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UNIVERSITE SAINT JEAN PAUL II

Cours de Droit pénal des affaires


Enseignant : KOUNGA

Objectif du cours : permettre à l’étudiant de comprendre les éléments se


rapportant au droit pénal des affaires

Mots clés : droit pénal, droit des affaires

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Bibliographie :

- Roger MERLE et André VITU, Traité de droit criminel tome 1, Problèmes généraux
de la science criminelle et droit pénal général, 5è édition Cujas 1984,

- Gaston Stéfanie, Georges LEVASSEUR et Bernard BOULOC, Droit pénal général,


11è édition, Dalloz, 1980

- Jean Pradel, Droit pénal général, 5è édition 1986, cujas


- Wilfried JEANDIDIER, Droit pénal des affaires, 4è édition, précis Dalloz 2000
- Michel Laure RASSAT, Droit pénal spécial, 2è édition, précis Dalloz
- GIUDICELLI-DELAGE, droit pénal des affaires, 4è édition mémento Dalloz, 1999
- Encyclopédie juridique de l’Afrique, Tome Dixième, Droit pénal et procédure pénal,
Les nouvelles éditions africaines, 1982

- Code pénal du Cameroun


- Acte Uniforme portant droit commercial général,

- Acte uniforme sur le droit des Sociétés commerciales et du groupement d’intérêt économique,

- Acte uniforme sur les procédures collectives d’apurement du passif,

- Loi N°2003/008 du 10 juillet 2003 portant répression des infractions contenues dans certains
actes uniformes OHADA.

- http://ledroitcriminel.free.fr/

- www.centredeformationjuridique.com

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INTRODUCTION GENERALE
Le droit pénal est l’ensemble des règles de droit ayant pour objet la définition des infractions ainsi que
des sanctions qui leurs sont applicables. On parle encore de « droit criminel ». Dans un sens large, le
droit pénal englobe également les règles qui tendent à la sanction des états dangereux1.

Le droit pénal a été pendant longtemps et encore parfois appelé droit criminel (ce qui peut laisser
entendre que seuls les crimes sont réprimés), alors que le droit pénal s’attache à réprimer les actes
moins graves : délits, contraventions selon la classification tripartite des infractions. La dénomination
« droit pénal » n’est pas non plus exempte de critique puisqu’elle peut laisser croire selon l’étymologie
latine « poena » (peine) que seules les peines seront étudiées alors que l’étude des infractions, c'est-à-
dire les faits sanctionnés par le législateur, et que l’on appelle les incriminations, représente en réalité
une part majeure de la discipline appelée droit pénal.

La discipline ainsi définie a un contenu très large. L’énumération, la description des différentes
infractions ressortissent du domaine du droit pénal spécial. Le droit pénal général au contraire
étudie les règles communes à toutes les infractions (il les classifie, élabore la théorie de la
responsabilité pénale, détermine les causes d’irresponsabilité, définit les règles générales relatives aux
sanctions). La procédure pénale est la branche du droit pénal qui détermine l’organisation des
juridictions répressives, leur compétence, la procédure à suivre et les voies de recours. La science
pénitentiaire ou pénologie étudie le régime de l’exécution des sanctions prescrites par la loi. Le droit
pénal international organise les règles applicables aux infractions qui comportent un élément
d’extranéité (élément étranger au pays). Le droit pénal comparé confronte les divers systèmes
répressifs et s’emploie à en tirer des enseignements fructueux. Le droit pénal des affaires, objet de ce
cours est la réaction de l’Etat vis-à-vis de la délinquance des affaires.

I- Nécessité du DPA

Traditionnellement, le rôle de la loi pénale était limité dans la vie des affaires. Cette limitation était
justifiée par le fait que la loi pénale ne doit pas dispenser les acteurs des affaires de faire usage de leur
propre raison, car elle risquerait d’entraver le dynamisme des entreprises dans un domaine où il n’est
pas toujours aisé de distinguer entre l’habileté admise recommandée même et la malhonnêteté
véritable.

On s’accorde cependant à reconnaître aujourd’hui la nécessité d’un droit pénal des affaires ayant pour
fonction de nous protéger contre la fraude d’autrui. L’existence de cette branche du droit s’impose
effectivement pour deux raisons complémentaires : d’un côté la délinquance des affaires menace la
structure même de l’Etat car elle met en cause la confiance du public dans le système financier,
économique et social ; à cette raison, s’ajoute celle qui repose sur les exigences de la justice, car le
droit pénal doit punir efficacement tous les types de délinquances, les grandes escroqueries financières
comme les petits vols.

II- Objet et sujet du DPA

L’expression droit pénal des affaires est marquée d’une double incertitude. L’incertitude découle
d’abord à la référence aux affaires, notion fort vague donc aucun critère juridique ne permet de
trouver avec précision les limites. On reconnaît généralement que le droit des affaires comprend

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Prédisposition à la délinquance d’un individu dont la situation ne constitue pas toujours une atteinte à l’ordre
social.

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l’ensemble du droit commercial dont les confins classiques sont fondés sur les notions juridiques
d’acte de commerce, du commerçant et du droit économique.

Certains auteurs analysent le droit économique sous son aspect pratique, à savoir l’entreprise : unité
économique qui implique la mise en œuvre de moyens humains et matériels de production, de
circulation, de distribution ou de consommation des richesses. Le dictionnaire Robert qui abonde dans
le même sens rappelle que les affaires sont les activités économiques notamment dans leurs
conséquences commerciales et financières. Il faut reconnaître que le sens de l’expression n’est pas
pour autant éclairée et l’on préférerait la formule d’Alexandre DUMAS Fils pour qui « les affaires ?
C’est bien simple, c’est l’argent des autres » où l’on trouve évoquée l’idée de spéculation. C’est alors
qu’apparaît la nécessité d’une intervention du droit pénal qui prévenant et réprimant, va devoir
protéger ces autres dont l’argent est en jeu et orienter l’activité du spéculateur lui-même. Apparaît
alors la nécessité de déterminer les infractions composant cette branche du droit.

Dans une première approche, le DPA évoque les notions d’infractions économiques et financières,
c'est-à-dire les infractions tendant à protéger les ressources pécuniaires, l’argent des victimes privées
(abus de biens sociaux) ou publiques (infraction fiscale). L’infraction économique peut avoir des
incidences pécuniaires, mais la principale valeur de référence n’est pas l’argent, c’est plutôt
l’ensemble des structures relatives à la production, à la circulation, à la distribution, à la
consommation des richesses dans un Etat donné. L’infraction économique met donc en cause ces
structures.

Dans une autre approche, le DPA contient aussi des références à des valeurs plus classiques, celles que
reconnaît et protège le code pénal à l’instar de la propriété (escroquerie), la foi publique (corruption),
l’intégrité physique (accident provoqué par les conditions de travail défectueuses ou des produits
dangereux). On en arrive alors à une définition trop large du DPA, car il est évident que toutes les
infractions présentées par référence à la valeur protégée (ordre économique, social, qualité de vie,
propriété, foi publique, …) n’en font nécessairement pas partie.

Le critère d’objet n’étant pas suffisant, il faut cerner le sujet. C’est ici que la notion d’affaire doit être
entendue comme impliquant le cadre de l’entreprise. L’entreprise est le plus souvent représentée par
des personnes physiques, ses dirigeants, qui peuvent avoir deux types de comportements selon qu’ils
commettent l’infraction pour le compte de l’entreprise ou pour leur compte personnel.

En définitive, le DPA doit être compris comme la branche du droit pénal qui sanctionne d’une part les
atteintes à l’ordre financier, économique et social, à la qualité de la vie et d’autre part les atteintes à la
propriété, à la foi publique, à l’intégrité des personnes physiques lorsque l’auteur a agi dans le cadre
d’une entreprise, soit pour le compte de celle-ci, soit pour son propre compte si le mécanisme de
l’infraction est lié à l’exercice des pouvoirs de décisions essentiels dans la vie de l’entreprise.

III- Les caractéristiques du droit pénal des affaires

Deux traits caractérisent le DPA :

- La rigueur dans la qualification : l’on verra que l’élément matériel de l’infraction se réduit
parfois à peu de chose. En matière de société, de nombreux textes punissent des infractions de
pure omission. L’élément moral n’exige pas toujours l’intention coupable. Certaines
infractions sont seulement des faits d’imprudence ou de négligence punissables de peines
sévères.

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- La rigueur dans la répression : certains mécanismes d’indulgence à l’instar de l’amnistie
joueront moins facilement ici qu’en d’autres matières. Les peines parfois sont plus sévères
qu’ailleurs.

IV- Les sources du DPA

Le DPA est régi au Cameroun par de nombreux textes. Il ressort du Traité OHADA que les actes
uniformes peuvent inclure des dispositions d’incrimination pénales et que les Etats parties s’engagent
à déterminer les sanctions encourues. De là, le DPA au Cameroun est régi par le code pénal
camerounais et de nombreux textes notamment l’Acte Uniforme portant droit commercial général,
l’Acte uniforme sur le droit des Sociétés commerciales et du groupement d’intérêt économique, l’Acte
uniforme sur les procédures collectives d’apurement du passif, la loi N°2003/008 du 10 juillet 2003
portant répression des infractions contenues dans certains actes uniformes OHADA.

Pour mieux aborder le DPA dans le cadre de cette formation, il est indispensable de connaître certains
concepts fondamentaux du droit pénal (l’infraction et ses protagonistes) (Première partie). Après quoi
on devra entamer l’étude du droit pénal des affaires proprement dit par le droit commun appliqué aux
affaires (deuxième partie), le droit pénal des sociétés commerciales (troisième partie) et enfin
l’économie de la consommation et de la concurrence (quatrième partie).

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PREMIERE PARTIE : L’INFRACTION ET SES
PROTAGONISTES
La norme pénale constitue la source de l’incrimination. L’incrimination est l’étiquette juridique portée
sur un comportement qui devient à cet effet une infraction (chapitre 1). L’infraction est commise par
un agent qui est le délinquant. Ce dernier, en même temps qu’il porte atteinte à une valeur sociale
protégée fait subir le plus souvent un préjudice à un particulier qui en est la victime. Le délinquant et
la victime constituent les protagonistes de l’infraction (chapitre 2).

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CHAPITRE 1 : L’INFRACTION
On entend par infraction, toute action ou omission que la société interdit sous la menace d’une
sanction pénale ; c’est un comportement qui porte atteinte à une valeur sociale protégée par la loi
pénale.

L’infraction doit être distinguée de deux notions voisines : le délit civil et la faute disciplinaire. Le
délit civil est d’après l’article 1382 du Code civil, « tout fait quelconque de l’homme qui cause à
autrui un dommage … ». Le texte oblige l’auteur du dommage à le réparer. De cette définition, on
déduit d’abord que les délits civils ne sont pas délimités et peuvent consister à n’importe quelle faute,
alors que les infractions sont limitées en raison du principe de la légalité. Ensuite, le délit civil entraîne
une sanction civile qui se résout en dommages-intérêts alors que l’infraction entraîne une sanction
pénale à finalité punitive ou rééducative.

La faute disciplinaire quant à elle constitue dans la violation des règles propres à un groupement ou à
une entreprise. Elle n’est pas contrairement à l’infraction toujours définie par les textes. L’infraction
est punie de sanctions pénales prononcées par les tribunaux répressifs alors que la faute disciplinaire
aboutit à des mesures disciplinaires telles que le blâme, la suspension temporaire ou définitive.

Cette clarification étant faite, il importe à présent d’étudier l’infraction dans ses éléments constitutifs
et dans sa classification.

SECTION 1 : LES ELEMENTS CONSTITUTIFS DE L’INFRACTION


Pour qu’un fait soit susceptible d’être reproché à son auteur, il faut qu’il ait été, au préalable qualifié
d’infraction par un texte : c’est le principe de la légalité criminelle (§1). En outre, il faut que cette
infraction ait été effectivement réalisée : c’est l’élément matériel de l’infraction (§2). Enfin il faut
qu’elle ait été volontairement ou sciemment commise : c’est l’élément moral de l’infraction (§ 3).

§1 : Le principe de la légalité criminelle ou élément légal de


l’infraction
Le principe de la légalité criminelle est illustré par l’adage latin « Nullum crimen, nulla pona sine
lege ». C’est la plus importante des règles du droit pénal. Ce principe est illustré dans le code pénal
camerounais par l’article 17 qui dispose : « Les peines et les mesures sont fixées par la loi et ne sont
prononcées qu'à raison des infractions légalement prévues ». Il importe de donner la justification (A)
et le contenu du principe (B).

A- La justification du principe

Ses justifications sont d’ordre politique, psychologique et relatives à la théorie de la séparation des
pouvoirs.

Sur le plan politique, ce principe est la condition fondamentale de la sécurité et de la liberté


individuelles. C’est le rempart contre l’arbitraire pour que la collectivité n’abuse pas des prérogatives
qu’elle possède sur les êtres qui la composent.

