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CO N S T R U C T I O N E T T R AVAU X P U B L I C S

Ti541 - Mécanique des sols et géotechnique

Géotechnique

Réf. Internet : 42238 | 3e édition

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III
Cet ouvrage fait par tie de
Mécanique des sols et géotechnique
(Réf. Internet ti541)
composé de  :

Géotechnique Réf. Internet : 42238

Stabilité des sols, fondations Réf. Internet : 42219

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IV
Cet ouvrage fait par tie de
Mécanique des sols et géotechnique
(Réf. Internet ti541)

dont les exper ts scientifiques sont  :

Daniel DIAS
Professeur des universités, responsable du département Géotechnique de
Polytech' Grenoble

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V
Les auteurs ayant contribué à cet ouvrage sont :

Samuel AMAR Félix DARVE Michel KASSER


Pour l’article : C220 Pour les articles : C218 – Pour l’article : C5010
C221
Emmanuel BOURGEOIS Richard LAGABRIELLE
Pour l’article : C258 Pierre DELAGE Pour l’article : C225
Pour les articles : C301 –
Laurent BRIANÇON C302 – C303 Jean-Pierre MAGNAN
Pour l’article : C229 Pour les articles : C208 –
Jean-Louis DURVILLE C212 – C214 – C216 –
Sébastien BURLON Pour les articles : C204 – C219
Pour les articles : C258 – C350 – C352
C240 Pierre POTHÉRAT
Michel GLANDY Pour l’article : C204
Luis CARPINTEIRO Pour l’article : C240
Pour l’article : C240 Philippe REIFFSTECK
Hubert HÉRAUD Pour les articles : C356 –
Benoît CAZEAUDUMEC Pour l’article : C352 C228
Pour l’article : C229
Emmanuel JAVELAUD Jean-François
Yu-Jun CUI Pour l’article : C261 SERRATRICE
Pour les articles : C301 – Pour l’article : C261
C302 – C303 Jean-François
JÉZÉQUEL Luc SIBILLE
Fahd CUIRA Pour l’article : C220 Pour les articles : C218 –
Pour l’article : C258 C221

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VI
Géotechnique
(Réf. Internet 42238)

SOMMAIRE

1– Géologie Réf. Internet page

Mécanique des sols. Symboles, unités et déinitions C201 11

Géologie C204 13

Description, identiication et classiication des sols C208 17

L'eau dans le sol C212 21

2– Comportement mécanique des sols Réf. Internet page

Déformabilité des sols. Tassements. Consolidation C214 29

Résistance au cisaillement C216 35

Modèles de comportement élasto-visco-plastiques des géomatériaux C218 41

Modèles de comportement micromécaniques des géomatériaux C221 47

Corrélations entre les propriétés des sols C219 51

Propriétés mécaniques des sols déterminées en place C220 53

La liquéfaction des sols sous l'efet de séismes C261 59

Mécanique des roches. Généralités C350 67

Description des roches et des massifs rocheux C352 69

Topographie. Topométrie. Géodésie C5010 73

Auscultation géotechnique C229 77

L'eau dans les sols non saturés C301 83

Comportement mécanique des sols non saturés C302 87

Sols non saturés. Applications au calcul des ouvrages C303 93

Modélisation numérique des ouvrages géotechniques C258 99

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VII
3– Forages Réf. Internet page

Diagraphies et géophysique de forage C225 109

Forage et carottage dans les roches C356 113

Forages et sondages. Pour la reconnaissance des terrains C228 117

4– Eurocode 7 Réf. Internet page

Calcul géotechnique selon l'Eurocode 7 et ses normes d'application C240 125

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Géotechnique
(Réf. Internet 42238)


1– Géologie Réf. Internet page

Mécanique des sols. Symboles, unités et déinitions C201 11

Géologie C204 13

Description, identiication et classiication des sols C208 17

L'eau dans le sol C212 21

2– Comportement mécanique des sols

3– Forages

4– Eurocode 7

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QP
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Mécanique des sols


Symboles, unités et définitions
par Georges PILOT

Ingénieur des Ponts et Chaussées
Délégué à l’Action Internationale au Laboratoire Central des Ponts et Chaussées

1. Généralités ....................................................................................... Form. C 201 - 2


2. Contraintes et déformations ......................................................... — 2
3. Propriétés des sols ......................................................................... — 3
3.1 Identification ................................................................................... — 3
3.2 Propriétés hydrauliques ............................................................... — 3
3.3 Prélèvement .................................................................................... — 3
3.4 Consolidation (unidimensionnelle) .............................................. — 3
3.5 Résistance au cisaillement ............................................................ — 4
3.6 Essais en place ................................................................................ — 4
3.7 Dynamique ....................................................................................... — 5
3.8 Texture ............................................................................................. — 5
3.9 Divers ............................................................................................... — 5
4. Ouvrages géotechniques ............................................................... — 5
4.1 Ouvrages de soutènement ........................................................... — 5
4.2 Fondations ....................................................................................... — 5
4.3 Pentes .............................................................................................. — 6
4.4 Ancrages .......................................................................................... — 6
4.5 Géotextiles ...................................................................................... — 6
5. Dynamique des fondations et tremblements de terre .............. — 6
6. Principaux indices........................................................................... — 7

a Société Internationale de Mécanique des Sols et des Travaux de Fondations


L a édité, via un Comité Technique ad hoc, une liste de symboles, unités et
définitions qui fait actuellement référence.
C’est cette liste qui figure, pratiquement in extenso, dans les pages qui suivent.

Remarque générale
Le prime indique une contrainte effective.
p。イオエゥッョ@Z@ュ。ゥ@QYXX@M@d・イョゥ│イ・@カ。ャゥ、。エゥッョ@Z@ェオゥョ@RPQU

Le surlignage indique une valeur moyenne.


Un point au-dessus d’un symbole indique la dérivation par rapport au temps.
Le préfixe δ ou ∆ indique un accroissement ou une variation.

Toute reproduction sans autorisation du Centre français d’exploitation du droit de copie


est strictement interdite. − © Techniques de l’Ingénieur, traité Construction Form. C 201 − 1

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MÉCANIQUE DES SOLS _________________________________________________________________________________________________________________

1. Généralités (0) Symbole Dimension Unité Désignation


ue ML –1 T –2 kPa Excès de pression inter-
stitielle dynamique :
u = us + ue
Symbole Dimension Unité Désignation
σ ML –1 T –2 kPa Contrainte normale totale
L, ᐉ (1) L m Longueur σ’ ML –1 T –2 kPa Contrainte normale effective


B, b (1) L m Largeur τ ML –1 T –2 kPa Contrainte de cisaillement
H, h (1) L m Hauteur σ1 ML –1 T –2 kPa Contrainte principale majeure
D, z (1) L m Profondeur σ2 ML –1 T –2 kPa Contrainte principale intermé-
d, D (1) L m Diamètre diaire
A L2 m2 Aire σ3 ML –1 T –2 kPa Contrainte principale mineure
V L3 m3 Volume σoct ML –1 T –2 kPa Contrainte moyenne
t T s Temps ou contrainte normale
octaédrique définie par :
v L T –1 m/s Vitesse (σ1 + σ2 + σ3)/3
a L T –2 m/s 2 Accélération
τoct ML –1 T –2 kPa Contrainte de cisaillement
g L T –2 m/s 2 Accélération de la octaédrique :
( g = 9,81 m/s 2)
pesanteur
m M kg Masse τ oct = [ ( σ 1 – σ 2 ) 2 + ( σ 2 – σ 3 ) 2
ρ M L –3 t/m 3 Masse volumique
+ ( σ3 – σ1 ) 2 ] 1 ⁄ 2 ⁄ 3
γ (2) M L –2 T –2 kN/m 3 Poids volumique
F ...................... ............. Coefficient de sécurité p ML –1 T –2 kPa Contrainte normale moyenne
π ...................... ............. 3,141 6 dans l’essai triaxial :
e ...................... ............. 2,718 3 p = ( σ1 + σ2 + σ3)/3
ln x ...................... ............. Logarithmenépériende x q ML –1 T –2 kPa Déviateur dans l’essai triaxial :
lg x ...................... ............. Logarithme décimal de x q = σ1 – σ3
ε ................... % Déformation relative linéaire
(1) Selon l’Organisation Internationale de Normalisation, on doit utiliser (ou dilatation linéaire)
des lettres minuscules pour les symboles de longueur. À titre provi-
soire, on propose ici à la fois lettres minuscules et majuscules, mais γ ................... % Distorsion
on recommande fortement l’emploi des minuscules. ε1 ................... % Déformation relative principale
(2) Le symbole γ adopté pour le calcul des structures par l’Organisation ε2 ................... % Déformation relative principale
Internationale de Normalisation dans sa norme ISO-3898 est aussi intermédiaire
utilisé en Mécanique des Sols, mais seulement pour la détermination ε3 ................... % Déformation relative principale
des charges à prendre en compte pour le calcul des structures. mineure
εv ................... % Déformation volumique :
εv = ε1 + ε2 + ε 3
εs ................... % Déformation de cisaillement :
2. Contraintes et déformations 2
ε s = ----------- 冤 ( ε 1 – ε 2 ) 2 + ( ε 2 – ε 3 ) 2
3
+ ( ε3 – ε1 ) 2 冥
1⁄2
(0)
εoct ................... % Déformationrelativemoyenne
ou octaédrique :
Symbole Dimension Unité Désignation
1
ε oct = ------ ε v
u ML –1 T –2 kPa Pression interstitielle 3
Pression (en excès sur la pression γoct ................... % Distorsion octaédrique :
atmosphérique)de l’eau dans les γ oct = 2 ε s
vides d’un sol parfaitement saturé
uw ML –1 T –2 kPa Pression de l’eau interstitielle ε̇ T –1 s –1 Vitesse de déformation
Pression de l’eau existant dans γ˙ T –1 s –1 Vitesse de distorsion
les interstices d’un sol partielle- ν ................... .......... Coefficient de Poisson
ment saturé (µ est également utilisé)
ua ML –1 T –2 kPa Pression de l’air interstitiel E ML –1 T –2 kPa Module de déformationlinéaire
Pression de l’air existant dans les G ML –1 T –2 kPa Module de cisaillement
interstices d’un sol partiellement
saturé K ML –1 T –2 kPa Module de compressibilité
us ML –1 T –2 kPa Pression interstitielle statique µ Coefficient de frottement
η ML –1 T –1 kPa · s Coefficient
de viscosité dynamique

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Form. C 201 − 2 est strictement interdite. − © Techniques de l’Ingénieur, traité Construction

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Géologie

par Jean-Louis DURVILLE



Ingénieur en chef des Ponts et Chaussées
Chef de la division Mécanique des sols et géologie
de l’ingénieur au Laboratoire central des Ponts et Chaussées
et Pierre POTHÉRAT
Ingénieur géologue au Laboratoire central des Ponts et Chaussées

1. Qu’est-ce que la géologie ? ................................................................... C 204 - 2


2. Matériaux ................................................................................................... — 2
2.1 Minéraux ...................................................................................................... — 2
2.1.1 Généralités .......................................................................................... — 2
2.1.2 Principales espèces minérales........................................................... — 3
2.1.3 Minéraux argileux............................................................................... — 4
2.2 Roches .......................................................................................................... — 4
2.2.1 Roches sédimentaires ........................................................................ — 4
2.2.2 Roches résiduelles.............................................................................. — 5
2.2.3 Roches magmatiques......................................................................... — 5
2.2.4 Roches métamorphiques ................................................................... — 6
3. Structures tectoniques........................................................................... — 6
3.1 Diaclases et fentes ....................................................................................... — 6
3.2 Schistosité .................................................................................................... — 6
3.3 Failles............................................................................................................ — 6
3.4 Plis................................................................................................................. — 7
4. Le temps en géologie.............................................................................. — 7
4.1 Méthodes de datation ................................................................................. — 7
4.1.1 Datation relative.................................................................................. — 8
4.1.2 Datation absolue................................................................................. — 8
4.2 Reconstitution de l’histoire de la Terre ...................................................... — 8
5. Importance de la géologie du Quaternaire ....................................... — 10
5.1 Formations superficielles............................................................................ — 10
5.1.1 Formations apparentées avec le substrat......................................... — 10
5.1.2 Formations sans parenté avec le substratum .................................. — 10
5.2 Géodynamique ............................................................................................ — 11
6. Outils de base du géologue................................................................... — 11
6.1 Cartes et coupes géologiques .................................................................... — 11
p。イオエゥッョ@Z@。ッエ@QYYW@M@d・イョゥ│イ・@カ。ャゥ、。エゥッョ@Z@ェオゥョ@RPQU

6.2 Photographies aériennes et télédétection ................................................. — 11


7. Applications de la géologie au génie civil........................................ — 13
7.1 Rôle du géologue......................................................................................... — 13
7.2 Méthodes...................................................................................................... — 13
7.2.1 Levé de terrain .................................................................................... — 13
7.2.2 Étude structurale................................................................................. — 13
7.2.3 Prélèvement et étude d’échantillons................................................. — 13
7.3 Résultats de l’étude géologique ................................................................. — 13
7.4 Tunnel sous la Manche ............................................................................... — 15
Pour en savoir plus........................................................................................... Doc. C 204

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GÉOLOGIE ____________________________________________________________________________________________________________________________

’ingénieur de génie civil qui projette ou réalise un ouvrage se trouve néces-


L sairement mis en présence du « terrain » qui constitue le support ou le
matériau de cet ouvrage. Il est important pour lui de posséder des notions en
Sciences de la Terre, afin de pouvoir dialoguer avec le géologue auquel il
demande une intervention.


1. Qu’est-ce que la géologie ? La géologie comprend classiquement trois domaines principaux :
— la pétrographie, qui s’appuie sur l’étude des minéraux
(minéralogie ) et des propriétés de l’état cristallin de la matière
La géologie a pour objectif la reconstitution de l’histoire de la (cristallographie ) pour décrire les roches ;
Terre depuis ses origines (l’âge des plus anciennes roches connues — la stratigraphie ou analyse de la succession des couches géo-
approche les 4 milliards d’années) jusqu’à nos jours par le biais de logiques : elle s’appuie sur la connaissance de la nature des terrains
l’étude des matériaux constitutifs accessibles à l’observation. (lithostratigraphie) et de leur contenu en fossiles (biostratigraphie) ;
Il s’agit d’une science récente dont les précurseurs furent Léonard la sédimentologie s’intéresse aux conditions et à l’environnement
de Vinci et Bernard Palissy aux XVe et XVIe siècles. Au passage du des dépôts (climat régnant à l’époque...) ; la paléontologie étudie les
XVIIIe au XIXe siècle, Hutton, Werner, Cuvier, Lamarck et Darwin lui fossiles d’origine animale ou végétale et permet de classer chrono-
donnèrent une nouvelle impulsion en introduisant les notions de logiquement les formations ;
plutonisme (distinction entre roches ignées et roches sédimen- — la tectonique ou étude des déformations de la partie superfi-
taires), de neptunisme (origine marine de tous les terrains, en raison cielle de la Terre, qui se traite de l’échelle du centimètre (microtec-
de la présence de fossiles), de créations successives puis d’évolu- tonique) à l’échelle du continent (tectonique globale).
tion. Wegener formule l’hypothèse de la dérive des continents au En génie civil, l’étude d’un projet doit passer par la connaissance
début du XX e siècle, mais ce n’est que depuis une trentaine du terrain qui constitue soit le support (fondation) ou l’enveloppe
d’années que la tectonique des plaques ou tectonique globale a (tunnel) de l’ouvrage, soit un matériau constitutif de celui-ci (gra-
donné un cadre cohérent à beaucoup d’observations jusque là dis- nulats, enrochements) : comportement mécanique et hydraulique,
parates. caractère évolutif (altération), etc. Les phénomènes géodynamiques
La Terre a pratiquement la forme d’une sphère de 6 370 km de d’origine interne (sismicité) ou externe (instabilités de pentes, effon-
rayon, composée de conuches conncentriques (la croûte, le man- drements...) doivent également être pris en compte. La géologie du
teau, le noyau et la graine) dont la densité d augmente avec la pro- génie civil, ou géologie de l’ingénieur, s’est développée depuis une
fondeur de 2,3 à 12,5. La zone la mieux connue est la lithosphère : trentaine d’années [1].
formée de la croûte et d’une partie du manteau supérieur, épaisse
de 70 km (sous les océans) à 150 km (sous les continents), elle est
considérée comme rigide et découpée en plaques mobiles qui
flottent sur l’asthénosphère relativement visqueuse (figure 1). 2. Matériaux
Des conurants de convection dans le manteau ont pour consé-
quence la mobilité des plaques et l’expansion des fonds océa- Les roches, matériaux constitutifs de l’écorce terrestre, sont faites
niques ; l’affrontement entre deux plaques est à l’origine de la d’un assemblage de minéraux, qu’elles soient consolidées ou
formation des chaînes de montagnes. La Terre est donc une pla- meubles. La pétrographie est l’étude de ces différents composants
nète en constante évolution, tant en profondeur, sous l’action des et de leurs relations mutuelles ; cette étude permet de reconstituer
contraintes tectoniques internes dont séismes et volcans sont les la genèse de la roche.
manifestations les plus spectaculaires, qu’en surface par l’effet des
agents atmosphériques qui façonnent le relief.
2.1 Minéraux

2.1.1 Généralités
Dans les roches, la matière peut se présenter sous deux états
différents :
— l’état cristallin, le plus répandu : arrangement ordonné de la
matière avec répétition périodique dans l’espace d’un atome ou
d’un groupe d’atomes : le motif cristallin ;
— l’état amorphe, beaucoup plus rare, où les molécules sont dis-
posées de façon désordonnée : cas des verres volcaniques, de
l’opale ou de la calcédoine (les deux dernières étant des variétés de
silice).
C’est vers 1800 que René-Just Haüy a jeté les bases modernes
de la cristallographie, en introduisant la notion de maille élémen-
taire parallélépipédique. Par translation de cette maille dans trois
directions, il est possible de remplir tout l’espace de manière à
constituer un cristal. Ce dernier est généralement limité par des
faces dont les directions correspondent aux plans qui contiennent
Figure 1 – Structure du globe terrestre le plus grand nombre d’atomes.

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C 204 − 2 © Techniques de l’Ingénieur, traité Construction

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____________________________________________________________________________________________________________________________ GÉOLOGIE

Figure 3 – Lame mince, vue en lumière polarisée,


dans le granite du Hinglé (photo LCPC)

Figure 2 – Les sept systèmes cristallins

En fonction de la forme géométrique de la maille primitive,


laquelle est étroitement liée à la présence d’éléments de symétrie,
on dénombre 7 systèmes cristallins (figure 2). La symétrie du motif
atomique est différente de celle du réseau périodique, de sorte que
le nombre de classes de symétrie des cristaux s’élève à 32 (cf.
article Cristallographie géométrique [A 1 305] dans le traité
Sciences fondamentales).
Il existe plus de mille espèces cristallines. Les caractéristiques de
chacune d’elles ont été mesurées et l’on s’y réfère pour identifier
un cristal donné. Cette identification s’effectue comme suit :
— pour une dimension supérieure à quelques millimètres, on
étudie la forme du cristal (classe de symétrie et angles), la couleur,
l’éclat, la dureté (par rapport au verre et à l’acier), le clivage (aptitude
à se casser suivant des plans particuliers), la densité ;
Figure 4 – Cristaux de kaolinite empilés en feuillets,
— pour un cristal de dimension inférieure, la détermination des
vus au microscope électronique à balayage
minéraux se fait, sur une lame mince taillée dans la roche (figure 3),
à l’aide du microscope polarisant (cf. article Microscopie optique
[P 860] dans le traité Analyse et Caractérisation) qui permet en par-
ticulier d’apprécier l’indice de réfraction et, dans certains cas, de Les silicates et aluminosilicates (quartz, feldspaths, micas,
mesurer la biréfringence du cristal (différence entre les indices de amphiboles, pyroxènes, olivines, argiles) sont caractérisés par le
réfraction extrêmes du cristal anisotrope) ; motif élémentaire tétraédrique composé d’un atome Si au centre et
— pour des minéraux de taille encore plus petite (quelques d’atomes O aux quatre sommets, les tétraèdres étant reliés entre
micromètres) on utilise la diffraction des rayons X sur poudre qui eux par des cations ou par des atomes O en commun. Le quartz
permet d’obtenir les dimensions de la maille élémentaire (quelques (SiO2), le plus dur des minéraux courants, est formé d’un édifice
angströms). compact de tétraèdres SiO4 , chaque atome O étant partagé entre
Dans le microscope électronique à balayage, le bombardement deux tétraèdres. Les aluminosilicates présentent des substitutions
d’électrons sur un fragment de roche fournit une image précise de partielles de Si par AI dans les tétraèdres.
la forme des cristaux et de leurs imperfections (figure 4). Un Avec les silicates d’alumine, dans lesquels les tétraèdres SiO 4
spectre d’éléments chimiques en chaque point de la surface de sont unis par des atomes d’aluminium (andalousite, sillimanite,
l’échantillon peut également être obtenu. disthène) et les silicotitanates, ils forment les constituants essentiels
des roches magmatiques et métamorphiques qui composent 95 %
de la lithosphère.
2.1.2 Principales espèces minérales Les carbonates, les sulfates, et les phosphates sont les consti-
tuants majeurs des roches sédimentaires ; du premier groupe, on
Parmi toutes les espèces minérales, seul un petit nombre est très retiendra la calcite – CaCO3 – et la dolomite – (Ca, Mg)(CO3)2 . Les
répandu. Neuf éléments (O, Si, Al, Fe, Ca, Na, Mg, K, Ti) représentent sulfures, oxydes et hydroxydes sont abondants dans les gîtes
à eux seuls 99 % de la composition pondérale de l’écorce terrestre métalliques.
et du manteau.

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QU
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GÉOLOGIE ____________________________________________________________________________________________________________________________

2.1.3 Minéraux argileux 2.2 Roches


Les propriétés physiques et mécaniques de la plupart des sols La description d’une roche se fait à plusieurs échelles. Au niveau
fins sont conditionnées par leur contenu en minéraux argileux. de l’affleurement, on étudie l’homogénéité et le débit de la roche ;
Les minéraux argileux [2] sont des aluminosilicates hydratés à ce dernier correspond à la fracturation du massif et, éventuellement,
structure lamellaire (feuillets). Les feuillets à deux couches se à son litage pour les roches sédimentaires. À l’échelle de l’échan-
composent de la superposition d’une couche de tétraèdres, unis tillon, la structure ou fabrique désigne la taille, la forme des grains


entre eux par les trois sommets d’une base, et d’une couche et leurs relations spatiales. Au niveau du minéral, on observe la
d’octaèdres Mg(OH)2 ou Al(OH)3 . Les feuillets à trois couches pos- structure du cristal (zonation, déformation...).
sèdent une couche tétraédrique supplémentaire (figure 5). Les roches sont classées, selon de nombreux critères, en
Des substitutions sont possibles dans les couches tétraédriques différents groupes dont les principaux sont donnés ci-après. On
et octaédriques : remplacement de Si4+ par Al3+, de Al3+ par Fe2+, distingue les roches exogènes (sédimentaires et résiduelles) for-
Fe3+ ou Mg2+. En fonction de ces substitutions et de la charge mées à la surface de l’écorce terrestre, et les roches endogènes
négative obtenue, divers cations (K+, Na+, Ca++) se placent entre (magmatiques et métamorphiques) issues des profondeurs.
les feuillets.
La classification des argiles permet de les diviser en mono-
phyllites, constituées d’un seul type de feuillet, ou en polyphyllites 2.2.1 Roches sédimentaires
formées de l’empilement de différents types de feuillets (inter-
stratifiés). Représentant 75 % de la surface émergée, elles résultent de
l’accumulation de fragments, débris de roche ou de coquille, et/ou
Les argiles monophylliteuses peuvent être divisées en trois de la précipitation à partir de solutions, donnant respectivement des
grands groupes d’après l’épaisseur des feuillets : roches détritiques, biogènes et physico-chimiques. L’étude des
— le groupe de la kaolinite (figure 4) : feuillets de 0,7 nm d’épais- conditions de dépôt et des processus de sédimentation relève de
seur, à deux couches unies par les atomes d’oxygène. L’halloysite la sédimentologie [3] ; une étude sédimentologique peut être néces-
est une forme hydratée de la kaolinite (espacement des feuillets de saire pour expliquer certaines propriétés des roches (anisotropie,
l’ordre de 1 nm) ; hétérogénéité, par exemple).
— le groupe de l’illite : feuillets de 1 nm d’épaisseur, à trois
couches unies par des liaisons fortes ; Les roches sédimentaires se présentent en strates issues des
— le groupe des smectites (montmorillonite en particulier) : dépôts successifs, et leur aspect actuel résulte de la diagenèse,
feuillets d’épaisseur variable autour de 1,5 nm faiblement liés, de c’est-à-dire d’une transformation d’un dépôt meuble en roche plus
sorte qu’ils sont capables d’absorber une grande quantité d’eau en ou moins cohérente.
gonflant. Les cations étant plus mobiles, des échanges sont Les roches détritiques, composées d’au moins 50 % de débris
possibles avec le fluide environnant, et les propriétés mécaniques (fragments de roches et/ou de minéraux) provenant de l’érosion
du sol peuvent en être affectées. d’un continent, sont classées selon leur granularité, selon la forme
et la nature des grains, et selon le degré de cimentation
(tableau 1). (0)

Tableau 1 – Classification des roches détritiques


Dimension de la majorité
Roche consolidée Roche meuble
des grains
> 2 mm Conglomérat. Brèche Graviers. Blocs
63 µm à 2 mm Grès Sable
2 µm à 63 µm Siltite Limon
< 2 µm Argilite Argile

Le ciment des grès et conglomérats a une grande importance car


il intervient dans la résistance de la roche : les grès vosgiens, par
exemple, contiennent des oxydes de fer qui gonflent en s’hydra-
tant et font éclater la roche.
Les roches argileuses possèdent au moins 50 % de minéraux
argileux associés à d’autres minéraux d’origines diverses. Ce sont
des roches tendres, souvent plastiques, parfois litées, varvées et
intercalées dans d’autres couches sédimentaires. Elles proviennent
en grande partie de l’altération de roches métamorphiques ou
magmatiques (argiles héritées) ; cependant, elles peuvent être
néoformées dans le bassin sédimentaire et appartenir, dans ce cas,
au groupe des roches physico-chimiques. Du fait de leur imper-
méabilité, elles jouent un rôle important dans les circulations et les
mises en charge de fluides.
■ Les roches biogènes, en général calcareuses, sont formées de
débris de tests d’organismes (oursins...) et de squelettes
Figure 5 – Feuillet de type illite, à 2 couches tétraédriques (coraux...) ; un exemple est la craie, composée de calcite souvent
et 1 couche octaédrique (d’après A. Le Roux, LCPC) pure, formée de morceaux de tests de quelques dizaines de micro-
mètres. Certaines roches siliceuses (diatomites et radiolarites) sont
également biogènes.

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Description, identification
et classification des sols

par Jean-Pierre MAGNAN
Ingénieur en chef des Ponts et chaussées
Directeur technique au Laboratoire central des ponts et chaussées
Professeur de mécanique des sols et des roches à l’École nationale des ponts et chaussées

1. Description qualitative des sols .......................................................... C 208 - 2


1.1 Origine des sols ........................................................................................... — 2
1.2 Le sol, matériau à trois phases................................................................... — 2
1.3 Description des trois phases....................................................................... — 2
1.3.1 Phase solide ........................................................................................ — 2
1.3.2 Phase liquide....................................................................................... — 3
1.3.3 Phase gazeuse..................................................................................... — 3
1.3.4 Arrangement des phases ................................................................... — 3
1.4 Liaisons entre les phases ............................................................................ — 3
1.4.1 Couche d’eau adsorbée...................................................................... — 3
1.4.2 Sols pulvérulents et sols cohérents .................................................. — 4
1.5 État de l’eau dans le sol .............................................................................. — 4
2. Description quantitative et identification des sols........................ — 4
2.1 Objet de l’identification ............................................................................... — 4
2.2 Description de l’état du sol ......................................................................... — 4
2.2.1 Paramètres d’état................................................................................ — 4
2.2.2 Relations entre les paramètres d’état ............................................... — 5
2.3 Propriétés des particules du sol ................................................................. — 6
2.3.1 Granularité .......................................................................................... — 6
2.3.2 Équivalent de sable ............................................................................ — 7
2.3.3 Limites d’Atterberg (sols fins) ........................................................... — 7
2.3.4 Essais au bleu de méthylène ............................................................. — 9
2.3.5 Teneur en carbonate de calcium ....................................................... — 9
2.3.6 Teneur en matières organiques......................................................... — 10
2.3.7 Degré d’humification des matières organiques............................... — 10
2.3.8 Analyse minéralogique de la fraction argileuse .............................. — 10
2.3.9 Activité des argiles ............................................................................. — 10
2.4 Caractéristiques d’état et essais d’identification correspondants ........... — 10
p。イオエゥッョ@Z@ヲ←カイゥ・イ@QYYW@M@d・イョゥ│イ・@カ。ャゥ、。エゥッョ@Z@ェオゥョ@RPQU

2.4.1 Teneur en eau...................................................................................... — 10


2.4.2 Indice de consistance ......................................................................... — 11
2.4.3 Indice des vides .................................................................................. — 11
2.4.4 Indice de densité................................................................................. — 11
2.5 Conclusions.................................................................................................. — 11
2.6 Valeurs numériques..................................................................................... — 12
3. Classification des sols ............................................................................ — 12
3.1 Principe des classifications des sols .......................................................... — 12
3.2 Classification des sols LPC/USCS............................................................... — 12
3.3 Classification LPC modifiée ........................................................................ — 12
3.4 Classification des sols pour les terrassements routiers ........................... — 15
Pour en savoir plus........................................................................................... Doc. C 208

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DESCRIPTION, IDENTIFICATION ET CLASSIFICATION DES SOLS _________________________________________________________________________________

la différence des autres matériaux du génie civil et du bâtiment, les sols


À (et les roches) préexistent sur le site des travaux et la première phase de
toute étude géotechnique consiste à définir la nature et l’état de ces terrains.
Les techniques utilisées pour caractériser les sols d’un site sont décrites dans
deux articles de ce traité : « Forages et sondages » ([C 228 ]), et le présent article
consacré à la description, l’identification et la classification des sols, qui présente
des techniques de caractérisation des sols en laboratoire.

Q Les sols prélevés dans des forages ou des excavations peuvent être décrits
de plusieurs façons complémentaires : d’après la nature, d’après les proportions
et d’après les propriétés physiques de leurs constituants. Les paramètres
correspondants seront utilisés dans les autres articles de ce traité consacrés aux
propriétés mécaniques des sols et aux ouvrages. La classification permet pour
sa part de transmettre en quelques mots une image globale de chaque sol, très
utile pour les échanges entre spécialistes.

1. Description qualitative de réduire la dimension des particules en dessous de 10 à 20 µm, car


les effets mécaniques, dus aux chocs ou au frottement liés à la masse
des sols des particules, diminuent rapidement avec leur volume. Au-dessous
de cette dimension, la fragmentation des particules se poursuit prin-
cipalement par altération chimique, qui entraîne la destruction de
certaines des liaisons chimiques des minéraux. Elle s’accompagne
1.1 Origine des sols d’une augmentation rapide de la surface des particules offerte à
l’attaque chimique.

Les sols et les roches se présentent sous forme d’agrégats de par-


ticules généralement minérales, mais parfois organiques, de taille
et de forme variables. La nature et l’intensité des forces qui lient les 1.2 Le sol, matériau à trois phases
particules de l’agrégat dépendent de la nature du matériau.
On ne traitera ici que des sols, qui peuvent être définis comme des Le sol est un matériau à trois phases : agrégats de particules
agrégats dans lesquels les particules sont faiblement liées et peuvent minérales dont les vides peuvent être remplis de liquide et/ou de
être séparées par agitation ou trituration dans l’eau. Les roches sont gaz. On distingue globalement :
traitées dans les articles spécialisés de ce traité. Cette définition, — la phase solide ou squelette solide, constituée par les particules
assez imprécise, induit un certain recouvrement entre sols et roches minérales ou organiques de l’agrégat ;
(certaines marnes, craies, argiles raides, roches tendres). — la phase liquide, constituée par l’eau qui occupe les vides de
Les sols ont deux origines principales : l’agrégat. Si tous les vides sont remplis d’eau, le sol est dit saturé ;
— la désagrégation des roches par altération mécanique ou physi- sinon, il est dit non saturé ou partiellement saturé ;
cochimique sous l’effet des agents naturels : — dans un sol non saturé, une partie des vides de l’agrégat est
remplie par du gaz, essentiellement de l’air.
• fissuration consécutive à la décompression, aux effets des
chocs thermiques ou du gel ou aux contraintes tectoniques , La coexistence, dans le matériau, de trois phases présentant de
• attaque mécanique (chocs et frottements) dans un processus grandes différences dans leurs propriétés physiques et mécaniques
naturel de transport : gravitaire, glaciaire, fluvial, marin, éolien , explique la complexité du comportement mécanique des sols.
• attaque chimique sous l’effet de circulations d’eaux ; La définition d’un sol repose donc sur une description précise des
— la décomposition d’organismes vivants : végétaux (tourbes) ou trois phases.
animaux (craies).
On distingue également :
— les sols résiduels, provenant de l’altération sur place des roches ; 1.3 Description des trois phases
— les sols transportés, provenant du dépôt des produits d’altéra-
tion, préalablement repris par un agent physique de transport. Ce
sont les sols transportés qui posent à l’ingénieur les problèmes les 1.3.1 Phase solide
plus délicats ;
— les formations géologiques de roches tendres. La phase solide est caractérisée par la description de ses particules
Enfin, suivant leurs conditions de formation et de dépôt, les sols élémentaires (dimensions, formes, états de surface, natures
peuvent contenir des matières organiques en proportion plus ou chimique et minéralogique) et de leur arrangement. Les particules
moins élevée. formées par altération physique ou mécanique sont généralement
constituées de fragments de la roche mère renfermant chacun un ou
Il est difficile de distinguer la part qui revient aux différents agents plusieurs minéraux ; leur forme est régulière. Les particules résultant
naturels dans la formation des sols et d’apprécier leur importance de l’altération chimique ont au contraire une forme irrégulière de
respective, car leur action est le plus souvent simultanée. Il est plaquette ou de disque et sont constituées soit par des fragments de
possible, par contre, de reconnaître dans telle ou telle caractéristique la roche mère ne comportant qu’un seul minéral, soit par des miné-
d’un sol l’effet d’un processus d’altération ou d’un mode de transport raux différents, formés au cours des processus de dissolution et
déterminé. On soulignera en particulier que les processus recristallisation inhérents à l’altération chimique.
mécaniques ou physiques d’évolution des roches ne permettent pas

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_________________________________________________________________________________ DESCRIPTION, IDENTIFICATION ET CLASSIFICATION DES SOLS

On distingue classiquement dans un sol trois fractions, suivant la 1.3.4 Arrangement des phases
dimension des particules (tableau 1). La fraction très fine est géné-
ralement dénommée « argile » en dehors de toute signification L’arrangement des phases dans le sol dépend de la nature de
minéralogique. Elle est souvent constituée d’argiles, au sens miné- leurs constituants, des liaisons physicochimiques ou mécaniques
ralogique du terme. Il existe trois grandes familles d’argiles : les entre ces constituants et de l’histoire du sol (conditions de trans-
kaolinites, les illites et les montmorillonites. port et de dépôt, évolution postérieure à la sédimentation).
L’arrangement des particules peut être caractérisé par leur degré


de serrage (et, par conséquent, par le volume des vides offerts aux
deux autres phases), ainsi que par l’existence éventuelle de direc-
tions préférentielles d’orientation des particules. 1.4 Liaisons entre les phases

1.3.2 Phase liquide On s’intéressera ici plus spécialement aux interactions ou forces
de liaison entre les particules de la phase solide et l’eau interstitielle.
Les interstices du squelette solide sont occupés en partie ou en Toutes les particules de sol sont entourées d’une couche de molé-
totalité par de l’eau. Cette eau n’est en général pas pure : elle cules d’eau, fixées par des forces de Van der Waals, des liaisons
contient des électrolytes dissociés en cations et anions (son pH est hydrogène ou des forces électriques. Cette couche d’eau absorbée
alors acide ou basique), des matières organiques et des colloïdes est beaucoup plus épaisse pour les particules argileuses où les forces
en suspension et, dans certains cas, des gaz dissous. électrostatiques prédominent.

1.3.3 Phase gazeuse 1.4.1 Couche d’eau adsorbée

Dans les sols non saturés, la phase gazeuse est présente dans Les particules de la fraction très fine des sols sont en général de
tout ou partie des pores sous forme d’un mélange d’air, de vapeur nature argileuse. Elles portent à leur surface des charges électriques
d’eau, de gaz carbonique et d’autres gaz. Les sols saturés peuvent négatives. Le champ électrique créé par ces charges oriente les
aussi contenir du gaz, mais sous forme de bulles ou en dissolution molécules dipolaires de l’eau au voisinage de la particule (les ions
dans l’eau. H+ sont attirés vers la surface). L’interaction électrique entre l’eau
et les particules argileuses décroît rapidement quand on s’éloigne
de la particule (figure 1). Les premières couches de molécules d’eau
sont fortement liées et ne se déplacent pratiquement pas par
rapport à la particule. Les couches suivantes sont plus faiblement
liées et ont un comportement visqueux différent de celui de l’eau
libre (eau aux propriétés usuelles).
La couche d’eau « adsorbée » ou « hygroscopique » est la couche
des molécules d’eau liées de façon presque rigide à la particule. Elle
comporte aussi des cations provenant de la dissociation des élec-
trolytes contenus dans l’eau et qui sont attirés aussi par les charges
négatives de la surface des particules. L’épaisseur de cette couche
varie avec la nature du minéral argileux et avec la nature des
cations. Elle est de l’ordre de 50 Å (soit 0,005 µm) et dépend peu des
dimensions de la particule.
L’eau pelliculaire est l’eau qui entoure la couche d’eau adsorbée.
Ses propriétés physiques et mécaniques sont influencées par le
champ électrique de la particule. L’épaisseur de la couche d’eau liée
peut atteindre 0,4 à 0,5 µm.
L’eau liée (adsorbée et pelliculaire) est à l’origine des propriétés
de plasticité, de thixotropie et de fluage (viscosité) des sols très
fins ou argileux. Les forces de surface ou de contact sont prépon-
dérantes dans ces sols par rapport aux forces de pesanteur.
(0)
Figure 1 – Liaison des phases solide et liquide : eau liée et eau libre
(d’après Polubarinova-Kochina, 1962)

Tableau 1 – Fractions du sol suivant la dimension des grains


Dimension D des particules Fraction du sol Forme des grains Nature des minéraux
D > 80 µm grenue régulière
minéraux d’origine
2 µm < D < 80 µm fine
plaquette ou disque
D < 2 µm très fine ou argileuse minéraux d’origine ou néo-formés
Note : la frontière définie à 80 µm en France passera à 63 µm dans les prochaines années (harmonisation européenne).

(0)

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DESCRIPTION, IDENTIFICATION ET CLASSIFICATION DES SOLS _________________________________________________________________________________

Tableau 2 – Sols pulvérulents et sols cohérents : caractéristiques


Sols pulvérulents ou grenus ou granulaires cohérents ou fins
Grains Proportion notable de particules fines à très fines
Particules Forme régulière Forme irrégulière (grande surface spécifique)
Altération physico-mécanique Altération physico-chimique

Q Liaison particule-eau
Faible ou nulle. Eau libre
Pas d’influence :
Forte. Eau liée. Existence d’une couche d’eau adsorbée
Influence :
— de la nature minéralogique des particules — de la nature minéralogique des particules
— des électrolytes de l’eau libre — des électrolytes de l’eau libre
Forces de pesanteur
Force de liaison Forces de pesanteur prépondérantes Forces d’attraction moléculaire et électrostatique pré-
pondérantes à courte distance.

1.4.2 Sols pulvérulents et sols cohérents


Les propriétés très particulières de la fraction très fine des sols
font qu’elles commandent le comportement global du sol lorsque
cette fraction très fine est en proportion notable. Cette observation
a conduit à diviser les sols en deux grandes catégories, caractéri-
sées dans le tableau 2 : les sols pulvérulents et les sols cohérents.

1.5 État de l’eau dans le sol

Si l’on examine maintenant les phénomènes du point de vue de


l’eau contenue dans le sol, on constate qu’elle se présente sous
plusieurs états suivant l’intensité des forces liant ses molécules
aux particules solides (figure 2) :
— l’eau de constitution entre dans la composition chimique des Figure 2 – Différents états de l’eau dans le sol
minéraux dont les particules de sol sont formées ;
— l’eau liée ou adsorbée à la surface des grains très fins est orien-
tée par les forces d’attraction moléculaire et les forces électro- Les essais d’identification conduisent à une description précise et
statiques. Elle a une viscosité élevée et ne transmet pas les chiffrée, et non seulement descriptive, du sol. Une définition chiffrée
pressions ; est nécessaire car des sols d’aspects très voisins peuvent présenter
— l’eau libre circule librement dans les pores du sol sous l’effet des comportements (mécaniques, en particulier) très différents.
des forces de pesanteur ; Les essais d’identification servent de base aux divers systèmes
— enfin, dans les sols non saturés, en présence d’air ou d’autres de classification des sols. Leurs résultats permettent aussi d’estimer
gaz, l’eau est retenue dans les canaux les plus fins du sol par les au moyen de corrélations des ordres de grandeur des propriétés
forces capillaires. Elle se trouve alors en dépression par rapport à mécaniques des sols et d’établir un prédimensionnement grossier
la pression atmosphérique. C’est ainsi que les nappes à surface des ouvrages au stade des premières études.
libre dans les sols fins sont généralement surmontées d’une frange
On distingue classiquement deux grandes catégories d’essais
capillaire dont la hauteur varie très largement avec la nature du
d’identification :
sol. La frange capillaire est saturée juste au-dessus de la surface
libre, puis de moins en moins saturée. Au-delà d’une certaine hau- — les essais qui répondent de l’arrangement et de la répartition
teur, l’eau n’est plus continue dans l’espace des pores et n’inter- des phases (squelette solide, eau, air). Ces essais caractérisent l’état
vient plus de façon autonome dans le comportement mécanique du sol et ne peuvent être réalisés que sur des échantillons intacts ;
du sol. — les essais qui traduisent les propriétés des particules du sol et
l’intensité de leurs liaisons avec l’eau. Ces essais caractérisent la
nature du sol et sont réalisés sur des échantillons intacts ou remaniés
(dont l’état a été perturbé lors du prélèvement ou du transport).
2. Description quantitative
et identification des sols 2.2 Description de l’état du sol

2.1 Objet de l’identification 2.2.1 Paramètres d’état


L’arrangement dans le sol des particules, de l’eau et du gaz est
Identifier un sol, c’est déterminer un ensemble de propriétés trop complexe pour être décrit de façon détaillée. On se contente
physiques, mécaniques ou chimiques qui permettent de le caracté- pour cette raison d’une estimation globale des proportions des
riser. Ces propriétés sont déterminées par des essais simples et phases solide, liquide et gazeuse, rassemblées par l’esprit selon le
rapides, appelés « essais d’identification ». schéma de la figure 3.

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L’eau dans le sol

par Jean-Pierre MAGNAN



Ingénieur en chef des ponts et chaussées
Directeur technique au Laboratoire central des ponts et chaussées, Paris
Professeur de mécanique des sols et des roches à l’École nationale des ponts et chaussées

1. Généralités................................................................................................. C 212 - 2
1.1 L’eau dans le sol........................................................................................... — 2
1.2 L’eau dans la nature..................................................................................... — 2
2. Contraintes et pressions d’eau dans les sols................................... — 2
2.1 Rappels sur la notion de contrainte dans un milieu granulaire............... — 2
2.2 Contraintes totales et contraintes effectives ............................................. — 3
2.3 Exemple : contraintes géostatiques et nappe au repos ........................... — 4
3. Loi d’écoulement de l’eau dans le sol................................................ — 4
3.1 Définitions .................................................................................................... — 4
3.2 Loi de Darcy ................................................................................................. — 5
3.3 Coefficient de perméabilité......................................................................... — 6
3.4 Écoulement en milieu anisotrope .............................................................. — 6
3.5 Mesure en laboratoire du coefficient de perméabilité du sol .................. — 7
4. Écoulements permanents dans les sols............................................. — 8
4.1 Objet de l’hydraulique des sols .................................................................. — 8
4.2 Écoulement en milieu homogène et isotrope ........................................... — 8
4.3 Écoulement en milieu homogène et anisotrope....................................... — 9
4.4 Méthodes de résolution des problèmes d’écoulement............................ — 10
4.5 Réseau d’écoulement .................................................................................. — 12
5. Pressions d’écoulement ......................................................................... — 13
5.1 Interaction entre les phases solide et liquide............................................ — 13
5.2 Expression de la pression d’écoulement................................................... — 14
5.3 Gradient hydraulique critique..................................................................... — 14
6. Résolution numérique des problèmes d’hydraulique des sols .... — 14
6.1 Méthode des éléments finis........................................................................ — 15
6.2 Méthode des différences finies .................................................................. — 16
p。イオエゥッョ@Z@ョッカ・ュ「イ・@QYYY@M@d・イョゥ│イ・@カ。ャゥ、。エゥッョ@Z@ェオゥョ@RPQU

6.3 Exemples de réseaux d’écoulement .......................................................... — 16


7. Hydrogéologie ........................................................................................... — 18
7.1 Définition des nappes.................................................................................. — 18
7.2 Étude hydrogéologique............................................................................... — 19
7.3 Mesure en place des coefficients de perméabilité. Essais d’eau............. — 20
7.4 Mesure de la pression interstitielle. Piézomètres ..................................... — 22
Pour en savoir plus ........................................................................................... Doc. C 212

L ’eau appartient à de nombreuses sciences de la nature et de la vie. Elle inté-


resse les gestionnaires des ressources en eau, les chimistes, les biologistes,
les météorologues, les spécialistes des sols agricoles, les écologues, les
marins... Pour sa part, l’ingénieur de génie civil connaît surtout l’eau comme
composante du sol et pour ses interactions mécaniques avec les ouvrages.

Toute reproduction sans autorisation du Centre français d’exploitation du droit de copie est strictement interdite.
© Techniques de l’Ingénieur, traité Construction C 212 − 1

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L’EAU DANS LE SOL ____________________________________________________________________________________________________________________

Dans cet article sont introduites les notions utilisées pour la description du
comportement mécanique de l’eau dans les sols, notamment la loi de Darcy,
base de l’analyse des écoulements de l’eau dans les milieux poreux naturels ;
l’équation fondamentale des écoulements permanents dans les sols, ses métho-
des de résolution et quelques exemples sont étudiés. Enfin, quelques notions
d’hydrogéologie utiles pour les études de génie civil sont données.


1. Généralités
Eau discontinue

1.1 L’eau dans le sol Frange capillaire


non saturée

Nous avons vu dans ce traité [4] que l’eau peut se trouver dans
plusieurs états à l’intérieur d’un sol, suivant l’intensité des forces
liant ses molécules aux particules solides (figure 1). On distingue : Frange capillaire
saturée
— l’eau de constitution, qui entre dans la composition chimi-
que des minéraux dont les particules de sol sont formées ;
— l’eau liée ou absorbé, à la surface des grains très fins, qui est
orientée par les forces d’attraction moléculaire et les forces Nappe
électrostatiques ; elle a une viscosité élevée et ne transmet pas les
pressions ;
— l’eau libre, qui circule librement dans les pores du sol sous
l’effet des forces de pesanteur ;
Particules Eau libre Air
— l’eau capillaire, qui, dans les sols non saturés, en présence
d’air ou d’autres gaz, est retenue dans les canaux les plus fins du sol Eau adsorbée Eau capillaire
par les forces capillaires.
Figure 1 – Différents états de l’eau dans le sol
Ces liaisons de l’eau avec les particules du sol dépendent de la
nature minéralogique des particules et de leurs dimensions. Dans
les sols fins argileux, l’eau peut se trouver dans les quatre états indi-
qués ci-avant et la hauteur de la frange capillaire peut atteindre plu-
sieurs dizaines de mètres au-dessus de la surface de la nappe. Dans
2. Contraintes et pressions
les sables, il n’y a pas d’eau de constitution et en général pas d’eau
liée et la frange capillaire a quelques centimètres de hauteur. Au-
d’eau dans les sols
delà de la hauteur limite d’ascension capillaire (frange capillaire),
l’eau n’est plus continue dans l’espace des pores et n’intervient pas 2.1 Rappels sur la notion de contrainte
de façon autonome dans le comportement mécanique du sol.
dans un milieu granulaire
La notion de contrainte appartient à la mécanique des milieux
1.2 L’eau dans la nature continus, qui est utilisée pour décrire le comportement mécanique
des sols.
Les contraintes sont introduites pour assurer l’équilibre interne
L’eau présente dans le sol ne représente qu’une faible partie de des massifs de milieux continus : on considère un massif V de milieu
l’eau existant à la surface du globe terrestre. L’essentiel de cette eau continu, de forme quelconque (figure 2), que l’on suppose coupé en
est salée et se trouve dans les océans et les mers (97,2 %). L’eau deux parties par une surface S. Si le massif V est en équilibre sous
douce est répartie entre les glaciers (2 %), les nappes souterraines l’action des forces extérieures qui lui sont appliquées, les parties V1
(0,58 %, soit environ huit millions de kilomètres cubes), les lacs et et V2 de ce solide sont elles-mêmes en équilibre sous l’action des
cours d’eau (0,16 %) et l’atmosphère, sous forme de vapeur forces extérieures qui leur sont directement appliquées et des forces
(0,001 %). L’eau souterraine communique avec les réservoirs d’eau internes qui représentent l’effet sur V1 des forces appliquées à V2 (et
douce et salée, avec les rivières et avec l’atmosphère (évaporation réciproquement). Ces forces internes sont réparties sur la surface S.
et précipitations). Par ailleurs, en fonction de la température, elle
peut se changer en glace ou se former à partir de la glace. Si l’on note δ F la réaction élémentaire qui s’exerce sur un élément
δ S de centre M de la surface S, on définit le vecteur de contrainte σ

Cet article ne traite que de l’eau liquide à l’intérieur du sol, δF


comme la limite du rapport ------- lorsque la surface δS tend vers zéro :
dont l’état de pression et l’écoulement interagissent avec les δS
déformations et la stabilité des ouvrages. La place de cette eau
dans le cadre plus large de l’hydrogéologie est décrite dans le δF
paragraphe 7. σ = lim ------
δS
-
δS → 0

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____________________________________________________________________________________________________________________ L’EAU DANS LE SOL

σ
V1 σ
dF
n P
M τ
M
dS


S P dS
V2

Figure 3 – Projections du vecteur de contrainte sur la normale et sur


Figure 2 – Contrainte dans un milieu continu le plan de la facette S d

Le vecteur de contrainte σ dépend à la fois du point M du milieu de pression dans l’air. On peut mesurer localement la pression de
et de l’orientation de la surface δS en ce point (repérée par exemple l’eau ou la pression de l’air en utilisant un capteur comportant une
chambre de mesure rigide dans laquelle ne peut pénétrer que le
par la direction de sa normale n ). fluide dont on veut mesurer la pression.
Cette définition, qui repose sur l’existence d’une limite lorsque la La pression de l’eau est appelée pression interstitielle et notée
surface δS devient très petite, se justifie dans un milieu continu à u. Dans certains cas, on utilise aussi la notation uw (pour distinguer
une seule phase. Dans le cas d’un milieu granulaire comportant plu- la pression de l’eau de celle de l’air) ou pw , si le symbole « u » a une
sieurs phases, elle risque de ne plus intéresser que l’une des phases autre utilisation.
du milieu (particule solide, eau ou air, dans le cas d’un sol) quand la
surface δS tend vers zéro. Si l’on ne regarde jamais le comporte- La pression de l’air est appelée « pression de l’air » ou « pression
ment d’un sol à l’échelle d’une particule ou d’un pore, la définition de l’air dans les pores » et notée ua . Dans certains cas, on utilise
de la contrainte peut être étendue au milieu homogène constitué de aussi la notation pa .
l’ensemble des constituants du sol, à condition que le nombre des
particules dans le volume élémentaire dV ou sur la surface élémen-
Les pressions de l’eau et de l’air, comme les contraintes tota-
taire dS soit assez grand pour qu’on n’ait pas à les distinguer pour
les, sont en général comptées à partir de la pression atmosphé-
décrire le comportement de ce volume élémentaire (ou surface élé-
rique (à la surface d’un réservoir d’eau la pression de l’eau est
mentaire) de sol. On admet en général qu’il suffit d’une dizaine de
nulle et la contrainte totale verticale est nulle à la surface d’un
particules dans chaque direction de l’espace pour satisfaire cette
massif de sol non chargé).
condition, ce qui est souvent le cas dans la pratique (le problème ne
se pose que pour les tas d’enrochements ou de blocs de rocher).

