas payé son
loyer de décembre :
- Si elle l'a payé, ses avoirs en banque ont diminué, simultanément elle
a constaté une charge de loyer : son résultat et sa situation nette sont
amputés de ce loyer.
- Si elle ne l'a pas payé, il lui faut lors de l'inventaire constater d'une
part une dette envers le propriétaire, d'autre part cette même charge de
loyer.

1.2.3. Le principe de prudence


Comment traiter les charges et les produits qui sont aléatoires et non
connus avec certitude ? Un mathématicien aurait peut-être recours à
l'espérance mathématique ou valeur probable, mais le Code de commerce
introduit une dissymétrie considérable: c'est le principe de prudence.

« Il doit être tenu compte des risques et des pertes intervenus au cours
de l'exercice ou d'un exercice antérieur», dit l'article 14.
«Seuls les bénéfices réalisés ou certains à la date de clôture d'un exercice
peuvent être inscrits dans les comptes annuels», dit l'article 15.
48 Assurance: comptabilité, réglementation, actuariat

1.2.4. Les opérations qui ne modifient pas la situation nette et les autres
Commentons les opérations précédentes.
L'opération (al) aurait laissé la situation nette à o.
La situation nette serait passée à a (= 20 M€ d'actif dans la banque
B, moins 20 M€ de passif réel dû à la banque B'), et n'aurait donc pas
changé.
Or, une société sans situation nette positive ne saurait faire face à
aucune perte : toute perte (dépréciation des avoirs après un placement
malheureux par exemple) la rendrait insolvable, c'est-à-dire incapable de
payer intégralement ses dettes.
L'opération (a2) porte la situation nette de 0 à 20 M€.
La situation nette a été portée à 20 M€ (= 20 M€ d'actif dans la
banque B moins a M€ de passif réel), et la société peut entamer une
activité d'assurance en apportant une sécurité réelle à ses assurés.
L'opération (bl) ne change pas la situation nette, car un poste
de l'actif (Placements) augmente, mais un autre (Avoirs en banque)
diminue du même montant.
L'opération (b2) change la situation nette, car un poste de l'actif
(Avoirs en banque) augmente de la 000 € sans qu'aucun actif ne soit
modifié ni qu'aucune dette ne naisse.
Au lieu d'augmenter directement le poste Situation Nette (Résultats)
de la 000 €, le système de comptabilité en partie double choisit de créer un
compte de classement (Produits des placements) pour garder en mémoire
une explication de l'augmentation de situation nette.
L'opération (b3),
- à concurrence de 1 000 000 €, ne change pas la situation nette, car un
élément de l'actif (Placements en immeubles) disparaît et un autre poste
(A voirs en banque) augmente corrélativement ;
- à concurrence de 100 000 €, change la situation nette, car à cette aug-
mentation d'actif ne correspond ni diminution d'un autre actif ni naissance
d'une dette. Au lieu d'augmenter directement le poste Situation Nette
(Résultats) de 100 000 €, le système de comptabilité en partie double
choisit d'utiliser le compte de classement (Produits des placements) pour
garder en mémoire la raison de l'augmentation de situation nette.

1.2.5. Les comptes


Un compte est un tableau en deux parties: ici, par exemple, le compte
Avoirs en banque est le suivant après l'ensemble des opérations:
Chapitre 2 - Comptabilité et assurance 49

A voirs en banque D C

a2) 20000000
b1) 1 000000
b2) 10 000
b3) 1 100000
cl) 1000
d) 5000

TOTAL 21 111 000 1 005000

Après ces opérations, le compte Avoirs en banque présente un solde dit


débiteur de : 21 111 000 - 1 005 000 = 20 106 000.

1.2.6. La convention débit/crédit adoptée


Jusqu'à présent, la colonne de gauche a été appelée D et la colonne de
droite C. Conventionnellement en effet, la colonne de gauche est appelée
débit et la colonne de droite crédit. Mais on peut se demander pourquoi
les avoirs en banque sont inscrits au débit et les diminutions de ces avoirs
au crédit? Cela ne paraît pas logique.
C'est que pour un compte débiteur tel que celui de Monsieur X, le point
de vue adopté conduit à la convention

Le compte de Monsieur X est débiteur = Monsieur X doit de l'argent

De même, ici, on débite la banque parce que la banque doit de l'argent.


Le point de vue adopté n'est pas celui de la société qui tient le compte
mais celui du tiers.
La convention afférente à chaque compte découle de ce parti pris : il
s'ensuit que dans les comptes de résultat, le débit désigne les charges, le
crédit les produits, ce qui paraît, cette fois-ci, logique.

1.2.7. La comptabilisation en partie double


On peut vérifier sur chacun de nos exemples que chaque opération a été
retracée par un (ou plusieurs) comptes débités, un (ou plusieurs) comptes
crédités, le montant des débits étant égal au montant des crédits.
C'est la règle de la comptabilisation en partie double: une opération
- soit ne modifie pas la situation nette et modifie deux (ou plusieurs)
comptes de bilan, le montant des débits étant égal au montant des crédits
- soit modifie la situation nette : au lieu de modifier directement le
compte Situation Nette, la modification est portée dans un compte de
classement ou de ventilation indiquant la raison (produit ou charge) mo-
difiant la situation nette.
50 Assurance: comptabilité, réglementation, actuariat

1.2.8. Journal et grand livre


L'entreprise tient simultanément :
- un journal (enregistrement chronologique des opérations) tel que ci-
dessus;
- un grand livre où figurent les comptes tels que le précédent Avoirs
en banque (enregistrement thématique).

2. L'inventaire d'une société d'assurance


La société S est créée le 1/01/2000 avec un capital de 20 M€. Elle
a souscrit tout au long de cette première année d'activité des contrats
automobile et habitation pour un montant total de primes de 80 l\1€.
Pour faire apparaître l'importance du chiffrage des engagements envers
les assurés, nous examinerons l'exercice 2000, premier exercice de la société
S, tout d'abord avant inventaire (§ 2.1), puis après inventaire (§ 2.2). Nous
examinerons ensuite l'exercice 2001, second exercice de la société S.
S est une société non-vie; on trouvera en annexe 2 l'exemple de la
société vie V, présenté de la même façon.
L'exemple de la société S est complété dans cette annexe par celui d'une
société S bis qui, à la différence de S, est réassurée, puis par une société
S ter qui, à la différence de S, expose des frais d'acquisition.

2.1. Les comptes avant inventaire


Les comptes avant inventaire de la société S sont les suivants au
31/12/2000 (en millions d'euros) :

Soldes Soldes
débiteurs créditeurs

(cl. 1) Capital 20
(cl. 2) Placements 67
(cl. 4) Créances (sur les assurés ... ) 18
(cl. 4) Dettes 5
(cl. 5) Avoirs en banque, CCP, Caisse 5

SOUS-TOTAL 90 25

(cl. 6) Prestations et frais payés 9


(cl. 6) Frais d'exploitation 10
(cl. 7) Primes 80
(cl. 7) Produits des placements 4

SOUS-TOTAL 19 84

TOTAL 109 109


Chapitre 2 - Comptabilité et assurance 51

Remarques
- Les lignes sont rattachées à des classes de comptes numérotées de 1
à 9.
- Dans les tableaux du § 2, nous indiquerons en caractères droits ce
qui concerne le bilan et en italiques ce qui concerne le compte de résultat.
On suppose que, pour chaque contrat, il n'y a pas de frais d'acquisi-
tion, exposés par définition à l'origine du contrat, et qu'au contraire les
frais d'exploitation sont répartis tout au long de la durée du contrat. On
trouvera en annexe 2 la prise en considération de frais d'acquisition.
S'il n'y avait pas d'écritures d'inventaire, les comptes se présenteraient
ainsi, avec un bénéfice satisfaisant!

BILAN au 31/12/2000, avant inventaire

ACTIF PASSIF

Placements 67 SN C ou Capitaux propres 90 - 05 = 85 ?


Créances 18 dont Capital 20
A voirs en banque 5 dont Bénéfice 85 - 20 = 65 ?
Passif réel 5
dont Autres dettes 5

TOTAL 90 90

La situation nette comptable est-elle vraiment de 90 (actif réel) - 5


(passif réel) = 85 ?
En ce cas, elle serait passée de 20 au 1/1/2000, après l'apport du capital,
à 85, soit un bénéfice de 85 - 20 = 65, et c'est ce qu'indiquerait le compte
de résultat pour détailler la raison de cette augmentation:

COMPTE DE RÉSULTAT 2000, avant inventaire

Primes ( +) 80
Charge des prestations (-) 9
Frais d'acquisition (-)
Autres charges de gestion (-) 10
Produit net des placements (+) 4

= Résultat (= ±) + 65 ?

L'inventaire va nous permettre de répondre à cette question.

2.2. Les opérations d'inventaire


L'inventaire est le moment où la société s'interroge:
- en termes de résultat: toutes les charges ont-elles été comptabilisées?
les produits comptabilisés doivent-ils contribuer entièrement au résultat
de l'exercice ?
52 Assurance: comptabilité, réglementation, actuariat

- en termes de bilan : toutes les dettes ont-elles été comptabilisées ?


tous les actifs valent-ils au moins leur valeur comptable?

L'inventaire conduit l'assureur à constater,


- en termes de résultat: que certains sinistres survenus n'ont pas encore
été payés, que les primes reçues correspondent à des périodes de garanties
qui ne sont pas expirées ;
- en termes de bilan: que certains engagements n'ont pas été comp-
tabilisés, la provision pour sinistres à payer (PSAP) ou valeur estimative
des sinistres survenus et non encore payés, la provision pour primes non
acquises (PPNA) et pour risques en cours (PREC), ou valeur estimative
des sinistres susceptibles de survenir et garantis.

La société S évalue d'une part, un par un, les sinistres survenus connus
d'elle, d'autre part le coût des sinistres survenus et non encore connus
d'elle, et enfin le coût de la gestion de tous ces sinistres, pour un total de
24 M€.
L'expression primes non acquises (PNA) se réfère à la partie des primes
non acquise à l'exercice comptable. Si toutes les primes sont annuelles et
équidistribuées dans l'année, un calcul contrat par contrat du prorata
temporis donnera 80/2 = 40 M€ de PNA. Cette provision est complétée
le cas échéant par la PREC pour que le total atteigne la valeur estimative
des sinistres susceptibles de survenir et garantis au-delà du 31 décembre.

Évaluant la provision pour sinistres à payer (PSAP) à 24 M€ et la


provision pour primes non acquises et risques en cours (PPNA et PREe)
à 40 M €, la société établit donc les comptes suivants pour son premier
exercice d'activité.

BILAN au 31/12/2000

ACTIF PASSIF

Placements 67 Capitaux propres 90 - 69 = 21


Créances 18 dont Capital 20
Avoirs en banque 5 dont Bénéfice 21 - 20 = + 1
Passif réel 69
dont Provisions Techniques 64
dont Autres dettes 5

TOTAL 90 TOTAL 90

Ici encore, le bénéfice est expliqué par la différence suivante entre les
produits et les charges:
Chapitre 2 - Comptabilité et assurance 53

COMPTE DE RÉSULTAT 2000

Primes (+ ) 80
(Variation des) PNA (-) 40

Primes acquises (= +) 40

Prestations et frais payés (-) 9


(Variation des) PSAP (-) 24

Charge des prestations (= -) 33

Frais d'acquisition 0
Frais d'administration (-) 10

Frais d'acquisition et d'administration (-) 10

Produit net des placements (+ ) 4

= Résultat (= ±) + 1

Comme on peut le constater, le bénéfice réalisé par la société S pour


son premier exercice d'activité n'est pas de 65 M€, comme le laissaient
supposer ses comptes avant inventaire, mais seulement de 1 M€. Ce mon-
tant est faible au regard de l'incertitude inévitable dans l'estimation des
provisions techniques.

Remarque
Dans la présentation actuelle du compte de résultat, le lecteur est sup-
posé savoir si le libellé se réfère à un produit ou à une charge. Ce n'est pas
toujours évident, c'est pourquoi nous avons ajouté ci-dessus une colonne
pour rappeler le sens de chaque ligne
(+) : produit ou contribution positive au résultat ;
(-) : charge ou contribution négative au résultat.

Le second exercice
Au cours de l'exercice suivant, l'enregistrement des opérations cou-
rantes se traduirait ainsi s'il n'y avait pas d'écritures d'inventaire (les
provisions techniques restant à leur niveau précédent) :
54 Assurance : comptabilité, réglementation, actuariat

BILAN au 31/12/2001 avant inventaire

ACTIF PASSIF

Placements 94 Capitaux propres 137 - 74 = 63 ?


Créances 28 dont Capital et réserves 21
A voirs en banque 15 dont Bénéfice 63 - 21 = 42 ?
Passif réel 74
dont Provisions Techniques 64
dont Autres dettes 10

TOTAL 137 TOTAL 137

COMPTE DE RÉSULTAT 2001 avant inventaire

Primes (+) 96
Charge des prestations (-) 50
Frais d'acquisition (-)
A utres charges de gestion (-) 12
Produit net des placements (+) 8

= Résultat (= ±) + 42?

Il Y a lieu
- de porter la prOVISIOn pour sinistres à payer de sa valeur au
31/12/2000, soit 24 M€, à sa valeur au 31/12/2001, soit 56 M€ ;
- de porter la provision pour primes non acquises et pour risques en
cours de sa valeur au 31/12/2000, soit 40 M€, à sa valeur au 31/12/2001,
soit 48 M€.

Les comptes du second exercice de la société se présenteront donc ainsi:

BILAN au 31/12/2001

ACTIF PASSIF

Placements 94 Capitaux propres 137 - 114 = 23


Créances 28 dont Capital et réserves 21
Avoirs en banque 15 dont Bénéfice 23 - 21 = + 2
Passif réel 114
dont Provisions Techniques 104
dont Autres dettes 10

TOTAL 137 TOTAL 137


Chapitre 2 ~ Comptabilité et assurance 55

COMPTE DE RÉSULTAT 2001

Primes (+) 96
(Variation des) PNA (~) 8
Primes acquises (= +) 88
Prestations et frais payés (~) 50
(Variation des) PSAP (~) 32

Charge des prestations (= ~) 82

Frais d'acquisition 0
Frais d'administration (~) 12

Frais d'acquisition et d'administration (~) 12

Produit net des placements (+ ) 8


= Résultat (= ±) +2

3. L'analyse des comptes annuels


Le résultat de l'assureur est une différence entre des produits, dont les
principaux sont les primes, et des charges, dont les principales sont les
charges de prestations. Ce résultat peut s'analyser de diverses manières
(§ 3.1).
L'inversion du cycle de production spécifique à l'assurance que nous
avons vue dans le chapitre 1, § 4. modifie considérablement la perception
du bilan:
• Comme, en moyenne, les ventes (les primes) sont encaissées avant
que les achats (sinistres non-vie, prestations vie) ne soient décaissés, nous
constaterons (§ 3.2)
- que l'assureur dispose de fonds importants qu'il place (en obligations,
actions, immeubles, prêts), afin d'en tirer des produits (revenus ou plus-
values de réalisations) ;
- qu'il a corrélativement des engagements envers les assurés.
• Comme les prix de vente (les primes) sont définis avant que ses prix
de revient (sinistres non-vie, prestations vie) ne soient exactement connus,
nous rappellerons (§ 3.3) qu'une perte est à craindre et qu'il importe que
l'assureur dispose de capitaux propres importants, pour rester solvable
même après cette éventuelle perte.

3.1. Les diverses présentations du compte de résultat


Rappelons le compte de résultat précédent:
56 Assurance: comptabilité, réglementation, actuariat

COMPTE DE RÉSULTAT 2001

Primes (+ ) 96
(Variation des) PNA (-) 8

Primes acquises (= +) 88

Prestations et frais payés (-) 50


(Variation des) PSAP (-) 32

Charge des prestations (= -) 82

Frais d'acquisition 0
Frais d'administration (-) 12

Frais d'acquisition et d'administration (-) 12

Produit net des placements (+) 8

= Résultat (= ±) +2

3.1.1. La ventilation technique/non technique

Les comptes de produits et de charges peuvent être ventilés pour dis-


tinguer un résultat dit technique et un résultat dit non technique.

COMPTE DE RÉSULTAT 2001

Primes (+) 96
(Variation des) PNA (-) 8

Primes acquises (= +) 88

Prestations et frais payés (-) 50


(Variation des) PSAP (-) 32

Charge des prestations (= -) 82

Frais d'acquisition 0
Frais d'administration (-) 12

Frais d'acquisition et d'administration (-) 12

Produits financiers du compte technique (+) 6

= Résultat technique 0

Résultat non technique 2

= Résultat (= ±) +2
Chapitre 2 - Comptabilité et assurance 57

On peut ainsi ventiler les 8 M € de produits des placements entre le


compte technique et le compte non technique. Comment faire cette venti-
lation? Au prorata des 104 M€ de provisions techniques et des 23 M€ de
fonds propres, c'est-à-dire au prorata de l'origine des ressources placées
(cf. 3.2).

3.1.2. La ventilation par branche d'assurance, par pays


La ventilation des postes par pays ou catégorie d'assurance permet une
ventilation du résultat technique par pays ou catégorie.
Cette ventilation
- va de soi pour les primes et les sinistres ;
- découle de la comptabilité analytique pour les frais ;
- est facilement rationalisable pour les produits des placements (qui
peuvent être ventilés au prorata de l'origine des ressources placées, c'est-
à-dire au prorata des provisions techniques, cf. 3.2).

COMPTE DE RÉSULTAT 2001

auto habitation total

Primes (+) 42 54 96
(Variation des) PNA (-) 3 5 8

Primes acquises (= +) 39 49 88

Prestations et frais payés (-) 28 22 50


(Variation des) PSAP (-) 6 26 32

Charge des prestations (= -) 34 48 82

Frais d'acquisition 0 0 0
Frais d'administration (-) 7 5 12

Frais d'acquisition et d'administration (-) 7 5 12

Produits financiers du compte technique (+) 4 2 6

= Résultat technique 2 -2 0

3.1.3. La ventilation des sinistres non-vie


par exercice de survenance (cf. chapitre 5, § 3.)
La ventilation du résultat par exercice de survenance des sinistres est
essentielle en assurance non-vie.
Pour la société S :
- Dans les comptes de l'exercice 2000 : il n'y a rien à ventiler puisque
tous les sinistres sont survenus en 2000.
- Dans les comptes de l'exercice 2001 : on peut distinguer les sinistres
survenus en 2000 et ceux survenus en 2001.
58 Assurance: comptabilité, réglementation, actuariat

L'enregistrement comptable des sinistres par exercice de survenance


permet la ventilation suivante :

Sinistres survenus en
Total
2000 2001

Exercice 2000 Sinistres payés 9 III 9


Sinistres à payer 24 III 24
Total 33 III 33
Primes acquises 40 III 40

Exercice 2001 Sinistres payés 19 31 50


Sinistres à payer 3 53 56
Total 22 84 -
Primes acquises 40 88 -

3.2. Première lecture du bilan:


la représentation des engagements

Pour une entreprise produisant un bien (et qui, en moyenne, paye ses
achats avant d'encaisser ses ventes), on peut dire de manière imagée que
le bilan reflète comment le passif du bilan a financé l'actif: pour disposer
des stocks (matière première et produits finis), d'un outil de production
(terrains, usines, machines), l'entreprise a dû trouver des ressources à long
terme auprès de banquiers (dettes) ou d'actionnaires (capital et réserves) :

BILAN

ACTIF PASSIF

Capitaux propres et réserves


Immobilisations
Stocks
Créances (sur les clients) Passif réel : dettes
A voirs en banque - à long et moyen terme
(envers les banques)
- à court terme
(envers les fournisseurs)

TOTAL TOTAL

Pour l'entreprise d'assurance (qui, au contraire, en moyenne, encaisse


les primes avant de payer les prestations), on peut dire que le bilan reflète
comment le passif du bilan a été placé à l'actif.
Chapitre 2 - Comptabilité et assurance 59

ACTIF PASSIF

Placements 94 Capitaux propres 23


Créances 28
Avoirs en banque 15
Passif réel 114
dont Provisions Techniques 104
dont Autres dettes 10

TOTAL 137 TOTAL 137

Cette lecture du bilan permet en premier lieu de comprendre comment,


au § 3.1, les produits financiers ont été ventilés, d'abord entre le résultat
technique et le résultat non technique au prorata des capitaux propres et
des provisions techniques, puis entre branches d'assurance au prorata des
provisions techniques.
Mais elle permet surtout de comprendre les règles de représentation des
engagements réglementés du chapitre 3, § 2. : face aux 104 M€ d'enga-
gements envers les assurés, y a-t-il 104 M€ d'actifs présentant certaines
caractéristiques de sûreté, de liquidité, de rentabilité ?
Soulignons que l'entreprise d'assurance, investisseur institutionnel par
la technique utilisée, n'a nul besoin de ressources à long terme telles qu'em-
prunts (obligataires ou non) et capital versé par les actionnaires.
Elle n'a besoin de capitaux propres que pour garantir sa solvabilité,
même après d'éventuelles pertes.

3.3. Seconde lecture du bilan: la solvabilité

BILAN au 31/12/2001

ACTIF PASSIF

Placements 94 SNC ou Capitaux propres 137 - 114 = 23


Créances 28 dont Capital et réserves 21
A voirs en banque 15 dont Bénéfice 23 - 21 = 2
Passif réel 114
dont Provisions Techniques 104
dont Autres dettes 10

TOTAL 137 TOTAL 137

Le bilan comporte
- au passif réel, les dettes et engagements (ici, 114), essentiellement les
provisions techniques ;
60 Assurance: comptabilité, réglementation, actuariat

- à l'actif, les biens et les créances (ici, 137), essentiellement des place-
ments;
- la différence, situation nette comptable ou capitaux propres, qui fi-
gure au passif (ici, 137 - 114 = 23).

Les capitaux propres et réserves au 31/12/2001 ont pour rôle de garantir


la solvabilité future de l'entreprise, même si celle-ci fait une perte en 2002.
Trois sources de pertes sont possibles :
• une dépréciation de l'actif ci-dessus (baisse boursière, par exemple) ;
• une insuffisance des provisions ci-dessus (inflation imprévue, évolu-
tion de la jurisprudence, par exemple) ;
• un déséquilibre d'exploitation en 2002, qui peut avoir deux causes:
- une insuffisance de tarif (sous-estimation du montant probable des
sinistres ou des frais de gestion) ;
- un aléa, écart (mal réassuré) entre le montant réel des sinistres et
leur montant probable.

Annexes

Annexe 1. Extraits du code de commerce


Titre deuxième: De la comptabilité des commerçants. (Réf. R. 341-2)
Article 8. Toute personne physique ou morale ayant la qualité de com-
merçant doit procéder à l'enregistrement comptable des mouvements affectant
le patrimoine de son entreprise : ces mouvements sont enregistrés chronologi-
quement.
Elle doit contrôler par inventaire, au moins une fois tous les douze mois,
rexistence et la valeur des éléments actifs et passifs du patrimoine de l'entreprise.
Elle doit établir des comptes annuels à la clôture de l'exercice au vu des en-
registrements comptables et de l'inventaire. Ces comptes annuels comprennent
le bilan, le compte de résultat et une annexe: ils forment un tout indissociable.
Article 9. Le bilan décrit séparément les éléments actifs et passifs de l'en-
treprise, et fait apparaître, de façon distincte, les capitaux propres.
Le compte de résultat récapitule les produits et les charges de l'exercice,
sans qu'il soit tenu compte de leur date d'encaissement ou de paiement. Il fait
apparaître, par différence après déduction des amortissements et des provisions,
le bénéfice ou la perte de l'exercice. Les produits et les charges, classés par
catégorie, doivent être présentés soit sous forme de tableaux, soit sous forme de
liste.
Le montant des engagements de l'entreprise en matière de pension, de
compléments de retraite, d'indemnités et d'allocations en raison du départ à
la retraite ou avantages similaires des membres ou associés de son personnel et
de ses mandataires sociaux est indiqué dans l'annexe. Par ailleurs, les entre-
prises peuvent décider d'inscrire au bilan, sous forme de provision, le montant
correspondant à tout ou partie de ces engagements.
Chapitre 2 - Comptabilité et assurance 61

L'annexe complète et commente l'information donnée par le bilan et le


compte de résultat.
Les comptes annuels doivent être réguliers, sincères et donner une image
fidèle du patrimoine, de la situation financière et du résultat de l'entreprise.
Lorsque l'application d'une prescription comptable ne suffit pas pour donner
l'image fidèle mentionnée au présent article, des informations complémentaires
doivent être fournies dans l'annexe.
Si, dans un cas exceptionnel, l'application d'une prescription comptable se
révèle impropre à donner une image fidèle du patrimoine, de la situation fi-
nancière ou du résultat, il doit y être dérogé: cette dérogation est mentionnée à
l'annexe et dûment motivée, avec l'indication de son influence sur le patrimoine,
la situation financière et le résultat de l'entreprise.
Article 10. Le bilan, le compte de résultat et l'annexe doivent comprendre
autant de rubriques et de postes qu'il est nécessaire pour donner une image
fidèle du patrimoine, de la situation financière et du résultat de l'entreprise.
Chacun des postes du bilan et du compte de résultat comporte l'indication du
chiffre relatif au poste correspondant de l'exercice précédent.
Le classement des éléments du bilan et du compte de résultat, les éléments
composant les capitaux propres ainsi que les mentions à inclure dans l'annexe
sont fixés par décret.
Les commerçants, personnes physiques ou morales, pourront, dans des condi-
tions fixées par décret, adopter une présentation simplifiée de leurs comptes
annuels ( ... ).
Article 11. À moins qu'un changement exceptionnel n'intervienne dans la
situation du commerçant, personne physique ou morale, la présentation des
comptes annuels comme les méthodes d'évaluation retenues ne peuvent être
modifiées d'un exercice à l'autre. Si des modifications interviennent, elles sont
décrites et justifiées dans l'annexe.
Article 12. À leur date d'entrée dans le patrimoine de l'entreprise, les biens
acquis à titre onéreux sont enregistrés à leur coût d'acquisition, les biens acquis
à titre gratuit à leur valeur vénale et les biens produits à leur coût de production.
Pour les éléments d'actif immobilisé, les valeurs retenues dans l'inventaire
doivent, s'il y a lieu, tenir compte des plans d'amortissement. Si la valeur d'un
élément de l'actif devient inférieure à sa valeur nette comptable, cette dernière
est ramenée à la valeur d'inventaire à la clôture de l'exercice, que la dépréciation
soit définitive ou non.
Les biens fongibles sont évalués soit à leur coût moyen pondéré d'acquisition
ou de production, soit en considérant que le premier bien sorti est le premier
bien entré.
La plus-value constatée entre la valeur d'inventaire d'un bien et sa valeur
d'entrée n'est pas comptabilisée. S'il est procédé à une réévaluation de l'ensemble
des immobilisations corporelles et financières, l'écart de réévaluation entre la
valeur actuelle et la valeur nette comptable ne peut être utilisé à compenser les
pertes; il est inscrit distinctement au passif du bilan.
Article 13. Les éléments d'actif et de passif doivent être évalués séparément.
62 Assurance: comptabilité, réglementation, actuariat

Aucune compensation ne peut être opérée entre les postes d'actif et de passif
du bilan ou entre les postes de charges et de produits du compte de résultat.
Le bilan d'ouverture d'un exercice doit correspondre au bilan de clôture de
l'exercice précédent.

Article 14. Les comptes annuels doivent respecter le principe de prudence.


Pour leur établissement, le commerçant, personne physique ou morale, est pré-
sumé poursuivre ses activités.
Même en cas d'absence ou d'insuffisance du bénéfice, il doit être procédé aux
amortissements et provisions nécessaires.
Il doit être tenu compte des risques et des pertes intervenus au cours de
l'exercice ou d'un exercice antérieur, même s'ils sont connus entre la date de la
clôture de l'exercice et celle de l'établissement des comptes.

Article 15. 8euls les bénéfices réalisés à la date de clôture d'un exercice
peuvent être inscrits dans les comptes annuels.
Peut être inscrit, après inventaire, le bénéfice réalisé sur une opération par-
tiellement exécutée et accepté par le cocontractant lorsque sa réalisation est
certaine et qu'il est possible, au moyen de documents comptables prévisionnels,
d'évaluer avec une sécurité suffisante le bénéfice global de l'opération.

Annexe 2. Réassurance, frais d'acquisition, assurance vie:


exemples
L'objet de cette annexe est de compléter l'exemple de la société 8 traité
au § 2, en indiquant le traitement comptable de la réassurance (8 bis),
des frais d'acquisition (8 ter) et de l'assurance vie (V).

2.1. S bis et la comptabilisation de la réassurance

S bis a la même activité et les mêmes comptes hors réassurance que 8 ;


mais elle se réassure.
Dans un traité de réassurance, l'assureur 8 bis qui cède certains risques
à un réassureur R est le cédant, le réassureur R qui accepte ces risques
est le cessionnaire : les cessions de 8 bis sont des acceptations de R.
8 bis cède 50 % de ses affaires en quote-part, moyennant une commission
de réassurance de 10 % des primes cédées. Plus précisément:
- 8 bis s'engage à verser 50 % des primes à R ;
- R s'engage à rembourser 50 % des sinistres à 8 bis ;
- R reverse aussi à 8 bis une commission de réassurance de 10 % des
primes que 8 bis lui cède.

Figure en gras dans ce qui suit tout ce qui, dans le cas 8 bis, diffère
du cas 8.
Chapitre 2 - Comptabilité et assurance 63

COMPTE DE RÉSULTAT 2000

brut cessions net

Primes (+ ) 80 40 = 50 % 80 40,0
(Variation des) PNA (-) 40 20 = 50 % 40 20,0

Primes acquises (= +) 40 20 20,0

Prestations et frais payés (-) 9 4,5 = 50 % 9 4,5


(Variation des) PSAP (-) 24 12 = 50 % 24 12,0

Charge des prestations (= -) 33 16,5 = 50 % 33 16,5

Frais d'acquisition 0
Frais d'administration (-) 10 4 = 10 % 40 6,0

Frais d'acquisition
et d'administration (-) 10 4 6,0

Produit net des placements (+) 4 4,0

= Résultat (= ±) + 1 1,5

BILAN au 31/12/2000

ACTIF PASSIF

Placements 35,5 Capitaux propres 90,5 - 69 = 21,5


Provisions techniques à la dont Capital 20,0
charge des réassure urs 32,0 dont Bénéfice 215 - 20 = 1-'..5
Créances 18,0 Passif réel, dont 69,0
Avoirs en banque 5,0 Provisions Techniques 64,0
Autres dettes 5,0

TOTAL 90,5 TOTAL 90,5

La part des cessionnaires dans les provisions techniques est de


32 M € = 50 % x 64.
Les placements sont de : 67 avant réassurance - 40 de primes versées
au réassureur + 4,5 de sinistres remboursés par le réassureur + 4 de
commission versée par le réassureur = 35,5.
(Les échanges entre l'assureur et le réassureur ont été supposés n'avoir
eu lieu que le 31/12/2000 et pas avant, sinon S bis aurait moins de place-
ments en cours d'année, et donc moins de produits financiers, que S.)
Pour être certain que le réassureur remplira ses 32 M€ d'engagements
à l'égard de la société (la part des cessionnaires dans les provisions tech-
niques), l'assureur peut lui demander un nantissement de valeurs.
64 Assurance: comptabilité, réglementation, actuariat

Dans ce cas apparaîtrait au hors-bilan


- les valeurs nanties à l'actif du hors-bilan;
- et l'engagement de restituer ces valeurs au passif du hors-bilan.

2.2. S ter et la comptabilisation des frais d'acquisition reportés


La société S ter est créée le 1/01/2000 avec un capital de 20 Ivl€.
Entièrement semblable à S, elle paie des frais d'acquisition et a donc
un tarif supérieur: au lieu d'émettre 80 M€ de primes et de n'avoir pas
de frais d'acquisition comme S, elle émet 100 M€ de primes (également
réparties tout au long de l'année) supportant 20 % de commissions versées
à un intermédiaire.
Figure en gras dans ce qui suit tout ce qui, dans le cas S ter, diffère du
cas S : les primes passent de 80 pour la société S à 100 pour S ter, et en
contrepartie les frais d'acquisition passent de 0 à 20. La provision PNA
passe de 80/2 = 40 pour S à 100/2 = 50 pour S ter, et en contrepartie
il faut constater des frais d'acquisition reportés (reportés aux exercices
suivants) de 20/2 =10.

COMPTE DE RÉSULTAT 2000

Primes (+) 100


(Variation des) PNA (-) 50

Primes acquises (= +) 50

Prestations et frais payés (-) 9


(Variation des) PSAP (-) 24

Charge des prestations (= -) 33

Frais d'acquisition (-) 20


(Variation des) frais d'acquisition reportés (+) 10
Frais d'administration (-) 10

Frais d'acquisition et d'administration (-) 20

Produit net des placements (+ ) 4

= Résultat (= ±) +1
Cbapitre 2 - Comptabilité et assurance 65

BILAN au 31/12/2000

ACTIF PASSIF

Placements 67 Capitaux propres 21


dont Capital 20
dont Bénéfice 1
Créances 18 Passif réel 79
Avoirs en banque 5 dont Provisions Techniques 74
Frais d'acquisition reportés 10 dont Autres dettes 5

TOTAL 100 TOTAL 100

2.3. Vet la comptabilisation de l'assurance vie


La société V a été créée le 1/01/2000 avec un capital de 10 M€. Elle
a souscrit le 30/6/2000 des contrats d'épargne de 10 000 € de primes
unitaires et émis des primes uniques d'un montant total de 100 M€.
Garantie de c = 12034 € au terme de 8 ans en cas de survie de l'assuré,
moyennant une prime de 9 500 + 500 € de chargement d'acquisition. En
cas de décès à l'époque t, la garantie est de 9 500(1, 03)t.
Sa balance avant inventaire est la suivante au 31/12/2000 :

Soldes Soldes
débiteurs créditeurs

(cl. 1) Capital 10
(d. 2) Placements 106
(d. 4) Créances (sur les assurés ... ) 2
(cl. 4) Dettes 1
(cl. 5) Avoirs en banque 1

SOUS-TOTAL 109 11

(cl. 6) Prestations et frais payés 1


(cl. 6) Frais d'exploitation 6
(cl. 7) Primes 100
(cl. 7) Produits des placements 5

SOUS-TOTAL 7 105

TOTAL 116 116

S'il n'y avait pas d'écritures d'inventaire, les comptes se présenteraient


ainsi (avec un bénéfice satisfaisant pour les actionnaires !) :
66 Assurance: comptabilité, réglementation, actuariat

BILAN au 31/12/2000, avant inventaire

ACTIF PASSIF

Placements 106 Capitaux propres 109 - 1 =108 ? ?


Créances 2 dont Capital 10
Avoirs en banque 1 dont Bénéfice 108 - 10 = 98 ? ?
Passif réel 1
dont Dettes 1

TOTAL 109 TOTAL 109

COMPTE DE RÉSULTAT 2000, avant inventaire

Primes (+) 100

Prestations et frais payés (-) 1

Frais d'exploitation (-) 6

Produit net des placements (+) 5

= Résultat (= ±) 98 ?

Au 31/12/2000, il Y a 9 957 survivants, d'où, au total, des provisions


mathématiques de

9 957 x 12 034 x 1,03- 7 ,5 = 96 M€


et les comptes suivants (on suppose que le taux i d'escompte des provisions
est suffisamment prudent pour permettre de ne pas constituer de provision
de gestion) :

BILAN au 31/12/2000

ACTIF PASSIF

Placements 106 Capitaux propres 109 - 97 = 12


Créances 2 dont Capital 10
Avoirs en banque 1 dont Bénéfice 12 - 10 = 2
Passif réel 97
dont Provisions techniques 96
dont Autres dettes 1

TOTAL 109 TOTAL 109


Chapitre 2 - Comptabilité et assurance 67

COMPTE DE RÉSULTAT 2000

Primes ( +) 100

Prestations et frais payés (-) 1


(Variation des) Provisions d'assurance vie (-) 96

Frais d'acquisition et d'administration (-) 6

Produit net des placements (+ ) 5

= Résultat (= ±) 2

Au 31/12/2001, s'il n'y avait pas d'écritures d'inventaire, les provisions


resteraient celles de l'inventaire précédent et les comptes se présenteraient
ainsi:

BILAN au 31/12/2001, avant inventaire

ACTIF PASSIF

Placements 232 Capitaux propres 240 - 97 = 143 ? ?


Créances 5 dont Capital et réserves 12
Avoirs en banque 3 dont Bénéfice 143 - 12 = 131 ??
Passif réel 97
dont Provisions techniques 96
dont Dettes 1

TOTAL- 240 TOTAL 240

COMPTE DE RÉSULTAT 2001, avant inventaire

Primes (+) 130

Prestations et frais payés (-) 2

Frais d'exploitation (-) 9

Produit net des placements (+) 12

= Résultat (= ±) 131 ?

Au 31/12/2001, 9 868 survivants des souscripteurs de première année


et 12 901 survivants des souscripteurs de deuxième année, conduisent à
une provision mathématique de :

9 868 x 12 034 x 1,03- 6 ,5 + 12 901 x 12 034 x 1,03- 7 ,5 = 222 M€


68 Assurance: comptabilité, réglementation, actuariat

d'où les comptes suivants:

BILAN au 31/12/2001

ACTIF PASSIF

Placements 232 Capitaux propres 240 - 223 = 17


Créances 5 dont Capital et réserves 12
A voirs en banque 3 dont Bénéfice 17 - 12 = 5
Passif réel 223
dont Provisions techniques 222
dont Dettes 1

TOTAL 240 TOTAL 240

COMPTE DE RÉSULTAT 2001

Primes (+) 130

Prestations et frais payés (-) 2

Variation des provisions d'assurance vie (-) 222 - 96 = 126

Frais d'exploitation (-) 9

Produit net des placements (+) 12

= Résultat (= ±) 5

Annexe 3. Les comptes consolidés


Dans cette annexe, nous considérons deux sociétés d'assurances A et B,
indépendantes l'une de l'autre, aux chiffres d'affaires respectifs Pa = 1 000
et Pb = 500, et aux marges de solvabilité Ka = 200 et Kb = 100.
Nous supposons pour simplifier que pour chaque société la marge de sol-
vabilité est égale aux capitaux propres. Il n'y a pas de plus-value latentes,
le capital est entièrement libéré.
Cette annexe suppose connu le chapitre 3.

3.1. La société A achète la totalité des actions de la société B


pour un montant X
L'acquisition ne change pas les marges de solvabilité dites solo
Ka = 200 et K b = 100
Nous allons voir en effet que, dans les comptes de A, l'acquisition dimi-
nue les actifs en banque du montant X payé aux anciens actionnaires de
B et augmente les actifs de placement du montant de la valeur comptable
X des actions de la société B acquises.
Chapitre 2 - Comptabilité et assurance 69

Mais l'acquisition conduit à considérer A + B comme un ensemble et


à considérer les comptes, consolidés par A, de A + B.
Il est facile de concevoir les comptes de résultats consolidés : par
exemple, le chiffre d'affaires consolidé du groupe A + B est
Pa + Pb = 1 500
(du moins s'il n'y a pas de relations de réassurance entre A et B ; s'il y
en a, il convient d'éliminer les primes qui seraient à la fois dans le chiffre
d'affaires de A et dans celui de B).
Il est moins facile de concevoir les bilans consolidés : la marge de sol-
vabilité du groupe A + B n'est pas Ka + Kb = 300, même en première
analyse. C'est
Ka + Kb - X
c'est-à-dire la somme des marges initiales diminuée du montant X qui a
quitté les caisses de A pour payer les anciens actionnaires de B et ne se
trouve donc plus servir à la solvabilité du groupe.
Avant l'opération, les bilans de B et A sont les suivants, en isolant toute
créance ou placement de A envers B ou de B envers A :

BILAN de A au 31/12/2000, avant l'acquisition de B

ACTIF PASSIF

Titres B 0 Capitaux propres Ka


Placements (autres) 1 700 2 100 - 1 900 = 200
Créances sur B 100 Sous-total capitaux propres 200
Créances (autres)
et banques 300 Provisions techniques 1 800
Dettes envers B 0
Dettes (autres) 100
Sous-total passif réel 1 900

TOTAL 2 100 TOTAL 2 100

BILAN de B au 31/12/2000

ACTIF PASSIF

Titres A 0 Capitaux propres K b


Placements (autres) 1 000 1 200 - 1 100 = 100
Créances sur A 0 Sous-total capitaux propres 100
Créances (autres)
et banques 200 Provisions techniques 900
Dettes envers A 100
Dettes (autres) 100
Sous-total passif réel 1100

TOTAL 1 200 TOTAL 1 200


70 Assurance: comptabilité, réglementation, actuariat

Le bilan consolidé de A et B cherche à cerner ce que seraient les comptes


de A + B s'il s'agissait d'une seule entreprise. Il diffère selon le prix qu'a
payé A, et nous allons supposer
- tout d'abord (c'est le cas le plus simple) que A achète B pour le
montant Kb ;
- ensuite (c'est le cas le plus courant) que A, compte tenu de son opi-
nion sur les bénéfices futurs de la société B, achète B pour un montant
supérieur à Kb.

Si A achète B pour 100 M€, soit le montant de la marge de


B, le bilan de A se contente de constater que 100 M€ d'actifs en banque
sont remplacés par 100 M€ d'actions B

BILAN de A au 31/12/2000, après l'acquisition de B

ACTIF PASSIF

Titres B 100 Capitaux propres Ka


Placements (autres) 1 700 2 100 - 1 900 = 200
Créances sur B 100 Sous-total capitaux propres 200
Créances (autres)
et banques Provisions techniques 1800
300 - 100 = 200 Dettes envers B 0
Dettes (autres) 100
Sous-total passif réel 1900

TOTAL 2 100 TOTAL 2 100

Pour passer du bilan de A au bilan de A + B, on remplace


- 100 d'actifs constitué des actions B
- par 1 200 d'actifs de B d'une part, 1100 de passifs réels de B d'autre
part.

La marge de solvabilité (en l'absence de plus-values latentes) reste donc


bien égale à Ka.
(On annule la créance de 100 de A sur B et la dette de 100 de B envers
A ce qui est sans incidence sur notre propos.)
Le bilan consolidé de A + B au 31/12/2000 va donc comporter
• comme actifs :
- 1 700 (détenus par A) et 1 000 (détenus par B) de fonds placés à
l'extérieur du groupe (et donc compte non tenu des actions de B détenues
par A, qui sont détenues par le groupe sur lui-même) ;
- 200 (détenus par A) et 200 (détenus par B) de créances sur l'extérieur
du groupe (et donc compte non tenu des créances de A sur B, qui sont
des créances du groupe sur lui-même) ;
• comme passifs réels :
- 1 800 (pour A) et 900 (pour B) de provisions techniques ;
Chapitre 2 - Comptabilité et assurance 71

- 100 (pour A) et 100 (pour B) de dettes envers l'extérieur du groupe


(donc compte non tenu des dettes de B envers A, qui sont des dettes du
groupe sur lui-même).

BILAN consolidé de A +B au 31/12/2000

ACTIF PASSIF

Titres B p.m. Capitaux propres Ka


Placements (autres) 3 100 - 2 900 = Ka = 200
1 700 + 1 000 = 2700 Sous-total capitaux propres 200
Créances sur B p.m.
Provisions techniques
Créances (autres) 1 800 + 900 = 2 700
et banques Dettes envers A p.m.
200 + 200 = 400 Dettes (autres)
100 + 100 = 200
Sous-total passif réel 2900

TOTAL 3 100 TOTAL 3 100

3.2. A achète B pour 200 M€ soit plus que Kb


Le bilan de A se contente alors de constater que 200 Md' actifs en
banque sont remplacés par 200 M d'actions B :

BILAN de A au 31/12/2000, après l'acquisition de B pour 200

ACTIF PASSIF

Titres B 200 Capitaux propres Ka


Placements (autres) 1 700 2 100 - 1 900 = 200
Créances sur B 100 Sous-total capitaux propres 200
Créances (autres)
et banques Provisions techniques 1 800
300 - 200 = 100 Dettes envers B 0
Dettes (autres) 100
Sous-total passif réel 1 900

TOTAL 2 100 TOTAL 2 100

Pour passer du bilan de A au bilan A + B, on remplace


- 200 d'actions B
- par 1 200 d'actifs de B d'une part, 1100 de passifs réels de B d'autre
part.
La marge de solvabilité (en l'absence de plus-values latentes) diminue
de 100, soit le montant de X - Kb.
72 Assurance: comptabilité, réglementation, actuariat

Pour laisser des fonds propres comptables égaux à Ka on inscrit un


écart de consolidation de X - Kb à l'actif. Cet actif incorporel est déduit
de Ka dans le calcul de la marge de solvabilité.
(Puis on annule la créance de 100 de A sur B, et la dette de 100 de B
envers A, ce qui est sans incidence sur notre propos.)
Le bilan consolidé de A+B au 31/12/2000 va donc comporter:
• comme actifs :
- 1 700 (détenus par A) et 1 000 (détenus par B) de fonds placés à
l'extérieur du groupe (et donc compte non tenu des actions de B détenues
par A, qui sont détenues par le groupe sur lui-même) ;
- 100 (détenus par A) et 200 (détenus par B) de montants de créances
sur l'extérieur du groupe (et donc compte non tenu des créances de A sur
B, qui sont des créances du groupe sur lui-même) ;
- 100 d'actifs incorporels;
• comme passifs réels :
- 1 800 (pour A) et 900 (pour B) de provisions techniques;
- 100 (pour A) et 100 (pour B) de montants de dettes envers l'extérieur
du groupe (et donc compte non tenu des dettes de B envers A sur B, qui
sont des dettes du groupe sur lui-même).

BILAN consolidé de A + B au 31/12/2000


ACTIF PASSIF

Écart de consolidation =e 100

Titres B p.m. Capitaux propres Ka


Placements (autres) 3 100 - 2 900 = Ka = 200
1 700 + 1 000 = 2700 Sous-total capitaux propres 200
Créances sur B p.m.
Provisions techniques
Créances (autres) 1800 + 900 = 2700
et banques Dettes envers A p.m.
200 + 200 = 100 Dettes (autres)
100 + 100 = 200
Sous-total biens et créances 3000 Sous-total passif réel 2900

TOTAL 3 100 TOTAL 3 100

La marge consolidée s'élève à Ka - e = 200 - 100 = 100.

3.3. A achète 50 % de S pour le montant de 50 %


de la situation nette comptable de S, soit 50 M€
Le bilan de A se contente alors de constater que 50 d'actifs en banque
sont remplacés par 50 d'actions B :
Chapitre 2 - Comptabilité et assurance 73

BILAN de A au 31/12/2000, après l'acquisition de B pour 200

ACTIF PASSIF

Titres B 50 Capitaux propres Ka


Placements (autres) 1 700 2 100 - 1 900 = 200
Créances sur B 100 Sous-total capitaux propres 200
Créances (autres)
et banques Provisions techniques 1 800
300 - 50 = 250 Dettes envers B 0
Dettes (autres) 100
Sous-total passif réel 1 900

TOTAL 2100 TOTAL 2100

Si l'on fait une intégration proportionnelle, on ajoute à tous les


postes de biens et créances et de dettes et engagements de A une quote-
part de ce qui concerne B.
La situation nette reste Ka, puisque nous remplaçons 50 d'actions B
par 50 % x 1 200 d'actifs de B et 50 % x 1 100 de passifs réels de B (et
l'annulation de la créance de A sur B ne peut se faire que pour moitié
- mais ceci est sans incidence sur notre propos).

BILAN consolidé de A + B au 31/12/2000

ACTIF PASSIF

Titres B p.m. Capitaux propres


Placements (autres) 2 600 - 2 400 = Ka = 200
1 700 + 50 % 1 000 = 2200 Sous-total capitaux propres 200
Créances sur B p.m.
100 - 50 % 100 = 50 Provisions techniques
Créances (autres) 1 800 + 50 % 900 = 2250
et banques Dettes envers A
300 - 50 + 50 % 200 = 350 50 % 100 - 50 % 100 p.m.
Dettes (autres)
100 + 50 % 100 = 150
Sous-total passif réel 2400

TOTAL 2600 TOTAL 2600

Si l'on fait une intégration globale, on ajoute à tous les postes de


biens et créances et de dettes et engagements de A l'intégralité de ce qui
concerne B.
74 Assurance: comptabilité, réglementation, actuariat

La marge de solvabilité égale aux capitaux propres devient ici Ka + ~b ,


puisque nous remplacons 50 d'actions B par 1 200 d'actifs de B et 1 100
de passifs réels de B, et se décompose en :
- Ka capitaux propres - part du groupe;
- 2Kb capItaux
. d . ..
propres - part es mmontmres.

(Ensuite intervient l'annulation totale ou partielle de la créance de A


sur B et de la dette de B envers A.)

BILAN consolidé de A +B au 31/12/2000

ACTIF PASSIF

Titres B p.m. Capitaux propres


Placements (autres) 3 150 - 2900 = 250
1 700 + 1 000 = 2700 dont cap. propres du groupe = Ka = 200
Créances sur B p.m. et intérêts minoritaires = 50 % xKb = 50
Créances (autres) Sous-total capitaux propres 250
et banques
300 - 50 + 200 = 450 Provisions techniques
1 800 + 900 = 2700
Dettes envers A p.m.
Dettes (autres)
100 + 100 = 200
Sous-total passif réel 2900

TOTAL 3150 TOTAL 3150


Chapitre 3

LE CADRE RÉGLEMENTAIRE

«Il faut obéir aux lois de son pays même si elles sont
injustes», Socrate.

Rappelons le cadre comptable examiné au chapitre précédent.


La situation à la date de l'inventaire est décrite par le bilan qui compare
l'actif réel (biens et créances) au passif réel (dettes et engagements), et
donc cherche à indiquer si la société était solvable à cette date.
Le compte de résultat cherche à expliquer le résultat de l'exercice écoulé
en comparant les charges aux produits.
L'analyse des résultats passés est un point de départ pour juger des
risques de pertes futures (lesquelles dépendent aussi des contrats, des
tarifs, de la réassurance). Ces risques de pertes inhérents à l'assurance
sont de trois sortes :
• Certaines pertes potentielles sont liées au passif réel du bilan
d'aujourd'hui: les provisions (même bien calculées) peuvent se révéler
insuffisantes par suite d'une évolution imprévue de la jurisprudence ou de
l'inflation.
• Certaines pertes potentielles sont liées à l'actif du bilan d'aujour-
d'hui: les placements (même conformes aux normes de sûreté, liquidité,
rentabilité) peuvent se déprécier par suite de circonstances imprévues,
telles qu'une crise économique.
• D'autres pertes peuvent découler de l'exploitation future:
- d'une sous-tarification (plus de frais généraux, ou plus de sinistres
- autres qu'exceptionnels - que n'en prévoit le tarif) ;
- ou d'aléas (survenance de sinistres exceptionnels et réassurance défec-
tueuse).
76 Assurance: comptabilité, réglementation, actuariat

Or, il importe pour les assurés que l'entreprise d'assurance soit


actuellement solvable et le reste jusqu'à ce qu'elle ait fini de remplir les
engagements en cours.
La solvabilité d'une entreprise d'assurance repose sur trois piliers, qui
ne sont que la traduction de principes de bon sens :
- En premier lieu, elle doit évaluer correctement ses dettes au sens le
plus large: calculer à tout moment le montant de ses engagements vis-à-
vis des assurés (les provisions techniques), en veillant à ce que ce montant
soit suffisant (§ 1) ; mais bien calculer ses engagements ne suffit pas : il
faut avoir de quoi y faire face ...
- En deuxième lieu, face à ces engagements, en représentation de ces
engagements, elle doit posséder un montant suffisant d'actifs sûrs, liquides
et rentables, c'est-à-dire un montant au moins égal d'actifs de bonne qua-
lité et obéissant à des règles d'évaluation, de dispersion et de répartition
prudentes (§ 2) ; mais la représentation des engagements réglementés,
conçue dans une optique liquidative, ne suffit pas, et il faut aussi avoir de
quoi faire face à d'éventuelles pertes futures.
- En troisième lieu, elle doit posséder plus d'actifs réels que de dettes
et engagements (§ 3), c'est-à-dire une marge de solvabilité permettant de
rester solvable même dans l'éventualité d'une perte future.

Nous teminerons ce chapitre par quelques remarques sur la portée et


les limites de la réglementation française (§ 4.).

1. L'évaluation des engagements envers les assurés


«... les provisions techniques suffisantes pour le règlement intégral de
leurs engagements vis-à-vis des assurés ou bénéficiaires de contrats [... ]
calculées, sans déduction des réassurances cédées ... » (art. R. 331-1).

En vie comme en non-vie, le mot clef est le mot suffisant (§ 1.1). Nous
avons vu au chapitre 1, § 5., et nous reverrons dans les chapitres suivants,
la différence qui existe (du moins globalement) entre l'assurance non-vie
et l'assurance vie: en assurance non-vie, les durées sont plus brèves, et
donc les produits financiers plus modestes, les aléas plus importants. Il
n'est donc pas surprenant de retrouver cette différence dans la réglementa-
tion : en assurance non-vie, pour l'essentiel, l'évaluation des engagements
n'escompte pas de produits financiers (§ 1.2), au contraire de l'assurance
vie (§ 1.3). Nous comparons les conséquences de ces deux points de vue
au § 1.4.

1.1. Les provisions techniques suffisantes


Tout d'abord, on peut remarquer qu'un montant suffisant pour le règle-
ment des engagements est un montant plus imp.ortant que ne le serait un
montant simplement nécessaire.
Chapitre 3 - Le cadre réglementaire 77

Mais aussi, un montant suffisant pour le règlement intégral d'une


somme aléatoire est un montant supérieur au montant probable qui, si
la somme aléatoire suit une loi normale, se révélera insuffisant une fois
sur deux (et qui en général n'est pas connu).

1.2. Assurance non-vie: la valeur estimative des sinistres


En non-vie, ces provisions techniques sont essentiellement la valeur es-
timative des sinistres que l'assureur est engagé à payer (et des frais de
gestion connexes à ces sinistres).

Sinistres survenus ou non, déclarés ou non


On distingue plusieurs sortes de sinistres .
• Les sinistres survenus font l'objet de la provision pour sinistres à
payer (PSAP).
(( .,. valeur estimative des dépenses en principal et en frais, tant internes
qu'externes, nécessaires au règlement de tous les sinistres survenus et non
payés ... » (art. R. 331-6, 4°).

Ces sinistres survenus peuvent être


- connus de l'assureur, parce qu'ils lui ont été déclarés par l'assuré ou par
un tiers;
- inconnus de l'assureur, parce qu'ils ne lui ont pas encore été déclarés
(Incurred But Not Reported ou IBNR en anglais) ;
- voire inconnus de l'assureur et de quiconque (Sinistres Non Manifestés de
l'assurance construction).

• Les sinistres non survenus (et garantis) font l' 0 b jet de la provision
pour primes non acquises et provision pour risques en cours (PPN A et
PREe)
(( .,. destinée à couvrir, pour l'ensemble des contrats en cours, la charge
des sinistres et des frais afférents aux contrats, pour la période s'écoulant
entre la date de l'inventaire et la date de la première échéance de prime
pouvant donner lieu à révision de la prime par l'assureur) (art. R. 331-6,
2° et 2° bis).

1.3. Assurance vie: la valeur actuelle


des engagements de l'assureur
(( Les provisions techniques correspondant aux opérations d'assurance
sur la vie, d'assurance nuptialité-natalité, et aux opérations de capitalisa-
tion sont les suivantes:
1° provision mathématique : différence entre les valeurs actuelles des
engagements respectivement pris par l'assureur et par les assurés» (art.
R. 331-3).
78 Assurance: comptabilité, réglementation: actuariat

Par-delà le détail des calculs des provisions d'assurance vie exposés


au chapitre 6, la réglementation demande de calculer les provisions en
faisant des hypothèses prudentielles de taux, de table, de frais et sans
oublier d'engagement.
1.3.1. Les hypothèses prudentielles de taux, de table, de frais
Choisir un taux d'intérêt technique i prudentiel
Dire que les provisions sont la valeur actuelle, calculée au taux d'intérêt
technique i, des engagements signifie que des actifs égaux au montant des
provisions mathématiques, valeur actuelle des engagements, ne suffisent
pas à eux seuls à faire face aux engagements : il faut que ces actifs aient
un rendement annuel de i jusqu'au terme des contrats.
Soulignons que ce taux d'intérêt technique i est le taux de rende-
ment futur supposé des placements de l'assureur qui a été escompté, plus
précisément le taux que devront rapporter (à coup sûr, pour respecter le
Code de commerce) les placements de l'assureur entre l'époque de l'inven-
taire et l'époque de la fin du contrat.
Actuellement, la réglementation indique que le taux i est celui du tarif,
c'est-à-dire le taux qui avait été considéré comme prudentiel lors de la
souscription du contrat, sauf lorsqu'il s'avère que ce taux devient impru-
dent.
- Lors de la souscription du contrat, sont notamment considérés comme
prudentiels des taux i inférieurs à un plafond de 60 % ou 75% (selon les
contrats) du taux moyen des emprunts d'État (TME) de l'époque de la
souscription.
- Le mécanisme de provision pour aléas financiers (PAF) ne prévoit de
constater que le taux i initialement choisi devient imprudent que dans des
conditions restrictives. Mais ce mécanisme se révèle alors brutal.
L'assureur qui n'anticipe pas le déclenchement de la PAF court le risque
de conserver son hypothèse de tarif i jusqu'au jour où il doit réglementai-
rement majorer ses provisions et constater son insolvabilité, comme dans
l'exemple précédent.
Choisir une table de mortalité lx prudentielle
La réforme, dite technique, de 1993 a mis la réglementation à jour
(cf. A 335-1) :
- en prenant pour les tarifs des tables de mortalité TD et TV plus
récentes;
- en introduisant, pour les rentes viagères, où l'allongement de la durée
de la vie humaine a un impact important, les tables prospectives de rentes
viagères (TPRV) ;
- en permettant à chaque assureur d'utiliser, au lieu des tables natio-
nales, des tables dites d'expérience qui lui sont propres;
- et en donnant un délai jusqu'en 2008 pour la mise à jour des provi-
sions relatives aux contrats en cours en 1993.
Actuellement, les tables à utiliser sont donc, selon les cas, soit TD ou
TV, actuelles ou anciennes, soit TPRV, soit les tables dites d'expérience.
Chapitre 3 - Le cadre réglementaire 79

1.3.2. Remarques
Le principe de prudence du Code de commerce permet de comprendre
que seules des ressources futures prévisibles peuvent justifier l'étalement
1993-2008.
De même, il n'est pas raisonnable d'attendre la fin du différé des
contrats de rentes différées avant d'utiliser TPRV, ni d'utiliser au cas
par cas la table (de l'INSEE ou d'expérience) qui donne la provision la
plus faible.
Tenir compte de l'engagement de gérer les contrats souscrits
Provisionner les charges de gestion futures non couvertes par ailleurs
(cf. A. 331-1-1) par famille de contrats homogènes.
• Il s'agit des charges futures des contrats déjà souscrits, charges cohé-
rentes avec la comptabilité analytique dont se déduisent les recettes fu-
tures (des contrats déjà souscrits et non des contrats futurs) :
- chargements sur les primes périodiques ultérieures ;
- produits financiers futurs (avec une estimation prudentielle des réem-
plois futurs).

• Mieux vaudrait ne pas tenir compte de rachats hypothétiques dont


la fréquence future risque d'être différente de celle du passé dans des
circonstances contraires à l'intérêt de l'assureur.
Ne pas oublier d'engagement
Les engagements de l'assureur comportent évidemment, d'abord, les
garanties au terme du contrat, mais aussi
• les garanties en cas de rachat anticipé ;
• et, le cas échéant
- les garanties dites de fidélité (pour les assurés qui ne mettent pas fin
prématurément à leur contrat) ;
- les garanties dites plancher (dans les contrats en unité de compte,
garantie en cas de décès d'un capital minimum quelle que soit l'évolution
de l'unité de compte) ;
- les garanties de tirage au sort (dans les bons de capitalisation) ;
- les majorations légales de rentes viagères ;
- et le droit à renonciation de l'assuré mal informé (l'information de
l'assuré lors de la souscription du contrat est régie en particulier par l'ar-
ticle L 132-5-1, qui demande à l'assureur d'indiquer la valeur de rachat
du contrat à l'issue de chacune des 8 premières années; cette information
est nécessaire pour que le délai de renonciation d'un mois coure).
En assurance vie
• à la différence de ce qui se passe en non-vie, le calcul des provisions
est un calcul très similaire à celui du tarif, fait à un autre moment de la
vie du contrat, avec deux questions qui se posent de ce fait:
- une question préalable : ces hypothèses du tarif étaient-elles pruden-
tielles ?
- une question permanente: sont-elles aujourd'hui raisonnables?
80 Assurance: comptabilité, réglementation, actuariat

• mais tout comme en assurance non-vie, l'alpha et l'oméga de la régle-


mentation reste la phrase :
« Les provisions techniques suffisantes pour le règlement intégral (des)
engagements ... )}

1.4. Comparaison vie / non-vie


En non-vie, la bonne fin des engagements en suspens ne suppose pas
de produits financiers. En vie, si :
- Non-vie: « ... provision pour sinistres à payer: valeur estimative des
dépenses nécessaires au règlement de tous les sinistres survenus et non
payés ... » (art. R. 331-6).
- Vie : «... provision mathématique : différence entre les valeurs ac-
tuelles des engagements respectivement pris par l'assureur et par les as-
surés ... )} (art. R. 331-3).

La différence est importante et sera illustrée par un exemple.


N est un assureur non-vie au chiffre d'affaires de 200 M€dont le bilan au
31/12/2000 comporte 400 M€ de provisions techniques (non escomptées)
et un montant de placements voisin :

Actif Passif

Placements 420 Capitaux propres 40

Divers 20 Provisions techniques 400

TOTAL 440 TOTAL 440

V est un assureur vie au chiffre d'affaires de 100 M€ dont le bilan au


31/12/2000 comporte 800 M€ de provisions techniques (escomptées au
taux d'intérêt technique i) et un montant de placements voisin:

Actif Passif

Placements 820 Capitaux propres 40

Divers 20 Provisions techniques 800

TOTAL 840 TOTAL 840

N comme Vont une marge de solvabilité légèrement supérieure au


minimum réglementaire, dont on supposera qu'il est de 32 11€ pour N et
de 32 M€pour V. Leurs provisions sont calculées correctement, celles de N
n'étant pas escomptées, celles de V étant escomptées à un taux considéré
comme prudent.
Chapitre 3 - Le cadre réglementaire 81

On suppose que le taux de rendement des placements de N comme


de V tombe, en 2001, 1 point au-dessous de ce qu'il était raisonnable de
considérer comme prudent au 31/12/2000.
- L'assureur non-vie N aura un manque à gagner sur les affaires sous-
crites en 2001 et pour lesquelles il n'aura pas relevé son tarif à temps: 1 %
des placements correspond pour lui à environ 2 % des primes, soit 4 M €,
soit 1/10 de ses capitaux propres. (Il ne constate pas de perte sur ses sous-
criptions passées car ses provisions techniques ne sont pas escomptées et
suffisent à payer les sinistres déjà garantis : le manque à gagner ne porte
que sur le tarif de l'an 2001.)
- L'assureur vie V aura peut-être lui aussi un manque à gagner sur les
affaires souscrites en 2001 et pour lesquelles il n'aura pas relevé son tarif
à temps, mais d'abord et surtout il devra constater un manque à gagner
sur les produits financiers sur lesquels il comptait pour remplir les engage-
ments souscrits avant le 31/12/2000. Les provisions mathématiques sont
de 8 fois le chiffre d'affaires : en première approximation, elles paraissent
avoir une durée moyenne de 8 ans et donc escompter 8 années de produits
financiers. V devra donc constater (par le biais du calcul de la provision
pour aléas financiers) un manque à gagner de l'ordre de 1 point d'intérêt
pendant 8 ans, représentant environ 8 % des provisions mathématiques,
soit 64 M€, donc supérieur à ses capitaux propres.

Nuances
La distinction que nous avons faite

en vie, engagements escomptés 1= en non-vie, engagements non escomptés

est trop simple pour être exacte dans tous ses détails.

La liste des provisions techniques non-vie (art. R. 331-6) comporte en effet,


• outre la valeur estimative des sinistres (et de la gestion) que l'assureur non-
vie est engagé à payer (provision pour sinistres à payer, provision pour primes
non acquises et risques en cours dont nous venons de parler) ;
• trois cas particuliers où ces valeurs estimatives de sinistres sont actualisées
comme en actuariat vie:
- provision mathématique des rentes ;
- provision pour risques croissants (maladie et invalidité) ;
- provision mathématique des réassurances.

Cette liste (R. 331-6) comporte aussi


• une provision d'inspiration différente: la provision pour égalisation (risques
dus à des éléments naturels, assurance-crédit ... ) ;
• des postes d'objet tout à fait différent, liés à la valeur ou au rendement des
placements que nous retrouverons plus loin :
- la réserve de capitalisation ;
- la provision pour risque d'exigibilité.
82 Assurance: comptabilité, réglementation, actuariat

Les engagements réglementés comportent, outre les provisions tech-


niques, des postes dont nous n'avons pas parlé car leur montant est généra-
lement marginal au regard de celui des provisions techniques :
- les dettes privilégiées (impôts, salariés ... ) ;
- les dépôts de garantie (des locataires ... ) ;
- la réserve pour amortissement des emprunts.

2. La représentation des engagements envers les assurés


«Les engagements réglementés mentionnés à l'article R. 331-1 doivent,
à toute époque, être représentés par des actifs équivalents» (art. R. 332-1).

Les engagements envers les assurés doivent être représentés (on dit en-
core couverts) par des actifs, essentiellement des placements, d'un montant
suffisant et évalués selon des règles précises (§ 2.1). Ces placements doi-
vent être sûrs, liquides, rentables (et dispersés) (§ 2.2). L'assureur détient
nécessairement des actifs, que nous appellerons des actifs techniques, qui
ne sont pas des placements (§ 2.3). Entre l'actif et le passif de l'assureur,
deux liaisons existent, la réserve de capitalisation et la provision pour
aléas financiers (§ 2.4).

2.1. Les placements et leur évaluation


2.1.1. La représentation des engagements réglementés
par des actifs équivalents
Ces actifs doivent
• être équivalents aux provisions brutes de réassurance ;
• être congruents en devises avec ces provisions, et localisés sur le ter-
ritoire d'un État de l'Union européenne.
Toutefois, les opérations réalisées en coassurance communautaire et les opéra-
tions réalisées en libre prestation de services, encore peu importantes, font ex-
ception.

• comporter des placements soumis à des règles


- de limitation (actions < 65 %, immeubles < 40 %, prêts < 10 %) ;
- de dispersion (5 % ou 10 % au plus par émetteur-emprunteur ou par
immeuble, ce plafond étant abaissé pour les titres non cotés et supprimé
pour les titres émis par un État de l'OCDE) ;
- et d'évaluation précises.
• Ils peuvent comporter en outre des actifs dits techniques (les créances
sur les intermédiaires, les assurés ... ), admis avec limitation.

2.1.2. Les placements sont évalués selon des règles précises


Les placements sont
• comptabilisés au coût historique, et non à la valeur de réalisation
(marked to market) ;
Chapitre 3 - Le cadre réglementaire 83

• évalués lors de l'inventaire en distinguant les placements obligataires,


qui ont une valeur de remboursement, et les autres placements qui n'en
ont pas. Ainsi,
- les placements en obligations (plus précisément, les valeurs mobilières
amortissables relevant de l'art. R. 332-19) voient leur évaluation comp-
table évoluer au cours du temps depuis le prix d'achat jusqu'à la valeur
de remboursement ;
- les placements en actions et immeubles (plus précisément, les place-
ments autres que les précédents, et relevant de l'article R. 332-20) font
l'objet d'une évaluation prudente découlant d'une comparaison entre la
valeur comptable globale VC de l'ensemble de ces placements et leur va-
leur de réalisation globale à la date t de l'inventaire V Rt.

Cette évaluation est prudente, c'est-à-dire que tout se passe comme si l'en-
semble de ces placements était évalué à inf (V C, V Rt) avec la modalité
suivante:
- si VC < V Rt, la valeur à l'actif reste VC ;
- si VC > V Rt, la valeur à l'actif reste VC, mais au passif est inscrite
une provision pour risque d'exigibilité égale à VC - VRt : l'actif net de passif
correspondant est VC - (VC - V Rt) = V Rt.

2.1.3. L'exception: les contrats en unités de compte


Dans le cas des contrats où la garantie est exprimée en unités de compte,
contrats pour lesquels le risque de placement est supporté par l'assuré,
- l'actif représentatif doit être constitué des unités en question, sans
règles de limitation;
- l'évolution de la valeur de l'unité de compte influence parallèlement
les engagements de l'assureur au passif et les actifs représentatifs (cf.
R. 332-5).

2.1.4. Actifs en coût historique, actifs en valeur de réalisation


Dans l 'U nion européenne, certains pays (dits ({ continentaux») compta-
bilisent ainsi leurs actifs au coût historique, comme le fait la France pour
les contrats qui ne sont pas en unités de compte, et d'autres (les îles Bri-
tanniques) à la valeur de marché ou de réalisation (marked to market).
Les directives demandent aux pays du premier groupe de publier la valeur
de réalisation des actifs pour permettre à l'information d'être comparable
à celle fournie par les pays du second groupe.
Nous verrons plus loin que la marge de solvabilité est calculée de façon
identique dans les deux catégories de pays.
Par ailleurs, l'IASC (International Accounting Standards Committee)
étudie la possibilité de développer un ensemble de normes internationales
et penche pour utiliser la fair value des actifs et des dettes: pour les actifs,
la fair value s'assimile à la valeur de marché.
84 Assurance: comptabilité, réglementation, actuariat

2.2. Des placements sûrs, liquides, rentables (et dispersés)


2.2.1. Les placements admis
Les placements admis en représentation figurent sur une liste limitative
(cf. R. 332-2), mais cette liste est longue. Elle comprend les obligations,
les titres de créances négociables, les actions, les immeubles, même d'ex-
ploitation, les prêts, les fonds déposés en banque, avec des adaptations et
des interprétations pour les pensions livrées, les BMTN par exemple.
On distingue mal ce que cette liste exclut, à part l'or, les tableaux et
le mobilier.

2.2.2. La règle de congruence


Une règle de congruence est posée (cf. R. 332-1), mais celle-ci est
souple (cf. R. 332-1-1). Ce sont seulement 80 % des actifs qui doivent être
congruents, c'est-à-dire dans la monnaie de l'engagement, et non 100 %.

2.2.3. Les règles de limitation


Les règles de limitation (cf. R. 332-3) sont peu contraignantes:
- plafond 1 : 65 % du total pour les actions (mais plafond 1 bis: 5 %
pour les actions non cotées) ;
- plafond 2 : 40 % pour les immeubles ;
- plafond 3 : 10 % pour les prêts;
- pas de plancher (autrefois existait un plancher, d'abord de 50 %
d'obligations du secteur public, puis de 34 % d'obligations cotées).
En résumé, ces règles ne contraignent aucun assureur prudent (sauf
peut-être 1 bis, le plafond des actions non cotées) : quel assureur voudrait
dépasser l'un de ces plafonds?
Les règles principales sont celles qui suivent : les règles de dispersion.

2.2.4. Les règles de dispersion


Les règles de dispersion sont, elles, fondamentales. Le dicton «il ne faut
pas mettre tous ses œufs dans le même panier)} se traduit ici par une règle
qui veut qu'en général la faillite d'une entreprise ou l'écroulement d'un
immeuble ne puisse pas coûter plus de 5 à 10 % des PT (cf. R. 332-3-1) :
5 ou 10 % est en effet le plafond
- pour l'ensemble des valeurs émises et des prêts obtenus par un même
organisme;
- pour un même immeuble (ou parts et actions d'une même société
immobilière) .
Le plafond précédent comRorte deux exceptions et des nuances :
- Il est ramené à 0,5 % pour un titre non coté;
- Il n'existe pas pour les valeurs émises par un État membre de
l'OCDE;
- Un titre de société d'assurance non coté est assimilé à un titre coté,
et limité à 50 % du capital de la société d'assurance;
- Il ne concerne pas les dépôts en banque.
Chapitre 3 - Le cadre réglementaire 85

2.3. Les actifs techniques et les garde-fous


Les engagements réglementés sont nécessairement représentés en partie
par des actifs dits techniques, inévitables (arriérés de primes ... ), qui ne
sont pas des placements.
Des garde-fous ont été posés par la réglementation pour empêcher que
des assureurs laissent se gonfler déraisonnablement le volume des actifs
techniques.
2.3.1. Limitation des arriérés de primes
Convient-il de réglementer les arriérés pour inciter les intermédiaires et
les assurés à reverser les primes dans des délais normaux ?
La réglementation française ne fait reposer aucune obligation sur l'in-
termédiaire: elle s'adresse uniquement à l'assureur. Il ne peut la respecter
s'il fait preuve de laxisme, à moins d'être suffisamment riche pour financer
les primes non encaissées depuis plus de 3 mois.
«Les primes non encaissées ou non émises peuvent ainsi représenter de
manière limitée les engagements envers les assurés, à condition d'être des
primes de trois mois de date au pl us» (art. R. 332-6 non-vie et 332-4 pour
la vie).

2.3.2. Limitation des créances sur le réassure ur


au montant garanti par lui
Comment surveiller la solvabilité des réassureurs, et surtout des réas-
sureurs étrangers?
Comme ci-dessus, la réglementation française fait pression sur l'assu-
reur, qui ne peut la respecter s'il est laxiste (à moins d'être riche).
Les créances sur les réassureurs ne sont admises que si elles sont assor-
ties d'une garantie: nantissements de titres, lettre de crédit.

2.3.3. Limitation des titres non cotés et des prêts non garantis
Cette limitation peut être utile à l'assureur pour résister à la demande
de ses clients ou de certains membres de son conseil d'administration.
Les titres non cotés ne sont admis qu'avec une limitation de 0,5 % du
total des placements (cf. R. 332-3-1), les prêts non assortis d'une caution
ou d'une garantie ne sont pas admis (cf. R. 332-13).

2.3.4. Nuances
Certains frais d'acquisition sont admis en représentation : l'option
comptable prise étant de majorer passif réel et actif d'un même montant
appelé frais d'acquisition, en non-vie comme en vie, il est justifié qu'un
actif conventionnel représente un passif conventionnel de même montant
(cf. R. 332-6 en non-vie, R. 332-35 en vie).
Recours: l'admission (limitée) de l'actif technique constitué en non-vie
par les recours à encaisser est une tolérance traditionnelle justifiée bien
que ces recours ne soient pas explicitement prévus par les textes.
86 Assurance: comptabilité, réglementation, actuariat

Transport et aviation : dans ces branches existent des nuances à ce


qui précède, les unes tenant à l'existence dans le passé de courtiers jurés
d'assurance maritime, officiers ministériels, les autres tenant à un recours
plus étendu à la réassurance internationale (cf. R. 332-7).

2.4. Gestion actif-passif et réglementation


2.4.1. Deux liaisons actif-passif
Si l'on excepte la liaison relative aux contrats en unités de compte (pour
lesquels l'engagement du passif et l'actif représentatif évoluent
comme l'unité de compte, l'assureur ne courant pas de risque de pla-
cement, car il est transféré sur l'assuré), on rencontre deux mécanismes
reliant l'évaluation des engagements et l'évaluation des actifs:
- en vie, la provision pour aléas financiers (PAF), qui vise à constater
l'insuffisance future de produits financiers au regard des hypothèses faites
dans le tarif ;
- en vie comme en non-vie, la réserve de capitalisation.

2.4.2. La provision pour aléas financiers en vie


(( Si lors de l'inventaire le taux de rendement réel des actifs d'une entre-
prise, diminué d'un cinquième, est inférieur au quotient du montant total
des intérêts techniques par le montant moyen des provisions mathéma-
tiques constituées ... }) (art. A. 331-2).

L'entreprise complète le montant des provisions (jusqu'au montant des


provisions mathématiques recalculées au taux de rendement réel des actifs,
diminué d'un cinquième).
Remarque
En non-vie, les règles d'évaluation des provisions ne supposent pas un
rendement de l'actif supérieur à 0, et une telle provision ne serait donc
pas justifiée.

