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l’ASTRONOMIE L E M E N S U E L D E R É F É R E N C E D E S S C I E N C E S D E L’ U N I V E R S

N° 115 / AVRIL 2018 SOCIÉTÉ ASTRONOMIQUE DE FRANCE

LE TROU NOIR
PLANÈTE À DÉCOUVRIR
CENTRAL
FACE AUX
FORMATIONS
EXTRASOLAIRE
DANS UN COUPLE NGC 4565
STELLAIRES D'ÉTOILES L'AUTRE VOIE LACTÉE

DÉTECTER
LA TOILE
COSMIQUE
BELGIQUE / LUXEMBOURG : 6,80 € - SUISSE : 10,90 CHF

LES TECHNIQUES
QUI RÉVÈLENT LES PARTIES
CACHÉES DE NOTRE UNIVERS

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3, rue Beethoven
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Magazzine Astronom
mie
e
SOMMAIRE 115

12 32

4
ÉDITORIAL
par Janet Borg 2
ACTUALITÉS
Des vents au secours des disques ! – Le trou noir central
régule la formation des étoiles. – Antarctique : un intérêt tout
particulier. – Trappist-1, des nouvelles du système
exoplanétaire. – Une fausse étoile, dans notre vrai ciel.
par Janet Borg, Suzy Collin-Zahn, Roger Ferlet, 18
Fabrice Mottez et Marie-Claude Paskoff 4
SPATIAL
SPACEX : SUCCÈS HISTORIQUE OBSERVER LE CIEL
POUR LE HEAVY
par Jean-Pierre Martin 12 LA GALAXIE
NGC 4565
ZOOM par Gilles Sautot 50
DÉTECTION DE LA UNE EXOPLANÈTE DANS UN COUPLE
TOILE COSMIQUE par André Debackère 54
par Florence Durret et Florian Sarron 18 LUTTER CONTRE LA POLLUTION LUMINEUSE :
LA COMMUNE DE CASTRIES
HISTOIRE par Dominique Carrière 58
LA MACHINE DE BÉZIAU AUSSI
par Jean-Claude Merlin 26 Un cadran tout simple pour décorer sa maison par M.-
C. Paskoff (36) – Les portraits célestes (42) – Éphémérides
LICK OBSERVATORY : UN TRÈS GRAND d’avril 2018 (44) – Le Lion, constellation du mois par
G. Sautot (48) – Bibliothèque (64) – Appel à contributions
SOUS LE CIEL DE CALIFORNIE SF2A (66) – Agenda (67) – Courrier des lecteurs (70) –
par Jean-Louis Agati et Pierre Durand 32 Éclairage par Fabrice Mottez (71)

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vol.132 | 115 | 1 Avril 2018 – L’ASTRONOMIE 1
ÉDITORIAL
N’est-il pas étrange que les habitants de notre planète
aient presque tous vécu jusqu’ici sans savoir où ils sont
et sans se douter des merveilles de l’Univers ?
Camille FLAMMARION

La toile Directeur de la publication.............................Patrick Baradeau


Rédactrice en chef .................................................... Janet Borg
Rédacteurs en chef délégués.............................Patrick Baradeau,
Ce titre m’a été inspiré par la lecture du zoom de ce mois d’avril. Il y ............................................................................Marie-Claude Paskoff
1er Rédacteur graphiste / Ass. de rédaction... Mourad Cherfi
est en effet question de « détection de la toile cosmique » avec une Rédacteurs........................ A. S. Brun, D. Cachon, S. Collin-Zahn,
répartition de galaxies le long de filaments ou de feuillets. Notre Univers Ph. Coué, P. Durand, M.-H. Ducroquet,
D. Joye, J.-P. Martin, P. Parbel, A. Sallez, G. Sautot, L. Vadrot
serait donc une gigantesque toile d’araignée avec une répartition d’amas Conseillers scientifiques ......Jérôme Aléon, Allan Sacha Brun,
de galaxies que l’on cerne de mieux en mieux. En effet, les techniques Suzy Collin-Zahn, Frédéric Deschamps, Roger Ferlet, Jean Meeus
Comité de rédaction....P. Baradeau, J. Borg, D. Cachon, M. Cherfi,
d’imagerie profonde et de détection à différentes longueurs d’onde ont S. Collin-Zahn, P. Descamps, M.-H. Ducroquet, P. Durand, A.-M.
considérablement développé la statistique entourant ces objets. Et ce n’est Huguenin, R. Marical, N. Mein, M.-C.Paskoff, G. Raffaitin
pas fini! Tous les cosmologistes attendent avec impatience le lancement Correction ...............................................................Denis Cachon
Publicité et partenariat............................................Alain Sallez
du satellite Euclid pour en apprendre plus sur cette toile cosmique. Tous .......................................................alain.sallez@saf-astronomie.fr
les astronomes cherchent à scruter le ciel pour les observer, les admirer,
les comprendre et relier ce qui est vu à ce qui est compris de ces amas de
milliards d’étoiles organisés aux nœuds des toiles.
Les toiles, l’étoile… jeu de mots facile, mais en astronomie les deux
sont reliés et, quand on étudie les galaxies, il est évidemment aussi
question d’étoiles, constituants de base de tout notre savoir
ISSN 0004-6302
astronomique. Même quand on parle de trous noirs, de planètes, d’amas, l’Astronomie est éditée par la
de cosmologie, l’étoile est toujours présente sous une forme ou une autre. Société Astronomique de France
Étoiles dans les toiles, il en est beaucoup question dans ce numéro, dans 3, rue Beethoven – 75016 Paris
Réassort et achat au numéro tél. : 01 42 24 13 74
les actualités et dans les comptes rendus d’observateurs, par exemple
l’association entre astronomes professionnels et amateurs qui a réussi à Commission paritaire n°1122 G 82377
détecter une exoplanète dans un couple d’étoiles doubles. Pour pouvoir Revue publiée avec le concours
observer le ciel, la pollution lumineuse doit être absente, et l’exemple de du Centre National du Livre
la ville de Castries est là pour nous le rappeler. Imprimerie Roto Champagne
Cela fait plus de 13 milliards d’années que les étoiles naissent et
meurent dans tout l’Univers selon les lois de mieux en mieux connues Distribué par
de leur naissance, de leur évolution et de leur mort, mais, en 2018, des
hommes ont voulu créer une étoile et ils l’ont appelée Humanity Star,
c’est-à-dire « Étoile de l’humanité »; elle brille au-dessus de notre tête en
orbite basse terrestre. Chacun peut interpréter cette présence à sa guise; Pour trouver votre magazine près de chez vous
à la rédaction, les avis sont partagés et vous pourrez lire le « pour » et le http://www.trouverlapresse.com
« contre » un tel projet.
Alors, puisque l’étoile est au centre de nos intérêts, pour clore cet l’appli pour trouver
votre magazine
éditorial, je ne résiste pas au plaisir
près de chez vous
d’utiliser l’au revoir favori d’un de nos
astronomes observateurs qui, chaque mois, L E M E N S U E L D E R É F É R E N C E D E S S C I E N C E S D E L’ U N I V E R S
l’ASTRONOMIE

ANNONCEURS
nous offre « l’objet du mois » permettant de
mieux cerner la ronde des étoiles et des Astro-shop (9) – MNHM (IV)
N° 115 / AVRIL 2018 SOCIÉTÉ ASTRONOMIQUE DE FRANCE

nœuds des toiles cosmiques au cours de CENTRAL


PLANÈTE À DÉCOUVRIR LE TROU NOIR

NGC 4565 FACE AUX


EXTRASOLAIRE
DANS UN COUPLE

l’année. D'ÉTOILES
FORMATIONS
STELLAIRES L'AUTRE VOIE LACTÉE Toutes les communications relatives à la rédaction de l’Astronomie doivent
être adressées au Rédacteur en chef de l’Astronomie, au siège de l’association.

Amitiés étoilées.
DÉTECTER Toutes les illustrations et figures non créditées ont été fournies par les auteurs.
Tous droits réservés. La Société Astronomique de France décline toute respon-

LA TOILE
sabilité en ce qui concerne la publicité commerciale, ainsi que les offres de
cession ou d’échange insérées dans l’Astronomie. (Décision du Conseil du
14 décembre 1966)

Janet Borg
COSMIQUE
Le code de la propriété intellectuelle n’autorisant, aux termes de l’article L. 122-
5, 2° et 3° a, d’une part, que les « copies ou reproductions strictement réservées
BELGIQUE / LUXEMBOURG : 6,80 € - SUISSE : 10,90 CHF

à l’usage privé du copiste et non destinées à une utilisation collective » et, d’autre
LES TECHNIQUES part, que les analyses et les courtes citations dans un but d’exemple et d’illus-
QUI RÉVÈLENT LES PARTIES tration, « toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite sans
CACHÉES DE NOTRE UNIVERS le consentement de l’auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause est illicite »
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Paris, auquel la Société Astronomique de France a donné mandat pour la repré-
senter auprès des utilisateurs.

2 L’ASTRONOMIE – Avril 2018 vol.132 | 115 | 2


L ’ I M A G E D U M O I S

DE L'OMBRE À LA LUMIÈRE
Un dense et sombre nuage de poussière cosmique, baptisé Lupus 3, serpente au travers de cette
image à grand champ dans laquelle les taches brillantes sont d’intenses points de lumière émise
par de jeunes étoiles. Lupus 3 est une région de formation d’étoiles à partir de l’effondrement
d’une masse de gaz et de poussières. Cette image est composée de clichés acquis par le télescope
de sondage du VLT et le télescope MPG/ESO de 2,2 mètres.
crédit: ESO/R. Colombari

vol.132 | 115 | 3 Avril 2018 – L’ASTRONOMIE 3


ACTUALITÉS | ÉTOILES ET GALAXIES

DES VENTS AU SECOURS DES DISQUES!


Les « disques d’accrétion », permettant à la matière de se rapprocher d’une
masse qui les attire, sont observés dans de nombreux cas en astrophysique. Le
fonctionnement de ces disques pose un problème qui n’est pas encore résolu.

O
n observe des disques d’accrétion autour
des étoiles jeunes en formation (on les ap-
pelle alors «  disques protoplanétaires  »);
dans les couples d’étoiles composés d’une
étoile normale ou géante et d’une compacte – naine
blanche, étoile à neutrons ou trou noir–, l’étoile com-
pacte attire (« accrète ») alors l’enveloppe de l’autre
étoile; et autour des trous noirs supermassifs situés
dans les cœurs des galaxies lorsqu’un nuage de gaz
passe dans leur voisinage et qu’ils deviennent alors des
« noyaux actifs de galaxies » ou des « quasars ».
Pourquoi se forme-t-il un «  disque d’accrétion  »  ?
Parce qu’il existe une loi de la nature que l’on nomme
« la conservation du moment angulaire1 », empêchant
qu’un flot de gaz se précipite directement sur un objet
qui l’attire, sauf si sa vitesse initiale est dirigée exacte-
ment vers lui, ce qui n’a qu’une très faible chance de se
produire. Le flot, attiré par l’objet massif central, s’en-
roule autour de lui et forme un disque en rotation dont
la vitesse est donnée par la loi de Kepler sous l’influence
de la masse centrale. Le moment angulaire, égal au pro-
duit de la vitesse de rotation Vrot par le rayon R et la 1. Cette figure montre l’exemple de décroissance en luminosité d’une éruption
masse M de l’objet (éventuellement une masse donnée survenue en 2001-2002 dans la binaire XTE J1550-564, qui contient un trou noir
de gaz), diminue en fonction de la distance2, ce qui est d’environ 10 masses solaires. L’insert donne la courbe de lumière en unités non
en principe impossible. Tout en resterait donc là et il n’y logarithmiques. Le paramètre α trouvé est de 1 pour cet événement, et pour
aurait aucune accrétion s’il n’existait ce que l’on nomme comparaison, les courbes en traits et points-traits correspondent respectivement à
α = 0,5 et 0,7, montrant combien la viscosité influe sur la forme de la courbe de
la « viscosité », qui permet à la matière de se rapprocher lumière. (B. E. Tetarenko et al., arXiv:1801.07203v1)

4 L’ASTRONOMIE – Avril 2018 vol.132 | 115 | 4


3. Vue d'artiste d'un
système stellaire composé
d'une étoile et d'un trou
noir accrétant l’enveloppe
de l’étoile, avec un vent
émis par le disque.
(Gabriel Pérez, SMM (IAC))

éruptions, c’est l’irradiation par les rayons X qui maintient le


disque dans un état chaud pendant le temps caractéristique cor-
respondant à la viscosité: le temps de décroissance de l’éruption
va donc permettre de déterminer l’efficacité du transport (fi-
gure1). Les auteurs trouvent α = 0,2 à 1 pour ces objets. Cette
valeur très élevée ne peut être due au seul mécanisme magnéto-
rotationnel. L’interprétation que les auteurs favorisent est la perte
de masse – et par conséquent aussi de moment angulaire – em-
portée par un vent se produisant au cours de l’éruption. En in-
troduisant un tel vent, ils parviennent à rendre compte des
éruptions avec des paramètres de viscosité acceptables (α < 0,2),
à condition que le vent emporte une masse aussi importante que
le taux d’accrétion (figures 2 et 3).

lentement du centre en perdant son moment angulaire et en dis-


sipant son énergie gravitationnelle sous forme de frottement, ce
qui la conduit à chauffer et à rayonner3. Pour des objets compacts
comme les étoiles à neutrons, le rayonnement se produit sous
forme de rayons X. Le moment angulaire est évacué vers l’extérieur.
Il peut l’être également si de la matière quitte le disque, par exem-
ple sous forme d’un vent.
L’explication de cette viscosité représente l'un des défis majeurs
de la théorie des disques d'accrétion. Le scénario le plus crédible
aujourd'hui est que le transport de moment angulaire est produit
par une instabilité due au champ magnétique (l’instabilité ma-
gnéto-rotationnelle ou MRI), celui-ci étant créé par la friction due
à la rotation képlérienne – donc différentielle – du disque; mais 2. Il s’agit d’un « toy-model » comme on dit, donc très simplifié. La
elle nécessite que le disque soit constitué de plasma (gaz ionisé), figure montre les courbes de lumière obtenues pour un disque autour
ce qui n’est pas le cas des disques protoplanétaires. Des simulations d’un trou noir de 6 masses solaires ayant un paramètre de viscosité
numériques conduisent à une valeur du paramètre déterminant α égal à 0,2, lorsqu’une perte de masse par un vent est présente et
lorsqu’elle ne l’est pas. On voit que le temps de décroissance est plus
la viscosité comprise entre 0,1 et 0,2 dans le cas des naines faible en présence du vent, ce qui imite l’effet qu’aurait un paramètre
blanches accrétant (il est inutile de préciser ce qu’est ce paramètre, de viscosité plus grand. (B. E. Tetarenko et al., arXiv:1801.07203v1)
qu’on nomme α-viscosité). Bien que relativement grande, cette va-
leur de α peut être expliquée par le mécanisme MRI.
Il existe des systèmes d’étoiles doubles comportant un objet De tels vents sont observés dans certains objets, comme les qua-
compact accrétant, dans lesquels se produisent des sortes sars ou les noyaux actifs de galaxies. Il restait à prouver qu’ils sont
d’éruptions récurrentes (outbursts en anglais). Une équipe vient présents dans d’autres disques et que leur contribution à la perte
de publier dans la revue Nature un article dans lequel elle estime de moment angulaire est importante. Il semble que ce soit fait avec
pour la première fois, à partir de 21 éruptions en rayons X s’étant cet article. ■ Suzy Collin-Zahn
produites dans 12 systèmes doubles possédant un trou noir, la Observatoire de Paris
valeur du paramètre α de viscosité (B. E. Tetarenko, J.-P. Lasota,
C. O. Heinke, G. Dubus & G. R. Sivakoff, Nature 554, 69–72, 1er fé- 1. Il s’agit d’un anglicisme, car en français on dit « moment cinétique ».
vrier 2018, arXiv:1801.07203v1). Pour cela, ils ont comparé les 2. Comme la vitesse képlérienne est proportionnelle à 1/√R, le moment angu-
échelles de temps des éruptions avec des modèles de courbes laire est proportionnel à √R et décroît donc lorsque l’objet se rapproche du centre.
de lumière créés pour des disques ayant différentes valeurs de Il peut y avoir un facteur énorme entre la valeur du moment angulaire au départ
et à l’arrivée sur l’objet compact.
α. En effet, le temps caractéristique d’évolution d’un disque d’ac- 3. Notons que malgré la perte d’énergie, la vitesse augmente afin de suivre la
crétion est donné par la valeur de la viscosité. Dans le cas de ces loi képlérienne.

vol.132 | 115 | 5 Avril 2018 – L’ASTRONOMIE 5


ACTUALITÉS | ÉTOILES ET GALAXIES

LE TROU NOIR CENTRAL


RÉGULE LA FORMATION DES ÉTOILES
Les scénarios cosmologiques élaborés pour la
formation des galaxies impliquent que leur
trou noir central empêche et régule la
ESO
formation de leurs étoiles (« rétroaction » ou
feedback en anglais). Cette influence pourrait
avoir été exercée depuis l’époque de la
naissance des galaxies.

L
’influence du trou noir central se manifesterait par une
rétroaction, en l’absence de laquelle les simulations
numériques ne parviennent en effet à reproduire ni
les propriétés ni la densité actuelles (nombre par unité
de volume) des galaxies massives. On sait qu’un trou noir « su-
permassif » de plusieurs millions à plusieurs milliards de fois
1. Masse du trou noir en fonction de la dispersion de vitesse pour
la masse du Soleil est présent au centre de toutes les galaxies chaque galaxie. La droite donne la masse d’un trou noir moyen pour
massives actuelles et, grâce à l’observation des quasars, on sait une dispersion de vitesse donnée. Les galaxies (en rouge) se trouvant
qu’il l’était également dans le passé. Or, on observe une telle au-dessus de la droite ont des trous noirs plus massifs que la moyenne
rétroaction dans les galaxies actuelles ayant un trou noir su- pour une dispersion de vitesse donnée (« surmassifs »), et celles (en
bleu) se trouvant au-dessous ont des trous noirs moins massifs que la
permassif en activité (les galaxies à « noyau actif ») : on pense moyenne (« sous-massifs »). Les galaxies en orange sont « standard ».
qu’elle est due aux vents ou aux jets émis par l’environnement Crédit Ignacio Martín-Navarro et al., arXiv:1801.00807v1
immédiat du trou noir. En effet, du gaz froid et des poussières
sont indispensables pour former des étoiles. Or, l’énergie et
les particules émises par le noyau actif chauffent le gaz inter- laire dans les galaxies massives depuis leur naissance dépend de
stellaire, réduisant ainsi la formation stellaire. la masse de leur trou noir central (Ignacio Martín-Navarro, Jean
Une équipe conduite par un astronome nord-américain vient P. Brodie, Aaron J. Romanowsky, Tomás Ruiz-Lara & Glenn Van de
de publier un article montrant que l’histoire de la formation stel- Ven, Nature, janvier 2018 et arXiv:1801.00807v1).

6 L’ASTRONOMIE – Avril 2018 vol.132 | 115 | 6


2. Évolution de la formation stellaire au cours du temps. Les lignes en rouge, orange et bleu correspondent aux galaxies possédant des trous noirs
surmassifs, standard et sous-massifs. Les régions ombrées donnent les incertitudes des valeurs moyennes. À gauche, évolution du taux de formation
stellaire en fonction du « temps de regard en arrière ». À droite, les masses d’étoiles cumulées. Les lignes verticales montrent le point où 95 % de la
masse finale d’étoiles a été atteinte. On voit que le couplage entre les masses des trous noirs et la formation stellaire s’applique à toutes les générations
d’étoiles, depuis le passé lointain il y a plus de 10 milliards d’années jusqu’à maintenant. Crédit Ignacio Martín-Navarro et al., arXiv:1801.00807v1.

Les auteurs ont utilisé les données du relevé laire ». Ils ont utilisé dans ce but des codes Les auteurs font l’hypothèse que les ga-
de spectres HETMGS (Hobby-Eberly Telescope de synthèse décomposant le spectre ob- laxies à trous noirs surmassifs ont formé beau-
Massive Galaxy Survey) contenant 74 galaxies servé d’une galaxie en une série temporelle coup d’étoiles au début de leur vie, en même
dont la masse du trou noir avait été mesurée de modèles de populations stellaires. C’est temps que le trou noir grossissait. Puis celui-ci
directement par diverses méthodes (expli- une technique éprouvée, permettant de re- est devenu rapidement capable d’arrêter la
quées par exemple dans l’article sur les ga- constituer toute l’histoire du taux de forma- formation d’étoiles. Cette hypothèse paraît
laxies actives du numéro de juillet-août 2016). tion stellaire au cours du temps. Il faut noter justifiée, car nous savons que l’énergie fournie
Ils ont d’abord porté sur un graphique la que dans cette étude, les deux paramètres pas un trou noir est proportionnelle à sa
masse du trou noir en fonction de la « disper- en jeu, les populations stellaires et la masse masse. On peut donc facilement comprendre
sion de vitesse1 » dans chaque galaxie: cette des trous noirs, sont déterminés par des mé- que les trous noirs surmassifs ont eu une in-
dernière est très bien corrélée avec la masse thodes totalement différentes. Donc, si l’on fluence plus forte que les autres sur le taux de
du trou noir, ce qui permet de tracer une ligne trouve une relation entre les deux paramè- formation stellaire dans le passé. Il est cepen-
correspondant à la meilleure relation entre les tres, elle doit être réelle. dant surprenant de trouver que les masses
deux paramètres. On peut alors séparer les ga- des trous noirs et la formation stellaire étaient
Les résultats sont résumés sur les figures 2.
laxies se trouvant au-dessus de la ligne, pos- déjà reliées il y a dix milliards d’années. Cela si-
Elles montrent comment les masses stel-
sédant un trou noir plus massif que la gnifie que cette relation ne peut être due à
laires ont évolué dans les galaxies contenant
moyenne, que j’appellerai « surmassif », de deux processus indépendants se produisant
des trous noirs surmassifs ou sous-massifs.
celles se trouvant au-dessous de la ligne dont au cours de l’évolution de l’Univers, comme
Les galaxies ayant des trous noirs surmassifs
le trou noir est moins massif que la moyenne, certains scénarios cosmologiques le propo-
ont traversé une formation stellaire intense
que j’appellerai « sous-massif » (figure 1). Na- sent. Ces résultats ont une grande importance
au début de la vie de l’Univers il y a dix mil-
turellement, cette séparation implique que la en offrant des évidences observationnelles
liards d’années, atteignant leur masse finale
dispersion des valeurs autour de la moyenne pour des hypothèses jusqu’à maintenant non
environ quatre milliards d’années avant les
est due essentiellement à des différences vérifiées concernant la formation et l’évolution
galaxies contenant des trous noirs sous-
réelles de masses, et non à des erreurs de me- des galaxies massives.
massifs. Le taux de formation stellaire récent
sures. Nous ferons crédit aux auteurs sur ce S. C.-Z.
correspondant aux derniers 700 millions ■
point, qu’ils discutent longuement.
d’années, par contre, est inversement corrélé
Par ailleurs, à partir des spectres optiques
avec les masses des trous noirs, c’est-à-dire 1. La dispersion des vitesses, notée Δs, est l'amplitude des vi-
de ces galaxies, les auteurs ont déterminé les
que les populations stellaires jeunes sont tesses autour de la vitesse moyenne d'un groupe d'objets,
masses et les types d’étoiles présents : c’est
plus importantes dans les galaxies à trous comme les régions internes d’une galaxie. Elle permet d’en
ce que l’on nomme leur « population stel-
noirs sous-massifs. mesurer la masse.

vol.132 | 115 | 7 Avril 2018 – L’ASTRONOMIE 7


ACTUALITÉS | PLANÉTOLOGIE

tériau extraterrestre, alors qu’elles ont préservé des

ANTARCTIQUE
données sur la formation et l’évolution du Système
solaire. Les UCAMM, identifiées à partir des collectes
du début du XIXe siècle, ne représentent qu’une fai-
ble fraction du flux de micrométéorites; par leurs
propriétés, on peut les comparer à certaines pous-

UN INTÉRÊT TOUT PARTICULIER sières collectées dans la stratosphère, les CP-IDP


(Chondrititc Porous Interplanetary Dust Particles),
dont l’étude à partir des années 1980 a ouvert la
Des micrométéorites polaires nous en apprennent un peu voie à l’analyse en laboratoire de poussières comé-
plus sur la formation et l’évolution du Système solaire. taires. En particulier, les UCAMM comme les CP-IDP,
contiennent des proportions très élevées de ma-
tière organique, dont les caractéristiques diffèrent
de celles observées dans la matière organique des
autres matériaux extraterrestres.
Les analyses d’UCAMM
Parce que ces poussières sont particulièrement
riches en matière organique, aucun traitement chi-
mique préalable n’est nécessaire pour les analyser
par spectroscopies infrarouge et Raman-visible afin
de mieux cerner leur origine. Ces deux familles de
spectroscopie optique sont particulièrement adap-
tées à l’analyse de micrométéorites, en vue de carac-
tériser leur composition et leur structure grâce à
l’identification de leurs liaisons chimiques. Une
équipe interdisciplinaire de chercheurs de l'IAS (Ins-
titut d’astrophysique spatiale, Orsay), du CSNSM
(Centre de sciences nucléaires et de sciences de la
1. Fragments des huit UCAMM analysés dans cette étude. L’échelle représente 5 mm pour chaque matière, Orsay) et de la ligne SMIS du synchrotron
image. Les tailles des UCAMM étaient initialement de 79-50 μm (a), 66-53 μm (b), 110-87 μm (c), 28- SOLEIL (Saint-Aubin) a procédé à la première étude
24 μm (d), 87-53 μm (e), 200-80 μm (f), 275-108 μm (g) et 44-33 μm (h). Les images sont obtenues systématique en laboratoire de la matière organique
en microscopie électronique à balayage (énergie des électrons: 15 keV). (Dartois et al.) provenant de ces UCAMM [2]. L’utilisation de fais-

L
ceaux IR fournis par le synchrotron SOLEIL a permis
es poussières interplanétaires représentent tion, tant chimique qu’isotopique. Depuis le déve- de faire une première étude systématique, à très
le principal flux de matière extraterrestre ar- loppement des missions spatiales en direction de haute résolution spatiale, de huit UCAMM de taille
rivant sur notre planète, sous forme de mi- noyaux cométaires (Giotto/Vega, Stardust, Rosetta), inférieure à 100 microns (figure 1). Ces mesures sont
crométéorites, de tailles allant jusqu'à la comparaison avec des grains cométaires analysés complétées, pour cinq d’entre elles, par une analyse
quelques centaines de microns. Ces poussières sont lors de ces missions spatiales permet de conforter élémentaire des éléments légers présents (N, C, O et
d’origine cométaire ou astéroïdale. Depuis la fin du nos connaissances sur ces micrométéorites. En par- Si en particulier). La spectroscopie IR est particuliè-
XXe siècle, des expéditions en Antarctique se pour- ticulier, le retour de la mission Rosetta représente rement adaptée à l’identification des liaisons chi-
suivent régulièrement afin de les collecter en vue une considérable source de comparaison, grâce en miques présentes dans l’échantillon. En fait, la
d’une analyse future en laboratoire. Plusieurs nations, particulier aux analyses des particules de l’expé- méthode utilisée se base sur une technique mathé-
telles la France, l’Italie, le Japon ou encore les États- rience COSIMA, collectées dans la coma de la co- matique (la transformation de Fourier), qui, au lieu
Unis, sont impliquées dans ce type de travail. Ce n’est mète 67P/Churyumov-Gerasimenko. de donner directement la longueur d’onde λ (wave-
que dans les zones polaires qu’il est possible de re- En s’appuyant sur ces comparaisons, et aussi sur length en anglais, en μm) caractéristique de la liaison
cueillir des particules qui n’ont pas (ou peu) subi d’al- nos connaissances du matériau analysé dans cer- chimique, permet de déterminer ce qu’on appelle
tération, en particulier thermique, à leur entrée dans taines des météorites originaires de corps primitifs le nombre d’onde σ (wavenumber en anglais), équi-
l’atmosphère. du Système solaire (les chondrites carbonées), les valent à une fréquence et exprimé en cm–1 (figure 2).
La collection française Concordia/CSNSM chercheurs ont constaté qu’une classe de micromé- Les spectres obtenus sont ensuite décomposés en
contient des milliers de micrométéorites, collectées téorites antarctiques de la collection Concordia/ leurs différentes contributions, indiquées de couleurs
dans l’Antarctique, au voisinage de la station CSNSM, celle des micrométéorites ultracarbonées différentes. Dans la région 1100-900 cm–1, c’est l’ab-
Concordia [1] (Dôme C) depuis les premières cam- ou UCAMM (pour UltraCarbonaceous Antarctic Mi- sorption des silicates présents dans les échantillons
pagnes de 1999. Depuis les premières collectes, les croMeteorites), présente un intérêt tout particulier (forstérite et enstatite) qui domine et qui masque les
techniques de récupération se sont considérable- car ces poussières sont très probablement origi- contributions organiques; sinon, les spectres sont
ment améliorées, que ce soit la sélection des lieux naires de la ceinture de Kuiper ou du nuage d’Oort, dominés par la contribution de la matière organique.
de collecte ou les techniques de filtration et de ré- réservoirs de comètes situés dans les régions ex- En particulier, dans la région 3600-3000 cm–1, on dis-
cupération des particules, et il est devenu possible ternes du Système solaire. Ces comètes sont peu tingue des contributions à la fois des radicaux OH et
de bien connaître leur structure et leur composi- échantillonnées dans les autres collections de ma- NH.