2.2.3 Sols saturés. Contraintes effectives.


Principe des contraintes effectives
2.2 Contraintes totales et contraintes
effectives À l’intérieur d’un massif de sol, la pression de l’eau ou la pression
de l’air s’appliquent en chaque point et se combinent aux contrain-
tes totales pour induire le comportement local du sol. Dans les sols
2.2.1 Contraintes totales saturés (en eau), il est admis depuis la publication du « principe des
contraintes effectives » de Terzaghi en 1925 que les déformations
Dans les sols, le commentaire précédent conduit à introduire un des sols ne dépendent pas séparément des contraintes totales et
vecteur de contrainte défini sur l’ensemble des phases, noté σ et des pressions d’eau mais de leur différence. On introduit pour cette
appelé « vecteur de contrainte totale ». Le vecteur de contrainte raison un nouveau type de contraintes, appelées « contraintes
effectives » et qui sont reliées de la façon suivante aux contraintes
totale σ peut être projeté sur la normale n et sur le plan de la sur- totales et pressions interstitielles.
face δS (figure 3). On définit ainsi : Le vecteur de contrainte effective σ ′ est égal à :
— la contrainte totale normale σ (ou σn) ;
— la contrainte totale tangentielle τ, σ ′ = σ Ð un
qui sont telles que : avec σ′ vecteur de contrainte totale,
σ = σ n + τt
n vecteur unitaire de la normale à la surface δS,
en désignant par n et t les vecteurs unitaires de la normale et de la u pression interstitielle.
direction de la contrainte tangentielle dans le plan de δS.
Cette relation s’écrit aussi souvent sous la forme :
La contrainte totale normale peut être mesurée en utilisant un
capteur de pression mis en contact avec le sol. σ′ = σ –u

 τ′ = τ
2.2.2 Pression d’eau et pression d’air avec σ’ contrainte effective normale,
σ contrainte totale normale,
Si les phases liquide et/ou gazeuse du sol sont continues, comme
u pression interstitielle,
c’est le cas pour l’eau ou pour l’air dans les zones du schéma de la
figure 1, les pressions se transmettent à l’intérieur de chaque fluide τ contrainte totale tangentielle,
et on peut définir un champ de pression dans l’eau et/ou un champ τ’ contrainte effective tangentielle.

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L’EAU DANS LE SOL ____________________________________________________________________________________________________________________

Comme la pression de l’eau n’a pas d’influence sur les contraintes


tangentielles, τ et τ ’ sont le plus souvent appelées indistinctement Surface du sol
« contrainte tangentielle ». (horizontale) 0 Toit de la nappe
Le principe des contraintes effectives affirme que la contrainte
effective ainsi définie détermine le comportement mécanique du sol Massif de sol σv u
saturé, ce qui signifie notamment qu’il n’y a pas de déformations P
homogène
sans variations des contraintes effectives et inversement. Il en et saturé


résulte qu’une augmentation égale et simultanée de la contrainte z
totale normale et de la pression interstitielle est sans effet sur l’état
de déformation du sol.
Nota 1 : le principe des contraintes effectives est valable lorsque la rigidité de l’empile- Figure 4 – Contraintes géostatiques et nappe au repos
ment des particules qui constitue le squelette du sol est faible devant la rigidité des parti-
cules elles-mêmes et celle de l’eau. Il ne s’applique plus en particulier dans le cas des
roches et des sols dont les particules sont cimentées.
Nota 2 : lorsque les particules des sols sont bien individualisées et ont peu d’interaction
avec l’eau interstitielle (graves et sables propres), on peut montrer que les contraintes
effectives sont les « contraintes intergranulaires », qui se transmettent par les particules
dans la masse du sol. Dans le cas des argiles, cette démonstration n’est pas convaincante
et le concept de contraintes effectives doit être admis comme un principe validé par l’expé-
3. Loi d’écoulement de l’eau
rience. dans le sol
2.3 Exemple : contraintes géostatiques On ne s’intéresse dans la suite de cet article qu’à l’eau libre,
et nappe au repos aussi appelée eau gravifique.
Le sol est défini par sa porosité :
Dans un massif de sol saturé à surface horizontale, baigné par volume des vides
une nappe en équilibre (figure 4), on peut calculer la contrainte n = -------------------------------------------------
volume total
totale verticale σv et la pression de l’eau u au point P situé à la pro-
fondeur z : supposée constante au cours du temps (en fait, pour être tout à
— pour la contrainte totale verticale, l’équilibre de la couche de fait exact, il faut prendre la porosité efficace, définie comme le
sol située au-dessus du point P implique que la contrainte σv soit rapport du volume des vides dans lesquels l’eau libre peut circu-
égale à : ler au volume total). Le sol est supposé saturé dans toute la zone
σv = ρgz = γz intéressée par l’écoulement. On admet en outre qu’il est homo-
gène et, sauf mention contraire, isotrope.
avec ρ masse volumique du sol (saturé),
g accélération de la pesanteur, habituellement
prise égale à 10 m/s2 en mécanique des sols,
z profondeur du point P, comptée positivement
3.1 Définitions
vers le bas à partir de la surface du sol
(convention de la mécanique des sols),
3.1.1 Charge hydraulique
γ poids volumique du sol (saturé) ;
— pour l’eau qui remplit les pores du sol, la distribution des pres- Pour décrire les mouvements des fluides en mécanique des
sions est la même que dans une nappe en équilibre hydrostatique et fluides, on utilise la notion de charge hydraulique, qui est une éner-
la pression interstitielle u est égale à : gie potentielle par unité de volume de fluide. Pour l’écoulement de
u = ρwgz = γwz l’eau, la charge hydraulique h a pour expression :
2 2
avec ρw masse volumique de l’eau, u v u v
h = ----------- + z + ------- = ------ + z + -------
g accélération de la pesanteur, ρw g 2g γw 2g
z profondeur du point P, comptée à partir de la
avec u pression de l’eau,
surface du sol,
γw poids volumique de l’eau. ρw masse volumique de l’eau,
g accélération de la pesanteur,
Par conséquent, la contrainte effective verticale au point P est
égale à : v vitesse d’écoulement de l’eau,
σ ’v = σv – u = (ρ – ρw)gz = (γ – γw)z z cote (altitude) du point considéré, comptée
ou : positivement vers le haut à partir d’un niveau de
σ ’v = ρ ’gz = γ ’z référence donné (convention de l’hydraulique),
γw poids volumique de l’eau.
en introduisant les paramètres ρ ’ et γ ’, appelés respectivement
masse volumique déjaugée et poids volumique déjaugé et égaux à : La charge hydraulique contient trois termes : les deux premiers
ρ ’ = ρ – ρw correspondent à l’énergie des forces extérieures et le troisième à
l’énergie cinétique de l’eau en mouvement. La vitesse de l’eau dans
γ ’ = γ – γw . les sols est en général très faible : dans les couches d’argile, l’eau
parcourt une dizaine de mètres en dix ou vingt ans (quelques milli-
Les contraintes calculées dans l’hypothèse d’un massif homo- mètres par jour). Dans des cas exceptionnels, elle atteint 1 m/s. Le
gène à surface horizontale sont appelées contraintes géostatiques. terme dû à l’énergie cinétique (v 2/2g ) reste donc faible devant les

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____________________________________________________________________________________________________________________ L’EAU DANS LE SOL

deux autres. Il est pour cette raison négligé en mécanique des sols.
L’expression de la charge hydraulique se réduit donc à :
u u
h = ------------- + z = ------ + z
ρw g γw
La charge hydraulique a la dimension d’une longueur et est géné-
ralement exprimée en mètres.
trajectoire d'une molécule d'eau


La pression interstitielle u se déduit de la charge hydraulique par
direction moyenne de l'écoulement
la relation :
u = γ w(h – z)
Figure 5 – Trajectoire des molécules d’eau dans un sol

Remarque : h est la cote à laquelle remonterait l’eau dans un


tube placé dans le massif de sol au point P.

dQ v

3.1.2 Gradient hydraulique


n
Le gradient hydraulique est un vecteur défini comme l’opposé du
gradient de la charge hydraulique h :
dS

i = Ð grad h
Il a pour composantes : Figure 6 – Vitesse d’écoulement

∂h ∂h ∂h
i x = Ð --------- ; i y = Ð --------- ; i z = Ð ---------
∂x ∂y ∂z La vitesse moyenne apparente v et la vitesse moyenne vraie v ′
sont liées par la relation :
3.1.3 Surfaces équipotentielles v
v ′ = ---
et surfaces isopièzes n
avec n porosité du sol.
Les surfaces sur lesquelles la charge hydraulique est constante La vitesse moyenne vraie est un peu plus grande que la vitesse
sont appelées « surfaces équipotentielles ». Les surfaces sur les- moyenne apparente.
quelles la pression de l’eau est constante sont appelées « surfaces
isopièzes ».
Compte tenu de sa définition, le vecteur de gradient hydraulique 3.1.5 Lignes et tubes de courant
en un point P est normal à la surface équipotentielle qui passe par
ce point. On appelle ligne de courant une courbe tangente en chaque point
au vecteur vitesse d’écoulement en ce point. Il s’agit donc de la tra-
jectoire (moyenne) dans le sol de l’eau qui passe par un point. Si
3.1.4 Vitesse d’écoulement cette courbe est rectiligne, l’écoulement est dit linéaire. Par chaque
point d’un massif de sol homogène ne passe qu’une seule ligne de
Dans un sol (ou milieu poreux), les pores qui séparent les particu- courant.
les et sont offerts à la circulation de l’eau ont des dimensions et des Les lignes de courant qui partent des points d’une courbe fermée
formes très variables (figure 5). Les molécules d’eau suivent donc de l’espace délimitent un volume appelé « tube de courant », qui
une trajectoire sinueuse et irrégulière qu’il n’est pas possible de constitue une sorte de tuyau virtuel : l’eau qui entre dans un tube de
décrire simplement. courant ne peut sortir latéralement de ce volume en coupant les
On est donc conduit, faute de pouvoir raisonner sur les vitesses lignes de courant.
réelles, à introduire une vitesse moyenne dite « vitesse d’écoule-
ment », définie comme la limite du rapport dQ/dS du débit dQ à tra-
vers une section dS de normale n (figure 6). 3.2 Loi de Darcy
On démontre que, dans le cas d’un fluide incompressible, le rap-
port dQ /dS est de la forme : La vitesse d’écoulement de l’eau dans un massif de sol dépend de
dQ la géométrie des pores du sol offerts à la circulation de l’eau et aussi
-------- = v á n des différences de charge hydraulique entre les points du massif.
dS
La relation entre la vitesse d’écoulement et la charge hydraulique
le vecteur v étant défini, en chaque point, indépendamment de dans un écoulement unidimensionnel a été déterminée expérimen-
talement en 1856 par Darcy, qui étudiait le débit de l’eau dans un
l’orientation de la section dS ou encore de la normale n à cette sec- tube rempli de sable. Cette relation s’écrit sous la forme :
tion.
v = ki
Ce vecteur v est appelé « vitesse d’écoulement » (ou vitesse de
filtration). C’est une vitesse moyenne apparente, le débit étant rap- avec v vitesse d’écoulement,
porté à la section totale du sol (particules + vides). i gradient hydraulique, égal à – dh/dx (écoulement
On définit également en chaque point la vitesse moyenne vraie, unidimensionnel suivant la direction Ox ),
rapportée à la seule section des vides offerts à l’écoulement et
k coefficient de proportionnalité, appelé coefficient
notée v ′ . de perméabilité (§ 3.3).

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RV
Géotechnique
(Réf. Internet 42238)

1– Géologie R
2– Comportement mécanique des sols Réf. Internet page

Déformabilité des sols. Tassements. Consolidation C214 29

Résistance au cisaillement C216 35

Modèles de comportement élasto-visco-plastiques des géomatériaux C218 41

Modèles de comportement micromécaniques des géomatériaux C221 47

Corrélations entre les propriétés des sols C219 51

Propriétés mécaniques des sols déterminées en place C220 53

La liquéfaction des sols sous l'efet de séismes C261 59

Mécanique des roches. Généralités C350 67

Description des roches et des massifs rocheux C352 69

Topographie. Topométrie. Géodésie C5010 73

Auscultation géotechnique C229 77

L'eau dans les sols non saturés C301 83

Comportement mécanique des sols non saturés C302 87

Sols non saturés. Applications au calcul des ouvrages C303 93

Modélisation numérique des ouvrages géotechniques C258 99

3– Forages

4– Eurocode 7

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Déformabilité des sols.


Tassements. Consolidation

par Jean-Pierre MAGNAN


Ingénieur en chef des Ponts et Chaussées
Directeur technique au Laboratoire Central des Ponts et Chaussées, Paris

Professeur de mécanique des sols et des roches à l’École Nationale
des Ponts et Chaussées, Paris

1. Présentation .............................................................................................. C 214 - 2


2. Déformabilité des sols............................................................................ — 3
2.1 Généralités ................................................................................................... — 3
2.2 Compressibilité ............................................................................................ — 4
2.3 Déformabilité déviatorique et volumique.................................................. — 9
3. Calcul des tassements............................................................................ — 11
3.1 Généralités ................................................................................................... — 11
3.2 Méthode œdométrique ............................................................................... — 12
3.3 Méthode pressiométrique........................................................................... — 13
3.4 Accélération du tassement ......................................................................... — 14
3.5 Tassements admissibles ............................................................................. — 14
4. Consolidation ............................................................................................ — 15
4.1 Phénomène de consolidation ..................................................................... — 15
4.2 Théorie de la consolidation unidimensionnelle........................................ — 15
4.3 Calcul du tassement au cours du temps.................................................... — 20
4.4 Autres théories de la consolidation ........................................................... — 21
5. Pratique des études de tassements.................................................... — 23
5.1 Généralités ................................................................................................... — 23
5.2 Domaines d’emploi des méthodes de calcul ............................................ — 23
5.3 Choix des valeurs des paramètres de calcul ............................................. — 23
Pour en savoir plus........................................................................................... Doc. C 214
p。イオエゥッョ@Z@ョッカ・ュ「イ・@RPPP@M@d・イョゥ│イ・@カ。ャゥ、。エゥッョ@Z@ェオゥョ@RPQU

T ous les sols se déforment sous les charges qui leur sont appliquées, avec
des amplitudes qui peuvent aller de quelques millimètres à quelques
mètres. La prévision de ces déplacements est demandée par les nouvelles nor-
mes de calcul, pour vérifier qu’ils seront acceptables par les ouvrages à
construire.
L’amplitude des déformations du sol dépend de la nature et de l’état du sol
et des charges appliquées. Ces charges sont limitées par les conditions de
stabilité qu’il faut respecter lors de la conception des ouvrages. En pratique, les
fondations superficielles de bâtiments sont construites sur des sols relative-
ment résistants et subissent des déformations faibles, que l’on peut habituel-
lement estimer par un calcul linéaire. Les déformations les plus importantes
sont celles des massifs d’argiles molles saturées, qui peuvent durer pendant
des périodes longues (quelques mois à quelques dizaines d’années). Dans ce
cas, on utilise une loi de déformabilité non linéaire (semi-logarithmique) pour
évaluer l’amplitude finale du tassement et des déformations horizontales, et

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DÉFORMABILITÉ DES SOLS. TASSEMENTS. CONSOLIDATION ___________________________________________________________________________________

l’évolution du tassement au cours du temps est analysée en tenant compte de


l’effet de la perméabilité limitée du sol sur la vitesse de déformation (consoli-
dation) et de la viscosité du sol (fluage).
Cet article traite successivement de la déformabilité des sols (compressibilité
œdométrique, estimation des modules de déformabilité), du calcul de l’ampli-
tude des tassements finals et de la description de l’évolution des déformations
au cours du temps. Il se termine par quelques considérations sur le calcul
pratique des tassements.


Notations et Symboles 1. Présentation
Symbole Unité Définition Les sols, comme tous les autres matériaux, se déforment lorsqu’on
leur applique une charge. Conformément aux principes généraux de
e Indice des vides la mécanique des sols, les déformations des sols saturés sont liées
à des variations des contraintes effectives, c’est-à-dire à des varia-
e0 Indice des vides initial tions de la différence entre les contraintes totales et la pression de
l’eau interstitielle. Les contraintes totales sont créées par les forces
kPa, MPa Pression de préconsolidation de pesanteur et par les autres charges appliquées à la surface du sol
σp′ (par des remblais, des fondations superficielles, des radiers, etc.) ou
(L–1MT –2)
à l’intérieur du massif de sol (fondations profondes, tunnels, etc.). Les
pressions interstitielles peuvent varier indépendamment par rabat-
σv′ 0 kPa, MPa Contrainte effective verticale
tement de nappe ou par variation du degré de saturation dans les sols
initiale (L–1MT –2) non saturés. Dans le cas des sols secs, la pression de l’eau intersti-
tielle est nulle et les déformations sont directement liées aux varia-
Cc Indice de compression tions des charges appliquées. Quand le sol n’est pas saturé,
l’évaluation des déformations est plus complexe (voir article [C 301]
Cs Indice de gonflement Eau dans les sols non saturés ) mais elles proviennent aussi des varia-
(recompression) tions des contraintes totales et des pressions de l’eau (et parfois de
l’air). Cet article est consacré aux déformations des sols saturés ou
Cαe Indice de fluage secs.
Dans le cas général, les déplacements des particules d’un sol
av kPa–1, MPa–1 Coefficient de compressibilité chargé sont tridimensionnels :
(LM–1T2) — la composante verticale du déplacement est appelée tasse-
ment ;
mv kPa–1, MPa–1 Coefficient de compressibilité — les composantes horizontales sont appelées déplacements
(LM–1T2) horizontaux.
L’amplitude des déplacements du sol dépend de nombreux
Eoed kPa, MPa Module œdométrique (L–1MT –2) facteurs comme la nature du sol, les conditions de drainage,
le temps, la charge appliquée, la géométrie de la couche défor-
EM kPa, MPa Module pressiométrique (L–1MT –2) mable, etc.
Le calcul des déplacements en chaque point d’un massif de sol est
k m/s Coefficient de perméabilité (LT –1)
théoriquement possible si l’on connaît les caractéristiques du char-
gement et la loi de comportement du sol (relation entre les déforma-
cv m2/s Coefficient de consolidation tions et les contraintes effectives) (cf. article [C 218] Lois de
verticale (L2T –1) comportement et modélisation des sols ). Néanmoins, les lois de
comportement des sols sont complexes et l’on effectue habituelle-
cr m2/s Coefficient de consolidation radiale ment un calcul approché, en déterminant séparément les contraintes
(L2T –1) effectives induites par les charges appliquées, puis les déformations
correspondantes.
γ kN/m3 Poids volumique du sol (L–2MT –2) Dans de très nombreux problèmes, la surface du massif de sol est
horizontale et les charges appliquées sont verticales. Dans ce cas,
γw kN/m3 Poids volumique de l’eau (L–2MT –2) les déformations verticales du sol sont, en général, prépondérantes.
Si, de plus, la charge appliquée à la surface du sol est à peu près uni-
(1) Dans la pratique de la mécanique des sols, on admet que l’accéléra- forme, et si les dimensions de la zone chargée sont grandes par rap-
tion due à la pesanteur vaut 10 m/s2, d’où γw = 10 kN/m3. port à l’épaisseur de la couche compressible (rapport largeur/
Les symboles et unités recommandés pour le traitement des problè- épaisseur supérieur à 2 ou 3), on peut admettre que les déforma-
mes de déformabilité des sols, de tassements et de consolidation ont été tions du sol au milieu de la zone chargée sont uniquement vertica-
définis par la Société Internationale de Mécanique des Sols et de la les, comme dans le cas d’un massif semi-infini soumis à une
Géotechnique. Les unités sont conformes au Système International (SI) et
aux règles légales en France (décret no 82-203 du 26 février 1982). pression uniforme en surface (figure 1). Le sol se déforme alors
sans déplacement horizontal, ce que l’on peut reproduire aisément

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___________________________________________________________________________________ DÉFORMABILITÉ DES SOLS. TASSEMENTS. CONSOLIDATION

∆σv

1 1
2 2 2 2
y

0 a charge de faible étendue b charge d'étendue importante


x σv (z) par rapport à l'épaisseur
du sol déformable
M


1 Déformation volumique importante
z 2 Déformation déviatorique dominante

z Figure 2 – Déformations d’un massif de sol sous une charge


de surface

Figure 1 – Massif semi-infini soumis à une charge verticale uniforme


D s v en surface

en laboratoire, en appliquant des charges sur une éprouvette conte-


nue dans un cylindre rigide (œdomètre). La courbe de compressibi- 2 2 2 2
lité obtenue à l’œdomètre est l’outil de base du calcul du tassement
des sols. Les essais œdométriques et la courbe de compressibilité 1 1
œdométrique sont décrits dans le paragraphe 2 de cet article. Ce
même paragraphe décrit aussi la détermination des modules de
déformabilité à partir d’autres essais de laboratoire (essai triaxial) a excavation étroite b excavation large
ou en place (pressiomètre).
1 Déformation volumique importante
Le paragraphe 3 est consacré au calcul des tassements, dans le
cas général où l’on ne peut pas se limiter à l’étude des effets d’une 2 Déformation déviatorique dominante
c harge un if orme a p pl i q u é e à l a su rfa ce su p éri e u r e d’un
demi-espace. Il décrit la méthode de calcul pratique des tassements
sous les fondations superficielles et les remblais, et les méthodes Figure 3 – Déformations d’un massif de sol sous l’effet
utilisables pour accélérer les tassements. Il indique, d’autre part, les d’une excavation
déformations admissibles en fonction de la nature des ouvrages à
construire.
Dans les sols fins saturés, qui ont une perméabilité trop faible ■ Au voisinage d’une excavation (figure 3), les champs de
pour que l’eau interstitielle puisse se déplacer rapidement, les tasse- contraintes correspondent à une distorsion du sol dans les talus et à
ments ne sont pas instantanés lors de l’application de la charge. La un gonflement de nature plutôt volumique sous le fond de l’excava-
charge appliquée est d’abord supportée par l’eau interstitielle. Il se tion, de façon analogue mais de signe opposé au comportement du
produit ensuite le phénomène de consolidation, qui correspond à sol chargé. On doit distinguer aussi le cas des excavations étroites
un transfert progressif de la charge de l’eau interstitielle au sque- ou larges, à bord verticaux (soutenus) ou inclinés.
lette du sol. L’analyse de la consolidation du sol permet de calculer
les vitesses de tassement des sols fins. Le paragraphe 4 de cet ■ Dans une pente naturelle, en l’absence de tout chargement ou
article lui est consacré. déchargement, le sol est soumis par la pesanteur à un champ de
contraintes déviatoriques qui tend à le déformer de façon progres-
sive, sans changement de volume significatif.

2. Déformabilité des sols S’ajoute à cette première distinction des zones à déformations plu-
tôt volumiques et des zones à déformations plutôt déviatoriques, une
différenciation des déformations par leur durée : déformations ins-
tantanées (sables et graviers) ou déformations visqueuses (argiles),
2.1 Généralités déformations volumiques différées par la faible perméabilité du sol
(sols fins peu perméables : argiles, tourbes, limons).
La déformabilité prend des formes différentes selon la nature des Tout ceci laisse une large place à la coexistence de descriptions dif-
sols et le type des ouvrages, comme le montrent les quelques exem- férentes de la déformabilité des sols et de méthodes de calcul diffé-
ples suivants : rentes pour les tassements.
■ Sous une charge superficielle (figure 2), on peut distinguer, Nous allons examiner dans ce paragraphe deux descriptions clas-
comme le faisait L. Ménard pour les calculs pressiométriques, une siques de la déformabilité des sols : la compressibilité œdométrique,
zone située sous la charge où la déformation volumique domine et qui correspond aux zones de déformation volumique prédominante
une zone externe où la déformation est plutôt déviatorique (distor- (figure 2b ), et la déformabilité déviatorique, caractérisée par les
sion du sol sans changement significatif de volume). Les fondations modules de cisaillement que l’on détermine à l’appareil triaxial ou au
superficielles des murs et des poteaux correspondent généralement pressiomètre. Une description plus générale des lois de comporte-
à la situation de la figure 2a, tandis que les radiers et remblais sont ment des sols est présentée dans l’article [C 218] Lois de comporte-
plutôt de type 2b. ment et modélisation des sols.

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DÉFORMABILITÉ DES SOLS. TASSEMENTS. CONSOLIDATION ___________________________________________________________________________________

2.2 Compressibilité
Comparateur
Charge
2.2.1 Essais œdométriques
Piston Eau
L’essai œdométrique reproduit les conditions de déformation des
sols dans le cas d’un massif à surface horizontale chargé par une Réservoir
Pierre poreuse
pression uniforme et où le sol ne peut se déplacer que verticalement. supérieure
Le principe de l’œdomètre a été inventé au début du XXe siècle et cet Éprouvette
Anneau
appareil fait partie de l’équipement de tous les laboratoires de méca-
nique des sols. Pierre poreuse
inférieure


2.2.1.1 Œdomètre
L’œdomètre, utilisé pour réaliser les essais de compressibilité à a cellule ouverte
déformation horizontale nulle, comporte deux parties :
— une cellule contenant l’éprouvette de sol ;
Comparateur
— un système de mise en charge.
Charge
Évacuation supérieure
2.2.1.1.1 Cellule œdométrique de l'eau interstitielle
Deux types de cellules œdométriques sont utilisés à l’heure
actuelle. Ils se différencient par le fait que, dans un cas, on peut con- Anneau
Piston
trôler l’écoulement de l’eau qui sort de l’éprouvette ou la pression
de l’eau pendant l’essai, tandis que, dans l’autre cas, on ne le peut Pierre poreuse
pas. supérieure
Les cellules œdométriques ouvertes, qui ne permettent pas de Éprouvette
contrôler l’eau pendant l’essai, comportent (figure 4a ) :
Pierre poreuse
— une bague annulaire rigide contenant l’éprouvette de sol ; inférieure
— deux pierres poreuses assurant le drainage des deux faces Embase Évacuation
supérieure et inférieure de l’éprouvette ; inférieure
— un piston coulissant à l’intérieur de l’anneau et venant de l'eau
b cellule fermée interstitielle
charger l’éprouvette ;
— un réservoir d’eau dans lequel l’ensemble précédent est
immergé ;
— un ou deux comparateurs pour mesurer les déplacements Figure 4 – Cellule œdométrique
verticaux du piston.
Si l’on remplace la pierre poreuse inférieure par une bague métal-
lique, on peut réaliser les essais sur des éprouvettes drainées d’un s’avèrent souvent indispensables pour la réalisation des nouveaux
seul côté. types d’essais œdométriques.
Les cellules œdométriques fermées, qui permettent de contrôler Les systèmes de mise en charge utilisés pour les essais œdomé-
la quantité d’eau qui sort de l’éprouvette ou la pression de l’eau triques permettent, en général, de faire varier la pression appliquée
dans le sol, comprennent (figure 4b ) : entre 5 ou 10 kPa (poids propre du piston) et 2 500 kPa. Pour les
— une bague annulaire rigide contenant l’éprouvette de sol ; essais sur les sols raides (et les roches tendres), des œdomètres
— une embase comportant un logement pour la pierre poreuse spéciaux, permettant des charges dix fois supérieures, sont utilisés.
inférieure et un conduit pour l’évacuation de l’eau interstitielle ;
— un piston coulissant à l’intérieur de l’anneau et comportant 2.2.1.2 Essai œdométrique à chargement par paliers
un logement pour la pierre poreuse supérieure et un conduit pour
l’évacuation de l’eau interstitielle ; Cet essai, couramment appelé essai œdométrique, traduit dans la
— deux pierres poreuses assurant le drainage des deux faces de pratique l’idée qui vient à l’esprit quand on veut mesurer la
l’éprouvette ; compressibilité d’un matériau : on applique une charge, on mesure
— un ou deux comparateurs pour mesurer les déplacements la déformation jusqu’à ce qu’elle se stabilise, puis on applique une
verticaux du piston. charge plus forte et l’on recommence les observations, etc. L’inter-
prétation de l’essai consiste à tracer la courbe donnant la variation
Les éprouvettes œdométriques ont des dimensions variables de l’indice des vides de l’éprouvette en fonction de la contrainte
selon le matériel utilisé. Les dimensions les plus fréquentes sont les appliquée : c’est la courbe de compressibilité œdométrique ou
suivantes : courbe œdométrique.
— diamètre : 60 ou 70 mm ;
— hauteur : 20 ou 25 mm. L’exécution de l’essai comporte les opérations suivantes :
— taille de l’éprouvette et mise en place dans l’œdomètre ;
2.2.1.1.2 Système de mise en charge — saturation de l’éprouvette (dans le cas des sols fins pour les-
quels on s’intéresse à la vitesse de tassement, il est indispensable
Pour appliquer les charges nécessaires sur le piston de l’œdo-
que le sol soit saturé pour que l’on puisse interpréter les courbes
mètre, on utilise principalement :
de tassement au cours du temps sous chacune des charges appli-
— des systèmes mécaniques de chargement par poids, en géné- quées ; l’application d’une contre-pression est considérée comme
ral avec des bras de levier pour augmenter les efforts appliqués ; la technique de saturation la plus efficace ; elle implique l’utilisa-
— des systèmes pneumatiques ou hydrauliques. tion de cellules œdométriques fermées) ;
Ces deux types de systèmes sont également adaptés à la réalisa- — application de la charge sur le piston par paliers de 24 heures
tion des essais classiques de chargement par paliers. Toutefois, les et mesure du tassement au cours du temps sous chacune des char-
systèmes hydrauliques et pneumatiques, plus faciles à automatiser, ges successivement imposées à l’éprouvette ; on applique habituel-

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SR
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cRQT

___________________________________________________________________________________ DÉFORMABILITÉ DES SOLS. TASSEMENTS. CONSOLIDATION

lement des charges dont chacune est le double de la précédente ;


en début d’essai, la succession des charges peut être différente, elle
e
est précisée par les modes opératoires officiels des essais ; Domaine des contraintes usuelles
— en fin d’essai, déchargement de l’éprouvette, pesée avant et
après séchage à l’étuve (pour déterminer l’indice des vides) ; A
— dépouillement des résultats.
La procédure de l’essai œdométrique à chargement par paliers
est décrite par la norme française XP P 94-091. Les modes opératoi-
res détaillés des différents types d’essais œdométriques décrits
dans cet article ont été publiés par le Laboratoire Central des Ponts C B
et Chaussées [6].
D


E
2.2.1.3 Courbe de compressibilité des sols pulvérulents
F
La perméabilité des sols pulvérulents est en général assez forte
pour que l’eau ne s’oppose pas à la déformation du sol. Les défor-
mations sont pratiquement instantanées. Elles sont dues :
— pour l’essentiel au réarrangement des particules qui consti- 1 MPa σ 'v
tuent le squelette solide du sol ;
— pour une faible part, à la déformation des particules solides Dans la partie AB de la courbe, la variation de volume est notable et
provient surtout du réarrangement des grains. Dans la partie EF, elle est
aux points de contact entre les particules. faible et provient de la déformation élastique des grains.
La courbe de compressibilité œdométrique d’un sol pulvérulent a
l’allure générale indiquée sur la figure 5, en termes d’indice des Si l'on décharge et recharge l'éprouvette (trajet BC et CD), on constate
que le comportement du matériau n'est pas réversible ; seule, la part
vides e (cf. article [C 208] Description, identification et classification liée à la déformation élastique des grains est récupérée.
des sols ) et de contrainte effective verticale σ v′ (cf. article [C 212]
L’eau dans les sols ). Si l’on décharge puis recharge une éprouvette,
on constate que le comportement du sol n’est pas réversible (trajets Figure 5 – Courbe œdométrique d’un sol pulvérulent
BC et CD sur la figure 5).
En pratique, l’essai œdométrique est peu utilisé pour les sables.

2.2.1.4 Courbe de compressibilité des sols fins Échelle logarithmique


La perméabilité des sols fins est en général faible et l’écoulement t100 tf t
de l’eau à travers les pores du sol ne s’effectue pas instantanément.
Consolidation Compression
Les charges appliquées à la surface de l’éprouvette se transmettent primaire secondaire
d’abord à l’eau puis, progressivement, au squelette solide, au fur et
à mesure que l’eau sort du sol. Tassement s0
instantané A
Les déformations de l’éprouvette sous chaque charge appliquée B
dépendent donc du temps et l’on est conduit à étudier le phéno-
mène en deux étapes : Tassement de
— la première (§ 2.2.1.4.1) concerne l’évolution du tassement s consolidation
I
(ou de l’indice des vides e) de l’éprouvette en fonction du temps,
pour une valeur donnée de la pression σv appliquée ;
— la seconde (§ 2.2.1.4.2) concerne la variation de l’indice des s100
vides ef à la fin de chaque étape de chargement, en fonction de la Tassement de J
pression σ v′ (à la fin de chaque étape de chargement, les pressions compression
secondaire
σv et σ v′ sont égales). Elle permet de construire la courbe de sf C
compressibilité du sol, appelée couramment courbe œdométrique.
s
2.2.1.4.1 Courbe de consolidation
La courbe de variation du tassement s en fonction du logarithme La courbe présente d'abord un palier sensiblement horizontal AB, une
du temps t a l’allure indiquée sur la figure 6. On a l’habitude de dis- partie BI décroissante, à concavité tournée vers le bas, puis, au-delà du
tinguer trois parties dans cette courbe : point d'inflexion I, une partie IC à concavité tournée vers le haut.

— la compression initiale ou instantanée, lors de l’application de La pression interstitielle est considérée comme dissipée au temps,
la charge (a ) ; noté t100 , correspondant au point d'intersection J de la tangente à la
— la consolidation primaire, qui correspond à la dissipation de courbe au point d'inflexion I, et de l'asymptote à la partie IC de la
courbe.
la pression interstitielle (b ) ;
— la compression secondaire, qui se poursuit dans le temps On note la valeur du tassement correspondant s100 , ainsi que celle du
après la dissipation de la surpression interstitielle (c ). tassement en fin d'essai sf , (indice des vides ef ).
En général, la consolidation primaire est le phénomène prépon-
dérant et, pour les épaisseurs habituelles des éprouvettes, elle se Figure 6 – Courbe de consolidation d’un sol fin
termine en moins de 24 heures (temps t100 sur la figure 6).

2.2.1.4.2 Courbe œdométrique des 24 heures. On peut alors tracer le diagramme donnant la varia-
Par convention, l’essai est réalisé en augmentant toutes les 24 heu- tion de l’indice des vides e (en réalité, l’indice des vides ef au bout
res la pression appliquée à l’éprouvette et l’on admet que la défor- des 24 heures) en fonction de la contrainte effective σ v′ (égale à
mation finale sous chaque charge est celle que l’on mesure au bout la contrainte totale, c’est-à-dire à la pression appliquée σv puisque la

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Résistance au cisaillement

par Jean-Pierre MAGNAN


Ingénieur en chef des Ponts et Chaussées


Docteur ès Sciences
Directeur technique, Laboratoire Central des Ponts et Chaussées
Professeur adjoint à l’École Nationale des Ponts et Chaussées

1. Rappel : contraintes et déformations dans les sols....................... C 216 - 2


1.1 État de contraintes en un point d’un milieu continu ................................ — 2
1.2 État de déformation en un point d’un milieu continu .............................. — 5
1.3 Relations entre contraintes et déformations ............................................. — 5
2. Résistance et rupture des sols ............................................................. — 6
2.1 Modes de rupture ........................................................................................ — 6
2.2 Définition de la rupture du sol.................................................................... — 6
2.3 Comportement drainé et non drainé d’un sol........................................... — 6
2.4 Détermination en laboratoire des caractéristiques drainées
et non drainées ............................................................................................ — 7
2.5 Calculs à court terme et à long terme........................................................ — 7
3. Essais de laboratoire............................................................................... — 8
3.1 Essais à l’appareil triaxial de révolution .................................................... — 8
3.2 Essais de compression simple ................................................................... — 10
3.3 Essais de cisaillement direct à la boîte ...................................................... — 10
3.4 Essais de cisaillement direct alterné à la boîte ......................................... — 11
3.5 Essais au scissomètre de laboratoire......................................................... — 12
4. Essais en place.......................................................................................... — 12
4.1 Essais au scissomètre de chantier ............................................................. — 12
4.2 Essais au pénétromètre statique ................................................................ — 13
4.3 Essais au pressiomètre autoforeur ............................................................ — 13
5. Résistance au cisaillement des sols pulvérulents .......................... — 14
5.1 Courbe effort-déformation. Résistance au cisaillement ........................... — 14
5.2 Courbe intrinsèque ...................................................................................... — 14
5.3 Angle de frottement interne ....................................................................... — 15
5.4 Variation de volume en cours de cisaillement.
Indice des vides critique. État caractéristique ........................................... — 15
5.5 Essai pressiométrique ................................................................................. — 17
6. Résistance au cisaillement des sols cohérents ............................... — 17
p。イオエゥッョ@Z@ヲ←カイゥ・イ@QYYQ@M@d・イョゥ│イ・@カ。ャゥ、。エゥッョ@Z@ェオゥョ@RPQU

6.1 Comportements drainé et non drainé........................................................ — 17


6.2 Caractéristiques drainées............................................................................ — 17
6.3 Caractéristiques non drainées .................................................................... — 20
6.4 Variation de volume en cours de cisaillement .......................................... — 22
7. Conclusions ............................................................................................... — 22
7.1 Expression générale de la résistance au cisaillement .............................. — 22
7.2 Choix des paramètres ................................................................................. — 23
Références bibliographiques ......................................................................... — 25

es symboles et unités recommandés pour le traitement des problèmes de


L résistance au cisaillement ont été définis par la Société Internationale de
Mécanique des Sols et des Travaux de Fondations [1] [Form. C 201].

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RÉSISTANCE AU CISAILLEMENT __________________________________________________________________________________________________________

(0)
Symboles et unités des paramètres mécaniques des sols utilisés dans cet article

Paramètre Symbole Unité Dimension


Cohésion ................................................ c kPa L–1 MT –2
Angle de frottement interne ................. ϕ degré
Cohésion effective................................. c’ kPa L–1 MT –2
Angle de frottement effectif ................. ϕ’ degré
Cohésion non drainée........................... cu kPa L–1 MT –2
Cohésion apparente .............................. cuu kPa L–1 MT –2


Angle de frottement apparent.............. ϕuu degré
Cohésion remaniée cr kPa L–1 MT –2
Sensibilité .............................................. St
Cohésion résiduelle............................... c R′ kPa L–1 MT –2
Angle de frottement résiduel ............... ϕ R′ degré
Taux d’augmentation de cu .................. λcu
Résistance à la compression simple.... Rc kPa L–1 MT –2
Effort de pointe statique ....................... Qc kN LMT –2
Résistance de pointe statique .............. qc kPa L–1 MT –2
Effort de frottement latéral ................... Qs kN LMT –2
Frottement latéral unitaire.................... fs kPa L–1 MT –2

1. Rappel : contraintes Le tenseur des contraintes ⫽



σ est souvent décomposé en la somme

et déformations dans les sols d’un tenseur sphérique S et d’un tenseur déviatorique D :

⫽ ⫽ ⫽
σ = S+D
Les notions de contraintes et de déformations font partie des
connaissances acquises dans toutes les études techniques et le σx – σm σ xy σ xz
présent article est limité au rappel des définitions et des principaux 1 0 0

résultats utilisés pour l’étude de la résistance au cisaillement des σ = σm 0 1 0 + σ xy σy – σm σ yz
sols. 0 0 1 σ xz σ yz σz – σm

Le terme σm est la moyenne arithmétique des termes de la dia-


1.1 État de contraintes gonale du tenseur des contraintes (premier invariant), appelée
contrainte moyenne (ou contrainte moyenne octaédrique σoct ) :
en un point d’un milieu continu
σx + σ y + σz σ1 + σ2 + σ3
1.1.1 Tenseur des contraintes σ m = --------------------------------- = -----------------------------------
3 3
L’état de contraintes en un point M d’un milieu continu est complè- Le tenseur déviatorique a une trace nulle et est souvent représenté
tement défini par le tenseur à six composantes : par le déviateur des contraintes, noté q et égal au second invariant
du tenseur déviatorique. En termes de contraintes principales, ce
σx σ xy σ xz déviateur des contraintes est égal à :

σ = σ xy σ y σ yz ( σ 1 – σ 2 )2 + ( σ 2 – σ 3 )2 + ( σ 3 – σ 1 )2
σ xz σ yz σ z q = ------------------------------------------------------------------------------------------------
-
6

dont on utilise souvent la représentation dans le repère des direc-


Le vecteur de contrainte f s’exerçant sur un plan Π passant par
tions principales :
le point M, plan repéré par les cosinus directeurs de sa normale n
σ1 0 0 (figure 1a ), est égal à :
⫽=
σ 0 σ2 0
0 0 σ3 f = ⫽
σ⋅ n

Les trois contraintes principales majeure σ 1 , intermédiaire σ 2 et


mineure σ 3 ne déterminent pas de façon complète l’état de Le vecteur de contrainte f peut être représenté par ses projections
contraintes au point M, qui dépend aussi de l’orientation des axes sur la normale n (contrainte normale σ ) et sur le plan Π (contrainte
principaux (par exemple, des trois cosinus directeurs de la contrainte tangentielle τ ).
principale majeure).

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Figure 2 – Représentation de Mohr : états de contraintes possibles

Figure 1 – État de contraintes en un point d’un milieu continu


1.1.3 Représentations de Lambe et de Cambridge.
Chemins de contraintes
1.1.2 Représentation de Mohr. Cercle de Mohr
Dans la plupart des problèmes de mécanique des sols, l’état de
La représentation des variations de σ et τ quand le plan Π tourne contraintes varie au cours du temps et il est important de pouvoir
autour du point M est équivalente à la donnée du tenseur des représenter simplement ces variations. La représentation de Mohr,
⫽ dans laquelle à chaque état de contraintes correspond un cercle, n’est
contraintes à six composantes σ . Le point F de coordonnées (σ, τ ) pas utilisable en pratique et d’autres représentations ont dû être
est tel que OF = f et l’angle (Oσ, OF) est égal à l’angle α du vecteur recherchées. Deux d’entre elles sont fréquemment utilisées, celle de
Lambe et celle de Roscoe et de ses collaborateurs à l’université de
contrainte f avec la normale n au plan Π (figure 1b ). Cette repré- Cambridge.
sentation, dite de Mohr, est très utilisée pour l’étude de la résistance La représentation de Lambe est équivalente à celle de Mohr, en
au cisaillement des sols à cause des propriétés du cercle de Mohr. ce sens qu’elle remplace un cercle de Mohr par son sommet, de
Lorsque le plan Π balaie l’ensemble des orientations possibles coordonnées :
autour du point M, le point F de coordonnées (σ, τ ) se déplace dans s = (σ 1 + σ 3 )/2
la zone hachurée du diagramme de la figure 2. Ce domaine est limité
par trois cercles centrés sur l’axe des contraintes normales Oσ et t = (σ 1 – σ 3 )/2
dont les points extrêmes correspondent aux contraintes principales La représentation de Cambridge utilise la contrainte moyenne σm ,
σ 1 , σ 2 et σ 3 . Chacun de ces cercles est le lieu des états de contraintes notée p, et le déviateur des contraintes q. Elle permet donc de
(σ, τ ) lorsque le plan Π tourne autour de la direction de l’autre prendre en compte l’influence de la contrainte principale inter-
contrainte principale (par exemple, le cercle de diamètre σ 1 – σ 3 médiaire σ 2 . Néanmoins, pour certaines applications, les expres-
correspond aux états de contraintes sur les plans Π tournant autour sions se simplifient ; ainsi, pour l’analyse des essais triaxiaux (§ 3.1),
de la direction de la contrainte principale σ 2 ). Le plus grand de ces on a toujours σ 2 = σ 3 d’où :
cercles est appelé cercle de Mohr.
p = (σ 1 + 2σ 3 )/3
Ce cercle est très utilisé en mécanique des sols pour l’inter-
prétation des essais de cisaillement en laboratoire (§ 3.1.3) et pour q = σ1 – σ3
l’analyse des problèmes dans lesquels l’une des directions princi-
pales reste constante (calculs bidimensionnels, par exemple). On appelle chemin de contraintes l’ensemble des points repré-
Le cercle de Mohr (figure 3) possède des propriétés géométriques sentant les états de contraintes successifs d’un point du milieu
utiles : continu considéré. La figure 4 montre quelques chemins de
contraintes dans les deux représentations de Lambe (figure 4a ) et
— lorsque le plan Π tourne d’une angle β autour de l’axe Mσ 2 de Cambridge (figure 4b ).
(figure 3a ), le point F se déplace sur le cercle de Mohr d’un angle
– 2β ;
— si l’on trace par le point F’, symétrique de F par rapport à l’axe 1.1.4 Contraintes totales et contraintes effectives
Oσ, la parallèle à la trace du plan Π dans le plan des contraintes prin-
cipales Mσ 1 σ 3 , cette droite recoupe le cercle de Mohr en un point
P appelé pôle, dont on démontre qu’il est fixe quand le plan tourne Suivant les circonstances, différents systèmes de contraintes sont
autour de l’axe Mσ 2 ; utilisés pour l’étude des problèmes de mécanique des sols. Dans
— connaissant le pôle du cercle de Mohr, on obtient les traces les sols saturés, on distingue classiquement (cf. article L’eau dans
des plans sur lesquels s’exercent les contraintes principales majeure le sol [C 212] dans cette rubrique) :
et mineure en traçant les droites PA et PB (les directions des ⫽
— les contraintes totales σ ;
contraintes principales correspondantes sont perpendiculaires à ces ⫽
plans, de sorte que la contrainte principale majeure σ 1 est dirigée — les pressions interstitielles u ⋅ 1 ;
selon PB et la contrainte principale mineure est dirigée selon PA) ⫽ ⫽
— les contraintes effectives ⫽σ ′ = σ – u ⋅ 1.
(figure 3b ) ;
— le rayon du cercle de Mohr est égal à (σ 1 – σ 3)/2, et son
centre C a pour abscisse (σ 1 + σ 3)/2.

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Figure 3 – Cercle de Mohr

Dans les représentations de Lambe et de Cambridge, les points


et les chemins de contraintes effectives se déduisent également des
états et chemins de contraintes totales par une translation de u paral-
lèlement à l’axe des s (ou des p ). Des exemples de chemins de
contraintes totales et effectives sont représentés sur les figures 5b
et c. Ces exemples illustrent l’existence des relations :
s’ = s – u
t’ = t
et p’ = p – u
q’ = q
entre les contraintes totales et effectives.
Dans les sols secs, la pression interstitielle n’existe pas et l’on
Figure 4 – Chemins de contraintes utilise un seul système de contraintes. On peut formellement définir
des contraintes effectives identiques aux contraintes totales et une
pression interstitielle identiquement nulle.
Les définitions données dans les paragraphes précédents peuvent Dans les sols fins non saturés, l’existence de forces capillaires
être appliquées aux contraintes totales comme aux contraintes variables avec le degré de saturation rend inopérante la notion de
effectives. contrainte effective. En l’absence de modèle mieux adapté, on ana-
lyse la résistance au cisaillement en termes de contraintes totales.
Dans la représentation de Mohr, les cercles de Mohr en contraintes
effectives se déduisent des cercles de Mohr en contraintes totales
par une translation d’amplitude égale à la pression interstitielle u,
parallèlement à l’axe des contraintes normales (figure 5a ).On a en
effet :
σ’ = σ – u
τ’ = τ

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Les six composantes du tenseur des déformations s’expriment


en fonction des composantes (u, v, w ) du vecteur de déplacement
par les relations :
εx = ∂u / ∂x γxy = ∂v / ∂x + ∂u / ∂y
εy = ∂v / ∂y γyz = ∂w / ∂y + ∂v / ∂z
εz = ∂w / ∂z γxz = ∂u / ∂z + ∂w / ∂x
Il existe également trois directions principales orthogonales, par
rapport auxquelles le tenseur des déformations s’écrit sous la forme :

ε1 0 0



ε = 0 ε2 0
0 0 ε3

Les déformations ε 1 , ε 2 et ε 3 sont appelées déformations princi-


pales. La déformation volumique εvol est égale à la trace du tenseur
des déformations :
εvol = εx + εy + εz = ε 1 + ε 2 + ε 3

1.3 Relations entre contraintes


et déformations

La description du comportement d’un milieu continu sollicité par


des forces de volume ou de surface suppose la connaissance :
— de la loi de comportement, qui relie à tout instant t et en tout
point du milieu le tenseur des contraintes et celui des déformations ;
— des conditions initiales et aux limites sur les contraintes et les
déformations.
Dans le cas des sols, la loi de comportement est particulièrement
complexe. Dans les calculs courants, par souci de simplification, on
ne cherche pas à déterminer les déformations des sols jusqu’à la
rupture, mais on sépare le problème des déformations de celui de
la stabilité. Pour les calculs de déformations, on utilise notamment
les méthodes décrites dans l’article Compressibilité. Consolidation.
Tassement [C 214] de cette rubrique. Pour les études de stabilité, on
recourt au concept de critère de plasticité ou, plus exactement, de
rupture, en admettant que les déformations du sol avant la rupture
ont un effet négligeable sur les conditions de rupture.
La plupart des méthodes de calcul de stabilité classiques en
mécanique des sols reposent sur la théorie de la plasticité. Dans cette
théorie, on admet que les déformations restent petites et réversibles
tant que l’on reste, dans l’espace des contraintes (espace à six dimen-
sions), à l’intérieur d’un certain domaine. La frontière de ce domaine
est appelée frontière (ou surface) d’écoulement. Dès que l’état de
contraintes en un point du milieu atteint cette frontière, des déforma-
tions plastiques irréversibles apparaissent. L’équation de la frontière
d’écoulement dans l’espace des contraintes est appelée critère
Figure 5 – Contraintes totales et contraintes effectives d’écoulement ou critère de plasticité. Sa forme générale est :

G ( σ ij , ε ij , ε̇ ij , t … ) = 0
1.2 État de déformation car elle peut dépendre des déformations εij , des vitesses de défor-
en un point d’un milieu continu mation ε̇ ij , du temps t, etc.
Les formes les plus simples utilisées en pratique supposent que
Dans les conditions habituelles de la mécanique des sols, où les seules interviennent les contraintes principales, et parfois même
déformations restent petites (au plus de 10 à 20 %), l’état de défor- seulement certaines d’entre elles.
mation en un point peut être caractérisé par le tenseur des Des formes plus complexes de la loi de comportement des sols
déformations : ont été mises au point et sont utilisées pour les études numériques,
le plus souvent par la méthode des éléments finis. Elles ne sont pas
εx γ xy /2 γ xz /2 traitées dans le présent article, qui se limite à l’exposé de la résistance

ε = γ xy /2 εy γ yz /2 des sols au cisaillement dans l’optique de l’utilisation des méthodes
classiques d’analyse de la stabilité des ouvrages en mécanique des
γ xz /2 γ yz /2 εz sols.