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Sur le plan psychologique, la loi doit avertir avant de frapper afin que le citoyen sache avant d’agir ce
qui est interdit et ce qui est permis. La préexistence de la norme exerce sur les individus une sorte de
contrainte psychologique pouvant contrecarrer leur penchant délictuel. Elle présente ainsi l’aspect
d’un code de valeur, un code des honnêtes gens.

Sur le plan de la séparation des pouvoirs, chaque pouvoir doit assurer les fonctions qui lui sont
confiées par la constitution sans s’immiscer dans les fonctions des autres. C’est dire que les lois
pénales ne doivent en principe être prises que par le législateur et lui seul. D’où la nécessité de préciser
le contenu du principe.

B- Le contenu du principe

Le principe de la légalité s’applique tout d’abord au législateur qui est à l’origine de la norme
pénale. Il s’applique ensuite au juge qui est chargé de l’appliquer. Le législateur a l’obligation
d’élaborer les textes d’incriminations, les textes prescrivant les peines et les règles de procédure.

Le principe s’impose au juge sur le plan de la qualification des faits et de l’application des peines.

Il faut toutefois noter que le pouvoir exécutif joue un rôle non négligeable dans l’élaboration des
règles criminelles par la prise des ordonnances par le président de la république et la création des
contraventions. Lorsque l’infraction est prévue par un texte, pour qu’elle soit déterminée, il faut
qu’elle se manifeste matériellement.

§2 : L’élément matériel de l’infraction

L’élément matériel de l’infraction est la composante la plus courante des infractions. Son exigence
vient du fait que le droit pénal n’incrimine la plupart de temps que les faits matériels accomplis, c'est-
à-dire les faits qui ont effectivement porté préjudice à la victime contre laquelle l’infraction était
dirigée. Il s’agit du geste qui aboutit à la réalisation de l’infraction.

Mais il arrive même qu’en l’absence d’élément matériel, l’infraction soit constituée. Il en est par
exemple de l’article 283 du code pénal qui punit l’omission de porter secours, de l’article 94 sur la
tentative punissable. Dans ce dernier cas, l’infraction n’est constituée que du seul élément intentionnel.

§3 : L’élément moral de l’infraction

Encore appelé élément intentionnel ou psychologique, l’élément moral est établi par l’article 74 (2) de
notre code pénal en ces termes : « est pénalement responsable celui qui volontairement commet les
faits caractérisant les éléments constitutifs d’une infraction avec pour intention que ces faits aient
pour conséquence la réalisation de l’infraction ». Il en ressort que l’élément moral est constitué de la
volonté et de l’intention criminelle.

A- La volonté (imputabilité)

C’est le choix délibéré de commettre un acte réprimé par la loi et d’en vouloir les conséquences. Il faut
qu’existent la capacité de vouloir et une capacité ou une volonté libres. La capacité de vouloir est liée
soit à l’âge du délinquant, soit à son état mental. C’est pourquoi le mineur de 10 ans n’est pas

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pénalement responsable (article 80 C.P.), ainsi que le majeur atteint de maladie mentale (article 78
C.P).

B- L’intention

En plus de la volonté, il faut que l’auteur ait voulu le résultat prohibé, qu’il ait eu une volonté
directement tendue vers l’infraction, telle qu’elle est prévue et réprimée par la loi. Cependant, il est des
cas où la volonté se confond avec l’intention : il en est ainsi notamment des coups que l’on porte
volontairement à autrui dans le dessein de le blesser ; dans ce cas, l’auteur ne peut prétendre avoir
voulu porter des coups mais n’avoir point eu l’intention de blesser.

Il faut néanmoins relever qu’il existe des infractions intentionnelles et des infractions non
intentionnelles. Dans l’infraction intentionnelle, il faudra rechercher la volonté et l’intention telles
qu’on vient d’étudier.

Dans les infractions non intentionnelles, il arrive qu’une faute d’imprudence ou une négligence soient
punies. Les infractions non intentionnelles sont constituées essentiellement des contraventions et des
délits matériels et d’imprudence. Que l’infraction soit ou non intentionnelle, elle entre dans la
classification des infractions.

Section 2 : Classification des infractions

Après avoir déterminé les éléments constitutifs de l’infraction, il faut encore qualifier l’infraction, car
chaque infraction particulière s’intègre à son tour dans une classification plus vaste qui influence son
régime juridique. Cette classification sera opérée grâce à trois critères : le critère de gravité, le critère
de la nature de l’infraction et celui du mode d’exécution.

§1 : Classification fondée sur la gravité des infractions

Il convient d’étudier les critères de classification et ses intérêts

A- Les critères de la classification

Ces critères résultent du Code pénal lui-même qui distingue les crimes des délits et des contraventions.
L’article 21(1) dispose :

« Les infractions sont classées en crimes, délits et contraventions selon les peines principales qui les
sanctionnent :

a) Sont qualifiées crimes les infractions punies de la peine de mort ou d'une peine privative de liberté
dont le maximum est supérieur à dix ans ;

b) Sont qualifiées délits les infractions punies d'une peine privative de liberté ou d'une amende lorsque
la peine privative de liberté encourue est supérieure à dix jours et n'excède pas dix ans ou que le
maximum de l'amende est supérieur à 25.000 francs ;

c) Sont qualifiées contraventions les infractions punies d'un emprisonnement qui ne peut excéder dix
jours ou d'une amende qui ne peut excéder 25.000 francs. »

La gravité des infractions se déduit du quantum de la peine. Il suffit de connaître la peine applicable
pour classer l’infraction dans l’une des trois catégories.

B- Intérêts de la classification

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Ce sont des intérêts de procédure et des intérêts de fond.

1- Les intérêts de fond.

La distinction affecte d’abord la théorie pénale de l’infraction. Ainsi la tentative toujours punissable
en matière de crime ne l’est en matière de délit que dans les cas prévus par la loi et ne l’est jamais en
matière de contravention. La complicité punissable en matière de crime ou de délit, ne l’est pas en
matière de contravention.

La distinction affecte ensuite la théorie de la sanction. La règle de non cumul des peines s’applique
seulement en matière criminelle et correctionnelle.

La distinction s’applique enfin en matière de prescription de la peine. D’après l’article 67(1) du code
pénal, « La peine principale non subie ainsi que les peines accessoires et les mesures de sûreté qui
l'accompagnent ne peuvent plus être exécutées après l'expiration des délais ci-après déterminés à
compter de la date du jugement ou de l'arrêt devenu définitif :

a) Pour crime : vingt ans ;

b) Pour délit et contravention connexe : cinq ans ;

c) Pour toute autre contravention : deux ans. »

2- Intérêts de procédure

La gravité de l’infraction détermine tout d’abord la compétence. Les crimes sont jugés par le TGI,
les délits et les contraventions par le TPI. Ensuite, la procédure applicable varie suivant la catégorie
d’infraction : l’information judiciaire est toujours obligatoire en matière de crime et facultative en
matière de délit et contravention. Enfin, l’action publique obéit à des délais de prescription différents
suivant les catégories d’infractions : la prescription est de 10 ans en matière de crime, 3 ans en
matière de délit et 1 an en matière de contravention.

§2 : Classification fondée sur la nature de l’infraction

Les visages de la délinquance sont multiples. On peut distinguer les infractions de droit commun des
infractions politiques, les infractions militaires, les infractions fiscales, douanières et même
économiques.

A- Infractions de droit commun et infractions politiques

Les infractions politiques ne sont pas traitées de la même façon que les infractions de droit commun.
On distingue les infractions politiques par nature et les infractions subjectivement politiques.

Encore appelées infraction objectivement politiques, les infractions politiques par nature sont celles
qui ont pour objet l’atteinte à l’organisation ou au fonctionnement de la vie politique. Dans cette
catégorie, on note :

- Les infractions portant atteintes à la sûreté de l’Etat (trahison, espionnage, attentat ou complot
contre l’Etat et l’intégrité territoriale,)

- Les attroupements sur la voie publique ou dans les lieux publics,

- Les crimes et délits contre la constitution,

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- Les crimes et délits commis dans l’exercice d’une liberté publique ou qui portent atteinte à ces
libertés.

L’infraction est subjectivement politique dès que l’intéressé a eu la volonté de porter atteinte même
indirectement à des intérêts de nature politique. Peuvent être rangées dans ces catégories les
infractions complexes et les infractions connexes à des agissements politiques. Ces dernières sont
celles qui se rapprochent d’une activité politique et qui sont commises pour préparer une infraction
politique, l’exécuter, en assurer le profit ou en procurer l’impunité.

Les infractions complexes sont celles qui portent atteinte à l’ordre public par des agissements de droit
commun tels que les vols et violences accomplis avec une intention politique. L’infraction est de droit
commun par sa nature, mais aux yeux de son auteur, elle a une signification politique.

B- Les infractions militaires

Est militaire toute infraction qui consiste en un manquement à la discipline et aux obligations
militaires auxquelles sont soumis tous les militaires. Exemple la désertion, l’insoumission, l’abandon
de poste, le refus d’obéissance, la mutilation volontaire. Les infractions militaires sont de la
compétence du tribunal militaire.

C- Les infractions fiscales

Elles sont prévues et réprimées pour la plupart par le Code général des impôts. Ce sont des infractions
en matière d’impôt direct, de contribution indirecte, de taxe sur le chiffre d’affaire, de taxe sur la
valeur ajoutée, d’enregistrement et de timbres.

D- Les infractions douanières

Elles sont prévues par le Code des douanes.

E- Les infractions économiques

C’est une partie de la catégorie d’infractions dont traite le droit pénal des affaires.

§3 : Classification fondée sur le mode d’exécution des infractions

Quatre catégories sont à distinguer :

- Infraction instantanée et infraction continue : l’infraction instantanée est celle qui


s’accomplit en un seul temps, exemple, vol, meurtre. L’infraction continue suppose une
réitération de la volonté criminelle dans le temps ; exemple, le recel, le port d’arme illégal.

- Infraction simple et infraction d’habitude. L’infraction simple consiste en un fait matériel


unique (vol, meurtre) alors que l’infraction d’habitude suppose plusieurs faits semblables dont
chacun pris isolément ne serait pas punissable (la mendicité)

- Infraction simple et infraction complexe. L’infraction complexe suppose la réunion


successive de plusieurs actes (escroquerie, abus de confiance)

- Infraction matérielle et infraction formelle. L’infraction matérielle n’existe que si le résultat


voulu par le délinquant est atteint (vol, meurtre). L’infraction formelle est punissable même si
le résultat voulu par le délinquant n’a pas été atteint (empoisonnement, fabrication de fausses
clés).

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La commission de l’infraction met généralement en présence deux protagonistes : le délinquant et la
victime.

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CHAPITRE 2 : LES PROTAGONISTES DE L’INFRACTION
Dans toute situation pénale, l’analyse la plus élémentaire distingue un coupable ou agent pénal et une
victime privée ou publique.

Section 1 : Le délinquant

Il convient d’étudier le délinquant et de déterminer sa responsabilité

§1 : La détermination du délinquant

Les êtres doués de raison sont les uniques sujets de droit pénal. Mais une nouvelle catégorie de
délinquant tend à émerger : les personnes morales.

A- Le délinquant personne physique

Le législateur considère comme délinquant toute personne qui a participé à la commission d’une
infraction, qu’elle soit effectivement consommée ou simplement tentée. On distingue, l’auteur et le
coauteur, le complice, le receleur.

1- L’auteur et le coauteur

L’auteur d’une infraction ou l’auteur matériel est celui qui a accompli personnellement les actes
matériels de l’infraction avec l’intention de réaliser la violation des dispositions pénales. C’est la
personne en qui sont réunis l’élément matériel et l’élément psychologique de l’infraction.

L’auteur intellectuel ou moral encore appelé l’instigateur est celui qui a fait commettre
l’infraction. Il n’a pas réalisé lui-même l’élément matériel de l’infraction, cependant, il l’a voulu.

L’auteur indirect est celui qui a été à l’origine de l’infraction commise par l’auteur direct.

Le coauteur est celui qui participe avec autrui et en accord avec lui à la commission de
l’infraction.

2- Le complice

Le complice est celui qui apporte à un auteur principal dont l’intention délictuelle est déjà arrêtée
une aide intentionnelle accessoire en vue de commettre une infraction. Aux termes de l’article 97 (1)
de notre code pénal, « Est complice d'une infraction qualifiée crime ou délit :

a) Celui qui provoque de quelque manière que ce soit à l'infraction ou donne des instructions pour la
commettre ;

b) Celui qui aide ou facilite la préparation ou la consommation de l'infraction. »

Pour être punissable, le complice doit avoir eu l’intention de participer à l’infraction. Le complice est
passible de la même peine que l’auteur, sauf disposition contraire de la loi (article 98 du code pénal).
La tentative de complicité est considérée comme la complicité elle-même.

3- Le receleur

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Est receleur celui qui, après la commission d'un crime ou d'un délit, soustrait le malfaiteur ou ses
complices à l'arrestation ou aux recherches ou qui détient ou dispose des choses enlevées, détournées
ou obtenues à l'aide de l'infraction (article 100 C.P). Il n’y a pas de recel entre époux.