2.4.3. La réserve de capitalisation, vie et non-vie


(( En cas de vente de valeurs évaluées conformément à l'article R. 332-
19, à l'exception des obligations à taux variable, des versements ou des
prélèvements sont effectués sur la réserve de capitalisation (de façon telle)
que le rendement actuariel des titres soit, après prélèvement ou versement,
égal à celui qui en était attendu lors de l'acquisition de ces mêmes titres})
(art. R. 333-1).
Cette réserve, ancienne, a deux justifications : son mécanisme
- vise à éviter que l'entreprise ne fasse des bénéfices distribuables en
ayant recours à la réalisation de plus-values obligataires au détriment des
produits financiers futurs ;
- accompagne l'absence de constatation des moins-values latentes obli-
gataires que permet l'art. R. 332-19.
Chapitre 3 - Le cadre réglementaire 87

Son objet est en partie similaire à celui de la provision pour aléas fi-
nanciers, et son mécanisme est à rapprocher de celui de cette dernière.

2.4.4. Les spécificités de la gestion actif-passif


Le respect des deux mécanismes précédents ne saurait suffire à assurer
une gestion actif-passif de qualité.
En assurance non-vie, la duration (voir annexe 1 du chapitre 1) du
passif peut être cernée par des moyens statistiques, ce qui est moins facile
en assurance vie. En non-vie en effet, le paiement des prestations est
- soit statistiquement régulier (auto, dommages corporels)
- soit plus aléatoire (incendie) ;
mais il est peu ou pas modifié par les décisions de l'assuré.

Aux problèmes d'aléas peuvent être trouvés des remèdes. Par exemple,
la réassurance peut jouer, outre son rôle dans la solvabilité, un rôle dans
la liquidité.
En assurance vie, au contraire, l'assuré dispose d'options dites cachées,
qu'il lèvera, comme toute option, dans des circonstances défavorables à
l'assureur: par exemple, des contrats dont le terme normal est de 8 ans:
- peuvent donner lieu à une prestation immédiate si l'assuré le décide ;
- peuvent souvent être prorogés si l'assuré le décide.

Or, l'assuré rationnel prendra une décision contraire aux intérêts de


l'assureur :
- L'assuré rationnel optera plus souvent pour le rachat en cours de
contrat si les taux d'intérêt ont monté depuis la souscription (car il peut
souscrire alors un meilleur placement), mais en ce cas, si les taux ont
monté, les placements obligataires de l'assureur sont en moins-value, et
l'assureur préférerait pour sa part poursuivre le contrat jusqu'au rembour-
sement des obligations.
- L'assuré rationnel optera plus souvent pour la prorogation à l'éché-
ance si les taux d'intérêt ont baissé (car il ne peut souscrire alors de
meilleur placement), mais si les taux ont baissé il peut être difficile à
l'assureur de faire désormais des placements suffisamment rentables, et
l'assureur préférerait pour sa part mettre fin au contrat.

Heureusement pour les assureurs, tous les assurés ne sont pas rationnels,
et surtout les règles fiscales incitent à ne pas effectuer de rachats en cours
de contrat.

2.4.5. Les nouveaux instruments financiers


Pour faire face aux spécificités de la gestion actif-passif évoquées ci-
dessus, les assureurs ont recours de plus en plus fréquemment aux nou-
veaux instruments financiers qui établissent des liaisons supplémentaires
entre l'actif et le passif.
88 Assurance: comptabilité, réglementation, actuariat

Il existe des difficultés d'adaptation de la réglementation à ces nouveaux


instruments financiers, tant la créativité est grande en la matière, et aussi
parce que cette créativité provient de pays qui n'ont pas les mêmes règles
comptables qu'en France. Mais l'exemple des pensions livrées montre
qu'une réglementation peut toujours être interprétée pour répondre à une
situation nouvelle.

2.4.6. Les produits dérivés


Pour se protéger contre les risques financiers, ou bien pour accroître le
rendement de leur actif, les assureurs peuvent être utilisateurs de produits
dérivés en liaison avec leurs actifs représentatifs.
Il existe des difficultés d'adaptation de la réglementation
- en matière comptable, du fait de l'évaluation de l'actif au coût his-
torique;
- en matière de règles de dispersion, car les produits dérivés utilisés par
les assureurs ne sont pas les produits négociés sur des marchés réglementés,
et nous avons vu les limitations apportées aux titres non cotés.

L'absence d'une réglementation spécifique à une pratique nouvelle est


usuelle: comme le montre l'exemple des pensions livrées, il convient alors
d'interpréter la réglementation existante.
La Commission européenne a souligné l'importance des règles de
contrôle interne, règles établies sous la responsabilité des dirigeants,. et
qui doivent être écrites.

2.4.7. Le cas des pensions livrées


Dans les opérations dites de pensions livrées, les assureurs donnent
des titres en pension moyennant des espèces; l'opération comporte un
engagement réciproque d'effectuer la transaction inverse.
Cette opération n'est pas explicitement prévue par la réglementation.
Une opération de pensions livrées est juridiquement une cession avec en-
gagement de transaction inverse, donc la représentation des engagements
s'entend
- après cession des titres (qui cessent de compter dans l'actif représen-
tatif) ;
- sans oublier qu'il faudra représenter les engagements à toute époque,
et en particulier après le rachat des titres.

2.4.8. Respect des règles et prudence


Dire qu'une gestion respecte les règles ne suffit pas à la qualifier de
prudente.
Par exemple, il n'y pas plus de réglementation détaillée des gaps de
trésorerie en vie que de réglementation détaillée de la réassurance en non-
vie.
Chapitre 3 - Le cadre réglementaire 89

En ces domaines, ce qui apparaît nécessaire, ce sont moins de nouvelles


règles mais une aptitude de chaque société à répondre à ces questions :
- Que se passera-t-il si les taux d'intérêt montent? Baissent?
- Que se passera-t-il si la valeur des actions baisse?

En apparence, ces questions sont simples, mais elles supposent une


étude qui ne se limite pas à l'actif et qui porte aussi sur les contrats ven-
dus : les réponses ne sont pas les mêmes pour les contrats en francs et les
contrats en unités de compte, pour les contrats aux règles de participation
aux bénéfices contraignantes et pour les autres ...
L'art. R. 331-1-2, introduit en application de la loi du 25 juin 1999
relative à l'épargne et à la sécurité financière, demande aux assureurs
d'être en permanence en mesure de répondre à de telles questions.

3. La marge de solvabilité
Le troisième pilier de la réglementation est l'exigence permanente d'un
actif réel supérieur au passif réel: en comptabilité, nous avons vu la situa-
tion nette comptable (SNC), à laquelle s'ajoutent les plus-values latentes
qui découlent des règles d'évaluation des placements adoptées pour donner
la marge de solvabilité (MS) (§ 3.1). En annexe 1 figure un complément
retraçant l'influence des réalisations de ces plus-values latentes sur la
marge.
La marge de solvabilité doit être supérieure à un minimum réglemen-
taire (§ 3.2), et c'est très largement le cas sur le marché français. La
simplicité de calcul de ce minimum permet de rappeler la portée et les
limites de la réglementation (§ 3.3).

3.1. Situation nette comptable et marge de solvabilité


3.1.1. La situation nette
Dans le chapitre 2, nous avons présenté la situation nette comptable:
SNC (ou Capitaux propres) = Actif réel (biens et créances) - Passif
réel (dettes et engagements).
La situation nette évolue au fil des exercices:
- Elle s'accroît si l'entreprise fait un bénéfice et que ce bénéfice n'est
pas entièrement distribué aux actionnaires (dans le cas d'une société com-
merci ale) , mais est mis en réserve.
- Elle diminue si l'entreprise fait une perte. Il est essentiel que, même
amputée d'une perte, la situation nette reste positive. Dans le cas
contraire, les biens et créances étant inférieurs aux dettes et engagements,
l'entreprise est insolvable.
La marge de solvabilité vise au même objet que la SNC, mais en cher-
chant à s'affranchir de la norme comptable: sa définition remonte au
début de l'harmonisation européenne en matière d'assurance, aux années
soixante-dix, et essaie en particulier de mettre sur un pied d'égalité
90 Assurance: comptabilité, réglementation, actuariat

- une société britannique comptabilisant son actif en valeur de réalisa-


tion ou marked to market, et dont les actifs ne recèlent donc en principe
aucune plus-value latente;
- et une société d'Europe continentale comptabilisant son actif en coût
historique, et dont les actifs recèlent en principe une plus-value latente.

En outre, il convient de tenir compte de l'aptitude qu'ont certaines


mutuelles d'assurances à effectuer un rappel de cotisations en redeman-
dant a posteriori un complément de prime lorsque l'exercice écoulé a été
déficitaire.

En première approximation :
MS = SNe + PVL + rappels de cotisations des mutuelles

En première approximation en France, la marge de solvabilité MS est


la somme
- de la situation nette comptable SNC ;
- de la plus-value latente PVL que comporte éventuellement l'ensemble
des placements (c'est-à-dire l'excédent de la valeur de réalisation de l'en-
semble des placements sur leur valeur comptable) ;
- des possibilités de rappel de cotisations spécifiques aux mutuelles à
cotisations variables.

Remarques
- La réglementation s'intéresse d'abord à la solvabilité telle que le bilan
cherche à la cerner (l'analyse des résultats passés complétant l'étude du
bilan afin de juger de l'équilibre de l'activité et de prévoir la solvabilité
future).
- Les analystes financiers s'intéressent d'abord, et parfois seulement,
au résultat.

3.1.2. Le calcul de la marge en France


Plus précisément, la marge de solvabilité (cf. R. 334-3 et R. 334-11) est
la somme
• de la SNC retraitée (c'est-à-dire Actif réel - Passif réel retraités),
soit:
- le capital versé (pour les sociétés anonymes) ou le fonds d'établisse-
ment remboursé (pour les sociétés d'assurances mutuelles) ;
- la moitié (seulement) du capital souscrit non versé (pour les sociétés
anonymes) ;
- évidemment, les réserves (et les bénéfices reportés, sans oublier de
déduire les pertes reportées) ;
- moins les actifs conventionnels que sont les frais d'établissement, les
actifs incorporels ;
• des plus-values latentes sur placements;
• et des rappels de cotisation.
Chapitre 3 - Le cadre réglementaire 91

En outre, certains emprunts sont comptés en partie ou totalement dans


la marge de solvabilité car ils augmentent la solvabilité envers les assurés:
- les emprunts subordonnés, pour toutes les sociétés (dans certaines
conditions) ;
- la fraction non remboursée de l'emprunt pour fonds d'établissement
d'une mutuelle (assimilée à la fraction non versée du capital d'une société
anonyme), les emprunts pour fonds social complémentaire des mutuelles.

3.1.3. Bénéfices futurs, plus-values latentes


et marge de solvabilité en assurance vie
La marge de solvabilité (destinée à ce que la société reste solvable même
dans des circonstances futures défavorables) ne doit pas être confondue
avec la valeur de la compagnie pour l'actionnaire actuel ou pour un ache-
teur (laquelle est fonction d'abord des bénéfices futurs envisageables dans
des circonstances normales).
Prenons l'exemple des plus-values latentes (qui comptent dans la marge
de solvabilité, sauf cas particulier) et des bénéfices futurs (qui ne comptent
pas dans la marge de solvabilité, sauf cas particulier).
Pourquoi compter les plus-values latentes des sociétés vie dans la marge
de solvabilité alors que, si elles sont réalisées, une grande partie devra être
distribuée aux assurés? Sauf exception, ces plus-values latentes ne sont
distribuables aux assurés après réalisation que si la compagnie fait des
bénéfices, et ces plus-values latentes peuvent donc être réalisées pour faire
face à des pertes.
À l'inverse, les directives européennes prévoient en assurance vie la prise
en compte de bénéfices futurs, mais il y a une sérieuse difficulté à concilier
les notions
- de bénéfices futurs, qui sont des bénéfices prévisibles dans des cir-
constances normales ;
- de marge de solvabilité, qui vise à garantir la solvabilité dans des cir-
constances défavorables (telles qu'une chute inattendue des indices bour-
siers).

Des bénéfices qui disparaissent dans des circonstances défavorables ne


peuvent servir à assurer la solvabilité de la société dans ces mêmes cir-
constances.

3.2. Le minimum réglementaire de marge


3.2.1. Le minimum de marge non-vie (cf. R. 334-5)
Le minimum réglementaire de marge vise à être croissant avec l'activité
de la société, en utilisant plusieurs critères de taille de l'activité: le chiffre
d'affaires, le montant des sinistres, et peut-être, dans un futur proche, les
provisions techniques.
92 Assurance: comptabilité, réglementation, actuariat

Ce minimum est le plus élevé (et non l'addition) des résultats suivants:
- l'un basé sur les primes (18 à 16 % des primes que multiplie un ratio
réducteur destiné à tenir compte de la réassurance) ;
- l'autre basé sur les sinistres (26 à 23 % des sinistres que multiplie un
ratio destiné à tenir compte de la réassurance) ;
- un troisième, en projet, sur les provisions techniques (un pourcen-
tage des provisions techniques pour les risques longs tels que l'assurance
construction) .

Le ratio diminuant le minimum de marge des sociétés réassurées est for-


faitaire: il s'agit du ratio sinistres payés dans le passé en net de cessions en
réassurance/sinistres payés en brut de cessions. Il présente l'inconvénient
de ne pas tenir compte de la protection en réassurance dont dispose l'as-
sureur aujourd'hui (mais de celle de l'année précédente), ni du type des
traités.

3.2.2. Impact du troisième minimum


Introduire un minimum en pourcentage d'un montant qui n'est pas
certain, mais évalué, celui des provisions techniques, inciterait-il la société
à diminuer ce poste ?
Prenons l'exemple de la société N bis, assureur non-vie au chiffre d'af-
faires de 200, dont le bilan au 31/12/2000 est le suivant:

Actif Passif

Placements 410 Capitaux propres 30


Divers 20 Provisions techniques 400
TOTAL 430 TOTAL 430

L'introduction d'un nouveau minimum (8 % des provisions techniques)


est-elle de nature à inciter N bis à baisser l'évaluation des provisions tech-
niques?
L'important n'est pas que N bis, dont la situation nette est de 30 M€,
ramène ses provisions de 400 à 360 M € afin de satisfaire le minimum de
marge en faissant passer celui-ci de 8 % x 400 = 32 à 8 % x 360 = 28,8 !
L'important est que si N bis ramène ses provisions de 400 à 360 l'vi € ,
sa situation nette passe de 430 - 400 = 30 à 430 - 360 = 70 et satisfait
probablement aisément à tous les minimums, qu'ils soient .exprimés en
pourcentage des provisions, des primes ou des sinistres.

3.2.3. Le minimum de marge vie (cf R. 334-13)


Au contraire du minimum non-vie, le minimum réglementaire de marge
vie distingue le risque lié aux garanties décès accordées par l'assureur
Chapitre 3 - Le cadre réglementaire 93

(reflété par les capitaux garantis en cas de décès) et l'ensemble des autres
risques de l'activité de l'assureur (activité reflétée par les provisions tech-
niques).
C'est l'addition de deux résultats:
- 4% des provisions (taux ramené à 1% si le risque de placement n'est
pas supporté par l'assureur mais qu'il est transféré à l'assuré) ;
- un pour millage, variable selon les contrats, des capitaux garantis en
cas de décès.

Un ratio, là encore, est destiné à tenir compte forfaitairement de la


réassurance.

3.2.4. Le montant de la marge en France


Les sociétés ont en permanence une marge de solvabilité très supérieure
au minimum réglementaire: dans leur ensemble, elles disposaient de 303 %
du minimum en non-vie et de 332 % du minimum en vie à fin 1997. En
effet, dès lors qu'une société risque de passer en dessous du minimum
réglementaire, elle doit prendre des mesures de redressement, soit de sa
propre initiative, soit sur injonction de la Commission de contrôle des
assurances.

3.3. Marge de solvabilité européenne


et norme de Risk Based Capital (RBC) des États-Unis
L 'U nion européenne préfère un calcul de minimum réglementaire simple
à une norme sophistiquée identifiant séparément les risques qu'encourt
l'assureur.
La norme de Risk Based Capital (RBC) des États-Unis peut apparaître
plus complète.
Elle distingue par exemple, en non-vie, des risques Ra, RI, ... , relatifs
aux filiales, aux autres placements, aux créances, aux provisions, à la sous-
tarification ... avec une formule du type

R J
= Ra + Ri + R~ + R~ + R~ + Rg
chacun des risques précédents étant subdivisé et des correctifs étant
apportés pour tenir compte des covariances.
Mais sa complexité même dissimule le fait que cette norme de situation
nette n'est pas une norme de calcul des provisions techniques. Or, le risque
essentiel de l'assurance non-vie est celui d'un montant involontairement
ou volontairement insuffisant de provisions techniques.
Pour reprendre l'exemple ci-dessus, l'assureur N bis, s'il ramène ses
provisions de 400 à 360 M €, non seulement fait passer ses fonds propres de
30 à 70 M €, mais aussi diminue paradoxalement le minimum réglementaire
de RBC en faisant apparaître une grande capacité bénéficiaire, puisqu'il
fera un bénéfice apparent de 40 M€.
94 Assurance: comptabilité, réglementation, actuariat

Le calcul RBC et son apparente précision paraissent inutiles pour le


simple garde-fou qu'est le minimum réglementaire, qui n'est pas le mon-
tant de marge avec lequel il est raisonnable d'opérer mais le minimum en
dessous duquel nul ne peut opérer.
Ceci n'empêche pas le calcul RBC d'être utile pour les décisions internes
à l'entreprise (le résultat du responsable d'une branche peut être rapporté
à un capital alloué à la branche).

4. Portée et limites de la réglementation

Ce qui précède amène à quelques remarques sur l'esprit, la portée et


les limites de la réglementation française actuelle.

4.1. Trois principes... et des détails


Nous l'avons vu, la réglementation française s'articule autour de trois
principes essentiels. Ces principes sont simples, même si les nombreux
détails que comporte la réglementation peuvent faire penser le contraire !

4.1.1. Premier principe : des provisions techniques suffisantes


« Les engagements réglementés dont les entreprises mentionnées à l'ar-
ticle L 310-1 doivent, à toute époque, être en mesure de justifier l'évalua-
tion sont les suivants :
10 les provisions techniques suffisantes pour le règlement intégral de
leurs engagements vis-à-vis des assurés ou bénéficiaires de contrats ... »
(art. R. 331-1).

Exemple de détail: le calcul de l'âge du rentier en assurance non-vie:


«Pour le calcul de la provision mathématique, la date de naissance du rentier
est reportée au 31 décembre le plus voisin ... » (art. A. 331-12).
Cet exemple est clair: on comprend qu'un problème de calcul se pose car
les tables de mortalité réglementaires ne comportent que des âges entiers, et le
31 décembre, la plupart des rentiers ont un âge non entier! La réglementation
retient ici une des approximations envisageables.
Mais il ne va pas de soi que la réglementation doive régler de tels détails :
d'ailleurs, si elle tranche ici le cas des rentiers de l'assurance non-vie, elle ne
traite pas le cas, pourtant voisin, des rentiers de l'assurance vie.

4.1.2. Deuxième principe: des provisions techniques représentées


par des actifs d'un montant équivalent (et d'une certaine qualité)
«Les engagements réglementés mentionnés à l'article R. 331-1 doi-
vent, à toute époque, être représentés par des actifs équivalents ... » (art.
R. 332-1).
Chapitre 3 - Le cadre réglementaire 95

Exemple de détail: les frais d'acquisition reportés.


«La provision pour primes non acquises constituée au titre d'un contrat par
une entreprise pratiquant les opérations mentionnées au 2° ou au 3° de l'article
L 310-1 peut être représentée, jusqu'à concurrence de 25 % de son montant, par
les frais d'acquisition reportés au titre de ce contrat, nets des commissions des
réassureurs reportées au titre de ce même contrat ... » (art. R. 332-6).
Cet exemple est pratiquement incompréhensible pour un non-initié. La régle-
mentation semble aller dans le sens du laxisme, et admettre un actif conven-
tionnel (les frais d'acquisition de contrats) en représentation des engagements
envers les assurés.
En réalité, cette règle découle du fait que le plan comptable actuel a choisi,
pour des raisons d 'harmonisation européenne, de faire figurer certains frais
d'acquisition des contrats parmi les actifs, et de majorer les engagements du
même montant pour ne pas fausser la situation nette. Il est donc logique d'ad-
mettre cet actif en représentation de l'engagement correspondant: l'actif est
certes conventionnel, mais l'engagement l'est aussi.
Le même problème se pose en assurance vie, avec la même solution.

4.1.3. Troisième principe: l'assureur doit être et rester solvable


« Lorsque la situation financière d'une entreprise soumise au contrôle
de l'État en vertu de l'article L 310-1 est telle que les intérêts des assurés
et bénéficiaires des contrats sont compromis ou susceptibles de l'être, la
Commission de contrôle des assurances prend les mesures d'urgence néces-
saires à la sauvegarde de l'intérêt des assurés ... » (art. L. 323-1-1).
Exemple de détail : le calcul du minimum de marge réglementaire.
«Le montant des primes obtenu est réparti en deux tranches, respectivement
inférieure et supérieure à 10 millions d'unités de compte ... À 18 % de la première
tranche sont ajoutés 16 % de la seconde. »
L'aléa sur le résultat décroît certes en fonction du chiffre d'affaires, ce qui
explique la dégressivité précédente (mais l'incertitude de tarification, non !).
Mais quelque détaillé que soit le calcul du minimum réglementaire de marge
de solvabilité, il ne faut pas perdre de vue que l'essentiel n'est pas l'applica-
tion d'un minimum réglementaire à une date passée (ratio simple de marge
européenne ou ratio compliqué du «Risk Based Capital» américain) : l'essentiel
est que l'assureur soit actuellement solvable et le reste dans le futur.

4.2. Des règles à respecter à toute époque


Les règles ne sont pas à respecter seulement lors de l'arrêté des comptes
du 31/12 dernier, mais aussi aujourd'hui et dans l'avenir tel qu'on peut
l'envisager :
- d'abord sous les hypothèses les plus probables;
- mais aussi sous des hypothèses alternatives défavorables.
De la même façon, un automobiliste doit conduire prudemment non
seulement devant les radars de la maréchaussée, mais aussi ailleurs, et
ceci en permanence.
96 Assurance: comptabilité, réglementation, actuariat

4.3. Des règles interprétables et souvent utiles à l'assureur


Nous avons vu un exemple d'interprétation dans le cas des pensions
livrées, et un exemple de leur rôle de garde-fous dans le cas de la contrainte
exercée sur l'assureur pour qu'il ne laisse pas trop de primes arriérées chez
les intermédiaires, à moins qu'il ne soit riche.

4.4. Des règles nécessaires mais non suffisantes


Dire qu'un assureur observe tous les articles de détail de la réglemen-
tation ne suffit pas à dire qu'il est suffisamment prudent: par exemple,
rien n'indique explicitement qu'un assureur doive être réassuré (la prise en
compte de protection en réassurance n'intervient que par un ratio, ratio
indifférent, par exemple, au type du traité, stop-loss ou quote-part).
Or, tout assureur est susceptible de garantir des sinistres (incendie
d'une raffinerie, automobile faisant dérailler un train) dont la valeur
dépasse largement ses capitaux propres, et un assureur qui garantit un
sinistre qu'il ne pourrait payer que très partiellement commet une très
lourde faute professionnelle, et ne remplit plus son rôle d'assureur.
D'une manière générale, la réglementation ne règle pas tout et laisse
une large part de responsabilité à l'entreprise.
Le risque de faillite de l'assureur ne peut donc pas être exclu. En France,
entre 1990 et 1999, une société d'assurance vie et onze sociétés d'assurance
non-vie ont été liquidées. La question qui se pose alors est de savoir s'il
reste assez d'argent dans les caisses de l'assureur pour payer les assurés.
Ce n'est pas toujours le cas. En effet, les assurés passent après l'État et les
salariés dans l'ordre des créanciers privilégiés. De plusJa part des salariés
est en général sous-estimée par la réglementation, qui ne prévoit que les
charges sociales nécessaires à la poursuite de l'exploitation et non à son
arrêt. En outre, la liquidation d'une entreprise coûte souvent plus cher
que prévu (frais de liquidation, créances non honorées ... ). C'est pour ces
raisons qu'ont été créés des fonds de garantie.

Annexes

Annexe 1. Les plus-values latentes


1.1. Réalisation de plus-values latentes et marge de solvabilité
Dans le calcul de la marge de solvabilité MS, les plus-values latentes
PV L s'ajoutent à la situation nette comptable SNC :

MS = SNC+PVL
Pour un actif ou un groupe d'actifs, la plus-value latente est définie
par:
PV L = valeur de réalisation - valeur comptable
Chapitre 3 - Le cadre réglementaire 97

Il convient de distinguer, dans l'ensemble des placements :


- les obligations (plus précisément les placements en valeurs amortis-
sables de l'art. R. 332-19) ;
- les actions et immeubles (plus précisément les placements en valeurs
non amortissables de l'art. R. 332-20).

En effet:
• La plus-value latente PV L( 0) sur l'ensemble des obligations est algé-
brique (si PV L( 0) < 0, on parle de moins-value latente sur les obliga-
tions) ;
• La plus value latente PV L(A + 1) sur l'ensemble des actions et im-
meubles est au contraire toujours positive: pour l'ensemble des actions et
immeubles, tout se passe comme si la valeur comptable VC était égale à :

inf (valeur de réalisation V R, valeur d'acquisition V A)

car
- si pour l'ensemble des actions et immeubles, V R > V A,
alors la valeur comptable est VC = V A et il existe une plus-value latente
VR-VA;
- si pour l'ensemble des actions et immeubles V R < V A,

alors V A - V R est porté au passif sous le nom de Provision pour Risque


d'Exigibilité, et la valeur comptable de l'actif nette de la provision du
passif devient V A - (V A - V R) = V R.
On peut donc distinguer 3 cas :
- Si
PVL(O) > 0
alors
PVL = PVL(A + 1) + PVL(O) > 0
et
AlS=SNC+PVL
- Si
PVL(O) < 0
et
PVL = PVL(A + 1) + PVL(O) > 0
alors de même
AlS=SNC+PVL
- Si
PVL(O) < 0
et
PVL = PVL(A + 1) + PVL(O) < 0
alors on considère actuellement que A1S = SNC, ce qui peut paraître
discutable.
98 Assurance: comptabilité, réglementation, actuariat

1.2. Comment les réalisations de plus-values


influent-elles sur le résultat ?
Le résultat est plus à la discrétion de l'assureur que ne l'est la marge.
En effet, en première approximation,
- un aller-retour sur des actions en plus-value latente améliore le résul-
tat ;
- un aller-retour sur des actions en moins-value latente ampute le résul-
tat.

Dans les deux cas la marge demeure inchangée.


Ceci est vrai en première approximation, c'est-à-dire si la réalisation
d'une plus-value latente augmente le résultat du même montant qu'elle
ampute la plus-value latente (ce qui suppose que les cours ne sont pas vo-
latils, que l'on peut négliger la fiscalité, que l'on peut ne pas tenir compte
des éventuelles clauses de participation des assurés vie aux bénéfices).
Pour les opérations sur les obligations, il faut tenir compte du méca-
nisme de la réserve de capitalisation, qui tend à annuler l'effet d'un aller-
retour.

1.3. Exemple d'influence sur le bénéfice comptable


des plus-values de cessions
1.3.1. Notations et hypothèses
À la date t, la marge de solvabilité M St est égale à la situation nette
comptable SNCt augmentée des plus-values latentes PV Lt :
A1St = SNCt + PVL t
Si R est le résultat de la période (t, t + 1),

M St+ 1 = M St + R + .6.PV L où .6.PV L = PV Lt+ 1 - PV Lt


du moins dans le cas le plus fréquent où PV Lt+l et PV Lt sont toutes
deux positives.
On suppose qu'une réalisation de plus-value ampute la plus-value la-
tente et augmente le résultat de l'exercice du même montant.
a) S'il n'y a pas eu de cession d'éléments d'actif au cours de
l'exercice,
A1St +1 = MSt + R + .6.PVL
b) S'il y a eu réalisation d'une plus-value sur actions de 1 M€,
résultat et donc situation nette comptable augmentent de 111€, la plus-
value latente baisse de 1 M €

R'=R+1
donc
Chapitre 3 - Le cadre réglementaire 99

~PVL' = ~PVL-1
donc
M S;+l = M St + R + 1 + ~PV L - 1
soit
M S;+l = M St+1
c) S'il y a eu réalisation d'une plus-value sur obligations de
1 M€, la plus-value de cession dote la réserve de capitalisation, le résultat
ne change pas, la situation nette comptable augmente de la dotation à la
réserve de capitalisation, la plus-value latente baisse de 1 M€
R' = R +1- ~RC = R +1- 1 = R
SNC;+l = SNCt+1 + ~RC
~PVL' = ~PVL-1

donc
M S;+l = M St + R + 1 + ~PV L - 1
MS;+l = MSt +1
d) S'il Y a eu réalisation d'une plus-value sur immeuble de
1 M €, on se retrouve dans le cas des actions en b), sauf qu'il est plus
théorique alors de négliger la fiscalité.
e) S'il y a eu réalisation d'une moins-value sur actions de 1 M€,
on peut remplacer 1 M€ par - 1 M€ dans ce qui précède en b).
f) S'il Y a eu réalisation d'une moins-value sur obligations de
1 M €, on peut remplacer 1 :rvl € par - 1 M € dans ce qui précède en b)
à condition que RCt > 1, car la réserve de capitalisation ne peut devenir
négative.

Annexe 2. Marge de solvabilité, actif net réévalué,


embedded value, appraisal value et fair value
La différence entre la marge de solvabilité et les autres concepts permet
de mieux comprendre la marge.
Nous avons vu que la marge de solvabilité comporte essentiellement
- une situation nette comptable;
- l'ensemble des plus-values latentes sur placements;
- (et il est tenu compte, pour les mutuelles pouvant faire des rappels
de cotisations, de cette possibilité).

Elle est là pour faire face aux aléas de l'activité d'assurance et a donc
vocation à se distinguer des notions cherchant à cerner la valeur de la
compagnie. En particulier elle comporte
- plus de plus-values latentes;
- moins de bénéfices futurs.
100 Assurance : comptabilité, réglementation, actuariat

La situation nette comptable est l'excédent de l'actif réel (biens et


créances) sur le passif réel (dettes et engagements).
Elle dépend étroitement des règles d'évaluation de l'actif et des règles
d'estimation du passif applicables.
Les règles exposées en 2 se résument schématiquement en disant :
- Les actifs sont évalués au coût historique.
- Les engagements sont évalués de manière prudente.

L'actif net réévalué corrige la situation nette comptable, en particulier


en y ajoutant la partie des plus-values latentes qui reviendrait à l'ac-
tionnaire en cas de réalisation de ces plus-values: s'en déduisent donc
les impôts et les participations des assurés aux bénéfices auxquelles ces
plus-values donneraient lieu.
En revanche, la marge de solvabilité a vocation à comporter toutes les
plus-values latentes qui permettraient de faire face à des pertes (et qui en
ce cas ne seraient pas amputées par des impôts ou des participations aux
bénéfices.
L'embedded value, l'appraisal value ajoutent à l'actif net réévalué une
valeur actuelle des bénéfices qui seront dégagés respectivement par les
contrats existants, et par les affaires nouvelles que l'entreprise saura déve-
lopper.
Ces bénéfices futurs normalement prévisibles, qu'un éventuel acquéreur
de la compagnie doit en principe payer, ne sauraient a priori servir de
marge de solvabilité pour faire face aux difficultés découlant de circons-
tances défavorables.

2.1. Fair value des actifs et des passifs


La fair value d'un actif ou d'une dette est définie comme valeur à la-
quelle cet actif ou cette dette pourraient faire l'objet d'une transaction
entre deux parties informées et motivées, dans une transaction en face à
face.
Il n'y a pas de traduction française du terme fair value: valeur de
transaction selon la définition donnée.
Pour les actifs, la fair value s'assimile à la valeur de marché.
Pour les passifs, en théorie, rien n'empêche de remplacer une provision
prudente par une provision fair value à laquelle s'ajouterait une provision
for adverse deviations (provision pour circonstances défavorables).
Mais les transactions sur les provisions techniques sont trop rares pour
servir de référence.
On peut penser à construire une fair value théorique, qui sera basée sur
le best estimate, un montant qui se révélera suffisant 50 fois sur 100 et
insuffisant 50 fois sur 100. Mais, faute d'expérience, ce montant n'est en
général pas connu. Empruntons une image à la conduite automobile : je
sais que 50 km/h est une vitesse prudente pour prendre ce virage, mais
faute d'expérience je ne sais pas quelle est la vitesse à laquelle je resterai
sur la route 50 fois sur 100 et sortirai de la route 50 fois sur 100.
Chapitre 3 - Le cadre réglementaire 101

Annexe 3. Exercices
3.1. Exercice 1. Non-vie
Les comptes provisoires d'une société d'assurance non-vie sont résumés
ainsi (les montants sont en millions d'euros)

BILAN au 31 décembre 1999

Valeurs immobilisées nettes 239,82 Fonds propres 116,62


Résultat de l'exercice (+/-) ?
Provisions des réassureurs 11,85 Provisions techniques 165,35
Créances sur ass. et agents 5,17 Dettes envers ass. et agents 0,00
Banques 0,77 Autres dettes à court terme 7,54
Autres actifs 22,29

TOTAL ? TOTAL ?

COMPTE DE RÉSULTAT 1999

Primes 497,18
(Variation des) PNA (-) 2,03
Primes acquises (=) 495,15
Produits des placements ( +) 9,46
Prestations et frais payés (-) 372,00
(Variation des) Provisions pour sinistres (-) 15,81
Charge des sinistres (= -) 388,71
Frais d'acquisition (-) 41,44
Frais d'administration (-) 78,25
Solde de réassurance (+ -) - 7,48
Divers (+ -) 1,66

Résultat de l'exercice (=) ?

1. Calculer les valeurs provisoires du Résultat (R) de l'exercice 99 et


de la situation nette (SN) au 31 décembre 1999.
2. Le service technique vous communique son évaluation définitive des
provisions techniques, qui est de 30 M € plus élevée que la provisoire. Cal-
culer le montant définitif du résultat et de la situation nette en supposant
que l'information ci-dessus ne modifie pas les comptes des réassureurs.
3. Le service financier vous communique les valeurs de réalisation des
placements :
102 Assurance: comptabilité, réglementation, actuariat

(en M€)

VENTILATION DES PLACEMENTS PAR NATURE

Prix d'achat Valeur de réalisation

Valeurs mobilières:
- Obligations 49,95 48,03
- Actions 126,89 138,64
- Immeubles 56,87 67,49

TOTAL 233,71 254,16

Calculer la marge de solvabilité (MS) de l'assureur et indiquer si cette


marge est supérieure au minimum réglementaire (M R).
4. Le service immobilier reçoit une expertise dépréciant de 40 % les
valeurs de réalisation des immeubles. De quelle manière les résultats des
questions qui précèdent sont-ils modifiés ?
5. Dans quelle mesure pourrait-on faire baisser le niveau de marge de
solvabilité minimale en se réassurant ?

Réponses
1.
RI = actifs - dettes et fonds propres = -9,61
C'est une perte.

On vérifie que l'on a aussi (par construction comptable) :


RI = ressources - charges = -9,61

SNI = fonds propres - perte de l'exercice = 107,01


2.
R2 = RI - 30 = -39,61
Le résultat définitif est une perte plus importante.

SN2 = SNI - 30 = 77,01


3.
MS = SN2 + plus-values latentes = 97,46
MR ~ 497, 18 x 16 % = 79,55
(Calcul approximatif car il néglige notamment la faible correction pour
réassurance. )
MS>MR
donc la société respecterait la norme réglementaire de marge de solvabilité.

67,49 x 40 % = 27
Chapitre 3 - Le cadre réglementaire 103

Les plus-values sur placements autres qu'obligations deviennent des


moins-values:
(67,49 + 138,64) - (126,89 + 56,87) - 27 = -4,63
4,63 est à enregistrer en provision (pour risque d'exigibilité des engage-
ments techniques).

Le résultat de l'exercice devient:


R3 = -44,24
et la situation nette:
SN3 = 72,38
Remarque
Si la société considère que la dépréciation a un caractère durable, elle
doit enregistrer une provision de 27 (au lieu de 4,63) sous un libellé de
dépréciation durable d'actifs.
Dans tous les cas de figure, la marge de solvabilité constituée (MS)
devient inférieure au minimum réglementaire: la société ne respecte plus
la norme de solvabilité.
5. Dans la limite de 50 %, ce qui dans cet exemple suffirait largement.
Toutefois la réassurance a un coût.

3.2. Exercice 2 (vie)


Analyser la solvabilité d'une société d'assurance vie qui présente les
caractéristiques suivantes :
Le chiffre d'affaires du dernier exercice, 100 "tvl€, comprend 95 M€ de
bons de capitalisation et 5 M € correspondant à un seul contrat groupe
décès, à échéance annuelle du 1er juillet, et qui garantit un capital de
1 M€ sur chaque tête d'un groupe de 1 000 adhérents.

BILAN au 31 décembre 1999

Valeurs immobilisées nettes 263 Fonds propres 15


Résultat de l'exercice -2
Créances sur assurés et agents 4 Provisions techniques 251
Autres actifs 19 Dettes envers assurés et agents 2
Autres dettes à court terme 20

TOTAL 286 TOTAL 286

Plus-values latentes sur placements: 23 M€.

Réponse
Le minimum réglementaire de marge (M R) est la somme de 4 % des
provisions techniques (soit la M€) et de 1 pour mille des capitaux sous
risque.
104 Assurance : comptabilité, réglementation, actuariat

Le capital sous risque, différence entre le montant garanti en cas de


décès et la provision mathématique du contrat, est dans ce cas particu-
lier approximativement égal aux garanties du contrat groupe décès, car
la provision mathématique d'une garantie temporaire décès a une valeur
numérique très faible (voir chapitre 6).
Au total:
MR=10+1=11M€
La marge de solvabilité constituée est :

MS = fonds propres - perte de l'exercice + plus-values latentes = 36 M€

L'appréciation de la situation financière de la société ne saurait se limi-


ter au seul respect formel de la norme réglementaire minimum MS> M R,
mais doit aussi prendre en compte notamment le libellé des clauses de
participation (des assurés) aux bénéfices, dans la mesure où elles sont
susceptibles d'induire des contraintes sur les possibilités d'utilisation des
plus-values latentes.
Enfin, il est souhaitable que la société réassure le contrat groupe décès
(voir chapitre 4).
Chapitre 4

LE MODÈLE SIMPLE
DE L'ASSURANCE

{( Tout ce qui est simple est faux, tout ce qui est com-
pliqué est inutilisable», Paul Valéry.
Avant d'aborder le modèle complet (et complexe) de l'assurance au
chapitre 5, nous allons commencer par étudier un modèle simple.

Les hypothèses du modèle


Le contrat modélisé a une durée annuelle. Il a été souscrit par na assurés
individuels ou, ce qui revient presque au même pour l'actuaire, par une
personne morale au profit de na adhérents dans le cadre d'une assurance
de groupe.
Pour chaque assuré i (i = 1, ... , na), le contrat garantit, en échange
du paiement d'une prime commerciale 7r~', le versement d'une prestation
Xi en cas de sinistre(s) dans l'année.
Tous les risques assurés sont de même nature. Ils sont même supposés
identiques et indépendants (ou à défaut homogènes et peu dépendants).

Pourquoi ces hypothèses ?


Grâce à ces hypothèses, nous allons pouvoir exposer avec simplicité
les différents mécanismes de l'assurance à court terme (ici un an). Nous
éviterons ainsi d'introduire de trop lourdes notations actuarielles, et nous
pourrons analyser plus facilement les conséquences de la présence d'aléas
sur les résultats de l'assureur.
En outre, le modèle que nous étudierons correspond à un contrat réel :
l'assurance temporaire décès d'un an.
Toutefois, par moment, nous nous éloignerons des hypothèses du
modèle. Nous verrons ainsi ce que deviennent les résultats de l'assureur
lorsqu'elles ne sont plus vérifiées.
106 Assurance: comptabilité, réglementation, actuariat

Dans le cadre de ce modèle particulièrement simple, nous commen-


cerons par voir que, même si le risque est correctement tarifé, l'assureur
s'expose à un risque de perte, voire, plus grave, à un risque de ruine (§ 1.).
Cette situation empire si la tarification n'a pas été maîtrisée (§ 2.). Une
fois la tarification effectuée, les premiers résultats apparaissent et doivent
parfois déclencher une modification du tarif (§ 3.).
Le cas particulier de l'assurance temporaire décès d'un an nous servira
de fil d'Ariane en permettant d'effectuer des applications numériques très
parlantes.

1. Aléa et résultat de l'assureur


Dans cette première section, l'assureur sera supposé connaître ex ante
l'espérance E(Xi ) de la charge aléatoire annuelle de prestations Xi relative
à chaque assuré i (ou risque i). Cette connaissance lui permet de faire
payer à chaque assuré i une prime pure 'Tri correspondant exactement à
cette espérance E(Xi ), majorée de chargements destinés à lui permettre
de payer ses frais de gestion et d'espérer un bénéfice.

E(Xi ) = 'Tri est un montant supposé connu dans cette section 1.

Au début de la période d'assurance, l'assureur encaisse na primes com-


na na
merciales de montant total L 'Tr~/. Il dispose donc de L 'Tr~' pour payer les
i=l i=l
prestations des sinistres qui surviendront en cours d'exercice, et sa gestion.
Ces prestations ne sont pas connues à l'avance. Elles sont aléatoires. Pour
savoir s'il pourra payer ces prestations et prévoir le résultat de l'exercice,
l'assureur doit prévoir avant le début de la période d'assurance la charge
totale des prestations
na

LXi= LXi
i=l

Une fois cette preVISIOn effectuée, l'assureur doit chercher comment


rendre pratiquement impossible, sinon l'éventualité d'une perte, du moins
l'éventualité de sa ruine.
Dans le cadre de risques identiques et indépendants, nous allons com-
mencer par exposer un exemple numérique de référence que nous poursui-
vrons tout au long de ce chapitre (§ 1.1), avant de montrer comment les
risques de perte et de ruine peuvent être mesurés en utilisant le coefficient
de sécurité (3 (§ 1.2). Ces premiers acquis seront utilisés dans le cadre
particulier de l'assurance temporaire décès (§ 1.3). Puis nous verrons que
la réassurance peut de manière générale faire diminuer le risque de ruine
(§ 1.4). Nous indiquons en annexe 1 comment généraliser ces résultats aux
risques non strictement identiques et non strictement indépendants.
Chapitre 4 - Le modèle simple de l'assurance 107

1.1. Exemple numérique de référence


1.1.1. Modélisation du résultat sans frais de gestion
et sans produits financiers
Reprenons l'exemple du chapitre 1, § 5.1 d'un contrat d'assurance qui
garantit le versement d'un capital de c = 100 000 € en cas de décès et
qui a été souscrit par na = 10 000 assurés, chacun d'entre eux ayant une
probabilité q = 1 % de décéder dans l'année.
Nous allons d'abord étudier le résultat en faisant abstraction des frais
de gestion et des produits financiers, la prime étant provisoirement de
1 050 €.
Le nombre de décès dans l'année est une variable aléatoire Nd d'espé-
rance naq = 100 et d'écart-type 10.
Soit Rna' le résultat aléatoire de l'assureur. Rna est la différence entre
les primes connues et les prestations aléatoires. Rna est aléatoire car il
dépend du nombre de décès Nd.

Rna = n a 7r - CNd = 10 000 X 1 050 - 100 000 X Nd

avec

E(RnJ = n a7r - cnaq = 10 500 000 - 10 000 000 = 500 000 €

et

1.1.2. Afodélisation du résultat


en prenant en compte des frais de gestion et des produits financiers
La prime commerciale est cette fois de 1 400 €. Nous intégrons main-
tenant dans notre modélisation des frais de gestion (Fe) nécessaires au
fonctionnement de l'entreprise et des produits financiers (PF) provenant
des placements. Le résultat de l'assureur Rna est la différence entre d'une
part la somme des na primes commerciales 7r" et des produits financiers
P F, et d'autre part la somme des Nd prestations de montant c et des frais
de gestion Fe :

Rna = n a 7r" + PF - CNd - Fe = 14000000 + PF - 100 OOONd - Fe

Supposons que les frais de gestion diminués des produits financiers


représentent un quart de chaque prime commerciale.

Fe - PF = 25 % X n a 7r" = 3 500 000 €

Le résultat de l'assureur se réécrit comme suit:

Rna = 14 000 000 - 3 500000 - 100 000 X Nd


108 Assurance: comptabilité, réglementation, actuariat

avec
E(RnJ = 10 500000 - 100 000 X E(Nd )
= 10 500 000 - 10 000 000 = 500 000 €

L'écart-type du résultat est indépendant des produits financiers et des


frais de gestion. Il est important par rapport à l'espérance du résultat.

1.2. Étude générale


L'assureur a principalement comme produits les na primes versées par
les assurés L7r~'. Il a principalement comme charges les prestations éven-
tuellement versées aux assurés E Xi et les frais de gestion nets de produits
financiers F N G. Son résultat Rna est la différence entre ces produits et
ces charges.
Un comptable écrira plutôt en colonne (en supposant que le lecteur sait
si un montant s'ajoute aux précédents ou s'en retranche !) :

Compte de résultat Signe implicite Notation actuarielle

Primes (+) 1: 'Tri"


Sinistres (-) EXi
Frais (-) FNG
Résultat (±) Rna

Un actuaire écrira plutôt sur une ligne

Passons successivement en revue chacun des termes de l'équation précé-


dente, en commençant par les sinistres.

1.2.1. La charge de prestations des na risques


Pour chaque assuré i = 1, ... , na, la charge annuelle de sinistres Xi
est une variable aléatoire. Elle a pour espérance E(Xi ) et pour écart-type
a(Xi ).
Les na risques étant supposés identiques et indépendants, on a :

Vi = 1, ... , na E(Xi ) = E(X) et a(Xi ) = a(X)

ce qui permet d'écrire:


Chapitre 4 - Le modèle simple de l'assurance 109

Pour l'assureur, la charge annuelle totale de sinistres L


Xi a donc
pour espérance naE(X) et pour écart-type ~a(X).
Quelle que soit la loi de Xi, le théorème de la limite centrale permet
d'affirmer que la loi de

ou, ce qui revient au même

tend vers une loi normale centrée et réduite lorsque na tend vers l'infini.

UI:.Xi suit approximativement une loi normale centrée et réduite. De


ce fait, il y a 99,9 % de chances que:

IUI:.Xil < 3,3


II:.Xi - E(I:.Xi)1 < 3,3a(I:.Xi )
II:.Xi - naE(X)1 < 3, 3~a(X)
Ou encore, en notant la l'incertitude absolue et Ir l'incertitude relative,

Ia(I:.Xi ) = II:.Xi - naE(X)1 < 3, 3~a(X)


II:.Xi- naE(X)1 a(X)
Ir(I:.Xd = naE(X) < 3,3 E(X)~

Questions
a. Lorsqu'on prévoit que I:.Xi vaudra environ naE(X), comment varie
l'incertitude en fonction du nombre na des assurés? Comment s'accroît-
elle lorsque le nombre des assurés passe de na à n~ = 100 X na ?
b. Vaut-il mieux étudier l'incertitude absolue ou l'incertitude relative?

Indications de réponse
a. L'incertitude absolue, mesurée par a (I:.Xd , soit ~a(X), varie
comme ~ et l'incertitude relative, mesurée par a(I:.Xd/ E(I:.Xi ) , soit
1 a(X). 1
~ E(X)' vane comme vn;' En d'autres termes, lorsque le nombre
d'assurés est multiplié par 100, l'incertitude absolue est multipliée par 10
seulement, l'incertitude relative est quant à elle divisée par 10. Ce qui
précède est la traduction de la loi des grands nombres.
b. Lorsqu'on prévoit que I:.Xi sera «environ» naE(X), l'incertitude
relative a(I:.Xi )/ E(I:.Xi ) est plus intéressante que l'incertitude absolue
a(EXi ), car c'est en proportion du chiffre d'affaires que s'apprécient les
gains et les pertes et non en montant.
110 Assurance : comptabilité, réglementation, actuariat

Remarques
Sur l'incertitude relative, on peut faire deux remarques:
- L'une, déjà faite ci-dessus, est que pour un risque de nature donnée
(E(X) et O"(X) donnés), l'incertitude relative décroît en 1/ yTï;.
- L'autre consiste à dire que, pour un nombre na d'assurés donnés,
l'incertitude relative est d'autant plus petite que l'écart-type relatif
O"(X)/ E(X) est petit.

1.2.2. Les primes des na risques


L'assureur encaisse, au total, les primes commerciales ~7r~' = na 7r" ,
chacun des na assurés payant la même prime 7r". Le compte de résultat
de l'assureur permet de voir facilement ce que les primes doivent financer

Compte de résultat Signe implicite Notation actuarielle

Primes (+) ~ Ki"


Sinistres (-) ~Xi
Frais (-) FNG
Résultat (=) Rna

Ou encore:

Les primes doivent servir à financer les sinistres, les frais et, last but
not least, le bénéfice de l'assureur. L'usage actuariel traduit cette préoc-
cupation en décomposant chaque prime commerciale 7r" en trois parties:
- une prime pure 7r = E(X) (avec l'ensemble des primes pures, l'assu-
reur espère faire face à la charge des prestations) ;
- un chargement de gestion proportionnel à la prime commerciale g7r"
(avec l'ensemble des chargements de gestion, l'assureur espère faire face
à ses frais de gestion (c'est-à-dire à ses frais d'acquisition tels que les
commissions versées aux intermédiaires, à ses frais d'administration), ces
frais étant diminués des produits des placements) ;
- un chargement de sécurité proportionnel à la prime pure a7r (a > 0)
(avec l'ensemble des chargements de sécurité, l'assureur espère faire face
à un écart éventuel entre la charge réelle des prestations ~Xi et la charge
probable E(~Xi) = n a 7r, et donc dégager un bénéfice).

La prime commerciale s'écrit donc ainsi:

Soit encore :
7r" = 1+a 7r = 1 + a E(X)
1-g . 1-g
Chapitre 4 - Le modèle simple de l'assurance 111

1.2.3. Les frais de gestion et les produits financiers


sont prévisibles avec exactitude
Les primes que reçoit l'assureur doivent servir non seulement à payer les
sinistres mais aussi les frais de gestion nécessaires au bon fonctionnement
de l'entreprise. Comme nous l'avons vu précédemment, c'est pour cette
raison que l'assureur prélève sur la prime commerciale un chargement de
gestion.
L'assureur dispose toutefois d'une autre ressource: il perçoit les primes
d'avance et ne paie les sinistres que lors de leur réalisation, soit bien après.
Il peut donc placer cet argent (sur des actifs mobiliers ou immobiliers qui
dégagent des produits financiers).
L'hypothèse simplificatrice que nous effectuons est que les frais de ges-
tion sont compensés globalement avec exactitude par les ressources que
sont les chargements de gestion et les produits financiers: cette hypothèse
est raisonnable dans la mesure où la différence entre les frais de gestion
et les ressources citées est négligeable devant l'aléa résultant de la sinis-
tralité. En outre, l'assureur peut intervenir pour contenir ses frais nets
dans l'enveloppe des chargements, alors qu'il lui est difficile de limiter les
sinistres de ses assurés.

1.2.4. Le résultat de l'assureur


Le résultat de l'assureur Rna est une variable aléatoire :

Rna = ~7r~' - ~Xi - FNG = n a7r + na Q7r + na97r" - ~Xi - FNG

= n a7r + na Q7r - ~Xi

Son espérance est naQ7r et son écart-type est ~(7(X).


Toujours d'après le théorème de la limite centrale,

fonction affine de la variable aléatoire ~Xi, suit une loi approximativement


normale (centrée-réduite).
Cette propriété va nous permettre d'étudier le risque de perte
P(Rn a < 0) et le risque de ruine P(Rn a < -FP), où FP désigne les
fonds propres de l'assureur.

1.2.5. Le risque de perte


L'assureur peut faire une perte avec la probabilité suivante:
112 Assurance : comptabilité, réglementation, actuariat

Questions
a. Comment l'assureur peut-il diminuer sa probabilité de perte?
b. En l'absence de chargement de sécurité, quelle est la probabilité que
l'assureur fasse une perte ?

Indications de réponse
a. L'assureur peut réduire sa probabilité de perte en augmentant
!i~? ay'rï;,. Il peut donc chercher à :
- augmenter na, pour un risque de nature donnée (E(X), a(X) donnés)
et un tarif donné (a donné) ;
- augmenter a, et donc la prime commerciale, pour un risque de nature
donnée (E(X), a(X) donnés) et un nombre d'assurés donnés (na donnés) ;
- améliorer le risque en donnant des conseils de prévention.

La phrase «l'assureur peut réduire sa probabilité de perte en augmen-


tant le nombre d'assurés na)} suppose le tarif exact (E(RnJ > 0). Mais
l'augmentation du nombre d'assurés peut altérer l'homogénéité des assurés
qui avait permis de construire un tarif équilibré. En revanche, la phrase
suivante «l'assureur peut réduire sa probabilité de perte en augmentant
la prime commerciale)} est plus généralement vraie.
b. L'assureur fera une perte en moyenne un exercice sur deux.

En effet, comme E(RnJ = n a a1r = 0, on a

E(RnJ) 1
P(Rna < 0) = P ( URna < - a(Rna) = P(URna < 0) = 2

Les lois normales sont en effet des lois symétriques autour de leur
espérance.
Le chargement de sécurité est donc indispensable pour permettre à
l'assureur de faire en moyenne un bénéfice plus d'un exercice sur deux.
Cela signifie qu'un assureur ne peut pas tarifer «à prix coûtant)}. Il doit
toujours prévoir a priori une marge.

Précision
Si nous considérons comme pratiquement impossible un événement qui
a une chance sur 1 000 de se réaliser, une perte sera pratiquement impos-
. . . E(RnJ . E(X)
slble SI U Rna < -3,1 donc SI a(RnJ > 3,1 SOlt encore a(X) ayTï;; >
3,1.
En pratique, E~Rn"? est rarement supérieur à 3,1. L'assureur ne peut
a Rna
pratiquement jamais exclure de faire une perte.
La réponse précédente comme tout le chapitre suppose que l'approxi-
mation de la loi de Rna par une loi normale est justifiée.
Chapitre 4 - Le modèle simple de l'assurance 113

1.2.6. Le risque de ruine


Comme l'assureur peut réaliser des pertes, il doit donc disposer de fonds
propres (ou marge de solvabilité) pour pouvoir faire face à ces pertes
éventuelles. Les fonds propres sont constitués par les capitaux propres
versés par les sociétaires ou les actionnaires, et par les réserves qui sont
des bénéfices réalisés dans le passé et non distribués.
La ruine survient si la perte annuelle dépasse le montant des fonds
propres F P. Untel événement a la probabilité suivante :

FP+E(RnJ)
P(R n" < - fonds propres F P) = P ( U Rn" <
a(RnJ

- FP + E(RnJ
{3 _ - - - - - - est appelé coefficient de sécurité
a(RnJ

La ruine sera dite pratiquement impossible si

(3 > 3,1

Donc, pour des risques de nature donnée (E(X) et a(X) donnés),


l assureur d Olt
, . 1 ffi . d ' ., {3 F P + E(RnJ '
porter e coe Clent e secunte = a(RnJ a un
niveau satisfaisant :
- en augmentant les fonds propres F P par appel auprès des action-
naires (mais cette possibilité est limitée par les ressources et la bonne
volonté des actionnaires ; en particulier, plus les fonds propres sont im-
portants pour un chiffre d'affaires donné, plus le dividende versé par action
est faible) ;
- en augmentant le chargement de sécurité Q (mais cette augmentation
de la prime pourrait entraîner une fuite des assurés vers la concurrence) ;
- en augmentant le nombre d'assurés na (mais cette possibilité est
limitée par la taille du marché et la concurrence y régnant, et suppose
que le tarif soit exact).

Il convient de souligner que cette section suppose l'existence de risques


identiques et indépendants, ce qui est rarement le cas. En annexe 4.1 figure
une étude sur ce que devient le résultat de l'assureur lorsque les risques
assurés ne sont pas identiques et indépendants.

Remarque sur le choix d'utiliser les lois des grands nombres


A priori, le théorème de la limite centrale n'est pas l'unique outil
mathématique susceptible d'être utilisé pour tenter de chiffrer le risque
financier pris par l'assureur.
La branche mathématique dite de la théorie des jeux peut aussi être
adaptée au modèle de l'assurance dans la mesure où elle donne des majo-
rants de la probabilité de ruine du joueur (ici, l'excédent de sinistralité par
114 Assurance: comptabilité, réglementation, actuariat

rapport aux fonds propres) en fonction du biais contenu dans la règle du


jeu (ici, l'excédent des primes payées par rapport aux charges probables).
Les développements actuariels qui en résultent, connus sous le nom
de théorie du risque à long terme, reposent plus particulièrement sur un
théorème appelé théorème de Finetti. Ces développements ne seront pas
repris ici car, bien qu'ils constituent des éléments de réflexion théorique
intéressants, ils donnent finalement des résultats numériques décevants (en
résumé parce que les majorants se situent trop au-delà des probabilités
qu'on cherche à estimer).

1.3. Un cas particulier: l'assurance temporaire décès


Traitons entièrement au plan théorique l'exemple numérique de réfé-
rence avant de le poursuivre.
L'assureur garantit na risques identiques et indépendants : chaque
assuré i (i = 1, ... , na) a une probabilité q de décéder dans l'année
et, dans ce cas, l'assureur verse un capital c aux bénéficiaires décès.
On peut remarquer que le contrat est très simple à modéliser car le
coût du sinistre c n'est pas aléatoire. Seule la survenance l'est. En outre,
chaque assuré ne peut décéder qu'une seule fois !

1.3.1. Le risque individuel


La charge annuelle aléatoire de prestation relative à l'assuré i, notée
Xi, ne peut prendre que 2 valeurs : c avec la probabilité q et 0 avec la
probabilité 1 - q. Xi suit donc une loi de Bernoulli B(I, q), au facteur
multiplicatif c près. On a donc :

Démontrons rapidement ces formules. Pour cela, il faut savoir que, si


X suit une loi discrète, l'espérance et le carré de l'écart-type valent:

E(X) = LXP(X = x)
x

D'où, pour Xi, qui ne peut prendre comme valeurs que c avec la pro-
babilité q et 0 avec la probabilité 1 - q :

E(Xi ) = qc + (1 - q) x 0 = qc

De même,

x
Chapitre 4 - Le modèle simple de l'assurance 115

et comme

on obtient

Remarquons que si q est petit,

1.3.2. Le risque total


La charge aléatoire annuelle de prestations relative aux na assurés,
notée 2:Xi , est le produit du montant certain c par une variable binomiale
de paramètres na et q. Son espérance est donc na qc, et son écart-type est
cJn aq(l - q).
Démontrons ces formules. Pour cela, il faut savoir que
- E(2:X i ) = 2:E(Xi ) dans tous les cas,
et si donc

alors
E(2:Xi ) = naqc
- a- 2 (2:X i ) = 2:a- 2 (Xd si les Xi sont indépendants,
et sous cette hypothèse, si donc

alors

et

Remarquons que si q est petit,

a-(2:Xi ) 1
E(2:Xi ) ~ Jnaq

Remarque
En pratique, une loi binomiale peut être assimilée à une loi normale
dès que naq > 3, ce qui est le cas si, par exemple, na > 1 000 et q ~ 0, 01.

1.3.3. Exemple de référence (suite)


1.3.3.1. Risque de perte
Un assureur a réuni na = la 000 assurés et garantit à chacun, en cas
de sinistre dans l'année, le versement d'une indemnité c = 100 000 €.
Chaque assuré a une probabilité de 1 % de décéder dans l'année.
116 Assurance : comptabilité, réglementation, actuariat

On suppose que chaque assuré paie une prime commerciale 7r" = 1 400 €
et que les frais de gestion nets de produits financiers sont de 3,5 M€. On
note Rna le résultat de l'exercice.
- Dans quel intervalle Rna a-t-il 95 % de chances de se trouver?
- Quelle probabilité Rna a-t-il d'être une perte?
- Le risque de perte est-il pratiquement exclu (inférieur à 0,1 %) ?

1.3.3.2. Risque de ruine


Les fonds propres F P de l'assureur sont de 1 M €.
- Le risque de ruine est-il pratiquement exclu?
- En réalité, quel est le risque de ruine?
- Pour rendre le risque de ruine pratiquement impossible, à combien
l'assureur devrait-il porter ses fonds propres ?
- Ou bien, à combien devrait-il porter la prime?
- Ou bien, combien de contrats devrait-il rassembler?

Indications de réponses
• ~Xi suit approximativement une loi normale
- d'espérance E(~Xi) = nacq = 10 M€ ;
- et d'écart-type a(~Xi) = cv'naq(l - q) = 0,99 M€.
~Xi a donc 95 % de chances de se situer entre E(~Xi) - 1, 96a(~Xi)
et E(~Xi) + 1, 96a(~Xd, donc dans l'intervalle

10 M € ± 1,94 M €
soit
[8,1 M€; Il,9 M€]
• Le résultat aléatoire Rna = n a 7r" - 3,5 - ~Xi = 10,5 - ~Xi suit
approximativement une loi normale d'espérance 0,5 M€ , d'écart-type
0,99 M€. Le chargement de sécurité Q est égal à 5 %.
E(RnJ
a(RnJ = 0,5 < 3,1
L'assureur ne peut donc exclure de faire une perte.
Rna a 95 % de chances de se situer dans l'intervalle 0,5 M€ ± 1,94 M€,
soit [-1,4 M€ ; 2,4 M€]. Le résultat Rna a 30,7 % de chances d'être une
perte (soit en moyenne 3 exercices sur 10).
- Le coefficient de sécurité f3 = (FP + E(RnJ)/a(RnJ vaut 1,5.
L'assureur ne peut donc exclure d'être ruiné. La probabilité de ruine
P(Rn a < -FP) est de 6,7 %.
Un coefficient supérieur à 3,1 serait nécessaire pour avoir P(Rn a <
-FP) < 0,1 %.
Pour rendre le risque de ruine pratiquement impossible, l'assureur devra
avoir son f3 supérieur à 3,1.
f3 = FP + E(RnJ = FP + naQcq > 3,1
a(RnJ cv'naq(1 - q)
Chapitre 4 - Le modèle simple de l'assurance 117

L'assureur peut, pour cela,


- porter ses fonds propres à 2,6 M € ;
- ou porter a à 20,9 % ce qui correspond à une prime commerciale de
1 560 € ;
- ou encore porter le nombre de contrats souscrits à 339 000. Ce nombre
s'obtient à partir de la formule

FP + naacq
-r====== > 3, 1
cJn aq(l - q)

démontrée ci-dessus, qui conduit à résoudre une inéquation du second


degré en .;n;,.

Nous avons trouvé une solution n > nI ; mais (3(n) est une parabole: si
nous n'avions pas de frais fixes nous trouverions comme solution n > nI
ou n < n2 (sans frais fixe, n = 0 est une solution particulière qui évite la
ruine).

1.4. La diminution du risque de ruine par la réassurance


Nous avons vu diverses mesures que peut prendre l'assureur pour dimi-
nuer son risque de ruine : augmenter ses fonds propres F P, augmenter le
chargement de sécurité inclus dans ses primes, ou, s'il n'y a pas d'erreur
de tarification, augmenter le nombre d'assurés.
Elles ne sont pas toutes faciles à mettre en œuvre et, en tout cas,
nécessitent des délais.
Une autre mesure est possible, et pratiquement sans délai: l'assureur
peut se réassurer (c'est-à-dire transférer une partie des risques assurés à
un réassureur) afin de diminuer son risque de perte et son risque de ruine,
quitte évidemment à diminuer son espérance de bénéfice.

1.4.1. La réassurance en quote-part


La réassurance en quote-part est la forme de réassurance la plus simple
et la plus courante: l'assureur cède une part déterminée de chaque prime
au réassure ur qui, en contrepartie, s'engage à payer la même part de
chaque sinistre. Quel que soit le risque assuré, la part cédée est constante.
Nous supposons que l'assureur cède une partie (1-8) ~7T~' de ses primes
et conserve l'autre partie 8~7Tr de ses primes. En contrepartie, l'assureur
se voit rembourser la même partie (1-8) ~Xi de ses sinistres mais conserve
à sa charge 8~Xi.
8 est ici le coefficient de rétention de l'assureur. Remarquons que l'usage
veut que l'assureur cède une partie (1 - 8) de ses primes totales ~7T~/, et
donc en même temps la même partie (1 - 8) des chargements de gestion
g~7T~' qui équilibrent les frais de gestion FNG. Comme les frais de gestion
FNG ne diminuent pas pour autant, il convient donc que le réassureur
rembourse une partie des chargements cédés. L'usage veut que le réassu-
reur reverse non pas une partie des chargements (1- 8) g~7T~' qu'il reçoit,
118 Assurance: comptabilité, réglementation, actuariat

mais une partie Cr, appelée commission de réassurance, des primes cédées
(1 - (j) ~7r~' qu'il reçoit, ce qui revient au même.
Après réassurance, le résultat devient:

Brut de cessions Net de cessions

Primes ~ 7ri" ()~7r~'


Prestations -~Xi - ()~Xi
Gestion - gE7r~' - gE7r~'+ cr(l - ())) E7r:'
Résultat Rna = ~7r~' - ~Xi - g~7r~' ~a = ()~7r~' - ()EXi
-(g - c r (1- ())) E7r~'

La réassurance a donc pour but de diminuer le risque de ruine, au prix


en général d'une diminution de l'espérance du bénéfice.
Il est facile de vérifier qu'il en va ainsi dans le cas simple où Cr = g et
par conséquent R~a = (j Rna·

1.4.2. Diminution du bénéfice probable et diminution du risque de ruine


Si Cr = g, alors E(R~J = (jE(RnJ, et dans tous les cas a(R~J =
(ja( Rna)' donc
- L'espérance de bénéfice est moindre qu'avant réassurance (en suppo-
sant bien entendu cette espérance de bénéfice positive !) :

- En contrepartie, le résultat est moins dispersé et le coefficient de


sécurité augmenté:

d'où

(3r = fonds propres + (jE(R na ) > (3 = fonds propres + E(Rna)


(ja(RnJ a(RnJ

On vérifiera que si Cr > g,

E(R~J > (jE(RnJ

et

d'où (3r > (3.


Par contre, si Cr < g, on ne peut pas conclure que (3r > (3.
Chapitre 4 - Le modèle simple de l'assurance 119

Remarque 1.
Dans le cas extrême où l'assureur cède 100 % de ses risques, l'assureur
ne court plus aucun risque de ruine ... mais ne peut plus espérer aucun
bénéfice.

Remarque 2.
Dans le cas d'une réassurance en quote-part, il existe un coefficient de
rétention maximal si l'assureur veut raisonnablement exclure d'être ruiné:

Omax = fonds propres


3, lo-(R nJ - E(RnJ
1.4.3. Exemple de référence (suite)
1.4.3.1. Risque de ruine et réassurance
Nous avons toujours un assureur avec na = 10 000 assurés qui
garantit toujours à chacun, en cas de décès, le versement d'une indem-
nité c =100 000 €. Chaque assuré a une probabilité de 1 % de décéder.
Chaque assuré paie une prime commerciale 7r" =1 400 €. Les frais de
gestion nets de produits financiers sont de 3,5 M €. Les fonds propres de
l'assureur F P sont de 1 M€.
Quel est le taux de cession en quote-part qui rend le risque de ruine
pratiquement impossible, si le réassureur en quote-part reverse 25 % des
primes cédées au titre de commission de réassurance?
En supposant que l'assureur cède au taux précédent, que se passe-t-il
si le réassureur en quote-part diminue le taux de commission en deçà de
25 % ? Que se passe-t- il si le réassureur en quote-part augmente le taux
de commission au-delà de 25 % ?

Indications de réponses
Ici Cr = 9 =25 % et donc R~a = ORna·
Pour que le risque de ruine soit impossible, il faut que f3r soit supérieur
, FP+OE(R)
a 3,1, donc que Oo-(R) soit supérieur à 3,1. Pour cela, l'assureur
doit conserver moins de 38,9 % de ses risques et donc céder au moins
61,1 % de ses risques.
Si l'assureur cède 61,1 % mais que le réassureur diminue la commission
de réassurance au-dessous de 25 %, c'est-à-dire ne prend pas en charge
la totalité des frais de gestion engagés par l'assureur pour produire ses
primes, le risque de ruine redevient pratiquement possible. Si à l'inverse
le réassureur augmente cette commission, le risque de ruine diminue.

1.4.4. Les diverses formes de réassurance


Il existe d'autres formes de réassurance que la réassurance en quote-
part. Il faut distinguer la réassurance proportionnelle et la réassurance
non proportionnelle.
Dans la réassurance proportionnelle, l'assureur cède une part déter-
minée de chaque prime au réassureur qui, en contrepartie, s'engage à
120 Assurance : comptabilité, réglementation, actuariat

payer la même part de chaque sinistre. Cette part peut être identique
pour tous les risques (quote-part) ou varier en fonction du capital garanti
(excédent de plein).
Dans la réassurance non proportionnelle, l'assureur cède une part déter-
minée de chaque prime au réassureur qui, en contrepartie, s'engage à payer
les sinistres dépassant individuellement (excédent de sinistre) ou collecti-
vement (excédent de perte) un certain montant.

2. La tarification
Jusqu'à présent, nous nous sommes placés dans le cas (très rare) où
l'espérance de la charge annuelle de sinistres E(X) est exactement connue.
Nous avons vu que, même dans ce cas, le risque de ruine n'est pas nul et
qu'il faut ajouter un chargement de sécurité à la prime pure pour diminuer
le risque de ruine. L'assureur bâtit son tarif en écrivant:

n" = n + gn" + an
Ainsi, l'assureur peut rendre pratiquement impossible le risque de ruine,
quitte à se réassurer si ses fonds propres sont insuffisants.
Mais dans le cas le plus courant, l'assureur ne connaît pas la prime
pure. Il doit donc bâtir son tarif en utilisant une estimation 7? de la prime
pure. Il écrit donc :
n" = 7? + gn" + a7?
L'estimation 7? peut différer sensiblement de l'espérance de la charge
annuelle de sinistres E(X). En cas de sous-tarification (7? < E(X)), l'assu-
reur court des risques importants de perte et de ruine, quand bien même
le chargement de sécurité a7? serait positif.
L'exemple suivant illustre ces propos.

Exemple de référence (suite)


Erreur de tarification
Un autre assureur propose à un autre groupe de 10 000 assurés la même
garantie de c = 100 000 € pour la même prime commerciale n" = 1 400 €.
Il a les mêmes frais de gestion de 3,5 M€que l'assureur précédent. Mais il a
commis une erreur de tarification: ses assurés à lui ont une probabilité de
décéder dans l'année qui n'est pas de 1 % mais de 1,5 %. Quelle probabilité
cet assureur non réassuré a-t-il de faire une perte? de se ruiner?

Indications de réponses
Le résultat aléatoire de l'assureur est

Son espérance est


E(RnJ = nan" - cq'n a - 3,5 M€ = -4,5 M€
Cbapitre 4 - Le modèle simple de l'assurance 121

Son écart-type est

a(RnJ = cJnaql(l- Q') = 1,22 M€


Le coefficient de sécurité est

(3 = F P + E( RnJ = -2 9
a(RnJ '
Le risque de ruine est

P(Rn a < -FP) = P(UR na < -(3) = P(URn a < 2,9)


soit 99,79 %.

Sa ruine est donc pratiquement certaine.


Pour effectuer une tarification, il est nécessaire de disposer de données.
Il faut en particulier connaître une réalisation Xi de la charge aléatoire
moyenne de sinistres Xi (relative soit à na risques assurés soit plus généra-
lement à no risques observés, assurés ou non). Nous allons voir dans un
premier temps comment cette estimation permet de fixer la prime pure
d'une catégorie homogène de risques (§ 2.1). Puis nous verrons qu'il est
possible de tenir compte d'une segmentation de nos données en fonction
de variables exogènes (( étrangères)}) au risque (§ 2.2). Enfin, nous verrons
qu'il est aussi possible de tenir compte de variables endogènes au risque
et de résultats obtenus sur d'autres données (§ 2.3).

2.1. Tarification de risques homogènes


La tarification doit évidemment chercher à ce que la prime pure estimée,
7r, soit aussi proche que possible de la prime pure (ou espérance de la
charge de sinistres annuelle) 1r = E(X) dans chaque catégorie de risques
de même nature.

2.1.1. Calcul de la prime pure lorsque les risques sont supposés identiques
L'assureur observe une réalisation de la charge aléatoire moyenne rela-
tive à no risques identiques et indépendants.
Estimation ponctuelle. La prime pure estimée, 7r, est égale tout simple-
ment à la réalisation x de la charge aléatoire moyenne X.

7r=x
En effet, x est une réalisation de X, et E(X) = E(X).
(On dit que X est un estimateur non biaisé de E(X) parce que E(X) =
E(X).)
Estimation dans un intervalle. Si l'approximation normale est justifiée,
il y a 99,9 % de chances que:

lx - E(X)I < 3,3a~


yno
122 Assurance: comptabilité, réglementation, actuariat

L'incertitude relative est 3,3 xa(X)j(xFo). Elle tend vers 0 lorsque no


tend vers l'infini. (On dit que X est un estimateur convergent de E(X).)
Pour un nombre no d'observations données, elle est d'autant plus petite
que u~) est petit, donc que l'écart-type relatif ;i~~ est petit (x et
E(X) étant proches).
Nous avons choisi un intervalle qui a 99,9 % de chances de contenir la
vraie valeur à titre d'exemple, mais il n'est pas toujours nécessaire d'être
aussi exigeant en matière d'estimation qu'en matière de probabilité de
ruine due au hasard. En effet, les conséquences d'une sortie de l'intervalle
de confiance ne sont pas précisées; elles peuvent être mineures s'il s'agit
de la tarification d'une branche marginale dans la production de l'en-
treprise. En outre, l'amélioration de la précision peut être pratiquement
irréalisable, comme le montre l'exemple numérique suivant.

2.1.2. Exemple de référence (suite)


2.1.2.1. L'incertitude sur le tarif
Un assureur observe 112 décès en un an sur 10 000 assurés; que peut-
il dire de q ? L'incertitude sur le tarif est-elle raisonnablement petite ?
Comment la réduire?

Indications de réponses

q-"-~-1
- 10 000 - ,1 2
ù1
1'0

Une estimation classique de la variance de q, a 2 (q) est

q(l - q)
na -1

donc
â(q) = Jq(l - q) ~ Jq(l- q) = 0, 1 %
Vna -1 Vna -1
Donc, il Y a 99,9 % de chances que

Iq - qJ < 3,3â(q) = 0,35 %.

Il Y a 99,9 % de chances que q se situe entre 0,77 % et 1,47 %.


L'incertitude est très grande: si l'assureur fixe sa prime pure en sup-
posant que q vaut 1,12 %, il peut se retrouver dans la position observée
en 6 ci-dessus.
Pour avoir une précision relative 100 fois meilleure, il faudrait observer
10 000 fois plus d'assurés, soit 100 millions. Il paraît plus réaliste de se
contenter d'un intervalle ayant 95 % de chances de contenir q.
Chapitre 4 - Le modèle simple de l'assurance 123

2.1.3. Remarque fondamentale sur le nombre d'assurés


La nécessité de disposer d'un échantillon d'observation assez grand pour
procéder à des estimations assez précises peut conduire l'assureur à exa-
miner les statistiques d'une population plus vaste que celle qu'il assure
(dans l'exemple précédent, il examinera ainsi l'ensemble de la population
française).
Mais ce qui est gagné en précision théorique (et chiffrable à l'aide de
la table de la loi normale) l'est sous l'hypothèse que les observations re-
cueillies sont des observations d'une variable aléatoire de même loi que
celle des risques assurés : cette hypothèse ne va pas de soi pour une po-
pulation d'assurés particulière.
Les ordres de grandeur des nombres d'observation nécessaires à la pour-
suite de cet objectif montrent que, si certaines statistiques de tarification
sont faites par l'assureur, d'autres doivent être faites à l'échelle du marché,
par des groupements professionnels ou par les pouvoirs publics.

