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Communications

Bibliographie critique

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Bibliographie critique. In: Communications, 4, 1964. Recherches sémiologiques. pp. 136-144;

https://www.persee.fr/doc/comm_0588-8018_1964_num_4_1_1030

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Bibliographie critique

Une bibliographie sémiologique reviendrait actuellement, pour l'essentiel,


à une bibliographie linguistique, dont l'ampleur dépasserait de beaucoup le cadre
de ce numéro. On nous a néanmoins trop souvent demandé « ce qu'il fallait lire »
pour que nous n'essayions pas de proposer ici un premier choix de lectures, de
valeur surtout propédeutique : il s'agit seulement d'une initiation aux concepts,
aux méthodes, aux problèmes de l'analyse sémantique élargie.
De la linguistique structurale proprement dite, nous avons retenu les travaux
suffisamment théoriques pour avoir une portée sémiologique ; nous y avons joint
quelques travaux d'ethnologie, de psychanalyse, ou de critique qui se réfèrent
au modèle sémantique.
Outre ce choix, il faut recommander la lecture des revues» suivantes : Acta
linguistica, Études de linguistique appliquée, l'Homme, International Journal of
American Linguistics, Language, Linguistics, Word.

Allard (M.), Elzière (M.), Gardin (J. G.), Hours (F.), Analyse conceptuelle du
Coran sur cartes perforées, Paris, La Haye, Mouton & C°, 1963, Tome I, Code, 110 p.,
Tome II, Commentaire, 187 p. — Les auteurs ont décomposé le texte du Coran selon
un index de 430 notions. A chacune de ces notions correspond une carte perforée
susceptible de renvoyer à divers passages du texte coranique. Ces notions sont groupées par
catégories : êtres agissants (Dieu, anges, démons, prophètes), leurs qualités et leurs
comportements (bienveillance, tentation, obéissance), données eschatologiques
(résurrection, jugement, paradis), etc. La combinaison des cartes selon les règles d'une
syntaxe définie permet de formuler des thèmes de recherches portant sur les corrélations
entre les notions répertoriées. Le commentaire insiste sur le caractère strictement
pragmatique de l'entreprise. L'index est un « instrument » à « dégrossir les recherches
plutôt qu'à les résoudre, et qui fournit moins le compte strict des passages pertinents,
sur un thème donné, qu'une liste des références plus nombreuses, entre lesquelles il
appartient au demandeur de faire son propre choix, sur le vu des textes indiqués ».
(II, p. 36).
Ball y (Ch.), « Copule zéro et faits connexes », Bull, de la Soc. de Linguistique de Paris,
XXIII, 1922, pp. 1-6 — Définition du statut linguistique du signifiant zéro — Signe
zéro ne doit pas être confondu avec zéro signe. Seule la commutation dans le cadre d'un
système synchronique permet d'identifier un degré zéro de substance signifiante comme
étant un signifiant précis, et dele distinguer de phénomènes étrangers tels que l'ellipse
ou la sous-entente. Ex. : En Russe la copule n'est « supprimée » qu'au présent — Tout
autre temps nécessite la présence du verbe « être ». La copule zéro est donc le signifiant
du présent.
Bally (Ch.), « Qu'est-ce qu'un signe ? », Journal de Psychologie normale et
pathologique, tome 36, 1939, n08 3-4 (avril-juin), pp. 161-174. — Article de sémiologie générale.
Pose la distinction entre le signe (qui est volontaire et qui est un acte) et l'indice (qui est
involontaire et qui est un fait). — L'indice est signifiant pour celui qui l'interprète, le
signe pour celui qui l'emploie.
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Barthes (R.), Mythologies, Paris, éd. du Seuil, 1957, 270 p. — Dans la partie
théorique de cet ouvrage (< Le mythe aujourd'hui », pp. 215-268), l'auteur esquisse une
théorie sémiologique des « mythes » contemporains, tels qu'on les trouve dans les
communications de masse, et qu'il définit comme des langages connotes : c'est le
fonctionnement de cette connotation et ses implications idéologiques qui sont ici analysés.
Barthes (R.), c Pour une psycho-sociologie de l'alimentation contemporaine », in :
