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INRA Prod. Anim.

,
2008, 21 (1), 45-58 Système d'élevage, un concept
pour raisonner les transformations
de l'élevage
B. DEDIEU1, P. FAVERDIN2, J.-Y. DOURMAD3, A. GIBON4
1INRA, AgroParisTech, CEMAGREF, ENITAC, UMR1273 Metafort, F-63122 Saint-Genès Champanelle, France
2 INRA, Agrocampus, UMR1080 Production du lait, F-35590 Saint-Gilles, France
3 INRA, Agrocampus, UMR1079 Systèmes d’Elevage, Nutrition Animale et Humaine, F-35590 Saint-Gilles, France
4 INRA, INPT-ENSAT, UMR1201 Dynamiques Forestières dans l'Espace Rural, F-31326 Castanet-Tolosan, France

courriel : benoit.dedieu@clermont.inra.fr

Le concept de «système d’élevage» vise à rendre compte des interactions entre dimensions
humaines et dimensions biotechniques de l’activité d’élevage. Cet article illustre comment le
concept et les méthodes d'approche se renouvellent pour répondre aux enjeux du dévelop-
pement de l'élevage.

L’élevage, c’est «l’action d’élever bilité de l’activité, on est passé à des 1 / Le concept de système
des animaux domestiques» (Larousse). questionnements sur produire pour un
Dès cette définition, apparaît la dualité développement durable des territoires1. d’élevage
de ce terme «élevage», tout autant acti- Ces mutations ont bien sûr fortement
vité humaine que techniques d’exploi- marquées les développements théo- Le concept de système d’élevage
tation d’un ensemble d’animaux. Le riques autour des recherches sur les s’est imposé comme un moyen de ren-
concept de «système d’élevage» a été systèmes d’élevage. Elles ont aussi été dre compte de résistances à l’adoption
élaboré dans les années 80 par des zoo- déterminantes du type de connaissan- de techniques d’intensification fourra-
techniciens (Landais 1987, Gibon et al ces et de méthodes opérationnelles qui gère et animale, de comprendre et
1988) pour rendre compte de cette dua- en sont issues pour raisonner les trans- d’analyser les performances animales
lité et développer, sur cette base, un formations de l’élevage. en milieu paysan. Le terme est ainsi
cadre théorique et méthodologique per- évoqué d’abord dans les zones margi-
mettant d’aborder les transformations L’approche de l’activité d’élevage nales françaises et en Afrique, là où le
de l’activité d’élevage dans une comme un système fédère depuis les modèle dominant d’intensification pei-
perspective de compréhension, de années 90 la communauté «Livestock nait à s’imposer (thèses d’A. Gibon et
conseil et/ou de prospective (Béranger Farming System» de la Fédération P. Lhoste pour ne citer que les travaux
et Vissac 1994). Européenne de Zootechnie (Gibon et al fondateurs). Deux familles de considé-
1999). L’émergence de ce mouvement, rations ont justifié et justifient toujours
Depuis les années 80, le concept de dans lequel la France a joué un rôle aujourd’hui le concept. D’une part,
«système d’élevage» a connu de nom- majeur, a répondu à l’évolution des tous les éleveurs ne conduisent pas leur
breux développements. Ils ont visé questions relatives au développement troupeau à l’identique et n’obtiennent
d’une part à mieux comprendre et for- de l’élevage, tout d’abord pour les pro- pas le même niveau de performances,
maliser des ressorts, les logiques et les ductions d’herbivores en milieu diffici- sans qu’on puisse en imputer simple-
matérialisations concrètes de l’élevage le puis dans tous les types de contextes ment la raison à l’arriération de certains
vu comme une activité humaine, et géographiques et pour tout type de pro- ou à la faible efficacité du transfert des
d’autre part à approfondir des connais- duction animale (par exemple Martel connaissances. Partant du constat que
sances sur le fonctionnement dyna- et al 2007 en production porcine). «les éleveurs ont des raisons de faire ce
mique de l’animal et du troupeau dans L’objectif de cet article est de préciser, qu’ils font» (Osty 1978), la diversité
des situations réelles qui sont souvent à travers des travaux de groupes de des conduites et des performances s’ex-
éloignées d’une gestion individuelle à recherche français auxquels les auteurs plique en partie par la diversité de ce
l’optimum. Parallèlement, les questions ont été associés, les bases des méthodes qu’attendent les éleveurs de leur activi-
vives touchant l’élevage ont profondé- d’études des systèmes d’élevage et té. D’autre part, dans les zones où la
ment évolué : de produire plus pour d’illustrer l’intérêt de ces approches à disponibilité de ressources alimentaires
nourrir le pays et pour assurer la renta- l’aide de quelques résultats. conserve un caractère incertain, les éle-

1 En passant par produire de façon plus économe et autonome, produire pour le marché (qualité et répartition dans le temps des mises en marché), produire sans
dégrader ou en préservant l’environnement, en respectant mieux le bien-être animal.

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Figure 1. Trajectoires productives de brebis dans les troupeaux d’éleveurs Wolof en zone sahélienne, Sénégal (Moulin 1993).

veurs visent à combiner objectifs de des individus, des lots, des cycles de animaux ou des ressources, la composi-
production et résistance aux aléas en production et du renouvellement du tion du troupeau).
s’appuyant sur plusieurs sources de troupeau.
flexibilité comme : i) l’aptitude des L’action de l’homme relève de trois
femelles à mobiliser et reconstituer L’ensemble forme de fait un tout registres : gérer et renouveler l’entité
leurs réserves corporelles (Dedieu et al particulièrement complexe d’élé- troupeau, gérer et renouveler l’entité
1991), ii) l’organisation d’une diversité ments en interaction. La modélisation ressources (fourragères, mais égale-
de périodes de production du troupeau systémique (LeMoigne 1984, Legay ment main-d’œuvre et informations –
et, sur le long terme, d’une diversité de 1997) est alors un cadre tout à fait Magne et al 2007), assurer l’adéquation
carrières productives animales (Tichit approprié pour formaliser et étudier le entre dynamiques des ressources et du
et al 2004), iii) une politique de réfor- comportement d’un tel objet com- troupeau dans le temps (sans forcément
me autorisant des épisodes d’infertilité. plexe. chercher à l’assurer à chaque instant).
La figure 1 schématise ainsi la diversi-
té des carrières productives de brebis en Le système d’élevage est défini Les pratiques d’élevage constituent
milieu difficile sahélien, avec des inter- comme «un ensemble d'éléments en un objet d’étude central pour l’étude
valles entre agnelages très variés, par- interaction dynamique, organisé par des systèmes d’élevage (Landais et
fois très longs. Moulin (1993) a montré l'homme en fonction de ses objectifs, Deffontaines 1989). Le zootechnicien
que cette diversité constituait, pour les pour faire produire (lait, viande, cuirs accède aux logiques productives et
éleveurs, une sécurité vis-à-vis des et peaux, travail, fumure...) et se repro- règles de décisions de l’éleveur à partir
aléas portant sur l’ampleur de la saison duire un collectif d’animaux domes- de leur étude. Il analyse également l’ef-
sèche. tiques en valorisant et renouvelant dif- fet des combinaisons de pratiques sur
férentes ressources» (adapté de Landais les transformations de l’état du trou-
On retrouve ici les deux lignes essen- 1987). En référence à la littérature sys- peau. Ces dernières donnent lieu à pro-
tielles qui fondent les approches de la témique, le système d’élevage est vu duction animale et au renouvellement
zootechnie des «systèmes d’élevage» : comme un système «biologique finalisé de la composition de ce troupeau.
– se donner les moyens d’accéder aux et piloté». Il peut ainsi être représenté L’itinéraire de gestion de la production
logiques propres des éleveurs (objectifs (figure 2) comme le couplage entre un et du renouvellement du troupeau cor-
et modalités de cohérence de la conduite) sous-modèle d’information et décisions respond ainsi à la combinaison, à
qui ne sont ni données, ni uniformes a de l’éleveur et un sous-modèle biotech- l’échelle de la campagne, des pratiques
priori, et dont il faut tenir compte dans nique d’élaboration de la production du d’allotement, de renouvellement, de
tout processus d’analyse et d’évaluation troupeau, les deux sous-modèles étant reproduction, d’alimentation, sanitaires
des résultats des unités de production, reliés d’une part par les pratiques (qui et de mise en marché.
– rendre compte des processus d’éla- traduisent et matérialisent les décisions
boration de la production en précisant et constituent des facteurs de change- Ce cadre général a conduit à des
les modalités d’interaction entre les ment d’état ou de composition des enti- approfondissements concernant chacun
fonctionnements biologiques animaux, tés biologiques) et d’autre part les des sous-systèmes. Celles-ci soulignent
sur le court et le long terme, et la gestion retours d’information (sur l’état des les enjeux d’interaction entre les