2.1.4. Le calcul de la prime pure lorsque les risques


ne sont pas supposés identiques, mais homogènes
Tout ce qui précède pourrait être reformulé avec E(Xi ) dépendant de
i, en cherchant à estimer une prime uniforme.

if = valeur moyenne des E(X i )


La probabilité d'avoir un sinistre dans l'année n'est évidemment pas la
même selon les assurés. On pourrait reformuler les exemples précédents
en cessant de supposer E(Xi ) = 7r quel que soit i et en écrivant

où Zi est une caractéristique de l'assuré i et

7r = Ez(E(X 1 Z = z))
Les problèmes (et les résultats) seraient similaires.

2.2. La segmentation
2.2.1. L'objectif
On a généralement des raisons de penser que la prime pure n'est pas
identique pour tous les risques, mais varie en fonction d'un ou de plusieurs
facteurs Z, Z', Zif ... :
En assurance décès, Z peut être l'âge, Z' le sexe, Zif la profession ...
En assurance habitation, Z peut être la surface assurée, Z' la zone de
résidence, Zif le type d'habitation ...
En assurance auto, Z peut être la puissance du véhicule, Z' la zone de
circulation, Zif l'usage qui est fait du véhicule ...
124 Assurance: comptabilité, réglementation, actuariat

La tarification doit en principe chercher à ce que chaque 7?(z, z', z")


soit aussi proche que possible de E(X 1 z = z ... ).
Cette nécessité n'est pas de nature morale, mais de nature technique:
l'assureur doit éviter une antisélection des risques.

Exemple
L'assureur A, à partir de statistiques, propose une garantie de
c = 100 000 € pour une prime pure de 1 000 €.
L'assureur B, à partir des mêmes statistiques, s'aperçoit qu'il n'est pas
équitable de faire payer la même prime aux assurés ruraux et aux assurés
urbains: il propose la même garantie de c = 100 000 € pour une prime
pure de 500 € aux premiers, de 1 500 € aux seconds. Que va-t-il se passer?

Indications de réponses
Les assurés ruraux vont s'assurer chez l'assureur B, qui est pour eux
l'assureur le moins cher. Les assurés urbains vont s'assurer chez l'assureur
A, qui est pour eux l'assureur le moins cher. L'assureur A aura donc des
résultats déséquilibrés (cf. l'exemple sur la sous-tarification). On dit que
les assurés sont antiséléctionnés, c'est-à-dire sélectionnés contrairement à
l'intérêt de l'assureur.

2.2.2. La prise en compte d'un facteur de tarification


Estimer les E(X 1 z = z), avec k modalités de Z, conduira à estimer
k primes pures. Il peut se révéler difficile de réunir un nombre suffisant
d'observations pour chaque modalité. .
On distinguera toutefois deux cas opposés :
- le facteur profession de l'assuré, qui comporte de nombreuses moda-
lités qualitatives (20 par exemple), dont l'influence est a priori inconnue
et dont la prise en compte multiplie par 20 le nombre de primes à estimer;
- le facteur âge de l'assuré ou surface de la résidence ou puissance du
véhicule, qui comporte de nombreuses modalités, mais quantitatives et
ordonnées.

En général, on se trouve dans un cas intermédiaire entre les deux cas


évoqués.

2.2.3. Exemple de prise en compte d'un facteur à modalités ordonnées


L'exercice suivant illustre la prise en compte d'un facteur à modalités
nombreuses mais quantitatives et ordonnées (l'âge z dans l'estimation de
la prime pure d'un contrat d'assurance décès ou la cylindrée dans celle
d'un contrat automobile).
On considère les données d'expérience.
Chapitre 4 - Le modèle simple de l'assurance 125

Nombre d'individus N ombre de sinistres


Age observés (décès)
Z no{z) ns{z)
70 675,9 8

71 599,9 6

72 501,0 2

73 410,7 10

74 382,7 5

75 421,3 8

76 441,9 9

77 494,2 6

78 532,2 24

79 505,8 24

80 488,8 21

81 463,3 20

82 422,1 23

83 392,5 21

84 363,5 25

Tous âges 7095,8 212

1) a) Pour chaque âge z, donner l'estimation classique, notée q(z), de


la fréquence probable de décès inconnue q( z).
~) Quelles critiques soulèverait la tarification obtenue en choisissant
q(z) ?
c) Pour chaque âge z, construire un intervalle qui a 95 % de chances
de contenir la vraie valeur inconnue q( z).
2) Afin de pallier les critiques précédentes, procéder à l'ajustement
q(z) = f(z) le plus raisonnablement simple possible, en ajustant les q(z)
précédents
- soit par qajl(Z) = b+c x z;
- soit par qaj2(Z) =bx C Z

On trouvera la solution de cet exercice dans l'annexe 1.


126 Assurance: comptabilité, réglementation, actuariat

2.2.4. La prise en compte de plusieurs facteurs de tarincation


Nous avons traité le problème de l'estimation de E(X 1 Z = z), avec
pour exemple la prime décès en fonction de l'âge Z.
On peut de même vouloir tarifer le décès en fonction non seulement
de l'âge Z, mais aussi du sexe Z', de la profession Z" : 50 âges, 2 sexes,
20 professions.
De même, en auto, la fréquence des sinistres est étudiée en fonction de
la puissance du véhicule, de la zone de circulation, de l'usage qu'en fait le
conducteur principal, de l'âge du véhicule, de l'ancienneté de permis du
conducteur principal.
Estimer séparément les E(X 1 Z = z, Z' = z', Z" = z") avec 50 moda-
lités pour Z, 2 pour Z' et 20 pour Z" conduirait à estimer 50 x 2 x 20 =
2 000 primes pures.
Il n'est évidemment pas possible de réunir un nombre suffisant d'obser-
vations pour chacune de ces primes pures, et il est usuel de commencer
par modéliser l'influence de chaque facteur pris isolément (cf. paragraphe
précédent), ce qui revient à estimer 50 + 2 + 20 = 72 primes pures seule-
ment.
Mais un problème se pose: comment conjuguer ces critères sans double
emploi ? Puisque par exemple, en auto, la prime pure fonction de la seule
zone apparaît plus basse dans les zones rurales, la prime pure fonction de
la seule puissance apparaît plus basse pour les petits véhicules (et qu'on
peut observer que les agriculteurs ont des véhicules moins puissants que
les autres conducteurs).
Nous traiterons ce problème, qui n'est pas si simple, à l'aide d'un
exemple, dans le chapitre 5.

2.3. La prise en compte des facteurs d'évolution


Bien entendu, les observations du passé permettent d'estimer la prime
pure du passé. Or, les risques évoluent (en assurance santé, par suite des
progrès de la médecine, en assurance auto, par suite de l'amélioration du
réseau routier ... ).
Il est donc souhaitable de disposer de statistiques sur une longue période
afin d'extrapoler l'évolution passée et d'étudier les facteurs qui influent
sur l'évolution du risque.
Néanmoins, la tarification ne pourra pas toujours être aussi adaptée à
l'évolution du risque qu'il serait techniquement souhaitable: des contrain-
tes commerciales (ou, dans certains pays, des contraintes imposées par les
pouvoirs publics par suite de considérations économiques) peuvent freiner
cette adaptation.

3. Le résultat réel observé


Les liens entre la comptabilité et les statistiques (de production, de
résultats, de tarification) sont plus étroits en assurance que dans les autres
Chapitre 4 - Le modèle simple de l'assurance 127

activités. Nous en ferons dans ce chapitre un exposé suffisant pour traiter


tous les aspects de l'exemple de référence, en laissant au chapitre suivant
le soin de généraliser à des catégories d'assurance plus complexes.
Le service comptable fournit des montants monétaires (§ 3.1), ainsi que
d'autres données numériques utiles (§ 3.2), qui permettent de se demander
si les résultats de l'année conduisent (ou non) à modifier le tarif pratiqué
(§ 3.3).

3. 1. Comptabilité et statistiques comptables

La comptabilité analyse les charges et les produits par catégorie d'as-


surance (auto, dommages aux biens, dommages corporels). Les sociétés
doivent même établir chaque année un compte technique de résultat par
catégorie. (Ces comptes constituent les états « Cl» du dossier annuel que
les sociétés françaises doivent produire.)

COMPTE TECHNIQUE

Primes (+ ) E7r"
Prestations (-) EXi

Frais d'acquisition et d'administration (-) PC


Produits des placements du technique (+ ) PP
Charges de réassurance (-) 7r'k - Cr 7r'k + XR
Résultat technique (=) R

La comptabilité technique permet la détermination, dans chaque caté-


gorie :
- du rapport entre la charge des sinistres survenus au cours d'un exer-
cice et les primes (commerciales) acquises à cet exercice, L.xdL.7r" dans
les notations précédentes, SI P dans le jargon des assureurs;
- et du rapport entre charges de commissions et autres charges affé-
rentes à l'exercice comptable d'une part, et primes (commerciales) émises
(au cours de l'exercice comptable), de l'autre.

3.1.1. Commentaire sur l'exemple de référence


Dans le cas particulier envisagé, les prestations relatives à l'exercice
comptable sont bien connues lors de l'inventaire: l'information sur le
montant des prestations afférentes à un exercice est rapidement et correc-
tement enregistrée. Toutefois, ce cas est exceptionnel en assurance.
128 Assurance: comptabilité, réglementation, actuariat

3.2. L'enregistrement des contrats et des sinistres


L'enregistrement des contrats et des sinistres à des fins de preuve et de
justification des comptes permet en principe de déterminer les nombres (le
nombre na de risques assurés, le nombre ns des sinistres survenus) utilisés
dans les statistiques de tarification.
Mais en pratique, les dénombrements sont, en assurance, moins fiables
que l'enregistrement des montants monétaires.
Mieux vaut donc étudier le niveau et l'évolution de "E.xd"E.rr" que celui
de "E.xdna.

3.3. Le résultat observé conduit-il à modifier le tarif?


La question posée peut se formuler en termes de test d'hypothèse
comme le montre l'exemple suivant.

Exemple de référence (suite)


Que conclure des comptes de l'année?
Avant le début de l'année d'assurance, l'assureur a estimé la valeur
probable du nombre de décès à 100, et corrélativement la valeur probable
des prestations à 10 M€.
Que conclure s'il observe 116 décès, et donc "E.Xi = Il,6 I\1€ ?
Que conclure s'il observe 133 décès, et donc "E.Xi = 13,3 I\1€ ?

Indications de réponses
Sous l'hypothèse qui avait été faite quant à q et donc au tarif, "E.Xi ,
la charge annuelle aléatoire totale de prestations avait 95 % de chances
d'être inférieure à E(Xi )+ 1,96x(j(~Xi) = 12, O.
La théorie de la décision nous apprend à bâtir un test d'hypothèse;
ainsi au seuil de 5 % (c'est-à-dire si on limite à 5 % le risque de rejeter à
tort l'hypothèse tarifaire) :
- Sous l'hypothèse tarifaire, il y a 95 % de chances que ~Xi < 12 et
5 % de chances que ~Xi > 12.
- Si l'on observe ~Xi < 12 il y a lieu de conserver l'hypothèse; si en
revanche on observe ~Xi > 12 il y a lieu de la rejeter.

Donc, observer 116 décès et ~Xi Il,6 conduit à conserver


l'hypothèse ; observer 133 décès et ~Xi = 13,3 conduit
à la rejeter.

Annexes

Annexe 1. Les risques identiques et indépendants:


contre-exemples
Nous avons supposé jusqu'ici que les na risques étaient identiques.
Chapitre 4 - Le modèle simple de l'assurance 129

Cela n'est évidemment jamais tout à fait vrai pour l'ensemble de la


population assurée dans le cadre d'un contrat donné. Si on reprend l'exem-
ple de l'assurance temporaire décès, on devine bien que la probabilité de
décès des assurés déjà malades ou exerçant des professions dangereuses,
ou encore, pratiquant des sports périlleux, n'est pas la même que celle des
autres assurés.
Comme l'assureur ne peut pas connaître avec exactitude la sinistralité
potentielle de chaque assuré, il distingue les assurés par leurs caractéris-
tiques observables: âge, sexe, région, profession ... Il définit ainsi des cases
tarifaires au sein desquelles il va considérer que les risques sont pratique-
ment identiques.
Au sens strict, notre catégorie de na risques identiques est donc une
case tarifaire mais il est rare que le nombre na puisse être assez grand
pour que la prévision du résultat soit bonne dans cette case. Dans ce cas,
les risques ne seront pas tout à fait identiques.
De même, nous avons supposé jusqu'ici que les risques étaient indépen-
dants mais il est difficile d'affirmer qu'il en va exactement ainsi: le risque
incendie dans un immeuble n'est pas rigoureusement indépendant d'un ap-
partement à un autre, le risque décès dans une famille n'est pas la somme
des risques décès des membres de la famille ... Toutefois, le grand nombre
de sociétés présentes sur le marché atténue le risque (( catastrophique »
pour l'assureur. En outre, le risque peut être éliminé en ayant recours à
une réassurance avec rétention par événement et non par risque individuel.
Même lorsque les risques ne sont qu'homogènes ou faiblement dépen-
dants, le résultat de l'assureur peut toujours s'écrire ainsi:

Si on appelle O:'i le chargement de sécurité individuel, l'espérance du


résultat peut quand même se simplifier:

na
E(Rna) = L O:'(Tri
i=l

L'écart type reste: a(RnJ = a(~Xi).


Nous allons rappeler comment la loi des grands nombres se généralise.
Mais auparavant nous illustrerons notre propos par deux contre-exemples.

1.1. Contre-exemple 1 : la catégorie n'est pas homogène


L'exemple suivant est celui d'une catégorie désquilibrée par un risque
trop important.
L'assureur garantit na = 250 000 contrats contre le décès sur la base
d'un capital décès de c = 50 000 € et d'une probabilité de décès q = 1 %.
Il applique un chargement de sécurité de 6 % et dispose d'une marge
de sécurité de 2 NI € pour cette catégorie.
130 Assurance: comptabilité, réglementation, actuariat

Calculer l'espérance du résultat E(RnJ, son écart-type a(RnJ et son


coefficient de sécurité 13.
Si l'assureur souscrit un contrat supplémentaire garantissant
c' = 50 M€ à un assuré, son espérance de bénéfice s'accroît, mais la
variance du résultat s'accroît beaucoup plus.
Calculer la nouvelle espérance de résultat E(R~J, le nouvel écart-type
a(R~J et le nouveau coefficient de sécurité 13'.

Indications de réponse
On a toujours
Rna = n a7r + na Q7r - ~Xi

L'espérance du résultat est

Son écart-type est

a(RnJ = y'n;;a(X) = y'n;;cy'q(1 - q) = 2,5 M€

Le coefficient de sécurité est

13 = marge + E(RnJ = 3,8


a(RnJ

Le risque de ruine est donc pratiquement impossible.


De même,

E(R~a) = naQ7r + Q7r' = naQcq + QC'q = 7,53 M€

Le coefficient de sécurité devient

' _ marge + E(R~a) _


j3 - a(R~J - 1,7

Le risque de ruine n'est plus pratiquement impossible. Il faut toute-


fois souligner que dans ce cas le coefficient de sécurité perd son sens car
l'approximation normale de la loi de ~Xi n'est pas du tout justifiée.

1.2. Contre-exemple 2: la catégorie n'est pas constituée


de risques approximativement indépendants
(Au contraire, certains peuvent se réaliser par suite d'un même événe-
ment.)
Chapitre 4 - Le modèle simple de l'assurance 131

Un assureur garantit contre le décès le déplacement de 400 congres-


sistes. Chacun des congressistes a une probabilité Il de décéder (11 = 0,1 %
et c = 1 ïvI €) .
Calculer O"(~Xi) dans les trois cas suivants:
- les 400 congressistes voyagent indépendamment ;
- les 400 congressistes voyagent par couples, les couples voyageant
indépendamment les uns des autres ;
- les 400 congressistes voyagent ensemble, dans le même avion.

On comparera les résultats dans les trois cas en calculant le cas échéant
le coefficient de sécurité.

Indications de réponses
Dans les trois cas, l'espérance de la charge totale de sinistres est iden-
tique : E(~Xi) = nacl1 où Il est la probabilité de survenance d'un sinistre.
En revanche, l'écart-type de cette charge varie car il n'est la racine
carrée de la somme des écart-types individuels que dans le cas où les
risques assurés sont indépendants et identiques, à savoir dans le premier
cas, pour lequel
O"(~Xi) = ~cJ 11(1- Il) = 0,6 :M€
Dans le troisième cas, il n'existe, en fait, qu'un seul risque avec un
capital assuré égal à na c, et
O"(~Xi) = nacJJ-L(1 - Il) = 12,6 M€
est beaucoup plus important.
(Dans le deuxième cas il y a deux cents risques avec pour chacun un
capital assuré égal à 2c et a(l:Xi ) = ~ 2cVI'(1-1') = 0,9 M€.)
Le rapport des coefficients de sécurité entre deux cas différents est l'in-
verse du rapport des écart-type. Par rapport au premier cas, le coefficient
de sécurité est divisé par 20 dans le troisième cas (et par 1,5 dans le
deuxième cas).
Il faut toutefois souligner que dans le troisième cas le coefficient de
sécurité perd son sens car l'approximation normale de la loi de ~Xi n'est
pas du tout justifiée.
Plus généralement, la condition d'indépendance approximative des ris-
ques peut être mise en défaut, au sein d'une catégorie, par des groupes de
risques susceptibles de se réaliser par suite d'un même événement (risques
contigus : en incendie, assurance tempête, assurance grêle). Untel groupe
constitue un risque unique à l'intérieur duquel la loi des grands nombres
ne s'applique pas.

1.3. Risques homogènes et peu dépendants


Heureusement, la loi des grands nombres, et même le théorème de la
limite centrale, se généralisent à des variables aléatoires ni rigoureusement
132 Assurance : comptabilité, réglementation, actuariat

identiques (ce qui correspond, en assurance, à des risques dits homogènes)


ni rigoureusement indépendantes.
Loi faible des grands nombres:
Si, sans avoir la même loi, les (Xi)i=l...n a vérifient

et
Vi = 1, ... , na, cr(Xi ) < cr
Si, sans être indépendants, les (X i )i=l, ... , na vérifient,

alors X na tend vers 7r.

Théorème faible de la limite centrale:


Si de plus les (Xi )i=l, ... , na vérifient,

Vi = 1, ... , na, a > Xi > b

et
na
Vi = 1, ... , na, cr(Xi ) est négligeable devant L cr (X 2
i)
i=l

alors la loi de X na tend vers une loi normale.

Annexe 2. La conjugaison de l'incertitude de tarification


et de l'aléa sur le résultat
Nous avons quantifié
- en 4.1, l'incertitude cr(R) qui s'attache au résultat relatif à l'assurance
de na risques identiques et indépendants en supposant le tarif exact :

Si

Rna = n a 7r(l + p) + chargements de gestion - ~Xi - FNG

alors

Si na est multiplié par 100, cr(RnJ n'est multipliée que par 10 ;


- en 4.2, l'incertitude cr(7?) qui s'attache à l'estimation de la prime pure,
estimation basée sur no ( =f. na) risques identiques et indépendants:
Chapitre 4 - Le modèle simple de l'assurance 133

Si

7i' = "Exdno et donc E(7i') = E(X) alors a(7i') = a(X)j yIii:;

a(7i') est fonction du nombre d'observations no, et est négligeable si no


est très grand.
Conjuguons les deux sources d'écart entre le résultat espéré et le résul-
tat réel:
L'assureur encaisse

n a 7i'(l + p) + chargements de gestion


auprès de chaque assuré. Son résultat est donc

R' = n a 1T(1 + p) + chargements de gestion - "EXi - FNG

Donc

Comme plus haut,

mais a(R') est très différent:

et

a(R') =
- L'incertitude qui découle du second terme (celle de la prévision si le
tarif est exact) croît asymptotiquement comme yfTï;;, ainsi que le veut la
loi des grands nombres, (si na est multiplié par 100, l'impact type de l'aléa
de sinistralité n'est multiplié que par 10).
- Mais l'incertitude qui découle du premier terme (celle due à la tari-
fication) croît comme na et non comme yfTï;; (si na est multiplié par 100,
l'impact type de l'éventuelle erreur de tarification est multipliée par 100
elle aussi).

Annexe 3. Crédibilité et tarification


La théorie de la crédibilité est due à deux actuaires suisses H. Buhlmann
et E. Straub qui ont proposé en 1970 (cf. [9]) un modèle permettant de
calculer la prime d'un ensemble de contrats en fonction, d'une part, des
sinistres passés de cet ensemble, d'autre part des sinistres passés d'autres
contrats de même nature.
134 Assurance : comptabilité, réglementation, actuariat

Cette théorie, assez lourde du point de vue des notations actuarielles,


va être étudiée à l'aide de l'exemple suivant.

3.1. Présentation de l'exemple


Soient cinq entreprises notées A à E qui ont souscrit un contrat d'as-
surance garantissant le versement d'un capital au conjoint ou aux enfants
de leurs employés en cas de décès accidentel. Ce capital noté c est supposé
constant et vaut 100 000 €.
L'assureur a effectué une tarification du contrat a priori et, pour ce faire,
a supposé (en fonction de statistiques nationales) le taux de mortalité q
moyen par employé égal à 0,1 % dans chaque entreprise.
Trois ans après, l'assureur souhaite adapter la tarification à chaque
entreprise e = A, E, ... , E en enrichissant sa tarification a priori de
la connaissance qu'il a acquise non seulement sur chacune des entreprises
mais aussi sur l'ensemble des entreprises. Les tableaux suivants donnent les
résultats des trois premières années, avec le nombre annualisé d'employés
vu en début d'année et le nombre de décès :

Nombre na(e, k) d'employés

Entreprise e

Exercice k A B C D E

1996 10000 8000 24000 3000 45000

1997 11 000 7000 23000 6000 44000

1998 12 100 9000 22000 8000 43000

1996 à 1998 33100 24000 69000 17000 132000

1999 13310 10000 21000 9000 42000

Nombre ns(e, k) de décès

Entreprise e

Exercice k A B C D E

1996 10 5 27 5 47

1997 13 3 30 8 48

1998 16 0 34 9 42

1996 à 1998 39 8 91 22 137

1999 ? ? ? ? ?
Chapitre 4 - Le modèle simple de l'assurance 135

Il reste donc à déterminer la prime que chaque entreprise paiera la


quatrième année par employé.

3.2. Le modèle de crédibilité


Pour chaque entreprise, la théorie de la crédibilité cherche à pondérer le
taux du tarif a priori q et la statistique qe découlant des sinistres observés
dans l'entreprise de 1996 à 1998, afin d'obtenir une prime qe(99) de la
forme
qe(99) = (1 - CRED e ) x q + CRED e x {je
où CRED e , le coefficient de crédibilité, est compris entre 0 (valeur qu'il
a si l'on n'a aucune information sur l'entreprise) et 1 (valeur qu'il atteint
si l'on a observé l'entreprise pendant un temps infini).
Le modèle utilise naturellement
- le nombre de décès observés dans l'entreprise rapporté aux années-
homme observées, avec


98
ns(e) = L
ns(e, k)
k=96
nombre de décès en 3 ans de l'entreprise e et
98
na(e) = L na(e, k)
k=96
nombre d'employés exprimé en années-homme;
- une estimation de la variance intra-entreprise qui sert à mesurer la
dispersion du nombre de décès au sein de chaque entreprise:

(j2 =

où E désigne le nombre d'entreprises (ici 5),


E E

na =L na(e), et (j = ~L na(e) q(e)


e=A na e=A
- et la variance inter-entreprise qui sert à mesurer la dispersion du
nombre de décès entre entreprises différentes :
1 E 1 98
82= EL -
3 1
Lna(e, k) ({je,k-(fe)2
e=A k=96
où 3 désigne le nombre d'années observées.
136 Assurance: comptabilité, réglementation, actuariat

L'estimateur du coefficient de crédibilité de l'entreprise e (cf. démons-


tration dans l'ouvrage cité) est

a2
CRED e = - - - -
2
- 8
a2 +--
na(e)

qui vaut bien 0 si l'on n'a pas d'observations lorsque na(e) =0 et tend
bien vers 1 si na (e) tend vers l'infini.

3.3. Suite de rexemple

Entreprises
A B C D E
Taux de mortalité a priori 0,100 % 0,100 % 0,100 % 0,100 % 0,100 %
Taux de mortalité observé 0,118 % 0,033 % 0,132 % 0,129 % 0,104 %
Coefficient de crédibilité 0,847 0,800 0,920 0,739 0,957
Taux de mortalité prédit 0,115 % 0,047 % 0,129 % 0,122 % 0,104 %

Estimateur de (72 8,8258e-08


Estimateur de s2 0,052902 %

3.4. Remarque sur les utilisations de la théorie


Il est possible d'utiliser le modèle développé dans l'exemple précédent
de plusieurs manières différentes.
On peut restreindre le nombre d'entreprises à 1 et développer ainsi un
modèle de bonus-malus tenant compte des antécédents.
D'un autre point de vue, au lieu de considérer cinq entreprises, trois
années d'observation et une année inconnue, on pourrait considérer cinq
pays pour une catégorie donnée (France, Belgique, Pays-Bas, Allemagne
et Italie), et trois regroupements de risques par pays, et chercher à calculer
la prime d'un quatrième groupement dans un des cinq pays.
Chapitre 5

,
LE MODELE
DE L'ASSURANCE AUTO

L'étude générale des prestations aléatoires, exposée dans le cadre du


modèle simple, reste valable pour toutes les branches. Mais pour une
branche d'assurance autre que la temporaire décès, on peut être confronté,
sur chacun des points examinés, à des problèmes nouveaux appelant
d'autres méthodes. C'est le cas en assurance automobile, où la garan-
tie est illimitée, et où le coût d'un sinistre est donc loin d'être connu à
l'avance.
Il y a donc lieu de compléter, au risque de les compliquer, chacun des
trois points examinés dans le chapitre précédent.
- L'étude des prestations aléatoires du chapitre 4, § 1., ne séparait pas
l'étude du nombre aléatoire de sinistres de celle du coût aléatoire d'un
sinistre. Dans le contrat groupe décès exposé au chapitre 4, § 1. 2, il
n'y avait d'ailleurs pas lieu de le faire dans la mesure où chaque sinistre
avait un coût certain c. Dans le cas général qui est celui de l'auto, chaque
sinistre éventuel a un coût aléatoire. Nous verrons alors qu'il est plus aisé
de modéliser séparément fréquence et coût du sinistre.
- L'étude de la tarification du chapitre 4, § 2., sera complétée en seg-
mentant le tarif en fonction de plusieurs facteurs de tarification: si, dans
le contrat groupe décès exposé au chapitre 4, § 2.2, nous n'avons pris
comme facteur de tarification que l'âge, dans le cas général qui est ce-
lui de l'auto, nous serons amenés à prendre plusieurs facteurs (âge du
conducteur, puissance du véhicule, zone de circulation ... ).
- L'étude du résultat réel de l'année d'assurance du chapitre 4, § 3.,
sera complétée en introduisant, dans les comptes, la notion de sinistres
à payer: si, dans le contrat groupe décès exposé au chapitre 4, § 3.,
nous avons considéré que les comptes de l'année écoulée comportaient le
coût exact des prestations (dès l'établissement des comptes, en février ou
138 Assurance: comptabilité, réglementation, actuariat

mars de l'année suivante), dans le cas général qui est celui de l'auto, la
connaissance de ce coût exact prend plusieurs années, et force est d'évaluer
le mieux possible les sinistres survenus et non encore payés pour juger du
tarif pratiqué avant qu'il ne soit trop tard.

Nous allons reprendre ainsi toute l'étude, avec un plan inchangé: même
si le risque est correctement tarifé, l'assureur s'expose à un risque de perte,
voire de ruine, et nous allons étudier ces risques en distinguant, cette fois,
la fréquence des sinistres et le coût d'un sinistre (§ 1.). Cette situation em-
pire si la tarification n'a pas été maîtrisée, et la tarification sera présentée
à nouveau, mais avec plusieurs facteurs (§ 2.). Une fois la tarification
effectuée, les résultats doivent parfois déclencher une modification du ta-
rif, avec, cette fois, la nécessité d'évaluer les sinistres survenus mais non
encore payés (§ 3.).

1. Aléa et résultat de l'assureur


Reprenons les notations adoptées dans le modèle simple. Soit i un assuré
quelconque et na le nombre total d'assurés (i = l, ... , na). Xi est la charge
annuelle aléatoire de prestations imputables à l'assuré i et Ki la prime pure
payée par l'assuré i.
L'hypothèse centrale formulée au § 4.1 peut être reprise ici : il n 'y a
pas d'erreur de tarification. En d'autres termes, on suppose exactement
connu
E(Xi ) = Ki
À partir de cette hypothèse, le modèle auto complique la modélisation
des prestations en décomposant la charge annuelle de prestations (§ 1.1)
et en séparant l'étude du nombre de sinistres (§ 1.2) de celle du coût des
sinistres (§ 1.3). Les deux études précédentes permettent d'appréhender
le résultat de l'assureur en analysant la charge de prestations (§ 1.4). Par
ailleurs, le coût aléatoire d'un sinistre peut être modifié par la réassurance
(§ 1.5), a fortiori si l'écart-type n'en est pas borné (§ 1.6).

1.1. Présentation du modèle fréquence-coût


Pour faciliter la décomposition de la charge annuelle de prestations par
sinistres, adoptons de nouvelles notations. Soit j un sinistre quelconque
de l'assuré i et Ki le nombre total de sinistres de l'assuré i au cours de
l'année (j = l, ... , Ki)' Ki est une variable aléatoire entière positive.
Elle peut prendre la valeur 0, ce qui correspond à une absence de sinistre
dans l'année.
Soit Yi,j le coût aléatoire de l'éventuel j-ième sinistre imputable à l'as-
suré i. La charge annuelle de prestations Xi imputable à l'assuré i est la
somme d'un nombre aléatoire Ki de coûts aléatoires de sinistres Yi,j'

Xi = Yi, 1 + Yi, 2 + ... + Yi, Ki


Chapitre 5 - Le modèle de l'assurance auto 139

Les prestations sont la somme d'un nombre aléatoire de sinistres dont


les montants sont eux-mêmes aléatoires.
Dans le cas général qui est celui de l'auto, pour chaque assuré i, nous
avons donc remplacé l'étude d'une variable aléatoire Xi par l'étude de
Ki + 1 variables aléatoires :
- le nombre aléatoire Ki des sinistres de l'assuré i ;
- le coût aléatoire Yi, j de chacun des Ki sinistres éventuels de
l'assuré i.

1.2. Le nombre de sinistres


1.2.1. Le nombre de sinistres d'un assuré
Pour chaque assuré i, le nombre de sinistres Ki constitue une variable
aléatoire positive ou nulle. Chaque assuré peut, en effet, avoir 0, 1, 2, 3, ...
sinistres. En général, ce nombre de sinistres est modélisé en utilisant une
loi de Poisson (cf. annexe 2 du chapitre 1). C'est une hypothèse courante
parce que simple et commode. La loi de Poisson n'a en effet qu'un seul
paramètre (noté ici À).
De plus, on sait que la loi de Poisson peut se construire à partir d'une
hypothèse unique: la probabilité de survenance d'un sinistre dans le futur
proche est proportionnelle à la durée envisagée et ne dépend pas des obser-
vations passées (les mathématiciens parlent de processus sans mémoire).
On dispose donc ainsi d'une description littéraire exhaustive des critères
d'adéquation du modèle mathématique à la réalité qu'on cherche à modé-
liser.
Supposons que le nombre de sinistres de chaque assuré suive une loi de
Poisson P>., d'espérance À et d'écart-type vIX.
La différence entre ce modèle de Poisson et le modèle simple (cf. son
étude en annexe 2) n'importe que si l'on s'intéresse au nombre de sinistres
de l'assuré individuel: à l'échelle d'un ensemble d'assurés, Bna, >. comme
Pn a >. peuvent être approchés par une loi normale si na est assez grand.

1.2.2. Le nombre total de sinistres


Soit N s le nombre total de sinistres, tous assurés confondus.
Ce nombre total des sinistres que doit payer l'assureur est la somme du
nombre de sinistres de chacun des assurés.

Dans le cadre du modèle de Poisson, si le nombre de sinistres de chaque


assuré suit une loi de Poisson P>., d'espérance À et d'écart-type vIX, alors
le nombre de sinistres N s de na assurés suit une loi de Poisson Pn a >.
d'espérance naÀ et d'écart-type VnaÀ.
140 Assurance : comptabilité, réglementation, actuariat

1.2.3. La fréquence des sinistres des na assurés


La fréquence des sinistres des na assurés est le nombre aléatoire de
sinistres N s rapporté au nombre certain d'assurés na. Cette fréquence est
une variable aléatoire dont l'espérance E (::) est appelée la fréquence
probable.
Dans le cadre du modèle de Poisson, on a

Remarque
Afin d'éviter des erreurs, il faut s'attacher à distinguer
- le nombre certain na d'assurés;
- le nombre aléatoire Ki des sinistres de l'assuré i ;
- le nombre aléatoire N s des sinistres des na assurés.

1.3. Le coût d'un sinistre


Le montant Y d'un sinistre est une variable aléatoire dont l'espérance
E(Y) est appelée le coût probable d'un sinistre.
Soulignons que l'actuaire, parce qu'il utilise un vocabulaire du
XIxe siècle, dit coût probable au lieu d'espérance du coût (aléatoire),
et plus généralement valeur probable au lieu d'espérance d'une valeur
(aléatoire) .
Dans le cas de l'assurance décès étudié au chapitre 4, § 1., le montant
y d'un sinistre, le capital garanti c, était un montant certain. Dans ce
cas particulier, on avait O"(Y) = 0 et donc Y = E(Y) = c. On pourra s'y
ramener dans les cas où O"(Y) / E(Y) est petit.
En général, on ne disposera pas d'une fonction de répartition théo-
rique mais d'une fonction de répartition d'origine statistique, éventuelle-
ment ajustée. Cette fonction de répartition, quelle que soit son origine
(statistique sur un très grand nombre d'observations, ajustements), est
considérée dans cette partie comme étant exacte.
Les fonctions de répartition sont présentées généralement par tranche
de coût. Il existe deux présentations équivalentes: une forme densité de
distribution et une forme répartition cumulée.

1.3.1. Présentation de la densité de distribution


La présentation de la densité de distribution comprend trois colonnes,
tranches de coûts, nombres, coûts. Prenons comme exemple la distribution
suivante.
Chapitre 5 - Le modèle de l'assurance auto 141

Tranches de coûts Nombres Coûts

0 à 1000 129 62 128


1 000 à 2000 165 241 610
2000 à 3000 408 1 101 051
3000 à 4000 108 376 221
4000 à 5000 56 251 965
5000 à 10 000 90 590 219
10 000 à 50000 43 742 088
50000 à 00 1 86289

TOTAL 1 000 3 451 571

La première ligne du tableau précédent se lit comme suit : il y a


129 sinistres sur 1 000 (ici, 1 000 est un nombre rond arbitraire, com-
mode pour exprimer des probabilités) dont le coût est compris entre 0 et
1 000 €.
Lorsque le nombre de sinistres total, toutes tranches confondues, vaut
1 000, le nombre de sinistres d'une tranche divisé par 1 000 est la proba-
bilité qu'un sinistre soit dans la tranche de coût en question: il y a donc
une probabilité de 12,9 % qu'un sinistre ait un coût compris entre 0 et
1 000.
Ces 129 sinistres de la première tranche ont un coût total de 62 128 € et
62 128
leur coût moyen est donc de ~ = 482 €.
Cette présentation de la densité de distribution comporte non seulement
les colonnes, classiques en calcul des probabilités, tranches de coûts et
nombres (nombres non cumulés des sinistres de la tranche), mais aussi
une colonne coûts (coûts non cumulés des sinistres de la tranche) plus
inhabituelle.
On peut obtenir le coût moyen des sinistres dans chaque tranche en
divisant simplement le coût total des sinistres de la tranche par le nombre
de sinistres de la tranche :

Tranches de coûts Nombres Coûts Coût moyen

0 à 1 000 129 62 128 482


1 000 à 2000 165 241 610 1 464
2000 à 3000 408 1 101 051 2699
3000 à 4000 108 376 221 3484
4000 à 5000 56 251 965 4499
5000 à 10000 90 590 219 6558
10 000 à 50000 43 742 088 17258
50000 à 00 1 86289 86289

TOTAL 1 000 3451 571


142 Assurance: comptabilité, réglementation, actuariat

La présence de la colonne coût découle du fait qu'il serait assez erroné


(surtout pour les tranches élevées) de confondre le coût moyen des sinistres
d'une tranche avec le centre de la tranche, comme il est d'usage dans
d'autres distributions. Comparons les centres des tranches avec les coûts
moyens par tranche.

Tranches de coûts Centres de tranches Coût moyen

0 à 1000 500 482


1000 à 2000 1 500 1464
2000 à 3000 2500 2699
3000 à 4000 3500 3484
4000 à 5000 4500 4499
5000 à 10 000 7500 6558
10 000 à 50000 30000 17258
50000 à 00 ? 86289

Dans cet exemple, le centre de la tranche est souvent supérieur au coût


moyen : dans la tranche 10 000 à 50 000 le centre est 30 000 et le coût
742088
moyen ~ = 17 258 seulement. Autrement dit, dans cette tranche, il
y a plus de petits sinistres que de grands sinistres.

1.3.2. Présentation de la répartition cumulée

La présentation de la répartition cumulée comprend trois colonnes


moins de, nombre cumulé et coût cumulé. Reprenons l'exemple précédent.

Moins de Nombre cumulé Coût cumulé

1000 129 62 128


2000 294 303 738
3000 702 1 404 789
4000 810 1 781 011
5000 866 2032975
10 000 956 2 623 194
50000 999 3 365 282
00 1000 3451 571

La deuxième ligne du tableau précédent se lit comme suit : il y a 294 si-


nistres sur 1 000 ayant un coût inférieur à 2 000 €. Ces 294 sinistres ont
un coût total de 303 738 €.
Chapitre 5 - Le modèle de l'assurance auto 143

1.3.3. Dissymétrie de la distribution et ajustements possibles


La distribution précédente est très dissymétrique, ce qui peut en par-
ticulier s'observer en constatant que, dans cette distribution, la médiane
est très au-dessous de la moyenne :
- La médiane (coût du 500e sinistre sur 1 000) est comprise entre le coût
du 295 e sinistre et celui du 702 e , donc dans l'intervalle 2 000 € - 3 000 € ;
- La moyenne, estimation de E(Y), est de 3 452 € (coût total divisé
par le nombre total de sinistres).

Graphique 1. - Nombre de sinistres par tranche de coût

o 2 4 6 8 10

En effet, un très petit nombre de sinistres est à l'origine d'une partie


importante du coût (et de l'essentiel de l'écart-type) : les sinistres de plus
de 10 k€, qui n'ont pu figurer sur le graphique l, sont à l'origine de 24 %
du coût probable (et d'une partie beaucoup plus grande de l'écart-type).
Il est donc assez naturel de chercher une modélisation des distributions
de sinistres en considérant le logarithme du montant des sinistres.
Les deux lois que sont la loi log-normale et la loi de Pareto sont usuelles:
- La loi log-normale se définit simplement (ln Y suit une loi normale)
et peut paraître naturelle (si la loi normale est naturelle comme somme
d'un grand nombre d'aléas homogènes et indépendants, la loi log-normale
est naturelle comme produit d'un grand nombre d'aléas homogènes et
indépendants) .
- La loi de Pareto se définit tout aussi simplement (le logarithme du
nombre de sinistres dépassant y est une fonction linéaire de ln y) et ne
dépend que d'un seul paramètre.

On trouvera un exemple d'ajustement de ces deux lois sur des données


réelles en 4.6.
144 Assurance: comptabilité, réglementation, actuariat

1.3.4. Sinistres de faibles montants


Les lois log-normale ou de Pareto ne permettent jamais d'ajuster et de
modéliser toute la distribution des sinistres mais uniquement les sinistres
supérieurs à un certain montant. La raison en est que les sinistres de trop
petit montant ont une existence statistique incertaine.
Selon qu'une clause de bonus-malus ou de franchise est présente ou non,
l'assuré déclarera ou pas les sinistres de faibles montants ... Inversement,
l'assureur ne s'intéresse qu'aux sinistres qu'il peut être amené à prendre
en charge, et donc seulement à ceux qui sont supérieurs à la franchise
laissée à la charge de l'assuré par le contrat d'assurance.
De même, le réassureur en excédent de sinistres s'intéresse essentielle-
ment aux sinistres (supérieurs au plein de conservation) laissés à sa charge
par le contrat de réassurance.

1.3.5. Calcul de E(Y)


Les sinistres Yj sont rangés par classe. Nous avons vu que le centre de
la classe est différent du coût moyen des sinistres dans la classe (surtout
pour les montants élevés), ce qui impose quelques précautions dans le
calcul exact de E(Y) et le calcul exact ou approché de a (Y).
onaevi ' demment d·lrectement E(Y) = 3 451 571 .
1 000
Mais si l'on veut calculer E(Y) comme moyenne des valeurs que peut
prendre Y pondérée par les probabilités que Y prenne ces valeurs,
- il serait inexact de remplacer les sinistres d'une classe par le centre
de la classe
129 165 43 1
E (Y) =J 1 000 x 500 + 1 000 x 1 500 + ... + 1 000 x 30 000 + 1 000 x?

(avec une difficulté pour le dernier terme !) ;


- on retrouve le montant exact en remplaçant les sinistres d'une classe
par le coût moyen de la classe
129 165 43
E (Y) = 1 000 x 482 + 1 000 x 1 464 + ... + 1 000 x 17 258
1
+ 1 000 x 86 289
=3452 €

1.3.6. Calcul de a (Y)


Pour calculer l'écart-type a (Y) connaissant E(Y), il suffit de calculer
E(y 2 ) afin d'en déduire a(Y).
- Comme ci-dessus, il serait très inexact de remplacer les sinistres d'une
classe par le centre de la classe pour calculer a 2 (Y)
129 165 43 1
E(y 2 ) =J - - x500 2 + - - X 15002+ ... + - - x30 0002+_- x ?2
1 000 1 000 1 000 1 000
(avec la même difficulté).
Chapitre 5 - Le modèle de l'assurance auto 145

- Mais ici il n'est pas tout à fait exact de remplacer les sinistres d'une
classe par le coût moyen de la classe:

E (Y
2)
# -129
- x 482 2 + -165
- x 1 4642 + ...
1 000 1 000
43 1
+ - - x 17 258 2 + - - x 86 2892
1 000 1 000

Ce montant diffère de E (y 2 ) et lui est inférieur.

129 165 43 1
- - x482 2 +-- x1464 2 +... +-- x17258 2 +-- x86289 2<E(y2)
1 000 1 000 1 000 1 000

En effet, dans une tranche (Ymin, Ymax) de n sinistres ayant pour


moyenne y, ~n LY; > TP. (De même, 22 + 42 >2 x 32 bien que 2 et
4 aient pour moyenne 3.)
Pour trouver, à défaut de la valeur exacte, une valeur plus prudente,
on peut remplacer, dans chaque tranche (Ymin, Ymax) , une proportion
(1 - a) des sinistres de la tranche par des sinistres de montant Ymin, et la
proportion a restante par des sinistres de montant Ymax, en choisissant a
de manière à ne pas modifier fi.
Donc, dans la tranche (Ymin, Ymax), a est défini par

fi = (1 - a) X Ymin +a x Ymax

(d' '
ou a= -fi-- -
Ymin
- -)
Ymax - Ymin

L y; ~ (1 - a) x na x Y~in +a x na x Y~ax
Ymax - fi
- - - - - x na x Ymin
2
+ fi - Ymin
X
2.
na x Ymax ,
Ymax - Ymin Ymax - Ymin

Tranche de coût Nombre Coût LY;


a à 1 000 129 62 128 62 128 000
1 000 à 2 000 165 241 610 394830 000
2 000 à 3 000 408 1 101 051 3 057 255 000
3 000 à 4 000 108 376 221 1 337 547 000
4 000 à 5 000 56 251 965 1 147685 000
5 000 à la 000 90 590 219 4353285 000
10 000 à 50 000 43 742 088 23 025 280 000
50 000 à 00 1 86289 7 445 791 521

TOTAL 40 823 801 521


146 Assurance : comptabilité, réglementation, actuariat

En appliquant la formule précitée, on obtient un écart-type égal à


5 377 €, alors qu'on obtiendrait 4 244 € avec la formule faisant inter-
venir les carrés des coûts moyens de chaque tranche (formule plus simple
mais qui donne un résultat inférieur au résultat réel).

1.4. La charge globale des prestations


Nous avons déjà vu que le coût aléatoire Xi des prestations relatif à
l'assuré i est la somme d'un nombre aléatoire Ki de sinistres qui ont
chacun un coût aléatoire Yi, j .

Xi = Yi, 1 + Yi, 2 + ... + Yi, Ki


Il reste à étudier l'espérance de Xi (la prime pure) et son écart-type.

1.4.1. L'identification des sinistres d'un assuré


na
La prestation aléatoire L Xi relative aux na assurés peut s'écrire de
i=1
deux manières :
- en continuant de distinguer les sinistres de l'assuré i des sinistres
relatifs aux autres assurés :

na na Ki
LXi= LLYi,j
i=1 i=1 j=1

- en cessant de distinguer les sinistres d'un assuré des sinistres d'un


na
autre assuré (en numérotant l'ensemble des N s = L Ki sinistres sans
i=1
chercher à identifier les sinistres propres à chaque assuré) :

La première des deux représentations des sinistres des assurés constitue


un modèle individuel utile pour les problèmes de bonus-malus, alors que
la deuxième constitue un modèle collectif. L'une et l'autre seront utilisées
dans ce qui suit.

1.4.2. Analyse de la charge des prestations de na assurés


1.4.2.1. La charge probable
Pour l'ensemble des assurés, sous réserve que les différents sinistres Yi,j
soient indépendants et de même loi, notamment de même coût probable
E(Y) = E(Yi,j), en notant Ns le nombre total de sinistres des na assurés,
on montre que
Chapitre 5 - Le modèle de l'assurance auto 147

Cette formule est conforme à l'intuition:


La prestation probable est le produit du nombre probable des sinistres
par le coût probable d'un sinistre.
(La démonstration figure en annexe 1.)
En prenant la moyenne par assuré

La prestation probable par assuré (ou prime pure) est le produit du


nombre probable des sinistres par assuré (ou fréquence probable) par le
coût probable d'un sinistre.

1.4.2.2. Écart-type de la charge


Dans le cas où le nombre de sinistres N s suit une loi de Poisson de
paramètre na).. = E(Ns ) = a 2 (Ns ),

Cette formule est conforme à l'intuition, du moins dans les deux cas
extrêmes que sont la RC auto, où a(Y)j E(Y) est considérable, et la
branche temporaire décès où a(Y) j E(Y) est nul.
- En effet, en RC auto a 2 (y) ~ E(y 2 ), donc la formule se lit

ce qui est facile à retenir :


En Re auto, la variance de la prestation est à peu près égale au produit
de la variance du nombre de sinistres par la variance du coût d'un sinistre.
- Bien entendu, on ne saurait avoir a 2 (LXi) ~ a 2 (Ns ) x a 2 (y)
dans tous les cas. En décès, on trouverait 0, puisque a 2 (Y) = °: si tous
les sinistres ont un montant c, la formule ci-dessus redevient la formule,
que l'on peut démontrer directement, a 2 (LXi) = a 2 (Ns) x c2
La formule précédente peut s'écrire en prenant la moyenne par assuré:

1.5. Étude d'un plafond et d'une franchise


Poursuivons l'étude de la distribution précédente, celle de Y.
148 Assurance: comptabilité, réglementation, actuariat

Tranches Nombre Coût Coût Nombre Coût


de coût moyen cumulé cumulé

0 à 1000 129 62 128 482 129 62 128


1000 à 2000 165 241 610 1464 294 303 738
2000 à 3000 408 1 101 051 2699 702 1 404 789
3000 à 4000 108 376 221 3484 810 1 781 011
4000 à 5000 56 251 965 4499 866 2 032 975
5000 à 10000 90 590219 6558 956 2 623 194
10000 à 50000 43 742088 17258 999 3365 282
50000 à 00 1 86289 86289 1000 3451 571

TOTAL 1000 3451 571

La catégorie comporte 20 000 assurés avec une fréquence de sinistres


de 8 % (cela fait 1 600 sinistres par an ; rappelons que le tableau ci-dessus
est établi par pure commodité sur la base de 1 000 sinistres). Calculons
la prime pure.

E(X) =E (~:) x E(Y) = 8 % x 3452 = 276

1.5.1. Étude d'un plafond


Supposons que l'assureur se fasse réassurer en excédent de sinistres.
Au-delà d'un plafond, appelé priorité, le réassure ur prend en charge le
sinistre. Prenons comme priorité la k€ et supposons qu'il n'y ait pas de
franchise. Le tableau ci-après présente le partage de la prise en charge
d'un sinistre Y.

Dépenses Assureur Réassureur Total

y < Pl Y 0 Y

Pl <y Pl Y-Pl Y

Si le sinistre a un coût Y inférieur à la priorité Pl, le sinistre est entière-


ment à la charge de l'assureur et le réassure ur ne paie rien. En revanche, si
le coût du sinistre dépasse la priorité Pl, le réassureur paie Y - Pl, et l'as-
sureur conserve à sa charge la priorité Pl. En résumé, l'assureur prend à
sa charge min (Pl; Y) et le réassureur prend à sa charge max (0; Y - Pl).
L'assureur se retrouve tout simplement à la place de l'assuré qui se voit
appliquer une franchise.
Sachant (cf. tableau ci-après) que les sinistres inférieurs à la priorité
(ici 1 000 - 44 = 956 sinistres) ont un coût total égal à 2 623 k€ et que les
44 sinistres supérieurs à la priorité voient leur coût ramené à la k€ chacun,
la distribution devient, après réassurance,
Chapitre 5 - Le modèle de l'assurance auto 149

Après réassurance

Tranches Nombre Coût Coût Nombre Coût


de coût moyen cumulé cumulé

a à 1000 129 62 128 482 129 62 128


1 000 à 2 000 165 241 610 1 464 294 303 738
2 000 à 3 000 408 1 101 051 2699 702 1 404 789
3 000 à 4 000 108 376 221 3484 810 1 781 011
4 000 à 5 000 56 251 965 4499 866 2 032 975
5 000 à 10 000 90 590 219 6558 956 2 623 194
10 000 à 50 000 43 430 000 10000 999 3 053 194
50 000 à 00 1 10000 10000 1 000 3 063 194

TOTAL 1 000 3063194

et la prestation probable devient

8 o/c x 2 623 194 + 44 x 10 000 =2 5 €


o 1 000 4

1.5.2. Étude d'une franchise


Supposons que l'assureur décide d'appliquer une franchise fr de 5 000 €
Le tableau ci-après présente le partage de la prise en charge d'un sinistre
y entre l'assureur et l'assuré.

Dépenses Assuré Assureur Total

y < fr Y a y

fr < Y fr Y - fr Y

Si le sinistre a un coût Y inférieur à la franchise fr, le sinistre est


entièrement à la charge de l'assuré et l'assureur ne paie rien. En revanche,
si le coût du sinistre dépasse la franchise fr, l'assureur paie Y - fr, et
l'assuré conserve à sa charge la franchise fr. En résumé, l'assureur prend
à sa charge max(O; Y - fr). Et la distribution devient
150 Assurance: comptabilité, réglementation, actuariat

A vant franchise Après franchise

Tranches de coûts Nombre Tr. de coût Nombre Coût

0 à 1000 129 0 0
1 000 à 2000 165 0 0
2000 à 3000 408 0 0
3000 à 4000 108 0 0
4000 à 5000 56 0 0
5000 à 10000 90 Oà5000 90 590 219 - 90 X 5 000
10000 à 50000 43 5000 à 45 000 43 742 088 - 43 X 5 000
50000 à 00 1 45000 à 00 1 86289 - 5 000

TOTAL 1000 134

On peut faire deux calculs :


• En continuant d'appeler sinistres les événements où l'assureur ne
dépense rien,
- la fréquence probable reste de 8 %,
- le coût probable d'un sinistre devient:

590 219 + 742 088 + 86 289 - 5 000 x 134 = 749 €


1 000

- et la prestation probable devient :

8 % x 749 = 60 €

• En cessant d'appeler sinistres les événements où l'assureur ne dépense


rien,
- la fréquence probable tombe à :

8 %x /~~o = 1,072 %,

- le coût probable d'un sinistre devient :

590 219 + 742 088 + 86 289 - 5 000 x 134 = 5 587 €


134
- et la prestation probable devient :

1,072 %, x5 587 = 60 €

1.6. Cas des sinistres à écart-type non borné


L'existence d'un tel cas de figure peut paraître paradoxal. En effet, le
coût des sinistres est appréhendé au travers des observations faites par
Chapitre 5 - Le modèle de l'assurance auto 151

l'assureur. Il Y a donc toujours une valeur numérique pour l'écart-type


observé.
En fait, les sinistres de montant élevé étant en nombre trop faible pour
générer des statistiques stables et fiables, l'actuaire éprouve le besoin de
lisser les observations, par exemple en les ajustant avec une loi classique
(Pareto, log normale ... ). Or, l'ajustement peut conduire à utiliser une
variable aléatoire dont l'écart-type serait infini: c'est fréquemment le cas
en assurance auto.
Dans ce cas, la charge cumulée des sinistres n'est plus approximable
par une loi normale car les conditions d'application des lois des grands
nombres ne sont plus vérifiées et le calcul du coefficient de sécurité (3 n'a
plus le même sens.
La mesure du risque peut alors être appréhendée en estimant la charge
cumulée des sinistres par une série de simulations.
La théorie présentée est néanmoins suffisante pour l'assureur. Si le mon-
tant d'un sinistre n'a pas d'écart-type fini, une réassurance en excédent
de sinistres permet de borner l'écart-type qui reste à charge de l'assureur.
Les problèmes de simulation évoqués ci-dessus concernent donc essentiel-
lement le réassureur.

Remarque
Lorsqu'on est dans les conditions du théorème central limite, la ruine de
l'assureur, si elle se produit, entraîne une insuffisance de paiement faible
en comparaison du montant des garanties.
Lorsqu'on n'est pas dans ces conditions, les calculs ne doivent pas se
limiter à tenter d'estimer les seules probabilités d'une perte supérieure
aux fonds propres. Il convient aussi d'examiner le montant de la perte
simulée lorsque celle-ci dépasse les fonds propres. À titre d'illustration,
considérons, comme dans l'annexe 1 du chapitre 4, le cas d'un assu-
reur qui garantirait en cas de décès 400 congressistes voyageant dans le
même avion. Si le sinistre se produit, cet assureur est ruiné, mais, dans ce
cas, l'insuffisance des paiements par rapport aux garanties est mille fois
supérieure au chiffre d'affaires. En commettant la lourde faute de ne pas
se réassurer, il ne joue plus du tout son rôle d'assureur mais fait seulement
un pari.

2. La tarification et la segmentation du tarif


L'étude générale exposée dans le cadre du modèle simple reste bien
entendu valable.
L'assureur ne connaît toujours pas la valeur de l'espérance de la charge
de sinistre et donc ne connaît pas la prime pure. Il doit en conséquence
bâtir son tarif en utilisant une estimation 7r de la prime pure qui peut
différer sensiblement de l'espérance de la charge annuelle de sinistres
E(X).
152 Assurance: comptabilité, réglementation, actuariat

Il est toutefois plus efficace d'estimer séparément la fréquence probable


et le coût probable plutôt que la seule prime pure. En effet:
- La fréquence probable est plus rapide à estimer que le coût probable:
ainsi, en auto, le nombre des sinistres est connu en temps réel (au délai
de courrier près), tandis que le coût des sinistres corporels ne peut être
estimé avec précision qu'après plusieurs années, lorsque les blessures des
victimes sont consolidées, et que le juge a rendu ses décisions.
- Les facteurs expliquant l'évolution de la fréquence probable au cours
du temps sont différents de ceux expliquant l'évolution du coût probable:
ainsi, en auto, la fréquence probable est influencée par des mesures de
sécurité routière et décroît en France depuis les années 1970, tandis que le
coût probable varie principalement en fonction de l'inflation et augmente
de manière continue.

Nous verrons donc d'abord comment la décomposition fréquence-coût


de la prime pure facilite la tarification des contrats auto (§ 2.1), puis nous
indiquerons, de manière plus complète qu'au chapitre 4, § 2., pourquoi,
dans une branche telle que l'auto, la menace de l'antisélection pousse l'as-
sureur à segmenter son tarif en fonction de multiples critères (§ 2.2). Nous
verrons ensuite comment segmenter le tarif en fonction de plusieurs des
facteurs (§ 2.3), avec, en annexe, la résolution complète, sur un exemple,
des problèmes que pose cette segmentation multi-critères.

2. 1. L~estimation de la prime pure


2.1.1. Estimation de la prime pure dans une catégorie homogène
Comme dans le modèle simple, nous supposons que nous disposons de
no observations XI, ... , x no . Nous avons indiqué dans le modèle simple que
la prime pure 7r pouvait être estimée comme la moyenne des observations.

Pour décomposer la prime pure en fréquence et coût probables, nous


allons passer d'une représentation des sinistres en modèle individuel à
une représentation en modèle collectif. Pour cela, nous renumérotons les
sinistres sans nous soucier de conserver l'affectation de chaque sinistre à
un assuré précis :
Xl + ... + x no = YI + ... + Yn s
ns est l'observation du nombre aléatoire total de sinistres N s .

Cette renumérotation des sinistres nous permet d'étudier séparément


la fréquence observée et le coût moyen observé:
- La fréquence observée :\ = ns est un estimateur de la fréquence

probable À = E (::) .
Chapitre 5 - Le modèle de l'assurance auto 153

1 ns
- Le coût moyen observé y - y. est un estimateur du coût
"'"'"1
n8 6
j=l
probable E (Y).

On peut montrer facilement que: 7r = Xx y,


en effet

et

2.1.2. Estimation d'écarts-types


L'estimateur du modèle simple reste valable. L'écart-type de la charge
de sinistre peut être approché par :

(bien entendu, no - 1 n'est en pratique pas différent de no en assurance


car no est très grand).
Il reste maintenant à introduire la décomposition fréquence-coût.
L'estimation de l'écart-type du coût d'un sinistre est donné de même
par l'estimateur classique:

1 ns
(j2 (Y) = _ _ "'"'" (y _ y)2
n -16 1
8 j=l

Quant au nombre de sinistres Ki d'un assuré ou N 8 d'un ensemble


d'assurés, les observations sont moins courantes. Faute d'en avoir, on peut
supposer que ces nombres suivent une loi à 1 paramètre (Bernoulli dans
le modèle simple, Poisson ici) : dans le cas de Poisson, l'estimateur de la
variance est l'estimateur de la valeur probable.
La relation (J2 (Xi) = ,\ x E(Y?) permet d'écrire que la variance de la
prestation, estimée naturellement par -
no
1
I: XT - x2 , peut être estimée
par

Exercice 2.1
En observant na = 10 000 assurés auto pendant un an, on enregistre
n 8 = 897 sinistres.
1. Que peut-on dire de la fréquence probable des sinistres?
154 Assurance: comptabilité, réglementation, actuariat

1
2. Vérifier que l'incertitude relative varie comme Vn (on divise par 10
l'incertitude relative quand on multiplie par 100 le nombre d'assurés).
3. On cherche à estimer des fréquences probables comme précédem-
ment, par des intervalles de confiance à 95 %. Pour que l'incertitude rela-
tive soit de moins de 3 %, quel est le nombre no d'observations nécessaires
a) en assurance auto, avec une fréquence observée 10 % ?
b) en assurance décès, avec une fréquence observée 1 % ?
c) en assurance incendie, avec une fréquence observée 0,1 % ?

Solution
1. Estimations ponctuelles :
E (Ns ) est estimé par ns = 897 ;
(72 (Ns ) est estimé par ns = 897 et donc (7 (Ns ) par 30 ;
E (/) = E (~:) est estimé à 897/10 000 = 0,0897 ;

,,(/) = " (~:) est estimé à 30/10 000 = 0,0030 ;

Estimation par intervalle :


Il y a 95 % de chances que

lE (f) - 0,08971 < 2 x 0,0030 = 0,0060

L' . dl' . ~' . ,0,0060 7 o/c


incertItu e re atIve est III eneure a 0,0897 = o.
2. L'incertitude relative

2,,(/) _ 2 J!: _
E(f) - - À - - y'Àn
2
a

est divisée par 10 si on multiplie na par 100.


2
3. L'incertitude relative est forte si À est petit. Pour ramener rc::- à
yÀn a
3%
a) en assurance auto, il faudrait no = 44 000 ;
b) en assurance décès, il faudrait no = 440 000 ;
c) en assurance incendie, il faudrait no = 4 400 000.

2.2. Antisélection et segmentation tarifaire


La charge probable de prestations du risque i est une grandeur incon-
nue. L'assureur doit donc l'estimer a priori alors qu'il ne pourra observer
qu'a posteriori la charge effective du risque i.
La qualité de la prévision pour un portefeuille se heurte aux deux
risques d'antisélection :
- celle découlant de la diversité des segmentations pratiquées par les
assureurs;
Chapitre 5 - Le modèle de l'assurance auto 155

- celle découlant de la dissymétrie de l'information entre l'assuré et


l'assureur (l'assuré bénéficie d'une meilleure connaissance de son risque
et, dans une assurance non obligatoire, peut choisir de ne pas s'assurer).

L'exemple suivant illustre ces problèmes. On suppose pour simplifier


qu'il n'existe que deux variables de segmentation: puissance du véhicule
et âge du conducteur, chacune de ces variables possédant deux modalités:
Faible et Élevée pour la puissance du véhicule, Expérimenté et Novice pour
l'âge du conducteur. On suppose également que la population se répartit
uniformément entre les différentes cases :

Nombre Expérimenté Novice Tous conducteurs

Faible 250 000 250 000 500 000

Élevée 250 000 250 000 500 000

Tous véhicules 500 000 500 000 1 000 000

On suppose que l'on connaît la charge probable de chaque case tarifaire.


Le tableau ci-après donne ces charges probables de prestations :

Charge probable Expérimenté Novice Tous conducteurs

Faible 100 1500 800

Élevée 900 2500 1 700

Tous véhicules 500 2 000 1 250

2.2.1. Pas d'antisélection : assurance obligatoire


et marché monopolistique
L'assureur A ne subit aucune concurrence. Il n'utilise aucune segmen-
tation et fait payer 1 250 € à tout le monde. L'assurance est obligatoire
et tous les conducteurs s'assurent.
Le résultat probable de A est équilibré :
- Il encaisse
1 000 000 x 1 250 = 1 250 M €
- Il dépensera probablement
250000 x (100 + 900 + 1 500 + 2 500) = 1 250 M€
2.2.2. Par suite de la concurrence de B, dont le tarif est segmenté~
A subit une antisélection
Les conséquences pour A de la venue sur le marché d'un assureur utili-
sant un tarif plus segmenté ont été vues au § 2 du chapitre 4. Rappelons-
les.
156 Assurance: comptabilité, réglementation, actuariat

L'assureur B utilise la variable Puissance, et son tarif est de 800 sur


le segment Faible et 1 700 sur le segment Élevée. Dans cette situation, si
l'information est parfaite et l'élasticité de la demande aux prix grande, les
assurés comparent leur prime entre B et A et vont s'assurer chez l'assureur
le moins cher.

Charge Expérimentés + Novices


probable
et prime Charge probable Prime chez A Prime chez B

Faible 800 1 250 800

Élevée 1 700 1 250 1 700

- Les assurés Puissance faible viennent chez B ; ils paieront 800 au lieu
de 1 250 ;
- Les assurés Puissance élevée restent chez A ; ils préfèrent payer 1 250
au lieu de 1 700 chez B.

Les résultats de B sont équilibrés:


- Primes:
(250 000 + 250 000) x 800 = 400 M€
- Charges probables :

250 000 x 100 + 250 000 x 1 500 = 400 M€

Par contre, pour A,


- les primes sont de

(250 000 + 250 000) x 1 250 = 625 M€

- et les charges probables s'élèvent à

250 000 x 900 +250 000 x 2 500 = 850 M€.


Si A n'a pas fait faillite, il est fortement incité à adopter la variable
Puissance.

2.2.3. Par suite de la concurrence de M,


qui n'applique pourtant pas la segmentation de B mais une autre,
B subit une antisélection
Supposons désormais que B + A appliquent le tarif segmenté selon la
Puissance du véhicule (soit que A ait disparu et ait été absorbé, soit qu'il
tarifie désormais comme B).
À partir de l'exemple précédent, on conçoit facilement que si un assu-
reur M s'introduit sur le marché en utilisant un tarif plus fin, utilisant la
segmentation de B + A (selon la Puissance) plus une autre (selon l'Âge),
Chapitre 5 - Le modèle de l'assurance auto 157

le même phénomène d'antisélection se reproduira, cette fois au détriment


de B + A.
Mais nous allons voir que le phénomène se produit aussi alors que la
segmentation de M est différente mais n'est pas plus fine: M utilise la
seule variable Âge sans utiliser la variable Puissance de B + A.
L'assureur M utilise la variable Âge et son tarif est de 500 sur le segment
Expérimenté et 2 000 sur le segment Novice.
L'assureur B + A utilise la variable Puissance et son tarif est comme
plus haut de 800 sur le segment Puissance faible et 1 700 sur le segment.
Puissance élevée.
Dans cette situation, si l'information est parfaite et l'élasticité de la
demande aux prix grande, les assurés comparent leur prime entre A, B et
M et vont s'assurer chez l'assureur le moins cher.

Expérimenté Novice
Charges
probables Charge Prime Charge Prime
et primes probable M B+A probable M B+A
Faible 100 500 800 1 500 2000 800

Élevée 900 500 1 700 2500 2000 1 700

- Les assurés Expérimentés viennent chez M ; ils préfèrent payer 500


au lieu de 800 chez B + A pour les Faible, 1 700 pour les Élevée.
- Les assurés Novices - Faible restent chez B + A ; il préfèrent payer
800 au lieu de 2 000 chez M ; les assurés Novices - Élevée restent chez
B + A ; ils préfèrent payer 1 700 au lieu de 2 000 chez M.

Les résultats de M sont équilibrés:


- Primes:
250 000 x (500 + 500) = 250 M€
- Charges probables:
250 000 x (100 + 900) = 250 M€
Par contre, pour B+ A,
- les primes sont de
250 000 x (800 + 1 700) = 625 M€
- les charges probables s'élèvent à

250 000 x (1 500 + 2 500) = 1 Md€


Si B + An' a pas fait faillite, il est fortement incité à adopter la variable
Âge. On vérifiera qu'alors, s'il utilise les deux variables Âge et Puissance,
c'est M qui perd de l'argent et est incité (s'il n'a pas fait faillite) à utiliser
la variable Puissance.
158 Assurance: comptabilité, réglementation, actuariat

2.2.4. Antisélection par dissymétrie de l'information


Revenons au cas simple de l'assureur A, seul sur le marché, qui n'utilise
aucune segmentation et fait payer 1 250 à tout le monde.

Assurance obligatoire: pas d'antisélection (rappel).


Nous avons vu que si l'assurance est obligatoire, tous les conducteurs
s'assurent, et le résultat probable de A est équilibré:
- Il encaisse
1 000 000 x 1 250 = 1 250 M €
- Il dépensera probablement

250 000 x (100 + 900 + 1 500 + 2 500) = 1 250 M€

Cas d'une assurance non obligatoire : antisélection pour


l'assureur A
Mais certains des assurés Expérimenté - Puissance faible (risque de
100) et Expérimenté - Puissance élevée (risque de 900) peuvent préférer
ne pas s'assurer, estimant payer leur assurance trop cher par rapport à
leur risque réel (s'ils n'ont pas trop d'aversion au risque).
L'assurance non-vie n'existe que parce que les assurés sont averses au
risque, c'est-à-dire acceptent de payer plus cher que la prestation probable
qu'ils recevront pour éviter de supporter un gros sinistre.
Mais cette aversion peut avoir une limite : ici A demande aux Expéri-
menté - Puissance faible de payer 1 250 alors que leur risque réel est de
100 !
Si l'aversion au risque des assurés était nulle, les Expérimenté ne s'as-
sureraient pas.
- Les primes de As' élèveraient à :

500 000 x 1 250 = 625 M€

- Mais sa charge probable à :

250 000 x 1 500 + 250 000 x 2 500 = 1 Md €


Cas d'une assurance non obligatoire : antisélection pour
l'assureur B
On notera que l'assureur B aurait le même problème
L'assureur B n'utilise que la variable Puissance et fait payer une prime
de 800 sur le segment Puissance faible et 1 700 sur le segment Puissance
élevée. Il pense que son résultat sera équilibré, ce qui est le cas s'il est en
situation de monopole ou n'a pour concurrent que A.
Mais certains des assurés Expérimenté - Puissance faible (risque de
100) et Expérimenté - Puissance élevée (risque de 900) peuvent préférer
ne pas s'assurer, estimant payer leur assurance trop cher par rapport à
leur risque réel (s'ils n'ont pas trop d'aversion au risque).
Chapitre 5 - Le modèle de l'assurance auto 159

Si l'aversion au risque des assurés est nulle,


- les primes de B s'élèveront à :

250 000 x (800 + 1 700) = 625 M€

- mais sa charge probable à :

250 000 x (1 500 + 2 500) = 1 Md€

2.2.5. Conclusion
Comme nous venons de le voir, l'impact des deux phénomènes d'an-
tisélection est important et se traduit, dans tous les cas, par un coût
effectif global supérieur à la somme des coûts individuels prévus.
Il est donc important d'avoir une bonne connaissance des risques indi-
viduels, c'est-à-dire une segmentation technique fine même si la segmen-
tation commerciale finalement utilisée est plus simple.

2.3. La prise en compte de plusieurs facteurs de tarification


En pratique, l'actuaire qui cherche à définir des classes de risques
homogènes, dispose de deux grandes classes de variables :
- les variables exogènes, c'est-à-dire les informations relatives au risque
(l'âge de l'assuré, son activité professionnelle, la zone géographique de
circulation, le groupe et la classe de véhicule ... ), à l'exclusion de toute
donnée relative aux réalisations du risque ;
- les variables endogènes, c'est-à-dire les informations relatives aux réa-
lisations du risque qui interviennent dans le bonus-malus.

2.3.1. La multiplicité des facteurs de tarification en auto


Les critères de tarification notés z, z' et z", sont nombreux: des critères
exogènes au risque assuré, tels que le groupe du véhicule, la zone de circu-
lation, l'usage socio-professionnel, la date du permis du conducteur, son
âge ... et des critères endogènes, tels que son passé sinistres (bonus-malus).
L'importance de la prime auto dans le budget de l'assuré et le caractère
très concurrentiel du marché amènent chaque société à adopter un tarif
complexe par peur de l'antisélection.
La charge probable individuelle de prestations est une grandeur incon-
nue. L'assureur doit donc l'estimer en début de période a priori, alors
qu'il ne pourra observer qu'a posteriori une charge effective globale. La
qualité de la prévision pour un portefeuille se heurte aux deux risques
d'antisélection :
- antisélection interne, liée à la dissymétrie de l'information - l'assuré
bénéficie d'une meilleure connaissance de son risque et peut choisir de ne
pas s'assurer ou de ne s'assurer que partiellement (sauf dans le cas d'une
assurance obligatoire) : ainsi, seuls les assurés qui jugent le prix intéressant
s'assurent;
160 Assurance: comptabilité, réglementation, actuariat

- antisélection externe, liée à la diversité des segmentations pratiquées


par les assureurs.

Ces deux notions sont fortement liées. La diversité et la finesse des


segmentations ont en effet accru le niveau d'information des assurés et
leur capacité d'évaluer leur propre risque, ce qui aggrave la dissymétrie
d'information. En assurance automobile, cet effet est encore amplifié par
la multiplication des analyses comparatives publiées dans la presse.

2.3.2. La décomposition fréquence/coût


En RC surtout, pour un nombre de véhicules déterminé, l'estimateur
de la fréquence À(z, z', z") est connu plus tôt et il est plus précis, (~ i~
étant de l'ordre de 3) que Y (z, z', Zif), qui n'est connu qu'au bout de 3 ou
4 ans et pour lequel ~ i~ est de l'ordre de 10 à cause des gros sinistres.

2.3.3. Structure tarifaire/niveau du tarif


Pour diminuer l'incertitude due à (J (Y), chaque tarificateur, qu'il
s'agisse d'une société ou d'un groupement professionnel, est amené à
écrêter Y afin d'obtenir une structure tarifaire, c'est-à-dire if (z, z', ZIf)
à un coefficient multiplicatif près.
C'est ensuite qu'est fixé ce coefficient multiplicatif, c'est-à-dire qu'est
fixé le niveau de tarif, à partir de l'étude prospective du rapport sinistres
à primes au niveau de l'ensemble de la branche.
Il est d'usage que la structure tarifaire soit modifiée plus rarement que
le niveau du tarif, lequel est en principe réajusté au moins annuellement
à partir des comptes.

2.3.4. La prise en compte de plusieurs facteurs de tarification


Estimer séparément les E(X Z = z, Z' = z', Zif = z" ... ) conduit à
1

estimer beaucoup de primes pures.


Ainsi, en auto, la fréquence des sinistres est étudiée en fonction :
- de la puissance Z (groupe) du véhicule;
- de la zone Z' de circulation ;
- de l'usage ZIf qu'en fait le conducteur principal;
- de l'ancienneté ZIf' de permis du conducteur principal;
- de l'âge Z(4) du véhicule;
- du bonus-malus Z(5) du conducteur;

avec la modalités de Z (groupes de véhicules), 5 de Z' (zones) et la de


ZIf (usages), 2 de Z'" (novices/non novices), 2 de Z(4) (récents/anciens) ...
conduiraient à estimer la x 5 x la x 2 x 2 = 2 000 primes pures, sans tenir
compte du bonus-malus.
Chapitre 5 - Le modèle de l'assurance auto 161

Il n'est évidemment pas possible de réunir un nombre suffisant d'obser-


vations pour chacune de ces primes pures, et il est usuel de commencer
par modéliser l'influence de chaque facteur pris isolément (cf. paragraphe
précédent), ce qui reviendrait à estimer 10 + 5 + 10 + 2 + 2 = 29 primes
pures seulement.
Mais un problème se pose. Les facteurs de tarification sont en général
corrélés:
- La prime pure fonction de la seule zone apparaît plus basse dans
les zones rurales, la prime pure fonction de la seule puissance apparaît
plus basse pour les petits véhicules: comment conjuguer ces critères sans
double emploi (puisqu'on peut observer que les agriculteurs ont des véhi-
cules moins puissants que les autres conducteurs) ?
- La prime pure fonction de la seule puissance apparaît plus basse
pour les petits véhicules, la prime pure fonction de l'âge du permis du
conducteur apparaît plus forte pour les conducteurs novices: comment
conjuguer ces critères sans qu'il y ait compensation (puisqu'on peut ob-
server que les conducteurs novices ont des véhicules moins puissants que
les autres conducteurs) ?

Il faut donc utiliser une technique décorrélant les facteurs : technique


empirique de pondération des observations telle que le ferait un institut de
sondage, technique de régression à plusieurs variables, modèle multiplicatif
du maximum de vraisemblance.
Nous avons choisi d'illustrer en annexe 3 cette troisième technique en
écrivant J-L(z, z') = v(z) ç(z'), pour prendre en compte à la fois
- le groupe du véhicule z ;
- la caractéristique conducteur novice/expérimenté z'
dans l'estimation de la fréquence probable d'un contrat auto.