Annales, n° 5, sept.-oct. 1961, pp. 977-986. — L'auteur esquisse les tâches d'une
psychosociologie de l'alimentation contemporaine soumise à l'analyse sémiologique ; reprenant
les suggestions de Cl. Lévi-Strauss sur les c gustèmes », il donne quelques exemples de
variants probables du sens alimentaire.
Barthes (R.), « Le bleu est à la mode cette année ; note sur la recherche des unités
signifiantes dans le vêtement de mode », Revue française de sociologie, 1960, I, pp. 147-
162. — S'appuyant sur des exemples empruntés à la description du vêtement féminin
dans les journaux de mode, l'auteur étudie les prémisses. méthodologiques d'une analyse
structurale du vêtement de mode ; distinguant dans ce vêtement des signifiants et des
signifiés, il passe en revue les opérations (réductions, commutations, découpages)
nécessaires à l'établissement d'un « lexique » de la mode.
Barthes (R.), « Le message photographique.», Communications I, 1961, pp. 127-
138. — Comme reproduction entièrement analogique du réel, la photographie semble
à première vue constituer un message paradoxal, un message sans code. Cependant sur
ce message, se développent des significations parasites, appartenant au plan de la
connotation, que l'auteur essaye de classer, en s'appuyant sur l'exemple de quelques
photographies de presse.
Bense (M.), Théorie der Texte, Eine Einfûhrung in neuere Auffassungen und Methoden,
Verlag Kiepenheuer & Witsch, Kôln, 1962, 160 p. — Essai d'intégration de la théorie
littéraire dans le cadre de la théorie de l'information et de la sémiologie.
Benveniste (E.), « Nature du signe linguistique », Acta linguistica (Copenhague),
vol. 1, 1939, pp. 23-29. — L'auteur approuve dans son ensemble la théorie saussurienne,
mais désire l'affermir sur un point où il estime que Saussure a manqué de rigueur :
l'arbitraire est entre le signe (signifiant et signifié) et la chose qu'il désigne, mais non pas
entre le signifiant et le signifié, lesquels sont tous deux de nature psychique (concept
et image acoustique) et sont associés dans l'esprit des sujets par les liens d'une véritable
consubstantialité. L'arbitraire est entre la langue et le monde. A l'intérieur de la langue,
les rapports ne sont pas arbitraires mais « nécessaires ». Cet article a provoqué une vaste
et célèbre controverse.
Bresson (F.), « La signification », in : Problèmes de psycho-linguistique, Paris, P.U.F.,
1963, pp. 9-45. — Dans un rapport présenté au Symposium de l'Association de
psychologie scientifique de langue française, (Neuchâtel, 1962), l'auteur examine
successivement les liaisons signes-designata et les relations signes-signes. Bibliographie
précieuse.
Brondal (Viggo). Essais de linguistique générale. Copenhague, 1943, Munksgaard,
XII, 172 p. — Recueil posthume des principaux articles de linguistique générale de
l'auteur. La notion saussurienne d'opposition a été approfondie plus souvent à propos
des faits d'expression (phonologie) qie des faits de contenu. L'auteur a été guidé toute
sa vie par l'idée d'établir les grandest oppositions de contenu sur lesquelles repose le
langage verbal : concepts « génériques » d'objet, relation, qualité et quantité, ainsi que
leurs diverses combinaisons et subdivisions. La linguistique de l'auteur est de caractère
nettement logique : c'es^ la substance du contenu (instance sémantique) beaucoup
plus que la forme du contenu (organisation syntaxique) qui définit les concepts
génériques. Chaque langue est c une cristallisation particulière des possibilités inhérentes
à la logique universelle » (Essais, 61). — Structuralisme, donc, mais structuralisme
substantialiste.
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Buyssens (E.), Les langages et le discours, Essai de linguistique fonctionnelle dans le
cadre de la sémiologie. — Bruxelles, 1943, Office de publicité, 97 p. — L'importance de
l'ouvrage vient de ce qu'il constitue l'une des rares tentatives pour donner un début de
réalisation au projet saussurien de sémiologie générale (englobant la linguistique).