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Figure 2. Le système d’élevage vu comme l’articulation d’un sous-système décisionnel tion de la succession d’actions concrè-
et d’un sous-système biotechnique (Landais et Deffontaines 1989). tes positionnées dans le calendrier.
Les emprunts aux sciences de gestion
(Sebillote et Soler 1989), mais aussi
aux théories sociologiques de l’action
(Darré et al 2004), et enfin à l’ingénie-
rie des connaissances (Hubert et al
1993) ont ainsi balisé la dynamique des
recherches.

L’exploration du fonctionnement
dynamique de l’animal entier a été
relancée par les approches «systèmes
d’élevage», notamment avec i) l’analyse
des carrières des reproductrices (Lasseur
et Landais 1992…) et les facteurs jouant
sur leur longévité, ii) l’étude du compor-
tement de l’animal placé dans un lot
(Ingrand 2003) et iii) d’une façon plus
générale, le développement de modèles
traitant des lois de réponse animale à
une large gamme de pratiques (ou fac-
teurs) d’élevage (par exemple Blanc et
al 2002) pour l’intervalle vêlage-saillie
fécondante (figure 3), ou Dourmad et al
(2008) pour la nutrition des truies au
cours de leur carrière).
Figure 3. Formalisation de l’influence combinée de la note d’état corporel et de l’expo-
sition au taureau sur l’anoestrus post-partum de la vache allaitante (Blanc et al 2002).
2 / Diversité et complexité.
Adaptations et innovations

Le développement des méthodes de


suivi, enquête et typologie a permis la
caractérisation de la diversité et de la
dynamique intra-régionale des systè-
mes et l’évaluation de marges de pro-
grès respectant les logiques propres à
chacun d’entre eux. Des études ont été
ainsi réalisées dans de nombreuses
régions tant en France, en Europe que
dans le reste du monde. Dans la région
du Nordeste Brésilien par exemple la
dynamique des activités d’élevage, très
intense, a été modélisée par Caron et
Hubert (2000, figure 4) pour rendre
recherches sur le fonctionnement dyna- d’aide à la décision) met en jeu l’ex- compte des étapes successives d’inten-
mique de l’animal, l’agronomie et les pression : i) d’un «projet de produc- sification de la production. Ainsi ont
sciences sociales pour développer l’ap- tion» ou plus largement de ce que les été explorés des systèmes d’élevage
proche «système d’élevage». La forma- éleveurs attendent de leur activité pro- innovants mis en œuvre en milieu réel.
lisation du processus décisionnel ductive (cf. encadré), ii) d’une stratégie Innovants par i) les logiques propres
(indispensable pour qui vise un objectif et d’un pilotage jusqu’à la matérialisa- des agriculteurs (Alard et al 2002),

Ce qu'attendent les éleveurs de l'activité d'élevage


L'élevage est une activité économique, au sens où elle est associée à des gains et dépenses qui sont toujours essentiels à considérer
pour comprendre et évaluer le système. Mais peut on pour autant en déduire que la maximisation du profit est la seule finalité des
décisions des éleveurs ? Trois types d'approche (empruntant à l'économie, la gestion et la sociologie) conduisent à nuancer cet
énoncé :
– l'étude des fonctions assignées à l'activité d'élevage qui se révèlent différentes. Par exemple le troupeau peut avoir une fonction
d'épargne, une fonction de production seule source de revenu pour un ménage ; une fonction de complément de revenu sécurisant une
combinaison d'activités (agricoles ou non) ;
– l'étude des propriétés attendues du système. Au-delà d'une productivité autonome du troupeau élevée, les éleveurs peuvent
également privilégier d'autres propriétés : sécurité, prévisibilité, flexibilité… (Dedieu et al 2008) ;
– les éleveurs ont des «normes sociales de production» (c'est-à-dire des façons de produire qui sont légitimes dans leur entourage social)
qui balisent le champ des possibles de ce qui constitue l'ossature des schémas techniques et ce qui peut évoluer (Lemery 2003).

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Figure 4. Types de systèmes d'élevage dans le Nordeste et transitions (Caron et a en effet tendance à se développer, y
Hubert 2000). compris dans notre pays, alors même
que le postulat d’un élevage spécialisé
demeure très prégnant dans les recher-
ches zootechniques.

