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Chapitre 4

Conducteurs en équilibre
électrostatique

122
Conducteurs en équilibre électrostatique
Contenu de cette partie
1. Équilibre électrostatique d’un conducteur,
2. Distribution de charges dans un conducteur,
3. Lignes de champ,
4. Effet d’un champ électrique sur un conducteur métallique,
5. Champ électrostatique au voisinage de la surface: Th. de coulomb,
6. Pression électrostatique
7. Effet de pointe / pouvoir des pointes,
8. Capacité d’un conducteur isolé,
9. Ensemble de conducteurs à l’équilibre,
10. Phénomène d’influence électrostatique,
11. Condensateurs.
11. Énergie électrostatique d’un conducteur
123
1) Équilibre électrostatique d’un conducteur
Définitions :
i. Conducteurs sont des matériaux capables de transporter la charge électrique.
ii. Physiquement, ce sont des matériaux contenant des charges libres capables de se
mettre en mouvement sous l’action d’un champ électrique (métaux) (électrons),
électrolytes (ions)).
iii. La quantité qui représente la mobilité des charges est la conductivité (unité : Siemens
par mètre (S/m)).
iv. L’inverse de la conductivité est la résistivité en Ω. m(ne pas confondre avec la densité
de charge volumique) : =
v. Un conducteur est à l’équilibre électrostatique lorsque aucune charge électrique ne se
déplace à l’intérieur de celui-ci.
Conséquences :
i. Les charges à l’intérieur d’un conducteur à l’équilibre (chargé ou non) sont soumises
à un champ électrostatique nul.
À l’intérieur d’un conducteur à l’équilibre : =
ii. Si le champ à l’intérieur du conducteur est nul, alors le conducteur à l’équilibre
électrostatique est équipotentiel (V=cte)
=− = − V(r)=0 ⇒ =
124
2) Distribution de charges dans un conducteur
Où sont les charges dans un conducteur à l’équilibre électrostatique chargé ?
D’après le théorème de Gauss et la condition d’équilibre ( = 0) nous avons ∶

i. Dans un conducteur à l’équilibre, il n’y a pas de charge non compensée à l’intérieur.


ii. Toutes les charges non compensées sont localisées à la surface du conducteur

On peut essayer de trouver une raison physique qui pousse les charges non compensées à
aller en surface. Une explication simple consiste à rappeler que les charges libres
(de même signe) ont tendance à se repousser. Dans la mesures où elles sont mobiles, elles
s’éloignent le plus possible les unes des autres jusqu’à la surface du conducteur,
125
3) Lignes de champ
Dans un conducteur, même chargé, le champ électrique à l’intérieur est nul.

⇒ V = Cte
La surface est au même potentiel qu’à l’intérieur :

⇒V =V = Cte
Au voisinage de la surface, les équipotentielles
sont parallèles à la surface :
D’où l’allure des lignes de champ :
est perpendiculaire à la surface

Les lignes de champ sont toujours ⊥ aux


équipotentielles 126
4) Effet d’un champ électrique sur un conducteur métallique
a) Conducteur métallique en l’absence de champ
On peut assimiler un métal à un réseau tridimensionnel constitué de charges (+) fixées
et de charges (-) (électrons).

b) Conducteur métallique en présence d’un champ

Sous l’influence du champ les charges (–) mobiles se déplacent, on observe une
polarisation du l’ensemble.
La charge totale du conducteur reste nulle.
127
Dans le conducteur à l’équilibre, il apparaît un champ électrostatique induit par
ce déplacement de charges :

+ =0

Le champ est donc nul à l’intérieur du conducteur à l’équilibre.

Macroscopiquement, on observe une densité de charges surfacique :

La présence d’un conducteur dans une région où règne un champ électrostatique


induit une perturbation locale de ce champ.
128
5) Champ électrostatique au voisinage de la surface: théorème de coulomb
Soit un conducteur chargé, déterminer le champ électrique régnant au voisinage immédiat
de la surface de ce conducteur.
En M, la densité surfacique locale est σ.
Pour déterminer le champ électrique en M, on
utilise le théorème de Gauss.

On construit une surface de Gauss entourant le point M :

Le théorème de Gauss, appliqué à ce système,


s’exprime :

Φ= ⃗ . ⃗=
ε

Φ=∬ ⃗ . ⃗+∬ ⃗ . ⃗+∬ ⃗ . ⃗


129
Que valent ces différents termes ?

⃗ . ⃗ =0 car est nul dans le conducteur

⃗ . ⃗ =0 car ⊥ au voisinage de la surface

De plus, on peut réduire cette surface autant que l’on veut.