8 L’ASTRONOMIE – Avril 2018 vol.132 | 115 | 8


Les résultats révèlent un composant organique dont
le rapport entre les liaisons CH de type aliphatique 2. Les spectres infrarouges des huit UCAMM,
(autour de 2900 cm–1) et aromatique (3050 cm–1) est décalés par raison de clarté, pour des longueurs
faible. Sa teneur en azote est très supérieure à celle ob- d’onde (wavelength) comprises entre 2,5 et 12 μm
(soit entre 4000 et 800 cm–1). L’épaisseur optique
servée dans la matière organique extraite des météo- (optical depth) est directement liée à l’abondance
rites ou des poussières interplanétaires classiques des molécules où sont identifiées les liaisons
alors que la teneur en oxygène s’avère inférieure. Les chimiques. Les différentes couleurs indiquent les
spectres infrarouges sont compatibles avec la pré- contributions des différentes liaisons. (Dartois et al.)
sence de groupements fonctionnels de type cétone
ou aldéhyde (autour de 2820cm–1) et enfin le grou-
pement CN (2200 cm–1) est observé dans trois des vés observés dans le Système solaire. Ils confirment
poussières analysées, et certains spectres Raman la possibilité d'un gradient des rapports d'abon-
montrent aussi des signatures de liaisons CN, dans un dances élémentaires d’éléments majeurs, C/Si et N/C
réseau carboné différent de celui observé dans la ma- dans les phases solides du disque protoplanétaire qui
tière organique extraite des météorites. Enfin, le rap- entourait le jeune Soleil.
port silicium sur carbone des UCAMM s’avère très Les UCAMM ouvrent la possibilité d'obtenir de
inférieur à celui de la matière extraterrestre analysée nouvelles connaissances sur la composition de la
à ce jour (météorites, poussières interplanétaires). surface des petits objets glacés les plus éloignés de
Les chercheurs expliquent l'ensemble de ces résul- notre étoile et participent à une meilleure compré-
tats sur la formation de la matière organique des hension de l'origine de la matière organique inter-
planétaire. ■ Janet Borg, IAS
UCAMM par des processus physico-chimiques qui,
très probablement, ont pris place dans un environne-
[1] La station Concordia, située au DômeC (73°S, 123°E),
ment froid et riche en azote, où ils sont soumis à un est gérée par les instituts polaires français et italien (IPEV
rayonnement énergétique (photons, rayons cos- et PNRA). [2] E. Dartois, C. Engrand, J. Duprat, M. Godard,
miques). De telles conditions sont réunies à la surface E. Charon, L. Delauche, C. Sandt ans F. Borondics, « Dome
C ultracarbonaceous Antarctic micrometeorites - Infrared
des petits corps glacés situés dans le Système solaire and Raman fingerprints », Astronomy & Astrophysics 609,
externe. Les rapports d’abondance de C/Si et N/C dans A65 (201).
les UCAMM analysées dans ce travail sont les plus éle- https://doi.org/10.1051/0004-6361/201730322

vol.132 | 114 | 9 Mars 2018 – L’ASTRONOMIE 9


ACTUALITÉS | PLANÉTOLOGIE

TRAPPIST-1
DES NOUVELLES DU SYSTÈME EXOPLANÉTAIRE NASA/JPL-Caltech

S
ituée à 40 années-lumière de la Terre, l'étoile naine de Liège, et après l'utilisation de méthodes très complexes
ultra-froide TRAPPIST-1 – température de surface d'analyse de données et de modélisation, l'équipe a pu en
~ 2550K, à la limite entre les naines rouges et les effet estimer la masse des planètes1 (toutes de l’ordre de la
naines brunes – possède un système planétaire re- masse de la Terre) et, connaissant leurs tailles grâce aux tran-
marquable: 7 planètes plus ou moins de la taille de la Terre, sits, déterminer leurs densités et les combiner ensuite avec
découvertes en 2016 par la méthode du transit (diminution des modèles de leurs compositions. Ainsi, TRAPPIST-1b et
de la luminosité de l'étoile quand une planète passe devant, c, les planètes les plus proches de l'étoile, ont probablement
vu de la Terre) à l'aide du télescope belge TRAPPIST (the un cœur rocheux entouré d'une atmosphère beaucoup
TRAnsiting Planets and Planetesimals Small Telescope) ins- plus épaisse que celle de la Terre. TRAPPIST-1d est la plus lé-
tallé sur deux sites : le site TRAPPIST-Sud à l’observatoire de gère, 30 % de la masse de la Terre. Avec une densité sem-
l’Eso à La Silla, au Chili, et le site TRAPPIST-Nord à l’observa- blable à celle de la Terre (5,5 g/cm3), TRAPPIST-1e pourrait
toire de l'Oukaïmeden, au Maroc (avec des observations avoir un cœur dense de fer. Concernant la taille, la densité
complémentaires d'autres télescopes basés aux Canaries, à et la quantité de rayonnement reçu de son étoile, c’est la
Hawaï et en Afrique du Sud). planète qui ressemble le plus à la Terre. Les 3 dernières pla-
nètes sont assez loin pour que leur eau soit sous forme de
Dans un travail à paraître dans Astronomy & Astrophysics, glace. Il semble que TRAPPIST-1e puisse maintenir son eau
une équipe internationale, conduite par des astronomes liquide. ■ Roget Ferlet
suisses et comprenant des Français, montre que les 7 pla- Institut d’astrophysique de Paris
nètes TRAPPIST-1b, c, d, e, f, g et h (dans l'ordre croissant des
distances à l'étoile centrale) sont toutes rocheuses et 1. Les 7 planètes TRAPPIST-1 sont suffisamment proches les unes
contiennent des quantités significatives d'eau. À partir de des autres pour qu'elles interagissent gravitationnellement, ce qui
nouvelles observations à la fois du sol et de l'espace, dont induit de très légers décalages des temps de transit à chaque
celles du nouvel équipement SPECULOOS (Search for Pla- orbite. Ces décalages dépendent des masses des planètes, de
nets EClipsing ULtra-cOOl Stars) mis en service à l'observa- leurs distances et d'autres paramètres orbitaux. En modélisant les
toire Paranal de l’Eso, sous la responsabilité de l’université orbites jusqu'à ce que les transits calculés correspondent
exactement aux valeurs observées, on en déduit les masses.

10 L’ASTRONOMIE – Avril 2018 vol.132 | 115 | 10


POINT DE VUE | POUR CONTRE

UNE FAUSSE ÉTOILE,


DANS NOTRE Ce satellite n’a comme but que
VRAI CIEL d’être visible et par conséquent
de polluer un peu plus le ciel
nocturne.


Depuis deux mois, une nouvelle Dès l’annonce de l’existence de Humanity Star, un grand
nombre d’astronomes professionnels ont réagi.
fausse étoile est apparue dans Quelques commentateurs l'ont déjà qualifiée de graffiti
spatial sans intérêt. La Station spatiale, que l’on peut voir
le ciel. De quoi s’agit-il? passer aussi bien est, elle, un vrai lien pour l’humanité.


Elle accueille en effet dans l’espace des astronautes de tous pays et pro-
D’un satellite artificiel, bien évidemment, qui porte le
duit de la science et de la technologie. Chaque personne qui lève les
nom grandiloquent de Humanity Star. Il a été lancé le
yeux le soir peut voir passer des dizaines d'autres satellites; Humanity
21 janvier 2018 par la société Rocket Lab, start-up aé-
Star n’en est qu’un de plus, nettement moins brillant, par exemple, que
rospatiale néozélandaise. Cette start-up, qui a mis au
les flashs des satellites Iridium qui, eux, ont une utilité. Donc il y a une
point le lanceur « Electron », est spécialisée dans les lan-
autre raison, qui est à l’évidence publicitaire, émanant d’une société pri-
cements de microsatellites, comme les Cubesats. Cette fois-ci, c’est une
vée. Quand les États faisaient leur propagande avec le spatial, elle était
grosse boule d’un mètre de diamètre équipée de 65 panneaux réflé-
de bien meilleure qualité: avec Humanity Star, pas d’aventure humaine
chissants qui a été placée sur une orbite à environ 400 km de la Terre.
(contrairement à Gagarine ou Apollo 11), pas de production de science
Elle se déplace en tournant sur elle-même et en renvoyant la lumière
et d’images, pas de service rendu à la société (téléphonie, Internet,
du Soleil. L’objet poursuivra sa route durant plusieurs mois puis retom-
météo…). Il s’agit donc d’un simple point de plus dans le ciel, avec l’ir-
bera dans l’atmosphère où il se disloquera. En attendant, cette « étoile »
ruption du nom d’une société privée qui lui est associé. Il y a eu à partir
éphémère est facilement observable et devrait être visible en France,
des années 1970 de vrais satellites géodésiques couverts de miroirs
après le 25 février. On peut suivre sa position sur le site http://www.the-
conçus pour l’étude de la gravitation terrestre et du mouvement des
humanitystar.com/
plaques tectoniques. Le premier fut Lageos 1, lancé en 1976 par la Nasa.
Peter Beck, fondateur de Rocket Lab, est à l’origine de ce projet qu’il qua-
Notons que sur le site Web du satellite Humanity Star, on trouve un lien
lifie de « cadeau » offert à l’humanité. Il souhaite que cette étoile attire
éducationnel réduit à la conception d’une maquette en papier alumi-
les regards des hommes vers le ciel. Du fait que Humanity Star est visible
nium du satellite, accompagnée d’explications très pauvres : on ne dit
en même temps par des milliards d’êtres humains, elle constitue un lien
pas ce qu’est une orbite géodésique, comment varie la magnitude, etc.
très fort entre tous les Terriens, un trait d’union entre les hommes.
Humanity Star est un projet inutile et décevant. Souhaitons que l'en-
Bien entendu, l’objectif publicitaire de ce satellite n’est pas passé ina-
treprise qui l'a lancé ne soit pas suivie par d'autres compagnies dans
perçu et sa mise en orbite a provoqué de vives réactions de désap-
sa transformation du ciel étoilé en support publicitaire.
probation. ■ Marie-Claude Paskoff
■ Fabrice Mottez

vol.132 | 115 | 11 Avril 2018 – L’ASTRONOMIE 11


SPATIAL | Jean-Pierre MARTIN | Pdt de la commission de Cosmologie (SAF) jpm@planetastronomy.com

SPACEX
SUCCÈS HISTORIQUE
POUR LE HEAVY
Pour la première fois depuis la conquête de la
Lune, une entreprise privée, SpaceX d'Elon Musk,
se lance dans le défi de la construction d'un
super-lanceur lourd devant permettre, à terme,
d'atteindre la Lune ou Mars.

12 L’ASTRONOMIE – Avril 2018 vol.132 | 115 | 12


ous ne rêvez pas, une voiture électrique rouge est

V
en orbite autour du Soleil depuis quelques se- La genèse du projet
maines ! Certains pensaient à un gag ou tout du Comme l’ont écrit les journaux, le Falcon Heavy est la plus
moins à un coup de pub (c’en était un aussi), mais puissante fusée du monde actuellement, mais pas la plus
ce fut surtout un incroyable exploit technique ! Le puissante qui ait jamais existé et qui reste la Saturn V de
dernier coup de maître de l’homme d’affaires Elon Musk Wernher von Braun.
(lire encadré) est d’avoir développé une fusée superpuis- Ce lanceur est plus puissant que le plus puissant lanceur
sante, le Falcon Heavy, emportant comme charge utile – actuel, la fusée Delta IV Heavy d’ULA (United Launch Al-
Musk pariait peu sur la réussite de ce lancement – sa voiture liance : association de Lockheed Martin et Boeing) qui
électrique personnelle, un roadster Tesla rouge avec un peut mettre jusqu’à 25 t en orbite basse, alors que le Falcon
mannequin astronaute baptisé Starman aux commandes. Heavy peut y propulser 64 t ! SpaceX annonce un coût de
Cela devait marquer les esprits. Mais la véritable obses- l’ordre de 90 millions de dollars par lancement, trois fois
sion d’Elon Musk est la conquête de Mars, qu’il considère moins que son rival.
comme une planète d’accueil pour les Terriens. Il avait pro- L’intelligence de Musk a été de louer à la Nasa le my-
mis d’effectuer cet essai en 2018, et il l’a fait. thique pas de tir des fusées Apollo et notamment Apollo 11,
le pad 39 A de cap Canaveral. Il l’a pour vingt ans et pour
tous ses lancements !

STARMAN PARTI
POUR UN LONG VOYAGE
AU VOLANT DU
ROADSTER DE TESLA :
UNE PREMIÈRE !

vol.132 | 115 | 13 Avril 2018 – L’ASTRONOMIE 13


SPATIAL | SUCCÈS HISTORIQUE POUR LE HEAVY

ELON MUSK, INSPIRATEUR SPATIAL


Cet ingénieur, manager, milliardaire et brillant investisseur
est né en 1971 en Afrique du Sud. Il a très tôt émigré au
Canada puis aux États-Unis, où il a exercé plusieurs petits
métiers. Il crée PayPal, puis le revend et, avec cet argent,
fonde la société SpaceX en 2002 puis Tesla en 2003.


Progressivement, 20 000 personnes vont travailler pour sa
société et, après quelques débuts difficiles, la Nasa lui confie
des missions de ravitaillement de l’ISS avec sa capsule
Dragon. Son concept : tout doit être récupérable ! Et ça
marche, boosters, étage principal, capsule sont récupérés en
direct de façon spectaculaire. Sa philosophie : tout doit être
fabriqué par SpaceX ! (Nous avons évoqué SpaceX dans le
numéro de juillet 2014 de l’Astronomie.)

«L’INTELLIGENCE DE MUSK
A ÉTÉ DE LOUER À LA NASA
LE MYTHIQUE PAS DE TIR
DES FUSÉES APOLLO.» ➋

14 L’ASTRONOMIE – Avril 2018 vol.132 | 115 | 14
Le Falcon Heavy
Le Falcon Heavy est constituée d’un ensemble
premier étage Falcon 9 et de deux boosters Fal-
con 9, le tout comportant donc 9 x 3 = 27 mo-
teurs Merlin 1D qui vont fonctionner en même

spacex
temps pour fournir l’énorme poussée néces-
saire au décollage. Signalons que c’est un ex-
ploit, quand on pense à l’énorme fusée  N1
soviétique qui devait concurrencer Saturn V et
qui n’a jamais été capable de synchroniser ses
COMPARAISON SATURN V / FALCON HEAVY 30 moteurs. Elle a toujours explosé !
Ainsi, ce mardi 6 février 2018, après un léger
retard, le lanceur décolle du pas de tir (per-
Saturn V Falcon Heavy
sonne n’en a parlé en France ou si peu, car nous
Hauteur 110 m 70 m étions englués dans une tempête de neige).
Masse 3 Mt 1,4 Mt Lancement parfait, on reste en orbite pendant
quelques tours autour de la Terre, puis départ
Nombre d’étages 3 2 en principe pour… Mars. Le décollage pouvait
Nombre de moteurs 5 (1er étage) Rocketdyne F1 27 (1er étage) Merlin 1D être suivi en direct sur Internet, ainsi que la sé-
5 (2e étage) Rocketdyne J2 1 (2e étage) Merlin 1D paration des étages et le retour sur Terre des
deux boosters pour récupération (voir liens en
1 (3e étage) Rocketdyne J2 fin d’article). Quel succès !
Poussée 1er étage 34 000 kN (~ 3,5 kt) 23 000 kN (~ 2,4 kt)


Les 9 x 3 = 27 moteurs-


fusées Merlin 1D.
Brûlent de l’oxygène Le corps principal
liquide (LOX) et du kérosène et ses deux
(RP-1). Chaque moteur a une boosters. Tous des
poussée de l’ordre de 86 t Falcon 9 avec 27 Merlin 1D
(845 kN). Développé par en tout. Réservoirs en
SpaceX. alliage Al-Li léger et solide.
Après utilisation des deux
boosters, le corps principal
continue sa course ; les


Les atterrisseurs qui se boosters rentrent sur Terre
déploient pour à cap Canaveral ; l’étage
l’atterrissage des principal plus tard, sur une
fusées Falcon 9. barge en mer.


Les ailerons de
freinage hypersoniques
(grid fins en anglais)
qui sont utilisés pour la rentrée


atmosphérique comme La coiffe
éléments de guidage pour la protégeant la
récupération. Ils sont associés à charge utile.
de petits propulseurs (les RCS)
pour pilotage. Ils assurent un
atterrissage de précision aussi
bien au sol qu’en mer.

vol.132 | 115 | 15 Avril 2018 – L’ASTRONOMIE 15


SPATIAL | SUCCÈS HISTORIQUE POUR LE HEAVY

LA PARFAITE
SYNCHRONISATION
DES DEUX BOOSTERS,
QUI SE SONT POSÉS
ENSEMBLE ,COMME
PRÉVU, À CAP
CANAVERAL.

© JHUAPL

Après deux minutes, les deux boosters sur la bonne orbite, et une fois en orbite man au volant de la Tesla. La voiture est
se sont arrêtés et se sont séparés ; ils ont et la coiffe ouverte, la Tesla devait être bardée de différentes caméras qui re-
pris le chemin de la Terre où ils se sont placée sur une trajectoire en direction de transmettent les images. Elle transporte-
posés ensemble au même moment, Mars, mais il semble que la poussée ait rait aussi des DVD de notre planète ainsi
comme prévu, sur la zone d’atterrissage été trop forte et que la voiture volerait en que la trilogie d’Asimov Fondation et les
à cap Canaveral. Là aussi, un beau suc- direction de… la ceinture d’astéroïdes, noms de quelques milliers d’employés de
cès ! SpaceX a déjà réussi à récupérer 21 mais sans jamais pouvoir l’atteindre ! Le SpaceX.
de ses étages Falcon 9. roadster va quand même s’approcher de En mars, elle était toujours en orbite
Seule ombre au tableau, le premier Cérès et passera même près de Mars en autour de la Terre, ce qui nous donnait à
étage ne s’est pas posé correctement sur juin  2018, mais très loin. Il repassera voir des images auxquelles on n’a pas été
la barge en mer, mais à seulement 100 m aussi de nombreuses fois près de la Terre. habitués.
de la cible, par manque de carburant. Néanmoins, l’opération de communi-
En plus de viser Mars (encadré), Elon
Le deuxième étage (un moteur Mer- cation s’est bien déroulée puisque l’on
Musk ne s’arrête pas là, il veut lancer une
lin 1D modifié) propulse la charge utile peut voir en direct les aventures de Star-
myriade de petits satellites (4 000 !) afin

16 L’ASTRONOMIE – Avril 2018 vol.132 | 115 | 16


À QUAND MARS : 2025, 2030 ?
La grande idée de Musk est la colonisation de Mars
avec le développement d’un lanceur encore plus
puissant baptisé BFR (pour Big F…ing Rocket ou,
plus élégamment, Big Falcon Rocket), en principe
trois fois plus puissant que le Falcon Heavy ; il
devrait effectuer son premier vol vers 2020. BFR
devrait avoir une hauteur de 103 m (comparable à
Saturn V) et une poussée de 5 kt.
Musk compare la mission vers Mars à la découverte
du Nouveau Monde des premières caravelles, un
vrai risque pour les premiers explorateurs. Son
rêve est d’établir une liaison régulière à chaque
fenêtre de lancement (tous les 26 mois en
moyenne) pour établir une colonie humaine sur
de procurer à tout citoyen de la Terre une Mars. À cet effet, il a écrit un essai intitulé « Making
connexion Internet très haut débit. Ils seraient sur Humans a Multi-Planetary Species » (Transformer
une orbite basse, 1 000 km, contrairement aux gros les humains en une espèce multiplanétaire) paru
satellites actuels. Aujourd’hui n’est donc que le tout dans la revue New Space de juin 2017.
début du commencement pour ce visionnaire.
Et dire qu’il y a quelques années, on ne prenait Pour en savoir plus
pas Elon Musk au sérieux ! La concurrence n’a qu’à Falcon heavy test launch : http://www.spacex.com/
bien se tenir, il y a les sociétés locales comme Blue avec la vidéo : https://youtu.be/wbSwFU6tY1c
Origin de Jeff Bezos, le super-lanceur SLS de la Le roadster dans l’espace :
Nasa, plus puissant que Saturn V, les étrangers https://www.youtube.com/watch?v=LD-E3ZCjBho&feature=youtu.be
comme la Chine et, en Europe, Ariane 6, non réuti- Où est la voiture ? http://www.whereisroadster.com/
lisable, en cours de développement. Mais est-ce déjà À lire l’essai d’E. Musk « Making Humans a Multi-Planetary Species » :
trop tard ? ■ http://online.liebertpub.com/doi/pdf/10.1089/space.2017.29009.emu

vol.132 | 115 | 17 Avril 2018 – L’ASTRONOMIE 17


ZOOM | Florence DURRET & Florian SARRON | Inst. d'astrophysique de Paris/Sorbonne Université)

DÉTECTION DE LA
TOILE COSMIQUE
O
n peut voir une sorte de « bon- magnitude. D’autres
homme » sur la figure 1 (qui bien étaient ciblés sur une
sûr n’en est pas un !). Le « corps » et petite région du ciel,
la « tête » correspondent au célèbre mais atteignaient des ga-
amas de galaxies Coma, avec une laxies beaucoup plus faibles, et
grande concentration de galaxies dans la même donc souvent plus lointaines. Tous ces grands re-
direction, s’éloignant de nous avec des vitesses levés ont confirmé que les galaxies se distri-
entre 4 000 et 9 000 km/s environ. Il existe donc buaient le long de filaments ou de feuillets.
une dispersion de vitesses des galaxies dans les
amas, d’autant plus grande que l’amas est massif. En prenant en compte l’interaction gravita-
Les longs « bras du bonhomme » signalent l’exis- tionnelle et l’expansion de l’Univers, les simula-
tence d’un très long filament de galaxies. tions numériques de formation des grandes
structures, ou simulations à N-corps, montrent,
De nombreux grands relevés spectroscopiques elles aussi, que la matière ne se distribue pas de
ont ensuite été effectués, portant sur l’observation manière homogène. Les amas de galaxies sont si-
de dizaines de milliers de galaxies. Certains re- tués à l’intersection de deux ou plusieurs fila-
levés couvraient une zone importante du ciel, ments. Ils apparaissent comme des zones très
mais n’allaient pas très profondément en brillantes sur la figure 2.

18 L’ASTRONOMIE – Avril 2018 vol.132 | 115 | 18


L'ESSENTIEL
Les simulations numériques de formation des grandes structures montrent que la matière ne se distribue pas
de manière homogène: elle forme ce que l’on appelle une « toile cosmique » à trois dimensions, dans laquelle
les amas de galaxies sont situés à l’intersection de deux ou plusieurs filaments. Le problème est de détecter
observationnellement cette toile. La spectroscopie permet d’obtenir avec précision les distances des amas de
galaxies, mais elle exige de très nombreuses heures de temps de télescope, ce qui ne permet pas de couvrir de
grandes zones du ciel et par conséquent de mettre en évidence la structure filamentaire de l’Univers.
L’imagerie est beaucoup moins gourmande en temps de télescope, mais il est difficile de détecter directement
les filaments de galaxies sur des images, car leur contraste par rapport à l’ensemble des galaxies est faible. En
revanche, les distances peuvent être estimées pour des millions de galaxies à la fois, en prenant seulement
quelques images du même champ dans divers filtres. Le présent article décrit une méthode économique en
temps de télescope pour sélectionner les galaxies d’un amas grâce à la photométrie et en donne un exemple
d’application. La méthode est moins précise que la spectroscopie, mais elle permettra d’étudier de nombreux
amas jusqu’à de grandes distances dans l’Univers grâce aux relevés en imagerie profonde multi-bandes à
grand champ.

À partir du milieu des années 1980, une équipe d’astronomes


aux États-Unis a commencé à mesurer les décalages spectraux
de nombreuses galaxies. Ils ont alors pu montrer que les
galaxies se distribuaient non pas de manière homogène, mais
selon des filaments (allongés dans une dimension de l’espace)
ou des feuillets (à deux dimensions).