Il n’est pas inutile de rappeler que


l’approche des systèmes d’élevage en
ferme a nourri une évolution radicale
des méthodes du développement agri-
cole. On est ainsi passé d’une logique
de transfert des connaissances et tech-
niques produites par la recherche vers
les agriculteurs «applicateurs» 1/ à une
logique de production de connaissances
sur la diversité et la complexité de
l’élevage d’une part, et 2/ la recherche
de voies d’amélioration des résultats ou
d’accompagnement des mutations des
exploitations faisant référence à ce
niveau de cohérence qu’est le système
d’élevage, d’autre part. Les réseaux
d’élevage de l’Institut de l’Elevage,
pour le conseil et la prospective, en
sont une illustration.
ii) la spécificité de certaines conduites, nomique (Landais et Balent 1993,
adaptées aux nouvelles conditions Ingrand et al 2001). La figure 5 illustre Le développement de simulateurs du
(baisse du chargement, accroissement ainsi les axes de différenciation des fonctionnement de systèmes d’élevage
de la taille des troupeaux, amélioration stratégies d’élevage dans les situations a été un autre axe important des recher-
de la qualité des produits …) découlant de pluriactivité avec élevage ovin en ches. Ces modèles permettent d’explo-
des injonctions des politiques agricoles Auvergne (Fiorelli et al 2007a). Ce rer de façon virtuelle l’effet de change-
et de l’évolution du contexte socio-éco- contexte d’élevage, loin de disparaître, ments de conduites ou la sensibilité du
comportement des systèmes à des aléas
(climat, baisse brutale de fertilité du
Figure 5. Diversité des stratégies d’élevage ovin pluriactifs. Facteurs de différenciation troupeau, variation de prix…). Là
et caractéristiques des exploitations (Fiorelli et al 2007a). encore, il s’agit d’une dynamique inter-
nationale (Cox 1996), qui vise l’aide à
la décision, le développement d’ap-
prentissages sur le fonctionnement de
tels systèmes complexes et enfin la
conception de systèmes innovants. Les
simulateurs s’appuient cependant sur
des développements le plus souvent
orientés vers l’un ou l’autre des 3 regis-
tres de l’action d’élever un troupeau, en
simplifiant souvent à l’extrême les au-
tres. Ainsi, les modèles de fonctionne-
ment de troupeaux, travaillés en France
depuis les années 90, privilégient l’étu-
de de l’impact sur la production et la
composition du troupeau des stratégies
de reproduction, de renouvellement
et/ou d’allotement, et ce sur le long
terme. Les modalités de gestion des
ressources et même les règles d’ali-
mentation y sont souvent réduites à leur
plus simple expression. Par exemple,
Caractéristiques des exploitations (EA) par stratégie d'élevage (min-max/moyenne) Cournut et Dedieu (2004) ont exploré
Caractéristiques des exploitations (EA) par stratégie d’élevage (min-max/moyenne) par simulation la sensibilité de la pro-
Productivités ductivité d’un troupeau ovin conduit en
Stratégie d’élevage
Nbre
d’EA
Taille
des EA (ha)
Nbre de brebis
Age de l’activité
agricole (années)
numériques trois agnelages en deux ans («3 en 2»)
G1 Amortisseur 4 40-60 /46 75-225/160 12-38/26
(agneau/brebis/an)
0,8-0,9/0,9
à des modifications de règles de
G2 Productivité élevée 8 13-120/70 105-620/399 1-36/21 0,9-1,6/1,4
conduite ou des chutes brutales de
G3 Passion et ambition technique 7 13-28/18 70-400/175 1-30/9 1-1,4/1,2 niveau de fertilité des brebis (figure 6).
G4 Passion et compromis 3 20-45/30 80-110/92 15-17/16 1,1-1,5/1,3 Tout en mettant en évidence les capaci-
G5 Simple et en famille 11 16-100/45 50-600/199 6-21/15 0,7-1,2/1,1 tés de régulation importante du système
G6 Dans l’incertitude 2 16-18/17 46-90/68 6-17/12 / «3 en 2», le modèle suggère l’intérêt

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Figure 6. Performances annuelles simulées d’un troupeau ovin conduit en 3 agnelages plifications notamment sur le volet
en 2 ans selon les règles de conduite adoptées. Simulateur Tutovin (Cournut et Dedieu troupeau. L’absence de vision réelle-
2004). ment intégrée dans les simulateurs
n’est pas gênante en soi, dans la mesu-
re où les projets sont souvent justifiés
par des questions spécifiques qui auto-
risent ces simplifications. Elle peut le
devenir lorsque les modélisations infor-
matiques ont pour objectif la concep-
tion de systèmes d’élevage innovants,
ce qui est de plus en plus leur perspec-
tive affichée.

La mise en œuvre d’expérimentations


de longue durée destinées à mettre au
point des paquets technologiques inno-
vants adaptés aux conditions naturelles
et socio-économiques locales est assez
ancienne. Les toutes premières remon-
tent aux années 1970 (Flamant, Thériez
et al sur le domaine de La Fage sur les
Causses du Larzac ; Petit et al sur les
domaines de Marcenat et Laqueuille
dans les montagnes d’Auvergne).
En abscisse les changements de règles par comparaison avec le témoin (conduite en vigueur L’expérimentation «système» constitue
dans le domaine expérimental de l’INRA de Theix 1974-1981).
De gauche à droite : agnelles mars : une seule période de conservation d’agnelles - nées en mars ; un prolongement de ces premières
pratique de l’échographie ; avancement de l’âge butoir à la réforme à 5 ans ; réforme pour infer- approches. On peut la définir comme
tilité dès le premier échec ; diminution de 17% de la fertilité à la lutte. un processus expérimental visant : i) à
modéliser le pilotage de systèmes
d’une seule période de conservation à l’extrême la dynamique de produc- d’élevage. Il s’agit de définir, à partir
des agnelles de renouvellement et de la tion et de renouvellement du troupeau. de connaissances explicitées, les règles
pratique systématique de l’échographie Les modèles qui mettent l’accent sur stratégiques et opérationnelles de
(figure 6). A l’inverse, les modèles trai- les modalités de gestion du système conduite adaptées à la mise en œuvre
tant de la gestion de la production fourrager (Girard et al 2001) et les d’un projet finalisé d’élevage, ii) à vali-
d’herbe, permettant de tester l’effet des interactions entre production animale, der ces modèles par un test pluriannuel
règles d’allocation et d’utilisation des dynamique de la végétation et biodiver- et en situation contrôlée d’un système
surfaces, ou la façon de prendre en sité (Jouven et Baumont 2008) sont (troupeau-surfaces-règles de conduite)
(Dedieu et al 2002). Le tableau 1 illus-
compte la diversité des ressources four- plus complets (figure 7) mais consen- tre les résultats techniques, écono-
ragères (Andrieu et al 2008) simplifient tent quand même à de nombreuses sim- miques et de dynamiques de la végéta-
tion d’une expérimentation comparant
Figure 7. Entrées et sorties du modèle conceptuel SEBIEN visant à traiter des inter- sur 4 ans l’effet d’un ensemble de
actions troupeau-ressources herbagères-conduite en élevage bovin allaitant (Jouven et règles de conduite d’un système ovin
Baumont 2008). extensif visant la maximisation de la
marge brute et celles, pour une même
ferme, visant l’entretien du territoire
tout en assurant une production anima-
le de bonne qualité. Le corps de règles
proposé pour ce dernier système, privi-
légiant l’ajustement fin des prélève-
ments (par le choix des périodes de
mises bas, l’allotement et la circulation
des lots) de façon à maîtriser au prin-
temps la croissance des broussailles et
en hiver les accumulations d’herbe
s’est montré, au final, très performant y
compris sur le plan économique.