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Modèles de comportement élasto-


visco-plastiques des géomatériaux
par Félix DARVE
Professeur émérite, Institut Polytechnique de Grenoble
Laboratoire Sols, Solides, Structures, Risques – Université Grenoble Alpes (Grenoble,
France)


et Luc SIBILLE
Maı̂tre de Conférences – Institut universitaire de Technologie 1 Grenoble – Université
Joseph Fourier
Laboratoire Sols, Solides, Structures, Risques – Université Grenoble Alpes (Grenoble,
France)

1. Cadre général à l’élaboration des modèles


de comportement phénoménologiques ...................................... C 218v2 – 2
1.1 Fonctionnelle rhéologique ................................................................. — 3
1.1.1 Principe de déterminisme global ............................................ — 3
1.1.2 Propriétés de la fonctionnelle rhéologique ............................ — 3
1.2 Écriture incrémentale des lois de comportement ............................. — 3
1.2.1 Principe de déterminisme incrémental ................................... — 3
1.2.2 Propriétés de la fonction rhéologique incrémentale .............. — 4
2. Cas des géomatériaux non-visqueux........................................... — 4
2.1 Expression canonique des lois incrémentales élasto-plastiques ..... — 4
2.2 Classification des lois élasto-plastiques des géomatériaux ............. — 5
2.3 Expression des lois élasto-plastiques bi-linéaires non-associées
avec écrouissage ................................................................................ — 6
3. Visco-élasto-plasticité des géomatériaux .................................. — 7
3.1 Décomposition instantanée/différée .................................................. — 8
3.2 Décomposition réversible/irréversible ............................................... — 8
4. Applications ..................................................................................... — 8
4.1 Illustrations pratiques ........................................................................ — 8
4.1.1 Quatre critères de plasticité les plus employés ..................... — 8
4.1.2 Potentiel plastique le plus employé ........................................ — 12
4.1.3 Exemple de loi de comportement élasto-plastique :
le modèle dit « CAM-CLAY » ................................................... — 13
4.2 Cas des chargements complexes ...................................................... — 15
4.2.1 Loi multi-linéaire : « la loi octo-linéaire » ............................... — 15
4.2.2 Loi non-linéaire : « la loi non-linéaire du second ordre » ...... — 15
4.2.3 Exemple de chargement complexe : le chemin circulaire ...... — 16
4.3 Rupture des géomatériaux ................................................................. — 16
4.3.1 Rupture des sols dans les expériences ................................... — 17
4.3.2 Critère général de rupture pour les géomatériaux ................. — 17
4.3.3 Domaine de rupture et cônes d’instabilité ............................. — 19
5. Cas des géomatériaux non saturés ............................................. — 19
5.1 Propriétés mécaniques des sols non-saturés .................................... — 19
5.2 Modélisations du comportement des sols non-saturés .................... — 22
5.2.1 Courbes de rétention d’eau ..................................................... — 23
5.2.2 Expressions de la contrainte totale ......................................... — 23
6. Conclusion........................................................................................ — 23
Pour en savoir plus.................................................................................. Doc. C 218v2

egroupant sous le terme générique de « géomatériaux », les principaux


R matériaux du génie civil que sont les sols, les roches et les bétons, nous
tentons ici de donner à l’ingénieur tous les éléments pour pouvoir faire un
p。イオエゥッョ@Z@ェ。ョカゥ・イ@RPQV

choix pertinent entre les différentes lois ou modèles de comportement de type

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MODÈLES DE COMPORTEMENT ÉLASTO-VISCO-PLASTIQUES DES GÉOMATÉRIAUX ––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

phénoménologique que les codes industriels modernes mettent à sa disposi-


tion, dans le cadre de calculs par la « méthode des éléments finis » ou des « dif-
férences finies ». Et ce choix n’est jamais trivial entre des modèles simplistes ne
prenant pas en compte les aspects majeurs du comportement que l’ingénieur
veut décrire et des modèles complexes qui nécessiteront une détermination
coûteuse et longue des multiples paramètres mécaniques du modèle. Nous par-
tirons d’une analyse phénoménologique débouchant sur les principaux modè-
les visco-élasto-plastiques, que nous classerons de manière exhaustive. Le for-
malisme élasto-plastique général sera établi et des exemples de lois de
comportement utilisées dans les codes de calcul industriels seront donnés.
Nous aborderons le problème des chargements cycliques, importants dans la
pratique. Les limites des modèles phénoménologiques seront précisées à cette

R occasion. Par ailleurs, la question, fondamentale pour l’ingénieur, de la rupture


de ces matériaux fait l’objet d’avancées très significatives depuis 20 ans et nous
présenterons un critère de rupture détectant les différents modes de ruine qui
peuvent être observés in situ sous des formes très variées (coulées de boues,
liquéfaction sous séismes, glissements de terrains par translation ou rotation en
masse, fissuration répartie ou fracturation localisée des roches, etc…). Des
conclusions majeures en seront tirées pour le génie civil pratique.
Par ailleurs, les géomatériaux in situ sont le plus souvent dans un état de non-
saturation et peuvent donc être considérés comme des matériaux tri-phasiques :
squelette granulaire solide, liquide interstitiel (eau, pétrole…) et gaz interstitiel
(air, vapeur d’eau, gaz naturel…). Alors que les modèles de comportement des
géomatériaux n’ont jusque là pris en compte que des états secs ou saturés, il
est établi depuis longtemps que leur comportement mécanique peut varier de
manière drastique avec leur degré de saturation. Ainsi une argile passera de
l’état d’une boue argileuse sans cohésion à celui d’une pierre tendre dotée
d’une très forte cohésion en faisant varier uniquement la quantité d’eau pré-
sente dans le matériau. Une meilleure compréhension des couplages sol-eau-
air permet aujourd’hui à la fois de donner un cadre pour la formulation de ce
comportement couplé et, pour la première fois, de mettre à la disposition des
ingénieurs des modèles numériques devenus réalistes.

Ces modèles sont bâtis au sein d’un cadre général dont les bases
1. Cadre général sont fournies par la mécanique des milieux continus et la rhéolo-
à l’élaboration des modèles gie. Certaines hypothèses générales seront admises. Ainsi, nous
supposerons que la matrice-gradient du champ des déplacements
de comportement suffit pour décrire la déformation du géomatériau. Nous ignorons
là les théories dites « du second gradient » [1], même si, dans les
phénoménologiques cas de forts gradients, elles pourraient être intéressantes. Le « prin-
cipe d’action locale » [2] sera supposé s’appliquer, impliquant que
seules les valeurs locales des variables interviennent dans l’expres-
sion des lois de comportement, qui seront ainsi valables pour un
point matériel ou un échantillon homogène. Des lois non-locales [3]
Notations :
ont cependant pu être appliquées avec succès aux bétons. Enfin,
– scalaire : a ; l’hypothèse sera faite de l’inexistence de couples ponctuels, le ten-

– vecteur : a ; seur de contrainte eulérien classique dit « de Cauchy », symétrique,
– tenseur d’ordre 2 (matrice) ou supérieur : a ou A ; sera utilisé et aucune mécanique de type « Cosserat » ne sera prise
 – un point entre deux vecteurs représente le produit scalaire : en compte. Nos lois de comportement ne feront ainsi intervenir
a ⋅b ; aucune longueur interne, ce qui nous interdira, par exemple, de
– on adopte la convention d’Einstein de sommation automa- pouvoir décrire la largeur d’une bande de cisaillement. En fait,
tique sur un indice répété deux fois : cette largeur de bande relève d’une mécanique discrète qui est
  abordée dans l’article [C 221].
a ⋅ b = ai bi = a1b1 + a2 b2 + a3 b3
Par ailleurs, nous ne traiterons du comportement des géomaté-
riaux que dans les situations où, ni la température, ni les inter-
– on adopte la convention de signe classique de mécanique
des sols où on compte positivement les contraintes de compres- actions chimiques ne jouent un rôle significatif. Naturellement, tou-
sion et les déformations de raccourcissement. tes ces lois de comportement seront supposées obéir au principe
d’objectivité. Ceci implique leur indépendance par rapport au

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––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––– MODÈLES DE COMPORTEMENT ÉLASTO-VISCO-PLASTIQUES DES GÉOMATÉRIAUX

temps physique, l’utilisation de variables toutes de nature tenso- matériau. Dans le cas de déformations pour partie plastiques ou
rielles (c’est-à-dire respectant les règles de tensorialité lors de chan- avec endommagement, la fonctionnelle rhéologique sera donc sin-
gement de repères d’expression), l’invariance du comportement gulière en chacun de ses points.
par toute rotation spatiale (principe d’isotropie de l’espace) et la Ceci peut être visualisé simplement en considérant un comporte-
mise en œuvre d’opérateurs de dérivation temporelle objective ment mono-dimensionnel élasto-plastique. La contrainte et la
(tels que la dérivée de Jaumann). déformation sont alors des scalaires et le comportement est décrit
Tout domaine de la physique repose sur une distinction entre par une courbe dans le plan (s, e). En présence de déformations
causes et effets et se base donc sur un principe de déterminisme. plastiques, les modules tangents à la charge E+ et à la décharge E-
En rhéologie, deux formulations de ce principe ont dû être envisa- vont être différents, le module à la charge traduisant la plasticité,
gées (et nous verrons pourquoi). Nous les abordons maintenant tandis que le module à la décharge est élastique (leur rapport peut
successivement en relation avec les deux modes de formulation donc être arbitrairement grand au voisinage de la rupture plas-
des lois de comportement par la fonctionnelle rhéologique ou par tique, voir figure 1).
l’écriture incrémentale. Sur un plan mathématique, cela se traduit par le fait que les déri-


vées à gauche et à droite sont différentes, manifestant le fait que la
1.1 Fonctionnelle rhéologique fonctionnelle n’est pas dérivable en ce point : elle est donc
singulière.
1.1.1 Principe de déterminisme global & En conclusion, pour décrire la partie élasto-plastique du compor-
Soit un échantillon homogène de matériau, respectant les hypo- tement des géomatériaux, il nous faudrait utiliser une fonctionnelle
thèses formulées ci-dessus et dans un état de référence donné. Le rhéologique non-linéaire et non-différentiable. L’appareil mathéma-
principe de déterminisme, dans son énoncé global, implique que, tique nécessaire serait d’une telle complexité qu’il a fallu dévelop-
si l’expérimentateur applique à cet échantillon une histoire de per un autre formalisme : l’écriture incrémentale des lois de com-
déformation H(t), le chemin de réponse en contrainte est déterminé portement, qui fait l’objet du § 1.2.
unique.
Mathématiquement, cela se traduit par l’existence d’une fonc- 1.2 Écriture incrémentale des lois
tionnelle reliant la contrainte à l’instant courant t à l’histoire de la
déformation : de comportement
σ (t ) = ᑠ ⎡⎣H (τ )⎤⎦ Cette écriture repose sur une autre expression du principe de
(1) déterminisme : l’énoncé incrémental.
− ∞< τ ≤t

Il s’agit bien ici d’une fonctionnelle et non d’une fonction, 1.2.1 Principe de déterminisme incrémental
puisque l’opérateur considéré relie une fonction s (t) à une autre
fonction H(t). Soit un échantillon homogène de géomatériau dans un état
déformé quelconque, le matériau est supposé vérifier nos hypothè-
La déformation H(t) est ici le gradient du champ des positions
ses générales de départ. Le principe de déterminisme dans son
des particules matérielles. Cette matrice-gradient peut se décompo-
énoncé incrémental implique que, si l’expérimentateur applique
ser en le produit d’une rotation (caractérisée par une matrice ortho-
une petite sollicitation, quasi-statique, pendant l’incrément de
gonale) par une déformation pure (matrice symétrique) d’après le
temps dt, la petite réponse est déterminée unique.
théorème dit de « décomposition polaire ».
Pour respecter le principe d’objectivité, nous définissons la petite
L’application du principe d’objectivité, rappelé ci-dessus,
sollicitation comme le produit de la vitesse de déformation pure
implique que l’on peut se ramener à l’étude de la dépendance de
la fonctionnelle par rapport à la seule déformation pure.
σ
1.1.2 Propriétés de la fonctionnelle rhéologique
& La première propriété se déduit directement du principe d’objec- E
+

tivité et implique l’invariance de la fonctionnelle dans toute rotation −


E
spatiale (en d’autres mots, l’espace n’intervient pas sur le compor-
tement mécanique des matériaux qu’il contient). La fonctionnelle
est ainsi une fonction isotrope par rapport à l’espace.
& La seconde propriété, qui peut être discutée, est celle de sa
linéarité. Effectivement, si la fonctionnelle rhéologique est suppo-
sée linéaire et, si le vieillissement du matériau considéré est
négligé, on obtient ici l’ensemble des lois visco-élastiques linéaires,
souvent introduites sur la base du principe de superposition de
Boltzmann.
Ces hypothèses conduisent au large corpus des lois visco-élasti-
ques linéaires, dont le comportement est décrit par des intégrales
fonctions du temps. La visco-élasticité des roches et des bétons a ε
souvent été modélisée dans ce cadre-là.
Pour les géomatériaux, considérés dans cet article, en général
0
leur élasticité est non-linéaire et une partie de leurs déformations
est d’origine plastique ou due à leur endommagement. Leur fonc- σ et ε sont des scalaires. En tout point, les modules tangents
tionnelle ne peut donc pas être considérée comme linéaire. + −
différents en charge E et en décharge E impliquent des dérivées
& La troisième propriété est de nature beaucoup plus fondamen- à gauche et à droite différentes. La fonctionnelle rhéologique n’est
donc dérivable en aucun point.
tale et se rattache au théorème d’Owen et Williams [4] qui
implique que, pour tout matériau non-visqueux, faire l’hypothèse
d’une fonctionnelle régulière interdit toute dissipation interne au Figure 1 – Comportement élasto-plastique monodimensionnel

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(partie symétrique de la matrice-gradient du champ des vitesses Par contre, pour F, si l’échantillon comme la sollicitation incrémen-
des points matériels) par dt (la « déformation incrémentale ») et la tale tournent par rapport à l’espace, rien n’est changé : la réponse
petite réponse comme le produit de la dérivée de Jaumann du ten- tourne de manière identique.
seur de contrainte de Cauchy par dt (la « contrainte incrémentale »). Les géomatériaux présentent généralement une forte double ani-
Cependant, l’expérience met en évidence la possibilité d’imposer sotropie : inhérente (par exemple, les sols stratifiés ou ayant sédi-
des chargements mixtes (contrainte et déformation), comme, par menté dans le champ de pesanteur) et induite (produite par le che-
exemple, dans l’essai triaxial classique où l’expérimentateur min de sollicitation appliquée). La description de cette anisotropie –
impose, en axial, une vitesse de déplacement et, en latéral, une complexe – est une seconde difficulté importante de l’élasto-plasti-
pression constante. Dans de tels cas, la réponse de l’échantillon cité de ces matériaux (voir la partie 4 de l’article [C 221]).
est alors elle-aussi constituée par des variables mixtes.
& La deuxième propriété de F est sa non-linéarité. Bien que F relie
Notons alors que variables sollicitation et variables réponse de petites quantités, elle est essentiellement non-linéaire, ce qui
doivent vérifier une condition de conjugaison par rapport à implique que le « principe de superposition des sollicitations incré-
l’énergie. mentales » ne s’applique pas.

R Mathématiquement, ce principe de déterminisme se traduit par


l’existence d’une fonction tensorielle reliant déformation incrémen-
Effectivement, si F était linéaire, cela signifierait que la fonction-
nelle rhéologique est différentiable, ce qui n’est pas vérifié pour les
géomatériaux dont les déformations présentent en général une par-
tale, contrainte incrémentale et dt. tie irréversible plastique.
Non-linéarité de la fonction incrémentale et non-différentiabilité
Fh (d ε, d σ, dt ) = 0 (2) de la fonctionnelle rhéologique sont ainsi intrinsèquement liées.
Particularisons maintenant l’analyse de F au cas des géomaté-
Nous avons là l’écriture incrémentale générale des lois de riaux non-visqueux (purement élasto-plastiques), dont le comporte-
comportement [5]. ment est indépendant du temps physique (seule la chronologie des
Ainsi dans les codes de calculs par la méthode des éléments événements intervient dans l’expression de leur comportement).
finis, le modèle de comportement sera-t-il toujours exprimé sous Nous reviendrons ensuite au cas général.
cette forme. Notons, cependant, que cette écriture ne permet pas,
a priori, de décrire des états de bifurcation avec perte d’unicité
incrémentale.
En petites déformations et rotations, la déformation incrémentale 2. Cas des géomatériaux non-
se calcule directement comme une petite variation de la petite
déformation et la contrainte incrémentale comme une petite varia-
visqueux
tion de la contrainte. Ceci n’est plus vrai en grandes transforma-
tions et il est donc préférable de parler de déformation et de
contrainte « incrémentales » plutôt que d’« incréments » de 2.1 Expression canonique des lois
contrainte et de déformation. incrémentales élasto-plastiques
La loi incrémentale de comportement caractérisée par la fonction
tensorielle F décrit le comportement du géomatériau pour un état Si le comportement ne dépend pas du temps physique, cela
déformé quelconque de l’échantillon. Évidemment, les propriétés signifie en particulier que la réponse incrémentale ne va pas dépen-
mécaniques incrémentales dépendent de cet état déformé. C’est la dre de l’incrément de temps dt pendant lequel la sollicitation incré-
raison pour laquelle figure comme argument F de la variable « h » mentale a été appliquée. Ainsi, que l’on marche rapidement ou len-
qui regroupe variables d’état et paramètres de mémoire, caractéri- tement sur le sable de la plage, l’empreinte que le promeneur
sant l’histoire de sollicitation du matériau jusqu’ à l’instant courant t. laisse est identique.
Par conséquent, la fonction incrémentale F va être indépendante
de l’incrément de temps dt. On pourra donc, soit exprimer ds en
Décrire ces paramètres h pour les géomatériaux représente fonction de de, soit l’inverse (dans la mesure où la relation incré-
l’une des difficultés majeures de l’élasto-plasticité. mentale est inversible) :
d ε = Gh (d σ ) ou d σ = Gh−1 (d ε ) (4)
1.2.2 Propriétés de la fonction rhéologique
incrémentale Nous allons procéder ici à un changement de notation, classique
parmi les numériciens, en associant aux matrices de et ds dans
De même que nous avons considéré les propriétés de la fonc-  
tionnelle rhéologique, nous passons maintenant en revue les pro- l’espace 3D physique les vecteurs à 6 composantes d ε et d σ dans
priétés de la fonction incrémentale. l’espace 6D associé :

& La première propriété de F est le fait qu’il s’agisse d’une fonction ⎡ d ε11 ⎤ ⎡ d σ11 ⎤
anisotrope de l’espace. Effectivement, l’expérience montre qu’un ⎢ d ε22 ⎥ ⎢ d σ22 ⎥
⎢ d ε33 ⎥ ⎢ d σ 33 ⎥
échantillon déformé ne possède pas en général des propriétés
d ε = [d εα ] = ⎢ ⎥ ; d σ = [d σ α ] = ⎢ ⎥
 
(5)
mécaniques identiques dans toutes les directions de l’espace. ⎢ 2d ε23 ⎥ ⎢ 2d σ23 ⎥
Cette anisotropie mécanique est décrite par une fonction incrémen- ⎢ 2d ε31 ⎥ ⎢ 2d σ 31 ⎥
tale anisotrope. ⎢ ⎥ ⎢ ⎥
⎣ 2d ε12 ⎦ ⎣ 2d σ12 ⎦
Naturellement, si on considérait la fonction F définie par :
les coefficients 2 permettant de transporter inchangée la métrique
Φ (h, d ε, d σ, dt ) = Fh (d ε, d σ, dt ) (3) de l’espace 3D dans l’espace 6D, par exemple :

incluant l’ensemble des variables, cette fonction F serait une fonc-


( 23 ) ( 31) ( 12 )
2 + d ε2 + d ε2 + 2 d ε 2 + 2 d ε 2 + 2 d ε 2 (6)

tion isotrope du fait du principe d’objectivité. Le fait, dans F, de sup- d ε = d ε = d εαd εα = d ε11 22 33
poser donnés les arguments tensoriels h fixe en quelque sorte
l’échantillon dans l’espace et alors, par rapport à un échantillon Dès lors, on peut aussi se préoccuper
 des propriétés des fonc-
fixe, les propriétés mécaniques sont effectivement anisotropes. tions vectorielles à 6 composantes G ou G−1.

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Ces fonctions seront des fonctions anisotropes (comme pour F), 2.2 Classification des lois élasto-
puisque les géomatériaux présentent en général une forte anisotro-
pie de texture.
plastiques des géomatériaux
Ces fonctions seront non-linéaires (comme pour F). Effective- Une question centrale dans l’élaboration d’une loi élasto-plas-
ment, du fait de l’irréversibilité des déformations plastiques, si on tique est la description – évidemment essentielle – de la dépen-
 
applique − d σ (ou respectivement − d ε ), la réponse du géomaté- dance du tenseur constitutif M ou N avec la direction de la sollicita-
  tion incrémentale.
riau ne correspondra pas à − d ε (ou respectivement − d σ ). La
déformation n’est pas totalement recouvrée à la décharge. Ces Si M ou N sont supposés directionnellement constants, les lois
fonctions sont donc bien non-linéaires. sont qualifiées d’ « incrémentalement linéaires » et nous trouvons
ici toutes les lois élastiques, linéaires si elles sont, en outre, indé-
Revenons maintenant à l’invariance du comportement par rap- pendantes des paramètres h, ou non-linéaires si elles dépendent
port au temps, et donc aussi par rapport aux vitesses de sollicita- de variables d’état (le plus souvent, il s’agit de la contrainte
tion et aux vitesses de réponse (rappelons que les vitesses sont courante).


respectivement proportionnelles aux déformations et contraintes
incrémentales). Cette invariance implique que, si toutes les vitesses & Élasto-plasticité « bi-linéaire »
sont multipliées par un même scalaire l positif, le comportement 
reste inchangé et donc les fonctions incrémentales restent elles- L’hypothèse la plus simple pour décrire la variation de M avec u

( )

   (ou de N avec v ) est de considérer que M peut prendre deux déter-
mêmes inchangées ; quel que soit l positif λd ε = Gh λd σ , donc : 
minations différentes en fonction de la direction de u . On obtient
alors l’élasto-plasticité « bi-linéaire » avec une matrice Me élastique
( ) ( )
   
Gh λd σ = λ Gh d σ (7) et une matrice Mep élasto-plastique. À la matrice Me est associé le

  domaine élastique dit de « décharge » dans l’espace 6D des d σ ,
ce qui prouve que G (et G−1) ont des expressions très spécifiques ep
tandis qu’à la matrice M , correspond le domaine de « charge ».
puisque, d’après (7), ce sont des fonctions homogènes d’ordre 1 – Ces deux domaines sont séparés par un hyperplan dans l’espace

propriété fameuse de toute l’élasto-plasticité. des d σ . Charge et décharge sont distinguées par le « critère de
charge-décharge » qui est défini par rapport à la surface de limite
( )
 
élastique : f σ, h = 0. Si le vecteur 6D, d σ est dirigé vers l’intérieur
Ces fonctions doivent donc nécessairement vérifier l’Identité
d’Euler des fonctions homogènes [5]. Par exemple, pour une de la surface de limite élastique, le matériau subit, par définition,
fonction de deux variables homogènes d’ordre 1 telle que une décharge, tandis que si ce vecteur est dirigé vers l’extérieur le
f ( x , y ) = xy / ( )
x 2 + y 2 on a :
matériau est en charge.
Le critère s’écrit donc :
∂f ∂f
∀x , y : f ( x , y ) ≡ x +y (8) ∂f 
 ⋅ d σ > 0 : charge,
∂x ∂y ∂σ

Dans le cas de la fonction Gh , il vient : ∂f 
 ⋅ d σ < 0 : décharge,
∂Gα ∂σ
d εα =
(
∂ dσβ ) ( )
d σ β = M αβ d σ γ d σ β (9)
∂f 
Tandis que  ⋅ d σ = 0 est l’équation de l’hyperplan frontière
∂σ
avec Mab(ds g ) = ∂Ga/∂(ds b) une matrice 6 par 6. séparant zone de charge et zone de décharge, puisque nous avons
ici une relation linéaire par rapport aux composantes du vecteur
d σ . Cet hyperplan contient l’ensemble des chargements incrémen-
Par ailleurs, les dérivées partielles d’une fonction homogène
taux dits « neutres ».
d’ordre 1 étant des fonctions aussi homogènes d’ordre 0, les
( )
 
36 fonctions M d σ ne vont dépendre que de la direction de d σ et & Élasto-plasticité « quadri-linéaire »
non de son intensité (ou de sa norme). Pour les géomatériaux, la nécessité de traduire de manière plus
Nous noterons ce vecteur direction : progressive le passage de l’élasticité à la plasticité s’est parfois tra-
duit par l’introduction de deux surfaces de limite élastique se croi-
sant au point courant de contrainte (ce point est alors appelé
  
u = dσ / dσ
« coin »). Dans ce cas, on obtient une élasto-plasticité quadri-
linéaire associée à quatre matrices Me1e2 , Me1p2 , Mp1e2 , Mp1p2 sui-
Et, finalement, nous obtenons l’expression canonique de tou- vant que les deux critères de charge/décharge sont respectivement
tes les lois élasto-plastiques : vérifiés ou pas (les exposants e1, p1 et e2, p2 traduisent ces condi-
 tions pour les deux critéres).
()
    dσ
d ε = Mh u d σ , avec u =  , (10) Ces deux critères permettent d’introduire deux hyperplans fron-
dσ 
tières dans l’espace d σ , qui délimitent quatre domaines, appelés
« zones tensorielles » ([5], figure 2).
()
     
ou, de manière équivalente : d σ = Nh v d ε , avec v = d ε / d ε Parfois, n surfaces de limite élastiques ont été introduites et on
(dans des espaces 6D des déformations et des contraintes). obtient les lois élasto-plastiques multi-linéaires, qui comprennent
2n zones tensorielles (figure 2).
Nous avons donc démontré ici l’existence d’un tenseur élasto- & Élasto-plasticité « incrémentalement non linéaire »
plastique (dit « tangent » puisque c’est la matrice-gradient de la 
fonction G), fonction des variables d’état et des paramètres de Enfin, si on considère une variation continue de M avec u (ou de

mémoire (l’ensemble étant noté « h ») et dépendant de la direction N avec v ), on trouve ici les lois dites « élasto-plastiques incrémen-
de la sollicitation incrémentale. talement non-linéaires ».

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Modèles de comportement
micromécaniques des géomatériaux
par Luc SIBILLE
Maı̂tre de Conférences, Institut universitaire de Technologie 1 Grenoble – Université
Joseph Fourier
Laboratoire Sols, Solides, Structures, Risques – Université Grenoble Alpes (Grenoble,
France)

et Félix DARVE
Professeur émérite, Institut Polytechnique de Grenoble

Laboratoire Sols, Solides, Structures, Risques – Université Grenoble Alpes (Grenoble,
France)

1. Aspect multi-échelle des géomatériaux ..................................... C221 – 2


2. Micromécanique des matériaux granulaires ............................. — 3
2.1 Contact et frottement de contact ....................................................... — 3
2.2 Lois de contact régularisées .............................................................. — 3
2.3 Forme des grains et influence sur le comportement
macroscopique ................................................................................... — 5
3. MED : modèle numérique discret de matériaux granulaires .. — 6
3.1 Description du cycle de calcul de la Méthode des éléments
discrets ............................................................................................... — 7
3.2 Condition de stabilité du schéma d’intégration ................................ — 9
3.3 Conditions d’utilisations dans le cadre de la géomécanique ........... — 9
3.4 Exemples d’applications .................................................................... — 10
3.5 Intérêts et limitations ......................................................................... — 13
4. Relations constitutives micro-mécaniques................................ — 13
4.1 Concepts généraux............................................................................. — 13
4.2 Schéma de changement d’échelle par homogénéisation statistique — 14
4.3 Homogénéisation par localisation cinématique ................................ — 15
4.4 Éléments mésoscopiques .................................................................. — 15
5. Prise en compte de la micromécanique dans les modèles
de comportement phénoménologiques ...................................... — 16
5.1 Anisotropie des sols........................................................................... — 16
5.2 Tenseurs de texture ............................................................................ — 16
5.3 Lois de comportement phénoménologiques intégrant un tenseur
de texture ........................................................................................... — 17
6. Conclusion........................................................................................ — 17
Pour en savoir plus.................................................................................. Doc. C221

O n regroupe sous le terme générique de « géomatériaux », les principaux


matériaux du génie civil que sont les sols, les roches et les bétons. Les
géomatériaux présentent une microstructure formée par les particules ou agré-
gats élémentaires (les grains d’un sable, ou les assemblages cristallins d’une
roche par exemple). Ainsi, la description du comportement mécanique des géo-
matériaux peut être abordée à plusieurs niveaux :
– à partir d’une échelle grande vis-à-vis de la taille caractéristique des hétéro-
généités formant la microstructure, ils sont alors vus comme des milieux conti-
nus et leur comportement peut être décrit par des modèles phénoménologiques
élasto-visco-plastiques dans le cadre de la mécanique des milieux continus ;
– ou bien en s’appuyant sur la description des interactions physiques (voire
physico-chimiques) en jeu à l’échelle de la microstructure, telles que les inter-
actions de contact entre deux grains de sable, responsables des déformations à
p。イオエゥッョ@Z@ェ。ョカゥ・イ@RPQV

grande échelle. Ces interactions à petite échelle sont décrites dans le cadre de la

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MODÈLES DE COMPORTEMENT MICROMÉCANIQUES DES GÉOMATÉRIAUX –––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

micromécanique et il est possible de construire des modèles de comportement


mécanique des géomatériaux basés en totalité ou en partie sur ces éléments
micromécaniques.
Cet article présente les développements récents relatifs à ce deuxième niveau
de description. Les modèles de comportement qui en sont issus connaissent un
bel essor dans le cadre d’actions de recherche et développement pour le génie
civil. Ces modèles s’appuient en particulier sur une méthode numérique : « la
méthode aux éléments discrets » que l’on présentera dans cet article. Cette
méthode relève de la « dynamique moléculaire », l’une des méthodologies
numériques les plus puissantes de la physico-chimie contemporaine. Des
exemples d’applications de cette méthode seront détaillés et ils illustreront les
perspectives ouvertes pour l’ingénieur par ces nouveaux outils de modélisation
R numérique dont la capacité à prendre en compte de manière distincte chaque
grain de sol ou élément de roche ou de béton est incomparable.
On s’intéressera également à des modèles analytiques, dits « relations consti-
tutives micromécaniques », constituant une alternative aux modèles numéri-
ques basés sur la méthode aux éléments discrets, et pouvant être implémentés
à la place de modèles phénoménologiques dans des codes de calcul classiques
utilisant la méthode des éléments finis ou des différences finies.
Enfin on remarquera qu’il est également possible d’enrichir des modèles phé-
noménologiques existant en leur intégrant des éléments micromécaniques
décrivant l’anisotropie du géomatériau.

Le comportement mécanique à l’échelle macroscopique est le


1. Aspect multi-échelle résultat des phénomènes physiques mis en jeu à l’échelle micros-
des géomatériaux copique. Par ailleurs ces phénomènes physiques peuvent dans
certains cas être décrits de manière relativement simple (frotte-
ment sec de Coulomb entre deux grains, résistance à la traction
des ponts capillaires, etc.) à l’aide de paramètres porteurs de
sens physique (et non phénoménologiques). Aussi est-il tentant
Notations :
de définir des lois de comportement pour les géomatériaux dont
– scalaire : a ; tout ou partie de leurs éléments constitutifs sont introduits à

– vecteur : a ; l’échelle microscopique sous la forme d’ingrédients « simples »,
– tenseur d’ordre 2 (matrice) ou supérieur : a ou A ; pour rendre compte à l’échelle macroscopique de comportements
 – un point entre deux vecteurs représente le produit scalaire : mécaniques complexes. De tels modèles basés sur la microméca-
a ⋅b ; nique traduisent le comportement mécanique d’un Volume élé-
– le symbole ∧ représente le produit vectoriel de deux vec- mentaire représentatif (VER).
 
teurs : a ∧ b ;
– on adopte la convention de signe classique de mécanique
des sols où on compte positivement les contraintes de compres- Le VER est le plus petit volume de matériau (considéré avec
sion et les déformations de raccourcissement. ses hétérogénéités) dont le comportement mécanique soit
identique à celui du milieu continu équivalent, il constitue
Les géomatériaux sont des matériaux micro-structurés dans le alors un point matériel de ce dernier.
sens où ils présentent des hétérogénéités (les granulats dans un
béton, les grains d’un sable, les agglomérats de particules d’une
argile, les assemblages cristallins d’une roche) dont la taille est Pour répondre à cette définition, le VER doit comporter un nom-
petite par rapport aux dimensions caractéristiques des problèmes bre suffisamment grand d’hétérogénéités. Dans le cas des maté-
de génie civil (de l’ordre du mètre par exemple pour un problème riaux granulaires, la taille du VER doit idéalement atteindre 50 à
de fondation). 100 fois le diamètre moyen des grains. Toutefois, ce nombre est
en pratique souvent revu à la baisse pour limiter le coût en calcul.
Il est ainsi possible de distinguer pour les géomatériaux au Dans cet article, nous abordons dans un premier temps
moins deux échelles différentes séparées l’une de l’autre : l’élaboration de modèles de comportement basés sur une descrip-
– l’échelle dite « microscopique » relative à la taille des hété- tion à l’échelle microscopique de géomatériaux constitués par un
rogénéités du matériau ; assemblage de grains élémentaires. Ces modèles peuvent être de
– l’échelle dite « macroscopique » pour laquelle le matériau nature numérique ou analytique. Puis, nous verrons qu’il est éga-
peut être vu comme un milieu continu homogène où il n’est plus lement possible de rendre compte, au moins partiellement, de la
possible de discerner l’influence d’une hétérogénéité par rapport à
micro-structure des géomatériaux dans des lois de comportement
une autre sur le comportement mécanique de l’ensemble.
phénoménologiques telles que décrites dans l’article [C 218].

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––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––– MODÈLES DE COMPORTEMENT MICROMÉCANIQUES DES GÉOMATÉRIAUX

2. Micromécanique Le déplacement relatif tangent ut est non nul, si et seulement si il


y a glissement, soit :
des matériaux granulaires Ft = Fn tan ϕc

Dans cette relation, Ft s’oppose au déplacement relatif tangent ut.


2.1 Contact et frottement de contact
2.1.2 Principe d’unilatéralité
2.1.1 Loi de Coulomb
Il est également nécessaire d’exprimer la force normale au
Les spécificités de la rhéologie des géomatériaux reposent en contact. L’expression de Fn doit respecter le principe d’unilatéralité
grande partie sur le frottement sec au contact entre deux particules géométrique, représenté sur la figure 1b et qui traduit la non-inter-
ou grains. Le frottement sec constitue donc un ingrédient de base pénétration des grains au contact. Le respect de la loi de Coulomb
des lois de contact prises en compte pour une description des géo-


et du principe d’unilatéralité conduit à l’introduction de fortes dis-
matériaux à la petite échelle. continuités dans la description de l’assemblage granulaire : discon-
Il existe une différence entre le frottement dynamique (une fois le tinuité des vitesses des particules et des forces de contact.
glissement déclenché) plus faible que l’angle de frottement statique Par conséquent, la résolution du problème, permettant d’accéder
(frottement mobilisé pour déclencher le glissement). Toutefois, les
aux mouvements des grains et aux forces de contact, nécessite des
résultats numériques montrent que la rhéologie des géomatériaux
outils appartenant au cadre de la mécanique non régulière. Ces der-
à l’échelle macroscopique est représentée de manière satisfaisante
niers sont pris en compte dans la méthode numérique dite de « la
en limitant la description du frottement au contact au seul frotte-
Dynamique des contacts » (DC [1]) et pour laquelle la loi de Cou-
ment statique.
lomb et le principe d’unilatéralité sont strictement respectés.
Le frottement sec statique est décrit par la loi de Coulomb repré-
sentée sur la figure 1a et caractérisée par un angle de frottement j c
tel que : 2.2 Lois de contact régularisées
Ft ≤ Fn tan ϕc (1)
Il est possible de régulariser l’expression des forces de contact
normales et tangentielles en introduisant une rigidité de contact.
avec Ft et Fn (respectivement) forces tangente et normale au
La loi de Coulomb et le principe d’unilatéralité ne sont alors plus
contact.
rigoureusement respectés, mais les forces de contact s’expriment
de manière explicite en fonction du déplacement relatif au point
Ft Fn de contact. Il s’agit d’une approximation qui sera bien vérifiée
Fn tan ϕc pour des niveaux de rigidité k (cf. § 3.3.1) suffisamment grands.
Dans certains cas, l’introduction d’une rigidité de contact peut
aussi être représentative de la physique du contact.
Δut Distance
– Fn tan ϕc inter-particules
2.2.1 Loi à rigidité constante purement frottante
a Loi de Coulomb b Principe d'unilatéralité Parmi les lois de contact régularisées, l’une des plus simples
pour décrire un matériau frottant et pulvérulent est présentée sous
Figure 1 – Représentation de la force tangente de contact suivant la forme d’un modèle rhéologique sur la figure 2a. Cette loi corres-
la loi de Coulomb et de la force normale de contact respectant pond à un comportement purement élastique dans la direction nor-
le principe d’unilatéralité male au plan de contact, et élastique parfaitement plastique dans la

kt
n
kn

ϕc

a b

Figure 2 – Modèle rhéologique d’une loi de contact purement frottante à rigidité constante (a) et définition de l’interpénétration d au contact
entre deux particules (b)

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MODÈLES DE COMPORTEMENT MICROMÉCANIQUES DES GÉOMATÉRIAUX –––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

Fn

Ft

Fn tan ϕc
kn

kt


Interpénétration δ ut

– Fn tan ϕc

Figure 3 – Forces de contact normale Fn et tangentielle Ft pour une loi de contact régularisée purement frottante

direction tangente au contact. Ce modèle nécessite la définition de


trois paramètres mécaniques : Ft
– deux rigidités constantes kn et kt respectivement dans les direc-
Adhésion
tions normale et tangentielle ;
ϕc cassée :
– un angle de frottement j c caractérisant un patin qui est monté At An = At = 0
en série avec le ressort de rigidité kt dans la direction tangentielle.
Ainsi l’intensité de la force normale de contact est donnée par Contact
(figure 3) : perdu ϕc

Fn = kn δ (2)
– An Fn
avec Fn la force de compression qui augmente linéairement avec
l’interpénétration d définie sur la figure 2b (l’interpénétration est Figure 4 – Loi de contact avec adhésion fragile
l’opposé du déplacement relatif normal d = - un). En l’absence de
cohésion, aucune force de traction ne peut être supportée, aussi si
Fn vient à s’annuler (ou de manière équivalente d), le contact est de géomécanique où les mécanismes irréversibles sont souvent
considéré comme perdu. prépondérants la prise en compte de rigidités constantes s’avère
en générale suffisante.
Dans la direction tangentielle, la force de contact suit une loi
élastique parfaitement plastique. Du fait de la non-linéarité intro-
duite par le frottement sec dans la direction tangentielle, la force 2.2.2 Loi avec adhésion
Ft dépend de l’ensemble de l’histoire du déplacement relatif des
particules au point de contact depuis la création du contact. Par De nombreux géomatériaux présentent par nature un aspect
conséquent, il est nécessaire d’exprimer la force tangentielle Ft cohésif (bétons, roches, argiles surconsolidées). Ce caractère cohé-
sous forme incrémentale : sif traduit l’effet de forces d’adhésion aux contacts inter-granulaires
qu’il est aisé de prendre en compte en définissant des forces d’ad-
ΔFt = − k t Δu t (3) hésion tangentielle At, et normale An, telles que représentées sur la
figure 4.
Cette composante tangentielle de la force de contact s’oppose au
Ainsi, la condition limite de glissement (4) est réécrite sous la
déplacement relatif tangent ut. Enfin, la limite du domaine élastique
est donnée par le critère de Coulomb : forme plus générale :

(4) Ft = Fn tan ϕc + At (5)


Ft = Fn tan ϕc

Dès lors que ce dernier est vérifié, il y a glissement sous force Le contact peut également supporter une force normale de trac-
tangentielle constante, traduisant une dissipation plastique d’éner- tion d’intensité An, et le contact est perdu si :
gie (voir figure 3).
Fn = − A n (6)
Le fait d’adopter des rigidités de contact constantes constitue
une simplification proposée pour ce type de loi. En effet, cette rigi-
dité peut être considérée de manière générale comme non cons- Il est possible de jouer avec la nature fragile du matériau, en sup-
tante, c’est le cas par exemple du contact entre deux sphères décrit primant les forces d’adhésion (At = An = 0) lorsque le critère de glis-
par la loi de Hertz-Mindlin où les rigidité kn et kt et s’expriment sement (5) est vérifié. Le contact est alors conservé, mais devient
comme des fonctions de l’interpénétration (ou de manière équiva- représenté par un comportement purement frottant tel que défini
lente de la force normale de contact). Toutefois, dans les problèmes au § 2.2.1 (figure 4).

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Corrélations entre les propriétés


des sols

par Jean-Pierre MAGNAN


Ingénieur en Chef des Ponts et Chaussées, Docteur ès Sciences
Directeur technique au Laboratoire Central des Ponts et Chaussées

Professeur-adjoint à l’École Nationale des Ponts et Chaussées

1. Relations et corrélations dans les sols : généralités ..................... C 219 - 2


1.1 Origine des relations et corrélations dans les sols ................................... — 2
1.2 Domaines d’utilisation des corrélations .................................................... — 2
2. Principales techniques d’étude des corrélations............................ — 2
2.1 Définitions et caractéristiques des variables aléatoires ........................... — 2
2.2 Relations entre variables aléatoires. Régression linéaire ........................ — 3
2.3 Analyse factorielle ....................................................................................... — 4
2.4 Variabilité spatiale ....................................................................................... — 4
3. Exemples de corrélations ...................................................................... — 5
3.1 Relation entre la compressibilité et la teneur en eau des tourbes .......... — 5
3.2 Relation entre la perméabilité et l’indice des vides des argiles............... — 5
3.3 Relation entre la limite de liquidité et l’indice de compression
des vases ...................................................................................................... — 5
3.4 Relation entre la pression limite pressiométrique et la résistance
de cône au pénétromètre statique ............................................................. — 5
3.5 Relation entre les résistances de cône statique et dynamique................ — 8
4. Domaines de validité des corrélations .............................................. — 9
Références bibliographiques ......................................................................... — 10

es paramètres utilisés pour décrire les propriétés physiques et mécaniques


L des sols sont de nature très variée :
— paramètres d’identification et d’état (porosité, indice des vides, densité,
densité relative, limites d’Atterberg, etc.) ;
— paramètres de déformabilité (indices de compression et de gonflement,
module œdométrique, module pressiométrique, etc.) ;
p。イオエゥッョ@Z@ヲ←カイゥ・イ@QYYS@M@d・イョゥ│イ・@カ。ャゥ、。エゥッョ@Z@ェオゥョ@RPQU

— paramètres de résistance (cohésion et angle de frottement interne, pression


limite pressiométrique, résistance de cône statique ou dynamique, etc.) ;
— paramètres de perméabilité.
Il est très rare que, sur un même site, tous ces paramètres soient mesurés en
un nombre de points suffisant pour que l’on puisse juger bien connu l’ensemble
du massif de sol. Habituellement, la reconnaissance géotechnique est limitée
au strict minimum, et l’on dispose des valeurs de certains paramètres en certains
points et d’autres paramètres en d’autres points. L’ingénieur géotechnicien doit
tirer le meilleur parti possible de ces informations éparses et établir une coupe
géotechnique représentative du site étudié.
C’est dans ce cadre général que l’utilisation de corrélations entre les propriétés
physiques et mécaniques des sols peut contribuer efficacement au travail de
synthèse du géotechnicien.

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CORRÉLATIONS ENTRE LES PROPRIÉTÉS DES SOLS ___________________________________________________________________________________________

1. Relations et corrélations 1.2 Domaines d’utilisation


des corrélations
dans les sols : généralités
Dans la pratique de la mécanique des sols, les corrélations entre
1.1 Origine des relations et corrélations paramètres sont utilisées comme moyen de contrôle des résultats
des essais en place et en laboratoire, et comme moyen de fabrication
dans les sols de valeurs complémentaires de certains paramètres en fonction des
autres.
S’il est difficile, voire impossible, de donner une justification théo- Par exemple, sur un site donné, on peut analyser la relation entre
rique quantitative de l’existence de relations entre les propriétés d’un
deux paramètres mesurés sur une même carotte de sol (indice des
massif de sol naturel, il est facile d’admettre que les différents para-
vides e et indice de compression C c , etc.) ou mesurés en place dans
mètres d’un sol donné doivent avoir des relations : la déformabilité
le même essai (module pressiométrique E M et pression limite pres-


comme la résistance au cisaillement ou la perméabilité dépendent
siométrique p ᐉ , etc.) et détecter les variations de la nature ou de
à l’évidence de la forme et de la nature des particules, de la densité
l’histoire des sols d’après les modifications de leurs relations. Dans
de leur empilement, de la quantité d’eau présente dans les pores...
un tel cas, les corrélations servent d’outil de contrôle de l’homo-
De plus, à l’intérieur d’une même catégorie de paramètres, par
généité des sols (ou de la qualité des essais, si l’on sait de façon
exemple les paramètres de résistance, il existe à l’évidence des rela-
certaine que le sol est le même que celui qui a servi à établir la
tions entre les paramètres mesurés dans les différents types d’essais
corrélation).
en place ou en laboratoire, même si l’on ne peut pas les exprimer
de façon explicite. Et si les paramètres de résistance dépendent des On utilise aussi les corrélations pour estimer certaines propriétés
mêmes propriétés physiques que les paramètres de déformabilité, des sols (souvent, des propriétés mécaniques) en fonction des carac-
il doit également exister des relations entre ces deux catégories de téristiques qui ont été mesurées (souvent, des propriétés physiques,
paramètres... Cette réflexion purement qualitative est confirmée par comme la densité ou la teneur en eau). On peut ainsi, lors des études
l’expérience : il existe effectivement, dans chaque dépôt de sols, des préliminaires et dans certaines situations de projets, disposer de
relations entre les paramètres géotechniques, ainsi que des relations valeurs des paramètres nécessaires au dimensionnement des
plus générales, valables pour un type de sol, ou même pour plusieurs ouvrages sans les avoir déterminées par des essais.
types de sols. Les conditions d’utilisation de corrélations dans les études
Si l’on poursuit l’analyse des relations qui peuvent exister entre géotechniques dépendent de la fiabilité des corrélations utilisées.
les propriétés géotechniques d’un sol, on est conduit à distinguer Certains paramètres sont liés, à l’intérieur d’une couche de sol d’un
trois types de relations : site déterminé, par des relations proches d’une relation mathé-
— les relations mathématiques exactes, qui existent par matique exacte. Par contre, si l’on analyse simultanément des
exemple entre les paramètres décrivant l’état du sol. On peut illustrer données provenant de deux sites, pour des sols de même nature,
ce type de relations par toutes les formules mathématiques reliant on trouve en général que les valeurs des paramètres sont plus dis-
persées, et cette dispersion augmente quand le nombre de sites
• l’indice des vides e et la porosité n : s’accroît et quand on regroupe des données relatives à différents
e = n/(1 – n ) types de sols. Les erreurs expérimentales, lors de la détermination
des paramètres qui servent à établir les corrélations, exercent
• la teneur en eau w, le poids volumique du sol γ et le poids également une influence défavorable sur la qualité des corrélations
volumique du sol sec γd : obtenues. Il est, pour cette raison, indispensable de connaître
γ = γd (1 + w ) l’origine des corrélations que l’on envisage d’utiliser dans le cadre
d’une étude géotechnique, et d’être conscient de la variabilité pos-
• la teneur en eau w, l’indice des vides e, le degré de saturation
sible des paramètres autour de leur relation moyenne affichée,
Sr et les poids volumiques de l’eau γ w et des grains γs :
notamment quand les corrélations ont été établies entre des fonc-
w = e γw S r /γs tions logarithmiques des paramètres.
• les poids volumiques γ, γd , γs et γw d’un sol saturé :
γ = (γs γw + γs γd – γd γw )/γs
• etc. ;
2. Principales techniques
— les lois d’évolution en fonction de la profondeur, dues d’étude des corrélations
à l’effet de la pesanteur et dont l’origine est liée à l’augmentation
des contraintes quand on s’enfonce dans le sol. Par exemple, dans
L’étude des relations existant entre les propriétés des sols s’effec-
les dépôts homogènes de sols fins dont l’état s’est stabilisé, les
tue au moyen des outils classiques de la statistique pour l’analyse
contraintes effectives, pressions de préconsolidation, modules et
des données. Les méthodes classiques de l’analyse statistique ont
résistances augmentent avec la profondeur ;
été exposées dans de nombreux ouvrages [2] [5] [6] [7], auxquels
— les relations empiriques (ou corrélations) entre propriétés
le lecteur pourra se reporter pour une description détaillée de ces
d’un même volume élémentaire de sol, par exemple la porosité et
méthodes. Dans le présent paragraphe, seront rappelés seulement
le coefficient de perméabilité, l’indice de densité d’un sable et son
les définitions essentielles et les principes des méthodes couram-
angle de frottement interne, la pression de préconsolidation et la
ment utilisées pour les études de corrélations en mécanique des sols.
cohésion non drainée d’une argile, etc. Ces relations, qu’il n’est
possible de caractériser que de façon statistique, s’expliquent par
la raison déjà citée que toutes les propriétés d’un même empilement
de particules évoluent de façon coordonnée et traduisent l’existence 2.1 Définitions et caractéristiques
d’une loi de comportement générale pour chaque grande classe de des variables aléatoires
sol.
Nota : on se reportera aux articles Probabilités [A 165] et Statistiques [A 166] du traité
Sciences fondamentales.
Pour l’application des techniques de l’analyse statistique, chaque
paramètre géotechnique du sol doit être considéré comme une
variable aléatoire, c’est-à-dire comme une grandeur non déterminée

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Propriétés mécaniques des sols


déterminées en place

par Samuel AMAR


Adjoint au chef de la division Mécanique des sols, Géologie de l’ingénieur
au Laboratoire central des Ponts et chaussées

et Jean-François JÉZÉQUEL
Chef de groupe de Mécanique des sols et ouvrages d’art
au Laboratoire régional des Ponts et chaussées de Saint-Brieuc

1. Essais pénétrométriques ........................................................................ C 220 - 2


1.1 Pénétromètres dynamiques ........................................................................ — 2
1.2 Interprétation et domaine d’utilisation des pénétromètres dynamiques — 3
1.3 Essai de pénétration au carottier (SPT) ...................................................... — 4
1.4 Pénétromètres statiques .............................................................................. — 5
2. Essai au scissomètre de chantier......................................................... — 9
2.1 Principe de l’essai......................................................................................... — 9
2.2 Interprétation de l’essai ............................................................................... — 9
2.3 Appareillage.................................................................................................. — 10
2.4 Déroulement de l’essai et présentation des résultats ............................... — 10
2.5 Critique et utilisation de l’essai ................................................................... — 11
3. Essai pressiométrique Ménard.............................................................. — 11
3.1 Origine et développement du pressiomètre .............................................. — 12
3.2 Principe de l’essai pressiométrique Ménard.............................................. — 12
3.3 Difficultés et limitations de l’essai .............................................................. — 14
3.4 Pressiomètre et dimensionnement des ouvrages ..................................... — 15
4. Autres essais en place............................................................................. — 16
4.1 Essai de plaque............................................................................................. — 16
4.2 Essai au pénétro-gammadensimètre.......................................................... — 17
4.3 Essai au piézocône ....................................................................................... — 17
4.4 Essai au pressiomètre autoforeur ............................................................... — 19
4.5 Essai au pressio-pénétromètre.................................................................... — 21
4.6 Essai au phicomètre ..................................................................................... — 21
4.7 Essai au Perméafor....................................................................................... — 23
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4.8 Essais d’eau .................................................................................................. — 23


5. Conclusion .................................................................................................. — 24
Pour en savoir plus ........................................................................................... Doc. C 220

L es essais en place (ou « in situ ») de mécanique des sols les plus courants
sont les essais réalisés au pénétromètre (statique ou dynamique y compris
l’essai de pénétration au carottier dit SPT), et les essais au pressiomètre Ménard
et au scissomètre de chantier.
Cet article présente ces essais classiques (appareillage, modalités de mise en
œuvre, interprétation des mesures). L’exploitation des résultats pour la recon-
naissance des sols et le dimensionnement des ouvrages ne sera abordé que
sommairement, le sujet étant traité dans d’autres articles.