B- Le délinquant personne morale

Aux termes de l’article 74-1 du Code pénal Camerounais, les personnes morales sont pénalement
responsables des infractions commises pour leur compte par leurs organes ou représentants. Cette
disposition ne s’applique pas à l’Etat et ses démembrements.

Après avoir énuméré les diverses catégories de délinquants, il convient d’étudier leur régime de
responsabilité.

§2 : L’étude de la responsabilité pénale

Il convient de rappeler que pour être responsable, il faut avoir commis les faits caractéristiques de
l’infraction, c'est-à-dire l’élément matériel et l’élément moral de l’infraction.

Il existe des causes qui entrainent l’irresponsabilité pénale. Il en est notamment de la démence (article
78 (1)), de la minorité (article 80), de la contrainte morale (article 81).

Section 2 : La victime de l’infraction

La victime est toute personne ayant subi un préjudice du fait d’une infraction. Ce préjudice peut être
matériel (perte d’un bien) ou moral (souffrance physique), direct ou indirect.

L’étude de la victime et principalement de son action relève plutôt de la procédure pénale. Toutefois,
le consentement de la victime peut avoir une influence sur l’existence de l’infraction, à condition qu’il
soit antérieur ou concomitant à la commission de l’infraction. Il s’agit des infractions qui concernent
les biens ou les droits dont la société permet à la victime de disposer. Exemple : la violation du
domicile, le vol. Cette dernière infraction étant une infraction de droit commun applicable aux affaires.

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DEUXIEME PARTIE : LE DROIT COMMUN APPLICABLE
AUX AFFAIRES
Les infractions de droit commun susceptibles de jouer un rôle dans la vie des affaires sont
innombrables. Celles que nous étudierons seront regroupées en 3 catégories : les appropriations
frauduleuses, les atteintes à la foi publique et les atteintes à l’intégrité physique.

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CHAPITRE 1 : LES APPROPRIATIONS FRAUDULEUSES
Seront étudiées dans cette catégorie, les infractions contre la fortune d’autrui que sont : le vol, l’abus
de confiance et l’escroquerie. L’article 318 (1) punit celui qui commet ces infractions d’un
emprisonnement de cinq à dix ans et d'une amende de 100.000 à 1.000.000.

Section1 : Le vol

Le code pénal punit le vol sous trois formes : le vol simple, le vol aggravé et le vol spécial.

§1 : Le vol simple

Le vol simple est défini par l’article 318 (1) (a) comme la soustraction frauduleuse de la chose
d’autrui.

A- L’élément matériel du vol

L’élément matériel du vol est constitué de l’existence d’un bien, de l’appartenance à autrui, de la
soustraction du bien et de la perte.

1- L’existence du bien

Le bien (chose) dans la définition du vol signifie toute chose susceptible d’être volée. Il s’agit de
l’argent ou de tout autre bien, corporel ou incorporel. Un bien corporel est une chose objet de droits
qui par sa nature physique fait partie du monde sensible (une chaise, une table). Un bien incorporel est
une valeur économique, objet de droits, qui n’a pas de réalité sensible mais qui tire son existence de la
construction juridique (une œuvre artistique).

2- L’appartenance à autrui

La répression du vol réside dans le fait que cette infraction porte atteinte au droit de propriété d’autrui.
Autrement dit, lorsqu’une personne soutire son propre bien, il ne porte pas atteinte au droit de
propriété d’autrui. Par conséquent, la soustraction de sa propre chose n’est pas réprimée comme un vol
lorsqu’au moment de la soustraction, la chose était à la possession d’une autre personne, ou alors la
personne ne savait pas que la chose lui appartenait.

La notion de l’ « appartenance » en relation avec la propriété est large. Dans la majorité des cas, le
propriétaire d’une chose a en même temps la possession et le contrôle de cette chose. Mais dans un cas
donné, la possession et le contrôle peuvent appartenir à différentes personnes. Dans un tel cas, on peut
dire que la chose appartient à l’un quelconque d’entre eux.

3- La soustraction de la chose

L’article 318 (1) (a) du Code pénal définit le vol comme la soustraction frauduleuse de la chose
d’autrui. La soustraction ici dénote le déplacement de la propriété que le voleur a précédemment retiré
de la possession d’un autre sans son consentement, manifestant ainsi un désir et une intention
criminels. Cette soustraction est un acte manuel accompli à l’insu ou contre le gré du propriétaire de la
chose (donc on peut voler en présence du propriétaire de la chose en le paralysant).

4- La perte de la chose par le propriétaire

Le vol cause la perte de la chose par son propriétaire.

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B- L’élément intentionnel du vol

Le vol est une infraction intentionnelle. Le voleur doit avoir commis son acte dans l’intention
consciencieuse et volontaire. Dans l’intention frauduleuse, il y a aussi le but de nuire au propriétaire. Il
y a des cas où l’intention est absente : le vol n’est pas réalisé au plan moral. Ex. : un créancier qui saisi
le bien d’un débiteur qui ne l’a pas payé.

L’élément moral est établi même si le voleur avait l’intention de rendre la chose plus tard. Le
simple fait de prendre au propriétaire sa chose est un vol ; car ce propriétaire a connu un préjudice.
Celui qui prend le véhicule d’un autre pour ensuite le lui rendre commet un vol.

C- La répression du vol simple

Tel que défini à l’article 318 (1) (a), le vol simple est puni d’un emprisonnement de cinq à dix ans et
d'une amende de 100.000 à 1.000.000 de francs.

§2 : Le vol aggravé

Le droit pénal camerounais punit différemment le vol dans sa forme aggravée. L’article 320 du code
pénal sur le vol aggravé dispose :

« (1) Les peines de l'article 318 sont doublées si le vol a été commis soit :

- A l'aide de violences ;

- Avec port d'armes ;

- Par effraction extérieure, par escalade ou à l'aide d'une fausse clef ;

- A l'aide d'un véhicule automobile.

(2) Est puni de la peine de mort, quiconque commet un vol avec des violences ayant entraînées la mort
d'autrui ou des blessures graves telles que prévues aux articles 277 et 279 du présent code. »

A- Les circonstances aggravantes du vol

Elles sont au nombre de 6.

1- L’utilisation de la violence

L’utilisation de la violence n’est une circonstance aggravante du vol que si et seulement si elle précède
ou accompagne le vol.

2- Le port d’armes

Le Code pénal camerounais ne donne aucune définition générale de l’arme. La définition de l’arme
doit être empruntée à l’article 117 du Code pénal sur la sûreté intérieure de l’Etat. Cet article dispose :
« En dehors des armes proprement dites, sont considérées comme armes pour l'application de l'article
présent tous les objets portés avec l'intention d'en faire usage pour causer des dommages corporels
ou matériels.». En d’autres termes, il existe des armes par nature et des armes qui ne le sont qu’en
fonction de l’usage qu’on en fait.

3- Effraction

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L’effraction peut être une rupture, bris, démolition, enlèvement, dégradation d’une clôture ou de tout
autre dispositif servant à fermer un passage ou à protéger des objets susceptibles de vol. L’article 320
du Code Pénal ne vise que l’effraction extérieure. Cette dernière est celle qui facilite l’entrée à
l’endroit où doit se produire le vol.

4- Escalade

C’est le fait de s’introduire dans un lieu par une autre entrée que celle destinée à cet usage. Ex : Celui
qui s’introduit en rampant, dans un trou.

5- Utilisation de fausse clé

Il faut entendre toutes les clés imitées, contrefaites, altérées, perdues, égarées, volées et celles qui
n’ont pas été destinées par le propriétaire aux fins auxquelles le coupable les a employées. Ajoutons
les clés passe-partout et tous autres instruments employés pour ouvrir et non destinés à cet usage.

6- Utilisation de véhicule automobile

Le Code pénal ne spécifie pas clairement ce qu’on entend par véhicule automobile. On doit néanmoins
exclure de cette catégorie la bicyclette. Mais on devra inclure les motocyclettes, car ce sont des
véhicules qui disposent d’un dispositif automobile.

§3 : Le vol spécial

L’article 319 du Code Pénal régit le vol et l’abus de confiance spéciaux. Cet article dispose :

« L'article 318 est applicable :

(1) A celui qui s'approprie indûment une énergie provenant d'une force motrice quelconque ;

(2) A celui qui sans avoir l'intention de s'approprier la chose d'autrui l'utilise sans droit ;

(3) A celui qui s'approprie une chose perdue ;

(4) Au débiteur gagiste qui soustrait ou détourne le bien gagé. »

Tous les éléments étudiés plus haut sur le vol simple sont applicables sur le vol et l’abus de confiance
spéciaux. Il en est également de la sanction.

Il convient de mentionner que le vol spécial s’applique à tout vol d’énergie provenant d’un générateur.
Par exemple, toute personne qui obtient de l’électricité frauduleusement en utilisant le câble
d’électricité par une voie discrète ou en trafiquant le compteur d’électricité commet un vol spécial.

Section 2 : L’abus de confiance

L’abus de confiance est défini par l’article 318 (1) (b) comme le fait de porter atteinte à la fortune
d’autrui en détournant ou détruisant ou dissipant tout bien susceptible d'être soustrait et qu'on a
reçu à charge de le conserver, de le rendre, de le représenter ou d'en faire un usage déterminé.

Il convient de déterminer les conditions de l’abus de confiance et ses éléments constitutifs.

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§1- Les conditions de l’abus de confiance

Pour que l’abus de confiance existe, il faut qu’il y ait un bien appartenant à autrui, et que ce bien soit
confié à l’agent.

A- L’existence d’un bien appartenant à autrui

On a déjà parlé du bien dans la section concernant le vol. Il convient à présent de faire une distinction
entre un bien meuble et un bien immeuble. Le bien immeuble ne peut pas faire l’objet d’un abus de
confiance, car par sa nature, il ne peut pas être déplacé.

L’article 318 (1) (b) exclut cependant certains biens de l’abus de confiance : ainsi, l’abus de confiance
ne s’applique « ni au prêt d'argent, ni au prêt de consommation ». L’exclusion du prêt d’argent et du
prêt de consommation de l’abus de confiance se justifie par le fait que d’une part, ces relations
prennent leur source dans le contrat de prêt et la relation entre le plaignant et le défendeur devient une
relation entre débiteur et créancier ; d’autre part l’argent et les biens de consommation sont des biens
interchangeables et le créancier ne saurait exiger à son débiteur de lui remettre au moment de la
restitution le même argent ou le même bien de consommation qu’il avait reçu.

B- Le bien doit avoir été confié

Pour qu’on parle de l’abus de confiance, il faut qu’il y ait remise volontaire de la chose (si la
remise n’a pas été faite volontairement, il ne peut y avoir abus de confiance cela peut seulement
donner lieu à l’escroquerie ou au vol). Le plus souvent, le bien est remis directement par le propriétaire
au délinquant. Mais cette remise directe du bien au délinquant n’est pas une condition indispensable de
l’existence de l’abus de confiance. Le délinquant peut par exemple avoir reçu le bien d’une tierce
personne qui agissait soit pour son propre compte, soit pour le compte d’une autre personne.

Le bien doit avoir été confié au délinquant dans un but spécifique. Ce but spécifique doit être connu du
délinquant par la personne qui lui a confié le bien. Mais la communication de ce but spécifique ne doit
pas nécessairement être expresse. La connaissance du but peut être induite des circonstances dans
lesquelles le bien lui a été remis.

§2 : Les éléments constitutifs de l’abus de confiance

On verra tour à tour l’élément matériel et l’élément psychologique.

A- L’élément matériel

L’analyse de l’article 318 (1) (b), révèle qu’il y a trois éléments qui constituent l’élément matériel de
l’abus de confiance : le détournement, la destruction et la dissipation. Dans la pratique, ces trois
éléments sont interconnectés et l’un peut engendrer les autres. Le résultat étant que le défendeur ait agi
comme s’il était le véritable propriétaire du bien qui lui a été confié.

La destruction et la dissipation sont des actes qui résultent dans l’impossibilité de rendre le bien qui a
été confié. Le délinquant qui détruit ou dissipe le bien qui lui a été confié perd le bien en conséquence
(n’est plus en sa possession).

La dissipation juridique peut être la vente ou la donation de la chose.

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Le détournement se manifeste dans l’usage abusif de la chose et le refus de la restituer. Le
détournement peut se manifester dans le comportement de l’agent qui fait un usage abusif de la chose
confiée. Le refus de remise : il faut que l’agent ait détenu la chose sans juste motif.

Le résultat de l’élément matériel de l’abus de confiance est la perte de la chose par son propriétaire.

B- L’élément intentionnel de l’abus de confiance

Il s’agit de déterminer l’intention criminelle du délinquant. Pour qu’il y ait abus de confiance, il faut
que la destruction, le détournement ou la dissipation soient faites dans l’intention frauduleuse de
causer préjudice au propriétaire, au possesseur ou au détenteur de la chose. Cette intention se déduit de
l’impossibilité de restituer la chose ou d’en faire l’usage ou l’emploi déterminé c'est-à-dire de lui
donner l’affectation ou la finalité convenue.

