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2018-2019

DROIT INTERNATIONAL
PUBLIC (DROI-C4001)
NOTES DE COURS

FLORE BELENGER


Droit international public :

Introduction : L’ordre juridique international 6

CHAPITRE 1. – L’ORDRE JURIDIQUE INTERNATIONAL 6

I. Introduction générale 6

II. Qu’est-ce que le droit international ? Une perspective historique 8


A. Le droit international classique doctrinal (15/16 ) : droit mondial, chrétien, papauté 8
e

B. L’émergence d’un droit international moderne des Etats nations (16/17 ) : droit naturel rationnel et
e

souveraineté 10
C. La consolidation du droit international moderne (19 /1945) : positivisme juridique et mission de
e

civilisation 11
D. La guerre froide : un droit international libéral ? 13
E. Le « nouvel ordre mondial » (1990/-) : vers une déformalisation et une fragmentation du droit ? 14

III. Le droit international est-il du « droit » ? 16


A. Droit international et droits internes 16
B. Le droit international est-il un ordre juridique ? 19
Position du Royaume-Uni 22

IV. Qui peut et comment doit-on interpréter le droit international ? 23


A. Importance de l’interprétation 24
B. Principes d’interprétation de la Convention de Vienne de 1969 sur le droit des traités 24
C. Le statut des principes d’interprétation 25
D. Avis sur les Armes nucléaires 25
Partie I.- Les sujets de l’ordre juridique international 28

CHAPITRE 2.- LA CRÉATION DE L’ETAT 28

I. L’existence de l’Etat, une question de fait ? 28


A. Le territoire 29
B. La population 29
C. Le gouvernement (souverain) 29

II. L’existence de l’Etat, une question de droit ? 32


A. Le droit à l’autodétermination comme droit de créer un nouvel Etat 32
B. L’application du principe ex injuria jus non oritur 36

III. Le problème de la reconnaissance de l’Etat 39


A. La compétence discrétionnaire de reconnaitre 39
B. La reconnaissance, déclarative ou constitutive d’un Etat ? 41

IV. La problématique de la succession d’Etat 43


A. Un Etat peut-il disparaitre ? 44
B. La succession au sein des organisations internationales 44
C. La succession aux droits et obligations 46

V. C.I.J., Avis consultatif sur la Conformité au droit international de la déclaration unilatérale


d’indépendance relative au Kosovo, Recueil 2010, 22 juillet 2010, pp. 436-438, §§ 79 à 84 et p. 452, § 123. 47

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CHAPITRE 3.- LES FRONTIÈRE DE L’ETAT 49

I. L’accord comme critère fondamental de délimitation : la relativité de la frontière 50


A. L’accord comme critère 51
B. Les modalités de l’accord : la souplesse du procédé 53
C. L’interprétation de l’accord : titres et effectivités 54

II. Cas de la succession d’Etats : le principe général de l’uti possidetis comme substitut à l’accord 56
A. L’uti possidetis juris et la stabilité des frontières internationales 56
B. L’uti possidetis juris : une technique appliquée progressivement transformant les limites administratives
en frontières internationales 57
C. L’uti possidetis juris : une règle coutumière qui s’impose aux Etats ? 59

III. Le cas de la mer et de l’espace extra-atmosphérique : « patrimoine commun de l’humanité » ou


espaces à partager entre états ? 61
A. Contexte juridique et politique 61
B. Présentation des espaces maritimes 63
C. L’espace extra-atmosphérique 67
D. Les principes de délimitation 67

CHAPITRE 4.- L’EXERCICE DE LA SOUVERAINETÉ 73

I. Une souveraineté encadrée par l’ordre juridique international : un paradoxe ? 73

II. Les compétences nationales des Etats confrontées aux impératifs de la coopération 75
A. Les compétences territoriales 75
B. Les compétences extraterritoriales 77

III. Le principe de non-intervention : une limite générale à l’exercice par les Etats de leur souveraineté ?
79
A. Un principe fondamental du droit international positif 80
B. Une interprétation délicate : les incertitudes des deux éléments constitutifs du principe 80
C. Un succès rhétorique lié à des mécanismes d’instrumentalisation politique 81

IV. Des limites spécifiques : le respect des immunités, entre aspiration morale universaliste et
consécration du pouvoir des Etats 84
A. Logiques, fondement et sources du principe 84
B. Les remises en cause du principe : immunités des Etats v. droits de la personne 86

V. C.I.J., Affaire des Immunités (Allemagne c. Italie), Recueil 2012, pp. 121- 145, §§ 52-106, et § 139. 88

CHAPITRE 5.- LES ORGANISATIONS INTERNATIONALES 89

I. La définition et la personnalité juridique de l’organisation internationale : institution propre ou simple


résultat d’un accord entre Etats ? 90
A. Qu’est-ce qu’une O.I. ? 90
B. Les conséquences de la personnalité juridique des O.I 102

II. Les compétences de l’organisation internationale : fruit de l’attribution par les Etats ou pouvoirs
autonomes ? 103
A. Le principe de spécialité 103
B. Les compétences implicites 105

III. L’ONU, incarnation de la « communauté internationale »? 108


A. L’Assemblée générale : un organe démocratique sans réel pouvoir ? 111
B. Le Conseil de sécurité : un organe autoritaire et hyperpuissant ? 121

3
C. La Cour internationale de Justice : un juge constitutionnel ? 126

CHAPITRE 6.- LES PERSONNES PRIVÉES 131

I. Le développement des droits de la personne : portée et limite de l’universalité 132


A. Le foisonnement d’instruments protecteurs des droits de la personne : une tendance à l’universalité
133
B. La multiplication des droits garantis 134
C. La relativité des droits garantis 135

II. Les mécanismes de mise en œuvre : au-delà de l’Etat? 141

III. Le développement des obligations pour les individus : un droit de la « communauté internationale »?
147

Partie II.- Les sources du droit international 163

CHAPITRE 7.- LA COUTUME 163

I. La place de la coutume dans le système des sources du droit international: les approches volontariste
et objectiviste en tension 164
A. Les approches divergentes du phénomène coutumier et du système des sources 164
B. Les relations entre la coutume et les autres sources du droit international 168

II. Les éléments constitutifs de la coutume : comment un fait peut-il se transformer en droit? 173
A. La pratique 173
B. L’opinio juris sive necessitatis 173

III. Evolution de la coutume : les paradoxes d’une source à la fois dynamique et stabilisatrice 179

CHAPITRE 8.- LES TRAITÉS 184

I. La définition et la validité des traités : l’accord, une construction ? 185

II. Les conditions de naissance, d’extinction ou de suspension des obligations conventionnelles : un


régime objectif ? 191

III. Le principe de relativité des traités et ses limites 195


A. Le principe de la relativité des traités 196
B. Les réserves : une consécration de la relativité ? 197
C. Les relations entre traités 201

CHAPITRE 9.- LES AUTRES SOURCES 205

I. Les engagements unilatéraux 206

II. Les actes des organisations internationales 211


A. Un droit conventionnel dérivé ? 212
B. Des effets juridiques par le biais d’autres sources de droit international ? 212

III. Les principes généraux de droit 215


A. Des éléments constitutifs strictement définis ? 218

IV. La jurisprudence et la doctrine : des « moyens auxiliaires de détermination du droit » ? 219

4
V. C.I.J., Affaire des Activités armées sur le territoire du Congo (nouvelle requête : 2002) (République
démocratique du Congo c. Rwanda), arrêt du 3 février 2006, Recueil 2006, par. 45-70. 225
Partie III. La mise en œuvre du droit international 226

CHAPITRE 10.- LE DROIT INTERNATIONAL ET LA GUERRE 226

I. La portée de l’interdiction du recours à la force : jus contra bellum ou jus ad bellum ? 226
A. L’intervention sur invitation 227
B. L’action militaire menée sous supervision du Conseil de sécurité 231
C. Un « droit d’ingérence humanitaire ? » 233

II. La légitime défense, un « droit naturel » ? 235


A. La « légitime défense préventive », contre une menace d’attaque : un oxymore ? 235
B. La « guerre contre le terrorisme » : quelle responsabilité pour les « Etats défaillants » ? 237

III. Le droit des conflits armés (jus in bello) : peut-on humaniser la guerre ? 242
A. L’applicabilité du droit des conflits armés : les débats entourant la qualification du conflit 242
243
B. Les règles de base du droit des conflits armés: droit humanitaire et nécessités militaires 246

CHAPITRE 11.- LA RESPONSABILITÉ INTERNATIONALE 250

I. Les difficultés liées à l’attribution du comportement d’un Etat 251


A. L’attribution de principe du comportement des organes officiels ou habilités à exercer des prérogatives
de puissance publique 251
B. L’attribution exceptionnelle à l’Etat du comportement de personnes ou entités privées 253

II. Les « circonstances excluant l’illicéité » : une consécration du réalisme? 258

III. La mise en œuvre aléatoire de la responsabilité internationale 260


A. Qui doit mettre en œuvre la responsabilité ? 261
B. Qui peut mettre en œuvre la responsabilité ? 263
C. Comment mettre en œuvre la responsabilité ? Rétorsions et contre-mesures 267

IV. La responsabilité limitée des organisations internationales 269


A. Les difficultés liées à l’établissement et à la mise en œuvre de la responsabilité des organisations
internationales 269
B. La responsabilité des Etats: une solution aux problèmes liés à la mise en œuvre de la responsabilité des
organisations internationales? 269

CHAPITRE 12.- LE RÈGLEMENT PACIFIQUE DE DIFFÉRENDS 271









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Introduction : L’ordre juridique international
Chapitre 1. – L’ordre juridique international

I. Introduction générale

En matière de droit international, deux dimensions s’opposent :
- Une dimension éthique, universaliste qui aspire à la justice universelle. C’est cette
vision qui a présidé au projet de Cour pénale internationale, cour compétentes pour
connaitre de certains crimes fondamentaux, notamment crimes contre l’humanité et
indépendance de tous Etats et du Conseil de sécurité.
- Une dimension politique, qui identifie les Etats comme premiers acteurs du droit
international et le subordonne aux rapports de force, à la pratique.

Tous les Etats prétendent incarner la démocratie et les droits de l’Homme.
Ex : la Chine accuse la Suède de violation des Droits de l’Homme.
Ex : le Cas des « Rohingyas » au Myanmar pour lequel la CPI s’est reconnue compétente au
départ du facteur d’extranéité, Bengladesh, alors que le Myanmar est hors du système de la
CPI.

« L’internationale »
On retrouve dans les paroles de ce chant des références ambivalentes.
En effet, « la loi triche » fait référence à la loi du plus fort, du riche qui dépossède les pauvres
et pose une critique du droit comme étant quelque chose d’arbitraire, produit du pouvoir
politique et non légitime.
Ensuite, « L’égalité vaut d’autres lois » fait la critique d’un droit particulier au nom d’un autre
droit, qui serait établissable uniquement par le biais de l’internationale, qui dépasse le droit
des différents Etats.

On a donc une 1e vision du droit comme produit de la remontée des classes, qui oblige par
exemple les Etats au libre-échange. Cependant, tous les Etats ne sont pas obligés d’adhérer à
un traité de libre-échange. Les traités sont à la disposition des Etats (cf : débats // CETA et le
Canada). On peut considérer que la volonté de l’Etat d’adhérer ou non dépend des rapports
de force.

Ensuite, une 2e vision émerge qui tend à voir le droit international comme des règles et
principes universels. Ce droit s’imposerait à tous, universellement et viendrait d’en haut. On
retrouve aussi cette dimension dans la chanson avec l’idée que l’internationale dépasserait la
dimension politique au nom de la dimension éthique.

Des limites existent. En effet, Il est plus réaliste de concevoir que le droit est aussi produit de
rapports de force. Cependant, il y a risque de lui enlever alors toute sa portée utopiste de
transformation.



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« Couverture du Précis »
Cette couverture illustre aussi la tension, avec les roses pour le côté idéaliste notamment et
les fusils pour le côté réaliste.

« Le pont de la rivière KWAI »
Dans un camp de prisonniers en Thailande, pays alors actuellement occupé par les japonais,
des soldats britanniques ont été faits prisonniers.
La question qui se pose est de savoir si les officiers peuvent être tenus à faire des travaux
manuels. Le droit international et la Convention de Genève sont mobilisés, tout dépend des
rapports de force et finalement, la disposition sera appliquée. Les officiers ne travailleront pas
mais dirigeront les travaux.
« Les lois du monde civilisé » à côté universaliste du droit international ; prétention qui n’est
pas forcément vraie. Notons que le Japon n’est pas partie à cette Convention et n’est donc
pas obligé de respecter cette règle, qui s’impose par sa propre force éthique et l’image de
monde civilisé qu’elle véhicule.

En principe, l’universalisme et le particularisme s’opposent. L’universalisme est plus un idéal
universaliste, une prétention qu’une réalité.

Clivage entre droit Providence et droit Libéral
Le droit libéral est un droit qui a pour vocation la coexistence entre acteurs qui n’ont pas du
tout les mêmes conceptions. Chacun peut maintenir sa propre conception, renonçant à
imposer à l’autre ses propres valeurs au nom du pluralisme, de la diversité et de la
coexistence.
Le droit providence est un droit qui, au-delà de la coexistence, de la paix et de la sécurité
pense que d’autres valeurs devraient intégrer le contenu du droit international. Véhicule par
excellence de qui sont considérées être des valeurs universelles telles que les droits de
l’homme, le bonheur, la justice.

Droit utopiste v. Droit apologétique
Le droit utopiste est un droit de grands principes, détaché de la pratique qui ne prend
absolument pas en compte la réalité des rapports de forces.
Le droit apologétique conçoit le droit international comme produit de ce que font les Etats. Il
n’y a plus de droit si on fait l’apologie de ce que font les uns et les autres.
Si parce que les Etats torturent, il n’y a plus d’interdiction de la torture, alors il n’y a plus de
droit. Ce n’est pas neutre comme position.

Droit idéaliste v. Droit réaliste
Le droit idéaliste (- fort qu’utopiste) véhicule l’idée que des idéaux doivent accompagner
l’observation de la réalité.
Le droit réaliste quant à lui conçoit le droit international comme inexistant et le remplace par
l’intérêt des Etats.

Droit volontariste v. objectiviste
Le droit volontariste véhicule l’idée que le droit international est produit de la volonté des
Etats et ne s’impose pas objectivement mais par le force.

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Ex : la peine de mort n’est pas interdite en Droit international. Elle a été abolie par les
membres du Conseil de l’Europe mais pour d’autres états, elle n’est pas interdite.
Le droit objectiviste vise l’idée que certaines normes sont mises en place par les Etats parce
qu’elles s’imposent à eux, objectivement. Ainsi, la torture serait interdite par une règle
générale car elle est objectivement incompatible avec la dignité humaine.

Il y a toujours une tension entre ces courants (ßà)
Éthique Politique
Universalisme Particularisme
Droit providence Droit libéral
Utopiste Apologétique
Idéaliste Réaliste
Objectiviste Volontariste



II. Qu’est-ce que le droit international ? Une perspective historique
A. Le droit international classique doctrinal (15/16e) : droit mondial, chrétien,
papauté

Sur cette carte, on peut voir le côté très européo-centré dès les débuts du droit international.
Le droit international était alors très relié à la religion catholique.
Notons que parler de droit international à l’époque est un anachronisme et qu’on parlait alors
plutôt de principes universels qui doivent s’appliquer partout dans le monde.


Figure 1- planisphère de Cantino 1502

Il existe à l’époque de grandes controverses telles que « Les indiens sont-ils des sujets de
droit ? Doit-on les assimiler à des animaux ? » qui sont réglées sur la base de la religion.

Les Grands penseurs de l’époque sont les ecclésiastiques, les théologiens.

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Il faut également mettre en place des règles pour que les Grandes puissances ne se fassent
pas trop la guerre.
Le traité de Tordesillas (1494) est un traité liant l’Espagne et le Portugal. Il met en forme et en
force une Bulle papale. Le pape a délimité les territoires entre Espagne et Portugal en traçant
une ligne à l’aide d’un compas : tout ce qui était à l’Est de cette ligne appartenait à l’Espagne,
tout ce qui était à l’Ouest au Portugal. Cette ligne, tracée par le pape, représente la volonté
du Pape et donc la volonté de Dieu. Cela traduit la dimension éminemment éthique de
l’époque où la décision n’est ni arbitraire, ni contingente puisque Dieu a guidé la main du
Pape. Notons qu’on retrouve tout de même une dimension plus politique, puisque la bulle
papale a été traduite dans un traité entre les Etats, qui devaient accepter ou non cette décision
du pape.
« Ferdinand et Isabelle, par la grâce de Dieu, Roi et Reine de Castille, de Léon, d’Aragon, de
Sicile, de Grenade, de Tolède, de Galice [...]. Ainsi, son altesse, le sérénissime Roi de Portugal,
notre frère bien aimé, nous a dépêché ses ambassadeurs et mandataires [...] afin d’établir, de
prendre acte et de se mettre d’accord avec nous [...] sur ce qui appartient à l’un et à l’autre
de l'océan qu'il reste encore à découvrir.
Leurs altesses souhaitent [...] que l’on trace et que l'on établisse sur ledit océan une frontière
ou une ligne droite, de pôle à pôle, à savoir, du pôle arctique au pôle antarctique, qui soit
située du nord au sud [...] à trois cent soixante-dix lieues des îles du Cap-Vert vers le ponant
[...]; tout ce qui jusqu’alors a été découvert ou à l’avenir sera découvert par le Roi de
Portugal et ses navires, îles et continent, depuis ladite ligne telle qu’établie ci-dessus, en se
dirigeant vers le levant [...] appartiendra au Roi de Portugal et à ses successeurs [...]. Et ainsi,
tout ce qui, îles et continent [...], est déjà découvert ou viendra à être découvert par les Roi
et Reine de Castille et d’Aragon [...], depuis ladite ligne [...] en allant vers le couchant [...]
appartiendra auxdits Roi et Reine de Castille [...] ».


Francisco de Vitoria, « Relectiones Theologicae »
« Il y a une et une seule juste cause qui permet de déclencher une guerre : un dommage subi.
Cela découle d’abord de l’autorité de Saint-Augustin (Liber 83 Quaestionum, ...) mais aussi de
celle de Saint-Thomas (Secunda Secundae, qu. 40, art. I) ainsi que de l’opinion de tous les
autres penseurs... Il ne peut y avoir de vengeance s’il n’y a pas de faute et de dommage
préalables... Il est donc clair que nous ne pouvons tourner notre épée contre ceux qui ne nous
blessent pas, le massacre d’innocents étant interdit par le droit naturel. Je réserve ici tout
ordre contraire que Dieu pourrait donner dans un cas particulier, car Il est le Maître de la vie
et de la mort et Il est de Sa compétence d’édicter toute règle ou décision qu’Il jugerait utile
».

Le titre de cet Ouvrage de Francisco se réfère à Saint-Augustin et Saint-Thomas, au droit
naturel et à Dieu. Le droit naturel s’impose par son universalité, par les évangiles et par Dieu,
et sa compétence à édicter toute règle et prendre toute décision qu’il jugerait utile.
L’universalité se traduit par la croyance dans la figure de Dieu.




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B. L’émergence d’un droit international moderne des Etats nations (16/17e) : droit
naturel rationnel et souveraineté

Le protestantisme connait un avènement en Europe. Le Traité de Westphalie est consécutif
aux guerres de religions et a pour but d’y mettre fin. Ce traité exprimerait un changement de
paradigme, glissement vers le droit libéral et un pôle plus politique. Admettre la pluralité
serait la seule manière d’éviter d’autres guerres de religion.
On a une idée de souveraineté : au sein de chaque état, se trouve un souverain, lequel ne peut
imposer sa religion aux autres. A l’origine, la souveraineté est basée sur le principe de la liberté
de religion et d’expression. Il revient en fait pour le souverain à accepter que ce qu’il estime
juste n’est pas forcément juste pour tout le monde et qu’il n’a pas la légitimité de l’imposer
aux autres.



Traité de Munster (1648)
« III. Et afin que l’amitié réciproque entre l’Empereur et le Roi très-chétien, les Électeurs,
les Princes, et les États de l’Empire se conserve d’autant plus ferme et sincère [...] l’un
n’assistera jamais les ennemis présens ou à venir de l’autre, sous quelque titre et
prétexte que ce soit, ou pour raison d’aucune dispute ou guerre contre un autre, ni
d’armes, ni d’argent, ni de soldats, ni d’aucune sorte de munitions, ni autrement ; ni
ne recevra, logera ou laissera passer par ses terres aucunes troupes, qui pourroient être
conduites par qui que ce soit contre quelqu’une des parties comprises dans cette
pacification ».

Ce texte reprend le principe de non-intervention. Il témoigne du fait que la dimension éthique
ne disparait pas totalement. On retrouve presque ici la disposition 26-25 de 1970.

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On ne peut intervenir auprès des autres, pas les soutenir même si on trouve que la cause est
juste. On est encore dans une dimension éthique mais qui a évolué vers un Roi-chrétien.

Grotius, De Jure Belli ac Pacis, 1625.
« Suivant le droit naturel, lorsqu’il s’agit de repousser une agression, ou de punir celui-là
même qui s’en est rendu coupable, aucune déclaration [de guerre] n’est requise. Et c’est ce
que l’éphore Sthénélaïdas dit dans Thucyclide [...], Latinus, dans Denys d’Halyrcanasse [...].
Et Elien dit, d’après Platon, que ‘la guerre qu’on entreprend pour repousser une agression,
n’est pas déclarée par le héraut, mais par la nature’ ».

Grotius ne se réfère plus à Dieu, et une dimension de droit naturel vient remplacer cette
dimension religieuse. L’idée étant qu’un droit naturel s’impose naturellement. Ce texte reflete
l’objectivisme. L’objectivisme a ceci d’ambigu qu’il est très teinté de droit nturel, cela s’impose
objectivement, naturellement. L’idée peut également être de dire « puisqu’on l’a toujours fait,
c’est naturel ». Le droit naturel est rationnel, il s’impose par la réflexion.

Certains : Pas tant droit naturel, que sociologique, sans ça pas vie en société.

C. La consolidation du droit international moderne (19e/1945) : positivisme juridique
et mission de civilisation

Au 19e siècle, les Etats occidentaux ont colonisé l’ensemble de la planète. Seuls comptent les
Etats, ils sont souverains. Dans les pays colonisés, il y a des individus mais pas d’Etat, toutes
leurs formes politiques sont … Dans les territoires « sans maître », c’est comme s’il n’y avait
personne dessus. Les hommes qui occupaient ces terres se voyaient alors nié la personnalité
juridique.


Figure 2- les empires coloniaux - 1914

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Il y a une ambivalence en ce que les Etats occidentaux règlent entre eux et organisent la
colonisation et d’un autre côté se prévalent de valeurs universelles en poursuivant une
mission de civilisation éminemment éthique. Ces valeurs considérées comme universelles par
les occidentaux découlent en fait de leur religion.

« L’Acte général de Berlin » (1885)

« Au nom de Dieu tout puissant [...] Voulant régler, dans un esprit de bonne entente mutuelle,
les conditions les plus favorables au développement du commerce et de la civilisation dans
certaines régions de l’Afrique, [...] ».
Article 17.
« Il est institué une Commission internationale chargée d'assurer l'exécution des
dispositions du présent Acte de navigation [...] ».
Article 34.
« La Puissance qui, dorénavant, prendra possession d'un territoire sur les côtes du Continent
africain situé en dehors de ses possessions actuelles, ou qui, n'en ayant pas eu jusque-là,
viendrait à en acquérir, et de même la Puissance qui y assumera un protectorat,
accompagnera l'acte respectif d'une notification adressée aux autres Puissances signataires
du présent Acte, afin de les mettre à même de faire valoir, s'il y a lieu, leurs réclamations ».

Les occidentaux se prévalent de valeurs qu’ils estiment universelles mais qui sont en fait leur
vision à eux. On a à la fois un droit providence (valeurs universelles) et un droit libéral (entre
états occidentaux).

M. Bluntschli, Le droit international codifié, 1870

« La guerre est juste, lorsque le droit international autorise le recours aux armes ; injuste,
lorsqu’elle est contraire aux principes de ce droit. Ce principe n’est pas seulement une règle
de morale, c’est un vrai principe de droit. Il n’a pas, il est vrai, grande valeur pratique
actuellement, parce chacune des parties affirme la justice de sa cause, et qu’il n’y a pas de
juge pour prononcer sur la valeur de ses assertions. Cependant cette distinction entre le droit
et la morale a quelques effets déjà aujourd’hui [...].
Sont regardées comme causes légitimes de guerre, la violation des droits fondamentaux et
essentiels d’un état, la dépossession violente, enfin les atteintes portées aux bases sur
lesquelles reposent l’ordre et l’humanité ».

C’est le premier texte où le droit international est mentionné en tant que tel.
Le titre fait référence à la codification, la codification vise le processus de mettre en codes des
choses qui auparavant relevaient de la simple coutume, la coutume visant des règles non
écrites, faire quelque chose de manière répétée en se sentant obligé de le faire. La coutume
est éminemment pratique. Il revient à observer la réalité et la pratique.

à L’interdiction de la guerre est à chaque fois établie différemment.






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D. La guerre froide : un droit international libéral ?
Durant la période précédente, les Etats occidentaux sont les acteurs dominants sur la scène
internationale, ils envahissent l’ensemble de la planète et y exportent leur modèle de
raisonnement.
Progressivement, les pays du TM prennent leur indépendance et le droit international devient
un langage universel. Les pays du bloc socialiste prennent actes de différence idéologique par
rapport aux autres pays.
L’idée que le droit international risque d’être la fin du monde.

Dans le contexte de la dissuasion nucléaire, le droit international apparait comme étant très
libéral.

Charte des NU
« Nous, peuples des Nations Unies, ... résolus à créer les conditions nécessaires au maintien de
la justice et du respect des obligations nées des traités et autres sources du droit international
[...] ».
Article 2 § 7
« Aucune disposition de la présente Charte n’autorise les Nations Unies à intervenir dans des
affaires qui relèvent essentiellement de la compétence nationale d’un État ni n’oblige les
Membres à soumettre des affaires de ce genre à une procédure de règlement aux termes de la
présente Charte; toutefois, ce principe ne porte en rien atteinte à l’application des mesures de
coercition prévues au Chapitre VII ».

Bien que la Charte ait une dimension libérale dominante, la dimension éthique ne disparait
pas complètement. Outre la paix, d’autres valeurs telles que la justice apparaissent. La Charte,
qui est pourtant un instrument typique de droit libéral, reprend certaines valeurs telles que la
lutte contre le fascisme. Cela est lié au fait qu’elle a été rédigée par les vainqueurs contre le
fascisme et le nazisme.

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La Déclaration universelle des Droits de l’homme a une vocation universaliste et s’inscrit dans
la perspective éthique. La déclaration islamiste des droits de l’homme est une déclaration
régionale, il n’y a pas de hiérarchie entre les deux.
Nguyen Quoc Dinh, Droit international public
« L’interdiction générale du recours à la force d’après la Charte des Nations Unies [...]. Au lieu
d’une interdiction limitée au recours à la guerre, [la Charte] a édicté l’interdiction générale de
tout recours à la force. Sur le plan normatif, l’étape ultime est désormais franchie.
L’article 2 § 4 dispose en ces termes :
‘Les Membres de l'Organisation s'abstiennent, dans leurs
relations internationales, de recourir à la menace ou à l'emploi de la force, soit contre l'intégrité
territoriale ou l'indépendance politique de tout État, soit de toute autre manière incompatible
avec les buts des Nations Unies’.
Cette formule couvre tous les recours à la force dans les
rapports internationaux —aussi bien que les menaces— qu’il s’agisse de guerre, de représailles,
ou de toute autre forme d’utilisation des armes. De l’avis unanime, cette interdiction est
désormais hissée au rang d’une norme ‘impérative de droit international général’ (V. supra, les
travaux préparatoires de la Convention de Vienne sur le droit des traités ; v. également C.I.J.,
affaire de la Barcelona Traction, Rec. 1970, p. 32). Tous les pactes régionaux de sécurité et de
défense mutuelle l’ont incluse dans leurs textes ».

Le droit international public c’est le fait de mettre des traités ensembles. La référence est faite
à des traités, à la volonté des Etats notamment aux travaux préparatoires. Les références à
Dieu ou à la morale ont disparues.

E. Le « nouvel ordre mondial » (1990/-) : vers une déformalisation et une
fragmentation du droit ?

L’idée était en quelque sorte que tout allait aller pour le mieux, qu’on a atteint « la fin de
l’Histoire » par le biais de la fin du communisme et que le droit international peut devenir
droit Providence. Cependant, l’histoire se poursuit et les textes évoluent. Il n’y a pas de fin au
problème de l’interprétation.

Déclaration du Sommet Mondial (2005) :

« 138. C’est à chaque État qu’il incombe de protéger les populations du génocide, des crimes de
guerre, du nettoyage ethnique et des crimes contre l’humanité. Ce devoir comporte la prévention
de ces crimes, y compris l’incitation à les commettre, par les moyens nécessaires et appropriés.
Nous acceptons cette responsabilité et agirons de manière à nous y conformer [...].

139. Il incombe également à la communauté internationale, dans le cadre de l’Organisation des
Nations Unies, de mettre en œuvre les moyens diplomatiques, humanitaires et autres moyens
pacifiques appropriés, conformément aux Chapitres VI et VIII de la Charte des Nations Unies, afin
d’aider à protéger les populations du génocide, des crimes de guerre, du nettoyage ethnique et
des crimes contre l’humanité [...] lorsque ces moyens pacifiques se révèlent inadéquats et que les
autorités nationales n’assurent manifestement pas la protection de leurs populations contre le
génocide, les crimes de guerre, le nettoyage ethnique et les crimes contre l’humanité [...] ».

14
Ce texte porte sur la responsabilité de protéger, cette responsabilité est éthique. Il en ressort
une responsabilité de protéger tout le monde. Cependant, il ressort du paragraphe 138 que
l’Etat territorial doit agir concrètement et que s’il ne le fait pas, le communauté internationale
peut le faire (via le Conseil de Sécurité).

Abraham A. Sofaer, « On the necessity of Pre-emption », EJIL, 2003.

« The standard generally applicable to pre-emptive self- defence is, rather, the same general rule
applicable to all uses of force: necessity to act under the relevant circumstances, together with
the requirement that any action be proportionated to the threat addressed. This was in fact
explicitly recognized in the arguments made by both Webster and his British interlocutors, as well
as by the legal writers upon whom they relied ».


Les représailles, c’est le fait de ne pas respecter parce que l’autre ne l’a pas fait.

Eric David, Principes de droit des conflits armés

« il est interdit d’attaquer, à titre de représailles: [...]
- les civils (Rés 2675 (XXV), § 7, 9
décembre 1970; 1er PA, art. 51, § 6;
Convention des NU de 1980, 2ème Protocole, art. 3, § 2;
[...] est-il imaginable que les Etats aient
voulu encore laisser la porte ouverte à des nécessités militaires non codifiées telles que l’emploi
de représailles qui autoriseraient, même dans des conditions très strictes, de violer des règles
destinées à assurer un minimum d’humanité? Nous pensons que la réponse est clairement
négative ».

On retrouve à la fois des traces d’objectivisme car objectivement des valeurs comme la dignité
humaine s’imposent mais également des traces de volontarisme puisqu’il ressort que le droit
international est la volonté des Etats.
Yoram Dinstein, The Conduct of Hostilities under the law of International Armed Conflict

« ... the intuitive common impression is that the spectre of ‘tit for tat’ is the paramount means
of deterrence against breaches of LOIAC [...]. If Belligerent Parties refrain from contravening
them, notwithstanding a perception that these norms tie their hands too strenuously, it is largely
due to the knowledge that any deviation is likely to entail painful retaliation [...]. Certain
belligerent reprisals are specifically dismissed by the Geneva Convention ».









15


III. Le droit international est-il du « droit » ?

« Ensemble des normes qui ont pour origine les accords entre Etats ou qui émanent d’entités
auxquels les Etats ont accordé ou reconnu le pouvoir de créer des normes internationales »
(Jean Salmon (dir.), Dictionnaire de droit international public, Bruxelles, 2001, p. 387).

A. Droit international et droits internes

La question se pose très souvent. Très souvent le droit international est appliqué « à la carte ».
Il ressort de la citation, qu’il existe un lien avec les Etats ; le droit international se définit grâce
aux accords entre Etats (vision volontariste).
Ex : Conflit israelo-palestinien, en dépit de tout, le Droit international n’est pas appliqué. Il en
va ainsi en Syrie également.

Mais le droit international peut également concerner les individus,
Ex : intervention torture a été créée par l’Etat, est instituée par l’Ordre international mais
concerne les individus, pas seulement les relations entre Etats.

1. La différence de structure : verticalité v. horizontalité


Figure 3-Assemblée générale des NU

Chaque Etat membre a une voix. L’AG n’a pas le pouvoir d’adopter des lois. Il n’existe pas de
lois au niveau international mais des traités, déclarations et résolutions. Elle n’est pas
compétente pour édicter des lois, mais pour favoriser la conclusion de traités entre Etats. C’est
une usine de fabrication du droit qui fonctionne sur le modèle horizontal, tous les Etats sont
égaux et titulaire d’autonomie de la volonté (cf : contrats).

A noter, qu’en droit interne, le système se caractérise par sa verticalité.


Figure 4- Conseil de sécurité

16
Le Conseil de sécurité se compose de l’URSS, la Chine, les USA, la France et le Royaume-Uni. Il
ne s’agit pas d’un gouvernement mondial, il n’est pas là pour faire respecter les règles. Il
poursuit un but de sécurité et adopte des résolutions en ce sens. Il peut être saisi lorsqu’un
Etat ne respecte pas une décision de la CIJ. Il peut également prendre des mesures militaires.
Dans ce cas, cela ne va pas à l’encontre de la volonté des états puisqu’ils ont accepté de
donner cette compétence au conseil en accédant à l’ONU.
Ex : prise de mesures militaires en Lybie en 2011.


Figure 5 - Cour internationale de justice

On distingue la CIJ des cours et tribunaux de l’ordre interne, elle n’a pas le même rôle que
celui du juge interne. En effet, la Cour est compétente pour trancher des différends et donner
des avis mais elle ne l’est que dans la mesure où l’Etat donne son consentement pour être
jugé. On se situe alors en tension entre l’universalisme et le réalisme.
Ses avis ne sont pas contraignants. La CIJ n’est en principe pas compétente, sa compétente
est l’exception, contrairement au droit interne.
Ex : incompétente pour la Syrie

2. La question de la hiérarchie et de la relativité

D’un point de vue éthique, le droit international s’impose parce que l’universel s’impose.
D’un point de vue réaliste/politique, chaque Etat décide où placer le droit international dans
sa pyramide juridique et tout est relatif.

Du point de vue du droit international lui-même, et de la CIJ, il prime sur le droit interne des
Etats. En effet, sinon il serait sans effectivité.

La CPJI, comme en témoignent les extraits ci-dessous, considérait que le droit interne des états
n’était en fait qu’un simple fait. Le droit interne n’a donc pas de valeur en tant que telle du
point de vue du droit international. Le droit interne est inopposable aux autres Etats.

C.P.J.I., Certains intérêts allemands en Haute-Silésie polonaise, arrêt du 25 mai 1926, Série A,
n°7, p. 19
« Au regard du droit international et de la Cour qui en est l'organe, les lois nationales sont de
simples faits, manifestations de la volonté et de l'activité des États, au même titre que les
décisions judiciaires ou les mesures administratives ».

17
C.P.J.I., Traitement des nationaux polonais et des autres personnes d’origine ou de langue
polonaise dans le territoire de Dantzig, arrêt du 4 février 1932, Serie A/B, n°44, p. 24
De ce second extrait, on retire qu’un Etat ne pourrait prévoir de signer un traité avec pour
« [...] un État ne saurait invoquer vis-à-vis d’un autre État sa propre Constitution pour se
soustraire aux obligations que lui imposent le droit international ou les traités en vigueur ».

réserve que celui-ci serait conforme à sa constitution. Cela viderait tout le traité de sa
substance. Les lois nationales sont inopérantes par rapport aux autres Etats.

Cependant, il apparait que lorsque le droit international renvoie expressément au droit
interne, alors celui-ci peut jouer un rôle et être considéré comme plus qu’un simple fait.

Du point de vue des états eux-mêmes, la solution déterminée dépend d’un Etat à un autre.

Constitution de l’Italie, article 117 : « Le pouvoir législatif est exercé par l’État et
les Régions dans le respect de la Constitution, aussi bien que des contraintes découlant de la
réglementation communautaire et des obligations internationales [...] ».
Le DI est sur le même pied que la constitution mais au-dessus des lois.

Loi fondamentale de l’Allemagne, article 25 : « Les règles générales du droit international
public font partie du droit fédéral. Elles sont supérieures aux lois et créent directement des
droits et des obligations pour les habitants du territoire fédéral ».
Le DI n’est pas supérieur à tout.

Constitution de la Géorgie, article 6(2): « La législation géorgienne est conforme aux normes
et aux principes universellement reconnus du droit international. Les traités et accords
internationaux conclus par la Géorgie, s’ils ne sont pas contraires à la Constitution
géorgienne, ont une autorité supérieure en droit à celles des lois normatives internes ».
La Constitution prime le droit international.

Constitution de la France, article 55 : « Les traités ou accords régulièrement ratifiés ou
approuvés ont, dès leur publication, une autorité supérieure à celle des lois, sous réserve,
pour chaque accord ou traité, de son application par l’autre partie ».
En France, les traités ont une valeur supérieure à celle des lois mais il n’est rien dit quant à la
constitution elle-même.

Cour de cassation, Etat belge v. S.A. Fromagerie Franco-Suisse Le Ski, 27 May 1971 :
« [...] Attendu que lorsque le conflit existe entre une norme de droit interne et une norme
de droit international qui a des effets directs dans l'ordre juridique interne, la règle établie
par le traité doit prévaloir; que la prééminence de celle-ci résulte de la nature même du
droit international conventionnel [...] ».

18
Cour d’arbitrage, 3 février 1994 :

« Au demeurant, le Constituant, qui interdit que le législateur adopte des normes


législatives internes contraires aux normes visées par l'article 107ter de la Constitution, ne
peut être censé autoriser ce législateur à le faire indirectement par le biais de
l’assentiment donné à un traité international. Par ailleurs, aucune norme du droit
international - lequel est une création des Etats -, même pas l'article 27 de la Convention de
Vienne de 1969 sur le droit des traités, ne donne aux Etats le pouvoir de faire des traités
contraires à leur Constitution ».
En Belgique, il n’existe pas d’article constitutionnel réglant cette question. En effet, il convient
de se pencher sur les solutions données par la Cour de cassation d’une part et la Cour
d’Arbitrage d’autre part.

Dans son célèbre arrêt « Le Ski », la Cour de cassation affirme que lorsqu’il a un effet direct le
droit international prévaut puisqu’il en va de sa nature (dimension éthique). Cf : Grotius.
La Cour d’arbitrage, en 1994, a considéré quant à elle que la Constitution est supérieure au
droit international. Le législateur ne peut déroger à la Constitution par une loi d’assentiment
car le législateur tire ses propres pouvoirs de la constitution (dimension politique basée sur la
rationalité juridique et le volontarisme à lequel est une création des Etats).

B. Le droit international est-il un ordre juridique ?

Cette remise en cause de la juridicité du droit international se retrouve dans toute une série
de représentations.

« Occupied » : Cette série est assez subtile dans la manière dont le droit international est
envisagée. La première ministre se demande s’il faut respecter ou non le droit international.
La question est de savoir si elle peut arrêter une personne recherchée dans les eaux
internationales ou s’il faut attendre que ce navire et donc cette personne arrivent dans les
eaux territoriales. Selon le conseiller, la protestation semble être un critère déterminant
plutôt qu’une sanction judiciaire ou de type exécutif. Le droit international est finalement
respecté pour des raisons d’opinion publique. Le gouvernement norvégien serait gêné s’il était
critiqué pour violation du droit international.

à Le respect du DI est conditionné par un nombre de contextes et de rapports de force.

1. L’argument d’absence de sanction (1e argument)

• Absence d’intervention du juge

Irak (2003) – les Etats-Unis décident d’envahir l’Irak après avoir en vain tenté d’obtenir une
autorisation du CS et sans avoir été attaqué d’une quelconque manière par l’Irak. Cette
intervention est dénoncée par la grande majorité des Etats. Aucune sanction n’a pourtant été
infligée aux Etats-Unis et aucun juge n’a pu se prononcer puisque les USA n’ont pas reconnu
la juridiction générale de la CIJ, à moins d’un traité particulier, elle n’est donc pas compétente.
Le CS se débloque pour gérer les suites de l’intervention, quelques mois après l’intervention
pour tenter de re-stabiliser la situation en Irak. Il va finalement autoriser d’autres Etats à aller

19
en Irak pour essayer de stabiliser la situation. C’est suite à cette occupation et administration
par les états étrangers que l’Etat islamique a développé ses activités (volet politique). Non
seulement il n’y a pas de sanction, mais finalement le CS les aide même à gérer les suites et
réparer les pots cassés.

Syrie (2011-) - Il y a de nombreux violations du droit humanitaire. L’avis à préparer traite du
droit humanitaire. Il est interdit de viser des objectifs militaires avec attaques indiscriminées.
En Syrie, les civils ne sont plus simplement des victimes collatérales mais sont visées par les
bombardements. La Syrie n’a pas accepté la compétence générale de la CIJ, il n’y a pas eu de
sanction ni de juge. Des tentatives de gestion des suites existent cependant.
Ukraine (2014-) – Ce cas concerne l’invasion d’une partie de l’Ukraine par la Russie (Crimée).
L’argument de la Russie est que le peuple de Crimée ayant droit à l’autodétermination les a
appelé à l’aide et qu’ils sont venu aider. Comme dans le cas de l’Irak, une large condamnation
de cette intervention est intervenue. La Crimée a été annexée par la Russie, qui prétend
qu’elle fait partie de son territoire. L’annexion est un exemple de cas les plus graves
d’agression, une des violation les plus graves de l’interdiction du recours à la force.
Il n’y a pas eu de condamnation puisque la Russie est membre du CS, qui a été bloqué par le
véto de la Russie. L’AG a fait une condamnation formelle mais il n’y a pas eu de sanction
effective. La compétence de la CIJ n’est pas reconnue par la Russie non plus.


• Absence de mise en œuvre d’un jugement

- C.I.J., Affaire des Activités militaires et paramilitaires au Nicaragua, arrêt du 27 juin
1986, Recueil 1986.

Notons que la Cour n’a pas de juridiction obligatoire, les Etats peuvent par contre accepter la
juridiction de la CIJ, soit de manière générale. Une fois que ce consentement est donné, il est
valable et ne peut plus être retiré une fois que la Cour est saisie.
Cf : Affaire Nicaragua – le Nicaragua était victime d’un usage de la force par les USA, qui
exerçaient des activités militaires et paramilitaires (=armaient des rebelles), d’une violation
de la Charte. Le Nicaragua va devant la CIJ car en 1984, les USA avaient accepté la juridiction
de la Cour. Les USA ont retiré cet accord pour l’avenir. La Cour était donc compétente en 1984
mais plus par la suite. Il y a une question temporelle. En outre, cela est toujours fait sur base
de la réciprocité. On ne peut attaquer un autre Etat que sous réserve que l’on ait accepté. En
1986, la Cour condamne les USA et l’arrêt n’est jamais appliqué. Cela démontre que même
lorsqu’un juge est compétent, il n’y a pas pour autant une sanction comme on l’entend en
droit interne. C’est une sanction politique, d’opinion publique. La simple publicité de l’arrêt
constitue une sanction (Cf : Occupied - sanction symbolique)

- C.I.J., Affaire Lagrand, ordonnance du 3 mars 1999, Recueil 1999 et arrêt du 27 juin
2001, Recueil 2001.

Les USA n’avaient pas respecté une convention de droit consulaire qui veut que lorsque les
ressortissants sont condamnés à mort, il faut avertir l’état dont ils sont ressortissants. Les USA
n’avaient pas averti l’Allemagne.

20
Au-delà de la juridiction générale, on peut dans les traités donner compétence à la Cour. Dans
le cette convention de droit consulaire, il y a une clause compromissoire qui donne
compétente à la Cour pour se prononcer en cas de violation de cette convention. Cette
compétence de la Cour est relative à certains traités.
L’Allemagne demande à la cour de prendre des mesures urgentes, demandant aux USA de
surseoir à l’exécution en attendant de régler le problème. Le litige devrait donc être conservé
en l’Etat. La cour rend une ordonnance du 3 mars 1999 ordonnant aux USA de ne pas exécuter
en attendant. La Cour précise la force obligatoire de cette ordonnance.
Les Usa n’ont pas respecté cette ordonnance et exécutent les 2 ressortissants. Les Usa disent
que c’est l’Arizona qui est responsable et non l’état fédéral, qui ne peut pas faire d’ingérence
dans les compétences d’exécution des sentences d’un état fédéré des Usa.
On peut en dire que les Etats ne peuvent opposer leur droit interne à d’autres Etats.

è Pour une fois qu’il y a un juge, on ne respecte pas sa condamnation.
On peut rétorquer qu’il y a des tas d’exemples où les condamnations sont exécutées. En outre,
il arrive qu’en droit interne cela ne fonctionne pas correctement non plus.

Ce débat devient plutôt philosophique : jusqu’où une sanction doit-elle aller ? Qu’est-ce que
doit être une sanction ?

2. L’argument de l’absence d’un ordre juridique : bric-à-brac ou système ? (2e argument)

Le droit international n’est pas un bric-à-brac mais un véritable système. Il est vrai que ce
système horizontal est différent du droit interne mais il a une logique, une structure et
principes fondamentaux. Il a, en outre, des règles secondaires. Selon certains, pour qu’il y ai
ordre juridique, il faut qu’il y ai des règles secondaires qui portent sur les règles primaires.
Sont des règles secondaires, les règles d’interprétation des règles primaires.

Ces deux conceptions se valent.

3. La « politique juridique extérieure » ou le droit international comme discours

Ce que l’on peut constater dans la réalité, outre les débats philosophiques sur les définitions
de concept, c’est que les Etats/ONG parlent de droit international. C’est l’expression utilisée
qui traduit une conception de droit.

Un jurisconsulte a écrit un livre selon lequel les Etats ont toujours une politique juridique
extérieure. Ils vont toujours développer un discours juridique. Les Etats développent une
argumentation juridique. Le DI existe et est invoqué.

L’autre ouvrage insiste sur le fait que le droit international est un argument qui a des
spécificités par rapport à d’autres arguments. Il a comme spécificité d’être un langage plus
neutre, plus légitime. C’est pour cela que les Etats tentent toujours de développer des
arguments juridiques.

Ex : Intervention militaire en Syrie

21
Syrie, intervention militaire du 14 avril 2018 – Position des Etats-Unis
« Following the horrors of World War I a century ago, civilized na:ons joined together to
ban chemical warfare [...]. The purpose of our actions tonight is to establish a strong
deterrent against the production, spread and use of chemical weapons. Establishing this
deterrent is a vital national security interest of the United States [...] So today, the nations
of Britain, France and the United States of America have marshaled their righteous power
against barbarism and brutality »

intérêts vitaux : politique


lutte contre barbarie : morale
interdiction des armes chimiques : dimension juridique

Position du Royaume-Uni
The UK is permitted under international law, on an exceptional basis, to take measures in
order to alleviate overwhelming humanitarian suffering. The legal basis for the use of force
is humanitarian intervention, which requires three condi:ons to be met :


(i) there is convincing evidence, generally accepted by the interna:onal community as a
whole, of extreme humanitarian distress on a large scale, requiring immediate and urgent
relief ;
(ii) it must be objectively clear that there is no practicable alternative to the use of force if
lives are to be saved ; and

(iii) the proposed use of force must be necessary and proportionate to the aim of relief of
humanitarian suffering and must be strictly limited in time and in scope to this aim (i.e. the
minimum necessary to achieve that end and for no other purpose).
4. The UK considers that military action met the requirements of humanitarian
Intervention in the circumstances of the present case [...] »
Le Royaume-Uni développe une argumentation encore plus juridique en invoquant de
manière directe un droit d’intervention humanitaire, dans des situations exceptionnelles
même lorsque le CS ne l’a pas autorité, l’intervention humanitaire est possible. Selon le RU,
des conditions juridiques existent.

22
Position de la France
L’utilisation des armes chimiques constitue la violation d’une norme fondamentale du
droit international et du droit humanitaire. L’emploi de ces armes de terreur transgresse
des conventions parmi les plus anciennes : le Protocole de 1925 qui prohibe l’usage à la
guerre des armes chimiques. Il viole la Convention internationale d’interdiction des armes
chimiques signée à Paris en 1993, à laquelle Damas a adhéré en 2013. La fabrication et
l’utilisation de ces armes représentent une menace pour la paix et la sécurité
internationale. Ceux qui y contreviennent se placent d’eux-mêmes au banc des nations.
L’escalade chimique n’est pas acceptable parce que le régime syrien avait pris l’engagement
de démanteler intégralement son arsenal. En septembre 2013, le conseil de sécurité avait
pris acte de cet engagement et décidé par sa résolution 2118 que la Syrie devait s’y tenir,
sous peine d’encourir des mesures relevant du chapitre VII de la Charte des Nations unies.
Le chapitre VII a un sens clair : c’est le recours à des mesures militaires pour contraindre
ceux qui menacent la paix et la sécurité internationale [...]. Cette action est légitime. Elle
vise à mettre un terme à une atteinte grave au droit ».
L’argumentation de la France reprend parfois des éléments moraux (légitime), politiques
(menace pour la paix) et juridiques (faire respecter une norme fondamentale du droit
international).

è Les Etats développent des arguments juridiques. C’est pour cela que le droit international
est un discours qui fait partie du discours des acteurs de la scène internationale. C’est tout
l’intérêt du droit international, d’avoir une vision critique. C’est pour cela que la société civile
invoque toujours le droit international. Les Etats sont toujours gênés. La sanction vient plus
d’une réaction des ONG, qui véhicule une forme d’interprétation à l’appui de sa critique de
l’action de l’Etat. La réalité sociale dans la vie politique internationale est que le droit
international est un cadre de référence constamment utilisé.

IV. Qui peut et comment doit-on interpréter le droit international ?

Il y a une grande place à l’interprétation, les Etats eux-mêmes sont souvent les 1e interprètes
du droit international. Le rapport de force est important en matière d’interprétation.