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PROPRIÉTÉS MÉCANIQUES DES SOLS DÉTERMINÉES EN PLACE _________________________________________________________________________________

Il existe d’autres essais en place intéressants, mais ils sont d’une utilisation
moins fréquente en raison de leur nouveauté, de leur caractère plus complexe
ou de leur domaine d’intervention plus limité. On peut citer, par exemple, le
pressiomètre autoforeur, le pressio-pénétromètre, le pénétro-gammadensimè-
tre et le phicomètre. Le paragraphe de cet article qui leur est consacré donne
également un aperçu des compléments qui peuvent être apportés aux essais
classiques (notamment piézocône et manchon de frottement pour le pénétromè-
tre statique) et présente les essais de chargement à la plaque et les essais d’eau
les plus courants.
On peut arbitrairement subdiviser les essais en place en deux grandes
familles : les essais qui donnent une caractéristique de sol à la limite (ou, si
R l’on veut, à « la rupture ») et les essais qui donnent en plus une relation
contraintes - déformations.
Les pénétromètres statiques et dynamiques appartiennent à la première
famille. Ils sont enfoncés dans le terrain soit à vitesse imposée soit sous l’effet
de chocs répétés. Le sol sous la pointe est constamment dans un état limite
puisque la pointe de l’appareil le poinçonne.
Le pressiomètre et le scissomètre appartiennent à la deuxième famille, car ils
sollicitent le terrain depuis son état au repos jusqu’à une valeur limite.
Les pénétromètres ne permettent donc pas, par définition, de déterminer les
caractéristiques de déformation du sol, sauf à procéder par corrélations. Avec le
pressiomètre et le scissomètre, on peut par contre songer à mesurer des para-
mètres de déformabilité, utiles pour déterminer les tassements ou les déforma-
tions des ouvrages. Suivant les conditions de mise en œuvre des appareils et les
conditions d’essai, on examinera l’intérêt et les limites de cette particularité.

1. Essais pénétrométriques
Ces essais déterminent directement une résistance limite du sol.
Les pénétromètres se subdivisent en pénétromètres dynamiques
(enfoncés dans le terrain par battage) et les pénétromètres statiques
(appelés quasi-statiques par certains auteurs), qui sont vérinés dans
les terrains à vitesse lente et régulière. L’essai de pénétration au
carottier (appelé aussi « essai de pénétration standard » ou SPT)
occupe une place particulière, bien que s’apparentant sur certains Guide
points aux essais de pénétration dynamique.
Mouton

1.1 Pénétromètres dynamiques


Système de
Un pénétromètre dynamique est un appareil constitué essentielle- levage
ment par un train de tiges, à l’extrémité inférieure duquel est placée
une pointe conique d’un diamètre supérieur à celui du train de tiges
Enclume
(figure 1).
L’ensemble est battu dans le terrain sous l’action de chocs répé-
tés, exercés sur la tête du train de tiges par une masse (le mouton de
battage) tombant en chute libre d’une hauteur constante. La pointe Train de tiges
débordant par rapport au train de tiges, il se crée un espace annu-
laire entre ce train de tiges et le sol. Pointe
Un sondage au pénétromètre dynamique consiste à enfoncer
l’appareil dans le terrain jusqu’à une profondeur donnée, en général
limitée par la capacité de pénétration de l’appareil lui-même. Figure 1 – Schéma de principe d’un pénétromètre dynamique

L’opérateur relève le nombre de coups nécessaires pour enfoncer


l’appareil sur un pas de profondeur fixé, en général 10 cm. On peut En France, deux types de pénétromètres dynamiques sont
ensuite tracer le profil de résistance du sol correspondant en fonc- normalisés : les pénétromètres de type A et les pénétromètres de
tion de la profondeur atteinte par la pointe. type B.

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1.1.1 Pénétromètres dynamiques de type A

Ces appareils, dits par abréviation PDA, et l’essai correspondant Tige


sont décrits dans la norme NF P 94-114 de décembre 1990.
Boue
L’énergie de battage, la nature, la géométrie et les dimensions de bentonitique
la pointe sont normalisées ainsi que le diamètre des tiges. Ces appa-
reils (figure 2) ont pour particularité de comporter un dispositif qui Porte-pointe
permet d’injecter une boue bentonitique (bentonite en suspension
dans de l’eau) dans l’espace annulaire entre le train de tiges et le sol Orifice
d'injection
au fur et à mesure de la pénétration dans le terrain, évitant ainsi le
resserrement ou l’éboulement du sol sur les tiges.
L’espace annulaire ainsi ménagé permet de limiter le contact entre
le train de tiges et le sol de sorte que l’énergie de battage est trans-
mise quasi intégralement à la pointe. Pointe

1.1.2 Pénétromètres dynamiques de type B

Ces appareils, dits par abréviation PDB, et l’essai correspondant


sont décrits dans la norme NF P 94-115 de décembre 1990.
Figure 2 – Schéma de principe de la pointe d’un pénétromètre
Les pénétromètres de ce type sont en tous points identiques aux dynamique de type A
appareils de type A, à l’exception du fait qu’ils ne comportent pas de
dispositif d’injection de bentonite. Il s’ensuit qu’une partie de l’éner-
gie de battage peut être mobilisée par le frottement latéral parasite
qui se manifeste entre le sol et le train de tiges, notamment en cas
d’éboulement.
Coupe du sol Résistance dynamique unitaire de pointe (MPa)
Aussi, dans certains cas (sols cohérents qui frottent fortement sur 0 10 20 30 40 50
le train de tiges, sables boulants...), l’appareil ne permet pas de dif- 0
férencier correctement les différentes couches de sols traversées et
1
sa capacité de pénétration est plus limitée que celle de l’appareil Sable
PDA. grossier 2
3
4
1.2 Interprétation et domaine d’utilisation 5
des pénétromètres dynamiques 6
7
Argile
Il existe deux modes de représentation d’un profil de pénétra- limoneuse 8
tion dynamique : et sableuse 9
— soit on trace en fonction de la profondeur le nombre de coups
10
Nd nécessaire pour obtenir un enfoncement donné, en général
10 cm ; 11
— soit on trace (figure 3) en fonction de la profondeur la résis- 12
tance de pointe dynamique qd calculée à l’aide d’une formule de
13
battage de pieux, en général la formule des Hollandais, qui s’écrit :
14
M MgH Sable
q d = ---------------------------- -------------- limoneux 15
e(M + M′) A et graviers
16
où M est le poids du mouton, M ’ le poids des parties frappées
17
(enclume placée en tête du train de tiges et sur laquelle s’exercent
Profondeur (m)
les chocs, train de tiges et pointe), H la hauteur de chute du mouton,
e l’enfoncement moyen par coup, A la section droite de la pointe
et g l’accélération due à la pesanteur. Figure 3 – Profil de pénétration dynamique de type A

Le domaine préférentiel d’utilisation des pénétromètres


Trois limitations importantes doivent être signalées :
dynamiques est la reconnaissance qualitative des terrains lors
d’une reconnaissance préliminaire. Ils sont donc recommandés — il convient de limiter la profondeur d’investigation au pénétro-
pour résoudre les problèmes suivants [1] : mètre dynamique à des profondeurs de l’ordre de 30 m ; au-delà,
— contrôle de l’homogénéité d’un site ; malgré le vide annulaire entre l’appareil et le terrain, des frotte-
— détermination des épaisseurs des différentes couches de ments parasites ne peuvent être évités en raison du flambement des
sols ; tiges sous l’effet des chocs (cela conduirait à une surestimation de la
— localisation des cavités ou autres discontinuités ; résistance du terrain) ;
— reconnaissance du niveau du toit du rocher. — compte tenu de la dimension de la pointe des pénétromètres
(diamètre 62 mm), il n’est pas recommandé de pratiquer ce type
Enfin, ils fournissent des renseignements utiles pour la prévi- d’essai dans des sols grenus dont la dimension moyenne des élé-
sion des conditions de battage des pieux et des palplanches. ments est supérieure à 60 mm ;

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,,,, ,,
— il n’existe pas de règle reconnue pour le dimensionnement des
fondations à partir de la résistance dynamique qd ; on peut seule- Trousse
ment en déduire un ordre de grandeur de la portance par le biais de coupante Raccord
corrélations avec d’autres essais en place, pénétromètre statique et

,,,,,,
19 Tube fendu Bille en acier
pressiomètre, cela afin d’orienter la campagne d’essais ultérieure.
À titre d’exemple, on donne dans le tableau suivant des corréla- 1,5
tions entre la résistance de pointe au pénétromètre dynamique qd, ø 35 ø 22 ø 51
la résistance de pointe au pénétromètre statique qc (§ 1.4.1) et la
pression limite pressiométrique p < (§ 3.2.4). 457 Évent (4)
76
152
Composition du sol qd/qc qd / p<
Les cotes sont en millimètres


Argiles, limons et vases normalement
consolidés : sables lâches ou moyenne- 1 1,4 à 2,5
ment denses Figure 4 – Schéma du carottier standard
Argiles et limons surconsolidés 1à2 3à5
Sables et graviers ; sables limoneux ou
0,5 à 1 5 à 10
argileux denses à très denses

1.3 Essai de pénétration au carottier (SPT)

1.3.1 Généralités
Cet essai consiste à enfoncer dans le terrain par battage un carot-
tier de conception et de dimension normalisées (figure 4). On
compte le nombre de coups de mouton nécessaires pour enfoncer le
carottier sur une certaine profondeur. Une fois plein, le carottier est
remonté à la surface, vidé de sa carotte puis redescendu au fond du
forage. L’opération est répétée sur toute la hauteur du profil à tester.
L’essai permet, d’une part, de tracer un profil de pénétration et,
d’autre part, de fournir des échantillons de sol remaniés qui peuvent
servir à la reconnaissance des horizons traversés et sur lesquels on
Mouton
peut pratiquer les essais d’identification classiques (granulométrie, (masse 63,5 kg)
limites d’Atterberg et teneur en eau). (hauteur de chute 76 cm)
L’essai est d’utilisation courante dans les pays anglo-saxons et
notamment aux USA, où il a été mis au point dans les années 1930.
Dans ces pays, il est connu sous le nom de Standard Penetration
Test (SPT). Il a été normalisé en France en 1991 sous le nom d’essai
de pénétration au carottier (NF P 94-116). Tige

1.3.2 Réalisation pratique de l’essai


Enclume
Le carottier, placé au fond d’un forage préalable, est battu par
l’intermédiaire d’un train de tiges (figure 5). Le battage s’effectue
par passes successives à l’aide d’un marteau de 63,5 kg qui tombe
en chute libre d’une hauteur de 76 cm sur la tête du train de tiges. La
profondeur de chaque passe de pénétration est de 45 cm.
Durant le battage, on note trois enfoncements successifs :
— l’enfoncement de mise en place : c’est l’enfoncement du carot-
tier sous son propre poids et sous celui du train de tiges et du dispo-
sitif de battage ; la pénétration est poursuivie immédiatement si ce
premier enfoncement dépasse 45 cm ;
— l’enfoncement d’amorçage : le carottier est enfoncé de 15 cm
sous l’effet de N0 coups de mouton ;
— l’enfoncement d’essai : le carottier est enfoncé de deux fois Carottier
15 cm sous l’effet de N1 puis N2 coups de mouton.
Le nombre N = N1 + N2 est appelé résistance à la pénétration (au
carottier standard). Les résultats sont présentés sous forme de
Figure 5 – Schéma de principe du SPT
tableau, comme indiqué par la norme, et éventuellement sous
forme d’une courbe de variation de N en fonction de la profondeur
(figure 6).
La norme précise que l’essai ne s’applique qu’aux sols dont la En outre, le fond du trou de forage ne doit pas être trop modifié
dimension des plus gros éléments ne dépasse pas 20 mm, dont la par la succession des opérations, qui peuvent entraîner éboule-
valeur N est comprise entre 0 et 50 et pour des profondeurs d’inves- ments ou décompression, notamment dans les sols placés sous la
tigation ne dépassant pas 50 m. nappe.

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Coupe du sol Nombre de coups


Vérin
0 20 40 60 80 100 120
0

1
9
11
Limon
2 5

12

5
10

Tube

4 10

12
Argile
tourbeuse 5 3
Manchon de
13 frottement Pointe

27 Cône
6
39
Graviers
27 Figure 7 – Schéma de principe du pénétromètre statique
7
72
Marne
altérée
Par un procédé quelconque, mécanique, électrique ou hydrau-
8
lique, on mesure suivant un pas de profondeur donné, la résistance
Profondeur (m)
opposée par le sol à la pénétration de cette pointe, appelée en
N0 (0 à 15 cm) conséquence résistance de pointe statique (ou résistance de cône)
N = N1 + N2 (15 à 45 cm) et notée qc.
Simultanément, on mesure l’effort opposé à l’enfoncement de
l’ensemble pointe et tiges. Cet effort est appelé effort total et noté
Figure 6 – Profil de pénétration au SPT Qt. Il comprend d’une part l’effort de pointe et d’autre part l’effort de
frottement latéral, qui s’exerce sur toute la hauteur du train de tiges.
Le pénétromètre statique a été développé initialement en Hol-
Le strict respect des conditions d’exécution de l’essai doit être lande, où l’on trouve des formations meubles de sols fins de forte
assuré, faute de quoi la dispersion des mesures devient très impor- épaisseur (plusieurs dizaines de mètres) pour l’étude desquelles ce
tante [2]. type d’appareil est particulièrement bien adapté.

1.3.3 Exploitation des résultats des essais SPT Le premier pénétromètre véritablement opérationnel a été le
pénétromètre hollandais dit pénétromètre Gouda, fabriqué
dans la ville du même nom et dont le principe de fonctionne-
Les essais SPT sont peu effectués en France, en partie en raison ment est représenté sur la figure 8.
des limitations déjà énoncées (§ 1.2).
Aux USA et dans d’autres pays, ils sont effectués assez intensive-
ment et de manière empirique pour déterminer la portance des fon- D’autres appareils ont ensuite été développés dans le monde, dif-
dations superficielles ainsi que pour évaluer les risques de férant de l’appareil de Gouda soit par les modalités de mesure de la
liquéfaction des sols en zone sismique. résistance de pointe, soit par l’aspect opérationnel, important dans
ce type d’appareil puisqu’il faut le foncer dans le terrain à partir
Ils sont également utilisés, par le biais de corrélations, pour la d’une charge statique obtenue le plus souvent par un lest.
détermination de la cohésion non drainée cu (définie § 1.4.5) des
argiles, de l’angle de frottement interne ϕ (définie § 1.4.5) et de Parmi ces autres pénétromètres, citons deux appareils originaux
l’indice de densité ID des sols purement frottants. développés en France :
— le pénétromètre de Parez (figure 9), dans lequel la résistance
de pointe est mesurée en continu à l’aide d’une méthode hydrau-
lique simple ;
1.4 Pénétromètres statiques — le pénétromètre Andina (figure 10), sorte de pénétromètre
gigogne, qui permet la poursuite de la pénétration à l’aide d’une
pointe de petit diamètre lorsque le refus a été atteint pour la pre-
1.4.1 Généralités mière pointe de gros diamètre.

L’essai au pénétromètre statique consiste à foncer verticalement Par la suite, la mesure de la résistance de pointe a été complétée
dans le terrain, à vitesse lente et constante, un train de tiges terminé par deux autres types de mesures :
à sa base par une pointe conique généralement de même diamètre — la mesure du frottement local entre le sol et un manchon placé
que les tiges (figure 7). à l’arrière de la pointe ;

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La liquéfaction des sols sous l’effet


de séismes
par Emmanuel JAVELAUD
EDF-DI-TEGG, Aix-en-Provence (France)
et Jean-François SERRATRICE
CEREMA, Aix-en-Provence (France)

1. Observation de la liquéfaction des sols.................................................... C 261 - 3
1.1 Observation in situ du phénomène ........................................................... — 3
1.2 Notions de base pour expliquer la liquéfaction des sols......................... — 4
1.3 Nature et propriétés physiques des sols................................................... — 6
1.4 Facteurs influant sur la sensibilité à la liquéfaction des sols .................. — 7
2. Résistance des sols à la liquéfaction......................................................... — 9
2.1 Comportement cyclique des sols .............................................................. — 9
2.2 Essais de laboratoire................................................................................... — 10
2.3 Essais in situ ................................................................................................ — 16
2.4 Attendus des méthodes de laboratoire et in situ ..................................... — 18
3. Études de la liquéfaction des sols dans les projets de construction ..... — 19
3.1 Schéma d’organisation des études ........................................................... — 19
3.2 Opportunité de liquéfaction des sols ........................................................ — 19
3.3 Susceptibilité des sols à la liquéfaction .................................................... — 19
3.4 Quantification du risque de liquéfaction des sols .................................... — 20
3.5 Prévision des effets de la liquéfaction....................................................... — 21
3.6 Traitement des sols..................................................................................... — 21
3.7 Aspects réglementaires .............................................................................. — 21
4. Susceptibilité des sols à la liquéfaction.................................................... — 21
4.1 Sols susceptibles de se liquéfier................................................................ — 21
4.2 Critères......................................................................................................... — 22
5. Quantification de la liquéfaction et de ses effets .................................... — 23
5.1 Quantification du coefficient de sécurité à la liquéfaction par
l’approche simplifiée .................................................................................. — 23
5.2 Évaluation des effets de la liquéfaction .................................................... — 26
5.3 Méthodes en contraintes effectives........................................................... — 27
5.4 Application aux projets de constructions ................................................. — 27
6. Dispositifs de prévention contre la liquéfaction des sols ....................... — 28
6.1 Augmentation de la résistance au cisaillement cyclique des sols .......... — 29
6.2 Réduction de l’action sismique.................................................................. — 29
6.3 Amélioration du drainage du sol ............................................................... — 30
7. Conclusion ................................................................................................... — 30
8. Glossaire ...................................................................................................... — 31
Pour en savoir plus .......................................................................................... Doc. C 261

a liquéfaction des sols concerne le plus souvent des couches de sol mou à
L dominante sableuse et saturé en eau. Elle se manifeste par une perte de
résistance brutale qui, dans des circonstances défavorables, peut dégénérer en
une rupture catastrophique.
Les séismes sont à l’origine de la plupart des désordres liés à la liquéfaction
des sols lesquels apparaissent comme des phénomènes induits en matière de
p。イオエゥッョ@Z@ッ」エッ「イ・@RPQX

risque sismique.

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LA LIQUÉFACTION DES SOLS SOUS L’EFFET DE SÉISMES ___________________________________________________________________________________

Les sols les moins résistants sont les plus vulnérables. Le risque est accentué
en présence de mouvements forts.
La liquéfaction des sols sous séisme est connue pour être à l’origine de tas-
sements ou de ruptures de fondations superficielles et de fondations
profondes ayant mis en péril les structures portées, bâtiments et ouvrages
d’art. La liquéfaction des sols se trouve aussi à l’origine de l’endommagement
ou de la destruction d’ouvrages en terre (remblais, murs, digues, barrages) et
d’ouvrages portuaires (quais, terre-pleins).
Enfin, les faibles pentes situées aux abords de plans d’eau (mer, lacs) et de
rivières se sont souvent révélées vulnérables à ce phénomène et le théâtre de
ruptures catastrophiques.
R Cette présentation de la liquéfaction des sols se fonde sur les observations
post-sismiques de terrain. Elle est trop vague pour être utilisable devant la
diversité des situations rencontrées, mais elle recèle les principaux aspects du
problème.
La perte de résistance au cisaillement du sol, vu ici comme le passage du sol
d’un état solide à un état liquide, se rapporte au comportement mécanique du
sol et elle relève des principes de base de la mécanique des sols. À ce titre, le
phénomène de liquéfaction des sols a pu être reproduit en laboratoire, ce qui a
permis une interprétation des mécanismes en jeu et du rôle des facteurs qui
les contrôlent. Ces facteurs sont nombreux, à commencer par :
– la nature du sol (sable, limon, argile) ;
– sa compacité ;
– ses propriétés physiques ;
– les conditions de site, etc.
Ces différents aspects feront l’objet d’un premier paragraphe où il va être
indiqué que diverses définitions ont été données de la liquéfaction des sols et
de ses effets, suivant que l’on s’intéresse aux observations de terrain, au com-
portement des ouvrages ou aux essais de laboratoire.
En matière de risque sismique, la liquéfaction des sols constitue un véritable
danger pour les constructions concernées. La volonté de réduire la vulnérabi-
lité des constructions passe, pour commencer, par l’amélioration des
connaissances du phénomène et le développement de méthodes d’évaluation
du risque.
À ce titre, le second paragraphe vise à situer le phénomène de liquéfaction
des sols dans le cadre plus général du comportement dynamique des sols. Les
principes qui s’en dégagent sont inscrits dans les méthodes de reconnais-
sances géotechniques des sites, qui sont conduites au moyen d’essais in situ
ou d’essais de laboratoire, en vue de mesurer les paramètres pertinents du
problème dans les projets de construction. La résistance cyclique du sol
constitue le premier de ces paramètres. Des détails sont fournis sur ces
diverses méthodes.
Les démarches en usage pour prendre en compte la liquéfaction des sols
dans les projets de construction sont exposées au paragraphe trois. Cela
concerne les ouvrages neufs ou les ouvrages existants. Ces démarches se
déroulent par étapes successives d’évaluation du risque, de quantification des
données géotechniques et sismiques, puis de conception des ouvrages en lien
avec les mécanismes de rupture à prévenir, en prévoyant ou pas un traitement
des sols.
Ces démarches sont encadrées par les réglementations en vigueur, dont
l’élaboration répond aussi à la volonté de réduction de la vulnérabilité des
constructions.
La susceptibilité du sol à la liquéfaction concerne le comportement méca-
nique du sol, sa résistance notamment, et elle implique diverses propriétés
physiques et mécaniques du sol, pour constituer un sous-ensemble de para-
mètres dont la connaissance est nécessaire à l’évaluation du risque de
liquéfaction de la couche de sol. Ces notions sont reprises et détaillées au

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____________________________________________________________________________________ LA LIQUÉFACTION DES SOLS SOUS L’EFFET DE SÉISMES

paragraphe quatre, en évoquant les critères en usage pour départager les sols
sensibles ou non sensibles.
Pour un site donné, les problèmes de liquéfaction des sols sous séisme
mettent en balance les caractéristiques du mouvement sismique à l’échelle du
site (amplitude, durée) avec la résistance cyclique du sol. Le chapitre cinq pré-
sente une méthode simplifiée qui consiste à comparer la contrainte de
cisaillement induite par le mouvement sismique dans la couche de sol avec la
résistance au cisaillement cyclique du sol.
Le sol est liquéfiable si la contrainte induite est plus grande que la résistance.
Des détails sont indiqués sur la mise en œuvre de cette méthode historique qui
a vu le jour dans les années 1970.
Depuis, les méthodes dédiées à l’analyse des problèmes de liquéfaction des
sols se sont enrichies avec l’amélioration des connaissances du comportement

cyclique des sols et l’évolution des moyens techniques pour l’identification des
sols liquéfiables et la conception des projets. Des indications sont données
dans la suite du chapitre cinq quant à ces nouvelles méthodes d’évaluation des
effets de la liquéfaction des sols.
Enfin, devant les enjeux de préservation des constructions, la réduction du
risque de liquéfaction ne peut se concevoir sans envisager de traiter les sols
pour les rendre moins vulnérables. Le paragraphe six fournit quelques indica-
tions sur les techniques employées pour constituer les dispositifs de
prévention contre la liquéfaction.

1. Observation Aujourd’hui, des analyses détaillées ont été menées à bien dans
des sites liquéfiés ou des sites instrumentés. Elles dépassent les
de la liquéfaction des sols simples observations de surface.
Ces données apportent un éclairage précieux sur les sollicita-
tions et les réponses des couches superficielles pendant les mou-
vements forts, à l’échelle des sites et des ouvrages concernés par
1.1 Observation in situ du phénomène les problèmes de liquéfaction des sols.

1.1.1 Importance des observations 1.1.2 Modes de rupture des massifs de sols
Par ses conséquences, le mécanisme de liquéfaction des sols a Les déformations et les ruptures induites par la liquéfaction des
été observé depuis longtemps dans les régions de forte sismicité sols peuvent prendre l’apparence de celles provoquées par les
([24], [25]). Mais son interprétation n’a été perçue qu’après le pre- chargements statiques présents dans le massif ou apportés par
mier quart du XXe siècle. les constructions (pente naturelle, fondations, ouvrages en terre,
Il a été reproduit au laboratoire sur des sables de faible densité etc.) ou par les forces d’inertie sismiques (qui prévalent pendant
au début des années 1950, pour la première fois, ce qui a permis le temps d’un séisme).
de trouver une explication en terme de mécanique des sols [32]. Toutefois, en termes de mécanismes, les charges statiques et
Devant la variété des ruptures des sols par liquéfaction et leurs les forces inertielles provoquent des désordres lorsqu’elles
facteurs déclenchant, diverses définitions ont été données de la dépassent la résistance du sol, tandis que les désordres induits
liquéfaction des sols et de ses effets. Elles répondent à différentes par la liquéfaction proviennent d’une perte apparente de raideur
préoccupations, selon que l’on s’intéresse aux observations de et de résistance du sol.
terrain, aux essais de laboratoire, ou bien au comportement des
ouvrages. Généralement, dans le cas de la liquéfaction, la dégradation des
propriétés mécaniques s’étend à toute l’épaisseur d’une couche
Les observations post-sismiques effectuées depuis la surface de sol, ce qui donne une autre échelle aux problèmes. Les méca-
dans les sites dévastés par les effets de la liquéfaction des sols nismes de rupture de la couche de sol liquéfié dépendent alors
sont confuses, car la plupart des facteurs qui ont présidé à la rup- des conditions aux limites cinématiques du problème et des
ture ne sont pas – ou ne sont plus – perceptibles. conditions initiales de chargement statique.
Ces facteurs sont nombreux et seront examinés plus loin
■ Champs libres
(nature du sol, état, propriétés, conditions de site, etc.). Mais, en
constatant des désordres à des degrés gradués de sévérité, les La manifestation post-sismique de la liquéfaction des sols
observations sur site sont néanmoins précieuses, car elles ouvrent s’observe très souvent en champ libre dans des terrains plats,
sur une description des mécanismes de rupture contre lesquels il aquifères et dénués de construction.
faut se prémunir dans les nouvelles constructions.
■ Pentes naturelles
De nombreuses sources décrivent des observations de liquéfac- Les déformations ou la rupture par liquéfaction de terrains en
tion. On peut citer par exemple les rapports de missions post-sis- pente intéressent généralement une couche de sol située en bor-
miques de l’AFPS (Association française de génie parasismique) ou dure d’un plan d’eau ou d’une rivière, dans une configuration de
du GEER (Geotechnical Extreme Events Reconnaissance). terrains peu consolidés, saturés et soumis à des cisaillements sta-

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LA LIQUÉFACTION DES SOLS SOUS L’EFFET DE SÉISMES ___________________________________________________________________________________

tiques. L’amplitude des déplacements finaux dépend de la pente


initiale [31].
• Dans les terrains subhorizontaux
Le mouvement induit se traduit par des oscillations sans dépla-
cements horizontaux résiduels importants.
• Dans les faibles pentes
Le mouvement est qualifié de déplacement latéral (en anglais :
lateral spreading) et se traduit par des déplacements de quelques
mètres ou moins.


• Dans les pentes plus fortes (mais néanmoins inférieures à
10 % pour la plupart)
Le glissement est qualifié d’écoulement (en anglais : flow fai-
lure) avec des déplacements se comptant en mètres, voire en
dizaines de mètres.
Initiés par la liquéfaction du sol, ces déplacements se pour-
suivent sous l’action des charges statiques permanentes aux-
quelles ne s’oppose plus qu’une résistance résiduelle du sol.
Figure 1 – Photo d’un volcan de sable, témoignage de la liquéfac-
De leur côté, les instabilités de pente d’origine inertielle peuvent tion du sol dans la couche sous-jacente (Photographie : Emmanuel
dégénérer en coulées de boue (en anglais : mudflow) après de Javelaud)
très grands déplacements, donnant l’impression d’une liquéfac-
tion. Mais celle-ci n’est pas le seul facteur déclenchant dans ce
cas. face, sont un témoignage révélateur du retour à l’équilibre d’une
couche peu profonde après liquéfaction (figure 1).
■ Fondations des bâtiments et des ouvrages d’art Ces déformations différées peuvent aggraver les désordres et
La liquéfaction d’une couche de sol sous les fondations superfi- s’avérer préjudiciables aux ouvrages par :
cielles se traduit par des tassements, des tassements différentiels, – tassements de fondation ;
voire des pertes de portance, avec poinçonnement ou bascule- – frottements sur les pieux ;
ment des structures portées. – tassements de remblais routiers ou ferroviaires ;
– perte de revanche des digues, etc.
Les fondations profondes sont soumises à des efforts de cisail-
lement, de flexion et de frottement, pouvant entraîner des tasse- Les répliques sismiques exposent le site à un danger supplé-
ments ou leur ruine, avec des conséquences graves pour les mentaire. La remise en exploitation des ouvrages, quand ils se
constructions ainsi fondées. révèlent peu affectés par des désordres, dépend du délai de retour
du sol à l’équilibre après le séisme.
Les quais sont affectés par des mécanismes de basculement et
de glissement, sous l’effet des poussées d’un terre-plein liquéfié
ou de la liquéfaction de la couche de sol de fondation. 1.2 Notions de base pour expliquer
la liquéfaction des sols
■ Digues et barrages
La liquéfaction d’un sol résulte d’un déséquilibre entre la résis-
Les corps de digues et de barrages ne sont pas liquéfiables, en
tance au cisaillement du sol et la sollicitation sismique. La résis-
principe, par conception. Ils sont démantelés par l’effet de la
tance au cisaillement du sol dépend de sa nature et de son état
liquéfaction de la couche de sol qui les porte, suivant des méca-
(compacité, saturation, confinement).
nismes de dislocation en blocs séparés qui ont été constatés
maintes fois. Les sables propres saturés lâches sont particulièrement vulné-
rables. La sollicitation sismique se caractérise, entre autres, par sa
■ Ouvrages enterrés durée et son amplitude.

Les ouvrages enterrés, les réservoirs, les canalisations, les


regards constituent des singularités dans les terrains. La poussée 1.2.1 Pressions interstitielles dans un sol
d’Archimède du sol liquéfié produit sur l’ouvrage enterré des D’un point de vue de la mécanique des sols, la rupture d’un sol
poussées ascendantes, le refoulement des sols et des soulève- par liquéfaction tient aux pressions d’eau interstitielles qui s’accu-
ments. mulent rapidement dans les pores du sol, sans être dissipées pen-
dant la durée du mouvement sismique.
1.1.3 Effets directs et différés ■ Accumulation de pression d’eau interstitielle
L’accumulation de pressions d’eau interstitielles s’observe à
Les déformations, ainsi que la rupture des terrains et des l’intérieur d’un volume de sol saturé en eau et soumis à des char-
constructions concernées par la liquéfaction des sols, peuvent être gements monotones ou cycliques réalisés en condition non drai-
différées après la fin du séisme. née, c’est-à-dire dans une configuration qui ne permet pas une
De nombreuses observations ont été rapportées dans ce sens. migration de l’eau vers des frontières drainantes.
Le retour à l’équilibre du sol dans la couche liquéfiée dépend des Le principe des contraintes effectives s’applique dans ce massif
conditions du site. Les volcans de sables (en anglais : sand boil), non drainé. Sur tous les plans de l’espace, la contrainte normale
qui consistent en une éjection de particules fines et d’eau en sur- effective (qui détermine le comportement mécanique du sol) se

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____________________________________________________________________________________ LA LIQUÉFACTION DES SOLS SOUS L’EFFET DE SÉISMES

déduit de la contrainte totale σ (apportée par les charges exté- mal emin (le plus dense) et un indice des vides maximal emax (le
rieures) après soustraction de la pression interstitielle u : plus lâche).
(1) L’indice de densité ID = (emax – e)/(emax – emin) indique dans
quel état de compacité se trouve le sable considéré. Il varie de 1 à
■ Critère de rupture 0 de l’état le plus dense à l’état le plus lâche du sable.
Un autre principe fondamental de la mécanique des sols entre Cet indice ne s’applique qu’à des sables propres.

croît avec la contrainte normale effective σ ’ :


en jeu à son tour, qui indique que la résistance au cisaillement τr
Un parallèle se noue entre cet indice ID et l’indice de consis-
tance Ic d’une argile. Mais une argile saturée simplement déposée
(sans déchargement) ne peut pas posséder différents Ic sous les
mêmes conditions extérieures.
Le critère de Coulomb exprime cet accroissement sous une
■ Saturation


forme linéaire :
À l’indice des vides est associé le degré de saturation Sr, qui
(2) représente la part du volume des vides occupée par de l’eau.
avec angle de frottement interne, Ainsi, le couple (e, Sr) caractérise l’état du sol. Celui-ci est
la cohésion. saturé si Sr = 1 et il est non saturé si Sr < 1.
Ainsi, sans nécessairement modifier les contraintes totales,
l’accumulation des pressions interstitielles dans une couche de sol 1.2.3 Liquéfaction statique des sables
sous l’effet d’un séisme peut conduire à atteindre le critère de rup-
ture du sol et la liquéfaction du sol. ■ Indice des vides initial e0
Les sols sableux saturés en eau et peu compacts sont les plus La réponse d’un sol sous sollicitation monotone ou cyclique
vulnérables. dépend de son indice des vides initial e0.
L’accumulation des pressions interstitielles peut même conduire • En condition drainée, la rupture au cisaillement d’un sol lâche
à annuler les contraintes effectives (lorsque u = σ, ). En s’obtient généralement après une réduction du volume du sol
pareille situation, un sol sans cohésion répondant au critère de (e < e0), au contraire d’un sol dense dont le volume a aug-
Coulomb voit sa résistance s’annuler (τr = 0). menté (e > e0). L’un est dit contractant, l’autre dilatant.
Le taux de pression interstitielle ru donne un moyen de caracté- Mais, à l’état ultime du cisaillement, ou état critique, le volume
riser le niveau atteint par la pression interstitielle u. En référence à ne varie plus.
un état initial et permanent σ0 de la contrainte normale totale et • Dans un sol saturé cisaillé en condition non drainée, ces
une pression interstitielle nulle , le taux ru s’écrit : variations de volume sont bloquées par la présence de l’eau
(quasi-incompressible), qui, en retour, génère des pressions
interstitielles positives (contractance) ou négatives (dila-
À l’état initial ru = 0. La contrainte normale effective s’annule tance), avant de se stabiliser à l’état critique.
quand ru = 1 (100 %).
■ Indice de densité ID
Enfin, par opposition à un chargement non drainé, un charge-
Le comportement mécanique des sables propres dépend for-
ment monotone lent, qui garantit à tout instant la migration de
tement de l’indice de densité ID. Non seulement, les sables
l’eau interstitielle vers des frontières drainantes, est dit drainé.
lâches sont contractants, mais les sables très lâches sont effon-
drables.
1.2.2 État d’un sol Un choc ou un cisaillement provoque le tassement d’un sable
Dans une large majorité de sols, le critère de résistance au sec (drainé) très lâche sous son propre poids. C’est ainsi que
cisaillement s’identifie facilement au moyen d’essais de labora- peuvent être densifiés les sables.
toire à chargement monotone, par exemple. En condition non drainée, cette situation conduit à un accroisse-
Il dépend de la nature du sol mais également de son état : ment très vif de la pression interstitielle et à la liquéfaction du
sable.
– densité du sol (masse volumique) ;
– quantité d’eau contenue dans ses pores (teneur en eau). ■ Autres critères
En géotechnique, le couple teneur en eau masse volumique est Ce comportement particulier des sables propres, lié à leur état
représenté aussi par le couple indice des vides degré de satura- très lâche, a fait l’objet de très nombreux travaux expérimentaux
tion. au laboratoire ([35], [36], [37]). Il est notamment apparu que, pen-
dant les chargements monotones non drainés des sables très
■ Densité du sol
lâches, un pseudo-pic de cisaillement, ou seuil d’instabilité, est
L’indice des vides e relie le volume total V d’un élément de sol et le franchi avant d’atteindre le critère de résistance résiduelle τr bien
volume Vs des particules solides contenues dans cet élément : inférieur au pseudo-pic.
Il y a liquéfaction statique (un exemple est donné à la
figure 9).
De nombreuses propriétés mécaniques des sols dépendent de À la limite, le critère ru = 1 peut être atteint par un chargement
l’indice des vides (propriétés de perméabilité ; déformabilité ; monotone non drainé dans un sable sans cohésion (τr = 0).
résistance).
Avec l’accumulation des pressions interstitielles qu’ils induisent,
À ce titre, un sol sableux simplement déposé (sans décharge- les chargements cycliques non drainés doivent être interprétés
ment, c’est-à-dire sous le poids du dépôt) offre la particularité de dans ce cadre.
pouvoir régner dans des états différents sous des conditions exté-
rieures identiques. L’exemple des figures 8 et  9, qui sera commenté plus bas, donne
Des limites conventionnelles ont été définies pour encadrer les une illustration du comportement monotone et cyclique non drainé
différents états d’un sable propre, entre un indice des vides mini- d’un sable propre peu compact.

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LA LIQUÉFACTION DES SOLS SOUS L’EFFET DE SÉISMES ___________________________________________________________________________________

1.2.4 Chargements cycliques par un recueil de leurs propriétés physiques, pour pointer ensuite
dans une classification des sols.
En résumé, des pressions d’eau interstitielles s’accumulent
dans les pores d’un sol saturé contractant en condition non drai-
née sous l’effet d’un chargement privilégiant des cisaillements. Les sols effondrables sont éminemment liquéfiables en char-
gements monotones ou cycliques.
Le chargement peut être :
Dans les autres sols, tous les chargements monotones
– quasi-statique et continu (monotone) ; peuvent être poussés jusqu’à la rupture. Lors de chargement
– cyclique ou dynamique ; cycliques :
– résultant d’un choc ou d’un séisme. – dans les sables (non effondrables) les cycles aboutissent au
mécanisme de mobilité cyclique, donc à une forme de liquéfac-
Le caractère aléatoire de ces derniers ne peut pas être facilement tion, en passant par le critère ru = 100 % deux fois par cycle et
pris en compte ou même reproduit expérimentalement. En guise de


une accumulation des déformations ;
simplification pour les applications courantes, il a été admis une – dans les argiles (non sensibles), les cycles aboutissent à la
équivalence entre le mouvement sismique et un mouvement har- rupture du sol lorsqu’elles sont soumises à un grand nombre
monique de fréquence, d’amplitude et de durées équivalentes. Au de cycles (bien supérieur au nombre de cycles équivalents d’un
laboratoire, la résistance cyclique du sol peut alors être définie. séisme), sans atteindre le critère ru = 100 %, mais avec une
accumulation des déformations.
L’accumulation des pressions interstitielles se compte en nombre
de cycles, en lien avec la durée du séisme. La fréquence se rapporte
à celle des cycles dominants du signal sismique. L’amplitude du
cisaillement cyclique en tous points de la couche de sol se trouve 1.3.2 Propriétés physiques des sols
en balance avec la résistance au cisaillement du sol.
Avec leur nature et leurs caractéristiques d’état, les propriétés
physiques des sols entrent en jeu dans les questions de liquéfaction.
1.3 Nature et propriétés physiques Les propriétés physiques primaires (nature des grains, forme, gra-
des sols nulométrie, argilosité) sont invariables et complètent les propriétés
secondaires de structure (arrangement et orientation des grains) et
d’état (densité et teneur en eau, indice des vides et degré de satura-
1.3.1 Nature des sols tion) qui sont non permanentes et qui varient avec les déformations.
Les propriétés physiques des sols ne permettent pas de classer
Historiquement, et d’après les observations sur site, les sables
les sols de façon univoque en fonction de leur comportement
propres saturés de faible densité ont été souvent répertoriés pour
dynamique, mais de grandes tendances de comportement
leur vulnérabilité au risque de liquéfaction. Des cas de liquéfaction
existent selon que les sols sont sableux, argileux, mais également
de graves ont aussi été mentionnés.
intermédiaires limoneux.
À l’opposé, des ruptures d’argiles non sensibles initiées par
Cela justifie de faire références aux classifications géotech-
liquéfaction n’ont été révélées que rarement et essentiellement
niques des sols en usage, qui se fondent sur la granulométrie et
dans des pentes naturelles. Cette faible occurrence de désordres
l’argilosité.
dans les argiles a conduit à admettre que les argiles ne sont pas
liquéfiables. Historiquement, les observations des désordres induits par la liqué-
faction des sols ont amené à fixer des critères de sensibilité des sols
Les argiles sensibles constituent une exception. Ces argiles se
au risque de liquéfaction sur la base de leurs propriétés physiques :
rencontrent dans des pays nordiques en lien avec un processus
particulier de dépôt (Alaska, Canada, Suède, Norvège). Très – dans les sols sableux à graveleux, ces critères s’appuient prin-
poreuses et saturées (teneurs en eau de 50 % et plus), leur struc- cipalement sur des fuseaux granulométriques.
ture ouverte et fragile les rend instables, en particulier sous char- – dans les sols fins limoneux et argileux, les critères portent sur
gement statique (liquéfaction statique) et, par conséquent, sous les limites de consistance du sol ;
séisme. Une fois initiées, les instabilités de pente dégénèrent en
coulées boueuses de grande ampleur, terrestres ou sous-marines. – dans les sols limoneux avec les sinistres constatés, des cri-
tiques ont été adressées alors à cette démarche empirique de clas-
Les argiles récentes peu consolidées sont compressibles et pro- sification de la sensibilité des sols basée sur leurs propriétés
pices à générer de fortes pressions interstitielles. Elles présentent physiques (en considérant que des seuils séparant les sols sableux
des résistances faibles, ce qui implique que des dispositions parti- liquéfiables et les sols argileux non liquéfiables ne pouvaient pas
culières soient prises pour construire sur ces terrains, offrant ainsi constituer des critères d’exclusion du risque [8]).
une certaine garantie vis-à-vis des séismes (amélioration de la sta-
bilité, limitation des tassements). Controversée à propos des sols limoneux, cette démarche empi-
rique ignore le rôle de l’état du sol et celui de la pression de confine-
Plus tard, suite à de nouveaux sinistres, des sols limoneux ont ment. Elle est pénalisée par l’absence d’une définition précise de la
été mis en cause dans des ruptures par liquéfaction. Ces constats liquéfaction des sols limoneux et argileux et le fait que les observa-
ont suscité de nombreux travaux de recherche et alimenté un tions historiques sur sites fournissent peu d’informations sur le
débat qui n’est pas clôt à ce jour. comportement du sol liquéfié au-delà du fait que de grandes défor-
mations et de fortes pressions interstitielles ont été générées.
La difficulté tient au fait que les sols limoneux occupent une
place intermédiaire entre les sables et les argiles d’un point de Enfin, les ruptures sont observées moins fréquemment dans les
vue géotechnique. La frontière entre sols liquéfiables et non-liqué- sols fins limoneux ou argileux que dans les sables.
fiables leur appartient, en première analyse. D’où l’enjeu qu’ils
constituent en matière de reconnaissances des sites, au moyen Aujourd’hui, avec l’évolution récente des codes de construction
d’essais in situ notamment, et de prescriptions pour les projets de parasismique des bâtiments à risque normal en France (normes NF
construction. P06-013 remplacées par NF EN 1998-5), l’usage des critères fondés
sur la granulométrie ou sur les limites de consistance y a été aban-
D’un point de vue historique et sur le plan pratique des donné dans les études d’évaluation quantitative du risque de liqué-
méthodes géotechniques, la caractérisation des sols commence faction des sols.

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Néanmoins, ces propriétés des sols figurent toujours parmi les


attendus de base des études géotechniques. Un aperçu de ces cri- Tableau 1 – Facteurs influant sur la liquéfaction
tères est proposé au § 4. d’une couche de sol (suite)
Il reste cependant de cette démarche que, à la vue de leurs
Familles de paramètres Paramètres
réponses monotones et cycliques non drainées, il existe une zone
de transition plutôt étroite parmi leurs propriétés physiques, entre
les sols dont le comportement est de type « sable » et ceux dont Durée
le comportement est de type « argile » [15].
Durée de la portion prédominante
du mouvement sismique
1.4 Facteurs influant sur la sensibilité Répliques
à la liquéfaction des sols

1.4.1 Facteurs
Période de retour du séisme

2

La liquéfaction d’une couche de sol dépend de nombreux fac- Conditions de site
teurs qui peuvent être regroupés en trois familles principales :
– les paramètres sismiques régionaux ; Nature des sols
– les conditions du site ;
– les propriétés des sols parmi lesquelles figurent les propriétés Mode de dépôt
dynamiques (tableau 1).
Chaque famille comprend un nombre plus ou moins grand de Conditions et âge du dépôt
paramètres, impliqués à des degrés divers dans ce mécanisme,
qui sont interdépendants et portent un haut degré de non-linéa- Nature et profondeur
rité. Pour être efficace et fiable, l’identification du risque de liqué- Géologiques du substratum
faction d’une couche de sol nécessite d’estimer les paramètres les
plus appropriés qui contrôlent le processus. Nature et épaisseur
Le tableau 1 offre une vue synthétique des facteurs influant sur de la couverture
la liquéfaction d’une couche de sol. Ces facteurs entrent plus ou
moins explicitement dans les différentes questions : Hétérogénéité
– susceptibilité ;
– cartographie ; Variabilité spatiale
– zonage ;
– indices de liquéfaction ; Morphologie du site
– coefficient de sécurité ; (plaine, pente, rebord, …)
– méthode simplifiée, etc.
Étendue latérale du site
1.4.2 Principe des classifications des sols Géomorphologiques
sensibles à la liquéfaction Déclivité du terrain

Fondées sur des retours d’expériences post-sismiques, de très Épaisseur


nombreuses classifications des sols sensibles à la liquéfaction ont été
proposées pour accompagner l’interprétation des essais in situ.
Profondeur
La méthode simplifiée, qui sera évoquée plus bas, a été établie
dans une telle démarche. Une évolution progressive s’est opérée, Hydrologiques Site en rivière, en bordure
des simples classifications basées sur des données brutes vers
de lac, sous-marin
des classifications qui mettent en jeu des variables normalisées.
Nappe
Tableau 1 – Facteurs influant sur la liquéfaction
d’une couche de sol Battement de la nappe

Familles de paramètres Paramètres Nappe perchée


Hydrauliques
1 Écoulements
Paramètres sismiques
Gradients hydrauliques
Magnitude
Conditions de drainage
Distance à la source
Conditions cinématiques du site
Profondeur

Accélération en surface Cinématiques Surfaces libres ou butées

Vitesse en surface Ouvrages avoisinants

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Mécanique des roches


Généralités
par Jean-Louis DURVILLE
Ingénieur en chef des Ponts et Chaussées
Chef de la division Mécanique des sols et Géologie de l’ingénieur
au Laboratoire central des Ponts et Chaussées R
1. Définition et domaines d’application................................................. C 350 - 2
1.1 Mécanique des roches et mécanique des sols ......................................... — 2
1.2 Principaux domaines d’application en génie civil .................................... — 2
2. Effet d’échelle en mécanique des roches ......................................... — 2
2.1 Vitesse de propagation des ondes et densité de discontinuités ............. — 2
2.2 Résistance du rocher ................................................................................... — 3
2.3 Résistance au cisaillement des discontinuités .......................................... — 4
3. Modélisation des massifs rocheux ..................................................... — 4
3.1 Choix de la modélisation ............................................................................ — 4
3.2 Modélisation par milieu continu ................................................................ — 4
3.3 Milieu discontinu ......................................................................................... — 5
4. Conclusions ............................................................................................... — 6
Pour en savoir plus........................................................................................... Doc. C 350

I l est courant d’affirmer que le matériau rocheux est un matériau de qualité,


rigide et résistant, et que les massifs rocheux sont de « bons terrains » pour
les travaux de génie civil. Cependant, l’optimisation des travaux au rocher
nécessite une connaissance du comportement mécanique des roches, et les
grands ouvrages de génie civil, tels que tunnels profonds, barrages, centrales
nucléaires, ou viaducs de grande portée, sollicitent le massif rocheux parfois à la
limite de ses capacités. La mécanique des roches, science de l’ingénieur qui s’est
individualisée depuis une trentaine d’années, possède quelques spécificités que
nous présentons sommairement ci-après.
p。イオエゥッョ@Z@ョッカ・ュ「イ・@QYYW@M@d・イョゥ│イ・@カ。ャゥ、。エゥッョ@Z@ェオゥョ@RPQU

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MÉCANIQUE DES ROCHES _______________________________________________________________________________________________________________

1. Définition et domaines
d’application

1.1 Mécanique des roches


et mécanique des sols
La distinction entre roche et sol repose essentiellement sur la
cohésion du matériau. Un sable sec et propre ne possède pas de
cohésion, une argile ou un sable argileux possède une cohésion


faible qui peut être détruite par agitation dans l’eau. Une roche pos- On notera la variabilité du matériau échantillonné par les petits
sède une cohésion de cimentation qui lie fortement ses éléments rectangles
entre eux. a
En fait, un continuum existe entre roche et sol, comme le montre P
un profil d’altération de granite par exemple : on passe graduelle- x
ment de la roche saine en profondeur à une arène granitique en sur- x
x x
face (sable argileux). x x x x
La limite entre roche et sol peut aussi être définie conventionnel- x x x x
x x x x
lement par un seuil de résistance en compression uniaxiale : les x
x x
roches se situeraient au-dessus de 1 MPa environ, les sols en des- xx
sous.
À l’échelle de l’ouvrage, les discontinuités du massif rocheux
jouent un rôle fondamental, à la fois mécanique et hydraulique : ce V
b
sont les joints sédimentaires, les diaclases, les failles, ou la schisto-
sité, dont la description constitue une partie importante de l’étude Diminution de la dispersion de P lorsque le volume V de l'échantillon
géotechnique [1]. Ces discontinuités sont peu marquées, voire augmente.
inexistantes, dans les massifs de sols meubles, en raison de la Les valeurs d'une propriété P sont très dispersées si l'on ausculte un
déformabilité de ceux-ci, qui les oppose aux roches rigides à petit volume, mais sont statistiquement à peu près constantes dans le
comportement plutôt fragile. cas de volumes importants.