Il reste donc :

⃗ . ⃗ = . . =

L’autre membre de l’égalité du théorème de Gauss se calcule aisément :

=
Φ= =
σ
⟹ E= n
ε 130
Le champ électrique à la surface d’un conducteur chargé s’exprime en fonction de la
densité surfacique de charges :
σ
E= n : vecteur unitaire ⊥ à la surface et dirigé vers l’extérieur du conducteur
ε
Théorème de Coulomb: au voisinage (immédiat) de la surface d'un conducteur,
le champ électrique est perpendiculaire à cette surface et vaut

Remarques :
i. La densité surfacique de charges n’est pas nécessairement uniforme à la
surface du conducteur.
ii. Nous avons implicitement admis que les lois de l’électrostatique dans le vide
sont valables dans les conducteurs.
iii. Il existe donc une discontinuité de la composante normale du champ
électrique à la surface du conducteur :
on passe de = 0 dans le conducteur à = à la traversée de la
surface du conducteur. 131
6. Pression électrostatique
Quelle est la force qui s’exerce sur une portion de surface
chargée par une densité de charge correspondant à la
charge = ?
Rappel fondamental :
• La charge qui crée le champ ne le subit pas.
• La charge qui subit le champ ne l’a pas créé.

On doit donc séparer :


• La portion de surface qui crée le champ responsable de la force.
• La portion de surface sur laquelle on veut calculer la force. Cette
surface étant chargée, elle crée également un champ qui ne
participe pas à la force.
1
Le champ total ressenti au voisinage de la surface est :
= + = 132
6. Pression électrostatique (suite)
Considérons une surface ayant la forme
d’un disque de rayon R, elle crée en un point
M situé à la distance z, le champ :

= 1− ⃗
2 +
Au voisinage de =0 : =

⇒ = + = ⇒ = =
2 2
subit donc une force :
⃗= = avec : =
2
Par analogie avec la statique des fluides, on écrit : ⃗=

D’où = Pression électrostatique


2 133
7) Effet de pointe / pouvoir des pointes
Nous allons montrer qu’à proximité d’une pointe, le champ électrique est très intense.
Considérons deux sphères conductrices de rayons respectifs R1 et R2 portées au même
potentiel (reliées par un fil conducteur). Les deux sphères ont une densité de charge
uniforme σ1 et σ2.

134
Puisque les potentiels sont égaux : V1 = V 2

Effet de pointe : À potentiel égal, la densité de charges


d’un conducteur chargé est plus importante sur la
surface ayant une courbure forte (petit rayon) que sur
la surface ayant une courbure faible (grand rayon)
Conséquences :
On observe une accumulation de charges sur
l’extrémité de la pointe.

135
8) Capacité d’un conducteur isolé
Soit un conducteur à l’équilibre électrostatique chargé avec la densité surfacique σ et isolé
dans l’espace

Le potentiel créé en M par la distribution de


charge est :

La charge totale répartie sur la surface est :

Le système considéré est caractérisé par σ, Q et V.

On modifie la densité surfacique σ en la multipliant par un coefficient k1 :

Dans ce cas, le potentiel en M et la charge présente sur le conducteur sont modifiés :

136
Le système est dans un nouvel état d’équilibre électrostatique parfaitement défini
par σ’, Q’ et V’,

Du fait de la dépendance linéaire de Q et V vis-à-vis de la densité surfacique, il


résulte que toute combinaison linéaire de σ et σ’ donne lieu à un nouvel état
d’équilibre :

C’est le principe de la superposition des états d’équilibre.


Quel que soit l’état d’équilibre, il existe un rapport constant entre Q et V(M).
Le coefficient de proportionnalité entre la charge totale et le potentiel du
conducteur est appelé la capacité C :
Q = C·V unité : le farad (F)
Définition :La capacité est une grandeur positive, elle dépend du matériau (à
travers sa permittivité diélectrique de celui-ci) et de la géométrie du
conducteur. 137
Exemple : capacité d’une sphère chargée

D’autre part:

D’où :

138
a) Théorème des éléments correspondants

Théorème: Les charges électriques portées par deux éléments correspondants


(reliés par des lignes de champ) sont opposées.
Démonstration:
Soient deux conducteurs A et B initialement éloignés
l’un de l’autre (ne se perturbant pas), à l’équilibre
électrostatique et portant des densités de charges
surfaciques σA et σB.

On rapproche les deux conducteurs. S’ils ne sont pas au même potentiel, un champ
électrique apparaît entre les deux.

De plus, ce champ électrique modifie la


répartition des charges à la surface des
deux conducteurs.

139
Nous allons examiner en détail les répartitions de charges entre les deux
conducteurs.

On considère un contour CA sur A. Celui-ci définit une surface SA. CA et SA sont


sur la surface du conducteur A.