« Startreck » : Il s’agit d’une question d’interprétation d’un traité.
Le traité prévoit 3 jours pour l’évacuation.
Le chef invoque le sens clair du texte, 3 jours ne se négocient pas.
Par contre, l’autre chef invoque une négociation afin de respecter l’esprit du traité et le fait
que si les états se mettent d’accord, il n’y a pas de problème à négocier.

Dans la 2ème partie de l’extrait, le capitaine a été étudier le traité et a trouvé un mécanisme de
règlement des différends avec la possibilité de nommer des arbitres en cas de différends. Lui
invoque la lettre du traité.

Finalement, un compromis est trouvé avec ces 3 semaines. Le résultat de l’interprétation est
le fruit de moyens d’interprétation utilisés par les 2 parties et des rapports de force, lorsqu’il
attend qu’on l’appelle proche du téléphone.

23
à Le texte ne met jamais fin à l’interprétation. Ce n’est qu’un premier élément. Il y a
toujours un jeu d’interprétation. L’exemple typique est celui du droit de véto (cf :
27§3).

A. Importance de l’interprétation

1. Ouverture de l’interprétation

Article 27 § 3 de la Charte des Nations Unies :
« Les décisions du Conseil de sécurité sur
toutes autres questions sont prises par un vote affirmatif de neuf de ses membres dans
lequel sont comprises les voix de tous les membres permanents [...] »

- Interprétation littérale
- le texte
Le texte semble clair. Il faut 9/15 voix pour qu’un texte passe (majorité qualifiée), outre le
droit de véto. Dans ces 9 voix, il faut les voix des membres permanents.

- Interprétation téléologique

Si un membre permanent s’abstient, on peut finalement considérer qu’il ne veut pas
s’opposer et donc que l’abstention ne fait pas obstacle à l’adoption de la résolution.
On a admis que l’abstention d’un membre permanent ne fait pas obstacle à l’adoption d’une
résolution, c’est une interprétation totalement contraire au texte.

- Interprétation par la pratique
Très vite, le CS a adopté des résolutions malgré des abstentions. C’est désormais un élément
pris en compte comme déterminant. La pratique peut donner un sens dynamique. Pourquoi ?
Réviser des traités est un processus très lourd. Ainsi, pour modifier la Charte, il faut une
majorité doublement qualifiée. Les membres permanents ont une sorte de véto sur leur véto.
Il suffit qu’un seul des membres permanents soit contre pour qu’on ne modifie pas l’article 27
§3 par exemple. L’interprétation est une manière plus souple de faire évoluer les traités. Il
faut un accord, notamment sur l’interprétation pratique et pas de protestation. Cette absence
de contestation peut se déduire du silence.

à Ces principes sont applicables de manière générale.

2. Relativité de l’interprétation

Ces principes sont des règles secondaires. Il n’y a pas de sanction si on ne les applique pas.
Cependant, on peut ne pas être crédible.

B. Principes d’interprétation de la Convention de Vienne de 1969 sur le droit des
traités

24
Art. 31 Règle générale d'interprétation
1. Un traité doit être interprété de bonne foi
suivant le sens ordinaire à attribuer aux termes du traité dans leur contexte et à la lumière
de son objet et de son but.
2. Aux fins de l'interprétation d'un traité, le contexte comprend, outre le texte, préambule
et
annexes inclus:

a) tout accord ayant rapport au traité et qui est intervenu entre toutes les parties à
l'occasion de la conclusion du traité;

b) tout instrument établi par une ou plusieurs parties à l'occasion de la conclusion du traité
et accepté par les autres parties en tant qu'instrument ayant rapport au traité.
3. Il sera tenu compte, en même temps que du contexte:

a) de tout accord ultérieur intervenu entre les parties au sujet de l'interprétation du traité
ou de l'application de ses dispositions;

b) de toute pratique ultérieurement suivie dans l'application du traité par laquelle est
établi l'accord des parties à l'égard de l'interprétation du traité;

c) de toute règle pertinente de droit international applicable dans les relations entre les
parties.

4. Un terme sera entendu dans un sens particulier s'il est établi que telle était l'intention
des parties.

Art. 32 Moyens complémentaires d'interprétation


Il peut être fait appel à des moyens complémentaires d'interprétation, et notamment aux
travaux préparatoires et aux circonstances dans lesquelles le traité a été conclu, en vue,
soit de confirmer le sens résultant de l'application de l'art. 31, soit de déterminer le sens
lorsque l'interprétation donnée conformément à l'art. 31:
a) laisse le sens ambigu ou obscur; ou

b) conduit à un résultat qui est manifestement absurde ou déraisonnable

On retrouve ces 3 grands moyens d’interprétation (littérale, téléologique, pratique).
L’interprétation littérale ressort avec le sens ordinaire. On peut arriver à quelque chose qui
est manifestement absurde et déraisonnable. L’interprétation téléologique ressort avec à la
lumière de son but. L’interprétation pratique ressort dans le §3 « toute pratique
ultérieurement suivie dans l’application du traité par laquelle est établi l’accord des parties ».
La pratique ne suffit pas, il faut en outre qu’elle ne soit pas contestée.

C. Le statut des principes d’interprétation

1. Une portée théoriquement large

2. L’absence de sanction juridique : méthode rationnelle et force de conviction

(voir le livre…car très rapidement vu en cours).
D. Avis sur les Armes nucléaires

CIJ, Avis sur les Armes nucléaires, Recueil 1996, pp. 226-267.



25
1. Interpréter le par. E du dispositif de l’arrêt (par. 105) : quelle est la position de la Cour et
Comment justifie-t-elle sa position sur ce point particulier (v. par. 90-97 de l’avis) ?


De nombreuses ONG considéraient que l’utilisation d’armes nucléaires était contrainte au
droit international, en raison des précédents d’Hiroshima notamment. Ces ONG avaient
obtenu que la Cour rende un avis sur la question.

La Cour est tiraillée entre 2 positions : le droit de légitime défense (qui pourrait justifier
l’utilisation d’armes nucléaires) et le droit humanitaire (tend à dire qu’il y a une violation). Elle
ne peut se prononcer définitivement.

Dans le §1, l’emploi d’armes nucléaires serait généralement contraire au droit humanitaire.
Le recours serait donc illégal.
Dans le §2, seule la légitime défense dans une circonstance extrême dans laquelle la survie
même d’un état serait en cause et donc« forte » justifierait le recours aux armes nucléaires.
Il ne suffit donc pas de dire que l’on est en légitime défense puisque la survie même de l’État
doit être en cause.


Ex : invasion totale d’un pays, annexion d’un pays, attaque à l’arme nucléaire, terrorisme de
masse,..

Un Etat attaqué par une arme nucléaire pourrait répliquer avec une arme nucléaire mais il
pourrait aussi menacer d’utiliser une arme nucléaire pour dissuader l’autre d’utiliser ce moyen
d’attaque. La Cour affirme que l’on peut menacer d’utiliser l’arme nucléaire pour se défendre
contre une attaque nucléaire (= doctrine de la dissuasion). C’est l’argument des Etats qui se
dotent de l’arme nucléaire.

Selon la Cour, il faut analyser la situation au cas par cas.
La Cour estime qu’elle ne peut conclure. Elle avoue en quelque sorte son impossibilité de
conclure dans cette situation extrême.
Il s’agit du seul précédent dans lequel la Cour n’a pas donné son avis.

2. La Cour y apporte-t-elle une réponse complète à la question qui lui est posée ?

3. La Cour se réfère-t-elle à des considérations morales et politiques pour rendre son avis ?


La Cour reprend un argument moral notamment lorsqu’elle invoque des souffrances inutiles
dans une partie de la vie.

Pour se justifier, les puissances nucléaires invoquent un argument factuel et donc plus
politique. Elles peuvent aujourd’hui faire des frappes ciblées, chirurgicales et respecter le
principe de x. Ce débat est d’ordre factuel. On retrouve aussi cette considération plus
politique et factuelle dans l’argument de la Cour selon lequel elle n’est pas en mesure de
conclure.

26
Sur le plan plus juridique, les États contre l’utilisation des armes nucléaires invoquent le Pacte
sur l’environnement.
Les puissances nucléaires invoquent quant à elles qu’il n’y a pas d’interdiction spécifique mais
uniquement interdiction des armes chimiques. Il a donc fallu remonter plus haut et supposer
que les armes nucléaires soient aussi interdites. Il a fallu se rattacher à des principes. La
pratique de la dissuasion n’a pas suscité de protestations. Une coutume a semblé se mettre
en place.

(De manière générale, il faut indiquer les paragraphes auxquels on se réfère pour avoir le
maximum de points).

Dans une procédure d’avis, tous les Etats peuvent donner leur avis devant la Cour.

4. Dans quelle mesure cette affaire vous semble-t-elle illustrer la tension entre conceptions
éthique et politique du droit international ?

Cette tension illustre la tension entre le pôle éthique, universaliste basé sur la justice que l’on
retrouve avec des références au droit à la vie, à l’interdiction d’attenter à la vie d’autrui même
au nom de la sécurité nationale (§69) et le pôle politique s’exprime par le fait que dans ces
situations la puissance seule peut prévaloir. Le droit n’aurait plus vraiment de rôle à jouer
dans ce genre de situation dans la mesure où l’intervention de l’Etat est à ce point rattachée
à sa souveraineté. L’Etat est tellement lui-même menacé que fondamentalement le droit
disparait (réalisme).
à Au final, on ne sait pas de quel côté cela penche.

Par. E du dispositif : « Par sept voix contre sept, par la voix prépondérante du Président,
Il ressort des exigences susmentionnées que la menace ou l'emploi d'armes nucléaires serait
généralement contraire aux règles du droit international applicable dans les conflits armés,
et spécialement aux principes et règles du droit humanitaire;
Au vu de l'état actuel du droit international, ainsi que des éléments de fait dont elle dispose,
la Cour ne peut cependant conclure de façon définitive que la menace ou l'emploi d'armes
nucléaires serait licite ou illicite dans une circonstance extrême de légitime défense dans
laquelle la survie même d'un Etat serait en cause;
POUR: M..Bedjaoui,Président;MM.Ranjeva,Herczegh,Shi,Fleisch- hauer, Vereshchetin,
Ferrari Bravo,juges;
CONTRE : M.Schwebel, Vice-Puésident;MM.Oda,Guillaume,Shahabud- deen,
Weeramantry, Koroma, MmeHiggins,juges; »

Il y a toujours 2 parties à un arrêt ou un avis : la motivation et le dispositif.






27
Partie I.- Les sujets de l’ordre juridique international

Chapitre 2.- La création de l’Etat

Bjork - « Declare Independence »

« Declare independence!
Don't let them do that to you! Declare independence!
Don't let them do that to you!
Start your own currency! Make your own stamp Protect your language [...]
Damn colonists
Ignore their patronizing Tear off their blindfolds Open their eyes »

Le titre de la chanson renvoie directement à la thématique de la création de l’Etat. La création
de l’Etat s’opère via des proclamations d’indépendance qui vont donner lieu à des problèmes
juridiques.

Lorsque Bjork appelle des entités à déclarer l’indépendance, elle a un brassard des iles Féroé.
Les iles Féroé sont une possession du Danemark.

On retrouve une tendance universelle qui veut que chaque groupe qui le souhaite aurait droit
à l’indépendance. D’un autre côté, les rapports de force et les circonstances font que la
proclamation de l’indépendance est en pratique confrontée à des obstacles juridiques ou
politiques. Ainsi, parfois, la proclamation se fonde sur un droit mais l’entité concernée ne peut
agir comme un Etat (ex : Palestine).

« Non ou la vaine gloire de commander »
Ce sont des soldats dans une colonie portugaise. Le Portugal a été fort critiqué au début des
années 70’ pour son refus de considérer que les territoires qu’il avait colonisé étaient de
véritables colonies et avaient droit à l’émancipation. Le Portugal disait que c’étaient des
territoires d’outre-mer. Ils ont un discours qui relativise la vision binaire : colonie (droit à
l’indépendance) ou non colonie (pas de droit à l’indépendance).
Les soldats ont l’impression d’être seuls contre le monde. Selon eux, la notion de colonie est
arbitraire. Les grandes puissances tirent les ficelles.

I. L’existence de l’Etat, une question de fait ?

Cette distinction n’est pas évidente à saisir. Il faut distinguer l’existence de l’Etat comme une
question de fait (=existe-il dans la réalité, dans les faits ?) ou comme une question de droit
(=existe-t-il un droit à l’indépendance ?). Les 2 questions sont liées mais fondamentalement
différentes.

Un Etat peut exister sans qu’il y ai eu un droit à l’indépendance. Ce n’est pas parce qu’on
reconnait un Etat, qu’il y avait droit à l’indépendance.
Ex : La Belgique est née sans qu’il y ai droit à l’indépendance.
Avant les années 60’, il n’y avait pas droit à l’autodétermination ou des peuples à disposer
d’eux-mêmes.

28
EXAMEN : Le Kosovo est-il un Etat ? Il faut voir s’il remplit les conditions pour être un Etat.
Le Kosovo a-t-il le droit à l’indépendance ? Il faut vérifier s’il y a un droit à cela.

La notion d’Etat est indépendante en grande partie du droit à l’autodétermination. La
question qui se pose est de savoir si on est en présence d’un nouvel Etat.

La définition classique comprend un territoire, une population et un gouvernement souverain.

A. Le territoire

Un territoire doit être naturel, il n’y a actuellement pas d’Etat virtuel.

B. La population

Une population est un groupe d’individus. Il n’y a pas d’aspect quantitatif, on peut avoir des
micro-états.

C. Le gouvernement (souverain)

Les débats portent généralement sur cet aspect de la question. Il faut déterminer ce qu’est un
gouvernement souverain.

Ex : communes en Belgique – non souveraines car soumises formellement à une autorité
supérieure juridiquement.

è Les difficultés n’interviennent que s’il n’y a pas de consensus.

Dans le cas de l’URSS et de son démantèlement, ce n’était pas compliqué. Au moment de la
chute du régime soviétique, les républiques fédérées ont eu des revendications
d’indépendance et se sont entendues, en ce compris avec le pouvoir central, pour créer de
nouveaux états. Ces accords ont été formalisés à Minsk et Alma-Ata. Ces Etats se
reconnaissent, la souveraineté ne fait pas de doutes.

29



Ex : Le Sud-Soudan est devenu un Etat. Cela s’est fait sans qu’il y ai de controverses sur
l’existence de la souveraineté du Sud-Soudan puisque les autorités de Khartoum sont
d’accord.

Le problème intervient à défaut d’accord en cas de proclamation unilatérale d’indépendance
(sécession). La question qui se pose est de savoir comment est évaluée la souveraineté sans
accords. Les exemples sont rares durant la Guerre Froide.

Cas de la Yougoslavie : Des pays proclament leur indépendance en 1991 sans accords. Le
Monténégro a pris son indépendance plus tard, avec un accord. La Bosnie, la Croatie et la
Slovénie ont posé problème car dans un 1e temps Belgrade a refusé la sécession. La position
de Belgrade était partir ou rester mais sans prendre avec les serbes habitants dans les régions
de Croatie/Bosnie yougoslave. Ces pays ont posé une déclaration unilatérale d’indépendance.
Les Etats tiers n’étaient pas d’accord. L’Allemagne, l’Europe et le Vatican ont rapidement
reconnu leur caractère d’Etat en reconnaissant l’effectivité et la stabilité, avec des régimes et
gouvernements qui parviennent à contrôler leur territoire dans l’ensemble. La plupart des
autres Etats n’ont pas voulu reconnaitre ces nouveaux Etats.
La reconnaissance a été faite de manière quasi-unanime au mois de mai 1992. Au mois d’avril,
la Yougoslavie a adopté une nouvelle constitution qui dispose que elle ne comprend que la
Yougoslavie et le Monténégro. On est face à une acceptation du fait accompli.

30

Cas du Kosovo :
Plus de 10 ans après la proclamation d’indépendance, on a une division entre les Etats. Une
série d’Etats reconnaissent le Kosovo et d’autres le reconnaissent. Les Etats qui ne le
reconnaissent pas estiment qu’il y a un problème de stabilité bien que l’effectivité soit
présente. Ils ne reconnaitront l’Etat que lorsqu’il y aura un accord, ancrant cette effectivité
dans la stabilité.

è La pratique et la coutume semblent témoigner de la réticence des Etats à reconnaitre de
nouveaux Etats prématurément, avant accord avec l’Etat central.

Il faut analyser les éléments constitutifs : territoire, population et gouvernement souverain.
Dans un 1e temps, on analyse les éléments constitutifs et non de la reconnaissance.

Ce n’est pas parce qu’il y un Etat qu’on doit le reconnaitre.

Ex : Monaco – Monaco est reconnu comme un Etat tandis qu’il y a peu d’effectivité. Ce n’est
pas un pouvoir effectif indépendant factuellement. Cependant, il n’y a aucune conditions
quantitatives ni qualitatives qui requerrait que l’on doive être fort.

« République indépendante de Figuerolles »
C’est un République auto-proclamée en 1956, qui a une heure locale. Il y a également une
monnaie. Pourrait-on dire que c’est un Etat ? Non, le critère de la souveraineté n’est pas
remplie. Ils sont soumis à l’administration française. Il manque une effectivité. Ils ne maitrisent
pas leurs frontières.
à Il n’y a pas de déclaration d’indépendance, de volonté d’être réellement indépendant.

Ex : Taïwan – l’ancien gouvernement chinois renversé par le mouvement communiste voyait
Taïwan comme la Chine. Il y a une Chine et 2 gouvernements, pour eux leur gouvernement
est le bon. Est-ce que Taiwan est réellement un Etat ? Il n’y a jamais eu une proclamation
d’indépendance.

Méthode pour l’examen :
1) Exclure les cas fantaisistes
2) Critères des éléments constitutifs
3) Effectivité suffisante – réaction de l’Etat central, de l’Etat territorial pour voir si même
implicitement il le reconnait









31
II. L’existence de l’Etat, une question de droit ?

Les éléments qui peuvent intervenir sont le droit à l’autodétermination, de disposer d’eux-
mêmes et de créer un nouvel Etat ou de ne pas le créer et le principe ex injuria jus non oritur,
qui pousse, en aval, à ne pas récompenser des violations du droit international. On ne peut
tirer un droit du violation du droit.


A. Le droit à l’autodétermination comme droit de créer un nouvel Etat



1. Un droit produit et limité par les rapports de force

Les Etats sont réticents car ils craignent qu’au plus on donne droit à l’indépendance, au plus
on aboutisse à un démantèlement des états existants.
Historiquement parlant, il y a eu un basculement des grandes puissances qui étaient
auparavant des empires coloniaux, après la 2e GM, et n’étaient plus en mesure d’imposer leurs
positions. D’autres puissances ont émergé, notamment les Etats-Unis, plutôt favorables à la
décolonisation pour des raisons historiques (les USA sont eux-mêmes un produit de la
décolonisation – valeurs favorables à l’indépendance et l’émancipation), pour des raisons
économiques et commercer avec ces nouveaux états. L’Union Soviétique était également
favorable à l’émancipation ; la doctrine émancipatrice sera fortement orientée à gauche et
portée par les partis communistes.
Dans les années 60’, l’idée est que l’autodétermination est un droit, conditionné. On ne veut
ouvrir la boite de pandore et aboutir à cette carte ci-dessus.

32
2. Les critères juridiques


Résolution 15-41
Résolution 1541 (XV) de l’Assemblée générale, 15 décembre 1960

Principe IV.
« Il y a obligation, à première vue, de communiquer des renseignements à


l’égard d’un territoire géographiquement séparé et ethniquement ou culturellement
distinct du pays qui l’administre »

Principe V.
« Une fois établi qu’il s’agit à première vue d’un territoire géographiquement
et ethniquement ou culturellement distinct, d’autres éléments peuvent entrer en ligne de
compte. Ces éléments supplémentaires peuvent être notamment la nature administrative,
politique ou juridique, économique ou historique. S’ils affectent les relations entre le
territoire métropolitain et le territoire considéré de telle façon qu’ils placent
arbitrairement ce dernier dans une position ou un état de subordination, ils confirment
la présomption qu’il y a lieu de communiquer des renseignements [...] ».

Les Etats vont assimiler le droit à l’autodétermination à un droit à la décolonisation.


3 critères sont évoqués :
- Séparation géographique – ce critère est plus clair et permet assez vite de trancher. En
Bleu, anciens territoires considérés comme colonisés et en rouge ceux qui le sont
encore considérés. La séparation géographique apparait radicale.
Ex : Algérie // France pas Bretagne // France ni Flandre // Belgique.
- Séparation ethnique/culturelle – diverses cultures représentées au sein des Etats.
- Subordination arbitraire - subjectif.

En dehors des colonies, ce sont des colonies qui n’ont pas pu exercer leur droit de se
déterminer.

Résolution 3314 (XXIX) de l’Assemblée générale, 14 décembre 1974
« Rien dans la présente définition [de l’agression] et en particulier l’article 3 ne pourra en
aucune manière porter préjudice au droit à l’autodétermination, à la liberté et à
l’indépendance, tel qu’il découle de la Charte, des peuples privés par la force de ce droit et
auxquels fait référence [la résolution 2625], notamment les peuples qui sont soumis à des
régimes coloniaux ou racistes ou d’autres formes de domination étrangères ; ainsi qu’au
droit de ces mêmes peuples de lutter à cette fin et de chercher et de recevoir un appui,
conformément aux principes de la Charte et conformément [à la résolution 2625] ».


Cette résolution évoque les territoires occupés ou des peuples soumis à des régimes racistes.
Les territoires occupés :
Palestine et Sahara occidental.
Ces territoires étaient considérés comme non autonomes avec une séparation géographique
évidente dans le cas de la Palestine vis-à-vis de l’Angleterre. La Palestine est un territoire
occupé, qui n’a pas pu exercer pleinement son droit à l’autodétermination.

33
Dans le cas du Sahara occidental, il n’y a pas de séparation géographique avec le Maroc mais
une séparation avec l’Espagne. Le Sahara occidental était une colonie espagnole.

àCe sont les deux seuls exemples de territoires occupés.

Les régimes racistes : AFS et Rhodésie du Sud.
L’autodétermination était interne, d’avoir un gouvernement représentatif. C’est une sorte de
droit à la démocratie qui est limité à des cas exceptionnels de régimes d’apartheid.


On a donc 3 cas : les pays colonisés, les territoires occupés et les peuples soumis à des régimes
racistes. Ces catégories sont classiques et datées. Il y a encore des cas problématiques. La
décolonisation n’est pas terminée mais les cas sont encore assez limités.
Notamment, la Palestine et le Sahara occidental.

N’est-on pas aller plus loin ? Ne devrait-on pas étendre à d’autres catégories ?

3. L’hypothèse de la « sécession-remède »


Certains auteurs se réfèrent à l’argument de texte (Résolution 2625),

Texte : Résolution 2625 (XV) de l’Assemblée générale, 24 octobre

1970
« [...] Rien dans les paragraphes précédents ne sera interprété comme autorisant ou
encourageant une action, quelle qu'elle soit, qui démembrerait ou menacerait, totalement
ou partiellement, l'intégrité territoriale ou l'unité politique de tout Etat souverain et
indépendant se conduisant conformément au principe de l'égalité de droits et du droit
des peuples à disposer d'eux- mêmes énoncé ci-dessus et doté ainsi d'un gouvernement
représentant l'ensemble du peuple appartenant au territoire sans distinction de race, de
croyance ou de couleur ».
C’est une clause de sauvegarde. Il ne peut pas être porté atteinte à l’intégrité territoriale d’un
Etat souverain et indépendant. En réalité, ce que voulaient les Etats en introduisant ce
paragraphe, c’était se référer aux cas de l’apartheid en AFS et de la Namibie, qui était une
colonie allemande (séparation géographique évidente - mais annexion par l’AFS). Ce n’est pas
parce que la Namibie a été annexée qu’elle n’a pas le droit à l’autodétermination. Si un
gouvernement ne représente pas l’ensemble de sa population, il perd son droit à invoquer
l’intégrité territoriale. La partie de sa population non représentée à un droit à
l’autodétermination. Ainsi, une minorité brimée, non représentée au sein de l’Etat, se voit
ouvrir un droit à l’indépendance.

Pratique ? La pratique n’a pas consacré l’interprétation de la sécession remède, droit
exceptionnel à la sécession considérée comme seul moyen de mettre fin à une répression
féroce à l’encontre d’une minorité.

Pakistan oriental (1971) = Bengladesh. C’était une partie du Pakistan, le Pakistan oriental se
considérait brimé par les autorités et a proclamé son indépendance. Dans ce cas, il y a eu une
reconnaissance d’un droit à l’autodétermination. Le problème de l’argument est que le

34
Bengladesh a été reconnu comme Etat mais pour autant ça ne veut pas dire qu’on lui a
reconnu un droit à l’autodétermination. Après plusieurs années, les autorités du Pakistan
occidental ont renoncé à contrôler la partie orientale et implicitement à empêcher
l’indépendance. C’est juste un fait et non un droit à l’indépendance.

Kosovo (2008) : Même les états qui le reconnaissent, ne reconnaissent pas pour autant un
droit à l’autodétermination. C’est basé sur une effectivité et non une légitimité. Les états
européens disent que c’est un cas exceptionnel et non un précédent. Ils n’ont pas voulu
reconnaitre un droit à l’autodétermination au Kosovo. L’argument de dire que c’est sui generis
n’est pas un argument très fort

Les Etats jouent sur le registre du fait accompli. C’est donc compliqué de mettre en place un
droit à la sécession remède. C’est assez difficile à démontrer en droit international à l’heure
actuelle.

Crimée : Les Russes disent que les criméens sont opprimés.

Le cas du Kurdistan
Le Kurdistan connait des mouvements indépendantistes.
On peut envisager les choses sous 2 angles :
1. Le Kurdistan est-il un état ?
- Pour qu’un état soit indépendant, il ne doit pas nécessairement contrôler TOUT le
territoire qu’il revendique.
- Pas de proclamation
- Pas de renonciation par l’Etat central, pas de renonciation des états à exercer leur
souveraineté sur ce qu’ils estiment comme étant leur territoire.
2. Existe-il un droit à l’autodétermination ? // 1541.
- Pas de séparation géographique – le territoire est imbriqué.
- Sécession remède ? Il faudrait démontrer une oppression particulièrement forte.
- …

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Le cas de la catalogne
Les catalans se disent opprimés. Le critère de l’oppression, de la subordination est difficile et
pas facile à apprécier factuellement parlant.

1. Droit à l’autodétermination ?
- Pas de séparation géographique
- Région avec un statut autonome – problème d’effectivité et stabilité. Le gouvernement
espagnol a été clair sur le fait qu’il ne voulait pas, en réagissant de manière violente.
- Indépendance proclamée…

Le cas du Sahara occidental
La Cour a tranché ces questions contre le Maroc et a affirmé qu’il fallait un référendum.

4. Les conséquences sur l’existence de l’Etat

Pour évaluer si on a une effectivité, on a tendance à être plus souple lorsqu’il y a


autodétermination.

La Palestine est reconnue comme état malgré un problème d’effectivité.
AG, Résolution 67/19
« [...] 1. Réaffirme le droit du peuple palestinien à l’autodétermination et à l’indépendance
dans un État de Palestine sur le territoire palestinien occupé depuis 1967 ;
2. Décide
d’accorder à la Palestine le statut d’État non membre observateur auprès de
l’Organisation des Nations unies, sans préjudice des droits et privilèges acquis et du rôle de
l’Organisation de libération de la Palestine auprès de l’ONU en sa qualité de représentante
du peuple palestinien, conformément aux résolutions et pratiques pertinentes ;
3. Exprime l’espoir que le Conseil de sécurité examinera favorablement la demande
présentée le 23 septembre 2011 par l’État de Palestine, [...] »


B. L’application du principe ex injuria jus non oritur

Ce principe est important car il consiste parfois à dire qu’il y a des effectivités qui ne peuvent
être prises en compte car résultant d’une grave violation du droit international.











Le cas du Mandchoukouo :

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Le Japon y avait proclamé un état « fantoche », pas du tout indépendant mais sous la coupe
d’un état étranger qui en a envahi un autre. La Chine ne parvenait pas à contrôler cette partie
de son territoire, il y avait effectivité mais elle était viciée par une grave violation du droit
international. Si l’effectivité est cause directe de cette violation, on ne peut la prendre en
compte.

Le cas de Chypre Nord :
La Turquie envahit une partie de Chypre, elle proclame une République turque de Chypre Nord
mais personne ne veut la reconnaitre car elle résulte d’une violation grave du droit
international. La Turquie a empêché le gouvernement chypriote d’exercer sa puissance
souveraine sur son territoire.
Quid en cas d’accord ultérieur ? Doute sur la validité d’un accord, puisqu’un accord n’est pas
valide s’il est obtenu sous la contrainte.

à On ne peut récompenser une agression mais de manière politique, on est bien obligés de
composer avec.

Assemblée de la Société des Nations, résolution du 11 mars 1932


« L’Assemblée déclare qu’il appartient aux Membres de la SDN de ne reconnaître aucune
situation, traité ou accord qui pourrait résulter de l’emploi de moyens contraires au Pacte
de la SDN et au Pacte de Paris »

37
Chapitre III. Violations graves d’obligations découlant de normes impératives du droit
international général

Article 40
APPLICATION DU PRÉSENT CHAPITRE
1. Le présent chapitre s’applique à la


responsabilité internationale qui résulte d’une violation grave par l’Etat d’une obligation
découlant d’une norme impérative du droit international général.
2. La violation d’une telle
obligation est grave si elle dénote de la part de l’Etat responsable un manquement flagrant
ou systématique à l’exécution de l’obligation.
Article 41
CONSÉQUENCES PARTICULIÈRES D’UNE VIOLATION GRAVE D’UNE OBLIGATION
EN VERTU DU PRÉSENT CHAPITRE
1. Les Etats doivent coopérer pour mettre fin, par des
moyens licites, à
toute violation grave au sens de l’article 40.
2. Aucun Etat ne doit reconnaître comme
licite une situation créée par
une violation grave au sens de l’article 40, ni prêter aide ou assistance au maintien de
cette situation.

Le cas de la Crimée

Des soldats russes arrivent en Ukraine, la Crimée proclame son indépendance et puis, disant
qu’elle a le droit à l’autodétermination en cas de sécession remède et puis demande à la
Russie de faire partie de la Russie. La Russie établit ensuite une loi d’annexion.
Les autres Etats ont dit qu’ils ne pouvaient reconnaitre ça car ils ne pouvaient admettre une
violation du droit international.
Assemblée de l’ONU résolution 68/262, 27 mars 2014

« [...] Demande à tous les États, organisations internationales et institutions spécialisées de


ne reconnaître aucune modification du statut de la République autonome de Crimée et de
la ville de Sébastopol sur la base de ce référendum et de s’abstenir de tout acte ou contact
susceptible d’être interprété comme valant reconnaissance d’une telle modification de
statut »


Le cas des états baltes :

Les états baltes avaient été envahis sous Staline, les états occidentaux n’ont jamais reconnu
l’annexion. Cela peut durer très longtemps mais tout dépend des rapports de force. Les états
baltes ont en 1991 dit qu’ils étaient indépendants après avoir été des états occupés.

Le cas de l’EI :
Ce n’est pas un Etat puisque d’une part, ils ne répondent pas au critère de stabilité même s’ils
ont eu un pouvoir effectif. Il y a eu une contestation. Sous un angle factuel, il y a des
problèmes. Il y a également des problèmes sous l’angle du principe latin, il ne peut y avoir eu
invasion. Vu les actes graves commis par l’EI, on ne peut le reconnaitre. Personne ne l’a
reconnu et personne ne pouvoir le faire. Les états s’estimaient obligés de ne pas le reconnaitre
car son effectivité était permise par des violations graves du droit international.

Q étudiant : Stabilité ? Pas de délai fixe mais si l’état central renonce, il y a stabilité.

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En principe, la création d’état est une question d’effectivité, de souveraineté, de stabilité. Les
principes de légalité peuvent tempérer ce droit à l’autodétermination. Des considérations de
légitimité n’interviennent pas, puisque la reconnaissance ne veut pas dire que l’on considère
que l’état/le régime politique mis en place est souhaitable. On peut reconnaitre un Etat sans
reconnaitre qu’il est de droit.
Seules des considérations de légalité, et non de légitimité peuvent tempérer le droit à
l’autodétermination.


III. Le problème de la reconnaissance de l’Etat

Jusqu’à aujourd’hui, la reconnaissance a été utilisée comme un signe de la réunion des
éléments constitutifs.

Lorsque la reconnaissance est unanime, cela semble indiquer qu’il n’y a pas de problème au
niveau de l’existence de l’Etat (Sud Soudan). Au contraire, il semble que l’existence de l’état
soit problématique (Kosovo).

La reconnaissance ne doit-elle pas juste un indice du fait que les éléments constitutifs soient
réunis ou non ?

« La somme de toutes les peurs »
« Situation room » du président des Etats-Unis, dans ce film il y a une question de
reconnaissance car le problème de la guerre en Tchétchénie se pose. La Tchétchénie est une
partie de la Russie qui avait déclaré son indépendance, la Russie a envoyé son armée pour
mettre fin à cette tentative de sécession. Les Russes vont utiliser des armes chimiques. Les
USA vont réagir en disant que ce n’est pas bien d’utiliser des armes chimiques.

Les américains veulent envoyer des troupes pour protéger la Tchétchénie, mais celle-ci se
situe en Russie. Pour intervenir en Tchétchénie, les Usa vont reconnaitre la Tchétchénie
comme état. La Tchétchénie leur demandera d’envoyer des troupes et ils interviendront sur
demande de l’état car l’interdiction du recours à la force entre états ne vise pas le cas où l’état
consent à l’intervention sur son territoire. Pour contourner le problème, le conseiller suggère
de reconnaitre la Tchétchénie comme état, pour avoir son consentement.

A. La compétence discrétionnaire de reconnaitre

1. Absence d’obligation de reconnaitre

Un Etat n’est jamais obligé de reconnaitre une situation juridique et notamment l’existence
d’un Etat. La question de la reconnaissance va au-delà de la question de l’existence de l’état,
on peut aussi reconnaitre des agressions par exemple.

Ex : Corée du Nord – a existé dans les faits avec une stabilité et une effectivité pendant des
décennies sans être reconnue par les états occidentaux qui ne voulaient lui donner une forme
de légitimité.

39
Le refus de reconnaitre peut intervenir pour des raisons politiques.
Ex : Allemagne de l’Est.
Ex : Israël – est un état qui existe, remplit les éléments constitutifs mais que certains états
refusent de reconnaitre en faisant même des réserves.

On a le droit de reconnaitre mais pas d’obligation à reconnaitre un état qui remplit toutes les
conditions, qui reprend les éléments constitutifs.


2. Les limites au droit de reconnaitre

- Ex injuria jus non oritur : l’art. 41, §2 de la Commission du droit international sur la
responsabilité de l’État prévoit que « aucun État ne doit reconnaître comme licite une
situation créée par une violation grave du droit international ». Il s’agit d’une
affirmation assez générale.
ex : Chypre Nord qui n’a été créé qu’à cause de l’intervention turque. Tout le monde s’estime
alors comme obligé de ne pas le reconnaître comme État.
ex : transfert de l’ambassade des États-Unis vers Jérusalem-Est (partie du territoire
palestinien) ; il y a en principe une obligation pour les autres États de ne pas reconnaître ce
transfert.

- Les résolutions du Conseil de Sécurité : Ces résolutions peuvent énoncer une obligation
de non-reconnaissance.

Ex : Namibie – ancienne colonie allemande administrée par l’AFS, qui l’a ensuite annexée. Le
CS a pris des résolutions en disant qu’on ne pouvait la reconnaitre comme licite.
La CIJ peut émettre des prises de positions – avis sur le Mur ; les états tiers ne peuvent pas
reconnaitre comme licite les effets de la construction du mur en territoire palestinien car c’est
une violation du droit international.

à Les sanctions peuvent être institutionnelles (il y en a très peu) mais également d’autres
formes telles que la dénonciation officielle. Le boycott est également une sanction émanant
de la société civile. Le mouvement BDS (boycott des investissements sanction) est une
tentative de réponse aux limites des sanctions institutionnelles.

Il y a tension entre la dimension éthique (on ne peut reconnaitre des états violant le DI) et la
dimension politique (on reconnait, on agit sans sanctions = real politik).

- Le principe de non-intervention : Le cas de la reconnaissance prématurée. Le cas est
celui d’une entité déclare son indépendance, contre la volonté de l’État central, sans
pour autant qu’il y ait eu une invasion d’un autre État.
Ex : en 1991, la Croatie déclare son indépendance et la plupart des États ne reconnaissent pas
la Croatie en disant qu’ils ne veulent pas intervenir dans les affaires de la Yougoslavie.
Pourtant, certains États (Vatican et quelques États européens) reconnaissent la Croatie en
1992.

40
Quid par rapport au principe de non-intervention ? L’intervention nécessite 2 conditions :
- Toucher aux affaires intérieures, à la compétence nationale
- Contrainte – le simple fait de reconnaitre constitue-t-il une contrainte ?
Mais souvent, en pratique, quand on reconnaît, on ne se limite pas à cela ; on coopère, on
pèse des actes matériels et de fait, on va permettre à la sécession de réussir.

Même quand on ne se trouve pas dans l’hypothèse du principe ex injuria et qu’il n’y a pas de
résolution du Conseil de sécurité mais que manifestement, les conditions ne sont pas
remplies, on reconnaît quand même ; cela peut être problématique.

Si la reconnaissance s’accompagne de mesures, et qu’il n’y a pas eu d’accord entre l’entité
centrale et les entités sécessionnistes, il peut y avoir des problèmes.

B. La reconnaissance, déclarative ou constitutive d’un Etat ?

La reconnaissance permet-elle de créer une réalité ou de déclarer une réalité préexistante ?

1. La reconnaissance constitutive et ses limites, logiques et en droit positif

Dans la théorie constitutive, il faut inverser la chronologie ; un État n’existe que s’il est
reconnu. La reconnaissance est un élément constitutif de l’État, voire le seul élément
constitutif de l’État. Il s’agit d’une vision constructiviste. L’idée est plutôt politique, ainsi
puisque chaque état fait ce qu’il veut, tout est relatif. Cela signifie qu’un État n’existe que par
le biais de sa reconnaissance par d’autres et ce, peu importe les éléments constitutifs. C’est
une conception très idéaliste, les choses n’existent pas en tant que telles.
Le droit doit coller à la réalité et non l’inverse.
Le constructivisme poussé à son paroxysme pousse à dire qu’il n’y a d’état que s’il est reconnu
comme tel par d’autres états, et qu’il n’y a pas de définition de l’état.

Notons qu’on peut reconnaitre un état sans préjugé qu’il ai telle ou telle frontière.

Cette théorie montre bien toute l’importance des rapports de force et la relativité. C’est
d’autant plus vrai que l’on peut reconnaitre un Etat sous un nom et l’Etat s’appelle lui-même
autrement.
Ex : Macédoine reconnue sous un nom par l’Etat central et les pays limitrophes sous un nom
qu’elle ne porte pas.
Selon cette théorie, il ne faudrait pas examiner s’il y a des effectivités mais si l’entité a été
reconnue en tant qu’État.

Convention de Montevideo de 1933, Article 3.
« L'existence politique de l'Etat est indépendante de sa reconnaissance par les autres Etats.
Même avant d'être reconnu, l'Etat a le droit de défendre son intégrité et son indépendance,
de pourvoir à sa conservation et à sa prospérité et, par conséquent, de s’organiser comme
il l'entendra, de légiférer sur ses intérêts, d'administrer ses services et de déterminer la
juridiction et la compétence de ses tribunaux.»

41
C’est une convention régionale latino-américaine, souvent considérée comme exprimant le
droit coutumier. Il n’y a pas d’autre texte conventionnel par lequel on aurait défini l’état.
L’article 3 dit que c’est indépendant de la reconnaissance. Ce n’est pas parce qu’un état n’est
pas reconnu, qu’il n’existe pas. Si on est pas un Etat, on a pas de souveraineté et pas droit à la
protection de cette souveraineté. Chaque Etat a le monopole de la violence légitime sur son
territoire. (voir Art 1 : l’Etat est une entité qui a .. )
Les Etats qui ne reconnaissent pas Israël ne peuvent aller bombarder Israël en prétextant que
ce n’est pas un Etat, pour éviter une violation du recours de la force contre un autre état.

Résolution 3314 (XXIX) de l’Assemblée générale, 14 décembre 1974, Article 1
« L'agression est l'emploi de la force armée par un Etat contre la souveraineté, l'intégrité
territoriale ou l'indépendance politique d'un autre Etat, ou de toute autre manière
incompatible avec la Charte des Nations Unies, ainsi qu'il ressort de la présente Définition.

Note explicative. -- Dans la présente Définition, le terme "Etat" :
•
a) Est employé sans préjuger la question de la reconnaissance ou le point
de savoir si un Etat est Membre de l'Organisation des Nations Unies; 

b) Inclut, le cas échéant, le concept de "groupe d’Etats ».

La définition de l’agression a été débattue par les états pendant des 10aines d’années. Le
problème d’Israël était déjà problématique à l’époque. 1974 suit la guerre du Kippour, lorsque
des états arabes ont tenté de forcer Israël a quitter le territoire occupé. La reconnaissance
d’état n’influence selon cette résolution pas la question. Ainsi, la Russie, sous prétexte qu’elle
ne reconnaît pas le Kosovo, ne pourrait y envoyer ses troupes, si le Kosovo est reconnu comme
État. La reconnaissance ne préjuge pas.

Ex de question d’examen : En cas d’intervention militaire contre une entité qui se proclame
État mais pour laquelle la question se pose de l’existence même de l’État. Il faut d’abord se
demander si c’est un Etat et ensuite voir s’il y a eu violation de l’interdiction du recours à la
force. Si ce n’est pas un Etat, il ne peut pas y avoir de violation de l’art. 2, §4 de la Charte.
RMQ : l’interdiction du recours à la force ne vaut qu’entre États.

Cette théorie pose des problèmes – critiques

- La théorie de la reconnaissance constitutive ne colle pas au droit positif.
- Le premier état qui reconnait le fait sur base des éléments constitutifs. Il ne reconnait
qu’une situation qui existe déjà.
- En outre, si un Etat n’existe que s’il est reconnu par les autres, on peut se demander
par combien d’autres il doit être reconnu. Cette question n’est pas règlée. Elle ne peut
être règlée qu’en disant que tout est relatif et que l’Etat n’existe que pour ceux qui le
reconnaissent.

è Elle a comme intérêt de montrer l’importance des rapports de force, le pôle politique bien
présent mais si on va au bout de cette théorie, tout n’est que relatif. Cela semble aller à
l’encontre du projet même du droit international, et de sa dimension éthique puisqu’on aurait
plus de droit.
2. La reconnaissance déclarative et ses limites : Le cas de la Palestine

42

Une nouvelle instance a été introduite par l’État de Palestine contre les États-Unis d’Amérique
le 28 septembre 2018. Cette instance vise les États-Unis pour le déplacement de son
ambassade à Tel-Aviv vers Jérusalem Est (partie du territoire de la Palestine). La Palestine
estime que c’est contraire à la Convention de Vienne sur les relations diplomatiques de 1961
car à la lecture de cette convention, l’ambassade doit se trouver sur le territoire de l’État qui
accueille l’ambassade. Par conséquent, l’ambassade des États-Unis doit se trouver sur le
territoire d’Israël et non sur le territoire palestinien. Ainsi, la convention sur le droit
diplomatique aurait été violée. La Palestine a trouvé dans la convention des dispositions selon
lesquelles l’état accréditaire doit accueillir les ambassades sur son propre territoire.
La Palestine tente ainsi d’obtenir une sanction judiciaire par le biais de la CIJ.

Les Etats-Unis devraient vraisemblablement ne pas se positionner sur le fond à titre principal
mais invoquer l’irrecevabilité de la requête car la Palestine n’est pas un Etat, or la Cour
international de justice (Art 34 Statut) est ouverte aux Etats.
S’il se défendaient sur le fond, ça laisserait entendre qu’ils reconnaissent la Palestine comme
état.

Cela amènerait la Cour a se positionner sur l’existence de l’Etat de Palestine.
Si elle se basait sur un raisonnement suivant la théorie constitutive, elle tenterait de voir si les
États en litige se sont reconnus mutuellement. Elle constaterait alors que les États-Unis n’ont
pas reconnu l’État palestinien. Par conséquent, on ne pourrait leur opposer l’existence de
l’État palestinien. Dès lors, la requête serait irrecevable. La Cour ne se prononcerait pas sur la
question de savoir si la Palestine est un État en général mais uniquement aux fins du statut,
et plus précisément, entre les pays parties au statut. L’affaire serait déclarée irrecevable à
défaut de reconnaissance de l’Etat palestinien par les USA.

Si elle se basait sur un raisonnement suivant la théorie de la reconnaissance déclarative, la
Cour se posera d’abord la question de savoir s’il y a une déclaration d’indépendance. Ensuite,
la question sera de savoir si les éléments constitutifs énoncés en droit coutumier, tel
qu’énoncés par la Convention de Montevideo (sans dire qu’elle est applicable à la Palestine)
sont réunis. Par conséquent, en reconnaissant une entité comme État, l’État ne fait que
refléter, déclarer une réalité qui existait déjà.


Ex : La déclaration universelle des droits de l’Homme ne fait que reconnaître des droits
préexistants. Ces droits fondamentalement liés à l’individu existaient déjà. Ainsi, une
déclaration prétend ne rien créer.
Ex : Lorsque la Cour rend des avis, c’est déclaratif. Lorsqu’elle prend des décisions, il y a un
aspect plus constitutif.

IV. La problématique de la succession d’Etat

Est-ce qu’un nouvel Etat ainsi créé sera automatiquement partie aux organisations
internationales ou devra t’il formuler des nouvelles demandes d’adhésion ?
Ex : la Catalogne serait-elle d’office membre de l’UE ou devrait-elle faire une demande
d’adhésion ? Est ce qu’elle serait d’office partie à la CEDH ?

43

On va s’intéresser aux obligations de l’Etat par rapport aux traités et autres règles de ce type.
A. Un Etat peut-il disparaitre ?

1. Le cas de l’occupation d’Etat

Lorsqu’un Etat est occupé ou annexé, il ne disparait pas.
Ex : Koweit, quand il était occupé par l’Irak entre le mois d’août 1990 et avril 1991, restait un
État.
Il n’y a en principe pas de question de succession d’État de ce point de vue là car l’État subsiste
mais son effectivité est suspendue. Une fois les éléments constitutifs de l’Etat réunis, on ne
doit plus démontrer stabilité et effectivité. Il n’y pas d’éléments de maintien de l’Etat.

2. Le cas de la déliquescence de l’Etat : l’Etat « défaillant » (failed State)

Sur le plan du droit international, il n’y a pas de failed state. L’idée selon laquelle un état aurait
tellement peu d’effectivité qu’il ne serait plus un état. La conséquence aurait à nouveau été
l’absence de violation de la souveraineté. La question n’est pas purement symbolique mais
peut avoir des implications concrètes.

Ex : Somalie – le gouvernement n’était plus effectif, mais personne n’a considéré qu’il n’y avait
plus d’état.

3. Le cas Etats menacés de disparaitre physiquement

La disparition physique d’un état n’est pas encore survenue mais risque de survenir avec les
changements climatiques. Si les territoires sont entièrement submergé, il n’y aurait plus d’état
car pas d’assise matérielle ni de population. Cette disparition serait due à la disparition d’un
des éléments constitutifs sur le plan matériel mais non à un manque d’effectivité du
gouvernement.
Ex : Tuvalu.

B. La succession au sein des organisations internationales

Cette situation est règlée par la coutume.

1. Distinction entre dissolution et sécession

La dissolution vise le cas où l’état antérieur disparait complètement et de nouveaux états sont
créés. Les nouveaux états ont fait des demandes d’adhésion au sein des organisations
internationales. Ces organisations internationales sont libres de les accepter ou les refuser. Ce
n’est pas parce que l’ancien État était membre de telle organisation que les nouveaux États
issus de la dissolution en feront automatiquement partie ou qu’ils seront d’office accepter.
Ces États peuvent, par exemple, ne pas remplir les conditions pour devenir membre de
l’organisation.
Dans ce cas, on repart de zéro. Les nouveaux États ont le choix ; ils ne doivent pas forcément
être membres des mêmes organisations auxquelles l’ancien État était partie.

44

La sécession vise le cas de la création d’un nouvel État mais avec maintien de l’ancien État.
En cas de sécession, l’État sécessionniste a le choix d’aller dans des organisations, lesquelles
ont aussi le choix de l’accepter ou non. Par contre, l’État continuateur, qui ne disparaît pas et
n’est pas un nouvel État, reste membre des organisations internationales auxquelles il fait
partie.
Ex : Sud-Soudan a fait sécession avec le Soudan, avec l’accord des autorités du Soudan.

2. Limites : les cas de l’U.R.S.S. et de la Yougoslavie

En pratique, le primat du politique apparait clairement. Les interprétations de ces coutumes
sont parfois originales.

Le cas de l’URSS :
L’URSS a cessé d’exister de par les accords de Minsk. On dirait qu’il y a une dissolution : tous
les États au sein même de l’entité décident que l’URSS n’existe plus. On a considéré que la
Russie restait le même État. Les frontières ont été modifiées. La Russie est restée la Russie et
a continué à faire partie des institutions auxquelles elle appartenait. La Charte des NU
mentionne toujours l’URSS et non la Russie comme un des 5 membres permanents du Conseil
de sécurité. Si on qualifie la situation de sécession, ce qui restait de l’Union soviétique s’est
séparé de la Russie et a donc fait des demandes d’admission, contrairement à la Russie.

Le cas de la Yougoslavie :
Dans le cas de la Yougoslavie, on pourrait dire qu’il s’agit d’une sécession car la Croatie et la
Slovénie, ensuite la Bosnie et enfin la Macédoine se retirent. Tout le monde s’en va et il ne
reste plus que le cœur même de la Yougoslavie. Il s’agirait donc de sécessions et c’est ce que
la Yougoslavie a soutenu ; elle restait membre des NU et les nouveaux États devaient formuler
des demandes pour en être membre. Toutefois, il y a eu litige qui a duré jusque dans les
années 2000. Fatiguée de ces litiges, la Serbie-Monténégro (qui deviendra la Serbie) a fait une
demande d’admission à l’ONU. Par conséquent, on pourrait considérer qu’il s’agissait d’une
dissolution alors qu’à première vue, la solution semblait plutôt être l’inverse.

