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Eolienne : Etudes théoriques, numériques et

expérimentales
Couplages enseignement - recherche

Michel Massenzio*, Gilbert Lhermet**, Vincent Blanchot**,


Sylvie Ronel* & Abdelkrim Bennani*

* Laboratoire de Biomécanique et Mécanique des Chocs


UMR_T 9406 - INRETS / Université Claude Bernard Lyon 1
Université de Lyon – UCBL – IUT B – Département Génie Mécanique Productique
17, rue de France
69627 Villeurbanne Cedex
** Institut Universitaire de Technologie B
Département Génie Mécanique Productique – Dimensionnement Des Structures
17, rue de France
69627 Villeurbanne Cedex

Michel.Massenzio@iutb.univ-lyon1.fr ; Gilbert.Lhermet@iutb.univ-lyon1.fr ;
Vincent.Blanchot@iutb.univ-lyon1.fr ; Sylvie.Ronel@iutb.univ-lyon1.fr ;
Abdelkrim.Bennani@iutb.univ-lyon1.fr

Sections de rattachement : 60
Secteur : Secondaire / Tertiaire

RÉSUMÉ. Cet article présente les couplages entre les activités de recherche et d’enseignement
sur la base du développement d’un support pédagogique : l’éolienne. Les nouveaux Programmes
Pédagogiques Nationaux ont mis en place de nouveaux modules visant à souligner la
complémentarité des enseignements et leur aspect transversal et multidisciplinaire. Il s’agit, dans
le contexte d’un bureau d’études, d’une part de montrer les aspects « Mécaniques » et
« Dimensionnement Des Structures » d’un problème et d’autre part d’appréhender les intérêts
relatifs des méthodes analytiques, numériques et expérimentales. Le comportement vibratoire et le
dimensionnement de l’éolienne intégrant les actions centrifuges est développé.

MOTS-CLÉS : Mécanique – Résistance des matériaux – Analyse modale – Conception –


Matériaux – Machines tournantes – Modélisation analytique – Modélisation éléments finis –
Etude expérimentale.

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1. Introduction

Le Laboratoire de Biomécanique et Mécanique des Chocs est une unité mixte de


recherche entre l’Université Claude Bernard Lyon 1 et L’Institut National de le
Recherche sur les Transports et leur Sécurité. En ce sens, les thématiques de recherches
sont principalement mais pas exclusivement orientées dans le domaine des transports :
modélisation de crash de véhicules, absorption d’énergie, … et dans le domaine de la
biomécanique : modélisation du comportement du corps humain sous sollicitations
dynamiques. L’équipe de recherche « Mécanique et Choc » implantée sur le site de
l’IUTB participe à ces thèmes de recherche dans le domaine d’application des
transports, mais développe par ailleurs des recherches dans le domaine du
comportement dynamique des structures et des matériaux.
De part notre double fonction d’enseignant-chercheur, des couplages entre
l’enseignement à l’IUT et les recherches sont naturellement présents. Si la recherche
n’alimente pas directement le contenu des programmes IUT, elle fournit par contre des
supports à l’enseignement. C’est le cas de l’éolienne présentée dans cet article.
Cet article présente les aspects dimensionnement et mécanique d’une éolienne. Il
s’agit d’une part de modéliser le comportement vibratoire de l’éolienne, et d’autre part
de dimensionner les principaux organes. Les sources d’excitation dynamiques sur ce
type de structures sont nombreuses : excitation synchrone due à la rotation du rotor et
excitations dues aux effets aérodynamiques (excitation harmonique : détachements
tourbillonnaires derrière les pâles et excitation aléatoire : action du vent). La structure
même de l’éolienne présente des formes élancées (mât, pâles) propices à un
comportement vibratoire riche en basses fréquences. Le risque de résonance est donc
réel et doit être pris en compte dès la phase d’avant projet.
Dans le contexte d’un bureau d’étude et vis-à-vis de la richesse des phénomènes
présents sur une éolienne, le défi consiste modéliser uniquement avec les « outils » dont
disposent les étudiants en IUT.
La première partie de cet article présente l’éolienne retenue pour l’étude. Les parties
suivantes traitent respectivement du comportement vibratoire de l’éolienne complète,
puis des pales. Dans chacun de ces chapitres sont présentés les aspects analytiques,
numériques et expérimentaux. La conclusion présente la nécessité d’une approche
pluridisciplinaire et les prochains développements

2. Présentation de l’éolienne

La Figure 1 présente le dispositif expérimental pour l’étude d’une éolienne à pas


variable. L’éolienne récupère une partie de l’énergie cinétique de la masse d’air en
mouvement (48km/h max), la transforme en énergie mécanique par l’intermédiaire des
pales accouplées à un rotor, puis en énergie électrique grâce à une génératrice.