'
S'appuyant d'une part sur le langage verbal, d'autre part sur divers autres systèmes
sémiologiques (signaux routiers, etc.) l'auteur établit un certain nombre de notions et
de distinctions d'une grande importance méthodologique pour toute sémiologie : sème
et acte sémique, sémies intrinsèques et extrinsèques, sémies directes et substitutives,
sémies systématiques et a-systématiques, les quatre catégories de symboles, valeur et
signification, sème et signe, rapports entre langue, parole, langage et discours.
L'inspiration est résolument fonctionnaliste : un système est organisé par sa propre syntaxe.
Ni les caractères substantiels du signifiant, ni les contours propres de la pensée pure ne
sont sémiologiquement pertinents.
Cantineau (J.), « Les oppositions significatives », in : Cahiers F. de Saussure, n° 10,
1959, pp. 11-40 — L'auteur reprend le classement des oppositions distinctive (phonèmes)
proposé par Troubetskoy et esquisse à son tour un classement des oppositions
significatives ; ces oppositions sont classées par l'auteur.
a) selon leurs rapports avec l'ensemble du système ;
b) selon le rapport existant entre les termes de l'opposition ;
c) selon l'étendue de leur valeur différenciative. Du point de vue sémiologique, on
trouvera une explication utile d'oppositions importantes comme les oppositions
privatives (problème de la marque et du degré zéro) et les oppositions équipollentes.
Dubois (J.), « Recherches lexicographiques : esquisse d'un dictionnaire structural »,
Etudes de linguistique appliquée, Paris, Didier, n° 1, pp. 43-48. — Dénonçant les
contradictions auxquelles aboutit le compromis entre la synchronie et la diachronie dans la
rédaction des dictionnaires, l'auteur montre qu'il faut prendre pour base la double
définition structurale de l'unité significative. A titre d'exemple il propose un article de
dictionnaire pour le verbe « passer ».
Dubois (J.), Le vocabulaire politique et social en France de 1869 à 1872, Paris,
Larousse, 1962, XXIX — 460 p. — Ce vaste dépouillement est entrepris selon les
perspectives d'une sémantique structurale ; il s'agit d'un ouvrage important tant
par la période étudiée (la Commune) que par la prise de conscience méthodologique.
Erlich (V.), Russian Formalism, History — Doctrine, (= Slavistic Printings and
Reprintings, éd. by C. H. V. Schooneveld, Leiden University, IY), Mouton & Co,
S'Gravenhage, 1955, XIV — 276 p. — Étude fondamentale de la théorie littéraire qui
a été développée en Russie de 1915 à 1930 en rapport étroit avec le structuralisme
linguistique : les formalistes russes mettent l'accent sur les lois internes qui régissent la
construction d'une œuvre ou d'un courant littéraire.
Godel (R.), Les sources manuscrites du cours de Linguistique générale deF.de Saussure,
Genève, Droz, Paris, Minard, 1957, 283 p. — Le cours de Saussure que nous connaissons
est une « reconstruction, une synthèse » élaborée par les disciples de Saussure, Ch. Bally
et A. Sechehaye. L'auteur compare minutieusement cette reconstruction avec les notes
de cours des élèves de Saussure et ses notes personnelles. Ceci l'amène à publier de
nombreuses citations inédites de Saussure, indispensables désormais pour connaître la pensée
du linguiste genevois. De plus, dans le dernier chapitre, l'auteur présente une synthèse
des interprétations auxquelles ont donné lieu les principales propositions de Saussure.
Granger (G.-G.), Pensée formelle et sciences de l'homme, Paris, Aubier, éd. Montaigne,
1960, 226 p. — Prenant en considération diverses structures édifiées par les sciences de
l'homme contemporaines, l'auteur cherche à dégager le fait épistémologique in statu
nascendi. La science est donc saisie comme une pratique ; pratique dont l'outil est un
langage caractérisé par la prédominance d'une syntaxe qui tente d'exprimer non des
« choses », mais une structure d'objet. Les problèmes de découpage des phénomènes
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et de relation entre cette mise en forme et l'action passent au premier plan. L'obstacle
de la qualité n'est surmontable que par une réduction à la structure, inséparable d'un
effort d'axiomatisation. Le trait original des sciences humaines est précisément que cet