Figure 1 – Effet d’échelle dans un massif fracturé


1.2 Principaux domaines d’application
en génie civil
de l’existence fréquente d’un effet d’échelle. On dit qu’une propriété
Dans les travaux au rocher, l’ingénieur doit répondre à différentes
est soumise à effet d’échelle lorsque sa valeur mesurée varie sui-
questions :
vant les dimensions de l’échantillon testé. Les propriétés concer-
— stabilité : par exemple, évaluer le risque de chute de blocs à nées sont la résistance, la déformabilité, la perméabilité, etc., mais
partir d’un talus ou d’une falaise, ou le facteur de sécurité vis-à-vis non les propriétés de type additif comme la masse ou le volume.
de la rupture d’une fondation en bordure de plateau ; Deux types d’effets se font sentir, l’un sur la dispersion et l’autre sur
— déformation : estimer le tassement sous une fondation, ou la la moyenne des valeurs.
convergence d’un tunnel ;
— extraction (abattage) : définir les conditions d’une utilisation Le premier est illustré sur la figure 1 pour une propriété P
optimale de l’explosif, vis-à-vis du massif resté en place, qu’il faut donnée : la mesure de P réalisée sur de petits échantillons est très
endommager le moins possible, ou des vibrations causées sur les dispersée, et ce n’est qu’en auscultant un volume de terrain supé-
constructions voisines ; rieur au « volume élémentaire représentatif », une dizaine de mètres
— concassage : choisir la technique permettant d’obtenir la gra- cubes par exemple, que la valeur de P se stabilise à sa valeur
nularité souhaitée, pour un coût minimal ; moyenne.
— utilisation comme matériau : s’assurer que la roche extraite L’effet d’échelle proprement dit est présenté dans les exemples ci-
possède certaines qualités, de résistance et de durabilité par après, qui montrent que les hétérogénéités et les défauts de struc-
exemple. ture, au niveau de l’éprouvette de laboratoire comme à celui du
Les principaux ouvrages et travaux de génie civil au rocher sont massif, sont à l’origine de la variation d’une caractéristique avec la
les fondations (de barrages, de grands viaducs, de centrales nuclé- dimension de l’échantillon testé.
aires), la stabilisation des talus et des falaises naturelles, les terras-
sements de surface (tranchées routières, carrières et mines à ciel
ouvert), les travaux souterrains (tunnels, stockages d’hydrocar-
bures, carrières), la production d’enrochements pour la protection 2.1 Vitesse de propagation des ondes
des ouvrages à la mer. et densité de discontinuités

On observe dans la mesure de la vitesse des ondes des diffé-


2. Effet d’échelle rences marquées entre les échelles du grain de la roche, de l’éprou-
en mécanique des roches vette de laboratoire et de l’ouvrage.
À l’échelle du grain, les minéraux les plus courants, comme la
calcite et le quartz, sont des cristaux anisotropes. La propagation
Une des difficultés majeures en mécanique des roches est d’esti- des ondes dans un milieu anisotrope est très complexe : par
mer les propriétés du massif rocheux à l’échelle de l’ouvrage, du fait exemple, dans un cristal de calcite, qui possède un axe de symétrie

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Description des roches


et des massifs rocheux

par Jean-Louis DURVILLE


Ingénieur en Chef des Ponts et Chaussées
Chef de la Division Mécanique des Sols

et Géologie de l’Ingénieur au Laboratoire Central des Ponts et Chaussées
et Hubert HÉRAUD
Ingénieur Géologue
Chef du Groupe Sols-Roches au Centre d’Études Techniques de l’Équipement,
Laboratoire Régional de Clermont-Ferrand

1. Généralités................................................................................................. C 352 - 2
1.1 Classification des roches............................................................................. — 2
1.2 Caractères généraux du massif rocheux ................................................... — 2
2. Description et caractérisation de la matrice rocheuse................. — 2
2.1 Description pétrographique........................................................................ — 2
2.2 Essais d’identification.................................................................................. — 2
2.3 Propriétés mécaniques................................................................................ — 4
2.4 Propriétés diverses ...................................................................................... — 5
3. Description et propriétés des discontinuités .................................. — 6
3.1 Description d’une discontinuité.................................................................. — 6
3.2 Étude structurale.......................................................................................... — 7
3.3 Propriétés mécaniques................................................................................ — 7
3.4 L’eau dans le massif .................................................................................... — 7
4. Méthodes de reconnaissance des massifs rocheux ....................... — 8
4.1 Levé géologique de détail........................................................................... — 8
4.2 Photo-interprétation .................................................................................... — 9
4.3 Sondages carottés ....................................................................................... — 10
4.4 Enregistrement des paramètres de foration ............................................. — 10
4.5 Diagraphie microsismique.......................................................................... — 11
4.6 Diagraphie de radioactivité naturelle......................................................... — 11
4.7 Méthodes géophysiques............................................................................. — 11
p。イオエゥッョ@Z@ョッカ・ュ「イ・@QYYU@M@d・イョゥ│イ・@カ。ャゥ、。エゥッョ@Z@ェオゥョ@RPQU

4.8 Essais mécaniques in situ ........................................................................... — 12


4.9 Essai Lugeon ................................................................................................ — 12
5. Conclusions ............................................................................................... — 12
Pour en savoir plus........................................................................................... Doc. C 352

a description précise du massif rocheux – celle des roches qui en constituent


L la matrice et celle des discontinuités qui le traversent – est une phase indis-
pensable de l’étude géomécanique d’un site, que le but soit la fondation d’un
barrage, le percement d’un tunnel, le creusement d’un déblai, ou tout autre
ouvrage en milieu rocheux. Cette description se fait sur le terrain et au laboratoire,
à l’aide d’observations et de mesures diverses.

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DESCRIPTION DES ROCHES ET DES MASSIFS ROCHEUX _______________________________________________________________________________________

1. Généralités
Un massif rocheux tel que nous l’observons aujourd’hui résulte
d’une longue histoire géologique, souvent complexe, qui comprend
une phase de formation du matériau (dépôt et consolidation dans le
cas d’une roche sédimentaire, cristallisation dans le cas d’une roche
magmatique, etc.), une ou plusieurs phases de déformations tecto-
niques (avec formation de plis et de failles) et de transformations
métamorphiques (foliation, recristallisation), et enfin une période
d’altération météorique pour les parties proches de la surface.
Deux échelles d’étude sont adoptées : celle de la roche (échantillon

R de laboratoire ou affleurement ponctuel) et celle du massif rocheux


qui est aussi celle de l’ouvrage.

1.1 Classification des roches


Figure 1 – Front de taille découpé au fil : le massif rocheux,
milieu hétérogène, discontinu et anisotrope
Une roche est un assemblage de minéraux, c’est-à-dire de cristaux
(sauf quelques rares cas où existe une phase vitreuse). Le mécanicien
des roches insistera sur la présence de défauts dans l’assemblage,
pores ou fissures, qui influent fortement sur les propriétés du
matériau. 2. Description
Les géologues distinguent trois grandes catégories de roches en
fonction de leur origine :
et caractérisation
— les roches magmatiques (ou éruptives) résultent du refroi- de la matrice rocheuse
dissement de magmas en fusion ;
— les roches sédimentaires se sont déposées dans les mers ou
les lacs et sont formées par accumulation de particules détritiques La description de la matrice rocheuse fait appel à des identifica-
(résultant de la désagrégation des roches par l’érosion) ou biogènes tions et à des essais de laboratoire, dont les principaux sont décrits
(formées grâce à l’activité d’organismes) ; ci-après.
— les roches métamorphiques sont le produit de la transfor-
mation à l’état solide d’une roche préexistante, avec modifications
structurales et en général apparition de nouveaux minéraux, sous
l’influence de la pression et de la température. 2.1 Description pétrographique
La très grande variété des espèces minéralogiques et des roches
a conduit les géologues à diverses classifications, faisant appel à La description pétrographique consiste à déterminer la nature des
de nombreux termes pétrographiques [1]. Une classification pétro- différents minéraux, leur abondance relative, leur degré d’altération,
graphique simplifiée est présentée dans le tableau 1. leur taille et leur agencement, ainsi que l’existence éventuelle de
pores. La figure 2 présente un exemple de roche observée en lame
mince au microscope optique.
1.2 Caractères généraux Le tableau 2 présente les caractéristiques de quelques minéraux
courants.
du massif rocheux

Un massif rocheux est un milieu complexe (figure 1) : 2.2 Essais d’identification


— discontinu : le massif est composé de blocs plus ou moins
monolithiques, séparés par des discontinuités qui constituent des
sites de faiblesse mécanique et des lieux privilégiés de circulation Il s’agit d’essais simples, rapides, couramment pratiqués, et qui
d’eau ; donnent, alliés à la description pétrographique, une image assez
— hétérogène : des hétérogénéités existent à différentes précise du matériau. Le tableau 3 présente quelques valeurs
échelles, comme par exemple : alternance de bancs durs et de typiques de propriétés des roches les plus courantes.
bancs tendres, contacts tectoniques anormaux mettant en pré-
sence des formations très différentes, zones de dissolution
karstique ou d’altération locale ; 2.2.1 Masse volumique réelle  r
— anisotrope : l’anisotropie peut apparaître dès la formation de
la roche (disposition stratifiée des roches sédimentaires) ou en C’est la masse volumique de la roche sèche, quotient de la
liaison avec le métamorphisme (foliation des gneiss et mica- masse de l’échantillon par son volume (enveloppe extérieure,
schistes), ou lors de la fracturation subie lors d’un épisode tecto- incluant les pores intérieurs). Elle s’exprime en kg/m3 ou en t/m3.
nique, etc. ; Il ne faut pas la confondre avec la masse volumique absolue ρa ,
— biphasique puisque contenant de l’eau au sein des pores de qui est la masse volumique de la matière minérale ( ρ r ⭐ ρ a ) .
la matrice rocheuse ou dans les discontinuités ; cette eau peut
modifier notablement les propriétés de la roche comme celles des (0)
discontinuités, donc aussi le comportement du massif rocheux.
(0)

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cSUR

_______________________________________________________________________________________ DESCRIPTION DES ROCHES ET DES MASSIFS ROCHEUX

Tableau 1 – Classification pétrographique simplifiée


Famille Teinte Minéraux constitutifs Principaux termes Autres termes
claire  quartz trachyte, rhyolite
 feldspaths andésite

volcaniques ↓  amphiboles
 pyroxène basalte dolérite

Roches sombre  olivine
magmatiques
claire quartz granite microgranite

 feldspaths diorite microdiorite


plutoniques ↓  amphiboles monzonite

sombre  pyroxène gabbro péridotite

Roches foliées
claire

再 quartz
micas
gneiss, micaschiste leptynite

métamorphiques sombre amphibole amphibolite

non foliées marbre, cornéenne


sombre  argiles pélites argilites
 marnes
détritiques ↓  calcite
Roches  grès
sédimentaires claire  quartz
biogènes et /ou
chimiques
再 carbonates,
sulfates, etc.
calcaires, craie,
dolomies, gypse
meulière,
charbon

Tableau 2 – Quelques propriétés des minéraux courants


Vitesse des ondes
Minéraux Masse volumique Dureté Vickers Observations
longitudinales
(t/m3) (HV) (m/s)
Quartz ......................... 2,65 1 250 à 1 400 6 050 inaltérable
Feldspaths.................. 2,55 à 2,75 650 à 800 5 800 à 6 200
Mica blanc.................. 2,8 à 2,9 70 à 85 5 800 très anisotrope
Silicates
Mica noir .................... 2,8 à 3,3 90 5 100 très anisotrope
Amphiboles................ 3 à 3,4 730 7 200 anisotrope
Olivine ........................ 3,2 à 3,6 820 8 400
Calcite......................... 2,71 110 à 120 6 650
un peu soluble dans l’eau
Autres Dolomite..................... 2,85 à 2,9 250 à 400 7 500
Gypse ......................... 2,3 à 2,4 50 à 70 5 200 soluble dans l’eau

(0)

Tableau 3 – Quelques valeurs typiques des caractéristiques des roches les plus courantes (roches saines)
ρr n vᐉ Rc LA MDE A BR
Roche
(t/m3) (%) (m/s) (MPa)
Granites ........... 2,6 à 2,7 ⭐ 1 4 500 à 6 000 170 à 260 15 à 25 6 à 13 900 à 1 500
Microgranites.. 2,6 <1 4 500 à 6 000 200 à 350 10 à 18 5 à 10 1 500 à 2 000
Basaltes ........... 2,8 à 3,0 0à2 5 500 à 7 000 200 à 400 11 à 17 5 à 10 500 à 2 000
Calcaires.......... 2,6 à 2,7 0à5 5 600 à 6 500 80 à 260 18 à 40 14 à 40 10 à 50
2,3 à 2,6 5 à 15 4 000 à 5 800 35 à 150 25 à 65 25 à 60 0 à 20
1,8 à 2,3 15 à 35 2 000 à 4 300 8 à 80 30 à 100 40 à 100 0
Grès ................. 2,5 à 2,6 0à5 3 000 à 5 500 40 à 250 12 à 25 3 à 30 600 à 2 200
2,2 à 2,5 5 à 20 2 500 à 5 000 20 à 200 25 à 80 20 à 100 100 à 600
Cornéennes ..... 2,6 à 2,7 ⭐ 1 5 000 à 6 500 160 à 200 10 à 16 5 à 15 800 à 900
Gneiss.............. 2,6 à 2,7 ⭐ 2 4 000 à 5 500 140 à 250 12 à 28 5 à 14 1 000 à 1 800
Amphibolites .. 2,8 à 3,0 ⭐ 1 5 500 à 6 000 160 à 250 8 à 20 5 à 22 900 à 1 500

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Topographie. Topométrie. Géodésie

par Michel KASSER


Professeur des Universités


Ingénieur en Chef Géographe
Directeur de l’École Supérieure des Géomètres et Topographes
(Conservatoire National des Arts et Métiers)

1. Représentation de la surface terrestre .............................................. C 5 010 - 2


1.1 Surfaces de référence.................................................................................. — 2
1.2 Systèmes de coordonnées.......................................................................... — 3
1.2.1 Coordonnées géographiques ............................................................ — 3
1.2.2 Coordonnées rectangulaires planes ................................................. — 3
1.2.3 Coordonnées cartésiennes tridimensionnelles................................ — 3
1.2.4 Déviation de la verticale..................................................................... — 3
1.3 Représentations planes ou projections ..................................................... — 3
1.3.1 Représentation ou projection Lambert ............................................. — 3
1.3.2 Projection UTM (Universal Transverse Mercator ) ........................... — 3
1.3.3 Projection stéréographique ............................................................... — 4
2. Méthodes de mesures géométriques ................................................. — 4
2.1 Propagation des ondes électromagnétiques dans l’atmosphère ............ — 4
2.1.1 Vitesse de la lumière dans l’atmosphère.......................................... — 5
2.1.2 Réfraction atmosphérique. Trajectoire d’une onde
électromagnétique dans l’atmosphère ............................................. — 5
2.2 Mesures terrestres....................................................................................... — 6
2.2.1 Mesures d’angles................................................................................ — 6
2.2.2 Mesures électro-optiques de distances ............................................ — 7
2.2.3 Mesures de dénivelées, ou nivellement ........................................... — 10
2.3 Méthodes de géodésie spatiale.................................................................. — 12
2.3.1 Description du GPS (Global Positioning System ) ........................... — 12
2.3.2 Radio-interférométrie non connectée (VLBI).................................... — 12
2.3.3 Télémétrie laser sur satellites............................................................ — 13
2.3.4 Autres systèmes de géodésie spatiale.............................................. — 13
2.4 Photogrammétrie......................................................................................... — 13
2.4.1 Principe général .................................................................................. — 13
2.4.2 Instruments employés........................................................................ — 14
2.4.3 Exploitation d’images spatiales......................................................... — 14
2.5 Exemples de méthodes topographiques................................................... — 14
2.5.1 Levés terrestres traditionnels (levés directs ) ................................... — 14
2.5.2 Exemples ............................................................................................. — 15
3. Traitement et gestion des mesures .................................................... — 16
3.1 Acquisition et stockage des données......................................................... — 16
3.2 Logiciels de compensation ......................................................................... — 16
3.3 Systèmes d’information géographique (SIG) ........................................... — 18
Pour en savoir plus........................................................................................... Doc. C 5 010

a géodésie a pour objet initial l’étude et la mesure de la forme générale


L de la Terre, de sa rotation, de son champ de pesanteur et des différents
systèmes de référence employables pour se repérer. Par extension de langage,
le géodésien est celui qui fournit des points d’appui connus par leurs coor-
données pour les travaux topographiques dont l’objet est ainsi de densifier
considérablement ce canevas de référence.
p。イオエゥッョ@Z@ュ。ゥ@RPQS

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TOPOGRAPHIE. TOPOMÉTRIE. GÉODÉSIE ____________________________________________________________________________________________________

La topographie a pour objet la description et la représentation locale des


formes de la surface de la Terre. Le topographe procède donc à des levés, soit
en mesurant directement sur le terrain (mesures d’angles, de distances, ou GPS ;
§ 2.2 et 2.3.1), soit en exploitant les propriétés métriques d’images aériennes
stéréoscopiques du sol (photogrammétrie).
La topométrie représente l’ensemble des moyens géométriques employés
pour effectuer des mesures de positions relatives de points. C’est donc la boîte
à outils de base du topographe.
Le travail du géomètre recouvre une série d’activités complémentaires mais
étendues, allant de la topographie sous toutes ses formes à la cartographie (art
qui consiste à représenter au mieux la topographie sous forme de cartes), et à
R tous les aspects techniques et juridiques de la définition de la propriété foncière.

Important : en Topographie, Topométrie et Géodésie, les angles sont exprimés en degrés ou


en grades et les pressions en millimètres de mercure. On rappelle les correspondances avec les
unités légales :
1o = π /180 rad ;
1 gr = π /200 rad ;
1 mmHg = 133 Pa.

1. Représentation 1.1 Surfaces de référence


de la surface terrestre La surface de la Terre ne s’écarte que de quelques dizaines de kilo-
mètres de celle d’une sphère : cette surface est elle aussi parfois
appelée topographie. Il s’agit à proprement parler de l’interface entre
Historique la partie solide de l’écorce terrestre et l’atmosphère ou les océans.
Mais si l’on cherche à décrire cette surface, on est amené à s’inté-
On peut retrouver des indices de travaux topographiques resser au champ de pesanteur terrestre : en effet, la seule grandeur
jusqu’à la plus haute antiquité (travaux hydrauliques, construc- accessible en tout point est la direction de la verticale, qui est donc
tion de grands édifices) et manifestement la définition de la une référence obligée.
propriété foncière était déjà source de conflits en Égypte Si l’on étudie le champ de pesanteur, champ en 1/r 2 comme le
ancienne ou en Mésopotamie, mais le grand essor de toutes ces champ électrique par exemple, on pourra définir des surfaces équi-
techniques date du XVIIe siècle en Europe et surtout en France : potentielles dont l’espacement sera susceptible de varier d’un
à la mesure de la forme de la Terre sont attachés les travaux de endroit à l’autre. Lorsque ces surfaces se rapprochent, et par analogie
l’Académie des Sciences, et si l’abbé Picard, dès 1660, a su déve- avec le champ électrique, le champ de pesanteur augmente, ce qui
lopper des instruments de visée extrêmement précis, ce sont des se traduit par des valeurs de g plus importantes que lorsque ces
hommes comme Bouguer, La Condamine, Clairaut, Huyghens, surfaces s’éloignent (une surface équipotentielle du champ de
etc., puis les quatre générations de Cassini qui ont fait faire en pesanteur n’a rien à voir avec une surface où g serait une constante).
guère plus d’un siècle des progrès absolument décisifs à la Une telle surface équipotentielle est partout perpendiculaire à la
géodésie et à la cartographie. Il faut en retenir qu’entre 1760 direction de la pesanteur, donc à la verticale locale, mais g n’y est
et 1950, la précision des méthodes topométriques n’a même pas pas uniforme. Si les océans n’étaient traversés d’aucun courant, s’ils
gagné un facteur 10, les seuls progrès significatifs étant dans le étaient de densité constante, et s’ils étaient au repos, leurs surfaces
domaine de la facilité de mise en œuvre et dans l’ergonomie de décriraient des équipotentielles du champ de pesanteur. L’une de ces
ces techniques. surfaces, proche en général du niveau moyen de la mer, a été prise
Aujourd’hui, en France, la notion de réseau géodésique pour origine des altitudes : on l’appelle géoïde. Le géoïde est assez
national (sur lequel tous travaux topographiques doivent voisin d’un ellipsoïde de révolution, par rapport auquel il présente
s’appuyer pour toujours rester compatibles entre eux, des irrégularités plus ou moins corrélées avec la topographie,
avec 500 000 repères d’altitude de précision et 100 000 repères n’excédant pas 100 m. On recherche donc l’ellipsoïde qui est le plus
géodésiques) s’efface avec un positionnement spatial mondial proche du géoïde, et on privilégie cette nouvelle surface parce qu’elle
précis et d’accès facile comme le GPS (§ 2.3.1), et la notion de se décrit mathématiquement par deux nombres seulement : le
carte de base, document de base commun à tous types d’acti- demi-grand axe a et le demi-petit axe b . On va donc repérer de
vités localisées et permettant la synergie entre travaux ulté- manière fiable tout point par rapport à sa position sur l’ellipsoïde
rieurs, disparaît devant le besoin omniprésent de bases de par trois nombres (par exemple une longitude, une latitude et une
données numériques nationales ou mondiales, réclamées pour hauteur).
les applications des systèmes d’informations géographiques, et Mais, pour beaucoup d’opérations, il faut en arriver à une repré-
dont les performances semblent devoir disqualifier pour long- sentation cartographique plane, permettant de travailler sur papier,
temps tout autre moyen de représentation de la surface topo- et l’ellipsoïde n’est bien évidemment pas une surface développable.
graphique. En France donc, le Cadastre a commencé à numériser On va donc définir une dernière surface de référence, souvent
tous les plans cadastraux, alors que l’Institut Géographique cylindre ou cône (donc développable), et on déterminera une trans-
National a engagé, depuis 1986, la majorité de ses moyens dans formation amenant le point de l’ellipsoïde sur cette surface. Cette
plusieurs bases de données nationales, dont la BDTopo d’une transformation est appelée représentation plane, et il s’agit fré-
précision métrique et la BDCarto de précision décamétrique. quemment d’une simple projection, à tel point que le terme de pro-
C’est dire que dans ce secteur professionnel, tout change (de jection désigne parfois, de manière générique et par abus de
nouveau) avec une grande rapidité. langage, toute représentation cartographique.

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___________________________________________________________________________________________________ TOPOGRAPHIE. TOPOMÉTRIE. GÉODÉSIE

De très nombreux ellipsoïdes nationaux, voire régionaux, ont été ou les angles soient quelconques. On appelle altération linéaire la
établis par le passé, chacun approximant au mieux le géoïde sur sa variation relative d’une longueur passant de l’ellipsoïde à la repré-
zone de travail, et parfaitement confondu avec lui au point fonda- sentation cartographique, et correction de réduction à la corde, ou
mental (pour la France, l’ellipsoïde est dit de Clarke et date de 1880, correction de dV (avec V visée), la correction angulaire qu’il convient
le point fondamental étant au Panthéon à Paris). Aujourd’hui, on a d’apporter à une visée ramenée sur l’ellipsoïde lorsqu’elle est repré-
souvent recours à un ellipsoïde général dit international, ce qui sentée sur le plan cartographique (figure 1).
simplifie les conversions de coordonnées qui restent malgré tout, Nous présenterons ici les projections les plus courantes : Lambert
d’un pays à un autre et pour des travaux frontaliers par exemple, (employée pour la carte de France), UTM (Universal Transverse
un véritable problème technique et une source considérable Mercator, très employée dans le monde) et stéréographique (emploi
d’ennuis. Les demi-grand axe et demi-petit axe de l’ellipsoïde inter- fréquent pour des travaux scientifiques).
national (adopté en 1924) valent respectivement 6 378 388
et 6 356 912 m.


1.3.1 Représentation ou projection Lambert
1.2 Systèmes de coordonnées La représentation Lambert utilisée pour la France consiste à pro-
jeter, avec pour pôle le centre de la Terre, les points de l’ellipsoïde
Pour décrire la position d’un point A à la surface de la Terre, dif- de référence sur un cône ayant pour axe celui de la Terre, ce cône
férents systèmes de coordonnées sont utilisés. étant tangent à l’ellipsoïde le long d’un parallèle de latitude Φ0 . Dans
ces conditions, on constate qu’à la distance d de ce parallèle, une
longueur projetée sur ce cône subit une altération linéaire de
1.2.1 Coordonnées géographiques valeur m, et R étant le rayon moyen de courbure de l’ellipsoïde en
ce lieu :
– Longitude de A : angle dièdre entre deux plans contenant l’axe
d2
de rotation de la Terre, l’un contenant A et l’autre un point G de m = 1 + -------------
-
référence. 2R 2
– Latitude de A : angle entre la verticale de A et le plan de Cette valeur de m est malencontreusement toujours supérieure
l’équateur. à 1. On a donc jugé utile de multiplier a priori m par une valeur
– Altitude ellipsoïdique : distance de A à l’ellipsoïde. constante inférieure à l’unité, souvent notée e0 , et qui vaut en
France :
– Altitude : différents systèmes existent, tenant plus ou moins e 0 = 0,999 877 4
compte du champ de pesanteur, et assez proches d’une distance
de A au géoïde. C’est surtout la surface servant de référence qui la de sorte que l’altération linéaire varie à peu près entre – 12
différencie de la précédente. et + 16 cm/ km lorsqu’on passe de la proximité du parallèle de
latitude Φ 0 à celle correspondant à Φ 0 + 1,5 gr, ce qui aboutit à des
valeurs dont la moyenne est centrée sur 0. Grâce à cet artifice, il y
1.2.2 Coordonnées rectangulaires planes a deux parallèles le long desquels l’altération linéaire est nulle (à
environ 1 gr de Φ 0 ), et la France est découpée en 4 zones, ayant
Employées sur le plan de représentation plane, l’axe des Y est dans pour largeur chacune une bande de 3 gr en latitude. La zone I est
la direction du Nord pour au moins un méridien donné, et l’axe des X centrée sur Φ 0 = 55 gr, la zone II sur 52 gr, la zone III sur 49 gr et
lui est perpendiculaire : X est croissant vers l’Est et Y vers le Nord. la zone IV (pour la Corse) sur 46,85 gr. Les formules détaillées
décrivant la projection Lambert peuvent être trouvées dans de
nombreux ouvrages, par exemple [1].
1.2.3 Coordonnées cartésiennes tridimensionnelles Il faut préciser par ailleurs qu’en France, le méridien de référence
(Paris) est à 2,596 921 3 gr à l’est de Greenwich. L’image de ce
Elles sont fréquemment utilisées comme intermédiaire de calcul méridien est parallèle à l’axe des Y.
lorsqu’on emploie des méthodes de positionnement spatial. Les
axes X et Y sont orthogonaux dans le plan de l’équateur, l’axe Z est Les coordonnées Lambert pour la géodésie sont obtenues en attri-
confondu avec l’axe de rotation terrestre moyen. buant à l’intersection du méridien de référence et du parallèle de
latitude Φ 0 les coordonnées X = 600 km et Y = 200 km, sauf pour la
zone IV (Corse) où X = 234 358 m et Y = 185 861,669 m. L’axe des Y
est parallèle au Nord lorsqu’on est sur ce méridien. Les coordonnées
1.2.4 Déviation de la verticale Lambert pour la cartographie sont les mêmes, excepté la valeur de Y
qui est augmentée de 1 000 km pour la zone I, 2 000 km pour la
Ce terme désigne l’écart angulaire existant à un endroit donné
zone II, 3 000 km pour la zone III et 4 000 km pour la zone IV.
entre la verticale physique du lieu (direction de la pesanteur maté-
rialisée par exemple par un fil à plomb) et la direction orthogonale De plus, on emploie fréquemment le système Lambert II étendu,
à la surface de l’ellipsoïde passant par ce point. Lorsqu’elle est qui représente une extension du Lambert II (zone II) à toute la France,
inconnue (cas fréquent), c’est une cause d’imprécisions dans les avec bien sûr des altérations linéaires beaucoup plus fortes.
calculs de triangulation dans lesquels, par nécessité, on est amené Dans la projection Lambert, l’image des parallèles donne des arcs
à supposer que l’on travaille sur l’ellipsoïde et non sur le géoïde. de cercle centrés sur S (figure 2) et celle des méridiens, des droites
concourantes en S.

1.3 Représentations planes ou projections


1.3.2 Projection UTM (Universal Transverse Mercator )
La représentation cartographique du terrain sur un plan passe par
l’intermédiaire de l’ellipsoïde. La représentation des points du terrain En français, on utilise le terme de Mercator Transverse Universelle.
ramenés à l’ellipsoïde (par projection) sur la surface cartographique Cette projection conforme est très employée dans le monde, en
(qui est développable) peut prendre un grand nombre de variantes particulier pour les cartes internationales. C’est une projection, ayant
différentes, selon que l’on préfère que les angles entre deux visées pour pôle le centre de la Terre, de l’ellipsoïde sur un cylindre qui
soient conservés (représentations conformes), ou plutôt que les sur- est tangent à celui-ci tout le long d’un méridien de longitude λ, et
faces le soient (représentations équivalentes), ou que les surfaces ceci sur une zone s’étendant entre les longitudes λ – 3o et λ + 3o, soit

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TOPOGRAPHIE. TOPOMÉTRIE. GÉODÉSIE ____________________________________________________________________________________________________

donc sur un secteur de l’ellipsoïde de 6o de longitude. Hors de cette 1.3.3 Projection stéréographique
zone, on utilise un nouveau cylindre dont l’axe, compris dans le plan
de l’équateur, est tourné lui aussi de 6o par rapport au précédent. Il s’agit d’une projection ayant pour pôle un point de la surface
Pour couvrir l’ensemble de la Terre, on emploie donc 60 fuseaux. de la Terre, et l’ellipsoïde est alors projeté sur un plan tangent à
Comme le rapport d’échelle serait ainsi toujours au moins égal à 1, celui-ci en un point diamétralement opposé au pôle de projection.
mais jamais inférieur, on applique en outre un facteur d’échelle sup- Le cas le plus fréquent est celui de la projection stéréographique
plémentaire valant 0,999 6, ce qui fait que l’altération linéaire varie polaire, le pôle de projection étant l’un des pôles de l’ellipsoïde. Ce
autour de l’unité, comme pour la projection Lambert. cas est employé en particulier pour compléter dans les zones polaires
Les images des parallèles et des méridiens forment des faisceaux (latitudes supérieures à 80o) la projection UTM. Alors les images des
de courbes assez difficiles à calculer. Pour plus de détails, se reporter parallèles sont des cercles et celles des méridiens un faisceau de
en [Doc. C 5 010] à la référence [1]. droites concourantes au pôle, seul point par ailleurs où l’altération
linéaire vaut 1. L’équateur est représenté en particulier par un cercle
de rayon double de celui de la Terre.

R Cette projection est fréquemment employée pour des modèles


simples représentant des phénomènes à la surface de la Terre,
considérée alors comme une sphère : la projection stéréographique
revient alors à une inversion (au sens géométrique) de la sphère.
Citons, par exemple, le cas de la sismologie : les mécanismes au
foyer sont analysés en utilisant une projection stéréographique.

2. Méthodes
de mesures géométriques
2.1 Propagation des ondes
électromagnétiques dans l’atmosphère
Les phénomènes atmosphériques marquants et qui intéressent le
topographe sont les phénomènes de réfraction (variations de l’indice
de réfraction qui entraînent un changement de vitesse et de direction
des ondes électromagnétiques) et de diffusion (interaction du rayon-
nement soit avec les molécules et les atomes constitutifs de l’air
(diffusion Rayleigh), soit avec les aérosols et les petites poussières
en suspension dans l’air (diffusion de Mie). La diffusion Rayleigh est
liée intimement aux bandes d’absorption de l’ultraviolet ; elle est res-
ponsable de la couleur bleue du ciel et de la courbe enveloppe de
la transmission atmosphérique totale vers le bleu et le vert (figure 3).
La diffusion totale due à ces deux aspects est cause :
— de l’atténuation d’un faisceau lumineux donné ;
— de l’apport de lumière solaire parasite dans le champ de récep-
Figure 1 – Réduction à la corde tion, qui se superpose au signal utile et qui représente un véritable
bruit optique.

Figure 3 – Transmission atmosphérique pour une visibilité de 11 km

Figure 2 – Projection Lambert

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Auscultation géotechnique
par Laurent BRIANÇON
Maı̂tre de conférence LGCIE – INSA (Lyon, France)

Benoit CAZEAUDUMEC
Ingénieur Antea Group (Orléans, France)

et Bernard PINCENT
Expert


1. Principaux paramètres mesurés en géotechnique ................... C 229 – 2
1.1 Mécaniques ........................................................................................ — 2
1.2 Hydrauliques ...................................................................................... — 3
1.3 Géométriques ..................................................................................... — 3
1.4 Environnementaux ............................................................................. — 4
2. Moyens d’auscultation................................................................... — 4
2.1 Technologies de mesures................................................................... — 4
2.2 Capteurs en place ............................................................................... — 6
2.3 Unités de mesure mobiles ................................................................. — 6
3. Plan d’auscultation......................................................................... — 8
3.1 Paramètres à suivre ........................................................................... — 8
3.2 Points de mesure ............................................................................... — 8
3.3 Choix du capteur ................................................................................ — 10
3.4 Coût global d’une auscultation .......................................................... — 11
4. Mise en œuvre et maintenance .................................................... — 11
4.1 Rapport d’installation ......................................................................... — 11
4.2 Vocabulaires métrologiques .............................................................. — 11
4.3 Vérifications métrologiques ............................................................... — 12
4.4 Maintenance et protection ................................................................. — 12
5. Acquisition, transmission et partage des données.................. — 12
5.1 Transmission et acquisition ............................................................... — 12
5.2 Transfert et stockage .......................................................................... — 13
5.3 Traitement et visualisation ................................................................. — 13
6. Traitement et interprétation des mesures ................................. — 13
6.1 Détection des défaillances du système d’auscultation ..................... — 13
6.2 Interprétation des mesures ................................................................ — 14
6.3 Rapport d’auscultation ....................................................................... — 14
7. Applications ..................................................................................... — 14
7.1 Remblais sur sol compressible .......................................................... — 15
7.2 Ouvrages souterrains ......................................................................... — 15
7.3 Ouvrages hydrauliques ...................................................................... — 18
7.4 Mouvement de terrain ....................................................................... — 18
7.5 Soutènement ...................................................................................... — 20
8. Conclusion........................................................................................ — 20
Pour en savoir plus.................................................................................. Doc. C 229

L a géotechnique est un vaste domaine couvrant une grande variété d’ouvra-


ges soumis à des sollicitations diverses et variées. Les interactions entre les
ouvrages et leur environnement sont souvent complexes et requièrent parfois
une auscultation pendant la construction de l’ouvrage et en phase d’exploitation.
L’instrumentation d’un ouvrage peut être intégrée dès sa conception, elle per-
met de contrôler les travaux et de valider le dimensionnement ; dans certains
cas, l’instrumentation peut être utilisée pour optimiser le dimensionnement
pendant la construction de l’ouvrage, on parle dans ce cas de méthode obser-
p。イオエゥッョ@Z@ェ。ョカゥ・イ@RPQV

vationnelle. Une instrumentation peut aussi être mise en place sur un ouvrage

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AUSCULTATION GÉOTECHNIQUE ––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

existant pour lequel on craint une instabilité ; dans ce cas l’instrumentation peut
aider à analyser la cause du désordre, le risque pour l’ouvrage et à déployer des
méthodes curatives adaptées.
De nombreux paramètres physiques peuvent être mesurés en fonction du
type d’ouvrage et de son interaction avec son environnement. Ces paramètres
sont souvent liés et nécessitent parfois une caractérisation thermo-hydro-méca-
nique pour appréhender au mieux les problèmes.
De nombreux moyens de mesures sont disponibles : capteurs en place ou
moyens mobilisables utilisant des technologies différentes : électriques, opti-
ques, mécaniques…
La conception générale d’une auscultation est à la charge du maı̂tre d’œuvre ;

R celle-ci nécessitant des compétences spécifiques, elle se conçoit en collabora-


tion avec le géotechnicien du projet.
L’auscultation géotechnique est donc un domaine spécifique réservé à des
spécialistes réunissant les compétences instrumentales et géotechniques.
Pour certains ouvrages, elle est considérée comme nécessaire et fait l’objet de
recommandations pour les ouvrages souterrains ou les barrages par exemple.

1. Principaux paramètres σ (kPa)

mesurés en géotechnique
En fonction du type d’ouvrage à construire et des problèmes géo-
techniques du site, certains paramètres doivent être suivis pendant la
construction de l’ouvrage et tout au long de sa durée d’exploitation.
On peut classer ces paramètres en quatre principales catégories :
– mécaniques ;
– hydrauliques ;
– géométriques ;
– environnementaux.
Cependant, nombre de ces paramètres sont intimement liés : une
variation de contrainte (paramètre mécanique) engendrera une Figure 1 – Représentation de la contrainte
variation de déformation (paramètre géométrique) par exemple.

1.1 Mécaniques F (kN)


& Contrainte
La contrainte est le rapport entre une force s’exerçant sur une
surface et cette surface lorsque celle-ci tend vers zéro. Par défini-
tion, cette grandeur ne peut pas être directement mesurable. Elle
est, le plus souvent, déterminée indirectement par la mesure de la
déformation d’un corps d’épreuve. Son unité est le Pascal (Pa), le
kilo-Pascal (kPa) est cependant plus couramment utilisé en géotech-
nique (figure 1).
En géotechnique, on distingue la contrainte totale et la contrainte
effective pour laquelle la pression d’eau exercée n’est pas prise en
compte. La contrainte effective ne peut pas être mesurée, mais
déduite des mesures de contrainte totale et de pression
interstitielle [2].
& Force
La force est une traction ou une compression qui s’exerce en un
point. Comme pour la contrainte, le plus souvent la force est mesu-
Compression Traction
rée à partir de la déformation d’un corps d’épreuve sur lequel
l’effort est appliqué. Son unité est le Newton (N), le kilo-Newton
(kN) est plus couramment utilisé en géotechnique (figure 2). Figure 2 – Représentation de la force

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–––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––– AUSCULTATION GÉOTECHNIQUE

1.2 Hydrauliques déplacement à fil) ou indépendant (bague magnétique d’un tassomè-


tre en forage, cible tonométrique). Son unité est le mètre (m), mais le
& Niveau d’eau millimètre (mm) est plus couramment utilisé étant donné les faibles
Cette grandeur est la profondeur à laquelle se situe une nappe amplitudes de déplacement mesurées (figure 6).
d’eau dans le sol par rapport à un point fixe (figure 3). Il existe de nombreuses déclinaisons de la mesure du déplace-
ment spécifique à certains ouvrages géotechniques : la conver-
& Pression interstitielle
gence pour les ouvrages souterrains par exemple.
La pression interstitielle est la pression exercée par l’eau conte-
nue dans un sol saturé. Son unité est le Pascal (Pa), le kilo-Pascal & Inclinaison
(kPa) est plus couramment utilisé en géotechnique (figure 4).
L’inclinaison (ou encore rotation) est une variation d’angle dans
le temps par rapport à une position initiale. Son unité est celle
1.3 Géométriques d’un angle, le radian est le plus couramment utilisé (figure 7).

& Déformation
La déformation est un allongement ou un raccourcissement entre
deux points mobiles. Cette grandeur peut être utilisée pour mesurer
∆s (m) R
indirectement la contrainte qui est un paramètre moins aisé à mesu-
rer (sous réserve de connaı̂tre le module permettant de passer de la
déformation à la contrainte). Cette grandeur est sans dimension, on
utilise le m/m ou plus souvent le mm/m (10-6 m/m) pour tenir
compte des très faibles allongements ou raccourcissements par rap-
port à la distance initiale entre les deux points (figure 5).
Une déformation est mesurée par le déplacement relatif entre deux
points dont la distance (base) est connue ou par la variation d’une
grandeur physique induite par la déformation d’un corps d’épreuve.
& Déplacement
Le déplacement est une variation de distance entre un point mobile
et un point fixe. Le point mobile peut être lié au capteur (capteur de

h (m)

Figure 6 – Représentation du déplacement

δ (o)
Figure 3 – Représentation du niveau d’eau

u (kPa)

Figure 4 – Représentation de la pression interstitielle

ε (µm/m)

État initial

Allongement Raccourcissement

Figure 5 – Représentation de la déformation Figure 7 – Représentation de l’inclinaison

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AUSCULTATION GÉOTECHNIQUE ––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

La mesure inclinométrique dans les sols est une des rares gran-
deurs à bénéficier d’une norme (NF P 94-156). Elle est fondée sur Support en
une suite de mesures d’inclinaisons (section 2.2.1). plastique

Mince feuille
1.4 Environnementaux Orientation de métal
de la
& Température déformation
Bornes pour
La température est un paramètre qui peut influencer le compor-
les connexions
tement de l’ouvrage. Une caractérisation des processus Thermo- soudées
hydro-mécanique (THM) peut être nécessaire pour la compréhen-
sion des mécanismes. Ce paramètre peut aussi influencer la
mesure, certains capteurs étant sensibles à la température. Il est
nécessaire dans ce cas de connaı̂tre précisément les variations de


Figure 8 – Jauge de déformation
température pour appliquer une correction aux mesures brutes
des capteurs. L’unité couramment utilisée pour la température est L’utilisation de « rosettes » de jauges est fréquente pour établir la
le degré Celsius ( C). relation contrainte-déformation. La « rosette » est une association
& Vibration de 3 jauges généralement positionnées à 60 (rosette « équi-angu-
laire ») ou 45 (rosette « rectangulaire ») l’une par rapport à l’autre.
La mesure des vibrations au voisinage des structures sensibles La méthode du cercle de Mohr est utilisée pour exploiter ces systè-
est couramment réalisée dans le cadre de grands chantiers (ouvra- mes. Le calcul des contraintes fait appel à la loi de Hooke
ges souterrains, fouilles urbaines). Cette surveillance s’effectue sur généralisée.
des bâtiments en place, des éléments de génie civil, des machines
ou des formations géologiques particulières en installant des accé- Des capteurs potentiométriques sont employés pour les mesures
léromètres à trois axes. Elle a pour but de prévenir les dégâts éven- de déplacement ou d’angle. Ces capteurs sont peu couteux, relati-
tuellement induits par les émissions vibratoires liées aux opéra- vement robustes et de mise en œuvre simple, leur précision est
tions de construction. inférieure à celle des capteurs de type LVDT (Linear Variable Diffe-
rential Transformer) ou magnétostrictifs par exemple.
Les mesures de température sont faites par sonde à résistance
variable (Pt100 résistance de platine 100 Ohm à 0  C), thermocou-
2. Moyens d’auscultation ples ou thermistances. La Pt100 est stable et linéaire, généralement
plus chère que les autres types. Le thermocouple permet de mesu-
rer à très haute température, la thermistance est de moins bonne
qualité métrologique que la résistance (Pt100, Pt1000) mais est
Il existe différentes manières de réaliser l’auscultation des ouvra-
très peu chère et peut être de très petite taille.
ges. Outre l’approche traditionnelle d’inspections visuelles, éven-
tuellement accompagnées de prélèvements, une grande variété de La technologie piézo-électrique et piézo-résistive est utilisée pour
méthodes et d’essais non destructifs permet de réaliser l’ausculta- la mesure de vibrations et pour celle de pressions par exemple.
tion des ouvrages. L’article [R 6 193] détaille les technologies pour les capteurs de
Le suivi topométrique est le moyen de mesure historiquement vibration.
utilisé pour suivre le comportement (déplacement) d’un ouvrage
et/ou de ses avoisinants. Il reste aujourd’hui couramment utilisé 2.1.2 Électro-magnétique
sous une forme moderne de réseau de cibles et de stations auto-
matisées. Ce domaine de l’auscultation est traité dans un autre arti- Plusieurs types de capteurs utilisent une technologie électro-
cle des Techniques de l’Ingénieur [C 5 010]. magnétique :
Ici seront détaillées uniquement les auscultations par instrumen- – les capteurs magnétorésistifs (voir article [R 416]) ;
tation : soit par la pose de capteurs dans l’ouvrage, soit par des – les capteurs de déplacement « LVDT » ;
mesures ponctuelles effectuées à l’aide de moyens de mesure – les capteurs d’angle « RVDT » (Rotary Variable Differential
mobiles utilisés par un opérateur. Transformer) ;
Les différents moyens d’auscultation à mettre en place sont choi- – les capteurs de déplacement ou d’angle magnétostrictifs ;
sis en fonction d’un ensemble de paramètres propres à chaque – les capteurs à bobine inductive (proximité, vitesse, etc.) ;
ouvrage qu’il faut évaluer en fonction des risques liés à la construc- – les capteurs à courant de Foucault (déplacement, proximité,
tion et à l’exploitation de l’ouvrage, des conditions d’accès, de la etc.).
durée de l’auscultation, de la rapidité des phénomènes observés… Les capteurs LVDT sont utilisés pour la mesure de déplacements
La complémentarité des techniques de mesure est un des fonde- et de déformation de faible amplitude. Robustes et précis, ils pré-
ments de l’auscultation des ouvrages de génie civil pour lesquels sentent le désavantage de nécessiter un amplificateur complexe.
ces techniques doivent fournir les informations utiles à un diagnos-
tic et une aide à la décision. 2.1.3 Fréquence
Le capteur à corde vibrante est très utilisé en instrumentation
2.1 Technologies de mesures géotechnique (figure 9).
Les articles [R 400], et [R 401] décrivent de manière détaillée et Le capteur à corde vibrante est constitué d’un fil en acier tendu
exhaustive ce qu’est un capteur et les principes de bases utilisés entre deux points de fixation (« corde vibrante »). La fréquence pro-
pour la détection des grandeurs physiques. pre de vibration de la corde varie en fonction de sa tension, c’est-à-
dire de la longueur entre ses deux points extrémités. Chaque corde
2.1.1 Électrique vibrante a un « coefficient extensomètrique » K dépendant du
module d’élasticité de l’acier. Il faut un système d’excitation de la
Les jauges d’extensométrie [R 1 860] sont utilisées pour les corde, constitué d’une bobine (électro-aimant) qui met la corde en
mesures de déformation et de contrainte (figure 8). vibration.

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–––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––– AUSCULTATION GÉOTECHNIQUE

Capteur de pression CL1 de la


société TELEMAC
Boitier Câble électrique

Patte de fixation
Capteur de
Patte de fixation température Électro-aimants

Ancrage
Ancrage
de la corde
de la corde Tube de protection

Corde vibrante

Figure 9 – Schéma d’un capteur à corde vibrante : un extensomètre

& Dans le fonctionnement en régime « amorti », la bobine excite Ainsi, en imposant un faisceau lumineux le long d’une fibre
une fois la corde, puis sert à la mesure la fréquence de vibration optique sur laquelle des réseaux de Bragg ont été inscrits, il est
de la corde. possible de mesurer les variations de déformation et de tempéra-
ture du milieu environnant la fibre optique.
& Dans le fonctionnement en régime « entretenu », une bobine
permet de maintenir la corde en vibration et une deuxième bobine
est utilisée pour mesurer la fréquence du signal induit par la vibra-
tion de la corde. Ce mode de fonctionnement permet de moins sol- Les rétrodiffusions Brillouin et Raman sont des processus de
liciter la corde, donc d’augmenter sa durée de vie, l’utilisation de diffusion naturels associés à la propagation de la lumière dans
deux bobines permet d’obtenir un signal direct et de réduire les un matériau tel que la fibre optique. L’interaction entre la
lumière incidente et le milieu dans lequel elle se propage génère
sources d’erreur avec une meilleure répétabilité.
de la lumière diffuse qui se traduit, soit par une modification de
& Il existe des capteurs à corde vibrante sans corps d’épreuve, ce la fréquence (ou longueur d’onde) pour la diffusion Brillouin,
sont des extensomètres (figure 9), constitués de la corde elle- soit par une modification d’amplitude du signal pour la diffusion
même dans une enveloppe mécanique qui peut prendre des for- Raman, par rapport au rayon lumineux incident.
mes différentes selon l’utilisation souhaitée.
& Il existe des capteurs avec corps d’épreuve. Le phénomène à L’analyse des pics de rétrodiffusion Brillouin ou Raman de la
mesurer déforme le corps d’épreuve qui exerce la tension sur la lumière dans les fibres optiques permet ainsi de réaliser des mesu-
corde. Ce sont par exemple des capteurs de pression, de force, res de déformation et de température en tout point de la fibre.
d’extensométrie en forage, etc.
La technologie de diffusion Brillouin est utilisée pour détecter les
Parce que des fréquences plutôt que des niveaux de tension sont déformations et les variations de température sur de longues dis-
mesurées, ces capteurs sont toujours plus adaptés que les ponts
tances. Cette technologie ne nécessite pas l’utilisation de capteurs
résistifs pour des applications dans des environnements difficiles
individuels puisque les mesures de déformation et de température
(présence d’eau, variations de température) électriquement
sont fournies par une fibre optique standard. Il est possible de
bruyants ou celles nécessitant de grandes longueurs de câble. Les
mesurer des déformations à partir de 0,01 % et des variations de
capteurs à corde vibrante ont aussi une réputation de stabilité à
long terme et une bonne résistance aux environnements hostiles. température inférieures à 1  C avec une résolution spatiale infé-
rieure au mètre sur des distances de plus de 20 km.
2.1.4 Optique La technologie de rétrodiffusion Raman est, quant à elle, utilisée
pour détecter de très faibles variations de température (0,1  C) avec
Hors mesures topométriques, l’essentiel des mesures optiques une résolution spatiale inférieure au mètre sur des distances de
en auscultation géotechnique se fait par fibres optiques. plus de 10 km.
Les contraintes, les déformations, les déplacements et les tempé-
ratures peuvent être mesurées par différentes technologies permet-
tant d’effectuer des mesures ponctuelles par réseaux de Bragg, ou 2.1.5 MEMS (Micro Electro Mecanical Systems)
réparties (réflectométrie Raman et Brillouin).
Un microsystème électromécanique, MEMS, est un circuit inté-
Cette technologie fait l’objet de plusieurs articles des Techniques gré électronique comprenant un ou plusieurs éléments mécani-
de l’ingénieur : [R 412], [R 413], [R 460] et [R 461]. ques. Il convertit un changement physique en signal électrique
Un réseau de Bragg est constitué par une variation périodique de (capteur) ou le contraire (actionneur).
l’indice de réfraction inscrite le long du cœur d’une fibre optique. Les articles [R 430] et [R 431] décrivent de manière complète la
Un réseau de Bragg est identifié par sa longueur d’onde l. Les technologie MEMS.
effets de l’inscription d’un réseau de Bragg le long d’une fibre
optique sont de réfléchir une longueur d’onde prédéterminée du La technologie MEMS est utilisée pour des capteurs de pression,
faisceau lumineux tout en se laissant traverser par les autres lon- des accéléromètres, inclinomètres, gyroscopes. Dans les applica-
gueurs d’onde. La longueur d’onde réfléchie satisfait les conditions tions géotechniques, des accéléromètres ou des inclinomètres
de Bragg faisant intervenir des paramètres sensibles aux variations « MEMS » sont souvent utilisés ; ils apportent une réduction de
de température et de déformation auxquelles est soumise la fibre taille et de coût, mais une précision moins bonne qu’un servo-
optique. accéléromètre.