Il reviendrait au même d'écrire J-L(z, z') = v(z)ç(z'), par exemple, pour


prendre en compte à la fois tout autre ensemble de variables, par exemple
l'âge de l'assuré z et la caractéristique Fumeur/Non-fumeur z' dans l'es-
timation de la prime pure d'un contrat d'assurance décès: dans les deux
cas, un facteur qui aggrave la prime pure - être novice en auto, ou fu-
meur en décès- est en partie masqué par un facteur qui l'allège - moindre
puissance des véhicules des novices, âges moins élevés des fumeurs.
Dans le but de permettre au lecteur de suivre le détail des calculs, nous
n'avons pris que deux variables z et z', z ne prenant que 3 valeurs et z'
n'en prenant que 2. Evidemment, l'avantage de n'estimer que les 3 valeurs
que peut prendre v(z) et les 2 valeurs que peut prendre ç(z'), soit 3+2 = 5
paramètres, plutôt que les 3x2 = 6 valeurs que peut prendre J-L(z, z'), peut
paraître mince. 1-'1ais le lecteur doit imaginer la même méthode appliquée
à l'exemple du début de ce paragraphe, permettant de n'estimer que 29
paramètres plutôt que 2 000 primes pures!
162 Assurance: comptabilité, réglementation, actuariat

3. Les provisions pour sinistres à payer et le résultat réel observé


L'étude faite, dans le cadre du modèle simple, sur le résultat réel ob-
servé reste valable dans le cas du modèle auto. Il existe un lien étroit,
en assurance, entre la comptabilité et les statistiques, mais les dénombre-
ments faits par le comptable doivent être abordés avec réserve (§ 3.1).
Mais une différence essentielle entre les deux modèles doit être sou-
lignée: c'est la lenteur avec laquelle les sinistres sont réglés. La vitesse
de règlement est rapide en assurance décès mais diminue un peu en auto-
dommages aux véhicules et beaucoup en RC auto et en RC générale. Cette
lenteur nous conduit à étudier le paiement des sinistres non pas par exer-
cice comptable mais par exercice de survenance (§ 3.2). Les sinistres déjà
survenus mais non encore payés doivent faire l'objet d'une provision pour
sinistres à payer. Ces provisions sont calculées d'une part en examinant les
dossiers de sinistres un par un, mais aussi de manière globale au travers
de méthodes statistiques (§ 3.3).

3.1. Comptabilité et statistiques comptables


Rappelons simplement ce que nous avons indiqué au chapitre 4, § 3.l.
Les liens entre la comptabilité et les statistiques (de production, de résul-
tats et de tarification) sont plus étroits en assurance que dans les autres
activités.
La comptabilité permet la détermination, dans chaque branche, du rap-
port entre les charges des sinistres survenus au cours d'un exercice et les
primes commerciales acquises à cet exercice, et du rapport entre les frais
divers de gestion afférents à l'exercice comptable et les primes commer-
ciales émises au cours de ce même exercice.
Rappelons aussi que l'enregistrement des contrats et des sinistres à des
fins de preuve et de justification des comptes permet de déterminer les
nombres de risques assurés ou de sinistres utilisés dans les statistiques de
tarification.
Les nombres de contrats ou de sinistres sont souvent imprécis parce
que la notion juridique de contrat ou de sinistre n'est pas sans ambiguïté,
et que le service comptable est traditionnellement plus vigilant sur les
montants de primes et de sinistres que sur les dénombrements. Il reste
préférable d'examiner l'évolution de rapports tels que

ne faisant pas intervenir les nombres de contrats, plutôt que de rapports


tels que

pour juger du niveau du tarif propre à une société.


Chapitre 5 - Le modèle de l'assurance auto 163

Rappelons enfin que la pertinence d'une modification du tarif après


observation du résultat réel peut s'apprécier à l'aide d'un test d'hypothèse.
- Avant la période d'assurance, le résultat est aléatoire:

Rna = L 7r~' LXi - frais de gestion + produits financiers


-

- À l'issue de la période, il est observé:

r na = L 7r~' LXi - frais de gestion + produits financiers


-

La différence entre l'espérance du résultat, calculée sous les hypothèses


du tarif, et le résultat réel observé r na peut provenir
• d'un écart entre les prestations réelles et l'espérance des prestations,
se décomposant
- en un écart sur la fréquence ;
- et un écart sur le coût moyen;
• ou d'une erreur de tarification, c'est-à-dire d'une erreur dans l'esti-
mation de la prime pure, décomposable en
- une erreur d'estimation de la fréquence probable;
- et une erreur d'estimation du coût moyen probable.

Quoi qu'il en soit, il est moins important de raffiner le modèle simple


sur ces points que sur l'évaluation des provisions.

3.2. La nécessité d'une comptabilité par exercice de survenance


3.2.1. Comptabilité analytique par catégorie d'assurance
et exercice comptable
La comptabilité enregistre évidemment les charges (prestations, com-
missions et autres) et les produits (primes, produits financiers) relatifs à
l'exercice comptable et dont découle le résultat de l'exercice.
La comptabilité française analyse ces charges et produits par catégorie
d'assurance (cf. états Cl du dossier annuel). Elle permet donc la détermi-
nation, dans chaque branche, du rapport :
charge des sinistres S
ou
primes p
et du rapport
frais d'acquisition et d'administration
primes (commerciales)
Il s'agit de charges et de produits afférents à l'exercice comptable.
Mais un problème majeur se pose: à la date de l'inventaire, les sinistres
survenus ne sont pas encore tous réglés, et le montant des prestations
de l'exercice comporte, pour les sinistres survenus avant l'inventaire et
non encore réglés à cette date, des évaluations ou provisions et non des
montants exacts. Il subit l'impact de la liquidation (en boni ou en mali)
164 Assurance: comptabilité, réglementation, actuariat

des sinistres survenus avant le début de l'exercice et non encore réglés à


cette date.

3.2.2. Comptabilité analytique par exercice de survenance des sinistres


La comptabilité analyse les charges de prestations et les primes par
exercice de survenance des sinistres. En France, cette analyse fait l'objet
des états CIO et CIl, qui permettent de suivre l'évolution de la charge de
sinistres par exercice de survenance. Cette ventilation permet de détermi-
ner le boni (ou le mali) de liquidation des provisions, de connaître ensuite
la charge réelle des sinistres survenus au cours des exercices suffisam-
ment anciens pour permettre d'en juger le tarif et enfin d'évaluer par des
méthodes statistiques les provisions pour sinistres à payer.
Détermination du boni de liquidation des provisions de l'exer-
cice comptable précédent
La détermination du boni (ou mali) de liquidation des provisions per-
met de connaître l'influence, sur le résultat de l'exercice achevé, des si-
nistres survenus au cours des exercices antérieurs.
Rappelons qu'une liquidation de provision présente un boni si la pro-
vision constituée en début d'exercice a permis de payer les règlements de
l'exercice, de constituer la provision en fin d'exercice et de dégager un
excédent.
Prenons un exemple:

Exercice de survenance

1995 1996 1997 1998 1999 Total

Exercice comptable 1999


Règlements de l'année 1999 1 2 10 177 294 484

+ Provisions au 31/12/1999 1 2 4 15 140 162


- Provision au 1/1/99 2 5 14 187 209
= Charge des sin. surv. en 1999 434 434

+ Charge des sin. surv. avant 99 0 -1 0 5 4

Comme nous n'avons pas mis de signe aux charges, le boni se traduit
par une charge négative.
La liquidation des provisions constituées au 01/01/1999 s'est traduite
par un mali de 4 M€.
Jugement sur le tarif des exercices anciens à partir de la
charge réelle des sinistres
La comptabilisation des sinistres par exercice de survenance permet
ensuite de juger le tarif d'exercices passés (ici 1995-1996-1997) à partir de
la charge réelle des sinistres.
Chapitre 5 - Le modèle de l'assurance auto 165

Exercice de survenance

1995 1996 1997 1998 1999

Règlements des années antérieures 450 474 451 281 0

Règlement de l'année 1999 1 2 10 177 294

+ Provision au 13/12/1999 1 2 4 15 140

= Charge des sinistres vue en 1999 452 478 465 473 434

Évaluation par des méthodes statistiques des provisions pour


sinistres à payer au 31/12
Enfin, last but not least, la comptabilisation des sinistres par exercice de
survenance permet d'estimer par des méthodes statistiques les provisions
de sinistres à payer et de s'interroger sur la qualité des estimations figurant
en gras ci-dessus.

3.2.3. L'évaluation (réglementaire) dossier par dossier


La provision pour sinistres restant à payer est définie dans le code
des assurances comme la valeur estimative des dépenses en principal et
en frais, tant internes qu'externes, nécessaires au règlement de tous les
sinistres survenus et non payés ... (art. R 331-6).
Les provisions de sinistres sont toujours évaluées par les sociétés dossier
par dossier ou encore sinistre par sinistre, ceci dans toutes les branches
sauf exception. Les exceptions ne peuvent concerner que des sinistres de
moins de deux ans :
- sinistres matériels de la branche automobile, traditionnellement ;
- sinistres d'autres branches depuis quelque temps, avec autorisation
de la Commission de contrôle.
Le calcul doit se faire en n'oubliant
- ni les sinistres survenus mais non déclarés ;
- ni les charges futures de gestion des sinistres survenus.

3.3. L'évaluation statistique des sinistres à payer


Pour évaluer leurs provisions, outre la méthode dossier par dossier, les
sociétés peuvent utiliser diverses méthodes statistiques.
Ces estimations sont d'autant plus pertinentes que la société est grande,
et que, dans la branche examinée, les sinistres sont nombreux et n'attei-
gnent pas de montant trop élevé.
En classant ces méthodes non selon le moyen actuariel utilisé mais
selon l'hypothèse faite quant à la permanence d'une caractéristique de la
branche d'assurance ou de la société, ces méthodes peuvent être rangées
en plusieurs familles :
- méthodes basées sur la cadence de règlement des sinistres d'un même
exercice de survenance ;
166 Assurance: comptabilité, réglementation, actuariat

- méthodes basées sur le coût moyen des sinistres d'un même exercice
de survenance ;
- méthodes basées sur l'étude de la liquidation de la charge (paiements
+ provisions) des sinistres d'un même exercice de survenance;
- méthodes basées sur l'évolution du taux de sinistres à primes SjP.

Nous n'utiliserons que des moyens mathématiques simples et nous


prendrons un exemple dans la branche Dommages auto, où l'emploi des
méthodes statistiques de cadence et de coût moyen est à la fois efficace et
préconisé par la réglementation.
Se plaçant à fin 1999, nous supposerons exactement connus les exercices
1995 à 1997 et chercherons à estimer les sinistres en suspens des exercices
1998 et 1999.

3.3.1. Méthodes de cadences de règlement


Les méthodes de cadences de règlement consistent à évaluer la charge
de sinistres survenus au cours d'un exercice, en partant des paiements
effectués et de la cadence de règlement. La cadence de règlement est le
rapport entre les sinistres déjà payés et la charge totale (finale) de sinistres.
Prenons un exemple schématique : soit une société qui cherche à esti-
mer, fin 1999, la provision pour sinistres à payer pour les sinistres sur-
venus en 1999. Au titre de cet exercice de survenance, la société a déjà
payé 294 MF de sinistres en 1999. Il reste à savoir quel est le montant
de ce qu'elle aura à payer dans le futur au titre de cet exercice de sur-
venance. Ce montant doit être provisionné en provision pour sinistres à
payer. Si on suppose que 60 % du montant des sinistres survenus au cours
d'une année sont réglés l'année même, cela signifie qu'il en reste 40 % à
payer. Notons 8 99 la charge totale des sinistres survenus en 1999. Notre
hypothèse est que 294 = 60 %. Nous en déduisons la charge des sinistres
8 99
8 99 = 29~ = 490. Connaissant une estimation de la charge totale de
60 /0
sinistres et le montant des sinistres déjà payés, on en déduit le montant
de la provision: 8 99 = 490 - 294 = 196.
De manière plus générale, les valeurs des cadences de règlement telles
que le 60 % précité peuvent provenir
- soit de l'observation du passé de la société;
- soit de l'observation du marché.

Prenons un exemple plus précis avec 5 exercices de survenance d'une


branche à déroulement court.
Chapitre 5 - Le modèle de l'assurance auto 167

Exercice de survenance

1995 1996 1997 1998 1999

Paiements cumulés à fin 1995 268


Paiements cumulés à fin 1996 441 283
Paiements cumulés à fin 1997 447 463 278
Paiements cumulés à fin 1998 450 474 451 281
Paiements cumulés à fin 1999 451 476 461 458 294
+ Provisions au 31/12/1999 1 2 4 ? ?

= Charge vue au 31/12/1999 452 478 465 ? ?

Si l'on suppose la charge des exercices 95-97 exactement connue et si


l'on a des raisons de penser que les cadences de paiement sont stables, on
peut appliquer aux exercices récents les cadences moyennes observées pour
les exercices anciens. Cela permet de calculer la charge de ces exercices,
et donc leurs provisions.

Évaluation de la provision relative à 1998 à partir des exercices


précédents

Exercice de survenance

1995 1996 1997 Moyenne

Cadence
cumulée
observée 441 _ 7 6 o/c 463 451
452 - 9, 0 478 = 96,9 % 465 = 97,0 % 97,1 %
en
deuxième
année

On suppose que l'estimation obtenue, 97,1 % s'applique aussi à l'exer-


cice 1998. On obtient ainsi la charge totale de sinistres de l'exercice 1998 :

458
S98 = = 472
97,1%

On obtient ainsi le montant de la provision:

P98,99 = 472 - 458 = 14


168 Assurance: comptabilité, réglementation, actuariat

Évaluation de la provision relative à 1999 à partir des exercices


précédents

Exercice de survenance

1995 1996 1997 1998 1999

Paiements cumulés à fin 1995 268


Paiements cumulés à fin 1996 441 283
Paiements cumulés à fin 1997 447 463 278
Paiements cumulés à fin 1998 450 474 451 281
Paiements cumulés à fin 1999 451 476 461 458 294
+ Provisions au 31/12/1999 1 2 4 472 - 458 = 14 ?

458
= Charge vue au 31/12/1999 452 478 465 97,1% = 472 ?

Recommençons cet exercice avec les cadences de 1re année utilisées pour
estimer la provision relative aux sinistres survenus en 1999.

Exercice de survenance

1995 1996 1997 1998 Moyenne

Cadence
cumulée
observée 268 283 278 281
- =59,3% - = 59,2% - =59,8% - =59,5% 59,4 %
en 452 478 465 472
première
année

On suppose que l'estimation obtenue, 59,4 %, s'applique aussi à l'exer-


cice 1998. On obtient ainsi la charge totale de sinistres de l'exercice 1998 :

S 98 -- 59,4
294 - 4
% - 95

On a alors le montant de la provision :

P99,99 = 495 - 294 = 201.


Chapitre 5 - Le modèle de l'assurance auto 169

Exercice de survenance

1995 1996 1997 1998 1999

Paiements cumulés à fin 1995 268


Paiements cumulés à fin 1996 441 283
Paiements cumulés à fin 1997 447 463 278
Paiements cumulés à fin 1998 450 474 451 281
Paiements cumulés à fin 1999 451 476 461 458 294
+ Provisions au 31/12/1999 1 2 4 14 495 - 294 = 201
= Charge vue au 31/12/1999 452 478 465 472 ~=495
59,4%

Les provisions s'élèvent donc à 14 au titre des sinistres survenus en 1998


et à 201 au titre de ceux survenus en 1999.

3.3.2. Méthodes de coûts moyens

Les méthodes de coûts moyens consistent à évaluer la charge de sinistres


d'un exercice, en partant des coûts moyens de sinistres observés lors des
exercices antérieurs et en leur appliquant
- soit un taux d'inflation du marché;
- soit le taux d'inflation observé dans le passé de la société.

Utilisons la seconde option pour traiter notre exemple. Rappelons que


nous sommes le 31 décembre 1999 et que, connaissant bien les charges
totales de sinistres des exercices de survenance 1995 à 1997, nous essayons
d'estimer les provisions pour sinistres à payer des exercices 1998 et 1999.
La méthode des coûts moyens comprend trois étapes. La 1re étape
vise à évaluer le nombre total de sinistres par exercice de survenance, les
sinistres survenus au cours du dernier exercice (1999) n'étant pas encore
tous déclarés. Dans la 2e étape, le coût moyen des sinistres des vieux
exercices de survenance (1995 à 1997) permet d'évaluer le coût moyen des
exercices de survenance récents (1998 et 1999). Enfin, la multiplication du
nombre de sinistres par le coût moyen et la prise en compte des paiements
déjà effectués permet d'estimer les provisions des exercices de survenance
plus récents (1998 et 1999).

Première étape : estimation des sinistres survenus et non


déclarés
Nous supposons que nous disposons de l'évolution du nombre de
sinistres déclarés entre l'inventaire au 31/12/1995 et l'inventaire au
31/12/1999.
170 Assurance: comptabilité, réglementation, actuariat

Exercice de survenance

(en milliers) 1995 1996 1997 1998 1999

N ombre de sinistres déclarés à fin 1995 192


Nombre de sinistres déclarés à fin 1996 194 188
Nombre de sinistres déclarés à fin 1997 195 193 181
N ombre de sinistres déclarés à fin 1998 195 194 184 182
Nombre de sinistres déclarés à fin 1999 195 194 185 185 173

Les sinistres survenus en 1999 n'ont pas encore tous été déclarés à
l'assureur au 31/12/1999. Il faut donc estimer le nombre de ces sinistres
à partir de ceux survenus entre 1995 et 1998 et de ceux déjà observés en
1999.

Exercice de survenance n

(en milliers) 1995 1996 1997 1998 1999

Nbre de sinistres déclarés l'année n 192 188 181 182 173


Nbre de sinistres déclarés l'année n +1 2 5 3 3 ?
Nbre de sinistres déclarés l'année n +2 1 1 1 ? ?

Comme le montre le tableau précédent, il existe toujours une différence


entre le nombre de sinistres initialement déclarés et le nombre de sinistres
finalement déclarés.
En négligeant les évolutions, le tableau suivant montre qu'il y a chaque
année environ
_2_+_5_+_3_+_3 ~ 3
4

milliers de sinistres survenus l'année n et déclarés l'année n + 1 et 1 millier


de sinistres déclarés l'année n + 2.
À la fin de la 1re étape, on dispose donc des nombres de sinistres par
exercice de survenance.

Exercice de survenance n

(en milliers) 1995 1996 1997 1998 1999

Nbre de sinistres déclarés l'année n 192 188 181 182 173


Nbre de sinistres déclarés l'année n +1 2 5 3 3 3
Nbre de sinistres déclarés l'année n +2 1 1 1 1 1

Nbre de sinistres survenus 195 194 185 186 177


Chapitre 5 - Le modèle de l'assurance auto 171

Deuxième étape : estimation des coûts moyens


Nous supposons que nous connaissons, à fin 1999, les paiements
cumulés intervenus au titre des exercices de survenance 1995 à 1999, et
les provisions pour sinistres à payer des exercices de survenance 1995 à
1997, correctement estimées. En bref, nous connaissons la charge totale de
sinistres des exercices 1995 à 1997 et uniquement les paiements cumulés
des exercices de survenance 1998 et 1999.

Exercice de survenance

(en millions) 1995 1996 1997 1998 1999

Paiements cumulés à fin 1999 451 476 461 458 294


+ Provisions à fin 1999 1 2 4 ? ?
= Charge totale de sinistres à fin 1999 452 478 465 ? ?

La connaissance du nombre de sinistres et de la charge totale de sinistres


permet de connaître le coût moyen des sinistres :

charge totale de sinistres


coût moyen = .
nombre de smistres

Exercice de survenance

1995 1996 1997

= Charge totale de sinistres à fin 1999 452 478 465


Nombre de sinistres évalués 195 194 185
Coût moyen observé 2318 2464 2514
Croissance observée 6,3 % 2,0 %

, 1uer l
O n peut d one eva '
a crOlssance moyenne a, 6,3 % + 2,0 % = 4,1 07
10
2
l'an environ.
Si l'on suppose, outre la connaissance exacte de la charge des exercices
95-97, la régularité de l'évolution du coût moyen, alors on peut extrapoler
aux exercices récents l'évolution observée pour les exercices anciens et
connus.

Exercice de survenance

1995 1996 1997 1998 1999

Coût moyen 2317 2451 2514


Croissance prévue du coût moyen 4,1 % 4,1 %
Coût moyen évalué 2617 2726
172 Assurance: comptabilité, réglementation, actuariat

Troisième étape : estimation des provisions


En multipliant les coûts moyens obtenus par les nombres de sinistres,
après avoir évalué le nombre des sinistres survenus et non déclarés, on
obtient la charge de ces exercices, et donc leurs provisions:

Exercice de survenance

(en millions) 1998 1999

Coût moyen évalué 2617 2 726


x Nombre de sinistres évalués 186 177

= Charge totale de sinistres 487 483


- Paiements déjà effectués 458 294

= Provision 29 189

3.3.3. Méthodes liquidatives


Les méthodes liquidatives supposent que la liquidation passée des pro-
visions, en boni ou en mali, se reproduira dans le futur (phénomène dit du
dos d'âne si la société sous-évalue les sinistres l'année de leur survenance,
puis les surévalue l'année suivante).
La comptabilité dispose de l'évolution de la charge de sinistres vue à la
fin de chaque inventaire, qui est ici la suivante.

Exercice de survenance

(en millions) 1995 1996 1997 1998 1999

Charge évaluée par la société à fin 1995 447


Charge évaluée par la société à fin 1996 455 475
Charge évaluée par la société à fin 1997 453 481 461
Charge évaluée par la société à fin 1998 452 479 465 468
Charge évaluée par la société à fin 1999 452 478 465 473 434

Si on estime que la liquidation d'une charge de sinistres présente des


régularités en raison d'habitudes permanentes des évaluateurs, les liqui-
dations du passé peuvent être reproduites dans le futur.

Exercice de survenance n

(en millions) 1995 1996 1997 1998 1999

Charge évaluée par la société l'année n 447 475 460 468 434

Boni (-) / mali (+) constaté l'année n + 1 8 6 5 5 ?

Boni/mali constaté l'année n +2 -2 -2 0 ? ?

Boni/mali constaté l'année n +3 - 1 - 1 ? ? ?


Chapitre 5 - Le modèle de l'assurance auto 173

Ci-dessus,
- le mali constaté l'année n + 1 est une charge moyenne de

8+6+5+5 = +6
4

- le boni constaté l'année n + 2 est une charge négative moyenne de

-2 - 2 - 0
----- ~-1
3

- le boni constaté l'année n + 3 est une charge négative moyenne de

-1-1
--=-1
2

Exercice de survenance n

(en millions) 1995 1996 1997 1998 1999

Charge évaluée par la société l'année n 447 475 461 468 434

Boni/mali constaté l'année n +1 8 6 4 5 6

Boni/mali constaté l'année n +2 -2 -2 0 -1 -1

Boni/mali constaté l'année n +3 - 1 - 1 -1 -1 -1

452 478 464 471 438

3.3.4. L'utilisation d'un faisceau de méthodes


Les options choisies au sein de chaque méthode dépendent d'abord de
la qualité des informations disponibles et de la taille de la société.
L'actuaire aura le choix entre utiliser des paramètres propres à la société
et utiliser des paramètres généraux au marché. Dans le cas extrême où
seuls sont utilisés des paramètres propres à la société, les résultats risquent
d'être non significatifs, surtout si la société, et plus précisément la branche
étudiée, est trop petite. Dans l'autre cas extrême, l'utilisation exclusive
de paramètres généraux au marché ne tient pas compte des spécificités de
la société. On reconnaît une démarche propre à être formalisée dans les
termes de la théorie de la crédibilité (cf. la théorie exposée dans le modèle
simple).
Plutôt que de choisir systématiquement une seule méthode, fût-elle la
meilleure, l'actuaire aura intérêt à utiliser un faisceau de méthode et à
comparer les résultats obtenus. Le meilleur des cas sera celui où le faisceau
de méthodes converge.
174 Assurance: comptabilité, réglementation, actuariat

Dans notre exemple, nous avions obtenu les provisions suivantes :

Exercice de survenance
Provisions
(en millions) 1995 1996 1997 1998 1999 Total

Dossier par dossier 1 2 4 15 140 162

Selon les cadences 1 2 4 14 201 222


Selon les coûts moyens 1 2 4 29 189 225
Selon les liquidations 1 2 4 13 144 164

Nous pouvons aussi exprimer les résultats en fonction de la charge totale


de sinistres :

Exercice de survenance
Charge de sinistres
(en millions) 1995 1996 1997 1998 1999

Dossier par dossier 452 478 465 473 434

Selon les cadences 452 478 465 472 495


Selon les coûts moyens 452 478 465 487 483
Selon les liquidations 452 478 465 471 438

La méthode des cadences donne un sous-provisionnement, ce qui signi-


fie que la cadence de règlement est, en apparence, accélérée. Cela peut
être dû, soit à une amélioration de type administratif, soit à une sous-
estimation des provisions.
La méthode des coûts moyens donne un sous-provisionnement, ce qui
signifie que l'évolution du coût moyen est, en apparence, décélérée. Cela
peut être dû soit à une évolution favorable de la branche ou de la gestion,
soit à une sous-estimation des provisions.
La méthode de liquidation indique un provisionnement correct. Tou-
tefois, les évaluations dossier par dossier n'ont peut-être pas été faites
comme les années précédentes.
Nous pouvons enfin traduire les chiffres précédents en termes de taux
de sinistres :

Exercice de survenance

Taux SjP 1995 1996 1997 1998 1999

Dossier par dossier 75 % 72 % 73 % 72 % 67 %

Selon les cadences 75 % 72 % 73 % 72 % 76 %


Selon les coûts moyens 75 % 72 % 73 % 74 % 74 %
Selon les liquidations 75 % 72 % 73 % 72 % 68 %
Chapitre 5 - Le modèle de l'assurance auto 175

Cadences et coûts moyens sont compatibles avec une stabilité du taux


de sinistres voire son aggravation.
La méthode dossier par dossier et la méthode liquidative supposent une
grande amélioration de ce taux de sinistres à primes ( sI P).
S'agissant d'un risque de masse où ne se produisent pas de sinistres de
taille exceptionnelle, d'autres informations devraient permettre de tran-
cher. Par exemple, le tarif a pu augmenter en 1999, ce qui pourrait justifier
une amélioration sensible du taux de SI P. En l'absence de hausse de tarif
significative, tout porterait au contraire à croire les chiffres des méthodes
de cadence et de coût moyen.

3.3.5. L'écueil commun à toutes les méthodes


Les exercices servant de référence sont-ils suffisamment connus? Et s'ils
le sont, sont-ils comparables aux exercices actuels?
Toutes les méthodes sont sensibles à l'hypothèse selon laquelle les vieux
exercices sont exactement connus. Rectifier de 1 M € un exercice ancien a
un effet multiplicateur et rectifie de plusieurs M €le résultat de la méthode.
Nous illustrerons ce point sur la méthode la plus simple à exposer, celle
des coûts moyens, en prenant l'exemple suivant:

À fin 1999 Exercice de survenance


(en millions) 1996 1997 1998 1999 Total

Paiements cumulés 985 982 865 774


+ Provisions 138 185 ? 343 ? 500 ? 1 166
= Charge totale de sinistres 1123 1 167 ? 1 208 ? 1 274 ?

N ombre de sinistres 215 214 215 217

Coût moyen (en €) 5223 5453 ? 5619 ? 5871 ?

et en évaluant les charges de 1997-1998-1999


a) en faisant croître le coût moyen de 6 % l'an à partir de 1996 :

Exercice de survenance
Vu à fin 1999
(en millions) 1996 1997 1998 1999 Total

Coût moyen (en €) 5223 5 223 x 1,06 5 537 x 1,06 5 869 x 1,06
x = 5 537 = 5 869 = 6 221
Nbre de sinistres 215 214 215 217
= Charge totale 1 123 1185 1 262 1 350

Insuffisance (+)
ou excédent (-) + 18 + 54 + 76 + 148
176 Assurance: comptabilité, réglementation, actuariat

b) en faisant croître le coût moyen de 6 % l'an à partir de 1996 après


qu'un réexamen dossier par dossier de cet exercice a montré que la provi-
sion à fin 1999 sur les sinistres de 1996 est surévaluée de 100 MF :

Exercice de survenance
Vu à fin 1999
(en millions) 1996 1997 1998 1999 Total

Coût moyen (en €) 4758 4 578 x 1,06 5 044 x 1,06 5346 x 1,06
x = 5 044 = 5 346 = 5 667
Nbre de sinistres 215 214 215 217
= Charge totale 1 023 1 079 1149 1 230

Insuffisance (+)
ou excédent (-) -100 - 88 - 59 - 44 - 290

3.3.6. Les écueils spécifiques à chaque famille de méthode


La méthode des cadences s'applique mal aux branches à liqui-
dation très lente
Étudions la sensibilité de la méthode à une légère variation des paie-
ments de 1999 pour les sinistres survenus en 1999, cette variation pouvant
être causée par le simple report d'un paiement de décembre 1999 à janvier
2000 (la société a par exemple pu faire appel d'un jugement) : un gros
dossier de 3 M€ a pu, soit être payé en 1999, soit être reporté à 2000, sans
qu'il en ait été ainsi les années précédentes (et sans que l'actuaire en ait
été averti) .
• Premier cas : la cadence est rapide et estimée à 70 % (première année,
branche dommages auto).
- Constatant 70 M € de règlements en 1999, nous estimons la charge
totale à ;0 = 100 M €.
7
hl
- Si 3 € de règlements normalement payables en 1999 sont reportés
à l'an 2000, nous ne constaterons que 67 M€ de règlements en 1999, et
estimerons la charge totale à ~
0,7
= 96 M €.
- Une incertitude de 3 M € sur les règlements faits cette année plutôt
que la suivante fait donc planer une incertitude de 4 % sur l'estimation
de la charge de sinistres .
• Deuxième cas: La cadence est lente et nous avons tout lieu de penser
qu'elle est de 7 % (première année, branche RC corporel auto).
- Constatant 7 M € de règlements en 1999, nouS estimons la charge
totale à 70/ = 100 M€.
7 /0
- Si 3 M€ de règlements normalement payables en 1999 sont reportés
à l'an 2000, nous ne constaterons que 4 M€ de règlements en 1999, et
estimerons la charge totale à 7 ~ = 57 M €.
Chapitre 5 - Le modèle de l'assurance auto 177

- Une incertitude de 3 M€ sur les règlements faits cette année plutôt


que la suivante fait donc planer une incertitude de 40 % sur l'estimation
de la charge de sinistres.

Les méthodes de coûts moyens supposent un dénombrement


des sinistres d'une qualité rare
Le service comptable est traditionnellement plus vigilant sur les mon-
tants (de primes, de sinistres) que sur les dénombrements (de contrats, de
sinistres) .
Il faut dire à sa décharge que la notion juridique de contrat ou de sinistre
n'est pas sans ambiguïté. En Re auto, la déclaration d'un événement dans
lequel l'assuré paraît non responsable sera enregistrée comme sinistre de
Re auto ou non, selon la société. En dommages auto, selon la société,
la déclaration d'un événement dans lequel la réparation paraît ne pas
dépasser la franchise sera enregistrée comme sinistre ou non.
En la matière, on se souviendra qu'une statistique, comme une balance
de Roberval, doit surtout être fidèle, si elle ne peut être juste.
Les méthodes de coûts moyens sont en fait très rarement utilisables.

Exemple
Les chiffres émanant de l'ordinateur de la société B conduisaient à une
diminution de la fréquence de 20 % par rapport à l'année précédente, ce
qui étonna l'actuaire et le comptable (le service commercial se félicitant
d'une telle amélioration du risque). En fait, c'était une conséquence de
la mini-réforme des états annuels de 1988, à l'occasion de laquelle le ser-
vice sinistre avait réfléchi à la procédure d'enregistrement des sinistres et
l'avait modifiée: les sinistres auto non responsable avaient cessé d'être
comptés comme des sinistres Re chaque fois que l'assuré avait une garan-
tie dommages.

Les méthodes liquidatives sont plus souvent exactes qu'utiles


Les méthodes liquidatives sont celles qui donnent la plus grande pro-
portion de pronostics exacts. Pour une société donnée, l'évaluation est
exacte année après année ... jusqu'à ce qu'elle soit fausse (parce que le res-
ponsable du service sinistres a changé, ou qu'un fichier de sinistres a été
oublié par le service informatique ... ).
Les méthodes liquidatives sont analogues à la méthode de prévision
météo qui consiste à dire que le temps de demain sera comme celui d'au-
jourd'hui : c'est vrai deux fois sur trois, mais c'est d'un faible secours si
l'on s'intéresse justement aux changements de temps.

Le blocage des primes n'est pas une méthode


Les méthodes supposant la permanence du taux de sinistres, ou
méthodes dites de blocage des primes pratiquées par certaines branches
ou certaines institutions telles que le Lloyds's de Londres, qui consistent à
reporter dans le futur tout jugement sur le résultat, ne sont pas de vraies
méthodes mais un palliatif à l'absence de données.
178 Assurance: comptabilité, réglementation, actuariat

Annexes

Annexe 1. La décomposition fréquence-coût


Nous avons indiqué au chapitre 5, § 1.4, que la prime pure était le
produit de la fréquence probable par le coût probable. Cette annexe a
pour objet de démontrer cette propriété.
Rappelons tout d'abord que la charge aléatoire Xi des prestations de
l'assureur imputable à l'assuré i est la somme des sinistres Yi,j relatifs à
l'assuré i (j = 1..Ki ) :

Xi = Yi, 1 + Yi, 2 + ... + Yi,j + ... + Yi, Ki

Le nombre Ki de sinistres d'un assuré i est une variable aléatoire et les


coûts Yi, j des sinistres sont aussi des variables aléatoires.
La charge totale aléatoire des sinistres pour l'assureur est la somme des
sinistres imputables à chacun des assurés; on peut cesser de s'interesser
à l'identification des sinistres propres à chaque assuré en posant

et en renumérotant les sinistres :

na na Ki Ns
LXi = LLYi,j = LYz
i=1 i=1 j=1 l=1

Théorème
Si les variables Yi, j sont indépendantes entre elles pour tous i et tous
j et identiquement distribués sachant Ki et si les variables Ki sont iden-
tiquement distribuées et indépendantes entre elles pour tous i, alors la
prime pure est le produit de la fréquence probable des sinistres par le
coût probable d'un sinistre.

Démonstration

E (~Xi) = E (t,Y, ) = E (E [t,Y,IN,J) = E(N,E[YIN,J)


= E (NsE(Y)) = E(Ns ) E(Y)

Par conséquent, on a
Chapitre 5 - Le modèle de l'assurance auto 179

Écart-type de la charge
On peut, de la même manière, calculer l'écart-type de la charge:

=E (NsE (Var (Y) + N;E 2(Y{)))


= E(Ns ) Var (Y) + E(N;) E 2(y)

Var (~y, ) = E ( (~y,r) -E (~y, ) 2

= E(Ns ) Var (Y) E 2(y) - E2(Ns ) E 2 (y)


+ E(N;)
= E(Ns ) Var (Y) + Var (Ns ) E 2(y)
et, si N s suit une loi de Poisson et qu'en conséquence E(Ns ) = Var (Ns ),

Var ( (~y, )) = Var (N,) E(y2)

Annexe 2. Les deux modèles de nombres de sinistres


En assurance non-vie, nous avons utilisé deux modèles : le modèle
simple dans le cadre particulier de l'assurance décès et le modèle auto
dans le cadre de l'assurance ... auto. Les principales différences entre les
deux modèles sont rappelées ci-après en ce qui concerne la modélisation
des nombres de sinistres.

2.1. Le modèle simple dans le cadre particulier


de l'assurance-décès
- Chaque assuré peut avoir un sinistre, avec une probabilité À, mais
pas plus.
- Le nombre de sinistres de chaque assuré suit une loi de Bernoulli BI, À
d'espérance À et d'écart-type JÀ (1 - À).
- Le nombre de sinistres de na assurés suit alors une loi binomiale
Bna, À d'espérance naÀ et d'écart-type JnaÀ (1 - À) (= JnaÀ si À est
petit) ; cette loi peut être approchée par une loi normale pour na assez
grand.

2.2. Le modèle auto


- Chaque assuré peut avoir un, deux, trois sinistres ...
180 Assurance: comptabilité, réglementation, actuariat

- Le nombre de sinistres de chaque assuré suit une loi de Poisson P)..


d'espérance À et d'écart-type -J:\.
- Le nombre de sinistres des na assurés suit une loi de Poisson Pn a )..
d'espérance naÀ et d'écart-type JnaÀ ; cette loi peut être approchée par
une loi normale pour na assez grand.

Annexe 3. Segmentation du tarif en fonction de deux critères


Supposons que nous disposons de statistiques de sinistres corporels
(nombre d'assurés et nombre de sinistres) en fonction de 2 critères: la
classe du véhicule Z (petits, moyens, gros) et le critère novice/expérimenté
Z' et que l'on cherche à construire un tarif à partir de ces observations.
En absence de données sur les coûts en fonction des critères précités, on
supposera que la fréquence suffit à tarifer (c'est-à-dire qu'on suppose que
le coût des sinistres est le même pour toutes les cases tarifaires).

~ounbre d'assurés Z' = z~ Z' = z~ Tous


na{Z, z') novices expériunentés conducteurs

Z = Zl : petits 1109 4436 5545

Z = Z2 : moyens 162 7955 8 117

Z = Z3 : gros 681 17 160 17841

Tous véhicules 1 952 29551 31 503

~ ounbre de sinistres Z' = z~ Z' = z~ Tous


ns{z, z') novices expériunentés cond ucteurs

Z = Zl : petits 4 13 17

Z = Z2 : moyens 0 36 36

Z = Z3 : gros 18 367 385

Tous véhicules 22 416 438

Les nombres d'assurés et de sinistres permettent de calculer la fréquence


des sinistres dans chaque case tarifaire.
Chapitre 5 - Le modèle de l'assurance auto 181

Fréquences de sinistres Z' = zi z' = z~ Tous


ns(z, z')/na(Z, z') novices expérimentés conducteurs

Z = Zl : petits 0,361 % 0,293 % 0,307 %

Z = Z2 : moyens 0,000 % 0,453 % 0,444 %

Z = Z3 : gros 2,643 % 2,139 % 2,158 %

Tous véhicules 1,127 % 1,408 % 1,390 %

3.1. Peut-on utiliser un tarif découlant directement


les estimations 7r(z, z') = ns(z, z')/na(z, z') ?

Non, car les effectifs observés ne sont pas suffisants pour que ces
estimations soient de bonne qualité dans chaque case tarifaire : ici
aucun assureur ne considèrera que 7[(2, 1) = 0 est une estimation de prime
pure utilisable.

3.2. Peut-on utiliser directement l'étude des fréquences


observées en fonction d'un seul facteur à la fois ?

- Le taux de prime peut-il être calculé en fonction du véhicule seul


(tous âges confondus) ...

Fréquences de sinistres Tous


ns(z, z')/na(Z, z') cond ucteurs

Z = Zl : petits 0,307 %

Z = Z2 : moyens 0,444 %

Z = Z3 : gros 2,158 %

Tous véhicules 1,390 %

- ... ou en fonction de l'âge (tous véhicules confond us )

Fréquences de sinistres Z' = zi z' = z; Tous


ns(z, z')/na(Z, z') novices expérimentés cond ucteurs

Tous véhicules 1,127 % 1,408 % 1,390 %


182 Assurance: comptabilité, réglementation, actuariat

Non, car une telle méthode conduirait à baisser la prime pour les
conducteurs novices (leur fréquence estimée tous véhicules confondus n'est
que 1,127 % alors qu'elle est de 1,408 % pour les conducteurs expéri-
mentés), contrairement à ce que l'étude case par case justifiait pour les
véhicules z = 1 et z = 3 où les nombres d'assurés étaient suffisants pour
qu'il y ait des sinistres.
La fréquence estimée tous véhicules confondus des conducteurs novices
est inférieure à celle des conducteurs expérimentés alors que véhicule par
véhicule elle est supérieure parce que, dans les statistiques précédentes,
les conducteurs novices ont des véhicules globalement plus petits que les
conducteurs expérimentés : Z et Z' sont corrélés.
Ce problème est traité par les assureurs avec l'une des trois méthodes
suivantes:
- Comme le ferait un institut de sondages politiques, on peut pondérer
les observations na(z, z') et les ns(z, z') sinistres correspondants de
manière à constituer un parc d'assurés fictif où la répartition des véhi-
cules est la même pour les deux catégories de conducteurs.
- Comme le ferait un économètre, on peut utiliser une régression liné-
aire ou un scoring.
- Enfin, on peut utiliser le modèle multiplicatif ci-dessous.

Toutes ces méthodes remplacent l'estimation d'un nombre de primes


pures égal au produit des nombres de modalités de Z et Z' (ici 3 x 2)
par l'estimation d'un nombre de paramètres égal environ à la somme des
nombres de modalités de Z et Z' (ici 3 + 2) et résolvent le problème de
décorrélation des facteurs.

3.3. Le modèle multiplicatif


On cherche un tarif basé sur un modèle multiplicatif :
i(z, z') = v(z) ç(z')
qui respecte les marges du tableau des sinistres ns(z, z').

Plus précisément, on décide que les paramètres seront choisis de manière


à respecter non les cases du tableau des sinistres ns (z, z') qui sont en-
tachées de trop d'aléas, mais les marges de ce tableau des nombres de
sinistres.
Ainsi:
- Pour le premier groupe de véhicules, on cherche à tarifer les 1109 as-
surés jeunes et les 4 436 expérimentés de manière à compenser exactement
les 17 sinistres et on cherche v et ç tels que :
v(l) ç(l) x 1109 + v(1) ç(2) x 4436 = 17
- De même pour le deuxième groupe :
v(2) ç(l) x 162 + v(2) ç(2) x 7 955 = 36
Chapitre 5 - Le modèle de l'assurance auto 183

- De même, pour le troisième groupe:

v(3) ç(l) x 681 + v(3) ç(2) x 17 160 = 385


- Pour les novices, on cherche à tarifer les 1 109 véhicules de groupe 1,
les 162 véhicules de groupe 2 et les 681 véhicules de groupe 3 de manière
à compenser exactement les 22 sinistres:

v(l) ç(l) x 1 109 + v(2) ç(l) x 162 + v(3) ç(l) x 681 = 22

- De même pour les conducteurs expérimentés:

v(l) ç(2) x 4 436 + v(2) ç(2) x 7 955 + v(3) ç(2) x 17 160 = 416
Tout se passe en résumé comme si on prenait les fréquences de sinistres
figurant dans le tableau ci-après

Fréquences de sinistres Z' = z~ Z' = z~ Tous


ns(z, z')/na(Z, z') novices expérimentés conducteurs

Z = Zl : petits 1/(1) ~(1) 1/(1) ~(2) 0,307 %

Z = Z2 : moyens 1/(2) ~(1) 1/(2) ~(2) 0,444 %

Z = Z3 : gros 1/(3) ~(1) 1/(3) ~(2) 2,158 %

Tous véhicules 1,127 % 1,408 % 1,390 %

Au plan théorique, on montre que ces équations correspondent aux


estimateurs du maximum de vraisemblance pour les paramètres v(z) et
ç(z'). On pourra consulter, sur ce sujet, [8].
Au plan pratique, on peut considérer que :
- Si l'on connaissait ç(l) et ç(2), les trois premières équations donne-
raient v(1) v(2) et v(3) :

v(1) = 17/(ç(1) x 1 109 + ç(2) x 4 436)


v(2) = 36/(ç(1) x 162 + ç(2) x 7 955)
v(3) = 385/(ç(1) x 681 + ç(2) x 17 160)

- Si l'on connaissait v(l), v(2) et v(3), les deux suivantes donneraient


ç(1) et ç(2) :

ç(l) = 22/(v(1) x 1 109 + v(2) x 162 + v(3) x 681)


ç(2) = 416/(v(1) x 4 436 + v(2) x 7 955 + v(3) x 17 160)
184 Assurance: comptabilité, réglementation, actuariat

L'algorithme de calcul
Il consiste à supposer d'abord ç(l) = ç(2) = 1,000 (ce qui correspon-
drait à Z' n'influant pas sur le tarif) et à en déduire v(l), v(2) et v(3) :
- Si ç(l) = 1,000 et ç(2) = 1,000
alors
v(l) = 17/(1 x 1109 + 1 x 4 436) = 0,307 %
v(2) = 36/(1 x 162 + 1 x 7955) = 0,444 %
v(3) = 385/(1 x 681 +1x 17 160) = 2,158 %
Puis avec les valeurs obtenues pour v(l), v(2) et v(3), on recalcule ç(l)
et ç(2).
- Si v(l) = 0,307 % et v(2) = 0,443 % et v(3) = 2,158 % comme
ci-dessus,
alors
ç(l) = 22/(0,307 % x 1 109 + 0,443 % x 162 + 2, 158 % x 681) = 1,169
ç(2) = 416/ (0,307 % x 4 436 + 0,443 % x 7 955
+ 2, 158 % x 17 160) = 0,992
Et on recommence: à partir des nouvelles valeurs trouvées pour ç(l)
et ç(2), on recalcule à nouveau v(I), v(2) et v(3) :
- Si ç(l) = 1,174 et ç(2) = 0,992 comme ci-dessus,
alors
v(l) = 17/(1,169 x 1109 + 0,992 x 4 436) = 0,298 %
v(2) = 36/(1,169 x 162 + 0,992 x 7 955) = 0,445 %

v(3) = 385/(1,169 x 681 + 0,992 x 17 160) = 2,160 %

Puis avec les valeurs trouvées pour v(l), v(2) et v(3), on recalcule ç(l)
et ç(2) :
- Si v(l) = 0,298 % et v(2) = 0,445 % et v(3) = 2,160 % comme
ci-dessus,
alors
ç(l) = 22/(0,298 % x 1 109 + 0,445 % x 162 + 2, 160 % x 681) = 1,174
ç(2) = 416/(0,298 % x 4 436 + 0,445 % x 7 955
+ 2, 160 % x 17 161) = 0,992
Et on recommence : à partir des valeurs trouvées pour ç(1) et ç(2), on
recalcule à nouveau v(l), v(2) et v(3) :
- Si ç(l) = 1,174 et ç(2) = 0,992 comme ci-dessus,
alors
v(l) = 17/(1,174 x 1 109 + 0,992 x 4 436) = 0,298 %
v(2) = 36/(1,174 x 162 + 0,992 x 7955) = 0,445 %
v(3) = 385/(1,174 x 681 + 0,992 x 17 160) = 2,160 %
Chapitre 5 - Le modèle de l'assurance auto 185

Puis avec les valeurs trouvées pour v(l), v(2) et v(3), on calcule Ç-(l)
et Ç-(2) :
- Si v(l) = 0,298 % et v(2) = 0,445 % et v(3) = 2,160 % comme
ci-dessus,
alors
Ç-(1) = 22/(0,298 % x 1 109 + 0,445 % x 162 + 2, 160 % x 681) = 1,174
Ç-(2) = 416/(0,298 % x 4 436 + 0,445 % x 7 955
+ 2, 160 % x 17 160) = 0, 992
- On s'arrête lorsque (comme ici) les valeurs trouvées sont stables.

Le tarif trouvé est donc le suivant

Tarif Z' = z~ novices Z' = z~ expérimentés

Z = Zl : petits v(l) ç(l) = 0,350 % v(l) ç(2) = 0,296 %


Z = Z2 : moyens v(2) ç(l) = 0,523 % v(2) ç(2) = 0,442 %

Z = Z3 : gros v(3) ç(l) = 2,536 % v(3) ç(2) = 2,143 %

Et nous pouvons vérifier que nos calculs sont suffisamment précis en


constatant que l'application de ce tarif au parc assuré aurait financé les
sinistres de la colonne tous conducteurs et de la ligne tous véhicules à très
peu près.

Tarif appliqué au parc Z' = z~ Z' = z~ Tous


v(z) ç(z') na(z, z') novices expérimentés conducteurs

Z = Zl : petits 3,881 13,119 17,000

Z = Z2 : moyens 0,847 35,146 35,993

Z = Z3 : gros 17,271 367,729 385,000

Tous véhicules 22,000 415,993 437,993

Annexe 4. Scoring et tarification


Le scoring est une technique désormais couramment utilisée tant par les
banques que par les assureurs. Toutefois, cette technique qui s'appuie sur
une forme particulière de score, le score canonique et sur l'utilisation d'un
modèle PROBIT, est assez sophistiquée et, en particulier, l'obtention de
valeurs numériques nécessite l'utilisation d'un logiciel statistique spécia-
lisé. Nous donnerons toutefois une application numérique effectuable sur
un tableur mais avec un seul paramètre.
186 Assurance: comptabilité, réglementation, actuariat

4.1. Le score
Un score est un classement entre tous les individus en fonction de leurs
caractéristiques. Du point de vue mathématique, c'est tout simplement
une fonction qui, à l'ensemble des caractéristiques Z = Zi, Z' = z:,
z" = zr . ,d'un individu i, fait correspondre un nombre SC = Si.
Le classement des équipes de football en division 1 en fonction du
nombre de matchs gagnés, nuls ou perdus est un score particulier. La
note finale obtenue au baccalauréat est un autre score.
Le score est défini à une fonction croissante (ou décroissante) près : le
classement donné par le score n'est pas modifié par la composition du score
avec une fonction croissante (ou décroissante, une fonction décroissante
inversant l'ordre du score).

Utilisation d'un seuil


À partir d'un classement donné, il est possible de séparer les individus
en deux groupes en définissant un seuil s. Ainsi, au baccalauréat, le seuil S
été fixé à 10/20 pour obtenir le diplôme. En matière de crédit, les banques
fixent des seuils en deçà (ou au-delà) desquels l'accès au crédit est refusé.
En matière d'assurance, il est possible, en choisissant un seuil s, de
séparer en deux classes, la classe B des risques de score inférieur à s,
risques réputés bons, acceptés ou à tarification plus légère, et la classe A,I
des risques de score supérieur à s, risques réputés mauvais: refusés ou à
tarification plus lourde. En assurance, comme au golf, les meilleurs ont
le score le plus faible. En outre, Si pourra être la fréquence passée des
sinistres de l'assuré i et servira à établir le tarif (permettra de prévoir la
fréquence future).
Erreurs de jugement
Dans le cadre d'une séparation de la population en deux groupes en
fonction du résultat d'un score, deux types d'erreur de jugement sont
possibles: considérer qu'un assuré est un bon risque alors qu'il est en
réalité mauvais (erreur 1) ou, à l'opposé, considérer que c'est un mauvais
risque alors qu'en réalité il est bon (erreur 2).
Remarque: les deux erreurs précédentes sont absolues; l'erreur peut
être aussi relative si on commet une erreur en comparant deux individus
entre eux à l'aide de leur score. La mesure a posteriori de cette erreur
relative peut être intéressante pour étudier le score: en comparant les
individus deux à deux à l'aide de leur score, il suffit de compter le nombre
de paires concordantes (classement correct) et le nombre de paires dis-
cordantes (classement erroné). Si le rapport entre le nombre de paires
concordantes et le nombre total de paires est inférieur à 50 %, cela signifie
que les bons et les mauvais conducteurs sont moins bien classés que ne le
ferait le hasard.

Définition et propriétés du score canonique


Le score canonique est le score qui classe les individus définis par leurs
caractéristiques en fonction de la probabilité suivant laquelle ils sont bons
Chapitre 5 - Le modèle de l'assurance auto 187

ou mauvais risque. Du point de vue mathématique, si on note Y la variable


à expliquer qui ne peut prendre comme valeur que 0 (pas de sinistres) ou
1 (un sinistre), le score canonique est la fonction qui à un ensemble de
caractéristiques tarifaires (Z = z, Z = z', Z = Zif ... ) que nous noterons
parfois Z = z ... pour abréger fait correspondre un nombre:
z, z', z" ... f-----4 SC (z, z', z" ... ) = P [Y = 1 1 Z = z]
Le score canonique est unique pour des individus présentant les mêmes
caractéristiques z, z', z" .... Au sein d'une case tarifaire donnée (ensemble
d'individus présentant les mêmes caractéristiques), le score canonique sera
d'autant plus élevé, que la case tarifaire comportera d'assurés auteurs
d'accidents.
Avantages d'un score canonique en termes qualitatifs
La séparation des individus en deux classes différentes, B et M ~ ceux
dont le score est inférieur à s et ceux dont le score est supérieur à s ne
signifie pas que tous les mauvais conducteurs sont dans la classe M et les
bons dans la classe B : le score serait parfait !
Elle signifie seulement que la probabilité qu'un assuré de la classe
l'v! (pour lequel SC(z) > s) soit un mauvais conducteur (Y = 1) est
supérieure à s, et que la probabilité qu'un assuré de la classe B (pour
lequel SC(z) < s) soit un mauvais conducteur est inférieur à s.
Avantages d'un score canonique en termes quantitatifs
Le choix d'un seuil s discrimine certes la population assurée en deux
classes de risques: les bons et les mauvais risques mais l'assureur peut
aussi utiliser le score canonique d'une manière continue pour tarifer un
contrat. En effet, au sein d'une case tarifaire,si SC(z) représente la fré-
quence moyenne de sinistres il ne reste qu'à multiplier cette fréquence par
le coût moyen d'un accident pour cette case tarifaire pour obtenir la prime
pure moyenne de la case.
Combien retenir de variables pour faire un score ?
Le choix du nombre de variables résulte de deux exigences contradic-
toires :
- le nombre de variables utilisées est important, meilleure est l'informa-
tion conservée (on conçoit facilement qu'un score fondé sur deux variables
est meilleur qu'un score fondé sur une seule variable) ; en outre, il peut
être utile de ne pas rendre le score trop facilement décodable par les uti-
lisateurs afin d'en préserver la fiabilité ... ;
- le nombre de variables utilisées est faible, plus la gestion du score
est aisée: le nombre de renseignements à demander à l'assuré et donc à
stocker est plus faible, et il est plus facile d'interpréter les phénomènes
sous-jacents en présence d'un nombre plus faible de variables explicatives
ou lorsque les variables explicatives ne sont pas corrélées.
Courbes de performance
Sur une même sous-population, il est possible de comparer la qualité
de deux scores canoniques différents en comparant leurs courbes de per-
188 Assurance: comptabilité, réglementation, actuariat

formance. Ces courbes ont des équations paramétriques avec comme pa-
ramètre, le seuil s.
Pour chaque valeur de s, on porte :
- en abscisse P (SC::; s), la proportion d'individus dans la popula-
tion totale dont le score est inférieur à s (le marché potentiel que choisit
l'assureur et qui est d'autant plus grand que s est grand) ;
- en ordonnée
P (Y = 1 SC ::; s)
1

P(Y = 1)

la sinistralité de la population par rapport à la population totale (si


P (Y = 1 1 SC < s)
P (Y = 1) - vaut 0,5, 1a popu lation se'1ectionnee
'
a une pro b a b ilite'
d'accident deux fois plus faible que la population globale. y(s) reflète donc
la qualité du portefeuille).

La courbe de performance passe par les points (1,1) correspondant à


s = 1 (tous les risques sont acceptés) et (0,0) correspondant à s = 0 (aucun
risque n'est accepté). La courbe de performance d'un score canonique est
croissante.
Si les courbes de performance de deux scores A et B calculés sur une
même population, ne se rencontrent pas, alors la courbe de B est sous
celle de A si et seulement si B est meilleur que A.

Graphique 2. - Comparaisons de 2 scores

UJL_-t--======. :Fï==:::::::::··=··=··+;=··~_··_··_··_···_··_
.. -+
.._.. _.. _.. _.. _..._.._..-i
.. _.. _.. _.

0,2 0,4 0,6 0,8


°
Ce graphique montre que pour une part de marché donnée, le score B
sélectionne une population dont la sinistralité sera plus faible.

Utilisation d'un modèle PROBIT


Jusqu'à présent, on a supposé que l'on pouvait calculer le score
canonique dans chaque case tarifaire. Or, si on utilise trop de variables
explicatives, on risque de n'avoir personne dans une case tarifaire donnée
et il faudra bien proposer un tarif à la personne qui se présentera devant
l'assureur.
Il faut donc introduire une modélisation du score canonique. La pre-
mière idée est d'utiliser des régressions linéaires. Pour une connaissance
de ces régressions linéaires, indispensable pour la lecture de cette partie,
on se reportera à [23]. Soit Y, la variable sinistralité observée. Elle prend
Chapitre 5 - Le modèle de l'assurance auto 189

°
la valeur lorsque l'assuré n'a pas eu dans l'année de sinistre et 1 sinon.
y n'est pas modélisable par la méthode des moindres carrés ordinaires.
En effet, si on a Yi = Zib + Ui pour l'individu i, Ui prend la valeur -Zib
avec la probabilité p et 1 - Zib avec la probabilité 1 - p. Donc Ui ne peut
pas suivre une loi normale mais uniquement une loi discrète.
Il faut donc utiliser un modèle non linéaire, par exemple probit. On
peut ainsi estimer les paramètres et effectuer des tests. Une illustration
sur le scoring est ensuite donnée.

Présentation du modèle PROBIT


Le comportement du conducteur dans son environnement peut être
modélisé en supposant l'existence d'une variable latente continue Y* qui
traduit l'absence potentielle de sinistralité. Y* illustre la capacité globale
de l'assuré à ne pas avoir d'accident:

Si Y* S 0, y = ° Pas de sinistre responsable


Si Y* > 0, y = 1 Un sinistre responsable

Y* est cette fois-ci modélisable au moyen d'une régression linéaire où


les résidus suivent une loi normale centrée réduite :

Y* = -Zb+u

où Z rv N(O, 1), avec N(O, 1) la loi normale centrée réduite.


Calculons le score canonique de l'assuré, en posant <P la fonction de
répartition de la loi normale centrée réduite :

sc (z) = P (Y = 11 Z = z) = P (Y* > 0) = P (u > Zb) = 1 - <P (Zb)

Y n'est donc pas une fonction linéaire des paramètres b. La régression est
non-linéaire.

Estimation des paramètres et tests


Il reste donc à estimer b sachant que nous ne disposons pas de l'infor-
mation Y* mais de Y. Seule une résolution numérique est possible car il
faut résoudre l'équation suivante:

Un tableur ne permet pas d'obtenir la valeur de b. Elle est réalisée en


utilisant un logiciel statistique qui procèdera par itération. Il est toutefois
possible de faire les calculs avec un tableur lorsque l'on ne dipose que d'un
seul paramètre.

Illustration
Considérons les vingt individus suivants. Y est le nombre de sinistres
de l'individu, jeune (âge = 0) ou vieux (âge = 1).
190 Assurance: comptabilité, réglementation, actuariat

Individu Âge (1 = vieux) Y Individu Âge (1 = vieux) Y

1 0 0 11 1 0

2 0 1 12 1 0

3 0 1 13 1 0

4 0 1 14 1 0

5 0 1 15 1 0

6 0 0 16 1 0

7 0 0 17 1 0

8 1 1 18 1 0

9 1 0 19 1 0

10 1 0 20 1 1

Une résolution numérique utilisant la fonction valeur cible d'un tableur


donne b = 1,020 076 43. Le score des jeunes vaut 0,5 et le score des vieux
0,154. Les jeunes sont donc plus risqués que les vieux.
En effet, un coefficient b positif s'interprète toujours en termes relatifs
et traduit un risque plus fort. En effet,
SC(z) = P(Y = 11 z = z) = <I>(zb)
Si b est positif, le score canonique est une fonction croissante de z. Dans le
cas contraire, le score canonique est une fonction décroissante de z. Dans
le premier cas, plus les caractéristiques de l'individu i suivant la variable
Z sont élevées, plus il sera risqué toutes choses égales par ailleurs.
Il y a 44 paires concordantes et 6 paires discordantes, soit un taux de
concordance de 88 %.

Test de nullité d'un coefficient


On cherche à tester la nullité d'un coefficient b. On oppose donc l'hy-
pothèse nulle Ho contre l'hypothèse alternative Ha.
Ho: b = °
Ici on utilise la statistique de Wald :
b2
W=~
Vb
qui suit asymptotiquement une loi du X2 à un degré de liberté. L'hypothèse
de nullité de b est rejetée lorsque la statistique de Wald dépasse un certain
seuil, en général 3,84, ce qui correspond à une significativité de 5 %. Il
peut être parfois utile de prendre des seuils plus élevés afin de conserver
Chapitre 5 - Le modèle de l'assurance auto 191

suffisamment de variables pour obtenir un score qui discrimine toujours


(taux de concordance supérieur à 50 %).

Graphique 3. - Courbe de performance et de sélection


Courbe de performance
1 -----------------------------------------

0,8

0,6

0,4

0,2

0,4 0,6 0,8


° 0,2

La courbe de performance (formée de trois points) est correcte. Elle est


sous la bissectrice.
La forme de la courbe de performance montre que le score obtenu
explique bien la sinistralité. Avec 65 % des individus, on obtient une
population qui a un potentiel de sinistralité égal à 60 % de celui du marché.

Annexe 5. Variantes aux calculs de provisions


C'est sur la méthode de cadences, la plus utile, que nous exposerons
des principes de variantes applicables à toutes les méthodes.
Reprenons le calcul de la provision afférente à 1998.

Exercice de survenance

Paiements cumulés 1995 1996 1991 1998 1999

À fin 1995 268


À fin 1996 441 283
À fin 1997 447 463 278
À fin 1998 450 474 451 281
À fin 1999 451 476 461 458 294
+ Provisions au 31/12/1999 1 2 4 ? ?
= Charge vue au 31/12/1999 452 478 465 ? ?
192 Assurance: comptabilité, réglementation, actuariat

Exercice de survenance

1995 1996 1997 Moyenne


Cadence
observée
(cumulée) 441 463 451
452 = 97,5 % 478 = 96,9 % 465 = 97,0 % 97,1 %
de
deuxième
année

Notation C95,2 C96,2 C97,2

Nous avons supposé que l'estimation

moyenne (97,6 %; 96,9 %; 97,0 %) = 97,1 %

s'appliquait aussi à l'exercice 1998, pour obtenir ainsi la charge totale de


sinistres de l'exercice 1998 :
458
8 98 = = 472
97,1%
et donc le montant de la provision :

P98,2 = 472 - 458 = 14

Moyenne, médiane, et autres estimateurs


Comme estimateur de la cadence de seconde année C98,2, on pourra à
juste titre préférer choisir, plutôt que

moyenne (97,5 %; 96,9 %; 97,0 %) = 97,1 %

comme ci-dessus,

médiane (97,5 %; 96,9 %; 97,0 %) = 97,0 %

moins sensible à une éventuelle année aberrante,

441 + 463 + 451 = 97 1 o/c


452 + 478 + 465 ,0

insensible à une année absente ou hors d'échelle.

Estimation d'une grandeur stable ou d'une grandeur évolutive


Nous avons supposé que C95,2, C96,2, C97,2 étaient des réalisations d'une
même cadence de deuxième année G que nous avons appliqué à 1998.
Il n'apparaissait pas utile dans l'exemple choisi de
- chercher une tendance
- considérer que les paiements effectués l'année j sont fonction d'un
taux d'inflation propre à l'année j.
Chapitre 5 - Le modèle de l'assurance auto 193

Mais cela peut se révéler souhaitable dans certains cas.

Cadences annuelles ou cadences cumulées


Nous avons étudié les cadences de paiements cumulés C95.2, C96,2,
C97,2·
Il nous paraît plus difficile de modéliser les cadences de paiements non
cumulés, C95,2 - C95,1, C96,2 - C95,1, C97,2 - C95,1 : le report (par exemple)
d'un règlement de décembre à janvier de l'année suivante se traduit par
un aléa diminuant Ci, 1 et augmentant Ci,2 - Ci, 1 du même montant, donc
perturbant la cadence annuelle Ci,2 - Ci, 1·

Pourcentage de la charge finale ou d'une autre grandeur


Afin de parler de la grandeur invariante nous utilisons les cadences de
deuxième année Ci,2 rapportant les paiement cumulés Si,2 relatifs à un
exercice de survenance i à la charge de cet exercice c'est-à-dire Ci,2
Si, 2/ Si, <Xl'

On peut aussi étudier les règlements cumulés Si,2 sans effectuer la


division, et pour rendre semblables les divers exercices i :
- étudier Si,2/ Si,1 comme dans les calculs dits de chain-ladder ;
- étudier Si,2/ p;'
en le rapportant aux primes de l'exercice.

Annexe 6. Exercices
Exercice 1
Différences entre les nombres de sinistres du modèle simple et ceux du
modèle auto.
N
1. Que peut-on dire de la loi théorique de la fréquence si le nombre
_8
na
de sinistres suit une loi de Bernoulli? une loi de Poisson?
2. Calculer la probabilité qu'un assuré ait 0, 1, 2... sinistres.
3. Calculer l'espérance et l'écart-type du nombre de sinistres pour
10 000 assurés lorsque le nombre de sinistres suit une loi de Bernoulli,
puis lorsqu'il suit une loi de Poisson. On supposera successivement que
l'espérance du nombre de sinistres de chaque assuré est de 10 %, 1 % et
0,1 %.

Solution
Dans les chapitres 4 et 5, nous avons supposé qu'en première ana-
lyse (c'est-à-dire avant de disposer d'informations supplémentaires sur les
risques assurés), l'espérance du nombre des sinistres est identique pour
chacun des assuré du groupe. Notons À cette espérance.
Si le nombre de sinistres de chaque assuré suit une loi de Bernoulli,
la probabilité qu'un assuré ait 0 sinistre est égale à 1 - À. La probabilité
qu'un assuré ait 1 sinistre vaut À et la probabilité d'avoir plus d'un sinistre
est nulle: en effet on ne meurt qu'une fois (au maximum).
194 Assurance: comptabilité, réglementation, actuariat

Le nombre total N s suit une loi binomiale. La fréquence Ns/na ne


suit pas une loi binomiale mais on obtient facilement les deux premiers
moments:
E(Ns/na) = À
1

,,(N,/na) = ( A(1n~ A) ) ,

Si le nombre de sinistres de chaque assuré suit une loi de Poisson, la


probabilité qu'un assuré ait a sinistre est égale à e-),. La probabilité qu'un
assuré ait 1 sinistre vaut À e-), et on constate que la probabilité d'avoir
plus d'un sinistre n'est pas nulle mais vaut, pour k sinistres,

En effet on peut envoyer plusieurs fois par an une voiture dans un pla-
tane (à condition toutefois de ne pas mourir dans l'accident car cela nous
ramènerait au problème précédent).

Le nombre total N s suit une loi de Poisson. La fréquence Ns/na ne


suit pas une loi de Poisson mais on obtient facilement les deux premiers
moments:

Les applications numériques permettent parfois de relativiser les écarts


entre les différents concepts théoriques, ainsi que le montre le tableau
suivant, pour la 000 assurés:

Fréquence par assuré 10 % 1% 0,1 %.

Espérance du nombre total de sinistres


Loi Binomiale 1000 100 10
Loi de Poisson 1000 100 10

Écart-type du nombre total de sinistres


Loi Binomiale 30,0 9,95 3,16
Loi de Poisson 31,62 10,0 3,16

Par ailleurs on sait que, pour des fréquences faibles, la loi binomiale
converge vers une loi de Poisson. Enfin, pour des effectifs assurés nombreux
et des fréquences pas trop petites, la loi des grands nombres constate la
convergence de la loi de N s vers la loi normale.
Chapitre 5 - Le modèle de l'assurance auto 195

Exercice 2
Étude d'une distribution de sinistres empirique.

Prenons une nouvelle distribution de sinistres, correspondant à un


contrat de RC auto souscrits par 30 000 assurés. La fréquence des sinistres
est de 12 %.

Moins de N ombre cumulé Coût cumulé

1000 124 59722

2 000 277 283 681

3 000 643 1 269 100

4 000 743 1 612 503

5 000 796 1 851 392

la 000 893 2 500 873

50 000 982 4247 751

100 000 991 4 874 836

500 000 999 6 502 269

1000 7465 292

1. Étude de la répartition des sinistres


• Dessiner l'histogramme de la distribution et estimer la médiane et les
quartiles.
- Calculer la moyenne et l'écart-type du coût d'un sinistre .

• Comparer moyenne et médiane, écart-type et position des quartiles:


la loi est-elle symétrique ?
2. Étude de la charge des prestations
Calculer la prime pure et l'écart-type de la prime pure.
3. Étude d'une franchise
Calculer la moyenne et l'écart-type du coût d'un sinistre net si
l'assureur ne paye les sinistres qu'après déduction d'une franchise de 5 k€.
Calculer la fréquence des sinistres qui font l'objet d'un paiement. Calculer
la prime pure.
4. Étude d'un plafond
Calculer la moyenne et l'écart-type du coût d'un sinistre net si le réassu-
reur rembourse les sinistres après déduction d'une priorité de 50 k€ (sans
franchise) .
Calculer la prime pure que demanderait un réassureur et l'espérance de
la charge des prestations nette de réassurance.
196 Assurance: comptabilité, réglementation, actuariat

Solution

Graphique 4.

350

300

250

200

o 10 20 30 40 50

1. La moyenne est de 7 465 € Le 1er quartile est compris entre 1 000 €et
2 000 €, la médiane entre 2 000 € et 3 000 € et le 3e quartile entre 4 000 € et
5 000 €. La loi n'est donc pas symétrique. Les trois premiers quartiles sont
inférieurs à la moyenne. L'écart-type vaut 39 596 €.
Sur l'histogramme, les 18 sinistres non représentés (supérieurs à 50 k€),
représentent encore 43 % du total.
2. La prime pure vaut 896 €. L'écart-type de la prime vaut 13 958 €.
3. Avec une franchise, le coût moyen d'un sinistre vaut 22 519 € et
son écart-type 70 713 €. La fréquence d'un sinistre faisant l'objet d'un
paiement vaut 2,448 %. La prime pure vaut 551 €. L'écart-type de la
prime pure est 13 713 €.
4. Avec un plafond, le coût moyen d'un sinistre vaut 5 148 € et son
écart-type 20 228 €. La prime pure nette de réassurance vaut 618 € et
l'écart-type de cette prime pure est 7 230 €. La prime qui serait payée au
réassureur pour la prise en charge des sinistres au-delà de 50 000 € vaut
278 €.

Exercice 3
Estimation du coût moyen et de la prime pure à partir d'une répartition
de sinistres.

Soit la statistique suivante de sinistres de Dommages Auto concernant


57 697 véhicules - années.
Chapitre 5 - Le modèle de l'assurance auto 197

Moins de N ombre cumulé Coût

1 000 2 156 982000

2000 3448 2 904 000

3000 4660 5 851 000

4000 5470 8671 000

5000 6290 12 344 000

10 000 7912 23 193 000

20000 8592 32 249000

100000 8910 42 714000

Estimer la fréquence, le coût moyen et la prime pure, en précisant


à chaque fois, l'intervalle de confiance à 95 % dans lequel se situe ces
estimations et leur précision relative, demi-amplitude de l'intervalle de
confiance.

Solution
La fréquence vaut 15,4 %. L'écart-type de la fréquence vaut 39,3 %.
L'intervalle de confiance est

[15,1 %, 15,8 %]

et l'incertitude relative vaut 2,1 %.

Le coût moyen est de 4 794 €. L'écart-type vaut 8 676 €. L'intervalle


de confiance est
[4 614, 4 974]

et l'incertitude relative vaut 3,8 %.

La prime pure vaut 740 E L'écart-type de la prime vaut 3 895 E L'inter-


valle de confiance est
[709, 772]

et l'incertitude relative vaut 4,4 %.

Exercice 4
Ajustement d'une distribution de sinistres empirique à une loi théo-
rique. Estimation du coût moyen à partir d'une répartition de sinistres.

Soit la statistique suivante de sinistres supérieurs à 100 k€.


198 Assurance: comptabilité, réglementation, actuariat

Tranche Nombre (non cumulé) Coût

100-200 109 13842

200-500 52 20540

500-1 000 27 16075

1 000-2 000 7 11163

2000 à 00 6 24559

TOTAL 201 86 179

Estimer le coût moyen probable E(YIY > 100), d'abord directement,


puis à partir d'ajustements graphiques de la distribution par une loi de
Pareto, et par une loi log-normale.

Solution
Estimation directe. Le coût moyen probable E(YIY > 100) peut
être estimé à
86179 = 429 k€
201
Cette estimation est peu précise: plus du quart du coût des 201 sinistres
de plus de 100 k€ découle des 6 sinistres de plus de 2 000 k€ ! Il ne
serait pas surprenant que, dans une autre échantillon de 200 sinistres, les
sinistres de plus de 2 000 k€ se révèlent, soit sensiblement plus nombreux
que 6, soit sensiblement plus coûteux que 4 093 k€ en moyenne.
Les ajustements consistent, au fond, à présumer de la charge des si-
nistres importants et rares à partir des sinistres plus nombreux et moins
importants.
On peut estimer les paramètres de la loi par la méthode du maximum
de vraisemblance, mais il est toujours plus instructif de se livrer à un
ajustement graphique au moins dans un premier temps, car la robustesse
ou la sensibilité du résultat peut s'observer alors visuellement.
On ne sera pas surpris de voir qu'ici différents ajustements raisonnables
donnent des résultats différents, étant donné le petit nombre de sinistres
et leur grande variance.
Loi de Pareto. La loi de Pareto (loi non symétrique très utilisée, car
n'ayant qu'un paramètre à ajuster) est

P(Y < y!Y > Yo) = 1- (:J- a

a
On montre qu'alors E(Y < ylY > Yo) = - - Yo ; E(Y < ylY > Yo)
a-l
n'existe que pour a > 1, de même que a(Y < ylY > Yo) l'écart-type
n'existe que pour a > 2.
Chapitre 5 - Le modèle de l'assurance auto 199

En notant P* (Y > ylY > Ya) le complément à 1 de la fonction de


répartition empirique observée, la relation

ln (P(Y > ylY > Ya)) = -a ln y + a ln Ya

montre que les points d'ordonnées ln (P*(Y > ylY > Ya)) et d'abscisses
ln y et sont approximativement alignés sur une droite de pente a.

Graphique 5. - Ajustement Pareto


~ 2
1\
>- 0
~ -2
0>
0 -4
....J
-6
Log (y)

Un ajustement graphique (en fait réalisé automatiquement par un


tableur) donne

ln (P*(Y > y) = -1,1777 ln (y) + 5,4848


On peut estimer
E(Y < ylY > Ya)
par
1,1777 _ 63
o, 1777 Ya - 6
Loi log-normale. La plus naturelle des lois non symétriques qui est
utilisée est la loi log-normale (ln Y suit une loi normale) ; si la loi nor-
male est naturelle comme somme d'un grand nombre d'aléas homogènes et
indépendants, la loi log-normale est naturelle comme produit d'un grand
nombre d'aléas identiques et indépendants.
L'événement
{Y < y}
étant identique à l'événement

dire que Y suit une loi lognormale revient à dire que

rr désignant la fonction de répartition de la variable N(O, 1).


200 Assurance: comptabilité, réglementation, actuariat

(ln Y suit une loi normale d'espérance m et d'écart-type a ; on peut


(72
démontrer alors que E(Y) = em + T )
La relation

peut s'écrire
n- 1 (p(y < y)) = ln y - m
a
Donc en notant P* (Y < y) la fonction de répartition empIrIque
observée, les points d'abscisse ln (y) et d'ordonnée n- 1 (p(y < y)) sont
approximativement alignés.

Graphique 6. - Ajustement log-normal


4
::....
v 3
>-
2
~ 1
1" 0
a: -1 5 6 7 8 9
Log (y)

Un ajustement graphique (en fait réalisé automatiquement par un


tableur) donne

n- 1 (p*(y < y)) = 1,0823 ln (y) - 4,0633

La droite a pour ordonnée 0 au point d'abscisse m et pour ordonnée 1


au point d'abscisse m + a,
d'où
m = 5,13173 et a = 1,26295
(72
Comme E(Y) = em + T on peut estimer

E(Y < ylY > Yo)

par
2
5 13173+ 1,26295
e ' 2 = 376
Chapitre 6

,
LE MODELE
DE L'ASSURANCE VIE

Traditionnellement, le modèle d'actuariat à court terme présenté dans


les deux chapitres précédents néglige, du moins dans une première étape,
de formaliser le prix du temps, c'est-à-dire les produits financiers générés
par le fonctionnement en capitalisation (cf. le chapitre 1, § 3.). La raison
en est qu'il se préoccupe d'abord de l'aléa inhérent aux sinistres.
L'importance relative du prix du temps et de l'aléa est inversée dans le
modèle vie (cf. le chapitre 1, § 5.). En effet, le modèle vie ne peut passer
sous silence que les principaux contrats ont un caractère d'épargne et sont
de longue, voire de très longue, durée et que les bases tarifaires ne sont
pas révisables pendant cette durée.
En outre, comme nous le constaterons, l'aléa est beaucoup moins
important en vie qu'en non-vie car, en vie, le versement de la presta-
tion dépend en général de la survie de l'assuré, événement qui a une forte
probabilité, contrairement à l'assurance non-vie, où les sinistres ont de
faibles probabilités. C'est peut-être ce qui explique que traditionnellement,
là où la prudence voudrait qu'on ajoute un chargement de sécurité afin de
diminuer le risque de perte ou même de ruine dû aux fluctuations aléa-
toires du résultat, l'usage actuariel diffère:
- En non-vie, le chargement de sécurité est explicité et noté p.
- En vie, le chargement de sécurité est usuellement implicite et découle
d'un choix prudent des taux d'intérêt et des tables de mortalité.