effort d'axiomatisation soit contemporain de la naissance de la science dont il est une
condition. L'intérêt de l'ouvrage est accru par des analyses de quelques démarches
essentielles des sciences du xxe siècle : théorie de l'information, des prises de décision!
des jeux, phonologie, psychologie sociale. Il peut aider à placer les exigences théoriques
d'une sémiologie en train.de se constituer dans le cadre de celles de la science et de
l'épistémologie contemporaines.
Greimas (A. J.), « L'actualité du saussurisme >, Le Français moderne, juillet, 1956,
pp. 181-190. — L'auteur suggère l'extension des méthodes structuralistes à la
description de vastes champs de symbolismes culturels et sociaux, recouverts par le
signifiant linguistique et saisissables à travers lui. C'est donc une esquisse des acquis et des
problèmes de la sémiologie qui est donnée ici.
Greimas (A. J.), c La description de la signification et la mythologie comparée »,
L'Homme, septembre-décembre, 1963, pp. 51-66. — Prenant comme exemple trois récits
mythiques analysés par Georges Dumézil, l'auteur essaie de voir si ces récits se plient
à la formulation suggérée par Lévi-Strauss : organisation d'un petit nombre d'unités
significatives en un double réseau relationnel. Il est amené à définir quatre « unités de
mesure » : sèmes, lexemes, catégories sémiques, archi-lexèmes.
Greimas (A. J.), «La linguistique statistique et la linguistique structurale », Le Français
moderne, Paris, D'Artrey, n° 4, octobre 1962, pp. 241-254, et n° 1, janvier 1963, pp. 55-
68. — A propos du livre de Pierre Guiraud : « Problèmes et méthodes de la statistique
linguistique » (P.U.F., 1960), l'auteur procède à un examen critique de la linguistique
quantitative à la lumière de la linguistique structurale.
Greimas (A. J.), Cours de sémantique... Fascicules ronéotypés, École Normale
Supérieure de Saint-Cloud, Laboratoire de recherches de philologie française, 1964. —
Contribution importante au problème encore peu exploré de la sémantique structurale ;
nombreuses références au domaine trans-linguistique.
Guillaume (G.), c Observation et explication dans les sciences du langage », Etudes
philosophiques (France), 1958, numéro spécial « Le Langage », pp. 446-462. —
Présentation générale de la « linguistique guillaumienne », qui ne révoque pas la linguistique
mais reprend tout son acquis, quitte à le repenser dans une démarche qui se veut
entièrement nouvelle. On s'est trop limité jusqu'ici au « physisme de représentation » (Étude
des signifiants, observation < autoptique » de tout ce qui est apparent). Mais la langue
est aussi c mentalisme de signifiance » (organisation de la pensée, par définition
inapparente ; et plus profondément encore, la pensée-organisante elle-même : « mentalisme de
sub-signifiance »). La méthode c cryptologique », qui conçoit d'abord (et qui ensuite
voit selon qu'elle conçoit) veut faire provisoirement abstraction des signes pour saisir
à découvert la langue-construite-en-pensée (structure) et même la pensée-qui-construit-
la-langue (architecture). A ce niveau « psycho-systématique » règne nécessairement la
cohérence (accord de la pensée avec elle-même ; loi non souple). Au niveau c psycho-
sémiologique » (rapports de la pensée-déjà-organisée avec les signes qu'elle se choisit)
règne la loi beaucoup plus souple de simple convenance. — II s'agit donc d'une sorte de
structuralisme substantialiste (structure de la substance sémantique).
Guillaume (G.), c Psycho-systématique et psycho-sémiologie du langage », Le
Français moderne, tome 21, Année 1953, n° 2, pp. 127-136. — Quelques précisions apportées
à la théorie générale de l'auteur (cf. c Observation et explication dans les sciences du
langage »). La distinction entre le système des signes, qui n'est jamais entièrement
cohérent (ex. en Français : plusieurs systèmes de désinences pour le passé simple, qui est un
seul temps),' et le système de la pensée (qui par définition est cohérence) se justifie
absolument, du fait que le signe est une < trouvaille », une manifestation apparente qui
assure la saisie, le port et le transport de ce que la pensée a pensé.