LA DÉTECTION DE LA TOILE
COSMIQUE EN IMAGERIE AUTOUR
DES AMAS DE GALAXIES
La spectroscopie, qui a permis de décou-
vrir la structure filamentaire de l’Univers,
exige de très nombreuses heures de
temps de télescope, ce qui est évidem-
ment très coûteux et ne permet pas de
1. Diagramme dit couvrir de grandes zones du ciel avec une
« en cône » montrant profondeur suffisante pour atteindre des
que la distribution des
objets lointains. L’imagerie est beaucoup
galaxies dans l’Univers n’est pas
homogène. Chaque point correspond moins gourmande en temps de télescope,
à une galaxie. La position des galaxies est mais en raison des effets de projection
graduée en ascension droite le long du cercle, sur le plan du ciel, il est difficile de détec-
et la vitesse de récession est représentée ter directement les filaments de galaxies
radialement le long du cercle (de Lapparent,
sur des images, car leur contraste par rap-
Geller & Huchra, 1986, ApJL 302, L1).
port à l’ensemble des galaxies est faible.

vol.132 | 115 | 19 Avril 2018 – L’ASTRONOMIE 19


ZOOM | DÉTECTION DE LA TOILE COSMIQUE

 2. Simulation numérique de la formation


de structures dans un Univers de matière
noire CDM (Cold Dark Matter ou matière noire
froide). Le cube fait 500 millions d’années-
lumière, et inclut 16 millions de particules
(d’après le groupe INC de l’IAP).

 4. Principe du décalage spectral


photométrique: les spectres de trois galaxies
elliptiques de décalage spectral croissant
sont tracés en bleu, vert et rouge. Les courbes
de réponse de quatre filtres (notés g, r, i et z)
sont superposées. Suivant le flux lumineux
mesuré dans chacune des bandes, on peut
avoir une estimation approximative du
décalage spectral (réf.:
www.darkenergysurvey.org/terms/redshift.shtml).

3. Diagramme couleur-magnitude Un moyen pour détecter des


pour l’amas de galaxies MACS1149. Les
points noirs indiquent toutes les galaxies, les
filaments est de se concentrer sur les
points rouges correspondent aux galaxies amas de galaxies et leur environnement
ayant un décalage spectral correspondant à immédiat. Nous allons illustrer cette mé-
celui de l’amas. Les galaxies elliptiques sont thode sur un amas particulier, MACS
distribuées selon une séquence tracée en J1149.5+2223, étudié par Halim El Achkar
rouge, et on considère que toutes les
galaxies situées entre les deux droites en
durant son stage de Master 1 (ci-après
vert appartiennent à l’amas. MACS1149), dont le décalage spectral est
0,544 (voir l’encadré 1). Si
l’on dispose d’images de
cet amas dans deux
bandes, par exemple les
bandes B (dans le bleu-
vert) et R (dans le rouge), il est possible de tracer un diagramme couleur-
magnitude représentant la couleur (ou différence des magnitudes) (B-R)
en fonction de la magnitude R. Dans les amas, les galaxies sont principa-
lement de type précoce (galaxies elliptiques ou lenticulaires), et ont été
formées à peu près à la même époque. On s’attend donc à ce qu’elles aient
à peu près la même couleur (B-R) (voir encadré 2). On observe effecti-
vement que, comme on peut le voir sur la figure 3, un grand nombre de
galaxies appartenant à l’amas (d’après leur décalage spectral spectrosco-
pique) se distribuent selon une droite (croix rouges). On va donc sélec-
tionner les galaxies le long de cette bande et considérer qu’elles ont toutes
une forte probabilité d’appartenir à l’amas. C’est un moyen de sélectionner
les galaxies de l’amas assez économique en temps de télescope. Bien sûr,
on « perd » alors les galaxies bleues de l’amas (galaxies à disque), c’est-à-
dire les galaxies représentées par les croix rouges de la figure 3 qui sont
en dessous de la séquence définie par les deux droites vertes. Mais on ob-

20 L’ASTRONOMIE – Avril 2018 vol.132 | 115 | 20


1. LIEN ENTRE DÉCALAGE SPECTRAL
VERS LE ROUGE ET DISTANCE
Du fait de l'expansion de l'Univers, l'espace que traverse la lumière provenant d'une
galaxie lointaine est étiré au cours du voyage. L'onde lumineuse est donc étirée. Or,
une longueur d'onde plus grande correspond à une lumière plus rouge. La lumière
des galaxies lointaines nous arrive donc plus rouge que lorsqu'elle a été
émise par la galaxie. C'est le décalage spectral vers le rouge.
Il s'avère que ce décalage est lié à la distance de la galaxie dont nous
recevons la lumière. En effet, plus une galaxie est lointaine, plus les
photons ont voyagé longtemps et donc plus ils ont subi cet étirement
de leur longueur d'onde due à l'expansion de l'Univers.
Ce lien entre décalage spectral vers le rouge et distance de la ga-
laxie a été mesuré pour la première fois par Edwin Hubble en
1929 sur des galaxies proches.

5. Carte de densité des galaxies autour de l’amas de


galaxies MACS J1149. Les niveaux de densité tracés en
vert commencent à 3σ au-dessus du fond et augmentent
avec un pas de 1σ. Les petits cercles verts indiquent les
positions des galaxies ayant un décalage spectral
mesuré, et ceux en rose correspondent aux galaxies
situées au même décalage spectral que l’amas. La grande
ellipse blanche indique l’extension maximale de l’amas et
de son filament. On a sans doute ici un superamas
constitué de plusieurs amas de masses différentes.

tométriques et de calculer des décalages spec-


traux photométriques. Le principe est montré
sur la figure 4. De manière générale, plus on a
de mesures dans des filtres différents couvrant
un grand domaine de longueur d’onde, meil-
leure sera l’estimation du décalage spectral
photométrique.
Lorsqu’on a sélectionné par l’une ou l’autre de
ces deux méthodes les galaxies ayant une forte
probabilité d’être au même décalage spectral que
l’amas considéré, il est possible de calculer une
carte de densité de ces galaxies et de voir com-
ment les galaxies se répartissent dans les régions
extérieures de l’amas. La carte de densité obtenue
pour MACS J1149 est montrée sur la figure 5. At-
tention, si la méthode utilisée pour sélectionner
serve que les galaxies à disque sont toujours beaucoup moins nombreuses que les galaxies d’amas est celle correspondant à la sé-
les elliptiques dans les amas, donc on peut se permettre de négliger les galaxies quence rouge, on va alors obtenir la distribution
bleues de l’amas. D’autre part, il y a une certaine contamination par des galaxies des galaxies elliptiques. Il est possible, et même
d’arrière-plan, mais celle-ci reste assez faible pour les galaxies plus brillantes probable, que les spirales dans et autour de l’amas
que R = 23. On coupe donc les catalogues de galaxies à R < 23 avant de calculer soient distribuées différemment, mais il est beau-
la carte de densité comme décrit ci-dessous. coup plus difficile de sélectionner les spirales par
Un autre moyen pour sélectionner les galaxies ayant de grandes chances leur couleur, parce qu’elles ont des couleurs beau-
d’appartenir à l’amas est d’observer l’amas dans quatre ou cinq bandes pho- coup plus variées que les elliptiques.

vol.132 | 115 | 21 Avril 2018 – L’ASTRONOMIE 21


ZOOM | DÉTECTION DE LA TOILE COSMIQUE

Le logiciel AMACFI a ensuite été


considérablement amélioré par F. Sar-
2. TYPES ET COULEURS DES GALAXIES ron dans le cadre de sa thèse (2015-
2018), et a donc été rebaptisé
Selon leur forme, les galaxies peuvent être classées en différents types : les ga-
AMASCFI (Adami, MAzure and Sar-
laxies elliptiques ont une forme sphérique ou ellipsoïdale, les spirales ont un
bulbe sphéroïdal relativement petit et un disque aplati où se trouvent les bras
ron Cluster FInder). Les améliorations
spiraux, et les lenticulaires (ou S0) qui sont intermédiaires entre ces deux classes. portent en particulier sur la position, le
Les galaxies elliptiques sont riches en étoiles rouges et vieilles, elles apparais- décalage spectral et la richesse (nombre
sent donc plutôt rouges. Tout le gaz (essentiellement de l'hydrogène) qu'elles de galaxies) de chaque amas, qui sont
contenaient a été utilisé pour former des étoiles, il n'en reste donc quasiment maintenant connus avec une bien meil-
plus, et il ne s'y forme plus d'étoiles. leure précision. De plus, le code, main-
Les bulbes des galaxies spirales ont des propriétés très semblables à celles des tenant parallélisé sur plusieurs
elliptiques, tandis que dans les disques des spirales il reste du gaz et la formation ordinateurs, permet de traiter une ré-
d'étoiles est importante. Les bras spiraux des galaxies spirales sont donc riches gion du ciel beaucoup plus grande, en
en étoiles jeunes et bleues, ce qui donne aux galaxies spirales une couleur in- un temps bien moindre.
trinsèquement bleue.
Dans le cadre de la préparation de la
mission Euclid (voir l’Astronomie mars
glais) couvrant chacune 1 degré carré et 2018, p. 16), six logiciels différents de dé-
LA DÉTECTION DE LA TOILE tection d’amas ont été appliqués aux ca-
observées avec des temps de pose très
COSMIQUE À GRANDE ÉCHELLE longs, et quatre zones « larges » (Wide 1 à talogues produits par diverses
Pour détecter les filaments cosmiques à simulations numériques, et leurs perfor-
4, en anglais) couvrant des régions du ciel
grande échelle (et non plus seulement mances ont ainsi pu être comparées. Si
nettement plus grandes, de plusieurs di-
dans l’environnement d’un amas de ga- AMASCFI n’a finalement pas été sélec-
zaines de degrés carrés, mais avec des
laxies), on peut également utiliser dans tionné comme le meilleur, il a montré
temps de pose plus courts. Toutes ces ré-
un premier temps la technique des dé- qu’il était d’un niveau comparable à celui
gions ont été observées dans cinq filtres,
calages spectraux photométriques. Dans des autres logiciels.
allant du bleu à l’extrême rouge.
ce cas, on observe une région du ciel plus
ou moins grande, à l’aide de quatre ou
cinq filtres. Il est alors possible de déter-
miner pour chaque galaxie (il peut y en
avoir des dizaines, voire des centaines de
milliers) son décalage spectral photomé-
trique. On sélectionne alors les galaxies
dans des tranches de décalage spectral,
et on calcule dans chaque tranche une
carte de densité.
Dans tous les cas, les décalages spec-
traux photométriques sont évidemment
beaucoup moins précis que les décalages
spectraux spectroscopiques. En re-
vanche, ils peuvent être estimés pour des
millions de galaxies à la fois, en prenant
seulement quelques images du même
champ dans divers filtres.
Il y a une dizaine d’années. Alain Ma-
zure et Christophe Adami, au Laboratoire
d’astrophysique de Marseille, ont déve-
loppé une méthode pour la recherche sys-
tématique d’amas dans de grands relevés
(AMACFI, Adami & MAzure Cluster
FInder). Notre équipe l’a appliquée au
grand relevé CFHTLS (Canada France
Hawaii Telescope Legacy Survey), obtenu
avec la caméra MegaCam, dont le champ 6. Carte de densité du champ Deep 1 du CFHTLS montrant la détection de cinq amas (cercles
couvre 1° x 1°. Ce relevé comporte quatre noirs) dans la tranche de décalage spectral [0,60-0,70].
zones « profondes » (Deep 1 à 4, en an-

22 L’ASTRONOMIE – Avril 2018 vol.132 | 115 | 22


Grâce aux grands relevés
en imagerie profonde
multibandes à grand
champ, le nombre
d’amas de galaxies a
beaucoup augmenté ces
dernières années.

vol.132 | 115 | 23 Avril 2018 – L’ASTRONOMIE 23


ZOOM | DÉTECTION DE LA TOILE COSMIQUE

Plus de mille amas de galaxies ont


ainsi été détectés dans le relevé CFHTLS
avec un bon rapport signal sur bruit.
Pour valider cette recherche d’amas et la
tester de manière quantitative, la même
méthode a été appliquée à une grande si-
mulation cosmologique baptisée « Mil-
lennium  ». Il a ainsi été possible, par
exemple, de corréler la richesse des amas
(c’est-à-dire le nombre de galaxies) avec
leur masse.
Grâce au nombre élevé d’amas détec-
tés, il a été possible d’analyser les fonc-
tions de luminosité des galaxies (nombre
de galaxies en fonction de la magnitude)
pour trois intervalles de décalage spec-
tral et trois intervalles de masse des
amas, ce qui a permis d’obtenir des
contraintes intéressantes sur l’évolution
des galaxies rouges et bleues dans les
amas (Sarron et al. 2018, Astronomy &
Astrophysics, sous presse).
La seconde étape de ce travail est
maintenant la détection systématique de
filaments cosmiques dans le CFHTLS.
Ce travail est en cours, mais un certain
7. Détection de filaments dans le CFHTLS: en plus des cinq amas détectés figure 6, on nombre de filaments ont d’ores et déjà
peut aussi voir la structure filamentaire tracée par le logiciel DisPerSE (Sousbie, 2011, été détectés, comme on peut le voir sur
MNRAS 414, 350).
la figure 7.

3. TESSELLATION
Une tessellation (ou pavage)
est une partition de l'espace
par un ensemble fini d'élé-
ments (les tuiles). Ce pavage
peut être régulier ou non.
Un exemple simple en deux
dimensions serait le carre-
lage que vous avez dans
votre cuisine. Il s'agit d'une
tessellation de votre cuisine
avec un motif donné, chaque
carreau étant une tuile.
La tessellation de Delaunay
s'obtient à partir d'une dis-
tribution discrète de points.
En deux dimensions, ces
points sont reliés entre eux
en formant des triangles de
taille variable. Chaque trian-
gle représente une tuile du
pavage (voir figure).

24 L’ASTRONOMIE – Avril 2018 vol.132 | 115 | 24


8. Carte de densité du
champ Deep 1 du CFHTLS
obtenue par tessellation
de Delaunay. On voit par
rapport à la figure 7 que la
résolution spatiale est
améliorée, ce qui permet
une reconstruction plus
précise de la structure
filamentaire.

Pour une distribution de galaxies, cer-


taines zones sont plus denses que d'au-
La prochaine étape va être d’utiliser un estimateur de la densité plus
tres. C'est-à-dire que les galaxies sont robuste, la tessellation de Delaunay (voir encadré 3). Cela permettra
plus proches les unes des autres dans ces de tracer plus précisément la structure filamentaire dans les tranches
régions denses. Les triangles seront alors de décalage spectral et d’étudier les propriétés des galaxies ayant une
plus petits comparativement aux zones forte probabilité d’appartenir aux filaments cosmiques.
avec peu de galaxies. Cette propriété de la
tessellation de Delaunay en fait un bon es- CONCLUSIONS
timateur de la densité de galaxies. Grâce aux grands relevés en imagerie profonde multi-bandes à grand
champ, le nombre d’amas de galaxies connu a beaucoup augmenté
ces dernières années, permettant toutes sortes d’études statistiques,
en particulier sur les propriétés des fonctions de luminosité des ga-
laxies dans les amas. Le satellite Euclid, dont le lancement est prévu
en 2021, devrait détecter environ 100 000 amas, ce qui ouvrira de
 Tessellation de nouvelles perspectives dans l’étude de ces objets, en particulier à des
Delaunay pour une décalages spectraux plus grands que ceux actuellement atteints. On
distribution de points. Le pourra alors également utiliser les méthodes de détection de fila-
code couleur représente la ments de galaxies présentées ici, pour étudier statistiquement com-
densité locale que l’on
ment les amas sont connectés à la toile cosmique. ■.
peut associer à ce pavage.

vol.132 | 115 | 25 Avril 2018 – L’ASTRONOMIE 25


HISTOIRE | Jean-Claude MERLIN |

MACHINE
LA

DE BEZIAU

I
nstallé depuis l’automne 2016 à Angers, j’ai souhaité consacrer du temps à un travail de recherche centré
sur un sujet historique en relation avec l’astronomie locale. M. François Comte, conservateur en chef des
collections archéologiques et historiques au musée des Beaux-Arts d’Angers, m’a suggéré de m’intéresser
à la « machine de Béziau ». Il m’a présenté cette machine stockée dans les réserves des musées d’Angers.
En liaison avec le muséum des Sciences naturelles, l’une des finalités de ce travail a été dès le départ de
fournir un argumentaire pour la remise en état de cette machine avec l’objectif de la présenter au public.
Il s’agit en fait d’un planétaire qui, en plus des phénomènes et mouvements habituels, montre le bascule-
ment complet de l’axe de la Terre selon la théorie développée par Pierre Béziau.

26 L’ASTRONOMIE – Avril 2018 vol.132 | 115 | 26


쐃 Pierre Béziau à son bureau dans sa résidence des Batignolles


avec son planétaire « Le Démonstrateur ». D’après la Revue
illustrée no 22, 5 novembre 1907, p. 709
« Le Démonstrateur »
(The Monist, juillet 1908)

QUI ÉTAIT PIERRE BÉZIAU ? Pierre Béziau (1861-1947) était un autodidacte angevin passionné
d’astronomie et curieux de comprendre les phénomènes de la na-
ture. Insatisfait et critique vis-à-vis des théories de la mécanique céleste alors établies, il élabora à
partir de la fin du XIXe siècle une théorie sur les mouvements de la Terre dans laquelle il décrivait un
mouvement en latitude qui faisait basculer totalement notre planète en plusieurs millions d’années.
Soucieux de communiquer ses idées au public et de convaincre autrement qu’avec des équations ma-
thématiques, il construisit un planétaire qui illustrait ses idées (figure 2). Il consacra cinquante ans
de sa vie à développer sa théorie et à rechercher des preuves dans les observations géologiques.
Fils de cultivateurs, Béziau s’inscrit dès l’âge de 15 ans à la SESA (Société d’études scientifiques de l’An-
jou) puis s’installe à Paris à 19 ans. Il va alors y mener de front ses activités professionnelles – il est éco-
nome à la Compagnie générale des omnibus de Paris – et ses recherches en astronomie. Il est membre
de la SAF à partir de 1896 (adhérent no 1240). Il rencontre Flammarion, celui-ci s’intéresse à ses travaux
et l’encourage dans ses recherches originales et indépendantes. Après son retour en Maine-et-Loire en
1931, Béziau fit don de sa machine au Musée paléontologique d’Angers. En 1945, il apporta son soutien
à la création de la Société astronomique Flammarion d’Angers, dont Mme Gabrielle-Camille Flammarion
était la présidente d’honneur.

PIERRE BÉZIAU lui-même franc-maçon, membre de la loge Les In-


séparables du Progrès. Le brevet pour sa machine
ET SA MACHINE et sa monographie La Triple Rotation des planètes
Pendant son séjour parisien, Pierre Béziau fré- qui fait suite à sa conférence devant le GODF sont
quente assidûment la Bibliothèque nationale. Il publiés la même année. Le sommet de la gloire est
dévore les publications astronomiques et se fait atteint à l’occasion de l’Exposition universelle de
sa propre opinion sur la mécanique céleste et les Saint-Louis (Missouri, É.-U.) qui se tient du
mouvements de la Terre. Afin de rendre sa vision 30 avril au 1er décembre: une médaille d’argent lui
du système Terre-Lune immédiatement accessi- est attribuée, sa machine a traversé l’Atlantique
ble à son auditoire, il conçoit dès 1897 la pour être présentée au public de l’exposition!
construction d’un planétaire. Son objectif est de
réaliser une machine, réduction d’un projet plus Les articles publiés par la SESA content les
monumental destiné à l’Exposition universelle de pérégrinations du planétaire de Béziau. L’un
1900. La machine ne sera terminée qu’en 1902, d’entre eux signale en particulier : « En France,
un brevet est déposé deux ans plus tard (figure 3). il a été présenté au public au cours de diverses
L’année 1904 va devenir l’une des plus mar- conférences, faites dans les milieux scientifiques,
quantes de la vie de Pierre Béziau. Le 26 avril, il notamment au Siège de la Société Astronomique
prononce une conférence sur sa théorie devant de France, rue Serpente, où il est resté en per-
l’Atelier du Grand Orient de France (GODF): il est manence pendant plusieurs mois. »

vol.132 | 115 | 27 Avril 2018 – L’ASTRONOMIE 27


HISTOIRE | LA MACHINE DE BÉZIAU

● la rotation rétrograde du plan conte-


nant l’axe de rotation ;
● le basculement de l’axe de rotation en
latitude qui peut ainsi décrire un tour
complet.
Pas de question particulière concer-
nant la première rotation : l’axe de la
Terre est incliné de 23° 27' par rapport
à la perpendiculaire à son plan orbital,
le plan de l’écliptique. Cela revient au
même de dire que l’équateur de la Terre
est incliné de 23° 27' par rapport au
plan de l’écliptique. C’est cette inclinai-
son qui est la cause des saisons.
Pour la deuxième rotation, il se po-
sitionne au niveau du Soleil et exa-
mine ce qui se passe quand la Terre
effectue sa révolution annuelle. Il note
que, vu du Soleil, le plan défini par
l’axe de la Terre et la perpendiculaire
à l’écliptique semble tourner à l’en-
vers : il fait un tour complet en un an,
mais dans le sens contraire du mou-
vement de révolution. Il définit donc
un deuxième axe de rotation : la per-
pendiculaire au plan de l’écliptique
passant par le centre de la Terre. En
réalité, son point de vue et sa déduc-
tion ne sont pas bons : il faut se pla-
cer en dehors du Soleil, par exemple
à distance au-dessus du pôle Nord
du Soleil. On constate en fait que le
plan qui comprend l’axe de la
Terre et le pôle de l’écliptique ne
tourne pas : il est fixe par rapport
on
3. Extrait du brevet d’inventi aux étoiles. Béziau attribue ce phé-
1904
déposé par Pierre Béziau en nomène à un mouvement de la
t trois
pour le « Dispositif montran
rotations simultanées de la
Terre Terre mais, en réalité, c’est une ab-
sur elle-même ». sence de mouvement. La conser-
vation de la direction du plan
contenant l’axe est à l’origine de la
régularité annuelle du phénomène des
saisons.
Pour la troisième rotation, Béziau
LA TRIPLE ROTATION note que les inclinaisons des axes de ro-
DES PLANÈTES tation des planètes sont distribuées de
Le brevet déposé en 1904 décrit un
Une machine qui manières très variées par rapport à leur
plan orbital. La figure 4 est issue de ses
« Dispositif montrant trois rotations si-
multanées de la Terre sur elle-même ».
présente d une publications, elle indique les inclinai-
La théorie de la triple rotation des pla-
nètes est la généralisation à toutes les
manière simple sons connues à son époque. Il en
conclut que l’axe de rotation de chaque
planètes des analyses qu’il a effectuées et didactique planète peut réaliser un tour complet de
360°. Certaines planètes ont une incli-
vis-à-vis de la Terre. Béziau utilise une
approche cinématique en extrapolant le les phénomènes naison supérieure à 90° et tournent
donc dans le sens rétrograde. D’autres
type de raisonnement appliqué en mé-
canique industrielle : « Chaque corps naturels et une présentent des valeurs intermédiaires,
telle Uranus dont l’axe est quasi dans
mobile libre autour de son centre de gra-
vité peut tourner autour de trois axes. »
vision épurée de son plan orbital. Compte tenu de la
deuxième rotation, cela veut dire qu’elles
Il en déduit que chaque planète est
dotée de trois mouvements de rotation :
la nature. peuvent subir des saisons extrêmes.
● la rotation diurne (la Terre tourne en
Pendant un quart d’une révolution,
24 heures…) ; chaque pôle pointe directement dans la

28 L’ASTRONOMIE – Avril 2018 vol.132 | 115 | 28


direction du Soleil et subit donc un fort dant plus de quinze ans. Dès qu’il a écrit composent le Système solaire. Il est
rayonnement qui dure de longs mois dans des publications à caractère scien- resté focalisé sur le concept de force
(des années terrestres pour les planètes tifique, après quelques commentaires centrale résolu par Newton en 1687.
lointaines), mais l’équateur ne reçoit sympathiques et flatteurs sur l’ingénio- Cette approximation est suffisante pour
pratiquement pas d’insolation. Béziau sité de sa machine, il a reçu des critiques traiter le cas du mouvement de corps
va utiliser ce dernier point pour conso- sévères sur les idées qu’il développait. sphériques suffisamment distants les
lider sa théorie : les variations de l’incli- Ces critiques provenaient soit de scien- uns des autres et dont la masse peut être
naison sont à l’origine des variations tifiques qui connaissaient le sujet et considérée comme réunie en leur cen-
climatiques ; on doit pouvoir trouver l’état d’avancement des connaissances de tre. Mais cela ne marche plus lorsqu’il
des traces de glaciers dans les régions l’époque et ont démonté point par point s’agit de décrire le comportement d’ob-
équatoriales. Son troisième axe de rota- sa théorie, soit d’opposants de principe jets non parfaitement sphériques,
tion est perpendiculaire aux deux pre- qui manquaient d’arguments scienti- comme c’est le cas de la Terre qui décrit
miers et situé dans le plan orbital. On fiques. Ces derniers ont été encore plus un mouvement de toupie à cause de son
sait à son époque que l’inclinaison di- impitoyables vis-à-vis d’un autodidacte bourrelet équatorial. Newton avait com-
minue d’environ 47"/siècle : il en déduit de formation non académique qui se pris l’origine du problème, mais il ne
que la Terre effectue un tour complet en permettait de s’immiscer dans les réussit jamais à le démontrer mathéma-
latitude en 2,8 millions d’années. sphères de la connaissance et osait don- tiquement. C’est à d’Alembert que revint
ner des leçons à « la science officielle ». le mérite de modéliser numériquement
DISCUSSION DE LA Le problème fondamental de Béziau les effets conjugués du Soleil et de la
THÉORIE DÉVELOPPÉE est qu’il n’avait pas les bases mathéma- Lune, et d’expliquer ainsi l’origine de la
PAR BÉZIAU tiques nécessaires pour assimiler toute précession des équinoxes. Béziau s’est
Béziau a bénéficié d’une forme de re- la complexité de la mécanique céleste et permis de rejeter sans vergogne les tra-
connaissance amicale dans la confrérie des interactions entre les corps qui vaux de d’Alembert : cela ne lui plaisait
maçonnique et sur le plan local à An- pas que la précession puisse être causée
gers où ses proches ont contribué à la par un effet gravitationnel sur ce mi-
4. Les axes de rotation des planètes ont des
promotion de ses idées. Ses travaux inclinaisons très variées. Ce dessin, issu des nuscule ménisque qui ne mesure au
n’ont jamais fait l’objet d’une seule ligne publications de P. Béziau, indique les plus qu’une vingtaine de kilomètres
dans le bulletin de la SAF alors qu’il a inclinaisons prises en compte en fonction des d’épaisseur à l’équateur. Et cela contre-
connaissances du début du XXe siècle. disait le sacro-saint principe des forces
été membre de cette association pen-