3 / Nouvelles questions et
nouveaux cadres pour les
systèmes d’élevage

L’évolution des questions posées à


l’élevage a été un puissant moteur
d’orientation des recherches et par là

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Tableau 1. Résultats technico-économiques du système à double finalité production et de l’activité d’élevage, c’est bien l’arti-
entretien du territoire (S2Fi) et du système à finalité maximisation de la marge brute culation de ces travaux avec d’autres
(S1Fi) (Dedieu et al 2002). ayant des caractéristiques temporelles
variées qui est la principale difficulté
de l’organisation du travail. Sur la base
de la différabilité d’une journée à l’au-
tre, nous distinguons le travail d’as-
treinte (non différable) et le travail de
saison (différable) ;
– les tâches sont une des données (le
travail à faire) de l’organisation,
ensemble de décisions qui visent à divi-
ser et associer tâches et travailleurs. Or
tous les travailleurs ne sont pas équiva-
lents de par leur fonction dans le collec-
tif et le type de contrepartie à leur par-
ticipation au travail. Les exploitants
Chaque système comprend deux îlots (siège : 2/3 de la surface ; éloigné 1/3 surface). pilotent l’organisation du travail au
sens où celle-ci rend compte de leurs
même des voies de renouvellement de qu’il est aussi un travailleur et l’organi- attentes en termes de qualité, rythme et
leurs fondements conceptuels et métho- sateur d’un travail en pleine mutation efficacité du travail, et de la nécessité
dologiques. Nous illustrerons deux sur sa ferme (Madelrieux et Dedieu de composer avec les impératifs liés à
exemples qui nous conduisent à repen- 2008). Comme travailleur, l’exploitant leurs autres activités. Alors que les
ser la façon de formaliser et de modéli- s’intéresse à ses conditions de vie au bénévoles retraités, l’entraide, les sala-
ser le système d’élevage. La première travail (pénibilité, durée, rythme, pres- riés complètent la main-d’œuvre,
question est celle du travail, posée par sion mentale) qu’il peut vouloir amé- comme une ressource pour l’exécution
les éleveurs eux-mêmes. La seconde liorer à l’instar des autres professions. des tâches ;
question est celle des effluents d’éleva- Ainsi, améliorer ses conditions de vie – l’organisation du travail à l’échelle
ge, plus largement des interactions au travail est désormais reconnu de l’année résulte de l’enchaînement de
entre élevage et environnement, pour comme pouvant faire partie, et de façon périodes qui ont des caractéristiques
lesquelles la société attend des évolu- significative, des projets des exploi- organisationnelles différentes. Ces
tions de façons de produire. tants au même titre que de gagner de périodes ne sont pas définies a priori
l’argent. Comme organisateur du tra- mais expriment bien des modalités
3.1 / Le travail des éleveurs et le vail, l’exploitant dispose de plusieurs d’interaction spécifiques à chaque cas
leviers d’amélioration de sa situation : entre les impératifs techniques, les
fonctionnement des systèmes i) repenser la main-d’œuvre qui tra- rythmes de présence des travailleurs et
d’élevage vaille sur l’exploitation, les modalités le poids des autres activités des exploi-
La question du travail est progressi- de l’intervention de collègues, l’intérêt tants sur l’organisation du travail.
vement devenue incontournable pour du salariat partagé, les substituts à l’ai-
qui s’intéresse aux mutations de l’éle- de précieuse d’un parent à la retraite ; b) Qualifier et évaluer l’organisation
vage pour trois raisons : la productivi- ii) raisonner les équipements et les du travail
améliorations de bâtiments en pensant
té du travail est un facteur primordial à son travail tout autant qu’aux avan- Plusieurs méthodes ont été dévelop-
de la compétitivité qui justifie bien cées techniques, par exemple à l’espace pées sur cette base, de façon à proposer
souvent l’agrandissement des trou- disponible pour ses bêtes ; iii) adapter des éléments de qualification de l’orga-
peaux ; les réponses à apporter aux sa conduite technique, pour alléger le nisation et d’évaluation, en premier lieu
demandes de la société (environne- besoin en travail à certaines périodes, sur la base d’indicateurs de temps de
ment, bien-être) et de filières modifient passer moins de temps dedans que travaux (Dedieu et al 2006). Dans la
le contenu du travail ; les éleveurs sont dehors, se donner la possibilité de méthode «Bilan-Travail», l’efficience
de plus en plus attentifs à leurs condi- reporter certaines tâches si «çà coince». du travail est approchée par des indica-
tions de vie au travail. Par ailleurs, les Détailler la conduite d’élevage a un teurs du type «temps de travail d’as-
collectifs de travail changent (agricul- sens pour l’analyse du travail. treinte annuel par UGB» dont on peut
teurs seuls, associations non familiales, ainsi étudier les facteurs de variation
salariat…), ce qui contribue également a) Intégrer la dimension travail dans (effectif animal, répartition des mises
à modifier les représentations du tra- l’approche des systèmes d’élevage bas, durée d’hivernage, main-d’œuvre,
vail. Cet ensemble de questions amène équipements…). L’organisation est
deux remises en cause profondes du La façon de relier conduite tech- qualifiée relativement à la contribution,
cadre de représentation du système nique, organisation et durée du travail période par période, des exploitants et
d’élevage : l’une touche la façon dont s’appuie sur trois principes essentiels des autres travailleurs aux différents
nous représentons l’éleveur, l’autre la (Dedieu et al 2006) : travaux. Elle est évaluée au travers
formalisation des pratiques et l’évalua- – la conduite du troupeau et des sur- d’une estimation de la marge de
tion de leurs effets (Pomiès et al 2008). faces peut s’exprimer sous forme d’un manœuvre des exploitants pour la réali-
ensemble de tâches. Mais ces tâches ne sation d’autres activités dans l’exploi-
L’éleveur est considéré comme le sont pas équivalentes ni additives et tation (ou en dehors) et disposer de
manager technique dans les modèles de doivent être distinguées selon leur ryth- temps libre. Le tableau 2 illustre deux
systèmes d’élevage. Mais la montée me et leur différabilité. Si le travail cas d’exploitations ovines, relativement
des questions de travail pointe le fait quotidien répétitif est assez structurant voisines en termes de taille (importante)