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Guiraud (P.), « Étude morpho-sémantique de la racine T. K. », Bull, de la Soc. de
linguistique de Paris, tome 57, 1962, fascicule I, 103-125. — Au cours d'une recherche
précise, l'auteur rencontre des problèmes de linguistique générale et traite, d'un point
de vue original, de la structuration du lexique, des oppositions synchronie /diachronie,
langue/parole.
Harris (Z. S.), Methods in Structural Linguistics, The University of Chicago Press,
Chicago, 1951 : xv 4* 384 p. — Cet ouvrage représente la tendance distributionnaliste
en linguistique structurale. L'exposé est mené à un niveau hautement formaliste.
Hjelmslev (L.), Essais linguistiques. Travaux du cercle linguistique de Copenhague,
vol. XII, Copenhague, Nordisk Sprog-og Kulturforlag, 1959, 276 p. — Recueil d'articles
écrits entre 1937 et 1957 qui précisent et développent certains principes de la glossé-
matique et de la sémiotique, liés surtout aux problèmes de signification (La stratification
du langage, Pour une sémantique structurale) et de méthode (Linguistique structurale,
Structural Analysis of Language). Bibliographie de l'auteur (pp. 251-271).
Hjelmslev (L.) Prolegomena to a Theory of Language, Translated by Fr. J. Whitfield,
The University of Wisconsin Press, Madison, 1963, vm + 144 p. — Cet ouvrage paru
d'abord en 1943, représente une théorie immanente de la langue dans le cadre de la
sémiologie fondée sur les idées de Saussure et de la logique symbolique. Trois thèmes
principaux : les fondements d'une théorie du langage, la spécificité de la théorie
linguistique, les rapports entre langage et non-langage. Compte rendu en français par A.
Martinet, Bull, de la Soc. de Linguistique de Paris, XLII, pp. 19-42.
Hjelmslev (L.), Uldall (H. J.), Outline of Glossematics, A Study in the Methodology
of the Humanistics with Special Reference to Linguistics, Nordisk Sprog-og
Kulturforlag, Copenhague, 1957 : VI, 90 p. — Théorie générale et méthodologie des sciences
humaines dans le cadre de la sémiotique. L'auteur considère les rapports, les fonctions
comme objet unique de la science et développe les principes de toute description
scientifique.
.Jakobson (R.), Essais de linguistique générale, éd. de Minuit, Paris, 1963, 262 p. —
Recueil d'articles, écrits pendant les quinze dernières années et traitant de problèmes de
la linguistique, de la poétique et de la sémiologie. Un développement important de la
théorie du signe, des lois structurales, des fonctions et des aspects du langage, etc.
On y trouvera le texte célèbre de l'auteur sur la métaphore et la métonymie.
Jakobson (R.), Lévi-Strauss (Cl.), « Les chats » de Ch. Baudelaire », L'Homme,
tome II, 1962, n° 1, pp. 5-21. — Analyse structurale d'un sonnet selon les niveaux
superposés qu'il contient, suivie de la reconstitution de son unité dans un modèle
schématique.
Kurylowicz (J.), « Dérivation lexicale et dérivation syntaxique, contribution
à la théorie des parties du discours », Bull, de la Soc. de Linguistique de Paris, tome
XXXVII, année 1936, pp. 79-92. — Pour chaque partie du discours, l'auteur distingue
une fonction syntaxique primaire (qui est en accord naturel avec la définition lexicale
de la partie du discours considéré ; ainsi le substantif, qui désigne lexicalement des
« objets », sera syntaxiquement sujet ou régime) et des fonctions syntaxiques
secondaires, obtenues par dérivation syntaxique (ainsi l'adjectif substantive, qui n'en
continue pas moins à désigner lexicalement une qualité). La notion de partie du discours
est donc syntaxique (fonction primaire) autant que sémantique (définition lexicale).
Cet article rejoint ainsi les discussions entre partisans de la forme du contenu et
partisans de la substance du contenu.
Lacan (J.), < L'instance de la lettre dans l'inconscient ou la raison depuis Freud »,
La Psychanalyse, n° 3, 1957, pp. 47-81. — Partant du rapport saussurien entre le signi-
fiant et le signifié, défini par l'algorithme — S , l'auteur définit l'inconscient en termes de
métaphore et de métonymie. 8