Dans ce chapitre, le résultat aléatoire de l'assureur (§ 1.) comporte une


prime calculée à partir de probabilités viagères et escomptant des pro-
duits financiers (et prévoyant des frais de gestion). L'étude de ce résultat
nous amènera à comparer les conséquences de l'aléa de mortalité aux
conséquences d'une erreur de taux ou de table. La tarification (§ 2.)
202 Assurance: comptabilité, réglementation, actuariat

repose sur des prévisions de taux (dont la simplicité même permet d'étu-
dier facilement le risque encouru par l'assureur si les taux baissent, ou à
l'inverse s'ils montent), de table de mortalité et de frais de gestion. Pour
pouvoir examiner le résultat comptable de l'année (§ 3.), l'assureur doit
savoir chiffrer ses engagements en calculant une provision mathématique.

1. Aléa et résultat de l'assureur

Dans cette première section, l'assureur est à nouveau supposé connaître


ex ante l'espérance de la charge annuelle de prestations. Cette connais-
sance lui permet de calculer la prime pure qui annule l'espérance de son
résultat. En reprenant l'exemple simple utilisé au chapitre 1, § 5., nous
mesurerons l'aléa auquel l'assureur est confronté (§ 1.1). Pour modéliser
cet aléa, il est nécessaire d'effectuer des hypothèses sur le taux d'intérêt
utilisé, sur la table de mortalité employée et sur les frais de gestion payés.
À cette occasion, nous serons amenés à définir les principales probabi-
lités viagères l et à formuler un principe de calcul des primes à l'aide du
concept, fondamental en assurance vie, de valeur actuelle probable (§ 1.2).
Enfin, nous étudierons l'impact de l'aléa de mortalité et le comparerons à
celui d'une erreur de taux ou de table dans les trois contrats principaux,
qui se révèlent très différents à cet égard (§ 1.3).

1.1. Un exemple simple


Capital différé (rappel du second exemple du chapitre 1, § 5.)

prime c si l'assuré est en vie

t= 0 J t= k 1 •
âge=x âge = x+ k

À la date t = 0, l'assureur souscrit na = 10 000 contrats identiques


dans chacun desquels un assuré verse une prime unique 1r" = 63 000 €.
En contrepartie, l'assureur s'engage à verser c = 100 000 € à la date
t = 8 ans à chaque assuré vivant.
Pour modéliser ce contrat, supposons que les placements rapportent
i = 6 % l'an, que chaque assuré a une probabilité p = 0,98651 d'être en
vie dans 8 ans, et faisons abstraction des frais de gestion.
- À la date t = 0, l'assureur encaisse na primes 1r", qu'il place à 6 %
l'an.

1 C'est-à-dire dépendant de la durée de la vie humaine.


Chapitre 6 - Le modèle de l'assurance vie 203

- À la date t = 8 ans, l'assureur disposera donc de

na K" (1 + i)8 = 15 938,481 X K"

pour payer caux N v survivants. N v , nombre aléatoire de survivants, suit


une loi binomiale (approximativement normale d'après le théorème de la
limite centrale).
L'espérance de N v est

E(Nv ) = naP = 9 865,1

et son écart-type

Le résultat de l'assureur, vu en fin de contrat, est la variable aléatoire:

Rna = naK"(1 + i)8 - cNv = 1 004 124 290 - 100 000 X N v

avec

E(RnJ = na(K"(1+i)8- cp) = 1 004124290-986510000 = 17614290

et
~(RnJ = c~(Nv) = CJnap(1- p) = 1 154 030
L'écart-type est peu important par rapport à E(RnJ : il en représente
6,5%.

1.2. Les probabilités viagères


Dans l'exemple précédent, nous avons considéré que la prime Kil était
donnée, et nous en avons déduit l'espérance et l'écart-type du résultat.
Il est usuel, en assurance vie, d'adopter la démarche inverse, c'est-à-dire
de déterminer la prime K" de telle manière que l'espérance du résultat
soit nulle. Cette façon de procéder peut paraître curieuse, notamment de
la part de sociétés à but lucratif. En fait, comme indiqué dans l'intro-
duction, le choix réputé prudent des hypothèses induit implicitement un
chargement de sécurité et une espérance de résultat positive.
Afin de pouvoir appréhender le calcul des primes, nous avons besoin de
définir les probabilités viagères fondamentales.

1.2.1. Les probabilités de survie (et de décès) pour un individu d'âge x


- Probabilité de survie et table de mortalité d'un individu d'âge x.
Considérons lx assurés d'âge x à l'époque 0 dont chacun a une proba-
bilité p de vivre jusqu'à l'âge x + k qu'il atteindra à l'époque k.
Le nombre d'assurés vivants à l'époque k est une variable aléatoire
(binomiale de paramètres lx et p).
204 Assurance: comptabilité, réglementation, actuariat

Son espérance est lxp, que l'on peut noter lx+k, nombre probable de
vivants à l'âge x.
Soulignons que l'actuaire, parce qu'il utilise un vocabulaire du
XI xe siècle, dit nombre probable au lieu d'espérance d'un nombre (aléa-
toire) et valeur probable au lieu d'espérance d'une valeur (aléatoire).
- La probabilité que l'individu d'âge x à la date 0 survive jusqu'à l'âge
x + k qu'il atteindra à la date k est donc, par définition,

- La loi de survie de l'individu d'âge x est définie ainsi par la table de


mortalité:

w étant l'âge extrême de la vie humaine, en pratique environ 110 ans


selon les tables, le record atteint naguère par Mme Calment n'ayant pas
de signification statistique. Cette loi n'est définie qu'à une constante mul-
tiplicative près.
On trouvera des exemples de tables de mortalité, les tables TV 88-90
et TD 88-90 et TPRV 93 en annexe 10.
- La probabilité que l'individu d'âge x décède avant la date k est

1 _ lx+k = lx - lx+k
lx lx

(car la probabilité qu'un individu atteigne exactement l'âge x + k est


nulle), et
lx+k - lx+k+k'
lx
est la probabilité que l'individu d'âge x décède entre la date k et la date
k+k'.

1.2.2. Les hypothèses: taux d'intérêt, table de mortalité, frais de gestion


Pour calculer la prime, dans chaque cas nous allons faire trois
hypothèses; nous supposerons connaître le taux d'intérêt i, la table de
mortalité lx et les frais de gestion. Nous allons revoir dans quelle mesure
sous ces hypothèses, c'est-à-dire en supposant exacts les i, lx et frais de
gestion choisis, le résultat est aléatoire.
Mais chacune de ces hypothèses peut se révéler inexacte.
- On suppose connaître le taux de rendement annuel des placements
noté i relatif à toute la durée du contrat, mais si la durée du contrat est
de 8 ans et si par exemple le premier placement est fait en obligations
remboursables dans 4 ans, il faudra réinvestir ces remboursements à un
taux aujourd'hui inconnu.
- On suppose connaître la loi de mortalité des assurés (table lx+t),
mais la loi réelle peut être différente (parce que les assurés ne sont pas
Chapitre 6 - Le modèle de l'assurance vie 205

représentatifs de la population observée pour constituer la table, parce


que l'espérance de vie s'est accrue depuis l'élaboration de la table ... ).
- On suppose connaître les frais de gestion futurs, mais ce coût va
évoluer pendant la durée des contrats. Toutefois les erreurs faites dans
ce domaine, analogues dans toutes les industries, ne feront pas ici l'objet
d'une étude spécifique.

L'aléa du résultat, si l'on suppose exacts les i, lx et les frais de gestion


futurs, est en pratique le problème le plus facile à étudier, pour peu que
l'on se souvienne de la loi des grands nombres et du théorème de la limite
centrale.

1.3. L'aléa de mortalité comparé aux erreurs de tarification


La valeur actuelle des prestations de l'assureur (actualisée au taux i et
à la date de la souscription) est une variable aléatoire dont la prime doit
être l'espérance mathématique (la valeur actuelle probable).
En promettant une garantie, l'assureur prend deux risques:
- se tromper dans l'estimation de l'espérance mathématique (par un
mauvais choix du taux ou de la table) ;
- enregistrer une charge de prestation (très) supérieure à la vraie valeur
moyenne, supposée convenablement estimée.

On se propose d'étudier sommairement et successivement ces deux


risques au regard des trois principaux types de garantie d'assurance: le
capital différé, la temporaire-décès et la rente viagère. Le cas de la rente
viagère est certes plus délicat, mais son étude permet de montrer com-
ment traiter tout contrat à plus d'une prestation possible (ou plus d'une
prime possible).

1.3.1. Le capital différé

prime c si l'assuré est en vie

âge =x âge =x+ k

Le contrat et le résultat de l'assureur


À la date t = 0, l'assureur souscrit na contrats identiques dans cha-
cun desquels un assuré verse une prime unique pure 7r. En contrepartie,
l'assureur s'engage à verser c à la date t = k ans à chaque assuré vivant.
Nous avons vu dans l'exemple qu'en notant N v le nombre aléatoire
de survivants (qui suit une loi binomiale - approximativement normale
206 Assurance: comptabilité, réglementation, actuariat

- d'espérance naP = na l~:k), le résultat de l'assureur sera la variable


aléatoire

avec

La prime
Quelle est la prime qui correspond à une espérance de résultat nulle ?

E(R na ) ')k 0 cp __ cvk lx+k


= 0 {:} 7r (1 + ~ - cp = {:} 7r = (1 + i)k lx

en posant, comme il est traditionnel

1
v=--
l+i

La prime pure 7r calculée apparaît comme la valeur actuelle de la valeur


probable ou valeur actuelle probable (VAP) de la prestation.

Remarque
Cette notion de valeur actuelle probable est un outil fondamental en
assurance-vie. Il est important de savoir déterminer la V AP des enga-
gements susceptibles d'être pris par l'assureur ou l'assuré à l'aide des
probabilités viagères.

Application numérique
Un assuré d'âge x = 40 ans souscrit un capital différé de montant
c = 100 000 € payable dans k = 8 ans s'il est vivant à cette date.
L'expression théorique de la prime pure a été déterminée plus haut:

7r=C--V
lx+k k
lx

En utilisant les trois tables TD 60-64, TD 88-90, TV 88-90, et les deux


taux d'intérêt 3,5 % et 7 %, on obtient les résultats numériques suivants:

7r TD 60-64 TD 88-90 TV 88-90

i = 3,5% 72787 73606 74917

i=7% 55783 56412 57416

Une erreur dans le choix de la table de mortalité n'est pas très grave.
Par contre, un mauvais choix du taux peut avoir de lourdes conséquences.
Cette situation est typique des contrats qui ont essentiellement un
caractère d'épargne.
Chapitre 6 - Le modèle de l'assurance vie 207

L'aléa de mortalité
On suppose maintenant que la bonne estimation de la valeur actuelle
probable est obtenue avec TV88-90 et i = 3,5 % et que l'assureur gère
n = 10 000 contrats identiques souscrits simultanément par des assurés
de même âge.
La charge des prestations sur un contrat est une variable aléatoire X,
qui prend à la date k les valeurs
b 'l' , T
- c avec 1a pro b alIte lx+k ;

lx+k
b 'l' , 1 - T'
- O avec 1a pro b alIte

La valeur actuelle de la charge des prestations sur un contrat est la


variable aléatoire X', qui prend à la date 0 les valeurs
b'l' , T
- cv k avec 1a pro b alIte lx+k ;

lx+k
b 'l' , 1 - T'
- O avec 1a pro b alIte

Son espérance mathématique est égale à 7r = E(X') et son écart-type


vaut
lx+k (1 _ lX+k) = 8 761,50 €
lx lx
La valeur actuelle de la charge totale des prestations pour l'ensemble
des n = 10 000 contrats souscrits est une variable aléatoire d'espérance

n7r = 749 165 000 €

et d' écart-type
Vnu = 876 150 €
En approximant cette variable aléatoire par une loi normale, on trouve
que la charge totale des prestations a 95 % de chances de se situer dans
l'intervalle

[749 165 000 - 1,96 x 876 150,749 165 000 + 1,96 x 876 150]

c'est-à-dire dans l'intervalle

[747 447 740, 750 882 250]

L'incertitude sur la valeur actuelle de la charge des prestations est donc


très faible, et, en tout cas, beaucoup plus faible que l'incertitude engendrée
par une erreur de taux.
Dans ce contrat de capital différé, l'aléa de mortalité est donc faible.
Ce n'est pas toujours le cas (cf. le contrat temporaire décès ci-après).
208 Assurance: comptabilité, réglementation, actuariat

1.3.2. La temporaire décès (capital versé au moment du décès)

prime c si l'assuré décède entre


ket k+ 1

____ j
t= 0 ~
_________________t_=_k~I~____~I__
t:k+1 1
âge=x âge =x+ k âge = x+ k+ 1

Le contrat et le résultat de l'assureur


À la date t = 0, l'assureur souscrit na contrats identiques dans chacun
desquels un assuré verse une prime unique 'TL En contrepartie, l'assureur
s'engage à verser c à la date du décès si ce décès survient entre t = k et
t=k+l.
On suppose que les placements rapportent i % l'an, que chaque assuré
a une probabilité q = lx+k ~~X+k+l de décéder entre k et k +1 (et on
fait abstraction des frais de gestion).
L'approximation habituelle consiste à supposer que le versement, s'il a
lieu entre k et k + 1, a lieu en moyenne à la date k + 0, 5 année.
- À la date t = 0, l'assureur encaisse na primes (qu'il place au taux i).
, 1 k 1
- A la date t = k + "2 ans, l'assureur disposera donc de n a 7r(l + i) +2'
pour payer c aux ND bénéficiaires, ND étant le nombre aléatoire de décès
entre k et k + 1. ND suit une loi binomiale (approximativement normale)
d'espérance naq.

Le résultat de l'assureur, vu en fin de contrat à la date k + 1, sera la


variable aléatoire

avec

La prime
Quelle est la prime qui correspond à une espérance de résultat nul ?
lx+k - lx+k+l
c
E(Rna) = a <=} 7r(1 + i)k+~ - cq = a <=} 7r = lx
(1 + i)k+~
La prime est donc bien égale ici encore à la V AP des prestations de
l'assureur.

Application numérique
On suppose maintenant que la garantie temporaire décès d'une année
est immédiate (k = 0), de montant c = 100 000 €, souscrite par un assuré
d'âge x = 40 ans.
Chapitre 6 - Le modèle de l'assurance vie 209

La prime pure est ici :

lX+I)
7r = c ( 1- T 1
V2

En utilisant les trois tables TD 60-64, TD 88-90, TV 88-90, et les deux


taux d'intérêt 3,5 % et 7 %, on obtient les résultats numériques suivants:

7r TD 60-64 TD 88-90 TV 88-90

i = 3,5% 384 280 122

i=7% 377 275 120

On remarque que c'est ici le choix de la table qui est crucial, les
conséquences d'une erreur de taux étant comparativement bien moindres.

L'aléa de mortalité
On suppose maintenant que la bonne estimation de la valeur actuelle
probable est obtenue avec TD 88-90 et i = 3,5 %, et que l'assureur gère
n = 10 000 contrats identiques souscrits simultanément par des assurés
de même âge.
La charge des prestations sur un contrat est une variable aléatoire X
qui prend (en moyenne à la date t = 1/2), les valeurs
.. , lx+1
- c avec la probabIlIte 1 - - - ;
lx
·l· , lx+l
- et O avec la prob a b lIte -l-.
x

La valeur actuelle de la charge des prestations sur un contrat est la


variable aléatoire X' qui prend les valeurs
- cv~ avec la probabilité 1 - ll:1 ;

b ·l· , T.
- et O avec 1a prob alIte lx+l

Son espérance mathématique est égale à 7r E(ValAct (X)) et son


écart-type vaut

1
Cl = CV 2 lx+l (1 _ lX+I) = 5 239 70 €
lx lx '

La valeur actuelle de la charge totale des prestations pour l'ensemble


des n = 10 000 contrats souscrits est une variable aléatoire d'espérance
n7r = 2 801 140 € et d'écart-type VnCl = 523970 €. En approximant cette
variable aléatoire par une loi normale, on trouve que la charge totale des
prestations a 95% de chances de se situer dans l'intervalle

[2 801 140 - 1,96 x 523 970, 2 801 140 + 1,96 x 523 970]
210 Assurance: comptabilité, réglementation, actuariat

c'est-à-dire dans l'intervalle

[1 774 160, 3 828 120]

L'incertitude sur la valeur actuelle de la charge des prestations est donc


forte en proportion de la prime. Elle est du même ordre de grandeur que
l'incertitude engendrée par un mauvais choix de la table.

1.3.3. La rente viagère


Tous les engagements sur un seul assuré (sur une tête) peuvent s'analy-
ser comme une juxtaposition des deux engagements précédents (en faisant
l'approximation du décès en milieu d'année). On peut additionner leurs
V AP, ce qui permet d'obtenir la V AP de l'engagement global. C'est le
cas de la rente viagère.
La rente viagère la plus simple est l'engagement de régler 1 euro chaque
année si l'assuré est vivant.

VAP _- VI lx+1
--
+ V 2 --+···+v
lx+2 k --+
lx+k ...
lx lx lx

prime

un euro chaque année tant que l'assuré survit

t= 0

âge =x x+1x+2 x+nx+n+1

Les points de suspension suggérant une suite infinie ne doivent pas


faire craindre de difficultés de calcul : il existe une date à laquelle la rente
cessera d'être versée !
Etudions maintenant les conséquences d'une erreur de tarification ainsi
que la variabilité du résultat de l'assureur dans le cas d'une rente viagère
immédiate, d'arrérage annuel versé à terme échu r = 10 000 €, souscrite
par un assuré d'âge x = 65 ans.
L'expression théorique de la prime pure est

lx+1 2 lx+2
7r=r ( v--+v --+···+v k --+
lx+k
... )
lx lx lx

En utilisant les trois tables TD 60-64, TD 88-90, TV 88-90, et les deux


taux d'intérêt 3,5 % et 7 %, on obtient les résultats numériques suivants:

7r TD 60-64 TD 88-90 TV 88-90

i = 3,5% 91329 107932 132524

i= 7 % 72094 82642 97581


Chapitre 6 - Le modèle de l'assurance vie 211

Ici, on se trouve dans un cas hybride par rapport aux cas du capital
différé et de la temporaire décès. L'erreur de taux et l'erreur de table ont
toutes deux des conséquences lourdes pour l'assureur, et leur ordres de
grandeur sont voisins, avec les hypothèses ci-dessus.
On suppose maintenant que la bonne estimation de la valeur actuelle
probable est obtenue avec la table TV 88-90 et i = 3,5 %, et que l'assu-
reur gère n = 10 000 contrats identiques souscrits simultanément par des
assurés de même âge.
Pour les calculs de primes, nous avons considéré la prestation aléatoire
X comme une somme de capitaux différés de montant r :
- Xl: r versé à t = 1 si l'assuré est en vie;
- X 2 : r versé à t = 2 si l'assuré est en vie;

- Xk : r versé à t = k si l'assuré est en vie

Nous avons ainsi considéré la variable aléatoire X comme une somme

et en avons déduit

1f = E(X) = E(XI) + E(X 2 ) + ... + E(X k ) + ...


lx+l 2 lx+2
.=r ( v --+v --+···+v k --+
lx+k
... )
lx lx lx

Mais la méthode qui nous a donné la prime pure, espérance de X, ne


peut nous donner la variance de X : la variance d'une somme n'est la
somme des variances que dans des conditions restrictives qui ne sont pas
remplies ici : si Xl prend la valeur 0, c'est que l'assuré est mort et Xk
prend aussi la valeur O.
U ne méthode applicable à tous les contrats consiste à considérer X
comme une variable qui prend, selon l'année de décès de l'assuré, diverses
valeurs (dont les probabilités sont connues) :
'l' , lx - lx+l
- la valeur O avec 1a pro b a b l lte lx
'1" lx+l - lx+2
- la valeur rv avec 1a prob abl lte lx

- la valeur rv + rv 2 avec la prob abl'1"lte lx+2 l- lX+3


x

... "11 1 2 k1 b b'l' , lx+k - lx+k+l


- et en genera a va eur rv+rv + .. ·+rv a pro a l lte lx

On peut trouver pour la rente considérée une expression littérale, mais


pour un contrat quelconque mieux vaut faire les calculs avec un tableur.
Ici, on vérifiera que a 2 = 1 975 688 708 et a = 44 448,72.
La valeur actuelle de la charge totale des prestations pour l'ensemble
des n = 10 000 contrats souscrits est une variable aléatoire d'espérance
212 Assurance: comptabilité, réglementation, actuariat

n7r = 1 325241 500 € et d'écart-type y'rîa = 4 444 872 €. En approximant


cette variable aléatoire par une loi normale, on trouve que la charge totale
des prestations a 95 % de chances de se situer dans l'intervalle

[1 325 241 500 - 1,96 x 4 444 872, 1 325 241 500 + 1,96 x 4 444 872]

c'est-à-dire dans l'intervalle

[1 316 529 551, 1 333 953 449]

L'incertitude sur la valeur actuelle de la charge des prestations est donc


très faible, et en tout cas beaucoup plus faible que l'incertitude engendrée
par une erreur de taux ou de table.

2. La tarification
Contrairement au dicton anglais,
«Rien n'est certain dans la vie, sauf la mort et les impôts)),
nous avons considéré le décès comme aléatoire et les autres paramètres
comme certains (et nous ne parlons pas des impôts).

Dans cet ouvrage en effet, la modélisation de la variabilité des taux


d'intérêt a été volontairement placée au second plan, pour donner la prio-
rité à la modélisation des risques garantis directement par l'assureur. La
théorie financière moderne fait en effet la part belle aux fluctuations des
taux d'intérêt, et une littérature abondante sur ce sujet est disponible en
français. Nous supposons donc en général que les taux ne varient pas dans
le temps.
Après avoir indiqué le principe du choix de ce taux, nous étudierons
l'impact d'une baisse ou d'une hausse des taux sur le résultat de l'assu-
reur (§ 2.1). Traditionnellement, les tables de mortalité utilisées en France
découlent de statistiques relatives à l'ensemble de la population française,
mais la première responsabilité confiée aux actuaires est la confection et
la certification de tables d'expérience (§ 2.2), un exemple simple d'ajuste-
ment d'une courbe à des données figurant en annexe. Nous traiterons des
diverses manières dont aujourd'hui sont pris en compte les frais (§ 2.3).
Enfin, nous introduirons la présentation d'un contrat d'assurance-vie sous
la forme d'un compte courant probable (§ 2.4).

2.1. Taux d'intérêt technique et risques financiers


2.1.1. Le taux i
Le taux d'intérêt utilisé dans le calcul d'une prime et noté ici i est dit
technique.
Il s'agit ici du taux avec lequel l'assureur escompte ses engagements.
Ce taux s'identifie souvent, mais pas toujours, avec le taux communiqué
Cbapitre 6 - Le modèle de l'assurance vie 213

à l'assuré comme lui étant garanti; nous ne considérons pas ici cet aspect
d'information de l'assuré.
On trouvera en annexe 2 un exposé des divers taux qui découlent d'une
opération d'assurance (taux d'intérêt technique, taux de rendement des
placements de l'assureur, taux de rendement interne de l'opération pour
l'assuré, taux de rendement interne de l'opération pour l'assureur).
Le taux avec lequel l'assureur escompte ses engagements reflète une
prévision des produits financiers futurs. Cette prévision doit être prudente.
À titre d'exemple, en France, la réglementation fixe:
- pour les contrats à prime unique et de durée limitée, un taux maximal
fonction du taux de rendement de l'investissement réalisable à t = 0 avec
la prime;
- pour les contrats quelconques (auxquels peuvent correspondre des
placements de primes effectués à des dates futures et lointaines), un taux
maximal plus bas correspondant à un taux de rendement qui historique-
ment s'est révélé prudent.

Actuellement, le premier taux est de 75 % du taux moyen des emprunts


d'État, par référence aux placements possibles à la réception de la prime,
avec une marge de prudence de 25 % ; le second taux est de 60 % du taux
moyen des emprunts d'État (sans dépasser 3,5 %).
Cette manière de prendre en compte la variabilité (la volatilité) des
taux d'intérêt est cependant insuffisante. En effet, seul le risque de baisse
des taux est envisagé. Or, la bausse des taux peut aussi avoir de lourdes
conséquences sur le résultat de l'assureur, et même sur sa solvabilité, sur-
tout si elle s'accompagne d'une modification du comportement des assurés
(vague de rachats).

2.1.2. Les deux risques de taux encourus par l'assureur


Nous illustrerons ces deux risques sur l'exemple sommaire suivant (un
exemple plus réaliste est traité en annexe 8).
On suppose pour simplifier que:
- les contrats sont sans aléa viager: ce sont des bons de capitalisation;
- les placements de l'assureur se font en obligations à coupon zéro:
paiement des intérêts et amortissement du capital au terme de l'obligation.

À la date t = 0, l'assureur peut placer à jo = 8 %, mais choisit pru-


demment de garantir i = 6 %.
Chacun des n contrats qu'il souscrit garantit, pour une prime 7r =
1 000 €, un capital
c = 7r(1 + i)8 = 1 594 €
à la date t = 8.

À la date t = 0, l'assureur place n7r pour 4 ans; il disposera donc, à la


date t = 4 de n7r(l + jO)4.
214 Assurance: comptabilité, réglementation, actuariat

Le risque de baisse des taux du marché


Hypothèse 1 : Entre les dates t = 0 et t = 4, le taux de rendement des
placements que peut faire l'assureur passe à j4 = 3 %.

À la date t = 8, il ne dispose donc que de

alors qu'il doit payer


nc = 1 594 x n
Il réalise donc une perte égale à 63 x n, proportionnelle au nombre de
contrats.

Remarque
Si, à la date t = 0, l'assureur avait placé n7r pour 8 ans à Jo, àt = 8, il
disposerait de
n7f(l + jO)8 = 1 851 x n > ne
Le risque de hausse des taux du marché et le risque de rachat
Hypothèse 2 : À la date t = 1, le taux de rendement des placements
possibles passe à jl = 12 %.

Nous avons dit que chacun des n contrats garantissait un capital à


c = 71"(1 + i)8 = 1 594 € à la date t = 8.
Précisons que, de plus, chacun de ces contrats garantit une valeur de
rachat Ct = 7r(1 + i)t pour t ::; 8.
L'assureur a, certes, des actifs dont la valeur de remboursement à la
date t = 4 est
n7r(l + jO)4 = 1 360 x n
Mais, à la date t = 1, le marché évalue ces actifs à leur valeur actualisée
au taux JI = 12 %, soit

alors que les rachats garantis sont de

nCl = 7r(1 + i)1 n = 1 060 x n


Il est clair que si les assurés usent massivement de leur droit au rachat,
l'assureur va constater une perte égale à 92 x n, proportionnelle au nombre
de contrats. Or, la hausse des taux d'intérêt constitue par elle-même un
facteur incitant des assuré rationnels au rachat, puisqu'ils pourront repla-
cer les sommes récupérées à un taux supérieur à celui qui leur est garanti.
- Comment l'assureur peut-il se prémunir contre ces risques?
Sur cet exemple, il apparaît que l'assureur aurait été avisé de choisir
des obligations de même durée que celle des contrats pour se prémunir
contre le risque de baisse des taux. D'une façon générale, l'égalisation
Chapitre 6 - Le modèle de l'assurance vie 215

de la duration de l'actif et de la duration du passif immunise en prin-


cipe contre le risque de taux. La notion de duration (cf. annexe 1 du
chapitre 1), qui généralise celle, plus intuitive de durée ou de maturité,
permet de considérer un ensemble de contrat de durées diverses (mais
fixes), et l'égalité des durations de l'actif et du passif permet, du moins
au premier ordre, une immunisation aux variations de j (en hausse comme
en baisse).
Mais le passif peut avoir une duration inconnue: c'est le cas dans notre
exemple, où la faculté de rachat donnée à l'assuré ne permet pas de définir
la duration du passif avec certitude et donc de s'immuniser contre le risque
de hausse de j. L'utilisation des marché financiers optionnels est l'une des
réponses possibles à ces délicates questions de gestion actif-passif.

2.2. La table de mortalité


Traditionnellement, les tables de mortalité utilisées en France découlent
de statistiques relatives à l'ensemble de la population française actualisées
périodiquement: tables 1960-1964, 73-77, 88-90.
Selon une mesure de prudence qui peut faire sourire,
- dans les assurances en cas de décès est utilisée la table relative à la
population masculine;
- dans les assurances en cas de vie est utilisée la table relative à la
population féminine.

Mais il Y a deux facteurs de discordance entre la mortalité d'un en-


semble d'assurés et la mortalité de l'ensemble de la population. Il s'agit:
- de l'amélioration de la longévité depuis la date d'établissement la
table;
- de la meilleure longévité de la population assurée: sélection de l'as-
suré en décès, autosélection par l'assuré en vie.

Pour l'assurance en cas de décès, ces deux facteurs vont dans le sens
de la sécurité, mais au-delà de ce qu'exige une prudence raisonnable. Ils
conduisent donc à un tarif trop cher dans le cadre d'un marché concurren-
tiel : pour les contrats en cas de décès temporaires d'un an, il est d'usage
en France de ne tenir compte que de l'expérience.
Pour le risque vie, au contraire, les deux facteurs précités jouent contre
l'assureur. Ceci explique qu'aient été introduites, en 1993, des tables pros-
pectives, dans lesquelles sont estimés les progrès de longévité dont bénéfi-
cieront les assurés actuels et des tables d'expérience, qu'un assureur peut
construire à partir de ses propres données.
Pour les rentes toutefois, ces tables ne doivent pas conduire à des primes
ou des provisions moindres que la table de référence.
Les conséquences d'une erreur de table sur le résultat de l'assureur ont
été examinées ci-dessus : elles dépendent beaucoup du contrat considéré.
On trouvera en annexe 1 un exemple simple d'ajustement d'une courbe
classique à des données d'expérience.
216 Assurance: comptabilité, réglementation, actuariat

2.3. Les deux manières d'intégrer les frais de gestion


Dans la prime payée par le souscripteur, appelée prime commerciale et
notée 7r", l'assureur distingue une prime pure notée 7r et des chargements.
Sur un grand nombre de contrats, l'assureur espère (en prenant le mot
espérance dans son sens mathématique) :
- avec l'ensemble des primes pures, équilibrer les prestations garanties;
- avec l'ensemble des chargements, équilibrer ses frais de gestion (et
réaliser un bénéfice).

De même, le principe de tarification peut être énoncé en deux temps:


- abstraction faite des frais de gestion et des ressources correspon-
dantes, la V AP des primes pures est égale à la V AP des prestations
de l'assureur ;
- lorsque les frais de gestion sont compensés par des chargements de
gestion augmentant les primes, la V AP des primes commerciales totales
est égale à la somme de la V AP des engagements de prestations et de la
V AP des frais de gestion.

Dans l'ensemble des frais de gestion, il convient souvent de distinguer


des frais d'acquisition exposés à t = 0, par exemple, et des frais de gestion
annuels.
Depuis le début de ce chapitre, nous faisons abstraction des frais et des
chargements correspondants. Nous allons maintenant examiner dans un
cas simple deux méthodes pour prendre en compte les frais:
- celle que nous appellerons la méthode des assureurs traditionnels ;
- et celle que nous appellerons méthode des banquiers.

Ces deux méthodes ne sont différentes qu'en apparence.


Nous prendrons l'exemple du bon de capitalisation pour ne pas compli-
quer le problème par les probabilités viagères. Les méthodes classiques de
tarification (calcul des primes commerciales) sont détaillées en annexe 5.
À la date de la souscription (date t = 0), le souscripteur verse une prime
unique commerciale 7r", et l'assureur s'engage à verser c = 100 000 € à la
date t = 8 (que l'assuré soit vivant ou non).
Nous supposons que deux assureurs A et B vendent ce même bon de
capitalisation et qu'ils ont les mêmes frais d'acquisition FA = 3 500 €,
dépensés à t = 0 et les mêmes frais de gestion annuels 9k, dépensés à t = k
en progression géométrique: 9k = 90 x 1,03 k pour k = 1,2, ... , 8 avec
90 = 383,20 €.
A comme B estiment suffisamment prudent de tabler sur un taux
d'intérêt technique de 3,5 %.
Leurs engagements de prestations et de frais sont donnés dans le tableau
suivant:
Chapitre 6 - Le modèle de l'assurance vie 217

Époques Prestations Frais

0,00 - 3 500,00
°1 0,00 - 394,7

2 0,00 - 406,5

3 0,00 - 418,7

4 0,00 - 431,3

5 0,00 - 444,2

6 0,00 - 457,6

7 0,00 - 471,3

8 0,00 - 485,4

8+ - 100000,00 0,00

Il est plus simple, pour faire la comparaison, de supposer les frais an-
nuels croissants, plutôt que constants. Mais dans les calculs qui suivent,
deux séries de dépenses sont bien entendu équivalentes si leur valeur ac-
tuelle est la même.
- Première méthode de prise en compte des frais: l'assureur A com-
pense tous les frais de gestion par des chargements majorant la prime (A
travaille comme un assureur traditionnel).

Il ajoute à la prime pure (calculée comme étant la V AP des engage-


ments de l'assureur en matière de prestations), des chargements dont la
V AP soit égale à la V AP des frais prévus.
Il écrira
'TrI! = 'Tr + FA + FG


C
'Tr = (1 + i)8 = 75 941,20 €

FA = 3500 €

FG = L8
9k = L 383, 20 xl,( 03 )k = 2 999 80 €
8

k=l (1 + i)k k=l (1 + i)k '


et donc
'TrI! = 82 440, 90 €
Avec le déroulement suivant du contrat (la présentation en compte
courant rapportant des intérêts au taux i permet, soit de vérifier les cal-
culs précédents: soit de s'en passer en utilisant la fonction solveur d'un
tableur) :
218 Assurance: comptabilité, réglementation, actuariat

Prime Intérêts
t et prestations taux i Frais Solde

0 82 440,90 - 3 500,00 78 940,90

1 0,00 2 762,90 - 394,70 81 309,20

2 0,00 2 845,80 - 406,50 83 740,90

3 0,00 2 931,20 - 418,70 86 260,90

4 0,00 3 019,10 - 431,30 88 848,70

5 0,00 3 109,70 - 444,20 91 514,20

6 0,00 3 203,00 - 457,60 94 259,60

7 0,00 3 299,10 - 471,30 97087,40

8 0,00 3 398,10 - 485,40 100 000,00

8+ - 100000,00 0,00 0,00 0,00

- Deuxième méthode de prise en compte des frais: l'assureur B com-


pense les frais de gestion annuels à la manière d'un banquier, par un
prélèvement sur les produits financiers et non par un chargement majo-
rant la prime.

Le taux d'intérêt technique prudentiel est toujours i = 3,5 %. L'assu-


reur B pose i = il + i 2, conserve i 2 = 0,5 % pour faire face aux frais
de gestion annuels et garantit c = 1!'~ (1 + ir)8 à t = 8, avec il = 3 %
seulement, et en posant 1!'~ = 1!''' - FA.
Supposons pour simplifier que le montant et la date des frais coïncident
exactement avec le prélèvement sur produits financiers.
Sa trésorerie étant placée au taux :

l'assureur dispose, au bout d'un an, de

sur lesquels il prélève 1!'~ i 2 pour la gestion, et laisse placé le reste soit 1!'~
(1 + il)'
L'assureur dispose, au bout de 2 ans, de

sur lesquels il prélève 1!'~ (1 + il) i 2 pour la gestion, et conserve le reste


soit 1!'~ (1 + il?'
Chapitre 6 - Le modèle de l'assurance vie 219

L'assureur dispose, à t = k, de

7r~(1 + il + i2) (1 + il)k-l


sur lesquels il prélève 7r~(1 +id k - l
i 2 pour la gestion, et conserve le reste,
soit 7r~ (1 + id k .

L'assureur dispose à t = 8, de
7r~(1 + il + i 2) (1 + i l )8-1
sur lesquels il prélève 7r~(1 + id 8 - l
i 2 pour la gestion, et peut régler la
garantie, soit 7r~(1 + i l )8 = c.
Numériquement:

Prime Intérêts
t et prestations au taux i Frais Solde

82 440,90 - 3 500,00 78940,90


°
1 0,00 2 762,90 - 394,70 81 309,20

2 0,00 2 845,80 - 406,50 83 740,90

3 0,00 2 931,20 - 418,70 86260,90

4 0,00 3019,10 - 431,30 88 848,70

5 0,00 3 109,70 - 444,20 91 514,20

6 0,00 3 203,00 - 457,60 94 259,60

7 0,00 3 299,10 - 471,30 97087,40

8 0,00 3 398,10 - 485,40 100000,00

8+ - 100000,00 0,00 0,00 0,00

On voit que le tableau est identique au précédent.


Dans le premier, on avait
8
7r" = 7r (i) + F A + FG = ( c .)8
1+~
+ F A + "" ( 9k.) k
L.- 1+~
k=l

= 75 941,20 + 3 500 + 2 999,70 = 82 440,90


dans le second

7r" = 7r( id + FA = ( c. )8 + FA
1 + ~l
= 78 940,90 + 3 500 = 82 440,90 €
220 Assurance: comptabilité, réglementation, actuariat

2.4. Le contrat d'assurance vie comme compte courant probable


Les tableaux précédents présentaient comme un compte courant le cas
particulier du bon de capitalisation: si l'assureur a émis no bons à t = 0,
ce nombre no reste constant sauf rachat par le souscripteur jusqu'à la date
terminale des contrats t f .
On peut présenter tout contrat d'assurance vie quelconque comme un
simple compte courant probable pour l'assureur. Cette présentation, qui
peut paraître inhabituelle, permet de traiter sans difficulté et de manière
homogène les calculs de primes des contrats les plus complexes.
Si l'assureur a souscrit no contrats reposant chacun sur la tête d'un
assuré d'âge x à la date t = 0, il Y a un nombre probable d'assurés vivants
lx+I a'1a d ate t = 1, et, pour tout k , de nk = no x -
de nI = no x -l- lx+k
- a,
x lx
t = k, jusqu'à la date terminale des contrats t = tf.
On trouvera en annexe 3 d'autres exemples.

3. Les provisions mathématiques et le résultat annuel observé


L'assurance vie étant une branche dans laquelle les principaux contrats
sont de longue durée, il faut attendre longtemps avant de connaître le
résultat définitif d'une souscription. Mais les entreprises doivent établir
des comptes annuellement ou même plus fréquemment, et il est donc im-
portant de pouvoir estimer le résultat final attendu de contrats qui ne
sont pas encore parvenus à leur terme. Il s'agit d'ailleurs là non seulement
d'une exigence comptable mais aussi d'une nécessité de gestion: l'assu-
reur doit en effet être capable de détecter le plus rapidement possible les
dérives tarifaires, de manière à y remédier au plus tôt.
Les provisions mathématiques sont un outil indispensable pour éta-
blir des comptes annuels réalistes, comme nous allons le constater sur
les exemples qui suivent ; nous examinerons le calcul de ces provisions,
d'abord sans tenir compte des frais, puis en en tenant compte (§ 3.1). D'un
autre point de vue, la provision mathématique d'un contrat est une dette
de l'assureur envers l'assuré, et il paraît équitable que l'assuré y ait droit
dans certaines circonstances (§ 3.2). Le résultat comptable de l'année tient
compte de la charge de provision mathématique. Sous les hypothèses du
tarif, ce résultat est nul. Compte tenu des produits financiers, des décès
et des frais réellement constatés dans l'année, il n'en va pas de même, et il
convient de se demander si les hypothèses du tarif sont toujours valables
(§ 3.3).

3.1. Les provisions mathématiques


3.1.1. Exemples
Exemple 1
Bon de capitalisation à prime unique.
Chapitre 6 - Le modèle de l'assurance vie 221

On considère un contrat de capitalisation dans lequel l'assureur s'en-


gage à payer un capital c = 100 000 € dans n = 8 ans. Le taux d'intérêt
technique utilisé est de i = 3,5 %. La prime unique pure est donnée par

'Tf = (1: i)n = 75 941,20 €

Il est clair que si l'assureur considérait que la prime est un bénéfice du


fait qu'aucune prestation n'est payée la première année, il se retrouverait
en perte lors de la huitième année puisqu'il devrait alors payer le capital
c sans percevoir de prime.
Il doit donc constituer une provision.

Exemple 2
Bon de capitalisation à prime annuelle constante.

On peut imaginer que le contrat précédent prévoie que les primes soient
payées annuellement. La prime annuelle pure constante payable d'avance
est alors donnée par

C
'Tf =.. . = 10 674, 10 €
(1 + ~)n + (1 + ~)n-l + ... + (1 +~)

Si l'on se place au bout de 5 ans par exemple, on constate que l'assureur


doit payer le capital c = 100 000 € dans trois ans et qu'il ne va plus
recevoir que trois primes de 10 674,10 €, ce qui est insuffisant s'il n'a pas
constitué de provision.

Exemple 3
Capital différé à prime unique.

Dans l'exemple 2, on peut supposer que le capital c ne sera payé au


terme que si l'assuré, supposé par exemple âgé de x = 40 ans, est en vie
à cette date. On a alors un capital différé dont la prime est donnée par

'Tf = c(l + i)-n lx+n = 100 000(1,035)-8 l48 = 74 916,50 €


lx l40

avec la table TV 88-90.

La remarque faite dans l'exemple 2 s'applique encore tant que l'assuré


est en vie. En cas de décès de l'assuré, l'assureur ne doit plus rien, et
donc on peut être tenté de considérer la prime qui a été perçue comme
un bénéfice pour l'assureur. Ce serait oublier le caractère statistique et
collectif de la tarification en assurance vie: la prime payée pour ce contrat
va servir à payer le capital des survivants. Ceci justifie d'ailleurs l'écart
entre 75 941,20 € et 74 916,50 €.
222 Assurance: comptabilité, réglementation, actuariat

Exemple 4
Temporaire décès à prime annuelle constante.

Considérons maintenant, pour illustrer l'effet du nivellement des


primes, le cas d'une temporaire décès de c = 100 000 € et de durée
n = 8 ans sur la tête d'une personne âgée de x = 40 ans. On suppose que
des primes constantes sont payables annuellement et on utilise la table
TD 88-90.
La prime annuelle pure est égale à:

7r = 376,80 €

Si l'assuré souscrivait des contrats successifs d'un an de durée, il paye-


rait des primes PO,Pl, ... , P7 :

Année Coût du risque Prime constante Facteur d'escompte viager

1 PO = 280,10 376,80 1

2 Pl = 305,90 376,80 0,963430

3 Po = 327,70 376,80 0,927954

4 Po = 369,60 376,80 0,893585

5 Po = 401,50 376,80 0,860 120

6 Po = 428,50 376,80 0,827639

7 PO = 457,90 376,80 0,796 165

8 P7 = 492,00 376,80 0,765 658

La valeur actuelle probable de ces deux séquences de primes est la


même: 2 650,50 € ; mais on peut remarquer qu'à partir de la cinquième
année, l'assureur va percevoir une prime inférieure à la prime correspon-
dant au véritable coût du risque. Pour équilibrer ses comptes, il est néces-
saire qu'il ait au préalable constitué une provision.
Dans les quatre exemples précédents, nous avons donc montré que la
constitution d'une provision est indispensable pour permettre à l'assureur
de payer le capital. Cette provision n'est toutefois pas la valeur de la dette
comme dans une comptabilité classique, mais sa valeur actuelle probable.

3.1.2. Définition et calcul


Le principe de tarification utilisé en assurance vie a été indiqué dans
la section précédente. Il implique que l'on ait à la souscription du contrat
(époque 0) égalité entre les valeurs actuelles probables des engagements
Chapitre 6 - Le modèle de l'assurance vie 223

(de prestations et de frais) respectivement pris par l'assureur A et des


engagements (de primes) pris par l'assuré a :

V AP"(O, A) = V AP"(O, a)

À une époque ultérieure t de la vie du contrat, cette égalité n'est généra-


lement plus respectée. On définit alors la provision mathématique (PM)
du contrat à la date t comme la différence entre les valeurs actuelles pro-
bables des engagements respectivement pris par l'assureur et l'assuré

t V" = V Apl1 (t, A) - V AP"(t, a)

En France, comme dans d'autres pays d'Europe continentale, le calcul


de la provision mathématique et le calcul de la prime d'un contrat sont
donc des calculs analogues effectués à des moments différents.
L'équation précédente peut se lire

V AP"(t, A) = V AP"(t, a) +t V"


et s'interpréter ainsi pour un contrat qui a été souscrit à l'époque
à l'époque t, si l'on voulait initier un contrat comportant pour le futur
°:
les mêmes engagements (résiduels) de l'assureur, il faudrait que l'assuré,
outre les primes futures (résiduelles) du contrat précédent, paye une prime
immédiate t V"; or, à l'époque t, l'assuré n'a pas à payer t V" ; il faut donc
que l'assureur dispose de fonds égaux à t V" parce qu'il les a mis de côté,
dirions-nous familièrement, provisionnés, dirons-nous actuariellement et
corn ptablement.

3.1.3. Précisions et remarques


Notations
Nous noterons selon l'usage
- t V la provision mathématique pure, abstraction faite des frais de
gestion et des ressources correspondantes ;
- t V" la provision mathématique qui tient compte au contraire des

frais de gestion et des ressources correspondantes.

Avant ou après la date t ?


Il faut préciser que si une prime est payable à la date t, on convient
d'évaluer la provision mathématique immédiatement avant le paiement de
cette prime.

Doit-on dire provision ou réserve ?


On dit parfois, en français, réserve mathématique à la place de pro-
vision mathématique, et, en anglais, mathematical reserve à la place de
mathematical provision.
Du point de vue de l'orthodoxie comptable, le terme de provision est
nettement préférable (et c'est celui qui est repris par la réglementation
224 Assurance : comptabilité, réglementation, actuariat

et les directives européennes, y compris en langue anglaise). En effet,


les réserves sont des éléments de situation nette de l'entreprise (cf. cha-
pitre 2), alors que les provisions désignent un élément de passif réel, ce
qui correspond à la réalité des provisions mathématiques.

Provision d'un contrat ou provisions des contrats ?


Quand on parle de provision d'un contrat à la date t, on sous-entend
que le contrat doit être en cours à la date t.
Par exemple, dans le cas d'un contrat de capital différé à prime unique
(exemple 3 ci-dessus), la prime est égale à 7r = cv n lxl:n, et nous avons
l
dit que t V = cv n - t
lx+n
x+t
- En fait, il vaudrait mieux écrire

tV = cv n-t -l- SI. l" assure est en VIe


lx+n .
x+t
tV = 0 sinon

Sauf en cas de contrat sans aléa viager, c'est la PM de l'ensemble des


assurés qui a le plus grand sens comptable et technique. La PM n'a en
effet de sens qu'en valeur probable, c'est-à-dire au sens de la loi des grands
nombres.
Ici, l'assureur souscrit na contrats à l'époque 0, et encaisse

À la date t, la provision sera égale à

t V = cv n-t lx+n
lXH

pour chacun des na l~:t contrats probablement en cours à cette date, soit
au total
PM --nacv n-t lx+nT
On voit bien que cela correspond à la fois à l'engagement global de
, aux na -
payer c d ans n - t annees lx-+ . a'1a d a t e n,
n , encore en VIe
assures
lx
et à la capitalisation pendant t années des sommes globales encaissées à
la date o.

La provision mathématique pure peut-elle être négative ?


Si la valeur actuelle probable des engagements de l'assureur était infé-
rieure à celle des engagements de l'assuré à une date t, l'assuré aurait
théoriquement intérêt à abandonner le paiement des primes (r assureur
Chapitre 6 - Le modèle de l'assurance vie 225

n'ayant pas d'action pour l'exiger en vertu de l'art. L 132-20 du code des
assurances), et à souscrire un nouveau contrat couvrant, pour moins cher,
les garanties résiduelles.
Une provision mathématique négative correspondrait donc à une
créance nette sur l'assuré, qui serait en principe irrécouvrable.

La provision actuarielle précédente est-elle toujours la provi-


sion comptabilisée ?
La provision actuarielle définie par t V" = V AP(t, A) - V AP(t, a)
peut différer de la provision mathématique comptable qui
- d'une part, cherche à distinguer la partie de la provision nécessaire à
la gestion future ;
- d'autre part, ne saurait être négative:

P Mcomptable = sup(t V", 0, valeur de rachat)

La prise en compte des frais


La souscription d'un contrat d'assurance vie fait naître, chez l'assu-
reur comme chez l'assuré, des engagements qui ne se limitent pas aux
engagements purs. L'assuré doit payer la prime commerciale, et l'assu-
reur s'engage à gérer le contrat et à encaisser les primes. En outre, la
commercialisation du contrat induit des frais d'acquisition.
La provision mathématique t V" s'obtient en additionnant les trois
termes suivants :

V AP(t, prestations postérieures à t) - V AP(t, primes pures post. à t)


+ V AP(t, frais d'acq. post. à t) - V AP(t, chargts d'acq. post. à t)
+ V AP(t, frais de gest. post. à t) - V AP(t, chargts de gest. post. à t)

La provision peut-elle être négative ?


Dans un contrat à prime unique, évidemment non !
Dans un contrat à prime périodique, si t Vif < 0 bien que t V > 0, c'est à
cause de la 2e ligne, et l'assuré n'a pas des raisons aussi claires de quitter
l'assureur que si t V < 0 : un autre assureur lui facturerait des chargements
d'acquisition.

Exemple 5
Bon de capitalisation à prime unique (suite de l'exemple 1).

Au bout d'un an, la provision mathématique est égale à :

1V = V AP(Assureur) - V AP(Assuré)

1V = C(l + i)-7 - 0 = 78 599,10 - 0 = 78 599,10 €

La provision est aussi égale à la prime unique pure 7r = 75 941, 20 €


capitalisée pendant un an.
226 Assurance: comptabilité, réglementation, actuariat

Exemple 6
Bon de capitalisation iL prime annuelle constante (suite de l'exemple 2).

Au bout d'un an, la provision mathématique est égale à

1V = V AP(Assureur) - V AP(Assuré)
1V = c(l + i)-7 - 71"((1 + i)O + ... + (1 + i)-6)
= 78 599,10 - 10 674,10 x 6,328 55 = Il 047,70 €

La provision est aussi égale à la première prime annuelle pure 71"


10 674, 10 € capitalisée pendant un an.

Exemple 7
Capital différé iL prime unique (suite de l'exemple 3).

Au bout d'un an, la provision mathématique est égale à

l
• 1V = V AP(A) - V AP(a) = c(l + i)-7 ~ - 0 = 77 634,90 €
l41

si l'assuré est vivant;


• 0 si l'assuré est décédé, puisque l'engagement de l'assureur est nul.

Exemple 8
Temporaire décès iL prime annuelle constante (suite de l'exemple 4).

Au bout d'un an, la provision mathématique est égale à

• 1V = V AP(A) - V AP(a) = 2 460,40 - 2 360,10 = 100,30 €

si l'assuré est vivant;


• à 0 si l'assuré est décédé, l'engagement de l'assureur étant nul, puis-
qu'il a par hypothèse déjà payé la prestation.

3.1.4. La variation dans le temps de la provision d'un contrat :


quelques exemples
- À la souscription, V = o.°
- t V s'accroît à chaque perception de prime (du montant de la prime).

- Bon de capitalisation: t V s'accroît exponentiellement entre les paie-


ments de primes.
- Capital différé: t V s'accroît plus vite que dans le cas précédent sauf
si elle s'annule parce que l'assuré décède.
- Temporaire décès iL prime unique: t V diminue généralement jusqu'à
la fin de la garantie de manière continue, sauf si elle s'annule parce que
l'assuré décède.
- Temporaire décès iL primes annuelles constantes: t V diminue réguliè-
rement entre deux paiements de primes, sauf si elle s'annule parce que
l'assuré décède.
Chapitre 6 - Le modèle de l'assurance vie 227

3.2. Le rachat du contrat par rassuré avant terme


Il parait équitable que l'assuré ait droit à sa provision mathématique si
le contrat est modifié ou s'arrête. On distingue quatre circonstances dans
lesquelles l'assuré peut exercer un droit sur la provision mathématique de
son contrat, avant son terme normal.

Le rachat
Il met fin au contrat; l'assuré perçoit, sauf cas particulier, un montant
basé sur la provision mathématique (avec abattement éventuellement).
Les cas particuliers sont ceux où le risque d'antisélection rend le rachat
impossible. Par exemple, le rachat d'une rente viagère en cours de service
n'est en principe pas possible, sinon tous les rentiers gravement malades
demanderaient le rachat.

La transformation
Comme son nom l'indique, il s'agit de changer la nature du contrat. Le
principe actuariel s'écrit alors:
PM + V AP (nouveaux engagements de l'assuré) = V AP (nouveaux
engagements de l'assureur).

La réduction
Il s'agit d'un cas particulier de transformation où l'assuré n'a plus d'en-
gagements. Il cesse de payer des primes. En contrepartie, les engagements
résiduels de l'assureur se trouvent réduits.
Actuariellement, on a donc:
PAf = V AP (nouveaux engagements de l'assureur).

L'avance
Une partie de la provision mathématique représente l'épargne acquise
par l'assuré: il peut dans certains cas en demander le rachat. Il est donc
possible que cette provision mathématique constitue la garantie d'une
avance, prêt consenti à l'assuré par l'assureur. L'avance ne met donc pas
fin au contrat. Si l'assuré ne remboursait pas sa dette, l'assureur impu-
terait les sommes impayées sur le montant de ses engagements ou de ses
prestations.

Les deux aspects contradictoires ou complémentaires de la


réglementation
La réglementation tente de concilier deux objectifs qui peuvent parfois
apparaître divergents :
- premier objectif: la solvabilité de l'assureur (l'intérêt essentiel de
l'assuré est que l'assureur ne devienne pas insolvable, même si cette in-
solvabilité provient non d'une malhonnêteté mais d'une erreur technique
consistant à faire des promesses trop généreuses) ;
- second objectif: la défense du consommateur qu'est l'assuré (le
contrat d'assurance met face à face un professionnel averti et un sous-
cripteur qui l'est moins et mérite protection).
228 Assurance: comptabilité, réglementation, actuariat

C'est ainsi que notamment:


- Au titre du premier objectif, la réglementation limite prudentielle-
ment le taux d'intérêt que l'assureur peut garantir à l'assuré (actuelle-
ment, cette limite est de 60 ou 75 % du TME selon les contrats), et à
l'inverse, au titre du second objectif, la règlementation demande que l'as-
sureur distribue globablement aux assurés 85 % des bénéfices financiers
qu'il réalise.
- Au titre du second objectif, la réglementation limite les pénalités que
l'assureur peut faire subir à l'assuré en cas de rachat anticipé du contrat
(actuellement, cette limite est de 5 % de la provision mathématique pen-
dant 10 ans, 0 % au-delà de 10 ans), mais à l'inverse au titre du premier
objectif, elle interdit à l'assureur d'accorder des valeurs de rachat dans cer-
tains contrats tels que les rentes en service (sinon les assurés, sentant leur
décès proche, rachèteraient leur rente, et seuls continueraient de percevoir
leur rente des assurés en meilleure santé que prévu).

3.3. Résultat espéré et résultat réel


Le résultat comptable du premier exercice d'un ensemble de contrats
identiques s'obtient compte tenu
- des faits constatés pendant l'exercice (primes moins frais et presta-
tions, plus produits financiers générés par les primes nettes de frais et
prestations) ;
- de la charge de provision mathématique de première année.

Le résultat comptable du second exercice et de tout exercice ultérieur


s'obtient compte tenu
- des faits constatés pendant l'exercice;
- de la variation de provision mathématique entre le début et la fin de
l'exercice (cf. chapitre 2).

3.3.1. Le résultat comptable, sous les hypothèses du tarif


Pour na assurés, nous avons vu que, sous les hypothèses du tarif, c'est-
à-dire si
- le taux de rendement annuel des placements j est égal au taux tech-
nique i ;
- les nombres annuels de décès sont égaux au nombres probables de
décès découlant de la table lx utilisée ;
- les frais de gestion se révèlent égaux à ceux prévus,
alors le résultat final (pour l'ensemble de la durée du contrat) est nul.

Il en va de même du résultat de la première année par suite de notre


définition de la provision mathématique. Vérifions-le sur les exemples
précédents en supposant que na = 10 000 contrats aient été souscrits
à l'origine.
Chapitre 6 - Le modèle de l'assurance vie 229

Exemple 9
Bon de capitalisation à prime unique (suite de l'exemple 1) .

• Pour toute la durée du contrat, sous les hypothèses du tarif,


- le résultat probable s'écrit

- la valeur actuelle de cette valeur probable s'écrit

naC
ValAct (E(R8)) = V AP ( R8 ) = na 1r - (1 + i)8 = 0

(ces deux valeurs sont nulles du fait du calcul de 1r, et on pourra vérifier
que na X 75 941,20 X (1 + i)8 - na X 100 000 = 0) .

• Au bout d'un an, sous les hypothèses du tarif,


- le résultat probable est tel que

- la valeur actuelle de ce résultat probable est

na IV
ValAct (E(Rd) = V AP ( RI) = na 1r - (1 + i) = 0

(ces deux valeurs sont nulles du fait du calcul de 1r et de IV, et on pourra


vérifier que na X 75 941,20 X (1 + i) - na X 78 599,10 = 0).

Le résultat comptable s'écrit en distinguant les produits financiers (du


compte technique), générés ici par le fait que l'assureur place na1r pendant
un an:

COMPTE TECHNIQUE (M€)

Primes (+ ) na 1r 759,412

Prestations réglées (-) 0 0

Charge des provisions (-) na IV 785,991

Frais d'acquisition et d'administration (-) 0 0

Produits des placements (+) na 1r i 26,579

Résultat technique (=) r 0


230 Assurance: comptabilité, réglementation, actuariat

La dotation à la provision mathématique compense exactement les


primes et les produits financiers si ceux-ci correspondent au taux d'intérêt
technique du tarif. Dans cette hypothèse, le résultat comptable est nul
(abstraction faite des frais de gestion et des ressources correspondantes).

Exemple 10
Bon de capitalisation à prime annuelle constante (suite de l'exemple 2).
L'actuaire écrit qu'au bout d'un an, sous les hypothèses du tarif,
- le résultat probable est tel que

- la valeur actuelle en est

(ces deux valeurs sont nulles du fait du calcul de 7r et de IV, et on pourra


vérifier que na10 674,10 x (1 + i) - na x Il 047,70 = 0).

Le comptable écrit, en distinguant les produits financiers, générés ici


par le fait que l'assureur place 7r pendant un an :

COMPTE TECHNIQUE (M€)

Primes (+) na 1r 106,741

Prestations réglées (-) 0 0

Charge des provisions (-) na IV 110,477

Frais d'acquisition et d'administration (-) 0 0

Produits des placements (+) na 1r i 3,736

Résultat technique (=) r 0

Ici encore, la dotation à la provision mathématique compense exacte-


ment les primes et les produits financiers pour ramener le résultat comp-
table à zéro.

Exemple Il
Capital différé à prime unique (suite de l'exemple 3).

L'actuaire écrit qu'au bout d'un an, sous les hypothèses du tarif, le
nombre probable de survivants est

nv = na z;:
lx+1
= 9 987,59
Chapitre 6 - Le modèle de l'assurance vie 231

et celui des décédés

- la valeur acquise du résultat est telle que

E(Rd = n a7r(l + i) - nv 1 V = 0

- la valeur actuelle du résultat est

ValAct (E(Rdl = VAP(Rd = na" - ~v ~ ~ = a


(ces deux valeurs sont nulles du fait du calcul de 7r et de IV, et on pourra
vérifier que na X 74 916,50 X (1 + i) - nv X 77 634,90 = 0).

Le comptable écrit, en distinguant les produits financiers, générés ici


par le fait que l'assureur place 7r pendant un an :

COMPTE TECHNIQUE (M€)

Primes (+ ) na7r 749 165

Prestations réglées (-) a a


Charge des provisions (-) nv IV 775 386

Frais d'acquisition et d'administration (-) a a


Produits des placements ( +) na7ri 26221

Résultat technique (=) r- a

Le résultat est nul si le nombre de décès constaté est égale à l'espérance


mathématique du nombre de décès, et si les produits financiers sont ceux
du tarif.

Exemple 12
Temporaire décès à prime annuelle constante (suite de l'exemple 4) .

• L'actuaire écrit qu'au bout d'un an, sous les hypothèses du tarif, le
nombre probable de survivants est

lx+1
nv = na T = 9 971,50

et celui des décédés

- la valeur acquise du résultat est telle que


232 Assurance: comptabilité, réglementation, actuariat

- la valeur actuelle du résultat est


nd c nv IV
ValAct (E(R I )) = V AP(R I ) = na'Ir - (1 + i)1/2 - (1 + i) = 0
(ces deux valeurs sont nulles du fait du calcul de 'Ir et de IV, et on pourra
vérifier que na x376, 80x (l+i)-nd x 100000 x (1+i)I/2_nv x 100, 30 = 0).
Le comptable écrit, en distinguant les produits financiers, générés ici
par le fait que l'assureur place 'Ir pendant un an, mais paye des prestations
en milieu d'année:

COMPTE TECHNIQUE (M€)

Primes (+) na X 7r 3768

Prestations réglées (-) nd x c 2850

Charge des provisions (-) nv Xl V 1000

Frais d'acquisition et d'administration (-) a


Produits des placements (+ ) (na X 7r(1 + i)O,5
- nd X c) (1 + i)O,5
- na x 7r + nd X c 82

Résultat technique (=) r a

Là encore, le résultat comptable est nul si les hypothèses qui sous-


tendent le tarif se réalisent.

3.3.2. Le résultat comptable réel


Pour na assurés, le comptable va en réalité constater en fin d'année
- un taux de rendement des placements i' différent du taux technique
i ;
- un nombre de décès n~· et donc de vivants n~ = na - n~ différent du
nombre de décès probable découlant de la table lx utilisée ;
- (et des frais de gestion différents de ceux prévus),
et donc un résultat de l'année qui ne sera pas nul.
Il ne va pas pour autant changer, dans le calcul des prOVISIOns, les
hypothèses faites lors de l'élaboration du tarif: tout comme dans la théorie
de tests, les hypothèses faites sont conservées jusqu'à ce qu'elles se révèlent
difficiles à retenir.
Il en va de même du résultat de la première année par suite de notre défi-
nition de la provision mathématique. Reprenons les résultats précédents
en supposant
- que i' = i + 1 % ;
- que le nombre de décès est la moitié du nombre qui découle de la
table.
Chapitre 6 - Le modèle de l'assurance vie 233

Exemple 13
Bon de capitalisation à prime unique (suite de l'exemple 1).

COMPTE TECHNIQUE (M€)

Primes ( +) na 1r 759,412

Prestations réglées (-) 0 0

Charge des provisions (-) na IV 785,991

Frais d'acquisition et d'administration (-) 0 0

Produits des placements ( +) na 1r'l·1 34,174

Résultat technique (=) r' 7,594

On vérifie que le résultat r' est un bénéfice découlant du surcroît de


produits financiers, donc égal à i' - i = 1 % des primes.

Exemple 14
Bon de capitalisation à prime annuelle constante (suite de l'exemple 2).

COMPTE TECHNIQUE (M€)

Primes (+ ) na 1r 106,741

Prestations réglées (-) 0 0

Charge des provisions (-) na IV 110,477

Frais d'acquisition et d'administration (-) 0 0

Produits des placements (+) na 1r'l·1 4,803

Résultat technique (=) r' 1,067

Même remarque que précédemment.

Exemple 15
Capital différé à prime unique (suite de l'exemple 3).
234 Assurance: comptabilité, réglementation, actuariat

COMPTE TECHNIQUE (M€)


Primes (+) na7r 749,165

Prestations réglées (-)


Charge des provisions (-)
°
n~ IV
°
775,867

Frais d'acquisition et d'administration (-)


Produits des placements (+)
°-,
na7rZ
°
33,712

Résultat technique (=) r' 7,010

Ici aussi le résultat est amélioré par le surcroît de produits financiers,


égal à 1 % des primes, soit 7,492.
Mais il est légèrement détérioré par l'augmentation du nombre de survi-
vants de nv = 9987,6 à n~ = 9993,8 qui conduit à une charge supplémen-
taire de 6,20 x IV = 0,482.
On constate donc une amélioration r' - r = 7,492 - 0,482 = 7,010.

Exemple 16
Temporaire décès à prime annuelle constante (suite de l'exemple 4).

COMPTE TECHNIQUE (M€)

Primes (+) na X 7r 3,768

Prestations réglées (-) n~ xc 1,425

Charge des provisions (-) n~ Xl V 1,002

Frais d'acquisition et d'administration (-)


Produits des placements (+) + i,)O,5
(na X 7r(1
- n~ X c) (1 + i,)O,5
- na X 7r + n~ X c 0,138

Résultat technique (=) r


, 1,479

On peut considérer que l'amélioration r' - r = 1, 479 comporte les trois


composantes usuelles que sont
- l'impact du surcroit de rendement financier i' - i, égal (à nombre de
décès constants) à _1_ des produits précédents soit 0,024 ;
3,5
- l'impact de la diminution du nombre de décédés, égal (à taux d'intérêt
constant) à une diminution de 1,425 des prestations (liée aux 14,25 décès
Chapitre 6 - Le modèle de l'assurance vie 235

de moins) et à un alourdissement de 0,001 des provisions (liée aux 14,25


survivants de plus) ;
- l'effet croisé de la variation du taux et de la variation du nombre de
décès, égal à la variation inexpliquée du résultat 1,479 - 0,024 - 1,425 +
0,001 = 0,032.

3.3.3. Le résultat comptable réel conduit-il à remettre en cause


les hypothèses du tarif?
En assurance vie, du fait de la longue durée des contrats, la question
précédente se dédouble en une question sur les nouveaux contrats et une
question sur les contrats déjà souscrits .
• Pour les contrats futurs, le fait de se demander si le résultat observé
conduit à remettre en cause les tarifs:
- est analogue en vie et en non-vie pour ce qui concerne les aléas propres
à l'assurance, c'est-à-dire la mortalité (on trouvera, dans l'annexe sur
l'établissement d'une table, un test conduisant à décider que la mortalité
observée n'est pas compatible avec la table TPRV, mais l'est avec la table
modifiée TPRV(z + 3)) ;
- est analogue en vie et en non-vie pour ce qui concerne les frais futurs;
- se pose d'une manière très spécifique en vie puisqu'il convient de
prévoir les produits financiers futurs (en se référant ou non aux résultats
passés) .
• Pour les contrats déjà souscrits, le résultat observé peut conduire à
remettre en cause les hypothèses du tarif pour le calcul des provisions
mathématiques de contrats existants. Nous ne l'avons pas fait dans ce qui
précède, mais la réglementation:
- permet, sans l'exiger, d'utiliser une nouvelle table de mortalité
d'expérience (du moins si elle peut être justifiée) ; mais nous avons vu
que l'impact du choix de la table est mineur devant l'impact du choix de
taux, sinon sur chaque contrat, du moins sur l'ensemble des contrats d'un
assureur;
- conduit à recalculer annuellement la provision de gestion;
- ne remet pas en cause le taux d'intérêt sauf lorsque le rendement
constaté est inférieur à 125 % du taux technique du tarif (non sur chaque
contrat, mais sur l'ensemble des contrats).

Annexes

Annexe 1. L'ajustement d'une table de mortalité


On a considéré, au chapitre 6, § 1, la table de mortalité comme connue.
!viais ces tables résultent du traitement statistique de données d'expé-
rience. L'exemple suivant, qui sera traité comme un exercice, montre com-
ment il est possible de procéder en première approximation (celle que
permet un tableur usuel et ses fonctions usuelles).
236 Assurance: comptabilité, réglementation, actuariat

On considère les données d'expérience suivantes.

Âge Nombre d'individus observé Nombre de sinistres


Z no(z) ns(z)

70 675,9 8
71 599,9 6
72 501,0 2
73 410,7 10
74 382,7 5
75 421,3 8
76 441,9 9
77 494,2 6
78 532,2 24
79 505,8 24
80 488,8 21

81 463,3 20

82 422,1 23

83 392,5 21

84 363,5 25

Tous âges 7095,8 212

1. a) Pour chaque âge z, donner l'estimation classique, notée q(z), de


la fréquence probable de décès inconnue q(z).
_1. b) Quelles critiques soulèverait la tarification obtenue en choisissant
q(z) ?
1. c) Pour chaque âge z, construire un intervalle qui a 95 % de chances
de contenir la vraie valeur inconnue q( z).
2. a) Afin de pallier les critiques précédentes, procéder à l'ajustem~
q(z) = f(z) le plus raisonnablement simple possible, en ajustant les q(z)
précédents
- soit par qajl(Z) = b+c x Z;
- soit par qaj2(Z) = b x CZ •
2. b) Vérifier (graphiquement, puis par un test du X2 ) que le second
ajustement est de meilleure qualité.
2. c) Effectuer un ajustement avec la table TPRV
lz+8 - lz+8+1
qaj3 ()
Z = l
z+8
où <5 est un décalage d'âge.
Chapitre 6 ~ Le modèle de l'assurance vie 237

2. d) Comparer les avantages de ce troisième ajustement, assimilable à


une loi dite de Gompertz, et un ajustement assimilable à une loi dite de
Makeham

Solution
Remarque préliminaire sur les données tronquées ou censurées
Le nombre no(z) d'individus d'âge z observés n'est pas entier car tous
n'ont pas été observés une année entière: il s'agit d'individus-années, une
personne observée une demi-année comptant ainsi pour 0,5.

1. a) Estimation classique de la (vraie) valeur inconnue q(z)


- Pour chaque âge z, le nombre aléatoire de sinistres Ns(z) suit une loi
binomiale, approximativement normale, d'espérance no(z) q(z) et d'écart-
type Jno(z) q(z) (1 - q(z)).
s
- Pour chaque âge z, la fréquence (aléatoire) de sinistres N (( z)) suit
no z
une loi approximativement normale, d'espérance q(z) et d'écart-type

q(z) (l-q(z))
no(z)

Une fréquence probable telle que q(z) est usuellement estimée par la
'
frequence b ' -() ns(z)
0 servee q z = -(-)'
no z
L'application numérique figure dans le tableau de la page suivante.

b) La tarification obtenue en choisissant q(z) n'est pas satis-


faisante
Nous ne pensons pas raisonnable de refléter dans le tarif une observation
telle que q(7O) > q(7i) : nous sommes en effet convaincus que q( z) est
une fonction croissante de l'âge et qu'une observation contraire à cette
conviction telle que q(7O) >-q(7i) découle du caractère aléatoire des décès
(voire d'une erreur dans les données).

c) Pour chaque âge z, l'intervalle qui a 95 % de chances de


contenir la vraie valeur q( z) est approximativement

q(z) ± 2
- -
q(z) (l-q(z))
no(z)
En effet, pour chaque âge z :
- Le nombre aléatoire de sinistres Ns(z) suit une loi binomiale,
approximativement normale, d'espérance no(z) q(z) et d'écart-type

Jno(z) q(z) (1 - q(z»


238 Assurance: comptabilité, réglementation, actuariat

'
L a f requence d
e SIlllS Ns(z) SUl't une 101. approxImatIvement
' . t res -(-) .. nor-
no z
q(z) (1 - q(z))
male, d'espérance q(z) et d'écart-type
no(z)

La relation P(IUI < 1,96) = 0,95 entraîne qu'il y a environ 95 % de


chances que q(z)
- appartienne à l'intervalle

q(z) (1 - q(z))
q(z) ± 2
no(z)

- lequel peut être approché par

---
q(z) ± 2
- -
q(z) (1 - q(z))
no(z)

Âge Assurés Sinistres q(z) qinf(Z) qsup(z)


ns(z)
Z no(z) ns(z)
no(z)

70 675,9 8 0,0118 0,0035 0,0202


71 599,9 6 0,0100 0,0019 0,0181
72 501,0 2 0,0040 - 0,0016 0,0096
73 410,7 10 0,0243 0,0091 0,0396
74 382,7 5 0,0131 0,0015 0,0247
75 421,3 8 0,0190 0,0057 0,0323
76 441,9 9 0,0204 0,0069 0,0338
77 494,2 6 0,0121 0,0023 0,0220
78 532,2 24 0,0451 0,0271 0,0631
79 505,8 24 0,0474 0,0285 0,0664
80 488,8 21 0,0430 0,0246 0,0613
81 463,3 20 0,0432 0,0243 0,0621
82 422,1 23 0,0545 0,0324 0,0766
83 392,5 21 0,0535 0,0308 0,0762
84 363,5 25 0,0688 0,0422 0,0953

Tous 7095,8 212 0,0299

Remarque
L'intervalle ci-dessus découle de l'approximation de la loi de q(z) par
une loi normale. Il conviendrait de le remplacer par l'intervalle découlant
de la loi binomiale exacte chaque fois que n(z) observé est inférieur à 5,
soit ici pour z = 72. D'ailleurs l'intervalle trouvé ci-dessus contient 0, ce
qui à l'évidence n'est pas satisfaisant.
Chapitre 6 - Le modèle de l'assurance vie 239

Graphique 1. - Intervalle ayant 95 % de chances de contenir q(z)


0,12
0,10
/

0,08
qz 0,06 -:'"':- ........... ,,/ ..

1
1
0,04
1
;' "
. --' -_ ............ !
0,02
0,00 -+-=-.::...:,.------=::-I:--'~--=:...-+-~--+---"-"I---+---+--+---+--+--+-
70 71 72 73 74 75 76 77 78 79 80 81 82 83 84
âge z

On constatera que, pour chaque âge, l'intervalle précédent est très


imprécis parce que q(z) est petit.
La succession des intervalles de confiance donne une sorte de tunnel
par où l'on cherche à faire passer une courbe croissante d'âge en âge.