§3- La répression de l’abus de confiance

L’abus de confiance est réprimé par l’article 318 de notre Code pénal. Il est puni d’un
« emprisonnement de cinq à dix ans et d'une amende de 100.000 à 1.000.000 de francs ».

Dans sa forme aggravée, les peines de l’article 318 sont doublées et l’agent est puni d’un
emprisonnement de dix à vingt ans et d'une amende de 200.000 à 2.000.000 de francs.

Les circonstances qui aggravent l’abus de confiance reposent sur l’identité professionnelle de l’agent
et l’existence de la relation de confiance entre l’agent et la victime. D’après l’article 321, l’abus de
confiance est aggravé s’il est commis :

« Par un Avocat, Notaire, Commissaire priseur, Huissier, agent d'exécution ou par un agent
d'affaires ;

Par un employé au préjudice de son employeur ou réciproquement ;

Par une personne faisant appel ou ayant fait appel au public. »

Section 3 : L’escroquerie

L’article 318 (c) définit l’escroquerie comme le fait de porter atteinte à la fortune d’autrui « en
déterminant fallacieusement la victime soit par des manœuvres, soit en affirmant ou dissimulant un
fait »

On verra tour à tour l’élément matériel, l’élément intentionnel et la répression de l’escroquerie.

§1 : L’élément matériel de l’escroquerie

Deux éléments constituent l’élément matériel de l’escroquerie : la conduite de l’agent et la perte


endurée par la victime.

A- La conduite de l’agent

La conduite de l’agent peut prendre trois formes : l’utilisation des manœuvres, l’affirmation ou la
dissimulation d’un fait. Le C.P. ne donne aucune définition de manœuvres dans la définition de
l’escroquerie. On doit comprendre par manœuvre toute conduite ou fait fallacieux qui aboutit à la perte

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de la propriété de la victime. Il appartient donc au juge en général de déterminer quelle conduite ou
acte constitue une manœuvre pouvant aboutir à l’escroquerie.

B- L’atteinte à la fortune d’autrui

L’article 318 parle de l’ « atteinte à la fortune d’autrui ». Ceci signifie que le défendeur n’est coupable
que si ses manœuvres portent atteinte à la fortune d’autrui.

§2 : L’élément moral de l’escroquerie

L’escroquerie est une infraction intentionnelle. Cet élément réside dans le fait que l’agent doit avoir
usé des manœuvres, affirmé ou dissimulé un fait dans l’intention frauduleuse de porter atteinte à la
fortune d’autrui. L’appréciation de cette intention criminelle doit être laissée au juge pénal.

§3 : La répression de l’escroquerie

L’escroquerie est punie des mêmes peines que l’abus de confiance tant dans sa forme simple que dans
sa forme aggravée.

L’article 318 punit l’escroquerie d’un « emprisonnement de cinq à dix ans et d'une amende de 100.000
à 1.000.000 de francs ».

Dans sa forme aggravée, les peines de l’article 318 sont doublées et l’agent est puni d’un
emprisonnement de dix à vingt ans et d'une amende de 200.000 à 2.000.000 de francs.

Comme l’abus de confiance, les circonstances qui aggravent l’escroquerie reposent sur l’identité
professionnelle de l’agent. D’après l’article 321, l’escroquerie est aggravée si elle est commise :

« Par un Avocat, Notaire, Commissaire priseur, Huissier, agent d'exécution ou par un agent
d'affaires ;

Par un employé au préjudice de son employeur ou réciproquement ;

Par une personne faisant appel ou ayant fait appel au public. »

21
CHAPITRE 2 : LES ATTEINTES A LA FOI PUBLIQUE
Si la répression des atteintes à la propriété d’autrui vise principalement à protéger les particuliers (mais
peut le cas échéant protéger également les intérêts de l’Etat), à l’inverse, celle des atteintes à la foi
publique pouvant intéresser le monde des affaires semblent à première vue viser la protection des
intérêts de l’Etat. Pourtant, la répression pénale dans ce domaine sert aussi à assurer le respect des
intérêts privés d’ordre patrimonial ou extrapatrimonial qu’il s’agisse de la répression du faux en
écriture, de la corruption de fonctionnaire ou d’employé, du trafic d’influence.

Section1 : La corruption et le favoritisme

Ces deux infractions ont comme point commun de sanctionner le recours à des procédés frauduleux
pour obtenir la conclusion ou le bénéfice de certaines affaires. Les médias révèlent jour après jour la
place grandissante prise par les pots de vin dans la vie camerounaise tant sur le terrain politique
qu’économique.

§1 : La corruption

Elle consiste à rémunérer une personne pour qu’elle accomplisse ou n’accomplisse pas un acte qui
relève de sa fonction. C’est un moyen pour les citoyens malhonnêtes de parvenir à leurs fins en
s’assurant le concours d’une personne qui par sa fonction dispose des pouvoirs que l’on se propose
d’utiliser à des desseins coupables. Les citoyens ou hommes d’affaires peuvent en effet envisager de
corrompre le législateur pour obtenir la promulgation d’un texte leur permettant dans la légalité de
faire ce qui leur plairait ou de corrompre l’administration pour procurer au corrupteur de substantiels
profits. Ils peuvent également envisager de corrompre un agent de l’administration ou d’une entreprise
privée.

A- La corruption de fonctionnaire

Réprimée par les articles 134 et 134 bis du Code Pénal, la corruption consiste à rémunérer une
personne à des fins malhonnêtes. L’infraction suppose une collusion entre deux personnes, l’une le
corrupteur qui offre ou accepte de rémunérer, l’autre le corrompu qui promet en échange d’accomplir
ou de ne pas accomplir un acte relevant de sa fonction.

Le code pénal envisage la corruption passive (article 134) et la corruption active (article 134 bis).
L’étude de cette infraction passe par l’examen du pacte corrupteur et de sa répression.

1- Le pacte corrupteur

a- La conclusion du pacte corrupteur

Quelque soient les personnes concernées, le mécanisme de la corruption est identique. Il comporte
toujours la conclusion d’un pacte entre le corrupteur et le corrompu, pacte qui porte sur les moyens de
la corruption acceptés ou offerts par le corrupteur et sur la contrepartie qui en est attendue du
corrompu. Ce pacte est nécessairement antérieur à la remise offerte ou acceptée par le corrupteur et
antérieur à l’accomplissement de l’acte promis par le corrompu.

22
L’infraction n’est donc constituée que s’il est établi que l’accomplissement de cet acte a été déterminé
par les versements ou les promesses de versement. A défaut du pacte corrupteur antérieur, l’offre,
l’acceptation ou la remise d’un cadeau après l’accomplissement d’un acte de fonction à titre de
remerciement ou de gratitude ne saurait être qualifié de corruption.

b- Les moyens de la corruption

Ils consistent à solliciter ou agréer, proposer ou accepter des offres, des promesses, des dons, des
présents ou des avantages quelconques. Ces moyens ont donc un caractère pécuniaire : versement
d’une somme d’argent, d’objets de valeur et de cadeaux, paiement des dépenses du corrompu, voyage
d’agrément ou offre de prix avantageux, etc.

c- Le but de la corruption

Le pacte corrupteur tend à obtenir que le corrompu accomplit ou n’accomplit pas un acte de sa
fonction en contrepartie des versements effectués. Un lien de causalité direct doit être établi entre cet
acte et l’offre ou la promesse antérieure. La participation du corrompu se traduira la plupart du temps
par l’accomplissement d’un acte positif (abattement sur les revenus imposables consentis par un
inspecteur d’impôts, renseignement sur les conditions d’un marché).

2- La répression

Elle est de 5 à 10 ans et d’une amende de 200 000 à 2 000 000 FCFA pour la corruption active et
passive.

L’emprisonnement est de 1 à 5 ans et l’amende de 100 000 à 1 000 000 FCFA si l’acte n’entrait pas
dans les attributions de la personne corrompue, mais a été facilité par sa fonction ou si elle a cédé aux
dons, présents, sollicitation tendant à rémunérer un acte déjà accompli ou une abstention passée.

B- La corruption d’employé

La corruption peut se pratiquer en dehors de l’administration et c’est sous cette forme que son étude
retiendra notre attention comme concernant directement certains aspects coupables de la vie des
affaires. Il s’agit de la corruption d’employé réprimée par l’article 312 du Code Pénal. La
subordination qui existe à l’intérieur des relations de travail n’empêche pas l’existence d’un élément
de confiance entre employeurs et salariés. Sans nier la liberté de ces derniers, force est de reconnaître
qu’ils ne doivent pas trahir la confiance placée en eux par leurs employeurs. Ceux-ci dans certaines
professions savent parfaitement que leurs salariés reçoivent des pourboires qui parfois forment
l’essentiel du salaire de l’employé.

Mais les choses sont plus graves lorsque l’employé reçoit des avantages ou des rémunérations à l’insu
de son employeur. Cet employé peut ainsi être emmené à favoriser les entreprises de certains
concurrents. L’article 312 du Code Pénal vise tout employé rémunéré sous quelque forme que ce soit.

Quant aux agissements, le texte vise le fait de recevoir des dons ou d’agréer des promesses sans
l’autorisation de son patron pour accomplir ou s’abstenir d’accomplir un acte de sa fonction.

La sanction infligée à l’employé peut être un emprisonnement de 1 à 3 ans et une amende de 50 000 à
500 000 FCFA ou l’une des deux peines.

23
§2 : Le favoritisme

Il s’agit d’un délit qui consiste à procurer à autrui un avantage injustifié, donc à le favoriser par une
violation des règles instituées.

A- Les éléments constitutifs du favoritisme

Prévu à l’article 143 du Code pénal, ce délit peut être commis par tout fonctionnaire qui décide par
faveur ou par inimitié contre l’une des parties. Le délit de favoritisme ne suppose donc pas que le
coupable ait tiré ou cherché à tirer un profit personnel de l’acte délictueux.

L’avantage injustifié est procuré à autrui. Mais l’acte n’est pas véritablement commis à titre gratuit par
le coupable et le législateur n’a pas entendu sanctionner naïvement un comportement altruiste. De tels
actes se traduisent généralement par des retombées financières.

L’élément matériel du délit est défini comme tout acte amenant le fonctionnaire à prendre une décision
en faveur ou contre une partie.

Quant à l’élément intentionnel, l’article 143 sanctionne un acte accompli volontairement.

B- La répression

Le délit est puni d’un emprisonnement de 1 à 5 ans. Les peines sont doublées si le fonctionnaire est un
magistrat, ou une autorité administrative.

Le délai de prescription du délit court à compter de l’accomplissement de l’acte matériel contraire aux
dispositions législatives ou règlementaires.

Section 2 : Faux et usage de faux

Compte tenu du fait que dans le monde des affaires, le faux en écriture privée ou de commerce peut
mettre en jeu des sommes considérables, le législateur a réprimé cette infraction à l’article 314 du code
pénal.

§1 : Les éléments du faux

A- Le support du faux

Le support du faux est l’écrit défini comme un support de signe visible et permanent. L’écrit protégé
doit avoir une valeur probatoire. Cette exigence est du reste logique car l’écrit ne doit mériter
protection qu’en raison de la foi qui lui est normalement due. Le faux affecte nécessairement une
disposition substantielle de l’écrit : signature, date, attestation, etc.

B- L’élément matériel

Il doit être précisé sous un double aspect, notamment l’altération de la vérité et l’usage du faux.

1- L’altération de la vérité

Elle consiste en la fabrication du faux et en leur constatation. Il existe deux modes de réalisation du
faux : le faux matériel lorsque le faussaire falsifie physiquement les signes du support (signature
fausse ou contrefaite, altération ou contrefaçon de l’écriture, etc.) ; le faux intellectuel qui connait
plusieurs manifestations, la supposition de personne qui consiste à faire figurer un individu

24
mensongèrement dans un acte, la supposition d’un fait ou d’une convention lorsque l’affirmation de ce
fait ou de cette convention est inexacte, la simulation.

La constatation des faits faux est indispensable pour le faux intellectuel car l’acte est irréprochable en
la forme. Pour le faux matériel, il y aura le plus souvent altération de la vérité, mais la jurisprudence
estime que le faux sera pareillement constitué lorsque la véracité des faits indiqués dans l’acte est
indubitable.

2- L’usage du faux

Il s’agit d’un comportement distinct de la fabrication du faux si bien que l’utilisateur est punissable
quoi qu’il ne soit pas l’auteur de la falsification. Contrairement à l’altération de la vérité qui réalise un
fait unique, l’usage de faux peut se traduire par une pluralité d’actes différents constituant autant
d’infractions distinctes.

Pour qu’il y ait usage de faux, l’alinéa 2 de l’article 314 exige la réunion de deux éléments : un faux,
celui-ci réunissant les éléments matériels du faux punissable, un fait d’usage, exemple production en
justice d’un titre falsifié, présentation du titre falsifié en vue d’obtenir un paiement, utilisation d’un tel
titre auprès d’une administration pour faire certifier sa date, etc.

C- L’intention

En matière de faux, l’intention se compose d’un dol général qui est la connaissance de l’altération de
la vérité et d’un dol spécial qui suppose le dessein de nuire et la conscience de causer un préjudice.