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Laplanche (J.), Leclaire (S.), « L'inconscient », Temps Modernes, n° 183, juillet


1961, pp. 81-129. — Ce texte est important pour la connaissance de la pensée de J. Lacan.
Le sémiologue y trouvera une explication et une illustration extrêmement claires
de la proposition selon laquelle l'inconscient est structuré comme un langage.
Lévi-Strauss (CL), « Introduction à l'œuvre de Marcel Mauss », in : Mauss (M.),
Sociologie et Anthropologie, Paris, P.U.F., 1950, 389 p. (pp. ix-lii). — Présentant l'œuvre
de M. Mauss l'auteur traite des thèmes importants de l'anthropologie structurale :
place de la psychologie face au symbolisme, nature systématique du fait social total,
définitions de l'inconscient et de la notion de mana, en termes de signification.
Lévi-Strauss (CL), « La Structure et la Forme, réflexions sur un ouvrage de Vladimir
Propp », Cahiers de l'Institut de science économique appliquée, Paris, n° 99, mars, 1960
(série M, n° 7), pp. 3-36. — Après avoir présenté et résumé la traduction du livre de
V. Propp, Morphology of the Folktale, l'auteur procède à l'examen critique des positions
qui ont inspiré cet ouvrage. Sans nier la dette du structuralisme à l'égard de l'école
formaliste, U s'attache à souligner les différences qui les séparent : < à l'inverse du
formalisme, le structuralisme refuse d'opposer le concret à l'abstrait, et de reconnaître au
second une valeur privilégiée. La forme se définit par opposition à une matière qui lui
est étrangère. Mais la structure n'a pad de contenu distinct : elle est le contenu même,
appréhendé dans une organisation logique conçue comme propriété du réel. » (p. 3).
Lévi-Strauss (Cl.), « La structure des mythes », in Anthropologie structurale, Paris,
Pion, 1958, pp. 227-255. — L'étude des mythes tend à répéter l'erreur des philosophes
du langage, qui cherchaient une correspondance terme à terme entre les sons et les
mots. En réalité, le sens des mythes « ne peut tenir aux éléments isolés qui entrent dans
leur composition^ mais à la manière dont ces éléments se trouvent combinés » (p. 232).
Considéré comme un fait linguistique, le mythe est composé d'éléments relationnels que
l'auteur nomme < grosses unités constitutives » ou « mythèmes ». Ces éléments n'ont pas
par eux-mêmes une fonction signifiante mais ils l'acquièrent par leur regroupement en
« paquets de relations » dont les termes sont dispersés dans le cours du récit. Sur deux
exemples (le mythe d'Œdipe et le mythe zuni d'origine et d'émergence), l'auteur montre
que ces « paquets de relations » se réfèrent à des conceptions cosmologiques ou sociales
inconciliables ; c'est précisément l'objet du mythe que de fournir un modèle logique
propre à résoudre la contradiction.
Linguistics today, New- York, s. n., 1954, 260 p. Publ. of the Linguistic Circle of New-
York, 2 (= Word, vol. 10, n08 2-3, 1954). — Recueil collectif où sont représentés les
grands courants de la linguistique structurale. Article fondamental de L. Hjelmslev,
contributions importantes de H. Frei (critique du distributionnalisme américain),
E. Benveniste (pour une sémantique structurale).
Martinet (A.), « Économie des changements phonétiques », Traité de phonologie
diachrânique, Berne, A. Francke, 1955, 396 p. (Bibliotheca romanica, Manualia et
commentationes, X). — Du chapitre 1 au chapitre 6, l'auteur définit la méthode et les
premiers instruments d'une théorie structurale de la diachronie ; une seconde partie
présente des applications. Ouvrage fondamental où s'est achevée la cohérence du
structuralisme, jusque là peu ouvert aux problèmes de diachronie.
Martinet (A.), Eléments de linguistique, générale, Paris, A. Colin, 1960, 224 p. —
Cet ouvrage est actuellement la meilleure initiation à la linguistique structurale. De
plus, le ch. iv constitue une contribution originale à l'analyse syntagmatique.
Martinet (A.), « Arbitraire linguistique et double articulation », Cahiers Ferdinand
de Saussure, tome 15, Année 1957, pp. 105-116. — La recherche de l'expressivité est une
tendance (universellement répandue chez les locuteurs), à déformer le signifiant pour le
rendre plus proche « naturellement » du signifié. Cette tendance aboutirait normalement
à ruiner l'arbitraire du signe, et par conséquent la réalité même de la langue comme
structure autonome. Ce qui empêche cette tendance d'aboutir à autre chose que des