2. a) Ajustement~ar une fonction croissante simple


Un ajustement de q(z) par une fonction croissante tend à répondre à
ces critiques

Ajustement 1 : qajl = b + ex z c = 0,004 142 b= - 0, 287 ,571

Ajustement 2 : qaj2 = b x CZ c = 1,170011 b = 1, 359 E - 07

Remarque
Ici qaj2 est calculé simplement par le tableur par ajustement des
moindres carrés sur les logarithmes des observations et non sur les
observations elles-mêmes (ln (qaj2) = ln (b) + z x ln (c)).

b) Test des ajustements précédents


Visuellement, le second ajustement est plus satisfaisant, surtout pour
les z extrêmes (en outre, il respecte toujours la contrainte implicite
°
qaj(z) > !).
Nous allons vérifier la meilleure qualité de l'ajustement 2 par un test
du X2 au seuil de 5 %.
Sous l'hypothèse selon laquelle tout écart entre la loi ajustée et les aléas
est dû au hasard, la distance

X2 = f
z=70
(ns(z) - n saj(z))2
nsaj (z)
suit une loi tabulée dite du X2 à 15 - 2 - 1 = 12 degrés de liberté. Il y a
5 % de chances seulement que cette distance dépasse 21,0.
240 Assurance: comptabilité, réglementation, actuariat

Graphique 2. - Ajustements
0,12

0,10
./
0,08
qz 0,06

0,04

..
0,02 r;~;;-~'.~~~~~~
° ~~
70 71
___ ~-+~~~--~~~--~-4--+--+--~~
72 73 74 75 76 77 78 79 80 81 82 83 84
âgez
- - - - - qinf(Z)

-0- ajustement 1 : b + c *Z - - - ajustement 2: b* (cz)

Ajustement 1 Ajustement 2
N ombre de sinistres N ombre de sinistres
no(z) ns(z) n sa jl (z) 2 n sa j2(z) X2
Z X
70 675,9 8 1,6 25,6 5,5 1,2
71 599,9 6 3,9 1,1 5,7 0,0
72 501,0 2 5,3 2,1 5,5 2,3
73 410,7 10 6,1 2,5 5,3 4,2
74 382,7 5 7,2 0,7 5,8 0,1
75 421,3 8 9,7 0,3 7,5 0,0
76 441,9 9 12,0 0,8 9,1 0,0
77 494,2 6 15,5 5,8 12,0 3,0
78 532,2 24 18,9 1,4 15,1 5,3
79 505,8 24 20,1 0,8 16,8 3,1
80 488,8 21 21,4 0,0 19,0 0,2
81 463,3 20 22,2 0,2 21,0 0,0
82 422,1 23 22,0 0,0 22,4 0,0
83 392,5 21 22,1 0,1 24,2 0,5
84 363,5 25 21,9 0,4 26,4 0,1
Tous 7095,8 212 210,4 41,8 201,3 20,0

Remarque
Il conviendrait de regrouper la classe z = 72, pour laquelle le nombre de
sinistres est inférieur à 5, avec une autre classe. Les résultats ne seraient
guère modifiés.
Chapitre 6 - Le modèle de l'assurance vie 241

Qualité de l'ajustement 1
Le test du X2 au seuil de 5 % conduit à la décision REJETER, car,
pour cet ajustement, la distance du X2 ressort à 41,0.
En effet, sous l'hypothèse (H), la loi ajustée est la bonne, les écarts à
cette loi sont dus au hasard, une distance aussi grande ayant une proba-
bilité d'être atteinte ou dépassée toute petite: 0,005 %.
Il serait donc déraisonnable de retenir l'hypothèse.
En la rejetant, nous avons d'ailleurs une probabilité de seulement
0,005 % de nous tromper!
Remarque
La mauvaise qualité de l'ajustement provient de l'âge 70 ans, où le
modèle donne une valeur beaucoup trop faible.
Qualité de l'ajustement 2
Le test du X2 au seuil de 5 % conduit à la décision ACCEPTER, car,
pour cet ajustement, la distance du X2 ressort à 20,0.
Sous l'hypothèse (H) la loi ajustée est la bonne, les écarts à cette loi
sont dus au hasard, observer une telle distance n'est pas invraisemblable
car elle est dépassée dans 6,7 % des cas.
Il n'est donc pas déraisonnable de retenir l'hypothèse.
Toutefois en retenant l'hypothèse sans préciser quelle serait l'hypothèse
alternative, nous ne connaissons pas la probabilité de nous tromper!
c) Effectuer un ajustement avec la table TPRV Qaj3(Z) =
- ---lz+8+1
lz+8 - - ou • uÀ es t un d'eca1age d'Aage
lz+8
En utilisant comme ajustement la table TPRV et en l'appliquant au
nombre d'individus observés, deux problèmes apparaissent:
- on sous-estime les décès (144 selon TPRV, contre 212 observés) ;
- la distance du X2 est grande (57,1) :

qaj(Z) = qTPRV(Z)
z no(z) ns(z) ns(z) attendus 2
X
70 675,9 8 5,0 1,8
71 599,9 6 5,0 0,2
72 501,0 2 4,7 1,5
73 410,7 10 4,4 7,2
74 382,7 5 4,7 0,0
75 421,3 8 5,9 0,8
76 441,9 9 7,1 0,5
77 494,2 6 9,1 1,0
78 532,2 24 1,1 14,8
79 505,8 24 12,1 11,8
80 488,8 21 13,3 4,5
81 463,3 20 14,4 2,2
82 422,1 23 15,0 4,3
83 392,5 21 15,7 1,8
84 363,5 25 16,3 4,6
Tous 7095,8 212 143,6 57,1
242 Assurance: comptabilité, réglementation, actuariat

On est donc conduit à utiliser comme ajustement basé sur TPRV


+ 8) en cherchant 8 qui minimise la distance du X2.
qaj (z) = qT PRV (z
- La distance du X2 décroît de 8 = 0 jusqu'à 8 = 3, où elle vaut 16,6,
puis recommence à croître, et vaut 17,5 pour 8 = 4.
- Le nombre de décès total est une fonction croissante de 8 :

qaj3(Z) = qTPRV(Z + 3) qaj(z) = qTPRF(Z + 4)


Z no(z) ns(z) ns{z) attendus 2 ns{z) attendus X2
X
70 675,9 8 7,2 0,1 8,2 0,0
71 599,9 6 7,3 0,2 8,4 0,7
72 501,0 2 7,0 3,6 8,0 4,5
73 410,7 10 6,6 1,8 7,6 0,8
74 382,7 5 7,0 0,6 8,0 1,1
75 421,3 8 8,8 0,1 10,1 0,4
76 441,9 9 10,5 0,2 12,0 0,8
77 494,2 6 13,4 4,1 15,3 5,7
78 532,2 24 16,5 3,4 18,9 1,4
79 505,8 24 17,9 2,1 20,2 0,7
80 488,8 21 19,5 0,1 22,0 0,0
81 463,3 20 20,8 0,0 23,4 0,5
82 422,1 23 21,4 0,1 24,1 0,0
83 392,5 21 22,4 0,1 25,3 0,7
84 363,5 25 23,4 0,1 26,0 0,0
Tous 7095,8 212 209,8 16,6 237,4 17,5

Ici, l'ajustement portant sur une population de rentiers, la prudence


conduit l'assureur à retenir 8 = 3 (où le nombre de décès ajusté, 210, est
inférieur au nombre observé).
d) Loi dite de Gompertz, loi dite de Makeham
Un ajustement classique en assurance vie est l'ajustement de Gompertz,
- défini par ln (1 - qaj(Z)) = -b x CZ ;
- d'où, si qaj(z) est petit, qaj(Z)::::: b x cz .

C'est l'ajustement 2, réalisé ci-dessus en cherchant un ajustement à


deux paramètres simple et raisonnable.
Pour introduire un paramètre de plus, les fonctions facilement dispo-
nibles d'un tableur nous inciteraient à choisir un ajustement
2
Z
qaj (z) ::::: b x CZ x d
Mais ce n'est pas l'usage: le paramètre introduit en sus de l'ajustement
de Gompertz par Makeham consiste à écrire:
qaj4 (z) = a + b x
Z
C

ln (1 - qaj(z)) = -a - b.cz
d'où, si qaj (z) est petit,
Chapitre 6 - Le modèle de l'assurance vie 243

Ce paramètre supplémentaire a est censé représenter une mortalité ac-


cidentelle indépendante de l'âge mais nous allons trouver, comme bien
souvent, une valeur négative qui n'a donc pas ce sens. Difficilement in-
terprétable, ce modèle présente en outre l'inconvénient de n'être ni addi-
tif ni multiplicatif, et donc de n'être pas directement disponible sur une
calculette ou un tableur. Mais il est traditionnel.
La méthode de King et Hardy pour déterminer c dans
ln (1- qaj(z)) = -a - b. C Z
consiste
- à confectionner une loi de survie lz à l'aide des observations,
soit
Îz = l70 X (1 - q.m) x (1 - q.n) x . . . x (1 - f;:i) x (1 - lÎz)
- puis à utiliser les lz équidistants les plus espacés possibles, en rem ar-
quant que

ln ŒD-ln (~) =c
5

ln C::) -ln C::) 1


-0, 064 223 222 - (-0,117 396 547)) '5
c ~ ( -0,027 690 327 _ (-0,064 223 222) = 1,077 958

On peut alors prendre la valeur trouvée comme point de départ pour


d'autres algorithmes.
Présentons ici les résultats d'une simple régression pour trouver a et b.
b = 0,000 165 931
a = -0,025 189 071 4
Ajustement Makeham

Z no(z) ns(z) q(z) qaj4(Z) = a + bc z nsaj (z) X2 C


Z

70 675,9 8 0,0118 0,0066 4,5 2,8 191,5


71 599,9 6 0,0100 0,0091 5,4 0,1 206,4
72 501,0 2 0,0040 0,0117 5,9 2,6 222,5
73 410,7 10 0,0243 0,0146 6,0 2,7 239,9
74 382,7 5 0,0131 0,0177 6,8 0,5 258,5
75 421,3 8 0,0190 0,0211 8,9 0,1 278,7
76 441,9 9 0,0204 0,0247 10,9 0,3 300,4
77 494,2 6 0,0121 0,0286 14,1 4,7 323,9
78 532,2 24 0,0451 0,0327 17,4 2,5 349,1
79 505,8 24 0,0474 0,0373 18,8 1,4 376,3
80 488,8 21 0,0430 0,0421 20,6 0,0 405,7
81 463,3 20 0,0432 0,0474 21,9 0,2 437,3
82 422,1 23 0,0545 0,0530 22,4 0,0 471,4
83 392,5 21 0,0536 0,0591 23,2 0,2 508,1
84 363,5 25 0,0688 0,0657 23,9 0,1 547,7

Tous 7095,8 212 0,0299 210,7 18,0


244 Assurance: comptabilité, réglementation, actuariat

e) Conclusion
L'ajustement basé sur TPRV, qaj (z) qTPRV(Z + 3), donne ici le
meilleur résultat.

Annexe 2. Les divers taux actuariels


d'un contrat d'assurance vie
2.1. Taux actuariel d'une opération
Considérons une opération qui génère les flux financiers (positifs ou
négatifs)

Pour cette opération, le taux de rendement dit actuariel ou interne, que


nous noterons p, est par définition le taux qui annulerait la valeur acquise
et vérifie
tf
L Ft (1 + p)tf-t = 0
t=to

Il revient au même de dire qu'il annule la valeur actuelle et vérifie


tf F,
'" -0
t~ (1 +t p)t - .

Reprenons l'exemple numérique de l'annexe 1 du chapitre l.


Le taux p qui annule la valeur acquise ou la valeur actuelle est défini
par:

0=10 000(1 + p)8 - 100(1 + p)7 - 100(1 + p)6 - 100(1 + p)5


- 100(1 + p)4 - 100(1 + p)3 - 100(1 + p)2 - 100(1 + p) - Il 000

Ici, on sait avant de faire le calcul que :


- p > 0 % car

VAcq (t = 8, i = 0 %) = 10 000 - 7 x 100 - 11 000 < 0


- p < 5 % car
VAcq (t = 8, i = 5 %) > 0
On peut calculer p sur une calculette par approximations successives
(ou utiliser la fonction valeur-cible d'un tableur). On trouve:

p = 2,047 %

2.2. Les taux actuariels d'un contrat vie


On peut définir plusieurs taux actuariels à l'occasion d'une opération
d'assurance, et en particulier:
- le taux d'intérêt technique noté i ;
Chapitre 6 - Le modèle de l'assurance vie 245

- le taux de rendement des placements de l'assureur noté j ;


- le taux de rendement interne du contrat pour l'assuré, noté Pa ;
- le taux de rendement interne du contrat pour l'assureur, noté PA.

Chacun de ces taux peut prendre une valeur ex ante (valeur qui est une
hypothèse à la date t = 0), et chacun, sauf i, prend une valeur constatée
ex post à la date t = t f. Les valeurs ex post seront notées j', P~ et p~.

Exemple
Nous prendrons l'exemple d'un bon de capitalisation pour ne pas com-
pliquer le problème par la mortalité.
Par hypothèse :
- À la date to = 0, chacun des n souscripteurs d'un bon de capitalisa-
tion paye une prime 7r", et se voit garantir un capital c et une participation
aux bénéfices égale à 85 % des bénéfices financiers à la date t f.
- L'assureur affecte à ces opérations une marge de solvabilité K. Il a
des frais égaux à !.p7r", dépensés à t = O. Il n'a pas de frais annuels et ne
retire aucun dividende jusqu'à la date t f.

À la date t f, son résultat r peut être décomposé en un résultat dit


technique rt (découlant des contrats) et un résultat dit non technique r nt
(supposé ici égal au produit financier généré par le placement de la marge
K).
Application numérique :
- Contrat: tf = 8, c = 100 000, !.p = 8 %.
- Tarif calculé au taux d'intérêt technique i = 3,5 %.
- Capitaux propres: K = 3 037,6.

On supposera, dans ce qui suit, qu'ex ante, = j 3,5 % et qu'ex


post, j' = 5 %.

Calcul de la prime conduisant à un résultat technique Tt nul


La prime est calculée par l'assureur en anticipant 8 ans de produits
financiers au taux d'intérêt technique i (en écrivant que le résultat final
est nul si les placements rapportent i = 3, 5 % et si les frais sont CP7r") :

rt(i) = (n7r" - w.p7r") (1 + i)8 - nc = 0

ou, ce qui revient au même, en écrivant que la prime est la VAP des
engagements de l'assureur :

7r " = n (1 +C i) 8 +!.p7rIl = 82 544, 7

Taux de rendement interne ex ante Pa(i) pour l'assuré


Si l'assuré cherche à comparer ce placement à d'autres, il écrira:

-n7r"(l + Pa(i))8 + nc = 0
246 Assurance: comptabilité, réglementation, actuariat

d'où
Pa(i) = 2,43 %
Remarque 1
Pa (i) est plus petit que i à cause de <prr", dépensé par l'assureur et
facturé à l'assuré.
Remarque 2
Si le contrat avait un caractère viager, il y aurait lieu de réfléchir au
taux Pa (i) le plus pertinent.

Taux de rendement interne ex ante PA (i) pour l'assureur


- Le résultat technique est, comme nous l'avons vu, nul:

- Le résultat non technique, égal au revenu des placements générés par


les fonds propres, est :

L'assureur investit K à t = 0 et retire le bénéfice r(j) à t = t f.


PA est défini par :

-K(l + PA)8 + K + r(j) = 0

Pour j = i, en remplaçant r(i) par K(l + i)8 - K, on trouve PA(i) = i.

Taux de rendement interne p~ (j') pour l'assuré


A vant participation des assurés aux bénéfices le résultat technique est :

(nrr" - n<prr") (1 + j')8 - ne = 12 199,7 x n

Il se décompose en :
- une participation des assurés aux bénéfices

pb = 85 % (nrr" - n<prr") (1 + j')8 - ne = 10 369,7 x n

- un résultat technique après participation aux bénéfices :

rt(j') = 15 % (nrr" - n<prr") (1 + j')8 - ne = 1 830,0 x n


Si l'assuré cherche à comparer ce placement à d'aùtres, il écrira:

-nrr" (1 + p~)8 + pb + ne = 0

d'où
p~(5 %) = 3,70 %
Chapitre 6 - Le modèle de l'assurance vie 247

Taux de rendement interne PA (j') pour l'assureur


Après participation des assurés aux bénéfices, le résultat de l'assureur
se décompose en
- un résultat technique rt(j) = 1 830, a x n ;
- un résultat non technique égal au revenu des fonds propres

rnt(j') = K(l + j')8 - K = 1 450,3

D'où l'équation donnant PA (j') :

-K(l + p~)8 + K + rt(j') + rnt(j') = a


d'où
PA( %) = 9,59 %
Remarque
PA ne dépend pas que de j'. Il dépend aussi de K.
Supposons qu'un capital K', égal au quart du capital précédent, suffise
à l'assureur. L'équation:

donne:
p~(5 %) = 18,50 %
beaucoup plus satisfaisant!

Annexe 3. Le contrat d'assurance vie


présenté comme un compte courant probable
L'objet de cette annexe est de généraliser l'approche qui va de soi
pour un bon de capitalisation ou tout contrat d'épargne sans caractère
viager, en présentant un contrat d'assurance vie quelconque comme un
simple compte courant probable pour l'assureur. Cette présentation, qui
peut paraître inhabituelle, permet de traiter sans difficulté, et de manière
homogène, les calculs de primes des contrats les plus complexes.

Rappel : le bon de capitalisation


Reprenons le bon de capitalisation: la garantie est de c = 100 000 à
l'époque t = 8, moyennant une prime

100 000
7r=
1, 035 8

Faisons apparaître sur chaque ligne toutes les informations en général


nécessaires. Ici, peu importe le nombre no des bons souscrits, 1 ou
1 000 000.
248 Assurance: comptabilité, réglementation, actuariat

Début de période Fin de période

t
Nombre
(millions)
Solde 1 PriInes 1 Pres-
tations 1
Frais t 1 1
Intérêts Solde

(millions d' € )

a 1,000 00 a 82441 - 3500 1 2763 81 704

1 1,000 00 81704 - 395 2 2846 84 155

2 1,000 00 84 155 - 407 3 2931 86680

3 1,000 00 86680 - 419 4 3 019 89280

4 1,000 00 89280 - 431 5 3 110 91 958

5 1,000 00 91958 - 444 6 3203 94717

6 1,000 00 94717 - 458 7 3299 97559

7 1,000 00 97559 -471 8 3398 100 485

8 1,000 00 100 485 - 100 000 - 485 9 a

Étude d'un contrat capital différé classique


Considérons cette fois un contrat analogue au précédent (même durée,
même capital et même frais), mais dans lequel le capital c = 100 000 €
n'est payé qu'en cas de vie de l'assuré.
Quelle est la prime qui correspond à un résultat probable nul ?
Si l'assureur a souscrit no contrats reposant chacun sur la tête d'un
assuré d'âge x à l'époque t = 0, il Y a un nombre probable d'assurés
vivants de
nI = no x l~:1 à l'époque t = 1

n2 = nI x llx+2 à l'époque t = 2,
x+1

nk = nk-1 lx+k,
x -l- - a t = k,
x+k-l
jusqu'à l'époque terminale des contrats t = tf.
Nous supposerons pour chaque contrat que no = 1 000 000 afin de
rappeler que la valeur probable (ou espérance) du résultat s'entend au
sens de la loi des grands nombres.
Nous supposons comme à l'ordinaire que, sur la période [0, tf] :
- le taux de rendement annuel des placements est constant et égal à i ;
- la loi de survie de x est connue ;
- les souscripteurs ne mettent pas fin prématurément à leur contrat en
exerçant leur droit de rachat, c'est-à-dire leur droit à se faire rembourser
avant le terme du contrat ;
- les frais de l'assureur se décomposent en frais d'acquisition fa immé-
diatement dépensés à la souscription et en frais de gestion f 9 , k, dépensés
au début de chaque année.
Cbapitre 6 - Le modèle de l'assurance vie 249

Résultat probable
Avec la table TV 88-90 et le taux i = 3,50 % :
Début de période Fin de période

t Nombre Solde Primes Pres- Frais t Intérêts Solde


(millions) tations

0 1,00000 0 81396 - 3 500 1 2726 80622

1 0,99876 80622 - 394 2 2808 83036

2 0,99742 83036 - 405 3 2892 85522

3 0,99594 85552 - 417 4 2979 88084

4 0,99433 88084 - 429 5 3068 90723

5 0,992 58 90723 - 441 6 3 160 93442

6 0,99065 93442 - 453 7 3255 96243

7 0,98862 96243 - 466 8 3352 99 130

8 0,986 51 99 130 - 98 651 - 479 9 0 0

Commentaire
En notant Sk (raccourci pour Sk-ê) le solde capitalisé à t =k

SI = (7r - fa - fg,o) (1 + i)
Sk = (Sk-l - fg, k X nk) (1 + i) pour k = 2- ê, ... , 8- ê

S8+ê = (S8 - fg, 8 X n8 - c X n8)

En partant de l'hypothèse S8+e = 0, le calcul par approximations suc-


cessives (tel que celui réalisé par la fonction valeur-cible d'un tableur)
donne
'Ir" = 81 395,64 €

Il ne serait pas plus difficile de calculer 'Ir" pour des capitaux annuels,
(rk, k = 1, ... , 8) c'est-à-dire une rente temporaire, par exemple constante
ou bien évoluant en progression géométrique.
On peut aussi considérer une prime annuelle ('Ir%, k = 0, 1, ... , 7) : le
contrat peut comporter des primes périodiques (par exemple constantes
ou bien évoluant en progression géométrique). Ce cas, autrefois le plus
courant, tend à devenir marginal en France, où les contrats sont en général
soit à prime unique, soit à versements libres, qui s'analysent alors comme
une succession de primes uniques.
Prenons par exemple le contrat précédent et cherchons quelle est la
prime annuelle constante correspondant aux mêmes frais et à la même
garantie.
250 Assurance: comptabilité, réglementation, actuariat

Résultat probable

Début de période Fin de période

t Nombre Solde Primes Pres- Frais t Intérêts Solde


(millions) tations

0 1,000 00 0 Il 600 - 3 500 1 284 8384

1 0,99876 8384 Il 586 - 394 2 685 20260

2 0,99742 20260 Il 556 - 405 3 1 099 32510

3 0,99594 32510 Il 509 - 417 4 1 526 45 128

4 0,99433 45 128 Il 444 - 429 5 1 965 58 108

5 0,992 58 58 108 11 359 - 441 6 2416 71 441

6 0,99065 71 441 11 252 - 453 7 2878 85 119

7 0,98862 85 119 11 124 - 466 8 3352 99 130

8 0,986 51 99 130 - 98 651 - 479 9 0 0

Commentaire
Ici, avec les mêmes notations que précédemment :

81 = ('rro - fa - fg, 0)(1 + i)


8k = (8k-1 + 7rk-1 - fg, k X nk)(l + i) pour k = 2 - E, ... , 8- E

88+1': = (88 - f g ,8 X n8 - c X n8)

En partant de l'hypothèse 88+e = 0, le calcul par approximations suc-


cessives (tel que celui réalisé par la fonction valeur-cible d'un tableur)
donne
7r~ = 7r~ = ... = 7r~ = Il 600,13 €

Il ne serait pas plus difficile de considérer une prime annuelle (7r%,


k = 1, ... , 8) non pas constante mais évoluant de manière prédéfinie,
par exemple en progression géométrique.

Exemple d'une garantie temporaire en cas de décès


Pour éviter à la fois les symboles ! et les époques aléatoires de décès,
il suffit de considérer tous les jours possibles jusqu'au terme du contrat,
c'est-à-dire 8 X 365 jours (environ).
L'approximation usuelle consiste à considérer non pas 8 X 365 jours mais
8 années et à supposer que les décès d'une année ont lieu en moyenne en
milieu d'année.
L'assuré a l'âge x = 40 ans et s'engage à payer 7r à l'époque t = o.
Les calculs sont faits au taux i = 3, 50 %, avec la table TD 88-90 pour
laquelle les nombres d'assurés vivants sont les suivants :
Chapitre 6 - Le modèle de l'assurance vie 251

Date Nombre de vivants (millions)

1,000 00
°
1 0,997 15

2 0,99405

3 0,990 73

4 0,98701

5 0,98298

6 0,97869

7 0,974 13

8 0,96925

Résultat probable

Début de période Fin de période

Nombre Pres-
t de décès Solde Primes tations Frais t Intérêts Solde
(millions)

0,0 0 2651 0,5 46 2697

0.5 0.002 85 2697 ~ 285 1,5 84 2496

1,5 0.003 10 2496 ~310 2,5 76 2262

2,5 0.003 31 2262 - 331 3,5 68 1 998


3,5 0,003 73 1 998 ~ 373 4.5 57 1 683

4,5 0,00403 1 683 ~ 403 5,5 45 1 324

5.5 0,004 29 1 324 ~ 429 6,5 31 927

6,5 0,004 56 927 ~ 456 7,5 16 488

7.5 0.00488 488 ~ 488


° °
Commentaire
En notant Sk (raccourci pour Sk-é) le solde capitalisé à t = k
SO,5 = (7r X no) (1 + i)0,5
Sk+O,5 = ((Sk-O,5 - (nk - nk-d x c) (1 + i) pour k = 0, 1, ... , 7
En partant de l'hypothèse S7,5+é = 0, la fonction valeur-cible du tableur
donne 7r" = 2 650,55 €.
Il ne serait pas plus difficile de calculer 1r pour une garantie Ck qui
serait non pas constante mais par exemple en progression géométrique,
252 Assurance: comptabilité, réglementation, actuariat

de tenir compte de frais fa et fgk, de supposer la prime non pas unique


mais annuelle (toutefois il faudrait en général considérer à la fois les dates
t = 1, 2, 3 ... et les dates de milieu d'année t = ~, t = 1 + ~ ... et le
tableau précédent, relatif à un contrat de 8 ans, aurait donc 15 lignes, et
non 8 ou 9).

Annexe 4. Calculs de VAP et notations internationales


4.1. Probabilités viagères
La durée aléatoire de survie de l'individu d'âge x est notée T Xl et la
table de mortalité est notée

P(Tx > k) se note aussi kPx. En outre IPx se note aussi PX.
Par définition de lx+k'

lx+k
P (T x > k ) =k Px = T
P(k < T x < k + k') se note aussi klk,qx. En outre üllqx se note qx.

4.2. Valeur Actuelle Probable des engagements fondamentaux


Les engagements sont basés sur la tête d'un assuré d'âge x à la date
t= °: kik' V AP(O, x)
désigne la valeur actuelle probable, à la date t = 0, d'un engagement qui
est pris entre t = k et t = k + k'.
L'engagement kik' V AP(O, x) est dit
- différé de k années (si k = 0, il est dit immédiat) ;
- temporaire de k' années (si x + k + k' = w, il est dit vie entière).

a) L'engagement élémentaire en cas de vie: le capital différé


Il consiste à verser 1 € dans k années si l'assuré (d'âge x à l'époque
t = 0) est vivant dans k années. Sa V AP est notée kEx·

- k lx+k
k E x-v --
lx

(avec v = 1/ (1 + i)).
Chapitre 6 - Le modèle de l'assurance vie 253

b) L'engagement élémentaire en cas de décès (engagement


différé, temporaire d'un an)
Il consiste à verser 1 € à l'époque du décès de l'assuré, si cet assuré
(d'âge x à l'époque t = 0) décède entre les dates k et k + 1. Sa V AP est
notée kl1 Ax·
A k+l. lx+k - lx+k+1
kil x = V 2 lx

c) Les combinaisons d'engagements élémentaires


Tous les engagements sur un seul assuré (sur une tête) peuvent s'analy-
ser comme une juxtaposition des deux engagements précédents (en faisant
l'approximation du décès en milieu d'année).
Soit, par exemple, l'engagement de verser un capital c si un assuré
d'âge actuel x décède entre les dates 0 et 10 ans, et de lui verser, s'il
survit au-delà de 10 ans, une rente annuelle de montant r jusqu'à son
décès.

prime c si l'assuré décède entre


o et 10
rtant que l'assuré survit

t= 0 t= 10

âge=x âge =x+ 10

Cet engagement global peut être considéré comme la somme de 10


engagements élémentaires en cas de décès et de w - x - 10 engagements
élémentaires en cas de vie.
Sa VAP est

C(Oll A x +111 Ax + c211 A x + ... +911 Ax) + r(llEx + r12Ex + ... + rw_xEx)
d) L'annuité viagère
L'annuité viagère la plus simple est l'engagement de régler 1 € chaque
année si l'assuré est vivant.
On distingue
- l'annuité payable d'avance, dont la V AP est notée

- l'annuité payable à terme échu (c'est-à-dire en fin d'année), dont la


V AP est notée
ax =1 Ex + ... +k Ex + ... +w-x Ex
e) La garantie décès vie entière
L'engagement de verser 1 € à l'époque du décès de l'assuré, quelle qu'en
soit la date, a une V AP notée Ax.
254 Assurance: comptabilité, réglementation, actuariat

Exemples
Nous allons calculer, dans chacun des cas suivants la V AP de l'engage-
ment de l'assureur en prenant i = 3,5 % et la table TV 88-90 reproduite
en annexe (et en faisant abstraction des frais de gestion et des ressources
correspondantes) .
• Les deux garanties élémentaires
- Le capital différé
Un assuré d'âge x = 40 ans souscrit un capital différé de montant
c = 100 000 € payable à la date k = 8 ans si l'assuré est vivant:

V AP = c l~:k k
v = 74 916,50 €

- La garantie décès temporaire


Un assuré d'âge x = 40 ans souscrit une garantie décès de montant
c = 100 000 € payable à la date t du décès si 0 < t < 1 (on dit que la
garantie est immédiate et temporaire d'un an) :

i! lx - lx+l
V AP = cv 2 = 121,90 €
lx

Un assuré d'âge x = 40 ans souscrit une garantie décès de montant


c = 100 000 € payable à la date t du décès si 0 < t < k = 8 (on dit que
la garantie est immédiate et temporaire de 8 ans) :

V AP = 1 162,90 €

• La rente viagère
- La rente viagère versée à terme échu
Un assuré d'âge x = 65 ans souscrit une rente viagère immédiate,
d'arrérage annuel r = 1 000 € payable aux dates t = 1, 2, 3 ... si l'assuré
est vivant à ces dates (on dit que la rente est viagère et versée à terme
échu) :

VAP --r ( - -v + -
lx+l - v2 '+"
lx+2 +-
lw vw-x)
lx lx lx
VAP = 13 252,41 €

- La rente viagère versée d'avance


Si dans le contrat précédent le premier arrérage annuel r = 1 000 € est
payable à la date t = 0, on dit que la rente est viagère et versée d'avance,
et
V AP = 1 000 + 13 252,41 = 14 252,41 €
Chapitre 6 - Le modèle de l'assurance vie 255

• Contrats modernes: bons de capitalisation, bons d'épargne


- Bon de capitalisation à prime unique
L'assureur s'engage à verser C = 7r(1 + i)k = 100 000 € à la date
k=8ans:
AP = k = (1 + i)k = 7r 100 000 = 7 941 20 €
V v C 7r (1 + i)k 1,035 8 5 ,
- Bon d'épargne 1 (Capital différé avec contre-assurance de la prime
pure portant intérêt au taux du tarif)
L'assureur s'engage à verser :
o 7r(1 + i)k = 100 000 € à la date k = 8 ans si l'assuré est vivant;
o 7r(1 + i)t à l'époque t si l'assuré décède à t < ko
En faisant l'approximation des décès en milieu d'année

V AP = 7r(1 + i) ~ v~ lx - Ix+1 + 7r(1 + i)l+~ V1+~ Ix+1 - lx+2


lx lx
+ 000 + 7r(1 + i)7+~v7+~ lX+7 -lx+8 + 7r(1 + i)8 v 8 lX+8
lx lx
lx - Ix+1 lx+1 - lx+2 lX+7 - lX+8 lX+8
VAP =7r +7r +ooo+7r l +7r--=7r
lx lx x Ix
(On pourrait se dispenser de l'approximation des décès en milieu d'année
en décomposant en événements du type «l'assuré décède entre la date t
A
et la date t + ut», bOl O , lx+t - lxlx+t+flt )
ayant une pro b alIte 0

- Bon d'épargne 2 (Garantie décès vie entière croissant en progression


géométrique de raison i)
L'assureur s'engage à verser:
• 7r(1 + i)t à l'époque t si l'assuré décède à t quelle que soit l'époque t
La V AP de cet engagement est ici encore égale à 7r 0

V AP = 7r(1 + i)~v~ lx -lx+1 + 7r(1 + i)1+~v1+~ lx+l -lx+2


lx lx
+ 000 + 7r(1 + i)k+~vk+~ lX+7 -lx+k + 000

lx
V AP = 7r lx - lx+1 + 7r lx+l - Ix+2 + + 7r lx+k - lx+k+1 +
000 000 = 7r
lx lx lx
• Contrats traditionnels
- Mixte
L'assureur s'engage à verser :
o Cv = 100 000 € à l'époque k = 8 ans si l'assuré est vivant;
o CD = 100 000 € à l'époque t si l'assuré décède à t < ko
lx - lx+l
VAP = C
(v
1
2 + V 1+12 lx+1 - lx+2
lx lx
+ 0 0 0 + v7+~ lX+7 - lX+8) + C lX+8 v8
lx lx
= 76 079,40 €
256 Assurance: comptabilité, réglementation, actuariat

- Capital différé avec contre-assurance traditionnelle


L'assureur s'engage à verser :
. Cv = 100 000 € à l'époque k = 8 ans si l'assuré est vivant;
. 7r à l'époque t si l'assuré d'âge actuel x = 40 décède à t < 8.
L'engagement de l'assureur est la somme de l'engagement principal et
de la contre-assurance.
D'où
lx - lx+1 lx+1 - lx+2
V AP = 7r (
1
V 2" + V 1+1.2
lx lx

+···+v 7+1.2 lX+7 - lX+8) lX+8


+cv8 - -
lx lx
Mais le principe général de la tarification nous apprend que
VAP = 7r
ce qui permet de déterminer 7r :

7r = 75 798, 00 €

4.3. Les nombres de commutation sur une tête


Pour faciliter les calculs numériques, on introduit traditionnellement
des nombres auxiliaires appelés nombres de commutations. Ces nombres
peuvent se lire dans une table, définie pour un taux d'intérêt et une table
de mortalité déterminés.
- Les nombres de commutation en cas de vie
On pose:

N x = Dx + Dx+1 + ... + Dx+k + ... + Dw


Sx = N x + N x+ 1 + ... + N x+k + ... + N w
On calcule alors la V AP du capital différé :
_ vklx+k
Ex - - - -
k
lx
et de la rente :

On montrerait de même que :


x +1
a x =N- -
Dx
N x +m - N x+m+n
mlnax = -~---'----'--
Dx
N x+m+1 - N x+m+n+l
mlnax = Dx
Chapitre 6 - Le modèle de l'assurance vie 257

- Les nombres de commutation en cas de décès


On pose:

C x = V X + I / 2d x = VX + I / 2(lx - lx+l)
AIx = C x + C x + l + ... + C x +k + ... + Cw
Rx = AIx + Alx+1 + ... + Mx+k + ... + Mw
Les V AP des principaux engagements en cas de décès s'écrivent alors:

Vk+I/2dx+k
"'IIAx = l
x

Ax = OllAx + IllAx + ... +kll Ax + ... + w-x-l/lAx


x C C - lvf
=-+ ... + - - = -x
w 1
Dx Dx Dx
A _ Afx+m - Alx+m+n
min x - Dx

4.4. Les groupes de têtes


Dans certains cas, il peut être commode de définir des probabilités
viagères sur des groupes de têtes. Nous en donnons trois exemples.

Le groupe x, y disparaissant au premier décès


Par définition~ il a pour durée de survie:

Alors, si T x et T y sont indépendantes,

p(Tx . y > t) = p(Tx > t et T y > t) = p(Tx > t) p(Ty > t)

d'où des propriétés permettant sur un tel groupe des calculs analogues
aux calculs sur une tête; en particulier, on peut définir lx, y, car on a bien
l.r+t.y+t = lx+tly+t.

Le groupe x, y disparaissant au dernier décès


Par définition, il a pour durée de survie:

Alors

P(T:r.y > t) = p(Tx > t ou T y > t)


= p(Tx > t) + p(Ty > t) - p(Tx > t) p(Ty > t)
(Ici on ne pourrait pas créer lx.y.)
258 Assurance: comptabilité, réglementation, actuariat

La tête fictive kl et le groupe x, kl disparaissant au premier


décès
Par définition, Tkl = k, et donc par exemple T x , kl = inf (Tx , k).
L'introduction de cette tête fictive et de groupes de têtes la contenant
a surtout pour objet de simplifier les notations.

Annexe 5. Les méthodes classiques de tarification


L'objet de cette annexe est d'indiquer les méthodes classiques de calcul
des primes complètes n", incluant non seulement les engagements tech-
niques de l'assureur (prime pure n), mais également les chargements com-
pensant ses frais de commercialisation et de gestion. Nous examinerons
successivement le cas de la prime unique et celui des primes périodiques,
puis celui des calculs analogues de provisions mathématiques.

5.1. Le calcul de la prime unique complète


Il s'agit d'ajouter à la prime pure n (calculée comme la V AP des enga-
gements de l'assureur en matière de prestations) des chargements égaux
à la V AP des frais prévus par l'assureur en matière d'acquisition et de
gestion.
Si, par exemple, on estime que:
- le montant des frais dépensés à t = 0 (frais d'acquisition tels que les
frais d'établissement de la police d'assurance, la commission rémunérant
un intermédiaire et les frais d'encaissement) est une proportion en" de la
prime;
- les frais de gestion annuels sont une proportion g des capitaux
garantis (ici 1 €), et si le contrat se poursuit tant que l'assuré est en
vie et pendant au plus n années, alors Inax désigne la V AP d'une dépense
de 1 € par an pendant toute la durée de la garantie ;
- les frais de règlements des prestations sont une proportion r des pres-
tations servies dont la V AP est donc rn ;
- un chargement de sécurité pn est souhaitable pour que l'espérance
du bénéfice soit positive.

On écrira
n" = n + en" + gaG + rn + pn
d'où
n(l + r + p) + gaG
n" = - - - - - - - -
(1 - e)
Remarques
• Les chargements rationnels
Les hypothèses précédentes reflètent une tradition ancienne: il s'agit
des chargements dits rationnels. Cette tradition n'a rien d'impératif ni
Chapitre 6 - Le modèle de l'a.ssurance vie 259

d'indiscutable: en fait, on améliorerait sans doute la tarification en consi-


dérant
- qu'il y a des frais fixes (non proportionnels à la prime ou aux capi-
taux ... ) ;
- que les frais annuels subissent une inflation et valent pour l'année k
plutôt g(l + T)k que g .
• Le chargement de sécurité
Souvent, aucun chargement de sécurité explicite n'est indiqué : on
considère alors que la prudence dans le choix du taux et de la table de
mortalité conduit à un chargement de sécurité implicite.

Exemple
La temporaire décès (immédiate, d'un an).

Dans ce cas :
- On n'est pas sûr que la table soit prudente pour un groupe d'assurés
particulier, il est d'usage d'appliquer alors un chargement de sécurité.
- Il n'y a pas de frais autres que ceux de l'année et on peut regrouper
toutes les charges de commercialisation et de gestion en un seul (hr".
Donc

c'est-à-dire
7r(1 + p)
7r " = ----'---'-
(1 - B)

5.2. Le calcul de la prime périodique constante complète


Le principe général de tarification équivaut dans ce cas à ce que la V AP
des primes soit égale à la somme des V AP des engagement de prestations,
de la V AP des frais d'acquisition et de la V AP des frais de gestion.
Comme dans le cas de la prime unique, nous donnerons à titre d'illus-
tration les chargements dits rationnels:
• Le contrat se poursuit tant que l'assuré est en vie et pendant au plus
n années, les primes sont payées tant que l'assuré est en vie et pendant
au plusm années; Inax désigne alors la VAP d'une dépense de 1 € par
an pendant toute la durée de la garantie, et Imax la V AP d'une dépense
de 1 € par an pendant toute la durée de paiement des primes.
• Un montant f de frais d'acquisition est dépensé à t = o.
• Les frais d'encaissements des primes sont supposés proportionnels au
montant de la prime et valent donc chaque année Q7r".
• Les frais de gestion annuels sont supposés proportionnels à la garantie
(ici 1 €) en distinguant deux périodes :
-- celle du paiement des primes, où la dépense annuelle est gl + g2 pour
une garantie de 1 € ;
- celle où le contrat est libéré de primes et où la dépense annuelle est
g2 pour 1 € de garantie.
260 Assurance: comptabilité, réglementation, actuariat

• Des frais de règlements sont supposés proportionnels aux prestations


servies ; le pourcentage correspondant sera noté r .
• Un chargement de sécurité p7r est souhaitable pour que l'espérance
du bénéfice soit positive.

Dans ces conditions, le principe de tarification s'écrit:


7r1~ax = 7rlmax + f + gllmax + g21n a x + o;7rl~ax + r7rlmax + p7r lm ax
On en déduit l'expression de la prime commerciale:

7r ( 1 + r + p ) + gl + g2 Inax
- ..- + - f..-
7r" = Im ax Imax
1-0;

Il arrive aussi de regrouper f et 0; en un seul chargement () proportionnel


à la prime commerciale.

Remarques
Les chargements pour participations

Certains contrats comportent un chargement pour participations (qui


se traduit tout simplement par une augmentation de la prime conduisant
à des bénéfices et donc à des participations bénéficiaires).
Les frais fixes, l'inflation, le prélèvement sur les produits financiers
Ils appellent les mêmes commentaires que dans le cas des primes uni-
ques.
La prime pure constante
L'usage veut que si la prime commerciale 7r" ci-dessus est constante, on
considère que la prime pure 7r l'est aussi, ce qui est conventionnel et ne
va pas de soi puisque les frais d'acquisition sont supportés par l'assureur
en début de contrat.
La présentation dite Universal Life, du nom des contrats qui se sont
répandus aux États-Unis dans les années 1980 afin d'améliorer l'infor-
mation de l'assuré, consiste à considérer chaque prime périodique (par
exemple constante) et à
- l'amputer des chargements de l'année;
- l'amputer de la prime pure (croissante) d'une garantie décès d'un an;
- considérer le solde comme une prime d'épargne capitalisée au taux i.

On trouvera dans l'annexe 9 des exercices illustrant le calcul des primes


complètes.

5.3. Les méthodes classiques de calcul


des provisions mathématiques
Chapitre 6 - Le modèle de l'assurance vie 261

d'où:
7r" = 7r

+ ch argements d , · . . f
acqUIsitIOn - ..-
Im ax
Inax
+ chargements de gestion g1 + g2 - ..- + 7rr
Imax
+ chargement éventuel de sécurité 7rp
pour t < m.

On peut dès lors décomposer la provision mathématique en trois par-


ties :
• Première partie
V AP (t, prestations ultérieures à t)- V AP (t, primes pures ult. à t).
soit 7r( assuré d'âge x + t et durée m - t) x In-t ax+t - 7r X Im-t ax+t

• Deuxième partie
V AP (t, frais d'acquisition ultérieurs)- V AP (t, chargements d'acq.
ult.).

soit
f
O - - ..- x Im-t ax+t
..
Imax
• Troisième partie
V AP (t, frais d'administration ultérieurs)- V AP(t, chargements
d'adm. ult.)
soit
Q7r " X ..
Im-tax+t - Q7r " X Im-t ..
axH ' d'1re 0)
(c' es t-a-

+ gl X Im-t ax+t - g1 X Im-t ax+t( c'est-à-dire 0)


.. In ax ..
+ g2 X In-t axH - g2 X - ..- X Im-t ax+t
Imax
+ r7r(assuré d'âge x + t et durée m - t) xl n - t ax+t - r7r xl m - t axH
• et éventuellement
V P( t, chargements de sécurité ultérieurs)

soit - p7r X Im-t ax+t


pour m < t < n.
De même:
• Première partie
V AP(t, prestations ultérieures à t) - V AP(t, primes pures ult.à t)
soit 7r (pour un assuré d'âge x +t et une durée m - t) x In-t axH - 0
262 Assurance: comptabilité, réglementation, actuariat

• Deuxième partie
V AP(t, frais d'acquisition ultérieurs)- V AP(t, chargements d'acq. ult.)
soit 0-0
• Troisième partie
V AP(t, frais d'administration ultérieurs)- V AP(t, chargements
d'adm. ult.)

0-0
soit + 92 X In-t ax+t - 0
+ nr (assuré d'âge x + t et durée m - t) x In-t ax+t - 0
• et éventuellement
V P( t, chargements de sécurité ultérieurs)
-0

5.4. Le principe d'escompte viager


Ce principe, permettant souvent de simplifier calculs et raisonnements,
s'énonce ainsi:
La VAP, calculée à l'époque 0 (époque où l'assuré a l'âge x) d'un
engagement différé de m années est égale au produit :
- du facteur d 'es~ompte viager mEx ;
- et de la VAP, calculée à l'époque m, en supposant que l'assuré est
vivant.

Autrement dit,
mlV AP (calculée à t = 0, assuré d'âge x) = mEx x V AP (calculée à
t = m, assuré d'âge x + m).
Démontrons-le sur trois exemples en utilisant les nombres de commu-
tation :
- Pour le capital différé :

On le démontre facilement avec


Dx+m+n Dx+m Dx+m+n done m+n E x = E x n E x+m
m
Dx Dx Dx+m
- Pour la temporaire décès d'un an différée de m années:
C x-
Dx+m - +m n
-+- donc m+nl1 A x = m
E x nl1 A x+m
Dx Dx+m
- Pour la rente :

Dx+m N x+m+1
Dx Dx+m
Chapitre 6 - Le modèle de l'assurance vie 263

Démonstration
La démonstration générale s'obtient facilement à partir des deux pre-
miers cas. Il suffit de remarquer qu'un engagement sur une tête est une
juxtaposition d'engagements élémentaires en cas de vie ou en cas de décès,
et que l'espérance mathématique d'une somme de variables aléatoires est
la somme des espérances mathématiques de ces variables.

5.5. Calculs prospectif et rétrospectif


de la provision mathématique
Plusieurs conceptions du calcul de la prOVlSlOn mathématique sont
envisageables : prospective, rétrospective et comptable.

5.5.1. La conception prospective


La conception prospective consiste simplement à appliquer la défini-
tion donnée ci-dessus en calculant la différence entre les valeurs actuelles
probables des engagements respectivement pris par l'assureur et par les
assurés. Cette façon de procéder permet de respecter les principes d'une
saine gestion comptable, qui exige que les provisions constituées au bi-
lan soient suffisantes pour faire face aux charges futures correspondantes.
Pour cela, ces charges doivent être évaluées, à chaque inventaire, prudem-
ment et à l'aide des données les plus récentes dont dispose l'entreprise. Il
est souhaitable que les tables de mortalité les plus récentes soient prises
en compte et que le taux d'actualisation retenu soit compatible avec les
conditions de marché du moment. Or, ces éléments techniques ont pu
évoluer depuis la date de la souscription du contrat, de sorte qu'il peut
apparaître nécessaire d'effectuer le calcul de la provision mathématique
sur des bases techniques différentes de celles qui ont été retenues pour
l'établissement du tarif. La conception prospective le permet, puisqu'elle
consiste, en somme, à refaire un calcul de tarif à une date postérieure à
la souscription.

5.5.2. La conception rétrospective


La conception rétrospective du calcul des provisions mathématiques est
de portée moins générale que la conception prospective. Elle ne concerne
que les contrats pour lesquels le principe d'escompte viager s'applique
(or, nous n'avons montré ce principe que pour une tête : il n'est pas
nécessairement applicable sinon).
Elle consiste à considérer, non pas les engagements futurs de l'assureur
et de l'assuré, mais leurs engagements passés, de la souscription du contrat
à la date t de calcul de la provision. On a alors
V AP(O, a) =olt V AP(O, a) +t Ex t V AP(t, a)
c'est-à-dire que la valeur actuelle probable des engagements de l'assuré,
à l'origine~ est égale à la somme de la valeur acuelle probable de ces mêmes
264 Assurance: comptabilité, réglementation, actuariat

engagements pour la période (0, t) et de la valeur actuelle des engagements


résiduels à la date t escomptés viagèrement de t années, sur la tête x.
De même, on a

V AP(O, A) =Olt V AP(O, A) +t Ex t V AP(t, A)

et donc, par différence, et compte tenu du fait qu'à la souscription, les


engagements de l'assureur et de l'assuré ont même valeur actuelle probable

Olt V AP(O, a) =Olt V AP(O, A) +t Ex t V

ce qui permet de calculer t V en considérant uniquement les engagements


pris sur la période passée (0, t).
Dans le cas où le principe d'escompte viager (voir ci-dessus) ne s'ap-
plique pas, car plus de deux situations peuvent se produire à l'instant t, la
méthode rétrospective n'est pas utilisable, car elle ne donne qu'une seule
valeur pour la PM.

5.5.3. La conception comptable


La conception comptable du calcul des provisions mathématiques est
sujette aux mêmes restrictions d'emploi que la conception rétrospective
(elle suppose que le principe de l'escompte viager s'applique).
Suivant un raisonnement analogue à celui de la conception rétrospec-
tive, elle part de la constatation que si la tarification est correcte, le
résultat de l'assureur sur une période comptable quelconque (un an par
exemple) est nul en valeur actuelle probable. Cela s'écrit, en prenant en
ressources les PM de début de période et en emplois les PM de fin de
période:

t V +t11 V AP(t, a) =t11 V AP(t, A) +1 EXH t+1 V

Ces formules permettent de déterminer les provisions mathématiques


de proche en proche par récurrence.

5.5.4. Ces trois conceptions sont-elles équivalentes?


Dans le cas où elles sont applicables, les méthodes rétrospective et
comptable sont équivalentes à la méthode prospective si les bases tech-
niques retenues pour utiliser cette dernière sont les mêmes que celles du
tarif.
En cas de divergence, seule la méthode prospective doit être employée.
C'est d'ailleurs celle qui figure explicitement dans le code des assurances.

Annexe 6. Zillmérisation et dézillmérisation


Provision mathématique zillmérisée, provision mathématique dézill-
rnérisée : quelle est la plus prudente?
Chapitre 6 - Le modèle de l'assurance vie 265

Cette problématique n'est à aborder qu'après avoir lu les chapitres 2


(comptabilité) et 6 (assurance vie).
En effet:
- La question n'a pas de réponse en ne parlant que de provision mathé-
matique, c'est-à-dire du passif du bilan.
- Elle suppose que l'on envisage simultanément le passif et l'actif du
bilan.

Prenons l'exemple d'un contrat mixte à prime annuelle constante (l'es-


sentiel des contrats français d'avant 1980, et des contrats d'aujourd'hui
dans de nombreux pays).
Pour un contrat de 10 ans, l'assureur garantit un capital de 10 000 €
- en cas de décès de l'assuré avant 10 ans;
- en cas de survie de l'assuré au terme de 10 ans;
moyennant une prime annuelle constante payée aux dates t = 0, 1, 2, ... , 9
en cas de vie de l'assuré à ces dates.

Pour nous concentrer sur la seule zillmérisation et faire ressortir le


problème sans difficulté de calcul, nous simplifierons beaucoup la mortalité
et le taux d'intérêt, en faisant les hypothèses suivantes:
- Taux d'intérêt technique i = O.
- Taux de rendement des placements j = O.
- Pas de clause de participation des assurés aux bénéfices.
- Pas de mortalité (lx+t = lx quel que soit t).
- Pas de frais annuels de gestion, ni de chargement de gestion, ni de
chargement de sécurité.
- L'assuré ne met pas fin prématurément au contrat.

Avec des frais d'acquisition de 1 000 € dépensés à t = 0, le calcul


tarifaire donne donc 10 primes annuelles valant chacune
1 100 = 1 000 (prime pure) + 100 (chargement d'acquisistion)
En effet, sous les hypothèses du tarif et sur l'ensemble de la durée de
10 ans, le contrat ne dégage ni bénéfice ni perte. On peut vérifier que c'est
le cas en remarquant que l'assureur:
- encaisse, de t = 0 à t = 9, 10 x 1 100 = Il 000 ;
- décaisse à t = 0 les frais de 1 000, et investit le reste (au taux j = 0,
il est vrai peu rémunérateur) ;
- décaisse à t = 10 le capital de 10 000.

6.1. Provision ordinaire ou zillmérisée de quatrième année

4V " engagement résiduel pur de l'assureur la 000


+ engagement résiduel de frais a
engagement résiduel de l'assuré - 6 x 1 100

3400
266 Assurance: comptabilité, réglementation, actuariat

6.2. Provision non zillmérisée ou NZ


Dans une provision N Z, conventionnellement on ne tient pas compte
de l'engagement de l'assuré de payer des chargements d'acquisition (donc
4 VNZ
II
>4 V") .

4 v'Jv Z engagement résiduel pur de l'assureur 10 000


+ engagement résiduel de frais o
engagement résiduel de l'assuré
hors chargements d'acquisition -6xl000
4000

6.3. Laquelle est la plus prudente ?


De t = 0 à t = 4, le contrat n'a amené ni bénéfice ni perte réelle. On
peut le vérifier en remarquant que
- l'engagement net est de 4 V" = 3 400 ;
- l'assureur a encaissé 4 primes de 1 100 et dépensé 1 000. Sous les
hypothèses du tarif, il dispose bien au titre de ce contrat de 4 x 1 100-
1 000 = 3 400 de placements à l'actif.

La comptabilisation de la provision de 4 V" = 3 400 découpe les


10 années en deux sous-périodes équilibrées (sous les hypothèses du tarif) :
- de t = 0 à t = 4,
Ol4R = 4 x 1 100 - 1 000 - 4 V" = 0
- de t = 4 à t = 10,
416R =4 V" +6 x 1 100 - 10 000 = 0
Considérons un assureur A qui ait, outre le passif de 3 400 et les place-
ment afférents de 3 400, des fonds propres SNCo affectés à la sécurité des
opérations. Ce montant ou Situation Nette Comptable figure au passif en
tant qu'excédent de l'actif réel sur le passif réel.

ACTIF PASSIF
Placements (ce contrat) 3400 SNCo = AD - Po
Placements (autres contrats) Provisions (ce contrat) 3400
+ autres actifs AD Provisions (autres contrats)
+ autres passifs Po

Supposons que le plan comptable change, et demande ou permette à A


d'inscrire désormais 4 VJz = 4 000 au passif.
Le nouveau bilan est-il plus ou moins prudent?
Les trois solutions que l'on rencontre conduisent à trois réponses: pour
faire image, nous les appellerons respectivement F (comme française), S
(comme suisse), US (comme américaine), ou U.
Chapitre 6 - Le modèle de l'assurance vie 267

Solution F, neutre
Le plan comptable demande d'inscrire exactement 600 = 4 000 - 3400
de frais d'acquisition reportés à l'actif.

ACTIF PASSIF
Placements (ce contrat) 3400 SNCF =SNCo
Placements (autres contrats) Provisions (ce contrat) 4000
+ autres actifs Ao Provisions (autres contrats)
Frais d'acquisition (ce contrat) 600 + autres passifs Po

Alors
S N CF = Ao + 3 400 + 600 - Po - 4 000 = SN Co
car passif et actif ont été relevés du même montant. Cette solution est celle
de l'adaptation française de la directive comptable européenne, c'est-à-dire
celle du plan comptable français en vigueur depuis les comptes de 1995.
Dans ce cadre, la provision N Z n'est ni plus prudente ni moins prudente
que la provision Z.
Solution S, prudente
La société n'inscrit pas de frais d'acquisition reportés à l'actif.

ACTIF PASSIF
Placements (ce contrat) 3400 SNCs = SNCo - 600
Placements (autres contrats) Provisions (ce contrat) 4000
+ autres actifs Ao Provisions (autres contrats)
Frais d'acq. (ce contrat) 0 + autres passifs Po

Alors
SN Cs = Ao + 3 400 - Po - 4 000 = SN Co - 600
Cette solution est plus prudente que la solution F : en effet, si S N Cs =
SNCo - 600 alors que rien dans le déroulement des contrats n'a changé,
c'est que l'assureur a constaté 600 de pertes comptables dans le passé.
Sous les hypothèses tarifaires, il devra donc constater 600 de bénéfices
dans le futur.
Solution U, moins prudente
La société inscrit plus de 600 de Frais d'Acquisition reportés à l'actif
parce qu'elle inscrit les 1 000 de Frais initialement dépensés diminués de
20 % d'amortissement, soit 800.

ACTIF PASSIF
Placements (ce contrat) 3400 SNCu = SNCo +200
Placements (autres contrats) Provisions (ce contrat) 4 000
+ autres actifs Ao Provisions (autres contrats)
Frais d' acq. (ce contrat) 800 + autres passifs Po
268 Assurance: comptabilité, réglementation, actuariat

Alors
SNCu = Ao + 3400 + 800 - Po - 4000 = SNCo + 200

SNCu = SNCo + 200, car le passif a été relevé de 600 mais l'actif de
800.
Cette solution est moins prudente que la solution F. En effet, si
SN Cu = SN Co + 200 alors que rien dans le déroulement des contrats
n'a changé, c'est que l'assureur a constaté 200 de bénéfices comptables
dans le passé. Sous les hypothèses tarifaires, il constatera donc 200 de
pertes dans le futur.

Remarque
Dans ce qui précède, nous avons supposé, comme il est d'usage quasi
général, que
- la valeur de rachat garantie à l'assuré n'est pas supérieure à la pro-
vision zillmérisée ;
- l'on ne peut avoir V" < O.

Mais dans les cas où ces deux conditions ne sont pas respectées, il
convient de ne pas oublier que, dans la réglementation actuelle, l'engage-
ment comptabilisé doit être

sup (t V", 0, valeur de rachat)

6.4. Dézillmériser ou hyperzillmériser ?


La France, en 1981, est passée du cas S ci-dessus au cas O. Cette opéra-
tion, dite zillmérisation, a dégagé cette année là un bénéfice non récurrent
(et imposé) SNCo - SNCs.
En 1995, elle est passée pour des raisons d'harmonisation comptable
européenne du cas 0 au cas P, équivalent mais un peu moins clair à notre
sens.
Certains assureurs, pour leurs comptes consolidés, se sont inspirés dans
les années 90 du cas U en dégageant le bénéfice non récurrent SN Cu -
SNCo et en qualifiant de dézillmérisation l'opération.
Linguistiquement, il semble peu logique qu'une opération nommée
dézillmérisation produise un bénéfice tout comme l'avait fait la zillméri-
sation. C'est pourquoi le terme d'hyperzillmérisation nous paraît plus ap-
proprié.

Annexe 7. Résultat de l'année et capital sous risque


Considérons un contrat quelconque comportant
-- d es pnmes
· quelconques 7ro, "" " payabl es aux
" , ... , 7rtf
7r tl , ... , 7r tk
époques 0, tl, ... , tk, ... , tf ;
- des capitaux payables en cas de décès Ct payable à t (si l'assuré décède
à t).
Chapitre 6 - Le modèle de l'assurance vie 269

7.1. Le résultat de l'année k, si les primes sont payables


en début d'année et les capitaux décès en fin d'année
Supposons dans un premier temps, pour simplifier les notations et ne
considérer que des dates entières, que
- tk = k ;
- Ck est payable à la date k en cas de décès dans la période (k - 1, k)
(et non comme il est usuel au moment du décès).

Plaçons-nous au début de la k-ième année, à la date k - 1.


Si, sur no assurés à l'époque 0, subsistent nv, k-lassurés vivants à la
date k - 1, le résultat de k-ième année est:
- ex ante, la variable aléatoire

où Nd, k est le nombre aléatoire de décès de l'année, et N v , k celui des


assurés vivants à l'époque k. Par construction de k V

- ex post, le résultat observé

avec

7.2. Le capital sous risque


On peut réécrire Rk en isolant ce qui dépend du nombre aléatoire de
décès:

d'où

En définissant le capital sous risque de l'époque k

égal au capital garanti en cas de décès diminué de la PM,


270 Assurance: comptabilité, réglementation, actuariat

On peut voir sur quelques exemples que le capital sous risque de


l'époque k ainsi défini peut être
- positif, comme dans le cas d'un contrat temporaire décès d'un an où

- négatif, comme dans le cas d'un contrat de capital différé où

- nul, comme dans le cas du bon d'épargne à prime unique 7r où

On peut définir un contrat en cas de décès comme un contrat pour


lequel le capital sous risque est positif, et un contrat en cas de vie comme
un contrat pour lequel le capital sous risque est négatif (à l'époque k
du moins, un contrat pouvant changer de caractéristique d'une époque à
l'autre).
En ce cas :
• Dire qu'un contrat est en cas de décès la k-ième année équivaut à
dire que, dans ce contrat un nombre de décès plus grand que prévu par le
tarif fait subir une perte à l'assureur. Puisque E(R k ) = 0,
- si c~ > 0, alors

- inversement, si c~ < 0, alors

• Dire qu'un contrat est en cas de vie la k-ième année équivaut à dire
que dans ce contrat la provision mathématique d'un assuré qui survit
s'accroît plus, au cours de la k-ième année, que par simple capitalisation
de la provision précédente et de la prime de l'année. Puisque E(Rk) =
- si c~ < 0, alors
°:

- inversement si c~ > 0, alors

kV> (k-l V + 7rk-l) x (1 + i)

Ex post,
Chapitre 6 - Le modèle de l'assurance vie 271

7.3. Le résultat de l'année si Ct est payable


au moment du décès
On vérifiera que si le capital décès Ct est payable au moment du décès,
c'est-à-dire en faisant l'approximation habituelle d'un paiement de Ck-O,5
à l'époque k-O, 5 en cas de décès au cours de la k-ième année, les équations
précédentes se compliquent un peu et deviennent

soit

On définit alors le capital sous risque de l'époque k - 0,5 par

1 kV
ck-O,5 = Ck-O,5 - (
1+ i
)0 '5

Annexe 8. Les risques de taux encourus par l'assureur


L'objet de cette annexe est de traiter, sous forme d'exercice, le problème
des risques de taux encourus par l'assureur de manière plus détaillée et
réaliste que dans le texte.
Un contrat de capitalisation d'une société d'assurances présente les ca-
ractéristiques suivantes :
- Le souscripteur paie une prime unique 1rl! = 1r+ chargements. Dans
tout le problème, on considérera que le chargement couvre exactement
l'ensemble des frais exposés et on limitera l'étude aux primes et aux en-
gagements purs.
- L'assureur s'engage à verser un capital

c = 1r (1 + it = 10 000 €

avec n = 10 ans et i = 8 %.
- La clause de participation aux bénéfices (PB) affecte chaque année
globalement à l'ensemble des souscripteurs 95 % des produits financiers
engendrés par les contrats. Cette participation globale est attribuée indivi-
duellement à chaque assuré sous forme d'une revalorisation de sa garantie
au terme de chaque année.
- À tout moment avant le terme, l'assureur s'engage à verser à la de-
mande du souscripteur une valeur de rachat égale à la valeur actuelle de
son engagement au terme (actualisé au taux i).

1. Tarification du contrat à. l'origine


Calculer la prime pure 1r et les valeurs de rachat successives avant PB.
Dresser les 10 années de comptes prévisionnels sous les hypothèses du
tarif.
272 Assurance: comptabilité, réglementation, actuariat

2. Étude d'un portefeuille de contrats après sa souscription


On suppose que l'assureur vend simultanément N = 1 000 contrats
identiques et que les primes pures collectées sont investies dans des obli-
gations remboursables dans 10 ans et détachant un coupon au taux de
i' = 10 %. On suppose de plus qu'à partir de la première année et jus-
qu'au terme des 10 ans, les taux d'intérêts des marchés financiers sur les-
quels l'assureur replacera si nécessaire les coupons échus des obligations
achetées initialement seront constamment égaux à j. On suppose égale-
ment que les souscripteurs ne demandent pas le rachat de leur contrat
avant le terme.
Calculer le bénéfice de l'assureur en fin de première année, puis en fin
de deuxième année, avec les trois hypothèses suivantes:
j = 10 % ; j = 5 %; j = 20 %
Dresser les 10 années de comptes prévisionnels dans chaque cas.
Commenter les résultats.
3. On reprend les hypothèses du 2° mais cette fois ci on suppose que les
souscripteurs demandent massivement le rachat de leur contrat au bout
de 1, 5 ou 8 ans.
On dressera une, cinq ou huit années de comptes prévisionnels selon les
cas, dans chacune des hypothèses pour j, et on commentera les résultats.

Solution
1. La prime pure est donnée par
7r = c(l + i)-lO = 4 631,93 €
Les valeurs de rachat successives avant participation aux bénéfices sont
données par

k Vk

1 500249 €

2 5402,69 €

3 5,834,90 €

4 6301,70 €

5 6805,83 €

6 7350,30 €

7 7938,32 €

8 8573,39 €

9 9259,26 €

10 10 000,00 €
Chapitre 6 - Le modèle de l'assurance vie 273

Comptes de résultats prévisionnels sous les hypothèses du tarif


On suppose que les placements n'engendrent pas de bénéfice financier
affect able à la PB.
On suppose également que le contrat va jusqu'à son terme (pas de
rachat).
On a alors:
Comptes de résultat simplifiés pour un contrat

Exercice Prime Produits Dotation Résultat


financiers aux provisions

1 4 631,93 € 370,55 € 5 002,49 € 0,00 €

2 0,00 € 400,20 € 400,20 € 0,00 €

3 0,00 € 432,22 € 432,22 € 0,00 €

4 0,00 € 466,79 € 466,79 € 0,00 €

5 0,00 € 504,14 € 504,14 € 0,00 €

6 0,00 € 544,47 € 544,47 € 0,00 €

7 0,00 € 588,02 € 588,02 € 0,00 €

8 0,00 € 635,07 € 635,07 € 0,00 €

9 0,00 € 685,87 € 685,87 € 0,00 €

10 0,00 € 740,74 € 740,74 € 0,00 €

Les provisions à constituer à la fin de l'exercice k sont égales à Vk .


La dotation aux provisions est égale à Vk - Vk - 1 .
Les produits financiers sont égaux à iVk-l (ou à in}
Le résultat est égal à Prime + Produits financiers - Dotation aux pro-
VlSlOns.
2. a) Détermination des produits financiers
Les produits financiers de première année sont égaux (pour un contrat)
à i'Jr.
Ceux de seconde année sont égaux à

i'Jr + ji'Jr = i'Jr(l + j)


(placement des produits financiers de première année au taux j).
Ceux de troisième année sont égaux à

i'Jr + ji'Jr + j(i'Jr + ji'Jr) = i'Jr(l + j)2


et ainsi de suite.
274 Assurance: comptabilité, réglementation, actuariat

Ceux de k- ième année sont égaux à

k j = 10 % j=5% j = 20 %
1 463,19 € 463,19 € 463,19 €

2 509,51 € 486,35 € 555,83 €

3 560,46 € 510,67 € 667,00 €

4 616,51 € 536,20 € 800,40 €

5 678,16 € 563,01 € 960,48 €

6 745,98 € 591,17 € 1 152,57 €

7 820,58 € 620,72 € 1 383,09 €

8 902,63 € 651,76 € 1 659,71 €

9 992,90 € 684,35 € 1 991,65 €

10 1 092,19 € 718,57 € 2389,98 €

b) Comptes de participation aux bénéfices


Les comptes de participation aux bénéfices se présentent comme suit

k Primes 95 % des PF Dot. aux Solde k Provisions


j = 10 % provisions

1 4631,93 € 440,03 € 5071,97 € 0,00 € 5071,97 €

2 0,00 € 484,04 € 484,04 € 0,00 € 5556,01 €

3 0,00 € 532,44 € 532,44 € 0,00 € 6088,45 €

4 0,00 € 585,69 € 585,69 € 0,00 € 6674,13 €

5 0,00 € 644,25 € 644,25 € 0,00 € 7318,39 €

6 0,00 € 708,68 € 708,68 € 0,00 € 8027,06 €

7 0,00 € 779,55 € 779,55 € 0,00 € 8806,61 €

8 0,00 € 857,50 € 857,50 € 0,00 € 9664,11 €

9 0,00 € 943,25 € 943,25 € 0,00 € 10607,36 €

10 0,00 € 1 037,58 € 1 037,58 € 0,00 € 11 644,94 €


Chapitre 6 - Le modèle de l'assurance vie 275

k Primes 95 % des PF Dot. aux Solde k Provisions


j = 10 % provisions

1 4 631,93 € 440,03 € 5071,97 € 0,00 € 5071,97 €

2 0,00 € 462,04 € 462,04 € 0,00 € 5534,00 €

3 0,00 € 485,14 € 485,14 € 0,00 € 6019,14 €

4 0,00 € 509,39 € 509,39 € 0,00 € 6 528,54 €

5 0,00 € 534,86 € 534,86 € 0,00 € 7063,40 €

6 0,00 € 561,61 € 565,07 € - 3,46 € 7628,47 €

7 0,00 € 589,69 € 610,28 € - 34,06 € 8238,75 €

8 0,00 € 619,17 € 659,10 € - 63,98 € 8897,85 €

9 0,00 € 650,13 € 711,83 € - 125,68 € 9609,68 €

10 0,00 € 682,64 € 768,77 € - 211,82 € 10 378,45 €

k Primes 95 % des PF Dot. aux Solde k Provisions


j = 20 % provisions

1 4 631,93 € 440,03 € 5071,97 € 0,00 € 5071,97 €

2 0,00 € 528,04 € 528,04 € 0,00 € 5600,01 €

3 0,00 € 633,65 € 633,65 € 0,00 € 6233,66 €

4 0,00 € 760,38 € 760,38 € 0,00 € 6994,04 €

5 0,00 € 912,45 € 912,45 € 0,00 € 7906,49 €

6 0,00 € 1 094,94 € 1 094,94 € 0,00 € 9001,44 €

7 0,00 € 1 313,93 € 1 313,93 € 0,00 € 10315,37 €

8 0,00 € 1 576,72 € 1 576,72 € 0,00 € 11 892,09 €

9 0,00 € 1 892,06 € 1 892,06 € 0,00 € 13 784,15 €

10 0,00 € 2270,48 € 2 270,48 € 0,00 € 16054,63 €


276 Assurance: comptabilité, réglementation, actuariat

c) Comptes prévisionnels
j = 10 %

Exercice Prime Produits Dot. aux Résultat


financiers provisions

1 4631,93 € 463,19 € 5071,97 € 23,16 €

2 0,00 € 509,51 € 484,04 € 25,48 €

3 0,00 € 560,46 € 532,44 € 28,02 €

4 0,00 € 616,51 € 585,69 € 30,83 €

5 0,00 € 678,16 € 644,25 € 33,91 €

6 0,00 € 745,98 € 708,68 € 37,30 €

7 0,00 € 820,58 € 779,55 € 41,03 €

8 0,00 € 902,63 € 857,50 € 45,13 €

9 0,00 € 992,90 € 943,25 € 49,64 €

10 0,00 € 1 092,19 € 1 037,58 € 54,61 €

j=5%

Exercice Prime Produits Dot. aux Résultat


financiers provisions

1 4631,93 € 463,19 € 5071,97 € 23,16 €

2 0,00 € 486,35 € 462,04 € 24,32 €

3 0,00 € 510,67 € 485,14 € 25,53 €

4 0,00 € 536,20 € 509,39 € 26,81 €

5 0,00 € 563,01 € 534,86 € 28,15 €

6 0,00 € 591,17 € 565,07 € 26,09 €

7 0,00 € 620,72 € 610,28 € 10,45 €

8 0,00 € 651,76 € 659,10 € - 7,34 €

9 0,00 € 684,35 € 711,83 € - 27,48 €

10 0,00 € 718,57 € 768,77 € - 50,21 €


Chapitre 6 - Le modèle de l'assurance vie 277

j = 20 %

Exercice Prime Produits Dot. aux Résultat


financiers provisions

1 4 631,93 € 463,19 € 5 071,97 € 23,16 €

2 0,00 € 555,83 € 528,04 € 27,79 €

3 0,00 € 667,00 € 633,65 € 33,35 €

4 0,00 € 800,40 € 760,38 € 40,02 €

5 0,00 € 960,48 € 912,45 € 48,02 €

6 0,00 € 1 152,57 € 1 094,94 € 57,63 €

7 0,00 € 1 383,09 € 1 313,93 € 69,15 €

8 0,00 € 1 659,71 € 1 576,72 € 82,99 €

9 0,00 € 1 991,65 € 1 892,06 € 99,58 €

10 0,00 € 2 389,98 € 2 270,48 € 119,50 €

3. Rachat massif au bout de 1, 5 ou 8 ans


On peut supposer que l'assureur va vendre l'ensemble de ses actifs pour
faire face aux rachats. La question consiste donc à déterminer la plus ou
moins-value de cession. Les intérêts étant replacés au taux du marché,
et celui-ci ne variant pas pendant la durée du contrat, les seules sources
de plus ou moins-values résident dans le placement initial. Celui-ci, de
montant 7f, ayant été faits au taux i', il a une valeur de marché égale à
~ ri' + (j - i') (1 + j)-n]
J
n années avant son échéance.
Il faut donc ajouter
7f
-:- ri' + (j - i') (1 + j)-n] - 7f
J
au résultat comptable de l'exercice considéré.

Années avant échéance

Taux de replacement 9 5 2

j = 10 % 0,00 € 0,00 € 0,00 €

j=5% 1 646,15 € 1 002,69 € 430,63 €

j = 20 o/c - 1 867,12 € - 1 385,23 € - 707,66 €


278 Assurance: comptabilité, réglementation, actuariat

On peut constater qu'en cas de hausse des taux, la perte peut s'avérer
extrêmement importante, sans commune mesure avec le bénéfice normal
attendu sur ce type de contrats.

Annexe 9. Exercices
Exercice 1
Probabilités de survie conditionnelles

Montrer que :

P(Tx > k + k') = P(Tx > k) P(Tx+k > k')

Solution
Soit A l'événement {Tx > k} et B l'événement {Tx > k + k'}. Le prin-
cipe des probabilités conditionnelles s'écrit

P(BIA) = P(A n B)j P(A)

Or, ici, An B = B et BIA = {Tx+k > k'}.


Exercice 2
Espérance de vie

Montrer que si l'on fait l'approximation usuelle consistant à supposer


que les assurés décèdent en moyenne en milieu d'année, on a

1 lx+l lx+2 lX+3 lw


E(Tx ) =-+--+--+--+ ... +-
2 lx lx lx lx
Solution
Pour une variable aléatoire ne prenant que des valeurs entières positives,

E(X) = P(X 2: 1) + P(X 2: 2) + ... + P(X 2: k) + ...


On vérifie en effet que

LkP(X = k) = LP(X 2: k)
1
Désignons par T~ la variable aléatoire T x - 2' D'après l'approximation
des décès en milieu d'année, elle ne prend que des valeurs entières. D'autre
1
part, on a évidemment E(Tx ) = E(T~) + 2' et pour tout entier k,

puisque les décès ont lieu en milieu d'année.


Chapitre 6 - Le modèle de l'assurance vie 279

Donc

E(T~) = P(T~ 2: 1) + P(T~ 2: 2) + ... + P(T~ 2: k) + .. .


= P(Tx 2: 1) + P(Tx 2: 2) + ... + P(Tx 2: k) + .. .
lw
=lx+l
- +lx+2
- + lx+3
- + ... +-
lx lx lx lx

Par suite on a bien

III l 13 l
E(Tx)=E(T')+-=-+ x+l+ x+2+~+ ... +..::::..
x 2 2 lx lx lx lx

Exercice 3
Effectifs probables d'une caisse de retraite

Depuis toujours, une caisse de retraite recrute chaque année 1 000


adhérents de 30 ans. Ces adhérents cotisent jusqu'à 65 ans, âge auquel
ils deviennent allocataires.
À partir de la table TV 88-90, calculer les nombres probables des coti-
sants et allocataires actuels.

Solution

l
L'effectif probable des adhérents à la caisse de retraite est

2:: lx
110
1 000 x=30
l30
(

Celui des cotisants est

Et celui des retraités est

Numériquement: 34 018 cotisants, 18 327 retraités.


280 Assurance: comptabilité, réglementation, actuariat

Exercice 4
Probabilités viagères

La mortalité d'un homme d'âge x et celle d'une femme d'âge y sont


données par la table TV 88-90. On suppose que les deux lois de survie
sont indépendantes.
1. Calculer la probabilité pour que la femme survive dans n années et
que simultanément l'homme décède avant cette date.
2. Sachant qu'il n'y a qu'un survivant à l'époque n, quelle est la pro-
babilité pour que ce soit l'homme?
3. Exprimer, en fonction des nombres probables de vivants, l'espérance
de vie de x et celle de y.
4. Exprimer de même la probabilité pour que x décède avant y.

Application numérique
x = 60 ans, y = 65 ans, n = 10 ans.
Solution
1. La probabilité pour que la femme survive dans n années est
ly+n
ly
La probabilité pour que l'homme soit décédé avant la date n est

1 _ lx+n
lx
Compte tenu de l'indépendance des lois de survie, la probabilité
cherchée est le produit des deux :

Pp \:n (1 _l~:n )
=

De même, la probabilité pour que l'homme survive seul à la date n est

Application numérique

PF = h5 ( 1 - l60
ho) = 7,16 %
l65

PM = ho h5) = 12, 24 %
l60 (1- l65

2. La probabilité pour qu'il y ait exactement un survivant à la date n


est égale à PF+PM. Sachant que cet événement s'est réalisé, la probabilité
pour que l'homme soit le survivant est :
Chapitre 6 - Le modèle de l'assurance vie 281

Application numérique

PM
= 63,09 %
PF + PM
3. L'espérance de vie (voir exercice 2 ci-dessus) de x est approximati-
vement égale à :

E(Tx ) = -1 + -lx+l + -lx+2 + -lX+3 + ... + -lw = 24,02 ans


2 lx lx lx lx

De même, l'espérance de vie de y est égale à :

E(Ty ) = -1 + -lY+l + -lY+2 + -ly+3 + ... + -lw = 19,76 ans


2 ly ly ly ly

4. La probabilité P pour que x décède avant y s'exprime rigoureusement


par:

On approxime cette intégrale par une somme finie :

Application numérique

P = 35,32 %

(calcul effectué au tableur).

Exercice 5
Groupes de têtes

On considère trois personnes d'âges actuels (x, y, z).


1. Exprimer en fonction de mPx, mPy, mPz les probabilités que
a) le premier des trois décès ;
b) le second des trois décès ;
c) le troisième des trois décès
survienne dans plus de m années.
282 Assurance: comptabilité, réglementation, actuariat

2. Exprimer de même les probabilités que


a) le premier des trois décès ;
b) le second des trois décès ;
c) le troisième des trois décès
survienne dans plus de m années et moins de m + n années.
Applications numériques
Table TV 88-90, x = y = z = 40 ans et m = n = 20 ans.