En cas d’usage de faux, il n’est exigé qu’un dol général qui est la connaissance de la fausseté de
l’écrit.

§2 : La répression du faux

Le faux et l’usage de faux sont punis des mêmes peines c'est-à-dire d’un emprisonnement de 3 à 8 ans
et d’une amende de 50 000 à 1 000 000 FCFA ou un emprisonnement de 5 à 10 ans et d’une amende
de 100 000 à 2 000 000 FCFA selon les cas.

§3 : Les faux spéciaux

A côté de la fabrication et de l’usage de faux, le droit pénal incrimine différents faux parmi lesquels le
faux certificat en général et le faux établi en vue d’appeler la bienveillance.

A- Le faux certificat en général

Il est puni par l’article 315 du C.P d’un emprisonnement de 1 mois à 1 an. Le code pénal envisage
trois aspects du délit :

- Emettre sciemment un certificat faisant état des faits matériellement inexacts,

- Falsifier ou modifier d’une façon quelconque une attestation ou un certificat originairement


sincère,

- Faire sciemment usage d’une attestation ou d’un certificat inexact ou falsifié.

25
B- Le faux certificat établi en vue d’appeler la bienveillance

Il est puni par l’article 259 du C.P. d’un emprisonnement de 2 mois à 3 ans et d’une amende de 5000 à
100 000 FCFA.

Le texte envisage le délit qui frappe les membres du personnel médical sous trois aspects :

- Certifier faussement ou dissimuler l’existence d’une maladie ou d’une infirmité,

- Certifier faussement l’existence ou le résultat d’une vaccination,

- Fournir les publications mensongères sur l’origine d’une maladie, la durée d’une incapacité, la
cause d’un décès.

L’alinéa 2 de l’article 259 précise que la peine peut être doublée en cas de corruption.

26
TROISIEME PARTIE : LE DROIT PENAL DES SOCIETES
COMMERCIALES
L’exercice d’une activité commerciale a un début et une fin. Une liberté entière voudrait qu’il n’existe
aucune disposition législative à ce propos. N’importe qui pourrait s’établir commerçant, industriel ou
artisan quand bon lui semblerait et il pourrait sans la moindre contrainte mettre un terme à son
exploitation. C’est malheureusement là une pure vue de l’esprit que ne saurait nullement accréditer au
demeurant le célèbre principe de la liberté de commerce et de l’industrie. Toute activité sociale est par
essence soumise à des restrictions. Il n’est pas possible de laisser commercer les individus dont la
malhonnêteté est avérée ; voire simplement prévisible. Il est pareillement indispensable d’accorder un
maximum d’effectivité aux dispositions qui assurent une police informative et il est encore nécessaire
de stigmatiser toute cessation d’activité mue par une fraude caractérisée.

Le droit pénal s’emploie ainsi au déroulement harmonieux de la vie économique en intervenant à son
commencement et à sa fin. Il intervient également au cours de la formation, de la vie et de l’échec de
la société.

L’étude du droit pénal des sociétés commerciales se fera en deux titres consacrés premièrement aux
bornes temporelles et deuxièmement à la formation, à la vie et à l’échec des sociétés.

27
TITRE 1 : LES BORNES TEMPORELLES
Elles concernent les mesures prises par le législateur pour assurer le commencement et la fin
de toute activité commerciale.

28
Sous-titre 1 : Le commencement
Aucun système ne peut à coup sûr garantir l’excellence de la totalité des intervenants
économiques. Mais il est toujours possible de se rapprocher de cet idéal par un ensemble de
prescriptions qui restent compatibles avec l’inspiration libérale. C’est ce qu’a fait le droit
camerounais qui combine obligation de ne pas faire et obligation de faire. Sur le premier
point, il dicte une série d’interdits qui excluent de nombreuses professions économiques les
indésirables.

29
CHAPITRE 1 : LES INTERDITS
Ils concernent les agents publics et les personnes condamnées.

Section 1 : L’exclusion des agents publics

Il s’agit du délit de prise illégal d’intérêt ou d’ingérence cherchant avant tout à protéger le ministère
de l’agent public puisqu’il consiste en une prise d’intérêt dans une affaire relevant de ses fonctions.
Prévu aux articles 135 et 136 du Code pénal, cette infraction concerne tant le fonctionnaire en activité
que l’ancien fonctionnaire.

L’élément matériel est constitué de l’immixtion dans une affaire, si faible soit-elle. Le délit apparait
comme un délit spontané et se consomme par la seule prise d’intérêt. Quant à l’élément intentionnel,
il faut que l’agent ait sciemment pris un intérêt dans une affaire que sa fonction lui faisait un devoir de
surveiller.

Le coupable encourt une peine de un à cinq ans de prison et une amende de 200 000 à 2000 000 de
francs s’il commet l’infraction prévue à l’article 135 ; une peine de six mois à deux ans de prison et
une amende de 20 000 à 2 000 000 de francs en cas de participation dans une affaire.

Section 2 : L’exclusion des condamnés

Il ne saurait être question de laisser opérer sur le marché économique des individus d’une
malhonnêteté certaine. Epris de légalité, le droit camerounais n’a voulu exclure que ceux frappés de
sanctions pénales qui ne peuvent ni diriger les sociétés, ni exercer une profession commerciale.

§ 1 : L’interdiction de diriger les sociétés

Aux termes de la loi camerounaise, entraîne par exemple interdiction de diriger une société toute
condamnation définitive pour crime de droit commun, vol, abus de confiance, escroquerie ou des
délits punis par la loi des peines de la banqueroute. Le coupable est puni d’un emprisonnement e 6
mois à 2 ans et d’une amende de 240 000 à 2 400 000 ou l’une de ces deux peines seulement.

§2 : L’interdiction d’exercer une profession bancaire et commerciale

Aux termes de l’article 10 de l’AUDCG, Nul ne peut exercer une activité commerciale, directement ou
par personne interposée, s'il a fait l'objet : d'une interdiction générale, définitive ou temporaire,
prononcée par une juridiction de l'un des États parties, que cette interdiction ait été prononcée comme
peine principale ou comme peine complémentaire ; d'une interdiction prononcée par une juridiction
professionnelle ; dans ce cas, l'interdiction ne s'applique qu'à l'activité commerciale considérée ; d'une
interdiction par l’effet d’une condamnation définitive à une peine privative de liberté pour un crime de
droit commun, ou à une peine d'au moins trois mois d'emprisonnement non assortie de sursis pour un
délit contre les biens, ou une infraction en matière économique ou financière.

30
CHAPITRE 2 : LES IMPERATIFS

Ils ont principalement trait aux obligations professionnelles imposées aux commerçants. Les plus
importantes concernent l’immatriculation au registre de commerce et du crédit mobilier (RCCM) et les
diligences relatives au RCCM. Le non-respect des formalités est sanctionné par le législateur.

L’immatriculation au RCCM est un préalable indispensable à l’exercice d’une activité économique.


Prévu aux articles 44 et suivants de l’AUDCG, le respect de cette formalité s’impose aux commerçants
ou les sociétés ayant leur principal établissement dans un Etat partie au Traité OHADA et aux
commerçants ayant leur établissement hors du territoire d’un Etat partie au Traité.

En effet, d’après l’article 69 de l’AUDCG, « Toute personne tenue d'accomplir une des formalités
prescrites au présent Acte uniforme, et qui s'en est abstenue, ou encore qui a effectué une formalité
par fraude, est punie des peines prévues par la loi pénale nationale, ou le cas échéant par la loi
pénale spéciale prise par l'État partie en application du présent Acte uniforme ».

D’après l’article 311-1 du Code pénal, est punie d’un emprisonnement de trois mois à trois ans et
d’une amende de cent mille à cinq millions de francs ou de l’une de ces deux peines seulement, toute
personne tenue d'accomplir une formalité relative à l’inscription au RCCM qui s'en abstient, ou qui
effectue une formalité y relative par fraude.

31
Sous-titre 2 : La fin
Sous réserve des causes de dissolution des sociétés, la ruine qui guette le marchand marque la
fin d’une activité économique et l’écoulement qu’elle implique frappe lourdement celui qui en
est l’objet. A côté de cette sanction morale, le législateur a estimé nécessaire d’y adjoindre
une sanction pénale. Désireux de sauver son entreprise, l’homme d’affaires en difficulté peut
en effet être tenté de se livrer à des manœuvres, qui, destinées à redresser la situation, vont le
plus souvent l’aggraver et léser les intérêts déjà menacés des créanciers. Et si la protection des
concurrents, des consommateurs et des travailleurs est assurée durant la vie de la société, c’est
essentiellement en cas d’échec de l’affaire que se pose celle des créanciers. En vue d’y faire
face, le législateur sanctionne la banqueroute et les délits connexes.

32
CHAPITRE 1 : LA BANQUEROUTE

La dénomination de banqueroute vient de l’italien « banca rotta » ou « banco rotto ». Elle tient à ce
qu’au Moyen-âge, dans les villes italiennes, les commerçants en faillite (le terme faillite vient du latin
fallere : tomber) étaient considérés comme des criminels dont le banc était rompu à l’assemblée des
marchands d’où ils étaient honteusement exclus. Par exemple, le comptoir d’un banquier était brisé.

Section 1 : Les conditions préalables

La banqueroute s’applique aux commerçants personnes physiques et aux associés des sociétés
commerciales qui ont la qualité de commerçants. Elle concerne également les personnes
physiques dirigeantes de personnes morales assujetties aux procédures collectives et les personnes
physiques représentantes permanentes de personnes morales dirigeantes de personnes morales.
Pour que le délit de la banqueroute soit constitué, il faut réunir la qualité de commerçant de l’agent
pour les personnes physiques, et qu’il y ait ouverture d’une procédure collective pour les sociétés.

Le délit de banqueroute suppose un état de cessation de paiements, sans que cet état soit
nécessairement constaté par un tribunal commercial ou civil. Le rôle de la cessation des paiements
dans la qualification de l’infraction est capital. La cessation de paiements est l’état où le débiteur se
trouve dans l’impossibilité de faire face à son passif exigible avec son actif disponible, à l’exclusion
des situations où les réserves de crédits ou les délais de paiement dont le débiteur bénéficie de la
part de ses créanciers lui permettent de faire face à son passif exigible.

Section 2 : Les éléments constitutifs de la banqueroute et délits assimilés

On distingue la banqueroute simple et la banqueroute frauduleuse.

A- L’élément matériel

L’article 228 de l’Acte uniforme dispose qu’est coupable de banqueroute simple toute
personne physique en état de cessation de paiement qui se trouve dans l’un des cas suivants :
- si elle a contracté sans recevoir des valeurs en échange, des engagements jugés trop
importants eu égard à sa situation lorsqu’elle les a contractés ;
- si, dans l’intention de retarder la constatation de la cessation de ses paiements, elle a fait des
achats en vue d’une revente au-dessous du cours ou si, dans la même intention, elle a employé
des moyens ruineux pour se procurer des fonds ;
- si, sans excuse légitime, elle ne fait pas au greffe de la juridiction compétente, la déclaration
de son état de cessation des paiements dans le délai de trente jours ;
- si sa comptabilité est incomplète ou irrégulièrement tenue ou si elle n’a tenu aucune
comptabilité conforme aux règles comptables et aux usages reconnus de la profession eu
égard à l’importance de l’entreprise ;
- si, ayant été déclaré trois fois en état de cessation des paiements dans un délai de cinq ans,
ces procédures ont été clôturées pour insuffisance d’actifs.

La banqueroute frauduleuse est prévue à l’article 229 de l’Acte Uniforme portant


organisation des procédures collectives d’apurement du passif qui énonce : « est coupable de
banqueroute frauduleuse toute personne physique qui :

33
- a soustrait sa comptabilité ;
- a détourné ou dissipé tout ou partie de son actif ;
- soit dans ses écritures, soit par des actes publics ou des engagements sous seing privé, soit
dans son bilan, s’est frauduleusement reconnue débitrice de sommes d’argent qu’elle ne
devait pas ;
- a exercé la profession commerciale contrairement à une interdiction prévue par les Actes
uniformes ou par la loi de chaque Etat-partie ;
- après la cessation des paiements, a payé un créancier au préjudice de la masse
- a stipulé avec un créancier des avantages particuliers à raison de son vote dans les
délibérations de la masse ou qui a fait avec un créancier un traité particulier duquel il
résulterait pour ce dernier un avantage à la charge de l’actif du débiteur à partir du jour de la
décision d’ouverture ;
- a, de mauvaise foi, présenté ou fait présenter un compte de résultats ou un bilan ou un état
des créances et des dettes ou un état actif et passif des privilèges et sûretés, inexact ou
incomplet, à l’occasion d’une procédure de règlement judiciaire ;
- a, sans autorisation du Président de la juridiction compétente, accompli des actes interdits
par la loi.

B- L’élément moral

En cas de banqueroute simple et délits connexes, l’élément moral consiste en un dol général souvent
proche d’une lourde négligence ou d’une imprudence.