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Bibliographie critique

succès de détail, c'est la double articulation, qui consiste à construire les signifiants
avec des éléments (les phonèmes) dépourvus de signifié, indifférents aux pressions du
sens, et solidaires entre eux (systèmes phonologiques). Ainsi sont étroitement liées
les unes aux autres quatre notions fondamentales : l'arbitraire, la double articulation,'
le caractère discret des unités, l'existence de la langue comme réalité autonome (protégée
et définie par sa structure). Aussi, du point de vue d'une sémiologie générale, sera-t-il
de bonne méthode de distinguer strictement les langues au sens ordinaire du mot
(— double articulation) de tout le reste du langage verbal, puis de tout le reste des
productions vocales, enfin et à fortiori de tous les systèmes sémiologiques non-vocaux.
Mounin (G.), Les problèmes théoriques de la traduction, Paris, Gallimard, 1963, XII,
301 p. (Bibliothèque des Idées). — Outre la théorie linguistique de la traduction, l'auteur
présente les positions diverses des linguistes structuraux sur différents points :
structuration du lexique, rapports langue/société, codes non linguistiques, etc. Ouvrage utile
pour compléter une initiation.
Mounin (G.), « Les analyses sémantiques >, Cahiers de V Institut de science économique
appliquée, série M, n° 13, supplément n° 123, mars, 1962, 105-124. — Constatant le
retard de la sémantique structurale sur la phonologie, l'auteur dresse un bilan des
recherches sémantiques récentes : il traite successivement des sémantiques formelles,
conceptuelles et artificielles. On trouvera dans ce texte des analyses rapides mais utiles
des tentatives de Cantineau, Trier, Matoré, Hjelmslev, Sôrensen, Prieto, Gardin, Leroy
et Braffort.
Mounin (G.), « Les systèmes de communication non-linguistiques et leur place dans
la vie du vingtième siècle ». Bull, de la Soc. de Linguistique de Paris, tome LIV, Année
1959, pp. 176-200. — Devant l'importance grandissante des systèmes non- verbaux
dans la vie 'moderne, il convient de donner au projet saussurien de sémiologie générale
au moins un début de réalisation. L'auteur envisage dans cet esprit les enseignes, les
chiffres et symboles logico-mathématiques, la signalisation routière, la cartographie,
les illustrations. A la suite d'A. Martinet, l'auteur estime que tout système de signes
n'ayant pas deux articulations est un fait sémiologique mais non point linguistique.
Morris (Ch. W.), Signs, Language and Behavior, New-York, Prentice-Hall, inc.,
1946, XIII, 365 p. — Le livre se propose d'établir les fondements de la sémiologie,
recherchant les signes dans tous les domaines de l'activité humaine. Essai de synthèse
entre la théorie logique des signes issue de Peirce, et le behaviorisme. Aperçu historique
de l'histoire de la sémiologie et bibliographie (pp. 311-343).
Morris (Ch. W.), « Foundations of the Theory of Signs », International Encyclopedia of
Unified Science, IV, n° 2, 1938, University of Chicago Press. — Bref exposé théorique
des fondements de la sémiotique, de ses trois parties (sémantique, syntaxe et
pragmatique), du caractère général du signe.
* Mukarovsky (J.), c L'art comme fait sémiologique ». Actes du huitième congrès
international de Philosophie à Prague, 2-7 septembre 1934, Comité d'organisation du congrès
à Prague, 1936, pp. 1065-1072. — L'auteur, membre actif du cercle linguistique de
Prague, élabore la théorie de l'œuvre d'art en tant que signe autonome et dénombre ses
différents composants et les différentes fonctions de ce signe.
Nuova Corrente, Genova, n08 28 & 29, Printemps 1963. — Cette revue littéraire
italienne a consacré un numéro spécial aux problèmes de l'esthétique sémantique
principalement centrée sur la Littérature. Outre des textes déjà publiés en d'autres
langues de A. Kaplan, I. A. Richards, et R. Barthes, on retiendra l'article de G. Scalia :
c Hypothèses pour une théorie informationnelle et sémantique de la littérature ».
Peirce (Ch. 5.), Selected Writings, éd. by J. Buchlev, Harcourt, Bruce and C°,
New-York, London, 1940 : c Logic as Semiotic : the Theory of Signs » — Dans ses écrits
précurseurs sur la théorie générale des signes, l'auteur utilise pour la première fois