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L’eau dans les sols non saturés

par Pierre DELAGE


Professeur à l’École nationale des ponts et chaussées (ENPC)


Directeur de recherche au Centre d’enseignement et de recherche en mécanique des sols
(CERMES)
et Yu-Jun CUI
Directeur de recherche au Centre d’enseignement et de recherche en mécanique des sols
(CERMES)

1. Succion dans les sols.............................................................................. C 301 - 2


1.1 Capillarité ..................................................................................................... — 2
1.2 Interactions physico-chimiques entre l’eau et l’argile.............................. — 3
1.3 Microstructure des sols non saturés.......................................................... — 5
1.4 Définition de la succion............................................................................... — 7
1.5 Relation succion - humidité relative........................................................... — 7
2. Techniques de contrôle et de mesure de la succion...................... — 8
2.1 Introduction.................................................................................................. — 8
2.2 Contrôle par plaque tensiométrique .......................................................... — 8
2.3 Contrôle par « translation d’axes » ............................................................ — 8
2.4 Technique de contrôle osmotique.............................................................. — 9
2.5 Technique de contrôle par phase vapeur .................................................. — 10
2.6 Mesure tensiométrique de la succion........................................................ — 10
2.7 Mesure psychrométrique de la succion..................................................... — 11
2.8 Méthode du papier-filtre ............................................................................. — 11
2.9 Mesures de succion par d’autres systèmes .............................................. — 12
3. Propriétés de rétention d’eau............................................................... — 12
3.1 Généralités ................................................................................................... — 12
3.2 Courbe de rétention - hystérésis ................................................................ — 12
3.3 Cas des sols argileux. Effet de l’indice de plasticité ................................. — 13
4. Transferts d’eau dans les sols non saturés ...................................... — 15
4.1 Équations de transfert en phase liquide .................................................... — 15
4.2 Equations de transfert en phase gazeuse.................................................. — 16
5. Techniques de mesure de perméabilité ............................................. — 16
p。イオエゥッョ@Z@ョッカ・ュ「イ・@RPPP@M@d・イョゥ│イ・@カ。ャゥ、。エゥッョ@Z@ュ。ゥ@RPQU

5.1 Généralités ................................................................................................... — 16


5.2 Méthode de Gardner pour la perméabilité à l’eau.................................... — 16
5.3 Méthode en régime permanent pour la perméabilité à l’eau et à l’air ... — 17
5.4 Méthode du profil instantané pour la perméabilité à l’eau...................... — 17
5.5 Perméabilité à l’air....................................................................................... — 18
6. Conclusion ................................................................................................. — 20
Pour en savoir plus........................................................................................... Doc. C 304

L ’eau joue un rôle majeur dans le comportement des sols non saturés. Sa
cohabitation avec l’air dans les pores prend des formes variées, selon que
l’eau domine et l’air ne peut se déplacer librement, ou au contraire que l’air
occupe l’essentiel des pores et l’eau est bloquée aux contacts des particules,
ou encore que l’eau et l’air peuvent se déplacer tous les deux. Outre les phé-
nomènes de capillarité, qui se développent aux contacts des deux fluides, l’eau

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© Techniques de l’Ingénieur, traité Construction C 301 − 1

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L’EAU DANS LES SOLS NON SATURÉS ______________________________________________________________________________________________________

peut interagir avec les minéraux des particules du sol : ces interactions
physico-chimiques sont particulièrement importantes dans les argiles. Enfin, la
concentration des sels dissous dans l’eau est à l’origine de phénomènes osmo-
tiques, qui influencent la migration des molécules d’eau dans les pores du sol.
Cet article décrit les différents états de l’eau dans les sols non saturés, les
phénomènes physiques qui déterminent l’interaction de l’eau et des minéraux
et les lois de déplacement de l’eau dans les sols non saturés. Il présente, en
particulier, les techniques expérimentales permettant de mesurer ou imposer la
succion, et de caractériser les capacités de rétention et de transfert de l’eau
dans ces sols.


1. Succion dans les sols
Air
σs σs
1.1 Capillarité
Les phénomènes de capillarité se produisent à l’interface entre
deux fluides, car les molécules y sont soumises à un ensemble de
forces d’interactions non équilibrées, à la différence d’une molé-
cule située au sein du fluide. Une molécule d’eau au sein d’une Eau
masse d’eau est soumise à des actions de même nature
(figure 1b ), alors que celle à l’interface entre deux fluides, eau-air a à l'interface eau-air
par exemple, est soumise à des actions différentes : actions dues
à l’eau et actions dues à l’air (figure 1a ). Les molécules d’eau à
l’interface eau-air sont donc attirées vers la masse d’eau et la sur-
face de l’eau est soumise à une force perpendiculaire à la surface
libre. C’est cette attraction qui engendre une tension de surface σs
à l’interface, représentée sur la figure 1 dans le cas d’une interface
plane.
La capillarité est souvent illustrée par le schéma de la figure 2,
décrivant la remontée capillaire h de l'eau dans un tube de rayon r Eau
petit plongé dans un récipient contenant de l’eau. La relation entre
le rayon de courbure du ménisque sphérique eau-air dans le tube b au sein d'une masse d'eau
et la différence de pression entre l'air et l'eau est donnée par la loi
de Laplace, qui se simplifie dans l'hypothèse de pores cylindriques
et prend l'expression de la loi de Jurin : Figure 1 – Actions de forces sur une molécule d’eau
2 σ s cos θ
u a – u w = ------------------------
- (1)
r
avec ua et uw respectivement les pressions d’air et d’eau,
σs la tension de surface eau-air, θ θ
θ l’angle de raccordement entre le ménisque et le σs ua = 0 σs
solide. uw
On a pour l’eau :
σs = 72,75 × 10–3 N/m et cos θ = 1. h
Surface libre
Cette relation implique que, au niveau du ménisque, la pression ua = 0
d'eau est inférieure à la pression d'air, et ce d'autant plus que r est
petit. La pression atmosphérique étant prise nulle par convention, uw = ua = 0
il s'ensuit que la pression de l'eau dans le tube est négative, du fait
de la tension gravitaire exercée sur l’eau. Si l’on considère la
charge hydraulique h du fluide à l'équilibre hydrostatique, avec
une origine placée à la surface plane du liquide, on a :
h = uw /γw + z = Cte = 0 (2)
Figure 2 – Remontée capillaire dans un tube
et donc, dans le fluide :
uw = – γ w z (3)
L'eau dans le tube capillaire est sous une tension proportionnelle En fait, la loi de Jurin peut se retrouver simplement à l’aide de
à la hauteur d’eau. Dans les conditions usuelles, cette tension ne la figure 2, qui illustre les notions de tension de surface σs et
peut excéder la valeur de la pression de cavitation de l’eau, proche d’angle de contact eau-solide θ : σs est une force qui s’exerce sur
de 80 kPa. la circonférence, avec une inclinaison θ par rapport à la paroi du

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_____________________________________________________________________________________________________ L’EAU DANS LES SOLS NON SATURÉS

Interface eau-air

1
Ménisque 2
capillaire 2
3
3
5
5
4 4
5
5
a sol granulaire

Particules de sol

Plaquettes
argileuses Figure 4 – Début de la pénétration de l’air dans un sol granulaire,
Ménisque
capillaire d’après Childs, 1969, dans [26]
Eau
adsorbée

b sol fin

Figure 3 – Représentation schématique d’un sol non saturé

tube. On peut simplement écrire l’équilibre du ménisque sphérique


de la façon suivante :
— les actions dirigées vers le haut sont estimées en intégrant les
tensions sur la circonférence, en projetant sur l’axe vertical, ce qui et Silicium et Oxygène
donne une valeur :
( 2 π r cos θ) σs
a couche tétraédrique
— les actions dirigées vers le bas correspondent au poids de la
colonne d’eau de hauteur h, qui vaut :
γw π r 2 h
L’équilibre de ces actions entraîne l’égalité de ces deux termes,
qui donne :
2 σ s cos θ
h = -----------------------
- (4)
γ wr
équivalent à la loi de Jurin, si l’on utilise l’équation (3).
Le schéma de la figure 3a présente un sol granulaire non saturé.
Les ménisques sont localisés dans les plus petits pores du sque- Aluminium, magnésium, etc. et OH–
lette solide, aux contacts entre les grains ; plus le sol se désature,
plus les ménisques deviennent petits, avec un faible rayon de
b couche octaédrique
courbure qui engendre une forte valeur de la succion. Ainsi, la suc-
cion prend une valeur maximale quand on approche l'état complè-
tement sec. Figure 5 – Couches tétraédrique et octaédrique typiques
des argiles lamellaires, d’après [38]
Le début de la pénétration de l’air dans un sol granulaire initia-
lement saturé qu’on laisse sécher, représenté sur la figure 4
(Childs, 1969, dans [26]), intervient au niveau des plus gros pores
affleurant à la surface du sol, au contact eau-air. L’augmentation de et à l’attraction physico-chimique exercée par les argiles sur les
la succion se traduit par la diminution des rayons de ménisques, molécules d’eau, d’autre part. Cet aspect est décrit plus en détail
qui s’insinuent dans des pores de plus en plus petits, suivant les dans ce qui suit.
contours 1 à 5 représentés sur la figure. Chaque contour est carac-
térisé par une seule valeur de succion, et donc par un rayon de
courbure qui lui est lié par la loi de Jurin.
1.2 Interactions physico-chimiques
La figure 3b représente schématiquement le cas plus général
d’un sol fin, avec un agrégat de plaquettes argileuses d’une dizaine entre l’eau et l’argile
de micromètres de diamètre, au contact d’un grain de limon. La
succion est définie par le rayon du ménisque à proximité du grain Les argiles sont le plus souvent des silicates d’alumine hydratés
de limon, et l’on observe que l’agrégat est saturé. Ceci est dû à la sous formes de feuillets, composés de l’assemblage de niveaux
plus petite taille des pores situés entre les plaquettes, d’une part, tétraédriques et octaédriques (figure 5 [38]) :

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L’EAU DANS LES SOLS NON SATURÉS ______________________________________________________________________________________________________

OH

R OH
OH
OH

OH OH OH
OH OH

a kaolinite n H2O cations échangeables

H 104,5° H

0,0965 nm

c molécule d'eau b montmorillonite

Oxygène OH OH– Aluminium Silicium

Figure 6 – Structure des feuillets de kaolinite et de montmorillonite et molécule d’eau, d’après Mitchell [38]

— les tétraèdres (figure 5a ) sont constitués d’un atome central avec une épaisseur de l’ordre de 0,7 µm. Le remaniement d’une
de silicium entouré de quatre atomes d’oxygène (de formule pâte de kaolinite n’affecte pas ces particules. En revanche, la
chimique SiO2 , comme la silice) ; constitution des faces inférieures et supérieures de la montmorillo-
— les octaèdres (figure 5b ) ont en leur centre un ion métallique nite ne permet pas le développement d’une liaison hydrogène, et
(généralement l’aluminium Al+++, parfois substitué par le magné- les molécules d’eau peuvent venir s’insérer entre les feuillets lors
sium Mg++ ou le potassium K+) entouré d’ions OH–. d’un remouillage.
Les trois grandes classes d’argile, la kaolinite, la montmorillonite La figure 6c présente également la molécule d’eau, constituée
et l’illite sont constituées d’assemblages de ces deux couches. d’un dipôle ayant un côté de 0,0965 nm et un angle de 104,5o.
Le feuillet de kaolinite (figure 6a ) est constituée d’un empile- L’illite a la même composition que la montmorillonite, mais une
ment d’un niveau tétraédrique et d’un niveau octaédrique, permis liaison forte entre les feuillets est permise par la présence de
par une substitution d’atomes d’oxygène de la couche tétraédrique cations potassium K+. Comme la kaolinite, l’illite est constituée
par des ions OH– de la couche octaédrique. L’épaisseur du feuillet d’un empilement de feuillets stable vis-à-vis de l’eau.
est de 0,7 nm.
L’attraction exercée par les argiles sur l’eau est engendrée par un
Le feuillet de montmorillonite (figure 6b ) est constitué d’un déficit de charges électriques dû à des substitutions, dans les
niveau octaédrique enserré entre deux niveaux tétraédriques. couches octaédriques, des atomes Al+++ par ceux d’un autre métal
L’épaisseur du feuillet de montmorillonite vaut 1 nm. de valence plus faible (le plus souvent Mg ++). Ces substitutions
Quand deux feuillets de kaolinite sont superposés, les O– pré- sont dites isomorphes, car elles se font sans modification de la
sents sur la surface supérieure et les H+ de la surface inférieure morphologie du minéral. Le champ électrique induit à proximité de
développent entre eux une liaison hydrogène O–H forte, conférant la surface des argiles attire les cations dissous dans l’eau intersti-
une grande stabilité à un empilement de feuillets vis-à-vis des tielle. La distribution des cations dissous à proximité d’une pla-
actions de l’eau. Typiquement, une particule de kaolinite est quette argileuse sous l’effet du champ électrique en fonction de la
constituée de l’empilement de l’ordre de la centaine de feuillets, distance a été calculée selon la théorie de la double couche

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XV
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Comportement mécanique
des sols non saturés

par Pierre DELAGE


Professeur à l’École nationale des ponts et chaussées (ENPC)
Directeur de recherche au Centre d’enseignement et de recherche en mécanique des sols

(CERMES)
et Yu-Jun CUI
Directeur de recherche au Centre d’enseignement et de recherche en mécanique des sols
(CERMES)

1. Techniques et méthodes d’essai .......................................................... C 302 - 3


1.1 Généralités ................................................................................................... — 3
1.2 Essais à pression d’air contrôlée (« translation d’axes ») ........................ — 3
1.2.1 Appareil triaxial................................................................................... — 3
1.2.2 Œdomètre............................................................................................ — 3
1.2.3 Boîte de cisaillement .......................................................................... — 4
1.3 Essais à succion contrôlée par la technique osmotique........................... — 4
1.3.1 Œdomètre............................................................................................ — 4
1.3.2 Appareil triaxial................................................................................... — 5
1.4 Choix des vitesses de chargement lors d’essais à succion contrôlée..... — 6
2. Comportement mécanique.................................................................... — 7
2.1 Généralités ................................................................................................... — 7
2.2 Contraintes effectives ou variables indépendantes.................................. — 7
2.2.1 Hypothèse des contraintes effectives en sol non saturé................. — 7
2.2.2 Analyse en variables indépendantes ................................................ — 8
2.3 Déformations volumiques .......................................................................... — 9
2.4 Résistance au cisaillement.......................................................................... — 10
2.4.1 Résultats expérimentaux à la rupture............................................... — 11
2.4.2 Critères de résistance au cisaillement .............................................. — 11
2.4.3 Comportement avant rupture ............................................................ — 12
3. Modèles de comportement ................................................................... — 13
3.1 Généralités ................................................................................................... — 13
3.2 Choix des variables de contraintes ............................................................ — 14
3.3 Modèles élastiques...................................................................................... — 14
3.4 Modèles élastoplastiques ........................................................................... — 15
p。イオエゥッョ@Z@ュ。ゥ@RPPQ@M@d・イョゥ│イ・@カ。ャゥ、。エゥッョ@Z@ュ。ゥ@RPQU

4. Conclusion ................................................................................................. — 18
Pour en savoir plus ........................................................................................... Doc. C 304

es déformations et la résistance d’un sol non saturé dépendent, d’une part,


L de la nature minéralogique des particules qui constituent le squelette du sol
et, d’autre part, de l’état du sol (porosité, degré de saturation, pressions de
l’eau, pression du gaz, contraintes dues à la pesanteur et aux charges extérieu-
res). La description du comportement mécanique sous forme d’une relation
entre les charges (contraintes, pressions d’eau et de gaz) et la déformation du
sol s’appuie sur des essais où l’on peut contrôler séparément les contraintes
et la succion (voir article [C 301] « L’eau dans les sols non saturés »). Ces

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COMPORTEMENT MÉCANIQUE DES SOLS NON SATURÉS ______________________________________________________________________________________

techniques d’essais, dérivées des appareils utilisés pour les études classiques
de comportement des sols (articles [C 214] « Compressibilité. Consolidation.
Tassement » et [C 216] « Résistance au cisaillement »), sont traitées dans la pre-
mière partie de cet article. Les caractéristiques principales du comportement
des sols non saturés (aspects volumiques et résistance au cisaillement) sont
ensuite décrites à la lumière des résultats des essais, après une analyse du
cadre d’interprétation des résultats (contraintes effectives ou variables indé-
pendantes). La troisième partie présente la formulation analytique de lois de
comportement adaptées aux connaissances actuelles sur le comportement des
sols non saturés.


Notations et symboles Notations et symboles

Symbole Définition Symbole Définition

Cc coefficient de compression V volume total

e indice des vides Vs volume des solides

ei indice des vides initial Vw volume d’eau


E module de Young w teneur en eau
ea indice des vides d’air wL limite de liquidité
F force ou fonction, suivant le contexte wopt optimum Proctor
G module de cisaillement élastique εs déformation de cisaillement
IP indice de plasticité εv déformation volumique
k coefficient de perméabilité ε1 déformation axiale
LC Loading-Collapse ϕ′ angle de frottement à l’état saturé
1
p contrainte moyenne p = --- ( σ 1 + 2 σ 3 ) ϕb angle de frottement lié à la succion
3
p 0* pression de préconsolidation à succion nulle ν coefficient de Poisson
Patm pression atmosphérique
ρs masse volumique des particules solides
pc pression de référence
ρw masse volumique de l’eau
q déviateur : q = σ1 – σ3
σ contrainte totale
s succion : s = ua – uw
σ′ contrainte effective
SI Succion Increase
σ – ua contrainte nette
Sr degré de saturation
σm contrainte moyenne
S rb degré de saturation en eau libre
σv ou σv0 contrainte verticale
S rm degré de saturation en eau capillaire
σ1 contrainte axiale
S r0 degré de saturation en eau adsorbée
σ3 contrainte de confinement
u pression interstitielle
σc contrainte de compactage
ua pression d’air
τmax contrainte de cisaillement
uw pression d’eau
τoct contrainte de cisaillement octaédrique
v volume spécifique
τref contrainte de cisaillement octaédrique
vw volume spécifique d’eau de référence

Se reporter également aux définitions des dix paramètres du modèle de Se reporter également aux définitions des dix paramètres du modèle de
Barcelone (§ 3.4) Barcelone (§ 3.4)

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______________________________________________________________________________________ COMPORTEMENT MÉCANIQUE DES SOLS NON SATURÉS

1. Techniques
et méthodes d’essai
Manomètre
(pression d'air ua )
1.1 Généralités Huile
Eau
Deux techniques de contrôle de la succion ont été présentées
dans l’article [C 301] L’eau dans les sols non saturés :
— dans la technique de « translation d’axes » ([C 301] § 2.3), on


applique une pression d’air contrôlée au sein de l’échantillon, dont Mercure
on maintient la pression d’eau nulle ; Disque en Cylindre en
— dans la technique osmotique ([C 301] § 2.4), on utilise une fibre de verre plexiglass
membrane semi-perméable et une solution de molécules de grandes
dimensions incapables de traverser cette membrane. Éprouvette triaxiale
Disque
Ces deux techniques ont été appliquées aux divers types céramique Tuyau d'air
d’essais de laboratoire de mécanique des sols.
Nota : on mentionne pour mémoire la technique de contrôle de fortes succions par
phase vapeur ([C 301] § 2.5), qui a fait également l’objet d’adaptation à l’œdomètre [107] et Pression d'eau uw
au triaxial [69].

1.2 Essais à pression d’air contrôlée


(« translation d’axes »)
Figure 1 – Triaxial à succion contrôlée [67]

1.2.1 Appareil triaxial

La figure 1 montre un des premiers appareils de mécanique des ment cohérente avec la diminution du volume de l’échantillon ; on
sols à succion contrôlée, qui est la cellule triaxiale mise au point note également, dès l’application de la charge, une chute de suc-
par Bishop et Donald [67], basée sur la technique de translation cion. Le degré de saturation a une évolution compatible avec les
d’axes. variations volumiques.

L’éprouvette repose sur un disque céramique à haute pression Ce système triaxial, qui s’adapte assez facilement sur une cellule
d’entrée d’air et la succion est imposée en appliquant en haut de classique, a été utilisé par différents auteurs [93] [96] [101] [114]
l’échantillon une surpression d’air ua . Par l’intermédiaire de ce [90], avec diverses variantes pour les mesures de volume. Le prin-
disque, l’eau de l’échantillon est maintenue à la pression atmo- cipe du contrôle de succion par surpression d’air impose, lors de
sphérique et on a uw = 0. Comme les membranes en latex usuelles l’application de la succion, d’augmenter simultanément et d’une
ne sont pas à long terme étanches à l’air, un dispositif permet valeur égale la contrainte de confinement, afin de se trouver dans
d’immerger l’échantillon dans un bain de mercure, qui sert une condition de contrainte nette (σ3 – ua ) constante. Il s’ensuit
également pour la mesure des variations de volume, par suivi du que l’on se retrouve limité en termes de succion maximale par la
déplacement d’une bille flottante par un cathétomètre ; cette contrainte de confinement maximale disponible, qui est souvent de
mesure de volume n’est en effet pas possible par le biais des l’ordre de 2 MPa. Ainsi, la plupart des essais à succion contrôlée
échanges d’eau interstitielle, puisque le sol n’est pas saturé. Le disponibles correspondent à des succions de quelques centaines
suivi en parallèle des volumes d’eau et d’air échangés est délicat de kilopascals.
car, d’une part, les volumes d’eau sont faibles et, d’autre part, l’air Des cellules de compression isotrope à succion contrôlée par
est compressible et son volume sensible aux variations de tempé- surpression d’air, analogues dans le principe au système triaxial
rature. décrit ici, ont été utilisées par Matyas et Radhakhrisna [104] et Fre-
Les possibilités d’un tel appareil sont larges, puisque l’on peut, dlund et Morgenstern [85]. Parallèlement aux cellules triaxiales à
en plus des essais à succion contrôlée, réaliser des essais à teneur succion contrôlées, des cellules avec mesure de succion lors du
en eau constante, en ajustant la pression d’eau pour qu’il n’y ait cisaillement ont été développées, basées sur l’emploi d’un
pas d’échange d’eau au cours de l’essai. La figure 2 montre un tel psychromètre [23] [55] [60] [127], ou d’un tensiomètre [103].
essai réalisé sur un limon lâche à un taux de cisaillement de
2,15 µm/min ; cet essai permet en particulier de connaître les varia-
tions de la succion s au cours du cisaillement : 1.2.2 Œdomètre
s = ua – u w La méthode de translation d’axes a été adaptée assez tôt sur des
œdomètres pour l’étude du gonflement à succion contrôlée [80] et
On observe une allure classique de la courbe efforts-déforma- pour les premiers travaux sur les effets de la succion sur les
tions, avec une rupture autour de 10 %. Les variations de volume propriétés de changement de volume des sols non saturés [64]. La
mettent en évidence une contractance (diminution de volume) nécessité d’appliquer une contre-pression d’air à l’éprouvette fait
avant rupture, normale pour un sol lâche. Il est intéressant de que les cellules œdométriques classiques ne sont pas adaptées et
remarquer le couplage entre les variations de succion et ces deux il est nécessaire d’inclure l’anneau œdométrique dans une cham-
grandeurs : la phase contractante avant rupture se traduit par une bre supportant les pressions d’air. La figure 3 montre la cellule
baisse de la succion depuis une valeur initiale s = 69 kPa, jusqu’à développée par Escario et Saez [119]. L’application de la contrainte
un palier de stabilisation à 32 kPa, atteint à la rupture, pour un se fait à l’aide d’un piston, ce qui exige des précautions parti-
déviateur maximal de 108 kPa. Une telle diminution est qualitative- culières au niveau de l’étanchéité entre la tige du piston et la cel-

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COMPORTEMENT MÉCANIQUE DES SOLS NON SATURÉS ______________________________________________________________________________________

q = (σ1 – σ3) (kPa)

100

50

Pression Pression


d'air ua d'air ua
0
0 4 8 12 16 20
ε1 (%)
0
s = (ua – uw ) (kPa)

ua = 124 kPa Pierre poreuse


Échantillon
50 Pression
d'eau uw
0 4 8 12 16 20 Membrane
ε1 (%) semi-perméable

+4
εv (%)

Figure 3 – Œdomètre à succion contrôlée [119]


+2

0
1.2.3 Boîte de cisaillement

–2 La première boîte de cisaillement à succion contrôlée a été pro-


0 4 8 12 16 20 posée par Escario [81], selon un principe qui découlait de la pre-
ε1 (%) mière version de l’œdomètre [80]. Le système est présenté sur la
figure 4. La chambre de confinement d’air de l’œdomètre initial
0
Sr (%)

s’est révélée assez vaste pour contenir une boîte de cisaillement de


50 × 50 mm. Une tige de 10 mm de diamètre transmet au piston
l’effort normal ; le piston se décompose en deux parties horizon-
50
tales, reliées entre elles par un roulement à billes, ce qui permet le
déplacement horizontal sous contrainte normale de la demi-boîte
50 supérieure. L’effort tangentiel est appliqué par une tige horizontale
0 4 8 12 16 20 qui donne, comme dans les boîtes de cisaillement classiques, la
ε1 (%) mesure de l’effort tangentiel. L’échantillon est placé sur une pierre
poreuse à haute entrée d’air. L’étanchéité du système est assurée
q déviateur entre les tiges verticale et horizontale et la cellule et autour de la
s succion pierre poreuse fine, qui est collée à un anneau fixé à l’embase de
la cellule par des joints toriques. Gan et al. [88] ont proposé un sys-
Sr degré de saturation
tème analogue, avec des roulements à billes placés sous la boîte,
ε1 déformation qui est mobile et se déplace lors du cisaillement sur le fond de la
chambre de confinement d’air (voir aussi [65] [73]).

Figure 2 – Essai à teneur en eau constante [67]


1.3 Essais à succion contrôlée
par la technique osmotique
lule de confinement de l’air ; pour cela, Escario place une quantité
importante de graisse dans une cavité spéciale située à la base du
contact cellule-tige (figure 3). Une membrane semi-perméable pla- 1.3.1 Œdomètre
cée sur une pierre poreuse joue ici le rôle de pierre poreuse à haute
pression d’entrée d’air. Les variations de hauteur de l’échantillon La figure 5 (voir p. 6) montre l’adaptation du principe osmotique,
sont déduites des mouvements de la tige, qui permet également décrit dans l’article [C 301], sur une cellule œdométrique, initiale-
d’appliquer la force axiale. ment développé par Kassif et Benshalom [98] ; il s’agit d’une
Parmi les améliorations apportées à ce type d’œdomètre, on cellule classique, dans laquelle les pierres poreuses inférieure et
peut citer la mise en œuvre de la mesure des contraintes supérieure ont été remplacées par des membranes semi-perméa-
horizontales [92] et le contrôle simultané de la succion et de la bles, posées sur des tamis ; dans le système initial, la solution de
température [109]. polyéthylène glycol (PEG) était mise en circulation dans les mailles

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______________________________________________________________________________________ COMPORTEMENT MÉCANIQUE DES SOLS NON SATURÉS

50 mm

Chambre sous pression d'air


Boîte de
cisaillement
50 mm

Section A-A

10 mm

Pression d'air ua
Graisse
Roulement à billes d'étanchéité

10 mm

A A
Sol

Pression
d'eau uw

Joints Pierre Pierre Papier-filtre


toriques poreuse poreuse
céramique
Figure 4 – Boîte de cisaillement à succion
contrôlée [81]

du tamis, entre le métal de la cellule et la membrane, par un sys- cependant pas satisfaisant dans la mesure où il ne permet pas
tème de burettes. Une solution d’une concentration supérieure à d’appliquer une condition de contrainte homogène, car il n’est pas
celle qui serait en équilibre avec la succion initiale du sol a ten- possible d’appliquer l’intégralité de la contrainte de confinement
dance à aspirer l’eau de l’échantillon au travers de la membrane et au travers d’une membrane semi-perméable.
à le sécher.
Une adaptation plus simple au triaxial (figure 6) a été réalisée
L’adjonction d’un circuit fermé activé par une pompe péristal- par Delage et al. [75] et Cui et Delage [72]. L’échantillon de sol est
tique contenant la solution, la cellule osmotique et un réservoir de mis en contact en haut et en bas avec la membrane semi-perméa-
volume suffisamment important pour maintenir une concentration ble par le biais d’embases concentriques rainurées assurant la cir-
constante malgré les échanges avec le sol, a été proposée par culation de la solution de PEG. Un tamis fin est placé entre la
Delage et al. [76] ; le tube capillaire placé sur le réservoir obturé membrane semi-perméable et les rainures, afin de protéger la
permet de suivre les variations d’eau échangée et de garantir que membrane. Un orifice d’air est usiné sur l’embase inférieure afin
l’état d’équilibre est bien atteint, ce qui se produit au bout de 1 à d’assurer la pression atmosphérique dans le sol. Les variations de
3 jours, selon l’ampleur de l’incrément de succion appliqué, pour volume sont suivies à l’aide d’un système similaire à celui de
une épaisseur d’échantillon de 10 mm. Ce système requiert des Bishop et Donald [67] (figure 2), dans lequel le mercure est rem-
conduits et un réservoir thermostatés, pour que la mesure ne soit placé par de l’eau colorée recouverte d’une mince couche d’huile,
pas affectée par la dilatation thermique de la solution. Dineen et le confinement dans la cellule se faisant à l’air. La variation de
Burland [77] ont retenu le même principe, avec un contrôle des volume est mesurée de façon optique en suivant le déplacement
échanges d’eau par pesée continue du flacon de solution. du niveau de l’interface eau-huile à l’aide d’un cathétomètre.
La cellule triaxiale osmotique présente l’avantage de contrôler la
1.3.2 Appareil triaxial succion par les deux côtés, donc d’avoir une longueur de drainage
égale à la moitié de la hauteur de l’échantillon, ce qui est favorable
La première application du principe osmotique au triaxial a été à l’homogénéisation de la succion au cours du cisaillement. De
réalisée par Komornik et al. [99] pour l’étude du gonflement des plus, la méthode osmotique permet d’atteindre sans problème par-
sols, avec une éprouvette cylindrique creuse, la solution étant mise ticulier des valeurs de succion plus fortes (12 MPa) que la méthode
en circulation sous une pression égale à la pression de de surpression d’air, qui pose des problèmes de sécurité à fortes
confinement dans le vide cylindrique central. Ce système n’est pressions.

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Sols non saturés


Applications au calcul des ouvrages
par Yu-Jun CUI
Directeur de recherche au Centre d’enseignement et de recherche en mécanique des sols

et
(CERMES)
Pierre DELAGE R
Professeur à l’École nationale des ponts et chaussées (ENPC)
Directeur de recherche au Centre d’enseignement et de recherche en mécanique des sols
(CERMES)

1. Ouvrages en sol compacté .................................................................... C 303 - 2


1.1 Courbe de compactage ............................................................................... — 2
1.2 Surconsolidation des sols compactés ....................................................... — 4
1.3 Couplages hydromécaniques lors de la construction d’un remblai........ — 5
1.4 Barrages en terre ......................................................................................... — 6
1.5 Remblais....................................................................................................... — 7
2. Stabilité des pentes................................................................................. — 8
2.1 Méthodes classiques d’étude de la stabilité des pentes .......................... — 9
2.1.1 Méthode de Fellenius ......................................................................... — 9
2.1.2 Méthode de Bishop simplifiée........................................................... — 9
2.2 Critères de rupture pour l’analyse des pentes non saturées ................... — 9
2.2.1 Critère de rupture avec prise en compte
de la succion dans la cohésion.......................................................... — 10
2.2.2 Critère de rupture avec prise en compte
de la succion dans la contrainte normale......................................... — 10
2.3 Analyse en régime permanent ................................................................... — 10
2.4 Analyse en régime transitoire .................................................................... — 11
2.4.1 Approche non couplée ....................................................................... — 11
2.4.2 Approche couplée............................................................................... — 12
2.5 Conclusion.................................................................................................... — 12
3. Effet de la sécheresse sur les constructions ................................... — 13
3.1 Introduction.................................................................................................. — 13
3.2 Détermination de l’évaporation d’un sol ................................................... — 14
3.3 Effet de la végétation................................................................................... — 15
3.4 Évaluation des tassements pendant la sécheresse et des gonflements
après la sécheresse ..................................................................................... — 16
p。イオエゥッョ@Z@ヲ←カイゥ・イ@RPPS@M@d・イョゥ│イ・@カ。ャゥ、。エゥッョ@Z@ュ。ゥ@RPQU

3.4.1 Gonflement ......................................................................................... — 16


3.4.2 Retrait .................................................................................................. — 17
3.5 Fissuration du sol due à la dessiccation .................................................... — 18
3.6 Estimation du gonflement sous une semelle............................................ — 19
3.7 Commentaires et recommandations pour les constructions................... — 19
4. Études de cas ............................................................................................ — 20
4.1 Affaissement d’une culée de pont.............................................................. — 20
4.2 Effondrabilité du lœss de Picardie ............................................................. — 21
5. Conclusion ................................................................................................. — 23
Tableau de « Notations et symboles »........................................................ — 24
Références bibliographiques ......................................................................... — 25

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© Techniques de l’Ingénieur, traité Construction C 303 − 1

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SOLS NON SATURÉS ____________________________________________________________________________________________________________________

a mécanique des sols non saturés (cf. articles C 301 « L’eau dans les sols
L non saturés » et C 302 « Comportement mécanique des sols non saturés »)
trouve son champ d’application dans beaucoup d’ouvrages géotechniques. À
côté des ouvrages en terre construits en sol compacté (remblais routiers,
barrages en remblai, digues), on sait que la stabilité des talus est souvent
conditionnée par l’état de non-saturation du massif. Les fondations
superficielles peuvent être affectées, comme le montre le cas extrême des
dégâts causés aux bâtiments par les effets de la sécheresse. Les excavations
en zone urbaine et les ouvrages de soutènements peuvent aussi être concernés.
Enfin, la géotechnique environnementale a recours à l’utilisation de matériaux
compactés pour l’isolation des déchets de tous ordres. L’interface entre la terre

R et l’atmosphère est le plus souvent constituée d’une couche de sol non saturé
souvent soumise, dans les zones d’activité, aux infiltrations de polluants qui
posent des problèmes lors de la reconversion des friches industrielles.
Par rapport aux sols saturés, les sols non saturés ont des propriétés de
déformabilité et de rupture changeantes avec la teneur en eau. Il en résulte des
couplages complexes entre les mouvements d’eau, la redistribution des
contraintes internes et la réponse des massifs en termes de déformations. À état
de contrainte constant, il peut y avoir des réponses différées dans le temps qui
peuvent parfois paraître inattendues. Ces aspects sont décrits dans la première
partie de cet article, consacrée aux ouvrages en sol compacté. La seconde partie
concerne les effets de la non-saturation sur la stabilité des pentes et la troisième
replace le problème des effets de la sécheresse sur les constructions dans le
cadre des échanges sol-atmosphère. L’article se termine avec la description de
deux études de cas concernant l’affaissement d’une culée de pont et l’effondra-
bilité des lœss de Picardie.

1. Ouvrages en sol compacté


1,8
Masse volumique sèche ρd (t/m3)

Le comportement des ouvrages en sol compacté, également Courbe de


appelés ouvrages en terre, est complexe et a fait l’objet de saturation
nombreuses publications. On mentionnera en particulier, en 1,7
France, l’ouvrage d’Arquié et Morel [12], orienté vers la pratique de
la réalisation d’ouvrages en sol compacté, ainsi que les
Recommandations pour les terrassements routiers [65] et le Guide
technique pour la réalisation des remblais et couches de 1,6
forme [43], qui fournissent un grand nombre d’informations
pratiques nécessaires à la conception et à la réalisation des
remblais. L’ouvrage Introduction à la géotechnique [45] détaille
également divers aspects du compactage. Ces documents 1,5
n’abordent pas les problèmes de remblai sous l’aspect de la méca-
nique des sols non saturés. On présente dans ce qui suit quelques
aspects du comportement de ces ouvrages [29] à la lumière des
connaissances actuelles sur la mécanique des sols non saturés et 1,4
de quelques exemples. 10 15 20 25
Teneur en eau (%)

1.1 Courbe de compactage Figure 1 – Courbe Proctor d’un sol fin (limon de Jossigny)

Les caractéristiques de compactage d’un sol sont habituellement


représentées à l’aide de la courbe Proctor (figure 1), qui représente L’énergie est appliquée selon une norme bien définie
dans un diagramme masse volumique sèche ρd / teneur en eau w, (NF P 94-093 [3]) à l’aide d’un mouton cylindrique de diamètre
les masses volumiques obtenues en compactant à la même 50 mm, de masse donnée (2,49 kg pour l’essai Proctor normal et
énergie des échantillons du sol considéré à diverses teneurs en 4,535 kg pour l’essai Proctor modifié) que l’on fait chuter 25 fois
eau. Ces courbes sont parfois représentées en utilisant les poids d’une hauteur donnée (305 mm pour le Proctor normal et 457 mm
volumiques secs γd qui sont reliés aux masses volumiques par la pour le Proctor modifié) sur le sol contenu dans un moule cylin-
relation : drique de diamètre 101,5 mm et de hauteur 116,5 mm. Le
γd = ρ d g compactage se fait en trois couches pour l’essai Proctor normal et
en cinq couches pour le Proctor modifié. Comme on peut le voir,
avec g (m/s2) = 9,81 l’accélération de la pesanteur. l’essai Proctor modifié implique une énergie plus grande qui

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___________________________________________________________________________________________________________________ SOLS NON SATURÉS

Ligne optimale de compactage Masses Volumes


Masse volumique sèche ρd

E4 ρsVs
0 Air e–w
ρw

ρsVs

M = ρsVs (1 + w )
w ρsVs

V = (1 + e) Vs
E3 Eau w
ρw
Texture
homogène
al
E2 o rm


Ms = ρsVs Solide Vs
rn
c to
P ro

E1 Texture agrégée

Teneur en eau Figure 3 – Schématisation d’un sol non saturé par séparation
E1 des phases liquide, solide et gazeuse
Énergie de compactage

E2
À l’état saturé, on a :
w ρs
E3 e = -------------
-
ρw

E4
ce qui permet de retrouver l’équation de l’hyperbole caractéris-
tique des sols non saturés sur le diagramme Proctor (ρd /w ), qui
limite la partie descendante de la courbe Proctor, du côté humide
de l’optimum (figure 1) :
ρs
ρ d = ----------------------
-
Figure 2 – Évolution de la structure d’une argile compactée w ρs
1 + ------------ -
en fonction de la teneur en eau et de l’énergie de compactage [21] ρw

À l’état non saturé, on a :


conduira, pour une même teneur en eau, à une densité plus grande w ρs
que l’essai Proctor normal. Les microstructures observées au e = ---------------
-
Sr ρw
microscope électronique à balayage sur des échantillons de limon
compactés statiquement au laboratoire ont été décrites dans l’arti- d’où la relation :
cle [C 301] L’eau dans les sols non saturés. Elles sont représentées ρs
schématiquement sur la figure 2 [21] pour différentes teneurs en ρ d = ---------------------------
-
eau et énergie de compactage. w ρs
1 + --------------- -
Sr ρw
Si l’on se réfère au schéma classique où les trois phases solide,
liquide et gazeuse d’un sol non saturé sont séparées (figure 3), on
qui montre que les courbes d’isovaleurs de degré de saturation
retrouve les relations classiques donnant les masses volumiques
sont également des hyperboles.
(ρ pour le sol, ρd pour le sol sec) en fonction :
La distance entre la partie décroissante de la courbe Proctor et
— de la masse volumique du solide ρs (en général proche de
l’hyperbole est liée à la présence de bulles d’air occlus, évoquée
2,7 t/m3) ;
dans l’article [C 301] lors de la présentation des variations de
— de celle de l’eau (ρw = 1 t/m3) ; perméabilité relative à l’air avec le degré de saturation.
— de la teneur en eau w = Mw /Ms et de l’indice des vides On retrouve sur le diagramme le fait que le poids volumique sec
e = Vv /Vs (où Mw et Ms sont respectivement les masses de l’eau et la teneur en eau ne sont pas suffisants pour caractériser
et de la phase solide et Vv et Vs et Vw les volumes des vides, de complètement un sol non saturé, dont le point représentatif est
la phase solide et de l’eau). situé quelque part entre les axes et l’hyperbole. L’état du sol
On a : nécessite, pour être entièrement défini, la connaissance de son
degré de saturation. Ce degré est, sur le diagramme Proctor, égal
ρs ( 1 + w ) ρs au rapport de la teneur en eau du point considéré (wnonsat ), à la
ρ = ----------------------------- , ρ d = -------------- , ρ = ρd ( 1 + w ) teneur en eau du point situé sur la même horizontale, sur
1+e 1+e
l’hyperbole de saturation (wsaturé ). Cela permet par exemple d’éva-
Vw w nonsat luer le degré de saturation à l’optimum Proctor de la figure 1
S r = --------- = --------------------
Vv w saturé (caractérisé par ρd = 1,65 t/m3 et w = 18 %), qui est voisin de 80 %.
M = Ms ( 1 + w ) La complexité des sols non saturés peut être en partie illustrée
à partir du diagramme de la figure 1. Sur l’hyperbole, le sol est
avec Sr le degré de saturation, saturé et on sait que son comportement peut être décrit par un
wnonsat la teneur en eau du sol, certain nombre de paramètres constitutifs, tels que les modules de
compression œdométrique Cc , les caractéristiques c ′ et ϕ ′ de
wsaturé la teneur en eau qu’aurait le sol s’il était saturé, résistance au cisaillement ; on peut également considérer les
M la masse du sol. paramètres M, κ, λ ... du modèle Cam-Clay ([C 218] Lois de

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SOLS NON SATURÉS ____________________________________________________________________________________________________________________

17 – 90,3 – 79,2 – 39 1 000

σ1 – σ3 (kPa)
Poids volumique sec γd (kN/m3)

σ3 = 100 kPa

Hy
ua – uw

pe
rb
80
90

800 kPa
70
60 800

40

120
30
20
50

ol
e
16,5

de
– 92,3 – 81,3 – 58

sa
400 kPa

tu
600

ra
io 200 kPa

t
n
16
400 100 kPa
– 93,7 – 79,5 – 59,2 – 43,5 – 26,6 – 5,7
50 kPa

R 15,5
Courbes d'isovaleurs de succion
200

0
15 0 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10
– 95,2 – 81,3 – 61,9 – 44,4 – 29,2 – 15,7 Déformation (%)

a courbes efforts-déformation
14,5
14 16 18 20 22 24 26
19

γd (kN/m3)
Teneur en eau w (%) wsat
800 kPa
100 kPa 50 kPa
Figure 4 – Isovaleurs de succion d’un sol compacté [50]
18

comportement et modélisation des sols). À l’intérieur de la zone


non saturée limitée par l’hyperbole, le champ de succion est 17
variable et dépend du couple (γd , w ). La succion décroît quand on
se rapproche de l’hyperbole par un remouillage à densité 400 kPa 200 kPa
constante (chemin horizontal, qui correspond pour les sols non 16
gonflants à la courbe de rétention d’eau en réhydratation). Lors
d’une compression à teneur en eau constante (chemin vertical vers
le haut), on observe en revanche que la succion reste constante
tant que l’on se situe à une certaine distance de la courbe de satu- 15
ration (figure 4 [50] [41]). Des incurvations s’observent à proximité 9 11 13 15 17 19
de la branche humide de la courbe Proctor où les courbes d’iso- w (%)
succion deviennent progressivement parallèles à l’hyperbole de b succions imposées aux échantillons compactés
saturation. Ce phénomène est relié à la structure en agrégats des
sols compactés du côté sec [C 301] : les agrégats étant saturés et
les pores interagrégats secs, la succion est gouvernée par les Figure 5 – Évolution des propriétés du limon de Jossigny compacté
agrégats. La compression se fait d’abord par l’écrasement des avec la succion [27]
pores interagrégats sans compression des agrégats et n’affecte
donc pas la valeur de la succion, jusqu’à une certaine proximité de
la courbe de saturation où la structure devient matricielle avec
occlusion de bulles d’air. mesurée au papier-filtre juste après le compactage à l’optimum.
Les points obtenus dans un diagramme Proctor sont représentés
Cette zone proche de la saturation où l’air est occlus constitue un sur la figure 5b. Les variations de succion se traduisent par des
problème sérieux rencontré lors de l’édification des barrages en changements de teneur en eau, et on se trouve sur une ligne
terre homogènes, qui est celui de l’apparition des surpressions horizontale indiquant une faible capacité de retrait-gonflement,
interstitielles. Vu la faible perméabilité des sols fins compactés, et sauf à 800 kPa, où un léger retrait du sol est observé. L’augmenta-
dans l’hypothèse d’une construction suffisamment rapide vis-à-vis tion du module de déformation avec la succion peut être observée
de la vitesse de transfert de l’eau, on peut en effet considérer que aux faibles déformations, ainsi que l’augmentation du déviateur à
la construction d’un ouvrage en remblai se fait en conditions non la rupture, à des déformations plus élevées.
drainées à l’eau (sans mouvement d’eau, mais avec expulsion
d’air), c’est-à-dire à teneur en eau constante. La construction
correspond bien à un chemin vertical. Quand la zone d’air occlus
est atteinte, on peut modéliser le comportement en adoptant
1.2 Surconsolidation des sols compactés
l’expression de la contrainte effective en milieu saturé, avec un
fluide compressible qui représente globalement la compressibilité Les sols compactés subissent une importante contrainte de
du mélange eau-air [23]. compactage lors du passage de l’énergie de compactage, qui peut
être approximativement évaluée au laboratoire lors d’essais de
Dans la zone non saturée du diagramme, les paramètres compactage statique, si l’on prend soin d’enregistrer la force
caractérisant la compressibilité ou la rupture du sol dépendent du exercée par le piston lors du compactage. En déchargeant ensuite
couple (densité-teneur en eau) ou (densité-succion). Ces varia- ces échantillons, qu’il est nécessaire d’ôter complètement de leur
tions sont actuellement mal connues. La figure 5a [27] montre les moule de compactage pour réduire effectivement à zéro l’état de
courbes effort-déformation à succion contrôlée obtenues sur le contrainte, on peut réaliser des essais de compression œdomé-
limon de Jossigny compacté et porté à des succions égales à 50, trique à teneur en eau constante, pour identifier l’effet de surcon-
100, 200, 400 et 800 kPa, sachant qu’une succion de 200 kPa a été solidation obtenu. La figure 6 montre les résultats d’un tel essai

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0 100 kPa 170 kPa


Tassement (%)

σcompacté = 220 kPa


2
σz – Patm
4

6
600 kPa
8

10 Figure 8 – Champ de contraintes dans un barrage


en fin de construction [56]
12

14 sèche (0,06 t/m3)


est prédominante sur l’augmentation de teneur
en eau, avec une compressibilité plus faible. De telles informations
16 sur l’influence relative de ces deux données sont encore rares,
10 100 1 000 10 000 mais elles sont essentielles pour une meilleure connaissance du
Contrainte verticale (kPa) comportement des sols compactés.