è Une fois que l’on a qualifié la situation de dissolution ou de sécession, la solution juridique
est évidente. En cas de dissolution, tous les nouveaux États doivent faire des demandes alors
qu’en cas de sécession, les États sécessionnistes et non l’État continuateur doivent faire des
demandes.

3. Problèmes contemporaines : l’Ecosse (2014) et la Catalogne (2017)

Dans ces 2 situations, les autorités indépendantistes avaient une autre vision qui était celle de
dire que la nécessité de formuler des demandes pour être membre d’une organisation
internationale portait atteinte à l’attractivité du projet indépendantiste. En cas de retrait du
Royaume-Uni ou de l’Espagne, ces 2 régions ne feraient plus parties de l’UE. Elles devraient
donc faire des demandes d’admission pour pouvoir en faire partie, ce qui supposent l’accord
du Royaume-Uni ou de l’Espagne car pour pouvoir être membre de l’UE, il faut l’accord de
tous les membres.

45
C. La succession aux droits et obligations
1. Statut des conventions ?
Les conventions de 78 et 83 existent. Tout d’abord, peu d’états en sont parties. Celle de 83
n’est même pas entrée en vigueur. En outre, un nouvel état n’est par définition partie à aucun
traité, il serait donc difficile de lui appliquer un traité. Un nouvel État n’est, par définition,
partie à aucun traité, y compris les traités sur la succession d’États.

Dans une dimension purement politique, on insiste sur le fait que tout dépend de la volonté
de l’Etat. La théorie de la table rase est mobilisée et suppose que le nouvel État puisse choisir
les conventions auxquelles il souhaite adhérer.

Dans une approche plus éthique, il existerait des règles intransgressibles du droit
international, qui s’imposent même aux états qui ne l’aurait pas ratifié. L’état arrive dans une
communauté internationale qui a, au moins, des règles de base.

Tout se négocie, à chaque fois des successions différentes ont été menées.

2. Cas particulier des conventions en matière de DH ?

La pratique semble disparate. Les règles sur la succession d’état vont concrètement être
utilisées dans les négociations mais leur fragilité est évidente puisque dans ce domaine le
« real politik » est le plus fort. Obliger un état à adhérer à un traité serait, dans la conception
volontariste, une atteinte importante à la souveraineté d’un état. Selon les volontaristes, il y
a des contraintes politiques mais si un État est suffisamment puissant pour y résister, il y
arrivera. Le côté objectiviste considère, en revanche, qu’il y a des principes qui s’imposent
objectivement. On ne peut imaginer qu’un État ne veille pas un minimum.


Ex : Ex : si la Flandre fait sécession, le restant de la Belgique reste membre des NU, partie à la
CEDH, tenu par les obligations de la Belgique ( = État continuateur). La Flandre repart donc de
zéro.

3. Un primat du politique ?

L’Union européenne a adopté de ce point de vue là une position très orthodoxe. Quant à la
catalogne, elle devrait faire une nouvelle demande d’adhésion. Pour le reste, c’est une affaire
intérieure à l’Espagne en ce qui concerne l’acceptation ou non de la séparation d’une partie
de leur territoire. La Commission adopte donc ici une position assez orthodoxe par rapport
aux questions d’autodétermination et de succession d’États.

46


V. C.I.J., Avis consultatif sur la Conformité au droit international de la
déclaration unilatérale d’indépendance relative au Kosovo, Recueil
2010, 22 juillet 2010, pp. 436-438, §§ 79 à 84 et p. 452, § 123.

1. Quelle est la position de la Cour sur les liens entre l’intégrité territoriale et la sécession
?
§80 :
- L’intégrité territoriale est un principe applicable uniquement entre États ; le Kosovo,
en proclamant son indépendance n’est pas encore un État. Le principe ne s’y applique
donc pas.
- Sur un plan strictement juridique, cela ne colle pas avec le texte puisque l’intégrité
territoriale n’est applicable qu’entre états. La déclaration d’indépendance n’est pas
contraire à l’intégrité territoriale. Par contre, la proclamation d’indépendance de
Chypre Nord est contraire à l’intégrité territoriale de Chypre car il y a eu intervention
militaire de la Turquie avant.
- Sans intervention interétatique, il n’y a pas violation de l’intégrité territoriale. La
sécession n’est pas interdite par l’intégrité territoriale mais il n’y a pas non plus de
droit à la sécession.
Reste alors la solution de la sécession remède, càd la théorie doctrinale qui veut que, dans des
cas exceptionnels, on doive considérer qu’il y ait un droit à la sécession, comme remède d’une
violation grave du droit international contre une minorité au sein d’un État. En principe, on
considère que la sécession n’est ni interdite, ni autorisée, cela reste dans la sphère intérieure
de l’État. Dans le cas de la sécession-remède, cela ne serait pas contraire à l’intégrité
territoriale et en outre, cela serait vraiment un droit.
à Selon la Serbie : La déclaration d’indépendance du Kosovo est contraire à son intégrité
territoriale. Une tentative de sécession est contraire à l’intégrité territoriale de l’Etat.

Exemples de précédents dans lesquels un État a invoqué que la tentative de sécession était contraire
à son intégrité territoriale :
• Le Maroc a invoqué que la tentative du Sahara occidental de se retirer de son territoire était
contraire à son intégrité territoriale et en affirmant qu’il n’était pas un État. Dans le cas du
Maroc, le Sahara occidental n’avait pas droit à l’autodétermination.

47
• Les Kurdes souhaitent créer le Kurdistan mais l’Irak affirme que cela est contraire à son
intégrité territoriale.
• Une déclaration d’indépendance avait été faite par le Nord du Mali en 2012. Le Mali a donc dit
que cela était contraire à son intégrité territoriale, ce qui a été confirmé par les États africains.


2. Quelle est la position de la Cour sur le droit à l’autodétermination, et notamment la
question de la « sécession remède » ?
Selon la Cour, c’est controversé. Son rôle n’est de répondre qu’aux questions qui lui ont été
posées. En l’espèce, ce qui lui a été demandé concerne la conformité au droit international de
la déclaration unilatérale d’indépendance du Kosovo. Elle doit donc examiner si cela viole le
droit international. De son point de vue, cela ne viole pas.
Par contre, elle n’a pas été interrogée sur le point de savoir s’il y avait un droit à la sécession.

La Cour interprète la question de manière très stricte. Elle considère que ce qui lui avait été
demandé concernait la question de savoir si le simple fait de déclarer son indépendance est
contraire au droit international. La Cour répond par la négative tout en précisant qu’il n’y a
pas pour autant un droit à l’indépendance.

La Cour adopte une position très restrictive (cf : armes nucléaires) Elle traduit sa position par
un formalisme excessif. Elle interprète la question de manière tellement restrictive qu’elle ne
tranche pas les vrais problèmes. Par conséquent, la Cour ne met pas fin au différend juridique
en rendant son avis. Elle ne dit rien quant à la sécession-remède.
La Cour avait la possibilité, si elle ne voulait, de réinterpréter la question qui lui avait été posée.

3. La Cour se prononce-t-elle par ailleurs sur l’existence d’un « État du Kosovo » et sur sa
reconnaissance ?
La Cour considère qu’elle n’a pas à se prononcer là-dessus. Elle ne se prononce donc pas sur
la question de savoir si le Kosovo a le droit à être un État. Elle ne dit pas non plus si on peut le
reconnaître ou pas. On aurait pu se dire qu’on ne pourrait reconnaître les conséquences de
l’intervention militaire en 1999 (pour le moins douteuse). Elle dit uniquement que le simple
fait de déclarer son indépendance n’est pas une violation du droit international.

La Cour ne se prononce pas sur le droit à l’autodétermination, sur l’existence de l’État, sur la
reconnaissance.

RMQ : ce n’est pas parce qu’il y a un État que l’on lui a reconnu un droit en amont. Ce n’est
pas non plus parce qu’un État avait le droit qu’il a réussi.

La Cour adopte donc une position qui consiste à en dire le moins possible.

4. Dans quelle mesure cette affaire vous semble-t-elle illustrer la tension entre les
conceptions éthique et politique du droit international ?

Si on adopte une conception éthique, on va critiquer l’avis. En effet, la Cour, au lieu de se
prononcer sur les principes généraux et d’essayer d’avoir une interprétation universelle qui
permettrait à tous de savoir ce qu’il en est, laisse faire chacun faire ce qu’il veut. Ainsi, elle
laisse les États libres de reconnaître ou de ne pas reconnaître.

48
La Cour laisse donc la question soumise aux rapports de force.
La conception éthique va renvoyer à une conception idéaliste, càd celle selon laquelle le droit
et le juge vont permettre de régler les problèmes. En cas de problèmes quant à l’interprétation
du droit, on s’adresse au juge. Dans une conception idéaliste, grâce au droit international et
au juge, on va faire avancer les choses.
Par conséquent, on est très déçu à la lecture de ce paragraphe si on adhère à une telle
conception. Le rôle de la Cour aurait été d’interpréter largement la question mais a décidé de
ne pas le faire. De ce point de vue-là, l’avis de la Cour est très critiquable.

Dans une conception plus politique, on dirait que ce qui compte, ce sont les rapports de force.
Le cas du Kosovo est quelque peu particulier car la Serbie était soutenue par certains États
mais d’un autre côté, le Kosovo avait déjà été reconnu par un certain nombre d’États
occidentaux. Si la Cour avait dit que la déclaration d’indépendance était contraire au droit
international, cela aurait constitué une remise en cause assez forte de la position des États
occidentaux qui s’étaient engagés en soutenant le processus d’indépendance. Les juges de ces
pays se trouvaient dans une situation plus complexe.

D’un côté, la Cour est supposée dire le droit mais d’un autre côté, elle est confrontée aux
rapports de force. Ce qui en résulte est ce compromis qui semble plutôt pencher vers un avis
à dimension plus politique qu’éthique car elle se garde bien de préciser le sens de principes
fondamentaux du droit international.






















Chapitre 3.- Les frontière de l’Etat

49
Tiken Jah Fakoly « Plus rien ne m’étonne »

« Ils ont partagé Africa, sans nous consulter Ils s’étonnent que nous soyons désunis Une
partie de l’empire Mandingue Se trouva chez les Wolofs Une partie de l’empire Mossi Se
trouva dans le Ghana Une partie de l’empire Soussou Se trouva dans l’empire Mandingue
Une partie de l’empire Mandingue Se trouva chez les Mossi Ils ont partagé Africa
Sans nous consulter!
Sans nous demander!
Sans nous aviser! »

Le Droit international est tiraillé entre une aspiration à la justice contenue dans la chanson. La
chanson remet en cause le partage de l’Afrique par les puissances coloniales. Cela semble
effectivement fondamentalement injuste puisque les populations concernées n’ont pas été
consultées. A la fois, les dirigeants africains, au-delà des considérations abstraites, tiennent
compte des impératifs de sécurité et de stabilité et s’en remettent aux décisions prises en
privilégiant le fruit des rapports de force que sont les accords entre états. Cette chanson
illustre la critique de la règle qui veut que l’on privilégie les accords entre états.

« Les Borgia »
Cette série met en scène une décision réelle, de répartition des possessions espagnoles et
portugaises par le Pape, en utilisant un compas. L’équité selon le pape est la volonté de Dieu
qui va guider sa main. Le compas va permettre de déterminer une ligne de partage. Le traité
de Tordesillas met en œuvre cette décision papale.

La décision ne tient pas compte des particularités locales mais a un côté très nette
puisqu’issue de la volonté de Dieu est gage de stabilité. On préfère une ligne claire qui apparaît
à la fois arbitraire et juste (ambivalence).

Le traité de Tordesillas


Cette décision sera consacrée dans le traité entre Espagne et Portugal qui met en œuvre cette
décision avec de tous petits aménagements.



I. L’accord comme critère fondamental de délimitation : la relativité de
la frontière

50

A. L’accord comme critère

L’accord est le critère fondamental.

1. Historique

Les traités étaient conclus à la suite de conquêtes, invasion. Cependant, aujourd’hui,
l’acquisition/l’occupation/l’invasion contraire au droit international ne peut constituer un
titre territorial.
Ex : La Crimée – sorte d’acquisition par occupation. La Russie estime que c’est simplement un
accord entre les autorités de Crimée, fruit d’un processus d’autodétermination et la Russie.
Le critère est le recours à la force, de savoir si il a été violé ou non. En cas de violation, il ne
peut y avoir titre territorial.

2. Objet et but de la règle actuelle : paix et stabilité

La notion d’intangibilité des frontières est totalement en décalage avec la notion même
d’accords. On l’utilise pour dire qu’on ne peut remettre en cause les frontières
unilatéralement. Les frontières n’ont rien de naturel et rien d’intangible. Il y a eu des
modifications constantes tout au long de l’histoire.

L’argument historique, souvent avancé, consiste à remonter dans l’histoire pour légitimer des
occupations territoriales mais pose problème car selon jusqu’où on remonte, on peut déplacer
le curseur sur d’autres frontières.
Ex :Crimée – La Crimée était russe avant selon la Russie.
Ex : Israël

L’argument géographique n’est pas tenable puisque les frontières bougent tout le temps.
Parfois les critères géographiques reprennent des frontières, parfois pas. Il n’y a pas
d’automaticité.

Les arguments ethniques, culturels ou religieux sont changeants. En effet, le tissu local est
difficilement territorialisable. En outre, la volonté de la population est difficile à définir. En
droit positif, la population est celle de l’Etat. Si deux états concluent un accord par lequel ils
déplacent une frontière, on estime que les gouvernements reflètent la population des 2 Etats.
La volonté de la population est prise en compte par le prisme de l’état. On rejette les
changements de frontières fonction de la volonté aléatoire de la population de l’Etat.
Ces critères ne sont que des facteurs, ne sont pas totalement dénués de pertinence mais ils
vont intervenir dans une certaine mesure.

L’autodétermination s’envisage, une fois l’indépendance réalisée, comme la volonté de la
population de l’état.
Ex : réclamations de la Bolivie pour avoir un accès à la mer – historiquement, la Bolivie a par
accord renoncé au territoire maritime en échange de quoi le Chili a payé une somme d’argent.
Le Chili n’avait pas d’obligation de négocier avec la Bolivie, ni de céder. Ils peuvent se mettre
d’accord.

51

Le cas de la Catalogne
Sur cette carte de la catalogne an l’an 1000,
l’argument historique, revendiqué par des
personnes qui revendiquent le droit à
l’autodétermination et veulent ancrer l’entité dans
l’histoire. Par conséquent, on se place à la date du
dernier accord. Les difficultés sont contournées par
le critère de l’accord.







Le cas du Kosovo
Des négociations sont en
cours entre la Serbie et les
autorités du Kosovo
concernant les territoires
peuplés de serbes. L’Etat
central accorde la sécession
moyennant la possibilité pour
ces serbes de rester. Cela
n’avait pas été fait en 1992.
Cela avait suscité des conflits
et des compromis. Belgrade
accepterait l’indépendance du
Kosovo moyennant des
aménagements territoriaux.
L’idée serait de faire un
échange de territoire. Selon certains, cela constituerait un dangereux précédent.
Sur le plan du DI, ce ne serait pas problématique dès lors qu’il y a accord entre états.
L’intangibilité des Etats ne veut rien dire.
à Ici, la question est d’accepter comme état à condition que le Kosovo ne revendique
pas certaines des frontières.

La notion d’accord est parfois étendue à la décision unilatérale d’un état colonial pour ce qui
est des délimitations entre ses propres colonies.





Le cas de l’Albanie

52
La Grande Albanie intégrerait la macédoine sur
bases de revendications basées sur la langue.
















è Cette logique est basée sur un pôle politique. Les valeurs centrales sont la sécurité et la
stabilité. Les autres facteurs sont subordonnés à ces valeurs-là. L’importance est l’accord.
Lorsqu’une frontière passe à un endroit, c’est parce que les Etats l’ont décidé. Ce critère
d’accord est celui retenu dans toute la jurisprudence.

B. Les modalités de l’accord : la souplesse du procédé

La jurisprudence consacre très clairement le critère de l’accord. Le critère est différemment
apprécié, soit que l’accord soit clair et net (traité) ou soit informel, tacite.

• L’accord conventionnel : l’affaire Lybie/Tchad (1994)
Lorsque l’on a un texte, tout porte sur l’interprétation du traité

• L’engagement unilatéral exprès : l’affaire Groenland

En droit international, la notion d’accord tacite est tout à fait admise. Ainsi, au-delà d’un traité
en bonne et due forme, on peut dégager un échange de consentement.

Le cas du Groenland
La partie orientale du Groenland était revendiquée par le Danemark et la Norvège. Il n’y avait
pas de traité entre les 2 états sur ce point. La Cour a constaté que le ministre norvégien des
affaires étrangères avait dit à l’ambassadeur danois lors d’une consultation officielle que la
Norvège ne ferait plus obstacles aux revendications du Danemark. La Cour en conclu qu’il y a
accord entre la prétention du Danemark et l’acceptation de la Norvège. Cet échange de
consentement est considéré comme suffisant. C’est la déclaration Ihlen.

Au moment où le différend nait, on tente de voir si récemment il n’y a pas eu d’accord formel
ou informel. On prend en compte le dernier accord, et on ne remonte pas le temps.

53
Si ces accords ont été formé en temps de dictature, les accords sont pris en compte de la
même manière. Tout d’abord, se pose la question de la qualification de dictature. On ne peut
pas juger que tel ou tel état est une dictature, cela mènerait à l’instabilité totale (pole
politique). En outre, même lorsqu’il y a des régimes dictatoriaux, ils ont souvent la même
politique en matière de frontières, de questions territoriales.

Ex : Le Chili a toujours maintenu la même position sous Allende ou Pinochet sur les questions
territoriales.

• L’engagement unilatéral tacite : Temple de Preah vihéar

Un accord encore plus informel peut être déduit d’un silence.

Le cas du temps de Préah Vihéar

Ce temple se trouve entre la Thaïlande et le Cambodge, qui réclamaient la souveraineté sur
ce temple. La CIJ a été amenée à se prononcer en l’absence de traités réglant la question ou
de déclarations, mais en présence d’une opposition de points de vue. Elle dégage une forme
informelle d’accord à partir du silence de la Thaïlande qui pendant des années n’avait pas
réagi à une carte qui lui était soumise par les autorités française (le Cambodge était administré
par la France) et sur lesquelles le temple apparaissait être en territoire cambodgien. Cette
absence de protestation de la part des autorités Siam (Thaïlande) est comprise par la Cour
comme une forme de consentement. Les conséquences de la souveraineté est que l’état est
supposé exercer cette compétence. Des accords très informels sont admis en droit
international, cela tempère la rigueur du critère de l’accord.

C. L’interprétation de l’accord : titres et effectivités

L’interprétation des accords pose souvent problème. L’état non satisfait par un accord va
affirmer qu’il n’est pas valable. Le cas échéant, il va affirmer qu’il faut interpréter l’accord
d’une certaine manière.

La CIJ énonce les grands principes, dans l’affaire du Différend frontalier entre le Burkina et le
Mali. Elle établit une hiérarchie entre les titres, les effectivités et l’equité infra legem.












54
C.I.J., affaire du Différend frontalier (Burkina Faso/Mali) (1986)

« Dans le cas où le fait correspond exactement au droit, où une administration effective


s'ajoute à l’uti possidetis juris, 1’effectivité n’intervient en réalité que pour confirmer
l’exercice du droit né d'un titre juridique. Dans le cas où le fait ne correspond pas au droit,
où le territoire objet du différend est administré effectivement par un Etat autre que celui
qui possède le titre juridique, il y a lieu de préférer le titulaire du titre. Dans l'éventualité
où 1’effectivité ne coexiste avec aucun titre juridique, elle doit inévitablement être prise en
considération. Il est enfin des cas où le titre juridique n'est pas de nature à faire apparaître
de façon précise l'étendue territoriale sur laquelle il porte. Les effectivités peuvent alors
jouer un rôle essentiel pour indiquer comment le titre est interprété dans la pratique » (p.
587, par. 63).

« Il est clair que la Chambre ne peut, en la présente affaire, statuer ex aequo et bono.
N’ayant pas reçu des Parties la mission de procéder à un ajustement de leurs intérêts
respectifs, elle doit également écarter en I'espèce tout recours à l'équité contra legem. La
Chambre n’appliquera pas non plus l'équité praeter legem. En revanche elle prendra en
considération I'équité telle qu'elle s'exprime dans son aspect infra legem, c'est-à-dire cette
forme d’équité qui constitue une méthode d’interprétation du droit et en est l’une des
qualités » (pp. 567-568, par. 28).


1. Les titres : conventions, déclarations et documents pertinents

Les titres peuvent être des traités, des décisions des puissances coloniales dans leurs colonies
(acte administratif de droit colonial) …
Parfois le droit international renvoie au droit interne. Le droit interne n’a en principe pas de
valeur en droit international, mais rien n’empêche le droit international d’y faire renvoyer.

Il faudra interpréter ces documents.

2. Les effectivités : les faits acceptés et non contestés

C’est le 2e critère. Si les faits priment le droit, la force détermine les limites territoriales d’une
frontière. Cependant, les effectivités ne sont pas un critère en tant que tel. Sur une partie de
territoire où il n’y a pas de titre, il convient de voir qui revendique le territoire et s’il
l’administre et a des effectivités (ex : écoles, services publics,…). Cela sera pris en compte si
cela n’a pas été contesté par l’autre état. C’est à nouveau un critère d’accord. Les effectivités
sont simplement une manière de revendiquer. En l’absence de protestation, par le silence, on
considère qu’il y a une forme d’accord informel (cf : Burkina/Mali). Il n’y a pas de délai fixe, il
est laissé à l’appréciation du juge.





55
3. L’équité infra legem

Cas de la Mare de Soum.
Elle était une partie de la frontière entre le Burkina Faso et le Mali. La Cour ne sait pas
comment elle doit fixer la frontière. Elle n’a rien, ni titres, ni effectivités. Dans ce cas, elle a
décidé de diviser la mare en deux. Elle a donc fait application de l’équité, laquelle, en l’espèce
consiste à diviser la mare en deux. Ce critère est tout à fait subsidiaire.
Toutefois, la Cour précise que l’équité ne peut être contre le droit, ni le remplacer. L’équité
de la Cour est l’équité « dans le droit ». On ne voit pas en quoi sa décision ne va pas au-delà
du droit. Le juge est respectueux de la volonté des états, il ne veut assumer l’introduction de
considérations de justice. Il se retranche toujours derrière les considérations des États eux-
mêmes.
L’idée est que le juge ne peut appliquer purement et simplement le droit, en se cantonnant à
un rôle purement politique en renvoyant les états à un accord, il doit donner des solutions au
litige (pole éthique). Le juste milieu auquel il a été fait référence est l’équité infra legem. Cette
notion n’est utilisée que dans des cas exceptionnels, mais est fréquente en cas d’accords
maritimes.

II. Cas de la succession d’Etats : le principe général de l’uti possidetis
comme substitut à l’accord


A. L’uti possidetis juris et la stabilité des frontières internationales

Les cas de succession d’états sont fréquents. La méthode pour délimiter une frontière est de
prendre l’accord le plus récent. Si on n’en trouve pas, on remonte le temps et on peut arriver
à l’indépendance d’un des deux états. Le critère continu est pris en compte, on voit quels sont
les accords qui auraient pu être établis par les états prédécesseurs ou entre un état actuel et
prédécesseur. L’idée est la temporalité, la stabilité.

Ex : Slovénie – elle avait une frontière avec l’Italie et l’Autriche. Ces frontières étaient entre
l’Italie et la Yougoslavie. L’Italie n’a rien à voir dans les arrangements éventuels d’un état
voisin.

Les états tiers ne sont pas affectés par la succession d’états. Les frontières internationales ne
sont pas affectées par les changements de part et d’autres de la frontière. Ce principe est
unanimement accepté quant aux frontières internationales, par la jurisprudence et la
doctrine.








56
B. L’uti possidetis juris : une technique appliquée progressivement transformant les
limites administratives en frontières internationales

Quid s’il n’y a pas de frontières avant la création de l’État ? Est-ce que des limites
administratives auraient pour vocation à se transformer en limites internationales / en
frontières ?

Dans la pratique, cette technique de délimitation a été utilisée notamment en Amérique
latine. En 1833, au sein de l’empire espagnol et portugais la répartition était faite. Sans
accord, on part de ces frontières-là. Ces limites pourront ensuite être modifiées par accord.

Amérique Latine

















(La succession = le fait que l’Espagne devienne le Pérou)
Les frontières actuelles sont de 2 types :
• Certaines sont depuis longtemps des frontières internationales.
• D’autres, au moment de l’indépendance, pour éviter les conflits, partent des limites
administratives qui existaient au sein de l’empire colonial et sont transformées en
frontières internationales. Ces limites peuvent ensuite être modifiées. C’est quelque
peu paradoxal dans la mesure où l’État colonisé rejette l’autorité de l’État colonisateur
tout en tirant de cette autorité une partie de son identité. (Cf : Afrique)

Le cas de l’Afrique :

En Afrique, il y avait des frontières internationales entre territoires relevant de puissances
coloniales distinctes. Il y a également des frontières qui relèvent d’États qui appartenaient à
la même puissance. Dans ce cas, les frontières établies par le colonisateur ont été largement
reprises. Ces frontières ont été tracées sans tenir compte des particularités locales, de
manière arbitraire. Leur identité même est créée par le colonisateur. Ils revendiquent la
reconnaissance d’un État- forme politique exportée par les colonisateurs dans les colonies- et
changent ensuite éventuellement leur nom.

57
Puisque l’on réclame l’émancipation par rapport à la puissance coloniale, on le fait en tant que
territoire créé par le colonisateur et dans les limites établies par le colonisateur. Au nom de la
stabilité, l’uti possidetis fonctionne de cette manière. La quasi-unanimité des États africains a
repris ce critère. Le Maroc ne voulait pas de cette technique.

Cas de l’Europe (exemple de la Yougoslavie) :
Les frontières correspondent aux limites administratives qui sont devenues les frontières
internationales.


Cas de l’URSS :

58
« The activities of the Council of Heads of State and of the Council of Heads of Government
are pursued on the basis of mutual recognition of and respect for the state sovereignty and
sovereign equality of the memberstates of the Agreement, their inalienable right to self-
determination, the principles of equality and noninterference in internal affairs, the
renunciation of the use of force and the threat of force, territorial integrity and the
inviolability of existing borders, and the peaceful settlement of disputes, respect for human
rights and liberties, including the rights of national minorities, conscientious fulfillment of
obligations and other commonly accepted principles and norms of international law ».

Dans le cas de l’URSS, les États ont conservé les limites administratives qui avaient été établies.


C. L’uti possidetis juris : une règle coutumière qui s’impose aux Etats ?

Dès lors qu’il y a une répétition de précédents, peut-on parler de règle coutumière s’imposant
dorénavant aux états ?

1. Thèse de l’application (majoritaire)

• Nombre de précédents importants
• La jurisprudence CIJ – le principe de l’uti possidetis est une règle générale liée à
l’indépendance (- « logiquement liée à l’indépendance où qu’elle se manifeste »). Il
faut une ligne, même arbitraire, pour éviter les conflits. La commission Badinter1 avait
été établie par rapport à la Yougoslavie et rend comme avis que c’est une règle
coutumière.

2. Thèse de l’inapplicabilité (minoritaire)

• L’interprétation des précédents peut se faire dans les deux sens. Les limites
administratives n’ont pas toujours été élevées en frontières internationales.
Ex : Belgique, Grèce, …
• La critique de l’interprétation de la jurisprudence par la « Commission Badinter »
puisque la CIJ se prononce dans le contexte de la décolonisation. La solution de la Cour
est propre à ce contexte, le droit à l’indépendance se veut logiquement dans le
territoire tel qu’il existait au moment où l’indépendance est revendiquée.
• La persistance de conflits territoriaux malgré l’application de l’uti possidetis. En outre,
cela bloquerait la négociation.

« Faux JT – Bye Bye Belgium »

Il existe deux types de successions d’état :
• Soit dissolution – la Belgique disparait, de nouveaux états sont créés.
• Soit sécession de la Flandre – le reste de la Belgique reste un état.

Les frontières internationales ne bougeraient d’office pas.

1
https://en.wikipedia.org/wiki/Arbitration_Commission_of_the_Peace_Conference_on_Yugoslavia

59

Eric David se positionne contre l’application de l’uti possidetis. Il invoque une interprétation
erronée de la jurisprudence (cf : Débat Burkina/Mali).


Si on applique l’uti possidetis,
la partie entre la Flandre et la
Wallonie serait en Flandre
puisqu’on reprendrait la
limite administrative
linguistique tracée.

Si on applique pas l’uti
possidetis, cette partie
pourrait revenir à la Wallonie
ou à Bruxelles. Il faudra un
accord qui ne parte pas des
limites administratives, elles
ne seraient pas plus valables
que d’autres limites.


Si la Flandre revendique Bruxelles, il y a une contradiction. Cela dépend quelle entité est prise
en compte.


Le cas de la catalogne

Sur la carte, les « pays
catalans » sont plutôt
basés sur la culture.
On voit également des
lignes grises, qui sont les
limites administratives
des régions espagnoles.

Si on applique l’uti
possidetis, les frontières
de la catalogne seraient
les lignes grises
administratives. On part
alors de ces lignes si on
applique l’uti possidetis
mais par après l’accord peut le modifier. Si on ne parvient pas à l’accord, on retombe d’office
dessus. Selon les opposants, cela fausse le rapport lorsque l’on sait à quoi on aurait d’office
droit.

60
à Cette règle s’applique incontestablement quand il s’agit de frontières internationales
au moment de l’indépendance. Pour ce qui concerne les limites administratives, c’est
controversé. Les frontières peuvent toujours bouger mais il faut des négociation d’état à
état.

III. Le cas de la mer et de l’espace extra-atmosphérique : « patrimoine
commun de l’humanité » ou espaces à partager entre états ?

Le critère de l’accord est relativement opérant pour les frontières terrestres car on y trouve
toujours soit un traité, soit d’autres types d’accords informels qui peuvent résulter
d’effectivité. Cependant, dans le cas de la mer et de l’espace extra-atmosphérique
l’application du critère est plus délicate dans la mesure où les effectivités sont rares voire
inexistantes.

En droit international, le principe est le suivant : la terre domine la mer. On doit d’abord
déterminer à qui appartient le territoire (ex : île) et ensuite se poser la question de la
délimitation maritime qui en résulte.

A. Contexte juridique et politique

1. Historique

• Fermeture ou ouverture des océans ?

On retrouve la tension entre les considérations de justice et les considérations politiques.
D’une part, le pôle éthique veut que la mer n’appartienne pas aux Etats mais appartiennent à
tout le monde. Elle serait une sorte de patrimoine commun de l’humanité. Sur le plan éthique,
il y aura une humanité au-delà des états.
D’autre part, le pôle politique, plus libéral, veut que la terre domine la mer. Les états n’ont
qu’à se partager les mers au même titre qu’ils se sont partagés les terres. Cette conception
est défendue par les états qui en ont les moyens et se base sur la fiction de l’égalité souveraine
des états.

« Les Simpson – La Grande vie »
Dans cet extrait, au-delà de la zone des eaux territoriales, il s’agirait d’une zone de non-droit
où il est possible de faire tout ce que l’on veut. Cela se base sur une certaine pratique de
certains états qui pour échapper à la législation ont été sur des navires au-delà des eaux
territoriales pour émettre des radios ou pratiquer des avortements.

• Puissances maritimes et Etats côtiers ?

Historiquement, il y a une tension entre les puissances maritimes et les États côtiers.
Les puissances maritimes avaient pour idée de laisser la mer ouverte, non pas pour en faire
une sorte de « patrimoine commun de l’humanité » qui serait géré par des institutions
collectives mais en vue de permettre à tout navire en état de s’y rendre, de l’utiliser et de
l’exploiter. Il faudrait laisser la mer la plus ouverte possible afin que la liberté s’y applique.
Cette conception semble totalement éthique. Cependant, cela cache l’idée selon laquelle les

61
États et entreprises qui en ont les moyens pourront aller exploiter les ressources maritimes et
sous-maritimes alors que les États qui n’en ont pas les moyens ne pourront pas le faire.

Les États côtiers, moins puissants, invoquent l’idée selon laquelle la haute mer (=espace
maritime qui n’appartient à personne) devrait être relativement restreinte et que les autres
États ne puissent pas venir piller leurs ressources, leurs eaux territoriales. Ils souhaitent donc
étendre les territoires terrestres aux territoires maritimes. Ils considèrent qu’il faut projeter
la notion de souveraineté terrestre à celle de la souveraineté maritime. Ils ont tendance à
vouloir avoir les espaces maritimes les plus étendus possibles. Il faudrait alors demander
l’autorisation pour venir pêcher et l’Etat côtier pourrait réclamer des droits.

• La notion de plateau continental et la diversité des espaces maritimes

Les États-Unis ont, dans un premier temps, eu tendance à défendre cette idée de liberté.
Toutefois, après la 2GM, ils se sont rendus compte qu’il y avait beaucoup de ressources
pétrolières dans le sous-sol marin adjacent à leur territoire. Ils ont alors adopté la vision des
États côtiers et ont défendu l’idée de plateau continental qui consistait à dire que le territoire
terrestre se poursuit sous la mer. Il y aurait un plateau continental qui serait naturellement
rattaché à la masse terrestre et qui, dès lors, relèverait de la souveraineté de l’État côtier.
Dans chaque cas, les États font un choix entre cet axe de liberté absolue et souveraineté des
États côtiers.

• Le cas de l’espace extra-atmosphérique

Dans ce cas, il est très difficile qu’il y a des espaces particuliers qui appartiennent à un État
dans la mesure où la terre tourne en permanence. Il y aurait donc une sorte de souveraineté
tournante. Des problèmes naturels influencent dans ce cas le débat.

• La difficulté de transposer le critère de délimitation de l’accord

2. Sources

• La convention de Montego Bay de 1982
Beaucoup d’États sont parties à cette
convention, à l’exclusion des Etats-
Unis. On ne peut dire que les Etats-
Unis ont violé la convention dès lors
qu’ils n’en sont pas parties.
On considère que les principes
énoncés dans la Convention de
Montego Bay sont le reflet du droit
coutumier et on va souvent les
appliquer. La CIJ, dans sa jurisprudence, a appliqué les principes contenus dans cette
convention avant même qu’elle n’entre en vigueur en la qualifiant de droit coutumier.

Sur la carte, les pays en vert clair sont ceux qui ont uniquement signé et non ratifié la
convention. Ces États ne sont donc pas liés par la convention.

62

• le Traité sur les principes régissant les activités des Etats en matière d’exploration et
d’utilisation de l’espace extra-atmosphérique en ce compris la Lune et les autres corps
célestes (1967)

La carte indique en vert les États qui sont parties à
cette convention. Les puissances spatiales en sont
parties. Les États en jaune sont ceux qui ont signé
mais non ratifié la convention. Ainsi, les principes
qui y sont énoncés sont relativement
unanimement acceptés.




• La jurisprudence (droit de la mer)

B. Présentation des espaces maritimes

C’est un compromis entre les deux tendances. Ces espaces n’ont pas le même statut.
La mer territoriale et les eaux intérieures fait partie du territoire de l’Etat. Un état a un
territoire terrestre, un territoire aérien (qui surplombe le territoire terrestre), la mer
territoriale s’il y en a une, et les eaux intérieures s’il y en a. Tous les droits sur ces territoires
appartiennent à l’état côtier.

Une fois la mer territoriale dépassée, le mécanisme
s’inverse. Ces eaux n’appartiennent à aucun état en
principe. Cependant, l’état côtier dispose de certains
droits même s’il n’a pas la souveraineté sur ces
territoires.

ZEE : droit de pêche – un navire étranger doit demander
l’autorisation pour venir y pêcher. Il n’existe pas de ZEE
partagée mais les états peuvent conclure des
conventions avec des quotas de pêches.










L’interdiction du recours à la force s’applique également en mer. Si un navire militaire entre
en mer territoriale d’un état sans son consentement, cela peut être assimilé à une agression

63
armée. L’état pourrait riposter et envoyer des navires militaires. Si le navire reste dans la ZEE,
il n’agresse à priori personne.

Chacun a droit de proclamer des espaces au-delà de la mer territoriale, avec un maximum.
Toutes ces distances se calculent à partir de la ligne de base, qui est la ligne de la côte à marée
basse. On permet aux états de faire des tracés avec des lignes qui laissent une part de la mer
à l’intérieur, ce sont les eaux intérieures.

Ø Les eaux intérieures : espaces qui se trouvent en deçà de la ligne. Par exemple, les
ports se trouvent toujours dans les eaux intérieures des États. Dans cet espace, la
souveraineté pleine et complète de l’État s’applique.

Ø La mer territoriale : espace dans lequel la souveraineté de l’État est également pleine
et complète mais la Convention de Montego Bay (qui codifie le droit coutumier)
prévoit un droit de passage inoffensif. Si un État veut passer par les mers territoriales
d’un autre État, il peut le faire de manière inoffensive. Il ne s’agit pas d’un droit d’accès
au territoire terrestre et encore moins d’un droit permettant à un État de passer avec
un navire militaire dans le but d’attaquer l’État côtier.

Ø La zone contigüe : il s’agit d’une sorte de zone de police. Elle est contigüe à la mer
territoriale. Pour certaines législations bien particulières (immigration, questions
sanitaires, questions fiscales et questions douanières), l’État côtier peut aller dans
cette zone et appréhender des navires avant qu’ils n’entrent dans les eaux
territoriales, dans le but de faire respecter une de ces législations. L’État côtier n’y est
pas souverain mais y a des droits.

Ø La zone économique exclusive (ZEE) : dans cet espace, l’État côtier dispose
essentiellement de droits de pêche et d’exploitation du sol et du sous-sol (ressources
qui se trouvent dans les sols marins).
L’État côtier n’y dispose que de droits économiques. Pour le reste, le régime de la
haute mer s’applique.

Ø La haute mer au sens strict : dans
cette zone, il n’y a pas de droits
particuliers pour les États, si ce n’est la
liberté de navigation.

Ø Le plateau continental : il s’étend,
en principe jusqu’à 200.000 marins,
sauf dans des cas particuliers de
configuration géologique.


64
Il n’y a plus tellement de haute
mer. Il faut alors délimiter les
espaces entre états qui se font
face et côtes adjacentes.
L’enjeu d’une île est énorme
puisqu’elle peut avoir des eaux
territoriales jusqu’à 200.000
miles marins.



L’espace maritime belge :
La ZEE est loin d’aller jusqu’à 200.000 miles marins
puisqu’elle fait face au Royaume-Uni. Les 2 Etats
ont conclu des accords.











La haute-mer, une zone de non-droit ?

La loi du pavillon vise à soumettre ce qui se passe à bord d’un navire ou un avion à la loi du
pavillon, l’état d’immatriculation. Certains états tentent d’avoir des pavillons de complaisance
qui ne correspondent en fait pas à la nationalité des personnes à bord du navire ou du lieu de
sa construction. Certains états, dont la législation sociale est plus souple, monnayent
l’enregistrement d’un navire (ex : Panama).
Ce qui se passe à bord du navire est soumis à la loi du pavillon. Le droit interne de l’état de
pavillon s’y applique d’abord. Ce n’est pas une zone de non-droit.

Outre le droit interne, le droit international s’applique également en mer. L’interdiction du
recours à la force s’applique également.

La convention prévoit des règles qui s’appliquent et protègent les Etats et individus.

Ex : problèmes liés à l’Aquarius.




65

- des règles de la Convention prohibent le recours à la force, piraterie, …

D’autres obligations se retrouvent dans la Convention de Montego Bay.
- Article 98 de la Convention de Montego Bay
Obligation de prêter assistance
« 1. Tout Etat exige du capitaine d’un navire battant son pavillon que, pour autant que cela
lui est possible sans faire courir de risques graves au navire, à l’équipage ou aux passagers
: a) il prête assistance à quiconque est trouvé en péril en mer; […]
2. Tous les Etats côtiers facilitent la création et le fonctionnement d’un service permanent
de recherche et de sauvetage adéquat et efficace pour assurer la sécurité maritime et
aérienne et, s'il y a lieu, collaborent à cette fin avec leurs voisins dans le cadre
d’arrangements régionaux ».

Actu : l’Aquarius àil existe une obligation de prêter assistance. Les Etats doivent en outre
s’organiser entre eux pour s’assurer que les personnes ne meurent pas en mer. Dans ces
conventions, il est prévu que les personnes doivent être conduites dans le port « sur » le plus
proche. Cela donne lieu à de nombreuses interprétations.

Article 110 de la Convention de Montego Bay

Droit de visite « 1. Sauf dans les cas où l'intervention procède de pouvoirs conférés par
traité, un navire de guerre qui croise en haute mer un navire étranger, autre qu'un navire
jouissant de l'immunité prévue aux articles 95 et 96, ne peut l'arraisonner que s'il a de
sérieuses raisons de soupçonner que ce navire :
a) se livre à la piraterie ;
b) se livre au transport d’esclaves ;
c) sert à des émissions non autorisées, l’Etat du pavillon du navire de guerre ayant
juridiction en vertu de l’article 109 ;
d) est sans nationalité ; ou
e) a en réalité la même nationalité que le navire de guerre, bien qu'il batte pavillon »
étranger ou refuse d'arborer son pavillon […] ».
Cet article prévoit des droits de police en dehors de la zone contiguë. Mais ces droits de police
sont hyper limités.

Les principes de liberté de navigation s’appliquent jusqu’à la mer territoriale.

Attention ! Ce n’est pas parce qu’un Etat a la souveraineté sur un territoire qu’il ne peut pas
accepter qu’un autre était ait des compétences sur son territoire ou que des parties de son
territoire soient régies par un autre droit.
Ex : les ambassades – le droit de l’état qu’elles représentent trouve à s’y appliquer.

« Occupied »
Dans cette scène, les personnages font référence à un navire sur lequel se trouve un ancien
ministre norvégien recherché pour terrorisme. Une conseillère suggère d’arrêter le navire
avant qu’il n’entre dans la mer territoriale, l’autre lui rétorque que cela constituerait une
violation du droit international.

66
Les force norvégiennes n’auraient pu intervenir que si cela concernait des domaines précités
car la zone contigüe permet à l’état côtier d’exercer des compétences de police dans certains
domaines seulement. Dans le cadre de l’article 110, l’Etat peut agir n’importe où même en
haute mer.
Normalement, il faut s’adresser à l’état du pavillon pour que ce-dernier l’arrête.

C. L’espace extra-atmosphérique

1. Principe

C’est ce qui se trouve au-delà de l’atmosphère. Il n’existe pas de ligne bien nette de
démarcation. Cependant, il n’existe au-delà de l’atmosphère pas de souveraineté. LA
souveraineté n’existe pas à l’infini et ne peut couvrir les planètes.

Cette zone est assimilable à la haute mer s.s. où il n’y a ni zone de police, ni ZEE. Elle n’est
soumise à aucune juridiction.

Certains états ont soulevé l’éventualité de partager les ressources de l’espace extra-
atmosphérique, qu’il soit un patrimoine commun de l’humanité. Mais ces idées n’ont pas eu
un grand succès, notamment en raison du fait qu’elles étaient communistes puisque l’idée
était d’exploiter en commun ces espaces et d’en répartir les produits équitablement, en
fonction des besoins des états.

Ex : les USA qui plantent leur drapeau sur la lune n’ont pas pour autant souveraineté sur la
lune.

2. Le cas des satellites en orbite

Certains États, qui n’avaient pas les moyens de développer une activité spatiale très élaborée
et qui se trouvent sur l’Équateur où se trouve une orbite géostationnaire (l’orbite reste tout
le temps au-dessus du même pays) ont considéré que cet orbite faisait partie de leur territoire
et de leur souveraineté. Ce faisant, ils auraient pu réclamer des droits pour ceux qui mettent
leur satellite en orbite géostationnaire. Cela n’a pas été accepté.

3. Peut-on s’offrir une étoile ?

Les étoiles ne relevant d’aucune souveraineté, elles ne peuvent faire l’objet d’un droit de
propriété. Les personnes qui achètent des étoiles n’en ont pas la propriété. L’achat d’une
étoile n’a donc qu’une valeur symbolique.

D. Les principes de délimitation

On essaye d’appliquer les mêmes méthodes que celles utilisées pour délimiter les frontières
terrestres. En raison de la nature du milieu, certains obstacles sont rencontrés. A défaut
d’accord, il faut avoir recours à d’autres critères qui renvoient à la conclusion d’un accord.

67

1. Le principe de l’accord

• Les accords conventionnels
• Les accords informels

2. Mer territoriale : la technique de l’équidistance/circonstances spéciales

L’équidistance signifie qu’une ligne est fixée à exactement la même distance des côtés des 2
états qui se font faces ou sont adjacentes.

3. ZEE et P.C. : l’accord « conformément au droit international » sur la base de principes
et de la solution équitables (74 et 83 MB).

L’équité n’est pas érigée en principe de justice qui s’opposerait ou compléterait le droit mais
comme quelque chose qui se trouve à l’intérieur du droit. En matière frontalière, recourir à
des principes de justice serait trop périlleux pour la stabilité. C’est la même fiction que dans
la Mare de Soum.

C.I.J., Affaire de la Frontière terrestre et maritime (Cameroun/Nigeria, Recueil 2002)



Le litige portait sur la presque-ile de Bakassi, sur laquelle se trouvent quelques pêcheurs ets
surtout des ressources pétrolières dans les environs. Pour rappel, il convient de d’abord
déterminer la souveraineté terrestre et ensuite maritime puisque « la terre domine la mer ».
La Cour s’est prononcée sur la frontière terrestre puis maritime. En mer, elle constate qu’il y
a deux accords. D’une part, l’accord de Yaoundé (1971) -> jusqu’au point 12. La Cour consacre
le résultat de l’accord. D’autre part, l’accord de Maroua -> jusqu’au point G. Elle applique à

68
nouveau l’accord entre les deux états. Cela n’arrangeait pas du tout le Nigéria. Son seul
argument du Nigéria était de dire que ces accords n’étaient pas des accords au sens du droit
international, pas des traités.

è Le critère de l’accord n’est remis en cause par personne. Selon le Nigéria, la déclaration de
deux chefs d’état n’est pas un accord. La Cour affirme que les accords peuvent être informels,
une déclaration commune témoignant d’une volonté de s’engager est un accord.
Lorsqu’un état conteste un accord, il dira d’abord que l’accord n’existe pas et ensuite tentera
de jouer sur l’interprétation.

Quid au-delà du point G ? La Cour applique les principes équitables et voit par où il serait
équitable de placer la ligne en tenant compte de toutes les circonstances, de la configuration
plus générale des côtes. Ici, le partage en 2 est trop compliqué.


C.I.J., Affaire du Plateau continental de la mer du Nord, Recueil 1969
Il y avait accord entre le Pays-Bas,
l’Allemagne et le Danemark. Pour les points
avec accord, la Cour a consacré ces accords.
Les PB et le Danemark souhaitaient
l’application de la ligne d’équidistance (ligne
pointillée). L’Allemagne n’aurait pas grand-
chose. Cependant, les PB et le Danemark ont
affirmé que par la Convention de Genève de
58 avait accepté l’équidistance. L’Allemagne
réplique qu’elle a signé mais jamais ratifié et
que donc cette règle ne lui est pas opposable.
L’équidistance n’est pas une règle de droit
coutumier selon la Cour.

è La Cour enjoint les Etats à conclure un
accord en tenant compte de toutes les
circonstances.













69
CIJ, Affaire entre Groenland et Canada :

Le Danemark et le Canada se
disputaient quant au sort de l’ile de
Hans. Les lignes pointillées indiquent
les lignes fixées par un accord de
délimitation entre les deux états. Les
états ne se sont pas entendus sur l’ile
et est revendiquée par les 2 états.
Il faut se demander s’il y a un accord
entre les États. S’il n’y en a pas, il ne
faut pas se demander où passe la
ligne maritime pour déterminer à qui
appartient l’ile mais appliquer le
principe selon lequel la terre domine
la mer. S’il n’y a pas d’accord formel ou informel, en dernier lieu, on va appliquer l’effectivité,
et voir quel état a effectivement exercé ses compétences sur l’île. Il faut également vérifier s’il
n’y a pas eu de contestations pendant un certain temps de la part de l’autre État. Les
effectivités ne valent titre qu’en l’absence de telle contestation. S’il n’y a pas d’effectivités, on
applique le critère de l’équité infra legem en partageant le territoire en 2.

Il faut déterminer qui a l’effectivité en l’absence d’accord formel ou informel :
Qui a exercé compétences sur cette île ? Il faut également déterminer s’il y a eu ou non
contestation pendant un certain temps ? Les effectivités ne sont un titre qu’en l’absence de
contestation de la part de l’autre Etat. La Cour consacre l’accord mais il y avait un problème
au-delà de l’accord.

Seul un accord peut donner un titre.

C.I.J., Affaire du Différend territorial (LibyeTchad), Recueil 1993, sp. pp. 8-40, par. 23-77.

La Libye revendiquait la zone en jaune, la bande d’Aouzou.
Le Tchad revendiquait cette bande comme faisant partie de
son territoire. La Cour a entièrement donné raison au Tchad.

70
1. Quel est, selon la Cour, le titre juridique principal sur lequel se fonde la délimitation
frontalière ?

La Cour se base sur un accord conclu entre la France et la Libye en 1955(§36). La Cour prend
l’accord de la France en se basant sur le principe de l’uti possidetis à défaut d’accord de
délimitation frontalière entre le Tchad et la Lybie. Elle prend en compte un traité conclu par
l’état prédécesseur du Tchad, la France. S’il y avait eu un accord entre le Tchad et la Libye, cet
accord de délimitation aurait été privilégié.

2. La Cour prend-elle en compte arguments basés sur les droits historiques ?

La Libye invoque la présence de tribus nomades dans la bande d’Aouzou seraient sous la
juridiction de l’empire Ottoman. Par application de l’uti possidetis, en remontant dans le
temps, on remonterait à une zone désertique. Par succession d’États (la Libye appartenant
auparavant à l’empire Ottoman), la bande d’Aouzou devrait revenir à la Libye.
La Cour dit qu’elle ne prend pas en compte les arguments historiques. Elle estime qu’en 1955,
lors de la conclusion du traité, la Libye était un État souverain. A partir du moment où une
ligne a été prévue, l’accord qui fixe la délimitation doit s’appliquer.
Il aurait été possible de remonter plus loin dans le temps s’il n’y avait pas eu cette ligne établie
par un traité.

