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Classement

et identification CHAPITRE
des grandes Écoles 1
de pensée
De 1900 à nos jours, de nombreuses écoles de pensée se sont succédées avec des
périodes de recouvrement. Si les écoles de pensée sont bien identifiées, leur classifi-
cation peut prendre des formes différentes. Comme nous l’avons évoqué dans la
présentation de ce livre, le choix d’un exposé chronologique a été préféré pour des
raisons pédagogiques.

Nous nous proposons, dans ce chapitre, d’une part, d’exploiter le graphique de W. Richard Scott
qui présente un classement des quatre phases essentielles de l’évolution des organisations et,
d’autre part, d’identifier à partir de ces quatre grandes phases l’ensemble des écoles de pensée qui
seront traitées.

1 Classement des grandes écoles de pensée


selon l’approche du schéma de Scott (1978)
Le schéma de la page suivante présente, de 1900 à nos jours, un parcours à travers le temps de la
théorie des organisations. Il a le mérite, par sa clarté, de distinguer schématiquement, selon deux
axes, les quatre phases essentielles de l’évolution des organisations.

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•G20 L’ESSENTIEL DE LA THÉORIE DES ORGANISATIONS

Approche rationnelle

1900-1930 1960-1980

Organiser pour
produire Adapter la structure
efficacement

École classique École de la contingence

Système fermé Système ouvert

1930-1960 1980...

Motiver l’individu Mobiliser et faire


participer

École des relations


humaines École sociologique

Approche sociale

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CHAPITRE 1 – Classement et identification des grandes Écoles de pensée

■ Présentation des axes


• G21

a) L’axe horizontal : du système « fermé » au système « ouvert »


Il représente une approche « systémique » :
– le système « fermé » : il correspond à une organisation dont le modèle « universel » forme un
tout centré sur la gestion des paramètres « internes » à l’entreprise ;
– le système « ouvert » : il date des années 1960 et considère que l’organisation de l’entreprise
est dépendante de son environnement qu’il soit économique, politique, culturel, social, etc.
L’organisation nécessite un effort permanent d’adaptation.
b) L’axe vertical : de l’approche « rationnelle » à l’approche « sociale »
– L’approche « rationnelle » : elle conduit à la rationalisation du travail et correspond à une
recherche d’efficacité technique et économique de l’entreprise. Cette recherche est rendue
possible par la mise en œuvre d’une démarche d’organisation du travail rigoureuse, logique et
formelle (mécanique), fondée sur la raison.
– L’approche « sociale » : elle est fondée sur le consensus et la motivation des individus. Elle
correspond à une recherche de l’efficacité technique et économique de l’entreprise par la prise
en compte de facteurs humains. Cette démarche s’inscrit dans une « logique des sentiments ».
■ Présentation des quatre phases
a) La première phase (1900 à 1930) : organiser pour produire efficacement
C’est l’école classique, l’école des ingénieurs et des praticiens qui utiliseront les sciences de
l’ingénieur pour organiser et produire efficacement. Elle connaîtra deux phases, l’une fondée sur la
division technique du travail, l’autre sur la division administrative du travail. Cette école s’inscrit dans
une approche rationnelle et fonctionne dans un système « fermé ».
b) La seconde phase (1930 à 1960) : motiver l’individu
C’est l’école des relations humaines ou comportementaliste. Des sciences de l’ingénieur, nous
passons aux sciences humaines. En quittant le postulat mécaniste et en mettant au centre du fonction-
nement de l’entreprise la dimension humaine, un pas fondamental est franchi dans l’évolution de
l’organisation de l’entreprise. Les études des chercheurs démontrent que la motivation de l’individu et
la compréhension de ses besoins sont favorables à l’atteinte des objectifs de l’entreprise et à son déve-
loppement. Cette école s’inscrit dans une approche sociale et fonctionne dans un système « fermé ».

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•G22 L’ESSENTIEL DE LA THÉORIE DES ORGANISATIONS

Remarque : pendant des décennies, l’école classique et l’école des relations humaines, qui ont des
points communs, ont constitué le noyau dur de la théorie des organisations.
c) La troisième phase (1960-1980) : adapter la structure
C’est l’école de la contingence, diamétralement opposée à l’école des relations humaines. D’une
approche « sociale », nous passons à une approche « rationnelle », et d’un système « fermé », nous
passons à un système « ouvert ». La structure dite « idéale » et universelle, considérée comme
indépendante du contexte est abandonnée au profit d’une structure dépendante et liée aux
contraintes externes, à son environnement, à des facteurs dits contingents. C’est le « système
ouvert ». La meilleure structure sera recherchée par une approche rationnelle permettant d’analyser
et de mesurer les paramètres influents de l’environnement.
d) La quatrième et dernière phase (1980 à nos jours) :
mobiliser et faire participer
C’est une approche sociologique de l’organisation qui doit proposer de nouveaux principes
(management participatif, projet d’entreprise...) donnant, de nouveau, à l’homme considéré comme
un acteur social avec ses forces et ses faiblesses, une place déterminante dans un système « ouvert »
qui s’inscrit dans un environnement technique et économique complexe.