Les lignes de champ issus du contour CA


rejoignent le conducteur B et définissent
alors un contour CB sur le conducteur B.
Le contour CB définit la surface SB. CB et SB
sont sur la surface du conducteur B. Les
lignes de champ reliant les contours CA et
CB forment un tube de flux.

Par construction, le flux de à travers ce tube de flux est nul (les lignes de champ
sont parallèles à en tout point)
140
Nous allons utiliser le théorème de Gauss sur la surface fermée Σ définie par :
 Le tube de flux
 la surface ΣA située à l’intérieur de A et s’appuyant sur le contour CA ;
 la surface ΣB située à l’intérieur de B et s’appuyant sur le contour CB.

141
Que valent ces différents termes ?

D’autre part :
Φ= = + =0

où QA et QB sont les charges portées respectivement par les éléments de surface


SA et SB.
Il apparaît donc que : QA = – QB

142
10) Phénomène d’influence électrostatique
a) Influence subie par un conducteur isolé
Soit B un conducteur isolé ne porte aucune charge : Q = 0, V = 0, =0.
On approche de B un matériau A chargé positivement.

i. Action de A sur B => B influencé par A : des charges (-) apparaissent sur la partie de B
proche de A et des charges (+) sur la partie la plus éloignée.
ii. Modification de la répartition des charges sur la surface de B,
iii. B étant isolé ⇒ sa charge reste constante égale à sa valeur initiale.

Conclusion : le phénomène d’influence ne modifie pas la charge totale d’un conducteur


isolé, mais modifie uniquement la répartition de cette charge sur sa surface et donc son
potentiel.
Remarque : si le conducteur B était initialement chargé, il conserve la même charge mais
la répartition en surface est modifiée. 143
b) Influence subie par un conducteur maintenu à un potentiel constant
Le conducteur B est relié à un générateur qui maintient son potentiel constant
ou bien à la terre dont le potentiel est nul.

Lorsqu’on approche de B le matériau A chargé positivement, il apparaît que des


charges (–) sur B, alors qu’il y’a déplacement des charges + vers la terre (c .à. d
déplacement des de la Terre vers B).

Conclusion : Dans ce cas, le phénomène d’influence ne modifie pas le potentiel


du conducteur, mais modifie sa charge totale et la répartition de cette charge.
144
c) Influence totale.
L’influence totale apparaît lorsque le conducteur influencé B entoure le conducteur
influençant A.
Dans ce cas, l’ensemble des lignes de
champ issues de A arrive sur B, et on a le
phénomène suivant :

i. Il apparaît, par influence totale, une charge


Q' = - Q sur la surface intérieure de B.

ii. La charge de la face extérieure de B dépend


de sa charge initiale, et de son état (isolé ou
maintenu à V constant). On distingue 3 cas :

1èr cas : B isolé et initialement neutre. Puisque la charge totale doit rester
nulle, il apparaît sur la face externe la charge +Q
2ème cas : B isolé et porte initialement une charge Q’ ⇒ il apparaît sur sa
face externe la charge Q + Q’
3ème cas : B relié au sol ⇒ aucune charge sur sa face externe.
145
d) Cage de Faraday
i. Cavité dans un conducteur
On considère un conducteur possédant une cavité vide (sans charge) :

 Dans le conducteur à l’équilibre, le champ électrique est nul : = 0. Le


conducteur est équipotentiel : V = Cte = Vsurf.

 À l’intérieur de la cavité, au voisinage de la surface interne du conducteur, le


potentiel est le même que dans le conducteur (continuité du potentiel).

 Comme il n’y a pas de charges dans la cavité, le potentiel est constant.


146
ii. Cage de Faraday
On considère un conducteur creux B relié à la terre. Il est donc à un potentiel nul
(par convention).

Plaçons un conducteur chargé A dans la


cavité de B.

 Comme le conducteur B est relié à la


terre, la charge est nulle ;
l’éventuel excès de charges (+) est
compensée par des charges provenant
de la Terre.

 Le potentiel dans le conducteur B est


nul et par continuité, le potentiel à
l’extérieur du conducteur B est nul aussi.

l’espace extérieur est protégé de l’influence du conducteur A placé dans la cavité.


Le conducteur A est protégé contre les champs électrostatiques externes. 147
Inversement, examinons ce qui se passe pour un conducteur A placé dans une
cavité d’un conducteur B, celui-ci, relié à la terre, étant sous influence d’un 3ème
conducteur ou d’une source quelconque de champ électrostatique :

Dans ce cas, le champ électrique à l’intérieur de la cavité est nul et le potentiel est
constant.

Ce type de dispositif constitue une protection contre les champs électrostatiques.