Y. Beletsky (LCO)/ESO

vol.132 | 115 | 29 Avril 2018 – L’ASTRONOMIE 29


HISTOIRE | LA MACHINE DE BÉZIAU 

5. A) Smithsonian orrery, réalisé par


Aaron Willard Jr. (Boston, vers 1820).
B) Planétaire fabriqué par William
Jones (Londres, vers 1794). C) Schéma
original du planétaire de James
Ferguson (1764). D) Planétaire
Kopernikus assemblé par l’auteur.
C

B centrales qui agissent sur le centre de


gravité des corps célestes. Il a fini par
conclure : « Le mouvement de précession
est une perturbation de la rotation rétro-
grade annuelle. »
C’est avec Laplace que Béziau a été le
plus féroce. Laplace est le véritable in-
venteur de l’astronomie mathématique
et le fondateur de la mécanique céleste.
Béziau n’a pas eu peur d’affirmer qu’il
avait repris les calculs de Laplace et
qu’il était parvenu à d’autres conclu-
sions. On savait déjà avec Laplace et Le
Verrier que l’inclinaison de l’axe de la
Terre fluctue exclusivement entre 22° et
24° 30' et ne dépasse pas ces bornes.
Comment Béziau a-t-il argumenté pour
contredire les deux plus grands astro-
nomes mathématiciens de l’histoire de
France ? Béziau a mis le doigt sur un
point qui manquait de clarté dans les
traités d’astronomie générale de son
époque et qui en fait se ressentait en-
core dans des publications plus récentes
telles que l’Astronomie générale de Dan-
jon éditée en 1959. Il s’agit de l’ambi-
guïté entre obliquité de l’écliptique et
obliquité de l’axe de rotation de la Terre.
Dans les publications d’astronomie
générale, il est de coutume de continuer
à raisonner comme si la Terre était au

30 L’ASTRONOMIE – Avril 2018 vol.132 | 115 | 30


Histoptique

centre des mouvements. Ce n’est pas mouvement de la Terre sur ces bases. On d’une manière simple et didactique les
idiot parce que de toute manière on va peut déplorer que Pierre Béziau n’ait pas phénomènes naturels et une vision épu-
définir la position des objets célestes, rencontré un mentor qui aurait pu lui rée de la nature démontre à la fois une
Soleil, Lune, étoiles, planètes… par rap- apporter une meilleure formation en grande ingéniosité et un don pour la
port à un système de coordonnées mécanique céleste. communication. À une époque où les
rattaché à la Terre, les coordonnées mathématiques prenaient le pas sur une
équatoriales qui, comme leur nom l’in- CONCLUSION description accessible de l’Univers, il a
dique, se rapportent à l’équateur. Quand ET PERSPECTIVES réussi à séduire en offrant à l’esprit du
on parle d’obliquité dans ce contexte, il Je ne peux pas m’empêcher d’être admi- profane une approche cosmographique
s’agit donc de l’obliquité de l’écliptique ratif devant l’œuvre et la personnalité de purement visuelle. Il suffisait de tourner
par rapport à l’équateur : on considère Pierre Béziau. Je connais les points fai- la manivelle de sa machine pour faire
que c’est le Soleil qui décrit autour de la bles de l’homme, la faiblesse de sa mé- agir et comprendre les forces de la na-
Terre une orbite inclinée de 23° 27' par thodologie scientifique, les insuffisances ture. La restauration et la mise en valeur
rapport au plan de l’équateur céleste. de sa formation et les libertés qu’il a de la machine astronomique de Béziau
Pour le calcul et la représentation de la prises avec l’interprétation de la théorie dans le cadre du muséum des Sciences
position des objets par rapport à l’équa- de la gravitation de Newton, et même la naturelles d’Angers seront l’occasion
teur, on fait donc comme si c’était l’éclip- légèreté dont il a fait preuve vis-à-vis des d’un hommage mérité à cet Angevin
tique qui bouge et pas l’axe de la Terre. travaux de d’Alembert et de Laplace. éminent. ■
C’est une commodité de calcul qui n’a Mais nous devons reconnaître son intui-
pas la prétention de se substituer à la tion et le bien-fondé de son questionne- ■ Célestin Port, Dictionnaire historique,
réalité, mais cela n’a pas toujours été géographique et biographique du Maine-et-Loire,
ment. D’une part, il a mis en évidence
clairement explicité dans les traités de 2e édition, tome I, 1965, p. 362.
des ambiguïtés et des incohérences dans ■ « Nécrologie de Pierre Béziau », Bulletin de la
mécanique céleste. Particulièrement les publications scientifiques et, d’autre Société astronomique Flammarion d’Angers,
agacé par cette ambiguïté et après avoir part, il proposait une approche pluridis- année 1947, p. 53-54.
semble-t-il détecté une erreur de signe ciplinaire qui est celle qui a été suivie ■ Pierre Béziau, La Triple Rotation des planètes.
dans une équation écrite par Laplace, dans la deuxième moitié du XXe siècle Conférence scientifique faite à l’Atelier, le 26 avril
Béziau en a profité non seulement pour pour aboutir à la consolidation de la 1904, GODF, Loge Les Inséparables du Progrès,
remettre en question l’amplitude de va- Paris.
théorie astronomique du climat.
riation de l’inclinaison, mais aussi pour ■ Office national de la propriété industrielle.
Indépendamment des idées que Pierre Brevet d’invention no 344270. Dispositif montrant
rejeter massivement la théorie de La- Béziau a voulu exprimer, le fait de trois rotations simultanées de la Terre sur elle-
place. Il a élaboré sa théorie du troisième construire une machine qui présente même. M. Pierre Béziau (1904).

vol.132 | 115 | 31 Avril 2018 – L’ASTRONOMIE 31


HISTOIRE | Jean-Louis AGATI et Pierre DURAND | Société astronomique de France

LICK
OBSERVATORY
UN TRÈS GRAND SOUS
LE CIEL DE CALIFORNIE
Le prestigieux observatoire californien nous a ouvert ses portes.
Une belle occasion de revenir sur ce haut lieu de l histoire de l astronomie.

a montée en bus vers le site, à par- Joseph Henry, secrétaire de la Smithso-

L tir de San José, est impression-


nante. La tradition veut que le
trajet comporte autant de
virages que de jours dans l’année
(on ne précise pas si c’est une
L’observatoire
est au sommet
du mont Hamilton.
nian Institution, qui a rencontré J. Lick
en 1871, lui aurait parlé du legs du
fondateur de son institution :
J. Smithson. Mais c’est en défini-
tive George Davidson, ami de
année bissextile) ! Tout le som- Lick, astronome, géographe et
met est maintenant occupé par président de l'Académie de Ca-
des coupoles. La plaine, plus lifornie, qui décide Lick à faire
bas, est relativement urbanisée construire, à ses frais sur une
et source de lumières parasites montagne de l’État de Califor-
la nuit. L’avenir du site fut d’ail- nie, sa patrie d’adoption, un
leurs, un temps, mis en cause. observatoire jouissant de
Dans les années 1980, la ville de conditions exceptionnelles et
San José opta pour un éclairage abritant la plus puissante lu-
urbain équipé de lampes au so- nette du monde. Nous sommes
dium basse pression, donnant une à la fin de l'année 1874 ; James
lumière aisément filtrable, ce qui Lick est alors âgé de 78 ans.
conforta la poursuite des observa-
Cette année-là, Lick remet entre les
tions en haut du mont Hamilton.
mains d'un comité, d'abord présidé par
M. D.-O. Mills, une somme considérable
FONDATION destinée à la construction d'un télescope
plus puissant que les instruments existants.
DE L OBSERVATOIRE Une deuxième acte de donation, signé le
L’observatoire Lick est l’un des premiers ob- ceptionnelle des observations faites en alti- 21 septembre 1875, spécifie que l’on
servatoires construits au sommet d’une tude, dans les montagnes Rocheuses. construirait en même temps un observa-
montagne et le premier à être occupé d’une Le projet de réaliser cet observatoire est toire bien équipé, confortable et destiné à
façon permanente. Les professeurs Young singulier car dû à la volonté, à la détermi- être occupé en permanence. L’acte stipulait,
et Davidson avaient en effet, quelques an- nation et à la générosité d'un particulier : en outre, que l’observatoire, à son achève-
nées plus tôt, constaté la qualité souvent ex- James Lick (lire encadré 1). ment, devait être rattaché à l’université de

32 L’ASTRONOMIE – Avril 2018 vol.132 | 115 | 32


Californie et la rente des fonds restants Tahoe. Ce lac, situé à 1 897 m d’altitude, sommet, de deux sources suffisamment
servir à l'entretien de l'observatoire et à est le plus grand lac alpin d’Amérique du abondantes en toutes saisons est un atout
l'avancement des sciences. Nord. Il est au nord-est de San Francisco supplémentaire. Les conditions météoro-
et est facilement accessible. Malheureuse- logiques sont favorables, même si les tem-
Le professeur Simon Newcomb et son
ment, à cette altitude, les hivers sont ri- pêtes de neige ne sont pas rares en hiver.
assistant Edward S. Holden, de l’observa-
goureux et la neige est très abondante. Le Les brouillards fréquents, sauf en hiver,
toire de Washington, sont consultés sur le
deuxième lieu envisagé est le mont au-dessus de la baie de San Francisco fa-
type d’instrument à choisir, réflecteur ou
Sainte-Hélène (à ne pas confondre avec le vorisent la stabilité des images. Restent
réfracteur, ainsi que sur l'organisation
volcan de même nom situé dans l’État de néanmoins deux inconvénients de taille :
d'un observatoire. Pour le choix de l'ins-
Washington) d’une altitude moyenne le pic rocheux du sommet et surtout l'ab-
trument, ils sont conseillés par Henry
(1 323 m), situé dans le parc d’État Ro- sence de route reliant San José au sommet
Draper. Plusieurs projets de bâtiments et
bert-Louis-Stevenson, au nord de San du mont Hamilton. James Lick obtient du
d'équipements sont élaborés avec la par-
Francisco. C’est finalement le mont Ha- comté de Santa Clara la construction de
ticipation de Sir Howard Grubb. Sher-
milton, dont le sommet culmine à la route, en contrepartie de l’observatoire
burne Wesley Burnham (1838-1921) est
1 329 m, à l’est de la ville de San José, dans performant qu’il s’engage à faire réaliser à
sollicité pour le choix du site ; mais ce
la province de Santa Clara, qui retient ses frais. La route, construite en 1876, sur
n'est qu'après coup, en 1879, qu'il vérifiera
l’intérêt du comité, maintenant présidé une quarantaine de kilomètres, a une
que le choix qui a été fait est bon.
par le capitaine Floyd. La configuration pente inférieure à 6,8 % pour pouvoir être
Le premier lieu envisagé pour l’implan- du site se prête assez bien aux objectifs gravie par des chariots tirés par des che-
tation de l’observatoire est proche du lac fixés. La découverte, 100 m au-dessous du vaux. La route actuelle suit le même tracé.

vol.132 | 115 | 33 Avril 2018 – L’ASTRONOMIE 33


HISTOIRE | OBSERVATOIRE LICK, UN TRÈS GRAND SOUS LE CIEL DE CALIFORNIE

1. JAMES LICK, FONDATEUR DE L'OBSERVATOIRE


James Lick est né le 25 août 1796 dans le comté de Lebanon, État de Penn-
sylvanie. Apprenti charpentier dans l'entreprise de son père, il se fait re-
marquer par une habileté exceptionnelle. Jeune homme, il s'éprend
d'une jeune femme, Barbara Snavely, mais le père de celle-ci s'oppose
au mariage, lui reprochant sa situation matérielle trop modeste. James
Lick se lance alors dans la fabrication de pianos, activité dans laquelle
il acquiert rapidement une solide réputation. Peu de temps après, per-
suadé que l'Amérique du Sud offre davantage de possibilités pour son
activité, car il avait déjà exporté des pianos là-bas, Lick s'installe à
Buenos Aires. Son affaire prospère, mais l'instabilité politique de l'Ar-
gentine lui rend la vie extrêmement difficile et le décide à partir. Après
avoir exercé son activité dans d'autres villes d'Amérique du Sud, Lima,
Valparaiso, il rentre finalement en Californie, État nouvellement acquis
(conquis) par les États-Unis. Là, profitant de « la ruée vers l'or », il s'en-
richit rapidement et possède, vers la fin de sa vie, une des plus importantes
fortunes de Californie. Homme droit, ambitieux, généreux et intègre, il fait
des donations à différentes fondations ; il est aussi, vers la fin de sa vie, pas-
sablement excentrique et songe à la manière dont il pourrait entrer dans la
postérité. Il envisage alors des réalisations pour le moins farfelues et inutiles,
mais un étudiant, George Madeira, lui fait découvrir l'astronomie et les beautés du
James Lick ciel à l'aide d'une modeste lunette. Il fait remarquer à Lick que s’il possédait sa fortune,
il construirait le plus puissant télescope du monde.

L’année 1876 est aussi celle du décès de ● La lunette de 12 pouces (30 cm) d’Al-
J. Lick ; celui-ci s’éteint le 1er octobre, à van Clark installée en 1881. ● L’équatorial
l’âge de 80 ans. Les formalités administra-
tives qui en ont résulté ont retardé
À la date de sa de 6 pouces et demi (16 cm). ● Le cher-
cheur de comètes de 4 pouces (10 cm)
jusqu'en 1879 le début des travaux. Du- mise en service, d'Alvan Clark et fils. ● Le photohélio-
rant l'été de la même année (1879), Sher-
burne Wesley Burnham se consacre à des
le 3 janvier 1888, graphe d’Alvan Clark et fils. ● Le cercle
méridien de six pouces (15 cm) ● L’ins-
observations régulières à l'aide d'une lu- la lunette de trument des passages de 4 pouces
nette de 16 cm. Il constate que la situa- (10 cm).
tion du mont Hamilton est préférable à 91 cm (36") est Les observations régulières commencent
celle des autres observatoires. la plus grande dès 1881 (bien avant la mise en service de
La réalisation de la plateforme au som-
met du mont Hamilton a nécessité l’enlè- du monde. la grande lunette en 1888). Parmi celles-
ci, on peut citer : ● en 1881, le passage de
vement de 10 m de rochers, ce qui Mercure à l’équatorial de 30 cm et avec
représente 40 000 tonnes à déplacer. l’instrument méridien de 10 cm ; ● en
1882, le passage de Vénus. Aux instru-
En 1887, la dépouille de Lick est trans- LES INSTRUMENTS ments déjà installés, on ajoute un photo-
férée dans le socle du pilier de la future
grande lunette astronomique. On peut y
EN SERVICE EN 1888 héliographe ; ● en 1885, le 16 mars, des
● Le grand équatorial de 36 pouces photographies de l’éclipse de Soleil.
voir une tablette en laiton portant l’inscrip-
(91 cm). Le polissage de l'objectif, dont la
tion : « Here lies the body of James Lick » L’observatoire a été inauguré le 1er juin
focale est de 17,60 m, est dû à l'entreprise
(« Ici repose James Lick »). 1888 et remis aux régents de l’université
Alvan Clark & fils. Les verres, flint et
J. Lick désirait que la dotation du nou- de Californie. À la date de sa mise en ser-
crown, sont l'œuvre de l'entreprise Feil de
vel observatoire soit consacrée au déve- vice, le 3 janvier 1888, la lunette de 91 cm
Paris. La réalisation du verre crown s'est
loppement des sciences. (36") est la plus grande du monde. Elle n'a
avérée difficile : presque une vingtaine de
Son vœu a été respecté : les 3/5 de la été dépassée qu'en 1897 par la lunette de
coulées ont été nécessaires avant d'obtenir
somme allouée ont servi à la construction l’observatoire Yerkes. La construction du
un bloc de verre ayant la forme, la taille et
de l’observatoire et les 2/5 restants à son télescope Shane à la fin des années 1950 a
les qualités requises. Le prix de l'objectif
fonctionnement et à l’avancement des marqué la fin de l’époque des grands ré-
seul représente à peu près la moitié du
sciences. fracteurs à Lick.
prix de l'instrument.

34 L’ASTRONOMIE – Avril 2018 vol.132 | 115 | 34


La grande lunette de 36 pouces.

2. UNE PREMIÈRE LUMIÈRE


CATASTROPHIQUE…
« Un échange de paroles hautes en couleur et en décibels »,
c'est ainsi que Paul Couteau, l’astronome niçois, qualifie les
propos échangés entre l'opticien Alvan Clark (1832-1897) et
les mécaniciens Warner (1846-1929) et Swasey (1846-1937)
lorsque ceux-ci se sont rendu compte, au moment du montage
de l'objectif de la grande lunette, que la longueur focale n'était
pas exactement celle attendue, et qu'il fallait raccourcir de six
pouces, à la scie, le tube flambant neuf de la lunette. (Paul
Couteau, Ces astronomes fous du ciel, p. 62, Édisud).
La coupole de l'Automated Planet Finder.
Les Clark père et fils réalisaient des surfaces optiques d'une
qualité remarquable, mais ne procédaient à aucun calcul pré-
liminaire pour en déterminer la courbure et la longueur focale
LES INSTRUMENTS EN 2017 résultante ; ils procédaient de manière empirique et jouaient
La grande lunette de 36 pouces
sur la distance des deux verres de l'objectif pour les correc-
d’hier à aujourd’hui
Les deux plus importantes coupoles correspondent aux tions : manière de faire qui a engendré pas mal de difficultés !
instruments prestigieux de l’observatoire. Nous venons de Cette opération s’est effectuée en urgence, dans les premiers
présenter l’histoire de l’installation de la lunette de jours de janvier 1888 par un froid terrible, après une tempête
36 pouces (objectif de 91 cm de diamètre). Cette lunette, de neige bloquant tous les mécanismes, sous la conduite d’un
toujours en état, est maintenant utilisée pour l’éducation, capitaine Floyd, responsable administratif, souffrant d’un re-
la formation des étudiants, occasionnellement pour la froidissement. Heureusement, après quelques réglages, cette
mesure des étoiles doubles visuelles, le plus souvent pour lunette se révéla la meilleure du monde.
les soirées d’observation des visiteurs.

vol.132 | 115 | 35 Avril 2018 – L’ASTRONOMIE 35


HISTOIRE | OBSERVATOIRE LICK, UN TRÈS GRAND SOUS LE CIEL DE CALIFORNIE

Il n’en a pas toujours été ainsi, heureuse-


3. LE TÉLESCOPE SHANE DE 120 POUCES, ment pour la science. Cette lunette a permis
de faire des découvertes importantes. Le sa-

UN INSTRUMENT POLYVALENT tellite jovien Amalthée fut découvert en 1892


par Edward E.Barnard (1857-1923) à l’ocu-
laire. Plus tard, Charles D. Perrine (1857-
1921) en découvrit deux autres par la
Trois dispositifs de focalisation sont utilisables après installation photographie avec la même lunette.
en tête du télescope : L’astronomie des étoiles doubles fut la spé-
● Foyer primaire à F/D 5,5. Il supportait à l’origine une cage cialité de l’observatoire Lick. De 1898 à 1935,
d’observateur pour l’exploitation directe des images ; elle fut Robert Grant Aitken (1864-1951) entre-
remplacée par une caméra numérique à grand champ. Actuel- prend une large prospection pour découvrir
lement, ce foyer n’est plus utilisé. de nouvelles binaires dans la zone du ciel ac-
● Foyer secondaire Cassegrain à F/D 13, accessible sous le cessible à l’instrument. Aidé de W. J.Hussey
miroir primaire. Il est équipé du système KAST, un spectro- (1862-1926), il publiera un catalogue de
graphe à double canal. L’autre système utilisant une optique 4761 couples stellaires nouveaux. Cette spé-
adaptative est le ShARCS, fonctionnant dans l’infrarouge et per- cialité de l’établissement se poursuit avec Ha-
mettant l’imagerie, la polarimétrie, la spectroscopie. milton M.Jeffers (1896-1976), qui assemble
● Foyer tertiaire Coudé pour l’analyse spectrale à haute défi- en 1961 un index de toutes les étoiles doubles
nition grâce au spectrographe échelle Hamilton, qui est installé découvertes à cette date (70000 entrées). La
dans deux salles sous le plancher de la coupole. réputation acquise dans ce domaine de l’as-
tronomie a incité des astronomes français à
effectuer des missions d’observation à la
Le télescope Shane grande lunette de Lick: Paul Muller (1910-
avec les équipements 2000) en 1953 puis Paul Couteau (1923-
de son foyer Cassegrain. 2014) en 1983.

Le télescope Shane
Installé dans une coupole de 20 m de dia-
mètre, à l’autre extrémité du sommet, il est
pourvu d’un miroir de 120 pouces (3 m). Le
bâtiment était en pleine activité au moment
de notre visite. En bas, les techniciens s’oc-
cupaient à mettre en œuvre les dispositifs
prévus pour la nuit suivante. Nous avons
compris qu’un évènement important venait
de se produire (l’annonce de la fusion
d’étoiles à neutrons). De la passerelle, la vi-
sion de cet ensemble montre que nous
sommes dans la catégorie des gros téles-
copes ; il fut le second par sa taille après Pa-
lomar, au début des années 1960. Ses
dispositifs optiques, que l’on voit disposés
au pied de la monture, en font un instru-
ment polyvalent (voir encadré 3).
Les détecteurs focaux sont mis à jour au
cours du temps et adaptés en fonction des
projets de recherche. Le dispositif d’optique
adaptative utilisant un laser est opérationnel
mais, pour son utilisation, il nécessite des
autorisations de l’US Army (risques pour les
satellites). Dans ce domaine, l’observatoire
dispose d’une longue expérience puisque les
premiers essais (les astronomues de Lick fu-
rent des précurseurs) datent de1996.
La partie inférieure de la coupole, juste
sous le plancher, accueille en outre une
grande cuve à vide qui permet de réalumi-
ner sur place le miroir principal tous les
quatre ou cinq ans. Il suffit de descendre les
six tonnes du miroir en position verticale
pour l’installer dans la cloche à vide.

36 L’ASTRONOMIE – Avril 2018 vol.132 | 115 | 36


D’autres coupoles en activité
sur le mont Hamilton
Installé tout près du télescope Shane se
trouve un instrument remarquable de
dernière génération. L’Automated Pla-
net Finder (APF), un télescope de 2,4 m
d’ouverture robotisé en 2014, est destiné
à la recherche des planètes extrasolaires.
Il utilise un spectrographe qui mesure les
vitesses radiales stellaires avec une préci-
sion de 1 m/s et il peut suivre une dizaine
de cibles par nuit en bénéficiant du nom-
bre important de nuits claires par an sur
ce site. À son actif, il a maintenant la dé-
couverte de plusieurs exoplanètes dont
un système de trois super-Terres autour
de l’étoile HD 7924.
Le Nickel 1m Telescope (du nom des
donateurs) a été installé au cours de l’an-
née 1979 en remplacement du réfracteur Plus d'un siècle sépare ces deux photos de l'observatoire Lick qui maintient son activité.
de 12" dans la coupole annexe du bâti-
ment principal. Il dispose de caméras nu-
mériques et d’un spectrographe. Il est
affecté au programme OSETI : recherche
de signaux optiques pouvant être produits
par des intelligences extraterrestres.
Le Katzman Automatic Imaging Te-
lescope de 30" (76 cm d’ouverture) est
dédié à la recherche de supernovae. Il en
découvre plusieurs dizaines par an depuis
sa mise en activité au début des années
2000 et fonctionne sans la présence d’ob-
servateur.
D’autres instruments subsistent : le té-
lescope Crossley de 90 cm d’ouverture, la
lunette Carnegie de 50 cm, plus rarement
utilisés.
Cet observatoire prestigieux a de nom-
breuses découvertes et premières réalisa-
tions à son actif. En 1969, on y réussit la
première mesure directe de la distance
Terre-Lune par laser. L’année suivante, c’est
le premier détecteur numérique qui est
utilisé, remplaçant ainsi la plaque photo-
graphique. C’est encore à Lick que les pre-
miers dispositifs d’optique adaptative ont
été testés. Actuellement, il contribue par
plusieurs découvertes d’exoTerres à la
connaissance des systèmes planétaires au-
tour des étoiles de notre Galaxie. ■ l'Astronomie no 4, année 1886
Rattaché à l’université de Californie, TODD, David P. (Mont Hamilton, Californie) :
L’Observatoire Lick et la plus grande lunette du monde, 1886, 121.
l’observatoire Lick, riche de son glorieux
■ l'Astronomie no 7 et no 8, année 1889
passé, tente de poursuivre son œuvre as- HOLDEN, Edward S. (Directeur de l’Observatoire Lick) :
tronomique en accueillant des instru- ■ L’Observatoire Lick, Mont Hamilton (Californie), 1889, 241, 305.
ments nouveaux. Entre l’astronomie ■ Paul COUTEAU (Observatoire de la Côte d’Azur)
spatiale et les sites exceptionnels du Chili, Ces astronomes fous du ciel ou l’histoire de l'observation des étoiles doubles, Édisud, 1988.
il peut rester un espace pour des instru- ■ University of California Observatories / Lick observatory/ Lick History.
ments de moyenne puissance à proximité https://mthamilton.ucolick.org/
des centres de recherche. ■

vol.132 | 115 | 37 Avril 2018 – L’ASTRONOMIE 37


CADRANS SOLAIRES | Marie-Claude PASKOFF | Société astronomique de France

UN CADRAN TOUT SIMPLE


POUR DÉCORER SA MAISON
Dans sa chronique
mensuelle consacrée aux
cadrans solaires,
l’Astronomie propose à ses
lecteurs toutes sortes de
cadrans: des anciens et des
modernes, des muraux et
des monumentaux, des
simples et des très
complexes comme ce fut le
cas dans la livraison
précédente qui présentait
des cadrans bifilaires
imaginés par des
spécialistes du sujet.
Aujourd’hui, au contraire,
c’est la réalisation d’un
cadran très simple, on peut
même dire basique, qui
vous est proposée.