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Tableau 2. La diversité des formes d'organisation du travail. Exemple de 2 exploitations impliqué d'avoir recours à de nouveaux
ovines du Montmorillonnais (Dedieu et al 2006). ingrédients. Ceci a permis de réduire
significativement le flux des nutriments
entrant dans l'exploitation et par consé-
quent le flux épandu sur les sols et les
risques pour l'environnement. Par
exemple, les flux d'azote épandu et
d'ammoniac émis ont ainsi été réduits
de 15 à 25% (Dourmad et Henry 1994)
ceux de phosphore de plus de 30%
(Jondreville et Dourmad 2005) et ceux
de cuivre de plus de 60% (Jondreville
et al 2002). Cependant, ces approches à
l’échelle de l’animal permettent d’ac-
croître l’efficience d’utilisation des
et de revenus (confortables : supérieur à fortes concentrations animales. Au- intrants alimentaires mais ne présagent
à 30 k€ par an), mais qui différent par delà de leur dimension territoriale, pas des risques à l’échelle du système
la place des questions de travail dans les problèmes environnementaux aux- d’exploitation.
les objectifs, le degré de simplification quels l’élevage se trouve confronté se
technique mis en place et au final leur réfèrent à quatre formes d’impacts En effet, la dimension environnemen-
marge de manœuvre. L’éleveur A a une majeurs : la qualité de l’eau, la qualité tale est au cœur des interactions de l’ac-
autre activité gourmande en temps. Il de l’air, la qualité des sols et la biodi- tivité d’élevage avec les autres compo-
cherche à se dégager du temps. Il réali- versité. Le dernier type fait l’objet de santes de l’exploitation et nécessite une
se des choix radicaux en terme d’orga- modèles de systèmes fourragers du analyse des relations entre ateliers.
nisation du travail en simplifiant la type ce ceux évoqués dans la partie pré- Dans les exploitations d’élevage, la
conduite des brebis (un allotement par cédente. Nous nous limiterons ici aux sole cultivée produit les fourrages et
classe d’âge, une seule période de questions posées par les rejets polluants souvent des cultures dont une partie est
mises bas, élevage en plein air), et en issus de l’élevage. destinée à l’élevage qui, en retour, res-
sous-traitant la réalisation des stocks titue par le biais des effluents des élé-
pour pouvoir assurer lui-même les trai- a) La dimension environnementale ments fertilisants et de la matière orga-
tements sanitaires et des tris réguliers au cœur de la complexité du fonction- nique. Une vision restrictive qui ne
qui assurent la vente d’agneaux d’herbe nement de l’exploitation d’élevage prendrait en compte que la dimension
des émissions d’un système d’élevage
de qualité. L’éleveur B est spécialisé. Il
Limiter les impacts sur l’environne- pour aborder la dimension environne-
est tout autant éleveur que cultivateur
ment nécessite la production de mentale conduirait de toute évidence à
d’herbe (prairies temporaires) et de des conclusions erronées dans bien des
connaissances renouvelées sur l’animal
céréales (pour l’autoconsommation du cas. Ainsi, les régimes à base d’ensila-
et l’organisation du passage entre le
troupeau). Il assure, avec le minimum niveau animal et le niveau «activité ge de maïs bien équilibrés en azote
de recours à d’autres personnes, l’es- d’élevage dans l’exploitation». De conduisent par vache à des rejets infé-
sentiel des tâches qui sont associées à nombreux travaux ont été réalisés pour rieurs à ceux de régimes à base d’herbe
un système d’élevage avec deux pério- étudier et prévoir les différentes formes pâturée, alors qu'à l’échelle de l’exploi-
des de mises bas, un allotement selon le de rejets par les animaux (azote, carbo- tation, les risques pour l’environnement
niveau de besoins des brebis et un ne, phosphore, oligoéléments…) et peuvent être accrus dans les exploita-
hivernage complet du troupeau. Au plus généralement les émissions de tions utilisant majoritairement le maïs
final, le temps disponible de l’éleveur l'atelier d'élevage (Dourmad et al ensilage comme fourrage. En effet, à la
A est double de l’éleveur B. 2002). Après avoir mis en relation ces production de maïs ensilage sont asso-
rejets avec les performances, il est alors ciées deux autres caractéristiques
3.2 / La dimension environne- possible de proposer des conduites ali- importantes à considérer : une entrée
mentale oblige à revisiter la mentaires qui limitent les risques en d’azote accrue sous forme d’aliments
conception des systèmes d’éle- optimisant l’utilisation des nutriments. concentrés et un chargement (nombre
vage Chez les ruminants, des recommanda- de bovins par hectare) élevé. Au final,
tions ont été émises par exemple sur les exploitations dont la ration fourra-
La spécialisation des systèmes de l’azote (Vérité et Delaby 1998) et le gère est essentiellement à base de maïs
production, et des disciplines qui en a méthane (Vermorel 1995). En élevage ensilage présentent une quantité d’azo-
été le parallèle, ont permis de maximi- porcin, la prise en compte de l'impact te organique rejeté par hectare accrue
ser les rendements. Elles se sont fon- environnemental de l'exploitation a (Chatellier et Vérité 2003). La recher-
dées sur des approches monocritères conduit à profondément modifier les che d’une gestion optimale des ces flux
simples voire simplistes et des indica- pratiques d'alimentation des animaux de matières au sein de l’exploitation
teurs du type production par hectare ou qui jusqu'alors n'étaient raisonnées (ou entre exploitations au sein d’un ter-
par animal, au détriment d’une évalua- qu'en fonction de l'efficacité écono- ritoire) constitue une des voies d’amé-
tion multicritères des systèmes de mique. Le nombre de régimes distri- lioration importante de la durabilité des
production. Cette spécialisation a bués pour chacune des phases d'élevage systèmes. Baudon et al (2005) ont étu-
conduit, dans les régions céréalières, à a été augmenté, ce qui a nécessité de dié cette relation par modélisation dans
la diminution de la teneur en matière modifier les systèmes de stockage et les une exploitation associant cultures et
organique des sols, faute d’élevage, et à procédures de distribution des aliments. engraissement de porcs. Ces travaux
des problèmes de pertes excessives La composition des formules alimen- montrent que le chargement (nombre
d’éléments fertilisants dans les régions taires a également été changée, ce qui a de porcs produits par ha de culture)

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Figure 8. MELODIE : un simulateur pour déterminer les impacts environnementaux des exploitations d’élevage.

Pour mieux mesurer les conséquences pour l’environnement de différentes conduites au sein d’une exploitation d’élevage, une modélisation des
interactions entre les systèmes décisionnels et biotechniques a été développée, afin de simuler tous les flux des éléments à risque pour l’environne-
ment qui peuvent découler de décisions prises à court ou long terme. La modélisation de la planification des principales activités et du pilotage fin
des opérations permet d’assurer une simulation pluriannuelle cohérente des opérations sensibles au climat. Ce modèle permet d’évaluer l’efficacité
de différentes conduites d’élevage ou de différentes solutions techniques sur la durabilité des systèmes d’élevage tout en étudiant les capacités de
résilience du système face aux aléas climatiques (Chardon et al 2007).