Solution
1. a) La probabilité Pa pour que le premier des trois décès ait lieu après
la date m est égale à :
Pa = mPxyz = mPx mPy mPz
Les trois têtes doivent en effet avoir survécu.

Application numérique
Pa = 84,06 %
1. b) La probabilité Pb pour que le deuxième des trois décès ait lieu
après la date m est égale à la somme des probabilités de quatre événements
incompatibles
- x, y et z décèdent après la date m : mPxyz ;
- x décède avant la date m et y et z après: (1 -m Px)mpymPz
- y décède avant la date m et x et z après: (1 - m py)mPx mPz ;
- z décède avant la date m et x et y après: (1 -m pz)mPx mPy.
En additionnant ces quatre probabilités, on obtient :
mPx mPy +m Py mPz +m Px mPz - 2mPxyz
C'est-à-dire :
Pb =m Pxy + mPyz + mPxz - 2mPxyz

Application numérique
Pb = 99,09 %
1. c) La probabilité 1 - Pc pour que le troisième décès ait lieu avant la
date m est égale à
1 - Pc = (1 - mPx) (1 - mPy) (1 - mPz)
Les trois têtes doivent en effet être décédées à la date m.
D'où
Pc = 1 - (1 - mPx) (1 - mPy) (1 - mPz)

Application numérique
Pc = 99,98 %
2. a) La probabilité p~ pour que le premier des trois décès ait lieu entre
les dates m et m + n est égale à :
p~ = mPxyz - m+nPxyz = mPxmPymPz -m+n Pxm+nPy ,m+nPz
Chapitre 6 - Le modèle de l'assurance vie 283

Application numérique

P~ = 54,41 %

2. b) On a vu au 1. b) que la probabilité pour que le deuxième des trois


décès ait lieu après la date m est égale à

mPxy + mPyz + mPxz - 2mPxyz

De même, la probabilité pour que le deuxième des trois décès ait lieu
après la date m + n est égale à

m+nPxy + m+nPyz + m+nPxz - 2m+nPxyz

la probabilité cherchée est égale à la différence des deux :

P~ = mPxy + mPyz + mPxz - 2mPxyz


- (m+nPxy + m+nPyz + m+nPxz - 2m+npxyz)

Application numérique

Pb = 24,99 %
2. c) La probabilité pour que le troisième décès ait lieu avant la date
m est égale à
(1 - mPx) (1 - mPy) (1 - mPz)
La probabilité pour qu'il ait lieu avant m + n est de même égale à

(1 - m+nPx) (1 - m+nPy) (1 - m+nPz)

La probabilité cherchée est donc la différence des deux, soit

P~ = (1- m+nPx)(l- m+nPy)(l- m+nPz) - (1- mPx) (1- mPy) (1- mPz)

Application numérique

Pc = 3,68 %
284 Assurance: comptabilité, réglementation, actuariat

Annexe 10. Tables de mortalité TV, TD et TPRV

TV 88-90, TD 88-90 et TPRV 93

Âge TV TD TP Âge TV TD TP Âge TV TD TP

x lx lx lx x lx lx lx x lx lx lx
0 100000 100000 100000 40 97534 94746 93670 80 65043 39041 74030
1 99352 99 129 97047 41 97413 94476 93560 81 61 852 35824 72016
2 99294 99057 95995 42 97282 94 182 93442 82 58379 32 518 69780
3 99261 99010 95793 43 97 138 93868 93318 83 54614 29220 67306
4 99236 98977 95653 44 96981 93515 93 185 84 50625 25962 64621
5 99214 98948 95556 45 96810 93 133 93043 85 46455 22780 61 719
6 99 194 98921 95515 46 96622 92727 92892 86 42 130 19725 58 596
7 99 177 98897 95477 47 96424 92295 92732 87 37738 16843 55255
8 99 161 98876 95442 48 96218 91833 92560 88 33340 14 133 51 700
9 99 145 98855 95410 49 95995 91 332 92378 89 28980 Il 625 47999
10 99 129 98835 95379 50 95752 90778 92 183 90 24739 9389 44 172
11 99 112 98814 95359 51 95488 90 171 91 976 91 20704 7438 40248
12 99096 98793 95336 52 95202 89511 91 756 92 16959 5763 36261
13 99081 98771 95311 53 94892 88791 91 520 93 13 580 4350 32253
14 99062 98 745 95284 54 94560 88011 91 273 94 10 636 3211 28330
15 99041 98712 95254 55 94215 87 165 91 013 95 8 118 2 315 24535
16 99018 98667 95221 56 93848 86241 90 741 96 6057 1 635 20914
17 98989 98606 95 185 57 93447 85256 90455 97 4378 1 115 17513
18 98955 98520 95 144 58 93014 84211 90 155 98 3096 740 14 373
19 98913 98406 95 101 59 92545 83083 89844 99 2 184 453 11 530
20 98869 98277 95056 60 92050 81884 89523 100 1 479 263 9014
21 98823 98 137 95008 61 91 523 80602 89 191 101 961 145 6843
22 98778 97987 94957 62 90954 79243 88849 102 599 76 5023
23 98734 97830 94904 63 90343 77807 88498 103 358 37 3547
24 98689 97677 94850 64 89687 76295 88 126 104 205 17 2395
25 98640 97524 94794 65 88978 74720 87733 105 113 7 1 535
26 98590 97373 94736 66 88226 73075 87319 106 59 2 926
27 98537 97222 94677 67 87409 71 366 86882 107 30 519
28 98482 97070 94617 68 86513 69559 86422 108 14 267
29 98428 96916 94555 69 85522 67655 85911 109 6 123
30 98371 96759 94491 70 84440 65649 85343 110 2 50
31 98310 96597 94424 71 83251 63543 84711 111 17
32 98247 96429 94356 72 81 936 61 285 84007 112 5
33 98 182 96255 94285 73 80484 58911 83224 113 1
34 98 111 96071 94211 74 78880 56416 82337 114 0
35 98031 95878 94 133 75 77 104 53818 81 333
36 97942 95676 94050 76 75 136 51 086 80 198
37 97851 95463 93963 77 72 981 48251 78913
38 97753 95237 93871 78 70597 45284 77462
39 97648 94997 93774 79 67962 42203 75840
40 97534 94746 93670 80 65043 39041 74030
EXTRAITS DU CODE
DES ASSURANCES
À jour au 30 juin 2010

Nous avons repris ici et simplifiés les articles essentiels du titre III du
livre III du Code des assurances ayant trait au régime financier des entre-
prises ainsi que les autres articles du code en permettant la compréhen-
sion. Nous n'avons pas repris ce qui a trait au droit du contrat des assurances
(livres 1 et II), aux organismes particuliers d'assurance (livre IV), aux
intermédiaires d'assurance (livre V), ainsi que certains articles concernant
des branches spécifiques du code des assurances comme par exemple les
provisions en assurance construction ou pour les contrats euro diversifié.
En outre, nous avons ciblé les opérations d'assurance effectuées en France
métropoli taine.
La réglementation évoluant en permanence, nous invitons le lecteur à
consulter le site internet www.legifrance.gouv.fr pour y trouver une ver-
sion de la réglementation à jour ainsi que l'intitulé complet des extraits
simplifiés figurant ci-après.

1) Les provisions techniques

Article R.331-1
Les engagements réglementés dont les entreprises ( ... ) doivent, à toute
époque, être en mesure de justifier l'évaluation sont les suivants:
1° Les provisions techniques suffisantes pour le règlement intégral de
leurs engagements vis-à-vis des assurés, des entreprises réassurées et béné-
ficiaires de contrats;
2° Les postes du passif correspondant aux autres créances privilégiées;
3° Les dépôts de garantie des agents, des assurés et des tiers, s'il y a lieu;
4° Une réserve d'amortissement des emprunts ( ... ) ;
5° Une provision de prévoyance en faveur des employés et agents des-
tinée à faire face aux engagements pris par l'entreprise envers son person-
nel et ses collaborateurs.
286 Assurance: comptabilité, réglementation, actuariat

Les provisions techniques ( ... ) sont calculées, sans déduction des réas-
surances cédées ( ... ).

Article R.331-1-1
1. Lorsque les garanties d'un contrat sont exprimées dans une monnaie
déterminée, les engagements ( ... ) sont libellés dans cette monnaie.
2. Lorsque les garanties d'un contrat ne sont pas exprimées dans une
monnaie déterminée, les engagements ( ... ) sont libellés dans la monnaie
du pays où le risque est situé. Toutefois, cette entreprise peut choisir de
libeller ses engagements dans la monnaie dans laquelle la prime est expri-
mée si, dès la souscription du contrat, il paraît vraisemblable qu'un sinistre
sera payé, non dans la monnaie du pays de situation du risque, mais dans
la monnaie dans laquelle la prime a été libellée. ( ... )

A) Les provisions techniques non vie

Article R. 331-6
Les provisions techniques ( ... ) sont les suivantes:
1° Provision mathématique des rentes: valeur actuelle des engagements
de l'entreprise en ce qui concerne les rentes et accessoires de rentes mis à
sa charge;
2° Provision pour primes non acquises: provision ( ... ) destinée à consta-
ter, pour l'ensemble des contrats en cours, la part des primes émises et des
primes restant à émettre se rapportant à la période comprise entre la date
de l'inventaire et la date de la prochaine échéance de prime ou, à défaut,
du terme du contrat;
2° bis Provision pour risques en cours: provision ( ... ) destinée à couvrir,
pour l'ensemble des contrats en cours, la charge des sinistres et des frais
afférents aux contrats, pour la période s'écoulant entre la date de l'inven-
taire et la date de la première échéance de prime pouvant donner lieu à
révision de la prime par l'assureur ou, à défaut, entre la date de l'inventaire
et le terme du contrat, pour la part de ce coût qui n'est pas couverte par la
provision pour primes non acquises;
3° Réserve de capitalisation: réserve destinée à parer à la dépréciation
des valeurs comprises dans l'actif de l'entreprise et à la diminution de leur
revenu;
4 ° Provision pour sinistres à payer: valeur estimative des dépenses en
principal et en frais, tant internes qu'externes, nécessaires au règlement de
tous les sinistres survenus et non payés, y compris les capitaux constitutifs
des rentes non encore mises à la charge de l'entreprise;
5° Provision pour risques croissants: provision pouvant être exigée ( ... )
pour les opérations d'assurance contre les risques de maladie et d'invali-
dité et égale à la différence des valeurs actuelles des engagements respec-
tivement pris par l'assureur et par les assurés;
6° Provision pour égalisation: a) Provision destinée à faire face aux
charges exceptionnelles afférentes aux opérations garantissant les risques
Extraits du code des assurances 287

dus à des éléments naturels, le risque atomique, les risques de responsabi-


lité civile dus à la pollution, les risques spatiaux, les risques liés au trans-
port aérien, et les risques liés aux attentats et au terrorisme ( ... ) ;
b) Provision destinée à compenser en assurance-crédit la perte technique
éventuelle apparaissant à la fin de l'exercice ( ... ) ; c) Provision destinée à
faire face aux fluctuations de sinistralité afférentes aux opérations d'assu-
rance de groupe contre les risques de dommages corporels;
7° Provision pour risque d'exigibilité: provision destinée à faire face
aux engagements dans le cas de moins-value de l'ensemble des actifs men-
tionnés à l'article R. 332-20. La provision à constituer est calculée dans les
conditions définies au 1 de l'article R. 331-5-1.

§ 1 - Provision mathématique des rentes


Article L.310-1
Le contrôle de l'État s'exerce dans l'intérêt des assurés ( ... ). Sont sou-
mises à ce contrôle: 1° les entreprises qui sous forme d'assurance directe
contractent des engagements dont l'exécution dépend de la durée de la vie
humaine ( ... ) ; 2° les entreprises qui sous forme d'assurance directe cou-
vrent les risques de dommages corporels liés aux accidents et à la maladie;
3° les entreprises qui sous forme d'assurance directe couvrent d'autres
risques y compris ceux liés à une activité d'assistance. ( ... )

Article A. 331-22
Les provisions techniques des prestations d'incapacité et d'invalidité
sont la somme:
1° Des provisions correspondant aux prestations d'incapacité de travail
à verser après le 31 décembre de l'exercice au titre des sinistres en cours à
cette date majorées des provisions dites pour rentes en attente relatives
aux rentes d'invalidité susceptibles d'intervenir ultérieurement au titre des
sinistres d'incapacité en cours au 31 décembre de l'exercice;
2° Des provisions correspondant aux prestations d'invalidité à verser
après le 31 décembre de l'exercice au titre des sinistres d'invalidité en
cours à cette date.
Le calcul des provisions techniques de prestations d'incapacité de tra-
vail et d'invalidité est effectué à partir des éléments suivants: 1° Les lois
de maintien en incapacité de travail et en invalidité ( ... ). Toutefois, il est
possible ( ... ) d'utiliser une loi de maintien établie par ses soins et certifiée
par un actuaire indépendant de cette entreprise ( ... ) ; 2° Un taux d'actua-
lisation qui ne peut excéder 75 % du TME calculé sur base semestrielle,
sans pouvoir dépasser 4,5 %.
Ces dispositions ne s'appliquent pas aux prestations issues de contrats
d'assurance de groupe souscrites par un établissement de crédit, ayant
pour objet la garantie du remboursement d'un emprunt ni à celles issues
de contrats d'assurance couvrant des risques visés au 3° du premier alinéa
de l'article L. 310-1 du Code des assurances.
288 Assurance: comptabilité, réglementation, actuariat

Article A. 331-10
Les provisions techniques des rentes d'incapacité et d'invalidité issues
de contrats d'assurance couvrant des risques visés au 3° du premier alinéa
de l'article L. 310-1 du Code des assurances sont la somme:
1° Des provisions correspondant aux rentes d'incapacité de travail à
verser après le 31 décembre de l'exercice au titre des sinistres en cours à
cette date majorées des provisions dites pour rentes en attente relatives
aux rentes d'invalidité susceptibles d'intervenir ultérieurement au titre des
sinistres d'incapacité en cours au 31 décembre de l'exercice;
2° Des provisions correspondant aux rentes d'invalidité à verser après
le 31 décembre de l'exercice au titre des sinistres d'invalidité en cours à
cette date.
Le calcul des provisions techniques de prestations d'incapacité de tra-
vail et d'invalidité est effectué à partir des éléments suivants: 1° Une loi
de survie en invalidité définie par la table TD 88-90 ( ... ) ; Toutefois, il est
possible pour une entreprise ( ... ) d'utiliser une loi de survie en invalidité
établie par l'entreprise ( ... ) et certifiée par un actuaire indépendant ( ... ) ;
2° Un taux d'actualisation qui ne peut excéder 60 % du TME ( ... ).
Article A. 331-12
Pour le calcul de la provision mathématique, la date de naissance du
rentier est reportée au 31 décembre le plus voisin. Il est tenu compte du
fractionnement des rentes et de la non-coïncidence de leur entrée en jouis-
sance avec la date de l'inventaire. ( ... )

§ 2 - Provision pour primes non acquises et provision pour risques en cours


Article A. 331-16
La provision pour primes non acquises est calculée prorata temporis
pour chacune des catégories définies à l'article A. 344-2 du présent code,
contrat par contrat ou sur la base de méthodes statistiques.
Article A. 344-2
( ... ) 20 Dommages corporels (contrats individuels) (y compris garanties
accessoires aux contrats d'assurance-vie individuels) ; 21 Dommages cor-
porels (contrats collectifs) (y compris garanties accessoires aux contrats
d'assurance-vie collectifs) ;
22 Automobile (responsabilité civile); 23 Automobile (dommages) ;
24 Dommages aux biens des particuliers; 25 Dommages aux biens profes-
sionnels ; 26 Dommages aux biens agricoles; 27 Catastrophes naturelles;
28 Responsabilité civile générale; 29 Protection juridique; 30 Assistance;
31 Pertes pécuniaires diverses; 34 Transports; 35 Assurance construction
(dommages) ; 36 Assurance construction (responsabilité civile) ; 37 Cré-
dit; 38 Caution; 39 Acceptations en réassurance (non-vie). ( ... )
Article A. 331-17
La provision pour risques en cours est calculée dans les conditions fixées
au présent article. L'entreprise calcule, contrat par contrat ou par des
Extraits du code des assurances 289

méthodes statistiques, séparément pour chacune des catégories définies à


l'article A. 344-2 du présent Code, le montant total des charges des sinistres
rattachés à l'exercice écoulé et à l'exercice précédent, et des frais d'admi-
nistration autres que ceux immédiatement engagés et frais d'acquisition
imputables à l'exercice écoulé et à l'exercice précédent; elle rapporte ce
total au montant des primes brutes émises au cours de ces exercices corrigé
de la variation, sur la même période, des primes restant à émettre, des
primes à annuler et de la provision pour primes non acquises; si ce rapport
est supérieur à 100 %, l'écart constaté par rapport à 100 % est appliqué au
montant des provisions pour primes non acquises et, le cas échéant, des
primes qui seront émises, au titre des contrats en cours à la date de l'inven-
taire, pendant la période définie au 2° bis de l'article R. 331-6; le montant
ainsi calculé est inscrit en provision pour risques en cours.
Pour l'application du présent alinéa, les sinistres sont rattachés: - à
l'exercice de survenance pour les catégories 20 à 31 et pour les accepta-
tions couvrant ces catégories; - à l'exercice de souscription pour les caté-
gories 35 à 38 et pour les acceptations couvrant ces catégories.
( ... ) L'ACAM peut prescrire à une entreprise de prendre des disposi-
tions appropriées pour le calcul prévu au précédent alinéa ( ... ).

Article A. 331-18
Pour les acceptations en réassurance ou les contrats collectifs d'assu-
rance, lorsqu'un traité ou un contrat prévoit qu'en cas de résiliation une
somme peut devoir être payée au cédant ou au souscripteur en sus du
règlement des sinistres et que le total des provisions constituées au titre de
ce traité ou de ce contrat à l'exception des provisions pour sinistres à payer
est inférieur à cette somme, évaluée dans l'hypothèse où le traité ou le
contrat serait résilié à la prochaine date de résiliation possible, la provision
pour risques en cours est augmentée de la différence ainsi constatée.

Article A. 331-19
La part des réassureurs dans les provisions pour primes non acquises et
dans la provision pour risques en cours est calculée dans les mêmes condi-
tions et selon les mêmes méthodes que celles retenues pour le calcul des
provisions brutes objet de la cession, sans pouvoir excéder le montant
effectivement à la charge des réassureurs tel qu'il résulte de l'application
des clauses des traités, compte tenu notamment des prescriptions de l'ar-
ticle A. 331-20 et de toutes les conditions du traité applicables en cas de
résiliation à la plus prochaine date de résiliation possible, en particulier
lorsque le traité prévoit dans ce cas des pénalités ou restitutions à la charge
de la cédante.

Article A. 331-20
Lorsqu'un traité ou tout engagement de la cédante, quelle qu'en soit la
forme, prévoit un ajustement rétroactif des primes en fonction de la sinis-
tralité constatée ou de tout autre élément de résultat du traité ou d'un
290 Assurance: comptabilité, réglementation, actuariat

autre traité, la part du réassureur concerné dans les provisions pour risques
en cours est diminuée du montant total des compléments de prime qui,
compte tenu de la sinistralité constatée, seront dus en application de cet
engagement.
Lorsque l'application des dispositions du précédent alinéa conduit à
une valeur négative de la part du réassureur dans les provisions pour
risques en cours, cette part est inscrite pour une valeur nulle, et la cédante
constate, selon le cas, une provision pour charges ou une dette à l'égard du
réassureur.

§ 3 - Provision pour sinistres restant à payer


Article R. 331-15
La provision pour sinistres à payer est calculée exercice par exercice.
Sans préjudice de l'application des règles spécifiques à certaines branches
( ... ), l'évaluation des sinistres connus est effectuée dossier par dossier, le
coût d'un dossier comprenant toutes les charges externes individuali-
sables; elle est augmentée d'une estimation du coût des sinistres survenus
mais non déclarés. La provision pour sinistres à payer doit toujours être
calculée pour son montant brut, sans tenir compte des recours à exercer;
les recours à recevoir font l'objet d'une évaluation distincte.
( ... ) l'entreprise peut, avec l'accord de l'ACAM, utiliser des méthodes
statistiques pour l'estimation des sinistres survenus au cours des deux der-
niers exercices.

Article R. 331-16
La provision pour sinistres à payer ( ... ) est complétée, à titre de charge-
ment, par une évaluation des charges de gestion qui, compte tenu des élé-
ments déjà inclus dans la provision, doit être suffisante pour liquider tous
les sinistres.

Article R.331-26
La provision pour sinistres restant à payer afférente aux opérations
d'assurance des véhicules terrestres à moteur est estimée en procédant à
une évaluation distincte: - des sinistres corporels correspondant à des
risques de responsabilité civile; - des autres sinistres correspondant à des
risques de responsabilité civile; - des sinistres correspondant à des risques
autres que ceux de responsabilité civile. Dans chacune de ces trois évalua-
tions, il est fait un calcul séparé par sous-catégorie d'assurance ( ... ).
Les sinistres des deux derniers exercices autres que les sinistres corpo-
rels correspondant à des risques de responsabilité civile et les autres
sinistres d'accidents corporels sont évalués en utilisant concurremment les
deux méthodes suivantes, l'évaluation la plus élevée étant seule retenue:
- première méthode: évaluation par référence au coût moyen des sinistres
des exercices antérieurs; - deuxième méthode: évaluation basée sur les
cadences de règlement observées dans l'entreprise au cours des exercices
antérieurs. En outre, une évaluation dossier par dossier peut également
Extraits du code des assurances 291

être utilisée pour ces sinistres. Dans ce cas, l'évaluation la plus élevée résul-
tant de ces trois méthodes est retenue.

Article A. 331-24
Les sous-catégories d'assurance donnant lieu au calcul séparé prévu au
deuxième alinéa de l'article R. 331-26 sont celles définies au 4 de l'article
A.344-4.

Article R. 331-17, -18 et A. 331-21: assurance construction

Article R. 331-33 à -35: assurance crédit

B) Les provisions techniques vie

Provisions techniques

Article R.331-3
Les provisions techniques correspondant aux opérations d'assurance
sur la vie, d'assurance nuptialité-natalité, et aux opérations de capitalisa-
tion sont les suivantes:
1° Provision mathématique: différence entre les valeurs actuelles des
engagements respectivement pris par l'assureur et par les assurés, à l'ex-
ception, pour les contrats mentionnés à l'article L. 142-1, des engagements
relatifs à la provision de diversification;
2° Provision pour participation aux bénéfices: montant des participa-
tions aux bénéfices attribuées aux bénéficiaires de contrats lorsque ces
bénéfices ne sont pas payables immédiatement après la liquidation de
l'exercice qui les a produits;
3° Réserve de capitalisation: réserve destinée à parer à la dépréciation
des valeurs comprises dans l'actif de l'entreprise et à la diminution de leur
revenu;
4° Provision de gestion: destinée à couvrir les charges de gestion future
des contrats non couvertes par ailleurs;
5° Provision pour aléas financiers: destinée à compenser la baisse de
rendement de l'actif;
6° Provision pour risque d'exigibilité: provision destinée à faire face
aux engagements dans le cas de moins-value de l'ensemble des actifs men-
tionnés à l'article R. 332-20. La provision à constituer est calculée dans les
conditions définies au 1 de l'article R. 331-5-1 ;
7° Provision pour frais d'acquisition reportés: provision destinée à cou-
vrir les charges résultant du report des frais d'acquisition constaté en
application de l'article R. 332-35 ;
8° Provision pour égalisation: provision destinée à faire face aux fluc-
tuations de sinistralité afférentes aux opérations d'assurance de groupe
contre le risque décès;
9° Provision de diversification: pour les contrats mentionnés à l'article
L.142-1, provision destinée à absorber les fluctuations des actifs du contrat
292 Assurance: comptabilité, réglementation, actuariat

et sur laquelle chaque adhérent détient un droit individualisé sous forme


de parts. Cette provision est abondée par tout ou partie des cotisations
versées par les adhérents et par la part des résultats du contrat qui n'est
pas affectée sous forme de provision mathématique. Elle se réduit par
imputation des pertes, par imputation de frais, par prélèvements au titre
des prestations servies et par conversion des parts des adhérents en provi-
sion mathématique.
Un engagement ne peut être provisionné qu'au titre d'une seule des
catégories mentionnées au présent article.

Article A. 331-1-1
1° Les provisions mathématiques des contrats de capitalisation, d'assu-
rance nuptialité-natalité, d'acquisition d'immeubles au moyen de la consti-
tution de rentes viagères, d'assurance sur la vie, doivent être calculées
d'après des taux d'intérêt au plus égaux à ceux retenus pour l'établisse-
ment du tarif et, s'ils comportent un élément viager et sous réserve du
premier alinéa de l'article A. 331-1-2, d'après les tables de mortalité appro-
priées mentionnées à l'article A. 335-1 en vigueur à l'époque de l'applica-
tion du tarif.
2° La provision globale de gestion mentionnée au 4° de l'article R. 331-3
est dotée, à due concurrence, de l'ensemble des charges de gestion future
des contrats non couvertes par des chargements sur primes ou par des
prélèvements sur produits financiers prévus par ceux-ci. ( ... ) Pour chaque
ensemble homogène de contrats, il est établi, au titre de chacun des exer-
cices clos pendant la durée de ceux-ci, un compte prévisionnel des charges
et des produits futurs de gestion.
Pour l'établissement de ces comptes prévisionnels, sont pris en compte:
a) Les produits correspondant aux chargements sur primes pour les
primes périodiques, aux commissions de réassurance perçues pour couvrir
les frais de gestion, et aux produits financiers disponibles après prise en
compte des charges techniques et financières découlant de la réglementa-
tion et des clauses contractuelles. Les produits financiers sont calculés en
appliquant le taux de rendement, ci-après défini, au montant moyen des
provisions mathématiques de l'exercice.
Ce taux de rendement est calculé, au titre de chaque exercice, sur la base:
- d'une part, du rendement hors plus-values des obligations et titres
assimilés en portefeuille et présumés détenus jusqu'à leur échéance et,
pour le réemploi des coupons et des obligations à échoir pendant les cinq
premières années suivant l'exercice considéré, de 75 % du taux moyen
semestriel des emprunts d'État, et, au-delà, de 60 % du taux moyen semes-
triel des emprunts d'État;
- d'autre part, pour les autres actifs, de 70 % du rendement hors plus-
values du portefeuille obligataire constaté en moyenne sur l'exercice
considéré et les deux exercices précédents;
b) Les charges correspondant aux frais d'administration, aux frais de
gestion des sinistres et aux frais internes et externes de gestion des place-
Extraits du code des assurances 293

ments retenus pour l'évaluation de produits, dans la limite des charges


moyennes unitaires observées au titre de l'exercice considéré et des deux
exercices précédents.
Pour chaque ensemble homogène de contrats, le taux estimé des rachats
totaux ou partiels et des réductions ne pourra excéder 80 % de la moyenne
des sorties anticipées de contrats constatées sur les deux derniers exercices
clos et sur l'exercice en cours.
Pour chaque ensemble homogène de contrats, le montant de la provi-
sion est égal à la valeur actuelle des charges de gestion futures diminuée
de la valeur actuelle des ressources futures issues des contrats, telles que
définies ci-dessus. Le taux d'actualisation est, pour chaque exercice, le
même que celui retenu pour le taux de rendement précédemment défini.
La provision globale de gestion est la somme des provisions ainsi calculées.
3° Les entreprises peuvent calculer les provisions mathématiques de
tous leurs contrats en cours, en appliquant lors de tous les inventaires
annuels ultérieurs les taux mentionnés au premier alinéa et les tables de
mortalité appropriées en vigueur à la date de l'inventaire.
Cette possibilité n'est pas ouverte pour les contrats, pour lesquels l'actif
représentatif des engagements correspondants est isolé dans la comptabi-
lité de l'entreprise et a été déterminé de manière à pouvoir procurer un
taux de rendement supérieur d'au moins un tiers au taux d'intérêt du tarif.
Pour l'application du présent 3°, les entreprises peuvent répartir sur une
période de huit ans au plus les effets de la modification des bases de calcul
des provisions mathématiques.

Article A. 331-1-2
Les provisions mathématiques de tous les contrats individuels et collec-
tifs de rentes viagères ( ... ) doivent être calculées en appliquant ( ... ) les
tables de mortalité appropriées mentionnées à l'article A. 335-1 appli-
cables aux contrats de rente viagère souscrits à compter de cette même
date.
Les entreprises peuvent répartir sur une période de quinze ans au plus
les effets sur le provisionnement résultant de l'utilisation des tables de
génération homologuées ( ... ).
Les dispositions des alinéas précédents ne font pas obstacle au pouvoir
de l'autorité ( ... ) d'exiger ( ... ) qu'une entreprise d'assurance majore les
provisions mathématiques mentionnées au premier alinéa, après examen
des données d'expérience relatives à la population d'assurés.

Article A. 344-2
( ... ) 1 Contrats de capitalisation à prime unique (ou versements libres) ;
2 Contrats de capitalisation à primes périodiques; 3 Contrats individuels
d'assurance temporaire décès (y compris groupes ouverts); 4 Autres
contrats individuels d'assurance-vie à prime unique (ou versements libres)
(y compris groupes ouverts) ; 5 Autres contrats individuels d'assurance-vie
à primes périodiques (y compris groupes ouverts) ; 6 Contrats collectifs
294 Assurance: comptabilité, réglementation, actuariat

d'assurance en cas de décès; 7 Contrats collectifs d'assurance en cas de


vie; 8 Contrats d'assurance-vie ou de capitalisation en unités de compte à
prime unique (ou versements libres) ; 9 Contrats d'assurance-vie ou de
capitalisation en unités de compte à primes périodiques; 10 Contrats col-
lectifs relevant de l'article L. 441-1 ; 11 Contrats relevant de l'article L.
144-2; 12. Contrats de retraite professionnelle supplémentaire ne relevant
pas des articles L.142-1 et L. 441-1 ; 13. Contrats relevant du chapitre II du
titre IV du livre 1er ; 19 Acceptations en réassurance (vie) ;

Éléments du tarif

Article A. 335-1
Les tarifs pratiqués par les entreprises d'assurance sur la vie et de capi-
talisation comprennent la rémunération de l'entreprise et sont établis
d'après les éléments suivants: 1° Un taux d'intérêt technique fixé dans les
conditions prévues à l'article A. 132-1. 2° Une des tables suivantes: a)
Tables homologuées ( ... ) établies par sexe, sur la base de populations d'as-
surés pour les contrats de rente viagère, et sur la base de données publiées
par l'Institut national de la statistique et des études économiques pour les
autres contrats; b) Tables établies ou non par sexe par l'entreprise d'assu-
rance et certifiées par un actuaire indépendant de cette entreprise, ( ... ).
Les tables mentionnées au b sont établies d'après des données d'expé-
rience de l'entreprise d'assurance, ou des données d'expérience démogra-
phiquement équivalentes.
Lorsque les tarifs sont établis d'après des tables mentionnées au a, et
dès lors qu'est retenue une table unique pour tous les assurés, celle-ci cor-
respond à la table appropriée conduisant au tarif le plus prudent.
Pour les contrats en cas de vie autres que les contrats de rente viagère,
les tables mentionnées au a sont utilisées en corrigeant l'âge de l'assuré
conformément aux décalages d'âge ci-annexés.
Pour les contrats de rentes viagères, en ce compris celles revêtant un
caractère temporaire, et à l'exception des contrats relevant du chapitre III
du titre IV du livre 1er , le tarif déterminé en utilisant les tables mention-
nées au b ne peut être inférieur à celui qui résulterait de l'utilisation des
tables appropriées mentionnées au a.
Pour les contrats collectifs en cas de décès résiliables annuellement, le
tarif peut être établi d'après les tables mentionnées au a avec une méthode
forfaitaire si celle-ci est justifiable.

Article L. 310-1
Le contrôle de l'État s'exerce dans l'intérêt des assurés, souscripteurs et
bénéficiaires de contrats d'assurance et de capitalisation. Sont soumises à
ce contrôle:
1° les entreprises qui sous forme d'assurance directe contractent des
engagements dont l'exécution dépend de la durée de la vie humaine, s'en-
gagent à verser un capital en cas de mariage ou de naissance d'enfants, ou
Extraits du code des assurances 295

font appel à l'épargne en vue de la capitalisation et contractent à cet effet


des engagements déterminés;
( ... )
Article A. 132-1
Les tarifs pratiqués par les entreprises pratiquant des opérations men-
0
tionnées au 1 de l'article L. 310-1, en ce compris celles mentionnées à
l'article L. 143-1 doivent être établis d'après un taux au plus égal à 75 %
du taux moyen des emprunts de l'État français calculé sur une base semes-
trielle sans pouvoir dépasser, au-delà de huit ans, le plus bas des deux taux
suivants: 3,5 % ou 60 % du taux moyen indiqué ci-dessus. Pour les contrats
à primes périodiques ou à capital variable, quelle que soit leur durée, ce
taux ne peut excéder le plus bas des deux taux suivants: 3,5 % ou 60 % du
taux moyen indiqué ci-dessus.
En ce qui concerne les contrats libellés en devises étrangères, ( ... ).
Le taux moyen des emprunts d'État à retenir est le plus élevé des deux taux
suivants: taux à l'émission et taux de rendement sur le marché secondaire.
Les règles définies au présent article sont à appliquer en fonction des
taux en vigueur au moment de la souscription et ne sont pas applicables
aux opérations de prévoyance collective visées au chapitre 1er du titre IV
du livre IV du code des assurances. Dans le cas de versements non pro-
grammés aux termes du contrat, ces règles sont à apprécier au moment de
chaque versement.

Article A. 132-1-1
Pour l'application de l'article A. 132-1, le taux moyen des emprunts
d'État sur base semestrielle est déterminé en effectuant la moyenne arith-
métique sur les six derniers mois des taux observés sur les marchés pri-
maire et secondaire. Le résultat de la multiplication par 60 % ou 75 % de
cette moyenne est dénommé « taux de référence mensuel ».
Le taux d'intérêt technique maximal applicable aux tarifs est fixé sur une
°
échelle de taux d'origine et de pas de 0,25 point. Il évolue selon la position
du taux de référence mensuel par rapport au dernier taux technique maxi-
mal en vigueur: - tant que le taux de référence mensuel n'a pas diminué
d'au moins 0,1 point ou augmenté d'au moins 0,35 point par rapport au
dernier taux technique maximal en vigueur, ce dernier demeure inchangé;
- si le taux de référence mensuel sort des limites précédemment définies, le
nouveau taux technique maximal devient le taux immédiatement inférieur
au taux de référence mensuel sur l'échelle de pas de 0,25 point. Lorsqu'un
nouveau taux d'intérêt technique maximal est applicable, les entreprises
disposent de trois mois pour opérer cette modification.

Article A.132-2
Les entreprises ( ... ) peuvent, ( ... ) garantir dans leurs contrats un mon-
tant total d'intérêts techniques et de participations bénéficiaires qui, rap-
porté aux provisions mathématiques, ne sera pas inférieur à un taux
minimum garanti.
296 Assurance: comptabilité, réglementation, actuariat

Article A132-3
1° Le taux minimum visé à l'article A.132-2 peut être fixé annuellement
pour l'année suivante. Il ne peut excéder alors 85 % de la moyenne des
taux de rendement des actifs de l'entreprise calculés pour les deux derniers
exercices.
2° Ce taux minimum garanti peut également varier annuellement en
fonction d'une référence fournie par un marché réglementé et en fonction-
nement régulier de valeurs mobilières ou de titres admis en représentation
des engagements réglementés des entreprises d'assurance. Pour les contrats
libellés en euros, la référence peut également être fournie par le taux des
premiers livrets de caisse d'épargne français. La garantie de ce minimum
ne peut être donnée que pour une période maximale de huit ans. La com-
mercialisation d'un contrat assorti d'une telle garantie de taux n'est pos-
sible que si la moyenne des taux de rendement des actifs de l'entreprise
calculés pour les deux derniers exercices est au moins égale aux quatre
tiers du taux minimum qu'elle propose de garantir la première année.
3° Les dispositions visées aux alinéas précédents peuvent être appli-
quées séparément ou conjointement.
4° Le taux de rendement des actifs est calculé conformément à l'article
A. 331-7. Il ne tient pas compte du rendement des actifs afférents aux
contrats à capital variable et aux opérations de prévoyance collective
visées au chapitre 1er du titre IV du livre IV du code des assurances.
( ... )
Article A. 331-3
Le montant minimal de la participation aux bénéfices techniques et
financiers des entreprises pratiquant les opérations mentionnées au 1° de
l'article L. 310-1 est déterminé pour les contrats individuels et collectifs de
toute nature, conformément aux articles A. 331-4 à A. 331-9-1. Les articles
A. 331-4 à A. 331-8 ne s'appliquent pas aux contrats à capital variable.

Participation aux excédents

Article A. 331-4
1-Pour les opérations ( ... ) autres que celles mentionnées aux catégories
8 à 13 de l'article A. 344-2, le montant minimal de la participation aux
bénéfices à attribuer au titre d'un exercice est déterminé globalement à
partir d'un compte de participation aux résultats.
Ce compte comporte les éléments de dépenses et de recettes concer-
nant les catégories 1,2,3,4,5,6 et 7 de l'article A. 344-2 et figurant, à l'an-
nexe à l'article A. 344-3, dans la ventilation de l'ensemble des produits et
charges des opérations par catégorie (point 2. 2, «Catégories 1 à 19 »,
du modèle d'annexe), aux sous-totaux «A.-Solde de souscription» et
«B.-Charges d'acquisition et de gestion nettes ». Le compte comprend
également pour les contrats relevant de la catégorie 6 de l'article A. 344-2
les éléments de dépenses et de recettes concernant les garanties acces-
Extraits du code des assurances 297

soires correspondant à la catégorie 21 dudit article et figurant, à l'annexe


à l'article A. 344-3, dans la ventilation de l'ensemble des opérations par
catégories (point 2. 2, « Catégories 20 à 39 », du modèle d'annexe) aux
sous-totaux «A.-Solde de souscription "et" B.-Charges d'acquisition et de
gestion nettes », dès lors que le solde de ces éléments de dépenses et de
recettes est débiteur. Toutefois, ce solde débiteur ne s'impute qu'à hauteur
maximale du solde créditeur de la catégorie 6, le solde non imputé pouvant
s'imputer dans les mêmes conditions au titre d'un exercice ultérieur.
Le compte de participation comporte également en dépenses la partici-
pation de l'assureur aux bénéfices de la gestion technique, qui est consti-
tuée par le montant le plus élevé entre 10 % du solde créditeur des
éléments précédents et 4, 5 % des primes annuelles correspondant aux
opérations relevant des catégories 3 et 6 de l'article A. 344-2.
Il est ajouté en recette du compte de participation aux résultats une part
des produits financiers. Cette part est égale à 85 % du solde d'un compte
financier comportant les éléments prévus à l'article A. 331-6. Le compte de
participation aux résultats comporte en outre les sommes correspondant
aux « solde de réassurance cédée », calculées conformément aux disposi-
tions de l'article A. 331-8 et, s'il y a lieu, le solde débiteur du compte de
participation aux résultats de l'exercice précédent.
( ... )

Article A. 331-5
Le montant minimal annuel de la participation aux résultats est le solde
créditeur du compte de participation aux résultats défini au 1 de l'article
A. 331-4 pour les opérations mentionnées à ce même 1. Le montant mini-
mal annuel de la participation aux bénéfices est égal au montant défini à
l'alinéa précédent diminué du montant des intérêts crédités aux provisions
mathématiques. ( ... )

Article A. 331-6
Le compte financier mentionné à l'article A. 331-4 comprend, en
recettes, la part du produit net des placements calculée suivant les règles
mentionnées à l'article A. 331-7 et, en dépenses, sur autorisation de
l'ACAM et après justifications, la part des résultats que l'entreprise a dû
affecter aux fonds propres pour satisfaire au montant minimal réglemen-
taire de la marge de solvabilité.

Article A. 331-7
Pour l'établissement du compte défini à l'article A. 331-6, la part du
résultat financier à inscrire en recettes de ce compte est égale à la somme
des deux éléments suivants:
1. Le produit du montant moyen au cours de l'exercice des provisions
techniques brutes de cessions en réassurance des contrats des catégories
mentionnées aux 1 à 7 de l'article A. 344-2, et diminuées de la valeur, calcu-
lée conformément aux articles R. 332-19 et R. 332-20, des actifs transférés
298 Assurance: comptabilité, réglementation, actuariat

mentionnés au 2, par le taux de rendement des placements (tableaux a à h)


figurant à l'annexe à l'article A. 344-3 (point 1.4 A du modèle d'annexe) ;
2. Le montant total des produits financiers nets afférents à des actifs
transférés avec un portefeuille de contrats par une entreprise mentionnée
au IOde l'article L. 310-1 et affectés du code T dans l'état détaillé des pla-
cements figurant à l'annexe à l'article A. 344-3 (point 1.4 A du modèle
d'annexe) autres que ceux mentionnés au 12 de l'article A. 344-2.
Le taux de rendement prévu au 1 du présent article est égal au rapport:
- du produit net des placements considérés, figurant à l'annexe à l'article A.
344-3, au compte technique de l'assurance-vie, à la rubrique II.2 «Produits
des placements» diminuée de la rubrique 11.9 «Charges des placements »,
déduction faite des produits des placements mentionnés aux a, b et c du 1 de
l'article R. 344-1 ; - au montant moyen, au cours de l'exercice, des place-
ments mentionnés dans les tableaux a à h de l'état détaillé de la même
annexe, autres que ceux mentionnés aux a, b et c du 1 de l'article R. 344-1.

Article A. 331-8
Pour l'application de l'article A. 331-4, il est prévu, dans le compte de
participation aux résultats, une rubrique intitulée « Solde de réassurance
cédée ».
Seule est prise en compte la réassurance de risque, c'est-à-dire celle dans
laquelle l'engagement des cessionnaires porte exclusivement sur tout ou par-
tie de la différence entre le montant des capitaux en cas de décès ou d'inva-
lidité et celui des provisions mathématiques des contrats correspondants.
Dans les traités limités à la réassurance de risque, le solde de réassu-
rance cédée est égal à la différence entre le montant des sinistres à la
charge des cessionnaires et celui des primes cédées. Il est inscrit, selon le
cas, au débit ou au crédit du compte de participation aux résultats.
Dans les autres traités, le solde de réassurance cédée est établi en isolant
la réassurance de risque à l'intérieur des engagements des cessionnaires.
Les modalités de calcul du solde sont précisées par circulaire, par réfé-
rence aux conditions normales du marché de la réassurance de risque.

Article A. 331-9
Le montant des participations aux bénéfices peut être affecté directe-
ment aux provisions mathématiques ou porté, partiellement ou totale-
ment, à la provision pour participation aux bénéfices mentionnée à l'article
R. 331-3. Les sommes portées à cette dernière provision sont affectées à la
provision mathématique ou versées aux souscripteurs au cours des huit
exercices suivant celui au titre duquel elles ont été portées à la provision
pour participation aux bénéfices.

Article A. 331-9-1
Lorsqu'une catégorie de contrats est assortie d'une clause de participa-
tion aux résultats, la participation affectée individuellement à chaque
contrat réduit ou suspendu ne peut être inférieure à celle qui serait affec-
Extraits du code des assurances 299

tée à un contrat en cours de paiement de primes de la même catégorie


ayant la même provision mathématique.
Pour les contrats mentionnés au IOde l'article L. 143-1, qu'ils aient ou
non été souscrits dans le cadre de l'agrément mentionné au même article,
la participation affectée individuellement à chaque adhérent ayant quitté
l'entreprise d'affiliation ne peut être inférieure à celle qui serait affectée à
un adhérent dont l'adhésion demeure obligatoire et ayant la même provi-
sion mathématique.

B) bis Zillmérisation
Article R. 331-5
L'indemnité mentionnée à l'article L. 331-2 ne peut dépasser 5 % de la
provision mathématique du contrat, et doit être nulle à l'issue d'une
période de dix ans à compter de la date d'effet du contrat. Pour l'applica-
tion du présent article, la provision mathématique ne tient pas compte des
éventuelles garanties de fidélité non exigibles par l'assuré au moment du
rachat. Ces garanties doivent être explicitement décrites dans le contrat et
clairement distinguées de la garantie qui en est l'objet principal.

Article A. 331-1
Les provisions mathématiques des contrats d'assurance sur la vie, de capi-
talisation et d'assurance nuptialité-natalité, à primes périodiques, doivent
être calculées en prenant en compte les chargements destinés aux frais d'ac-
quisition dans l'engagement du payeur de primes. La provision résultant du
calcul précédent ne peut être négative, ni inférieure à la valeur de rachat du
contrat, ni inférieure à la provision correspondant au capital réduit.

Article R. 331-5-1
( ... ) II. - La provision pour frais d'acquisition reportés doit être consti-
tuée pour un montant égal au montant des frais d'acquisition reportés en
application des dispositions de l'article R. 332-35.

Il) La représentation des engagements

A) La représentation des engagements réglementés


par des actifs équivalents
Principes
Article R. 332-1
1. Les engagements réglementés mentionnés à l'article R. 331-1 doivent,
à toute époque, être représentés par des actifs équivalents.
2. Les engagements pris dans une monnaie doivent être couverts par des
actifs congruents, c'est-à-dire libellés ou réalisables dans cette monnaie.
3. Les actifs mentionnés au 1 doivent être localisés sur le territoire d'un
État membre de la Communauté européenne. ( ... )
300 Assurance: comptabilité, réglementation, actuariat

Article R. 332-1-1
1. - Par dérogation aux dispositions du 2° de l'article R. 332-1, les entre-
prises d'assurance peuvent, à concurrence de 20 p.100 de leurs engage-
ments, ne pas couvrir ceux-ci par des actifs congruents.
II. - Les entreprises peuvent également ne pas représenter leurs provi-
sions techniques par des actifs congruents si, pour satisfaire aux disposi-
tions de l'article R. 332-1, elles doivent détenir dans une monnaie des
éléments d'actifs d'un montant ne dépassant pas 7 p.100 des éléments
d'actifs existant dans l'ensemble des autres monnaies.
Article R.332-1-2
Les entreprises d'assurance doivent procéder en permanence à une éva-
luation de leurs risques financiers en effectuant notamment des simula-
tions de l'impact de la variation des taux d'intérêt et des cours boursiers
sur leur actif et leur passif et des estimations comparées de l'exigibilité de
leur passif et de la liquidité de leur actif. Les résultats de cette évaluation
sont déterminés et présentés selon des principes généraux définis par
arrêté ( ... ). Ils sont annexés à l'état trimestriel des placements ( ... ).
Article R. 332-3-3
Les provisions relatives aux affaires cédées ( ... ) peuvent être représen-
tées sans condition par une créance sur cette entreprise. ( ... )
La fraction des provisions techniques relatives aux affaires transférées
à un véhicule de titrisation ( ... ) peut être représentée par une créance sur
ce véhicule. ( ... )

Les principaux actifs: limitations, dispersion


Article R. 332-2
( ... ), les entreprises d'assurance ( ... ) représentent leurs engagements
réglementés ( ... ) par les actifs suivants:
A. - Valeurs mobilières et titres assimilés:
1° Obligations ( ... ) émises ou garanties par l'un des États membres de
l'OCDE ( ... ) ou ( ... ) par les collectivités publiques territoriales d'un État
membre de l' OCD E ;
2° Obligations, titres participatifs et parts ou actions émises par des
véhicules de titrisation et titres participatifs négociés sur un marché
reconnu, autres que celles ou ceux visés au 1° ;
2° bis Titres de créances négociables d'un an au plus (certificats de dépôt
et billets de trésorerie) rémunérés à taux fixe ou indexé sur un taux usuel
sur les marchés interbancaire, monétaire ou obligataire et émis par des
personnes morales autres que les États membres de l'OCDE ayant leur
siège social sur le territoire de ces États ou des fonds communs de titrisa-
tion, dont des titres sont négociés sur un marché reconnu;
2° ter Bons à moyen terme négociables répondant aux conditions men-
tionnées à l'article R. 332-14-1 et émis par des personnes morales autres
que les États membres de l'OCDE ayant leur siège social sur le territoire
de ces États et dont des titres sont négociés sur un marché reconnu;
Extraits du code des assurances 301

3° Actions des SICAV et parts de FCP dont l'objet est limité à la gestion
d'un portefeuille de valeurs mentionnées aux 1°,2°,2° bis et 2° ter ( ... ) ;
4 ° Actions et autres valeurs mobilières, négociées sur un marché
reconnu, autres que celles visées aux 3°,5°,5° bis, 8° et 9° bis;
5° Actions des entreprises d'assurance, de réassurance, de capitalisation
ayant leur siège social sur le territoire de l'un des États membres de l'OCDE;
5° bis Actions des entreprises d'assurance, de réassurance, de capitalisa-
tion autres que celles visées au 5° ;
6° Actions, parts et droits émis par des sociétés commerciales et obliga-
tions, titres participatifs et titres subordonnés émis par les sociétés d'assu-
rance mutuelles, ( ... ), autres que les valeurs visées aux 2°,2° bis, 2° ter, 3°,
4°,5°,5° bis, 7° bis, 8° et 9° bis;
7° Parts des FCP à risques ( ... ), parts des FCP dans l'innovation ( ... ) et
parts des fonds d'investissement de proximité ( ... ) ;
7° bis Actions des SICAV et parts de FCP ( ... ), actions ou parts
d'OPCVM ( ... ) ;
7° ter Parts ou actions d'OPCVM à règle d'investissement allégées sans
effet de levier ( ... ) ( ... ) ou à effet de levier ( ... ) ;
7° quater Parts ou actions d'OPCVM de fonds alternatifs ( ... ) ;
8° Actions des SICAV et parts des FCP, autres que celles mentionnées
aux 3° et 7° à 7° quater, dans les conditions fixées par l'article R. 332-14 ;
Les marchés reconnus mentionnés aux 2°,2° bis, 2° ter et 4 ° ( ... ) sont les
marchés réglementés des États parties à l'accord sur l'Espace économique
européen ou les marchés de pays tiers membres de l'OCDE en fonction-
nement régulier. Les autorités compétentes de ces pays doivent avoir
défini les conditions de fonctionnement du marché, d'accès à ce marché et
d'admission aux négociations et imposé le respect d'obligations de décla-
ration et de transparence.
B. - Actifs immobiliers:
9° Droits réels immobiliers afférents à des immeubles situés sur le terri-
toire de l'un des États membres de l'OCDE;
9° bis Parts ou actions des sociétés à objet strictement immobilier, parts
des sociétés civiles à objet strictement foncier, ayant leur siège social sur le
territoire de l'un des États membres de l'OCDE, dans les conditions fixées
par l'article R. 332-15 ;
9° ter Parts ou actions d'OPCI relevant de la section 5 du chapitre IV du
titre 1er du livre II du code monétaire et financier, autres que ceux men-
tionnés aux 9° quater à 9° sexies ;
9° quater Parts ou actions de OP CI ; ( ... ) ;
9° quinquies Parts ou actions d'OPCI ( ... ) ;
9° sexies Parts ou actions d'OPCI, ( ... ) lorsqu'ils exercent la dérogation
prévue à l'article R. 214-200 du même code.
C. - Prêts et dépôts:
10° Prêts obtenus ou garantis par les États membres de l'OCDE, par les
collectivités publiques territoriales et les établissements publics des États
membres de l'OCDE;
302 Assurance: comptabilité, réglementation, actuariat

Il ° Prêts hypothécaires aux personnes physiques ou morales ayant leur


domicile ou leur siège social sur le territoire de l'un des États membres de
l'OCDE ( ... );
12° Autres prêts ou créances représentatives de prêts consentis aux per-
sonnes physiques ou morales ayant leur domicile ou leur siège social sur le
territoire de l'un des États membres de l'OCDE ( ... ) ;
13° Dépôts, dans les conditions ( ... ) ;
D. - Dispositions communes:
Les intérêts courus des placements énumérés au présent article sont
assimilés auxdits placements.
Lorsqu'un instrument financier à terme a été souscrit dans les condi-
tions définies à l'article R. 332-45 et qu'il est lié à un titre ou à un groupe
de titres de même nature, parmi ceux mentionnés au paragraphe A du
_présent article, les primes ou soultes versées ou reçues pour la mise en
place de l'instrument sont assimilées audit titre ou groupe de titres de
même nature, dans la limite de la part restant à amortir et, pour les primes
ou soultes versées au titre d'opérations de gré à gré, du montant des garan-
ties reçues dans les conditions de l'article R. 332-56.
Les actifs représentatifs des provisions techniques sont évalués nets des
dettes contractées pour l'acquisition de ces mêmes actifs.
Les actifs donnés en garantie d'un engagement particulier ne sont pas
admissibles en représentation des autres engagements. Par exception, les
actifs remis en garantie d'opérations de taux sur instruments financiers à
terme mentionnées aux articles R. 332-45 et R. 332-46 sont admis en repré-
sentation à hauteur des plus-values latentes enregistrées sur les actifs visés
à l'article R. 332-19 auxquels ces instruments financiers à terme sont liés.
Article R.332-2-1
Lorsqu'une entreprise investit, directement ou indirectement, dans des
obligations, des parts ou actions mentionnées au 2° du A de l'article R.
332-2 ainsi que dans des titres de créances négociables mentionnés au
2° bis du A du même article, émis par un véhicule de titrisation supportant
des risques d'assurance transférés par cette même entreprise ou une entre-
prise appartenant au même périmètre de combinaison ou de consolidation
tel que défini par
l'article L. 345-2, le montant de ces investissements est déduit des actifs
admis en représentation des engagements réglementés.
Article R. 332-3
Rapportée à la base de dispersion constituée par la différence entre le
montant total des engagements réglementés mentionnés à l'article R. 331-
1, toutes monnaies confondues, et le montant total des actifs mentionnés
aux articles R. 332-3-4 à R. 332-10, toutes monnaies confondues, la valeur
au bilan d'une entreprise d'assurance mentionnée au 1°, au 3° ou au 4° de
l'article L. 310-2 de chacune des catégories d'actif énumérées ci-après
admis en représentation des engagements réglementés ne peut excéder,
sauf dérogation accordée cas par cas par l'ACAM :
Extraits du code des assurances 303

1° 65 % pour l'ensemble des valeurs mentionnées du 4° au 8° et 9° quin-


quies de l'article R. 332-2 et des prêts mentionnés au troisième alinéa du
1° de l'article R. 332-13, dont 10 % au maximum pour l'ensemble formé
par les actions d'entreprises étrangères d'assurance mentionnées au 5° bis
de l'article R. 332-2 par les actions et parts mentionnées aux 6°,7° à 7° qua-
ter, et au 9° quinquies de l'article R. 332-2 et par les prêts mentionnés ci-
dessus;
2° 40 % pour les actifs immobiliers mentionnés aux 9° à 9° quater et 9°
sexies de l'article R. 332-2 ;
3° 10 % pour l'ensemble des valeurs mentionnées aux 10°, Il ° et 12° de
l'article R. 332-2 à l'exception des prêts mentionnés au 1° du présent
article;
4° 5 % pour l'ensemble des valeurs constituées par les obligations, les
parts ou actions mentionnées au 2° du A de l'article R. 332-2 ainsi que les
titres de créances mentionnés au 2° bis du A du même article, émis par des
véhicules de titrisation supportant des risques d'assurance;
5° 0,5 % pour le montant total des primes ou soultes mentionnées au
second alinéa du paragraphe D de l'article R. 332-2.

Article R. 332-3-1
Rapportée à la base de dispersion définie à l'article R. 332-3, la valeur
au bilan ( ... ) des actifs ( ... ) admis en représentation des engagements
réglementés ne peut excéder ( ... ) :
1° 5 % pour l'ensemble des valeurs émises, créances, prêts obtenus ou
garantis par un même organisme et des dépôts placés auprès de cet orga-
nisme, à l'exception: a) Des valeurs émises ou garanties, ou des prêts obte-
nus, par un État membre de l'OCDE ainsi que des titres émis par la caisse
d'amortissement de la dette sociale ( ... ) ; b) Des actions des sociétés d'in-
vestissement à capital variable et des parts des fonds communs de place-
ment visées au 3° de l'article R. 332-2, dont le portefeuille est exclusivement
composé des valeurs mentionnées ci-dessus. Le ratio de 5 % ( ... ) peut
atteindre 10 %, à condition que la valeur totale des titres émis, des créances
et des prêts obtenus ou garantis par l'ensemble des organismes dont les
émissions, prêts ou garanties de prêt sont admis au-delà du ratio de 5 %
n'excède pas 40 % de la base de dispersion définie à l'article R. 332-3.
2° 10 % pour un même immeuble ou pour les valeurs mentionnées au
9° bis à 9° quater et 9° sexies de l'article R. 332-2 ;
3° 1 % pour les valeurs mentionnées aux 6°,7°,7° bis, 7° ter et 9° quin-
quies de l'article R. 332-2 et les prêts mentionnés au troisième alinéa du 1
de l'article R. 332-13, respectivement émises ou obtenus par une même
société ou un même organisme.
Une entreprise ne peut affecter à la représentation de ses engagements
réglementés plus de 50 % des actions émises par une même société men-
tionnée au 5° de l'article R. 332-2.

Article R332-3-2 : tontines, etc.


304 Assurance: comptabilité, réglementation, actuariat

Les unités de compte

Article R. 332-5
Les provisions mathématiques des contrats d'assurance sur la vie ou de
capitalisation à capital variable, dans lesquels la somme assurée est déter-
minée par rapport à une valeur de référence, doivent être représentées à
l'actif du bilan par des placements entrant dans la composition de cette
valeur de référence et dans les proportions fixées par ladite composition.
Ces placements ne sont pas soumis aux limitations prévues aux articles R.
332-3 et R. 332-3-1. Par dérogation aux dispositions des articles R. 332-19
et R. 332-20, ils font l'objet d'une estimation séparée et ils sont inscrits au
bilan pour leur valeur au jour de l'inventaire.

Article R.131-1
Les unités de comptes visées à l'article L.131-1 sont: 1° Les actifs énumé-
rés aux 1°,2°,2° bis, 2° ter, 3°,4°,5° et 8° de l'article R. 332-2; 2° Dans les
conditions fixées aux articles R. 131-2 à R. 131-4, les parts ou actions visées
au 9° bis de l'article R. 332-2; 3° Les parts visées au 7° de l'article R. 332-2
et les actions de sociétés commerciales mentionnées au 6° de l'article R.
332-2; 4° Les parts ou actions mentionnées au 7° ter de l'article R. 332-2 ;
5° Les parts ou actions mentionnées au 7° quater de l'article R. 332-2 ;
6° Dans des conditions fixées aux articles R.131-5 et R.131-6, les parts ou
actions mentionnées au 9° ter de l'article R. 332-2; 7° Dans des conditions
fixées aux articles R. 131-5 et R. 131-6, les parts ou actions mentionnées au
9° quater et au 9° sexies de l'article R. 332-2.
Le contrat peut se référer soit à une seule unité de compte, soit à la
combinaison de plusieurs unités de compte. Dans ce dernier cas, la prime
doit être ventilée entre les différentes unités de compte conformément aux
dispositions du contrat. La part de la prime représentée par les unités de
compte relevant du 3° et du 4° du présent article ne doit pas dépasser 10 %
au total. La part de la prime représentée par les unités de compte relevant
du 3°, du 4° et du 5° du présent article ne doit pas dépasser 30 % au total.
Pour l'appréciation de ce dernier plafond, en ce qui concerne les unités de
compte relevant du 5°, seule la quote-part de ces actions ou parts investie
dans des placements autres que ceux mentionnés aux 1° et 2° est prise en
compte. La part de la prime représentée par les unités de compte relevant
du 7° ne doit pas dépasser 30 %. Le contrat doit prévoir les modalités selon
lesquelles, en cas de disparition d'une unité de compte, une autre unité de
compte de même nature lui est substituée, par un avenant au contrat.

Article R.131-2
Dans le cas où le contrat se réfère à une part ou à une action de société
immobilière non cotée mentionnée au 2° de l'article R. 131-1, l'assureur
fixe ( ... ) la valeur de cette action ou de cette part préalablement à la com-
mercialisation du contrat et, par la suite, au moins une fois par an pendant
la durée du contrat.
Extraits du code des assurances 305

Article R.131-3
Les sociétés non cotées à objet uniquement immobilier ou foncier visées
au 2° de l'article R. 131-1 doivent répondre aux conditions suivantes:
1° Les parts non cotées des sociétés civiles à objet uniquement foncier ne
peuvent servir de valeur de référence unique d'un contrat. 2° Le patri-
moine de la société immobilière non cotée, constitutive de l'unité de
compte ou de chacune des sociétés immobilières ou foncières, dans le cas
où le contrat se réfère à plusieurs unités de compte, doit être composé d'au
moins cinq immeubles d'une valeur minimale globale de 15244901,
72 euros, estimée selon les dispositions de l'article R.131-2. 3° Les actifs de
la société immobilière ou foncière non cotée doivent être constitués à tout
instant d'au moins 70 % de parts ou droits définis aux articles 9° et 9° bis
de l'article R. 332-2. Le solde des placements de la société doit appartenir
aux catégories visées aux 1°,2°,2° bis et 3° du même article.

Article R.131-4
En cours de contrat, l'assureur peut effectuer pour les contrats l'ayant
prévu la substitution d'une unité de compte visée au 2° de l'article R . 131-1
au profit d'unités de compte de nature comparable si l'unité de compte
initiale ne remplit plus les conditions définies au 2° de l'article R.131-3 ou
si l'assureur qui en fait la demande y est autorisé par l'ACAM. ( ... )

Article R.131-5 et -6: unités de compte immobilières

Actifs techniques et règles diverses

Article R. 332-3-4 : créances sur la CCR et des fonds de garanties

Article R. 332-4
Sont admises en représentation des provisions techniques correspon-
dant aux branches mentionnées aux 20,21,22,24 et 25 de l'article R. 321-1 :
- les avances sur contrats; - les primes ou cotisations relatives à ces
branches restant à recouvrer, de trois mois de date au plus, dans la limite
d'un plafond ( ... ). Ce plafond est fixé en fonction de l'incidence, aux
termes de la réglementation, du non-recouvrement éventuel de ces primes
ou cotisations sur le montant des engagements réglementés.

Article R. 332-6
La provision pour primes non acquises ( ... ) peut être représentée,
jusqu'à concurrence de 25 % de son montant, par les frais d'acquisition
reportés au titre de ce contrat, nets des commissions des réassureurs repor-
tées au titre de ce même contrat.
La provision pour primes non acquises ( ... ) peut être représentée,
jusqu'à 25 % de son montant, par des primes relatives aux mêmes opéra-
tions émises et non encore encaissées ou des primes restant à émettre,
nettes d'impôt, de taxes et de commissions, et de 3 mois de date au plus.
306 Assurance: comptabilité, réglementation, actuariat

Article R. 332-33
Les entreprises pratiquant les opérations mentionnées au 2° ou au 3° de
l'article L. 310-1 inscrivent à l'actif du bilan la fraction non imputable à
l'exercice des frais d'acquisition des contrats constatés en charge de l'exer-
cice. La période d'imputation des frais d'acquisition ne peut s'étendre au-
delà de la date à laquelle le souscripteur peut exercer son droit de résiliation
ou de non-reconduction ni, lorsque les frais à reporter sont des commis-
sions payables à chaque échéance de prime, au-delà de la prochaine
échéance de prime.
Le montant reporté est calculé contrat par contrat ou sur la base de
méthodes statistiques, dans les mêmes conditions et selon les mêmes
méthodes que la provision pour primes non acquises; il ne peut faire l'ob-
jet d'une augmentation ultérieure; il est amorti linéairement sur la durée
restant à courir entre la date de l'inventaire et la fin de la période d'impu-
tation des frais, et au maximum sur cinq exercices; il est amorti en totalité
en cas de résiliation anticipée, d'annulation ou de transfert du contrat.
La fraction non imputable à l'exercice des commissions des réassureurs
est également inscrite au bilan; le montant reporté est calculé et repris en
compte de résultat selon les mêmes méthodes que celles retenues pour les
frais d'acquisition des affaires brutes correspondantes.

Article R. 332-35
Les entreprises pratiquant les opérations mentionnées au 1° de l'article
L. 310-1 inscrivent à l'actif du bilan les frais d'acquisition à reporter en
fonction de la durée de vie résiduelle des contrats. La méthode retenue est
décrite dans l'annexe mentionnée au premier alinéa de l'article R. 341-3.
Le montant des frais d'acquisition ainsi reportés est au plus égal à l'écart
entre les montants de provisions mathématiques inscrites au bilan confor-
mément à l'article L. 331-1 et le montant des provisions mathématiques
qui seraient à inscrire si les chargements d'acquisition n'étaient pas pris en
compte dans les engagements des assurés. Le montant de cet écart ainsi
que le calcul des frais d'acquisition reportés doivent pouvoir être justifiés
à tout moment auprès de l'ACAM. Les frais d'acquisition reportés sont
admis en représentation des provisions techniques.

Article R.321-1
L'agrément administratif prévu par l'article L. 321-1 est accordé par le
comité des entreprises d'assurance. Pour l'octroi de cet agrément, les opé-
rations d'assurance sont classées en branches et sous-branches de la
manière suivante:
1. Accidents ( ... ). 2. Maladie ( ... ). 3. Corps de véhicules terrestres ( ... ).
4. Corps de véhicules ferroviaires ( ... ). 5. Corps de véhicules aériens ( ... ).
6. Corps de véhicules maritimes, lacustres et fluviaux ( ... ).7. Marchandises
transportées ( ... ).8. Incendie et éléments naturels ( ... ). 9. Autres dommages
aux biens ( ... ). 10. Responsabilité civile véhicules terrestres automoteurs
( ... ). 11. Responsabilité civile véhicules aériens ( ... ). 12. Responsabilité
Extraits du code des assurances 307

civile véhicules maritimes, lacustres et fluviaux ( ... ). 13. Responsabilité


civile générale ( ... ).14. Crédit ( ... ).15. Caution ( ... ).16. Pertes pécuniaires
diverses( ... ). 17. Protection juridique. 18. Assistance ( ... )

Article R. 332-7
Pour la représentation des provisions techniques correspondant aux
branches mentionnées aux 4 à 7, 11 et 12 de l'article R. 321-1 : ( ... ) 2° Par
dérogation aux dispositions de l'article R. 332-6, les primes ou cotisations
sont admises ( ... ) ; 3° Par dérogation aux dispositions des articles R. 332-
3-3 et R. 332-8, les créances sur les réassure urs sont admises ( ... ).

Article R.332-7-1
Pour la représentation des provisions techniques correspondant à la
branche mentionnée au 18° de l'article R. 321-1, les avances faites aux
transporteurs sont admises dans la limite de 10 % du montant défini à
l'article R. 332-3.

Article R. 332-8
Les provisions techniques afférentes aux acceptations en réassurance
peuvent être représentées à l'actif par les créances nettes détenues sur les
cédants au titre desdites acceptations.

Article R. 332-10
Les dépôts de garantie mentionnés au 3° de l'article R. 331-1 peuvent
être représentés à l'actif par les créances de l'entreprise sur les déposants.

Article R. 332-11
Les entreprises ne peuvent acquérir d'immeubles grevés de droits réels
représentant plus de 65 % de leur valeur, ni consentir de droits réels sur
leurs immeubles, ( ... ).

Article R. 332-12
Les prêts hypothécaires mentionnés au 11 ° de l'article R. 332-2 doivent
être garantis par une hypothèque de premier rang prise sur un immeuble
situé sur le territoire de l'un des États membres de l'OCDE ou sur un
navire. L'ensemble des privilèges et hypothèques en premier rang ne doit
pas excéder 65 % de la valeur vénale de l'immeuble ou du navire consti-
tuant la garantie du prêt, estimée au jour de la conclusion du contrat.

Article R332-13
1° Les prêts mentionnés au 12° de l'article R. 332-2 doivent avoir une
durée totale d'au moins deux ans et satisfaire aux conditions suivantes: ils
doivent être garantis par une caution donnée par un établissement de cré-
dit ou une entreprise d'assurances n'appartenant pas au même groupe que
le prêteur ou l'emprunteur ( ... ), ou un nantissement de valeurs répondant
aux conditions fixées par l'article R. 332-17, dans la limite de 75 % du
montant nominal desdites valeurs. Sont considérées comme appartenant
au même groupe, au sens du présent article, les sociétés entrant dans le
308 Assurance: comptabilité, réglementation, actuariat

même périmètre de consolidation ou d'établissement des comptes combi-


nés mentionnés au troisième alinéa de l'article L. 345-2.
Toutefois, les prêts peuvent ne pas être assortis de garantie, lorsque
l'emprunteur est soit une société dont l'un des États membres de l'OCDE
ou un de ses établissements publics détient plus de la moitié du capital, soit
une société dont les actions sont négociées sur un marché reconnu tel que
défini au dernier alinéa du A de l'article R. 332-2.
2° Les créances représentatives des prêts de titres sont admises en
représentation des engagements réglementés si elles ont fait l'objet d'un
cautionnement en espèces ou d'une caution donnée par un établissement
de crédit ou une entreprise d'assurance ( ... ), ou d'un nantissement de
valeurs répondant aux conditions fixées par l'article R. 332-17.

Article R. 332-14
En application des dispositions des 3° et 8° de l'article R. 332-2, sont
admissibles en représentation des engagements réglementés les parts ou
actions d'organismes de placement collectif en valeurs mobilières relevant
des sous-sections 1 à 8 de la section 1 du chapitre IV du titre 1er du livre II
du code monétaire et financier (partie réglementaire) ; sont également
admissibles les parts ou actions des organismes de placement collectif en
valeurs mobilières régis par les réglementations des États membres de la
Communauté européenne et des autres États parties de l'accord sur l'Es-
pace économique européen, pour autant que ces règles soient conformes
à la directive communautaire du 20 décembre 1985 modifiée relative aux
organismes de placement collectif en valeurs mobilières.

Article R. 332-14-1
Les bons à moyen terme négociables mentionnés au 2° ter de l'article
R. 332-2 doivent répondre aux conditions suivantes: a) Provenir d'une
émission au moins égale à 30 millions d'euros; b) Être valorisés par au
moins deux organismes distincts et non liés financièrement, ni entre eux ni
avec l'entreprise d'assurance détentrice des bons; c) Faire sur cette base
l'objet d'un cours publié au moins une fois tous les quinze jours et tenu à
la disposition du public en permanence; d) Comporter une clause de liqui-
dité émanant de l'émetteur ou d'un garant et qui doit garantir que les actifs
pourraient être rachetés à un cours cohérent avec le cours publié, c'est-à-
dire prenant en compte la variation de taux d'intérêt entre les dates de
publication du cours et de transaction.

Article R. 332-15 : détention de sociétés immobilières, de forêts

Article R. 332-16
Les valeurs mobilières et titres assimilés, les parts ou actions des socié-
tés immobilières ou foncières doivent faire l'objet soit d'une inscription en
compte, ou d'un dépôt, auprès d'un intermédiaire habilité, soit d'une ins-
cription nominative dans les comptes de l'organisme émetteur, à condition
que celui-ci soit situé en France.
Extraits du code des assurances 309

Les actes de propriété des actifs immobiliers, les actes et les titres consa-
crant les prêts ou créances doivent être conservés sur le territoire de la
République française.
Les comptes de dépôt visés au 13° de l'article R. 332-2 doivent être
ouverts auprès d'un établissement de crédit agréé dans un État partie à
l'accord sur l'Espace économique européen. Leur terme ne doit pas dépas-
ser un an ou leur préavis de retrait trois mois. Les comptes doivent être
libellés au nom de l'entreprise d'assurance ( ... ) et ne peuvent être débités
qu'avec l'accord respectivement d'un dirigeant de l'entreprise ( ... ) ou
encore d'une personne désignée par eux à cet effet.

Article R.332-18
En ce qui concerne les acceptations en réassurance, les entreprises enre-
gistrent immédiatement en comptabilité tous les éléments reçus de leurs
cédantes. En l'absence d'informations suffisantes, elles estiment les
comptes non reçus des cédantes à la clôture de l'exercice avec pour contre-
partie des comptes de régularisation qui seront soldés à l'ouverture de
l'exercice suivant ou à réception des comptes des cédantes, ou elles com-
pensent provisoirement les soldes de tous les comptes incomplets d'un
même exercice par une écriture d'attente qui sera contrepassée à l'ouver-
ture de l'exercice suivant. En tout état de cause et quel que soit le mode de
comptabilisation retenu, lorsque le réassureur connaît l'existence d'une
perte, celle-ci doit être provisionnée pour son montant prévisible.

B) L'évaluation des placements

1) L'évaluation des obligations

Article R. 332-19
1. Les valeurs amortissables énumérées aux 1°, 2°, 2° bis et 2° ter de
l'article R. 332-2, autres que les obligations indexées, les parts de fonds
communs de créance et les titres participatifs, sont inscrites à leur prix
d'achat à la date d'acquisition.
Lorsqu'un instrument financier à terme est utilisé dans les conditions
définies à l'article R. 332-46 et qu'il est lié à l'achat d'un titre ou d'un
groupe de titres de même nature, la valeur de réalisation de l'instrument
est prise en compte dans le prix d'achat de ce titre ou de ce groupe de titres.
Lorsque le prix d'achat de ces titres est supérieur à leur prix de rem-
boursement, la différence est amortie sur la durée de vie résiduelle des
titres. Lorsque le prix d'achat de ces titres est inférieur à leur prix de rem-
boursement, la différence est portée en produits sur la durée de vie rési-
duelle des titres. ( ... ) Le prix d'achat et le prix de remboursement
s'entendent hors intérêt couru.
Lors de l'arrêté comptable, les moins-values latentes ressortant de la
différence entre la valeur comptable, diminuée des amortissements et
majorée des produits mentionnés aux 2e et 3e alinéas du l, et la valeur de
310 Assurance: comptabilité, réglementation, actuariat

réalisation des titres correspondants évaluée conformément à l'article


R. 332-20-1, ne font pas l'objet d'une provision.
Néanmoins, lorsqu'il y a lieu de considérer que le débiteur ne sera pas
en mesure de respecter ses engagements, soit pour le paiement des intérêts,
soit pour le remboursement du principal, une dépréciation doit être consta-
tée à l'inventaire.
II. - Le 1 du présent article s'applique également aux obligations indexées
sur le niveau général des prix d'un pays ou d'un ensemble de pays dont la
devise est celle dans laquelle sont libellées ces obligations, avec garantie de
remboursement au pair. Ces obligations sont soit émises par une personne
morale de droit privé ayant son siège social sur le territoire d'un État
membre de l'OCDE et négociées sur un marché reconnu, soit émises ou
garanties par un État, un organisme ou une collectivité publics mentionnés
au 10 du A de l'article R. 332-2, soit celles dont le débiteur est un établisse-
ment public national de l'un des États membres de la Communauté euro-
péenne ou parties à l'accord sur l'Espace économique européen.
Pour le calcul de la différence à amortir entre le prix d'achat d'une obli-
gation indexée sur le niveau général des prix et son prix de rembourse-
ment, celui-ci est le prix de remboursement initial du titre multiplié par le
rapport entre l'indice des prix de référence à la date d'acquisition et ce
même indice à la date d'émission.
À chaque arrêté comptable, le gain ou la perte lié à l'indexation depuis
le dernier arrêté comptable ou, s'il est plus récent, depuis l'achat, est enre-
gistré en produits ou en charges. Sans préjudice des dispositions du l, les
obligations indexées sur le niveau général des prix donnent lieu à la consta-
tation d'une dépréciation si une situation de déflation durable est envisa-
gée. Pour la détermination du montant de cette provision, la valeur de
réalisation de ces obligations, qui ne peut être inférieure à leur nominal, est
la valeur la plus faible entre, d'une part, leur valeur de marché et, d'autre
part, leur valeur calculée sur la base des prévisions d'évolution de l'indice
des prix de référence publiées par un organisme figurant sur une liste fixée
par arrêté du ministre chargé de l'économie.