I
l s’agit d’un cadran vertical décli- solaire » paru dans l’Astronomie no 63, de localisation (fig. 1) ; ● détermination avec
nant, ce qui signifie un cadran ins- juillet-août 2013. un GPS de la latitude du lieu (44,8° N) et de
tallé sur un mur vertical dont Comme pour tout cadran solaire, les sa longitude (0,77° E); ● détermination de
l’orientation n’est pas « plein sud ». La éléments de base à prévoir sont : le support la déclinaison du mur: D = 11° E (fig. 2); ●
« déclinaison gnomonique » est pré- (la table) qui sera disposé verticalement et choix du matériau pour la table (une pierre
cisément l’angle entre la normale (perpendi- sur lequel seront gravées les lignes utiles calcaire dure, parfaitement lisse et homo-
culaire) au mur et le méridien local ainsi qu’une devise, et le style, tige qui sera gène, utilisable pour des carrelages) et
(c’est-à-dire le plan vertical local passant par fixée sur la table et dont l’ombre indiquera choix des dimensions du cadran (fig. 3); ●
les pôles N et S). Si un mur est orienté « plein l’heure solaire. choix de la forme du style (fig. 3) et sa fabri-
sud », sa déclinaison est égale à 0. Pour réaliser ce cadran, j’ai été très aidée cation dans un matériau très résistant et
Mon objectif pour ce cadran est qu’il in- par Serge Malassinet, membre de la com- inoxydable ; ● calcul des lignes horaires
dique l’heure solaire locale le plus exacte- mission des Cadrans solaires (CCS) de la (c’est-à-dire de leurs positionnements res-
ment possible, et aussi certains moments Société astronomique de France et lui- pectifs) à l’aide du logiciel Shadows1 créé par
astronomiques de l’année comme les sols- même constructeur de cadrans très origi- François Blateyron, membre lui aussi de la
tices et les équinoxes. naux (cf. l’Astronomie no 58, février 2013). CCS; ● dessin sur calque en grandeur na-
Pour compléter cet article, on pourra lire Voici tout d’abord, dans l’ordre chronolo- ture des lignes horaires ainsi que de la devise
avec profit l’excellent article de Denys Sa- gique, les différentes étapes pour la réalisa- (fig. 4) ; ● gravure sur la table des lignes ho-
main « Réalisez vous-même votre cadran tion de mon cadran : ● choix de la raires qui doivent converger vers le pied du

38 L’ASTRONOMIE – Avril 2018 vol.132 | 115 | 38


style et aussi de la ligne du solstice d’été
(hyperbole) et de celle des équinoxes

PRINCIPE THÉORIQUE DU
(droite) (fig. 5); ● gravure de la devise; ●
fixation du style sur la table de façon à ce
que l’arête du style soit orientée exacte-

TRACÉ D'UN CADRAN VERTICAL


ment N-S lorsque le support sera en
place2, et enfin… ● pose du cadran sur
le mur vertical (fig. 6)… Puis ce sera
l’émotion de la première lecture sur le ca-
Le Soleil décrit apparemment un arc de cercle dans le ciel chaque jour. Il culmine
dran face au Soleil (fig. 7)!
au sud et il est alors midi solaire. La hauteur de la culmination est fonction de la
Depuis la première réflexion sur le ca-
latitude du lieu et du jour de l’année. Imaginons que, sur le lieu du futur
dran jusqu’à son inauguration, il s’est
cadran, on dispose un plan parallèle à l’équateur (donc perpendiculaire à la
bien écoulé quatre années… mais il est
direction N-S) et que l’on fixe sur ce plan équatorial une tige orientée N-S :
vrai que les différents épisodes avaient
l’ombre de la tige, au cours de la journée, se déplacera de façon régulière et les
lieu seulement pendant l’été, et lorsque le
lignes marquant les heures (lignes horaires) seront écartées également de 15°
rythme des vacances le permettait !
(180°/12 = 15°), et ce quel que soit le jour de l’année. Pour obtenir le tracé des
Quant à la devise, chacun peut l’inter-
lignes horaires de mon cadran vertical, il faut faire une projection des lignes du
préter comme il veut et certains pour-
cadran équatorial sur mon plan vertical déclinant. Cette opération mathématique
ront même y voir un clin d’œil à la
un peu délicate peut être réalisée facilement grâce à un logiciel adapté (tenant
physique relativiste !
compte de la latitude du lieu et de la déclinaison du mur) et le cadran équatorial
Voici maintenant, en images, de base, qui n’est que virtuel, est oublié.
quelques-unes de ces étapes.

D
 Le cadran sera posé sur la petite margelle, et de fait masquera les deux
entrées de pigeons qui n’ont jamais été occupées! Il se trouvera ainsi à une
hauteur d’environ 2,80 m et ne sera pas gêné par l’ombre du rebord de la
toiture. –  La détermination de la déclinaison du mur (D) peut être faite de
différentes façons. J’ai utilisé la méthode dite « de l’hyperbole » décrite ici.
Au cours d’une journée ensoleillée, on marque sur une feuille de papier
posée sur une planchette rigoureusement horizontale et dont un bord est
accolé au mur les positions de l’ombre de la tête d’une tige verticale fixée en
A sur la planchette. L’ensemble des points-ombres dessine une hyperbole
dont le sommet correspond au midi solaire, quand le Soleil traverse le A
méridien local. Pour chaque point-ombre on trace un demi-cercle centré en
A. L’hyperbole coupe chaque cercle en 2 points limitant une corde dont la
médiatrice passe par A. Toutes ces médiatrices ont donc une direction
commune qui est la trace du méridien local. On en déduit l’angle D entre la
normale au mur et la ligne méridienne. 쐇 쐇

vol.132 | 115 | 39 Avril 2018 – L’ASTRONOMIE 39


CADRANS SOLAIRES | UN CADRAN TOUT SIMPLE POUR DÉCORER SA MAISON


 Les plans pour le cadran. (Schéma de gauche) La table sera rectangulaire, avec des coins biseautés. On remarque sur
le plan de la table les deux trous qui serviront à la pose du style selon la bonne orientation. – (Schéma de droite) Le
style sera en laiton, avec un œilleton. La tache lumineuse ainsi obtenue sera l’indicateur pour l’observation. La pose du
style sur la table est une opération délicate car c’est de sa bonne position que dépend la justesse du cadran.

쐏 쐄

Le tracé grandeur nature sur un papier calque des lignes horaires et de la devise. –
Laurent Radic, artisan sculpteur en
Dordogne, est le graveur. Dans le sillon en forme de V, on applique une peinture pour colorer le sillon et le rendre ainsi plus
visible de loin. Un produit hydrofuge sera appliqué sur toute la table pour qu’elle résiste aux intempéries.

40 L’ASTRONOMIE – Avril 2018 vol.132 | 115 | 40


쐂 쐆

La fixation de la table sur le mur est réalisée par deux spécialistes. La verticalité de la table doit être parfaite et la ligne horaire
XII verticale. Il faut aussi prévoir la possibilité de déposer la table si nécessaire pour éventuellement la nettoyer ou repeindre les
lignes. – Le jour fixé pour l’inauguration (le 15 juillet 2017), le Soleil est de la fête et chacun peut apprécier la nouvelle
horloge. Les lignes horaires sont coupées par une droite, la ligne équinoxiale, et une branche d’hyperbole, la ligne du solstice
d’été. L’heure solaire lue ici est 11h 15min. Pour connaître l’heure légale, une fiche est proposée aux visiteurs (voir encadré ci-
dessous). Les corrections à faire ici sont: pour la date, + 6 minutes; pour le lieu, - 3,1 minutes (longitude: 0, 77° Est); pour la
saison, + 2 h. D’où l’heure légale: environ 13h 18min.

DE L'HEURE DU CADRAN SOLAIRE (TSV) À L'HEURE DE LA MONTRE (HL)


 De TSV à TSM : il faut « ajouter » la correction
appelée « équation du temps », dont la valeur
est fonction de la date selon la courbe ci-contre.

 De TSM à TU : il faut « ajouter » la correction de


longitude : 4 minutes de temps pour 1 degré de
longitude.

 De TU à HL, il faut faire la correction légale :


+ 1 heure en hiver ou + 2 heures en été.
TSV : temps solaire vrai ; TSM : temps solaire moyen ; TU temps
universel ; HL : heure légale

1 – Shadows est un logiciel créé par François Blateyron qui permet à toute personne, sans aucune connaissance de la gnomonique, de réaliser en quelques clics un cadran
solaire personnalisé pour son habitation. www.shadowspro.com
2 – Cette orientation doit tenir compte d’une part de l’angle entre l’arête du style et sa projection orthogonale sur la table, et d’autre part de l’angle entre la ligne sous-
stylaire et la verticale. On trouvera dans l’article de Denys Samain les détails des calculs nécessaires à la pose correcte du style.

vol.132 | 115 | 41 Avril 2018 – L’ASTRONOMIE 41


PORTRAITS CÉLESTES | Denis JOYE

42 L’ASTRONOMIE – Avril 2018 vol.132 | 115 | 42


2

1
Patrick Cholvy – (Drôme) -
OU4 Nébuleuses du Calamar géant
(Céphée). Camera CCD QSI640 WSG8 avec
filtres SII OIII et Ha. Lunette Takahashi TOA130 F/5.8
sur monture EM-200. 19H30 de pose en OIII, 6H00 en
en Ha et 6H00 en SII. Traitement par PixInsight et
Photoshop. cholvy.patrick@neuf.fr

2
Albéric de Bonnevie – (Cher) -
De Copernic à Eratosthène. Caméra
couleur ZWO ASI 385 avec Barlow x3 et filtre
IRUv Cut. Télescope Newton Orion Optics 300mm
F/5.3 sur monture EQ-6. Traitement de 6500
images avec Iris et Photoshop.
debonnevie@yahoo.fr

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numéro gratuit de
L’ASTRONOMIE
Envoyez vos images, éventuellement
vos dessins, à Denis Joye.
Les adresser, avec des informations
complémentaires, soit par mail
(format jpeg)
à denisjoye@hotmail.com,
soit par CD ou tirage papier au 3,
rue Beethoven, 75016 Paris. Vous
serez prévenu de leur éventuelle
parution et vous recevrez alors un
exemplaire du numéro de
l’Astronomie correspondant à
l’adresse que vous aurez indiquée.

vol.132 | 115 | 43 Avril 2018 – L’ASTRONOMIE 43


ÉPHÉMÉRIDES | AVRIL 2018
Zénith
Aspects du ciel à la latitude de Paris,
le 1er avril vers 21 h 15 min TU
ou le 16 vers 20 h 15 min TU
Pour tenir compte de l’heure
légale, ajoutez 2 heures aux
heures indiquées. Les textes en
gras indiquent les événements
importants ou les plus faciles à
observer.

O E
Horizon nord

Dimanche 1er
Dimanche 8
Mercure est en conjonction inférieure avec
le Soleil à 18 h. la Lune atteint son apogée à 6 h ; elle se
trouve alors à 404 144 km de la Terre.
Lundi 2
Jeudi 12
À 12 h, Mars est en conjonction avec
Saturne, à 1° 16' au sud. Les deux Vénus passe par son nœud
planètes sont visibles le matin. ascendant à 3 h.

Vendredi 13
Mercure passe par son nœud descendant
à 2 h.

Samedi 14
➊ Mercure est stationnaire en ascension
droite à 4 h. Les étoiles filantes Lyrides
Dimanche 8: Dernier Quartier à 7 h 18
PHASES DE LA LUNE

Mars (Ma) et Saturne (S) dans le ciel sont observables jusqu’au 30, avec leur
Lever : 1 h 32 m matinal. La hauteur de chaque dessin maximum d’activité le 22. Rapides et
Coucher : 10 h 30 m correspond à 10°. brillantes, elles semblent émaner de 104
d’Hercule (le radiant de l’essaim). Les
Lundi 16: Nouvelle Lune à 1 h 57 Jeudi 5 Lyrides sont associées à la comète
Coucher : 17 h 59 m (le 15)
Mercure se rapproche de la Terre ; à 4 h il C/1861 G1 Thatcher.
Lever : 5 h 37 m
s’en trouve distant de 88 millions de
kilomètres. C’est sa plus grande proximité Mardi 17
Dimanche 22: Premier Quartier à 21 h 46
de l’année. À 11 h, Saturne atteint son aphélie, à
Lever : 10 h 04 m
Coucher : 1 h 44 m (le 23) 10,0656 UA (1 506 millions de kilomètres)
Samedi 7 du Soleil. Le passage au périhélie aura
Lundi 30: Pleine Lune à 0 h 58  La Lune se trouve à 2° au nord de lieu le 28 novembre 2032. Un peu plus
Lever : 18 h 24 m (le 29) Saturne à 13 h, et à 3° au nord de Mars à tard, Saturne est stationnaire en ascension
Coucher : 5 h 12 m 18 h. Observer les trois astres les 7 et droite à 24 h. À 20 h, la Lune passe à 6° au
8 avril au matin. sud de Vénus.

44 L’ASTRONOMIE – Avril 2018 vol.132 | 115 | 44


Les éphémérides bénéficient du concours de: Nicolas Biver, Daniel Crussaire, Pascal Descamps, Pierre Durand, Jean Meeus,
Dominique Naillon et Gérard Oudenot.

Zénith
Les données concernant les
conjonctions entre la Lune et les
planètes sont géocentriques. Les
occultations d’étoiles par la Lune
sont données pour Paris.

E O
Horizon sud

s’agit de la dernière occultation de


➋ Samedi 7 à 4h UT Dimanche 8 à 4h UT Régulus d’une série qui a débuté le
18 décembre 2016. La prochaine série
d’occultations de Régulus commencera le
26 juillet 2025.

Mercredi 25
Lune
Saturne Maximum, à quelques jours près, de
l’étoile variable de type Mira : U d’Orion,
dont la valeur du maximum est comprise
Saturne
entre les magnitudes 5,9 et 7,4, selon les
Mars Lune observations de l’AFOEV (Association
Mars française des observateurs d’étoiles
variables).

Mercredi 18 Dimanche 22 Dimanche 29


À 18 h, Mercure atteint sa plus grande
À 14 h, Uranus est en conjonction Maximum de l’essaim des étoiles filantes
élongation occidentale, à 27° 01' à l’ouest
avec le Soleil. Lyrides (taux horaire zénithal : 18).
du Soleil ; ce phénomène est visible le
Radiant de l’essaim : ascension droite
matin, mais dans de mauvaises conditions
Jeudi 19 = 18 h 04 m, déclinaison = +34°.
à la latitude de Paris.
À 4 h 08 m, Callisto, le quatrième satellite
galiléen de Jupiter, est en conjonction Lundi 23
supérieure avec ce dernier, à 12" au sud du Mercure atteint son aphélie à 11 h.
bord sud de la planète. Les étoiles filantes
ηAquarides, associées à la comète de Mardi 24
Halley, sont observables jusqu’au 28 mai Vénus se trouve à 3,5° au sud des
(maximum le 6 mai). Pléiades. À 21 h, la Lune est en
conjonction avec Régulus (α du Lion). Il y a
Vendredi 20 occultation de l’étoile dans les régions
La Lune passe par son périgée à 15 h ; elle polaires boréales. À Paris, la plus courte
se trouve alors à 368 714 km de la Terre. distance se produit à 20 h 45 m ; l’étoile se
trouve alors à 18' du bord sud de la Lune. Il

vol.132 | 115 | 45 Avril 2018 – L’ASTRONOMIE 45


ÉPHÉMÉRIDES | AVRIL 2018
Pour tenir compte de l’heure légale, ajoutez 1 heure aux heures indiquées.

MERCURE VÉNUS MARS

1/04 11/04 21/04 30/04 1/04 16/04 30/04 1/04 16/04 30/04

POSITION HÉLIOCENTRIQUE DES PLANÈTES

46 L’ASTRONOMIE – Avril 2018 vol.132 | 115 | 46


LA MARCHE DES PLANÈTES SUR LE ZODIAQUE Cette carte représente le déplacement du Soleil, de
la Lune et des planètes au cours du mois d’avril.

JUPITER SATURNE URANUS NEPTUNE

ÉE
EST EXPRIM
À LA TERRE
LA DISTANCE OM IQUES (UA).
ASTRON
EN UNITÉS
7 870 KM.
1 UA = 149 59 NT
ÈT RE S AP PARENTS SO
LES DIAM (").
EN SE CONDES D'ARC
INDIQUÉS
1/04 30/04 30/04 16/04 16/04

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vol.132 | 115 | 47 Avril 2018 – L’ASTRONOMIE 47


LA CONSTELLATION DU MOIS | Gilles SAUTOT | Président de Science & Culture en Picardie
Située sur l'écliptique entre le Cancer et la Vierge, la constellation

LE LION du Lion est l'une des plus symboliques constellations du ciel de


printemps avec le Bouvier, Hercule et la Vierge. Elle est
relativement facile à trouver puisqu'elle se trouve au sud de la
célèbre Grande Ourse qui ressemble à une grande casserole. Si
Leo LEO LEONIS l'on prolonge les 2 étoiles Dubhe et Merak, les plus brillantes et
les plus à l'ouest de la grande casserole, l'axe ainsi constitué
ABRÉVIATION NOM LATIN GÉNITIF traverse le milieu de la constellation du Lion.

Nicolas Biver
Quant aux deux étoiles les plus à l'est du corps Le Lion est une constellation zodiacale qui, avec ciel le roi des animaux. Une autre, plus
de la casserole, Megrez et Phecda, elles le Scorpion, le Taureau et le Verseau, marquait populaire, prétend que ce lion est celui qui a été
pointent vers le sud, vers l'étoile Régulus, la déjà chez les Sumériens, vers 3200 av. J.-C., les tué par Héraclès (Hercule), à Némée, lors du
plus brillante du Lion. Autre particularité bien points de solstice et d’équinoxe. Le Lion était premier de ses travaux. Selon la légende, il
pratique: le Lion ressemble assez bien au nom connu et appelé comme tel par les Égyptiens dès s’agit du seul animal qu’Héraclès ait tué sans
qu'il porte, même si l'ensemble des étoiles qui le Nouvel Empire (entre 1500 et 1000 av. J.-C.). arme, en l’étouffant. Héraclès est souvent
le constituent peuvent tout autant dessiner un Plusieurs légendes se croisent pour expliquer représenté habillé d’une peau de bête, celle-là
chien, un cheval… la figure pouvant finalement l’origine de cette constellation dans le ciel. L’une même prélevée sur le corps du lion de Némée.
être assimilée à tout mammifère à quatre des premières avance que cette présence est Ce lion, une fois mort, a été immortalisé en
pattes… simplement la volonté de Zeus de placer dans le prenant place dans le ciel.

➊ ALGIEBA — γ LEONIS Le couple est bien visible dans la lunette de


70 mm d’ouverture et 700 mm de longueur
C’est une magnifique étoile double découverte en focale ; toutefois, à 30x, le grossissement
1782 par William Herschel dont la séparation est n'est pas suffisant pour mettre en
de 4,7" d'arc. Il s'agit d'un couple constitué de γ1, évidence le caractère double de l'astre. Il
une étoile de magnitude 2,37 de type spectral faut grossir au moins 90 fois pour
K0III, et de sa compagne γ2, de magnitude 3,64 constater que l'objet est constitué de
et de type G5III, des étoiles plus massives que deux objets très proches. Le couple offre
notre Soleil. À l’observation, la couleur jaune une image magnifique dans un simple
orangé de la principale domine sur le jaune télescope de 150 mm d'ouverture et de
intense de sa compagne. Ces deux étoiles assez Image faite avec un télescope Maksutov INTES 750 mm de focale (T150/750). Équipé d'un
proches l’une de l’autre sont liées par la gravité et 180 mm F 2 600 mm + une caméra couleur oculaire de 5 mm (150 fois), le couple est
décrivent une orbite en 554 ans. Imaging Source en 2007. parfaitement séparé.
photo : Pierre Durand

48 L’ASTRONOMIE – Avril 2018 vol.132 | 115 | 48


➋ LES GALAXIES M95-M96-M105
Le ventre du Lion est représenté par l'axe reliant les étoiles θ Leonis (Chertan) à α Leonis
(Régulus). En partant de Chertan dans la direction de Régulus, après avoir fait 40 %
de la distance séparant ces deux astres, on trouve 52 Leonis. Cette faible étoile
de magnitude 5,5 est visible dans une paire de jumelles mais très difficile à
voir à l'œil nu. Elle constitue un triangle rectangle avec deux autres
étoiles: 53Leonis de magnitude 5,3 et ρ Leonis de magnitude 3,8, qui
est, elle, bien visible à l'œil nu. Ce triangle est une aide très précieuse
pour trouver ces galaxies; l'étoile 52 Leo est bien visible au
chercheur. En la pointant, puis en descendant vers 53 Leo, au
premier tiers du segment reliant ces deux étoiles, on note deux
taches floues: il s'agit des deux galaxies M105 et NGC 3384.
Observés au télescope de 150 mm équipé d'un oculaire de 11 mm
(68x), ces deux objets apparaissent comme deux billes, presque
stellaires, entourées d'un voile laiteux. Elles ont un aspect
semblable mais M105 est légèrement plus brillante que NGC M96
3384. En descendant vers le sud-ouest, on découvre un gros flocon
de lumière grise, il s'agit de M96. Cette galaxie apparaît comme un
beau noyau brillant, compact et contrasté, entouré d'un voile
diaphane, l'objet étant nettement plus gros et brillant que les deux Les galaxies M95 et M96,
précédents. Puis, si l'on continue vers la gauche, à 40' vers l'ouest, on photographiées par la caméra
va trouver une quatrième et dernière galaxie, M95, visible sous la FORS1 du VLT 1, Antu de l'Eso
forme d'un petit losange entouré d'un voile très faible et ténu. M95
depuis le Chili.

➌ NGC 2903 Voici une magnifique


galaxie assez mécon-
nue alors que facile à viser. Elle se situe à 1° 24' au sud de lambda du Lion
➍ NGC 3226 - NGC 3227
(λLeo) et brille à la magnitude 9. Au T150/750 équipé d'un oculaire de 19 mm Situé à 78 millions d’années-lumière, ce couple constitue un test
(39x), NGC 2903 montre un joli flocon de lumière grise qui, au bout de 10 se- sévère pour un instrument de puissance modeste (moins de
condes d'observation soutenue, 120 mm de diamètre). Les galaxies sont pourtant relativement
montre un centre allongé duquel La galaxie NGC 2903 prise au faciles à trouver : elles se situent à 1° (2 fois le diamètre de
partent deux belles extensions de lu- TBC 600 f/5,6 (focale de la Lune) à l'est d'Algieba. Dans une optique de plus ou moins
mière faible et floue. Avec l'oculaire 3 360 mm) de l'association
100 mm d'ouverture, seul un ciel parfait, sans aucune pollution
de 11 mm (68 x), le grossissement Repères. Camera CCD
Moravian G4-16000 Mono
lumineuse et sans Lune, permet tout juste, après une recherche et
plus généreux et le fond de ciel plus
L : 60 x 120 s bin1 une observation longues et soutenues, d'entrapercevoir les deux
noir offrent une galaxie bien plus
jolie. Le noyau montre un petit lo- R : 10 x 120 s bin2 minuscules flocons de lumière. Dans le T150/750 et le 19 mm (39x),
sange contrasté entouré d'un voile G : 10 x 120 s bin2 le couple reste encore extrêmement faible, presque à la limite de
elliptique brillant, voile qui s'étire de B : 10 x 120 s bin2 visibilité, ce qui n'est pas surprenant si l'on considère sa magnitude
part et d'autre du centre allongé puis Acquisition avec Prism v10 et de 11,5. Même avec l'oculaire de 11 mm (68x), et malgré
s'évapore dans le ciel. Si cette ga- traitement avec Pixinsight et l'augmentation de la noirceur de fond de ciel et du contraste, les
laxie n'est pas très brillante, elle Photoshop CS5. Cliché et deux minuscules taches sont loin d'être évidentes, et seule la vision
offre une image très flatteuse, même traitement par Mathieu Guinot. décalée permet de bien les localiser. Une fois leur position
dans un instrument modeste. déterminée, on remarque qu'elles rappellent le couple M65-66 (voir

L'Astronomie N°114 de mars 2018) mais en beaucoup plus proche


puisque les galaxies semblent presque en contact .

OBJETS INTÉRESSANTS
Note par instrument
Coordonnées
Objet Cat. Mag. d’observation
α δ J L T D

➊ γ Leonis 10h 19,9 m +19° 50' ED 2,4/3,6 1 3 4 5

➋ M95-M96-M105 10 h 43,9 m +11° 42' G 9,1/10,5 0 1 4 5

➌ NGC 2309 9 h 32,1 m +21° 30' G 9,0 1 2 4 5

➍ NGC 3226-3227 10 h 23,4 m +19° 53' G 11,5 0 0 3 5

Catégorie des objets astronomiques décrits: étoile double ou multiple = ED ; amas
ouvert= AO; nébuleuse planétaire = NP ; galaxie = G.
Types d’instrument d’observation: jumelles 10 x 50 = J; télescope ou lunette d’ouverture de
70 à 80 mm = L; télescope de 100 à 120 mm d’ouverture = T; télescope de 250 à 400 mm
= D. Pour chaque instrument, note de 0 à 5, la note sur 5 indiquant la meilleure adaptation.

vol.132 | 115 | 49 Avril 2018 – L’ASTRONOMIE 49


OBSERVER LE CIEL | Gilles SAUTOT | Président de Science & Culture en Picardie

LA GALAXIE
NGC 4565
Embarquez pour un voyage en direction de la Chevelure de Bérénice:
terminus à la galaxie de l'Aiguille, à 40 millions d'années-lumière...
ESO
e ciel de printemps est une fenêtre idéale pour plonger laxie la plus brillante et la plus célèbre de Coma Berenices,

L
dans les profondeurs de l'Univers à la recherche des le nom latin de la Chevelure de Bérénice. Mais la constel-
plus belles galaxies du ciel. Si la Grande Ourse, Le Lion lation possède aussi un grand nombre de galaxies trop fai-
et la Vierge, les plus connues des constellations de prin- bles pour avoir été vues par le célèbre Charles Messier
temps, offrent un beau festival d’objets extragalactiques, (1730-1817). Elles vont apparaître dans le New General Ca-
d’autres constellations plus discrètes ne sont pas en reste; talog (NGC) de Dreyer en 1888. Parmi elles, NGC 4565,
ainsi, prenons les Chiens de chasse ou la Chevelure de Bé- une splendide galaxie spirale vue par la tranche.
rénice et faisons connaissance avec l’une des plus belles ga- Cette galaxie a été observée pour la première fois en
laxies de la Chevelure de Bérénice, NGC 4565. 1785 par William Herschel (1738-1822), un contemporain
La Chevelure de Bérénice contient de nombreuses ga- de Messier et un grand observateur. Sa distance est esti-
laxies. Les astronomes ont constaté que cette constella- mée à 43 millions d'années-lumière (±12 millions d’a.-l.).
tion héberge une petite partie des galaxies rattachées à
l'amas de la Vierge, mais qu'elle a aussi un amas propre,
appelé l’amas Coma. On dénombre pas moins de 8 objets
Messier dans la Chevelure: sept galaxies (M64, M85, M88,
M91, M98, M99 et M100) ainsi qu’un amas globulaire
(M53). M64, la Black Eye Nebula, est probablement la ga-

vol.132 | 115 | 51 Avril 2018 – L’ASTRONOMIE 51


OBSERVER LE CIEL | NGC 4565


NGC 4565 capturée par Nicolas Biver le
27/12/2016 dans un T407 F/D=4 ; 52 poses entre
1/2 sec et 1/4 de sec pour une pose totale de
18,7 secondes à 40 000 ISO au foyer avec un
boitier Sony Alpha7. Ce temps très court est
imposé par un instrument.... sans suivi !