permettant d'atteindre l'optimum éco- et système d’élevage. De plus, elles bles par l’expérimentation et de décrire
nomique est relativement proche de n’offrent en général qu’un nombre de très nombreuses variables difficile-
celui qui minimise l'impact environne- limité de descripteurs de l’état du systè- ment mesurables (figure 8).
mental. L'exploitation est alors autono- me, très rarement avec une approche
me en fertilisation et assure plus de dynamique. Par ailleurs, l’approche b) Des indicateurs environnementaux
60% de l'alimentation des animaux. expérimentale ne peut permettre à revisiter
Toutefois cet optimum dépend large- d’aborder qu’un nombre très restreint
ment des technologies utilisées pour la de situations étudiées et oblige à mesu- Les indicateurs utilisés pour l’évalua-
gestion des déjections. rer de très nombreux paramètres en tion environnementale consistent le plus
continu pour connaître le fonctionne- souvent à exprimer les différentes émis-
La modélisation constitue une démar- ment global de ces systèmes (Delaby et sions rapportées à une unité productive
che incontournable pour explorer ces al 1997). Les modèles actuellement (surtout pour les impacts globaux) ou à
interactions entre élevage et environne- développés autour des questions d’é- une unité de surface (surtout pour les
ment. En effet, si les études en ferme missions d’éléments à risque pour l’en- impacts locaux). L’Analyse de Cycle de
permettent d’approcher les différences vironnement permettent de décrire le Vie (ACV), issue de l’étude d’impacts
entre les grands types de systèmes, comportement dynamique des systè- des process industriels, permet d’évaluer
elles ne permettent pas d’étudier de lar- mes en interaction avec le climat l’ensemble des impacts et non plus sim-
ges gammes d’interactions entre struc- (Chardon et al 2007). Ils permettent plement des émissions, liées au cycle de
tures, combinaison d’ateliers agricoles d’accéder à des pas de temps inaccessi- vie d’un produit. Cette analyse a été
adaptée pour être appliquée en élevage
comme l’illustre le tableau 3 où sont
Tableau 3. Impacts environnementaux de différents systèmes de production porcine
(BP : bonnes pratiques agricoles, LR : label rouge, BIO : biologique), exprimés par kg
comparés les impacts environnementaux
de porc produit ou par hectare en valeur relative par rapport au système Bonnes de différents systèmes de production
Pratiques Agricoles (Basset et Van der Werf 2004). porcine (appliquant les bonnes pratiques
agricoles, les cahiers des charges biolo-
gique ou label rouge) (Bassett et Van der
Werf 2004). Si de nombreux efforts sont
aujourd’hui réalisés par la recherche
pour améliorer l’estimation des différen-
tes émissions, l’expression des impacts
en regard des productions est parfois
plus difficile en agriculture, en particu-
lier en élevage, car les produits sont sou-
vent multiples, même sans y inclure des
notions de service, et les phénomènes
complexes (stockage, dynamique des

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Système d’élevage, un concept pour raisonner les transformations de l’élevage / 53

phénomènes, interactions avec le cli- mes naturels et systèmes sociaux» portance des modalités d’organisation
mat). L’évaluation pertinente des (Vavra 1996). L’expression «change- spatiale des ressources fourragères, en
impacts de l’élevage requiert donc des ment constructif» renvoie clairement à particulier de la structure spatiale des
approches spécifiques et originales pour l’absence de modèle à adopter pour un parcellaires, sur les pratiques de gestion
prendre en compte toutes les dimensions développement durable d’une part, de l’espace et du troupeau. Les travaux
du problème. ainsi qu’à des choix de société et des ont également montré qu’au sein d’une
options politiques d’autre part. Vus même région d’élevage, les voies et les
4 / Systèmes d’élevage et sous cet éclairage, les défis concrets du marges d’amélioration de la conduite
développement durable à l’échelle technique des exploitations sont très
développement durable des locale sont aussi hétérogènes et com- variables, et étroitement contingentes
territoires ruraux plexes que le sont les sociétés humaines de l’hétérogénéité et de la distribution
et les milieux naturels ; spatiale des ressources dont elles dispo-
– les questions scientifiques majeures sent (Viviani-Rossi et al 1992). Une
Les exigences du développement de la recherche pour/sur le développe- autre orientation importante dans ces
durable conduisent aujourd’hui les grou- ment durable portent sur la durabilité recherches a concerné la gestion dura-
pes de recherches sur les systèmes des systèmes socio-écologiques. L’ac- ble des ressources naturelles à l’échelle
d’élevage à entreprendre des approches cent est mis sur l’analyse du fonction- du territoire et/ou du paysage. Dans les
intégrées à des échelles englobantes par nement de ces systèmes complexes, et travaux français, l’accent a été mis sur
rapport à l’exploitation agricole (Gibon celle des propriétés qui leur permettent les systèmes pastoraux, avec pour
2005). La notion de développement de perdurer dans le temps. L’étude de objectif premier de porter un diagnostic
durable est aujourd’hui vulgarisée dans ces propriétés renvoie à l’identification sur les relations entre changement des
toutes les sphères de la société, qui ont des éléments cruciaux pour leur repro- pratiques locales de gestion de l’espace
intégré la nécessaire référence aux ductibilité (Thompson et Nardone et dynamique de ressources naturelles
trois dimensions principales du déve- 1999), et à l’analyse de leurs capacités souvent sujettes à l’enfrichement. Ces
loppement (durabilité écologique, adaptatives ; travaux ont permis de mesurer le rôle
sociale et économique) et «la nécessité majeur de l’évolution des pratiques de
– ces questions appellent un renou- gestion de l’espace par l’élevage sur la
de s’intéresser aux conséquences pour veau profond des approches. Le dia-
les générations présentes et futures de perte de contrôle de la dynamique éco-
gnostic et la modélisation du fonction- logique des ressources et des paysages
la technologie actuelle et des orienta- nement de systèmes associant nature et
tions de développement prises» (rap- au cours de la seconde moitié du
société appellent en effet le développe- 20ème siècle (Mottet et al 2006).
port Bruntland). Mais, comme le souli- ment de méthodologies particulières,
gne la synthèse de Gibon et Hermansen fondées sur l’interdisciplinarité entre
(2006), le développement durable est La gestion durable des paysages est
sciences de la nature et sciences de la désormais explicitement inscrite dans
un concept aux multiples facettes, société, l’observation des systèmes
insuffisant en lui-même pour orienter la les objectifs des politiques de dévelop-
réels, et un dialogue «d’égal à égal» pement agricole et rural. Les travaux
recherche : il se réfère en effet à des avec leurs acteurs (Jollivet 1992). Les
choix de société fondés sur des valeurs entrepris récemment par un collectif de
objectifs de développement durable chercheurs français de l’INRA, du
éthiques, ce qui amène à le considérer appellent ainsi un changement profond
comme relevant de la sphère politique. Cemagref et du Cirad pour relier les
de posture des chercheurs dans leurs transformations de l’élevage aux dyna-
La notion correspondante dans la sphè- interactions avec le reste de la société. miques des espaces et des paysages ten-
re scientifique est celle de la durabilité Il ne s’agit plus uniquement pour eux tent de contribuer à éclairer ces nou-
des systèmes socio-écologiques «systè- de créer de nouvelles connaissances ou veaux enjeux de recherche et de
mes complexes constitués par les socié- technologies utiles au développement développement (Dedieu et al 2007). Ils
tés humaines, les écosystèmes et leurs et transférables aux autres acteurs, mais s’appuient sur une série d’études de cas
interrelations» (Holling et al 1998). aussi de coopérer avec d’autres acteurs en France, en Amérique du Sud et en
pour dessiner les voies d’un développe- Afrique (Ickowicz et al 2007). Si les
Les travaux sur la durabilité de systè- ment durable. Les nouvelles approches terrains concernés sont très variés, les
mes à l’interface entre nature et société des questions de développement s’ap- objectifs généraux des recherches pro-
reposent de plus en plus explicitement puient de plus en plus sur des méthodes pres à chaque site, en interaction avec
sur les théories relatives aux systèmes et démarches participatives, où cher- des partenaires locaux, sont similaires.
complexes adaptatifs. L’utilisation de cheurs et acteurs du système considéré2 Il s’agit d’établir des modèles de repré-
ces théories conduit à renouveler pro- mobilisent ensemble connaissances sentation et de simulation des dyna-
fondément la perception des questions scientifiques et connaissances «profa- miques des systèmes d’élevage et des
de développement durable ainsi que nes» (Sebillotte 2001). systèmes naturels à l’échelle du terri-
celle du rôle et des méthodes de la toire, et de construire des scénarios spa-
recherche pour/sur le développement. Les résultats des recherches interdis- tialement explicites de leurs transfor-
Ainsi, selon Gibon et Hermansen ciplinaires finalisées par le développe- mations à venir en référence aux
(2006) : ment de l’élevage et/ou des territoires préoccupations des acteurs locaux, en
– le développement durable est à en milieu difficile conduites dans les se basant sur les principes et méthodes
considérer non pas comme un «point années 70 offrent des éléments pour la de la prospective. Ces scénarios consi-
fixe à atteindre», mais comme «un modélisation intégrée des systèmes dèrent les principaux moteurs du
changement constructif dans les rela- d’élevage vus comme des systèmes changement des systèmes d’élevage :
tions complexes qu’entretiennent systè- socio-écologiques. Ils ont révélé l’im- modifications de l’environnement