Tout l’arrêt consiste à interpréter l’art. 3 du traité de 1955. Dans l’annexe, il y a des anciens
traités postérieurs. Le traité lui-même renvoie à des accords anciens, des échanges de lettres
anciens. De ce point de vue-là, la Cour fait référence à des droits historiques, uniquement
parce que le traité y renvoie. Le traité peut contenir une description avec des coordonnées
géographiques ou autre chose. Ici, le traité conclu entre la France et la Libye contenait autre
chose, lequel renvoie à d’autres traités. La Cour reprend alors chacun de ces traités pour voir
exactement quelle ligne peut en ressortir.

3. Quelle est, au vu de cet arrêt, la place de l’accord dans la délimitation frontalière ?

L’argument de la Libye, par rapport à ce traité, consistait à contester la prise en compte de
l’accord. L’uti possidetis était accepté par les 2 États et les mènent à remonter à une époque
où ils n’étaient pas souverains. Selon la Libye, au moment où l’accord a été conclu, elle n’était
qu’un petit pays qui aurait été quelque peu influencé par la France, grande puissance.
La Cour rejette cet argument car la Libye était un État souverain. Il s’agit d’une conception
politique et libérale du droit international. Il s’agit de l’autonomie de la volonté et on fait
comme si chaque État avait le choix, peu importe les contraintes économiques ou autres. Les
seules contraintes sont les contraintes militaires qui auraient pour effet de vicier le
consentement. Au nom de la stabilité, le fait qu’il s’agissait d’un État faible qui se serait fait
avoir n’importe pas. En ce sens-là, les considérations de justice sont écartées.

La Cour utilise des traités postérieurs à 1955 pour confirmer son interprétation. La Cour
énonce aux §72 et 73 que même si le traité n’est plus en vigueur, ce qui est contenu dans
l’article 3 continue à s’appliquer. Ainsi, peu importe la forme de l’accord, même si le traité
n’est plus formellement en vigueur, on ne va pas pouvoir remettre en cause ceci.

71
La Cour prend en compte l’attitude ultérieure des parties, ce qui renvoie à la pratique des
États après la conclusion du texte. On prend donc le texte et on analyse ensuite la manière
dont il a été appliqué en pratique. Pour voir quelle a été l’interprétation du traité par les
parties. La Cour constate que pendant très longtemps, la Libye n’a pas contesté les
délimitations. Cela confirme l’interprétation qui est faite du traité.

L’argument de la Libye était de dire que le traité de 1955 pouvait être pris en compte mais
qu’il ne réglait pas la question. Il ne contiendrait pas de frontières ; il ne ferait que renvoyer à
d’autres instruments dont la Cour ne pourrait en déduire une frontière entre la Libye et le
Tchad. La Libye tentait de neutraliser le traité en disant que ce traité, en l’interprétant, ne
permet pas de délimiter la frontière. La Cour estime que si les parties mentionnent en 1955
qu’elles reconnaissent une frontière, cela signifie qu’il y a bel et bien une frontière existante.
Dans les traités ultérieurs, il est fait référence à « la frontière », ce qui montrait bien qu’il y
avait une frontière.


4. Dans quelle mesure cette affaire vous semble-t-elle illustrer la tension entre conceptions
éthique et politique du droit international ?

La Cour a une conception très tranchée basée sur l’accord, qui renvoie à une conception
libérale qui soutient l’autonomie de la volonté et le respect des engagements. Même si les
accords ultérieurs ne contenaient pas de délimitation, ils montrent bien que pour les 2 États,
il y avait une frontière.

Extrait de l’arrêt
« Les deux Hautes Parties contractantes reconnaissent que les frontières séparant les
territoires de la Tunisie, de l’Algérie, de l’Afrique occidentale française et de l’Afrique
équatoriale française d’une part, du territoire de la Libye d’autre part, sont celles qui
résultent des actes internationaux en vigueur à la date de la constitution du Royaume Uni
de Libye, tels qu’ils sont définis dans l'échange de lettres ci-jointes » (annexe 1).















72
Chapitre 4.- L’exercice de la souveraineté

The clash, Washington Bullets

« For the very first time ever, When they had a revolution in Nicaragua, There was no
interference from America Human rights in America Well the people fought the leader, And
up he flew... With no Washington bullets what else could he do? »

Dans cette chanson, le groupe se réjouit de l’absence d’intervention des USA en faveur du
gouvernement en place au Nicaragua. Cela illustre le principe de non-intervention qui se
retrouve au cœur de la souveraineté étatique.

Le jour où la terre s’arrêta
Dans l’extrait, en 1951, l’ONU vient d’être créée dans le but de contrôler la violence entre les
états et de régler les rapports étatiques. l’extraterrestre affirme que chacun peut faire ce qu’il
veut dans son propre état. La question de la souveraineté se pose. En effet, les états sont
souverains dans la limite de leur Etat. En outre, ils sont souverains en ce qu’ils peuvent choisir
d’adhérer à une structure supra-étatique. Le choix d’y adhérer ou non est en fait une
manifestation de la souveraineté de l’Etat. On peut se demander si ce choix est posé
librement.

I. Une souveraineté encadrée par l’ordre juridique international : un
paradoxe ?

L’Etat est libre de faire ce qu’il veut sur son territoire mais il a une obligation de protéger les
intérêts des autres Etats. Tous les Etats sont souverains mais ils sont quand même limités par
les règles du droit international public.

C.P.J.I., Affaire du Vapeur Wimbledon, 17 août 1923, Série A °1, p. 25

« La Cour se refuse à voir dans la conclusion d’un traité quelconque, par lequel un Etat
s’engage à faire ou à ne pas faire quelques chose, un abandon de la souveraineté. Sans
doute, toute convention engendrant une obligation de ce genre apporte une restriction à
l’exercice des droits souverains, en ce sens qu’elle imprime à cet exercice une direction
déterminée. Mais la faculté de contracter des engagements internationaux est précisément
un attribut de la souveraineté de l’Etat »
L’Allemagne avait empêché le vapeur Wimbledon de naviguer sur le Canal de Khiel.
L’Allemagne justifiait cela par le fait qu’elle était une puissance neutre. Selon la France, le
traité de Versailles autorisait la navigation sur le canal de Khiel. L’Allemagne a invoqué que ce
traité limitait sa souveraineté.
Cependant, la Cour a refusé de voir dans ce traité un abandon de souveraineté. En effet, le
choix d’adhérer à un traité ou non est le signe de la souveraineté de l’état. Il ne peut, par
après, dire que cela constitue une limite à sa souveraineté. Il est libre d’entrer en relation
contractuelle avec un autre état. Il doit ensuite assumer les droits et obligations comme
conséquence de l’exercice de sa souveraineté. Le fait d’assumer des obligations en droit
international ne constitue pas une limite à sa souveraineté mais un exercice de celle-ci.

73
C.I.J., Affaire des Activités militaires et paramilitaires au Nicaragua et contre celui-ci, 27 juin
1986, Recueil 1986, p. 131, § 259
« […] L’Etat, qui est libre de décider du type et des modalités d’une consultation populaire
dans son ordre interne, est souverain pour accepter en ce domaine une limitation à sa
souveraineté. Une telle limitation est concevable dans le cas d’un Etat lié par des liens
institutionnels à une confédération d’Etats, voire à une organisation internationale »
Il existe des limites qui sont :
- La ratification d’un traité
- L’adhésion à une organisation internationale et la soumission aux décisions des
organes de cette organisation internationale.
Ex : Ratification de la Charte des NU -> compétence au conseil de sécurité
Ex : Adhésion à l’UE
Un Etat est toujours libre de sortir d’une Organisation internationale, de se dissocier des droits
et obligations qu’il a acceptées.

Cela repose sur la fiction de l’égalité souveraine des Etats. Les états seraient formellement
égaux, sur le plan juridique. Cependant, en réalité, les Etats sont inégaux dans leurs relations.
Sur un 1e schéma : Un Etat plus puissant économiquement aura plus de marge de manœuvre
pour résister.
Sur un 2e schéma : Dans les faits, les multinationales sont beaucoup plus puissantes que les
états. Dans les faits, cette liberté est aussi limitée par la puissance d’autres acteurs.

La souveraineté est en fait limitée dans son exercice concret. Jusqu’où va cette liberté ?
Un Etat est-il complètement libre d’abandonner sa souveraineté ?

Institut de droit international, résolution sur l’Assistance militaire sollicitée, Session de
Rhodes, 2011
Commentaire de l’invitation lancée par un état à ce qu’un autre état envoie ses forces armées
sur son territoire.
« Article 4
Demande
1. L’assistance militaire ne peut être octroyée qu’à la demande de l’Etat requérant.
2. La demande doit être valable, spécifique et conforme aux obligations internationales
de l’Etat requérant.
3. Si l’assistance militaire est fondée sur un traité, une demande ad hoc est requise pour le
cas particulier […].
Article 5
Retrait
L’Etat requérant est libre de mettre fin à sa demande ou de retirer son consentement à
l’octroi de l’assistance militaire à tout instant, quand bien même le consentement aurait
été exprimé dans un traité ».
Tout Etat est toujours libre de demander le retrait des troupes étrangères sur son territoire
ou retirer son consentement à la présence de troupes étrangères sur son territoire.
On ne peut conclure par traité que l’autre état peut intervenir quand il veut et de quelque
manière que ce soit sur mon territoire, de tout temps. Cette limite viderait la souveraineté de
sa substance. Dans la pratique, une demande particulière doit être adressée chaque fois.

74

Les forces invitées peuvent relever de la juridiction de l’état hôte, de l’état intervenant ou cela
peut varier selon les missions.
Ex : 80’- Le Sri Lanka avait fait un accord avec l’Inde demandant à l’Inde d’envoyer des troupes
pour lutter contre les Tigres Tamoul. L’Inde a envoyé 20.000 soldats, sous le commandement
et le contrôle de l’Inde.


II. Les compétences nationales des Etats confrontées aux impératifs de
la coopération
A. Les compétences territoriales

1. Un droit : l’exercice des activités étatiques
En principe, chaque Etat a le droit d’exercer sa compétence sur son territoire.

2. Un devoir : « la vigilance requise »
Le corolaire est qu’il doit protéger les intérêts des nationaux étrangers et des autres états sur
son territoire. C’est le principe de due diligence (Affaire de Palmas).

C.I.J., Affaire du Détroit de Corfou, Recueil 1949, p. 22

« certains principes généraux et bien reconnus, tels que des considérations élémentaires
d’humanité, plus absolues encore en temps de paix qu’en temps de guerre, le principe de la
liberté des communications maritimes et l’obligation', pour tout Etat, de ne pas laisser
utiliser son territoire aux fins d’actes contraires aux droits d’autres Etats » (C.I.J., Affaire du
Détroit de Corfou, Recueil 1949, p. 22).
Un navire anglais a traversé le Détroit de Corfou et a été détruit par les mines. On ne peut pas
prouver que l’Albanie a placé elle-même les mines. L’Albanie devait savoir que les mines
étaient là. Elle devait informer le navire du fait qu’il risquait de tomber sur une mine. La
vigilance nécessaire n’a pas été respectée en ce qui concerne la protection du navire
britannique.

Cette vigilance requise trouve à s’appliquer dans divers domaines :
- recours à la force:
* l’interdiction de tolérer des activités de bandes armées sur son territoire
* interdiction pour tout état de recourir à la force en tant que tel contre un autre Etat.

Ce principe peut-il être utilisé contre l’Ukraine dans le cadre de l’attaque de l’avion
hollandais ?
L’attaque de l’avion hollandais a eu lieu par le territoire ukrainien même si elle n’a pas mené
l’attaque. La vigilance requise est une obligation de moyen, qui impose à l’état de faire tout
ce qui est en son possible pour empêcher des états tiers d’être mis en danger sur son
territoire. Cela dépend de l’étendue du contrôle qu’un gouvernement exerce sur son
territoire.

- droit international de l’environnement :

75
* l’utilisation non-dommageable du territoire :
L’affaire de la fonderie du X – une sentence arbitrale a été rendue en 1941 concernant une
fonderie se trouvant sur le territoire canadien. Elle avait des émissions nocives qui
s’étendaient au territoire des USA, et y faisaient des dégâts. Les USA ont demandé des
réparations au Canada. Ce n’est pas le Canada qui provoquait ces dommages transfrontaliers
mais le Canada avait l’obligation de ne pas laisser son territoire être utilisé de telle manière à
ce qu’il y aurait des effets dommageables sur le territoire d’autres états.

- droit international humanitaire:
* l’obligation de « respecter et faire respecter » le droit des conflits armés
Ex : lorsqu’un état soutien des rebelles, avec un appui logistique ou militaire, sans pour autant
avoir un contrôle effectif sur eux, et qu’ils commettent des violations du droit international
humanitaire. L’Etat a la possibilité de faire arrêter ces violations, il doit faire tout ce qui est en
son pouvoir pour que les rebelles respectent le droit humanitaire.

- droits de la personne : les « obligations positives »
L’Etat doit exercer une certaine vigilance pour faire en sorte que dans la mesure où il peut
controler une situation, ces actions ne se reproduisent pas.


Cas pratique : Déclaration commune de Poutine et trump par rapport à l’ingérence russe dans
les élections















Cela renvoie à tous les actes d’espionnage, …
Les tentatives de s’immiscer dans les élections américaines ou les piratages du site du
ministère allemand constituent-ils des violations de la souveraineté de ces états par la Russie ?
Il est avéré qu’il y a eu piratage. Par contre, il n’est pas avéré que c’est la Russie. On ne sait
pas par qui.
Si le piratage est fait par des organes russes, il y a une violation directe de la Russie.
Même si on ne sait pas prouver que ce sont des agents russes qui ont procédé au piratage, on
peut considérer la Russie responsable de ne pas avoir exercer la vigilance requise pour
contrôler le piratage qui a eu lieu de son territoire. Il faudra dans ce cas prouver que la Russie
avait les moyens de contrôler et d’empêcher le piratage.

76

B. Les compétences extraterritoriales

Parfois l’état exerce ses compétences avec des effets qui vont au-delà de son territoire, avec
une portée extraterritoriale.

C.P.J.I., Affaire du Lotus, 7 décembre 1927, Série A n°10, pp. 18-19
« Or, la limitation primordiale qu’impose le droit international à l’État est celle d’exclure —
sauf l’existence d’une règle permissive contraire— tout exercice de sa puissance sur le
territoire d’un autre État. Dans ce sens, la juridiction est certainement territoriale ; elle ne
pourrait être exercée hors du territoire, sinon en vertu d’une règle permissive découlant du
droit international coutumier ou d’une convention.
Mais il ne s’ensuit pas que le droit international défend à un État d’exercer, dans son
propre territoire, sa juridiction dans toute affaire où il s’agit de faits qui se sont passés à
l’étranger et où il ne peut s’appuyer sur une règle permissive du droit international.
Pareille thèse ne saurait être soutenue que si le droit international défendait, d'une manière
générale, aux États d’atteindre par leurs lois et de soumettre à la juridiction de leurs
tribunaux des personnes, des biens et des actes hors du territoire, et si, par dérogation à
cette règle générale prohibitive, il permettait aux États de ce faire dans des cas
spécialement déterminés. Or, tel n’est certainement pas l'état actuel du droit international
»
Cette affaire oppose la France et la Turquie. Le principe de base des compétences
extraterritoriales a été posé dans cette affaire. La Turquie avait arrêté et jugé un commandant
se trouvant dans un navire français en haute mer. La France a saisi la CPJI en affirmant que si
la Turquie est libre d’exercer sa compétence judiciaire à l’intérieur de son territoire, elle ne
peut le faire territorialement. La Cour a donné raison à la Turquie. La souveraineté étatique
implique que chaque état a la primauté d’exercer ses compétences sur son territoire. A
contrario, elle ne peut les exercer sur le territoire français. En haute mer, aucune souveraineté
étatique ne s’applique. La Cour affirme qu’il y a une liberté d’y exercer ses compétences. Si
elle décide que son droit pénal s’applique en haute mer, elle a le droit de le faire.

Par compétences étatiques, on fait référence aux compétences législatives, judiciaires et
exécutives.

1. Compétences législatives et judiciaires

« Realizing that an abusive exercise of Universal Jurisdiction can have negative effects on
international relations, the Heads of State or Government called upon States to refrain from
such abuse » (NAM, 17th Summit of Heads of State and Government, Venezuela, Final
Outcome, 17-18 September 2016, par. 20.4).

Le Principe pour ces compétences veut que l’état soit libre de les exercer extra
territorialement, sur les territoires soumis à la souveraineté de personne mais aussi sur des
autres états.
Ex : compétence universelle des tribunaux belges – de juger des nationaux belges pour des
crimes commis à l’étranger.

77
Une telle loi peut être adoptée par les états. L’état choisit l’étendue de la compétence donnée
à ses tribunaux : auteur ressortissant, victime ressortissante, aucun lien – compétence
universelle.

Cela pose des problèmes dans le cadre des relations internationales, au niveau de l’application
de telles lois. L’OTAN a menacé de retirer son QG de la Belgique. Suite à des pressions
politiques et diplomatiques, la Belgique a modifié et limité la portée de sa loi de compétence
universelle. Ce sont ces problèmes-là qui ont mené à l’adoption par le Mouvement des non-
alignés de cette déclaration parlant de l’exercice abusif de la compétence universelle qui peut
avoir un effet néfaste sur les relations internationales.
Cette situation ne viole pas le droit international en tant que tel.

On a un exemple d’une vision idéaliste du droit international, avec des états qui considèrent
que certains crimes sont tellement fondamentaux, que chaque état doit avoir la possibilité de
juger les auteurs de ces crimes. Le « real politik » se focalise sur les conséquences que ça peut
avoir pour les relations internationales.

2. Compétences exécutives

« Le Conseil de sécurité, Ayant examiné la plainte pour violation de la souveraineté de la


République Argentine du fait du transfert d’Adolf Eichmann en territoire israélien,
Considérant que la violation de la souveraineté d’un Etat Membre est incompatible avec la
Charte des Nations Unies, […] Conscient de ce que la persécution des Juifs sous les nazis est
universellement condamnée et de ce que les peuples de tous les pays se soucient de voir
Eichmann traduit en justice comme il convient pour répondre des crimes dont il est accusé,
Soulignant également que la présente résolution ne doit en aucune façon être interprétée
comme tendant à excuser les crimes odieux dont Eichmann est accusé, 1. Déclare que la
répétition d’actes comme celui qui est visé ici, actes qui portent atteinte à la souveraineté
d’un Etat Membre et, en conséquence, provoquent des désaccords entre nations, peut
menacer la paix et la sécurité internationales; 2. Demande au Gouvernement israélien
d’assurer une réparation adéquate conformément à la Charte des Nations Unies et aux
normes du droit international […] » (CS, rés. 138 (1960), 23 juin 1960)
Un Etat a la possibilité d’adopter les lois qu’il veut, mais ce n’est pas pour autant qu’il peut
envoyer ses policiers sans l’accord de cet état-là. L’exécution de ces jugements n’est pas libre.
Le principe en matière d’acte exécutif est qu’il est interdit d’exécuter des actes comme ça sur
le territoire d’un autre état. Cela n’est permis que lorsqu’il y a un accord spécifique.
Ex : Schengen – compétences de contrôle douanier.
La licéité dépend d’un accord éventuel, un consentement entre les états.
Dans l’affaire Eichmann, un commandant israélien avait pénétré en Argentine et enlevé un
haut responsable nazi. Cette personne avait été jugée et exécutée à Jérusalem. Finalement,
l’Argentine s’est plainte de la violation de sa souveraineté. Le Conseil de sécurité des NU a
adopté une résolution confirmant que cette opération, et la manière dont elle a été menée, a
constitué une violation à la souveraineté de l’Argentine.

Cas : Les sanctions rétablies par les USA contre l’Iran sont-elles une violation du droit
international ?

78
Une première salve de sanction
est entrée en vigueur en aout.
Ils peuvent adopter des
sanctions, c’est une compétence
législative. Tant qu’il n’y a pas
d’exécution de ces sanctions, il
n’y a pas de problème. Ils
exercent leur liberté législative.

Le problème vient des accords
spécifiques. Une affaire est
pendante devant la CIJ où l’Iran
se plaint de la violation d’un
traité d’amitié et de commerce
avec les USA. Ce sont souvent
des accords spécifiques qui règlent la liberté de commerce que les états violent en adoptant
ce type de sanctions.

Quel problème // Iran puisque ces sanctions vont avoir un impact nuisible sur l’économie
iranienne ?
- Il y a une violation du principe de non intervention, puisqu’on touche aux affaires
intérieures de l’Iran.

III. Le principe de non-intervention : une limite générale à l’exercice par
les Etats de leur souveraineté ?

Non-intervention?
« C’est un mot métaphysique et politique qui signifie à peu près la même chose
qu’intervention » (Talleyrand, 1830)

Ce principe est souvent invoqué mais il n’a qu’une valeur juridique faible. Ce principe est
énoncé dans la Déclaration sur les relations amicales des états (Résolution 26-25).

79
A. Un principe fondamental du droit international positif

« Aucun Etat ni groupe d’Etats n'a le droit d’intervenir, directement ou indirectement, pour
quelque raison que ce soit, dans les affaires intérieures ou extérieures d'un autre Etat. En
conséquence, non seulement l’intervention armée, mais aussi toute autre forme
d’ingérence ou toute menace, dirigées contre la personnalité d'un Etat ou contre ses
éléments politiques, économiques et culturels, sont contraires au droit international […].
Tout Etat a le droit inaliénable de choisir son système politique, économique, social et
culturel sans aucune forme d'ingérence de la part d'un autre Etat. Rien dans les paragraphes
qui précèdent ne devra être interprété comme affectant les dispositions de la Charte
relatives au maintien de la paix et de la sécurité internationales » (A.G., résolution 2625, 24
octobre 1970).
« Aucune disposition de la présente Charte n’autorise les Nations Unies à intervenir dans
des affaires qui relèvent essentiellement de la compétence nationale d’un État ni n’oblige
les Membres à soumettre des affaires de ce genre à une procédure de règlement aux termes
de la présente Charte; toutefois, ce principe ne porte en rien atteinte à l’application des
mesures de coercition prévues au Chapitre VII ». (article 2 § 7 de la Charte des Nations
Unies)

Attention, la Déclaration sur les relations amicales (Résolution 2625) vise les rapports
interétatiques. L’article 2 §7 de la Charte des NU prévoit le principe de non-intervention entre
l’organisation des nations unies et ses Etats membres.

B. Une interprétation délicate : les incertitudes des deux éléments constitutifs du
principe

1. La notion de compétence « nationale »
L’intervention doit porter sur une compétence nationale ; c’est une notion à géométrie
variable qui dépend des règles internationales auxquelles l’Etat est soumis. Au plus un Etat est
soumis aux conventions internationales, au plus il est internationalisé et au moins il a de
compétence dans sa sphère purement nationale. La sphère des affaires internes est réduite
de matière substantielle.
à Si le but est de faire respecter le droit international, ce n’est à première vue pas de
l’intervention. Par contre, si le but est d’interférer dans les compétences nationales, c’est à
première vue de la contrainte.

« Le Congrès des Etats-Unis a aussi, dans sa conclusion, exprimé l’opinion que le
Gouvernement du Nicaragua avait pris des ‘mesures révélant l’intention d’établir une
dictature communiste totalitaire’. Quelque définition qu’on donne du régime du Nicaragua,
l’adhésion d’un Etat à une doctrine particulière ne constitue pas une violation du droit
international coutumier […] » (C.I.J., Affaire des Activités militaires, Recueil 1986, p. 133,
par. 263).



80
2. La notion de « contrainte »

Il y a évidemment contrainte s’il y a intervention armée, menace de guerre, …
Cependant, il n’y aurait pas de contrainte en cas de simple déclaration.

Certains éléments sont ambigus du point de vue de la contrainte : embargo, sanctions,…
Dans la jurisprudence de la CIJ, dans le cadre de l’Affaire Nicaragua, l’embargo n’est pas
considéré en lui-même comme suffisant pour considérer une violation du principe de non-
intervention.
à On a deux cas de figure : la contrainte militaire, évidente, ou la contrainte économique,
moins évidente et généralement accompagnée de conditionnalité.
è Généralement la violation du principe de non-intervention est également une violation
d’une autre règle.

Cas de la Lybie :

Cas de la Grèce : ingérence de l’UE dans les affaires économiques de la Grèce.
La matière de la fixation des pensions est une matière nationale. Selon la jurisprudence de la
CIJ, il n’y a pas contrainte. La CIJ développe une notion restrictive de la contrainte.

Cas de la Crimée/ Russie : Mesures prises par les européens

Le but est-il d’interférer dans l’exercice par la Russie de sa compétence nationale ?
Le but est que les Russes se retirent de Crimée. La 1e condition n’est pas remplie. Le but n’est
pas de prendre des sanctions tant que Poutine est au pouvoir, là il y aura un problème
d’intervention car le choix du dirigeant est évidemment une compétence nationale.
Les mesures peuvent être illégales par rapport à d’autres règles, par exemple en matière
économique ou militaire.

C. Un succès rhétorique lié à des mécanismes d’instrumentalisation politique

è On fait de nombreuses références à ce principe dans les discours politiques. En effet, ce
principe est utilisé en politique pour justifier certaines actions mais également pour justifier
certaines inactions.

Génocide rwandais et non-intervention
« À l’époque, les missions de l’ONU étaient des missions de paix. Vouloir sauver des gens
même menacés de mort revenait à une ingérence dans les affaires intérieures d’un pays, donc
officiellement c’était interdit » (Gerd Hankel, spécialiste du Rwanda à l’Institut de recherches
sociales de Hambourg)






81
Résolution 872 (1993), 5 octobre 1993
« 3. Décide que, à partir des recommandations du Secrétaire général, la MINUAR aura le
mandat suivant : a) Contribuer à assurer la sécurité de la ville de Kigali, notamment à
l’intérieur de la zone libre d’armes établie par les parties s’étendant dans la ville et dans ses
alentours; […] ».
Le principe de non-intervention a été mobilisé sauf qu’il y a un mandat à la base de la
résolution pour assurer la sécurité de la ville de Kigali.

« Occupied »
La Norvège a accepté que sa production pétrolière soit redémarrée. L’Europe veut condamner
la Russie a adopter une résolution. La PM norvégienne ne veut pas que cette résolution soit
adoptée. La politique de la Norvège est-elle elle-même une intervention ?
Elle affirme, en façade, fermer les oléoducs pour des raisons techniques. En réalité, dans la
conversation privée, elle dit clairement aux européens qu’ils ne rouvriront le robinet que si
les européens ne votent pas la résolution.
1econdition (=objectif) C’est une compétence nationale des états de voter une résolution au
sein de l’UE. Voter dans une organisation nationale relève de la politique nationale même si
cela touche aux relations extérieures. On ne fait plus la distinction entre affaires extérieures
ou intérieures.
2e condition (=moyens contraignants ou non) : La question est ouverte. La contrainte peut
être économique ou non.

« Extrait Kadhafi »
Kadhafi parle d’intervention. On est en 2011, la France et l’Italie qui reconnaissent les rebelles
comme force officielle en Lybie.
1e condition : Cela relève de la compétence nationale car cela touche au gouvernement au
sein de la Lybie.
2e condition : Lorsque ce n’est pas militaire, la question est ouverte.
- Ce n’est pas de la contrainte car c’est simplement l’expression d’un avis. Ils ne font que
saluer la création.
- C’est de la contrainte car le rapport de forces est renversé par la reconnaissance par
les pays tels que la France et l’Italie. Cela a un impact et c’est donc contraignant en
termes de rapport de force.

Cas d’examen de 2e session 2018 :
Faits : Arabie qui accuse la Canada d’intervention, d’ingérence parce que l’ambassade
canadienne appelle l’Arabie saoudite a libérer des femmes faites prisonnières. Le Canada fait
appel à la libération immédiate. Il faut aller voir à quoi l’Arabie saoudite s’est engagée. Quel
est le droit applicable à la situation. L’Arabie dit que c’est une intervention.
1e condition : On peut penser qu’il s’agit d’une compétence nationale car cela touche à
l’arrestation d’une personne. Il ne s’agit pas d’une compétence nationale car cela vise à
l’exécution d’une obligation. Le but est de faire libérer les personnes arrêtées arbitrairement.
La Convention sur le droit des femmes mais il y a une réserve. Il y a des engagements
internationaux.
2e condition : On peut se demander s’il y a une contrainte par le contexte. (…)
Le moyen de communication importe peu.

82
NB : L’Arabie saoudite n’est pas partie au PIDCP. Cependant l’interdiction de l’arrestation
arbitraire est une règle générale de droit coutumier.


L’Arabie saoudite expulse l’ambassadeur du Canada pour « ingérence » (Le Monde, 5 août
2018)
L’Arabie saoudite a annoncé, lundi 6 août, qu’elle avait ordonné l’expulsion de
l’ambassadeur du Canada à Riyad et qu’elle rappelait son propre ambassadeur à Ottawa
après une « ingérence » commise, selon elle, par le Canada dans ses affaires intérieures. Les
mesures décidées comprennent également le gel des relations commerciales avec le
Canada. Elles interviennent à la suite d’un appel de l’ambassade du Canada à la libération
immédiate de militants des droits des femmes emprisonnés dans le royaume. Celuici «
n’acceptera d’aucun pays des diktats imposés », a déclaré le ministre des affaires
étrangères saoudien sur Twitter. […] La semaine dernière, l’ambassade canadienne s’était
dite « gravement préoccupée » par une nouvelle vague d’arrestations de militants des droits
des femmes en Arabie saoudite. « Nous appelons les autorités saoudiennes à les libérer
immédiatement ainsi que tous les autres activistes pacifiques des droits de l’homme », avait
déclaré la représentation diplomatique vendredi dans un communiqué publié en anglais et
en arabe sur Twitter. Le ministre des affaires étrangères saoudien a exprimé sa réprobation
concernant la formulation de ce texte : « Il est très regrettable que les mots ‘libération
immédiate’ figurent dans le communiqué canadien. C’est inacceptable dans les relations
entre les deux pays. » Le Canada et l’Arabie saoudite sont partis à la Convention de Vienne
sur les relations diplomatiques ainsi qu’à la Convention sur l’élimination de toutes les
formes de discrimination à l’égard des femmes. L’Arabie saoudite a émis une réserve à cette
dernière convention selon laquelle « Le Royaume ne se considère pas lié […] par le
paragraphe 1 de l’article 29 de la Convention ». Le Canada est aussi parti au Pacte des
Nations Unies sur les droits civils et politiques. En outre, il a fait une déclaration
d’acceptation de la juridiction obligatoire de la Cour internationale de justice le 10 mai
1994. 1. Au regard des conditions relatives à l’application du principe de non-intervention,
la position de l’Arabie saoudite est-elle fondée en droit international ?

L’affaire Julien Assange

Assange est à l’ambassade de
l’équateur à Londres depuis un
certain nombre d’années. Il a
poursuivi ses activités avec
Wikileaks et avait un certain
nombre de révélation lors des
élections aux USA. L’Equateur a
décidé de lui temporairement
couper internet pour respecter le
principe de non-intervention.



83
1e condition : Il s’agit d’une compétence nationale puisque cela touche au processus électoral.
2e condition : Si on laisse un journaliste fuiter des informations concernant les élections dans
un autre pays est-ce que c’est une contrainte ? Jusqu’à preuve du contraire, Assange n’est
qu’une personne privée et pas un organe. L’équateur pourrait dire que c’est une personne
privée. Cependant, le principe de diligence due impose aux états de prendre des obligations
positives. L’échange d’information ne constitue pas une contrainte à voter dans un sens ou
dans l’autre.

IV. Des limites spécifiques : le respect des immunités, entre aspiration
morale universaliste et consécration du pouvoir des Etats

« The Good Wife »
Dans l’extrait, l’un est couvert par l’immunité et l’autre pas. Cette tension est réglée ici au
profit d’une dimension politique où les états se reconnaissent l’immunité. Les états ne se
reconnaissent l’immunité que s’ils se reconnaissent comme état.

Ex : Taïwan – pas considéré comme un état en tant que tel puisque dans la doctrine
traditionnelle de Taïwan le gouvernant considère que c’est l’Etat de la Chine dans son
ensemble. Aux Usa, Taïwan n’est pas reconnu comme état donc il n’y a pas d’immunité.

A. Logiques, fondement et sources du principe

1. Un élément essentiel de la souveraineté de l’Etat lié au principe de non-intervention.

Un Etat ne peut pas juger un autre état et encore moins exécuter des jugements à son
encontre. Ce n’est qu’une application particulière du principe de souveraineté et des
compétences des états. L’idéologie qui sous-tend ce principe est que chaque état est égal en
droit, l’un ne peut se mettre au-dessus de l’autre en le jugeant et ainsi l’empêchant d’agir.
Cependant, les conséquences sont parfois choquantes sur le plan éthique. Dans certaines
situations, on ne pourra pas assurer la répression des crimes car les auteurs seront couverts
par l’immunité.

Institut de droit international, Résolution sur l’immunité de juridiction de l’Etat et de ses
agents en cas de crimes internationaux, Session de Naples, 2009
Article II. Principes « 1. Les immunités sont accordées en vue d’assurer conformément au
droit international une répartition et un exercice ordonnés de la compétence juridictionnelle
dans les litiges impliquant des Etats, de respecter l’égalité souveraine de ceux-ci, et de
permettre aux personnes qui agissent en leur nom de remplir effectivement leurs fonctions
».
Cet extrait de résolution vise à respecter l’égalité souveraine. On ne peut prendre de mesures
contraignantes ou juger un autre état. La coexistence pacifique entre états requiert qu’on ne
juge pas institutionnellement les autres états ou leurs représentants.

Les différents titulaires de l’immunité: l’Etat; le chef de l’Etat, le chef de gouvernement, le
ministre des Affaires étrangères. Il s’agit de la triade. Ils ont incontestablement les immunités.
Ensuite, en application de conventions, les diplomates sont couverts également.

84
Sources: Conv. NU sur les immunités juridictionnelles des Etats et de leurs biens (2004), Conv.
européenne sur les immunités de l’Etat (1972); Conv. Vienne sur les immunités diplomatiques
et consulaires (1961), conventions bilatérales, coutume. La coutume est importante lorsqu’on
traite de règles importantes et fondamentales. Ces conventions expriment pour la plupart des
règles de droit coutumier.

2. La distinction entre immunité et impunité

Cas du Ministre des affaires étrangères du Congo : « propos »
Les autorités congolaises de l’époque ont tout mis en œuvre pour empêcher l’attaque de leur
état par des pays voisins dont le Rwanda. Ils vont dire que les Tutsi sont des rwandais, que les
Tutsi sont les ennemis. Il y a eu un dérapage. Dans l’extrait, il affirme qu’il faut les éradiquer
avec méthode, que ce sont des déchets…
Il s’agit d’une invitation au génocide. En Belgique, un mandat d’arrêt a été délivré contre ce
ministre des affaires étrangères de l’époque du Congo, en vertu de la loi de compétence
universelle. Le Congo a porté l’affaire devant la CIJ pour violation du droit international et du
principe des immunités. La Cour a donné raison au Congo en considérant qu’il y avait violation
des immunités. La Cour fait un petit cours de droit, pour justifier la règle, sur le terrain éthique.
Elle affirme que ce n’est pas l’impunité pour autant parce qu’on peut juger la personne : soit
que ça soit par l’état dont le ministre est ressortissant, soit le Congo pourrait lever l’immunité
pour qu’un juge étranger se saisisse de cette affaire, soit la CPI – des juridictions
internationales, soit…

« Les immunités dont bénéficie en droit international un ministre ou un ancien ministre des
affaires étrangères ne font en effet pas obstacle à ce que leur responsabilité pénale soit
recherchée dans certaines circonstances.
Ils ne bénéficient, en premier lieu, en vertu du droit international d'aucune immunité de
juridiction pénale dans leur propre pays et peuvent par suite être traduits devant les
juridictions de ce pays conformément aux règles fixées en droit interne.
En deuxième lieu, ils ne bénéficient plus de I'immunité de juridiction a l'étranger si 1'Etat
qu'ils représentent ou ont représenté décide de lever cette immunité.
En troisième lieu, des lors qu’une personne a cessé d’occuper la fonction de ministre des
affaires étrangères, elle ne bénéficie plus de la totalité des immunités de juridiction que lui
accordait le droit international dans les autres Etats. A condition d'être compétent selon le
droit international, un tribunal d'un Etat peut juger un ancien ministre des affaires
étrangères d'un autre Etat au titre d'actes accomplis avant ou après la période pendant
laquelle il a occupé ces fonctions, ainsi qu'au titre d'actes qui, bien qu'accomplis durant
cette période, l'ont été à titre privé.
En quatrième lieu, un ministre des affaires étrangères ou un ancien ministre des affaires
étrangères peut faire l'objet de poursuites pénales devant certaines juridictions pénales
internationales dès lors que celles-ci sont compétentes ».
C.I.J., Affaire du Mandat d’arrêt, 14 février 2002, Recueil 2002, p. 25 61.


Lorsque les états adhèrent au statut de la CPI, ils acceptent qu’ils ne puissent plus invoquer
l’immunité. On pourrait poursuivre des officiels d’état et cela a déjà été fait. Ce n’est pas la
même chose puisque ce n’est pas un Etat contre un autre Etat.

85

Par ailleurs, on distingue l’immunité fonctionnelle de l’immunité personnelle.
Dans le cas de l’immunité fonctionnelle, la personne est protégée pour tous les actes relevant
de sa fonction car c’est une protection de l’état. On ne peut pas le juger pour ce qui relève de
ses fonctions. Pour des actes à titre privé, il peut être poursuivi à l’échéance de l’immunité
personnelle.
Dans le cas de l’immunité personnelle, pendant tout le temps de la fonction, la personne a
une immunité complète. Elle s’efface à la fin de la fonction.

Cependant, le cas de ce ministre est frappant. Il n’a jamais été jugé. L’immunité n’est donc pas
égale à impunité, en théorie. En pratique, certaines personnes ne sont jamais inquiétées.

Attention, quand la Belgique lance un mandat d’arrêt international contre un ministre en
exercice, l y a un élément de contrainte. C’est problématique au niveau de l’intervention.

N.B : Ce qui se passe avant l’entrée en vigueur du statut de la CPI, n’est pas de sa compétence.
Il y a donc également un élément de temporalité à avoir à l’esprit.

B. Les remises en cause du principe : immunités des Etats v. droits de la personne

Les exceptions sont : le droit au recours, le jus cogens, la répression des crimes internationaux.

Cas du Chili :
Pinochet a dirigé le Chili après le renversement de Salvador Allende. Il a été responsable de
toute une série d’actes de torture contre ses opposants. En 1998, il a été arrêté à Londres. La
Chambre des Lords a affirmé qu’en cas de crimes internationaux et de torture, l’immunité
pouvait tomber.

à Les autres états ne peuvent le juger, ils peuvent tenter de le faire juger par une juridiction
internationale. La Chambre des Lords avait affirmé que cela ne relevait pas de sa fonction, que
le torture ne pouvait relever de sa fonction. Cependant, la torture était exercée pour préserver
son régime politique.

1. Immunités v. droit à un recours ?

Il n’y a pas de contradiction entre le droit au recours et l’immunité. L’immunité résiste pourvu
que certaines conditions soient remplies.

C.E.D.H., Affaire Cudak c. Lituanie, 23 mars 2010, §§ 54-55, 57 et 60.

2. Immunités v. jus cogens ?

86
C.E.D.H., Affaire Al-Adsani c. Royaume-Uni, 21 novembre 2001, §§ 66-67.
« […] même si elle note que l'importance primordiale de la prohibition de la torture est de plus
en plus reconnue, la Cour ne juge pas établi qu'il soit déjà admis en droit international que
les Etats ne peuvent prétendre à l'immunité en cas d’actions civiles en dommages-intérêts
pour des actes de torture qui auraient été perpétrés en dehors de l'Etat du for. La loi de 1978,
qui accorde l'immunité aux Etats en cas d'actions pour atteinte à l'intégrité de la personne sauf
si le préjudice a été causé au Royaume-Uni, n'est pas en contradiction avec les limitations
généralement admises par la communauté des nations comme relevant du principe de
l'immunité des Etats. Dès lors, l'application que les cours et tribunaux anglais ont faite de la
loi de 1978 pour accueillir la demande d'immunité formulée par le Koweït ne saurait passer
pour une restriction injustifiée au droit d'accès du requérant à un tribunal. Partant, il n'y a
pas eu en l'espèce violation de l'article 6 § 1 de la Convention ».

Une personne affirme avoir été torturée par le Koweit. Les juridictions britanniques invoquent
l’immunité et disent qu’elles ne peuvent le juger. La CEDH reprend également l’immunité. Le
fait que l’interdiction de la torture soit une règle de droit impératif, de jus cogens, n’est pas
contradictoire avec le fait qu’il existe un régime d’immunité. L’immunité est une règle de
procédure et non de fond. Il n’y a donc pas de contradiction.

3. Immunités v. répression des crimes internationaux ?



C.I.J., Affaire du Mandat d’arrêt, 14 février 2002, Recueil 2002, pp. 23 et 24, §§ 56 et 58
« La Cour a examiné avec soin la pratique des Etats, y compris les législations nationales et
les quelques décisions rendues par de hautes juridictions nationales […]. Elle n'est pas
parvenue à déduire de cette pratique l’existence, en droit international coutumier, d'une
exception quelconque à la règle consacrant l'immunité de juridiction pénale et
l'inviolabilité des ministres des affaires étrangères en exercice, lorsqu’ils sont soupçonnés
d’avoir commis des crimes de guerre ou des crimes contre l’humanité. La Cour a par
ailleurs examiné les règles afférentes à l’immunité ou à la responsabilité pénale des
personnes possédant une qualité officielle contenues dans les instruments juridiques créant
des juridictions pénales internationales et applicables spécifiquement à celles-ci […]. Elle
a constaté que ces règles ne lui permettaient pas davantage de conclure à l'existence, en
droit international coutumier, d’une telle exception en ce qui concerne les juridictions
nationales ».
Dans cette affaire, la Cour Internationale de Justice affirme que malgré le cas de Pinochet, il
n’existerait pas de règle coutumière qui s’appliquerait. Elle rejette l’idée d’une règle
coutumière qui ferait exception à l’immunité pour les crimes internationaux. L’objet même
des immunités est d’empêcher qu’on puisse poursuivre et entraver l’action des états.





87
V. C.I.J., Affaire des Immunités (Allemagne c. Italie), Recueil 2012, pp.
121- 145, §§ 52-106, et § 139.

Action en Italie contre l’Allemagne pour qu’elle indemnise les victimes de la guerre, lors de
l’occupation de l’Italie à la fin de la 2e GM. L’Italie prétendait que les immunités devaient être
levées.
1e exception : localisation – les crimes ont lieu en Italie (moins important)
2e exception : type de crimes (plus important)

1. Quels sont, selon la Cour, les fondements et les sources des immunités des Etats dans
le droit international contemporain ?
La coutume comprend la pratique des états, y compris la loi et les jugements (§56). La Cour y
opère un peu un cours de droit international général.

2. Des limitations sont-elles susceptibles d’être apportées à ces immunités ? Comment la
Cour justifie-t-elle ses conclusions sur ce point ?
(§91) : Selon l’Italie, il y a limitation des immunités en cas de crime international grave.
Cependant, la Cour cela ne peut s’opérer. Pour déterminer qu’il s’agit d’un crime international
grave, il faudrait opérer un travail qui s’assimile à celui du juge de fond, ce qui violerait déjà
l’immunité. Le problème c’est que dire qu’il faut lever l’immunité en cas de crime international
grave demande de déterminer le crime. Selon la cour, il y a un problème de logique, de
temporalité. Il n’y aurait dès lors pas d’exception possible.

En application du droit conventionnel spécifique, on peut accorder plus d’immunité mais pas
moins d’immunités.

L’Italie invoquait également l’argument du jus cogens.

3. Ces conclusions reflètent-elles la position de l’Institut de droit international telle
qu’elle ressort de la résolution adoptée à ce sujet en 2009 ?

Outre un problème logique, selon elle il n’y a pas de coutume.

4. Dans quelle mesure cette affaire vous semble-t-elle illustrer la tension entre
conceptions éthique et politique du droit international ?
Le coté éthique c’est de reconnaitre de lever l’immunité. Cependant, on se situe sur un pôle
plus politique. Dans l’arrêt, on décèle un passage éthique -> elle se prononce sur l’Allemagne
en matière de réparation et affirme que c’est « regrettable » et « injuste » ( §91).
En outre, elle renvoie à la négociation entre les états. Elle va au-delà de la conception politique
par là.






88
Chapitre 5.- Les organisations internationales

L’ONU est la plus fréquemment assimilée au droit international. Elle a une vocation universelle et une
vocation à la supériorité sur les autres organisations. Toutefois, c’est une organisation comme une
autre.
- Volet éthique : elle est caractérisée par une ambition assez forte car elle est censée incarner
la communauté internationale à réunir les Etats, les faire dépasser leurs intérêts pour
poursuivre certaines valeurs communes
- Volet politique important que l’on peut illustrer par cette chanson :
Fela kuti : « Beasts of No Nation »

« Dem call the place, the “United Nations” Hear-oh another animal talk Wetin united inside
“United Nations”? Who & who unite, for “United Nations”? No be there Thatcher &
Argentina dey No be there Reagan & Lib-i-ya dey Is-i-rael versus Lebanon Iran-i-oh versus
Iraq-i East West Block versus West Block East No be there dem dey oh- United Nations Dis
“united” United Nations One veto vote is equal to 92 […OR MORE, OR MORE] What kind
sense be dat, na animal sense (2x) »
Cette chanson renvoie à la règle du droit de veto qui aboutit à des calculs : 92 voies d’un côté et une
voie de l’autre sont égales, ce qui va empêcher l’adoption d’une résolution !

Cette vision réaliste, politique de l’organisation doit être pris en compte pour comprendre l’ONU et
tout autre organisation internationale : tiraillement entre :
- la mise en commun de positions et d’actions en raison de valeurs communes ;
- la prévalence des intérêts nationaux de l’autre.


« Bernard et Bianca »
Dans ce dessin-animé, on
voit une sorte d’ONU
parallèle au notre pour les
souris.
En application de cette
procédure particulière de
l’ONU des souris (SOS
Société), Bernard et Bianca
seront mandatés pour aller
sauver une petite fille.
Ce dessin-animé illustre une
vision plus idéaliste où cet
« ONU » a pour mission de
multilatéraliser les actions : pour sauver quelqu’un, il y a la possibilité d’obtenir un mandat.
Les procédures de décision n’ont pas l’air très précises. Il ne semble pas qu’il y ait de droit de
veto mais le Président a un poids considérable dans la prise de décision.
Le volet éthique a lui-même des ambivalences. Les procédures de représentation au sein de
« SOS Société » sont toutes particulières. Par exemple : l’Afrique, dans son ensemble, à un
voix mais les Etats européens ont plusieurs voix. Sur le plan idéologique, ce n’est pas neutre

89
et ça illustre que c’est une association essentiellement d’européens. Le Président lui-même se
demande si les choses ne sont pas en train de changer. De manière paternaliste, il va autoriser
l’action militaire.

Au départ, les organisations étaient limitées à des aspects plutôt techniques (ex : organisation
de coopération pour la gestion et l’utilisation des eaux du Danube, l’Union postale universelle,
…). Ensuite, ça s’est développé dans toute une série de domaines (domaines de sécurité,
économique, des droits de la personne…). Aujourd’hui, Ii existe de nombreuses organisations
internationales.

I. La définition et la personnalité juridique de l’organisation
internationale : institution propre ou simple résultat d’un accord
entre Etats ?


A. Qu’est-ce qu’une O.I. ?
L’enjeu de cette définition est que, s’il s’agit d’une organisation, elle aura une personnalité juridique
propre. Elle aura des capacités, des droits, des obligations, des responsabilités propres. A partir de
ce moment de reconnaissance de cette personnalité à une organisation, c’est elle qui va être
responsable et doit être capable. Ce ne sont pas les Etats.
Cela va renvoyer à des problèmes très concrets. Ex : casque bleu qui commet un viol - Qui est
responsable ? Certes, la personne individuellement mais, est – ce que c’est l’Etat de la nationalité du
soldat ou l’organisation Pour que l’organisation puisse être tenue pour responsable, elle doit avoir
une personnalité juridique. Si elle n’en a pas, c’est plutôt un soldat qui agit dans le cadre d’une
coalition d’Etats sans qu’il y ait une personnalité juridique à l’organisation
è Ce sont des problèmes juridiques, théoriques mais également très concrets, de mise en
cause de responsabilité (cf. infra chap XI)
Il y a trois éléments constitutifs à l’organisation :
1. L’existence d’un acte constitutif
• Traité constitutif
Acte constitutif = texte qui est la base de l’organisation et va définir ses fonctions (à quoi elle
sert et quelles sont ces compétences, qu’est-ce qu’elle peut faire, comment on y entre ou en
sort).
• Droit dérivé (actes à dénominations diverses)
Cet acte prévoit souvent également des organes à l’organisation. Ceux-ci peuvent créer du
droit dérivé : des résolutions, déclarations, directives. Ex : traité de l’Union européenne = l’acte

90
constitutif et en application de ce traité, il y a un Conseil, la CJUE, le Parlement européen, la
Commission européenne. Ces organes vont créer du droit dérivé. Lorsque la CJUE rend un
jugement, c’est un acte obligatoire de l’Union européenne.

2. Créé par des Etats…

• La qualité d’Etat (>< ONG,…) et le cas des O.I.
L’organisation doit être composée d’Etats. Ils se mettent ensemble pour créer une
organisation.
+ Il se peut que cette organisation contienne parmi ses membres d’autres organisations. On
peut admettre dans un acte constitutif qu’une organisation en soit partie. Cela fait partie de
la personnalité juridique des organisations. On ne fait que dépasser la question car au bout
du compte, ce sont toujours les Etats qui décident. C’est pourquoi on dit que les organisations
ont la capacité limitée car elles n’ont pas, comme l’Etat, la souveraineté.
Remarque : l’UE n’est pas partie à l’ONU à elle est observatrice mais elle pourrait l’être à il
faudrait une révision de la Charte.