Si le fait qu'elle soit vue de profil nous


permet de voir un objet magnifique,
cette caractéristique pose un réel pro-
blème aux astronomes qui l’étudient.
Comme il n’est pas possible d’accéder
visuellement au noyau ainsi qu’à ses
bras en spirale, il nous est quasi impos-
sible d’étudier les mouvements et donc
la dynamique de ses constituants. En
effet, c’est seulement quand les astro-
nomes ont accès visuellement au noyau
et aux bras d’une galaxie qu’ils peuvent
modéliser la dynamique de l’ensemble
du système galactique, en utilisant les
lois de Kepler et de Newton. Il est alors
possible de calculer le nombre d’étoiles
et la masse de cette galaxie. Dans le cas
présent, pour NGC 4565, l'aspect de la
galaxie nous interdit d'avoir accès à ces
données. Calculer les données chiffrées
de ses caractéristiques est donc un exer-
cice hasardeux. Les seules données
photométriques (analyse de l'image de
l’objet) ne permettent pas aux astro-
nomes d’en savoir plus, mais l’étude de
la morphologie du noyau et de la taille de
la galaxie elle-même tend à prouver qu’il
s’agit très probablement d’une spirale
barrée. Cette hypothèse a été confirmée
tout récemment par les observations
réalisées par le télescope en orbite Spit-
zer. On estime son diamètre à 100 000
années-lumière, une taille similaire à
celle de la Voie lactée, notre Galaxie. Elle
serait du type SA-b dans la classification
de Hubble.
NGC 4565 est située non loin du pôle
Nord galactique, ce qui signifie que la
zone de ciel où elle se situe est très éloi-
gnée de la Voie lactée, donc éloignée de
la vue intérieure de notre Galaxie. Cette
position garantit une vision claire et dé-
gagée, sans poussières ni étoiles de
notre Galaxie interposées entre nous et
NGC 4565. Sur les plus belles photos
(voir ci-contre), NGC 4565 offre une
image à l'esthétique remarquable. Elle
fait partie des plus belles galaxies, tout
particulièrement parmi celles vues par la
tranche, et elle partage sans conteste
dans cette catégorie le podium avec
NGC 891 et M104. ■

52 L’ASTRONOMIE – Avril 2018 vol.132 | 115 | 52


À vos instruments !
Pour trouver NGC 4565, il convient au préalable de Sous un ciel excellent, NGC 4565 est accessible dans
une L70/700 (70 mm d'ouverture, 700 mm de focale),
repérer la Chevelure de Bérénice. Cette constellation
mais sous la forme d’une petite bille grise faible et
bien discrète est située entre Alkaid, la dernière étoile aplatie, rien de plus. Cela signifie que l’on ne voit que le noyau et
du timon du chariot dans la Grande Ourse, et que les extensions sont trop faibles, donc inaccessibles, pour cette
Denebola, la queue du Lion. Si l’on part de Denebola optique.
et que l’on remonte vers Alkaid, la Chevelure se situe Dans une lunette de 100 mm d’ouverture, le constat est le
au premier tiers du segment reliant les 2 étoiles. Elle même : seule une petite bille aplatie apparaît dans le fond de ciel.
est constituée par un groupe d’une dizaine d'étoiles
de magnitudes comprises entre 4 et 5. Inutile de dire Et le télescope Newton 150/750 (miroir de 150 mm
qu’elle n’est observable qu’avec un ciel correct de d'ouverture et 750 mm de focale) ne fera pas beaucoup
campagne, sans pollution lumineuse et sans Lune. La mieux, alors qu’il est réputé excellent pour la traque des
Chevelure dessine un triangle dont un des angles galaxies: là encore, la galaxie, toujours aussi pudique,
ne dévoilera qu’un noyau aplati. Toutefois, si le ciel frise
pointe vers Alioth de la Grande Ourse, plus au nord.
la perfection, noir et criblé de milliers d’étoiles, le T150 parvient,
après une dizaine de secondes d’observation soutenue, à laisser
Une fois les contours de la constellation repérés à entrapercevoir le début des deux extensions, mais d’une faiblesse
l’œil nu, il est judicieux de compléter l'approche avec extrême, qui partent du noyau puis se diluent dans le fond de ciel.
des jumelles 8 x 40 ou 10 x 50, pour y rechercher Avec le télescope Newton de 200/1 000 (miroir de 200 mm et
cette fois les deux étoiles 12 et 17 Comae, situées 1 000 mm de focale), on passe à la vitesse supérieure : avec
au sud-est (en bas à gauche) du triangle d’étoiles. l’oculaire de 19 mm (52 fois), après quelques secondes
Notons, pour faciliter le repérage, que 17 Comae est une jolie d’accoutumance à l’image, on accède pour la première fois à
étoile double. NGC 4565 se trouve dans le prolongement vers l’aspect attendu, à savoir un joli noyau contrasté et les fines
l’est (vers la gauche) de ces deux étoiles, sur une distance extensions qui s’étirent très loin du centre. Certes, on est toujours
légèrement plus grande que le segment les reliant. En passant loin d’un objet brillant, et les extensions sont très faibles, mais
au chercheur de l’instrument, il conviendra d'abord de bien l’astronome ne reste enfin plus sur sa faim. L’esthétique est
localiser 12 et 17 Comae, puis de partir vers l’est. Lorsqu’on a rehaussée par un noyau brillant, contrasté, aux contours bien
parcouru la même distance que celle les séparant, on bloque définis et, pour l’ensemble, par un objet très grand. Avec l’oculaire
les freins de l’instrument et on scrute l’image à l’oculaire. Pour de 11 mm (91 fois), l’image est encore plus jolie. Certes, le fond
peu que le grossissement soit faible, entre 30 et 50 fois, et de ciel plus noir et l’accroissement du contraste « mangent » une
donc la portion de ciel large, il y a fort à parier que la galaxie partie de la lumière des extensions, mais pas assez pour les faire
soit visible. Si ce n’est pas le cas, partir explorer les champs disparaître: l’image, bien que plus faible, offre plus de plaisir car
étoilés plus à l’est… plus fidèle encore aux belles photos.
Que voit-on ? Cette galaxie étant située, rappelons-le, à
environ 40 millions d'années-lumière, l’observateur ne doit Avec le télescope Dobson de 305 mm, on change
pas s’attendre à un feu d’artifice. Sa magnitude est de 10,4. encore d’univers. Cette fois-ci, l’ensemble de la galaxie
Sa taille est de 15', soit une demi-Lune, ce qui est notable, apparaît immédiatement à l’oculaire. Le noyau est
mais sur seulement 1,2'. Ces caractéristiques sont à bien sûr particulièrement net et brillant, mais les
l’origine de son nom: Needle Galaxy en anglais, la galaxie extensions ne sont pas en reste, en étant
de l’Aiguille dans la langue de Molière. D’autre part, la immédiatement accessibles. On distingue enfin la bande
luminosité n’est pas répartie uniformément, tant s’en faut: de poussières qui coupe le noyau en deux. Dans des optiques
le noyau de la galaxie, visible sous la forme d’un bulbe plus petites, cette bande de poussières est invisible ou, dans le
central accapare l’essentiel de l’éclat. Cela signifie que meilleur des cas, perçue avec grande difficulté. L’image de NGC
les bras en spirale visibles sous la forme de deux très 4565 au T305 est spectaculaire et rappelle assez fidèlement celle
grandes extensions fines sont extrêmement faibles, des belles photos.
comparativement au noyau. Enfin, observée dans un Dobson de 355 mm sous le ciel
préservé du Morvan, NGC 4565 a offert une image à couper le
souffle. On est cette fois très proche de l’esthétique des photos.
Alors certes, on pourra objecter que les plus belles photos offrent
à la fois des couleurs et un luxe de détails qu’aucun télescope
amateur ne pourra jamais révéler. Mais, comme souvent avec les
grosses optiques sous un ciel parfait, l’image réelle de l’objet offre
La galaxie NGC 4565 dessinée par
un plus qu’il est très difficile de transcrire avec des mots. La
brillance de la galaxie, ses contours enfin parfaitement définis, sa
Michel Pruvost le 26 mai 2012 sous forme générale et certains détails vus en vision directe, la
le ciel du Pas de Calais. Télescope présence d’étoiles de notre Galaxie visibles au premier plan et qui
de 400 mm F/4,5 équipé d'un donnent l’impression que ce fuseau flotte dans l‘espace, tous ces
oculaire de 17 mm (100x) éléments concourent à transformer l’oculaire du télescope en
hublot d’une fusée à destination de la galaxie; et l’observateur,
fasciné par la beauté majestueuse de l’objet, ne sait plus trop s’il
a encore les deux pieds sur Terre.

vol.132 | 115 | 53
Avril 2018 – L’ASTRONOMIE 53
OBSERVER LE CIEL | André Debackère | commission des Étoiles doubles de la SAF

ÉTOILES DOUBLES

UNE EXOPLANÈTE
DANS UN COUPLE
Les planètes extrasolaires peuvent parfois se nicher dans des
couples stellaires. André Debackère, astronome amateur,
membre de la commission des Étoiles doubles de la SAF, a
publié la découverte d un couple céleste: DBR 89
(04107+2424) en 2016. Or, le satellite américain Kepler a
repéré la présence d une exoplanète autour de l étoile principale
de ce couple. Quel est alors le statut gravitationnel pour cette
paire? Est-elle dans un couple physique ou plus banalement
attachée à l une des étoiles d un couple optique? Dans ce cas
alors, il n y aurait plus d originalité à présenter cette affaire.
Telle est la démarche de recherche entreprise par André
Debackère. Grâce à ses facilités pour accéder à de grands
télescopes par l observation à distance, il a pu mesurer
précisément les caractéristiques de la paire d étoiles, exploiter
astrophysiquement ses données et ainsi lever l ambiguïté.
Voici les éléments de sa démarche et les résultats obtenus. Cet
article paraîtra en version détaillée dans Observations &
Travaux no 85, la revue technique de la SAF.
Pierre Durand

54 L’ASTRONOMIE – Avril 2018 vol.132 | 115 | 54


embre de la commission des Étoiles doubles de la SAF,
La cible

M
j’ai été conduit à m’intéresser à la détermination de la
J’ai découvert récemment l’étoile double
distance à l’observateur des étoiles observées. La
DBR 89 de séparation 4,3’’ à l’occasion
méthode a pour objectif d’essayer d’apporter une
d’observations avec le Faulkes Telescope
réponse à la question suivante : le couple observé est-
North (FTN) situé au sommet de
il un couple physique ou un couple optique ? Si les distances des
l’Haleakala, à Hawaii. Cette étoile (EPIC-
composantes à l’observateur sont très différentes, le couple est
211089792), répertoriée DBR 89 dans le
optique ; sinon il est probable qu’il s’agisse d’un couple physique
WDS (The Washington Visual Double Star
dont les composantes sont assez proches pour être liées par la
Catalog Mason+ 2001-2014) est
gravitation. Bien entendu, ce critère n’est pas suffisant à lui seul
particulièrement bien étudiée depuis la
pour trancher ; il faut le compléter avec d’autres éléments
détection d’une nouvelle exoplanète par
lorsqu’ils sont connus : la parallaxe trigonométrique, les
l'observatoire Super-WASP puis par la
mouvements propres, les vitesses radiales. Telles sont les
mission spatiale Kepler K2 au cours de sa
recherches que j’ai entreprises.
quatrième campagne : un Jupiter chaud
(EPIC-211089792b). Les résultats sont
publiés dans l’article d’Alexandre Santerne
(Laboratoire d’astronomie de Marseille)
dans The Astrophysical Journal, vol. 824,
no 1, 2016.
Or, il se trouve que les données
enregistrées par la mission K2 ne
permettent pas de résoudre les deux
composantes. Il y a contamination de la
lumière de l’étoile principale par l’étoile
secondaire. Il fallait donc étudier ce couple
avec des moyens appropriés pour estimer
cette contamination lumineuse. Un appel
aux observations a donc été lancé par
Alexandre Santerne au début de
janvier 2016. J’ai participé à ce travail en
fournissant des images dans les bandes B,
V et R de la cible, obtenues le 8 janvier
2016 avec le FTN.
Des images en B et V ont à nouveau été
enregistrées le 19 janvier 2017 avec le FTN
et le FTS (Faulkes Telescope South) ainsi
que les 2 et 3 février 2017 avec le FTN, et
j’ai commencé une recherche de données
d’archives afin de tenter de lever
1. Dans Aladin, champ de DBR 89, étoiles de calibrage l’incertitude sur le statut de ce couple.
pour l’astrométrie et étoiles de référence pour la photométrie.

vol.132 | 115 | 55 Avril 2018 – L’ASTRONOMIE 55


OBSERVER LE CIEL | UNE EXOPLANÈTE DANS UN COUPLE

2. Images du couple extraites des images du POSS et celle faite récemment

1949 1949 2016


pour DBR 89. L’exploitation s’est poursuivie avec les mesures
Composantes de l'étoile DBR 89 des magnitudes.
Grâce à l’atlas du ciel interactif Aladin (fig. 1) et au CDS Connaissant le type spectral des deux composantes, une
(observatoire de Strasbourg), nous avons la possibilité détermination de la magnitude absolue peut être obtenue, ce
d’accéder aux données et images anciennes. Cela a permis de qui permet d’obtenir le module de distance pour chaque
suivre dans le temps l’évolution du couple (fig. 2). composante, si l’on fait l’hypothèse que ces deux étoiles
Outre les mesures astrométriques (tableau 1), des mesures appartiennent bien à la séquence principale. En effet, la loi de
de magnitudes ont aussi été déterminées en tenant compte Pogson1 permet de calculer la distance d’un objet connaissant
de l’extinction dans le bleu et dans le vert (tableau 2). sa magnitude apparente et sa magnitude absolue. À ce stade,
un calcul d’erreur devient nécessaire pour éviter d’induire des
L’exploitation des observations concernant le mouvement de résultats erronés :
ces étoiles commence par la comparaison des images a) Sur les magnitudes de chaque composante en bande V
anciennes et récentes (figure 2). En 67 ans, il n’apparaît pas mesurées sur les images obtenues aux Faulkes Telescopes.
d’évolution notable, ce qui conduit à penser à la nature Vmag A = 12,520 ± 0,013 et Vmag B = 14,690 ± 0,031.
physique de cette paire d’étoiles. Mais il faut être plus précis ; b) Sur l’absorption en bande V : AV = 0,630 ± 0,066 (3,315 x
concernant les mouvements propres connus, une recherche 0,02 mag).
auprès du dernier catalogue UCAC5 (Zacharias+ 2017) donne c) Sur la magnitude absolue M.
les mouvements propres en ascension droite et en L’incertitude sur la magnitude absolue est estimée par
déclinaison des deux composantes (voir Observations & Frédéric Arenou (Observatoire de Paris) lors de
Travaux 85). l’établissement de ses tables à 0,3 mag pour chaque
Les deux composantes ont des mouvements propres proches composante. On voit donc que cette dernière incertitude est
qui renforcent l’hypothèse d’une nature de binaire physique significativement plus importante que les erreurs sur les
magnitudes apparentes et sur
Tableau 1 – Données et journal d’observation du couple stellaire DBR89 l’absorption.
DBR 89 = EPIC 211089792 = UCAC4 573-010529
On a finalement : σd/d = σM x ln(10)/5
Position (J2000) RA = 4 h 10 m 40,91 s DEC = +24° 24’ 05,9’’ (soit 0,3 x 2,3/5) où σd est l’écart-type
Identifiant WDS 04107+2424 sur la mesure des distances, σM est
Couples pour l’écart-type sur celle des magnitudes,
C1C2 C’1C’2
le calibrage d est la distance en parsec.
(°) 241,000 49 70,272 87
Soit une incertitude d’environ 14 % sur la
(‘’) 23,101 991 7,110 264 8 distance de chaque composante. La
08/01/2016 19/01/2017 différence des distances de chaque
Dates
2016,024 2017,053 composante est inférieure à l’erreur sur
Δ(°) -0,065 0,400 ces distances, ce qui permet de supposer
que les deux étoiles peuvent être à la
E(‘’/pix) 0,304 200 0,300 365
même distance et donc constituer un
Angle de position (°) 34,1 34,2 couple physique.
Séparation angulaire (‘’) 4,33 4,31
Airmass moyen 1,03 1,09

56 L’ASTRONOMIE – Avril 2018 vol.132 | 115 | 56


Tableau 2 – Magnitudes apparentes des deux composantes du couple DBR 89 et corrections dues à l’extinction aux différentes longueurs d’onde.
Date Nombre d’observations Composante A Composante B
Site
(aaaammjj)
B V R BmagA VmagA RmagA BmagB VmagB RmagB
20160108 FTN 3 3 3 13,489 12,519 12,100 16,019 14,704 13,920
20170119 FTN 5 5 13,485 12,517 15,946 14,693
20170131 FTN 10 10 13,479 12,513 15,990 14,706
20170131 FTS 5 5 13,463 12,499 15,994 14,679
20170202 FTN 15 14 13,482 12,521 15,987 14,702
20170203 FTN 10 10 13,511 12,538 15,954 14,654
Moyennes 13,486 12,520 12,100 15,979 14,690 13,920
48 47 3
pondérées ± 0,019 ± 0,013 ± 0,002 ± 0,053 ± 0,031 ± 0,005
Correction BmagA VmagA RmagA BmagB VmagB RmagB
aB=-0,820 aV=-0,630 aR=-0,508
extinction corrigé corrigé corrigé corrigé corrigé corrigé
Magnitudes corrigées 12,666 11,890 11,592 15,159 14,060 13,412
Indice de couleur (B-V)corrigé 0,776± 0,023 1,099± 0,061

Les calculs donnent les résultats suivants : Les paramètres principaux de ce modèle sont la distance et
Composante A Composante B l'extinction (en supposant qu'on connaît bien les propriétés
M = 5,4 ± 0,3 M = 7,4 ± 0,3 stellaires, notamment la température effective Teff). Le
m = 11,890 ± 0,067 m = 14,060 ± 0,099 modèle fournit une distance avec une précision de 3 pc parce
d = 199 pc ± 28 pc d = 215 pc ± 28 pc
qu’il exploite les informations fournies par plusieurs bandes et
Bien que notable, la barre d’erreur reste compatible avec une non par une seule bande comme c’est le cas dans cet article.
même distance au Soleil de ces deux étoiles. Si l’on considère
que pour une distance de 0,3 pc entre deux corps stellaires, la
force de gravité est encore suffisante pour maintenir un lien
Conclusion
Les différentes méthodes utilisées ici montrent qu’il
physique impliquant un mouvement orbital, nous pouvons s’agit probablement d'un couple physique, ce que
accepter la conclusion de la binarité (valeur indiquée par confirme l‘article d’Alexandre Santerne. DBR 89 serait
Frédéric Arenou). donc une binaire orbitale à longue période (plusieurs
De son côté, Alexandre Santerne, à partir d’observations siècles) située entre les Pléiades et les Hyades.
nouvelles, a obtenu des valeurs récentes des distances de ces L’exoplanète K2-29b découverte par transit au moyen
deux étoiles. du satellite Kepler orbite autour de DBR 89 A (l’étoile
La différence entre les distances des composantes obtenues ici principale). C’est une planète du type « Jupiter
et les résultats d’Alexandre Santerne s’explique par la prise en chaud » : masse de 0,73 J (où J est la masse de Jupiter),
T = 1 171 K, qui orbite en 3,25 jours autour de son
compte, pour effectuer le calcul de distance, de toutes les
étoile à 0,04 UA. L’autre étoile peut-elle avoir une
magnitudes disponibles (du bleu à l’infrarouge thermique en influence gravitationnelle sur l’exoplanète ? D’autres
passant par le proche infrarouge). Avec ces données, un observations seront nécessaires pour conclure. ■
modèle de distribution spectrale d'énergie (SED) a été ajusté.

RÉFÉRENCES NOTES
1. Loi de Pogson: log d = (mV-AV-M+5)/5
Faulkes Telescopes project : où d est la distance de l’étoile en parsec, mv la magnitude visuelle, M la magnitude absolue,
https://lco.global/observatory/2m/faulkes-telescope-south/ AV, une correction dépendant de la bande spectrale étudiée et du type de l’étoile.
● WDS : http://www.usno.navy.mil/USNO/astrometry/optical-IR-
prod/wds/WDS 2. Correction de l’extinction interstellaire E(B-V)
● Mission Kepler 2 : http://keplerscience.arc.nasa.gov/objec- E(B-V) = (B-V)mesuré – (B-V)corrigé
tives.html
● CDS: http://cdsweb.u-strasbg.fr/index-fr.gml
L’extinction dépend de la longueur d’onde λ, elle est plus forte dans le ble,u ce qui a pour
● Article d’Alexandre Santerne :
conséquence que les objets paraissent plus rouges qu’ils ne le sont en réalité.
https://arxiv.org/pdf/1601.07680.pdf mcorrigée = mréelle – A où “A” est l’extinction mesurée en magnitude.
● Cahiers Clairaut n° 121 :
Aλ = Rλ x E(B-V) d’après Les Cahiers Clairaut, printemps 2008 n° 121 page 4, les valeurs suivantes sont communément
http://clea-astro.eu/archives/cahiers-clairaut/CLEA_CahiersClai- admises:
raut_121_02.pdf Pour le bleu AB = 4,315 x E(B-V)
Pour le vert AV = 3,315 x E(B-V)
LOGICIELS UTILISÉS Pour le rouge AR = 2,673 x E(B-V)
Astrometrica http://www.astrometrica.at/
Reduc http://www.astrosurf.com/hfosaf/fr/tdownload.htm#reduc Dans notre cas, E(B-V) = 0,19
Subaru Image Processor Makali’i https://makalii.mtk.nao.ac.jp/ (voir l’article d’Alexandre Santerne Table 2 page 7 où E(B-V) [mag] = 0,19 ± 0,02)
Nous avons donc :
REMERCIEMENTS AB = 0,81985
Cette recherche a utilisé l’outil d’accès au catalogue VizieR, CDS, Stras- AV = 0,62985
bourg, France. La description originale du service VizieR a été publiée AR = 0,5078
dans A&AS143,23. avec une incertitude de Aλ x 0,02.

vol.132 | 115 | 57 Avril 2018 – L’ASTRONOMIE 57


OBSERVER LE CIEL | Dominique CARRIÈRE | carriere34@orange.fr | ANPCEN

C
ependant, dès 1976 à Grenoble, une
L'expression « pollution lumineuse » résolution des membres de l’Union
désigne à la fois l'excès de lumière astronomique internationale demandait
aux autorités civiles d’agir afin de
artificielle et ses effets nuisibles sur protéger les sites d’observation du ciel, existants
l'homme et sur les écosystèmes1. Depuis ou en projet, contre l’illumination du ciel.
La lumière artificielle a des effets sur la santé,
cinquante ans, la quantité de lumière la biodiversité, les émissions de gaz à effet de
émise la nuit n'a cessé d'augmenter: serre, les ressources de notre planète, les budgets des
collectivités… Une prise de conscience collective est
pour l'ADEME*, en 2014, il y avait en France urgente. Le besoin d’éclairer les voies publiques dès
11 millions de points lumineux, soit +89 % l’arrivée de la nuit restera toujours bien sûr une nécessité;
mais les professionnels, élus locaux et citoyens ont le
entre 1992 et 2012. Selon le Nouvel Atlas devoir d’agir encore davantage afin de progresser dans la
maîtrise des émissions de lumière artificielle et installer
mondial de la pollution lumineuse, plus de finalement un éclairage plus sobre, plus juste, mieux
80 % de l'humanité vit la nuit sous un ciel adapté aux besoins.
Astronome amateur adhérent de la Société astronomique
inondé de lumière artificielle2 et les images de France et, plus récemment, correspondant de l’ANPCEN
des satellites de 2017 constatent toujours la (Association nationale pour la protection du ciel et de
l’environnement nocturne)3 pour les départements de
progression de l'éclairement de la Terre. l’Hérault et du Gard, nous avons entrepris, dans le cadre de
* Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie l’éclairage urbain public, de sensibiliser les élus et les
citoyens de notre commune de Castries (34160),
6 051 habitants, aux enjeux de la lutte contre la pollution

LUTTER CONTRE lumineuse. Retour sur le bilan de notre action.

LA POLLUTION
LUMINEUSE
LA COMMUNE DE CASTRIES

58 L’ASTRONOMIE – Avril 2018 vol.132 | 115 | 58


MODÈLE NOMBRE EMAX (EN LUX)
(POURCENTAGE) (VAL. MOYENNE, N=30)
Tableau 1. Les luminaires de la commune. (VAL. EXTRÊMES)
Les différents modèles et les images des
luminaires, les nombres et pourcentages, les
valeurs de l’éclairement maximal, Emax, en
lux (moyenne et valeurs extrêmes). Pour les
mesures de l’éclairement des voies, le
luxmètre du modèle Voltcraft type MS-1300
LANTERNE L1 35 (2,7 %) 11,5 (5-24)
est placé à 1 mètre au-dessus du sol.

DIAGNOSTIC
BOULE B 241 (18,6 %) 12,9 (7-23)
Les modèles de luminaires
Sept modèles différents de luminaires sont
installés à Castries, soit 1 289 points
lumineux sur 173 voies publiques
(tableau 1). On reconnaît le modèle de
lanterne L1, la boule, la lanterne décorative
ancienne, la lanterne L2 et le luminaire
installé sur un support incliné, pourvu d’une LANTERNE DÉCORATIVE 41 (3,1 %) 20,8 (10-32)
vasque convexe. Ces cinq luminaires
émettent de la lumière vers le haut et sont (ANCIENNE)
qualifiés, pour cette raison, de « modèles
polluants ». Ce sont 824luminaires, soit 64%
des équipements de la commune.
Les modèles luminaire correct et lanterne
décorative moderne, de conception récente,
émettent de la lumière au-dessous de
l’horizontale et sont qualifiés de « luminaires
corrects ». La source lumineuse est encastrée LANTERNE L2 78 (6,0 %) 21,7 (10-39)
dans le caisson du luminaire et protégée
d’une lame de verre horizontale. Ce sont
465 luminaires, soit 36 % des points
lumineux de la commune.