2 Dans une problématique de développement rural, par exemple : agriculteurs et agents des filières de commercialisation, acteurs des autres filières économiques
et institutions de développement agricole et territorial.

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54 / B. DEDIEU, P. FAVERDIN, J.-Y. DOURMAD, A. GIBON

(politiques publiques, contexte écono- objectifs et les grandes étapes de cette des exploitations des villages au moyen
mique local et englobant) ; climat ; recherche pluridisciplinaire conduite d’une méthode d’enquête socio-tech-
dynamiques démographiques agricoles avec le Parc National des Pyrénées ont nique spatialisée. La catégorisation des
et rurales et leurs corollaires (diminu- été décrits par ailleurs (Dedieu et al logiques qui sous-tendent leurs pra-
tion du nombre et agrandissement des 2007). Le développement du modèle tiques de gestion de l’espace sur le
exploitations…). Les équipes locales intégré de simulation du changement temps long (Mottet et al 2006) a été
ont retenu une méthodologie commune des activités d’élevage et la dynamique validée en partenariat, ii) des études
de construction de modèle (Monteil des paysages visent à évaluer des scé- écologiques montrant que la fauche ou
et al 2008) : la simulation multi- narios prospectifs de changement sous un pâturage d’intensité supérieure à un
agents avec la plate-forme CORMAS différentes hypothèses de modification seuil, que les travaux ont permis de
(Bousquet et LePage 2004) et l’adop- de l’environnement local et global. Les quantifier, empêchent la colonisation.
tion des principes de la modalisation objectifs sont d’effectuer pour chacun Trois types de scénarios de changement
d’accompagnement (collectif ComMod des scénarios une simulation spatiale- sont développés sur la base des
2005). ment explicite des changements des connaissances expertes des partenaires
pratiques d’utilisation de l’espace sur et des résultats de recherche. Les critè-
Nous illustrons ici cette démarche de un territoire de référence (de la parcel- res pour l’évaluation des résultats des
modélisation intégrée sur l’étude de cas le au paysage), et une évaluation des simulations, en cours de définition,
relative aux Pyrénées, plus spécifique- paysages résultants au moyen d’indica- sont illustrés dans la figure 9. Ils
ment centrée sur les processus et les teurs appropriés. La conception du concernent les activités d’élevage et
conséquences du boisement spontané modèle et la démarche d’analyse des différentes fonctions des paysages :
par le frêne des paysages des prospective, actuellement en cours, cartes de couverts et d’utilisation des
Montagnes de Bigorre (figure 9)3. Les s’appuient sur : i) l’étude exhaustive terres, images virtuelles 3D des paysa-

Figure 9. Simulation de l’évolution prospective des couverts dans le paysage agricole. Etude de 3 scénarios dans les Montagnes
de Bigorre à l’horizon 2030 (Gibon et al non publié).

3 Les paysages y sont sujets à un processus de reboisement naturel par le frêne (Fraxinus Excelcior). Il s’agit d’un arbre très répandu dans les paysages agricoles
locaux, sous forme de haies ou de petits groupes d’arbres isolés ; sa feuille était utilisée comme fourrage dans les systèmes agro-pastoraux d’autrefois. Avec le recul
de l’élevage et les changements de l’utilisation des prairies, l’espèce connaît depuis cinquante ans une expansion au sein des paysages, sous forme de peuplements
forestiers de forte densité.

INRA Productions Animales, 2008, numéro 1


Système d’élevage, un concept pour raisonner les transformations de l’élevage / 55