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Bibliographie critique
un matériel issu de domaines autres que celui de la linguistique ; il étudie les rapports
logiques entre les désignata, les signes et leurs interprétants.
Pike (K. L.), Language in Relation to a Unified Theory of the Structure of Human
Behavior, Summer Institute of Linguistics, Glendale, California, 3 fascicules, 1954,
1955, 1960 (170-85-146 p.). — L'auteur tente d'établir une grammaire « inter-sémiolo-
gique », portant principalement sur les systèmes complexes mêlant des substances
complémentaires comme le geste et la parole.
Prieto (L. J.), « Contribution à l'étude fonctionnelle du contenu », Travaux de
l'Institut de Linguistique, vol. 1., 1956, Paris, Klincksieck, pp. 23-42. — Les essais
déstructuration du plan des signifiés sont rares. L'auteur présente une série de définitions
rassemblées autour de la notion de plère ou ensemble des traits pertinents d'un signifié.
Prieto (L. J.), « D'une assymétrie entre le plan de l'expression et le plan du contenu
de la langue ». Bull, de la Soc. de linguistique de Paris, tome LUI, Année 1957-58, fasc. 1,
pp. 86-95. — L'auteur opère au niveau des phrases. La « face signifiante » d'une phrase
se « réalise » dans un segment phonique donné, avec tous ses caractères substantiels ;
la « face signifiée » dans un contenu de conscience donné, avec touted ses nuances
sémantiques. Mais ce contenu est impossible à observer (première différence entre contenu et
expression), il faut donc le remplacer par un « équivalent » : la réaction (observable)
provoquée chez l'auditeur. Partant de là, l'auteur veut montrer « qu'une prononciation
donnée ne peut être la « réalisation » que d'une face signifiante déterminée (alors qu')une
réaction donnée chez l'auditeur peut être la « réalisation » de plusieurs faces signifiées
différentes ». (p. 95) II n'y a pas parallélisme entre le plan du contenu et celui de
l'expression. Le langage est à sens unique : le signifiant, relativement non-ambigu, est
là par définition pour manifester un signifié qui, incapable de se manifester lui-même,
motive par là l'existence même du signifiant.
Propp (V.), « Morphology of the Folktale, Part III », International Journal of
American Linguistics, vol. 24, n° 4, October 1958, Publication Ten of the Indiana University
Research Center in Anthropology, Folklore and Linguistics, pp. x-134, October 1958.
— L'analyse morphologique de cent contes populaires russes permet de dégager une
structure commune, qui peut être tenue pour l'archétype dont tous ces contes sont
dérivés. (Cf. supra, p. 4 à 32).
Ruwet (N.), c L'analyse structurale de la poésie », Linguistics (Mouton & C°, 2,
décembre 1963, pp. 38-59. — A propos de l'ouvrage de S. Levin, Linguistics Structures
in Poetry, La Haye, 1962, l'auteur discute les possibilités et les procédés d'application
des méthodes de la linguistique structurale à l'analyse littéraire.
Ruwet (N.), « Linguistique et sciences de l'homme », Esprit, novembre 1963, pp. 564-
578. — Article paru dans un numéro spécial de la revue consacrée à l'œuvre de Lévi-
Strauss. L'auteur examine dans quelle mesure les concepts issus de la linguistique peuvent
être utilisés dans d'autres domaines.
Sola-Pool (I. de), Trends in Content Analysis, Urbana, University of Illinois Press,
1959, 244 p. — Après vingt années dominées par des tentatives parfois brutales de
quantification d'éléments atomis tiques, l'analyse de contenu s'oriente vers les faits de
structure et, tout naturellement, rencontre les modèles linguistiques. La « contingency
analysis », en particulier, s'efforce d? conserver l'aspect statistique de l'analyse de
contenu traditionnelle mais 1° ne considère que des éléments structurés ; 2° s'intéresse
à la structure elle-même ; 3° recense les éléments de signification résiduels. La frontière
entre une linguistique qui ne s'intéresserait qu'au code et une analyse de contenu qui
ne prendrait en considération que le < what » de la communication paraît dépassée.
Troubetzkoy (N. S.), Principes de phonologie, traduit par J. Cantineau, Klincksieck,
Paris, 1957, lre éd. 1949, XXXIV, 396 p. — Ouvrage classique du fondateur de la
phonologie.
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Bibliographie critique

Vendryes (J.), « Langage oral et langage par gestes », Journal de psychologie normale
et pathologique, tome XLIII, année 1950, pp. 7-33. — Deux passages retiendront surtout
l'attention du sémiologue : les langages gestuels (sauf ceux qui démarquent après coup
le langage verbal) n'ont rien en eux qui corresponde au mot lexical (p. 13). — mais ils
admettent des énoncés complets qui sont en quelque façon des équivalents de la phrase
verbale (p. 22).
(Bibliographie établie par R. Bartb.es, C. Bremond, O. Burgelin, J. Gritti, Ch. Metz,
J. C. Mimer, M. Tardy, T. Todorov.)

IMP. OFFSET -AUBIN, POITIERS, — D. L., 4e TR. 1964. N° I.655- 2 (1.695).