VASQUE ONVEXE
ORIENTÉ > HORIZONTALE 429 (33,2 %) 56,2 (10-131)

LUMINAIRE CORRECT 357 (27,6 %) 68,2 (39-121)

LANTERNE DÉCORATIVE 108 (8,3 %) 86,0 (40-134)


(MODERNE)

vol.132 | 115 | 59 Avril 2018 – L’ASTRONOMIE 59


OBSERVER LE CIEL | CASTRIES : LUTTER CONTRE LA POLLUTION LUMINEUSE

Les niveaux d’éclairement des voies le composant de la sphère et plus de 50 %


Le niveau d’éclairement d’une voie est la quantité de lumière qui arrive sur de la lumière émise vers le haut expliquent
le sol. Le luxmètre est l’appareil de mesure de l’éclairement, en lux. Un lux l’éclairement faible de la voie.
correspond au flux lumineux d’un lumen/m2.
● L’éclairement maximal, Emax, d’une voie est obtenu en plaçant le RECOMMANDATIONS
luxmètre au pied du lampadaire ou plus au centre de la voie pour les CONCERNANT LE MATÉRIEL
équipements de type boule ou montés sur un support incliné. L’Emax des Le remplacement des luminaires
173 voies a été mesuré au cours de l’inventaire des luminaires, il varie en Il concerne 64 % des équipements. On
moyenne de 11,5 lux (lanterne L1) à 86,0 lux (lanterne décorative sélectionnera un luminaire dont la géométrie
moderne), cf. tableau 1 dernière colonne. Les valeurs de l’Emax les plus du caisson et l’optique performante
fortes, de 68,2 à 86,0 lux en moyenne, au maximum 134 lux, concernent garantiront l’absence d’émission de lumière
les modèles de luminaires corrects. vers le haut: modèle à source lumineuse
● L’éclairement moyen, Emoy, est obtenu par le « calcul point-par- encastrée et protégée par une lame de verre
point4 ». On réalise avec les différentes mesures de l’éclairement au sol une horizontale. L’ULR (Upward Light Ratio)
cartographie de la surface éclairée. L’Emoy est la moyenne arithmétique de qualifie le luminaire en condition
points de mesure situés sur le sol selon un maillage défini. La distance entre horizontale: c’est le pourcentage de lumière
les emplacements des points de mesure, ici de 4 m, doit être inférieure ou du luminaire émis au-dessus de l’horizontale,
au maximum égale à la moitié de la hauteur des feux (8 m). L’Emoy de la il doit être de 0 %. La figure 1 illustre la
rue de la Manade est de 48,6 lux (tableau 2). lumière utile du luminaire4. La lumière (A)
● L’éclairement minimal, Emin, est le point le moins éclairé de la voie, émise au-dessus de l’horizon est gaspillée,
16 lux dans notre exemple. Sa valeur positive indique l’absence de point elle contribue à la formation du halo
noir sur la voie. Le rapport Emin/Emoy donne le coefficient d’uniformité lumineux. La lumière (B) émise à 10° sous
générale de l’éclairement de la voie, ici 0,32. l’horizon est éblouissante et intrusive: un
luminaire bien conçu stoppe la lumière B, la
Tableau 2. Les niveaux d’éclairement de la rue de la Manade. Le tableau résume source lumineuse sera peu visible à distance.
les mesures photométriques, en lux, effectuées la nuit du 5-6 janvier 2017. Largeur La lumière (C) émise vers le sol est utile.
de la voie: 12 m. Hauteur des feux: 8 m. Intervalle entre mâts env. 30 m. Lampes En condition d’installation, le luminaire fixé
au sodium HP: 150 watts. Luxmètre Voltcraft type MS-1300 placé à 1 m du sol. sur un support incliné peut émettre de la
lumière vers le haut (cela concerne 429
luminaires, tableau 1). L’ULOR (Upward Light
Luminaires a et b a Intervalle entre luminaires b Output Ratio) est le pourcentage de lumière
de la lampe émis au-dessus de l’horizontale
Sous-luminaire 57 39 28 19 16 26 34 48 en conditions d’installation. Un ULOR
1/3 voie 120 79 79 55 47 68 87 100 performant doit être inférieur à 0,5 %.
2/3 voie 54 65 58 58 52 59 65 62
Côté opposé 26 27 27 27 24 24 22 25 1. La lumière utile d'un luminaire.

32 mesures, total 1 557 lux Emoy 48,6 lux LUMIÈRE A


Emax 120 lux
Emin 16 lux LUMIÈRE B
Emin/Emoy 0,32 LUMIÈRE C

L’ANPCEN préconise un Emoy limité au maximum à 10 lux, la norme


EN13201 de l’AFE va jusqu’à 20 lux en zone dite de conflit. L’Emoy de la rue
de la Manade, 49 lux, est excessif. Le coefficient d’uniformité générale de
l’éclairement de la voie, 0,32, est élevé mais inférieur au coefficient de la Le remplacement des lampes
norme EN13201, minimum de 0,40. L’application de la norme EN13201 n’est Il concerne les luminaires équipés de lampes
pas obligatoire, mais si elle est choisie, elle imposera des pratiques SHP de puissance 100 et 150 watts. Ces voies
déraisonnables quant aux niveaux d’éclairement et aux nombres de points sont en suréclairement (Emoy = 29 à 65 lux),
lumineux. soit 3 à 6 fois la recommandation d’un
Treize autres voies ont été sélectionnées sur la base des valeurs d’Emax maximum de 10 lux de l’ANPCEN. On pourra
élevées, par exemple 150 lux pour la rue des Faïsses, 106 lux pour la rue de installer des lampes SHP de 50 watts (W),
la Bourgine. Ce sont 141 points lumineux équipés de lampes au sodium elles seront suffisantes dans la plupart des
haute pression (SHP) de puissance 100 ou 150 watts: les Emoy varient de 29 cas (constatations de l’ANPCEN sur le
à 65 lux: ces voies sont en suréclairement. terrain). Ainsi à Paris, le plan climat a motivé
À l’opposé, la rue de la Tramontane, équipée de 14 luminaires boules, est un marché de 10 000 nouveaux luminaires
peu éclairée, Emoy = 3 lux, Emax = 10 lux : l’énergie lumineuse absorbée par entre 2015 et 2017. La réduction des

60 L’ASTRONOMIE – Avril 2018 vol.132 | 115 | 60


consommations moyennes dépasse le investissement. L’économie d’électricité car elle affecte le vivant et l’équilibre
facteur 3, avec une puissance de 51 W se prolongera sur plusieurs décennies des écosystèmes. La diffusion du bleu
par source, au lieu de 170. Considérons (équipements de 2014). Le surpasse celle des autres longueurs
l’exemple de l’avenue de la Gare et de la remplacement des lampes SHP et du d’onde situées vers le jaune et génère
rue des Faïsses, deux voies de 8 m de ballast d’amorçage pourra être réalisé des halos plus intenses (diffusion de
large et de 360 m de longueur totale: sans coût de main-d’œuvre Rayleigh).
19 mâts implantés à des intervalles de supplémentaire à l’occasion du Le choix des lampes sera donc orienté
20 m portent chacun deux lampes SHP, remplacement systématique et par les caractéristiques de leur spectre
l’une de 100 watts côté route et l’autre programmé des lampes usagées. lumineux. On privilégiera les sources de
de 70 W côté trottoir. Ces voies sont en Finalement, ce sont sur l’ensemble de la lumière jaune des classes A, B et C à
suréclairement (Emoy de la chaussée 46 commune près de 280 lampes SHP dont faible pollution lumineuse: lampes SHP
lux, trottoir 65 lux). Deux sources la puissance devrait être réduite. < 2 100 K, les LED ambrées (1900K) et
lumineuses de 30 W, soit 60 W par mât, LED chaudes < 3000K (tableau 3). Au-
seront suffisantes. La réduction de la Le choix des sources lumineuses delà de la classe C, les sources lumineuses
consommation en électricité d’un facteur La lumière blanche dont le contenu supérieures à 3000K ne devraient pas
3 permettra un retour rapide sur spectral est riche en bleu doit être évitée être installées, voire proscrites.

Tableau 3.
Les étiquettes
environnementales de
l’ANPCEN, un outil
simple pour évaluer la
qualité d’un éclairage
public.
L’ANPCEN a conçu des
étiquettes à utiliser de
manière conjointe, afin de
permettre à chaque commune
ou intercommunalité de
savoir où elle se situe. Elles
permettent de partager l’état
initial, puis l’objectif et enfin
les résultats avec les
communes,
intercommunalités, ou avec
les habitants, de manière
pédagogique, à partir d’un
type d’outil que tous les
citoyens connaissent.
Chacune d’elles donne une
indication pour agir sur un
des aspects des nuisances
lumineuses à prévenir,
limiter, supprimer. Elles ne
sont pas dissociables, la
municipalité, les communes
et les intercommunalités
s’engagent conjointement sur
la quantité de lumière émise
dans l’environnement
(puissance lumineuse au km),
sur la maîtrise de son
orientation, sur les choix de
température de couleur de
lampes et sur la
consommation d’énergie par
kilomètre et par an.

vol.132 | 115 | 61 Avril 2018 – L’ASTRONOMIE 61


OBSERVER LE CIEL | CASTRIES : LUTTER CONTRE LA POLLUTION LUMINEUSE

L’économie portera aussi sur le


Tableau 4. Une horloge astronomique interrompt l’électricité pendant 5 heures toutes les nuits.
remplacement des lampes et les frais de
maintenance.
Puissance Énergie
Fonctionnement Coût annuel
souscrite consommée
annuel en heures
en kW en kW/h
en % Les conséquences
environnementales prévisibles
Horloge astronomique: ● Protéger la santé. L’alternance du jour
éclairage toute la nuit 4 200 1,5 6 300 100 et de la nuit est essentielle à la santé. Cette
alternance doit être respectée en évitant
Horloge astronomique: 2 375 56,5 l’entrée de la lumière intrusive dans les
coupure de 1 h à 6 h 1,5 3 562 pièces dédiées au sommeil. Lors de
(moins 1 825) moins 43,5 %
l’enquête réalisée lors de la 13e Journée du
sommeil de l’Institut national de la santé et
Castries compte 42 luminaires équipés de l’environnement: l’article 41 exprime l’idée de la vigilance, 24 % des Français déclarent
diodes électroluminescentes (LED). Installer de prévention ou de suppression: « Les être incommodés par la lumière artificielle
des sources lumineuses LED ou des lampes émissions de lumière artificielle de nature à dans leur chambre. La lumière agit sur la
SHP est la question essentielle. Les LED présenter des dangers ou causer un trouble qualité du sommeil en diminuant la
présentent plusieurs avantages: allumage excessif aux personnes, à la faune, à la flore production de mélatonine, une hormone
instantané, compatible avec des détecteurs ou aux écosystèmes, entraînant un produite par la glande pinéale. Les risques
de présence, une durée de vie importante, gaspillage énergétique ou empêchant d’éblouissement seront supprimés.
un rendement énergétique lumens/watts l’observation du ciel nocturne feront l’objet
● Économiser les ressources naturelles
comparable à celui des lampes SHP mais des mesures de prévention, de suppression
et protéger la planète. À la
avec nocivité sur le vivant pour les LED ou de limitation. » Le devoir pour tous de
surconsommation des énergies fossiles,
blanches ton « froid »5. En revanche, les LED lutter contre les nuisances lumineuses a été
pétrole, gaz, charbon, sont liées les
ambrées dont la température de couleur est mentionné dans la loi sur la biodiversité de
émissions accrues de gaz à « effet de serre »
inférieure à 2 000 K sont plus respectueuses 2016, grâce à l’action de l’ANPCEN.
(le dioxyde de carbone, le dioxyde d’azote).
pour le vivant, mais ont un rendement Notamment dans les articles 1 et 5:
La production de l’électricité est
énergétique inférieur à celui des lampes « Les espaces, ressources et milieux
indirectement responsable de l’émission de
SHP. Températures de couleur et rendement naturels, les sites et paysages diurnes et
650 000 tonnes de CO2 par an (Consoglobe).
énergétique restent les bons atouts des nocturnes, la qualité de l'air, les espèces
Ces gaz piègent l’énergie solaire dans
lampes SHP. animales et végétales, la diversité et les
l’atmosphère, ce qui entraîne le
équilibres biologiques auxquels ils participent
Autres points de vigilance dans le choix réchauffement progressif de la Terre. On
font partie du patrimoine commun de la
des LED: l’utilisation de terres rares dont estime que la température moyenne de la
nation. » «Il est du devoir de chacun de
l’extraction et le traitement génèrent des planète augmentera de 3,7 à 4,8 °C en
veiller à la sauvegarde et de contribuer à la
déchets toxiques et radioactifs. La recherche 2100 si les émissions continuent à leur
protection de l'environnement, y compris
sur le recyclage des LED doit progresser. rythme actuel.
nocturne. »
Signalons l’avis de l’ADEME 2017 : les ● Maintenir la biodiversité. La nuit sans
lampes fluocompactes restent des sources ● Réaliser des économies. L’éclairage lumière artificielle est essentielle à toutes
lumineuses compétitives. public représente en moyenne 40 % de la les espèces animales actives de jour, les
consommation en électricité de la diurnes, ou de nuit, les nocturnes.
EXTINCTION DES ÉCLAIRAGES commune. Une extinction d’une durée de Quelques exemples significatifs: la lumière
5 heures par nuit permettra une économie artificielle perturbe les déplacements des
PUBLICS UNE PARTIE DE LA NUIT de 43 % en électricité (tableau 4). animaux lumifuges et les cycles de
L’extinction est une mesure majeure de
lutte contre les nuisances lumineuses, elle
restaure immédiatement la qualité de
l’environnement nocturne; plus de 12000
communes en France pratiquent l’extinction
pour des raisons surtout économiques mais
aussi environnementales. À Saumur
(49400), en 2013, la première année
d’extinction, 5 heures par nuit, a permis
d’économiser 84500 euros. De grandes
villes comme Saint-Brieuc (22000),
Mérignac (33700), Pessac (33600)
pratiquent l’extinction.
Les raisons de l’extinction
● Agir selon la loi. La pollution
lumineuse est prise en compte dans la loi
du 3 août 2009 de programmation relative 2. (À GAUCHE) Les papillons nocturnes attirés par la lumière des luminaires.
à la mise en œuvre du Grenelle 1 de (À DROITE) Les feuilles vertes des platanes sont sensibles à la lumière artificielle.

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reproduction de certaines espèces délinquance, c'est même le contraire, astronomiques prenant en compte les
nocturnes; les papillons nocturnes affirme Paul Blu, président honoraire de variations journalières des paramètres
pollinisateurs, majoritaires à 85 % dans l’ANPCEN. Des retours que nous avons, les crépusculaires. La commune de Prades-le-
ce groupe, sont attirés autour des villes nous expliquent qu'elles Lez (34730) a installé en 2015 un
lampadaires et meurent d’épuisement enregistrent moins de tapage nocturne, ensemble de 13 horloges pour un coût de
ou brûlés (figure 2, gauche); la moins de vandalisme, moins de voitures 6 000 euros, avec un retour sur
biodiversité de la flore dépend des brûlées. » La sécurité est finalement l’investissement inférieur à 1 an
espèces pollinisatrices de jour comme de meilleure après extinction des (économie de 15000 euros).
nuit; on a observé des oiseaux équipements. Par ailleurs, Michel Des réunions publiques d’information sur
migrateurs détournés de leur trajectoire Pruvost, correspondant de l’ANPCEN, le projet de l’extinction seront organisées par
de vol et venus s’écraser sur les confirme: « Sur la route, quand on éteint la mairie. À la réunion de Castries, en
monuments éclairés. l’éclairage public, la vitesse baisse. Les novembre 2017, le représentant de
Sur le végétal à feuilles caduques, des gens lèvent le pied en zone sombre, leur l’Agence locale de l’énergie a proposé le
feuilles vertes persistent au début de vigilance est renforcée. Il faut dépasser le projet de l’extinction partielle des luminaires
l’hiver sur le côté éclairé de l’arbre sentiment d’insécurité. » de minuit à 5 heures. Les élus nous ont
(figure 2, droite). Finalement, les arbres À titre d’exemple nous relevons, ci- invités à présenter notre rapport sur
deviennent malades et meurent dessous, le bilan des actes délictueux l’éclairage public. L’extinction a été
prématurément. La lumière artificielle constatés dans le rapport de police et de programmée au printemps 2018 pour une
avance les périodes de la floraison. La gendarmerie de la ville de Quesnoy-sur- durée de six mois.
biodiversité de la flore dépend des Deûle (59890) et publié dans le journal Les éclairages des monuments
espèces pollinisatrices, de jour comme La Voix du Nord, paru le 4 novembre contribuent à la formation du halo
de nuit. Une étude européenne, publiée 2015. Ce bilan constate les baisses lumineux de Castries. Certes, leur
dans le numéro d’août 2017 de Nature, significatives des actes délictueux extinction à 1 heure respecte l’obligation
met en évidence cet impact, la l’année de l’interruption de l’éclairage rendue légale depuis le décret du 1 juillet
er

diminution de production des parcelles pendant cinq heures par nuit. 2013… mais nous devons nous interroger:
éclairées la nuit, et les interactions combien de personnes regardent nos
multiples, impact qui s’ajoute à celui des Stratégies de l’extinction monuments après 23 heures ?
pesticides, de la destruction des habitats, « L’expérience de l’extinction doit être Les impacts multiples de la pollution
de la culture intensive… proposée pour 6 ou 12 mois, avec le lumineuse restent trop méconnus de nos
concours des forces de gendarmerie et de concitoyens. C’est le constat que nous
● Préserver le ciel nocturne. La police », recommande Michel Deromme, faisons lors des réunions avec les élus.
pollution lumineuse empêche 60 % des correspondant de l’ANPCEN. Elle peut être En conclusion, nous citerons les propos
Européens et près de 80 % des Nord- partielle. Dans ce cas, on éteindra les d’Anne-Marie Ducroux, présidente de
Américains de voir la Voie lactée. Divers points lumineux des quartiers résidentiels l’ANPCEN: « Reconcevoir l’éclairage et
labels existent pour améliorer la qualité tout en gardant l'éclairement de la voie appréhender autrement la quantité
du ciel nocturne. Le sigle RICE ou Réserve principale de la commune. L’esplanade croissante de lumière artificielle et certains
internationale de ciel étoilé est décerné d’un centre-ville pourra rester dans la effets négatifs sont une nécessité pour
par l’IDA (International Dark-Sky lumière toute la nuit afin de maintenir répondre aux enjeux du XXIe siècle. »
Association) autour de grands l’efficacité du système de L’auteur remercie Jean-Luc Colas et Michel
observatoires. vidéosurveillance. Deromme, correspondants et
L’ANPCEN organise, depuis 2009, le Les postes de commande de l’éclairage administrateurs de l’ANPCEN, pour leurs
label national « Villes et villages des quartiers seront équipés d'horloges conseils avisés.
étoilés » qui valorise les communes qui
s’engagent dans une démarche de ANNÉE 2014 2015
progrès vis-à-vis de l’environnement
nocturne avec une approche globale des Atteintes aux biens 107 72 (–32 %)
impacts de la lumière; plus de 570
communes ont déjà été labellisées.
Atteintes aux personnes 33 12 (–63 %)
Dégradations 11 3 (–72 %)
Quid de la sécurité urbaine ? Économie budgétaire 15 846 euros
Un sentiment d’insécurité apparaît
souvent chez les personnes informées du
projet d’extinction des équipements inoffensives que ça… et les alertes ANPCEN sur les
BIBLIOGRAPHIE LED :
communaux. Pourtant, l’Observatoire
1. « Éclairage du XXIe siècle et biodiversité », https://www.anpcen.fr/index.php5?id_rub=11&id
national de la délinquance et des
ANPCEN – MEB juillet 2015 : _ss_rub=197&id_actudetail=132 et
ripostes pénales (ONDRP) constate que https://www.anpcen.fr/index.php5?id_rub=11&id
https://www.anpcen.fr/?id_rub=&id_ss_rub=127&
l’éclairage public n’a aucune incidence id_actudetail=120 _ss_rub=197&id_actudetail=53
sur la baisse de la criminalité et de la 2. X. Demeersman, Nouvel Atlas de la pollution 6. Guide « 30 questions – Concevoir et utiliser
violence puisque 80 % des vols et lumineuse, Cosmographe, 14 juin 2016. l’éclairage en préservant l’environnement
agressions ont lieu entre 8 heures et 3. Publications, alertes, actualités : www anpcen.fr nocturne », publication ANPCEN-Courrier des
18 heures. 4. Astrolab. Guide technique et réglementaire sur maires, 2017.
« Contrairement aux idées reçues, l’éclairage extérieur. Révision 2006. https://www.anpcen.fr/index.php5?id_rub=&id_ss
l'absence de lumière ne favorise pas la 5. Actualité Inserm 2017. Les LED, pas si _rub=127&id_actudetail=170

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BIBLIOTHÈQUE Nouveaux livres reçus. Ils peuvent être consultés à la bibliothèque de la Société astronomique de France:
3 rue Beethoven, 75016 Paris, ouverte du lundi au vendredi de 14 h à 17 h.

vrons les façons infiniment variées dont

U N I V E R S l’homme s’est représenté l’Univers. Cette dé-


couverte de l’astronomie inclut une sélection
d’artistes et d’astronomes célèbres tels que Co-
pernic, Galilée, Hubble, Picasso, Kusawa, Rudaux
Le titre de cet ouvrage atypique à la présen- ainsi que des concepts de civilisations anciennes.
tation luxueuse fait naturellement penser à l’as- L’anachronisme qui résulte de la confrontation de
tronomie. Toutefois, l’exploration et la l’Univers numérique du XXIe siècle et d’époques
représentation de l’Univers ne sont pas seule- plus anciennes nous révèle bien l’incessante
ment décrites par des astronomes, mais aussi quête de l’humanité sur notre monde. Une très
par des historiens, des artistes et des universi- explicite introduction de Paul Murdin, de l’Insti-
taires du monde entier. Les galaxies, les constel- tut d’astronomie de Cambridge, « Représenter
lations, les étoiles, les planètes, les astéroïdes, les l’Univers », nous prépare bien à cette découverte
comètes et les trous noirs sont réunis dans plus inhabituelle de l’astronomie à travers la science
de 300 magnifiques illustrations, photos, dessins, et l’art. Depuis 13,8 milliards d’années, de très
peintures de notre Univers depuis le Big Bang nombreuses étapes ont jalonné l’évolution de
jusqu’à Hubble. Cette approche du cosmos est l’Univers puis la longue découverte de celui-ci
unique par la juxtaposition de l’imaginaire an- par l’homme depuis environ 25 000 ans. Toutes
cien puis moderne et la réalité présente. Pour ces étapes nous sont décrites dans le dernier
exemple, nous pouvons revivre la découverte chapitre entièrement historique qui est passion-
d’une galaxie par Lord Rosse en 1845 et compa- nant et agréablement illustré. Le riche contenu
rer son croquis avec une photo de la même ga- de ce livre est bien complété par un glossaire,
laxie par la Nasa. Il en est ainsi pour une des biographies, un index et la liste des contri-
multitude d’objets célestes qui furent représen- buteurs.
tés avant d’être photographiés. Nous décou- ■ Jean-Robert GUIGNARD

Ouvrage collectif
Éd. PHAIDON - ISBN 978 0 7148 7569 9 – 350 p. – 29 x 25
Prix: 49 € – Cote SAF 8503

LES MARÉES
mènes naturels qui nous entourent, qu'aux spécia- vénients mais aussi des avantages que nous procu-
listes soucieux de comprendre le rôle des forces rent les marées, et quelques mots sur les marées en
d'interaction entre nos trois corps célestes les mieux Méditerranée pas aussi négligeables que l'on pour-
Qui n'a jamais rêvé devant un paysage maritime? connus et leurs interactions multiples secondaires rait le croire, l'auteur mentionne une particularité
Qui ne s'est pas étonné de voir la mer bouger, sub- plus difficiles à saisir qu'on ne pourrait croire. étonnante qui concerne les endroits du monde où
merger des étendues où il marchait quelques ins- L'ouvrage commence par un court historique des il n'y a aucune marée, les points dits amphidro-
tants plus tôt ou découvrir des espaces tentatives d'explications depuis l’Antiquité: les An- miques.
insoupçonnés qui, en quelques heures, seront de ciens, chez les Grecs et les Latins depuis le IIe siècle Mais ce n’est pas tout; et là se trouve la surprise
nouveau recouverts? avant J.-C., avaient déjà établi la corrélation entre la pour qui pensait connaître un tant soit peu le phé-
Face à la mer (la Manche, l'Océan) et devant ces périodicité du phénomène et le mouvement de la nomène des marées: en effet, si l'on tient compte
mouvements mystérieux, incessants, déroutants, Lune, mais au Moyen Âge, si l'on excepte quelques des seules forces d'attraction, la dénivellation
car toujours différents malgré leur répétition régu- auteurs isolés, ces connaissances restèrent dans un constatée ne devrait être que de 35 cm pour la Lune
lière, nous nous sommes certainement tous de- oubli presque total. Au XVIIe siècle, même Galilée et 16 pour le Soleil, alors que l'on observe des écarts
mandé, et souvent dès l'enfance, quelles pouvaient niait l'influence de la Lune et du Soleil. Seul Kepler de niveaux des mers jusqu'à 17 m. Alors pourquoi?
être les causes de ce phénomène familier et pour- avait pressenti et tenté une explication des marées La réponse, avec beaucoup d'autres, est dans ce livre
tant passionnant que celui des marées? par des forces liées aux deux astres. Newton n'était passionnant, accessible à tous, et indispensable à
Ce fut sans doute avec celui des éclipses le premier pas loin. Ce sera finalement Laplace, fin XVIIIe et XIXe, qui désire approfondir sa connaissance du phéno-
des phénomènes astronomiques auquel très tôt qui donnera la clé par l'introduction de la notion mène si familier que sont les marées.
l'homme près des océans fut confronté, sans long- d'ondes. ■ Denys Samain
temps en saisir la cause première. Bien sûr, chacun
sait maintenant que c'est la Lune la principale res- Tout est présenté en détail avec seulement deux par Odile Guérin
ponsable de ces mouvements, de grande ampleur ou trois pages de calculs et relations nécessaires Éditions Ouest-France, 2017
dans certaines régions du globe. Mais pourquoi pour poser les bases des forces en présence et éta- 168 p., 21 x 14
deux marées par jour alors que la Lune ne repasse blir leur résultante. Les non-familiers des mathéma- ISBN 978-2-7373-7383-1
Prix: 9,90 € – Cote SAF 8506
qu'une seule fois au-dessus d'un même point? tiques pourront survoler ces calculs, où l'auteur
L'auteur, Odile Guérin, est géologue et géomorpho- explicite à l'aide de quelques formules l'intensité de
logue de formation universitaire, spécialisée dans ces forces, pour ne se souvenir finalement que du
l'étude des littoraux. Elle a, entre autres, été confé- résultat: la résultante de ces forces de marée décroît
rencière au Planétarium de Bretagne à Pleumeur- comme l'inverse du cube de la distance. Les résul-
Bodou et elle a écrit déjà plusieurs livres de tats et conséquences physiques de ces calculs sont
vulgarisation depuis une vingtaine d'années, sur le ensuite abondamment décrits et expliqués de
mécanisme des marées bien sûr mais aussi, plus façon simple et compréhensible pour tout un cha-
inattendu, sur les planètes extrasolaires. cun.
L’auteur passe en revue tous les rythmes, et ils sont
Extrêmement complet malgré sa taille modeste, ce nombreux, qui gouvernent ces mouvements des
livre, très didactique, est abondamment illustré: océans, au fil des saisons, depuis les deux mouve-
images, photos, schémas, cartes. Il s'adresse aussi ments journaliers jusqu'aux inégalités liées au saros
bien aux amateurs, simples curieux des phéno- (rythme de 18 ans). Après la description des incon-