• Représentation et conditions de vote : la diversité de la pratique (ex : O.I.T., FMI, …) et
l’admission et le retrait de l’organisation
Les Etats sont souverains. Ils peuvent prévoir à cet égard toute une série de modalités,
notamment de représentation au sein des organisations. Ex :
- 1 Etat = une voix
- Poids de l’Etat va être fonction de sa contribution financière = FMI
- Organisation représentative tripartite : un employeur, un travailleur, un fonctionnaire
=Organisation internationale du travail
Il n’y a donc pas de règles qui soient valables pour toutes les organisations mais il y a une
infinité de possibilités dans les différents mécanismes de représentation, d’admission et de
retrait.

A retenir sur le plan méthodologique si une question sur une organisation :


1) Aller voir l’acte constitutif pour voir ce qu’il prévoit
2) Si rien n’est prévu à à titre subsidiaire, c’est du droit des traités : cf. la
Convention de Vienne sur le droit des traités (convention très importante).
à Ce qu’on fait est interpréter l’acte constitutif, ou à défaut, la Convention de
Vienne

3. La volonté de créer une personnalité juridique propre

• Condition indépendante de la possibilité de créer des organes, lesquels n’ont pas de
personnalité juridique
C’est la volonté des Etats de créer une organisation. Ils peuvent se réunir ensemble, prévoir
un texte, … ce n’est pas pour autant qu’ils veulent créer une organisation. Si tel est toutefois

91
le cas, ils vont généralement prévoir des organes, des institutions et vont prévoir une
personnalité juridique propre à s’effacer derrière l’organisation
Ex : UE agit elle-même, pas chaque Etat. Négociation sur le Brexit : ils sont en train de discuter
les modalités de retrait du RU. C’est l’UE qui va se prononcer = l’entité responsable qui va
prendre les décisions. Les Etats sont là mais comme membres.
Question qui a été posée : est – ce qu’on peut faire la guerre à une organisation ou,
inversement, peut–elle faire la guerre ?
- En pratique, oui. L’OTAN ou l’ONU sont des organisations de sécurité qui posent parfois
des actes de guerre contre d’autres états. Ex : l’action militaire menée par les casques
bleus ou par des états sous l’autorisation de l’ONU contre d’autres Etats comme en
Lybie il y a quelques années.
- En droit, peuvent – ils le faire ? Cela dépend des règles sur l’interdiction du recours à la
force. A première vue, on dira donc que non mais il y a des exceptions.

« Ali G. v. Boutros Boutros Ghali »
Ils vont parler des critères pour être Etat membre de l’ONU : ces Etats doivent être
indépendants.

- Il y a au sein de l’ONU un certain nombre d’observateurs qui ne sont pas
nécessairement des États membres
Ex : la Palestine n’est pas un État membre de l’ONU. C’est un État non membre. La procédure
d’adhésion demande un vote du Conseil de sécurité. Avec les USA, ce n’est pas envisageable
pour le moment mais la Palestine a eu un statut d’État observateur.

- Il existe des précédents où il y a des États non indépendants :
o Au moment de la création de l’ONU, l’URSS estimait qu’elle allait être minorisée au
sein de l’ONU. Elle a réussi à obtenir 3 sièges car il y avait l’Ukraine et la Biélorussie.
Ils n’étaient pas des Etats au sens du droit international mais des entités fédérées :
des républiques socialistes soviétiques. Ils ont eu un siège sans être des Etats à
sorte de fiction juridique qui s’expliquait pour des raisons politiques et qui
permettaient à l’URSS d’avoir trois voix à l’AG
o Si les Etats acceptent une société privée comme membre, qu’est-ce qu’il les en
empêche ? L’ancien secrétaire général a l’air sûr de lui que ce n’est pas possible. O.
Corten n’est pas si sûr car, notamment, dans le passé, on voit que des Etats non
indépendants ont été membres.
è Il y a donc une marge de manœuvre qui existe et qui pourrait aboutir à des organismes
juridiques moins « orthodoxes », fruit de la volonté des Etats et du rapport de force à
dimension politique


92
Ø Exemples :
Le sigle du Mouvement des non-alignés : groupe qui rassemble environ 115
États composés historiquement, pendant la Guerre froide, d’États qui ne
voulaient pas être assimilés au bloc de l’Est ni au camp Ouest = surtout des
États du Tiers monde. Ce mouvement existe toujours même si l’URSS a disparu.
Ils défendent des intérêts communs. Ils adoptent des déclarations, prennent
des positions.

è Pour être une organisation internationale, il faut un acte constitutif qui prévoit des organes et
donc, un siège. Ce n’est pas le cas in specie. Ils se réunissent. Ils sont constitués de plusieurs
pays qui changent, au niveau des chefs d’Etats, tous les deux ans. à Ce n’est PAS une
organisation internationale
Mission des Nations Unies au Kosovo : c’est la mission qui administre le Kosovo et qui,
- selon ceux qui disent que le Kosovo n’est pas un Etat : continue à administrer
le Kosovo, même en ayant délégué des compétences au gouvernement local
- et pour les autres : remplissent certaines missions au Kosovo sous l’égide du
gouvernement du Kosovo
è C’est un organe dérivé, créé par l’AG. L’organisation internationale n’est pas souveraine mais
elle a quand même une certaine autonomie. C’est donc un sous-organe, subsidiaire, ce n’est
PAS une organisation internationale.

Les 8 grandes puissances économiques se réunissent périodiquement pour


essayer de coordonner leur politique.
è Ce n’est PAS une organisation internationale. On peut se réunir sans
l’être.

Cour internationale de justice : c’est un organe de l’ONU, ce n’est PAS une organisation
internationale. Idem que pour le UNMIK. Pour être complet, pour motiver, il faut aller
voir les textes : le Statut de la CIJ. En lisant ce texte, on voit bien qu’il ne s’agit pas de
créer une nouvelle organisation mais plutôt de s’inscrire dans le cadre de l’ONU.

Pour savoir si c’est une OI, il faut lire le texte de création de la CPI : est – on dans
qqchose de similaire au statut de la Cour internationale de justice auquel cas c’est
un organe de l’ONU spécialisé en matière pénale, comme les TPI ou est – ce que
ce texte est un acte constitutif ? (En l’occurrence on ne pouvait pas le savoir),
c’est une organisation car le texte est un acte constitutif. Il y a une assemblée de
la CPI d’Etats parties et cette assemblée rend des décisions sur une série de choses (définition
d’infractions, financement, …).

93

Les USA se sont retirés
récemment du Conseil
des droits de
l’homme.
Elle a pour vocation de
faire respecter les
droits de la personne
en examinant des
rapports d’Etats.
Elle est créée par l’AG
à organe subsidiaire.
Quand on dit que les
USA se retirent = ils
démissionnent de leur
mandat au sein de cet
organe >< ne se
retirent pas d’une
organisation. Ils
restent membre de
l’ONU car ce Conseil
est composé d’un certain nombre d’Etats membres de l’ONU. On ne peut obliger un Etat à exercer
cette fonction. C’est lui seul qui est candidat. Ce n’est donc PAS une organisation.

• Les questions d’admission et de retrait
Chaque organisation fait comme elle veut. Les critères peuvent être différents : géographique
(ex : UE : état européen : Turquie ?) ou autres.

à Tension entre une logique institutionnelle propre et le pouvoir des Etats qui va se traduire
tout particulièrement dans les problèmes d’admission :

L’exemple de l’admission aux Nations Unies

Article 4
« Peuvent devenir Membres des Nations Unies tous autres États pacifiques qui acceptent
les obligations de la présente Charte et, au jugement de l’Organisation sont capables de
les remplir et disposés à le faire. L’admission comme Membres des Nations Unies de tout
État remplissant ces conditions se fait par décision de l’Assemblée générale sur
recommandation du Conseil de sécurité ».

1) Conditions de fond
Il n’y a pas de critères géographiques mais il faut tout de même que ça soit un :
- Etat
- Pacifique
- Accepté les obligations de la Charte

94
- Etre capable de les remplir et disposé à les faire
2) Conditions de forme : procédure : « L’admission comme Membres des Nations Unies
de tout État remplissant ces conditions se fait par décision de l’Assemblée générale sur
recommandation du Conseil de sécurité ».

C.I.J., Affaire de l’Admission d’un Etat aux Nations Unies (Charte, art. 4), Recueil 1948, p. 64).

« D'autre part, le caractère politique d'un organe ne peut le soustraire à l'observation des
dispositions conventionnelles qui le régissent, lorsque celles-ci constituent des limites à
son pouvoir ou des critères à son jugement. Pour savoir si un organe a la liberté de choisir
les motifs de ses décisions, il faut se référer aux termes de sa constitution. En l’espèce,
l’article 4 fixe le cadre dans lequel s'exerce cette liberté, cadre qui comporte une large
liberté d’appréciation. II n'y a donc aucune contradiction entre, d’une part, les fonctions des
organes politiques et, d’autre part, le caractère limitatif des conditions prescrites ».

Avec la guerre froide, il y a eu un jeu dans les années 40 qui a consisté de manière
systématique pour l’Union soviétique à mettre son veto et ainsi s’opposer à l’admission de
certains Etats du globe de l’Ouest. Ex : Espagne, Portugal, …
De l’autre côté, les USA n’étaient pas spécialement favorables à l’admission de certains Etats
de l’Est. Ex : Roumanie, Bulgarie, …
La question qui se posait est de savoir : est - ce que le fait de refuser l’entrée car c’est un Etat
de l’Est ou de l’Ouest est conforme à l’article 4 de la Charte ? L’article 4 ne dit pas qu’il faut
être de telle région ou de telle affiliation politique.
La CIJ a rendu un avis en 1948. Elle fait un jugement subtil selon lequel il existe des conditions
juridiques et cela ne peut être un choix uniquement arbitraire. Il faut motiver par rapport aux
critères. Cela laisse une marge d’appréciation.
à On ne peut ajouter de critères mais on peut les interpréter. Les Etats sont les premiers
interprètes.
Cet avis a l’air de dire qu’il faudrait admettre davantage d’états mais ce n’est qu’en 1955 qu’il
y aura un compromis qui permettra à de nombreux Etats de rentrer dans l’ONU suite à
l’évolution des rapports de force. Idem pour les deux Allemagne qui ne seront reconnues que
dans les années 70 car elles ne se reconnaissaient pas l’une l’autre.
Il y a des conditions de fond et de procédure. Les conditions de procédure sont les plus
importants car, s’il y a un vote, ce sont les Etats qui vont décider. Peut-être se justifieront ils
par rapport aux conditions de fond mais celles-ci sont souvent assez souples et cela laisse une
large marge d’appréciation.

95
Le cas de l’UE
Tout État européen qui respecte les
valeurs visées à l'article 2 et s'engage
à les promouvoir peut demander à
devenir membre de l'Union. Le
Parlement européen et les parlements
nationaux sont informés de cette
demande. L'État demandeur adresse
sa demande au Conseil, lequel se
prononce à l'unanimité après avoir
consulté la Commission et après
approbation du Parlement européen
qui se prononce à la majorité des
membres qui le composent. Les
critères d'éligibilité approuvés par le
Conseil européen sont pris en compte.
Les conditions de l'admission et les
adaptations que cette admission
entraîne en ce qui concerne les traités
sur lesquels est fondée l'Union, font
Article 49 du Traité de l’UE
l'objet d'un accord entre les États

membres et l'État demandeur. Ledit

accord est soumis à la ratification par

tous les États contractants,

conformément à leurs règles

constitutionnelles respectives.


Article 50 du Traité de l’UE
« 1 Tout État membre peut décider, conformément à ses règles constitutionnelles, de se
retirer de l’Union.
2 L’État membre qui décide de se retirer notifie son intention au Conseil européen. À la
lumière des orientations du Conseil européen, l’Union négocie et conclut avec cet État un
accord fixant les modalités de son retrait, en tenant compte du cadre de ses relations
futures avec l’Union. Cet accord est négocié conformément à l’article 218, paragraphe 3,
du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne. Il est conclu au nom de l’Union par
le Conseil, statuant à la majorité qualifiée, après approbation du Parlement européen.
3 Les traités cessent d’être applicables à l’État concerné à partir de la date d’entrée en
vigueur de l’accord de retrait ou, à défaut, deux ans après la notification visée au
paragraphe 2, sauf si le Conseil européen, en accord avec l’État membre concerné, décide
à l’unanimité de proroger ce délai. […]
5. Si l’État qui s’est retiré de l’Union demande à adhérer à nouveau, sa demande est
soumise à la procédure visée à l’article 49 ».

a) Pour l’admission : il y a des conditions de fond et de procédure :


1) Les conditions de fond : Respect des valeurs à l’art. 2 et s’engage à les promouvoir

96
2) Les conditions de forme : procédure : unanimité à vote de tous les Etats membres de
l’UE. Ex : Catalogne. C’est pour ça que les états sécessionnistes vont dire qu’ils ont un droit à rentrer
dans l’organisation en disant qu’il reste (contradictoire car ils veulent se retirer d’un Etat membre
de l’organisation mais non de l’organisation – cf. supra). L’Union européenne avait répondu qu’il
fallait une nouvelle demande. Il faudra donc l’accord de l’Espagne.

b) Pour le retrait : il y a également des modalités :


1) Pas de conditions de fond
2) Conditions de procédure : voie d’accord, de compromis, etc. Il y a toujours un
délai. Pendant ce délai, l’Etat reste membre et titulaire de droits. Certaines
périodes de transitions sont parfois prévues, ex : pour le Brexit – accords de
négociations.

Le cas de l’Union postale et des USA


Les USA étaient membres de cet Union depuis 144 ans. Il se retire car, selon eux, à cause de
cet Union, les frais d’envoi pour les marchandises chinoises sont trop bas et donc trop
concurrentiels.

97
à Optique d’une gueguerre commerciale avec la Chine. Toutefois, cela ne sera effectif qu’un
an après la réception du retrait par le Bureau postal de l’Union postale universelle. A ce
moment-là, les USA seront
déliés de leurs obligations.
Trump se met, grâce à son
retrait, dans une position qui
démontre qu’il ne plaisante
pas. Le but est aussi de
faciliter la négociation. Si les
autres Etats n’acceptent pas
de négocier, il enverra
officiellement la lettre de
retrait.
è Rapports de force

Ø Si, pendant le délai qui s’écoule, un Etat revient sur son retrait, comme il n’a pas encore
eu d’effet, il peut toujours annuler les effets de son retrait.
Ø Rien n’est définitif. Il peut revenir également dans l’Union dans le futur. Ex : l’Indonésie
s’est retirée de l’ONU à un moment donné en 1965 et ils sont revenus un an après. Un
simple changement de gouvernement peut totalement modifier la donne.

Le cas du Conseil de l’Europe
Article 7
Tout Membre du Conseil de l’Europe peut s’en retirer en notifiant sa décision au Secrétaire
Général. La notification prendra effet à la fin de l’année financière en cours, si elle est
intervenue dans les neuf premiers mois de cette année, et à la fin de l’année financière
suivante, si elle est intervenue dans les trois derniers mois.

Le retrait de la CPI

Article 127.

Retrait 1. Tout État Partie peut, par voie de notification écrite adressée au Secrétaire
général de l'Organisation des Nations Unies, se retirer du présent Statut. Le retrait prend
effet un an après la date à laquelle la notification a été reçue, à moins que celle-ci ne
prévoie une date postérieure. 2. Son retrait ne dégage pas l'État des obligations mises à sa
charge par le présent Statut alors qu'il y était Partie, y compris les obligations financières
encourues, et n'affecte pas non plus la coopération établie avec la Cour à l'occasion des
enquêtes et procédures pénales à l'égard desquelles l'État avait le devoir de coopérer et
qui ont été commencées avant la date à laquelle le retrait a pris effet ; le retrait n'affecte
en rien la poursuite de l'examen des affaires que la Cour avait déjà commencé à examiner
avant la date à laquelle il a pris effet.

98
Le discours idéaliste selon lequel tous les Etats vont en être partie a montré ses limites avec
plusieurs Etats qui se sont retirés. Ex : la Philippine : à la suite d’une enquête ouverte par la
Cour.

Le retrait ne peut valoir que dans les conditions prévues par l’acte constitutif : il faut un an
après réception de la notification. Ce que la Cour avait déjà entamé comme procédure avant
la réception de la notification reste valable. Le retrait n’a pas d’effet rétroactif mais un effet
pour le futur. Exemple : si un Etat fait une procédure et la lettre arrive le 1er janvier 2019.
Pendant toute l’année 2019, l’Etat peut encore être jugé et plus, à partir du 1er janvier 2020.

Exemple : la présidence du Burundi annonce le 18 octobre 2016 son retrait de la CPI par une
loi. L’article 3 dit que la loi entre en vigueur le jour de sa promulgation (18 octobre 2016).
Le 25 octobre 2017, la CPI lance une procédure concernant le Burundi :
Est – ce valable ?
1) Attention, il faut voir quand le délai commence à courir. Il prend effet un an après la
date à laquelle la notification a été reçue. Pas quand elle a été envoyé ! C’est cela qui
explique le décalage.
2) Le droit interne n’a pas de valeur en droit international. Le 18 octobre 2016, le Burundi
promulgue une loi. Or, il doit notifier à la CPI sa volonté de retrait à exigence
procédure très formelle
à Ce n’est pas parce qu’il déclare qu’il veut se retirer par une loi que cela est valable
au niveau de la CPI. S’il n’y a pas de notification officielle, le délai ne prend jamais
cours.
Probablement, si la Cour lance cette procédure, c’est qu’elle n’avait pas reçu la notification
avant le 25 octobre. Si on dit, en plus, qu’on ne sait pas, au regard des faits, si la notification a
été envoyée et que tout ce qu’on voit est une loi, alors le raisonnement est excellent.
Examen : si à l’examen, dans l’énoncé des faits, il n’est rien mentionné, il ne faut pas présumer
qu’il y ait notification.

Conclusion : sur le fond, tout retrait ne vaudra que pour l’avenir. Cela laisse entière la
compétence de la Cour pour juger de ce qui s’est passé avant le retrait. Il faut qu’elle lance
une procédure. Le retrait ne peut annuler la procédure en cours. A l’avenir, un an après
réception de la notification, plus de nouvelle procédure.
è Logique institutionnelle : la Cour qui essaie d’exercer ses compétences mais le pouvoir
des Etats qui peuvent se retirer dans certaines conditions à équilibre entre les deux :
la Cour garde un an pour juger.
***
A défaut, si rien n’est prévu dans l’acte constitutif :
Ø Convention de Vienne sur le droit des traités (1969)

Art. 56. - Dénonciation ou retrait dans le cas d’un traité ne contenant pas de dispositions
relatives à l’extinction, à la dénonciation ou au retrait

99
« 1. Un traité1 qui ne contient pas de dispositions relatives à son extinction et ne prévoit pas
qu’on puisse le dénoncer ou s’en retirer ne peut faire l’objet d’une dénonciation ou d’un
retrait, à moins :
a) qu’il ne soit établi qu’il entrait dans l’intention des parties2 d’admettre la possibilité d’une
dénonciation ou d’un retrait; ou
b) que le droit de dénonciation ou de retrait ne puisse être déduit de la nature du traité3.
2. Une partie doit notifier au moins douze mois à l’avance son intention de dénoncer un
traité ou de s’en retirer conformément aux dispositions du paragraphe 1 ».
1
Tous les traités en général, pas uniquement les traités des organisations internationales.
2
cf. intention des parties, ex : dans les travaux préparatoires
3
Selon le type de traité, on devrait admettre plus ou moins facilement le retrait. Des exemples
sont souvent donnés de type de traités dont on ne peut se retirer :
Les traités de frontières
Exemple : on a déjà évoqué un traité de
frontière dans l’Affaire Cameroun-Nigeria,
cette célèbre délimitation qui va jusqu’au
Tanger.
Dans ce texte, on a toutes les indications
géographiques qui permettent d’identifier la
frontière entre le Cameroun et le Nigéria.
C’est une déclaration mais ça a été considéré
comme un traité, peu importe la
dénomination (on y reviendra).


à Une fois qu’on a tracé les frontières, on ne peut se retirer unilatéralement. Pour rappel,
même quand on peut se retirer d’un traité où il y a une ligne frontalière, elle subsiste (cf. infra
Cour affaire ..). Les valeurs promues sont la stabilité et la sécurité, au dépend de toute
considération éthique (justice, population, …). Si rien n’est prévu, on ne peut donc se retirer
d’un traité de frontières. Cela n’est pas possible au vu de la nature du traité.

100


A contrario, on peut a priori se retirer des
traités constitutifs d’organisations
internationales.

Même quand rien n’est prévu, on admet qu’on
peut s’en retirer.
Exemple : la Charte de l’ONU : art. 110. On est
dans le cas de l’art. 56 de la Convention de
Vienne : aucune disposition ne prévoit le
retrait.



à Moyens d’interprétation
- Le texte littéral
- Les travaux préparatoires : cf. travaux préparatoires de la Charte de l’ONU pour voir si
elle admet ou pas le retrait.
- La nature du traité à ce que suggère l’art. 56 de la Convention de Vienne. In specie, la
nature du traité semble plutôt plaider pour la possibilité de retrait.
- Le type d’organisation peut être une piste, mais il faut être prudent car même des
organisations très intégrées peuvent prévoir un retrait (ex : avant, l’UE ne le prévoyait
pas mais c’est possible depuis le traité de Lisbonne)
- La pratique : spécialement en droit international
à Délai
- Soit prévu dans le texte
- A titre supplétif : l’article 56 prévoit un an de délai

Il y a déjà eu un retrait de l’ONU : l’Indonésie. Quand l’Indonésie est revenue un an après, il y
a eu une sorte de fiction juridique : ils ont fait comme si le pays avait suspendu ses activités
pendant un an mais non comme s’il était vraiment parti
è Pas de nouvelle procédure d’adhésion : ils ont repris leur activité et ont repayés leur
cote part financière pour l’année écoulée
Remarque : ce précédent montrerait qu’on ne peut se retirer ? Non, selon O. Corten. Les Etats
font vraiment ce qu’ils veulent. Tant pour l’admission que le retrait, c’est la dimension
politique qui prime. Si un Etat veut se retirer, on ne voit pas comment on pourrait l’en
empêcher. S’il veut revenir, on peut prévoir certes une série de fictions et d’arrangements
mais cela n’atteint pas la pratique plus générale qui montre que, quand les Etats ne veulent

101
plus coopérer, ils se retirent. C’est la force de la souveraineté, même dans des traités très
intégrés.

B. Les conséquences de la personnalité juridique des O.I
1. Volet actif : la capacité juridique internationale

• La possibilité de devenir partie à un traité. Ex : l’UE est partie à une série de traités,
comme l’OMC.

• La possibilité de formuler des réclamations internationales
Ex : l’affaire des Réparations : l’assassinat d’un envoyé de l’ONU en Israël avait eu pour
conséquence que l’ONU voulait des réparations. A ce moment-là, en 1940, la question de
savoir si l’ONU avait une personnalité juridique était encore controversée. La CIJ va prendre
clairement partie en faveur de la personnalité juridique de l’organisation : l’ONU a des droits
propres. Elle peut donc faire des réclamations de ses droits : elle est compétente pour
adresser des réclamations à Israël.

« En conséquence, la Cour arrive à la conclusion que l'Organisation est une personne


internationale. Ceci n'équivaut pas à dire que l'organisation soit un Etat, ce qu’elle n'est
certainement pas, ou que sa personnalité juridique, ses droits et ses devoirs soient les
mêmes que ceux d'un Etat. Encore moins cela équivaut-il à dire que l'Organisation soit un
« super-Etat », quel que soit le sens de cette expression. Cela n'implique même pas que
tous les droits et devoirs de l'organisation doivent se trouver sur le plan international, pas
plus que tous les droits et devoirs d'un Etat ne doivent s'y trouver placés. Cela signifie que
l’organisation est un sujet de droit international, qu'elle a capacité d'être titulaire de
droits et devoirs internationaux et qu’elle a capacité de se prévaloir de ses droits par voie
de réclamation internationale ».


2. Volet passif : la responsabilité internationale
Les organisations internationales ont des obligations. Si elles les violent, elles sont
responsables. Des questions délicates se posent parfois de concurrence de responsabilité.
Exemple : le voile de la personnalité juridique (CIJ, affaire de la Licéité de l’emploi de la force,
1999) :
- Bombardement en Yougoslavie décidé par l’OTAN mais ils n’ont pas d’armée. Par
conséquent :
- Dans la mise en œuvre, ce sont les armées nationales qui bombardent.
La question qui s’est posé est de savoir qui est responsable ? L’OTAN, les Etats membres ou
les deux ? La Yougoslavie a mis en cause la responsabilité des Etats membres. Elle va devant
la CIJ pour réclamer la réparation. Les EM renvoient la responsabilité sur l’OTAN. Selon eux,
c’est elle qui prend la décision. Comme on le verra infra, la CIJ n’est pas compétente pour
juger des organisations mais uniquement des Etats. Cela revient à une exception
d’incompétence : la Cour est incompétente pour juger de la conformité des bombardements
face au droit international.

102
Comme on le verra dans l’avant dernier chapitre sur la responsabilité, l’organisation a tout de
même une responsabilité. En cas d’exactions causées par des casques bleus au Congo dans les
années 60, il y a eu un accord de réparation entre l’ONU et les Etats concernés. L’ONU a
endossé une certaine forme de responsabilité.

II. Les compétences de l’organisation internationale : fruit de
l’attribution par les Etats ou pouvoirs autonomes ?

A. Le principe de spécialité

• Absence de souveraineté
Les Etats sont souverains, ils sont présumés pouvoir tout faire, sauf s’ils sont engagés à faire
ou ne pas faire quelque chose. Il faut donc démontrer qu’ils ont violé une règle car l’Etat ne
doit pas montrer qu’il avait une base, sa base étant la souveraineté.
>< Pour les organisations, on est dans un schéma inverse de celui des Etats. L’organisation
n’est pas souveraine à principe de spécialité ou d’attribution = une organisation ne peut
rien faire sauf ce que les Etats lui ont donné comme compétence : elle doit prouver la base
qui lui permet d’agir.

Exemple : lorsque l’OMS avait demandé un avis à la CIJ sur la licéité des armes nucléaires.
La Cour a dit qu’elle ne pouvait pas lui répondre car l’OMS ne peut faire une telle demande.
Ce n’est pas sa fonction (sa fonction est la santé, cf. son acte constitutif). Il y a peut-être un
lien entre santé et arme nucléaire mais il est trop ténu. C’est un excès de pouvoir.

«De l'avis de la Cour, reconnaître à l'OMS la compétence de traiter de la licéité de


l’utilisation des armes nucléaires même compte tenu de l’effet de ces armes sur la santé
et l'environnement - équivaudrait a ignorer le principe de spécialité; une telle
compétence ne saurait en effet être considérée comme nécessairement impliquée par
la Constitution de l’organisation au vu des buts qui ont été assignés à cette dernière par
ses Etats membres » C.I.J., Affaire de l’Utilisation des armes nucléaires, Recueil 1996, p.
79, § 25..


• Conséquence : l’obligation de principe de respecter le droit international
Les Etats et les organisations ont leurs droits limités par le droit international général.
• Conséquence : la double limitation des compétences
Mais contrairement aux Etats qui ont une simple limitation, les organisations internationales
sont aussi limitées par leur acte constitutif, en amont. Elles ne peuvent agir que si c’est prévu
dans cet acte.
Méthodologie : est – ce qu’une organisation respecte ses obligations internationales ? Il
faut vérifier deux choses :
1) Est-ce que dans leur acte constitutif elles peuvent agir dans ce domaine ?

103
2) Est – ce qu’elles respectent le droit international général ?
è Double limitation de compétence


Exemple : l’exclusion de la Russie du CS
Pour exclure un Etat membre, l’organisation doit avoir reçu cette possibilité par les Etats
membres. C’est le cas dans la Charte des Nations Unies, article 6 :



Le titre de l’article du journal
« Spoutnik » est donc faux.
Juridiquement, on peut. En pratique, il
faut une recommandation du CS, ce qui
est plus compliqué. La Russie devrait
s’abstenir pour qu’on puisse l’exclure.
Or, elle ne l’acceptera surement jamais.
En interprétant le droit en contexte, on
remarque donc que cela est impossible.
Donc répondre oui ou non à cette
question est possible à cela dépend de
l’argumentation : argumentation
formelle ou probabilité pratique.


Il y a eu des propositions
afin d’exclure des
membres.
Exemple : la Turquie,
peu après l’affaire de la
qui exige l’exclusion
d’Israël.






104


Il y avait déjà eu aussi la question d’exclure l’Afrique du Sud au moment de l’apartheid. Les
USA et le RU se sont opposés en invoquant l’argument politique : c’est une stratégie de
garder un Etat dans l’organisation plutôt que de l’exclure : on va lui faire accepter
progressivement l’idée qu’il doit mieux respecter les règles de l’ONU.

Conclusion :
Si on l’avait exclu de l’ONU, l’Etat n’aurait plus été membre et n’aurait donc plus du
respecter les résolutions du CS. En effet, le fait de l’exclure du système ne veut pas dire qu’il
va d’avantage respecter. Toutefois, s’il reste et ne respecte pas, cela ne va pas non plus.
à C’est un dilemme. Pour le moment, ça a toujours été tranché dans le sens de la non-
exclusion.
Il n’y a pas vraiment de problème juridique car l’exclusion de l’ONU est prévue dans l’acte
constitutif explicitement. Ce sont des problèmes politiques. L’interprétation littérale joue.
On a fait un peu appel à l’esprit de la règle pour voir comment elle était appliquée mais
fondamentalement, le littéral suffit.

B. Les compétences implicites

Lorsque rien n’est prévu explicitement dans l’acte constitutif, il peut être considéré
fondamentalement que l’organisation doit avoir certaines compétences implicitement
mais certainement.
Exemple : dans le cadre de l’ONU, les casques bleus :
A la base, il était prévu l’existence d’une armée permanente. Toutefois, cela n’a pas été
mise en application car les Etats ne l’ont pas voulu dans le contexte de guerre froide.
Dans la Charte des Nations, il n’y a pas d’article qui parle d’un envoi au cas par cas de
casques. Mais, on a considéré que tel serait le cas, sur base de la mission de l’ONU qui est
le maintien de la paix à Implicitement, en rédigeant la Charte et donnant des pouvoirs
tellement larges à l’ONU, en matière de maintien de la paix, on considère qu’on a pu lui
donner cette possibilité.

105
Exemple : un principe d’interprétation de l’acte constitutif : l’exemple des missions « non-
article 5 » de l’OTAN
Normalement, l’OTAN
fait uniquement de la
légitime défense
collective. Si un Etat
membre est attaqué,
d’autres vont l’aider.
Or, en pratique, dans les
années 90, l’OTAN a
commencé à envoyer
des troupes dans des
espèces de mission de
maintien ou de
rétablissement de la
paix.
Ex : en Bosnie –
Herzégovine. But : faire
respecter des cessez le feu, etc.

Ce n’était pas prévu dans l’acte constitutif car, à la base, cette organisation avait pour but
uniquement de se défendre contre l’URSS. Seulement, il n’y a jamais eu de telle agression.
L’OTAN a été victime de son succès et on s’est demandé, début des années 90, à quoi elle
servait car il n’y avait plus de bloc de l’est et ouest.
Alors, il y a eu une nouvelle stratégie de l’OTAN : élargissement de ses compétences. Non par
le traité de Washington et son acte constitutif mais par des déclarations, de la pratique. On a
utilisé l’OTAN dans des missions de maintien de la paix à missions « non article 5 ».

è C’est un exemple de compétence implicite qui montre le caractère très évolutif de
cette possibilité. On ne doit pas prouver au moment de la conclusion du traité
constitutif de l’OTAN que l’on avait déjà prévu ça. Tout simplement, à un moment
donné, esprit de la règle et pratique interprétative, les Etats interprètent tous l’acte
constitutif comme menant à ça.

Autre exemple : le cas de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest
(CEDEAO) :

Si on lit l’acte constitutif, ça a l’air
d’être une organisation
économique. Seulement, à un
moment donné, ils ont commencé
à faire des missions militaires.
Ce n’est pas du tout prévu dans
l’acte constitutif. Comme pour

106
l’OTAN, tous les Etats l’ont accepté. Cf. texte point « toute autre activité … ».


Les compétences implicites peuvent
aller très loin par rapport au texte. Mais
cela marche car les Etats sont d’accord.
Par contre, un Etat ne pourra pas
revenir en arrière s’il a donné son
accord même implicite. On va lui dire
que c’est une pratique interprétative.
La pratique a eu lieu pendant un très
grand nombre d’années et il ne s’y est
pas opposé. C’est trop tard. Il est
désormais lié.



L’exemple du Conseil de l’Europe
On ne prévoit pas toujours explicitement l’exclusion dans un traité mais, implicitement, si
car l’article dit qu’un Etat peut être suspendu, on dit alors à l’Etat de se retirer et s’il ne le
fait pas, le Comité peut décider que le membre n’appartient plus au Conseil.

Article 8
Tout Membre du Conseil de l’Europe qui enfreint gravement
les dispositions de l’article 3 peut être suspendu de son droit
de représentation et invité par le Comité des Ministres à se
retirer dans les conditions prévues à l’article 7. S’il n’est pas
tenu compte de cette invitation, le Comité peut décider que
le Membre dont il s’agit a cessé d’appartenir au Conseil à
compter d’une date que le Comité fixe lui-même.

Article 7 du Traité de l’UE
On prévoit qu’on peut suspendre de certains droits, y compris vote,
un Etat qui n’a pas respecté les valeurs de l’UE.
Exemple : des états comme la Hongrie où manifestement les valeurs
de d’Etat de droit et de démocratie ne sont pas dans le sommet des
priorités de certains Etats.

« 1. Sur proposition motivée d'un tiers des États membres, du Parlement européen ou de
la Commission européenne, le Conseil, statuant à la majorité des quatre cinquièmes de
ses membres après approbation du Parlement européen, peut constater qu'il existe un
risque clair de violation grave par un État membre des valeurs visées à l'article 2. Avant
de procéder à cette constatation, le Conseil entend l'État membre en question et peut lui
adresser des recommandations, en statuant selon la même procédure.

107
Le Conseil vérifie régulièrement si les motifs qui ont conduit à une telle constatation
restent valables.
2. Le Conseil européen, statuant à l'unanimité sur proposition d'un tiers des États
membres ou de la Commission européenne et après approbation du Parlement
européen, peut constater l'existence d'une violation grave et persistante par un État
membre des valeurs visées à l'article 2, après avoir invité cet État membre à présenter
toute observation en la matière.
3. Lorsque la constatation visée au paragraphe 2 a été faite, le Conseil, statuant à la
majorité qualifiée, peut décider de suspendre certains des droits découlant de
l'application des traités à l'État membre en question, y compris les droits de vote du
représentant du gouvernement de cet État membre au sein du Conseil. Ce faisant, le
Conseil tient compte des conséquences éventuelles d'une telle suspension sur les droits
et obligations des personnes physiques et morales. Les obligations qui incombent à l'État
membre en question au titre des traités restent en tout état de cause contraignante pour
cet État [...] ».

Est – ce que cet article permettrait d’exclure la Hongrie ?


La question est assez ouverte :
Ø On peut dire NON. Dans ce cas, on ne peut baser notre argumentation sur le fait que ça
ne soit pas prévu par le texte car il existe des compétences implicites. On considère
plutôt que le traité en disant cela, a contrario, ne permet pas d’aller plus loin. Si on
compare ce traité avec d’autres, on voit que là, justement, on ne le permet pas.

Ø On peut dire OUI. Certes, explicitement, ce n’est pas prévu. Toutefois, implicitement, si
jamais finalement l’utilisation de cet article n’aboutit pas et que l’Etat continue à
bafouer continuellement les dispositions, on peut imaginer son exclusion, ce qui
pourrait être conforté par le fait qu’il peut se retirer.
Maintenant, dur de prévoir : est – ce que l’Etat qui serait exclu irait devant la Cour de
JUE pour dire que l’art. 7 ne prévoit pas l’exclusion ? On pourrait imaginer que la Cour
tranche dans un sens ou dans l’autre.

III. L’ONU, incarnation de la « communauté internationale »?
« ANIMANIACS (U.N. ME, 1995) »

‘See foreign states with a grudge

Down by the East Riverside.

United Nations tries to fix

Wars, famine, and oil slicks Boutros

Boutros Ghali-gee
Down by the East Riverside

Leads the General Assembly.’


108

Dans le dessin animé, on voit les alliés qui se battent.
è On retrouve la dimension politique avec les rapports de force qui président
l’adoption de résolutions au sein des Nations Unies. Ce qui est représenté comme
une organisation autonome est en réalité le fruit des votes des Etats qui ne sont pas
forcément d’accord à compromis
>< perspective idéaliste et éthique selon laquelle on aurait une organisation
universelle qui va agir de commun accord et de manière pacifique
è Pôle politique important pour :
- Comprendre et interpréter les textes
- Réfléchir sur leur mise en œuvre : si certains Etats très puissants votent contre
une résolution et ne font rien pour qu’elle soit respectée, il y aura un certain
nombre de limites dans la mise en œuvre de cette résolution.

« Le jour où la terre s’arrêta (ROBERT WISE, 1951) »
Rappel de l’autre extrait de ce film déjà vu supra : un extraterrestre
à l’apparence humaine, Klaatu, débarque sur terre et veut délivrer
un message : arrêter la course aux armes nucléaires qui menace
les autres planètes à principe de non-intervention

Dans cet extrait, le discours de Klaatu est réaliste et politique : si la Terre ne met pas fin à
la menace qu’elle cause elle-même aux autres planètes d’utiliser la force par un système de
sécurité collectif interplanétaire confié à des robots, les ET vont réagir. En effet, selon
Klaatu, ils ne sont pas concernés par les querelles sur la terre.
Par rapport à la notion même des Nations Unies, Klaatu et les ET ont une vision assez
idéaliste et éthique de l’ONU. Selon eux, les Etats en son sein se réunissent discutent. Les
affaires intérieures n’intéressent pas l’ONU qui transcende les petites querelles.
Finalement, Klaatu est rappelé à l’ordre par l’américain qui parle des « puissances
malfaisantes » = le monde soviétique et ses alliés.
è L’ONU est donc toujours vu comme l’organisation par excellence de l’universalisme
et comme l’incarnation de la « communauté internationale », expression
idéologique souvent rattachée à l’ONU
Pour rappel : on a vu que ces organes en droit international ne sont
pas comparables à ceux existants en droit interne. Il n’y a pas un
équivalent, à l’échelle mondiale, aux pouvoirs :
- Législatif : l’Assemblée générale (A)
- Exécutif : le Conseil de sécurité (B)
- Judiciaire : la Cour internationale de justice (C)
Dans ce chapitre-ci, on reprend ces différents organes mais on s’intéresse à la logique
institutionnelle de l’organisation.

109
Méthodologie : si on a un cas qui concerne les organisations, cf. acte constitutif. Si on ne
trouve pas la réponse qu’on cherche dans l’acte constitutif, à défaut, cf. droit des traités
(cf. infra Convention sur le droit des traités).

Droit primaire vs. Dérivé : La personnalité juridique de l’organisation lui permet d’agir de
manière autonome en application de l’acte constitutif via notamment des actes matériels
et du droit dérivé.
• Acte constitutif = droit primaire. Comme son nom l’indique, il constitue l’organisation.
• Tous les actes produits par les organes de l’organisation = droit dérivé à qui résulte de
l’activité de l’organisation. Une fois qu’un organe a pris une décision (ex : CS adopte une

résolution), c’est l’organisation qui agit (plus un groupe d’Etats). Le voile qui permet de
faire écran entre les États et l’ONU est l’idée que l’ONU est responsable et pas
nécessairement les Etats (problèmes complexes de co-responsabilité cf. infra)

Ce slide permet de prendre conscience que les trois organes vus ici ne sont qu’une partie
de l’ONU. Il y a plein d’organes subsidiaires (institutions spécialisées (FMI), tribunaux
internationaux, Comité économique et social, Conseil des droits de l’homme, …)

110
A. L’Assemblée générale : un organe démocratique sans réel pouvoir ?
En 1951, Klaatu ne sait pas que tous les Etats ne sont pas
membres de l’ONU. A ce moment-là, pas mal d’Etats n’y étaient
pas à cause de la guerre froide.
Les Etats occidentaux ne voulaient pas admettre la Roumanie,
la Bulgarie, … Le bloc socialiste ne voulait pas admettre
l’Espagne, le Portugal, …
Ce n’est qu’en 1956, qu’en masse, un grand nombre d’États a été admis. Aujourd’hui, presque
tous les États en sont membres. Exceptions :
- Le Vatican
- Palestine : membre observateur. Il est considéré par l’AG comme un État mais non
membre. Mais la question qui se pose est de savoir si elle est réellement un Etat ?
Le fait que cet Etat (si on le reconnait comme tel) n’est pas à l’ONU est un signe
qu’il y a un litige sur sa qualité d’Etat.
- Taïwan n’est pas considéré comme un Etat : la Chine est l’Etat et les dirigeants de
Taïwan sont l’ancien gouvernement chinois et continue de considérer qu’ils
représentent toute la Chine. Jusque 1971, ce sont eux qui siégeaient à l’ONU.
L’ONU a vocation à intégrer tous les États, quel que soit leur régime politique (>< club d’états
démocratiques). Il n’est donc pas question d’imposer des critères relatifs aux types de régime
pour appartenir aux Nations Unies.
De plus, il vaut mieux un État dedans que dehors car, comme cela, on peut discuter dans un
cadre multilatéral. C’est toute la logique de l’organisation, une logique de non-intervention.

A l’AG, chacun a une voix = égalité souveraine à côté a priori démocratique (>< CS : droit de
veto membres permanents)
Contrepartie : AG n’a pas beaucoup de pouvoirs

1. Un organe démocratique ?
Exemple 1 : les prises de décisions au sein de l’Assemblée générale
1) Adoption de la résolution 3379 par l’AG

L’Assemblée générale,
Rappelant également que, dans sa résolution 3151 G (XXVIII) du 14 décembre 1973,
l’Assemblée générale a condamné́ en particulier l'alliance impie entre le racisme sud-
africain et le sionisme [...].
Prenant note également de la résolution 77 (XII), adoptée par la Conférence des chefs
d’Etats et de gouvernements de l'Organisations de l’unité africaine, à sa douzième session
ordinaire, tenue à Kampala, du 28 juillet au 1er août 1975, qui a estimé "que le régime
raciste en Palestine occupée et les régimes racistes au Zimbabwe et en Afrique du Sud ont
un origine impérialiste commune, constituent un tout et ont la même structure raciste, et

111
sont organiquement liés dans leur politique tendant à la répression de la dignité et
l’intégrité de l’être d’humain",
Prenant note également de la Déclaration politique et de la Stratégie pour renforcer la paix
et la sécurité internationales et renforcer la solidarité et l’assistance mutuelle des pays non
alignés, adoptée à la Conférence de ministres des affaires étrangères des pays non-alignés
tenue à Lima, du 25 au 30 août 1975, qui a très sévèrement condamné le sionisme comme
une menace à la paix et à la sécurité mondiales et a demandé́ à tous les pays de s’opposer
à cette idéologie raciste et impérialiste, Considère que le sionisme est une forme de
racisme et de discrimination raciale. » (10 novembre 1975, 72/35/32)

En 1975, l’AG a adopté cette résolution. Les chiffres indiqués en fin de résolution montrent
le nombre de voies :
- 72 en faveur
- 35 contre
- 32 abstentions
Il y a bien une majorité (les abstentions ne sont pas comptabilisées comme s’opposant à
l’établissement d’une majorité), malgré un fort clivage entre Etats.
L’AG prend une décision assez radicale, dénoncée par certains comme antisémite. Elle
considère que le sionisme est une forme de racisme et de discrimination en faisant le // avec
l’Afrique du Sud.
C’est le débat encore existant sur le régime israélien et les droits appliqués en Israël. Pour le
moment, Israël se revendique comme un Etat juif. Y – a – t – il des discriminations pour les
personnes ne se considérant pas juives ?
2) Retournement de situation en 1991
Contexte : contexte idéaliste d’un nouvel ordre mondial (fin de la guerre froide, idée que tous
les conflits seront résolus via l’ONU) et d’une application systématique du droit international.
Au moment de la guerre du Golfe, lorsque l’Irak a envahi le Koweït, l’argument de Saddam
Hussein lorsqu’on l’a condamné était de dire qu’il y a deux poids deux mesures :
- Condamner l’Irak alors qu’il ne fait que récupérer le Koweït, partie de l’Irak
arrachée par les britanniques arbitrairement a été considéré par les États comme
tout à fait légitime
- Or, lorsque Israël qui occupe la Palestine, là, rien n’est fait
Il lui a été répondu qu’il ne fallait pas lier les deux cas mais qu’on allait résoudre le conflit à la
vue du nouveau contexte.
è Conséquence : adoption d’une nouvelle résolution :



112


Adoption de cette résolution par :
- 111 pour
- 25 contre
- 13 abstentions
La nullité de la 1ère résolution est rétroactive : ce qui a été dit n’a aucune valeur. En tout état
de cause, c’est assez fictif.
Conclusion : On voit le caractère très politique de l’organe puisqu’en fonction des majorités
changeantes, il est possible d’obtenir quelque chose et son contraire. Ex : Inde vote pour en
75 et pour en 91. On ne peut donc dire qu’il y a une cohérence au sein des États. Cela provient
des changements de gouvernements au sein des États.
Ce n’est pas une résolution qui a des effets. Certes, elle considère que le sionisme est une
forme de racisme. Cela n’oblige donc pas les Etats à faire ceci ou cela. Simplement, la
deuxième résolution est une résolution qui change la qualification. Cela montre le côté
arbitraire de la chose : en fonction de l’évolution, il y a des prises de position différentes.

Exemple 2 : la composition des organes de l’Assemblée générale

113









Un journaliste saoudien est tué dans le consulat saoudien à Istanbul. Il aurait été torturé,
assassiné et coupé en morceaux. Problème d’enquête : que peut faire la police turque ? En
effet, au sein de l’Ambassade se pose le problème du droit applicable et de l’immunité.
Toutefois, étant donné que même en droit saoudien, il est interdit de torturer les gens et de
les découper en petits morceaux, la police turque a pu rentrer à les immunités ne font donc
jamais obstacle au pouvoir de police. Simplement, il faut l’accord de l’État, ce qui a été fait par
l’Arabie Saoudite.
è Cela montre le clivage entre politique et éthique. Avec toutes les pressions
internationales notamment, emballement médiatique, l’Arabie Saoudite doit rendre
des comptes. Elle n’est pas obligée en vertu du droit international mais elle le devient
à cause du rapport de force (volet politique : on veut arrêter de lui livrer des armes) et
du volet éthique (on veut savoir la vérité)

Pourtant, l’Arabie Saoudite fait partie du Conseil des droits de l’homme alors qu’elle peut être
critiquée sur plusieurs points : elle découpe ses opposants, les droits des femmes, son
intervention au Yémen, …
D’autres Etats membres de ce Conseil sont également régulièrement critiqués. Ils portent
atteinte à certains droits de la personne. Ex : Chine, les Philippines (style Trump asiatique : tuez
les trafiquants de drogue à vue sans procès), …

Voici la composition actuelle du Conseil des droits de l’homme :

114

Se pose donc la question du caractère démocratique de l’organe ? Cette question est
controversée.
Ø Selon certains, il faut exclure les Etats qui ne respectent pas les valeurs démocratiques
Ø Selon d’autres, il ne faut pas exclure ces Etats :
- Les 48 états sont élus par l’AG (c’est également un argument pour ne plus les élire).
- Argument idéaliste : si on exclut les états des systèmes de protection des droits de
la personne, cela ne va pas favoriser un mouvement de protection à il doit rendre
des comptes et cela favorise une dynamique. Il vaut donc mieux les inclure dans ce
système. C’est la même chose qu’au niveau de l’ONU.
- Quels sont les critères qui permettraient de déterminer qui peut ou ne peut y être ?
qui est démocratique, qui ne l’est pas ? C’est discriminatoire.
- Lié à cet argument : qui déciderait de cela ? Selon les règles de procédure, les
membres du Conseil des droits de l’homme sont élus par l’AG. Ils sont élus mais si
on dit qu’ils sont mal élus, alors, ça remet en cause le système d’élection par l’AG.
Il faudrait alors également exclure des états de l’AG.
Conclusion : La situation est très complexe. Par contre, ce qui est réel est le fait que l’AG soit
un organe démocratique. En effet, il n’y pas de droit de véto et il y a une majorité.
Toutefois, cela ne veut pas forcément dire que toutes les décisions prises seront considérées
comme démocratiques. En effet, il y a un débat sur le caractère éthique de certaines positions
de l’AG (exemple 1) ou de la composition de certains de ces organes (exemple 2). Ces débats
sont complexes :

115
- Ils sont faits de rapports de force car des questions de commerce, de coopération
et d’intérêts économiques sont en jeu. Ex : la vente d’armes en Arabie Saoudite,
c’est la FN (entreprise de fabrication d’arme en Wallonie) et donc, logique qu’il y
ait plus d’opposition en RW.
- De plus, sur le plan purement éthique, se pose également des interrogations : Qui
est compétent pour dire si cela est éthique ou pas? N’y – a – t – il pas un côté très
subjectif à cela ? Est-ce que le but de l’ONU n’est pas de rassembler tous les Etats
qu’importe les positions ?

2. Un organe sans pouvoir ?
Il est souvent avancé que les résolutions de l’AG n’ont pas de valeur juridique. C’est faux. En
effet, elles ont une valeur. Tout dépend de chaque résolution. Certaines résolutions ne vont
pas forcément avoir une valeur obligatoire en tant que telle : on ne les viole pas en tant que
telle parce qu’elles ne sont pas sources d’obligations. Cela ne veut pas dire qu’elles n’ont
aucune valeur juridique.
Exemple : pourquoi y – a – t – il toutes ces discussions enflammées au sujet d’Israël et du
sionisme ? Justement parce qu’il y a un enjeu. L’enjeu est également d’expliquer la position
juridique des Etats : qu’est – ce que c’est que l’apartheid par exemple ?