148
11) Condensateurs
i. Définition :
On appelle condensateur tout système de deux conducteurs C1 et C2 en influence
totale électrostatique.
On distingue généralement deux types de condensateurs :

à influence totale: à armatures rapprochées :

En général, les armatures sont séparées par un matériau isolant de constante


diélectrique, qui pour objectif d’accroitre la capacité du condensateur (TP3).

On appelle capacité du condensateur C la quantité : =



C ne dépend que de la géométrie du conducteur. L'unité de capacité est le Farad (F).
149
ii. Capacité de quelques condensateurs simples
Pour calculer la capacité des condensateurs, nous allons utiliser la circulation
du champ électrique :

 Condensateur sphérique
Le condensateur sphérique est constitué de deux sphères conductrices concentriques
de même centre et de rayons respectifs R1 et R2.
Les charges respectives des armatures A1 et A2 sont Q1 et Q2 :
Q1 = – Q2 = Q
D’après le théorème de Gauss appliqué sur une sphère de
rayon r compris entre R1 et R2 :

Le calcul de U donne :

D’où 150
 Condensateur cylindrique
Le condensateur cylindrique est constitué de deux cylindres conducteurs concentriques de
même axe et de rayons respectifs R1 et R2.
Déterminer le champ électrostatique entre les armatures du condensateur,
En déduire la capacité de ce condensateur.
En coordonnées cylindriques :
= ⃗
2 ℎ

− = = ln( )

D’où la capacité C:

151
 Condensateur plan
Déterminer le champ électrostatique régnant entre les armatures d’un condensateur
plan (voir la figure). En déduire la capacité de ce condensateur.
Le champ électrique régnant entre les deux armatures résulte de la superposition des
champs électriques créés par chaque armature :

Armature A1 :

Armature A2 :

D’où :

Si (z2 – z1) = d : distance entre les deux armatures, alors la capacité / unité de surface d’un
tel condensateur est :

152
iii. Association de condensateurs
 Condensateur en parallèle
Toutes les armatures sont soumises à la même
différence de potentiel donc à la même tension U.
Pour chaque condensateur :
= .

La charge totale portée par l’ensemble est :

D’ou la capacité équivalente à l’ensemble des n condensateurs en parallèle :

153
 Condensateur en série
Soit n condensateurs de capacité Ci associé en série :

On porte aux potentiels respectifs V0 et Vn les deux extrémités de la chaîne de


condensateurs.
La charge +Q apparaît sur la première armature et par influence, il apparaît les
charges ±Q sur les armatures de chaque condensateur.
La tension aux bornes du système peut s’écrire :

154
La charge des condensateurs est :

D’où :

Avec :

La capacité équivalente à l’ensemble des n condensateurs en série est donnée


par la relation :

155
Energie électrostatique d'un conducteur en équilibre
Soit un conducteur isolé, de charge Q distribuée sur sa surface S. L’énergie potentielle
électrostatique de ce conducteur est alors:

puisqu’il est équipotentiel, c’est à dire

C’est l’énergie nécessaire pour amener un conducteur de capacité C au potentiel V.


Soit un ensemble de N conducteurs chargés placés dans
un volume V. A l’équilibre, ils ont une charge Qi et un
potentiel Vi . En dehors du volume occupé par chaque
conducteur, il n’y a pas de charge donc dq=0. L’énergie
électrostatique de cette distribution de charges est alors
simplement:

C’est-à-dire
156
Exemples : Le condensateur plan
Soit un condensateur constitué de deux armatures, l’énergie électrostatique de ce système
de deux conducteurs est:
1 1 1 1 1
= + = − = = =
2 2 2 2 2
Prenons le cas d’un condensateur plan de densité surfacique σ uniforme et dont les
armatures, séparées d’une distance d, ont une surface S commune ,

1 1 1 1
= = = =
2 2 2 2

Où τ est le volume compris entre les deux armatures, où règne le champ .


On voit donc sur cet exemple que l’énergie du condensateur est stocké dans le champ lui-
même.

Dans le cas général, la quantité = représente la densité volumique de


l’énergie électrostatique localisée dans l’espace
157
Exercice d’application:
On considère un condensateur cylindrique d’axe ZZ’ et de
hauteur L. L’armature intérieure est un cylindre de rayon
R1, de charge Q’ et de potentiel fixe V1. L’armature
extérieure est un cylindre creux de rayon intérieur R2 et
de rayon extérieur , de charge sur la sa face
interne et de potentiel V2.
1. Etablir la relation entre et ′ en la justifiant,
2. Calculer le champ entre les deux armatures.
3. Calculer la capacité du condensateur cylindrique
4. Donner son énergie électrostatique W,

158
Chapitre V : Électrostatique des
milieux diélectrique

159