64 L’ASTRONOMIE – Avril 2018 vol.132 | 115 | 64


BIBLIOTHÈQUE

ASTRONOMIES DU PASSÉ
De Stonehenge aux pyramides mayas
Stonehenge, la Grande Pyramide, le calendrier Ensuite l’auteur insiste sur l’importance du
maya, des sujets qui passionnent le grand public Groupe des Sept (chapitre 3) : « Les 7 planètes »,
par leurs mystères. D'innombrables documents les 7 étoiles de la Grande Ourse, les Pléiades.
paraissent régulièrement pour proposer des Le chapitre 5 n'oublie pas les mythes
explications qui relèvent plus du complotisme modernes : par ex. les canaux martiens.
que de la science (théorie des anciens Partie 2 : Le savoir des Anciens. Cette partie
astronautes, savoir hérité des Atlantes). Rares nous fait voyager dans le temps et un peu
sont les scientifiques qui publient des ouvrages partout dans le monde. Le chapitre 1 s'intéresse
sur le thème de l'archéoastronomie à la fois à l’astronomie mégalithique (Carnac,
rigoureux, clairs et accessibles. Encore plus rares Newgrange, Stonehenge). Le chapitre 2 aborde
sont les ouvrages en langue française. Il faut l’astronomie égyptienne : les constellations, les
donc saluer le travail remarquable de Yaël Nazé temples, les pyramides. Les astronomies
qui s'efforce de faire le point des connaissances mésopotamienne et indienne sont traitées dans
scientifiques actuelles sur un passé lointain le chapitre 3 : « Le calendrier, les constellations,
encore énigmatique par bien des aspects. les observatoires indiens ». L'astronomie
L'auteur, astronome, en poste à l'Institut asiatique est le thème du chapitre 4 : la Chine et
d'astrophysique et de géophysique de ses observations remarquables d'éclipses, de
l'université de Liège, a d'ailleurs reçu le prix Jean- comètes, ses cartes célestes ; sans oublier Angkor rescousse », explique l’importance de l’héritage
Perrin 2017 de popularisation de la science. Vat, le Japon ou la Corée. Un chapitre 5 rappelle des Anciens pour l’astronomie moderne :
En 2009, Yaël Nazé publiait chez Belin l’importance de l’astronomie grecque : mentions d’éclipses mettant en évidence le
L'Astronomie des Anciens, qui lui valut le prix Ératosthène et la mesure de la Terre, les calculs ralentissement de la rotation de la Terre,
Jean-Rostand 2009. En ce début d'année 2018, d’Aristarque, le catalogue d’étoiles d’Hipparque, catalogues d’étoiles, variation de la couleur de
son éditeur a eu la bonne idée de rééditer cet les modèles d’Univers, le mécanisme Sirius, supernovae.
ouvrage sous le titre Astronomies du passé. De d’Anticythère. Le chapitre 6 n'oublie pas le rôle Un rappel d’astronomie bien utile à la
Stonehenge aux pyramides mayas. majeur de l’islam médiéval : le calendrier compréhension des thèmes abordés est annexé.
Partie 1 : Les histoires des Anciens. Un islamique, les astrolabes, les observatoires, la Astronomies du passé, richement illustré, avec
premier chapitre, « Les deux luminaires », transmission des ouvrages grecs. On change de de nombreux schémas explicatifs, est un
rappelle le rôle majeur du Soleil et de la Lune continent avec l'astronomie américaine ouvrage de référence à conseiller fortement à
dans les anciens mythes. Avec l'opposition entre (chapitre 7) : « Les Précolombiens », le Caracol de qui s’intéresse aux connaissances
la luminosité intense du Soleil et la lueur Chichen Itza, le calendrier maya, les cycles de astronomiques des civilisations anciennes et à
blafarde de la Lune et les phénomènes Vénus et les tables d'éclipses des codex mayas ; l’astronomie en général. ■ Jean-Claude Berçu
effrayants comme les éclipses. Des tables des les « Peaux-Rouges » et les Medicine Wheels,
divinités lunaires et solaires dans le monde Chaco Canyon et le savoir des Indiens Anasazis ;
témoignent de l'importance de ces luminaires. les Incas et le Machu Picchu, les lignes de Nazca. par Yaël Nazé
Le chapitre 2, « Le ciel, notre maître à tous », Le chapitre 8, « Astronomies oubliées », nous Éditions Belin, 2018
évoque l'importance du ciel et des cosmogonies. emmène vers la Polynésie, l’île de Pâques et ses 18,50 cm x 24,50 cm - 240 p.
ISBN 978-2-410-01141-8
Puis « La Voie lactée, le chemin céleste », objet
du chapitre 3, précise comment les Anciens
moai, les Aborigènes d’Australie, l’Afrique
subsaharienne et les Dogons (connaissaient-ils Prix 25€
expliquaient cette traînée brillante dans le ciel. Sirius B ?). Enfin, le chapitre 9, « Nos ancêtres à la Cote SAF8507

RENCONTRE AVEC L’AUTEUR Le vendredi 15 juin prochain, nous aurons le plaisir d’accueillir
Alain Omont, directeur de recherches émérite au CNRS, qui nous
ALAIN OMONT présentera à l’occasion de la sortie de son dernier ouvrage une
aventure de l’astronomie du XXe siècle au siège de la Société
astronomique de France.
Vendredi 15 juin
à 19 h (ouverture 18 h 30)

Société Astronomique de France


3, rue Beethoven, 75016 Paris
Métro Passy (6)
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au 01 42 24 13 74 ou par mail : rencontre@saf-astronomie.fr

vol.132 | 115 | 65
Avril 2018 – L’ASTRONOMIE 65
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L’astronomie du futur conf.saf@planetastronomy.com COSMOLOGIQUE ET LE REPELLER PRINTEMPS
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Samedi 7 avril à 9 h 30 au siège
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ÉTOILES DOUBLES secretariat@saf-astronomie.fr Télécom ParisTech, amphi B310, Du samedi 14 au samedi
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Samedi 14 avril à 15 h au siège VISITE DE LA CITÉ DE L'ESPACE PRÈS
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Bordeaux, avec J. de La Noe, www.bureau-des-longitudes.fr/
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vol. 132 | 115 | 67 Avril 2018 – L’ASTRONOMIE 67


AGENDA | AVRIL 2018
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par Guy Chollet, LVA, obs. de 02 40 68 91 20 1 place du Théâtre.
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Gratuit. Parking. AAA – ANJOU (49)
par Gilles Dawidowicz, pdt de la Obs. des Hautes Plates, parc de
commission Planétologie, SAF 06 79 89 06 48 la Combe à la Serpent, parking
Vendr. 6 et 20 avril dès 20 h 45
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Jérôme Novak, LUTH (18) les-Monts.
À l’obs. de St-Saturnin/Loire, au 47° 18’ 09” – 4° 57’ 39”.
L’imagerie astronomique, par Samedi 7 avril à 20 h « Clos des Perruches » (dir.
Thierry Legault, auteur, Samedi 21 avril 9 h-19 h
LES ONDES GRAVITATIONNELLES Gennes-Coutures). Gratuit. FORMATION AFA « 3e ÉTOILE »
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06 62 09 43 41 (Steve) Imagerie astronomique
suivie d’une projection du par Stéphane Corbel, CEA
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passage de l’ISS sur grand Saclay Rens., inscript. : www.sab-astro.fr ou
écran, si temps favorable. ACA CIEL D’ANJOU (49) animations@sab-astro.fr S
Observation après la conférence
2 rue de la Chapelle, si temps favorable.
48° 59′ 55″ N – 02° 00′ 36″ E Mardi 17 avril 20 h 30-23 h
À la mairie de Sancerre. Entrée SUD-EST
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http://parcauxetoiles.gpseo.fr/ gratuite.
La Lune, le Lion la Vierge et
http://observatoiredetriel.com 06 17 49 21 52 et 06 80 77 48 35 leurs galaxies. 4A ASTRONOMES D’AUVERGNE
asso.sancerroise.astronomie@gmail.com CLERMONT-FERRAND (63)
COLLECTIF « ASTRO VERS Gratuit (accueil même si
Sur Facebook : Asa Astronomie
TOUS » (77, 78, 95) intempéries). À la Maison des Mercredi 4 avril à 20 h 30
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Samedis 7, 14 et 21 avril lieu-dit « Les Basses Brosses ». SYSTÈME SOLAIRE : CEINTURE DE
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TOURAINE 20 h 30 par Christophe Lebleu
Conférences LSF + boucles
- 11 : Mars, une nouvelle histoire Amphi 107, campus des
magnétiques (14 h) Observer, échanger. Exposés, Cézeaux, Aubière.
Ateliers sensoriels (16 h) conférences, débats, présentations par Sylvain Bouley, Obs.de
Observations adaptées (20 h) de matériel, ateliers, observations. Paris
Samedi 14 avril dès 20 h 30
- 18 : À la recherche de terres
Le 7 : La folle aventure de À l’observatoire de Touraine (37). OBSERVATION DU CIEL PROFOND
habitables par Jean-Pierre
Cassini-Huygens autour de Martin, SAF, Véga Obs. de La Garandie, Aydat.
Inscriptions :
Saturne et Titan par Régis
www.astrotouraine.fr/edition-2018/ À l’ESEO d’Angers, bd Jean- Samedi 21 avril dès 20 h 30
Courtin, Île régionale de loisirs,
rue de Tournezy, 77590 Bois-le- PLANÉTARIUM DE BRETAGNE Jeanneteau. Gratuit. OBSERVATION LUNE ET PLANÈTES
Roi. (22) 06 87 37 22 80 / contact@cieldanjou.fr Observatoire des Céseaux.
Le 14 : Rosetta et la comète http://cieldanjou.fr
Vendredi 6 avril à partir de Mercredi 25 avril 13 h 30-16 h
Churyumov-Gerasimenko par OBSERVATION DU SOLEIL
Nicolas Biver, à l’Ermitage, 20 h 30
OBSERVATION GRATUITE EN NORD-EST Observatoire des Cézeaux.
23 rue de l’Ermitage, 78000
Versailles. EXTÉRIEUR info@astronomes-auvergne.fr
avec le club du Trégor CLUB ANDROMÈDE LASSIGNY (60)
Le 21 : Aventures et Plans sur www.astronomes-auvergne.fr
mésaventures des astronomes Parc du Radôme, 22560 Vendredi 6 avril à 21 h
du passé par Danielle Briot, au Pleumeur-Bodou. OBSERVATIONS
Golf Hôtel de Mont Griffon, 02 96 15 80 32 Plus d’annonces et de
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D909, 95270 Luzarches. contact@planetarium-bretagne.fr détails dans l’Agenda
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astroclub.andromede@outlook.fr saf-astronomie.fr
astroverstous@orange.fr www.astroclub-andromede.fr/

68 L’ASTRONOMIE – Avril 2018 vol. 132 | 115 | 68


AGENDA | AVRIL 2018
- Exposé et vidéo : « Le Big Bang.
PESCO LUNO (84) SAPO PYRÉNÉES
SUD-EST (SUITE) OCCIDENTALES (64) Évolution de l’Univers ».
Samedi 21 avril dès 21 h - Notes de lecture.
STATION DE NUIT ASTRAP (63) SOIRÉE D’OBSERVATION Lundi 23 avril à 20 h 30 - Observation (œil nu et instruments).
DU BIG BANG À L’ADN Entrée libre et gratuite. CDST,
Samedi 7 avril à 20 h 30 Entrée libre. Centre de Loisirs Habitation Périnelle, quartier La
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contact@observatoire-sabarat.com 2e samedi du mois 16 h-17 h 30
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Richemont à Saucats (33650). www.societeastronomique.ulg.ac.be/
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gratuit pour habitants de St- ag-33@orange.fr gratuit. Sur le site de Chabanas
Genis. 100 places disponibles. www.ag33.fr à Pierre-Buffière (87260). Les vendredis soir dès 21 h
07 81 81 44 04 SOCIÉTÉ ASTRONOMIQUE DE Association pour la Découverte de OBSERVATION POUR LE PUBLIC
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Ouvert à tous, salle de la piscine - Actu astronomique et spatiale.
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de Ferney-Voltaire. - Événements observables.
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sab.bordeaux@laposte.net - Visibilité des planètes, Triangle
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www.astrosurf.com/sab33/ www.observatoire-naef.ch/fr/home
www.oriongex.net/

vol. 132 | 115 | 69


Avril 2018 – L’ASTRONOMIE 69
COURRIER DES LECTEURS

« astrolable impersonnel ». Successivement directeur de


DANJON ET L’ÉCLAT DE LA LUNE ÉCLIPSÉE l’observatoire de Strasbourg puis de celui de Paris, il mit en place la
Un de nos fidèles lecteurs, Jean Meeus, nous adresse ce courrier: radioastronomie française grâce à la station astronomique de
J’ai lu avec intérêt l’article sur André Danjon dans un récent numéro de Nançay; il permit également le développement de l’observatoire
l’Astronomie. Certainement Danjon fut un grand astronome. de Haute- Provence, à Saint-Michel.
Malheureusement, un sujet sur lequel il s’est complètement trompé fut Son influence ne se limita pas là. Citons, entre autres, la création du
celui de l’éclat de la Lune éclipsée en fonction de l’activité solaire. BDL, le développement de l’informatique en France, la création de
Dans un article intitulé « Lunar eclipse brightness and the terrestrial l’Eso. Il fut également un enseignant hors pair. Nicole Mein
atmosphere », par Giovanni Di Giovanni, paru dans le Journal of the
British Astronomical Association de février 2018, l’auteur écrit (page 16):
« In 1920 André Danjon presented an empirical law, which states that the
variation of brightness and the colouring of the eclipsed Moon is a LE DÉPLACEMENT APPARENT D’ÉROS
function of the variation in solar activity: dark eclipses occur in the two
years following the minimum numbers of sunspots in the solar cycle and Un lecteur au sujet les variations de luminosité d’Éros nous fait
bright eclipses occur just before their maximum. This “law” was remarquer: Dans le numéro n° 112 de janvier 2018 de l’Astronomie,
immediately disproved in 1921 by E. Walter Maunder, in an article in the Pascal Descamps, dans son neuvième article sur la parallaxe solaire,
JBAA. Danjon’s law has not subsequently been confirmed*. » mentionne que de fortes variations de luminosité de l'astéroïde Éros
Cela n’a pas empêché Gérard de Vaucouleurs (1918-1995) de reprendre ont été repérées en 1901 peu de temps après sa découverte en
le sujet en 1944. Il considéra l’éclat de la Lune lors de 47éclipses ayant 1898. Un lecteur signale que Ferdinand Quénisset, employé par
eu lieu de 1894 à 1943. Lui aussi croyait à cette relation entre l’éclat de la Camille puis Gabrielle Flammarion à l'observatoire de Juvisy, avait
Lune éclipsée et l’activité solaire. J’ai repris la chose dans mon premier
livre de Morsels (Mathematical Astronomy Morsels, chapitre 55; non seulement constaté visuellement cette variation de luminosité,
Willmann-Bell, 1997). Si l’on élimine les éclipses de grandeur inférieure à mais l'avait aussi enregistrée sur au moins une plaque
0,50, ainsi que celles dont l’éclat observé est considéré comme douteux photographique en suivi stellaire, publiée dans l’Astronomie de mars
(par de Vaucouleurs lui-même), il ne reste que 29 de ses 47 éclipses. 1938 [1], le déplacement apparent d’Éros étant bien visible sur la
Dans mon livre, j’ai utilisé 27 éclipses observées de 1960 à 1996, cette durée de la pose, et l’intensité de la traînée correspondante n’étant
fois en ne considérant que les éclipses totales. On ne retrouve plus pas constante. Il reste à savoir si cette plaque se trouve toujours
aucune trace de la loi de Danjon.
Dans son récent article, Di Giovanni également ne trouve rien: « The dans le fonds Flammarion, et si sa qualité est suffisante pour que sa
present study does not even partially confirm Danjon’s law. » mesure permette d’en savoir plus sur cet astéroïde.
Guy Artzner
Effectivement, l’éclat de la Lune ne fut pas un succès de Danjon.
Cependant, rappelons, comme l’ont montré James Lequeux et [1] Numéro disponible au téléchargement sur Gallica, également disponible à la
Suzanne Débarbat (l’Astronomie avril 2017, p. 40 et février 2018, vente par la SAF en version papier, sous forme d'une année reliée de douze
p. 38), qu’André Danjon fut un astronome visionnaire qui fascicules (il n'y a plus de fascicule individuel disponible pour mars 1938).
révolutionna l’astronomie française à la sortie de la Seconde Guerre L’article de 1938 a été trouvé en consultant sur ordinateur un gros document
mondiale. Astrométriste de formation, il permit le développement souhaité par notre fondateur, Camille Flammarion, dans un article de juin 1919.
de cette discipline. Il est célèbre dans le monde entier avec son

* En 1920, André Danjon a énoncé une loi empirique, établissant que les variations de brillance et de couleur de la Lune lors d’une éclipse
dépendent de l’activité solaire : une éclipse sombre se produit dans les deux années qui suivent celle du nombre minimum de taches du cycle
solaire et une éclipse brillante arrive juste après le maximum. Cette loi a été immédiatement contestée par E. Walter Mauder, dans un article
publié dans le JBBA. La loi de Danjon n’a pas été confirmée par la suite.

AstroCiel
Le grand rassemblement d’astronomes INFOS ET INSCRIPTIONS
amateurs qui a lieu chaque été à Valdrôme http://saf-astronomie.fr/astrociel/
se déroulera du 4 au 19 août 2018
Fabrice MOTTEZ
LUTH – Observatoire de Paris-Meudon

Éclairage
DÉSORMAIS, DANS CHAQUE NUMÉRO,
CETTE DOUBLE PAGE VOUS APPORTERA UN
ÉCLAIRAGE SUR CERTAINS ARTICLES.

Les poussières cosmiques récoltées sur la glace de l'Antarctique


DES INDICES SUR LA FORMATION DU SYSTÈME SOLAIRE
ans les grandes étendues blanches et stériles du molécules relativement complexes, com-

D continent antarctique, des scientifiques ont col-


lecté de microscopiques poussières extraterrestres.
Avant d'atterrir dans ces étendues glacées, elles ont erré
posées de cétones et d’aldéhydes (par ail-
leurs fabriquées dans l'industrie pour la
production de matières plastiques, de mé-
ACTUALITÉ page 8
par Janet Borg

longtemps à travers le Système solaire. D'où viennent- dicaments, de colorants, de parfums…). Une telle com-
elles? Où ont-elles été formées? Leur composition chi- position suggère que ces poussières ont été formées à
mique, qui peut varier fortement d’une poussière à la surface de corps glacés dans des régions très éloi-
l’autre, aide à répondre à ces questions. Des travaux ré- gnées et très froides du Système solaire, telles certaines
cents ont porté sur des micrométéorites très riches en comètes. De plus, les molécules trouvées dans les mi-
carbone, car il y a de fortes présomptions pour qu’elles crométéorites très carbonées contiennent plus d'azote
soient originaires de comètes. Or, on a peu d’informa- et moins d'oxygène (par rapport au silicium) que dans
tions sur la composition chimique des poussières des les autres micrométéorites. Cette découverte renforce
comètes. Afin de savoir dans quelles sortes de molé- les modèles de formation du Système solaire indiquant
cules organiques se trouve le carbone des micrométéo- que, en ces temps lointains, la proportion d'atomes de
rites très carbonées, les scientifiques les ont soumises à carbone et d'azote par rapport au silicium et à l'oxygène
une analyse détaillée. Ils y ont découvert beaucoup de augmentait avec la distance au Soleil.

IL N'EST PAS SIMPLE ACTUALITÉ page 4


par Suzy Collin-Zahn

DE TOMBER
C ertaines étoiles sont entourées de matériaux (gaz, poussières, roches) qui tour-
nent autour d'elles. Bien souvent, une partie de cette matière se rapproche
de l'étoile et finit par y tomber. Cependant, cette chute n'a rien d'évident.
Par exemple la Terre et les autres planètes, qui se déplacent dans un milieu à peu
près vide, se déplacent autour du Soleil en conservant deux grandeurs: l'énergie,
et une sorte de quantité de rotation appelée « moment cinétique ». Or, pour
qu'un objet puisse se rapprocher de l'étoile, il doit perdre de ces deux quanti-
tés. Et pour cela, il doit en donner à autre chose. Mais à quoi ? Les planètes
tournent quasi indéfiniment autour du Soleil car elles ne peuvent pas céder
beaucoup de leur énergie ; en effet, il n'y a quasiment rien pour la recevoir. En
revanche, dans les disques de matière autour des étoiles, une partie finit par
tomber. Une partie de la matière cède de l'énergie à d'autre matière du même
disque. Parfois, cela est rendu possible par des collisions ; mais de nombreux
disques sont trop peu denses pour que les collisions soient fréquentes. D'autres
processus sont alors invoqués par les astrophysiciens. Dans tous les cas, la partie
qui a perdu de l'énergie peut tomber sur l'étoile tandis que l'autre s'éloigne, ou
chauffe.

vol.132 | 115 | 71 Avril 2018 – L’ASTRONOMIE 71


Éclairage
ZOOM page 18
par Florence Durret et Florian Sarron

VOIR LES
FILAMENTS
DE GALAXIES de leurs étoiles, et de voir comment
ces couleurs sont plus ou moins
« rougies », ce qui permet de connaî-
tre la distance. Mais cette étude de-
mande énormément de temps
d'observation et on ne peut pas pas-
ser plusieurs heures à analyser
chaque galaxie, sachant qu'il y en a
des milliards à observer. En effet, il
n'y a pas assez de télescopes ni d'as-
tronomes dans le monde pour faire
ce travail colossal. C'est pour cela
qu'on a fait à présent des cartes en
3D de seulement de toutes petites
parties du ciel (couvrant à peu près
le champ qu'on verrait à travers une
paire de jumelles). Heureusement,
pour des cartes plus grandes, on a
développé des méthodes plus ra-
pides. L'idée est de prendre des pho-

L
tos avec plusieurs filtres colorés en
’Univers comporte des mil- leur distance. On constate sur les rouge, en vert, en bleu, etc. Sur
liards de galaxies. On peut re- cartes 3D que les galaxies ne sont chaque photo, on peut voir des cen-
pérer leur position apparente plus du tout réparties uniformé- taines de galaxies. En comparant les
sur le ciel, et cela permet de ment. Elles sont regroupées sur d'im- photos d'une même région avec dif-
construire des cartes en 2D. On y voit menses surfaces aux formes férents filtres, on peut avoir une idée
des galaxies partout, comme si, en compliquées entourant de grandes de la couleur de chacune des ga-
regardant d'assez loin, leur réparti- zones vides, et c'est aux intersections laxies y figurant, et comment elles
tion était uniforme. Mais grâce à un de ces surfaces, qui sont de longs fi- sont décalées vers le rouge. On en
effet de rougissement de leur image, laments, que l'on en trouve le plus. déduit de manière approximative
on peut connaître leur distance et D’où le nom de « toile cosmique » leur distance. C’est un moyen moins
faire des cartes en 3D. En effet, plus donné à ces cartes. précis, mais beaucoup plus rapide,
les galaxies sont éloignées, plus elles de faire des cartes 3D de la réparti-
paraissent rouges. Ce phénomène Peut-on faire une carte en 3D de tion des galaxies dans l’Univers, car
bien compris est lié à deux effets : tout l'Univers visible ? Pas encore. En on traite des centaines de galaxies
l’effet Doppler (un objet en mouve- effet, la mesure précise du décalage avec un très petit nombre d’observa-
ment nous paraît plus rouge lorsqu’il vers le rouge des galaxies demande tions. On peut ainsi observer des ré-
s’éloigne) et la loi de Hubble carac- qu'on les observe une par une avec gions plus vastes que celles déjà
térisant le fait que l’Univers est en un spectrographe. Cet instrument étudiées avec des spectrographes. Et
expansion (plus des objets sont loin- permet d'analyser en détail leur là encore, on y voit que les galaxies
tains, plus ils s’éloignent vite de rayonnement, d’y reconnaître cer- se répartissent de préférence en for-
nous). En étudiant le rougissement taines combinaisons de couleurs mant de longs filaments, et qu'il y a
des galaxies, on peut donc estimer dues à des propriétés bien connues de grandes régions vides.

72 L’ASTRONOMIE – Avril 2018 vol.132 | 115 | 72


APPEL À CONTRIBUTIONS
Ceci constitue l’appel à contributions pour un nouvel atelier sur les Collaborations
amateurs-professionnels pour les prochaines Journées de la SF2A (Société française
d’astronomie et d’astrophysique) se déroulant à Bordeaux le vendredi 6 juillet 2018.
Les collaborations amateurs professionnels sont très actives dans le domaine de l’astronomie.
Lors de cet atelier, nous ferons le point sur :
● les derniers travaux et résultats réalisés dans de tels cadres de collaborations ;
● quels sont les nouveaux projets qui pourraient être lancés, ou comment développer des
collaborations, par exemple pour une nouvelle campagne ;
● quels sont les besoins et les moyens à réunir pour ces projets (nouveaux matériels pour les petits
télescopes, instruments sur les télescopes de mission, logiciels, site web et organisations) ;
● un focus particulier sera réalisé sur des éléments nouveaux entrant dans le paysage, comme
l’impact des données GAIA sur plusieurs sujets de collaboration.
L’atelier se déroulera avec plusieurs moments :
● un tour d’horizon des collaborations,
● des interventions en atelier sur les points ci-dessus,
● des proceedings pour permettre de présenter dans le
détail les sujets et de prendre date,
● une table ronde pour permettre un débat interactif,
● une synthèse pour récapituler les projets et actions à
engager.

Pour chaque intervention, un tandem Nous remercions la SF2A qui a accepté de proposer
la gratuité de l’inscription pour les amateurs
amateur-professionnel est souhaité. aux journées.
La conclusion de l’atelier donnera lieu à un plan
d’actions à partager entre la SF2A – SAF pour la mise en
Merci d’adresser vos propositions de
place de nouveaux moyens pour soutenir l’évolution
contribution en les déposant sur le site web de
des projets et de nouvelles collaborations Pro-Am.
la SF2A ou au contact ci-dessous.

Thierry Midavaine :
thierrymidavaine@sfr.fr
Site web des journées de la SF2A
avec les renseignements pratiques :
http://2018.sf2a.eu/

Lieu des journées de la SF2A :


L’antenne Pey Berland
de l’université de Bordeaux
35 place Pey-Berland 33000 Bordeaux
LE MUSÉUM NATIONAL D’HISTOIRE NATURELLE
PRÉSENTE

MÉTÉORITES

Météorite Magnésia © M.N.H.N./Jean-Christophe Domenech — Désert d’Atacama © Evantias Chaudat — Ciel étoilé © Mikhail Kolesnikov/Shutterstock.com
I E L E T T E R R E
ENTRE C

EXPOSITION
18 OCTOBRE 2017
10 JUIN 2018
JARDIN DES PLANTES

GRANDE GALERIE
D E L’ É V O L U T I O N
3 6 R U E G E O F F R OY S T. - H I L A I R E
P A R I S 5e