Les résolutions ne sont pas source d’obligations directes mais peuvent indirectement
exprimées la position juridique des Etats et ainsi permettre d’interpréter une coutume (Même
les résolutions les plus faibles peuvent parfois être utilisées !)
è Les résolutions ont donc des effets plus ou moins directs :

Exemple 1 : Israël : effet juridique direct :








La création d’Israël a comme base juridique la résolution 181 (II)
adoptée en 1948. Il s’agit d’une résolution juridique assez forte car elle Carte du plan de
est le fondement de l’Etat d’Israël. A l’époque, elle est controversée, partage qui ne
beaucoup d’états considérant que ce n’était pas opportun de créer ce correspond pas à
pays en Palestine. la carte actuelle

116
Il y a quelque chose de paradoxal dans ce
dispositif : une valeur juridique forte devrait
être énoncée en termes d’obligations grâce à
des mots comme « décide », « exige ». Ici, la
résolution recommande au RU et tous les autres
états et demande au Conseil de sécurité de
prendre les mesures.
Une recommandation a une valeur juridique
mais il faut être prudent lorsqu’on dit qu’elle est
la base juridique à la base de la création d’Israël.
En effet, historiquement, c’est bien ce texte qui
a institué l’Etat d’Israël mais c’est parce
qu’ensuite, les Etats ont suivi cette résolution.
è On a donc, a posteriori, interprété cette
résolution comme étant la base fondamentale
de l’Etat. Or, sur base du seul texte, ce n’est pas
évident.
Cela montre encore une fois l’importance de
l’interprétation (cf. l’esprit du texte qui va être
utilisé en pratique).




Exemple 2 : effet juridique direct :

L’article 17 de la Charte des Nations Unies est important. Il concerne le budget. En vertu de
cet article, le budget est établi par l’AG. Ce sont des décisions qui ont un effet juridique direct
et doivent être exécutés. C’est du droit de l’organisation, interne. (Autre exemple d’effet
juridique direct : admission d’un nouveau membre).


Illustration : affaire concernant les dépenses relatives aux opérations de maintien de la paix.
Certains Etats refusaient de payer car, selon eux, l’AG allait trop loin et n’était pas compétente
pour faire ça. La CIJ a jugé l’inverse.

117






Cette affaire était liée à une autre question : celle de l’article 12 qui régit les relations entre
le CS et l’AG. Le CS a une préséance sur l’AG en matière de maintien de la paix. Quand le CS
remplit ses fonctions, l’AG ne doit faire aucune recommandation. Le texte n’a jamais été
modifié mais la pratique a démontré une interprétation tout à fait différente : l’AG pouvait
adopter des recommandations dans des domaines tout à faire sensibles du maintien de la
paix. Il ne faut donc, encore une fois, ne pas s’arrêter à la simple lecture du texte !

Article 12
« Tant que le Conseil de sécurité remplit, à l'égard d'un différend ou d'une situation
quelconque, les fonctions qui lui sont attribuées par la présente Charte, l'Assemblée
générale ne doit faire aucune recommandation sur ce différend ou cette situation, à
moins que le Conseil de sécurité ne le lui demande ».


On a vu cela supra dans le livre par rapport à l’Affaire de Corée. Lors du début de la guerre de
Corée, lorsque les forces de la Corée du Nord ont attaqué le gouvernement dans le Sud, les
pays occidentaux voulaient réagir et demandaient une espèce de caution de l’ONU. Mais, le
CS était bloqué car l’URSS votait contre toute résolution qui viserait à donner une couverture
en quelque sorte de la part de l’ONU à l’action des Etats occidentaux. La Corée n’était pas
membre, à l’époque, de l’ONU. Il n’était pas question d’aller aider un état agressé par un autre
état car le Nord n’était pas un autre état mais à repousser une force intérieure.

Pour résoudre ce problème, l’AG adopte alors cette résolution « Union pour le
maintien de la paix », dont le promoteur était, non par hasard, Dean Acheson
(ancien secrétaire d’Etat des USA). Cette résolution prévoit un amendement de la
Charte, de manière très générale. L’AG prévoit elle-même ce qu’elle peut faire :

Assemblée générale, Résolution 377 (V), « Union pour le maintien de la paix »
« [d]écide que, dans tous les cas où paraît exister une menace contre la paix, une rupture
de la paix ou un acte d’agression et où, du fait que l’unanimité n’a pu se réaliser parmi
ses membres permanents, le Conseil de sécurité manque à s’acquitter de sa
responsabilité principale dans le maintien de la paix et de la sécurité internationales,
l’Assemblée générale examinera immédiatement la question afin de faire aux Membres
les recommandations appropriées sur les mesures à prendre, y compris, s’il s’agit d’une
rupture de la paix ou d’un acte d’agression, l’emploi de la force armée en cas de besoin,
pour maintenir ou rétablir la paix et la sécurité internationales »

C’est sur cette base là que l’AG va recommander aux états d’aller aider le gouvernement de
Corée du Sud à repousser l’armée du nord.

118
è L’AG s’affirme compétente pour des mesures militaires. On est dans le cœur des
compétences du Conseil de sécurité !
« House of cards »

Ils mettent en scène le droit de l’ONU.

Cela concerne le Moyen-Orient et les rôles ont été
inversés par rapport à la réalité : ce sont les USA qui
veulent envoyer une force de maintien de la paix en
Israël et la Russie ne veut pas. L’homme sur la photo
s’adresse à une femme et lui dit qu’elle ressort un
précédent de 60 ans. Pour lui, un précédent ne suffit
pas. L’article 12 est clair. On ne peut pas passer
outre le CS.

Existe – t – il d’autres précédents que celui de la Guerre de Corée ? Oui, il y en a un certain
nombre :

Practice - Uniting for Peace
Resolution 498 (V) of 1 February 1951 (Intervention of the Central People’s Government
of the People’s Republic of China in Korea).
Resolution 1000 (ES-I) of 5 November 1956 (UNEF I).
Resolution 41/35 F of 10 November 1986 (Policies of apartheid of the Government of
South Africa).
Resolution 41/38 of 20 November 1986 (Declaration of the Assembly of Heads of State
and Government of the Organization of African Unity on the aerial and naval military
attack against the Socialist People's Libyan Arab Jamahiriya by the present United States
Administration in April 1986).
Resolution 60/286 of 8 September 2006 (Revitalization of the General Assembly).
Resolution ES-10/16 of 17 November 2006 (Illegal Israeli actions in Occupied East
Jerusalem and the rest of the Occupied Palestinian Territory).
Resolution 62/243 of 14 March 2008 (The situation in the occupied territories of
Azerbaijan).


A partir du moment où il y a eu plusieurs précédents, on peut considérer qu’il y a eu un
consensus là-dessus : l’AG peut, dans certains cas, prendre des résolutions bien que le CS
soit saisi.
Cette résolution, de ce point de vue-là, a une valeur juridique indirecte assez forte à c’est
une sorte d’interprétation de la Charte par les Etats membres de l’ONU.

119
Est-ce que l’AG pourrait alors autoriser une intervention militaire ?
La question est importante. On pense au cas où le CS est bloqué et certains états voudraient
aller plus loin.
Exemple : la Syrie. Elle a eu nombre de véto. Il n’ya pas eu de véto sur des projets
d’intervention militaire. Mais, selon certains, il faudrait qu’on puisse le faire. Il faudrait qu’on
puisse, s’il y a des veto, pouvoir passer par l’AG, plus démocratique, sans veto.

On reprend la question : à supposer donc que cette résolution soit l’expression du droit
existant : est – ce que cela permet à l’AG d’autoriser une action militaire ?
Exemple : il faudrait intervenir en Syrie lorsqu’elle utilise des armes chimiques contre sa
population. Ce n’est pas une question de légitime défense mais de sécurité collective. Dans
ce cas, c’est le CS qui agit mais, dans des cas exceptionnels, cette résolution permettrait -
elle à l’AG d’autoriser un recours à la force ?

1) Dans la résolution, on ne parle que de recommandations et non d’autorisations à cela
permet de douter de la possibilité pour l’AG de prendre une autorisation ! il y a une
grosse différence entre les deux !

2) Ensuite, le droit dérivé ne peut contredire l’acte constitutif. Mais, en théorie, le droit
dérivé interprète l’acte constitutif ! C’est le cas d’un tas de résolutions, qui assouplissent
l’acte constitutif. Ex : rappel : art 23 de la Charte : l’abstention n’a pas été considéré
comme faisant obstacle à l’adoption d’une résolution car il y a eu pratique en ce sens-là.

3) Il n’y a jamais eu de précédent. L’AG n’a jamais autorisé un recours à la force. Dans la
guerre de Corée, elle recommande aux états d’aider un gouvernement qui demande
une intervention à Base juridique = demande du gouvernement coréen

Quand on recommande, cela ne veut – il pas dire qu’on autorise ?
Non ! L’AG a interprété cette résolution de cette manière depuis son existence :
Ø L’autorisation est une décision à normalement, on ne peut le faire mais on l’autorise
Ø La recommandation n’est pas une décision à recommandation d’agir conformément
au droit international
L’AG n’a donc jamais autoriser d’action militaire. Dans le cas de la Syrie, par exemple, elle
ne sait pas estimée compétente pour le faire.
Les états, y compris du CS, veulent que le CS garde cette prérogative.
Dans l’affaire sur certaines dépenses évoquées supra, la CIJ énonce clairement cette idée.
Elle déclare qu’en cas de décision en matière militaire
- Seul le CS peut le faire
- L’AG ne peut prendre que des recommandations.
Lorsqu’on parle d’autorisation, cela semble donc bien être une décision. Sans aucune autre
base juridique, on donne un fondement aux états pour intervenir.

120

De plus, le CS peut agir en cas :
- De rupture de la paix
- D’acte d’agression
à Il faut une guerre
- Ou de menace
à Notion très floue
>< pas le cas de l’AG qui ne peut agir en cas de menace.
En effet, le CS a des actions extrêmement étendues. Il est considéré comme le pouvoir en
matière militaire et a une plénitude de compétences. Il est parfois critiqué car il a un pouvoir
exorbitant (peut à peu près tout faire) et arbitraire (veto).
Conclusion : Ce ne sont que des recommandations. On ne peut concevoir une véritable
décision ou autorisation de recours à la force au sein de l’AG, au vu de,
- l’ensemble du texte de la Charte qui réserve l’ensemble du pouvoir en la matière
au CS
- et de la pratique,
- et de la jurisprudence.

B. Le Conseil de sécurité : un organe autoritaire et hyperpuissant ?

1. Un pouvoir autoritaire des cinq grands ?
C’est une question de droit de veto.
Exemple du 1er juin 2018 : dernier veto utilisé :













121














Le projet de résolution déposé par le Koweït se trouve dans le contexte des combats à Gaza.
On prie les parties de respecter le droit humanitaire, y compris le Hamas. De plus, le Koweït
note qu’il « déplore le recours excessif, disproportionné et indiscriminé à la force par les forces
israéliennes » à c’est là que les USA mettent leur de
droit de veto.

En effet :
- 4 états qui s’abstiennent à abstention RU
ne fait pas obstacle à l’adoption
- 1 contre à droit de veto à fait échec à la
procédure
- 10 pour à majorité de 9


è C’est donc très politique. Cette résolution parle de l’usage disproportionné de la force.
Les USA ne sont pas prêts à accepter ce qui est dit à propos d’Israël. Ils mettent leur
veto.

Remarque : les USA sont loin d’avoir le monopole du droit de veto. La Russie l’use aussi de
manière fréquente.

122
Liste de tous les vetos utilisés :

Ces projets de résolution ne
concernent pas une action militaire
qui est décidée mais une
condamnation d’exaction à
résolutions de qualification, comme
l’AG. Elles n’aboutissent pas
forcément à des décisions mais
souvent plutôt à des demandes :
demander aux états de respecter le
droit international et les Conventions.
è Le politique prime : le veto est là
car dimension politique. Les USA
avaient d’ailleurs déposé un projet
concurrent de résolution qui a obtenu
une voix, celle d’eux-mêmes.

è En gros : veto russe quand Syrie,
veto USA quand Israël







Le droit de veto parait injuste car il empêche l’adoption de résolutions mesurées. Cette idée
est à relativiser grâce à l’argument avancé traditionnellement en faveur du droit de veto est
un argument d’équilibre des puissances :
- Les états occidentaux ne peuvent pas faire ce qu’ils veulent. C’est l’idée de la
relativité de la justice. Pour avoir une décision légitime, il faut justement qu’il y ait
des états avec des conceptions différentes qui ont le droit de veto. C’est argument
est en faveur d’une déversification des titulaires du droit de veto mais il ne répond
pas à la question du veto lui-même.
- Argument pragmatique de real-politik : en levant le veto, les résolutions vont être
adoptées mais non appliquées et même parfois, cela risque d’entrainer des guerres
ou des conflits car si des grandes puissances sont contre une résolution, c’est très
dangereux. Il vaut mieux qu’il y ait un consensus entre les grandes puissances pour
qu’elle soit effective.
è Dilemme :
- Soit on supprime le droit de veto à décisions plus justes mais non appliquées
- Soit on conserve le droit de veto à veto parait moins juste mais plus effectif

123
Pour contrer ce caractère injuste, des pays ont fait des propositions pour modifier ce droit
de veto :
Exemple : la France :

...le Président français a présenté une proposition à la fois


ambitieuse et simple devant l’Assemblée générale des Nations
Unies.
Il s’agit pour les cinq membres permanents du Conseil de
Sécurité de procéder à un encadrement volontaire par eux-mêmes du droit de veto. Cette
évolution s’opérerait sans modification de la Charte et par un engagement mutuel des
membres permanents. Concrètement, lorsque le Conseil de sécurité aurait à se
prononcer sur une situation de crime de masse, les membres permanents s’engageraient
à suspendre leur droit de veto. Les critères de mise en œuvre seraient simples : le
Secrétaire Général de l’ONU, à la demande d’au moins cinquante Etats membres, serait
saisi pour se prononcer sur la nature du crime. Une fois son avis rendu, le code de
conduite s’appliquerait immédiatement. Pour être réaliste, ce code exclurait les cas où
seraient en cause les intérêts vitaux nationaux d’un membre permanent du Conseil »
(Suspendre le droit de veto en cas de crime de masse, Laurent Fabius, MAE, France, 4
octobre 2013, http://www.diplomatie.gouv.fr/)


Elle n’a donc pas proposé de le supprimer mais, dans le contexte de la guerre en Syrie, elle
a proposé que les membres permanents s’engagent à ne pas l’utiliser en cas de crime de
masse. Le SGN de l’ONU, sur demande de 50 états membres, dirait qu’il s’agit d’un crime de
masse et les membres permanents s’engageraient à ne pas utiliser leur veto.
Cette proposition a été soutenue par un certain nombre d’Etats mais elle n’est pas suivie
par les Etats Unis, la Russie et la Chine.
Par ailleurs, lorsqu’on l’analyse soigneusement, elle dit « Pour être réaliste, ce code exclurait
les cas où seraient en cause les intérêts vitaux nationaux d’un membre permanent du
Conseil » à on voit que la France est prudente. Cela risque de neutraliser toute la portée
de cette modification car les Etats, quand ils utilisent leur droit de veto, pourraient à chaque
fois dire que leurs intérêts vitaux nationaux sont en jeu. En effet, la définition même de la
paix internationale est qu’elle touche tout le monde !

Il existe d’autres propositions de réforme du droit de véto :
- Réforme de l’article 27 de la Charte : pour réviser la Charte, il faut une majorité
qualifiée de 2/3 et l’absence d’oppositions des 5 membres permanents. Ils ont
donc un veto sur le veto. Cette idée parait donc complètement utopiste.

- Une autre proposition est d’élargir le droit de veto à d’autres états en disant que
ces 5 grands l’étaient en 1945 mais, qu’aujourd’hui, d’autres pourraient être
ajoutés. Cela ne va toutefois pas forcément tendre vers plus de démocratie mais,
simplement, plus de représentativité dans les titulaires du droit de veto.

124
Conclusion : On voit que le CS n’est pas forcément l’organe le plus démocratique qui soit.
En son sein, la real politik et le pragmatisme l’emporte. De plus, comme son nom l’indique,
son rôle n’est pas de promouvoir des valeurs universelles autres que la paix et la sécurité.
En effet, il doit toujours pouvoir rattacher son domaine d’activité à ces deux dernières (><
gouvernement mondial).
En définitive, la répartition des tâches en quelque sorte :
-
AG = organe de réflexion, organe qui parle des grands principes et favorise la
conclusion de traités
- CS = prend des décisions au cas par cas, quand il y a des crises pour essayer de
les régler

2. Des pouvoirs exorbitants ?
On dit que le CS a des pouvoirs exorbitants. En effet, il semble que lorsque les votes sont là,
il peut à peu près tout faire. Souvent, il n’agit pas mais il peut aller très loin lorsqu’il veut
agir, comme le montre cet exemple :
S/C/RES 1373 (2001)
Le Conseil de sécurité, [...]
Réaffirmant également sa condamnation sans équivoque des attaques terroristes
commises le 11 septembre 2001 à New York, à Washington et en Pennsylvanie, et
exprimant sa détermination à prévenir tous actes de ce type,
Réaffirmant en outre que de tels actes, comme tout acte de terrorisme international,
constituent une menace à la paix et à la sécurité internationales, [...]
1. Décide que tous les États :
• a) Préviennent et répriment le financement des actes de terrorisme;
• b) Érigent en crime la fourniture ou la collecte délibérée par leurs nationaux ou sur leur
territoire, par quelque moyen que ce soit, directement ou indirectement, de fonds que
l’on
prévoit d’utiliser ou dont on sait qu’ils seront utilisés pour perpétrer des actes de
terrorisme;
• c) Gèlent sans attendre les fonds et autres avoirs financiers ou ressources économiques
des
personnes qui commettent, ou tentent de commettre, des actes de terrorisme, [...]
3. Demande à tous les États : [...]
d) De devenir dès que possible parties aux conventions et protocoles internationaux
relatifs au terrorisme, y compris la Convention internationale pour la répression du
financement du terrorisme en date du 9 décembre 1999;

Un peu après les attentats du 11 septembre, une résolution est prise au sein du CS sur le
terrorisme.

125
1) Le Conseil de sécurité règle cette question sur base du fait qu’il s’agit d’une menace contre
la paix à lien avec sa compétence
Remarque : le CS va très régulièrement faire des liens entre des tas de choses et le
maintien de la paix.

2) Ensuite, le CS prend des mesures. Celles-ci sont très générales :
- il décide que tous les états vont réprimer le financement des actes de terrorisme
- il demande aux états de devenir partie à la Convention pour la répression du
financement du terrorisme. Les états ont le choix = c’est leur souveraineté car pas
contraints d’adhérer. Toutefois, si on lit le contenu du 1 ( a, b, c), tout ce qu’il
énonce se retrouve dans la Convention !
à Le CS va donc, via ces pouvoirs en application du chapitre 7 de la Charte,
reprendre le contenu d’une convention, le mettre dans une résolution et la rendre,
de cette manière, obligatoire pour tous les États, y compris pour des états non
parties à celle-ci !

Critiques : certains ont trouvé que, dans ce cas, le CS va trop loin. Il se mue en législateur. Ce
n’est pas son rôle. Normalement, il prend des mesures cas par cas.

Au nom de l’urgence, dans le contexte de l’après 11 septembre, le CS prend une position
beaucoup plus forte. C’est difficile de conclure de cette résolution que cela a engendré une
sorte de pratique interprétative où ce serait admis que le CS peut agir de la sorte. Il n’y a pas
eu d’autres précédents où il a été aussi loin que ça.

C. La Cour internationale de Justice : un juge constitutionnel ?

1. Les limites du contrôle de conformité à la Charte
Ses compétences et son fonctionnement seront analysés de manière détaillée dans le
chapitre sur le règlement des différends qui clôturent le cours.
La Cour a deux compétences principales :
1) Juger des différends entre états
2) Donner son avis sur des questions. Ex : quand on lui demande son avis sur l’affaire
du Mur, c’est l’AG qui lui demande son avis à conseiller juridique.

Pour rappel, il faut l’accord des Etats pour que la Cour les juge.


Le problème envisagé ici est celui entre la Cour et les autres organes des Nations Unies,
principalement le CS. Est -ce que le CS est tout puissant ? Ou bien ses pouvoirs sont limités
par la Cour ?
La charte est muette sur les relations entre le CS et la Cour. Ce n’est pas parce que le CS est
saisi, que la Cour ne peut pas être saisie (lockerbie). La CS s’est quand même prononcée sur
le différend entre les parties. Ces deux organes sont à des plans différents. CS (organe
politique) situation qui menace le maintien de la paix tandis que la CIJ contrôle le droit
(organe juridique). Article 33 primauté des règles qui résultent de la Charte.

126
Avis sur la Namibie de 1971 : Il concernait notamment des résolutions du CS.

La Cour déclare qu’elle n’est pas un organe de contrôle judiciaire. Cependant, dans
l’exercice de sa fonction, elle va examiner ce qui a été dit sur ces résolutions :







L’Afrique du Sud disait que la résolution 276/1970 du CS était invalide car il y avait eu une
abstention (vaut comme un veto). Elle défendait une interprétation hyper littérale de la
Convention.
La Cour va se prononcer sur ses arguments. Elle va dire que la résolution est valide. Elle ne
remet pas en cause sa validité mais fait une sorte de contrôle judiciaire. A contrario, elle
aurait pu dire que ça ne l’était pas.
è Elle accepte de se prononcer sur la validité d’une résolution. C’est un précédent
intéressant.

L’idée défendue est que la Cour doit
appliquer le droit international. Si ce sont des
traités, ils doivent être valides.
Si quelqu’un prétend que ce n’est pas le cas,
la Cour se prononce d’abord sur cette
question. Ex : dans l’Affaire Libye-Tchad, la
Lybie a dit qu’elle était faible quand elle a
conclu le traité et qu’il n’est donc pas valide.
La Cour se prononce en décidant que le traité
est valide.

è A partir du moment où elle applique
du DI, cela présuppose que les sources qu’elles envisagent (traités, résolutions, …)
soient valides.
Dans l’avis sur la Namibie, elle va conclure à la validité d’une résolution. Certes, elle va dans
le même sens que le CS cette fois mais elle se prononce bien séparément de celui-ci. Elle
aurait tout à fait pu conclure que l’Afrique du Sud avait raison et se départageait du CS.

127





2. Les palliatifs aux limites des pouvoirs de la Cour

Discussion : C.I.J., Affaire Lockerbie

- Quel est, en l’espèce, l’argument juridique avancé par la Libye à l’appui de ses
prétentions ?
- Quel est, en réponse, l’argument avancé par les États-Unis ?
- Dans quelle mesure ce précédent permet-il d’envisager les compétences du
Conseil de sécurité par rapport aux autres organes de l’ONU ?
- Dans quelle mesure cette affaire vous semble-t-elle illustrer la tension entre
conceptions éthique et politique du droit international ?


Éléments chronologiques qui permettent de comprendre l’ordonnance :
L’affaire Lockerbie (1988-2003)
21 décembre 1988: attentat de Lockerbie
21 janvier 1992: résolution 731 du C.S. 3 mars 1992: la Libye saisit la C.I.J.
31 mars 1992: résolution 748 du C.S. 14 avril 1992: ordonnance de la C.I.J.
27 février 1998: la Cour se reconnaît compétente en joignant au fond la question des
effets de la rés. 748
10 juin 1998: les Etats africains décident de ne plus appliquer la rés. 748
10 septembre 2003: l’affaire est rayée du rôle à la demande des parties

Résolution 731 (1992) - extraits
« 2. Déplore vivement le fait que le Gouvernement libyen n'ait pas répondu effectivement
à ce jour aux demandes ci-dessus de coopérer pleinement pour l'établissement des
responsabilités dans les actes terroristes susmentionnés contre les appareils assurant les
vols 103 de la Pan Am et 772 de l'Union de transports aériens;
3. Demande instamment aux autorités libyennes d'apporter immédiatement une réponse
complète et effective à ces demandes afin de contribuer à l'élimination du terrorisme
international; [...] ».

Résolution 748 (1992) - extraits

128
« Agissant en vertu du Chapitre VII de la Charte,
1. Décide que le Gouvernement libyen doit désormais appliquer sans le moindre délai le
paragraphe 3 de la résolution 731 (1992) concernant les demandes adressées aux autorités
libyennes par les Etats-Unis d'Amérique'', la France' et le Royaume-Uni de Grande-Bretagne
et d'Irlande du Nord: [...] ».

Faits :

Un avion de ligne a subi une explosion à bord et est tombée sur Lockerbie, localité écossaise.
Le CS a demandé aux autorités lybiennes d’accepter d’extrader certains de ces ressortissants
qui étaient accusés d’être les auteurs ou complices de cet attentat.

La Lybie saisit la Cour. Selon elle, les USA et le RU violent le droit international. Elle demande
des mesures conservatoires.

Après les plaidoiries, le CS adopte une deuxième résolution qui n’est plus une demande mais
une décision : elle décide que la Lybie doit extrader ses nationaux.

En 1998, les Etats africains décident de ne plus appliquer la résolution qui prévoyait un
embargo tant que l’extradition n’avait pas lieu. Ils ont décidé de ne plus appliquer une
résolution du CS. Ceux-ci trouvaient que le CS avait été trop loin à Rapports de force : sorte
de désobéissance civile : que peut faire le CS quand tous les Etats africains décident de ne plus
appliquer une résolution ?

Finalement, il va y avoir un accord entre les parties et l’affaire est rayée du rôle en 2003, 11
ans plus tard.

1. L’argument de la Lybie à cet égard ?

La Convention de Montréal est une convention sur les attentats dans les aéronefs. Elle prévoit
que, s’il y a un attentat, un Etat a le choix : soit il juge lui-même les suspects, soit il les extrade.
Selon l’interprétation généralement donnée dans la Convention de Montréal, cela se fait
conformément au droit interne de l’Etat. Donc, s’il n’extrade pas ses nationaux, il les juge lui-
même. La Lybie a dit qu’elle les jugerait elle-même. Elle applique donc la convention. Et les
autres Etats n’ont pas le droit de demander l’extradition. C’est contraire à la Convention de
Montréal.

Elle ajoute que le CS, en adoptant cette résolution, fait un excès de pouvoir : il doit lui aussi
respecter le DI et les conventions, comme tout à chacun. Les pouvoirs d’attribution : on n’a
jamais reconnu au CS le pouvoir de violer des conventions. Au contraire, il est prévu dans la
Charte qu’il doit respecter les conventions internationales.

2. Réponse USA + RU ?
1) Argument institutionnel : pour les USA, la Cour ne peut interférer dans les compétences
du CS. Elle n’a pas à se prononcer sur la validité d’une résolution.

129
2) Sur le fond, de toute façon, il y a ici une contradiction entre une convention et une
résolution. Dans ces cas-là, il faut préférer la résolution car :
- Les résolutions sont obligatoires (art. 25 Charte ONU)
- Art. 103 Charte ONU : en cas de contradiction entre des conventions
internationales et des dispositions de la Charte ou résultant de celles-ci, ces
dernières prévalent. Cela couvre le droit dérivé et donc, les résolutions de l’ONU.

Suite : La Lybie répondait que, pour qu’une résolution prévale sur une convention, il faut
que la résolution soit valide. Or, ce n’est pas le cas. Il y avait tout un débat de fond. Elle ne
contestait pas l’existence de l’art. 103.
Pour les USA, à partir du moment où il y a vote, il faut s’arrêter là. La Cour irait trop loin si
elle vérifiait la légalité de la résolution avec la Charte.
Remarque : Dans l’ordonnance, il y a parfois des questions un peu annexes. La difficulté est
parfois de cibler sur les questions plus importantes. La lecture complète de l’ordonnance
permet d’avoir une vue générale. De plus, c’est difficile de ne faire lire que certains
paragraphes. Donc, ici, la question de recevabilité avec un arbitrage pendant 6 mois
n’influence pas directement les questions.

3. Compétences CS par rapport aux autres organes de l’ONU ?
14 avril 1992 : la Lybie demande des mesures provisoires, dans l’urgence.
Décision de la Cour : paragraphe 44 : « à première vue » car elle se prononce
provisoirement. A première vue, elle semble pencher du côté des USA.
Jusqu’à nouvel ordre, il faut donc respecter cette décision. Elle est présumée conforme au
DI. La Cour ne dit pas qu’elle s’interdira plus tard de vérifier si elles sont conformes. Elle dit
que prima facie, elle ne va pas le faire.

Suite : En 1998, elle se reconnait compétente mais elle réussit à ne pas trancher encore la
question de la validité et l’a reporté plus tard.
Au final, il y a l’accord. Elle n’a donc pas dû se mouiller.
è Cela voudrait dire que le CS a de grands pouvoirs car ces résolutions devraient être
considérées comme valides mais que la Cour ne pourrait pas se prononcer dans les
cas (pas si nombreux) où elle reçoit ce genre de question.

4. Tension entre conception éthique et politique du DI ?
- Conception éthique :
- Conception politique :
(Le prof n’a pas donné de réponse car personne ne répondait)


130
Chapitre 6.- Les personnes privées

Dans ce chapitre sur les droits de la personne, on va retrouver cette tension, propre au droit
international, mais manifestée très intensément dans ce chapitre, entre :
- d’une part les valeurs éthiques, avec l’idée que les mêmes droits doivent être
reconnus à tous. (cfr. Déclaration internationale des droits de l’homme)

- d’autre part l’idéal, l’utopie, car dans la réalité ces aspirations sont soumises au
rapport de force.
è Cf : création de l’Etat l’Israël, avec tout ce que cela implique au niveau des droit
personnels, notamment pour les palestiniens expulsés de leur pays.
Il y a là une opposition entre ces deux aspects du droit international, la tension se
manifeste entre
• l’universalité incarnant le pôle éthique,
• et la relativité incarnant le pôle politique.


« Checkpoint 303 »
« I am going to read you the Universal Declaration of Human Rights […]
« recognition of the inherent dignity and of the equal and inalienable rights of all members
of the human family is the foundation of freedom, justice and peace in the world, […]
« the United Nations have in the Charter reaffirmed their faith in fundamental human
rights, in the dignity and worth of the human person […].
« Now, Therefore the General Assembly proclaims this universal declaration of human
rights as a common standard of achievement for all peoples and all nations ».

« South Park »
https://www.youtube.com/watch?v=c65T90Q3OZ8

On peut remarquer un autre aspect lié à la question de l’interprétation des droits : quand bien
même il y aurait, par exemple, une obligation pour tous les états d’appliquer les mêmes droits
pour tout le monde, quelle serait l’interprétation de ces droits ?

On constate une tension inhérente à l’interprétation d’un droit en fonction d’un individu. Les
solutions peuvent être contradictoires et certains privilégieront l’interprétation d’un tel droit
au profit d’un tel autre et vice versa. Ici en l’occurrence, on parle du droit à la liberté
d’expression et le droit à la non-discrimination. Deux droits, a priori avec la même valeur, on
doit respecter les deux mais on est parfois amené à jouir d’un droit en allant à l’encontre d’un
autre.

131
Ainsi, en fonction des Etats, on va privilégier par tradition un droit à l’autre.

I. Le développement des droits de la personne : portée et limite de
l’universalité
Exemple : Les Anglo-saxons sont plutôt en faveur de la liberté d’expression là où les français
la limite, dans des objectifs de respect de la non-discrimination.


Nous allons donc parcourir les contenus de ces droits, sachant que c’est un domaine étendu,
en analysant quelles interprétations vous pouvez en faire et dans quelle mesure cela peut aller
à l’encontre d’autres droits.
L’individu, la personne, c’est évidemment un homme une femme, mais aussi une personne
physique ou morale. La personne est un sujet de droit international car elle a des droits et
obligations qu’elle peut faire valoir directement et est responsable pour la perpétration de
certains crimes internationaux.

On va se concentrer aujourd’hui sur les droits et la fois prochaine sur les obligations, avec le
concept d’universalité comme filigrane, qui suppose que certains droits sont universels.

Déclaration des droits de l’Homme
















Cf « DECLARATION des droits de l’homme » : on déclare, c'est-à-dire qu’on ne fait qu’exprimer
ce qui existe déjà par essence.
è Ils existent naturellement. C’est l’idéal mais la réalité est nuancée.

On va s’intéresser aux conventions et ensuite la relativité, à travers quelques exercices.







132
A. Le foisonnement d’instruments protecteurs des droits de la personne : une
tendance à l’universalité

1. La « Déclaration universelle des droits de l’homme » (A.G., résolution 217 A (III); 10
décembre 1948)

Cette déclaration présente l’universalité comme un idéal commun à atteindre et non une
résolution obligatoire. Néanmoins, dans la jurisprudence, on va parfois citer cette déclaration
comme du droit coutumier en invoquant que son contenu serait devenu du droit coutumier
car toutes ces règles ont été traduites de manière plus précises dans une série d’instruments.
En 48, c’était un idéal, aujourd’hui certains passages sont matérialisés. Toutes ces règles ont
été traduites de façon précise.
- Les Pactes des NU de 66 sont importants car ils couvrent une large gamme de droits.
- Il y a aussi des Conventions plus spécifiques, mais les Pactes sont quant à eux plus
généraux. D’autres ont une portée régionale (les pays arabes, les USA etc)

« […] L’Assemblée générale proclame la présente Déclaration universelle des droits de


l'homme comme l'idéal commun à atteindre par tous les peuples et toutes les nations afin
que tous les individus et tous les organes de la société, ayant cette Déclaration
constamment à l'esprit, s'efforcent, par l'enseignement et l'éducation, de développer le
respect de ces droits et libertés et d'en assurer, par des mesures progressives d'ordre
national et international, la reconnaissance et l'application universelles et effectives, tant
parmi les populations des Etats Membres eux-mêmes que parmi celles des territoires placés
sous leur juridiction »

2. Les Pactes des Nations Unies sur les droits civils et politiques et sur les droits
économiques, sociaux et culturels (16 décembre 1966)

Les Pactes des NU de 66 sont importants car ils couvrent une large gamme de droits.
Il y a aussi des Conventions plus spécifiques, mais les Pactes sont quant à eux plus généraux.
Bref, on observe un développement des droits de la personne, avec à la base un idéal et puis
quelque chose de beaucoup plus précis.


3. Les autres instruments universels (exemples)
- convention sur le statut de réfugié (1951)
- convention internationale sur toutes les formes de discrimination raciale (1965)
- convention sur toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes (1979)
- convention sur la protection des droits de tous les travailleurs migrants et de leur
famille (1990)
- convention relative aux droits des personnes handicapées (2006)




133
4. Les instruments régionaux

D’un côté, on a l’aspect « Pactes », qui établit les droits, mais l’étape suivante est l’aspect
« Conventions ». Ce sont des Conventions régionales, qui permettent un support pour assurer
l’application de ces droits.

- convention européenne des droits de l’homme (1950)
- convention interaméricaine des droits de l’homme (1969)
- charte africaine des droits de l’homme et des peuples (1981)
- charte arabe des droits de l’homme (2004)

B. La multiplication des droits garantis

ð On a une impression du développement des droits de la personne. On constate une
évolution vers l’idéal.

1. La « première génération » : les droits civils et politiques
Les droits civils et politiques arrivent en premier (droit du citoyen, liberté d’expression)
Historiquement, les premiers étaient des obligations des Etats de ne pas commettre d’actes
à obligations négatives.

2. La « deuxième génération » : les droits économiques, sociaux et culturels

Mais aussi économiques et socioculturels (droit à avoir une vie décente, droit à la santé).
Les deuxièmes étaient quant à eux des obligations des Etats de prendre des mesures à
obligations positives.

ð Cette différence s’est atténuée : on considère actuellement aussi pour les droits civils
et politiques que l’Etat a l’obligations de prendre des mesures.

3. La « troisième génération » : les droits collectifs

On parle aussi d’une troisième génération (les droits à l’environnement, les droits collectifs,
etc.), qui est plus récente et consiste aussi en des obligations de l’Etat de prendre des mesures.
Ils sont moins précis et très sujets à interprétation.


4. Les droits de la personne en temps de conflit armé

Avant, il y avait distinction entre le « droit en temps de guerre » et le « droit en temps de
paix ». Aujourd’hui, cela est limité. Les obligations applicables en temps de paix doivent être
prépondérantes même en temps de guerre, même si en temps de guerre, les Etats
invoqueront plus souvent l’outil de dérogation. On est donc encore une fois face à un progrès :
on a l’impression à ce stade que les choses vont mieux à on protège plus le droit de la
personne.

134
Question : S’il y a des SDF dans un pays, est ce que le pays viole le Pacte ? (droit à une vie
décente etc.)
Non, pour montrer que le pays viole le Pacte il faut montrer que le Pays ne prend aucune
mesure pour empêcher ça à Obligation de moyen.


C. La relativité des droits garantis

EXAMEN - Lors des casus, il faut faire attention à ces aspects de relativité :
- Ce n’est pas parce qu’il existe un traité qu’il suffit de statuer « « c’est écrit dans le
traité, cela s’applique » à les traités ne sont jamais que des contrats entre différentes
parties (Etats) et il convient de vérifier si tel Etat est bien une partie de tel traité.
- Il existe des dérogations : même si un Etat est partie à un traité, il peut y avoir des
dérogations
- L’interprétation : jusqu’où va la liberté d’expression ?
è Nuance technique : un Etat est partie d’un traité, en deux temps : signature puis
ratification. S’il a signé mais pas ratifié, il n’est pas partie.


1. La relativité du champ d’application des traités existants

On n’a pas encore vu le droit des Traités, mais il faut prendre en compte le droit de réserve
des Etats. Sur les cartes, c’est en vert (Etats qui ont ratifié des traités et les appliquent) que
tout est parfait. A travers leur droit de réserve, ils peuvent accepter un traité SAUF telle ou
telle disposition. Ici vous avez le nombre de réserves sur les différentes Conventions et mine
de rien le nombre de réserves est important à preuve de la relativité.

è Pour chaque Etat, il faut vérifier s’il est partie mais aussi s’il n’a pas émis de réserve.
A l’exam, les réserves seront dans l’énoncé. Si pas de précision, hypothèse qu’il y en
n’a pas.
Une fois tous ces points vérifiés, on peut appliquer les dispositions des Conventions, mais il
faudra tenir compte des dérogations et des restrictions.













135
Le Pacte des NU sur les Droits civils et politiques


Le Pacte sur les droits civils et politiques est quasi universel. Par contre, la Chine a uniquement
signé et non ratifié le Pacte. Ainsi, elle n’est pas liée par le Pacte car elle n’en est pas partie.
La Chine est toutefois partie au Pacte sur les droits économiques et sociaux.
Les États dit socialistes étaient surtout partisans aux droits économiques et sociaux. Il s’agit
d’obligations de moyen ; les effets sont limités.

le Pacte des Nations Unies sur les droits économiques, sociaux et culturels (1966)



Exemple de la CEDEF

136


L’exemple de la convention internationale sur la protection des droits des travailleurs
migrants et de leurs familles (1990)


Droits des travailleurs migrants et leurs familles : universalité loin d’être atteinte. Beaucoup
d’Etats n’ont ni signé, ni ratifié. Cfr : graphe.









137
Vue d’ensemble


Le but est que l’État soit partie au plus grand nombre de traités mais on fait face à une grande
relativité en ce qui concerne la ratification des traités selon l’État concerné.
Encore faut-il voir si les droits consacrés dans les traités sont respectés.

Le cas des conventions régionales












Les conventions régionales concernent un certain nombre de pays. Par contre, il n’y a pas de
conventions régionales en Asie et en Océanie.








138
2. La relativité dans l’énoncé des droits : restrictions et dérogations

La CEDH est la Convention du Conseil de l’Europe. Seule la Biélorussie n’en fait pas partie.
Même au sein des zones dans lesquelles on a des conventions régionales, tout n’est pas tout
rose. Il est possible pour un État de formuler une réserve et donc dire qu’une partie d’un traité
ne lui sera pas applicable. Parfois, se pose la question de la validité des réserves.
Les États formulent de plus en plus de réserves. Ainsi, il y a relativité car même les États parties
aux traités peuvent dans certains cas émettre des réserves. Ainsi pour chaque État, il faut
vérifier s’il est partie au traité et si oui, s’il a formulé des réserves.

C.E.D.H. - Article 10 - Liberté d'expression
« 1 Toute personne a droit à la liberté d'expression. Ce droit comprend la liberté d'opinion
et la liberté de recevoir ou de communiquer des informations ou des idées sans qu'il puisse
y avoir ingérence d'autorités publiques et sans considération de frontière. Le présent
article n'empêche pas les Etats de soumettre les entreprises de radiodiffusion, de cinéma
ou de télévision à un régime d'autorisations. 2 L'exercice de ces libertés comportant des
devoirs et des responsabilités peut être soumis à certaines formalités, conditions,
restrictions ou sanctions prévues par la loi, qui constituent des mesures nécessaires, dans
une société démocratique, à la sécurité nationale, à l'intégrité territoriale ou à la sûreté
publique, à la défense de l'ordre et à la prévention du crime, à la protection de la santé ou
de la morale, à la protection de la réputation ou des droits d'autrui, pour empêcher la
divulgation d'informations confidentielles ou pour garantir l'autorité et l'impartialité du
pouvoir judiciaire ».

C.E.D.H., Article 15 - Dérogation en cas d'état d’urgence
« 1 En cas de guerre ou en cas d'autre danger public menaçant la vie de la nation, toute
Haute Partie contractante peut prendre des mesures dérogeant aux obligations prévues
par la présente Convention, dans la stricte mesure où la situation l'exige et à la condition
que ces mesures ne soient pas en contradiction avec les autres obligations découlant du
droit international. 2 La disposition précédente n'autorise aucune dérogation à l'article 2,
sauf pour le cas de décès résultant d'actes licites de guerre, et aux articles 3, 4 (paragraphe
1) et 7. 3 Toute Haute Partie contractante qui exerce ce droit de dérogation tient le
Secrétaire Général du Conseil de l'Europe pleinement informé des mesures prises et des
motifs qui les ont inspirées. Elle doit également informer le Secrétaire Général du Conseil
de l'Europe de la date à laquelle ces mesures ont cessé d'être en vigueur et les dispositions
de la Convention reçoivent de nouveau pleine application ».

Exemple des restrictions : les paragraphes 2 des dispositions de la Convention des droits de
l’homme. Exemple avec la liberté d’expression, on voit qu’il y a des restrictions si deux
conditions sont remplies :
• Cela doit être prévu dans la loi
• La restriction doit être nécessaire, pour la réalisation d’un objectif démocratique
Voilà pourquoi certaines lois incriminent les propos racistes : cela est valable et
respecte la Convention.

139
Cf : si le Ku Kux Klan se balade avec leur déguisement de fantôme et crie « White Power », est-
ce que cela suffit pour les incriminer ? Cela est sujet à interprétation…

Les dérogations sont opposées aux restrictions :
- Les restrictions sont applicables tout le temps
- Les dérogations sont applicables en état d’urgence et ne peuvent pas valoir pour tous
les droits. Il appartient à chaque État de déterminer quand il est en état d’urgence.
Dans ce cas, il est possible de prendre des mesures dérogatoires à la convention, dans
la stricte mesure où la situation l’exige.Les dérogations ne peuvent valoir pour tous les
droits (pas pour les art. 3 et 4). L’État préserve au nom de sa sécurité nationale cette
possibilité.

• Exemple de DEROGATION POSSIBLE : liberté d’expression. Affiche italienne, qui


dit « l’Italie a besoin d’enfants, pas de mariages gays ni de migrants ». C’est une
affiche de l’extrême droite italienne. Y a-t-il violation de l’article 10 si l’Italie interdit
cette affiche ?

Non, a priori, car on stipule bien que la liberté d’expression ne peut nuire à la liberté d’autrui.
Maintenant, quid si l’Italie n’interdit pas cette affiche ? Interprétation possible : le but de cette
affiche est de promouvoir le fait de faire des enfants, et non de discriminer autrui.La
Convention n’adresse d’obligations qu’aux États et non aux individus. Ici, ce n’est pas un État
qui a fait l’affiche. Il n’est donc pas responsable d’une violation pour avoir fait quelque chose
mais il ne suffirait pas à l’État d’affirmer que l’affiche n’est pas faite par lui car il lui appartient
de prendre des mesures pour faire en sorte que la Convention soit respectée. Il ressort de la
jurisprudence de la CEDH que les opinions qui heurtent, choquent ou inquiètent peuvent être
condamnées.

• Exemple de DEROGATION IMPOSSIBLE : le droit à la vie. Malgré l’absence de


restriction, l’interprétation va être cruciale. Le droit à la vie, ce n’est pas le droit à
ne pas mourir, c’est le droit de ne pas être tué de façon arbitraire : peine de mort,
situations de guerre où la mort peut arriver sans être arbitraire, la légitime défense.

Affaire Semira Adamu : réfugiée Nigériane de 20 ans qui avait été expulsée par la gendarmerie,
des gendarmes ont utilisé des coussins pour la faire taire dans l’avion et elle est morte
étouffée. A l’époque, le ministre de l’Intérieur belge a démissionné et les gendarmes ont été
poursuivis et condamnés avec sursis pour mort sans intention de la donner.
Y a-t-il violation du droit à la vie ? Les tribunaux ont statué et dit qu’il manquait le caractère
volontaire de donner la mort. Les actes avaient été accomplis par des agents de l’État. L’État
serait responsable pour avoir laissé se développer et que de telles pratiques soient utilisées.
Toutefois, il faut une intention de tuer pour violer ce droit. Cela dit, si cette pratique s’était
poursuivie et qu’il y avait eu d’autres décès, on aurait pu dire que l’État belge était responsable
pour ne pas avoir protégé le droit à la vie de ses habitants. C’est une illustration de
l’application horizontale des Conventions qui ne s’appliquent pas directement entre individus
mais pour lesquelles l’État doit faire en sorte qu’elle soit applicable entre individus et peut
être tenu responsable pour violation du droit à la vie s’il ne prend pas de normes ou s’il ne fait

140
pas suite aux actes commis. L’État est responsable via tous ses organes. Il est responsable de
ce qu’il se passe sur son territoire mais il doit garantir les droits sur celui-ci.

3. La relativité dans l’interprétation des droits
Pacte droits civils et politiques, Article 6

1. Le droit à la vie est inhérent à la personne humaine. Ce droit doit être protégé par la loi.
Nul ne peut être arbitrairement privé de la vie. 2. Dans les pays où la peine de mort n'a pas
été abolie, une sentence de mort ne peut être prononcée que pour les crimes les plus
graves, conformément à la législation en vigueur au moment où le crime a été commis et
qui ne doit pas être en contradiction avec les dispositions du présent Pacte ni avec la
Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide. Cette peine ne peut
être appliquée qu'en vertu d'un jugement définitif rendu par un tribunal compétent.

Exemple : président des Philippines qui dit qu’on peut tuer les dealers. Si quelqu’un tue un
dealer, ce n’est bien entendu pas une violation du Pacte (puisque pour rappel il ne faut pas
confondre individu et forme étatique), mais si en revanche l’Etat ne fait rien pour empêcher
cette atteinte arbitraire à autrui, il y a violation. Et là c’est effectivement le cas.La peine de
mort est nuancée par un Protocole, c’est-à-dire une Convention supplémentaire qui limite la
peine de mort. L’interdiction de la peine de mort en droit international dépend de chaque
Etat. Dans beaucoup d’Etats, la peine de mort n’est pas interdite. Cf : aux USA, certains Etats
ont aboli la peine mais au niveau de leur juridiction.

C.E.D.H., Art. 2.

« 1 Le droit de toute personne à la vie est protégé par la loi. La mort ne peut être infligée à
quiconque intentionnellement, sauf en exécution d'une sentence capitale prononcée par
un tribunal au cas où le délit est puni de cette peine par la loi. 2 La mort n'est pas considérée
comme infligée en violation de cet article dans les cas où elle résulterait d'un recours à la
force rendu absolument nécessaire : a pour assurer la défense de toute personne contre la
violence illégale ; b pour effectuer une arrestation régulière ou pour empêcher l'évasion
d'une personne régulièrement détenue; c pour réprimer, conformément à la loi, une
émeute ou une insurrection »


II. Les mécanismes de mise en œuvre : au-delà de l’Etat?

A. La protection traditionnelle : le rôle de l’Etat



1. L’Etat détenteur d’une juridiction

C.E.D.H. - Article 1 –
Obligation de respecter les droits de l'homme « Les Hautes Parties contractantes
reconnaissent à toute personne relevant de leur juridiction les droits et libertés définis au
titre I de la présente Convention »

141
Chaque Etat doit faire respect les droits de la personne sur son territoire, envers toute
personne qui est sous son pouvoir.

Cf exemple dans la jurisprudence de la CEDH:

- une personne dans une ambassade de Belgique aux USA est sous la juridiction de la
Belgique. Une personne se trouvant dans une ambassade est sous la juridiction du pays
de l’ambassade, c’est une extension de la territorialité. Les États ont la responsabilité
de ce qu’il se passe dans leurs ambassades et navires. Il doivent y faire respecter les
droits de la personne.

- une personne dans un consulat d’Arabie Saoudite situé en Turquie, elle est sous la
juridiction de l’Arabie saoudite et celle-ci est responsable de cette personne.

• L’affaire M. c. Danemark (1992): ambassade à l’étranger



• L’affaire Loizidou (1995): occupation d’un territoire étranger
è /!\ il y a des conséquence à l’occupation d’un pays par un autre : cas du Chypre Nord,
sous occupation de la Turquie, on peut considérer que c‘est la responsabilité de la
Turquie

• L’affaire « Carlos » (1996): arrestation à l’étranger


Un braqueur colombien, Carlos, s’est fait arrêter au Soudan par les troupes françaises. Il était
donc sous la juridiction française et bénéficiait donc de son droit à ne pas être torturer. Cette
affaire illustre le respect de la CEDH même dans un État étranger par un État qui y est partie.
L’extraterritorialité de la Convention permet de faire appliquer la Convention au-delà des
limites des États dans certaines situations.