Figure 6 – Effet de surconsolidation d’un sol compacté


1.3 Couplages hydromécaniques
lors de la construction d’un remblai

0 La dépendance des propriétés des sols compactés vis-à-vis de


Tassement (%)

leur teneur en eau engendre des couplages complexes entre les


transferts d’eau et la réponse mécanique (en contraintes et défor-
2
mations) du matériau au sein des massifs compactés. Comme on
l’a vu (§ 1.1), on peut considérer que la construction d’un remblai
4 se fait à teneur en eau constante. La réponse en déformation du
matériau soumis au chargement dû aux couches déposées au-des-
6 sus de lui peut être déduite, comme pour le tassement des sols
saturés, de la courbe œdométrique présentée sur la figure 6. Cette
8 figure impose de faire une analyse intégrant la surconsolidation : si
C la contrainte liée à la hauteur des couches sus-jacentes est infé-
rieure à la pression de compactage, le tassement engendré par ces
10 couches sera faible ; si, en revanche, on dépasse cette hauteur, la
B contrainte due au poids des couches devient supérieure à la
12 contrainte de compactage, ce qui entraîne de plus fortes déforma-
A tions de nature irréversible, déterminées par la pente de la partie
14 normalement consolidée de la courbe. Pour un remblai compacté
10 100 1 000 10 000 à une masse volumique sèche de 2 t/m3 avec une contrainte de
Contrainte verticale (kPa) compactage de 220 kPa, cette condition est atteinte pour une cou-
che sus-jacente de 11 m environ, ce qui se produit dans les barra-
ges homogènes (dont la hauteur maximale est de 30 m).
Figure 7 – Effet combiné de la teneur en eau et de la masse Schématiquement, on peut considérer que tout élément de sol
volumique sèche sur la compressibilité d’un sol compacté situé à plus de 11 m dans le barrage est à l’état normalement
consolidé.
La construction engendre dans le massif de sol compacté un
sur le limon de Jossigny compacté à une masse volumique sèche champ de contraintes non homogène, représenté sur la figure 8,
de 1,56 t/m3 et à une teneur en eau de 22 %. La représentation sur tirée de calculs numériques qui seront décrits dans le para-
le diagramme de la contrainte maximale de compactage, égale ici graphe 1.4. Ce champ de contraintes crée des déformations de
à 220 kPa, est en bonne correspondance avec le coude de la courbe compression non homogènes dans le matériau. À court terme, à la
de compression. Cela confirme le phénomène de surconsolidation teneur en eau initiale, et dans l’hypothèse où le sol n’a pas atteint
du sol compacté identifié initialement par Yoshimi et Oster- la saturation, on aura donc des gradients de succion qui correspon-
berg [76]. dront au champ d’indices des vides (la succion étant d’autant plus
proche de zéro que le sol aura été comprimé) et donc au champ de
L’effet relatif de la masse volumique sèche et de la teneur en eau contraintes normales. On note ici une différence entre la zone
peut être illustré par les résultats de la figure 7, qui compare les supérieure surconsolidée, où ces effets sont plus faibles, et la zone
courbes de compression œdométrique obtenues sur trois échan- inférieure, normalement consolidée. La figure 8 montre que ces
tillons compactés à des couples masse volumique sèche - teneur zones de faible succion sont situées au centre de l’ouvrage, à
en eau respectivement égaux à (A : ρd = 1,595 t/m3, w = 18 % ; l’endroit où l’épaisseur des couches sus-jacentes est maximale.
B : ρd = 1,61 t/m3, w = 16 % ; C : ρd = 1,655 t/m3, w = 20 %). La Une fois la construction terminée, il y a une tendance à l’équili-
comparaison des courbes A et B de masse volumique sèche simi- brage des succions, qui se fait par un transfert d’eau depuis le cen-
laire, montre une moins grande déformabilité de l’échantillon B, tre du barrage vers la surface approximativement perpendiculaire
moins humide de 2 %. En revanche, l’échantillon C, plus humide de aux courbes d’isocontraintes. Aux densités optimales Proctor, sur
2 % (w = 20 %) montre que l’augmentation de masse volumique des matériaux peu plastiques, cette redistribution ne semble en

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SOLS NON SATURÉS ____________________________________________________________________________________________________________________

190 Filtre et drain F < 1,3 F < 1,5


Altitude (m)

180 Amont
170
Argile
160
150
140 Paroi moulée

a projet initial

Figure 10 – Modélisation de l’apparition d’une rupture circulaire


dans un barrage en remblai [56]
190
Altitude (m)

Surfaces de
180 glissement On a vu que des zones plus humides au sein d’un massif
170 compacté correspondent à un matériau plus déformable et moins
résistant, et peuvent être favorables à l’apparition d’instabilités.
160 Afin d’étayer ce type d’analyse, une modélisation de la construc-
tion d’un barrage à l’aide d’un code de calcul spécialement déve-
150
loppé pour cela (code U-Dam [40] [56]) a été conduite. Les
140 hypothèses du calcul ont été reprises d’une approche proposée par
Alonso et al. [8] : les aspects déviatoriques sont pris en compte par
b rupture (1982) un modèle élastique non linéaire hyperbolique de Kondner-
Duncan [31] paramétré par la succion en se basant sur les résultats
de la figure 5b : une diminution de succion engendre une réduc-
Figure 9 – Rupture du barrage de Mirgenbach [56] tion du module et de la résistance au cisaillement maximale. Le
comportement volumique est basé sur l’approche en surfaces
d’état, avec une expression compatible avec la formulation hyper-
général pas induire de fortes variations de volume. Comme on le bolique évoquée dans l’article [C 302] Comportement mécanique
verra dans le paragraphe 1.5, ce n’est pas le cas dans les matériaux des sols non saturés. Les transferts d’air et d’eau sont régis par les
compactés plastiques susceptibles de gonfler. équations décrites dans l’article [C 301]. Ces hypothèses de
comportement sont compatibles avec la situation de construction
Cette redistribution d’eau va dans le sens du ramollissement des d’un barrage, dans la mesure où le chargement est monotone, ce
couches supérieures, qui engendre à son tour des déformations qui est favorable à l’adoption d’un modèle hyperbolique, et où les
volumiques et déviatoriques qui affectent la perméabilité et les degrés de saturation sont croissants, ce que nécessite l’approche
transferts d’eau, les propriétés mécaniques, etc. On a donc une en surface d’état.
interaction permanente entre les transferts d’eau et la réponse
mécanique du matériau, typique du fort couplage hydromécanique La figure 10 montre un résultat obtenu avec ce type de calcul, où
qui caractérise le comportement des ouvrages en terre. l’on représente les cartes d’isovaleurs d’un coefficient de sécurité
local F en fin de construction. Ce coefficient est défini par :
( σ 1 – σ 3 ) max
F = ----------------------------------
1.4 Barrages en terre ( σ1 – σ3 )

Pour des raisons évidentes de sécurité, les barrages en terre, qui avec (σ1 – σ3 ) la valeur locale du déviateur au point considéré,
sont réalisés en compactant les sols au voisinage de l’optimum (σ1 – σ3 )max la valeur maximale admissible, pour la succion
Proctor normal, sont l’objet d’un contrôle de compactage (teneur considérée.
en eau et densité) très méticuleux au cours de la construction [87]. Cette valeur est définie par l’asymptote du modèle hyperbolique
Un tel contrôle n’est pas envisageable en terrassements routiers, qui correspond au déviateur maximal atteint sous la contrainte de
vu les longueurs importantes considérées et la nécessité pour les confinement considérée.
entreprises de respecter des coûts et des délais très stricts. Pour
les mêmes raisons, le comportement du barrage en service (mise On observe sur la figure 10 que la zone où les valeurs de F sont
en eau, variations du niveau de retenue, vidange rapide) fait l’objet maximales est d’allure circulaire, et comparable à celles observées
d’auscultations précises et continues, en termes de déformations sur le barrage de Mirgenbach.
et de mesure de pressions interstitielles. La mise en eau d’un bar- Un calcul couplé de ce type intègre l’ensemble des couplages
rage et l’infiltration qui en résulte au sein du massif compacté hydromécaniques intervenant dans le massif et décrits dans le
représentent une sollicitation couplée très complexe, puisqu’au paragraphe 1.3. La résolution numérique de ces problèmes
moment même où l’ouvrage est chargé par la retenue, qui hautement non linéaires est délicate, mais les nombreuses
engendre un champ de contraintes déviatoriques importantes, les recherches menées récemment sur les couplages dans les sols ont
propriétés du matériau se dégradent du fait de la diminution de la permis de progresser et de mettre au point des techniques de
succion. résolution relativement fiables et raisonnablement convergentes.
L’attention des constructeurs de barrages en terre homogènes, La figure 11 montre les résultats obtenus en termes de pres-
vis-à-vis du risque lié à l’apparition de surpressions interstitielles sions interstitielles sur le barrage de La Ganne [20] [49]. On
lors de l’édification, a été renforcée en raison de la rupture du bar- observe que le calcul rend compte correctement de la présence
rage de Mirgenbach (1982), où de tels phénomènes ont été sus- d’un drain et du passage de l’état non saturé à l’état saturé, avec
pectés (figure 9). Cette rupture d’un barrage en argile homogène des pressions négatives (succions) et positives. La détermination
de 22 m de hauteur a été caractérisée par l’apparition en 15 jours des paramètres caractéristiques du sol a été réalisée par des essais
d’une marche de 4 m de hauteur sur le parement amont (à droite à succion contrôlée au laboratoire [25], sur des échantillons préle-
sur la figure 9). vés sur le barrage au cours de la construction.

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Modélisation numérique
des ouvrages géotechniques
par Emmanuel BOURGEOIS
IFSTTAR
et Sébastien BURLON
IFSTTAR R
et Fahd CUIRA
Terrasol

1. Place de la modélisation numérique dans le calcul géotechnique ..... C 258 - 2


1.1 Un rôle grandissant ................................................................................. — 2
1.2 Interaction avec les normes de calcul .................................................... — 3
1.3 Points clefs à gérer................................................................................... — 3
2. Stratégie de modélisation....................................................................... — 4
2.1 Objectifs du calcul.................................................................................... — 4
2.2 Choix du type d’analyse .......................................................................... — 5
2.3 Cadre de modélisation 2D/3D ................................................................. — 5
2.4 Calculs mécaniques ................................................................................. — 6
2.5 Prise en compte du phasage................................................................... — 8
2.6 Prise en compte des couplages hydrauliques et thermiques .............. — 8
2.7 Effets différés / fluage .............................................................................. — 8
2.8 Synthèse ................................................................................................... — 8
3. Lois de comportement ............................................................................ — 8
3.1 Élasticité.................................................................................................... — 9
3.2 Plasticité parfaite...................................................................................... — 9
3.3 Contractance et dilatance ........................................................................ — 10
3.4 Mécanismes d’écrouissage ..................................................................... — 10
3.5 Identification et choix des différents paramètres.................................. — 11
4. Interaction sol-structure.......................................................................... — 12
4.1 Enjeux ....................................................................................................... — 12
4.2 Éléments de structure.............................................................................. — 16
4.3 Couplage sol/structure............................................................................. — 18
5. Application au dimensionnement des ouvrages .................................. — 22
5.1 Calcul des déplacements......................................................................... — 22
5.2 États limites ultimes................................................................................. — 26
5.3 Aspects liés aux couplages hydro-mécaniques .................................... — 31
6. Conclusions et perspectives ................................................................... — 32
Pour en savoir plus .............................................................................................. Doc. C 258

a modélisation numérique des ouvrages géotechniques, notamment par la


L méthode des éléments finis ou des différences finies, a connu une utilisation
grandissante depuis ces quinze dernières années avec l’augmentation toujours
plus rapide de la puissance de calcul et des capacités de mémoire des ordinateurs.
Désormais, des calculs en trois dimensions comprenant plusieurs centaines
de milliers de nœuds sont devenus courants. Ils permettent d’avoir accès au
p。イオエゥッョ@Z@ェオゥャャ・エ@RPQX

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C 258 – 1

YY
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cRUX

MODÉLISATION NUMÉRIQUE DES OUVRAGES GÉOTECHNIQUES _____________________________________________________________________________

champ de déplacements, de déformations, de contraintes, à la fois dans le


terrain et dans différents éléments structurels, mais peuvent aussi donner des
informations sur le niveau de sécurité notamment avec les procédures de
réduction des propriétés de cisaillement.
Néanmoins, s’ils sont mal réalisés, ces calculs peuvent conduire à des inter-
prétations erronées dans le dimensionnement des ouvrages géotechniques, et
il est donc plus que jamais nécessaire de connaître et maîtriser les aspects les
plus importants d’une modélisation numérique.
Les liens entre les calculs numériques et les procédures de justification des
normes de dimensionnement, notamment l’Eurocode 7, sont aussi un aspect


important à considérer.
La stratégie de modélisation reste une étape fondamentale de toute modéli-
sation géotechnique. Elle doit conduire au choix entre des calculs en deux ou
trois dimensions, en déformation plane ou en axisymétrie, à l’identification des
couplages hydrauliques et thermiques à considérer, à la définition de condi-
tions aux limites pertinentes, etc.
Les modèles de comportement constituent un autre point essentiel de toute
modélisation numérique et l’ingénieur en charge des calculs doit bien com-
prendre comment ils peuvent affecter les résultats qu’il aura à analyser. Les
effets des différents paramètres ne peuvent être maîtrisés que si leurs rôles au
cours du calcul sont précisément identifiés.
L’interaction sol-structure est aussi un point essentiel de toute modélisation
numérique. Deux aspects sont à prendre en considération : l’élément structurel
en tant que tel et sa modélisation sous forme de barre, de poutre ou de coque,
etc. et les éléments d’interface qui lient ces éléments structurels aux éléments
volumiques modélisant le terrain en place.
D’autres techniques plus récentes comme les macroéléments, deviennent
une alternative intéressante dans certains cas.
Enfin, l’analyse des résultats est une phase de la modélisation numérique à
ne pas négliger. La vérification de la bonne convergence des calculs est une
première étape et doit être poursuivie par l’analyse des déplacements, des
déformations et des contraintes.
Les procédures de réduction des propriétés de cisaillement sont désormais
devenues un outil courant pour évaluer un coefficient de sécurité relatif à la
mobilisation de la résistance du terrain. Mais il n’en demeure pas moins que
les résultats obtenus à partir de ces procédures doivent être analysés finement,
notamment dans le cas d’interaction entre des éléments volumiques et des élé-
ments structurels.

1. Place de la modélisation tions, de contraintes à la fois dans le terrain et dans différents


éléments structurels. Des calculs, couplés ou non, intégrant les
numérique dans le calcul effets de la température ou des pressions interstitielles, peuvent
aussi être réalisés.
géotechnique Enfin, les calculs numériques peuvent donner des informations
sur le niveau de sécurité, notamment avec les procédures de
réduction des propriétés de cisaillement.
1.1 Un rôle grandissant L’utilisation de la modélisation numérique est donc peu à peu
sur le point de remplacer les méthodes plus classiques comme les
La modélisation numérique des ouvrages géotechniques, méthodes à l’équilibre limite, les méthodes d’interaction locale
notamment par la méthode des éléments finis ou des différences basées sur l’utilisation de coefficients de réaction, etc. Pour des
finies, a connu une utilisation grandissante depuis ces quinze der- projets d’excavations profondes, dans certains bureaux d’études,
nières années avec l’augmentation continue de la puissance de il est ainsi courant d’utiliser de manière privilégiée les modélisa-
calcul et des capacités de mémoire des ordinateurs. tions numériques basées sur la méthode des éléments finis.
Des calculs en trois dimensions comprenant plusieurs centaines Dans d’autres cas, la modélisation numérique, de par ses possi-
de milliers de nœuds sont devenus courants. Ces calculs per- bilités à rendre compte de manière très précise de la géométrie
mettent d’avoir accès au champ de déplacements, de déforma- des ouvrages géotechniques, permet de fournir des solutions à

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des problèmes qui ne peuvent être traités à l’aide des méthodes Si le problème étudié est non linéaire (ce qui est pratiquement
traditionnelles qu’au prix de simplifications difficiles à justifier. toujours le cas en géotechnique), au cours de chaque incrément,
des itérations sont réalisées pour atteindre cet équilibre. Selon le
Par exemple, l’angle d’une fouille rectangulaire ou différentes code utilisé, la taille des incréments peut être constante ou
phases d’excavation sont désormais des situations assez faciles à variable (pilotée par une procédure d’incrémentation automatique
modéliser. des charges).
Le calcul du tassement de tours s’appuyant sur des radiers, repo- Des tolérances permettant de contrôler la précision des calculs
sant eux-mêmes sur plusieurs centaines de pieux, est un autre à la fin de chaque incrément sont, en général, prédéfinies. Ces
exemple d’utilisation nouvelle des modélisations numériques. tolérances sont relatives à des contrôles sur la différence entre les
forces extérieures et les forces internes, les déplacements calculés
Les différentes couches de sol ou de roche peuvent aussi être au cours de chaque itération ou le travail des forces extérieures et
considérées avec plus de détails et de nombreux codes offrent la des forces intérieures.


possibilité de faire varier les paramètres définissant les propriétés La procédure de résolution itérative des problèmes non
des terrains selon leur position en plan ou la profondeur. linéaires consiste à se ramener à la résolution de plusieurs sys-
tèmes matriciels RU = F.
Elle peut mettre en œuvre des techniques variées. On distingue
1.2 Interaction avec les normes ainsi (figure 1) :
de calcul – la méthode des contraintes initiales, dans laquelle la matrice
de rigidité R est la même pour toutes les itérations, et les non
Les normes de calcul se focalisent essentiellement sur la vérifi- linéarités apportées par la plasticité sont traitées comme des cor-
cation d’états limites ultimes, avec le calcul d’un coefficient de rections apportées au second membre F (figure 1a) ;
sécurité ou d’un équilibre de forces intégrant des coefficients par- – la méthode de rigidité tangente : la matrice de rigidité R est
tiels. assemblée et inversée à chaque itération en intégrant les effets de
la plasticité. Cette technique peut s’avérer complexe et coûteuse
Pour sa part, la modélisation numérique fournit avant tout des
en temps (figure 1b) ;
valeurs de déplacements et de déformations, et est donc plus
– la méthode de rigidité sécante : la matrice de rigidité R est
adaptée à la vérification des états limites de service (ELS) pour
assemblée et inversée à chaque itération en gérant, pour partie, les
lesquels les coefficients partiels sont égaux à 1,0. Son utilisation effets de la plasticité. Cette méthode peut présenter des avantages
pour la vérification des états limites ultimes (ELU) a donc paru pour certains comportements complexes (figure 1c).
limitée dans un premier temps.
Sans entrer dans le détail du formalisme de l’élastoplasticité,
Désormais, notamment avec les procédures de réduction des (présenté rapidement au § 3.3), on peut signaler que l’intégration
propriétés de cisaillement des terrains (procédure de type « c-phi locale des lois de comportement est aussi une tâche complexe qui
reduction »), il est aisé de calculer un coefficient de sécurité. peut mettre en œuvre des techniques variées. Il s’agit de contrôler
Il est aussi possible, à travers les procédures suggérées par cer- que l’état de contraintes vérifie le critère de plasticité f (c’est-à-
taines normes de calcul, notamment l’Eurocode 7, de considérer dire reste à l’intérieur ou sur la frontière de la surface de charge).
les résultats d’une modélisation numérique, tant pour la vérifica- La méthode la plus utilisée, parfois appelée « méthode du
tion des états limites ultimes, que pour celle des états limites de retour radial », est la suivante : à partir d’un état initial de
service. contrainte σi et d’écrouissage αi (α peut être une variable scalaire
ou tensorielle), un état de contrainte σe est calculé à partir de la
résolution de l’équation du système matriciel.
1.3 Points clefs à gérer Si cet état de contrainte ne vérifie pas le critère de rupture, alors
il est corrigé pour obtenir un état de contrainte et d’écrouissage,
Le résultat d’un calcul numérique résulte d’un enchaînement de σ et αf vérifiant le critère.
f
tâches complexes.
Le calcul de la correction de contrainte à apporter dσc = σe – σf
Le calcul est décomposé en différents incréments à la fin des- fait appel à la notion de multiplicateur plastique λ et à la normale
quels le système étudié est en équilibre : les « forces internes »,
associées aux contraintes dans le massif de sol, doivent être équi- à la surface de charge , une dérivée partielle, (et éventuelle-
librées par les forces extérieures appliquées au massif, qu’il ment aussi à la dérivée du potentiel plastique si la loi d’écoule-
s’agisse de forces ponctuelles, réparties ou volumiques. ment est non associée).

Fe Fe
Fe

u u u

a méthode des contraintes initiales b méthode de rigidité tangente c méthode de rigidité sécante
(rigidité constante)

Figure 1 – Différentes méthodes de résolution d’un calcul par la méthode des éléments finis

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f (σ i, α i) = 0

σe

σ i, α i ∂f
dσ c = λC
σ f, α f ∂σ


Surface de charge initiale

Surface de charge finale

f(σ f ,α f) = 0

Figure 2 – Représentation schématique de l’intégration de la loi de comportement à l’échelle locale

Les propriétés élastiques du sol considéré sont prises en


compte dans le tenseur d’élasticité (voir figure 2).
2. Stratégie de modélisation
La résolution numérique de problèmes non linéaires par élé-
ments finis combine donc plusieurs types d’algorithmes, qui La modélisation numérique d’un ouvrage géotechnique com-
peuvent être plus ou moins précis et robustes. porte de nombreuses étapes, que l’on va récapituler ci-après. Elle
met en jeu un ensemble de choix et de simplifications, qui doivent
être justifiés dans le contexte de l’étude, et qui constituent une
stratégie de modélisation.
Il est important de noter qu’il n’existe pas encore d’outils
Certains des éléments de cette stratégie reflètent un compromis
généraux pour mesurer la qualité d’un calcul : des travaux de
entre les différents aspects du problème :
recherche visent à fournir des estimateurs d’erreur a poste-
riori, mais leur utilisation en géotechnique reste rare. – le type de résultats que l’on cherche à obtenir ;
– le niveau de détail et de précision que l’on souhaite ;
– la qualité des données géotechniques disponibles, etc.
Il est donc nécessaire de regarder en détail les résultats du
calcul en analysant les chemins de contraintes suivis dans les
diagrammes de Lambe dans le plan (s, t) ou de Cambridge dans le 2.1 Objectifs du calcul
plan (p, q), avec les notations usuelles :
La stratégie à mettre en œuvre dépend tout d’abord du but que
le calcul se propose d’atteindre. Il est donc primordial de bien cer-
ner l’objectif du calcul avant de mettre en place les différents élé-
ments qui constituent la stratégie de modélisation.
Les modélisations numériques doivent être utilisées principale-
ment pour justifier un dimensionnement préétabli à l’aide de
avec σ1, σ2 et σ3 contraintes principales, c’est-à-dire les méthodes plus classiques, vis-à-vis d’états limites de service ou
valeurs propres du tenseur des contraintes. d’états limites ultimes. Selon le cas, la vérification porte sur des
À l’aide de ce type de représentations, certaines incohérences quantités différentes :
sont parfois faciles à détecter. En cas de doute, il est utile de faire – déplacements maximaux admissibles ;
contrôler ses résultats par un œil extérieur. – efforts dans les structures, etc.
En tout état de cause, il est vivement indiqué de réaliser des Les modélisations numériques sont aussi utilisées pour appuyer
études paramétriques pour se faire une idée de l’influence de une proposition de variante de construction, pour comprendre ou
certains facteurs, en particulier des paramètres de sol, si l’on interpréter le comportement observé d’un ouvrage (on parle de
n’est pas certain que leur influence sur les résultats est modérée rétro-analyse du comportement d’un ouvrage), le calcul visant en
et qu’on a pu déterminer leur valeur avec une précision accep- général à reproduire un ensemble de mesures, ou un comporte-
table. ment global.

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Dans ce dernier cas, on est souvent amené à faire une hypo- • définition des conditions de déplacement imposé sur le
thèse sur le phénomène qui cause ce comportement, et la modéli- contour du domaine étudié,
sation vise à démontrer la pertinence de cette hypothèse. Une fois – définition des chargements mécaniques (forces volumiques ou
la cause du problème établie, on peut envisager de définir des surfaciques) ;
solutions de confortement.
– exécution du calcul et exploitation des résultats.
La définition des objectifs du calcul oriente fortement les choix
Chacune de ces étapes peut donner lieu à des hypothèses et à
qui seront faits dans la suite de la démarche.
des simplifications dont les justifications sont plus ou moins pré-
cises.
2.2 Choix du type d’analyse
On rappelle que la méthode des éléments finis est une méthode 2.3 Cadre de modélisation 2D/3D


permettant de résoudre des équations aux dérivées partielles : il
s’agit de déterminer une ou plusieurs fonctions des coordonnées Par le passé, la réalisation de calculs en condition tridimension-
spatiales qui vérifient un ensemble de relations décrivant la phy- nelle présentait des difficultés et des limites qui la rendaient
sique du système. De manière générale, la première étape de la impraticable ; la lourdeur des calculs imposait de procéder à une
démarche consiste à définir la ou les quantités que l’on souhaite discrétisation grossière du domaine étudié et à des simplifications
calculer. peu convaincantes.
On a donc, pendant de nombreuses années, développé des
■ Dans le cas le plus simple approches bidimensionnelles, pour lesquelles la préparation,
Une fois ces quantités définies, le type d’analyse à effectuer est l’exécution et l’exploitation des calculs sont beaucoup plus
fixé, c’est-à-dire la nature du problème mathématique à résoudre. simples.
Le cas d’une analyse mécanique correspond, par exemple, à la
■ Dans le cas des ouvrages géotechniques, on fait généralement
situation où les fonctions recherchées sont le champ de déplace-
l’hypothèse des déformations planes : on admet que le champ de
ment, les contraintes, les déformations plastiques, les efforts dans
déplacement cherché possède une composante nulle en raison de
les structures.
la géométrie de l’ouvrage et des chargements.
En géotechnique, on fait encore le plus souvent des calculs
mécaniques « simples », sans prise en compte des couplages et Dans le cas d’un remblai, d’une digue, ou d’un autre ouvrage
des effets différés qui peuvent avoir une influence sur la réponse linéaire, la géométrie de l’ouvrage justifie partiellement cette hypo-
de l’ouvrage (qui seront abordés dans les § 2.6 et 2.7). La solution thèse. Encore faut-il que les chargements et les conditions aux
du problème est alors indépendante du temps. limites soient également compatibles avec elle : cela suppose
Pour des applications différentes, l’objet du calcul n’est pas de qu’ils soient invariants dans la direction pour laquelle le déplace-
calculer des déformations et des efforts : il peut être de représen- ment est nul.
ter un écoulement d’eau dans un massif et de déterminer les Ce type d’hypothèse est acceptable pour une large gamme de
champs de pression et de vitesses. On conduit alors une analyse problèmes et d’ouvrages :
hydraulique. Pour ce type d’analyse, la solution dépend du temps – remblais ;
(sauf si on se place en régime permanent). – digues ;
Si l’on veut décrire de manière complète le couplage entre – soutènements ;
effets hydrauliques et mécaniques, on obtient une troisième caté- – stabilité de pente ;
gorie d’analyse, qu’on appellera ici « analyse hydromécanique ». Il – semelles de fondations filantes.
est important de signaler que ce choix n’est pas anodin, parce que
la nature mathématique du problème de couplage complet ■ Pour les fondations profondes, le cadre des déformations planes
conduit à mettre en œuvre des traitements numériques différents, ne s’impose pas aussi clairement.
plus ou moins robustes et complexes à maîtriser, et à introduire Pour un pieu isolé, installé dans un terrain constitué de couches
des paramètres supplémentaires souvent difficiles à déterminer. Il horizontales et chargé uniquement verticalement, on peut valable-
est donc recommandé de bien cerner le niveau de complexité ment considérer que la solution présente une symétrie de révolu-
nécessaire pour atteindre le but qu’on s’est fixé, le recours systé- tion, et se placer dans un cadre axisymétrique.
matique à l’approche mathématiquement la plus compliquée
étant souvent une perte de temps et d’énergie si l’on ne dispose L’hypothèse d’axisymétrie permet aussi de traiter le cas de fon-
pas des moyens de la mettre en œuvre de manière efficace (par dations superficielles circulaires, et par extension, celui de fonda-
manque de données fiables, de moyens de calcul, ou pour toute tions carrées ou pratiquement carrées (à condition de ne pas
autre raison). chercher à discuter précisément ce qui se passe au voisinage du
coin de la fondation).
■ Dans le cas d’une rétro-analyse d’un comportement observé
■ Pour un groupe de pieux, le cadre des déformations planes et
D’autres phénomènes entrent en jeu et doivent être pris en
celui de l’axisymétrie constituent des hypothèses très difficiles à
compte dans l’analyse pour que la modélisation puisse être repré-
justifier, et ne peuvent être adoptées que si le calcul vise à évaluer
sentative : il convient donc de bien identifier ces phénomènes et
de manière globale un comportement (un tassement moyen par
voir dans quelle mesure et avec quel degré de précision ils
exemple) ou l’influence d’un paramètre particulier.
peuvent être pris en compte avec le type d’analyse choisi.
Une fois le type d’analyse à conduire déterminé, la modélisa- ■ En dernier lieu, on peut mentionner le cas particulier du creuse-
tion proprement dite passe par plusieurs étapes, qui sont les sui- ment des tunnels. Ce problème est clairement tridimensionnel,
vantes dans le cas d’une analyse mécanique simple : puisque les caractéristiques matérielles sont différentes en avant et
– définition de la géométrie du domaine étudié ; en arrière du front de taille. Panet [1] a proposé de se ramener au
– préparation des données du calcul : cadre des déformations planes, en section transversale, c’est-à-dire
dans un plan perpendiculaire à l’axe du tunnel. La technique pro-
• définition des caractéristiques mécaniques des différents posée, appelée « méthode convergence confinement » vise à
matériaux, rendre compte de la troisième dimension, c’est-à-dire de la dis-
• définition des conditions initiales (contraintes initiales, tance entre le plan considéré et le front de taille, au moyen d’un
valeurs initiales de certains paramètres matériaux), paramètre scalaire appelé « taux de déconfinement ».

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Elle n’est justifiée rigoureusement que dans un cadre très res- On peut aussi indiquer qu’il existe des éléments utilisant des
treint (élasticité linéaire, état de contraintes initial uniforme, etc.), interpolations d’ordre supérieur à 2 (triangles à 10 ou 15 nœuds
mais l’usage a prouvé qu’elle donne des résultats acceptables par exemple).
bien au-delà de son domaine de validité théorique.
■ En 3D
La difficulté consiste à identifier les contextes dans lesquels son
utilisation conduit à des résultats peu représentatifs (par exemple Les éléments peuvent être des :
celui de l’utilisation de présoutènements parallèles à l’axe du tun- – tétraèdres à 10 nœuds (figure 3a) ;
nel). – pentaèdres à 15 nœuds (figure 3b) ;
– hexaèdres à 20 nœuds (figure 3c).
Le degré de précision de ces éléments peut être plus ou moins
2.4 Calculs mécaniques important et il convient que l’utilisateur ait une idée, même som-


maire, des choix qu’il fait.
2.4.1 Différents types d’éléments Comme en 2D, on peut montrer que les calculs utilisant des
hexaèdres donnent des résultats plus satisfaisants que ceux obte-
Dans le cas où seul le terrain est modélisé, l’utilisateur peut nus avec des tétraèdres, mais les mailleurs volumiques permet-
avoir le choix entre différents types d’éléments finis. tant de paver un domaine quelconque avec des hexaèdres restent
De manière générale, l’utilisation des éléments reposant sur des peu courants.
fonctions d’interpolation (du déplacement en fonction des coor-
données) linéaires est progressivement abandonnée au profit
d’éléments à interpolation d’ordre 2 ou plus.
2.4.2 Conditions aux limites
Une difficulté classique de la modélisation en géotechnique
■ En 2D
tient au fait que les limites du domaine étudié ne sont pas nette-
Ces éléments peuvent être des triangles à 6 nœuds et 3 points ment définies : où placer les « bords » d’une couche de sol ?
d’intégration ou des quadrangles à 8 nœuds et 4 points d’intégra- L’étendue latérale et verticale du domaine à prendre en compte ne
tion (pour rappel : les déplacements sont calculés aux nœuds, tan- sont pas claires.
dis que les déformations et les contraintes sont évaluées aux
On est donc amené à faire d’emblée une hypothèse sur la taille
points d’intégration).
du domaine à prendre en compte. On considère généralement
Il est intéressant de signaler que la solution fournie par des élé- que le maillage doit, au moins, recouvrir la zone dans laquelle les
ments quadrangulaires est meilleure (pour ce qui concerne les chargements appliqués sont susceptibles de produire des défor-
contraintes notamment) que celle obtenue avec des triangles mations significatives : ce n’est cependant pas une indication très
(pour un nombre de nœuds global équivalent). précise.

Triangle à 6 nœuds et quadrangle à 8 nœuds

a tétraèdre à 10 nœuds b pentaèdre à 15 nœuds c hexaèdre à 20 nœuds

Figure 3 – Différents types d’éléments « de massif »

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Différents auteurs ont proposé de définir, pour différents types peut se trouver dans l’un ou l’autre de ces régimes, et les défor-
d’ouvrages (et selon le cadre 2D/3D de la modélisation), des mations calculées, pour un même chargement mécanique, sont
recommandations relatives à ce point (voir [2]). très différentes.
La question reste ouverte, mais on peut apporter quelques pré-
cisions supplémentaires. D’autre part, dans un certain nombre de situations, par exemple
lors de l’excavation d’une partie du massif, le chargement mécanique,
■ Influence de la position des limites du maillage appliqué au reste du massif, dépend lui-même directement des
Il s’agit bien sûr d’un point indissociable du type de conditions contraintes initiales.
que l’on applique sur ces limites. Le domaine maillé est très sou-
vent délimité par un domaine parallélépipédique, et on choisit en L’état initial des contraintes a donc une double influence sur le
général de bloquer toutes les composantes du déplacement sur la résultat des modélisations. Cette situation est problématique
limite inférieure du maillage et la composante normale sur les parce qu’il n’est pas possible de mesurer directement les


plans verticaux qui limitent le maillage. contraintes initiales.
On peut cependant adopter des conditions différentes.
■ Cas des couches horizontales
■ Cas d’un calcul de charge limite Dans ce cas, on fait souvent l’hypothèse que les contraintes ini-
On peut montrer que les résultats ne dépendent pas de l’étendue tiales sont « géostatiques » (c’est-à-dire que les contraintes princi-
du maillage s’il englobe le « mécanisme » de rupture de l’ouvrage. pales sont verticales et horizontales, et dépendent linéairement de
la profondeur dans chaque couche).
■ Influence de l’étendue du maillage
Elles sont donc caractérisées par deux paramètres pour chaque
Ce paramètre dépend du chargement imposé. Une difficulté couche :
classique est celle de la situation dans laquelle on applique un
chargement mécanique qui correspond à l’excavation d’une partie – son poids volumique, qui peut en général être estimé de
du massif de sol, devant une paroi de soutènement ou à l’intérieur manière fiable ;
d’un tunnel par exemple. – le coefficient de poussée des terres ou repos, dont la détermi-
Par rapport à la situation initiale, le système matériel restant nation est en revanche beaucoup plus difficile, et introduit une
après l’excavation subit une résultante verticale, dirigée vers le incertitude mal maîtrisée.
haut, et égale au poids du matériau excavé. On peut alors obser- ■ Cas où la situation initiale ne correspond pas à celle de couches
ver dans le calcul un soulèvement de la surface du massif, plus ou horizontales
moins marqué selon le modèle de comportement, qui peut être
largement surestimé. Il dépend fortement de l’étendue du mail- La question de l’état initial est encore plus délicate. On peut
lage au-dessous du tunnel ou de l’excavation : cette forte dépen- chercher à le reconstituer en appliquant des forces de volume
dance des déplacements verticaux calculés vis-à-vis du maillage égales aux poids volumiques des différentes zones du maillage, à
rend l’exploitation des résultats pour le moins délicate. partir d’un état de contraintes nul (ce qui peut poser des difficultés
Si l’origine physique du problème est simple (la réponse du pour certains modèles de comportement), mais on ne peut pas
massif au déchargement), sa prise en compte correcte dans une garantir la représentativité de l’état initial ainsi obtenu.
modélisation par éléments finis est difficile. ■ Cas où l’on utilise des modèles de comportement avancés
Le recours à un modèle de comportement avancé peut rendre le
Il est également nécessaire de fixer la valeur initiale de diffé-
problème moins voyant et moins gênant, mais la difficulté subsiste.
rents paramètres supplémentaires (d’écrouissage par exemple, ou
On peut signaler, de plus, que l’utilisation de calculs tridimen- d’autres) : ces paramètres conditionnent plus ou moins fortement
sionnels peut atténuer la difficulté, mais ne suffit pas à l’éliminer la raideur du matériau.
complètement.
Vis-à-vis de ce problème, la situation favorable est celle dans Exemple
laquelle un substratum rigide a été reconnu à une profondeur Pour illustrer davantage la question de l’état initial, on peut considé-
bien identifiée. rer le cas d’une paroi moulée, construite sous boue. Le but de la
En dehors de ce cas, la solution numérique est entachée d’une modélisation est généralement de justifier le dimensionnement pro-
erreur difficile à évaluer. posé (longueur de fiche, épaisseur de la paroi, systèmes d’ancrage).
On peut également signaler qu’on a le même type de dépen- La mise en place de la paroi dans le terrain constitue un problème déli-
dance des déplacements vis-à-vis de l’étendue du maillage dans la cat, pour lequel différentes stratégies de modélisation sont possibles.
direction verticale lorsqu’on modélise une fondation filante sou- On distingue généralement deux approches :
mise à une charge verticale vers le bas.
– la première consiste à considérer que l’influence de sa construc-
tion se limite à prendre en compte une différence de poids avec le
2.4.3 État initial des contraintes terrain initialement en place (on dit en anglais que la paroi est
« wished-in-place ») ;
En géotechnique, il est pratiquement toujours nécessaire de – l’autre consiste à reconstituer le processus d’excavation sous
représenter le comportement des couches de terrain à l’aide de boue, avant d’activer la rigidité de la paroi (cette méthode est appelée
modèles non linéaires. « wall installation model »).
Une conséquence de la non linéarité du comportement est qu’il Les deux approches peuvent donner des résultats différents, en
est nécessaire de bien caractériser l’état initial du sol, en particu- fonction des paramètres du modèle.
lier l’état des contraintes.
Dans le cas d’une paroi moulée, on peut également se poser la
■ Dans le cas de l’élastoplasticité question de l’influence de l’ordre dans lequel les panneaux de paroi
De manière plus précise, on distingue deux régimes de défor- sont mis en place.
mation, selon que l’état de contrainte atteint ou non la frontière Il est donc indiqué de bien cerner les enjeux du calcul et éventuel-
du domaine élastique. Selon la valeur des contraintes initiales, on lement de procéder à des études de sensibilité ([3], [4]).

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Géotechnique
(Réf. Internet 42238)

1– Géologie

2– Comportement mécanique des sols



3– Forages Réf. Internet page

Diagraphies et géophysique de forage C225 109

Forage et carottage dans les roches C356 113

Forages et sondages. Pour la reconnaissance des terrains C228 117

4– Eurocode 7

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Diagraphies et géophysique
de forage

par Richard LAGABRIELLE


Ingénieur Civil des Mines
Docteur ès Sciences
Directeur technique


Laboratoire Central des Ponts et Chaussées

1. Généralités sur les diagraphies............................................................ C225v2 — 2


2. Diagraphie de radioactivité naturelle (RAN ou γ ray naturel)...... — 3
3. Diagraphie de résistivité........................................................................ — 5
4. Diagraphie microsismique..................................................................... — 6
5. Diagraphies gamma-gamma et neutron-neutron ............................ — 8
6. Géophysique de forage........................................................................... — 9
7. Tomographie sismique............................................................................ — 11
8. Tomographie électromagnétique......................................................... — 14
9. Radar de forage en mode réflexion..................................................... — 16
10. Conclusion générale................................................................................ — 17
Références bibliographiques ......................................................................... — 18

es diagraphies et la géophysique de forage font partie de la panoplie des


L méthodes auxquelles on a recours pour reconnaître le terrain sur lequel on
a des projets de construction d’ouvrage de génie civil. Parmi les techniques
géophysiques, elles sont caractérisées par un mode particulier de mise en œuvre
puisqu’elles sont employées en forage.
Pour ce qui concerne les principes généraux de la géophysique et les bases
des différentes méthodes, nous renvoyons à l’article « Géophysique appliquée
au génie civil ». Cependant, nous rappelons ici les définitions de la géophysique
de forage et des diagraphies en précisant dans quelles circonstances elles sont
plus particulièrement indiquées.
Nota : l’article [C 224] « Géophysique appliquée au génie civil » replace la géophysique dans l’ensemble des méthodes de
reconnaissance des sols.
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DIAGRAPHIES ET GÉOPHYSIQUE DE FORAGE ________________________________________________________________________________________________

1. Généralités mation sur les propriétés mécaniques du terrain traversé par le


forage. Naturellement, cette vitesse dépend aussi du type d’outil, de
sur les diagraphies la machine utilisée pour le forage et de la manière dont le foreur
règle sa machine. On constate souvent qu’une machine de forage
très performante est peu sensible aux propriétés du terrain et ne
donne qu’une diagraphie de vitesse d’avancement peu contrastée,
1.1 Définition tandis qu’une machine plus traditionnelle donne de meilleurs résul-
tats concernant les variations avec la profondeur des propriétés de
terrain.
Les diagraphies sont des techniques géophysiques mises en
La diagraphie de vitesse d’avancement doit, d’une part, être cali-
œuvre à l’intérieur d’un forage. Le rayon du volume d’investigation
brée en fonction du type de machine utilisée. D’autre part, elle est
n’est pas beaucoup plus grand que celui du forage.
réalisée en maintenant tous les réglages techniques le plus cons-
Elles servent à mesurer en place un paramètre physique caracté- tants possible (couple de rotation, poussée sur l’outil, pression du
ristique du terrain, avec la meilleure résolution verticale possible. fluide, etc.).
Elles ne permettent pas (contrairement aux techniques
géophysiques de forage) d’augmenter le rayon d’investigation du Les diagraphies instantanées de ces autres paramètres de forage
forage ni de porter un jugement sur le caractère représentatif des sont donc complémentaires de la diagraphie de vitesse d’avan-

S informations obtenues à partir du forage. cement.


Elles sont complémentaires des techniques géophysiques de sur-
face qui, elles, permettent d’obtenir des informations représentati- ■ Un autre type de diagraphies instantanées est employé dans le
ves d’importants volumes de terrain mais avec une résolution domaine de l’exploration pétrolière et est actuellement en cours de
moins fine (on connaît le terrain « en gros » mais on ne distingue mise au point pour la reconnaissance en génie civil. Il s’agit des
pas les détails). « diagraphies en cours de foration » connues par les pétroliers sous
le nom de « measurements while drilling ». Ce sont des diagraphies
Le résultat d’une diagraphie se présente donc sous la forme d’une géophysiques proprement dites (de radioactivité naturelle, de résis-
courbe dans un système de coordonnées où la profondeur est indi- tivité...), telles que celles que nous allons évoquer plus en détail ci-
quée sur un axe vertical orienté vers le bas et le résultat de la après, mais où les instruments de mesure se trouvent au voisinage
mesure (résistivité, densité, vitesse d’avancement...) est indiqué sur de l’outil de forage pendant la réalisation même du forage.
un axe horizontal (cf. les figures de cet article).

Les diagraphies instantanées ne sont pas l’objet principal de


Vocabulaire : le terme « diagraphie » est le terme français, qui cet article, mais c’est l’occasion de rappeler leur importance
désigne aussi bien la technique que le résultat de la mesure sous pratique : les diagraphies des paramètres de forage sont d’un
forme d’une courbe. faible coût et les renseignements complémentaires qu’elles
La diagraphie étant très développée dans le domaine de apportent sont souvent très utiles.
l’exploration pétrolière où le jargon anglais règne en maître, les Lorsque l’on réalise un forage, on se prive d’une information
termes logging (pour les techniques) et log pour la courbe (log riche si l’on n’enregistre pas en même temps ne serait-ce que la
signifie enregistrement) sont peut-être plus souvent employés vitesse d’avancement instantanée.
que le mot diagraphie, dont ils sont synonymes.

■ La figure 1 donne un exemple avec trois diagraphies différentes


dans un même forage.
1.2 Classification ● Dans la couche calcaire superficielle, une couche altérée (de 0 à
3 m), est caractérisée par une forte vitesse d’avancement, une
Nous ne parlerons ici que des diagraphies les plus fréquemment radioactivité moyenne et une faible résistivité, tandis que le calcaire
utilisées en génie civil. Cela ne signifie pas que celles qui ne sont sain (de 3 à 6 m) est plus difficilement foré, il est peu radioactif et
pas citées sont sans intérêt. Le code de bonne pratique en électriquement résistant.
géophysique [2] a recensé 24 techniques de diagraphies qui sont ● La couche d’argile (de 6 à 10 m) est caractérisée par une forte
appliquées dans tous les domaines de la reconnaissance et de la vitesse d’avancement (mais qui décroît en profondeur), une radioac-
prospection (pétrole, mine, hydrogéologie, environnement, tivité forte et une faible résistivité.
géologie...). Certaines de ces méthodes, non citées dans cet article,
peuvent être employées de manière fructueuse en génie civil, mais ● La couche de schiste se divise en trois :
elles le sont rarement.
— dans la partie la moins profonde (de 10 à 12 m), la vitesse
On peut classer les diagraphies en deux premières grandes d’avancement est encore relativement forte, la radioactivité faible et
catégories : les diagraphies instantanées et les diagraphies différées. la résistivité faible : c’est un schiste fortement fissuré, les fissures
n’étant pas remplies d’argile (faible radioactivité, faible résistivité) ;
1.2.1 Diagraphies instantanées — le schiste sain (de 12 à 16 m) est plus radioactif et plus
résistant ;
Elles sont réalisées pendant la foration : durant le processus — la couche de schiste peu altéré montre une radioactivité
même du forage, on réalise des mesures dont le résultat est fonc- moyenne et variable avec une résistivité assez forte ; autour de
tion de la profondeur de l’outil de forage. Les diagraphies instanta- 18 m, la vitesse d’avancement est plus forte et la radioactivité est
nées sont soit l’enregistrement des paramètres de forage, soit des localement plus forte ; il s’agit d’une altération argileuse.
diagraphies géophysiques.
● Le substratum de diorite (à partir de 26 m) montre une faible
■ La plus fréquente des diagraphies d’enregistrement des paramè- vitesse d’avancement, une radioactivité assez forte et une forte
tres est la diagraphie de vitesse d’avancement. On comprend que résistivité. Entre 31 et 33 m, on remarque une zone à faible
plus le terrain est facile à forer, plus le forage peut se réaliser rapide- radioactivité et faible résistivité, il s’agit d’une zone fissurée non
ment. La diagraphie de vitesse d’avancement donne donc une infor- argileuse.

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________________________________________________________________________________________________ DIAGRAPHIES ET GÉOPHYSIQUE DE FORAGE

Vitesse Radioactivité naturelle


d'avancement (m/h) (cps) Résistivité (Ω.m)
0 50 100 150 200 0 10 20 30 40 10 100 1 000 10 000
0 0 0
Calcaire altéré
Profondeur (m)

Profondeur (m)

Profondeur (m)
5 5 5 Calcaire sain
Argile
10 10 10
Schiste altéré
15 15 15 Schiste sain

Schiste peu
20 20 20 altéré
25 25 25
Diorite
30 30 30
Zone fissurée
35


35 35
Diorite
40 40 40
Figure 1 – Trois diagraphies différentes dans
cps : nombre de coups
un même forage recoupant un recouvrement
par seconde
sédimentaire sur un substratum cristallin

elle est constituée par le résultat de la mesure. Si l’instrumentation


Visualisation utilise une technologie numérique, l’information circule dans les
Poulie : graphique
mesure en temps réel
deux sens, sous forme numérique.
de la profondeur Le treuil doit pouvoir enrouler et dérouler le câble de manière
Treuil
continue à vitesse régulée ; il peut comporter un dispositif de
mesure de la longueur du câble, sinon c’est la poulie qui porte un
capteur « roue codeuse » (figure 2).
Électronique :
– conditionnement ■ Nous décrivons ci-dessous cinq techniques de diagraphies. Trois
Câble : – mesure sont qualifiées de diagraphies légères et deux de diagraphies lourdes.
– porteur – acquisition des données
– transport de l'énergie ● Les diagraphies lourdes sont les diagraphies qui utilisent une
– transport source radioactive ; ce sont des diagraphies de radioactivité provo-
de l'information quée. Le qualificatif « lourd » tient au fait qu’elles sont complexes à
mettre en œuvre, en particulier à cause des problèmes de sécurité,
et qu’elles sont donc assez coûteuses. Nous citerons (§ 5) :
— la diagraphie gamma-gamma, qui sert à mesurer la masse
Sonde volumique des matériaux ;
— la diagraphie neutron-neutron, qui sert à mesurer la teneur en
eau.
● Les diagraphies légères sont les autres diagraphies ; elles sont
plus simples à mettre en œuvre et posent moins de problèmes de
Figure 2 – Schéma général d’un matériel de diagraphie sécurité. Nous citerons :
— la diagraphie de radioactivité naturelle (§ 2) ;
— la diagraphie de résistivité (§ 3) ;
1.2.2 Diagraphies différées — la diagraphie microsismique (§ 4).

Elles sont l’objet principal de cet article. Elles consistent à mesu-


rer depuis l’intérieur du forage l’une des grandeurs physiques carac-
téristiques du terrain telles que celles définies dans l’article [C 224]
(§ 2.2 et 3e colonne du tableau 1).
2. Diagraphie de radioactivité
■ Ces diagraphies sont toujours réalisées à partir d’une sonde des- naturelle (RAN ou γ ray
cendue dans le forage et reliée à la surface du sol par l’intermédiaire
d’un câble. Celui-ci s’enroule autour d’un treuil en passant par une
naturel)
poulie posée sur un trépied à l’aplomb du forage (figure 2).
Le câble remplit plusieurs fonctions. C’est la technique de diagraphie la plus largement utilisée et qui
● Il est porteur ; il supporte le poids de la sonde et ne doit pas est d’ailleurs à recommander systématiquement.
s’allonger, car sa longueur sert à mesurer la profondeur de la
sonde ; celle-ci doit être connue avec une précision meilleure que
0,5 % (soit 5 cm à 10 m de profondeur...).
2.1 Domaine et conditions d’application
● Il transporte l’énergie nécessaire à l’alimentation des circuits
électroniques situés dans la sonde.
● Il transporte l’information entre l’instrumentation située dans la ■ La diagraphie de radioactivité naturelle met en évidence les
sonde et celle qui est en surface. Si tous les circuits sont analogi- matériaux plus ou moins radioactifs naturellement. Parmi les maté-
ques, cette information ne circule que de la sonde vers la surface ; riaux sédimentaires, l’argile est le matériau courant le plus

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DIAGRAPHIES ET GÉOPHYSIQUE DE FORAGE ________________________________________________________________________________________________

Numéro
12 13 14 15 16 du forage
Limon brun argileux 0m
Argile blanche et brune, limono-
sableuse Argile grise

Grave calcaire

7m

Craie blanche

S Les diagraphies mettent bien en évidence la notion de « signature RAN » d'une formation géologique et permettent de suivre l'évolution latérale
des différentes couches.

Figure 3 – Exemple de diagraphies de radioactivité naturelle dans plusieurs forages

radioactif ; c’est pourquoi la diagraphie de radioactivité naturelle système d’axes où la profondeur est portée sur l’axe vertical et la
s’appelle parfois, un peu abusivement, « diagraphie d’argilosité ». radioactivité mesurée, en nombre de coups par seconde (cps), est
Parmi les matériaux cristallins, le granite (ou la rhyolite) est le plus portée sur l’axe horizontal (figure 1). Cette valeur est relative, et
radioactif. La RAN permet alors de distinguer le granite d’autres dépend de la vitesse de remontée de la sonde dans le forage (plus
matériaux et, par exemple, lors de la reconnaissance d’un gisement cette vitesse est grande, moins la courbe est contrastée), de la
de roches massives destinées à être exploitées en carrière, de distin- nature du tubage s’il existe et du caractère sec ou noyé du forage,
guer entre différents types de granites. ainsi que de la taille du cristal qui constitue l’élément sensible du
Dans les séries sédimentaires de type alternances de calcaires, capteur.
marnes, marnocalcaires, argiles, etc., les différentes couches sont Une sonde de diagraphie de radioactivité naturelle comporte en
caractérisées par un profil de radioactivité particulier (signature), effet un capteur constitué d’un cristal qui transforme les impacts de
que l’on retrouve d’un forage à l’autre à l’intérieur du massif. La jux- photons gamma en signal électrique et d’un circuit électronique
taposition des diagraphies dans les différents forages (figure 3) aide associé. C’est donc une sonde essentiellement passive. Du diamètre
à comprendre la structure géologique du massif (variation de de la sonde dépend celui du cristal ; plus le diamètre est faible,
l’épaisseur des couches, failles, etc.). moins le capteur est sensible et plus la vitesse de remontée doit être
L’exploitation de gisements de granulats alluvionnaires peut aussi faible afin que le capteur reste assez longtemps à une profondeur
être guidée par la mesure de la RAN, qui peut servir d’indicateur de donnée pour recevoir suffisamment d’impacts gamma pour que le
« propreté » de granulats. signal soit mesurable (rappelons que la radioactivité est un phéno-
Dans les massifs rocheux fissurés, les fissures sont ou non rem- mène aléatoire et qu’il faut donc effectuer un grand nombre de
plies d’argile. Lorsqu’elles le sont, la RAN les met bien en évidence ; « tirs » pour obtenir un signal stable). L’instabilité du signal due au
lorsqu’elles ne le sont pas, elles sont mises en évidence par d’autres caractère aléatoire du phénomène est compensée par le calcul
types de diagraphies (résistivité ou microsismique), qui sont donc d’une moyenne à travers un circuit d’intégration pour lequel l’opé-
complémentaires pour l’étude des massifs rocheux (figure 1). rateur choisit la constante de temps d’intégration.