Article R. 333-2
Les entreprises d'assurance sur la vie, d'assurance nuptialité-natalité ou
de capitalisation doivent maintenir le revenu net de leurs placements à un
montant au moins égal à celui des intérêts dont sont créditées les provi-
sions mathématiques. ( ... )

Article R. 333-1
En cas de vente de valeurs évaluées conformément à l'article R. 332-19,
à l'exception des obligations à taux variable, des versements ou des prélè-
vements sont effectués sur la réserve de capitalisation prévue aux articles
R. 331-3, R. 331-6 et R. 331-36.
Lorsqu'un instrument financier à terme est utilisé dans les conditions
définies à l'article R. 332-45, et qu'il est lié à un titre ou un groupe de titres
Extraits du code des assurances 311

mentionnés à l'alinéa précédent, la valeur de réalisation de cet instrument


au dénouement est prise en compte dans le prix de vente de ce titre ou de
ce groupe de titres. Le montant de ces versements ou prélèvements ( ... )
doit être tel que le rendement actuariel des titres soit, après prélèvement
ou versement, égal à celui qui en était attendu lors de l'acquisition de ces
mêmes titres.

Article A. 333-2
Lors de l'entrée en portefeuille des titres soumis à la réserve de capita-
lisation, leur taux actuariel de rendement est calculé en tenant compte du
prix d'acquisition, des probabilités, dates d'échéances et montants, nets de
tous impôts, des coupons, des lots et autres avantages accessoires attachés
à ces titres, et des valeurs de remboursement.
Pour les obligations visées au II de l'article R. 332-19, le calcul s'effectue
en prenant pour valeur de remboursement la valeur de remboursement
initiale multipliée par le rapport entre l'indice de référence à la date consi-
dérée et ce même indice à la date d'émission du titre.

Article A. 333-3
Lors de la vente ou de la conversion d'une obligation, l'opération est
appliquée au titre le plus ancien du portefeuille. En cas de vente ou de
conversion d'un titre, on se réfère à la date d'acquisition de ce titre pour
l

calculer, en fonction de son taux actuariel mentionné à l'article A. 333-2, sa


valeur actuelle au jour de la vente ou de la conversion. Pour les obligations
visées au paragraphe II de l'article R. 332-19, la valeur actuelle ainsi calcu-
lée est multipliée par le rapport entre l'indice de référence à la date de la
vente ou de la conversion et ce même indice à la date d'acquisition. Lorsque
le prix de vente est supérieur à la valeur actuelle, diminuée le cas échéant
de la dépréciation mentionnée au dernier alinéa du 1 de l'article R. 332-19,
l'excédent est versé à la réserve de capitalisation; lorsqu'il est inférieur à
la valeur actuelle, diminuée le cas échéant de la dépréciation mentionnée
au dernier alinéa du 1 du même article, la différence est prélevée sur la
réserve de capitalisation, dans la limite du montant de celle-ci.

2) L'évaluation des actions et de l'immobilier

Article R. 332-20
À l'exception des valeurs inscrites comme il est dit à l'article R. 332-19,
les placements sont inscrits au bilan sur la base du prix d'achat ou de
revient, dans les conditions ci-après:
a) Les valeurs mobilières et les parts de fonds communs de placement
sont retenues pour leur prix d'achat. Lorsqu'un instrument financier à
terme est utilisé dans les conditions définies à l'article R. 332-46 et qu'il est
lié à l'achat d'un titre ou d'un groupe de titres de même nature, la valeur de
réalisation de l'instrument est prise en compte dans le prix d'achat de ce
titre ou de ce groupe de titres. Le prix d'achat s'entend hors intérêt couru;
312 Assurance: comptabilité, réglementation, actuariat

b) Les immeubles et les parts ou actions des sociétés immobilières ou


foncières non inscrites à la cote d'une bourse de valeurs d'un État membre
de l'OCDE sont retenus pour leur prix d'achat ou de revient ou, dans les
conditions fixées dans chaque cas par l'ACAM, pour une valeur détermi-
née après expertise effectuée conformément à l'article R. 332-23. Les
valeurs sont diminuées des amortissements pratiqués. Le prix de revient
des immeubles est celui qui ressort des travaux de construction et d'amé-
lioration, à l'exclusion des travaux d'entretien proprement dits;
c) Les prêts sont évalués d'après les actes qui en font foi;
d) Les nues-propriétés et les usufruits ( ... ).
Dans tous les cas, sont déduits, s'il y a lieu, les remboursements effectués
et les dépréciations, lesquelles ne peuvent être constatées que lorsqu'il y a
lieu de considérer qu'elles ont un caractère durable. ( ... )

Article R.332-20-1
Les valeurs énumérées à l'article R. 332-2 et les autres placements
financiers et immobiliers font l'objet, aux fins notamment d'effectuer le
calcul prévu au premier alinéa de l'article R. 344-1, d'une évaluation sur la
base de leur valeur de réalisation, dans les conditions ci-après:
a) Les valeurs mobilières cotées et les titres cotés de toute nature sont
retenus pour le dernier cours coté au jour de l'inventaire;
b) Les titres non cotés sont retenus pour leur valeur vénale correspon-
dant au prix qui en serait obtenu dans des conditions normales de marché
et en fonction de leur utilité pour l'entreprise;
c) Les actions de sociétés d'investissement à capital variable et les parts
de fonds communs de placement sont retenues pour le dernier prix de
rachat publié au jour de l'inventaire;
d) La valeur de réalisation des immeubles et des parts ou actions des
sociétés immobilières ou foncières non inscrites à la cote d'une bourse de
valeurs d'un État membre de l'OCDE est déterminée sur la base d'une
expertise quinquennale effectuée par un expert accepté par l'ACAM.
Entre deux expertises, la valeur fait l'objet d'une estimation annuelle, cer-
tifiée par un expert accepté par l'ACAM ;
e) Les autres placements sont retenus pour leur valeur comptable déter-
minée comme il est prévu aux articles R. 332-19 et R. 332-20 ci-dessus, sauf
dans le cas où une autre valeur résulte soit d'une expertise effectuée dans
les conditions prévues à l'article R. 332-23, soit d'un accord entre l'ACAM
et l'entreprise.
Pour les titres inscrits en comptabilité hors coupon couru en application
des articles R. 332-19 et R. 332-20, il Y a lieu de déduire de l'évaluation
prévue au présent article les proratas d'intérêt courus depuis la dernière
échéance jusqu'à la date de l'inventaire.

Article R. 332-20-2
La valeur de réalisation des instruments financiers à terme mentionnés
aux articles R. 332-45 à R. 332-48 est:
Extraits du code des assurances 313

a) Pour les instruments financiers à terme échangés sur des marchés


reconnus au sens du dernier alinéa du A de l'article R. 332-2, la valeur de
la dernière cotation;
b) Pour les instruments échangés de gré à gré, le coût de remplacement,
évalué par au moins deux organismes n'appartenant pas à un même groupe
au sens de l'article R. 332-13. Un des organismes peut être l'entreprise elle-
même, sauf opposition de l'ACAM. Les organismes habilités à cette éva-
luation sont les établissements de crédit, les entreprises d'investissement
ou, sur accord de l'Autorité de contrôle, des organismes spécialisés.

Article R. 332-21
1. Les cessions de titres en portefeuille sont réputées porter par priorité
sur les titres de même nature acquis ou souscrits à la date la plus ancienne.
Lorsque des titres de même nature ont été acquis de manière successive en
fonction d'un même ordre d'achat ou au cours d'un même exercice, la
détermination du prix unitaire d'achat de chacun de ces titres peut s"effec-
tuer en prix d'achat unitaire pondéré.
( ... )
II. Lorsque des placements détenus par l'entreprise et évalués confor-
mément à l'article R. 332-19 ou à l'article R. 332-20 changent de destina-
tion et sont affectés en représentation d'engagements à capital variable
tels que définis au premier alinéa de l'article R. 332-5, ils sont inscrits au
bilan à la valeur estimée conformément aux dispositions du 3e alinéa du
même article; la différence entre cette valeur et la valeur comptable anté-
rieure est constatée en compte de résultat.
De même, la variation de valeur, d'un exercice à l'autre, des placements
affectés en représentation d'engagements à capital variable, telle qu'elle
résulte de l'application des règles d'évaluation prévues par l'article R. 332-
5, est constatée en compte de résultat.
III. Les actifs visés aux articles R. 332-19 et R. 332-20 inscrits dans une
devise autre que l'euro en application des dispositions de l'article R. 341-7
sont évalués dans cette même devise pour l'application de l'article R. 332-
20-1.

Article R.332-23
L'ACAM peut requérir la fixation par une expertise de la valeur de tout
ou partie de l'actif des entreprises ( ... ). La valeur résultant de l'expertise
doit figurer dans l'évaluation de la valeur de réalisation des placements
prévue aux articles R. 332-20-1 et R. 332-20-2. Elle peut également être
inscrite à l'actif du bilan dans les limites et les conditions fixées dans
chaque cas par l'ACAM. Elle constitue alors le nouveau prix d'achat men-
tionné à l'article R. 332-20, la différence entre cette valeur et la valeur
comptable antérieure étant constatée en compte de résultat. ( ... )

Article R. 332-24, à 29 : expertise demandée par l'ACAM

Article R. 332-30 : tontines


314 Assurance: comptabilité, réglementation, actuariat

Instruments financiers à terme des entreprises d'assurance

Article R. 332-45
Une entreprise d'assurance peut utiliser un instrument financier à terme
au sens de l'article L. 211-1 du Code monétaire et financier, lié à un place-
ment ou à un groupe de placements détenu ou à détenir si sont remplies
durant toute l'opération les conditions suivantes:
a) Le placement ou le groupe de placements est détenu ou a été acquis
à terme avec une échéance antérieure à la date d'échéance ou d'exercice
de cet instrument;
b) Le placement ou le groupe de placements est identique ou assimi-
lable au sous-jacent de cet instrument, et de montant au moins égal au
montant notionnel de cet instrument;
c) Pour les contrats d'échange, le sous-jacent visé au b est celui que
l'entreprise s'engage à échanger;
d) L'instrument financier à terme permet, en adéquation avec les enga-
gements de l'entreprise, une gestion efficace et prudente du placement ou
du groupe de placements détenus, visant à titre principal au maintien de sa
valeur ou de son rendement.

Article R. 332-46
Une entreprise d'assurance peut utiliser un instrument financier à terme
en anticipation de placement si sont remplies durant toute l'opération les
conditions suivantes:
a) L'entreprise détient ou recevra avant la date d'échéance ou d'exer-
cice de cet instrument un montant de liquidités au moins égal au montant
notionnel de l'instrument. Lorsque l'instrument financier à terme n'em-
porte pour l'entreprise aucune obligation financière exigible à la date
d'exercice ou ultérieurement, les liquidités peuvent être à recevoir de
façon probable;
b) L'opération a pour objet de diminuer l'aléa des conditions de place-
ment futur, en adéquation avec les engagements de l'entreprise.
Sont assimilées à des liquidités détenues les actions des sociétés d'inves-
tissement à capital variable et parts de fonds communs de placement men-
tionnés aux 3° et go de l'article R. 332-2 et classés dans la catégorie des
OPCVM monétaires, définie par l'Autorité des marchés financiers.
Lorsque les liquidités sont à recevoir à une échéance supérieure à un an,
les créances découlant de l'opération à terme doivent être intégralement
garanties dans les conditions prévues à l'article R. 332-56.

Article R. 332-47
Une entreprise d'assurance peut utiliser un instrument financier à terme
de taux ou de devise lié à une dette financière si sont remplies durant toute
l'opération les conditions suivantes:
a) L'emprunt contracté ou la dette émise est identique ou assimilable au
sous-jacent de cet instrument;
Extraits du code des assurances 315

b) Pour les contrats d'échange, le sous-jacent visé au a est celui que


l'entreprise s'engage à échanger;
c) L'emprunt contracté ou la dette émise par l'entreprise est de montant
au moins égal au montant notionnel de cet instrument;
d) L'instrument financier à terme permet une gestion efficace et pru-
dente de cette dette en adéquation avec les placements de l'entreprise.

Article R. 332-48
Sauf dérogation expresse de l'ACAM, une entreprise d'assurance ne
peut utiliser d'instrument financier à terme que dans les cas prévus par les
articles R. 332-45, R. 332-46 et R. 332-47.
Toute opération financière à terme ne respectant plus les conditions
fixées à ces articles doit être dénouée dans un délai de trois mois, et fait
l'objet d'une analyse détaillée dans le rapport prévu à l'article R. 322-2-4.

Article R. 332-49
Une entreprise d'assurance ne peut procéder à des ventes d'option que
dans les cas suivants: a) Vendre une option précédemment acquise dans le
cadre défini par les articles R. 332-45 à R. 332-48 ; b) Vendre une option
lorsque l'entreprise d'assurance achète simultanément une option similaire,
à la seule différence du prix d'exercice; c) Vendre une option d'achat à la
condition que le sous-jacent soit un placement déjà détenu, à l'exclusion de
tout placement à détenir comme de toute anticipation de placement.

Article R. 332-50
Les modalités d'enregistrement et de comptabilisation des opérations
mentionnées aux articles R. 332-45 à R. 332-48 sont fixées par règlement
du Comité de la réglementation comptable.

Article R. 332-51
Sauf dérogation accordée au cas par cas par l'ACAM, notamment au
regard d'une modification globale des conditions de marché, la somme des
valeurs de réalisation positives de l'ensemble des instruments financiers à
terme conclus de gré à gré avec l'ensemble des contreparties ne peut excé-
der 10 % de la base de dispersion définie au premier alinéa
de l'article R. 332-3.
Les valeurs de réalisation positives peuvent être compensées avec des
valeurs de réalisation négatives vis-à-vis d'une même contrepartie s'il
existe entre les parties à l'opération une convention de compensation bila-
térale conforme à l'article R. 332-56.

Article R. 332-52
Sauf dérogation accordée au cas par cas par l'ACAM, le montant des
liquidités à recevoir qui proviennent d'actifs mentionnés aux 1°,2°,2° bis
et 2° ter du A de l'article R. 332-2 et qui font l'objet d'opérations d'antici-
pation de placement dans des titres de même nature ne peut excéder 20 %
de la base de dispersion définie au premier alinéa de l'article R. 332-3.
316 Assurance: comptabilité, réglementation, actuariat

Dans les cas autres que prévus au premier alinéa, le montant des liqui-
dités à recevoir faisant l'objet d'opérations d'anticipation de placement ne
peut excéder 5 % de la base de dispersion.
Lorsque l'instrument financier à terme n'emporte pour l'entreprise
aucune obligation financière exigible à la date d'exercice ou ultérieure-
ment, les limitations du présent article ne s'appliquent pas.

Article R. 332-53
Une entreprise d'assurance ne peut souscrire d'instruments financiers à
terme que: 1. Sur les marchés reconnus au sens du dernier alinéa du A de
l'article R. 332-2 ; 2. De gré à gré, auprès: a) Des établissements de crédit
et entreprises d'investissement ayant leur siège social sur le territoire de
l'un des États membres de la Communauté européenne ou parties à l'ac-
cord sur l'Espace économique européen; b) Des organismes mentionnés
à l'article L. 518-1 du Code monétaire et financier; c) Des établissements
de crédit ou entreprises d'investissement de pays tiers assujettis à des
règles prudentielles considérées comme équivalentes par la Commission
bancaire; d) D'entreprises d'assurance, de réassurance ou d'autres orga-
nismes, sur accord de l'ACAM.

Article R. 332-54
La somme des valeurs de réalisation positives de l'ensemble des contrats
conclus avec une même société ou plusieurs sociétés appartenant au même
groupe au sens de l'article R. 332-13 est prise en compte dans le plafond
mentionné au IOde l'article R. 332-3-l.
Les valeurs de réalisation positives peuvent être compensées avec des
valeurs de réalisation négatives des instruments financiers à terme conclus
avec un même organisme, s'il existe entre les parties à l'opération une
convention de compensation bilatérale conforme à l'article R. 332-56.

Article R. 332-55
La somme des valeurs de réalisation positives des contrats financiers à
terme conclus de gré à gré avec une même société ou plusieurs sociétés
appartenant au même groupe au sens de l'article R. 332-13 ne peut excéder
0,5 % de la base de dispersion définie au premier alinéa de l'article R.332-3.
Les valeurs de réalisation positives peuvent être compensées avec des
valeurs de réalisation négatives des instruments financiers à terme conclus
avec un même organisme s'il existe entre les parties à l'opération une
convention de compensation bilatérale conforme à l'article R. 332-56.

Article R. 332-56
Les montants prévus aux articles R. 332-54 et R. 332-55 sont calculés net
de la valeur des garanties reçues en application d'une convention-cadre
admissible. Est admissible une convention-cadre qui remplit l'ensemble
des conditions suivantes: a) Elle respecte les principes généraux d'une
convention-cadre de place nationale ou internationale; b) Elle prévoit de
façon explicite la compensation entre valeurs de réalisation positives et
Extraits du code des assurances 317

négatives; c) Elle prévoit que la garantie prend la forme de remises en


pleine propriété, opposables aux tiers sans formalité, d'espèces, de valeurs
mentionnées au 1° du A de l'article R. 332-2, ou de parts ou d'actions d'or-
ganismes de placement collectif en valeurs mobilières mentionnés au 3° de
cet article dont le portefeuille est exclusivement composé des valeurs men-
tionnées au 1° de cet article; d) Elle prévoit que les lois ou règlements
régissant la contrepartie, notamment en cas d'insolvabilité, ne font pas
obstacle à la mise en œuvre des modalités de résiliation, d'évaluation et de
compensation, en application notamment de l'article L. 431-7 du Code
monétaire et financier. La liste des conventions-cadres qui remplissent ces
conditions est déterminée par un arrêté ( ... ).

Article R. 332-57
L'ACAM peut, pour apprécier les limites fixées à la présente section,
prendre en compte les instruments financiers utilisés par les organismes:
a) Dans lesquels, d'une part, l'entreprise a investi un montant supérieur à
0,5 % de la base de dispersion définie au premier alinéa de l'article R. 332-3
et dans lesquels, d'autre part, le groupe auquel appartient l'entreprise d'as-
surance dispose de plus de 50 % du capital ou des parts; b) Ou bien dans
lesquels l'entreprise a investi un montant supérieur à 5 % de la base de
dispersion. Les dispositions du présent article s'appliquent notamment
aux organismes visés aux 3° et 8° de l'article R. 332-2. Elles ne s'appliquent
pas aux actifs mis en représentation de contrats d'assurance-vie ou de capi-
talisation, en unités de compte, dont l'assureur n'assume pas le risque de
placement.

Article R. 332-58
L'entreprise d'assurance utilisant des instruments financiers à terme
effectue, au moins une fois par mois, des projections concernant la compo-
sition de son portefeuille de placements afin de prendre en compte l'im-
pact sur celle-ci de ses opérations sur instruments financiers à terme. Ces
projections sont établies pour les échéances d'un mois, trois mois, six mois,
un an, et annuellement jusqu'à l'échéance maximale des instruments
financiers à terme utilisés, en distinguant l'impact des opérations qui n'em-
portent aucune obligation pour l'entreprise.

Article R. 336-3
Lorsqu'elle utilise pour la première fois des instruments financiers à
terme, l'entreprise d'assurance en informe préalablement l'ACAM.

Article R. 336-4
L'entreprise effectue un suivi permanent des opérations mentionnées
aux articles R. 332-45 à R. 332-48. Elle tient à cet effet un relevé quotidien
des positions prises pour chaque catégorie de placement sous-jacent,
échéance par échéance. Le système de suivi doit permettre: a) Une évalua-
tion sans délai des valeurs de réalisation; b) Le respect à tout moment des
limites internes mentionnées à l'article R. 336-2 ; c) Le contrôle à tout
318 Assurance: comptabilité, réglementation, actuariat

moment du respect par les gestionnaires de ces limites et des procédures


internes nécessaires à l'accomplissement des dispositions du présent article.

C) Liaisons entre l'évaluation de l'actif et celle du passif

La provision pour aléas financiers

Article A. 331-2
Si lors de l'inventaire le taux de rendement réel des actifs d'une entre-
prise, diminué d'un cinquième, est inférieur au quotient du montant total
des intérêts techniques et du minimum contractuellement garanti de par-
ticipations aux bénéfices dans les conditions définies à l'article A. 132-2
des contrats de l'entreprise par le montant moyen des provisions mathé-
matiques constituées, une comparaison entre les deux montants suivants
doit être effectuée:
1° Les provisions mathématiques recalculées avec le taux de rendement
réel des actifs de l'entreprise diminué d'un cinquième;
2° Les provisions mathématiques à l'inventaire.
Si le premier montant est supérieur au second, une dotation égale à leur
différence est affectée à la provision pour aléas financiers mentionnée au
5° de l'article R. 331-3. Cette provision est reprise dans les comptes de
l'entreprise à l'inventaire suivant.
Les contrats à capital variable et les opérations mentionnées aux articles
L. 142-1 et L. 441-1 ne sont pas concernés par ces dispositions.
Le taux de rendement réel des actifs est calculé conformément à l'ar-
ticle A. 331-7. Toutefois, il tient compte du rendement des actifs mention-
nés au premier alinéa de l'article L. 324-7 ou inscrits dans les comptabilités
auxiliaires d'affectation dont relèvent les contrats mentionnés aux Il et 12
de l'article A. 344-2.

La provision pour risque d'exigibilité

Article R. 331-5-1
1. - La provision pour risque d'exigibilité est constituée lorsque les pla-
cements mentionnés à l'article R. 332-20 se trouvent en situation de moins-
value latente nette globale. Une moins-value latente nette globale des
placements mentionnés à l'article R. 332-20 est constatée lorsque la valeur
nette comptable de ces placements est supérieure à la valeur globale de ces
mêmes placements évalués de la manière suivante: a) Pour les valeurs
mobilières cotées et les titres cotés mentionnés au a de l'article R. 332-20-1,
la valeur retenue est le cours moyen calculé sur les trente derniers jours
précédant le jour de l'inventaire ou, à défaut, le dernier cours coté avant
cette date; b) Pour les actions de sociétés d'investissement à capital variable
et les parts de fonds communs de placement mentionnés au c de l'article R.
332-20-1, ]a valeur retenue est la moyenne des prix de rachat publiés au
cours des trente derniers jours précédant le jour de l'inventaire ou, à défaut,
Extraits du code des assurances 319

le dernier prix de rachat publié avant cette date; c) Pour les autres actifs,
leur valeur est évaluée selon les règles prévues à l'article R. 332-20-1 ;
1° Lorsque l'entreprise, avant dotation à la provision pour risque d'exi-
gibilité, satisfait à la représentation de ses engagements réglementés et à
la couverture de l'exigence minimale de marge de solvabilité, la dotation
annuelle à la provision pour risque d'exigibilité au titre de l'exercice est
égale au tiers du montant de la moins-value latente nette globale constatée
sur les placements mentionnés à l'article R. 332-20, sans que cette dotation
puisse conduire à ce que le montant total de la provision inscrite au bilan
au titre de l'exercice excède le montant de la moins-value nette globale
constatée sur les placements mentionnés à l'article R. 332-20.
2° Dans les autres cas, la provision pour risque d'exigibilité inscrite au
bilan au titre de l'exercice est égale à la moins-value latente nette globale
constatée sur les placements mentionnés à l'article R. 332-20. Pour les
calculs mentionnés aux alinéas précédents, les valeurs mentionnées aux a,
b et c prennent en compte les moins-values latentes des opérations sur
instruments financiers à terme prévues aux articles R. 332-45 à R. 332-47
ayant comme sous-jacent les actifs mentionnés à l'article R. 332-20. Ces
moins-values latentes sont prises en compte à hauteur de la partie excé-
dant la valeur des titres ou espèces donnés en garantie. Les plus-values
latentes ne sont prises en compte que si elles sont garanties dans les condi-
tions prévues à l'article R. 332-56. ( ... )

Article R. 331-5-4
Lorsque les conditions mentionnées au P du 1 de l'article R. 331-5-1
sont respectées, la charge constituée par la dotation à la provision pour
risque d'exigibilité mentionnée à l'article R. 331-5-1 peut être étalée ( ... ).
Le report de charge consécutif à cet étalement ne peut toutefois pas
conduire à ce que la charge totale relative au provisionnement de la moins-
value latente globale mentionnée à l'article R. 331-5-1 pour un exercice
donné soit supportée sur plus de huit exercices consécutifs, à compter de
l'exercice où cette moins-value latente globale a été constatée. ( ... )

Articles R. 332-59 à 63 cas particulier des contrats de retraite profes-


sionnelle supplémentaire

III) La marge de solvabilité

A) La marge des entreprises françaises non vie

Section II : La marge de solvabilité des entreprises d'assurance de dommages


§ 1 - Constitution de la marge de solvabilité.

Article R. 334-3
J. - La marge de solvabilité mentionnée à l'article L. 334-1 est consti-
tuée, après déduction des pertes, de la part des frais d'acquisition non
320 Assurance: comptabilité, réglementation, actuariat

admise en représentation des engagements réglementés et des autres élé-


ments incorporels, par les éléments suivants: 1. Le capital social versé
( ... ) ; 2. Les réserves de toute dénomination, réglementaires ou libres ( ... )
y compris la réserve de capitalisation; 3. Le report du bénéfice ou de la
perte, déduction faite des dividendes à verser au titre du dernier exercice;
4. L'emprunt ou les emprunts pour fonds social complémentaire ( ... ).
II. - La marge de solvabilité peut également être constituée par: 1. Les
fonds effectivement encaissés provenant de l'émission de titres ( ... ) subor-
donnés ( ... ) ; Ces titres ( ... ) subordonnés ( ... ) doivent répondre aux condi-
tions, notamment de durée et de remboursements, ( ... ). Ces fonds sont
admis jusqu'à concurrence de 50 % de l'exigence de marge de solvabilité
ou de la marge de solvabilité, le montant le plus faible étant retenu. Toute-
fois, la prise en compte de ceux de ces fonds qui proviennent de titre ( ... )
à durée déterminée n'est admise qu'à concurrence de 25 % de cette marge.
( ... ) 2. La réserve pour fonds de garantie ( ... ).
III. - Sur demande et justification de l'entreprise et avec l'accord de
l'ACAM, la marge de solvabilité peut également être constituée par: 1. La
moitié de la fraction non versée du capital social ou de la part restant à
rembourser de l'emprunt pour le fonds d'établissement, dès que la partie
versée atteint 25 % de ce capital ou de ce fonds, à concurrence de 50 % de
la marge de solvabilité ou de l'exigence minimale de marge de solvabilité,
le montant le plus faible étant retenu;
2. Les rappels de cotisations ( ... ), dans la limite de 50 % de la marge de
solvabilité ou de l'exigence minimale de marge, le montant le plus faible
étant retenu;
3. Les plus-values pouvant résulter de la sous-estimation d'éléments
d'actif et de la surestimation d'éléments de passif, dans la mesure où de
telles plus-values n'ont pas un caractère exceptionnel;
4. Les plus-values latentes sur les instruments financiers à terme men-
tionnés aux articles R. 332-45 et R. 332-46 lorsque les opérations corres-
pondantes sont négociées sur un marché reconnu au sens du dernier alinéa
du A de l'article R. 332-2 ou réalisées de gré à gré dans la mesure où elles
sont garanties dans les conditions prévues à l'article R. 332-56.
Les moins-values latentes sur instruments financiers à terme non provi-
sionnées sont déduites des éléments énumérés au 3 et au 4 du III.
IV. - La marge de solvabilité est diminuée des éléments suivants:
a) Les actions propres détenues directement par l'entreprise d'assu-
rance;
b) Les participations que l'entreprise d'assurance détient dans un éta-
blissement de crédit ou une entreprise d'investissement;
c) Les créances subordonnées que l'entreprise d'assurance détient sur
les entreprises mentionnées au b dans lesquelles elle détient une participa-
tion. ( ... )
En outre, l'entreprise n'est pas tenue d'effectuer les déductions men-
tionnées au b et au c lorsqu'elle est soumise à une surveillance complé-
mentaire en application de l'article L. 334-3 ou de l'article L. 334-4 et
Extraits du code des assurances 321

qu'elle présente une solvabilité ajustée positive calculée selon les modali-
tés précisées aux articles R. 334-49 et R. 334-50. La méthode définie à
l'article R. 334-49 n'est applicable que si l'Autorité de contrôle estime que
la gestion intégrée et le contrôle interne des entités entrant dans le péri-
mètre de consolidation sont satisfaisants.
v. - Lorsqu'elle estime que l'appréciation du report du bénéfice ou de
la perte mentionnée au 3 du 1 est susceptible d'être faussée par l'existence
d'un contrat de réassurance financière limitée souscrit par l'entreprise,
l'Autorité de contrôle peut limiter la prise en compte de ce report, en vue
d'y intégrer les charges futures attendues au titre de ce contrat. Le cas
échéant, le montant de la marge de solvabilité est ajusté au terme du
contrat de réassurance financière limitée, en fonction du report cumulé
effectivement constaté.

Article R. 334-4
La marge de solvabilité applicable aux entreprises visées au 4° de l'ar-
ticle L. 310-2, mentionnée à l'article L. 334-1, est constituée par des actifs
dont le montant, afférent aux opérations réalisées sur le territoire de la
République française, est égal, après déduction des pertes, de la part des
frais d'acquisition non admise en représentation des engagements régle-
mentés et des autres éléments incorporels, au total des éléments définis
aux 2 et 3 du 1 et au 3 du III de l'article R. 334-3 en tenant compte des
déductions prévues à cet article.

Article R. 334-5
Pour les entreprises visées au 1° de l'article L. 310-2, l'exigence mini-
male de marge de solvabilité est déterminée, soit par rapport au montant
annuel des primes ou cotisations, soit par rapport à la charge moyenne
annuelle des sinistres. Cette exigence minimale de marge est égale au plus
élevé des résultats obtenus par application des deux méthodes suivantes:
a) Première méthode (calcul par rapport aux primes).
La base des primes est calculée à partir des primes ou cotisations brutes
émises ou des primes ou cotisations brutes acquises, le chiffre le plus élevé
étant retenu. Les primes ou cotisations nettes d'annulation et de taxes
pour les branches 11,12 et 13 énumérées à l'article R. 321-1 sont majorées
de 50 %. Les primes ou cotisations émises dans le cadre des affaires
directes au cours du dernier exercice, accessoires compris, sont agrégées. Il
est ajouté à ce montant le total des primes acceptées en réassurance au
cours du dernier exercice.
De cette somme sont déduits, d'une part, le total des primes ou cotisa-
tions annulées au cours du dernier exercice, d'autre part, le total des impôts
et taxes afférents aux primes ou cotisations précitées.
Le montant obtenu est réparti en deux tranches, respectivement infé-
rieure et supérieure à 53 100000 euros. À 18 % de la première tranche
sont ajoutés 16 % de la seconde.
322 Assurance: comptabilité, réglementation, actuariat

Le résultat déterminé par application de la première méthode est


obtenu en multipliant la somme des deux termes de l'addition prévue à
l'alinéa précédent par le rapport existant, pour les trois derniers exercices
entre le montant des sinistres demeurant à la charge de l'entreprise après
cession en réassurance et le montant des sinistres brut de réassurance, sans
que ce rapport puisse être inférieur à 50 %.
Sous réserve de l'accord de l'Autorité de contrôle, des méthodes statis-
tiques peuvent être utilisées pour l'affectation des primes ou cotisations.
b) Deuxième méthode (calcul par rapport à la charge moyenne annuelle
des sinistres).
Au total des sinistres payés pour les affaires directes au cours des trois
derniers exercices, sans déduction des sinistres à la charge des cession-
naires et rétrocessionnaires, sont ajoutés, d'une part, les sinistres payés au
titre des acceptations en réassurance ou en rétrocession au cours des
mêmes exercices, d'autre part, les provisions pour sinistres à payer consti-
tuées à la fin du dernier exercice, tant pour les affaires directes que pour
les acceptations en réassurance. Pour les branches Il, 12 et 13 énumérées
à l'article R. 321-1, les sinistres,provisions et recours sont majorés de 50 %.
De cette somme sont déduits, d'une part, les recours encaissés au cours des
trois derniers exercices, d'autre part, les provisions pour sinistres à payer
constituées au commencement du deuxième exercice précédant le dernier
exercice, tant pour les affaires directes que pour les acceptations en réas-
surance. Le tiers du montant ainsi obtenu est réparti en deux tranches,
respectivement inférieure et supérieure à 37 200 000 euros. À 26 % de la
première tranche sont ajoutés 23 % de la seconde. Le résultat déterminé
par application de la deuxième méthode est obtenu en multipliant la
somme des deux termes de l'addition prévue à l'alinéa précédent, par le
rapport existant, pour les trois derniers exercices, entre le montant des
sinistres demeurant à la charge de l'entreprise après cession en réassu-
rance et le montant des sinistres brut de réassurance, sans que ce rapport
puisse être inférieur à 50 %. Pour la branche mentionnée au 18 de l'article
R. 321-1, le montant des sinistres payés entrant dans le calcul du résultat
déterminé par application de la seconde méthode est le coût résultant pour
l'entreprise des interventions effectuées en matière d'assistance, y compris
les coûts d'assistance directs internes.
Lorsqu'une entreprise pratique principalement un ou plusieurs des
risques crédit, tempête, grêle, gelée, il est tenu compte pour le calcul de la
charge moyenne annuelle des sinistres des sept derniers exercices sociaux
au lieu des trois derniers.
Si les calculs des a et b donnent un résultat inférieur à l'exigence mini-
male de marge de l'exercice précédent, l'exigence de marge de solvabilité
est au moins égale à celle de l'exercice précédent multipliée par le rapport
entre les provisions techniques pour sinistres à payer à la fin du dernier
exercice et le montant des provisions techniques pour sinistres à payer au
début du dernier exercice. Dans ces calculs, les provisions techniques sont
Extraits du code des assurances 323

calculées déduction faite de la réassurance, ce rapport ne pouvant cepen-


dant pas être supérieur à un.
En outre, pour la prise en compte de la réassurance financière limitée
dans le ratio de réassurance mentionné au dernier alinéa du a et au dernier
alinéa du b, l'Autorité de contrôle se fonde sur le transfert de risque effec-
tif. Sur demande et justification de l'entreprise auprès de l'Autorité de
contrôle, et avec l'accord de celle-ci, les montants récupérables au titre des
risques transférés à un véhicule de titrisation mentionné à l'article L. 310-
1-2 peuvent être assimilés à des cessions en réassurance pour le calcul du
rapport mentionné au dernier alinéa du a et au dernier alinéa du b.
L'Autorité de contrôle tient compte du transfert de risque effectif pour
apprécier l'ampleur de la réduction d'exigence de marge de solvabilité
autorisée au titre de chaque opération réalisée avec un véhicule de titrisa-
tion. Elle tient également compte de la capacité de ce véhicule à respecter
à tout moment ses engagements.

Article R. 334-7 à 10 : fonds de garantie

B) La marge des entreprises françaises vie

Article R. 334-11
1. - La marge de solvabilité mentionnée à l'article L. 334-1 est consti-
tuée, après déduction des pertes, de la part des frais d'acquisition non
admise en représentation des engagements réglementés et des autres élé-
ments incorporels, par les éléments suivants: 1. Le capital social versé ou
le fonds d'établissement constitué; toutefois, les actions de préférence
définies à l'article L. 228-11 du Code de commerce ne sont admises que si
elles remplissent les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de
l'économie relatives notamment aux droits financiers attachés et aux ver-
sements correspondants, lesquels doivent pouvoir être suspendus et ne
sont pas dans ce cas reportés à un exercice ultérieur; 2. Les réserves de
toute dénomination, réglementaires ou libres, ne correspondant pas aux
engagements, y compris la réserve de capitalisation; 3. Le report du béné-
fice ou de la perte, déduction faite des dividendes à verser au titre du der-
nier exercice.
II. - La marge de solvabilité peut également être constituée par:
1. Les fonds effectivement versés provenant de l'émission de titres ou
emprunts subordonnés, ainsi que d'actions de préférence définies à l'ar-
ticle L. 228-11 du Code de commerce autres que celles à caractère non
cumulatif mentionnées au 1 du I. Ces titres et emprunts subordonnés et
actions de préférence doivent répondre aux conditions, notamment de
durée et de remboursements, qui sont fixées par arrêté du ministre chargé
de l'économie. Ces fonds sont admis jusqu'à concurrence de 50 % de l'exi-
gence de marge de solvabilité ou la marge de solvabilité, le montant le plus
faible étant retenu. Toutefois, la prise en compte de ceux de ces fonds qui
proviennent de titres ou emprunts à durée déterminée n'est admise qu'à
324 Assurance: comptabilité, réglementation, actuariat

concurrence de 25 % de cette marge. Tout remboursement effectué irrégu-


lièrement peut, conformément aux dispositions de l'article L. 310-18, don-
ner lieu à application de sanctions par l'Autorité de contrôle; 2. La réserve
pour fonds de garantie prévue à l'article R. 423-16, à hauteur de la part de
cotisation versée par l'entreprise et non utilisée par le fonds.
III. - Sur demande et justification de l'entreprise et avec l'accord de
l'Autorité de contrôle, la marge de solvabilité peut également être consti-
tuée par: 1. La moitié de la fraction non versée du capital ou de la part
restant à rembourser de l'emprunt pour fonds d'établissement, dès que la
partie versée atteint 25 % de ce capital ou de ce fonds, à concurrence de
50 % de la marge de solvabilité ou de l'exigence de marge de solvabilité,
le montant le plus faible étant retenu; 2. Les plus-values pouvant résulter
de la sous-estimation d'éléments d'actif dans la mesure où de telles plus-
values n'ont pas un caractère exceptionnel; 3. Les plus-values latentes sur
les instruments financiers à terme mentionnés aux articles R. 332-45 et R.
332-46, dès lors que les opérations correspondantes sont négociées sur un
marché reconnu au sens du dernier alinéa du A de l'article R. 332-2 ou
réalisées de gré à gré dans la mesure où elles sont garanties dans les condi-
tions prévues à l'article R. 332-56 ; 4. Jusqu'au 31 décembre 2009, un mon-
tant représentant 50 % des bénéfices futurs de
l'entreprise. Le montant des bénéfices futurs est obtenu en multipliant
le bénéfice annuel estimé de l'entreprise par le facteur qui représente la
durée résiduelle moyenne des contrats.
Les moins-values latentes sur instruments financiers à terme non provi-
sionnées sont déduites des éléments énumérés au 2 et au 3.
( ... )
IV. - La marge de solvabilité disponible est diminuée des éléments sui-
vants : a) Les actions propres détenues directement par l'entreprise d'as-
surance; b) Les participations que l'entreprise d'assurance détient dans un
établissement de crédit ou une entreprise d'investissement; c) Les créances
subordonnées que l'entreprise d'assurance détient sur les entreprises men-
tionnées au b dans lesquelles elle détient une participation. Toutefois, les
éléments mentionnés aux b et c peuvent ne pas être déduits lorsque les
participations mentionnées à ces alinéas sont détenues de manière tempo-
raire en vue d'apporter un soutien financier à ces entreprises.
En outre, l'entreprise n'est pas tenue d'effectuer les déductions men-
tionnées au b et au c lorsqu'elle est soumise à une surveillance complé-
mentaire en application de l'article L. 334-3 ou de l'article L. 334-4 et
qu'elle présente une solvabilité ajustée positive calculée selon les modali-
tés précisées aux articles R. 334-49 et R. 334-50. La méthode définie à
l'article R. 334-49 n'est applicable que si l'Autorité de contrôle estime que
la gestion intégrée et le contrôle interne des entités entrant dans le péri-
mètre de consolidation sont satisfaisants.
V. - Lorsqu'elle estime que l'appréciation du report du bénéfice ou de
la perte mentionnée au 3 du 1 est susceptible d'être faussée par l'existence
d'un contrat de réassurance financière limitée souscrit par l'entreprise,
Extraits du code des assurances 325

l'Autorité de contrôle peut limiter la prise en compte de ce report, en vue


d'y intégrer les charges futures attendues au titre de ce contrat. Le cas
échéant, le montant de la marge de solvabilité est ajusté au terme du
contrat de réassurance financière limitée, en fonction du report cumulé
effectivement constaté.

Article R. 334-12
La marge de solvabilité des entreprises visées au 4° de l'article L. 310-2
afférente aux opérations réalisées sur le territoire de la République fran-
çaise, est constituée, après déduction des pertes de la part des frais d'acqui-
sition non admise en représentation des engagements réglementés et des
autres éléments incorporels, par les éléments définis aux 2 et 3 du 1 et aux
2 et 4 du III de l'article R. 334-11 en tenant compte des déductions prévues
à cet article.

Article R. 334-13
Pour les entreprises mentionnées au P de l'article L. 310-2, l'exigence
minimale de marge de solvabilité est déterminée, en fonction des branches
exercées, en application des dispositions suivantes:
a) Pour les branches 20 et 21, à l'exception des assurances complémen-
taires, l'exigence minimale de marge est calculée par rapport aux provi-
sions mentionnées aux 1° et 4° de l'article R. 331-3 et aux capitaux sous
risque. Ce montant est égal à la somme des deux résultats suivants:
Le premier résultat est obtenu en multipliant un nombre représentant 4 %
de la somme des provisions mentionnées aux 1° et 4° de l'article R. 331-3,
relatives aux opérations d'assurances directes sans déduction des cessions en
réassurance et aux acceptations en réassurance, par le rapport existant., pour
le dernier exercice, entre le montant des provisions mathématiques après
cessions en réassurance et le montant des provisions mathématiques brut de
réassurance, sans que ce rapport puisse être inférieur à 85 %.
Le second résultat est obtenu en multipliant un nombre représentant 0,
3 % des capitaux sous risque par le rapport existant, pour le dernier exer-
cice, entre le montant des capitaux sous risque après cession et rétroces-
sion en réassurance et le montant des capitaux sous risque brut de
réassurance sans que ce rapport puisse être inférieur à 50 %.
Pour les assurances temporaires en cas de décès d'une durée maximale
de trois années, le facteur multiplicateur des capitaux sous risque est égal
à 0,1 %. Il est fixé à 0,15 % des dits capitaux pour les assurances tempo-
raires en cas de décès dont la durée est supérieure à trois années mais
n'excède pas cinq années.
Le capital sous risque est égal au risque décès, déduction faite de la
provision mathématique du risque principal;
b) Pour les assurances complémentaires à des contrats comportant des
engagements résultant d'opérations classées aux branches 20,21 et 22, l'exi-
gence minimale de marge est égale à l'exigence minimale de marge de sol-
vabilité des entreprises d'assurance, telle que prévue par l'article R. 334-5 ;
326 Assurance: comptabilité, réglementation, actuariat

c) ( ... )
d) Pour la branche 24, à l'exception des opérations de capitalisation
exprimées en unités de compte, l'exigence minimale de marge est égale au
résultat obtenu en multipliant un nombre représentant 4 % des provisions
techniques relatives aux opérations d'assurances directes et aux accepta-
tions brutes de réassurance par le rapport mentionné au premier résultat
défini au a;
e) Pour la branche 22, à l'exception des assurances complémentaires, la
branche 24 lorsqu'il s'agit des opérations de capitalisation exprimées en
unités de compte et la branche 25, l'exigence minimale de marge est égale:
1. Lorsque l'entreprise assume un risque de placement, à un nombre repré-
sentant 4 % des provisions techniques relatives aux opérations d'assu-
rances directes et d'acceptations brutes de réassurance multiplié par le
rapport mentionné au premier résultat défini au a;
2. Lorsque l'entreprise n'assume pas de risque de placement, à un
nombre représentant 1 % des provisions techniques des contrats multiplié
par le rapport mentionné au premier résultat du a, à la condition que le
montant destiné à couvrir les frais de gestion prévus dans ces contrats soit
fixé pour une période supérieure à cinq années ;
3. Lorsque l'entreprise assume un risque de mortalité, le montant de
l'exigence minimale de marge est obtenu en ajoutant à l'un ou l'autre des
résultats déterminés par application des dispositions des deux alinéas pré-
cédents un nombre représentant 0,3 % des capitaux sous risque, multiplié
par le rapport existant, pour le dernier exercice, entre le montant des capi-
taux sous risque après cessions et rétrocessions en réassurance et le mon-
tant des capitaux sous risque brut de réassurance, sans que ce rapport
puisse être inférieur à 50 % ;
f) ( ... )
En outre, pour la prise en compte de la réassurance financière limitée
dans le ratio de réassurance mentionné aux deuxième et troisième alinéas
du a et au 3 du e, l'Autorité de contrôle se fonde sur le transfert de risque
effectif.
Sur demande et justification de l'entreprise auprès de l'Autorité de
contrôle, et avec l'accord de celle-ci, les montants récupérables au titre des
risques transférés à un véhicule de titrisation mentionnés à l'article L. 310-
1-2 peuvent être assimilés à des cessions en réassurance pour le calcul du
rapport mentionné aux deuxième et troisième alinéas du a et au 3 du e.
L'Autorité de contrôle tient compte du transfert de risque effectif pour
apprécier l'ampleur de la réduction d'exigence de marge de solvabilité
autorisée au titre de chaque opération réalisée avec un véhicule de titrisa-
tion. Elle tient également compte de la capacité de ce véhicule à respecter
à tout moment ses engagements.

Article R. 334-13-1 et R. 334-13-2 : euros diversifiés


Lorsqu'un contrat mentionné à l'article R. 342-1 prévoit que les frais de
gestion ne sont pas fixés pour une période supérieure à cinq ans, et lorsque
Extraits du code des assurances 327

l'entreprise d'assurance n'assume pas un risque de placement, l'exigence


minimale de marge de solvabilité est fixée à un montant équivalant à 25 %
des dépenses de gestion nettes relatives à ces opérations pour le dernier
exercice.
Article R. 334-15 à 16 : fonds de garantie

Article R. 334-17 à 21 : marge des entreprises mixte

C) La surveillance complémentaire des groupes d'assurance

Article R. 334-40
Les entreprises ( ... ) participantes ( ... ) disposent d'un système de
contrôle interne pour la production des données et informations destinées
à permettre la surveillance complémentaire de leur situation financière.

Article R. 334-41
Les entreprises ( ... ) doivent présenter une solvabilité ajustée positive
déterminée ( ... ) sur la base des comptes consolidés ( ... ). Toutefois, lorsque
ces entreprises sont des entreprises participantes d'un établissement de
crédit, d'une entreprise d'investissement ou d'un établissement financier,
elles peuvent, alternativement, présenter une solvabilité ajustée positive
selon les modalités précisées aux articles R. 334-49 et R. 334-50. ( ... )
En cas de solvabilité ajustée négative, l'Autorité de contrôle exige de
l'entreprise concernée qu'elle prenne les mesures nécessaires au rétablis-
sement d'une solvabilité ajustée positive.

Article R. 334-42
La solvabilité ajustée d'une entreprise participante est la différence
entre la marge de solvabilité disponible et l'exigence de solvabilité calcu-
lées à partir des données consolidées ( ... ).
Les éléments admissibles pour la marge de solvabilité de l'entreprise
participante pour laquelle la solvabilité ajustée est calculée et ceux pris en
compte au titre des entreprises apparentées sont ceux mentionnés aux
articles R. 334-3, R. 334-4, R. 334-11, R. 334-12, ( ... ). Toutefois, des élé-
ments admissibles, notamment les plus-values latentes, les emprunts subor-
donnés, les intérêts minoritaires et les rappels de cotisations des sociétés
d'assurance mutuelle ne sont pris en compte ( ... ) que dans la mesure où ils
peuvent être effectivement rendus disponibles pour couvrir la marge de
solvabilité de l'entreprise participante pour laquelle la solvabilité ajustée
est calculée. En outre, sont déduits les participations, créances subordon-
nées et autres instruments financiers détenus sur des établissements de
crédit, des entreprises d'investissement et des établissements financiers et
mentionnés au 1 de l'article R. 334-3.
L'exigence de solvabilité des entreprises incluses dans le calcul de sol-
vabilité ajustée se définit de la manière suivante: 1. Pour une entreprise
328 Assurance: comptabilité, réglementation, actuariat

d'assurance ( ... ), elle correspond au montant réglementaire de la marge de


solvabilité décrit aux articles R. 334-5, R. 334-6, R. 334-13, R. 334-14, ( ... )
En outre, si une entreprise applique les normes comptables internatio-
nales ( ... ), les données consolidées ( ... ) prises en compte pour le calcul de
sa marge de solvabilité ajustée font l'objet des retraitements strictement
nécessaires pour assurer la comparabilité de celle-ci avec la marge de sol-
vabilité ajustée des entreprises n'appliquant pas ces normes. ( ... )

Article R. 334-43
Par dérogation à l'article R. 334-42 et à titre exceptionnel, l'Autorité de
contrôle est autorisée à appliquer lorsque la structure du groupe concerné
le justifie, l'une des deux méthodes suivantes:
1. Méthode n° 1 : déduction et agrégation: La solvabilité ajustée de l'en-
treprise participante est la différence entre: a) La somme des éléments
admissibles pour la marge de solvabilité de l'entreprise participante et de
la part proportionnelle de cette dernière dans les éléments admissibles
pour la marge de solvabilité de l'entreprise apparentée; b) La somme de
la valeur comptable de l'entreprise apparentée dans l'entreprise partici-
pante, de l'exigence de solvabilité de l'entreprise participante et de la part
proportionnelle de l'exigence de solvabilité de l'entreprise apparentée.
2. Méthode n° 2 : déduction d'une exigence: La solvabilité ajustée de
l'entreprise participante est la différence entre: a) La somme des éléments
admissibles pour la marge de solvabilité de l'entreprise participante; b) La
somme de l'exigence de solvabilité de l'entreprise participante et de la part
proportionnelle de l'exigence de solvabilité de l'entreprise apparentée.
Lorsque l'entreprise apparentée est une entreprise filiale et qu'elle pré-
sente un déficit de solvabilité, ce déficit de solvabilité doit être pris en
compte en totalité dans le calcul de la solvabilité ajustée de l'entreprise
mère. ( ... )
Pour le calcul de la solvabilité ajustée en application de ces deux
méthodes, les opérations intragroupes sont éliminées d'une manière équi-
valente à celle prévue pour l'établissement des comptes consolidés ( ... ).
Article R. 334-44 ( ... )
Article R. 334-45
Les opérations qu'une entreprise ( ... ) effectue avec ses entreprises
apparentées ( ... ) sont soumises au contrôle de l'ACAM, notamment celles
qui portent sur les prêts, les garanties et les opérations hors bilan, les élé-
ments admissibles pour la marge de solvabilité, les investissements, les
opérations de réassurance et les accords de répartition des coûts.
L'entreprise déclare au moins une fois par an à cette commission les
opérations importantes mentionnées ci-dessus. L'entreprise se dote en
outre de procédures de gestion des risques et de dispositifs de contrôle
interne visant à identifier, mesurer, encadrer et contrôler ces opérations.
Un arrêté du ministre chargé de l'économie précise les conditions dans
lesquelles ces opérations doivent être déclarées.
Extraits du code des assurances 329

Si l'Autorité de contrôle estime, à partir de l'examen de ces déclarations,


que la solvabilité de l'entreprise est compromise ou susceptible de l'être,
elle exige de cette entreprise qu'elle prenne les mesures nécessaires au
rétablissement ou au maintien de sa solvabilité.

Article R. 334-46 à 48 ( ... )

Article R. 334-49
Les exigences complémentaires en matière d'adéquation des fonds
propres mentionnées à l'article L. 334-8 sont déterminées sur la base des
comptes consolidés ( ... ) du conglomérat financier( ... ). Elles résultent de
la différence ( ... ) entre les fonds propres du conglomérat financier et les
exigences de solvabilité relatives aux différents secteurs financiers du
conglomérat. Cette différence doit être positive.
Article R. 334-50
Lorsqu'elle est désignée comme coordonnateur, l'ACAM peut ( ... )
faire appliquer, à la place de la méthode prévue à l'article R. 334-49 pour
le calcul des exigences complémentaires, l'une des trois méthodes sui-
vantes, si elle lui apparaît plus pertinente au regard des impératifs de la
surveillance complémentaire, en raison notamment de la structure du
conglomérat financier considéré, ou à la demande de ce dernier.
1° Méthode n° 1 : Déduction et agrégation.
Les exigences complémentaires résultent de la différence entre:
a) D'une part, la somme des fonds propres de toutes les entités du secteur
financier; b) D'autre part, la somme des exigences de solvabilité de toutes
les entités du secteur financier et de la valeur comptable des participations
dans d'autres entités du groupe. L'exigence de solvabilité d'une entité non
réglementée est une exigence notionnelle calculée en application des
règles sectorielles qui s'appliqueraient si elle était une entité réglementée
du secteur considéré. La différence doit être positive.
2° Méthode n° 2 : Valeur comptable/déduction d'une exigence. Les exi-
gences complémentaires résultent de la différence entre: a) D'une part,les
fonds propres de l'entreprise mère ou de l'entité qui se trouve à la tête du
conglomérat financier; b) Et, d'autre part, la somme de l'exigence de sol-
vabilité de l'entreprise mentionnée au a et de la valeur comptable des par-
ticipations de celle-ci dans d'autres entités du groupe ou des exigences de
solvabilité de ces entités, le montant le plus élevé des deux étant retenu.
L'exigence de solvabilité d'une entité non réglementée est une exigence
notionnelle calculée en application des règles sectorielles qui s'applique-
raient si elle était une entité réglementée du secteur considéré. La diffé-
rence doit être positive.
3° Méthode n° 3 : combinaison des trois méthodes. Lorsqu'elle est coor-
donnateur, l'AACAM peut, sous réserve des conditions mentionnées au
premier alinéa, permettre au conglomérat financier de combiner deux ou
trois des méthodes mentionnées à l'article R. 334-49 et au présent article.
( ... ).
330 Assurance: comptabilité, réglementation, actuariat

Article R. 334-51
( ... ) L'ACAM peut ( ... ) si la situation du conglomérat financier en
matière d'adéquation des fonds propres le justifie, demander que les exi-
gences complémentaires soient couvertes par des éléments prudentiels
admis à la fois par la réglementation applicable au secteur des assurances
et par celle applicable au secteur bancaire et des services d'investissement
dans les limites propres à ces réglementations sectorielles.

Article R. 334-52
1. - Les entités réglementées appartenant à un conglomérat financier se
dotent de procédures coordonnées de gestion des risques et de contrôle
interne.
II. - Les procédures de gestion des risques mentionnées à l'alinéa pré-
cédent portent sur: 1° L'approbation et l'examen périodique, par les
organes dirigeants au niveau du conglomérat financier, des stratégies et
politiques conduites pour l'ensemble des risques encourus; 2° La satisfac-
tion des exigences réglementaires en matière d'adéquation des fonds
propres et l'existence de procédures visant à anticiper l'impact des straté-
gies de développement sur le profil de risques et les exigences en matière
de fonds propres; 3° Des procédures permettant de garantir que les dispo-
sitifs de surveillance des risques sont adaptés à l'organisation du conglo-
mérat financier et que les mesures mises en place au sein de chaque entité,
en vue de s'assurer que les risques puissent être mesurés, surveillés et maî-
trisés au niveau du conglomérat, sont cohérentes.
III. - Les dispositifs de contrôle interne mis en place doivent permettre:
1° D'identifier et de mesurer tous les risques importants encourus et de
déterminer un niveau des fonds propres adapté aux risques; 2° D'identi-
fier, de mesurer, d'encadrer et de contrôler, par des procédures d'informa-
tion et de comptabilité appropriées, les transactions intragroupe ainsi que
la concentration des risques.
IV. - Les entités réglementées appartenant à un conglomérat financier
disposent d'un système de contrôle interne pour la production des don-
nées ou informations destinées à permettre leur surveillance complémen-
taire.

D) Le contrôle interne

Article R. 336-1
Toute entreprise ( ... ) est tenue de mettre en place un dispositif perma-
nent de contrôle interne. Le conseil d'administration ( ... ) approuve, au
moins annuellement, un rapport sur le contrôle interne ( ... ). 1° ( ... ) les
conditions de préparation et d'organisation des travaux du conseil d'admi-
nistration ( ... ).2° ( ... ) a) Les objectifs, la méthodologie, la position et l'or-
ganisation générale du contrôle interne ( ... ) ; les mesures prises pour
assurer l'indépendance et l'efficacité du contrôle interne ( ... ), ainsi que les
suites données aux recommandations des personnes ou instances chargées
Extraits du code des assurances 331

du contrôle interne; b) Les procédures permettant de vérifier que les acti-


vités de l'entreprise sont menées selon les politiques et stratégies établies
par les organes dirigeants et les procédures permettant de vérifier la
conformité des opérations d'assurance ou de réassurance ( ... ) ; c) Les
méthodes utilisées pour assurer la mesure, l'évaluation et le contrôle des
placements, en particulier en ce qui concerne l'évaluation de la qualité des
actifs et de la gestion actif-passif, le suivi des opérations sur instruments
financiers à terme et l'appréciation des performances et des marges des
intermédiaires financiers utilisés; d) Le dispositif interne de contrôle de la
gestion des placements ( ... ) ; e) Les procédures et dispositifs permettant
d'identifier, d'évaluer, de gérer et de contrôler les risques liés aux engage-
ments de l'entreprise et de détenir des capitaux suffisants pour ces risques,
ainsi que les méthodes utilisées pour vérifier la conformité des pratiques
en matière d'acceptation et de tarification du risque, de cession en réassu-
rance et de provisionnement des engagements réglementés à la politique
de l'entreprise dans ces domaines, ( ... ) ; f) Les mesures prises pour assurer
le suivi de la gestion des sinistres, le suivi des filiales, la maîtrise des activi-
tés externalisées et des modes de commercialisation des produits de l'en-
treprise, et les risques qui pourraient en résulter; g) Les procédures
d'élaboration et de vérification de l'information financière et comptable.
( ... )

Article R. 336-2
Le conseil d'administration ( ... ) fixe, au moins annuellement, les lignes
directrices de la politique de placement. Il se prononce en particulier sur
les modalités de choix des intermédiaires financiers, sur la gestion actif-
passif, sur la qualité des actifs et sur les opérations sur instruments finan-
ciers à terme. ( ... )

Article R. 336-5
Le conseil d'administration ( ... ) approuve au moins annuellement les
lignes directrices de la politique de réassurance. ( ... ) a) Les orientations
prises par l'entreprise en matière de cessions en réassurance, en particulier
en ce qui concerne la nature et le niveau de protection visé et le choix des
entreprises cessionnaires; b) Les critères qualitatifs et quantitatifs sur les-
quels l'entreprise se fonde pour s'assurer de l'adéquation de ses cessions
en réassurance avec les risques souscrits; c) Les orientations de la poli-
tique de réassurance concernant les risques souscrits ( ... ) ainsi que les
principales cessions de réassurance; d) L'organisation concernant la défi-
nition, la mise en œuvre et le contrôle du programme de réassurance; e)
Les méthodes d'analyse et de suivi qu'utilise l'entreprise en ce qui concerne
le risque de contrepartie lié à ses opérations de cessions en réassurance
( ... )
BIBLIOGRAPHIE

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INDEX DES NOTATIONS

{3 coefficient de sécurité p. 113.


FP fonds propres du début d'exercice p. 111.
i
- identifie l'assuré p. 18, 19 ;
- ou bien désigne le taux d'intérêt technique p. 202.
Nombre:
- na d'assurés p. 18 ;
- N s aléatoire de sinistres de l'ensemble des na assurés p. 139 ;
- no de risques observés, lorsqu'il diffère du nombre d'assurés p. 121 ;
- Ki aléatoire de sinistres du i-ième assuré p. 138 ;
- lz ou lx de vivants d'âge z (ou x) d'une table de mortalité p. 204.

'Tri prime pure, 'Tr:' prime commerciale du i-ième assuré p. 18.


Rna résultat aléatoire de l'exercice p. 28.
SI P rapport sinistres sur primes pp. 127, 163, 174.
t date.
V AP valeur actuelle probable p. 206.
t V" provision mathématique t V provision mathématique pure p. 223.
v facteur d'escompte p. 253.
Xi charge aléatoire des prestations relatives au ième assuré p. 19.
Yi, j coût aléatoire du j-ième sinistre (éventuel) du i-ième assuré p. 138.
Z paramètre de tarification p. 124.
Autres notations (notations internationales vie)
T x , durée aléatoire de vie de l'assuré d'âge x p. 252.
kEx, m/nax, m/nax, m/nAx, VAP de différentes garanties pp. 252 et
suivantes.
Dx, N x , Sx, ex, Mx, Rx nombres de commutation pp. 256 et suivantes.
INDEX THÉMATIQUE

A Assureur, 13
Avance, 227
Actif
- net, 24 B
- net réévalué, 99
- réel, 24, 41, 43 Bénéfices futurs, 91
Actifs Bénéficiaire, 13
- congruents, 82 Bilan, 24, 40
- techniques, 85 Bon de capitalisation, 31, 216, 220
Actualisation, 31 Boni de liquidation, 164
Actuariat
- à court terme, 28 C
- à long terme, 28 Capital différé, 202, 205, 221
Agrément administratif, 26 Capital sous risque, 269
Aléa, 106 Capitalisation (fonctionnement en),
- de mortalité, 205 22
Aléatoire, 18 Capitaux propres, 44
Antisélection, 124, 154 Chargement, 18, 216
- externe, 160 - de gestion, 110
- interne, 159 - de sécurité, 110
Appraisal value, 99 Charges, 25
Assuré, 13 Code de commerce, 60
Assurance, 12, 17,20 Coefficient de sécurité, 113
- de choses, 14 Commission de contrôle des assu-
- de dommages aux biens, 14 rances, 27
- de dommages corporels, 16 Comptabilité
- de personnes, 15 - en partie double, 49
- de responsabilité, 15 - principes généraux de la -, 24
- mixte, 255 Compte courant probable, 220, 247
- vie, 16, 201 Compte de résultat, 25, 42
338 Assurance: comptabilité, réglementation, actuariat

Comptes consolidés, 68 Gestion actif-passif, 86


Contrat aléatoire, 13 Grand livre, 50
Contrat d'assurance, Il, 13
- collectif, 13 H
- individuel, 13
Hyperzillmérisation, 268
Cotisation, 14
Coût probable, 152
1
Crédibilité, 133
Crédit, 49 IBNR,77
Immunisation, 215
D Incertitude
- absolue, 19, 109
Débit, 49 - relative, 19, 109
Dépense, 42 Insolvabilité, 25
Dérivés (produits), 88 Intégration
Dézillmérisation, 264 - globale, 73
Dossier annuel, 127 - proportionnelle, 73
Duration, 33, 215 Intérêt
- composé, 30
E - simple, 30
Embedded value, 99 Inventffire, 47, 50, 51
Engagement (s) Inversion du cycle de production,
- réglementé, 59, 82 25
- représentation des -, 58, 76, 82
Exercice J
- comptable, 42 Journal, 50
- de déclaration, 14
- de paiement, 14 L
- de survenance, 14, 57
Liquidation des provisions, 164
F Loi
- binomiale, 34, 205
Facteur de tarification, 123, 159 - de Bernoulli, 34, 114
Fair value, 83, 99 - de Gompertz, 242
Fonds propres, 24 - de Makeham, 242
Frais - de Pareto, 143
- d'acquisition, 51, 216 - de Poisson, 35, 139
- reportés, 64 - des grands nombres, 19
- de gestion, 216 - faible des grands nombres, 132
Franchise, 15, 149 -log-normale, 143
Fréquence - normale, 34, 109
- aléatoire, 140
- probable, 140, 152 M

G Mali de liquidation, 164


Marge de solvabilité, 76, 89, 99
Garantie, 14 Modèle
- de fidélité, 79 - auto, 137
- illimitée, 15 - multiplicatif, 182
- plafond de -, 15 - simple, 105
- plancher, 79 - vie, 201
Index thématique 339

Mutualisation, 18 - de coûts moyens, 169


Mutualité, 18 - dossier par dossier, 165
- liquidative, 172
N
Nivellement, 222 R
Nombre de commutation, 256 Rachat, 227
Nombre probable de vivants, 204 Rappel de cotisations, 90
Rapport S/P, 127
p
Réassurance, 20,62
Passif réel, 24, 41, 43 - acceptation en -, 62
Pensions livrées, 88 - cédant dans une opération
Plafond, 148 de -,62
Plus-values latentes, 89, 96 - cession en -, 62
Police d'assurance, 13 - cessionnaire dans une opéra-
Présentation des comptes tion de -,62
- en colonne, 41, 43 - en excédent de perte, 120
- en tableau, 41, 43 - en excédent de plein, 120
Prestation, 12 - en excédent de sinistre, 120
Prime, 12, 14 - en quote-part, 117
- annuelle, 221 - nantissement des provisions
- commerciale, 18, 110, 216 cédées en -, 63
- pure, 18, 110, 216
- non proportionnelle, 119
- unique, 220
- proportionnelle, 119
Principe d'escompte viager, 262
Principe de prudence, 47 Recette, 42
Priorité, 148 Réduction, 227
Probabilité viagère, 202, 203 Règles (concernant l'actif)
Produits financiers, 25 - d'évaluation, 82
Provision - de congruence, 84
- dézillmérisée, 264 - de dispersion, 82, 84
- mathématique, 77, 220 - de limitation, 82, 84
- pour aléas financiers (PAF), Rente viagère, 78, 210
78,86 Répartition (fonctionnement en),
- pour égalisation, 81 22
- pour primes non acquises Réserve de capitalisation, 81, 86
(PPNA), 52, 77 Réserve mathématique, 223
- pour risque d'exigibilité, 81 Résultat
- pour risques croissants, 81 - technique, 56
- pour risques en cours (PREC), - non technique, 56
52,77
Risk based capital (RBC), 93
- pour sinistres à payer (PSAP),
52,77 Risque, 12
- pure, 223 - de perte, 111
- technique, 24 - de ruine, 113
- zillmérisée, 264 - de taux, 213
Provisions calculées par une Risques
méthode - homogènes, 20, 131
- de blocage des primes, 177 - identiques, 128
- de cadences de règlement, 166 - indépendants, 20, 128
340 Assurance: comptabilité, réglementation, actuariat

s Taux
- d'intérêt technique, 78, 212
Score canonique, 186
- de rendement actuariel, 244
Scoring, 185
- de rendement interne, 245
Segmentation, 123, 154, 180
Temporaire décès, 208, 222
Sensibilité, 32
Théorème de la limite centrale, 34,
Sinistre(s), 14
132
- coût probable d'un -, 140
- faible, 109
- densité de distribution des -,
Transformation, 227
140
- répartition cumulée des -, 140
Situation nette comptable, 24, 41 u
Société d'assurances Unité de compte, 83
- mixte, 16
- mutuelle, 13 v
- non-vie, 16
- vie, 16 Valeur
Solvabilité, 59 - acquise, 30
Souscripteur, 13 - actuelle, 31
- actuelle probable (VAP) , 202,
T 206
- de réalisation (d'un actif), 83
Table de mortalité, 78, 204, 215 - historique (d'un actif), 83
- ajustement d'une -, 235 Variable aléatoire, 33
- d'expérience, 235
- prospective, 78
- TD, TV, TPRV, 204, 206
z
Tarification, 120 Zillmérisation, 264
TABLE DES MATIÈRES

Remerciements. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 4
Préface pour la réimpression de 2010 .................... 5
Avant-propos.............................................. 7

Chapitre 1 - Les trois aspects de l'assurance.............. Il


1. L'aspect juridique. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Il
1.1. Le schéma général de l'assurance ..... " . .. .. . .. . .... .. . 12
1.2. Quelques précisions de vocabulaire... . . . ... . . . . .. . . ... . 13
1.3. Classification des garanties. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 14
1.4. Typologie des sociétés et principe de spécialisation.. ... 16
2. L'aspect statistique. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 17
2.1. Compensation des risques et mutualité. . . . . . . . . . . . . . . . . 17
2.2. La loi des grands nombres........................ ..... 19
2.3. Les conditions d'application de la loi des grands nombres 20
3. L'aspect économique..................................... ... 20
3.1. L'industrie de la sécurité. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 20
3.2. La place de l'assurance dans l'économie................ 21
3.3. Capitalisation et répartition. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 22
4. Traduction comptable. ..... ................ ................. 24
4.1. Les principes généraux de la comptabilité. . . . . . . . . . . . . . 24
4.2. L'inversion du cycle de production. .. . . . . . .. ... .. .. . . . . 25
4.3. La réglementation et le contrôle de l'État. .. . . ... . . . .. . 26
5. Traduction actuarielle. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 27
5.1. Les risques courts à fort aléa. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 28
5.2. Les risques longs à faible aléa. .. .. ... . . .. . .. . . .. . . . . . .. 28
5.3. Comparaison des deux actuariats. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 29
Annexes........................................................ 30
1. Rappels de mathématiques financières . . . . . . . . . . . . . . . . . 30
2. Rappels de probabilités.. .. .. .. .. .. .. . . . . .. . .. . . .. . .. . . 33
3. Comptes 1997 de l'assurance française................. 36
342 Assurance: comptabilité, réglementation, actuariat

Chapitre 2. - Comptabilité et assurance. . . . . . . . . . . . . . . . . . . 39


1. Les buts et les méthodes de la comptabilité. . . . . . . . . . . . . . . . . . 40
1.1. Les comptes annuels: bilan, compte de résultat . . . . . . . . 40
1. 2. L'enregistrement des opérations. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 44
2. L'inventaire d'une société d'assurance........................ 50
2.1. Les comptes avant inventaire. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 50
2.2. Les opérations d'inventaire. .. . .. ... .... . . . ... . . .. . . .. .. 51
3. L'analyse des comptes annuels............................... 55
3.1. Les diverses présentations du compte de résultat. ... . .. 55
3.2. Première lecture du bilan: la représentation des
engagements . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 58
3.3. Seconde lecture du bilan : la solvabilité. . . . . . . . . . . . . . . . . 59
Annexes........................................................ 60
1. Extraits du code de commerce. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 60
2. Réassurance, frais d'acquisition, assurance vie: exemples 62
3. Les comptes consolidés ............................... . 68

Chapitre 3 - Le cadre réglementaire. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 75


1. L'évaluation des engagements envers les assurés.. ............ 76
1.1. Les provisions techniques suffisantes. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 76
1.2. Assurance non-vie: la valeur estimative des sinistres... 77
1.3. Assurance vie: la valeur actuelle des engagements de
l'assureur . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 77
1.4. Comparaison vie non-vie. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 80
2. La représentation des engagements envers les assurés. . . . . . . . . 82
2.1. Les placements et leur évaluation. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 82
2.2. Des placements sûrs, liquides, rentables (et dispersés) . . 84
2.3. Les actifs techniques et les garde-fous. . .. ... .. . ..... . . . 85
2.4. Gestion actif-passif et réglementation. ...... . . ... .. . ... 86
3. La marge de solvabilité. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 89
3.1. Situation nette comptable et marge de solvabilité. . . . . . . 89
3.2. Le minimum réglementaire de marge................... 91
3.3. Marge de solvabilité européenne et norme de Risk Based
Capital (RBC) des États-Unis......................... 93
4. Portée et limites de la réglementation. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 94
4.1. Trois principes ... et des détails. .. .. . .. . . .. .. .. ... . .. ... 94
4.2. Des règles à respecter à toute époque. ... . .. .. . . . ... . .. 95
4.3. Des règles interprétables et souvent utiles à l'assureur.. 96
4.4. Des règles nécessaires mais non suffisantes. . . . . . . . . . . . . . 96
Annexes........................................................ 96
1. Les plus-values latentes. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 96
2. Marge de solvabilité, actif net réévalué, embedded value,
appraisal value et fair value. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 99
3. Exercices. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 101
Table des matières 343

Chapitre 4 - Le modèle simple de l'assurance.............. 105


1. Aléa et résultat de l'assureur.. . . . ..... .. .. . .. .. . . .. . . .. ... . .. 106
1.1. Exemple numérique de référence........................ 107
1.2. Étude générale. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 108
1.3. Un cas particulier: l'assurance temporaire décès. . . . . . . . . 114
1.4. La diminution du risque de ruine par la réassurance. . . . . 117
2. Tarification de risques homogènes. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 121
2.1. Tarification de risques homogènes ............................ .
2.2. La segmentation........................................ 123
2.3. La prise en compte des facteurs d'évolution. . . . . . . . . . . . . . 126
3. Le résultat réel observé. .... .. . . .. .... . .. . .. ...... .... ... .. . .. 126
3.1. Comptabilité et statistiques comptables. . . . . . . . . . . . . . . . . 127
3.2. L'enregistrement des contrats et des sinistres.... ... ..... 128
3.3. Le résultat observé conduit-il à modifier le tarif?. .. .. . . 128
Annexes. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 128
1. Les risques identiques et indépendants : contre-exemples. 128
2. La conjugaison de l'incertitude de tarification et de l'aléa
sur le résultat. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 132
3. Crédibilité et tarification. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 133

Chapitre 5 - Le modèle de l'assurance auto................ 137


1. Aléa et résultat de l'assureur. . . ... . .. ... . .. . .. ... ... . ... . . . .. 138
1.1. Présentation du modèle fréquence-coût . . . . . . . . . . . . . . . . . . 138
1.2. Le nombre de sinistres. ... .. . .... .. .. ... .. ....... . . ... . . 139
1.3. Le coût d'un sinistre... . . . ... . . .. . .. . .. . . . .. . ... . . . . . . .. 140
1.4. La charge globale des prestations... . . .. ..... ... . . .. ..... 146
1.5. Étude d'un plafond et d'une franchise................... 147
1.6. Cas des sinistres à écart-type non borné. .. ... .... . . . .. . . 150
2. La tarification et la segmentation du tarif. . . ... . . .. . ... .. . .... 151
2.1. L'estimation de la prime pure. .. ... . . . . .. . .. . .. . . . . . . . . . 152
2.2. Antisélection et segmentation tarifaire. . . . . . . . . . . . . . . . . . . 154
2.3. La prise en compte de plusieurs facteurs de tarification.. 159
3. Les provisions pour sinistres à payer et le résultat réel observé. 162
3.1. Comptabilité et statistiques comptables. .. . . . . . . . .. . . .. . 162
3.2. La nécessité d'une comptabilité par exercice de survenance 163
3.3. L'évaluation statistique des sinistres à payer. . ... . . . . . . . . 165
Annexes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 178
1. La décomposition fréquence-coût. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 178
2. Les deux modèles de nombres de sinistres. . . . . . . . . . . . . . . 179
3. Segmentation du tarif en fonction de deux critères. . . . . . . 180
4. Scoring et tarification. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 185
5. Variantes aux calculs de provisions. . .. .. . . . . .. . . . . . . .. . . 191
6. Exercices. .... . . . . .. .... . .. ... ..... . . . ... .. . . . . . .. .. . . . . 193
344 Assurance: comptabilité, réglementation, actuariat

Chapitre 6 - Le modèle de l'assurance vie.................. 201


1. Aléa et résultat de l'assureur . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 202
1.1. Un exemple simple ..................... , . .. .. . .. . ... . . . . 202
1.2. Les probabilités viagères. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 203
1.3. L'aléa de mortalité comparé aux erreurs de tarification.. 205
2. La tarification. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 212
2.1. Taux d'intérêt technique et risques financiers. .. .. .. .. ... 212
2.2. La table de mortalité... ... ... . ..... .... ... .. . ..... . .. .. 215
2.3. Les deux manières d'intégrer les frais de gestion. . . . . . . . . 216
2.4. Le contrat d'assurance vie comme compte courant
probable. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 220
3. Les provisions mathématiques et le résultat annuel observé. . . . 220
3.1. Les provisions mathématiques. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 220
3.2. Le rachat du contrat par l'assuré avant terme........... 227
3.3. Résultat espéré et résultat réel. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 228
Annexes. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 235
1. L'ajustement d'une table de mortalité................... 235
2. Les divers taux actuariels d'un contrat d'assurance vie. . 244
3. Le contrat d'assurance vie présenté comme un compte
courant probable....................................... 247
4. Calculs de VAP et notations internationales. . . . . . . . . . . . . 252
5. Les méthodes classiques de tarification. . . . . . . . . . . . . . . . . . 258
6. Zillmérisation et dézillmérisation ..... '" ..... ... .... .... 264
7. Résultat de l'année et capital sous risque. ... .. ... . ... .. . 268
8. Les risques de taux encourus par l'assureur.............. 271
9. Exercices.. ... . . .. .. ... .. . .. . . .... . . .. . .. ..... .. . ... ... . 278
10. Tables de mortalité TV, TD et TPRV................... 284

Extraits du Code des assurances. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 285

Bibliographie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 333

Index des notations. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 335

Index thématique. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 337


Cet ouvrage a été achevé d'imprimer en janvier 2011
dans les ateliers de Normandie Roto Impression s.a.s.
61250 Lonrai (Orne)
N° d'impression: 11-0048
Dépôt légal: février 20 Il

Imprimé en France