• L’affaire Bankovic (2001): bombardement à l’étranger?
L’affaire Bankovic a montré les limites de cet aspect. Il y avait eu des bombardements par
l’OTAN en ex-Yougoslavie. Selon certaines organisations, il s’agissait d’un crime de guerre, car
ils ont tué de nombreux civils. Certains civils ont voulu poursuivre l’OTAN, disant qu’elle
n’avait pas respecté le droit à la vie et qu’en occupant par voie aérienne le territoire, la
situation passait sous la juridiction des pays de l’OTAN. La Cour a considéré que non, en disant
que bombarder un pays ce n’était pas l’occuper et n’a pas cherché plus loin. La Cour a estimé
que le lien était trop tenu. Elle a considéré que l’on ne pouvait considérer que les civils étaient
sous la juridiction des États qui ont commis les bombardements. La requête a été déclarée
irrecevable et le fond n’a pas été analysé. Cette incohérence peut suggérer qu’on encourage
à bombarder.
A l’examen attention à ces nuances à raisonnement de recherche à l’examen, le prof se
fiche de la réelle réponse. Il convient de voir si les faits ont été commis sous la juridiction
(ambassade, situation d’occupation, arrestation) d’un État partie à la Convention. Par contre,
si la Convention ne s’applique pas, cela ne signifie pas que les faits commis sont conformes au
droit international. Ils pourraient être déclarés non conformes à un autre traité.

142
Exemple des bombardements turques des positions kurdes en Iraq : La Turquie les bombarde,
prétextant que ce sont des terroristes. Y-a-t-il une application de la Convention de la CHDH ?
1) Il faut s’assurer que la Turquie est bien partie de cette Convention. C’est le cas en sa
qualité de membre du Conseil de l’Europe.
2) Ensuite, il faut analyser si elle a fait des réserves. Dans le cas présent, il s’agit du droit
à la vie donc il n’y a pas de dérogation ou de réserve possibles.
3) Il faut évaluer si cela relève de la juridiction Turque. Nous sommes en Irak, ce n’est pas
le cas. De plus, l’Irak n’a pas donné son autorisation et s’est plaint pour entrave à sa
souveraineté.

Elèves : lien avec l’affaire Bankovic et Carlos.
è Plus de lien avec Bankovic, mais aucune réponse n’est mauvaise tant qu’on
se pose les bonnes questions
Le lien avec l’affaire Bankovic est clair, puisqu’il s’agit d’un bombardement, mais on
retient le caractère ciblé de l’affaire Carlos puisqu’il s’agissait de s’en prendre à une
personne en particulier. Ici, la Turquie vise un groupe de personnes précis, là où dans
l’affaire Bankovic, le bombardement visait l’Etat Yougoslave.
Nuance : des minorités ont également été visées dans le sud-est de la Turquie, donc
pour cette partie de l’action, on est bien dans le cadre de la Convention. Pour l’Irak,
c’est beaucoup plus discutable.
è Montrer qu’on a compris les questions à se poser
è Le mot juridiction doit faire partie du raisonnement

4) Ensuite, on peut observer s’il y a violation ou non.
Par exemple, est-ce que l’atteinte à ces vies était réellement nécessaire ? Toutes les
réponses sont possibles, ce qui est cohérent avec la multiplicité des interprétations
possibles. Il faut simplement savoir motiver sa réponse.


















143
2 nationaux britanniques ont été tués en Syrie à la suite d’une enquête.
Ici, il y a quelque chose de plus spécifique qui permettrait de considérer que cela soit exercé
sous la juridiction du Royaume-Uni.















2. Le rôle de l’Etat national : la protection diplomatique

C’est toujours dans l’idée que l’Etat défend ses propres droits. La population est un élément
de l’Etat, donc quand des nationaux sont victimes d’exactions à l’étranger, sous la condition
que l’individu ait essayé toutes les voies possibles du pays étranger pour régler son litige, l’Etat
belge pourra agir. C’est une compétence discrétionnaire.
! Attention ! Ce n’est pas l’individu qui a recours à la protection diplomatique mais bien l’Etat.
L’individu peut se plaindre auprès de son Etat mais c’est ce dernier qui choisira d’exercer ou
non la pression diplomatique. Ce n’est pas un droit de l’individu.

è cela met en exergue les limites de l’universalité : bien souvent le recours à le protection
diplomatique sera motivé par des raisons politiques, à savoir les relations entre les
deux pays.

- historique et sources:

Coutume, projet de la C.D.I. (2006) et jurisprudence

- caractère discrétionnaire - conditions - étendue

3. Le rôle exceptionnel des autres Etats

- apatrides (résidence)
- réfugiés
- prévu conventionnellement (CEDH ou Protocole I au Pacte)
- obligations erga omnes

144
B. Les organisations internationales: la protection institutionnelle et les recours
individuels

La protection peut également se faire via des organisations internationales ou par des organes
créés par les organisations.

1. Les compétences d’impulsion et de supervision

- La protection « fonctionnelle »
- Les organes de l’ONU
- Les organes créés en vertu d’instruments internationaux

2. Les mécanismes de recours individuels

Cela peut se faire via des organisations auprès desquelles les individus peuvent se tourner.
- Le Protocole sur les droits civils et politiques

Il prévoit que le comité des droits de l’homme (≠ conseil des droits de l’homme, qui est un
organe subsidiaire veillant de manière générale au respect des droits, en demandant des
rapports aux pays) est compétent pour examiner des requêtes individuelles. Celles-ci lui
permettront aussi d’aller vers un Etat pour lui faire part du problème. Il n’y a pas
d’universalité, car certains Etats n’acceptent pas la compétence du comité (cf USA)

Cas du Niqab en France

La France, quant à elle, accepte sa compétence. Le 22 octobre 2018, le comité a rendu une
décision sur le port du Niqab, interdit en France ( pour des raisons de sécurité et de « vivre-
ensemble »). Il y a différents droits qui coexistent dans ce cas, à savoir les droits de la femme,
de la liberté religieuse, de la liberté d’expression. Le comité a décidé que cette interdiction est
contraire au Pacte, notamment en disant que l’argument de sécurité n’est pas recevable (on
peut toujours demander à la personne de se découvrir et il existe plein de situations comme
le carnaval ou tout le monde est masqué). Par ailleurs, il constate qu’il y a une exception en
France pour le Carnaval. Le Comité estime que la mesure est disproportionnée. La France n’a
pas suffisamment expliqué pourquoi la mesure est nécessaire et proportionnée.

Deux remarques par rapport à cette décision du Comité :


1. Relativité de l’interprétation : c’est le comité qui décide et argumente.
2. La France n’est pas condamnée par une décision de justice, par une juridiction (pas
de D&I auprès des plaignants). Le comité n’est pas assimilable à la Cour EDH. Il fait
un constat de violation et invite la France à réagir, en respect du Protocole. C’est
différent d’une Cour stricto sensu.

Il y a d’ailleurs parfois des discordances entre les positions du comité et de la Cour EDH. Sur le
Niqab par exemple, en 2014, celle-ci avait statué que, dans la mesure où certains Etats
l’interdisent et d’autres pas, on ne peut pas dire si oui ou non il faut qu’il soit interdit pour le
bien-être démocratique. Il n’y a pas de consensus entre les Etats selon la Cour EDH. C’est un

145
autre bel exemple de la relativité. Ici, il y a une marge d’appréciation des États (=politique)
contrairement à ce qu’a décidé le Comité qui semblait dire qu’il s’agit de quelque chose
d’universel qui doit être respecté par tout le monde (= éthique). On appelle parfois cela la
fragmentation du droit international.



Ici, la décision de la Cour EDH de 2014.

146
- 2. Echelle régionale: C.E.D.H., C.I.D.H., C.A.D.H.P.




III. Le développement des obligations pour les individus : un droit de la
« communauté internationale »?

MÉDINE. NOUR, ENFANT DU DESTIN (2017)

« De toute façon y'a rien pour mon peuple dans les coins alentours Musulmane, je trouverai
mon bonheur vers Kuala Lumpur Le Myanmar a mis à mal toute mon ethnie Il faut naître
bouddhiste ici en gros si tu veux être libre… Secte de prêtres bouddhistes au service d'un
Etat raciste Et d'une police complice qui extermine son peuple à la racine … Petite Nour fût
inhumée, son peuple épuré, entassé dans des charniers Enfant du destin, enfant de la
guerre Rohingyas, Ouïgours, Sri Lankai, Tibétains, Karen Et tous les peuples opprimés »
L’individu n’est pas seulement pourvu de droits, mais aussi d’obligations. Cette chanson fait
état de la réalité des Rohingyas au Myanmar, où il est question de savoir si des crimes
internationaux ont été commis. On a dans cette chanson la dénonciation d’une oppression.
On retrouve à nouveau la tension entre éthique (ces crimes doivent être condamnés) et
politique (aucune mesure n’est effectivement prise) ainsi que la question de l’interprétation.
Si tout le monde semble s’accorder sur le fait que les crimes contre l’humanité doivent être
punis, encore faut-il s’entendre sur la définition d’un crime contre l’Humanité. En effet, outre
cette tension entre les deux pôles, on retrouve une tension entre le droit tel qu’exprimé et le
droit tel qu’interprété.

CRIMES DE GUERRE (PETER WEBBER, 2012)
Ce film reflète une dimension très géopolitique car il relate le début de la Guerre Froide.
L’empereur du Japon qui n’a pas été condamné pour les crimes commis pendant la guerre. Le
film traite de l’opportunité ou non de le poursuivre. Les USA qui occupent le Japon après la
guerre ne veulent pas déstabiliser le pays. On critique dans cette extrait l’aspect « justice de
guerre = justice de vainqueur » puisqu’en effet seuls ceux qui la perdent sont jugés par ceux
qui l’ont gagnée.

147
Ainsi, l’utilisation de l’arme nucléaire ayant causé de nombreuses victimes (Hiroshima et
Nagasaki) par les USA, pour laquelle on peut se demander s’il y a des crimes de guerre, n’a pas
été jugée.

On a tout de même après la guerre un développement du Droit international. D’un autre côté,
la relativité subsiste dans l’interprétation de ces crimes et dans leur mise en œuvre.
Il y a donc une tension entre une approche selon laquelle il faut avancer et développer le droit
international pour tenter d’avoir une communauté internationale dans laquelle tout le monde
serait concerné et réuni derrière des valeurs universelles (argumentaire des vainqueurs) et
une approche qui ne voit pas de communauté internationale mais uniquement des grandes
puissances. Cela ne servirait alors à rien d’avancer.

A. Le développement du droit international pénal : un droit communautariste ?

1. La multiplication des sources et des incriminations

Il y avait déjà certaines sources avant WWII, notamment via le développement des
Conventions, du droit de la guerre, du droit humanitaire, de la Croix Rouge. Cela a donc
développé des règles à appliquer pendant les guerres internationales ou nationales (civiles).

Plus récemment, avec le Statut de Rome, qui crée la CPI, nous sommes vraiment dans la mise
en œuvre de la répression, où on retrouve l’idée d’une juridiction supposée rendre des
jugements pour tous les crimes internationaux et plus seulement dans des conditions
particulières.

Les crimes internationaux ne sont pas simplement les crimes contre l’Humanité, de Guerre ou
les génocides, c’est aussi d’autres types de crimes tels que le faux-monnayage ou la piraterie,
la prise d’otages, etc., traités dans différentes Conventions.

L’idée principale de ces Conventions est que les Etats coopèrent pour la répression de ces
crimes,
• en introduisant ces incriminations dans leur droit interne d’une part
• et d’autre part en introduisant de moyens de poursuivre les criminels via le droit
international.

148
EXAMEN : Les juridictions pénales internationales ne vont juger que les individus et pas les
Etats, c’est important. La notion de peine appliquée aux États n’a pas été admise, reconnue.
On Ici ce sont donc les individus qui seront jugés.
Les individus sont jugés devant des juridictions pénales internationales, comme la CPI.
Pour les Etats, ce sont d’autres types de juridictions, comme la Cour EDH. On peut avoir
une situation où un individu commet un génocide, auquel cas il sera jugé en tant
qu’homme. L’Etat ne pourra quant à lui pas être poursuivi pour génocide mais
éventuellement pour ne pas avoir mis en place les moyens d’empêcher ledit génocide. Pour
un même acte, les individus peuvent être poursuivis et l’Etat aussi mais pas devant la même
juridiction.


- les conventions de La Haye de 1899 et de 1907 sur les lois et coutumes de la guerre
- les quatre conventions de Genève de 1949
- les deux protocoles de Genève de 1977 - le Statut de Rome (1998)
-convention internationale pour la répression du faux monnayage (1929)
-la convention sur la prévention et la répression du crime de génocide (1948)
-convention relative aux infractions et à certains autres actes survenant à bord des aéronefs
(1963)
-convention internationale contre la prise d’otages (1979)
-convention internationale pour la répression du financement du terrorisme (1999)

2. Les crimes emblématiques d’un droit communautariste

- Le crime de génocide: actes dans « l'intention de détruire, ou tout ou en partie, un groupe


national, ethnique, racial ou religieux, comme tel » (Statut CPI, art.6)

- Les crimes contre l’humanité: « actes « commis dans le cadre d’une attaque généralisée
ou systématique lancée contre toute population civile et en connaissance de cette attaque
» (Statut CPI, art. 7)

- Les crimes de guerre: les « infractions graves aux Conventions de Genève du 12 août 1949,
et autres violations graves des lois et coutumes de la guerre applicables aux conflits
internationaux et noninternationaux » (Statut CPI, art. 8)

- Le crime d’agression: la « planification, la préparation, le lancement ou l’exécution par


une personne effectivement en mesure de contrôler ou de diriger l’action politique ou
militaire d’un État, d’un acte d’agression qui, par sa nature, sa gravité et son ampleur,
constitue une violation manifeste de la Charte des Nations Unies » (Statut CPI, art. 8bis)

Un crime de guerre nécessite une guerre.




149
Exemples :
- Si un escadron de l’armée tire au hasard dans une foule, ce sera un crime de guerre.
- Si l’attaque en revanche est répétée ou de plus grande ampleur, en visant par exemple
la population de façon générale, il y a une dimension presque politique = crime contre
l’Humanité. Cela peut également arriver en temps de paix.

Le génocide, c’est l’intention de détruire un groupe racial, ethnique ou religieux. Il faut que le
groupe soit visé juste au nom de son appartenance et pas en tant que rebelles ou opposants.
Cela amène de nombreuses interprétations car les auteurs de génocides clament à tout va
qu’ils ne visaient pas une minorité ethnique par exemple mais un groupe d’opposants au
gouvernent.

Exemple : génocide arménien : pas été reconnu comme tel car les turques ont simplement
dit : « nous étions en guerre, les arméniens s’étaient alliés aux russes, nous avons donc décidé
de les viser par pure stratégie de guerre. »

Remarque : le droit français ne reconnait pas la notion de race. Peut-il y avoir génocide s’il n’y
a pas de race, le concept de race étant en lui-même une perception idéologique ? C’est toute
la question de la relativité. Imaginons des avocats de la France qui utilisent cet argument en
cas de plainte pour génocide. En principe, les instances internationales ne vont pas juger cet
argument recevable. De la même façon que la France continue de poursuivre les gens pour
crimes racistes malgré la neutralisation du terme race. L’incrimination de génocide est
considérée comme coutumière.


B. La relativité du droit pénal international

1. La relativité du champ d’application des traités existants


Lors de l’examen, après avoir analysé les potentielles Conventions applicables, n’oubliez pas
qu’il existe aussi de la coutume. Par exemple l’Indonésie ou le Niger n’ont pas signé la

150
Convention sur les génocides, ce qui n’empêche pas que le crime existe, en droit coutumier,
même si la Cour Internationale ne pourrait pas être compétence.
D’ailleurs, ce n’est pas parce qu’un pays a signé cette convention que la Cour sera compétente
à coup sûr. Il ne faut pas oublier de regarder les réserves, comme les USA le font pour
restreindre la compétence de la Cour.
La Convention sur la torture et les traitements dégradants. Ici encore la question de
l’universalité, même si l’Inde ne l’a pas signée, et de la relativité, puisque de nombreuses
réserves peuvent être émises.


Convention internationale sur l'élimination et la répression du crime d’apartheid (1973 - 109
Etats parties)
C’est l’expression d’une valeur universelle à protéger mais elle est relative car de nombreux
États ne l’ont pas ratifiée.

Conventions de Genève et protocoles additionnels
Ce corps de règle, plus réduit, s’applique aux États qui ont ratifié que certaines parties des
Conventions de Genève, sans préjudice de la coutume.

Convention contre la torture et autres peines ou traitements dégradants (1984)

W. L’IMPROBABLE PRÉSIDENT (OLIVER STONE, 2008)
George Bush prétend être contre la torture mais insiste sur le fait de s’entendre encore sur la
définition de torture. Dans le cadre des interrogatoires post-11 septembre, les USA avaient
établi des « techniques d’interrogatoires » à mettre en avant, réfutant l’idée de torture. Ainsi,
par exemple s’il y a un danger imminent, ils pourront aller jusqu’à la torture car celle-ci serait
bénéficiaire au plus grand nombre.

151
Il existe donc ce qu’on appelle des « mémo-tortures » = documents qui tentaient de définir
les limites entre traitements dégradants et torture.
Exemple : pour parler de torture,
- Au niveau physique, il faut quelque chose de comparable à une amputation
- Au niveau de la souffrance mentale, on parle de mois ou d’années de traitement pour
parler de torture.
Bien entendu, même si on dit que ce n’est pas de la torture, cela peut être un crime. C’est du
droit pénal international et la torture, comme le génocide, font parties des plus graves. Les
Etats feront donc au maximum pour échapper à ces qualifications.

2. La relativité de l’interprétation des incriminations

L’exemple de la « torture»

Convention contre la torture ou traitements cruels, inhumains ou dégradants Article


premier 1. Aux fins de la présente Convention, le terme "torture" désigne tout acte par
lequel une douleur ou des souffrances aiguës, physiques ou mentales, sont
intentionnellement infligées à une personne aux fins notamment d'obtenir d'elle ou d'une
tierce personne des renseignements ou des aveux, de la punir d'un acte qu'elle ou une
tierce personne a commis ou est soupçonnée d'avoir commis, de l'intimider ou de faire
pression sur elle ou d'intimider ou de faire pression sur une tierce personne, ou pour tout
autre motif fondé sur une forme de discrimination quelle qu'elle soit, lorsqu'une telle
douleur ou de telles souffrances sont infligées par un agent de la fonction publique ou toute
autre personne agissant à titre officiel ou à son instigation ou avec son consentement
exprès ou tacite. Ce terme ne s'étend pas à la douleur ou aux souffrances résultant
uniquement de sanctions légitimes, inhérentes à ces sanctions ou occasionnées par elles.
On parle de douleur ou de souffrance aigue. Le terme aigu est sujet à une multitude
d’interprétations.

En l’espèce, la relativité est double : intellectuelle et politique.


152


Affaire Selmouni contre France :
La France avait persécuté pendant 72 heures un dealer, menacé par un chalumeau, uriné
dessus etc. Cela ne correspond pas à la définition de la torture telle que dans les mémos
américains, alors que la Cour Internationale a condamné la France, considérant bien cela
comme de la torture. La relativité est donc, une énième fois, omniprésente.

- La relativité du champ d’application des articles des traités existants: le cas des réserves et
des déclarations

Convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants
(1984) Déclaration des Etats-Unis (1994):


// réserves des USA, on voit que des termes sont particulièrement ajoutés, à savoir qu’il faut
y avoir la volonté d’infliger la douleur physique, qu’il y ait des blessures chroniques, etc., ce
qui montre très bien le nombre de limitations au champ d’application du droit international.
Selon les États, le champ d’application de la Convention s’en trouve réduit.

153
L’exemple du « génocide »

Article 2 de la Convention sur la prévention et la répression du crime de génocide (1948)
« Dans la présente Convention, le génocide s'entend de l'un quelconque des actes ci-après,
commis dans l'intention de détruire, ou tout ou en partie, un groupe national, ethnique,
racial ou religieux, comme tel : a) Meurtre de membres du groupe; b) Atteinte grave à
l'intégrité physique ou mentale de membres du groupe; […] ».

- Assemblée générale de l’ONU : « …l’ignoble politique de “nettoyage ethnique”, qui est
une forme de génocide… » (Rés. 47/121 du 18 décembre 1992)

- C.I.J., Affaire de l’Application de la Convention sur le génocide, Recueil 2007, pp. 122-123, §
190

. « Il serait utile à ce stade de se pencher sur la portée juridique que peut revêtir
l’expression «nettoyage ethnique». […] De telles mesures ne sauraient constituer une
forme de génocide au sens de la Convention que si elles correspondent à l’une des
catégories d’actes prohibés par l’article II de la Convention ou relèvent de l’une de ces
catégories. Ni l’intention, sous forme d’une politique visant à rendre une zone
«ethniquement homogène», ni les opérations qui pourraient être menées pour mettre en
œuvre pareille politique ne peuvent, en tant que telles, être désignées par le terme de
génocide: l’intention qui caractérise le génocide vise à «détruire, en tout ou en partie» un
groupe particulier; la déportation ou le déplacement de membres appartenant à un
groupe, même par la force, n’équivaut pas nécessairement à la destruction dudit groupe,
et une telle destruction ne résulte pas non plus automatiquement du déplacement forcé
».
La définition de génocide est unanimement établie. Néanmoins, l’interprétation dépend,
même entre deux organes principaux des NU.

- l’AG trouve que les actes de nettoyage ethnique par les forces Serbes en Bosnie étaient
une forme de génocide puisque les groupes musulmans étaient particulièrement visés.
- Du côté de la Cour Internationale de Justice et du TPI, le génocide n’est pas établi car
la volonté de l’action était de faire fuir les groupes et non de les éliminer. Le groupe
était visé mais pas COMME TEL. On n’a pas éliminé les musulmans parce que ce sont
des musulmans mais pour conquérir le territoire.
Dans une autre ville en revanche, les minorités ont été emprisonnées et massacrées
et la Cour a statué que c’était un génocide.

Quid répression du génocide et du crime contre l’humanité ? Sur le plan symbolique, le
génocide est l’incrimination la plus élevée. Pour le crime contre l’humanité, il n’y a pas de
Convention qui donne compétence à la CIJ. Il y a donc plus de possibilité de jugements quand
il s’agit d’un crime de génocide.

154
Exemple du Myanmar. L’ONU, par l’entremise du Conseil des droits de l’homme, a rendu un
rapport qui suggère des enquêtes pour génocide. Il précise qu’en effet les troupes du
Myanmar ont eu de nombreux comportements qui suggèrent un non-respect du Droit
International, notamment en ayant visé des civils. Le rapport ne parle cependant pas de viser
une minorité particulière et parle de civils au sens général. Pour parler d’un génocide des
Rohingyas en particulier, il faudrait insister sur le fait que ce groupe est de confession
musulmane et prouver que c’est à ce titre qu’ils sont persécutés « comme tels ». Que dirait
un avocat qui défendrait le Myanmar pour convaincre que ce n’est pas un génocide ?
- Il n’y a pas d’extermination en tant que telle d’une part
- L’intention n’est pas de les exterminer parce qu’ils sont musulmans mais bien de les
expulser, d’autre part.
Ce serait donc éventuellement un nettoyage ethnique poussé à la limite mais pas un génocide.






























L’enjeu de cette définition est tout de même une sorte de dilemme entre l’extension de la
notion de génocide car la qualification de crimes contre l’humanité ne suffit (risque de
banalisation de la notion en mettant ces 2 régimes sur un pied d’égalité) et le maintien de la
rigueur du crime et donc s’en tenir à une définition stricte.

155
Notons, par ailleurs, que ce n’est pas la notion de territoire qui est la plus importante mais
celle de contrôle et de juridiction.
Ex : la Serbie a été condamnée pour des faits commis par des Serbes sur un territoire étranger.


LES HÉRITIERS (MARIE-CASTILLE MENTION-SCHAAR, 2014)
Le film fait état d’une scène ou il est question de la différenciation entre le génocide rwandais
et la Shoah, ainsi que de débats : la situation des palestiniens peut-elle être assimilée à un
génocide ? Ici, une définition de génocide est donnée, plus stricte, puisqu’elle ajoute la notion
de « programmation ». Ainsi, via les chambres à gaz, les Nazis avaient bien programmé le
génocide. Pour le massacre serbe, il n’y avait pas de programmation. Cette définition est
beaucoup plus stricte et n’est pas celle utilisée par la Cour Internationale.
Au niveau du conflit Israélo-Palestinien, Israël vise des « opposants » à l’Etat juif. Les
palestiniens ne sont a priori pas visés en tant que palestiniens mais en tant que terroristes ou
opposants. Ce n’est donc pas considéré comme génocide. à le groupe doit être visé
« COMME TEL » pour qu’il y ait génocide.

C. Les mécanismes de répression: au-delà de l’Etat ?

1. La répression aléatoire par les tribunaux nationaux


Pendant la Guerre du Vietnam, un village a été massacré. Cela a été caché pendant longtemps
puis révélé et au final, une seule personne n’a été condamnée, le soldat William Camé, qui
sera en plus libéré après trois ans. en termes de répression, il y avait et il y a encore du travail.
Il existe tout de même une obligation en droit international pour l’État de réprimer les crimes
commis sur son territoire ou sur les personnes relevant de sa juridiction.


Apocalypse Now (Francis Ford Coppola, 1979)

« Napalm » (Banksy)


156
2. La répression sélective des tribunaux pénaux internationaux ad hoc


-Nuremberg et Tokyo (1945-1946) -le TPIY (1993) et le TPIR (1994)
-les tribunaux hybrides: le T.S.S.L. (2002), le T.S.C. (2003), le T.S.L. (2006), …

3. La Cour pénale internationale : une répression systématique ?

La Cour Pénale n’est pas toujours compétente pour tous les crimes.

Il faut que le crime soit commis sur le territoire ou par un citoyen du territoire pour qu’elle
soit compétente, sous réserve que l’Etat en question soit partie du Pacte.
Examen : il faut donc vous interroger sur la nationalité de l’auteur et le territoire. Il y a donc
beaucoup de conflits où la Cour ne peut être compétente, ce qui met en avant les limites de
la portée du droit international. Si la Cour est compétente, ce n’est pas pour autant qu’elle va
juger. Elle va d’abord passer par l’examen préliminaire et puis mener une enquête, avant de
seulement éventuellement faire un procès. Le Burundi est actuellement sous enquête, par
exemple. Il est possible d’avoir une interprétation extensive de ces critères (ex : le crime
s’étend au territoire sur lequel les victimes fuient).



- principes :
- compétence matérielle (art. 5)
- compétence territoriale (art. 12)
- compétence personnelle (art. 12)
- déferrement par le Conseil de sécurité (art. 13)
- compétence temporelle (art. 11)
La Cour n’est compétente que pour les faits commis après une certaine date et jusqu’à ce que
l’État ne soit plus partie.

- recevabilité (complémentarité et gravité) (art. 17)
- les limites sur le plan de la compétence
- les limites sur le plan de la coopération dans l’exécution












157
Une accusation est portée à la Cour selon laquelle elle ne traiterait que des cas de faits commis
en Afrique.

158

159
QUESTION D’ACTUALITE – plainte contre le Venezuela (mort de civils par la force de l’Etat) et
une plainte à l’encontre de la France, par la Polynésie (pour leurs essais nucléaires)
Quelle est l’erreur dans ces titres ?
- On ne peut pas porter plainte contre les pays. On peut en revanche demander à la
Cour d’ouvrir une enquête.
- Question de l’interprétation : à quel niveau peut-on considérer que la mort de civils ou
les essais nucléaires (aux répercussions néfastes à travers le temps) peuvent-ils être
des crimes contre l’humanité ? A nouveau, pas de réelle bonne réponse.

160
è Attention à certaines subtilités, comme la rétroactivité des compétences (les essais en
Polynésie datent d’avant 2002 et donc d’avant l’entrée en vigueur des Statuts) à on
voit mal la Cour suivre cette voie vu qu’il y aurait un problème de rétroactivité des
compétences.


CEDH, Affaire Issaïeva, Youssoupova et Bazaïeva c. Russie, 24 février 2005, requêtes
n°57947/00, 57948/00 et 57949/00, par. 154-200.
Situation de guerre civile et de conflit sécessionniste, où la Tchétchénie est une partie de la
Russie. Il y a eu un bombardement de civils tchétchènes par les forces russes (à conflit armé
interne par lequel la Tchétchénie voulait obtenir son indépendance : la Russie a empêché par
la force la République de Tchétchénie d’être indépendante) et les deux enfants de madame
Issaïeva ont été tués dans le bombardement. Youssoupova et Bazaïeva ont quant à eux été
blessés dans le bombardement.
La Cour doit se demander s’il y a ou non violation du droit à la vie. Des organisations peuvent
émettre des opinions auprès de la Cour, dont notamment invoquer le droit des conflits armés.
On va donc utiliser les dispositions pertinentes du droit de la guerre (notamment les
Conventions de Genève etc). Or, la Cour ne les utilise pas ?
1. Pourquoi, à votre avis, la Cour ne fait-elle pas appel aux règles du droit international
humanitaire ?
(C’est un conflit interne, mais même en cas de conflits internes, il existe des dispositions
qui concernent les conflits armés. Cf article 3 commun aux Conventions de Genève qui
s’applique en toutes circonstances, notamment en cas de guerres civiles. Et le 2ème
Protocole qui est spécifiquement applicable en cas de guerres civiles.)

L’Etat ici est attrait, pas les individus. Les soldats qui ont causé le bombardement ne
pourraient pas être attraits devant la CEDH.
Par ailleurs, la CIJ peut a priori appliquer tout le droit international (sauf réserves) à article
38 du Statut.
Et il existe des juridictions spécialisées qui elles ne peuvent appliquer qu’une Convention.
C’est aussi le cas de la CIJ pour les clauses compromissoires, si elle est saisie sur la base de
la Convention sur le génocide uniquement, elle ne pourra appliquer que cette Convention
: c’est ce qu’elle a fait dans l’affaire sur le génocide.
Par contre, la Cour EDH, elle ne peut appliquer que le droit de la Convention.
è Ce qui est intéressant c’est qu’on peut en quelque sorte traduire toutes les règles des
conflits armés en droit de la CEDH : ce sont fondamentalement les mêmes critères qui
vont être utilisés à le fond va être le même.

2. Le « droit à la vie » signifie-t-il, selon la Cour, qu’on ne peut en aucune circonstance ôter
la vie à un particulier ?
Elle rappelle l’article 2 de la Convention. Paragraphes pertinents : 154 à 200 sur le droit à
la vie.
Elle ne dit pas que la Russie ne peut pas tuer des civils ni même des enfants, mais il faut
montrer, pour qu’il y ait violation de l’article, si c’était nécessaire, si c’était proportionné
à la menace, si on a pris des précautions.

161
Or manifestement, la Russie n’a pris aucune précaution (cela était normalement juste une
évacuation par la croix rouge). Il ne faut tuer qu’en dernier recours et en suivant un
protocole.
C’est la même chose en droit des conflits armés.
è Pas d’interdiction en tant que telle de tuer des civils.

3. Le droit à la vie implique-t-il une obligation, non seulement de ne pas faire, mais aussi
de faire dans le chef des Etats parties à la convention ? Expliquez le raisonnement de la
Cour.
(pas le temps)

4. Dans quelle mesure cette affaire vous semble-t-elle illustrer la tension entre conceptions
éthique et politique du droit international ?
Dimension éthique car il ne suffit pas à un Etat de dire « ma sécurité est menacée » etc,
pour qu’on arrête. L’Etat est condamné pour des actes commis sur son propre territoire
par son armée à consécration d’un idéal de droit international.
è Le droit international progresse car des Etats sont aujourd’hui condamnés pour des
faits qui auraient été considérés comme de leurs affaires internes il y a quelques
années.

Dimension politique : la Cour dit qu’on peut bombarder, et même que l’Etat doit
bombarder (paragraphe 178 : extrait assez fort…), de mettre fin à une insurrection armée :
justification des pouvoirs souverains d’un Etat d’empêcher une rébellion de l’emporter.
L’Etat doit faire respecter les droits de la personne sur son territoire, or s’il laisse des
groupes armés agir, ceux-ci vont générer une situation de violation à obligation (pas de
résultat) de la part de l’Etat d’empêcher ça, au nom des droits de la personne.



















162
Partie II.- Les sources du droit international

Les sources du droit international sont la manière dont on peut raisonner quand on veut dire
qu’une règle existe. Quel que soit le domaine, les sources sont abordées. Lorsque l’on veut
affirmer la violation d’une règle, il faut montrer l’existence de cette règle, sa source formelle.
La source formelle n’est pas la source historique ou politique mais l’endroit où on peut trouver
cette règle.

Chapitre 7.- La coutume

« CUSTOMARY»
La coutume est la source la plus ancienne. Historiquement, elle
“As a matter of fact était considérée comme dominante en droit international public,
It’s the way that you act jusqu’au 19e siècle. Il existe certes des traités très anciens,
It’s a matter of ways notamment le traité de Tordesillas, mais ils étaient limités. La
It’s customary”. coutume était la source principalement utiliser tant dans le cadre
du droit de la mer, du droit diplomatique, …

Aujourd’hui, les choses ont changé même si la coutume conserve un rôle fondamental en
raisons :
- De l’inapplicabilité de certains traités à certains états (relativité) – rôle en l’absence de
traité
- De la nécessité d’interpréter certains traités – rôle en présence de traité – traité tel
qu’il est pratiqué.

La coutume, à la base, c’est la manière dont on se comporte dans les faits, qui au fil du temps
et de la répétition va devenir du droit. On ne sait pas précisément à partir de quand se forme
la coutume.
Le pôle éthique considère qu’elle exprime des valeurs universelles. Si l’on s’est toujours
comporté d’une telle manière, c’est une nécessité, une valeur qui s’impose par la force de sa
morale. Le pôle éthique accentue la coutume comme pratique qui révèle le côté universel de
certaines valeurs.
Le pôle politique affirme que la coutume dépend de la pratique des états, qui est avant tout
politique et ne poursuit pas forcément de grandes valeurs mais plutôt les intérêts respectifs
de chaque état. Elle risque de devenir une simple consécration des rapports de force.

« TEAM AMERICA, POLICE DU MONDE (TREY PARKER, 2004) »

Cet extrait met en scène la manière dont les USA se présentent comme la police du monde,
l’état en mesure de faire appliquer les règles d’interdictions et de les créer via sa pratique, de
par sa légitimité de créer des règles coutumières. Sa capacité d’agir lui permettrait de créer
des règles. En outre, les USA auraient une légitimité démocratique.
On a donc ici une double légitimité : de puissance et démocratique.

Les autres Etats violent le droit international mais les USA créent des précédents. Leur
pratique peut devenir la norme.

163

On a une vision cynique selon laquelle les Usa étant les plus puissants feront ceux qu’ils
veulent. Dans ce cas, on ne prétend même pas créer du droit. On se situe dans une conception
réaliste du droit international public puisque c’est une conception dans laquelle les grands
états ne se préoccupent pas du droit, et du coup fondamentalement le droit international
public n’existe pas. La pratique serait expression de la puissance de chaque Etat.

Dans une autre conception, les USA appliquent le droit et contribuent à créer de nouvelles
règles par la pratique. La violation d’une règle pourrait mener à la création d’une nouvelle
règle, remplaçant une règle qui ne serait plus adaptée. Les mécanismes de création, puisque
le DIP est décentralisé, sont informels.

Il est paradoxal d’affirmer que la violation du droit peut mener à la création de droit.

è Le but de ce chapitre est multiple :
- Ce n’est pas parce qu’un Etat n’est pas partie à un traité qu’il n’est pas soumis à
certaines obligations qui sont de droit coutumier. Il existe des coutumes générales, des
principes généraux. L’enjeu est technique et consiste à savoir si un Etat est lié par telle
ou telle règle. Nous avons vu de nombreuses règles qui sont essentiellement
coutumière, tel que l’autodétermination.
- Un autre enjeu consiste en l’approfondissement des tensions qui permettront de
répondre aux questions de réflexion à l’examen.

I. La place de la coutume dans le système des sources du droit
international: les approches volontariste et objectiviste en tension

Article 38 du Statut de la Cour internationale de Justice
1. La Cour, dont la mission est de régler conformément au droit international les différends
qui lui sont soumis, applique :
a. les conventions internationales, soit générales, soit spéciales, établissant des règles
expressément reconnues par les Etats en litige;
b. la coutume internationale comme preuve d’une pratique générale acceptée comme
étant le droit;
c. les principes généraux de droit reconnus par les nations civilisées;
d. sous réserve de la disposition de l'Article 59, les décisions judiciaires et la doctrine des
publicistes les plus qualifiés des différentes nations, comme moyen auxiliaire de
détermination des règles de droit.

2. La présente disposition ne porte pas atteinte à la faculté pour la Cour, si les parties sont
d'accord, de statuer ex aequo et bono. »

Cet article énumère les différentes sources. La possibilité prévue au §2 n’a jamais été utilisée
par les parties. On envisage principalement le §1. La coutume est évoquée en parallèle avec
d’autres sources sans qu’il n’y ait à priori de hiérarchie, une primauté de l’un sur l’autre.
A. Les approches divergentes du phénomène coutumier et du système des sources

164

Le cas de la sécession-remède ?

Le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes compris comme droit des peuples à disposer
d’un nouvel état était limité à la décolonisation en règle avec des critères strictes. Il n’existe
pas de droit général à la sécession.
La théorie de la sécession-remède consiste à dire que ce droit est évolutif. Suivant cette
théorie, cette évolution doit continuer et s’appliquer lorsqu’une minorité est gravement
persécutée au sein d’un Etat. La sécession serait alors un remède à une grave violation des
droits de la personne ou du droit humanitaire.

à Les traités sont muets sur ce sujet. La Charte des Nations Unies, ni aucun autre traité ne le
prévoient. Au contraire, les clauses de protection du droit des minorités comportent des
réserves qui font que cela ne peut pas porter atteinte à l’unité des Etats.

Suivant l’approche objectiviste, la coutume n’est qu’une pratique, qui évolue car elle est
l’expression de nécessités sociales. La coutume ne fait que suivre l’évolution des valeurs sur
les plans moraux ou sociologiques. Le simple fait qu’un état est obligé de respecter ses
engagements est une nécessité, puisque les relations internationales se développent. Des
intérêts communs se développent puisqu’ils sont interdépendants, et dictent certaines règles.
Si on ne respecte pas ses engagements, il n’y a plus de relations possibles. Il en va ainsi de
l’interdiction du recours à la force, qui garantir l’existence du droit. On ne pourrait respecter
un traité tout en pouvant envahir un autre Etat. Cette règle serait née des nécessités de la
coopération. On parle d’opinio juris, qui exprime une nécessité.

Dans le cas de la sécession-remède, avec la nécessité de protection des droits de la personnes,
du développement du droit humanitaire, elle s’imposerait comme une nécessité. Le côté
objectif est quelque chose d’assez artificiel. En quoi est-ce objectivement nécessaire ?

D’un autre côté, il existe une doctrine volontariste, qui accepte que la pratique se développe
suivant ce que les états considèrent comme nécessaire. Cependant, ils ne considèrent pas tous
que les mêmes choses sont nécessaires. Pour certains, cela favoriserait les conflits en
exacerbant les tendances sécessionnistes. Il faudrait conserver une définition très stricte. Le
côté subjectif de ce qui est nécessaire est dénoncé. Ce qui compte, dans la conception
volontariste est de voir si cette règle a été acceptée. C’est une conception plus démocratique,
plus en lien avec l’égalité souveraine des Etats. Les Etats peuvent accepter par traité – auquel
cas la vérification de cette acceptation est plus aisée, ou par la coutume – qui ne serait que le
fruit d’un accord informel entre les Etats. LA coutume ne serait qu’une convention tacite.
Un Etat ne serait jamais obligé de respecter une règle coutumière s’il n’a pas accepté cette
coutume, explicitement (fréquent – l’ONU travaille à la codification du droit coutumier –
commission du droit international est un organe qui a pour mission principale de réfléchir sur
le droit coutumier – les états expriment leur avis à cette occasion) ou implicitement (silence –
ceux qui ne disent rien sont liés puisque « qui ne dit mot, consent » ; le silence doit être
circonstancié – le fait de se taire ne doit pouvoir exprimer que l’accord cf : temple preah vear
même si pas réellement une coutume car l’acceptation portait sur une frontière et non sur une
règle). La conception objectiviste apparait trop dangereuse pour les volontaristes. Toute
nécessité résulte d’une réflexion relativement subjective. La seule manière de dépasser ces

165
subjectivités n’est pas d’imposer une soi-disant objectivité mais de voir si cela a été accepté
par les Etats.

èIl s’agit d’une question philosophique.

C.I.J., Affaire du Plateau continental de la Mer du Nord, Recueil 1969, pp. 38-39, par. 63

« Il est en général caractéristique d’une règle ou d’une obligation purement


conventionnelle que la faculté d’y apporter des réserves unilatérales soit admise dans
certaines limites ; mais il ne saurait en être ainsi dans le cas de règles et d’obligations de
droit général ou coutumier qui par nature doivent s’appliquer dans des conditions égales à
tous les membres de la communauté internationale et ne peuvent donc être subordonnées
à un droit d’exclusion exercé unilatéralement et à volonté par l’un quelconque des
membres de la communauté à son propre avantage »
Les juge ont une formation commune. Certains seront plutôt objectivistes, d’autres plutôt
volontaristes. Ce précédent illustre une approche plutôt objectiviste. Cela se traduit lorsqu’on
invoque l’application du droit par nature, c.-à-d. qu’il s’imposerait nécessairement,
évidemment. La Cour se demande si c’est une règle coutumière opposable à l’Allemagne.
L’Allemagne n’est pas partie à la convention reprenant ce principe et donc la question se pose
de savoir si c’est une règle coutumière. Selon les PB et la Belgique, l’équidistance est
l’expression de quelque chose de naturel puisque le plateau est le prolongement naturel de
la terre. Cela se prolongerait naturellement jusqu’à un point d’équidistance, serait une
nécessité physique. La Cour rejette la prétention en se plaçant sur le terrain de quelque chose
d’objectif. Si on ne peut pas faire de réserve à une règle dans un traité, cela pourrait être
coutumier. On ne voit pas pourquoi on pourrait faire de réserves à une coutume générale. La
coutume ne serait pas relative, à la différence des traités.
Si des règles s’imposent objectivement, elles s’imposent pour tout le monde. On retrouve ce
prisme d’universalité dans l’approche objectiviste.

Ceux qui défendent les droits de la personne ont généralement une vision objectiviste, en
contournant l’effet relatif des traités.

C.I.J, A f f a i r e d e s Pêcheries, Recueil 1951, p. 131

« De toute manière, la règle des dix milles apparait comme inopposable à la Norvège, celle-
ci s’étant toujours élevée contre toute tentative de l’appliquer à la côte norvégienne »

La côte de la Norvège est faite d’échancrures. La Norvège a établi des lignes de bases qui
placent les eaux intérieures à l’est. Les lignes adoptées pour tracer ces lignes de base étaient
supérieures à 10 milles marins. Le Royaume-Uni estimait que c’était contraire au droit
coutumier. La Cour constate qu’il y a une coutume mais que la Norvège s’y est toujours
opposée. Il n’y a pas silence circonstancié mais objection persistante. La Cour doit d’abord
déterminer si la règle existe. Ensuite, il faut vérifier si la règle est opposable à tel Etat. On est
ici dans un cas d’inopposabilité de la coutume à la Norvège. Cette perspective est volontariste
puisque la volonté de la Norvège est déterminante.
C’est une perspective contractualiste basée sur l’échange de volonté. On peut imager alors
des règles applicables à 2 états, une coutume régionales, …

166


Le but est de déterminer l’enjeu du choix de telle ou telle approche.
1) L’enjeu est d’abord l’objecteur persistant qui ne serait pas lié par la règle dans une
perspective volontariste où il faudrait démontrer que sa volonté même implicite est
établie. Dans une perspective objectiviste, on raisonnerait différemment et le droit de
la mer s’appliquerait à cet Etat objecteur persistant, puisque la coopération doit
primer. Ici, l’Etat existait au moment où la coutume est établie.

2) Le 2e enjeu est la modification de la coutume.

3) L’enjeu concerne également les nouveaux états, qui n’existaient pas au moment où
certaines coutumes ont été établies. Selon eux, c’est une construction occidentalo-
centrée. Certaines règles coutumières ont été considérées comme ne les liant pas. Ces
états ont considéré qu’ils pouvaient faire table rase. On peut faire le lien avec la
succession d’état. Dans une perspective objectiviste, ces états sont liés par le fait qu’ils
entrent dans la communauté internationale car elle doit fonctionner. Dans une
perspective volontariste, cela apparait politique et sociologique.

Retour sur « La légalité de la menace ou de l’usage d’armes nucléaires » et sur « les immunités
juridictionnelles de l’Etat »



(1) Avis armes nucléaires à L’usage ou la menace d’usage de ces armes est-elle contraire
au droit international ?
La Cour constate que conventionnellement, il n’y a pas d’interdiction. Ces états n’ont pas
accepté de renoncer à l’usage de l’arme nucléaire.

167
§79 : La Cour adopte une approche objectiviste. Dans ce développement, elle affirme que
certaines règles sont si fondamentales pour le respect de la personne qu’elles ont bénéficié
d’une large adhésion des Etats. Ces règles ont l’air de s’imposer par le haut. Cependant, elle
renvoie à une large adhésion et on peut penser à la volonté. Par la suite, elle affirme que ces
règles s’imposent à tous les Etats car elles constituent des principes intransgressibles du droit
coutumier. Le langage est très ancré dans le droit naturel.

§82 : La Cour constate que les grandes institutions de droit humanitaire ne sont pas dénoncées
par les Etats. Manifestement les Etats se sentent tenus de le faire, mais suivant leur volonté.
On serait alors dans une approche plus volontariste.

§ 96 : En termes coutumier, le problème est que certains états pratiquent une politique de
dissuasion fait référence à une conception volontariste. Des Etats ne cachent pas qu’ils ont
les armes nucléaires mais affirment qu’ils pourraient en faire usage. Cette pratique ne colle
pas avec la coutume selon laquelle on ne pourrait utiliser des armes nucléaires.
Cela concerne une 10aine d’Etats. Il y a là un côté volontariste, puisqu’elle a l’air de dire que
ça ne pourrait s’imposer objectivement à ces états.

è La tension est très forte dans cet avis. D’ailleurs il a été adopté 7 voix pour, 7 voix
contre. Est-ce que les quelques puissances nucléaires qui existent peuvent bloquer
l’évolution du droit international qui avance vers une interdiction ? Dans une
perspective objectiviste, non. Dans une perspective volontariste, oui.


(2) Avis sur les immunités juridictionnelles de l’Etat à En comparaison avec l’avis
précédent, quelle est la perspective qui se dégage ?

La conception est plutôt volontariste car la cour se base sur la pratique des Etats et examine
ce que chaque état a fait dans son ordre juridique. L’objectiviste va prendre en compte la
pratique des Etats, aucune des deux approches ne le nie. Cependant, ici, la Cour signale que
les états reconnaissent l’immunité sans limitations. Il n’y a pas de précédent qui reconnaisse
une exception. La question est de savoir s’ils ont accepté ou non cette limitation.
Un objectiviste affirmerait que la répression des crimes internationaux est tellement
importante que les immunités ne sont dans ces cas-là ne sont plus adaptées car cela s’impose
objectivement.

!!! Technique !!! : caricaturer le raisonnement typique selon une approche ou l’autre et
vérifier si des éléments vont dans un sens ou dans l’autre.





B. Les relations entre la coutume et les autres sources du droit international

1. Le principe de l’absence de hiérarchie entre sources

168
La coutume est plus floue que les traités. On pourrait penser qu’elle s’efface sous le traité.
Cependant, la coutume ne l’emporte pas sur le traité. La coutume sert à interpréter le traité.
Les deux se combinent.

Article 31§ 3 de la Convention de Vienne sur le droit des traités
« Il sera tenu compte, en même temps que du contexte:
a) de tout accord ultérieur intervenu entre les parties au sujet de l'interprétation du traité
ou de l’application de ses dispositions;
b) de toute pratique ultérieurement suivie dans l’application du traité par laquelle est établi
l’accord des parties à l’égard de l’interprétation du traité […] »
Article 55 Statut de la CIJ
Écouter 11h27.
On affirme qu’il faut un accord des parties. On revoie donc évidemment à la coutume dans
une perspective volontariste.

Le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes se retrouve dans la Charte mais il n’y avait pas
de reconnaissance d’un droit à l’indépendance pour des colonies. Avec le temps, s’est
développée une pratique et une coutume puisque c’était mis en place par les puissances
coloniales. On a considéré qu’il fallait reconnaitre la mission paternaliste des puissances
coloniales et un droit à l’indépendance des colonies. C’est le résultat d’une pratique qui s’est
développée dans les années 50-60’

Pour comprendre l’article 55 de la Charte, il faut se référer à la pratique pour voir la manière
dont a été développé ce qui y était prévu.

En vertu de la Convention de Genève, des précautions doivent être prises avant de mener une
attaque. Cela n’est pas prévu dans le traité mais cela découle d’une règle coutumière. Il se
peut très bien qu’un traité ensuite intervienne et codifie la coutume.
C’est ce qui se passe en 1977 avec les protocoles aux conventions de Genève qui vont codifier
cela et prévoir dans des traités qu’il faut prendre des précautions avant de mener une attaque.

On prend la source applicable au moment des faits la plus récente. Peu importe qu’elle soit la
coutume ou que ce soit un traité.












Hissène Habré (chambres africaines extraordinaires, 2016-2017)

169

Cette affaire avait opposé la Belgique au Sénégal. La Belgique considérait que le Sénégal devait
soit juger lui-même HH, soit le livrer à la Belgique pour jugement sur base de la compétence
universelle car certaines victimes avaient la nationalité belge. Ces chambres ont été créés
uniquement pour juger HH.
La tension est palpable entre la vision éthique selon laquelle il faut juger les crimes si graves
peu importe où ils ont été commis et la vision politique selon laquelle ce sont les vainqueurs
qui vont juger les vaincus et l’absence de justice car ce sont toujours les mêmes qui jugent.

C’est un compromis, une juridiction ad hoc a été créé pour la circonstance. Cela exprime une
dimension politique, mais cette juridiction est chargée de juger au nom de la communauté
internationale.
Il était le président du Tchad dans les années 80’. Il y a commis des violations du DI,
notamment des actes de torture. Il a été jugé par des chambres extraordinaires de l’Union
africaine en 2016 et en 2017. Il a été condamné pour crimes de guerre, crimes de DI dans un
conflit interne. Les actes avaient été commis au Tchad dans le cadre d’une guerre civile.