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L’équipement est composé d’une partie opérative mobile, d’un coffret de contrôle-
commande ’Ventilation’ et d’un coffret de contrôle gestion d’énergie ‘Eolienne’. Le
matériel est initialement prévu pour des études principalement électrotechniques :
génération de courant, rendement énergétique… L’éolienne est composée d’une partie
fixe : mât et nacelle et d’une partie tournante : le rotor comportant 2 pâles. La vitesse de
rotation maximale est de 5000 tr/min.

Figure 1 . Le dispositif expérimental et l’éolienne (le mât, la nacelle avec le générateur,


le rotor et ses deux pales)

3. Etude dynamique : mât + nacelle

3.1. Modèle analytique

3.1.1. Démarche
Cette partie s’intéresse à la détermination des premiers modes de vibration de
l’éolienne. La détermination des premières fréquences propres est essentielle pour le
dimensionnement d’une structure subissant des charges dynamiques : il s’agit d’éviter le
phénomène de résonnance où une fréquence d’excitation coïncide avec une fréquence
propre de la structure. Par ailleurs, la détermination des déformées propres permet de
faire évoluer la structure en servant de guide pour modifier la répartition des masses et
des raideurs.
En Génie Mécanique Productique, seul les vibrations des systèmes discrets sont
abordés. Comment simplifier une structure réelle afin d’obtenir une estimation de ses

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premiers modes propres ? La méthode consiste à associer à la structure réelle, une
structure équivalente du type Masse-ressort (système à 1 ou N degrés de libertés). Dans
le cas de l’éolienne, la structure comporte des éléments directement assimilables à une
raideur et à une inertie. Le mât est une structure élancée donc de raideur faible (en
flexion notamment) et de masse négligeable devant la masse de la nacelle. La nacelle
est relativement compacte. Sa rigidité peut être considérée comme grande devant celle
du mât. La Figure 2 présente le modèle analytique retenu pour la détermination des
premiers modes propres de l’éolienne.

Nacelle Masse Masse


équivalente équivalente

Poutre en Ressort
Mât
flexion, … équivalent

Figure 2 : Modèle analytique pour la détermination des premiers modes propres de


l’éolienne.

3.1.2. Détermination des caractéristiques de raideur et d’inertie


Le mât est considéré comme une poutre encastrée à une extrémité et supportant une
masse à son autre extrémité. Il constitue donc un ressort avec différentes cinématiques
possibles : flexion, torsion et traction-compression. A partir du cours de
Dimensionnement Des Structures, il est possible de calculer le déplacement du point
d’attache de l’inertie en fonction de la charge correspondante : intégration des
déformations, ou bien méthodes énergétiques (Clapeyron, Maxwell-Mohr ou
Castigliano). Le résultat obtenu permet de déterminer la raideur associée à chaque
comportement, soit respectivement pour la flexion, la torsion et la traction-
compression :

3⋅ E ⋅ I
K flexion = [1]
L3
G ⋅ I0
K torsion = [2]
L

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E⋅A
KTC = [3]
L
Avec E le module de Young, G le module de Coulomb, I l’inertie de flexion, A l’aire
de la section droite, I0 l’inertie de torsion et L la longueur du mât.
Pour les comportements de type flexion et traction-compression, le terme d’inertie
associé au modèle masse-ressort est la masse de la nacelle (c’est-à-dire la masse de
l’ensemble suspendu). Pour le comportement en torsion, le terme d’inertie est le
moment d’inertie de l’ensemble suspendu.

3.1.3. Système masse-ressort équivalent


Dans le cas d’un système masse ressort (Figure 2) l’équation du mouvement
(système non amorti) s’écrit :

M .&x&(t ) + K .x(t ) = F (t ) [4]

On en déduit les fréquences propres

1 K
f0 = [5]
2π M
A partir des caractéristiques géométriques (données CAO disponibles) et des
matériaux de l’éolienne, on en déduit les fréquences propres associées à chaque
comportement.

3.2. Modèle éléments finis

Un modèle éléments finis de type poutre est développé sous RDM Ossature. Le mât
est modélisé par une poutre. La nacelle est modélisée par une masse ponctuelle. Les
résultats obtenus permettent d’une part d’identifier les premières fréquences propres,
mais aussi de visualiser les déformées propres.

3.3. Etude expérimentale

Le fonctionnement de l’éolienne met naturellement en évidence le phénomène de


résonnance et la vibration de l’ensemble en flexion est clairement visible. D’un point de

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vu instrumentation, l’utilisation d’accéléromètres ou de jauges de déformation en pied
du mât permettent la mesure de la fréquence de résonance.