En cas de banqueroute frauduleuse et délits connexes, il s’agit de la conscience de la faute et la


mauvaise foi.

Section 3 : La répression de la banqueroute

La banqueroute simple est punie d’un emprisonnement de un mois à deux ans (article 332 du Code
pénal).

La banqueroute frauduleuse est punie d’un emprisonnement de cinq ans à dix ans (article 333 du
Code pénal).

34
CHAPITRE 2 : LES DELITS CONNEXES

Section 1 : Les délits commis assimilés à la banqueroute simple

Les délits assimilés à la banqueroute simple sont ceux qui sont commis par les dirigeants des sociétés
soumises aux procédures collectives. Il s’agit de tous les dirigeants de droit ou de fait, et d’une
manière générale, de toute personne qui directement ou par personne interposée a administré, géré ou
liquidé la personne morale sous le couvert ou au lieu et place de ses représentants légaux.

Section 2 : Les délits connexes à la banqueroute frauduleuse

L’article 233 consacré aux délits assimilés à la banqueroute frauduleuse dispose que :
1°) « sont punis des peines de la banqueroute frauduleuse, les dirigeants visés à l’art.230 qui ont
frauduleusement:
- soustrait les livres de la personne morale
- détourné ou dissimulé une partie de son actif
- reconnu la personne morale débitrice de sommes qu’elle ne devait pas, soit dans les écritures, soit
par des actes publics ou des engagements sous signature privée, soit dans le bilan
- exercé la profession de dirigeant contrairement à une interdiction prévue par les Actes uniformes ou
par la loi de chaque Etat-partie
- stipulé avec un créancier, au nom de la personne morale, des avantages particuliers à raison de son
vote dans les délibérations de la masse ou qui ont fait avec un créancier un traité particulier duquel il
résulterait pour ce dernier un avantage à la charge de l’actif de la personne morale, à partir du jour
de la décision déclarant la cessation des paiements
2°)- « sont également punis des peines de la banqueroute frauduleuse, les dirigeants visés à l’art.230
qui, à l’occasion d’une procédure de règlement préventif ont :
a) – de mauvaise foi, présenté ou fait présenter un compte de résultats ou un bilan ou un état des
créances et des dettes ou un état actif et passif des privilèges et sûretés, inexact ou incomplet ;
b) – sans autorisation du président de la juridiction compétente, accompli un des actes interdits par
l’art.11 AUPC (qui interdit au débiteur, sous peine d’inopposabilité de droit :
- de payer en tout ou en partie, les créances nées antérieurement à la décision de suspension des
poursuites individuelles
- de faire aucun acte de disposition étranger à l’exploitation normale de l’entreprise, ni consentir
aucune sûreté
- de désintéresser les cautions qui ont acquitté des créances nées antérieurement à la décision ».

35
TITRE 2 : LE DROIT PENAL ET LA FORMATION, LA VIE ET L’ECHEC DES SOCIETES

SOUS-TITRE 1 : Les informations relatives à la formation des sociétés commerciales

La formation d’une société requiert l’accomplissement des conditions de fond et de forme pour en
assurer la validité. L’autorité administrative exerce un contrôle préventif de ces conditions et leur
violation commande la répression exercée par l’autorité judiciaire. C’est le droit pénal qui intervient
alors pour garantir la régularité de la constitution de la société. Dans le cadre de la recherche du capital
social en vue de la constitution de la société, les associés peuvent être amenés à commettre quelques
infractions, notamment à travers des mensonges qui, comme on le sait, sont des comportements
prohibés dans le domaine des affaires qui est en principe réservé aux hommes de bonne foi et d’une
honnêteté irréprochable. Pour ce faire, le législateur incrimine les actes mensongers suffisamment
graves et dangereux tant pour les tiers et les associés que pour la société elle-même.

Parmi les différents comportements pénalement sanctionnés relatifs à la formation des sociétés
commerciales, certains réalisent en eux-mêmes une fraude au premier degré et d'autres une fraude au
deuxième degré.

36
CHAPITRE 1 : LA FRAUDE AU PREMIER DEGRE

Elle contient cinq types d’infraction

Section 1 : La surévaluation des apports en nature

Naturellement, il s’avère qu’un apport en numéraire ne peut pas faire l’objet d’une surévaluation. Ce
qui n’est pas le cas pour les apports en nature. En effet, ces derniers peuvent donner lieu à une
surévaluation qui, du reste, fausse l’égalité des associés. C’est dans ce contexte que les commissaires
aux apports doivent user de vigilance lors de l’attribution de la valeur aux apports en nature. L’article
887 alinéa 4 AUSCGIE prévoit le délit de la surévaluation des biens apportés à la société et tend à
sanctionner la fraude aux droits des associés. Il sanctionne « ceux qui, frauduleusement, auront fait
attribuer à un apport en nature, une évaluation supérieure à sa valeur réelle ».
L’infraction consiste dans le fait de participer à l’attribution de la valeur d’un apport et de l’existence
d’une évaluation excessive. Faire attribuer suppose de la part de l’auteur du délit, un acte positif. Dès
lors, participe positivement à la surévaluation de l’apport, le commissaire aux comptes qui rédige un
rapport dans ce sens. Lorsqu’il est établi que la surévaluation a eu lieu, il peut être poursuivi en justice.
Si la loi reconnaît à un apporteur le droit d’obtenir sans fraude le prix maximum de son apport, il
convient de dire que la même loi punit l’évaluation manifestement excessive de l’apport, ce qui sous-
entend une exagération de la valeur du bien apporté.
En l’espèce, le simple mensonge est suffisant pour constituer l’élément matériel de l’infraction, tandis
que la mauvaise foi en est l’élément moral. L’attention des commissaires aux apports doit
particulièrement être attirée en tant que hommes de l’art, car la connaissance par eux de la
surévaluation suffit pour les attraire en justice du chef de cette infraction, au même titre que les
apporteurs indélicats.
Tout compte fait, ce sont les apporteurs et les commissaires aux comptes qui peuvent être auteurs de
cette infraction. La peine prévue au Cameroun est de 3 mois à 3 ans de prison ; 500.000 à 5.000.000
CFA ou l’une de ces deux peines seulement (article 5 de la Loi N°2003/008 du 10 Juillet 2003 portant
répression des infractions contenues dans certains actes uniformes OHADA).

Section 2 : La simulation de souscription ou de versement

La simulation de souscription ou de versements consiste à présenter pour vrais, des souscriptions ou


des versements qui, en réalité, n’existent guère. Elle suppose donc à la base un mensonge, ce qui en
fait un délit intentionnel. Ce délit suppose des agissements de simulation et la recherche des
souscriptions ou des versements.
La simulation s’entend par l’établissement du caractère fictif des souscriptions ou des versements et la
preuve qu’ils étaient affirmés sincères et véritables. Le caractère fictif des souscriptions doit
absolument être de mise. Les souscriptions sont fictives lorsque tous les éléments susceptibles
d’assurer la validité de l’engagement d’entrée en société ne sont pas réunis. L’existence des
versements implique que le dépositaire accepte de reconnaître qu’il a reçu des versements qui, somme
toute, ne lui ont pas été remis.

Les versements sont fictifs quand il est affirmé qu’ils ont été effectués, alors qu’il n’en a été rien. On
parle de versement fictif en l’absence de tout versement nonobstant l’affirmation contraire, en cas de
simulacre de versements apparents.

37
Les manœuvres frauduleuses tendant à amener les actionnaires à verser les souscriptions suffisent à
constituer l’infraction, même si l’opération ne s’est pas réalisée.
La souscription s’entend comme tout engagement pris en faveur d’une société et rémunéré par la
délivrance d’un titre quelconque. C’est un acte juridique par lequel une personne s’engage à faire
partie d’une société par actions en apportant une somme d’argent en principe égale au montant
nominal de son titre.
Le versement quant à lui est non seulement constitué du premier versement effectué au moment de la
constitution de la société, mais encore des versements réalisés à la suite des appels des quarts
subséquents.
La tentative d’obtenir des souscriptions ou des versements est punissable. Elle est consommée lorsque
l’agent aura accompli des actes de nature à amener l’engagement de souscripteurs sérieux ou de
versements de leur part. Il y aura tentative par exemple si les fondateurs sollicitent la souscription
d’actions sans réussir à l’obtenir.
Le terme « sciemment » qui caractérise l’élément moral suppose que l’auteur de l’infraction a agi en
connaissance de cause, qu’il a conscience du but poursuivi et connaît la fausseté des faits prétendus.
C’est l’élément intentionnel qui démontre la conscience qu’a l’agent de réaliser une simulation
susceptible d’entraîner des souscriptions ou des versements. En vérité il est de mauvaise foi.
En effet, l’objectif affiché de la simulation est d’obtenir des souscriptions ou des versements. C’est ce
que traduisent les termes « ceux qui auront obtenu des souscriptions ou des versements ».
Les auteurs de cette infraction sont en principe les fondateurs, mais également les premiers
administrateurs et même les administrateurs suivants, ainsi que les membres du directoire ou les
gérants, selon le cas, qui sont responsables avec les fondateurs qui ont eu recours à la simulation pour
obtenir des souscriptions si, en connaissance de cause, ils procèdent à l’appel des quarts subséquents
au premier versement.
Ceux qui, en connaissance de cause, préparent ou facilitent le délit par des faits antérieurs ou
concomitants à son exécution sont des complices. C’est le cas d’un commissaire aux comptes qui
affirme devant l’assemblée générale des actionnaires un bénéfice inexistant, qui certifie sincère un
bilan fallacieux, ou un chef comptable qui falsifie les documents comptables et les procès-verbaux du
conseil d’administration, ou encore un banquier qui délivre des reçus de complaisance.
L’action publique existe dès la consommation du délit. La restitution des fonds obtenus par simulation
ou le versement des fonds font subsister le droit de poursuite de l’infraction. Elle se prescrit par trois
ans, et le délai court du jour de l’accomplissement du délit. L’action civile appartient à toute personne
ayant subi un préjudice du fait de l’infraction. Aux actionnaires victimes des agissements frauduleux,
et à la société en tant qu’être collectif, l’action étant alors exercée par les administrateurs contre les
fondateurs ou d’autres administrateurs. Un créancier de la société peut également intenter les
poursuites judiciaires.
Les peines prévues au Cameroun vont de 3 mois d’emprisonnement à 3 ans et d’une amende de
500.000 à 5.000.000 de CFA ou l’une de ces deux peines. On constate que le Cameroun applique à ce
délit une peine d’emprisonnement assez légère, mais est intransigeante sur l’amende (article 5 de la
Loi N°2003/008 du 10 Juillet 2003 portant répression des infractions contenues dans certains actes
uniformes OHADA).

Section 3 : La publication des faits faux ou inexacts

Cette infraction est réalisée en vue d’obtenir des souscriptions ou des versements. Il s’agit de la
publication de souscriptions ou de versements qui n’existent pas ou de tous autres faits faux, et de la
publication des noms de personnes désignées contrairement à la vérité comme étant ou devant être
attachées à la société, à un titre quelconque.

38
Le régime de cette infraction présente de nombreux points communs avec le délit de simulation
puisqu’ils ont le même but : obtenir des souscriptions ou des versements. La publication est réalisée
par l’emploi de tout moyen d’information destiné à toucher le public : insertion dans des documents
ayant un caractère officiel (journal d’annonces légales) ou insertion dans des documents privés, ou leur
distribution, tels que des imprimés. Ce peut être aussi des articles parus dans la presse (annonces
radiodiffusées ou projetées sur écran), ou encore la tenue de propos en public, notamment la
présentation d’un faux bilan à l’assemblée générale des actionnaires.
Des faits faux quelconques, des souscriptions ou versements inexistants et des noms de personnes
faussement attachées à la société peuvent être retenus comme constitutifs du délit. Les faits faux
d’ordre juridique sont ceux qui consistent dans l’affirmation inexacte de la constitution régulière de la
société ou de la souscription intégrale du capital social. Les faits d’ordre économique peuvent être, la
publication de circulaires ou articles de journaux annonçant une hausse considérable des actions, les
affirmations inexactes sur le droit de propriété, la publication dans un code, de cours fictifs.
Les noms des personnes faussement attachées à la société sont ceux des gens jouissant d’un grand
crédit ou d’une notoriété certaine, bien que dépourvues de tout lien avec la société.
Ce délit est intentionnel, comme le souligne le mot « sciemment ». Mais, s’agissant de la publication
de noms de personnes faussement attachées à la société, il est nécessaire que soit exigée, en dehors de
la conscience des agissements, la preuve de l’intention de l’auteur, d’autant plus que le texte précise
comme but de la publication « pour provoquer des souscriptions ou versements ».
Les auteurs sont ceux qui ont publié des faits en sachant qu’ils sont faux, pour obtenir des
souscriptions ou des versements : ce sont les fondateurs, les administrateurs ou les gérants.
Peuvent être poursuivis comme complices :

- les démarcheurs qui, après avoir réuni les éléments mensongers destinés à faciliter l’émission des
actions, les ont portés à la connaissance du public sous forme de comptes rendus inexacts et trop
élogieux de l’affaire ;
- les journalistes qui publient en connaissance de cause, les articles mensongers conformément à la
demande des fondateurs ou des administrateurs ;
- le commissaire aux comptes qui, en connaissance de cause, certifie sincère un bilan manifestement
frauduleux, ou qui conseille un dirigeant en vue de présenter à l’assemblée générale un bilan
comportant de graves inexactitudes
- le conseil juridique qui prépare les actes frauduleux destinés à être publiés
Au Cameroun cette infraction est punie d’une peine d’emprisonnement de 3 mois à 3 ans de prison et
d’une amende de 500.000 à 5.000.000 CFA ou l’une de ces deux peines seulement (article 5 de la Loi
N°2003/008 du 10 Juillet 2003 portant répression des infractions contenues dans certains actes
uniformes OHADA).