2 Identification des grandes écoles de pensée


À partir des quatre grandes phases, analysées dans le paragraphe précédent, nous pouvons main-
tenant identifier et caractériser l’ensemble des grandes écoles de pensée qui seront développées
chronologiquement dans la suite des prochains chapitres.

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CHAPITRE 1 – Classement et identification des grandes Écoles de pensée

G23

Les grandes étapes chronologique


de la théorie des organisations

1re Révolution industrielle 2e Révolution industrielle


École classique
(1780) (1880)
1900
Coton, charbon, Sidérurgie, électricité, chimie,
Maximisation du système
machine à vapeur transport ferroviaire
technique
Pensée empirique

École des relations


humaines
1930
Maximisation
du système social
Pensée qualitative
3e Révolution industrielle
(1980) École de la prise
Nouvelle technologie de décision
de l'information 1940
et de la communication Pensée fonctionnaliste

École néo-classique
1945
Pensée pragmatique

École socio-technique
École sociologique École de la contingence 1950
1980 1960 Tavistock Institutes
Pensée sociale Organisation de Londres
dans son milieu Pensée globale
Pensée systémique

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•G24
■ École classique (1900)
L’ESSENTIEL DE LA THÉORIE DES ORGANISATIONS

L’école classique a été fondée essentiellement par des ingénieurs dont les premières réflexions, en
matière d’organisation industrielle, les ont conduits à proposer un modèle d’organisation analy-
tique, empirique et normatif.
■ École des relations humaines (1930)
En réaction au modèle de l’école classique, quantitatif, où la machine impose ses cadences de travail
à l’homme, il faut un nouveau modèle. Proposée par des psychologues, l’école des relations
humaines, développera une approche qualitative de l’organisation et elle mettra l’homme au centre
de sa réflexion.
■ École de la prise de décision (1940)
L’école de la prise de décision, centrée sur le modèle économique de l’organisation, tente de faire
une synthèse entre les excès de l’école classique et les insuffisances de l’école des relations humaines.
Elle se propose d’étudier le contexte organisationnel des dirigeants qui, pour résoudre un problème,
ne recherchent pas obligatoirement la solution optimale mais s’arrêtent souvent à la première
solution qu’ils jugent satisfaisante.
■ École néo-classique (1945)
Après la seconde guerre mondiale, l’école néo-classique ou empirique inspirée par l’école classique
se développe en utilisant les acquis des écoles postérieures à l’école classique dont l’école des rela-
tions humaines. Caractérisée par son empirisme et son pragmatisme, elle est à la recherche de
principes universels. Elle est fondée sur la maximisation des profits, la décentralisation des respon-
sabilités la réduction des coûts et des délais et la démarche de la Qualité Totale.
■ École socio-technique (1950)
L’école socio-technique appréhende l’organisation de l’entreprise dans sa totalité, comme un
système ouvert constitué par l’interaction et l’interdépendance de deux sous systèmes : social et
technique. Cette approche engendre une double rupture : vis-à-vis de l’école des relations humaines
et vis-à-vis de l’école classique. L’approche de l’organisation de l’entreprise est désormais globale
et conduira au développement de petits groupes de travail disposant d’une large autonomie et
capables de tenir compte des besoins des individus et des exigences de la production.

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CHAPITRE 1 – Classement et identification des grandes Écoles de pensée

■ École systémique ou de la contingence (1960)


• G25

L’école de la contingence ou systémique s’inscrit dans le prolongement des travaux de l’école socio-
technique. Elle abandonne définitivement le préalable, longtemps dominant, du « the one best
way » des écoles : classique et des relations humaines. Il n’existe pas une et une seule bonne façon
de faire les choses. Le bon modèle en soi, la « bonne » structure « universaliste » valable pour toutes
les organisations, n’existe pas. Pour les théoriciens de cette école, la structure est reliée à des facteurs
dits contingents. Ainsi libérée du postulat de l’école classique prônant un modèle unique d’organi-
sation, l’école de la contingence montre qu’il peut exister, pour des situations différentes, des modes
d’organisation différents.
■ École sociologique (1980)
Pour l’école sociologique, l’organisation n’est pas un phénomène naturel qui s’impose de l’extérieur
aux hommes. L’individu est un « acteur social complexe » qui structure le champ dans lequel il
évolue. L’école sociologique tente de démontrer qu’il n’y a pas de relation univoque entre le type
de structure d’organisation choisi et la performance obtenue. En effet, si des organisations très
formalisées obtiennent des résultats supérieurs à des organisations peu formalisées, dans d’autres
cas, elles connaîtront des blocages importants limitant leur évolution. Les théories existantes ne
permettent pas toujours d’expliquer le succès et les différences de structures. Ce sera un des objec-
tifs de l’approche sociologique de déterminer les causes de ces différences.

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