3.4. Conclusions

L’intérêt de cette première étude est bien entendu la démarche de modélisation


analytique suivie. Elle illustre l’intérêt du modèle masse-ressort dans le cas d’une
structure industrielle. Le fait de disposer d’un modèle analytique permet de dégager des
pistes afin de prévenir le phénomène de résonance : Il faut augmenter la raideur du mât
(équation [5]), et pour cela, on peut travailler sur le matériau (E et G, équations [1, 2, 3])
ou la géométrie (A et I équations [1, 2, 3])). Le modèle éléments finis présente lui
l’intérêt de la visualisation des déformées propres. Enfin l’étude expérimentale permet
de tester la validité des modèles analytique et numériques. Dans le cas présent, le mât de
l’éolienne est supporté par une poutrelle en aluminium horizontale (voir Figure 1) qui
par sa déformation diminue sensiblement la raideur supportant la nacelle. L’hypothèse
de mât encastré à sa base peut alors être discutée.

4. Etude dynamique : pales

4.1. Modèle analytique

Dans le cas de l’éolienne, il est facile d’attribuer, en première approximation,


l’ensemble de l’inertie à un composant et l’ensemble de la raideur à un autre composant
(respectivement la nacelle et le mât). Dans le cas de la pâle seule, cette décomposition
est moins intuitive… En vue de déterminer la première fréquence propre de la pâle on
peut la modéliser comme une poutre encastrée à une extrémité. L’objectif est de définir
une modélisation approchée permettant de se ramener au cas d’un système masse-
ressort à 1 degré de liberté. En première approximation, l’ensemble de l’inertie de la
pale est condensée en son centre de gravité, et ainsi le terme de raideur est défini par la
flexibilité de la pale déterminée entre sa liaison encastrement et son centre de gravité
(Figure 3). Une fois le système masse-ressort défini, le modèle analytique est en tout
point analogue à celui présenté au chapitre 3.

4.2. Modèle éléments finis

Un modèle éléments finis poutre est une nouvelle fois réalisé à l’aide de RDM
ossature. Les résultats issus d’un modèle éléments finis volumique sont proposés

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(Figure 4). La comparaison entre les résultats issus l’approche poutre et l’approche
volumique montre l’intérêt du modèle poutre, même si la représentation
tridimensionnelle des déformées propres est plus explicite.

Figure 3 : Modèle analytique pour la détermination des premiers modes propres des
pales.

Figure 4 : Les premières déformées propres de la pale (dans l’ordre : 1er mode de
flexion dans le plan (r,z), 1er mode de flexion dans le plan (r,t), 2ième mode de flexion
dans le plan (r,z), 1er mode de torsion, 3ième mode de flexion dans le plan (r,z), 2ième mode
de torsion)

4.3. Etude expérimentale

L’instrumentation d’une pale afin de réaliser des mesures en fonctionnement est


difficile du fait de la rotation. On choisit donc de réaliser une étude modale sur une pâle
isolée. Elle est encastrée au niveau de sa fixation et une analyse modale est réalisée avec
une excitation par marteau de choc (Figure 5).

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Figure 5 : Le dispositif expérimental pour l’analyse modale de la pale.

5. Conclusions et perspectives

Seule l’étude dynamique de l’éolienne a été présentée. Des études analogues sur
l’influence des actions centrifuges ont également été étudiées. On s’intéresse
notamment à la conception de la fixation des pales. Les résultats présentés montrent la
nécessité d’avoir une approche multidisciplinaire mêlant Dimensionnement Des
Structures, Mécanique et Conception. Par ailleurs, l’approche associant modèle
analytique, modèle numérique et étude expérimentale permet d’une part de vérifier la
convergence ou la divergence des résultats entre l’utilisation de modèles dépouillés et
traité manuellement et l’utilisation d’outils numériques nécessitant aussi certaines
simplifications du modèle. Par ailleurs, l’amélioration du modèle étudié (ici la
suppression du phénomène de résonance en fonctionnement) profite du modèle
analytique permettant d’identifier aisément les paramètres sensibles et des modèles
éléments finis qui proposent des déformées explicites.
En ce qui concerne les développements à venir, plusieurs options sont envisagées
pour augmenter l’aspect transversal de cette étude : extension à la Science Des
Matériaux en proposant le développement de pales en matériaux composites, extension
aux Mathématiques pour ce qui concerne l’analyse de Fourier, extension à la Mécanique
Des Fluides pour ce qui concerne l’écoulement, et extension à l’Automatique pour ce
qui concerne le pilotage de l’éolienne.

Bibliographie

Timoshenko S. P., Goodier J.N., Theory of Elasticity, Mac Graw & Hill, 1970.