Section 4 : L’établissement du certificat de dépôt des souscriptions ou de versements et la


déclaration notarié mensongère

Les délits d’établissement frauduleux du certificat du dépositaire ou de la déclaration notariée de


souscription et de versement sont prévus par l’art.887 AUSCGIE alinéas 1 et 2 qui dispose : «
encourent une sanction pénale :

1) ceux qui, sciemment, par l’établissement de la déclaration notariée de souscription et de versement


ou du certificat du dépositaire, auront affirmé sincères et véritables des souscriptions qu’ils savaient
fictives ou auront déclaré que les fonds qui n’ont pas été mis définitivement à la disposition de la
société ont été effectivement versés ;

39
2) ceux qui auront remis au notaire ou au dépositaire, une liste des actionnaires ou des bulletins de
souscription et de versement mentionnant des souscriptions fictives ou des versements de fonds qui
n’ont pas été mis définitivement à la disposition de la société ».
On sait en droit que pour que l’existence et l’authenticité du capital d’une société par actions
nouvellement créée soient affirmées aux yeux du public, les fondateurs doivent faire une déclaration
chez le notaire ou le dépositaire (banquier) proclamant la sincérité des souscriptions et la réalité des
versements correspondants. Dès lors, si le certificat de dépôt contient des allégations qualifiées de
fausses, les auteurs de ces mensonges sont condamnables.
Au regard de ce qui précède, on peut comprendre que les faits faux qui entachent la déclaration
doivent porter sur les souscriptions qui sont alors fictives, ou encore sur les versements qui n’auront
pas du tout été réalisés ou mis à la disposition de la société.
Le Cameroun punit cette infraction d’une peine d’emprisonnement de 3mois à 3 ans et d’une amende
de 500.000 à 5.000.000 de francs CFA ou l’une de ces deux peines seulement (article 5 de la Loi
N°2003/008 du 10 Juillet 2003 portant répression des infractions contenues dans certains actes
uniformes OHADA).

40
CHAPITRE 2 : LES FRAUDES AU DEUXIEME DEGRE

Section 1 : Le délit d’émission illicite des valeurs mobilières

L’Article 886 dispose : « est constitutif d’une infraction pénale, le fait, pour les fondateurs, le
président-directeur général, le directeur général, l’administrateur général ou l’administrateur général
adjoint d’une société anonyme d’émettre des actions avant l’immatriculation ou à n’importe quelle
époque lorsque l’immatriculation est obtenue par fraude ou que la société est irrégulièrement
constituée ».
Les fondateurs et les administrateurs ont l’obligation de vérifier la régularité de la constitution de la
société et son immatriculation, avant de procéder à l’émission de titre. Faute de quoi, la loi s’applique
contre eux. Les irrégularités dont il est fait état constituent donc une condition, un préalable à
l’infraction. Ces irrégularités concernent l’inobservation de certaines règles relatives à la constitution
des sociétés anonymes, à l’émission avant l’immatriculation ou à la suite d’une immatriculation
frauduleuse.
En effet, l’émission d’actions est répréhensible si l’immatriculation fait défaut ou si, d’une façon
générale, les formalités de constitution ne sont pas régulièrement accomplies. Il s’agit précisément de
l’émission avant l’immatriculation de la société au registre du commerce et du crédit mobilier, et de
l’émission faite à toute époque si l’immatriculation est faite en fraude.
La fraude s’entend comme une action révélant chez son auteur une volonté manifeste de nuire à autrui
ou de tourner certaines prescriptions légales. Il s’avère que l’immatriculation représente une étape
fondamentale dans la vie sociale. Tant que la société n’est pas enregistrée, ses actions ne doivent pas
être émises : c’est un principe.
Le délit est constitué même en l’absence de mauvaise foi, par le seul fait de l’émission, dès lors qu’est
établie l’existence de l’une des irrégularités exigées. Le Cameroun a prévu une peine allant de 3 mois
à 3 ans de prison et une amende de 500.000 à 5.000.000 CFA ou l’une de ces deux peines seulement
(article 4 de la Loi N°2003/008 du 10 Juillet 2003 portant répression des infractions contenues dans
certains actes uniformes OHADA).

Section 2 : Les infractions relatives à la négociation d’action

L’article 888 de l’AUDSCGIE sanctionne ceux qui ont sciemment négocié des actions non
entièrement libérées, des actions de numéraire pour lesquelles le versement du quart du nominal n'a
pas été effectuée.

Pour que cette infraction soit constituée, l’auteur du délit doit avoir agit selon la loi en connaissance de
cause. Dans la pratique, cette intention est souvent présumée tout particulièrement à l’endroit des
dirigeants sociaux ou fondateurs. La loi camerounaise punit les contrevenants à une peine
d’emprisonnement de trois mois à trois ans et d’une amende de 500 000 à 5 000 000 de francs ou l’une
de ces deux peines seulement (article 6 de la Loi N°2003/008 du 10 Juillet 2003 portant répression des
infractions contenues dans certains actes uniformes OHADA).

41
Chapitre 3 : Le droit pénal et le fonctionnement des sociétés
On étudiera successivement les abus de biens sociaux, les infractions relatives aux acteurs de
contrôle et les infractions relatives au financement de la société.

Section 1 : Les abus de biens sociaux

Cette infraction est prévue par l'article 891 de l'acte uniforme relatif au droit des sociétés
commerciales et du Groupement d'intérêt économique qui dispose : « Encourent une sanction
pénale, le gérant de société à responsabilité limitée, les administrateurs, le Président
directeur général, le Directeur général, le président de la société par actions simplifiée,
l'administrateur général, ou l'administrateur général adjoint qui, de mauvaise foi, font des
biens ou de crédit de la société un usage qu'ils savaient contraire à l'intérêt de celle-ci, à des
fins personnelles, matérielles ou morales, ou pour favoriser une autre personne morale dans
laquelle ils étaient intéressés directement ou indirectement ».

Par ce texte, le législateur entend, sans restreindre les pouvoirs de gestion des dirigeants,
sanctionner leurs actes, faits juridiques où conventions, réelles ou simulées, portant atteinte au
patrimoine social et accomplis dans leur intérêt personnel.

§ 1 : Les éléments constitutifs de l’infraction

A – L’élément matériel de l’infraction

1 -L'usage des biens

Il faut un usage des biens de la société. On entend par usage, toute utilisation des biens de la
société. Il en est ainsi lorsqu'il y a appropriation ou dissipation des biens ; il s'agit en fait des
actes qui portent durablement atteinte au patrimoine de la société. Il en est de même lorsqu'il
y a un acte d'administration comme un prêt injustifié, un emprunt inutile ou l'utilisation
abusive d'un bien immobilier appartenant à la société.

La question s'est posée de savoir si on peut parler d'usage dans l'hypothèse d'une inaction du
dirigeant préjudiciable à la société. La jurisprudence semble répondre par l'affirmative. Il a été
jugé par exemple que le délit est constitué dans un cas où le dirigeant d'une société n'a pas
réclamé à une autre société dans laquelle il est intéressé le paiement de factures dues à la suite
de livraison ( crim-15 mars 1972, B. n° 1 07).

Cette interprétation extensive se retrouve aussi à propos de la notion de biens. Cette notion
s'entend de la manière la plus large possible, puisqu'elle recouvre l'ensemble du patrimoine
social à savoir des biens mobiliers et immobiliers, corporels et incorporels, dès lors qu'ils sont
la propriété de la société.

2- L'usage contraire à l'intérêt social.

Il faut en deuxième lieu que l'usage soit contraire à l'intérêt social. C'est la notion d'intérêt
social qui permet de tracer la frontière entre les actes normaux et les abus. On considère
comme contraire à l'intérêt social tout ce qui compromet l'actif social. C'est ce qui se passe

42
lorsque le dirigeant fait payer des dépenses personnelles par la société. C'est également ce qui
se passe lorsque le dirigeant reçoit une rémunération qui n'est pas due, parce que par exemple
elle n'est pas fixée par l'assemblée ou parce qu'étant fixée par l'assemblée, elle dépasse les
possibilités de la société ou est sans contrepartie.

3- L'usage des biens par les dirigeants

Les seuls auteurs possibles sont les dirigeants sociaux. On remarque que les dirigeants visés
sont les dirigeants de SARL, de SA et de SAS. On doit en déduire que le texte ne s'applique
pas lorsqu'il s'agit des sociétés de personnes. Le champ d'application exclusif est donc les
sociétés à risques limités.

B – L’élément intentionnel

Il se décompose en dol général et en dol spécial. Le dol général c'est l'intention d'user des
biens d'une manière contraire à l'intérêt de la société. Il faut donc non seulement que la
personne ait conscience d'agir contre l'intérêt de la société mais qu'en outre elle ait la volonté
d'agir contre cet intérêt.

Le dol spécial c'est la volonté de poursuivre un intérêt personnel ou de favoriser une société
ou entreprise dans laquelle on est intéressé directement ou indirectement. Le dol spécial existe
lorsque par exemple, le dirigeant veut préserver ses intérêts sur un plan purement matériel ou
professionnel.

§ 2 : La répression

Elles relèvent de la loi nationale des Etats-parties. La loi du Cameroun prévoit une peine
d’emprisonnement de 1 an à 5 ans et une amende de 2.000.000 à 20.000.000 cfa.

Section 2 : Les acteurs de contrôle

Le contrôle de la société est généralement effectué par les commissaires aux comptes c’est-à-
dire des experts chargés de veiller à la comptabilité de la société et de s’assurer que celle-ci
fonctionne dans les conditions exigées par la loi. En vue de s’assurer que le contrôle effectué
est crédible, le législateur a prévu des incriminations pour contrecarrer deux grands périls
relatifs à l’exercice de ce contrôle : l’absence de tout contrôle réel et les défauts de contrôle.

§1 : L’absence de tout contrôle réel

L’on distingue les entraves au contrôle des commissaires aux comptes, leur non-désignation et
leur non-convocation aux assemblées.

- Les obstacles au contrôle des commissaires aux comptes :

Cette infraction est visée par l’article 900 de l’AUDSCGIE, et s’applique aux dirigeants
sociaux ou toute personne au service de la société qui, sciemment, ont fait obstacle aux
vérifications ou au contrôle des commissaires aux comptes, ou qui ont refusé la
communication, sur place, de toutes pièces utiles à l’exercice de leur mission et notamment de
tous contrats, livres, documents comptables et registres de procès-verbaux.
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Toute personne coupable de cette infraction est punie d’un emprisonnement de deux à cinq
ans et d’une amende de 500 000 à 5 000 000 de FCFA, ou de l’une de ces deux peines
seulement.

- La non-désignation et la non-convocation aux assemblées des commissaires aux


comptes

Prévue par l’article 897 de l’AUDSCGIE, cette infraction concerne les dirigeants sociaux qui
n’auront pas provoqué la désignation des commissaires aux comptes de la société ou ne les
ont pas convoqués aux assemblées générales. Ce délit est un délit d’omission comme
l’expriment les termes « ne pas avoir provoqué la désignation des commissaires aux comptes
». Il peut aussi être un délit d’imprudence qui suppose bien évidemment la preuve d’une
faute de négligence si les dirigeants omettent d’accomplir les diligences nécessaires pour la
convocation de l’assemblée qui désigne les commissaires.

Cette infraction est punie des mêmes peines que l’infraction d’obstacle au contrôle des
commissaires aux comptes.

§2 : Les défauts de contrôle opéré

Il s’agit des incompatibilités frappant les commissaires aux comptes, des informations
mensongères et de la non-révélation des faits délictueux.

- Les incompatibilités frappant les commissaires aux comptes

Il ressort de l’article 898 de l’AUDSCGIE, qu’encourt une sanction pénale, toute personne
qui, soit en son nom personnel, soit à titre d'associé d'une société de commissaires aux
comptes, a sciemment accepté, exercé ou conservé des fonctions de commissaires aux
comptes, nonobstant les incompatibilités légales.

Toute personne coupable de cette infraction, est punie d’un emprisonnement de deux à cinq
ans et d’une amende de 200 000 à 5 000 000 FCFA, ou de l’une de ces deux peines
seulement.

