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XXX NOTICE HISTORIQUE.

mal dans toute sa ~ie, comme le remarque le poete Ausone, que d'avoir donné le jour a
un fils exécrable.
Trajan, Adrien, Antonin-le-Pieux , et Marc- Aurele, gouvernerent le monde pendant
quatre-vingt-deux ans, et le siecle de ces quatre empereurs étrangers fut sans contredit le
plus heureux de 1'empire romain. Depuis cette époque jusqu'a sa destruction totale, on
ne voit plus que des insensés ou des cruels tyrans sur ~a liste des souverains de Rome et de
Constantinople, a l'exception d'un petit nombre, a la tete desquels se placent les deux Théo-
dose. Personne n'ignore a. combien de titres le premier mérita le non1 de grand ~· la gloire
du second subsiste tout entier~ dans le code qui porte son nom; codea jamais admirable,
dont celui de Justinien n'est qu'une compilation.
Ainsi l'Espagne, qui doit encore s'honorer d'avoir vu naitre ces deux bienfaiteurs du
genre humain, mérite a juste titre les hommages du monde civilisé.

ÉTAT DE L'ESPAGNE SOUS LES ROMAINS.

TANT que l'Espagne avoit été le théatre de la guerre entre les Cartháginois et les Ro-
mains, leurs succes balancés avoient arre té les pro gres de 1'esclavage; ~t ces deux peuples
s'étoient vu forcés de recourir aux égards, aux ménagements dont la politique fait ordinai-
rement usage pour conserver des alliés utiles ou des sujets :fidel~s. Les provinces restées
neutres dans ces grandes querelles avoient conservé toute leur liberté; mais quand la vic-
toire se fut déclarée, elles devinren.t progressivement le prix des vainqueurs, et furent
soumises a la domination romaine.
L'existence qu'elles eurent alors étoit-elle préférable a cette indépendance qu'elles avoient
défendue si long-temps? valoit-il mieux résis~er aux vainqueurs du monde que de partager
leur puissance? Cette question seroit aussi difficile qu'importante a résoudre. L'Espagne
eut du moins la gloire d'avoir été la derniere a suivre l'exemple de l'univers' et d'avoir
meme long-temps balancé la fortune de ses maitres.
Renommée par le nombre autant que par la valeur de ses habitants, on 1'appeloit la
nation des mille villes r ~· et il est certain qu'elle égal~it en population et en richesses les meil-
leures parties de l'Italie.
Les Romains la diviserent d'abord en deux seules provinces, Espagne ult.é rieure et Es-
pagne citérieure, et :fixerent l'Ebre po~r limite a toutes deux. Leurs conque tes sur les
Carthaginois étendirent l'Espagne citérieure aux dépends de la province ultérieure qui
obéissoit a ces derniers; et quanclles Romains les eurent entierement chassés de la pres-
qu'isle, la grandeur des deux provinces fut a-peu-pres égale.
Cet état de choses subsista jusqu'au gouvernement d'Auguste, qui laissant l'Espagne
citériem·e dans toute son étendue sous le nom de Tarraconaise, divisa l'Espagne ultérieure
. .
( 1) Strabon, Rerum Geogr., lib. m.