ges, indicateurs d’état quantitatifs et pour en arriver aujourd’hui aux systè- peut être unique. L’intensification des
qualitatifs dérivés des cartes et des au- mes d’élevage dans les territoires et systèmes de production permet d’éco-
tres sorties des simulations. dans les filières (nous n’avons pas évo- nomiser les surfaces nécessaires à une
qué ici les travaux portant sur l’organi- production mais généralement accroît
Conclusion sation des filières locales de pro- les risques pour la qualité de l’eau, de
duction, qui mériteraient un développe- l’air (NH3) et des sols du fait de l'utili-
ment spécifique (Casabianca et al sation accrue d’intrants par ha. Elle
Utiliser le concept de «système d’éle- 1994)). La représentation des projets diminue généralement la biodiversité,
vage» aujourd’hui, c’est bien faire réfé- des exploitants s’affine, d’une part en confinant alors celle-ci dans des zones
rence à une vision qui considère intégrant d’autres dimensions que préservées. Par ailleurs, nombre de
comme étroitement liés au sein d’un l’économie (classiquement prise en solutions qui permettent de diminuer la
système complexe l’activité humaine et compte en zootechnie), et d’autre part pression sur une forme d’impact (ex :
les fonctionnements biotechniques de en reconnaissant la diversité du monde nitrates et eutrophisation) peuvent
l’unité de production animale. L’usage des éleveurs, de ses normes et de ses reporter le risque sur d’autres formes
de ce terme qui prévalait antérieure- valeurs qui fondent les façons d’agir à d’impacts (qualité de l’air et gaz à effet
ment en zootechnie n’embrassait que le court et long terme (Lemery et al 2005, de serre). Ainsi, l’enjeu est de bien éva-
second (dénommé système technolo- Fiorelli et al 2007b). La prise en comp- luer les diverses composantes des
gique ou biotechnique dans les théories te des phénomènes biologiques se com- impacts sur l’environnement et de les
des systèmes complexes), ce qui prête plexifie, en passant d’une vision fondée pondérer en fonction de la sensibilité
parfois encore à confusion dans les sur l’animal moyen à celle d’une col- du milieu qui peut varier suivant le
débats au sein de la communauté zoo- lection hétérogène et renouvelée d’ani- contexte pédo-climatique et surtout sui-
technique (Gibon et al 1999). Même si maux qui «fait troupeau», et aussi en vant l’utilisation du territoire. Ces
les questions évoluent avec le temps, abordant d’autres dimensions comme recherches, en développement, s’ap-
les fondamentaux demeurent : postu- les rejets ou les interactions animal- puient sur les différents types de dispo-
lats de complexité et de diversité ; végétation. Enfin les indicateurs du sitifs. Si les études en ferme se poursui-
importance de la compréhension et de fonctionnement des systèmes d’élevage vent, on peut noter le développement
l’évaluation de systèmes articulant pro- évoluent également : ceux relatifs à la de plates-formes d’expérimentations
jets d’acteurs et systèmes biotech- production du troupeau, son niveau, sa virtuelles (comme à l’INRA de Rennes)
niques à des échelles variées et emboî- qualité, sa répartition dans le temps et et d’expérimentations système : «Alte-
tées avec 1/ l’étude des pratiques leur lien à l’économie ont fait l’objet ravi» pour l’aviculture en plein air ;
comme moyen d’accéder aux raisonne- d’importantes avancées, même s’ils «Patuchev» pour la production caprine
ments des éleveurs et aux combinai- sont toujours à préciser. Bien d’autres à l’herbe ; site de Redon (Auvergne)
sons de facteurs qui modifient l’état du demeurent à construire pour rendre pour l’élevage ovin biologique et de
système ; 2/ la modélisation (mathé- compte des attentes des éleveurs et des
Mirecourt (Vosges) pour l’élevage
matique, informatique, graphique ; à enjeux de société.
bovin lait autonome.
base quantitative ou qualitative)
comme moyen d’accéder au comporte- L’évolution de ces enjeux de société
impulsent de nouvelles étapes, autour Raisonner les échelles territoriales
ment du système et 3/ la coopération plus larges est également plus que
avec les acteurs. des reformulations des questions de
développement durable appliquées non jamais impératif pour envisager au
seulement aux terroirs français ou euro- fond la question des relations entre éle-
Selon Tarondeau (1999), la flexibilité
stratégique d’une organisation se mesu- péens mais également à la planète toute vage et développement durable, celui-
re dans sa capacité à se transformer et à entière, soumise à la fois à une pression ci pouvant être, par la production ani-
évoluer avec son environnement. Force écologique forte mais aussi à une male, un facteur du développement
est alors de constater, par analogie, que explosion de la demande en produits mais également un support pour le
le concept de système d’élevage est animaux liée à l’élévation générale du maintien d’espaces ouverts, l’emploi,
flexible, et qu’il s’enrichit et se trans- niveau de vie, notamment en Asie. et la concrétisation d’initiatives collec-
forme avec les nouvelles questions tives fondées sur le lien au territoire. La
posées depuis 30 ans à l’élevage. Parce Concevoir des systèmes d’élevage à construction d’outils de simulation de
que les questions interrogent conjointe- la fois intensifs dans leur mobilisation systèmes socio-techniques exige de
ment les logiques d’élevage et les des facteurs de production mais égale- trouver une solution, même simpliste,
connaissances biotechniques, le con- ment écologiques, préservant l’air, pour articuler dans un même modèle de
cept permet aujourd’hui aux zootechni- l’eau et la biodiversité constitue de représentation les divers processus-clés
ciens d’aborder les questions que pose nouveaux défis à l’échelle de l’exploi- de la dynamique d’un système d’éleva-
le développement de l’élevage au car- tation. Ceux-ci doivent également pren- ge local, dans ses dimensions sociales
refour de considérations d’ordre envi- dre en compte les mutations de la forme et techniques et dans ses interactions
ronnemental, économique et social, familiale d’exploitation agricole et la avec les systèmes écologiques. Elle
comme l’exigent aujourd’hui les objec- nécessité de préserver les capacités exige la représentation de cet ensemble
tifs sociétaux de développement dura- d’adaptation des systèmes pour durer de processus à un ensemble de niveaux
ble. Il constitue par ailleurs un cadre dans un environnement caractérisé de d’échelle et de temps dont certains res-
très utile à l’établissement de collabo- plus en plus par l’incertitude sur les tent encore peu informés, comme en
rations avec d’autres disciplines que conditions de l’avenir (Dedieu et al particulier la dynamique longue des
ces questions rendent indispensables à 2008). A l’échelle de l’exploitation, les exploitations au cours et au-delà du
associer. Ainsi, les niveaux d’échelle approches multicritères sont nécessai- cycle de vie de la famille. Ainsi la
pris en compte ont évolué de la gestion res, ne serait ce que parce que la solu- démarche conserve-t-elle son aspect
des animaux dans le troupeau à celui de tion des problèmes environnementaux stimulant pour de nouveaux investisse-
l’activité d’élevage dans l’exploitation, posés par les systèmes d’élevage ne ments pluridisciplinaires.

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Résumé

Le concept de «système d’élevage» a été développé pour rendre compte et modéliser des interactions entre dimensions humaines et dimen-
sions biotechniques de l’activité d’élevage. Après avoir rappelé l’origine et les bases des approches intégrées de l’élevage, et les applica-
tions centrées sur les liens décisions-pratiques-performances de troupeau, nous montrons comment ce concept évolue pour traiter des
transformations de l’élevage, tant des attentes des éleveurs (pour un travail maîtrisé) que celles de la société (pour un plus grand respect
de l’environnement). La problématique du développement durable appelle un renouvellement des approches des systèmes d’élevage vers
l’étude des capacités adaptatives des systèmes socio-écologiques à l’échelle de territoires.

Abstract

Livestock Farming System, a concept when considering breeding transformations

The Livestock Farming System (LFS) concept was developed to assess and model the interactions between the human and biotechnical
dimensions of livestock husbandry activities. We recall the origin and the fundamentals of these integrated approaches in animal produc-
tion, and their applications at the livestock production unit level, for assessing the relationships between farmer's management decisions-
practices and herd performances. We illustrate how the concept evolves with the changes in livestock farming, due to the farmers' new
expectations for work that is under control and with the society's demands for environmentally friendly agriculture. The LFS approa-
ches are now engaged in a deep renewal in order to adapt the framework to the Sustainable Development issues: what is at stake is to
analyse the adaptive capacities of socio-ecological systems at the territorial level.

DEDIEU B., FAVERDIN P., DOURMAD J.-Y., GIBON A., 2008. Système d’élevage, un concept pour raisonner les trans-
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INRA Productions Animales, 2008, numéro 1