■ Concernant les conditions d’application, la diagraphie de radioac-


tivité naturelle est très originale, car elle ne présente aucune contre-
indication. Naturellement, elle ne donnera des résultats contrastés 2.3 Autres appellations et techniques
que si le terrain présente des contrastes de radioactivité, mais cette voisines
absence de contraste est déjà un renseignement utile.
Les forages peuvent être ou ne pas être tubés et le tubage peut être
métallique ou en matière plastique. De même, les forages peuvent être ■ La diagraphie de radioactivité naturelle est souvent appelée
noyés ou secs ; ils peuvent être de très faible diamètre intérieur, gamma-ray, terme anglais, ou gamma-ray naturel.
puisqu’il existe des sondes de diagraphies RAN de 2,5 cm de diamètre.
Ainsi, la diagraphie RAN peut être mise en œuvre dès la fin de la fora- ■ Une technique voisine est la diagraphie de radioactivité naturelle
tion par l’intérieur du train de tiges avant que celui-ci ne soit enlevé. sélective (RAN-S) encore appelée gamma-ray spectral. Elle permet
La mesure peut être parfois fortement bruitée dans les premiers de mesurer la radioactivité suivant plusieurs bandes d’énergie et
mètres sous la surface du sol, lorsque le forage a été réalisé dans un donc de différentier différents éléments des roches.
terrain agricole où l’on a répandu des engrais potassiques qui Exemple
contiennent du potassium 40 radioactif. On distingue, ainsi, la radioactivité du potassium 40 (40 K), dont
l’énergie du photon gamma est 1,46 MeV (mégaélectronvolt), et celles
de l’uranium 238 (238 U) et du thorium 232 (232 Th), dont les énergies
2.2 Principe et résultat fourni sont respectivement 2,35 MeV et 2,61 MeV.

Au prix d’une mesure plus longue et plus délicate, on caractérise


Le résultat d’une diagraphie de radioactivité naturelle se présente, mieux les matériaux en identifiant les types d’argile ou les types de
comme toutes les diagraphies, sous la forme d’une courbe dans un granites.

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Forage et carottage dans les roches

par Philippe REIFFSTECK


Directeur de recherche
IFSTTAR (France)
Note de l’éditeur
Cet article est la version actualisée de l’article C 356 intitulé « Forage et carottage dans les
roches » rédigé par Jean-Paul ROBERT et paru en 2010.


1. Forage .......................................................................................................... C 356v2 - 2
1.1 Méthodes ..................................................................................................... — 2
1.2 Matériels ...................................................................................................... — 2
1.3 Paramètres pour forage rotary .................................................................. — 6
1.4 Paramètres pour le forage en roto-percussion......................................... — 7
1.5 Boues de forage .......................................................................................... — 8
2. Carottage ..................................................................................................... — 9
2.1 Méthode....................................................................................................... — 9
2.2 Matériaux..................................................................................................... — 11
2.3 Choix du type d’outil................................................................................... — 14
2.4 Paramètres de carottage ............................................................................ — 15
3. Glossaire ...................................................................................................... — 17
Pour en savoir plus .............................................................................................. Doc. C 356v2

epuis toujours, l’homme a recherché dans le sous-sol les matériaux


D nécessaires à sa survie et à son développement.
Pour ce faire, il a développé des techniques et matériels de plus en plus
sophistiqués. Mais c’est sans doute la traversée, ou le prélèvement, des roches
qui a posé le plus grand nombre de problèmes.
Cet article s’intéresse plus particulièrement aux différentes méthodes de
forage et carottage dans les sols raides et roches, ainsi qu’aux équipements
que ces méthodes mettent en œuvre.
p。イオエゥッョ@Z@ョッカ・ュ「イ・@RPQX

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FORAGE ET CAROTTAGE DANS LES ROCHES _____________________________________________________________________________________________

au rotary, que ce soit pour la recherche minière ou la géotech-


1. Forage nique.
• Soudées par friction
Sont décrits les forages courts qui précèdent, ou complètent,
des reconnaissances minières ou géotechniques. Sont exclus les Ce procédé permet d’obtenir une liaison solide entre le tube, qui
forages de type pétrolier. constitue la tige proprement dite, et les deux raccords d’extrémité.
Aussi nommé « forage rotary », ce type de forage consiste en la Plusieurs diamètres sont proposés. Le choix est lié au diamètre
destruction rapide du terrain en place et à l’évacuation des débris de l’outil de forage.
produits par cette destruction. Pour un même diamètre, l’épaisseur des parois et les filetages
peuvent être différents (API, REG, IF). De plus, un choix est pro-
■ En reconnaissance minière posé en longueur de tige afin de s’adapter à plusieurs modèles de
Le forage rotary est principalement utilisé dans les cas sui- machine.
vants : Pour mémoire, nous citerons les diamètres suivants :
– forage rapide, avant carottage, dans les terrains de couverture 70-76-89-114 (mm).
qui ne présentent pas d’intérêt géologique ;
– prise d’échantillons remaniés destinés au laboratoire ; • Masses-tiges
– réalisation de trou pilote pour servir de guide à des élargis- D’un diamètre plus grand, elles apportent un poids supplémen-


seurs de grand diamètre (cheminée d’aération de galerie). taire au train de tiges. Ce surpoids est indispensable au mode de
fonctionnement des outils rotary.
■ En reconnaissance géotechnique
De plus, il provoque le déplacement du point fragile de rupture
Le rotary est utilisé pour : au niveau de ces tiges, mieux capables de supporter les efforts
– l’enregistrement de paramètres de forage ; que les tiges normales.
– préparer le trou pour réaliser des essais pressiométriques ;
Les masses-tiges sont placées immédiatement au-dessus de
– la traversée d’horizons dans lesquels l’interprétation géolo-
l’outil et leur longueur est déterminée par le diamètre à forer et le
gique est connue (géotechnique profonde).
type de machine utilisée.
■ Deux modes opératoires Pour mémoire, nous citerons les diamètres proposés :
Les forages rotary sont exécutés selon deux modes opératoires 89-114-127-140-159-203 (mm).
principaux :
– rotation (voir § 1.1.1) ; ■ Outils
– roto-percussion (voir § 1.1.2). Ils sont de deux sortes :
– tricônes ;
– trépans.
1.1 Méthodes Le choix et les applications dépendent :
– de la nature des sols ;
1.1.1 Rotation – de la puissance de la machine ;
– des performances attendues.
Comme pour le carottage, un ensemble de tiges, raccordées
entre elles, entraîne un outil de coupe en rotation. Par l’applica- • Tricônes
tion d’une poussée sur cet ensemble, nommé « train de tiges », Ils détruisent le terrain par cisaillement. Les molettes, entraî-
l’outil placé à l’extrémité provoque la destruction de la roche. nées par la rotation des tiges, tournent sur elles-mêmes en cou-
Les outils de coupe sont choisis en tenant compte de la dureté vrant la totalité de la surface à détruire. Afin d’éviter le découpage
de la roche, de son abrasivité et de sa fracturation. d’une carotte dans la partie centrale, l’extrémité d’une molette est
prolongée (brise carotte).
Les fabricants proposent deux catégories principales de
1.1.2 Roto-percussion tricônes, dont la variété des profils permet de traverser des sols
Dans cette méthode, l’outil est aussi entraîné en rotation par un de dureté différente (figure 1) :
train de tiges, avec application d’une poussée. Mais, par l’intermé- – à dents ;
diaire d’un système de frappe, des chocs sont provoqués pour – à picots.
faciliter la destruction de la roche. • Tricônes à dents
Ces chocs, transmis par le train de tiges, arrivent jusqu’à l’outil. Chez chaque fournisseur, les outils à dents portent une dénomi-
nation qui permet à l’utilisateur de faire son choix en fonction de
la dureté des terrains qu’il aura à forer.
1.2 Matériels La forme, la hauteur et l’espacement des dents déterminent leur
capacité à détruire des terrains, de tendres à durs.
1.2.1 Pour forage en rotation Plus les terrains sont durs, plus les dents sont courtes et nom-
■ Tiges breuses. Inversement, les dents sont plus longues et écartées
pour les terrains tendres ou « collants ».
Elles sont réparties en deux catégories principales :
Les nuances de dureté sont définies par le code IADC (Interna-
– tiges ; tional Association of Drilling Contractors).
– masses-tiges.
Ce code à chiffres permet de classer les outils des différents
Il existe deux catégories de tiges de forage : fabricants :
– soudées par friction ; – le premier chiffre désigne la série ou formation ;
– avec raccord ou tool-joint. – le deuxième indique le type ou degré de dureté dans la forma-
Nous prendrons en compte uniquement les tiges avec raccords tion ;
soudés par friction, qui sont les plus répandues pour les forages – le troisième caractérise la configuration de l’outil.

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______________________________________________________________________________________________ FORAGE ET CAROTTAGE DANS LES ROCHES

Figure 1 – Tricônes à dents et à picots (ou boutons) (Crédit Reiffsteck)

Les principaux fabricants de tricônes (Atlas Copco, Baker • Trépans ou trilames


Hughes, DBI, JZ Kingdream, Reed, Security DBS, Smith, TSK,
Varel Intl., etc.) proposent différents types d’outils avec leurs réfé- Les trépans agissent aussi par décollement du terrain en frag-
rences propres, classés selon leurs codes IADC. ments. De bonnes performances sont obtenues avec ces outils
dans les sols tendres et non consolidés.
La circulation du liquide d’injection est opérée de deux façons :
– arrivée par le centre de l’outil ; Deux modèles principaux sont proposés sur le marché :
– répartie sur la périphérie et distribuée par des buses. – les trilames escalier ;
Ces buses peuvent être de différentes tailles en fonction de
– les trilames chevrons ou quatre-lames chevrons.
l’action souhaitée :
– nettoyage et participation à l’action des dents ; Le profil « escalier » est bien adapté aux formations tendres et
– nettoyage plus efficace dans des horizons « collants ». collantes (sable argileux, argile compacte).
Pour permettre une longévité plus importante, les roulements Le profil « chevrons » est utilisé dans les terrains de dureté
des molettes sont étanches sur certains modèles et, en particulier, moyenne.
sur les modèles utilisant l’air comprimé pour l’injection.
• Tricônes à picots Le quatre-lames chevrons est employé dans des formations où
le profil chevrons trois lames avance avec difficulté.
Aussi nommés « à boutons », les tricônes à picots sont utilisés
à partir du moment où les performances des outils à dents ne
donnent plus satisfaction, c’est-à-dire dans les terrains durs à très Remarques
durs, et abrasifs. Des « billes », ou picots, sont répartis sur la sur-
face de chaque molette. • Ces outils nécessitent un couple important.
• Les diamètres possibles sont en liaison directe avec le ter-
Ici aussi, d’un fournisseur à l’autre, les dénominations sont dif- rain et le couple de la machine ; sachant que les plus couram-
férentes. Mais on retrouve, grâce au code IADC, les correspon- ment utilisés vont de 1 pouce 7/8 (47,6 mm) à
dances entre les différents fabricants. 17 pouces ½ (444,5 mm).
La forme, la hauteur et l’espacement des picots sont déterminés
par le type de formation à forer :
– longs et espacés pour les terrains relativement tendres ;
– de plus en plus courts et serrés pour les sols durs à très durs, Le nettoyage du forage se fait par l’injection de liquide ou d’air
et abrasifs. (figure 2).
Pour les formations très dures et abrasives, certains fabricants Ces outils sont recommandés pour forer dans les terrains
protègent plus efficacement la partie extérieure des molettes en tendres, là où les tricônes utilisés pour les formations plus tendres
insérant des diamants de protection. La protection des « joues » ne donnent plus satisfaction.
des molettes est réalisée en plaçant des inserts de carbure de
tungstène. Ils sont disponibles sous forme d’outils sapins de 47,6 à
660,4 mm de diamètre, ou sous forme d’outils à chevrons à 3 ou
Dans la pratique, on ne trouve plus que des outils dits « à jets » 4 ailes pour des diamètres de 47,6 à 153 mm.
dans les tricônes à picots et, suivant leur utilisation, les roule-
ments sont aussi étanches. Ils existent aussi en lames interchangeables.

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FORAGE ET CAROTTAGE DANS LES ROCHES _____________________________________________________________________________________________

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Figure 2 – Exemples d’outils à lames (Crédit Reiffsteck)

1.2.2 Pour forage en roto-percussion en présence d’eau. Ce clapet peut être enlevé afin d’obtenir une
plus grande vitesse de pénétration en trou sec.
Il s’agit, comme pour le forage au rotary, de réaliser un trou
destructif : le terrain est entièrement broyé et remonté en surface. ■ Taillants
La différence essentielle réside dans le mode de perforation. Les taillants pour marteau fond de trou sont majoritairement de
À la rotation de l’outil vient se superposer une frappe produite type à picots (aussi appelés « boutons »).
au moyen d’un marteau dit : Ces picots sont de hauteur et de forme différentes pour mieux
– « fond de trou », actionnant un outil de forage grâce à de l’air s’adapter aux conditions de sols :
comprimé ; – rond ;
– « hors trou », avec une injection de fluide (roto-percussion) ou – semi-balistique ;
d’air comprimé. – balistique.
En reconnaissance minière, les forages à percussion sont utili- Le même marteau peut supporter des taillants de tailles diffé-
sés pour l’analyse et l’estimation d’un gisement. rentes.
L’autre usage important de cette méthode est la recherche et
■ Tiges
l’exploitation des nappes phréatiques (forages d’eau).
Ce sont des tiges à embouts filetés mâles/femelles, rapportés
Nous décrirons succinctement deux autres applications du
par soudure et friction.
forage à percussion :
– la méthode ODEX ; Afin de faciliter le déblocage, les tiges sont dotées aux extrémi-
tés de pans de dévissage (2 ou 4 pans). Les diamètres proposés
– la reconnaissance minière en circulation inverse à l’air
vont de 60,3 à 168,3 mm.
(Reverse Circulation).
Le matériel étant différent, nous aborderons séparément les 1.2.2.2 Marteau hors trou
équipements de ces deux techniques de forage à percussion.
Dans cette méthode aussi, la destruction du sol s’opère par
chocs. L’ensemble de frappe est solidaire de la machine et trans-
1.2.2.1 Marteau fond de trou
late sur le mât. Il est activé hydrauliquement ou par air comprimé.
La destruction du terrain est réalisée par les chocs répétés de L’évacuation des déblais se fait par injection de liquide ou d’air.
l’outil, en rotation lente, sur le fond du forage. Il est évident qu’avec cette méthode, les trous de forage seront
L’ensemble « marteau de frappe et outil de frappe » est des- de tailles relativement petites. La méthode est principalement uti-
cendu dans le forage. L’air comprimé parvient au marteau via lisée dans l’exploitation en carrière et pour certains carottages
l’intérieur des tiges. Par l’intermédiaire de lumières, une partie de géotechniques.
l’air provoque la frappe, l’autre partie (échappement) va servir à Les systèmes les plus couramment utilisés sont R22-R25-R28-
l’évacuation des débris de forage. R32-R35-R38.
L’absence de distributeur permet d’injecter des liquides, ou pro-
duits moussants, sans que le fonctionnement du marteau en soit ■ Taillants pour marteau perforateur
affecté. Ces additifs servent à améliorer l’évacuation des déblais. Il existe deux sortes d’outils (figure 3) :
Les diamètres proposés, pour les usages les plus courants, vont – à plaquettes ;
du 1 (25,4 mm) pouce au 12 pouces (304,5 mm). Pour forer dans – à boutons.
des horizons particulièrement abrasifs, il est possible de trouver • Les outils à plaquettes de carbure de tungstène sont utilisés
des marteaux avec enveloppe extérieure renforcée. dans les terrains tendres, argileux et peu, ou pas, abrasifs. Ils
Des adaptations intérieures sont possibles sur certains mar- sont proposés avec une disposition des plaquettes en croix,
teaux, afin de réguler le flux d’air. De même, certains marteaux ou en X, avec des diamètres courants compris entre 43 et
comportent un clapet anti-retour pour améliorer les performances 127 mm.

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Forages et sondages
Pour la reconnaissances des terrains
par Philippe REIFFSTECK
Directeur de Recherche
Institut français des sciences et technologies des transports, de l’aménagement
et des réseaux – IFSTTAR (Marne la Vallée, France)

1.
1.1
1.2
Processus et matériels du forage ...........................................................
Méthodes de foration et leurs matériels ................................................
Fluides et boues de forage ......................................................................
C 228v3 - 2

— 10
2 S
1.3 Composition d’un atelier de forages et sondages ................................ — 12
2. Valorisation des forages et sondages.................................................... — 14
2.1 Feuille de sondage ................................................................................... — 14
2.2 Valorisation du forage ............................................................................. — 14
2.3 Valorisation des échantillons extraits du sondage ............................... — 16
3. Coût des forages et sondages ................................................................ — 20
3.1 Coût du sondage ...................................................................................... — 20
3.2 Exemple d’un cadre de marché de sondage ......................................... — 21
4. Glossaire ................................................................................................... — 21
Pour en savoir plus .............................................................................................. Doc. C 228v3

armi les méthodes de reconnaissance géologique et géotechnique, les


P forages et sondages tiennent une place importante du fait des renseigne-
ments qu’ils peuvent fournir par eux-mêmes, ou grâce à l’adjonction de
systèmes complémentaires d’informations.
Les principaux domaines d’intervention du forage peuvent être groupés sous
les rubriques suivantes :
– recherche et exploitation de matières utiles :
– minerais,
– charbon,
– eau,
– pétrole,
– matériaux de carrières ;
– reconnaissance des sols dans le cadre d’études géologiques, géotech-
niques, hydrogéologiques, pédologiques ;
– préparation de sols en vue de la réalisation d’ouvrages de génie civil :
– pieux forés,
– injections.
Cet article s’intéresse plus particulièrement aux quatre dernières rubriques,
en y incluant la reconnaissance de carrières qui s’y relie par la fourniture de
matériaux pour la construction et l’empierrement.
Bien qu’étant une technique très ancienne, le forage s’est beaucoup déve-
loppé avec les recherches minières et pétrolières, et il a mis à profit de
nombreuses innovations techniques déterminantes comme :
– l’utilisation de matériaux très durs et d’aciers spéciaux ;
– l’air comprimé ;
p。イオエゥッョ@Z@ッ」エッ「イ・@RPQX

– la transmission hydraulique.

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FORAGES ET SONDAGES _____________________________________________________________________________________________________________

Le sondage de génie civil utilise des matériels qui sont, en quelque sorte, des
modèles réduits de machines pétrolières.
Les matériels existants sont très nombreux et variés, et l’on trouve sur le
marché des machines et outillages plus ou moins spécialisés, aptes à répondre
aux différents types de problèmes posés.
Nous passerons en revue les diverses méthodes de forage et sondage et les
principaux types de matériels en regard des problèmes qu’ils sont appelés à
traiter.
Nous nous intéresserons également à certains appareillages et techniques
destinés à valoriser des opérations toujours coûteuses en investissement et en
fonctionnement.

S 1. Processus et matériels
du forage
L’appellation « forage » s’applique plus particulièrement, à
l’exécution d’un trou sans récupération d’échantillons.
Son exécution peut servir de base pour la récupération d’infor-
mations (diagraphies), et la mise en place d’appareillages spéci-
fiques (pose de piézomètres, inclinomètres, tassomètres).
Le « sondage » est l’exécution d’un trou avec récupération
d’échantillons, ou la réalisation de mesures in situ.

1.1 Méthodes de foration


et leurs matériels

1.1.1 Forage à percussion ou battage


C’est la méthode de forage la plus anciennement connue et les
Chinois, notamment, l’utilisaient depuis des temps très reculés
pour la recherche d’eau.

■ Dans l’appareillage le plus simple


La destruction de la roche et l’avancement du trou qui en Figure 1 – Trépan-benne type Benoto
résulte sont obtenus à l’aide d’un trépan suspendu à un câble,
auquel un balancier ou un treuil à chute libre imprime un mouve-
ment alternatif de haut en bas. C’est le « sondage au câble » ou pour les forages d’eau et le rabattement de nappe, ainsi que pour
« pennsylvanien ». les forages de pieux (figure 1).

Le trou est curé périodiquement au moyen d’une soupape qui ■ Dans les terrains cohérents et sols fins compressibles
remonte les débris de roche, tandis que, dans les terrains non On notera enfin l’échantillonnage par carottier battu : un tube
cohérents et ébouleux, un tubage poussé à l’avancement (havage) carottier à paroi mince muni d’une trousse coupante est raccordé
assure la tenue des parois du forage et évite le coincement de à un train de tiges. Il peut être foncé par :
l’outil, tout en permettant de connaître les cotes de prélèvement – battage ;
avec une meilleure précision. – vibro-fonçage ;
– pression continue simplement.
■ Dans les terrains non cohérents noyés comme les alluvions
sablo-graveleuses Ce dispositif permet de prélever ainsi, en terrains cohérents de
type sols, des échantillons intacts qui pourront être étudiés en
Le forage peut être exécuté uniquement à la soupape avec laboratoire de mécanique des sols. Pour les sols fins compres-
tubage à l’avancement, s’il n’y a pas d’éléments ou de bancs durs sibles, un type d’échantillonneur spécifique est appelé « carottier
importants dans le terrain. à piston stationnaire ».
Une variante du système consiste à effectuer le forage à l’aide Le carottier battu peut être équipé, à l’intérieur, d’un tube plas-
d’un trépan-benne ou hammergrab : celui-ci comporte à sa partie tique qui peut être transparent. Par ce moyen, il est possible de reti-
inférieure deux coquilles articulées jouant le rôle de trépan en rer l’échantillon sans manipulation excessive, et le protéger aux
position ouverte, et assurant la remontée des déblais en position deux extrémités par des obturateurs, avant envoi au laboratoire.
refermée. Ce sont les systèmes Benoto et Casagrande, utilisés Il peut aussi permettre de faire une identification visuelle.

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_____________________________________________________________________________________________________________ FORAGES ET SONDAGES

1.1.2 Forage à rotation plus lourds pouvant utiliser un trépan en cas de rencontre de
bancs durs.
Le forage à rotation consiste à transmettre à l’outil :
L’outil est fixé au bas d’une tige Kelly (tige à section polygonale
– un couple, pour assurer le découpage du terrain ;
permettant son entraînement en rotation) simple ou télescopique.
– une poussée, pour en assurer la pénétration.
L’outil est relié à la machine par un système de tiges ou de On peut distinguer ici deux générations de machines.
tubages. • Tarières destinées à la reconnaissance superficielle
Selon le type d’outil employé, nous envisagerons le forage :
C’est-à-dire : études de tracés routiers, de gîtes alluvion-
– à la tarière (simple (§ 1.1.2.1) ou continue (§ 1.1.2.2)) ; naires, etc. Les profondeurs atteintes vont de 2,50 à 12 m (6 à
– au tricône (§ 1.1.2.3) ; 7,50 m pour les modèles les plus utilisés en France) pour des dia-
– au trilame (§ 1.1.2.3) ; mètres d’outils de 200 à 900 mm.
– avec carottage (§ 1.1.2.4).
Ces machines sont animées par des moteurs de 60 à 120 ch et
1.1.2.1 Tarière simple peuvent délivrer des couples de 700 à 3 000 daN.m.
Le terme de « tarière simple » concerne des matériels de tailles L’enfoncement et la remontée sont assurés par une crémaillère
et de performances très diverses. constituant une des faces du Kelly (Highway), ou par un vérin


hydraulique (Texoma).
Nous y trouvons du matériel léger, portatif (tarière à main et petites
moto-tarières) et du matériel lourd (tarières mécaniques lourdes). • Tarières destinées au forage de pieux
■ Matériel léger Ce sont des tarières susceptibles d’atteindre des profondeurs,
Il correspond aux tarières à main et petites moto-tarières. Il de plus de 30 m. Ces machines, animées par des moteurs de 100
existe en effet, sur le marché, des matériels très simples et à 240 ch, délivrent des couples de 3 000 à 30 000 daN.m (Casa-
robustes, permettant d’exécuter des forages de diamètres 60 à grande, Liebherr, TEC system, etc.).
350 mm en terrains meubles et ne comportant pas de blocs, Les profondeurs importantes peuvent être atteintes grâce à des
jusqu’à des profondeurs évidemment limitées : quelques déci- tiges Kelly télescopiques en deux, trois, ou quatre éléments. Les
mètres à quelques mètres. diamètres des forages peuvent dépasser 2 m, les outils étant sou-
Le type en est la tarière à main (figure 2), qui peut être utilisée vent des tarières-godets.
avantageusement pour la reconnaissance superficielle dans des
zones inaccessibles aux machines.
Remarques
On peut citer, en anecdote, que le pressiomètre Ménard a com-
mencé à être mis en œuvre à l’aide d’une tarière à main. • Dans la plupart des cas, la profondeur d’investigation est
limitée par la rencontre de la nappe aquifère et/ou celle de blocs
Un peu plus performantes, les petites moto-tarières permettent
durs dont la taille dépasse le pas de la spire.
d’effectuer le même type de travaux plus rapidement et à moindre
Toutefois, il existe des possibilités de tubage en utilisant un
fatigue. Ces engins sont animés par des moteurs de 5 à 7 ch.
outil rudimentaire perdu (employé pour la pose de piézo-
■ Tarières mécaniques lourdes mètres) et, pour les roches de dureté moyenne, des mèches
coniques à pointe d’attaque allongée et munies de doigts en
Ces machines, généralement montées sur camions, che- carbure de tungstène (type Alaskaug).
nilles, etc., permettent d’effectuer des sondages et forages en ter-
rains meubles ou en roches tendres ou altérées ; les modèles les • Les tarières simples destinées à la reconnaissance per-
mettent l’établissement de coupes géologiques dont la préci-
sion est fonction de la nature du terrain et de l’adresse du
sondeur : la cote de prélèvement est connue de 10 à 30 cm
près, ou davantage selon la profondeur, et les échantillons sont
remaniés, la teneur en eau étant le plus souvent conservée.
Il est possible toutefois de prélever des échantillons intacts à
l’aide d’un carottier simple à hélice travaillant à sec.

1.1.2.2 Tarière continue


Les tarières continues sont des vis sans fin assemblées bout à
bout, travaillant généralement à sec. Les diamètres vont de 40 à
450 mm et les éléments sont assemblés par emboîtement mâle/
femelle avec clavetage.
L’élément d’attaque est muni d’un outil de forme et de constitu-
tion variables en fonction des terrains à forer (outil à argile, dents
de carbure, etc.) (figure 3).
Les sédiments sont remontés en continu le long des spires. Les
échantillons sont, bien sûr, remaniés et la tarière continue ren-
contre les mêmes limites que la tarière simple : dureté du terrain
et, quoique dans une moindre mesure, présence de la nappe
aquifère en terrain boulant.
La précision des cotes s’altère de façon croissance avec la pro-
fondeur, mais l’expérience du sondeur et sa sensibilité peuvent
pallier en partie cet inconvénient dans certains cas (existence de
Figure 2 – Tarière à main (type Hélix) bancs-repères, contrastes de dureté).

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FORAGES ET SONDAGES _____________________________________________________________________________________________________________

Précisons que ces tarières ne peuvent être mises en place que


par des machines de forage puissantes.

1.1.2.3 Forage au tricône


En comparaison avec le système percussion/battage, le forage au
tricône donne des vitesses d’avancement nettement supérieures.
Issu de la recherche pétrolière, le forage au tricône est large-
ment appliqué en :
– reconnaissance géotechnique et minière ;
– recherche d’eau ;
– pour les travaux de génie civil.

Exemple
En géotechnique, les diamètres des tricônes ont été réduits pour
permettre la réalisation de forage dans les diamètres correspondant
au diamètre maximal autorisé pour un essai donné : 63,5 mm pour un

S essai avec le pressiomètre (tableau 1).

Entraîné en rotation et poussé par les tiges, le tricône détruit le


terrain par répétition de chocs. Les molettes, en tournant sur elles-
mêmes, couvrent la totalité de la surface à détruire. Une des trois
molettes est munie d’une partie prolongée vers le centre de l’outil,
évitant ainsi l’amorçage d’une carotte, pouvant pénaliser la
vitesse d’avancement de l’ensemble.
Figure 3 – Tarière continue et outils Les débris de la destruction du terrain sont remontés en surface
par une circulation d’eau, de boue bentonitique ou d’air com-
■ Usage des tarières creuses primé, amenée par l’intermédiaire des tiges.

Pour la traversée des zones à éboulement, les fabricants pro- ■ Sur un tricône standard
posent des tarières creuses. Ces dernières, raccordées entre elles
Le fluide de circulation (ou l’air) est amené au travers des tiges
par filetage mâle/femelle, ménagent un espace dans la partie cen-
dans la partie centrale de l’outil.
trale. Cet espace laisse le passage pour une injection de boue ben-
tonitique ou de boue à base de polymère. Ce qui facilite une ■ Pour améliorer les performances sur certains tricônes dits « à jets »
meilleure tenue des parois du forage.
Le fluide (ou l’air) est amené sur trois ouvertures positionnées à
Pour les plus petites sections (diamètre 63 mm), ces tarières la périphérie de l’outil. Ces ouvertures peuvent être munies de
creuses peuvent être utilisées lors de la mise en place des sondes buses de calibres différents en fonction du but recherché (évacua-
pour essais pressiométriques. tion plus rapide des déblais, participation à la vitesse d’avance-
En ce qui concerne les plus grands diamètres, jusqu’à 225 mm ment).
et plus suivant les fabricants, leur mise en place nécessite des Si le terrain traversé présente des risques d’éboulements, un
machines dotées de couple élevé. Très employées pour les injec- tubage de revêtement provisoire est mis en place, entraînant ainsi
tions de coulis de ciment ou la pose d’appareillages spéciaux (pié- un changement de diamètre de l’outil.
zomètres, etc.).
■ Deux catégories de tricônes
■ Principe des tarières de type « Hollow Stem Auger »
Les tricônes se répartissent principalement en deux catégories,
Un autre système de tarière creuse est proposé sur le marché. pour faire face aux différentes conditions de sols à détruire :
Surtout utilisées dans les pays anglo-saxons, les tarières de type – tricônes à dents ;
« Hollow Stem Auger », ont été conçues pour forer et tuber en
– tricônes à picots.
même temps, en particulier dans les horizons difficiles (sables,
graviers, galets, etc.). • Dans les sols fortement abrasifs
Le principe est le suivant : En vue d’augmenter la durée de vie de ces outils, en particulier
– le passage intérieur de la tarière est suffisant pour y introduire dans les sols fortement abrasifs, certains fabricants proposent des
un train de tiges, équipé à son extrémité d’un outil de forage pilote outils avec renforcement des parois extérieures des molettes au
(trilame) ; moyen de pastilles de tungstène.
– une adaptation spécifique (tête double) entraine à la fois la • Dans les sols fortement argileux
tarière et les tiges ; Le tricône peut avantageusement être remplacé par le trilame.
– la tarière inférieure est munie à son extrémité de plaquettes Entraîné de la même façon que le tricône, le trilame agit par
supportant des outils à doigts. décollement du terrain en fragments. Le nettoyage des débris est,
Ainsi, le fonçage en rotation de l’ensemble tarières/tiges peut se surtout, réalisé par injection d’eau ou de boue.
dérouler sans introduction de matériau dans la partie centrale des
tarières. Ces dernières sont verrouillées entre elles par des vis et 1.1.2.4 Carottage par rotation
les tiges par vissage.
Le but du carottage est de découper un échantillon de sol et
La profondeur atteinte, les tiges sont retirées, libérant ainsi la de le remonter, autant que possible, dans le meilleur état natu-
partie centrale. Il est ainsi possible de procéder, soit à des essais rel. Ceci afin de permettre une identification visuelle, et aussi
in-situ (carottage, SPT, etc.), soit descendre des micropieux, pièzo- procéder à différents tests en laboratoire, compte tenu de la
mètres ou système de monitoring de puits. finalité de l’investigation.

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_____________________________________________________________________________________________________________ FORAGES ET SONDAGES

Tableau 1 – Dimensions des trous normalisés, en normes métriques et DCDMA


D’après doc. Atlas Copco DCDMA : Diamond Core Drill Mining Association
Norme métrique Pour dimensions du trou DCDMA

Tubes de revêtement Tubes de revêtement


Diamètre du trou
Tiges Tiges
(en mm)
(en mm) (en mm)

NW 143/134 146
140 mm

NW 128/119 131

NW 113/104 116 116,7 HX HW

114,3/100,0

NW 98/89 101 99,2 NX

88,9/76,2
NW

HSK

50 mm 84/77 86

50 mm

82 mm

50 mm 74/67 76 BX NW

50 mm 73,0/60,3 NSK

72 mm 75,8

50 mm

50 mm 64/57 66

63 mm 60 AX BW

50 mm 57,1/48,4 BST

53 mm 54/47 56

53 mm

42 mm 44/37 46 48 EX AW

43 mm 46,0/38,1 AST

43 mm

À la différence du carottier battu (§ 1.1.1), le carottage s’effec- diciable à la récupération de la carotte, qui peut être détruite en
tue au moyen de la mise en rotation d’un tube préleveur (carot- totalité ou partie.
tier), doté à son extrémité d’un outil de coupe (couronne). Pour éviter (ou diminuer) cette érosion, un deuxième tube (intérieur)
Comme pour le tricône ou le trilame, le tube carottier est est positionné à l’intérieur du carottier (tube extérieur). L’ensemble des
entraîné en rotation et poussé par l’intermédiaire des tiges reliées deux tubes est solidarisé au moyen d’une tête pivotante.
à la machine. Une injection de liquide est, là aussi, indispensable L’action de rotation fait tourner le tube extérieur, sans entraîner
pour assurer l’évacuation des débris de découpage et refroidir en rotation le tube intérieur qui reçoit l’échantillon découpé. Le
l’outil de coupe (figure 4). liquide d’injection n’arrive plus directement sur la carotte, mais
En fonction de la nature des sols, la récupération de l’échantil- circule entre les deux tubes, minimisant ainsi l’action destructrice
lon découpé peut s’avérer difficile ou incomplète. C’est pourquoi de l’eau dans les sols meubles (figure 5).
le système a été particulièrement développé pour obtenir l’échan-
tillon le plus représentatif du terrain traversé. ■ Carottier à triple enveloppe
Il s’agit d’un carottier double dans lequel une gaine plastique,
■ Carottier double parfois transparente, est positionnée à l’intérieur du tube inté-
Dans un carottier simple, l’eau de refroidissement et d’évacua- rieur. L’avantage principal en est :
tion des débris arrive directement sur l’échantillon découpé. Dans – la facilité d’extraction de la carotte ;
le cas d’un sol meuble, l’action de ce liquide est fortement préju- – sa protection, dans l’attente de son envoi en laboratoire.

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QRR
Géotechnique
(Réf. Internet 42238)

1– Géologie

2– Comportement mécanique des sols

3– Forages

4– Eurocode 7 Réf. Internet page

Calcul géotechnique selon l'Eurocode 7 et ses normes d'application C240 125

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QRS

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Calcul géotechnique
selon l’Eurocode 7 et ses normes
d’application
par Sébastien BURLON
IFSTTAR

Luis CARPINTEIRO
SOCOTEC

et Michel GLANDY
SOLÉTANCHE-BACHY PIEUX


1. Présentation générale de l’Eurocode 7 ...................................... C 240v2 – 2
1.1 Bases réglementaires ......................................................................... — 2
1.2 Eurocode 7 – Partie 1 : règles générales ........................................... — 3
1.3 Eurocode 7 – Partie 2 : reconnaissance des terrains et essais ......... — 6
1.4 Annexe nationale de l’Eurocode 7 – Partie 1 .................................... — 6
1.5 Organisation des normes d’application nationale ............................ — 7
1.6 Stabilité globale des ouvrages géotechniques ................................. — 7
1.7 Problèmes d’eau ................................................................................. — 7
2. Fondations superficielles – Norme NF P 94-261....................... — 9
2.1 Application ......................................................................................... — 9
2.2 Principes de justification .................................................................... — 9
2.3 Justification de la portance ............................................................... — 10
2.4 Justification du glissement (ELU) ...................................................... — 12
2.5 Déplacement (ELS) ............................................................................. — 12
2.6 Autres volets des justifications .......................................................... — 13
3. Dimensionnement des fondations profondes –
Norme NF P 94-262......................................................................... — 13
3.1 Application ......................................................................................... — 13
3.2 Principes de justification .................................................................... — 13
3.3 Comportement sous charge axiale (ELU et ELS) .............................. — 14
3.4 Comportement sous charge axiale – Quelques cas particuliers ....... — 18
3.5 Comportement sous charge transversale (ELU et ELS) .................... — 19
3.6 Résistance structurelle des pieux ...................................................... — 19
4. Dimensionnement des écrans de soutènement
et des ancrages – Norme NF P 94-282 ........................................ — 20
4.1 Application ......................................................................................... — 20
4.2 Principes de justification .................................................................... — 20
4.3 Vérification du défaut de butée ......................................................... — 21
4.4 Vérification de la résistance structurelle de l’écran .......................... — 22
4.5 Autres volets des justifications .......................................................... — 22
5. Dimensionnement des murs de soutènement –
Norme NF P 94-281......................................................................... — 22
5.1 Application ......................................................................................... — 22
5.2 Principes de justification .................................................................... — 23
5.3 Calcul des forces de poussée ............................................................ — 23
5.4 Vérifications des ELU et des ELS : portance et glissement .............. — 23
6. Conclusion........................................................................................ — 26
Pour en savoir plus.................................................................................. Doc. C 240v2

’Eurocode 7, publié en France en 2005 pour la partie 1 et en 2007 pour la


L partie 2, traite respectivement du calcul géotechnique et de la reconnais-
sance des sols pour les études géotechniques. Il permet avec les autres
p。イオエゥッョ@Z@。ッエ@RPQU

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CALCUL GÉOTECHNIQUE SELON L’EUROCODE 7 ET SES NORMES D’APPLICATION –––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

Eurocodes dits « structuraux » la justification des fondations des bâtiments, des


ponts, des tours, des mâts et des cheminées, des écrans de soutènement et de
leurs ancrages, des murs de soutènement et de différents ouvrages en terre
(remblais, déblais, murs en terre armée, parois clouées, etc.). Les travaux de
terrassements et certains types d’ouvrages, comme les barrages et les tunnels,
ne font pas partie du domaine couvert par l’Eurocode 7.
Pour être applicable en France, l’Eurocode 7 – Partie 1 est accompagné d’une
annexe nationale et de six normes d’application nationale :
– la norme NF P 94-261 pour les fondations superficielles ;
– la norme NF P 94-262 pour les fondations profondes ;
– la norme NF P 94-270 pour les ouvrages en sols renforcés ;
– la norme NF P 94-281 pour les murs de soutènement ;
– la norme NF P 94-282 pour les écrans de soutènement ;
– la norme NF P 94-290 pour les ouvrages en terre.
Ces six normes remplaceront à court terme les anciens textes normatifs
comme le fascicule 62 Titre V ou les DTU 13.12 et 13.2. Elles sont néanmoins
d’ores et déjà applicables et permettent de transcrire les principes de justifica-
tion des ouvrages géotechniques selon l’Eurocode 7 suivant les pratiques
françaises.

T Concernant le dimensionnement des ouvrages géotechniques, le principal


changement induit par l’application de l’Eurocode 7 et de ses normes d’appli-
cation nationale est le recours systématique au formalisme de justification des
états limites de service et des états limites ultimes. Différentes combinaisons
d’actions sont considérées et des coefficients partiels doivent être appliqués
sur les actions et les résistances pour justifier l’ouvrage projeté avec une sécu-
rité suffisante. Il est primordial de préciser que ces changements n’introduisent
pas de modifications dans les niveaux de sécurité globale considérés aupara-
vant, hormis quand la révision des modèles de calcul a conduit à proposer des
optimisations.
Le présent chapitre décrit le contenu général de l’Eurocode 7 en détaillant
plus particulièrement la partie 1. Le dimensionnement des fondations et des
soutènements est décrit en présentant successivement les normes NF P 94-
261, NF P 94-262, NF P 94-282 et NF P 94-281. Dans chaque cas, les aspects les
plus importants du dimensionnement sont soulignés de manière à donner au
lecteur une vision à globale et pratique de cet ensemble de textes.

– Eurocode 8 – Résistance des structures aux séismes ;


1. Présentation générale – Eurocode 9 – Calcul des structures en aluminium.
de l’Eurocode 7 D’autres Eurocodes sont en cours de préparation pour d’autres
types de matériaux, comme le verre ou les polymères renforcés
de fibres.
1.1 Bases réglementaires Les Eurocodes 0 et 1 définissent les principes généraux de la jus-
tification et du calcul des ouvrages qui doivent être repris et décli-
La collection complète des « Eurocodes structuraux », établie nés dans les autres Eurocodes. En particulier, sont définis :
dans le cadre des travaux du Comité technique 250 (TC250) du – les concepts d’états limites ultimes et de service ;
Comité européen de normalisation (CEN), comprend actuellement – la notion de situation de calcul ;
neuf volumes : – les principes de détermination des valeurs de calcul des char-
– Eurocode 0 – Bases de calcul des structures ; ges et des propriétés des matériaux.
– Eurocode 1 – Bases du calcul et actions sur les structures ;
– Eurocode 2 – Calcul des structures en béton ; Des éléments de langage communs à tous les Eurocodes sont
– Eurocode 3 – Calcul des structures en acier ; mis au point.
– Eurocode 4 – Calcul des structures mixtes acier-béton ; Les autres Eurocodes sont, en principe, indépendants les uns des
– Eurocode 5 – Calcul des structures en bois ; autres, sauf l’Eurocode 8, qui complète les Eurocodes 2 à 9 pour la
– Eurocode 6 – Calcul des structures en maçonnerie ; justification des ouvrages en zone sismique. Différents problèmes
– Eurocode 7 – Calcul géotechnique ; d’interaction sol-structure font toutefois intervenir l’Eurocode 7 ce

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–––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––– CALCUL GÉOTECHNIQUE SELON L’EUROCODE 7 ET SES NORMES D’APPLICATION

qui lui confère aussi une place particulière. En général, il est rare- Les premiers chapitres présentent les concepts de base du
ment appliqué seul et est utilisé en même temps qu’un autre Euro- dimensionnement des ouvrages, tandis que les chapitres suivants
code, ce qui a obligé à assurer sa compatibilité avec les autres décrivent leurs applications au dimensionnement des grandes caté-
Eurocodes. gories d’ouvrages géotechniques. Les informations présentées
dans ces chapitres de l’Eurocode 7 ne permettent pas de réaliser
L’Eurocode 7 ([1] [2]) est relatif au calcul géotechnique et à la
pratiquement le dimensionnement d’une fondation profonde ou
reconnaissance des sols et des roches et établit des liens avec les
d’un écran de soutènement. Elles doivent être complétées par les
normes élaborées au sein du TC288 (exécution des travaux géo-
modèles de calcul que chaque pays à l’habitude d’utiliser et par
techniques spéciaux) et du TC341 (reconnaissance des terrains et
les coefficients partiels qu’il faut appliquer et dont les valeurs relè-
essais géotechniques). vent de la prérogative des pays.
Les normes élaborées dans le cadre du TC288 sont présentées Neuf annexes viennent compléter le texte principal :
dans le tableau 1.
– annexe A (normative) : facteurs partiels et de corrélation pour
Les normes élaborées dans le cadre du TC341 sont présentées les états limites ultimes et valeurs recommandées ;
dans le tableau 2. – annexe B (informative) : commentaires sur les facteurs partiels
des approches de calcul 1, 2 et 3 ;
– annexe C (informative) : exemples de procédures pour détermi-
1.2 Eurocode 7 – Partie 1 : règles ner les valeurs limites de la pression des terres sur les murs
générales verticaux ;
– annexe D (informative) : exemple de méthode analytique de
calcul de la capacité portante ;
1.2.1 Organisation du document – annexe E (informative) : exemple de méthode semi-empirique
L’Eurocode 7 – Partie 1 est divisé en douze chapitres : pour l’estimation de la capacité portante ;
– annexe F (informative) : exemples de méthodes d’évaluation du


– chapitre 1 – Introduction ; tassement ;
– chapitre 2 – Bases du calcul géotechnique ; – annexe G (informative) : exemple de méthode de détermination
– chapitre 3 – Données géotechniques ; de la pression de contact présumée des fondations superficielles
– chapitre 4 – Surveillance de l’exécution des travaux, suivi et sur rocher ;
entretien ; – annexe H (informative) : valeurs limites des déformations des
– chapitre 5 – Remblais, rabattements de nappe, amélioration et structures et des mouvements des fondations ;
renforcement du sol ; – annexe J (informative) : aide-mémoire pour la surveillance des
– chapitre 6 – Fondations superficielles ; travaux et le suivi du comportement des ouvrages.
– chapitre 7 – Fondations sur pieux ;
– chapitre 8 – Ancrages ; L’annexe A est la seule annexe normative et est donc obligatoire
lorsque l’Eurocode 7 – Partie 1 est utilisé. Elle comprend les fac-
– chapitre 9 – Ouvrages de soutènement ;
teurs partiels à appliquer pour justifier le dimensionnement d’un
– chapitre 10 – Rupture d’origine hydraulique ;
ouvrage géotechnique à l’état limite ultime pour les situations
– chapitre 11 – Stabilité générale ; durables et transitoires et les facteurs de corrélation à utiliser pour
– chapitre 12 – Remblais. le calcul des fondations profondes à la fois en compression et en
traction. Pour ces deux types de facteurs, les valeurs numériques
indiquées ne sont données qu’à titre de recommandation. Les
Tableau 1 – Normes du TC288 (exécution des travaux
valeurs exactes doivent être précisées par chaque pays au moyen
géotechniques spéciaux) d’une annexe nationale et d’autres documents (c’est le cas en
France avec les normes d’application nationale de l’Eurocode 7).
NF EN 1536 Pieux forés (2010)
1.2.2 Quelques points essentiels de l’Eurocode 7 –
NF EN 1537 Tirants d’ancrage (2000) Partie 1
NF EN 1538 Parois moulées (2000) Dans le chapitre 2 de l’Eurocode 7 – Partie 1, un certain nombre de
notions essentielles à la justification des ouvrages géotechniques est
NF EN 12063 Rideaux de palplanches (1999) introduit. Il semble important de préciser les notions suivantes :
– les actions géotechniques ;
NF EN 12699 Pieux avec refoulement du sol (2001) – les méthodes de justification des ouvrages géotechniques ;

NF EN 12715 Injection (2000)


Tableau 2 – Normes du TC341 (reconnaissance des
NF EN 12716
Colonnes, panneaux de sol-ciment réalisés par terrains et essais géotechniques)
jet (2001)
14688-1 à 3 Identification des sols
NF EN 14199 Micropieux (2005)
14689-1 à 3 Identification des roches
NF EN 14475 Remblais renforcés (2007)
Prélèvement des sols et qualification des
22475-1 à 3
NF EN 14490 Clouage (2010) entreprises de sondages
Essais in-situ (pénétromètre, pressiomètre,
NF EN 14679 Colonnes de sol traité (2005) 22476-1 à 15
SPT, scissomètre, etc.)
Amélioration des massifs de sol par vibration 22282-1 à 6 Essais d’eau
NF EN 14731
(2006)
Essais sur structures (essais de pieux, de clous,
22477-1 à 6
NF EN 15237 Drainage vertical (2007) de tirants, etc.)

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– les catégories géotechniques ; & Valeurs caractéristiques et valeurs de calcul


– les valeurs caractéristiques et les valeurs de calcul ; Les valeurs caractéristiques et les valeurs de calcul tiennent une
– les états limites ultimes à vérifier en rapport avec les approches place particulièrement importante dans l’Eurocode 7. Elles peuvent
de calcul à utiliser. être relatives aux propriétés intrinsèques du terrain (cohésion et
& Actions géotechniques angle de frottement) ou à des actions comme la poussée des terres,
et des résistances, comme la butée ou la portance d’une fondation
Les actions géotechniques différent des autres types d’actions
superficielle ou d’une fondation profonde.
(poids propre, vent, neige, etc.) dans la mesure où elles sont direc-
tement transmises par le terrain. Elles peuvent être assimilées à  Retours d’expériences
des forces comme, par exemple, les forces de poussée d’un terrain
Pour les propriétés des terrains, l’Eurocode 7 indique très claire-
ou de surcharges ou les pressions interstitielles ou à des déplace-
ment que ce choix doit être réalisé de manière prudente sur la base
ments comme le frottement négatif, le retrait ou le gonflement.
de l’expérience acquise dans des terrains similaires en fonction de
Les actions géotechniques, de par leur définition, voient leurs l’état limite ultime considéré. En fait, il s’agit de permettre, pour la
valeurs varier en fonction des paramètres de résistance au cisaille- réalisation d’un projet, l’utilisation des valeurs habituelles des para-
ment du terrain. Lors d’un projet, l’identification des actions géo- mètres géotechniques dont la détermination ne répond à aucune
techniques est essentielle, notamment quand il faut décider si les méthode précise. Les valeurs caractéristiques peuvent correspon-
coefficients partiels utilisés pour gérer la sécurité du projet doivent dre, soit à des valeurs inférieures, soit à des valeurs supérieures,
être appliqués sur les paramètres intrinsèques de résistance ou sur selon l’état limite considéré. Par ailleurs, elles doivent traduire le
les actions géotechniques globales. comportement moyen du terrain dans les cas où l’ouvrage consi-
& Méthodes de justification déré est capable de mobiliser un volume de sol suffisamment
important ne permettant pas le développement de mécanismes
Une large gamme de méthodes de justification est proposée par locaux de déformation ou de rupture.
l’Eurocode 7 – Partie 1 pour justifier un ouvrage géotechnique. Hor-
La valeur caractéristique est ici une estimation prudente de la


mis le calcul qui est bien entendu autorisé, d’autres méthodes peu-
vent être employées (clause 2.1(4)) : moyenne. Cette situation correspond au fonctionnement de la plu-
part des ouvrages. Dans le cas où le comportement de l’ouvrage
– des mesures prescriptives ou forfaitaires ; est régi par des ruptures locales alors, c’est plutôt une valeur faible
– des modèles expérimentaux ou des essais de chargement ; des propriétés du terrain qui doit être choisie.
– la méthode observationnelle.
 Recours aux statistiques
 Les mesures forfaitaires sont utilisées lorsque les modèles de
calcul qui peuvent être utilisés ne représentent pas bien le compor-