- Les informations mensongères et la non-révélation des faits délictueux

L’article 899 sanctionne tout commissaire aux comptes qui, soit en son nom personnel, soit à
titre d'associé d'une société de commissaires aux comptes, a sciemment donné ou confirmé
des informations mensongères sur la situation de la société ou qui n'a pas révélé au ministère
public les faits délictueux dont il a eu connaissance.

Le mensonge incriminé consiste en toute inexactitude sur la situation de la société telle


qu’elle résulte des documents comptables. L’intention coupable qui est la connaissance du
caractère mensonger de l’information n’est pas difficile à établir dans la mesure où les faits
révèlent cette intention sans équivoque.

Les auteurs de cette infraction sont passibles d’un emprisonnement de deux à cinq ans et
d’une amende de 500 000 à 5 000 000 de francs ou de l’une de ces deux peines seulement.

44
Section 3 : Le financement de la société

§1 : Les informations sur le financement

A- La présentation ou la publication des comptes inexacts

Cette infraction est prévue par l’article 890 de l’AUDSCGIE qui dispose : encourent une
sanction pénale, les dirigeants sociaux qui ont sciemment, même en l'absence de toute
distribution de dividendes, publié ou présenté aux actionnaires ou associés, en vue de
dissimuler la véritable situation de la société, des états financiers de synthèse ne donnant pas,
pour chaque exercice, une image fidèle des opérations de l'exercice, de la situation financière
et de celle du patrimoine de la société, à l'expiration de cette période.

1- L’élément matériel de l’infraction

Dissimuler la vérité c’est mentir. Le moyen du mensonge est constitué de la publication ou de


la présentation aux actionnaires des états financiers. Le contenu du mensonge consiste à
dissimuler la véritable situation de la société.

2- L’élément intentionnel

L’on doit avoir agi sciemment et avoir la volonté de dissimuler la véritable situation de la
société.

Cette infraction est réprimée par l’article 318 du Code pénal relatif à l’escroquerie.

B- La distribution des dividendes fictifs

L'article 889 de I'AUSC dispose au sujet de cette infraction que : « Encourent une sanction pénale,
les dirigeants sociaux qui, en l'absence d’inventaire ou au moyen d'inventaire frauduleux, auront,
sciemment, opéré entre les actionnaires ou les associés la répartition de dividendes fictifs ».

L'infraction suppose la réunion de trois éléments fondamentaux : un inventaire fictif ou frauduleux


(1), une répartition de dividendes (2) et la mauvaise foi des dirigeants sociaux (3). Si ces éléments
sont caractérisés, les peines peuvent être appliquées aux coupables (4).

1- Le préalable de l'inventaire fictif ou frauduleux

L'infraction de répartition de dividendes fictifs suppose qu'il n'y a pas eu d'inventaire ou que
l'inventaire était frauduleux. L'absence d'inventaire ayant précédé la répartition de dividendes est une
hypothèse très théorique.

En effet, les dirigeants sociaux comme les commerçants ont l'obligation de faire l'inventaire des
éléments d'actifs et de passifs de leurs entreprises et d'arrêter les comptes en vue d'établir le compte
des pertes et profits.

Le bilan, résumé synthétique de l'inventaire renseigne sur la véritable situation de l'entreprise et


permet d'apprécier l'opportunité de la distribution ; dans bon nombre de cas, les dirigeants s'arrangent
à légitimer la répartition en faisant un inventaire frauduleux.

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L'inventaire frauduleux se décèle de deux manières : tantôt, la fraude consiste à majorer l'actif, tantôt
elle consiste à minorer le passif, pour justifier l'existence de bénéfices à partager ou même pour grossir
artificiellement le bénéfice réel.

2- Le caractère fictif des dividendes repartis

Le dividende correspond à la part de bénéfice attribué à chaque actionnaire ou associé. L'article 144
de l'AUDSCGIE précise que la répartition de dividendes doit s'effectuer après approbation des états
financiers de synthèse et constatation de l'existence des sommes distribuables que l'assemblée
générale détermine.

Chaque part sociale ou action a droit à un dividende correspondant et équipollent ; tout dividende
distribué en violation des exigences de l'article 144 est considéré comme fictif.

3- La mauvaise foi de l'auteur ou l'élément intentionnel

L'infraction doit avoir été commise en connaissance de cause. L'article 889 de I'AUSC emploie les
termes «frauduleux », «sciemment» qui renvoient à l'exigence de la mauvaise foi du dirigeant social.

Il s'en suit que les personnes poursuivies doivent connaître le caractère fictif des dividendes répartis,
l'absence d'inventaire ou l'existence d'inventaire frauduleux ; la mauvaise foi doit être constatée
lorsque le dividende fictif procède d'un inventaire inexact ; elle semble au contraire présumée si aucun
inventaire n'a été fait.

4- La répression de la répartition des dividendes fictifs

D'après la loi camerounaise, les dirigeants sociaux, auteurs de l'infraction sont passibles d'un
emprisonnement d'un à cinq ans et d'une amende de 1 000 000 à 10 000 000 de francs ou de l'une de
ces deux peines seulement ; le juge a donc la possibilité d'appliquer l'une et l'autre peine ou une
seule sanction.

§2 : Les procédés de financement

De nombreuses opérations ayant une incidence sur le capital social sont susceptibles d’intervenir au
cours de la vie de la société. La loi détermine les conditions dans lesquelles les modifications du
capital social peuvent être décidées et mises en œuvre et sanctionne pénalement les transgressions.
Mais avant d’en arriver là, il y a des précautions préalables.

A- Les précautions préalables

Elles figurent à l’article 905 de l’AUDSCGIE qui réprime les présidents, les administrateurs ou les
directeurs généraux de société qui ont émis des valeurs mobilières offertes au public :

1°) Sans qu'une notice soit insérée dans un journal habilité à recevoir les annonces légales,
préalablement à toute mesure de publicité ;

2°) Sans que les prospectus et circulaires reproduisent les mentions de la notice prévue et contiennent
la mention de l'insertion de cette notice au journal habilité à recevoir les annonces légales avec
référence au numéro dans lequel elle a été publiée ;

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3°) Sans que les affiches et les annonces dans les journaux reproduisent les mêmes mentions, ou tout
au moins un extrait de ces mentions avec référence à ladite notice, et indications du numéro du journal
habilité à recevoir les annonces légales dans lequel elle a été publiée ;

4°) Sans que les affiches, les prospectus et les circulaires mentionnent la signature de la personne ou
du représentant de la société dont l'offre émane et précisent si les valeurs offertes sont cotées ou non
et, dans l'affirmative, à quelle bourse.

B- L’augmentation du capital

Les infractions relatives à l’augmentation du capital social sont consacrées par les articles 893, 894 et
895 de l’AUSCGIE. Le législateur a tenu à protéger les conditions de l’augmentation, et le droit
préférentiel de souscription des actionnaires.

1- La protection des conditions de l’augmentation

Aux termes de l’article 893 de l’AUSCGIE, encourent une sanction pénale, les administrateurs, le
président du conseil d'administration, le président-directeur général, le directeur général, le directeur
général adjoint, l'administrateur général, l'administrateur général adjoint d'une société anonyme ou le
président d'une société par actions simplifiée qui, lors d'une augmentation de capital, ont émis des
actions ou des coupures d'actions :

1°) avant que le certificat du dépositaire ait été établi ;

2°) sans que les formalités préalables a l'augmentation de capital aient été régulièrement accomplies ;

3°) sans que le capital antérieurement souscrit de la société ait été intégralement libéré ;

4°) sans que les actions nouvelles aient été libérées d'un quart au moins de leur valeur nominale au
moment de la souscription ;

5°) le cas échéant, sans que l'intégralité de la prime d'émission ait été libérée au moment de la
souscription.

En outre, encourent une sanction pénale, les gérants d'une société a responsabilité limitée qui, lors
d'une augmentation de capital, ont émis des parts sans que ces nouvelles parts aient été libérées de la
moitié au moins de leur valeur nominale au moment de la souscription (article 893-1).

2- La protection du droit préférentiel de souscription

Une augmentation du capital peut se traduire par l’entrée de nouveaux actionnaires dans la société où
ils viennent concurrencer les anciens associés. Pour protéger leurs droits acquis sur les réserves et les
bénéfices, la loi leur accorde un droit préférentiel de souscription. Elle étant cette protection à certains
obligataires.

L’article 894 érige en infraction :

- La méconnaissance par les dirigeants sociaux du droit préférentiel de souscription des actions
de numéraire lorsque ce droit n'a pas été supprimé par l'assemblée générale et que les
actionnaires n'y ont pas renoncé ;

- L’inobservation du délai de ce droit préférentiel de souscription qui est de 20 jours à compter


de l’ouverture de la souscription,

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- L’attribution de nouvelles actions en violation des règles de la proportionnalité,

- La méconnaissance des droits des titulaires de bons de souscription.

C- La réduction du capital social

Elle est prévue par l’article 896 qui punit les administrateurs, le président-directeur général, le
directeur général, le directeur général adjoint, le président de la société par actions simplifiée,
l'administrateur général ou l'administrateur général adjoint qui, sciemment, ont procédé à une
réduction de capital :
1°) sans respecter l'égalité des actionnaires ;
2°) sans avoir communique le projet de réduction de capital aux commissaires aux comptes quarante-
cinq (45) jours avant la tenue de l’assemblée générale appelée à statuer sur la réduction de capital.

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Chapitre 5 : La dissolution et la liquidation de la société

La dissolution marque la fin de la vie de la société-personne morale. Elle peut en principe être légale,
amiable ou judiciaire. Cet évènement important doit être publié pour pouvoir être opposé aux
tiers.

Le droit pénal assure la protection de toutes les personnes dont les intérêts sont menacés quand il est
impérieux que la société soit dissoute.

Section 1 : La perte de la moitié du capital social

Aux termes de l’article 901 AUSC : « encourent une sanction pénale, les dirigeants sociaux qui,
sciemment, lorsque les capitaux propres de la société deviennent inférieurs à la moitié du capital
social du fait des pertes constatées dans les états financiers de synthèse :

- n’auront pas fait convoquer, dans les quatre mois qui suivent l’approbation des états
financiers de synthèse ayant fait apparaître ces pertes, l’assemblée générale extraordinaire à
l’effet de décider, s’il y a lieu, la dissolution anticipée de la société ;

- n’ont pas déposé au registre du commerce et du crédit mobilier et publié dans un journal
habilité à recevoir les annonces légales, la dissolution anticipée de la société ».

Au Cameroun, la peine est de 2 ans à 5 ans de prison et d’une amende de 500 000 à 5 000 000 CFA
ou l’une de ces deux peines seulement.

Section 2 : La liquidation de la société

Les incriminations relatives à la liquidation de la société sont prévues par les articles 902,903, 904 et
905 de l’Acte uniforme sur les sociétés commerciales et le groupement d’intérêt économique. Ces
dispositions déterminent les abstentions punissables, les infractions d’abus de biens sociaux et de
cession d’actifs et celles relatives à la clôture de la liquidation.

§1 : Les abstentions punissables

Elles sont prévues par l’article 902 qui dispose : encourt une sanction pénale, le liquidateur d’une
société qui, sciemment :

1) n’aura pas dans le délai d’un mois à compter de sa nomination, publié dans un journal habilité à
recevoir les annonces légales du lieu du siège social, l’acte le nommant liquidateur et déposé au
RCCM les décisions prononçant la dissolution ;

2) n’aura pas convoqué les associés, en fin de liquidation, pour statuer sur le compte définitif de la
liquidation, sur le quitus de sa gestion et la décharge de son mandat et pour constater la clôture de
la liquidation ;

3) n’aura pas, dans le cas prévu à l’art.219 du présent Acte uniforme, déposé ses comptes
définitifs au RCCM, ni demandé en justice leur approbation.

Le Cameroun punit cette infraction d’un emprisonnement de 2 ans à 5 ans et d’une amende allant de
500 000 à 5 000 000 CFA ou l’une de ces deux peines seulement.

§2 : Les abus d’usage de biens sociaux et de cession d’actifs

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L’alinéa 1 de l’article 904 punit le liquidateur qui, de mauvaise foi a fait des biens ou du crédit de la
société en liquidation, un usage qu'il savait contraire à l'intérêt de celle-ci, à des fins personnelles ou
pour favoriser une autre personne morale dans laquelle il est intéressé, directement ou indirectement.

L’alinéa 2 puni celui qui a cédé tout ou partie de l'actif de la société en liquidation a une personne
ayant eu dans la société la qualité d'associe en nom, de commandité, de gérant, de membre du conseil
d'administration, d'administrateur général ou de commissaire aux comptes, sans avoir obtenu le
consentement unanime des associés ou, à défaut, l'autorisation de la juridiction compétente. La peine
est de 1 an à 5 ans de prison et une amende de 2 000 000 à 20 000 000 CFA.

§3 : La clôture de la liquidation

L’article 902 punit celui qui en fin de liquidation, n’aura pas convoqué les associés pour statuer sur le
compte définitif de la liquidation, sur le quitus de sa gestion et la décharge de son mandat et pour
constater la clôture de la liquidation. Est également puni, celui qui n’aura pas déposé ses comptes
définitifs au RCCM

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