L’art 3. Des Conventions de Genève est applicable aux conflits armés non internationaux.
L’interdiction de porter atteinte à l’intégrité corporelle est prévue mais l’incrimination n’est
pas prévue. Il n’est pas prévu que c’est un crime. Les crimes de guerre ne sont pas prévus pour
les conflits non internationaux, ils sont prévus pour les conflits internationaux. On peut punir
les Etats mais pas la personne. Seuls les conflits internationaux prévoient des incriminations
et non les conflits internes.
Cependant, dans les années 90’, selon le Tribunal pénal pour l’ex-Yougoslavie (Affaire Tadic),
une coutume s’est développée et démontrer qu’on a poursuivi des auteurs de crimes de
guerre dans les conflits internes.

à Cet exemple illustre qu’il n’y a pas de hiérarchie, y compris en matière pénal. La légalité
des infractions est remplie lorsque l’incrimination est coutumière. Les conventions de Genève
sont désormais interprétées par la coutume tel que dans les conflits internes des
comportements assimilables à des crimes de guerres peuvent être condamnés.

170

Sur le principe, il n’y a pas discussion quant à la place de la coutume.


2. Les aménagements liés à la reconnaissance de règles de droit impératif

Article 53 de la Convention de Vienne sur le droit des traités

« Est nul tout traité qui, au moment de sa conclusion, est en conflit avec une norme
impérative du droit international général. Aux fins de la présente Convention, une norme
impérative du droit international général est une norme acceptée et reconnue par la
communauté internationale des Etats dans son ensemble en tant que norme à laquelle
aucune dérogation n’est permise et qui ne peut être modifiée que par une nouvelle norme
du droit international général ayant le même caractère »

à Le critère qualitatif est que les états doivent estimer que c’est une règle tellement
importante qu’on ne peut y déroger. On vise pratiquement tous les états, la communauté
internationale dans son ensemble. C’est l’idée de consensus entre les états quitte à ce que
l’un ou l’autre objecte.

L’enjeu de la qualification de règle de droit impératif ne signifie pas qu’il ne faut obéir qu’à
ces règles-là. Il faut bien évidemment obéir à toutes les règles, puisqu’il n’y a pas de hiérarchie
entre les règles. S’il y a un traité général et une coutume spéciale, il se peut que la coutume
spéciale s’applique. Cependant, certaines règles sont tellement importantes qu’on ne peut
imaginer que des états y dérogent, prévoient dans un traité particulier que des dérogations
sont possibles.

On peut donc déroger à toutes règles sauf quand il s’agit de règles de droit impératif. Lorsqu’il
y a dérogation au droit impératif, le traité par lequel cette dérogation est prévue est nul. Il n’a
aucun effet juridique, on ne peut s’en prévaloir. Les actes pratiqués ne peuvent être justifiés
par cet accord.

Aucune dérogation, accord spécifique par lequel une partie des états souhaiterait se mettre
en marge de la règle générale pour lui préférer une règle particulière, n’est permise.
Cependant, il existe des exceptions et des violations.

L’idée du droit impératif est objectiviste puisqu’elle véhicule l’idée que certaines règles
doivent s’appliquer indépendamment des accords.

Lorsqu’une norme est de droit impératif, elle est par définition supérieure.
Cette règle est prévue dans le droit des traités mais cela peut valoir en matière coutumière.
Cela recouvre toutes les sources de droit international.
Ex : l’interdiction de la torture est reconnue impérative comme règle coutumière.

Il existe cependant une pointe de relativité.
- A l’intérieur du droit, se pose un problème de définition et d’interprétation

171
- A l’extérieur du droit, dans sa mise en œuvre ; selon la puissance d’un état il sera plus
ou moins sanctionné.
à Si chacun définit une prohibition à sa manière, il n’y a plus de règle (optique objectiviste).
Une définition commune s’impose. Pendant des années, selon la perspective volontariste, les
Usa sont tenus par une interprétation commune plus rigoureuse que celle qu’ils ont
développée tout d’un coup.

Exercice – interdiction du recours à la force entre Etats – deux états ne peuvent conclure un
traité par lequel ils en attaquent un troisième.




Le conseil peut autoriser néanmoins des recours à la force.






Union africaine – on peut y aller si on le décide.









172
à le droit des NU doit primer car c’est du jus cogens. En outre, l’article 103 de la Charte des
NU affirme qu’en cas de contradiction, les dispositions de la Charte prévalent.
à On peut toutefois les interpréter de manière conciliante. Quand l’Union africaine dit ça,
elle ne dit pas qu’elle va intervenir sans l’autorisation du CS. Il est sous-entendu qu’elle doit
le faire conformément au droit international.

II. Les éléments constitutifs de la coutume : comment un fait peut-il se
transformer en droit?

A. La pratique

1. Les auteurs de la pratique : le rôle essentiel des Etats

Les Etats ont un rôle essentiel. La pratique, ce n’est pas simplement le gouvernement. Cela
vise également le pouvoir législatif, le pouvoir judiciaire.

Ex : actes législatifs, jugements rendus par les C&T, actes du pouvoir exécutif,…

2. Les formes variées de la pratique

3. La durée de la pratique

Elle doit normalement durer.

è Projet de 2016 – éléments pouvant être pris en considération = lignes directrices.

B. L’opinio juris sive necessitatis

Il convient de voir si à l’occasion de cette pratique, les Etats ont la conviction d’exécuter une
obligation.
è Lignes directrices…
C.I.J., Affaire du Plateau continental de la Mer du Nord, Recueil 1969, p. 44, par. 77

« Non seulement les actes considérés doivent représenter une pratique constante, mais en
outre ils doivent témoigner, par leur nature ou la manière dont ils sont accomplis, de la
conviction que cette pratique est rendue obligatoire par l’existence d’une règle de droit.
[…] Les Etats intéressés doivent donc avoir le sentiment de se conformer à ce qui équivaut
à une obligation juridique. Ni la fréquence ni même le caractère habituel des actes ne
suffisent. II existe nombre d’actes internationaux, dans le domaine du protocole par
exemple, qui sont accomplis presque invariablement mais sont motivés par de simples
considérations de courtoisie, d’opportunité ou de tradition et non par le sentiment d’une
obligation juridique »

La théorie est relativement simple à comprendre.
Ex : ordre protocolaire – on appelle généralement le plus âgé, c’est une courtoisie, une
tradition. Mais si on ne le fait pas, on ne viole aucune règle. Pour qu’il y ait coutume, il faut

173
avoir le sentiment qu’il y a obligation. Cette pratique ne doit pas être du simple fait mais
l’expression de la conviction que l’on respecte une règle.
Cela va être difficile à montrer. Mais il existe des indices, des éléments, …


1. Les définitions différentes du principe de l’opinio juris sive necessitatis : « acceptation
comme étant le droit » ou « pression née des exigences de la conscience publique » ?

- Le sentiment de se conformer à une règle juridique, qu’il ne s’agit pas uniquement
d’une attitude politique ou d’une pratique de courtoisie mais que cette pratique est
justifiée en droit (volontariste).
- Le sentiment que cette pratique est nécessaire pour faire face à certains objectifs,
impératifs (objectiviste). Ce n’est pas tant le sentiment d’être contraint juridiquement
mais qu’il y a réponse à une nécessité sociale, que la règle est nécessaire.

2. Les modalités de l’établissement de l’opinio juris sive necessitatis : une approche
pragmatique?

Les plus hautes autorités de l’Etat sont prises en compte. La Cour fait appel aux résolutions de
l’AG des NU pour établir ce type d’instrument. On ne prend que les résolutions de l’AG qui
sont prises à l’unanimité, par consensus ou sans vote. Une des conditions est le vote, l’autre
est que la résolution énonce des règles obligatoires (=contenu)On ne peut prendre les
résolutions du CS, car cela ne reflète que les opinions de 15 états.

« A la Maison-Blanche »

On pourrait se poser la question de savoir si l’intervention des USA pour sauver un peuple de
dictateur telle que justifiée par le Président des Etats-Unis pourrait être une pratique ?
Pourrait-on dégager une opinio juris, c.-à-d. que les Etats ont l’impression qu’une pratique est
conforme à une règle juridique ?
Suivant une perspective volontariste, qui définit la coutume comme volonté des Etats ou une
approche objectiviste où le droit international et la coutume sont le produit des nécessités
sociales, nécessaires pour rencontrer les préoccupations internationales sur des valeurs
communes.

Les USA ont parfois été à l’origine d’interventions militaires destinées plus ou moins
directement à réagir à de graves violations de droit de la personne subies par des populations
civiles aux mains d’un dictateur.
En 2007, les USA ont décidé de frapper la Syrie en raison de l’utilisation supposée d’armes
chimiques par Bechar El Assad sur sa population.
Plus récemment, la France, UK, USA ont bombardé 3 installations qui auraient servi à la
préparation d’armes chimiques qui auraient ensuite été utilisées par El Assad contre des
populations. Cette intervention était justifiée en ces termes par ces 3 pays.

à Existe-t-il une pratique qui permet d’utiliser la force même sans autorisation par le CS ?
Peut-on prendre cet élément en considération pour établir l’existence d’une règle coutumière ?

174
Si on veut une règle coutumière, cela doit être la pratique de tous les états pas simplement
des états dominants.
Une pratique d’intervention militaire peut-elle être prise en considération pour vérifier s’il
existe une règle coutumière ou non ?

(1) L’intervention militaire est-elle une pratique ?
C’est une pratique du pouvoir exécutif. Elle pourrait être prise en considération.
(2) Les Etats doivent se sentir obligés par la règle = opinio juris. La pratique doit être
accompagnée de l’opinio juris, le sentiment d’être lié par une règle juridique.

Syrie - intervention militaire du 14 avril 2018

(USA)

« Following the horrors of World War I a century ago, civilized nations joined together to
ban chemical warfare […]. The purpose of our actions tonight is to establish a strong
deterrent against the production, spread and use of chemical weapons. Establishing this
deterrent is a vital national security interest of the United States […] So today, the nations
of Britain, France and the United States of America have marshaled their righteous power
against barbarism and brutality »
Il semble qu’ils justifient au regard du droit, qu’ils veillent au respect d’une règle en réagissant
fortement à une violation de cette règle. Les Etats-Unis invoquent un argument moral en
renvoyant à la lutte contre la barbarie et la brutalité. Ici, l’opinio juris n’est pas réellement
présent. L’Etat ne semble pas lié par une règle juridique. Le discours justificatif est ambigu.
Tout dépend de savoir si on est volontariste ou objectiviste.
Une pratique constitutive d’une violation du droit international peut-elle être prise en compte ?
(cf : évolution règle coutumière)

(FR)

175
Ce discours apparait plus juridique. Les français invoquent la réaction à une norme
fondamentale du droit humanitaire, qui est l’interdiction des armes chimiques. Il y a une
référence explicite au protocole de 1925. Ici, la réaction n’est pas unilatérale mais il y a
référence au CS, à la résolution 2118 qui a mis sur pied des obligations et un mécanisme de
surveillance, au chapitre 7 de la Charte des NU, … Ce discours est plus juridique et plus
multilatéral même si l’intervention en tant que tel ne concernait que les 3 états.
Le chapitre 7 requiert pour l’intervention militaire une autorisation du CS. Or, ce n’était pas le
cas en l’espèce. La fédération de Russie a fait usage de son droit de véto à plusieurs reprises.
Cette intervention ne s’inscrit en fait pas dans ce cadre multilatéral.

(UK)


La 1e phrase de ce discours justificatif est très claire. Le RU dit qu’il est autorisé par le droit
international, de manière exceptionnelle à prendre des mesures de façon à éviter des
souffrances humaines qui dépasseraient l’entendement. Ensuite, ils renvoient à une base
légale d’usage de la force au nom d’intervention humanitaire. 3 conditions sont énumérées.
Le RU estime que ces conditions sont parfaitement remplies en l’espèce.
Ici, au-delà de la pratique, il y a sentiment de pouvoir se comporter ainsi au regard du droit
international (opinio juris). Le RU indique que sa pratique est justifiée par une règle juridique
qui existe. Dans une approche restrictive de l’opinio juris, seul ce discours remplit cette
condition.

è Il est très difficile de déterminer si cet élément existe ou non selon le niveau d’exigence
notamment.

Retour sur l’arrêt des immunités ?
La CIJ s’est-elle demandée si l’Etat qui clame qu’il existe une règle coutumière ou une exception
à cette règle est-il convaincu par l’existence de cette règle ou de l’exception ?

L’Italie considérait que l’immunité des Etats n’est pas absolue et connait des exceptions
lorsque l’état s’est rendu coupable de crimes internationaux. Les immunités des Etats sont
des règles prévoyant qu’un Etat ne peut être attrait devant la juridiction d’un autre Etat au
nom de l’égalité souveraine entre les Etats.

176
§46 : La CIJ interroge l’Italie sur son opinion par rapport à la règle. Le droit à l’immunité est en
pleine évolution selon l’Italie. Elle n’est pas forcément dotée de l’opinio juris puisque pas
convaincue que la règle existe déjà.
è La Cour n’a pas reconnu d’exception à la règle des immunités. Elle a affirmé
que cette soi-disant coutume n’existait pas. Elle s’est basée sur la pratique pour
déterminer que la règle coutumière n’existait pas. La pratique est à ce moment-
là insuffisante.

La pratique et l’opinio juris sont-ils hiérarchisés ? Elles sont toujours liées. On va comprendre
l’un par rapport à l’autre.

Retour sur l’avis sur la menace ou l’emploi d’armes nucléaire ?

Elle va s’interroger sur le fait de savoir si la pratique est doublée d’une conviction. Elle va
regarder la pratique négative, de non-utilisation des armes nucléaires. La pratique peut être
positive ou négative, toute une série de règles sont des règles d’abstention.

La Cour va aller voir toute une série de résolutions de l’AG et les étudier. Elle va s’intéresser,
au-delà même des résolutions, c’est la position que les Etats ont pris par rapport à ces
résolutions. La Cour est à la recherche d’une opinio juris, qui n’accompagne pas toujours une
pratique, même d’abstention car ils n’ont pas d’armes nucléaires. Ces résolutions semblaient
interdire des règles d’utiliser les armes nucléaires.
Est-ce une interdiction coutumière autonome ? Est-ce le rappel d’autres règles de droit
coutumier notamment de droit humanitaire ?

La Cour conclut qu’il n’existe pas de règle coutumière autonome qui interdise les armes
nucléaires. Elle va alors aller voir le DIH, où de nombreux éléments peuvent justifier l’existence
d’une règle coutumière.

è La coutume n’est pas une source évidente à manipuler. Ces arrêts semblent avoir une
approche plutôt stricte de la coutume (?).

177

Cette affaire concerne un journaliste qui s’est rendu dans les locaux du consulat général
saoudien et qui n’en est pas ressorti en 1 seul morceau. Quid de la responsabilité de l’Arabie
Saoudite ? Est-ce un élément utile pour déterminer l’existence ou non d’une règle coutumière ?
Si oui, laquelle ?

Les Etats, une fois avoir ratifié la CEDH et le PIDCP, se sont engagés à ne pas priver une
personne de sa vie arbitrairement mais ils ont également une obligation positive de mener
une enquête face à une mort suspecte. On peut penser que c’est là-dessus que ces pays
souhaitent amener l’attention de l’Arabie Saoudite. Cette déclaration peut-elle être utilisée
pour établir l’existence d’une règle coutumière obligeant les Etats à mener des enquêtes face
à des disparitions suspectes ?

è On peut s’interroger sur l’opposabilité de la coutume. Mais ce n’est pas le point, il
faut d’abord s’interroger sur l’existence d’une coutume ?

Il faut toujours une pratique et une opinio juris. Notre positionnement peut influencer la
manière dont on définit ces deux éléments.

Cette déclaration pourrait être prise en considération. Il faut se baser sur les lignes directrices
et la jurisprudence.


178
III. Evolution de la coutume : les paradoxes d’une source à la fois
dynamique et stabilisatrice

En principe, le caractère oral de la coutume fait qu’elle devrait pouvoir évoluer plus facilement
qu’une règle écrite, de façon à pouvoir rencontrer certaines préoccupations et nécessités.
Quand il s’agit de l’établir, on va tout de même passer par un texte écrit. Il y a une tension
entre ce caractère flexible et dynamique de la coutume et en même temps la nécessité de
l’écrire pour la stabiliser (Ex : travaux de la commission du droit international).

Statut de la Commission du droit international

Article premier
« 1. La Commission du droit international a pour but de promouvoir le développement
progressif du droit international et sa codification. »

Article 15 « Dans les articles qui suivent, l’expression ‘développement progressif du droit
international’ est employé […] pour couvrir les cas où il s’agit de rédiger des conventions
sur des sujets qui ne sont pas encore réglés par le droit international ou relativement
auxquels le droit n’est pas encore suffisamment développé dans la pratique des Etats. De
même, l’expression ‘codification du droit international’ est employée […] pour couvrir les
cas où il s’agit de formuler avec plus de précision et de systématiser les règles du droit
international dans les domaines dans lesquels il existe déjà une pratique étatique
considérable, des précédents et des opinions doctrinales. »

Cette commission a pour but de procéder à sa codification. Est-ce que la codification ne fige
pas la coutume ? Comment est-ce qu’on peut codifier et encourager le développement
progressif du droit international ?

1. Un texte peut-il figer la coutume ?

Déclaration du Sommet mondial 2005 (Assemblée générale, résolution 60/1)
[…]. 139. Il incombe également à la communauté internationale, dans le cadre de
l’Organisation des Nations Unies, de mettre en œuvre les moyens diplomatiques,
humanitaires et autres moyens pacifiques appropriés, conformément aux Chapitres VI et
VIII de la Charte des Nations Unies […] lorsque ces moyens pacifiques se révèlent
inadéquats et que les autorités nationales n’assurent manifestement pas la protection de
leurs populations contre le génocide, les crimes de guerre, le nettoyage ethnique et les
crimes contre l’humanité […]. Dans ce contexte, nous sommes prêts à mener en temps
voulu une action collective résolue, par l’entremise du Conseil de sécurité, conformément
à la Charte, notamment son Chapitre VII […] ».
Lors de l’intervention militaire de l’OTAN en Yougoslavie, il y a eu besoin de se prononcer pour
savoir si cette intervention militaire était justifiée ou non. Certains avançaient qu’elle était
moralement justifiée, d’autres qu’elle était juridiquement justifiée. Au moment où l’affaire a
été portée devant la CIJ, des états ont affirmé qu’une règle coutumière existait. De nombreux
états et organisations ont réagi en affirmant qu’aucune règle ne permettait aux états d’agir

179
en cas de violation des DH. Ces états craignaient que les dominants en profitent pour
déstabilise certains Etats.

Ce débat s’est poursuivi au sommet mondial. Un texte a été adopté par tous les états réunis
(60/1). Ils ont pris acte du concept de la responsabilité de protéger. Quelle est la position qui
ressort de ce paragraphe ? Le concept est mentionné aux paragraphes 138 et 139 consacré à
la responsabilité de protéger. Or, on voit mal à la lecture en quoi ça modifie la Charte des NU
puisque ça reproduit ce qui existe déjà. La responsabilité de protéger n’est pas un concept qui
permet à un état de mener une action unilatérale. Il y a réaffirmation traditionnelle du cadre
de la charte des NU.

Cette résolution met-elle fin au débat sur l’existence d’une éventuelle règle coutumière ou
non ? Le débat se poursuit tout de même mais beaucoup d’états restent convaincus de ce qui
a été affirmé lors de ce sommet mondial.

2. L’évolution de la coutume peut-elle résulter d’une violation du droit ?

Ces interventions militaires n’ont pas toutes été accueillies de manière enthousiaste par le
reste des Etats du monde. Sur cette carte, on peut voir les réactions aux attaques en Syrie en
avril 2018. Ces réactions permettent-elles de dire qu’il y a règle coutumière ?


- Point de vue volontariste – règle coutumière = accord entre états à tous les états
sont-ils d’accord ?
- Point de vue objectiviste – moins d’une 10aine d’Etats qui condamnent cette action, la
généralité ne condamne pas. C’est peut-être nécessaire de mettre un terme à ces
violations surtout lorsqu’on est confrontés à des blocages au CS. D’un point de vue
objectiviste, on peut faire prévaloir la pratique nécessaire pour rencontrer certains
défis.

On peut interpréter l’abstention différemment :

180
- Un silence ne vaut que si on a demandé quelque chose, le silence doit être
circonstancié (volontariste).
- Cela a été très peu contesté (objectiviste).

Comment pourrait-on imaginer qu’une pratique qui viole le droit le modifie ? Cela veut dire
qu’on fige complètement la coutume. On pourrait la modifier par accord, par consentement.
Si une pratique viole, et dit qu’il y a nouvelle règle et que les autres états appuient, la coutume
pourrait se modifier. De ce fait, la règle change. Ex in juria jus non oritur, interdit au droit de
naitre d’une violation du droit. Ici, cela naitrait d’un accord. C’est un argument quelque peu
formaliste qui permettrait aux volontaristes de résoudre cette question. Les objectivistes
affirmeraient qu’un changement répond davantage à certains préoccupations nouvelles.

Ex : Convention de Montego Bay
La largeur de la mer territoriale est établie à 12 miles. Elle était, avant fixée à 3 miles. Les Etats
du Sud revendiquaient une mer territoriale plus importante. Ils ont commencé à proclamer
des mers plus grandes que 3 miles. Cette pratique a été de plus en plus acceptée et a modifié
la règle.



« W »
Quid de l’interdiction de la torture ? Quid si dans certains cas on pratique la torture ? Une
pratique contraire à l’interdiction de la torture viendrait modifier la règle de l’interdiction de
la torture ? Une norme de jus cogens n’est pas forcément une norme qui ne peut pas évoluer
mais elle doit être modifiée par la communauté internationale dans son ensemble. Encore
faudrait-il qu’en violant la règle coutumière les Etats assument qu’ils essayent d’élargir ou
réduire l’obligation internationale ? Or, dans ce film, les USA n’assument pas.
On pourrait dire que l’opinio juris est inexistante car ils estiment que ce n’est as de la torture
(volontariste). Au contraire, on pourrait dire qu’il est parfois nécessaire de le faire
(objectiviste).

3. Peut-on utiliser la voie coutumière pour contourner l’effet relatif des traités ?

Puisque la règle coutumière évolue plus facilement qu’un traité, est-ce qu’on pourrait
imaginer qu’on puisse faire évoluer une règle coutumière et l’opposer aux états qui ne sont
pas partis aux traités qui reconnaissent cette règle ? Peut-on utiliser la coutume pour
contourner la non appartenance à un traité ?

181
Il y a eu volonté de compiler les règles
de droit international humanitaire
coutumier. Elles ont été codifiées
dans les protocoles additionnels
(étude du CICR). Certains Etats ne
sont pas parties à ces protocoles
additionnels 1 et 2.


à La coutume est un accord entre états. Les USA invoquent le fait qu’ils n’aient pas ratifié le
protocole additionnel 1, donc on ne peut en faire une coutume générale.
L’objecteur persistant est un état qui invoque l’inopposabilité d’une règle qu’il ne reconnait
pas comme coutumière. Un volontariste défendra l’idée d’un objecteur persistant puisque
chaque état doit choisir les règles auxquelles il veut souscrire. Un acteur plus objectiviste aura
un autre avis sur la question, puisque certaines règles sont tellement importantes que pour
qu’on puisse choisir d’y adhérer ou non. Il est défini au rapport de DI sur la coutume comme
« … ». L’Etat doit avoir objecté à cette règle lorsqu’elle était en voie de formation. Cela pose
la question de tous les états qui deviennent indépendants aujourd’hui.
Sans préjudice de toutes les normes de droit impératif de droit international. On pourrait être
objecteur persistant au fait qu’une norme devienne une règle de jus cogens.

C.I.J., Affaire des Activités militaires et paramilitaires au Nicaragua et contre celui-ci
(Nicaragua c. Etats-Unis), arrêt du 27 juin 1986, Recueil 1986, sp. pp. 92-110, par. 172-209.

1. Pourquoi la Cour fonde-t-elle sa décision principalement sur le droit coutumier ?

Dans l’affaire Nicaragua, le Salvador était concerné mais pas partie à l’instance. La Cour a dû
donner effet à cette déclaration des USA en disant qu’elle ne pouvait donc se baser sur les
traités multilatéraux. Elle s’est donc penchée sur le droit coutumier.

2. Quelles sont, selon la Cour, les places respectives de la pratique et de l’opinio juris dans
l’établissement du droit coutumier ?
§184 : principe de non-intervention et non emploi de la force à La pratique et l’opinio juris
l’intéresse. Elle va s’assurer que l’existence de la règle est confirmée dans l’opinio juris. Dans
tous les paragraphes suivant, elle met plus l’accent sur l’opinio juris. Si on viole une règle mais
qu’on ne prétend ne pas la violer, c’est difficile à prendre en considération car la pratique ne
vaut rien sans la revendication juridique de l’Etat. Une attention toute particulière est
apportée à l’opinio juris (§186).

182

3. Quel est le rôle, selon la Cour, des résolutions de l’Assemblée générale dans
l’établissement du droit coutumier ?

Lorsqu’elle aborde les résolutions de l’AG, elle s’intéresse au fait de savoir si à travers la
position adoptée elle ne peut pas considérer qu’il y a codification du droit coutumier, que les
états voient ces règles comme du droit coutumier.

4. La conception de la coutume qui ressort de cet arrêt traduit-elle une vision volontariste
ou objectiviste du droit international ?

Au final, la Cour a condamné les USA sur la base du droit coutumier, pas de la charte des NU.
Elle estime que le droit coutumier est important et que ces obligations coutumières trouvent
à s’appliquer. Elle a une attitude volontariste pour s’assurer que les USA ont suivi ces règles
mais au final, on a un arrêt qui va appliquer des obligations similaires aux obligations
conventionnelles à un état qui n’a pas reconnu la compétence de la cour (objectivisme).























183
Chapitre 8.- Les traités

La différence fondamentale avec la coutume est qu’un traité se présente sous forme écrite.
La coutume est une pratique qui doit être repérée et évaluée.

Un traité est un texte en bonne et due forme et cela pourrait potentiellement mener à plus
de sécurité.

« Treaty »
‘Back in 1988
All those talking politicians Words are easy, words are cheap
Much cheaper than our priceless land But promises can disappear
Just like writing in the sand
Treaty Yeh Treaty Now
Treaty Yeh Treaty Now’

Les australiens avaient prévu de conclure un traité avec les tribus aborigènes mais ne l’avaient
pas fait. Les promesses peuvent disparaitre comme des écrits dans le sable mais un traité est
plus sûr. Il en ressort une foi dans le caractère obligatoire et efficace du traité.
On retrouve un pôle éthique qui veut que grâce aux traités et au droit international on
arriverait à résoudre les problèmes. Le traité serait une véritable garantie. Cependant, le traité
reste un accord de volonté entre état et est marqué par des rapports de forces qui
caractérisent plus globalement les relations internationales.

« OCCUPIED (SAISON 1, ÉPISODE 1, 2015) »

Un groupe se réuni pour relancer la production d’énergie fossile alors que la Norvège voulait
plutôt se tourner vers des énergies renouvelables. Cependant cette volonté heurterait les
intérêts de l’UE et de la Russie. Le Premier ministre norvégien est kidnappé dans un camion
par des hommes armés et un commissaire tente de le forcer à prendre une décision. Un accord
a été trouvé entre l’UE et la Norvège. Il va accepter l’accord, et sur cette base là les autorités
russes avec la complicité de l’UE vont relancer la production pétrolière. Cela pose des
problèmes sur la validité d’un tel accord. Lorsqu’on adopte une position volontariste, on nie
quelque peut que la volonté est elle-même déterminée par le droit et les rapports de force.

Convention de Vienne sur le droit des traités de 1969

184
On peut l’interpréter comme étant le reflet du volontarisme parce que c’est finalement un
droit des contrats adapté au droit international qui se caractérise par l’autonomie de la
volonté. Les Etats peuvent conclure des traités ou non.

D’un autre côté, la volonté seule ne veut rien dire et des règles doivent l’encadrer pour
déterminer ce qu’est une volonté et à quel moment elle créé du droit. La plupart des règles
de la convention sont considérées des règles coutumières et de facto, même si certains états
n’y sont pas parties, elle s’applique à eux.
Si un nouvel état arrive dans les relations internationales, il devra se plier à des règles de base
comme celles-ci. Ces règles sont présumées être acceptées par tous.

Pour les traités, il y a toujours du droit des traités dans n’importe quel examen. Il faut vérifier
si les traités sont applicables, impérativement. Cette convention est indispensable.

I. La définition et la validité des traités : l’accord, une construction ?

Il existe deux conventions de Vienne sur le droit des traités :
(1) Traités conclus entre Etats (1969) – c’est aussi un acte constitutif d’une organisation
par exemple.
(2) Traités conclus entre Etats et organisations (1986) – les organisations sont actives dans
le domaine de la création du droit international. Cette Convention n’est pas en vigueur,
il ne faut pas l’appliquer en tant que telle. Il faut plutôt dire que les règles qu’elle
contient sont coutumières.

Convention de Vienne (Art 2)


Le traité est un écrit, ce n’est pas une coutume. C’est la seule condition formelle. Il n’y a
aucune autre condition formelle. Il n’y a pas de formalisme par apport à la définition du traité
dès lors que le traité est conclu par des personnes ayant la capacité de conclure des accords.
Il faut se demander si l’accord est régi par le droit international, si les états ont volonté de
conclure un traité.

Convention de Vienne (Art 51 et 52) : causes de nullité

185
Il existe d’autres vices de consentement mais ces deux dispositions en illustrent deux sur la
contrainte.
Art 51 : si un représentant est physiquement contraint à signer un traité, le traité est nul. La
violence et les menaces sont donc exclues.
Art 52 : si une contrainte est exercée sur l’Etat par la menace ou l’emploi de la force. L’article
52 vise une contrainte. Il y a des débats à ce sujets. Il est certain qu’il y a contrainte lorsqu’il y
a recours à la force au sens d’une menace militaire. Il faut qu’il y ait une contrainte militaire
mais toute contrainte militaire ne vicie pas la validité d’un traité. On ne peut pas appliquer
strictement l’idée selon laquelle on ne peut jamais avoir un traité valide à la suite d’une
menace ou d’une contrainte militaire. On fait comme si c’était une volonté (artificielle) parce
que seul le recours à la force en violation des principes de DI peut annuler le traité. A
contrario, si le recours à la force est conforme à la Charte il n’annule pas le traité.
Ex : Traité de Versailles – ce traité de paix n’est obtenu qu’à la suite d’une campagne militaire.
Les puissances auraient agi en légitime défense.
Ex : Guerre du Golfe de 1990 – L’Irak accepte un cessez-le-feu avec des conditions, sous
contrainte mais pas une contrainte en violation de la Charte des NU.
Dans le cas de l’Irak, le traité n’impliquait pas un tel embargo. C’est très controversé de dire
qu’on pourrait appliquer l’article 52 pour une contrainte économique très forte. Les cas sont
très rares.

è Elle ne s’applique qu’après 1980, moment de son entrée en vigueur. Par contre, on pourrait
dire que cette règle est coutumière.

Acte final d’Helsinki, CSCE, 1975


Cet accord reprenait des choses qui existaient déjà mais c’était un signe de la « détente », idée
de s’arranger pour avoir un minimum de coexistence pacifique.
Ce n’est pas un traité car dans l’extrait, il est précisé que le texte n’est pas recevable pour être
enregistré au titre de l’article 102 de la Charte des NU. Or, cet article prévoit l’enregistrement
des traités.

Cet acte a t- il une valeur juridique quelconque ?
Il faudrait démontrer que c’est du droit coutumier. Pour la coutume, on peut avoir des cas
comme ceux de la déclaration Universelle des DH où c’est un idéal à atteindre et on considère
que c’est du droit coutumier ou bien des cas où c’est de l’ opinio juris (Nicaragua).






186
« Compte-rendu d’une réunion entre Bangladesh et Myanmar»


Ce sont des minutes. Dans le paragraphe I., une frontière est décrite. Les deux délégations
acceptent « ce qui suit ». La signature est une preuve qu’on a accepté. Quand bien même elles
ne seraient pas signées, il faut simplement être surs qu’ils sont d’accord. Il n’y a pas de forme
particulière requise.
à Il faut garder en tête qu’il n’y a pas de forme particulière.
à Il faut une volonté de créer quelque chose en droit international à l’idée de créer une
frontière est un objet de droit international. Le texte précise que le frontière passera
effectivement par là. A priori, cela semble être un traité.

La cour a dit qu’un PV est suffisant (Affaire Qatar Barhein). En réalité, le tribunal va dire que
ce n’est pas un traité. Elle va constater que c’est le PV d’une réunion mais que dans d’autres
PV, les parties disaient que tant qu’il n’y avait pas d’accord sur tout, il n’y avait d’accord sur
rien. Le tribunal affirme qu’il manque un accord. Les circonstances peuvent être importantes









187
« Le cas de l’Iran »

L’agence nucléaire considère que ce
n’est pas un traité.

Un régime de vérification a été mis en
place par les USA (Obama) et les Etats
européens pour suspendre toute
sanction et vérifier que l’Iran respecte
bien toutes les conditions pour cela.

Dans le cadre de la présidence Trump,
les USA se retirent d’un traité ou d’un
accord qui était le deal selon lequel on
suspendait les sanctions contre l’Iran
à certaines conditions énoncées dans
le texte, dont les USA se sont retirés.
L’UE et 3 états membres disent que, quant à eux, ils demeurent parties à l’accord avec l’Iran
et s’engagent à intensifier leurs efforts pour essayer de poursuivre le travail. Ils adoptent une
déclaration conjointe en aout dernier.
Il y a plusieurs parties, des Etats et des organisations. Ça pourrait être un traité mais lorsqu’on
le lit, le traité est le traité initial entre l’Iran et tout le monde. Simplement, les parties
rappellent qu’elles sont parties au traité, ce n’est pas en tant que tel un traité. Ce serait plutôt
un accord interprétatif.
On pourrait affirmer que c’est un autre traité en rapport direct avec un traité antérieur.
L’engagement juridique unilatéral, hors traité, est aussi une source de DI. L’enjeu n’est pas
énorme. La vraie question est : est-ce qu’il y a une volonté de s’engager juridiquement ici ?

« Article 3 »


Cette disposition est importante. Dans l’article 2, on visait la définition d’un traité « aux fins
de la présente convention ». Or, ce n’est pas parce qu’un accord n’est pas un traité au sens de
cette convention, qu’il ne peut avoir d’effets juridiques. Cela ne porte pas atteinte à
l’application juridique de tels accords et même de toutes règles de droit coutumier reflétées
dans cette convention qui s’appliqueraient à d’autres accords. Formellement, cette
convention ne régit que les traités entre Etats.

188
à Seuls les Etats et organisations sont-ils sujets ou peut-on accepter que d’autres sujets créent
du droit ?

Accord pour la paix et la réconciliation au Mali issu du processus d’Alger (2015)

Article 2 : Les Parties s’engagent à mettre en œuvre, intégralement et de bonne foi, les
dispositions du présent Accord en reconnaissant leur responsabilité première à cet égard.
Article 3 : Les Institutions de l’Etat malien prendront les dispositions requises pour
l’adoption des mesures règlementaires, législatives, voire constitutionnelles nécessaires à
la mise en œuvre des dispositions du présent Accord, en consultation étroite avec les
Parties et avec le soutien du Comité de suivi prévu par le présent Accord. Article 50 : Les
Parties reconnaissent que la première garantie de l’aboutissement de l’Accord réside dans
leur sincérité, leur bonne foi et leur engagement à assumer le contenu de l’Accord et à
œuvrer à la mise en œuvre de l’ensemble de ses dispositions dans l’intérêt de la
réconciliation de leur pays, ainsi que de la paix, de la sécurité et de la stabilité du Mali et
dans la région dans son ensemble. Article 54: La communauté internationale est garante
de la mise en œuvre scrupuleuse du présent Accord et est engagée à accompagner les
efforts déployés à cet effet […].
Des rebelles dans le Nord du pays avaient créé un état et réclamé leur indépendance avoir de
faire marche-arrière. Dans les faits, ils gouvernent le Nord du Mali.. Il y a eu un accord pour la
paix et la réconciliation entre ces rebelles et le Mali. Les parties en présence étaient un état
et un groupe non-étatique. Leur libellé est très différent.
Certains accords semblent énoncer des obligations comme des traités internationaux (Russie
& Tchétchénie) = cas 1 et d’autres semblent être des accords internes, des engagements dans
le cadre du droit national local et renverraient plutôt à du droit constitutionnel = cas 2.
Si on est dans le cas 1, en cas de violation de l’accord, on viole le Droit international.
Si on est dans le cas 2, en cas de violation, on viole le droit interne.

Une pratique semble se développer de conclure des accords avec d’autres sujets non
étatiques. Les sujets semblent considérer qu’il s’agit de traités.
è C’est très partagé.
Si on affirme que c’est un traité, on insiste sur l’article 54 qui fait intervenir le rôle de la
communauté internationale comme garante de l’accord. En droit international, des accords
visent à la reproduction de certaines choses dans leur droit interne. S’il s’agit de droit pénal,
on peut s’engager à le traduire en droit interne. Ici, c’est beaucoup plus que du droit pénal car
c’est un accord de paix et de réconciliation.
Si on affirme que ce n’est pas un traité, on peut aussi invoquer le fait que l’article 54 est trop
flou pour être juridique. En outre, l’article 3 prévoit la mise en œuvre de dispositions de droit
interne. C’est destiné à devenir du droit interne. L’Etat malien doit prendre des mesures. C’est
plutôt un engagement politique d’un traité.

à Toujours rappeler les critères. Voir s’il y a une volonté des parties de créer des obligations
en droit international. C’est la théorie, il faut l’appliquer.



189
« Le cas de la résolution 1244 »



C’est cette résolution qui va mener à l’administration internationale du Kosovo par l’ONU.
Le CS accueille avec satisfaction les principes généraux qui sont annexés à la résolution et
auxquels la Yougoslavie a adhéré. Ce texte, d’une 10aine de dispositions, a été accepté par
l’OTAN et la Yougoslavie.
Est-ce un traité valide ?
Du point de vue valeur obligatoire, il en a une car si on ne l’applique pas, on viole 1244.
On peut affirmer que oui car aucune forme n’est nécessaire et ce n’est pas un simple
engagement politique.
On peut affirmer que non car c’est une annexe et non un traité. En outre, la phrase « « Il
convient de conclure un accord » nous fait penser qu’un accord n’est pas encore conclu.

Enfin, il y a un problème évident de validité puisque l’accord ne peut, en règle, avoir été
obtenu sous la contrainte. Ici, c’est un « accord de paix », il faut se poser la question de la
validité. J’arrête de bombarder si vous acceptez ça, c’est évidemment une contrainte mais il
faut voir si elle est conforme à la charte de NU. Cette intervention militaire est très critiquable
juridiquement puisque opérée sans autorisation. Les Etats de l’OTAN n’étaient pas d’accord
sur la base juridique à mobiliser pour légitimer cette intervention.


Conclusion : La définition et la validité du traité peuvent s’analyser en étapes :
1. Est-ce un traité ?
2. Est-ce obligatoire ?
3. Est-ce qu’il est valide ? Renvoi à d’autres règles de DI.

Le traité n’est que rarement un point de départ, mais est parfois la résultante de toute une
réflexion juridique. La volonté de l’Etat est encadrée par le droit. Elle n’existe pas tel quel.


190
Quid si contrainte ?
1. Le traité est non valide
2. Il peut y avoir violation de l’interdiction du recours à la force
3. Il peut y avoir violation du principe de non intervention

Si 2, d’office 3 mais si 3 pas d’office 2.

II. Les conditions de naissance, d’extinction ou de suspension des
obligations conventionnelles : un régime objectif ?

Il faut vérifier si le traité est en vigueur et opposable aux états concernés. Ces éléments
concernent l’entrée en vigueur du traité ou les possibilités de s’en retirer.

Entrée en vigueur et signature ne coïncident pas nécessairement. Il existe plusieurs types de
procédés.
La procédure lourde comprend :
(1) La signature – qui sert à authentifier le texte dont le contenu ne peut plus être après
mais qui ne lie pas l’Etat signataire. Rôle de l’exécutif.
(2) La ratification - les Etats qui étaient là et ont signé vont ratifier – s’assurer que le
pouvoir législatif est d’accord OU
(3) L’adhésion - un Etat non signataire qui peut ratifier l’instrument. L’adhésion vaut
engagement à être lié. Ex : La Suisse, non signataire à la Charte des NU mais qui y a
adhéré.

Signature de la Charte des Nations Unies, San Francisco 26 juin 1945 (entrée en vigueur le 24
octobre 1945)

Signature de l’Accord économique et commercial global (CETA) 30 octobre 2016
La signature a un enjeu. L’épisode du CETA où la Belgique via des règles de droit
constitutionnel interne s’était opposée à la signature. La RW s’opposait à la signature car on
ne pourrait plus toucher au contenu une fois ce dernier signé. La règle générale sera alors
figée. L’idée est qu’il fallait ne pas signer pour encore pouvoir changer le texte de l’accord
CETA.

Convention de Genève sur l’amélioration du sort des blessés et malades dans les forces
armées en campagne (1949) - 1950 / Article 58

1. La présente Convention entrera en vigueur six mois après que deux instruments de
ratification au moins auront été déposés.
2. Ultérieurement, elle entrera en vigueur pour chaque Haute Partie Contractante six mois
a p r è s l e d é p ô t s e s o n instrument de ratification.
Ici, 2 instruments de ratification sont nécessaires pour l’entrée en vigueur.




191
Convention de Montego Bay sur le droit de la mer (1982) - 1994 / Article 308
1. La Convention entre en vigueur douze mois après la date de d é p ô t d u soixantième
instrument de ratification ou d’adhésion.
2. Pour chaque État qui ratifie la Convention ou y adhère après le dépôt du soixantième
instrument de ratification ou d'adhésion, la Convention entre en vigueur le trentième jour
qui suit la date de dépôt de l'instrument de ratification ou d’adhésion, sous réserve du
paragraphe 1.
Dans ce cas, 60 ratifications sont nécessaires. C’est le cas lorsqu’une base critique est
nécessaire. Le 60e qui ratifie fait que ça entre en vigueur et qu’il devra tout de suite respecter
la Convention en question.

Méthode ?
1. Voir le traité – le texte de l’instrument
2. EEV – on va voir le traité à la fin.
3. Si on ne trouve rien – convention de Vienne donne des règles à titre supplétif.


« La convention de Maroua »


Il s’agit d’une déclaration entre les chefs d’Etat du Cameroun et du Nigéria.
Dans cette déclaration, une délimitation maritime est mise en place. Cette déclaration a été
qualifiée de traité par la CIJ. C’est une simple déclaration mais c’est un écrit. Les obligations
créées sont extrêmement précises. Rien n’est prévu quant à l’EEV de cette déclaration.
Est-ce qu’il faut un nombre de ratifications ? Ici, on est entre 2 Etats. Par définition, ça ne peut
entrer en vigueur que quand il y a un accord des deux.
Art 24 §2 – dès la signature à accords en forme simplifiée. Seuls les chefs d’Etat
interviennent. Le Nigéria a tenté d’invoquer un vice de consentement mais le Cameroun n’est
pas supposé connaitre la constitution précisément du Nigéria. On peut être en droit de penser
qu’il engage son état. Les cas doivent être flagrants pour qu’on puisse remettre en question
la validité.



192
Art. 18. - Obligation de ne pas priver un traité de son objet et de son but avant son entrée
en vigueur Un Etat doit s’abstenir d’actes qui priveraient un traité de son objet et de son
but :
a) lorsqu’il a signé le traité ou a échangé les instruments constituant le traité sous réserve
de ratification, d’acceptation ou d’approbation, tant qu’il n’a pas manifesté son intention
de ne pas devenir partie au traité; ou
b) lorsqu’il a exprimé son consentement à être lié par le traité, dans la période qui précède
l’entrée en vigueur du traité et à condition que celle-ci ne soit pas indûment retardée.
Cet article s’applique aux accords multilatéraux sans procédure simplifiée et trouve à
s’appliquer entre la signature et l’entrée en vigueur (c.-à-d. ne pas priver le traité de son
objet et de son but.) Toutefois, si dès la signature, on devait respecter un traité, c’est
comme si la signature valait engagement à être lié. On violerait cet article 18. Les mesures
doivent être extrêmement radicales.
- Entre l’engagement et l’entrée en vigueur.

Exemple : Les USA et la CPI

Lettre des Etats-Unis au Secrétaire général de l’ONU, 6 mai 2002
« This is to inform you, in connection with the Rome Statute of the International Criminal
Court adopted on July 17, 1998, that the United States does not intend to become a party
to the treaty. Accordingly, the United States has no legal obligations arising from its
signature on December 31, 2000. The United States requests that its intention not to
become a party, as expressed in this letter, be reflected in the depositary's status lists
relating to this treaty ».


Les Usa ont signé le statut de Rome en 1998 et juste après tout fait pour que cette convention
ai le moins d’effets possibles. Ils ont fait pression sur des tas d’états pour qu’ils ne ratifient
pas la convention. Ils ont aussi fait pression pour que les états s’engagent à ne pas livrer des
ressortissants à la CPI.
Ils ont dit en 2002 qu’ils ne deviendraient jamais parties. Ils se sont de la sorte soustraient à
l’application de l’article 18.
On a, en effet, le droit de décider de ne pas ratifier dès lors qu’on le déclare. On est alors
soustrait à l’article 18 dès lors que l’on est de bonne foi. L’article 18 consacre une obligation
de bonne foi.

Jurisprudence CEDH affaire Oçalan c. Turquie, 2003 :
« 185. […] on ne peut plus prétendre […] qu'il existe des motifs sérieux de croire que le requérant
risque d'être exécuté. A cet égard, il faut également garder à l'esprit que la Turquie est à présent
signataire du Protocole no 6 (paragraphe 55 ci-dessus), et qu'en cette qualité, elle est tenue de ne
pas appliquer la peine capitale en raison de l'obligation qui lui incombe en vertu de l'article 18 de
la Convention de Vienne du 23 mai 1969 sur le droit des traités de ‘s'abstenir d’actes qui priveraient
[ledit Protocole] de son objet ou de son but’ ».

Dans cette affaire, on voit que les organes de protection des droits de la personne ont
tendance à toujours essayer d’interpréter largement les obligations des Etats. La CEDH va dire

193
à propos du dirigeant Kurde capturé, qu’il ne pouvait être exécuté car la Turquie avait signé
un protocole d’interdiction de la peine de mort qui n’était pas entré en vigueur mais qu’elle
devait respecter en vertu de l’art 18 de la convention de vienne car ce serait priver le traité de
son objet, de son but.

« UK must leave European Convention on human rights, says Theresa May »
« Russia could withdraw from European Convention on HR, state news agency RIA reports »
Convention européenne des droits de l’homme Article 58

1. Une Haute Partie contractante ne peut dénoncer la présente Convention qu'après


l'expiration d'un délai de cinq ans à partir de la date d'entrée en vigueur de la Convention
à son égard et moyennant un préavis de six mois, donné par une notification adressée au
Secrétaire Général du Conseil de l'Europe, qui en informe les autres Parties contractantes.
2. Cette dénonciation ne peut avoir pour effet de délier la Haute Partie contractante
intéressée des obligations contenues dans la présente Convention en ce qui concerne tout
fait qui, pouvant constituer une violation de ces obligations, aurait été accompli par elle
antérieurement à la date à laquelle la dénonciation produit effet.
3. Sous la même réserve cesserait d'être Partie à la présente Convention toute Partie
contractante qui cesserait d'être membre du Conseil de l'Europe.


Peut-on se retirer la CEDH ? Si le traité le prévoit, on peut. La CEDH le prévoit en son article
58. Il est nécessaire de prester un préavis de 6 mois pendant lesquels la convention continue
de s’appliquer. Le Ru et la Russie pourront donc se retirer.
Quid de la convention de Vienne si le traité ne prévoit rien ?
Art 56 – Il ne peut y avoir de dénonciation sauf si des conditions restrictives sont respectées.
a) interpréter le traité pour voir s’il y a volonté
et b) nature du traité à si volonté commune actuelle supposée, on peut supposer qu’on peut
se retirer.

« Nucléaire Iranien : D. Trump », on ne s’en lasse pas.


Donal Trump annonce le retrait et rétablit de suite des sanctions.
1. Le retrait est-il prévu dans l’accord ? Non. Il y a simplement un DRM en cas de
différends.
On est plutôt dans le cas de l’article 56 à quand bien même, les USA pouvaient se retirer ils
auraient dû prester un préavis de 12 mois de toute façon et n’auraient pu rétablir les sanctions
directement. De nombreux états ont dit que le retrait était une violation du droit
international. C’est plus problématique.

On peut se demander si c’est un traité. C’est un mécanisme conjoint d’action. Ce n’est pas très
formel. On pourrait dire que c’est un engagement politique.

194


III. Le principe de relativité des traités et ses limites

Lorsqu’on dit qu’un traité ou une réserve est nul, c’est qu’il y a quelque chose au-delà de la
volonté des Etats, du droit impératif.
Les traités expriment des règles dont les états ne peuvent fondamentalement se passer.
Cependant, les traités sont laissés à l’appréciation des Etats qui ne sont pas obligés de les
ratifier même s’ils ont la vocation d’être le plus universel possible.

« The ghostwriter »
Les traités ne sont pas mis en œuvre de la même manière partout. Des juristes se prononcent
sur le statut de la CPI. Un ancien ministre britannique soumis à une enquête de la Cour, se
trouve aux USA à dans quelle mesure il peut être jugé ?

Il aurait participé au programme par lequel les USA, pour interroger les personnes suspectées
de terrorisme les emmenaient à l’étranger pour qu’ils échappent à la juridiction des juges et
qu’ils puissent les torturer en toute impunité.

Il faut démontrer que c’est un crime contre l’humanité, un crime de guerre, …

Cela illustre la relativité puisque selon où vous allez, vous allez ou non être soumis à la CPI.

Pour ce qui concerne la CPI, il faut distinguer :
à compétence pour juger d’une affaire et incriminer une personne = compétence judiciaire
= 1e volet de relativité
elle est compétente soit
- L’auteur doit être ressortissant d’un des Etats membres au Statut
- Que l’infraction ai eu lieu sur le territoire d’un Etat membre
- Crime perpétré après l’entrée en vigueur du statut
- Le CS peut donner compétence à la CPI.

195

La GB a ratifié le Statut à la Cour est donc compétente.

à Exécution des décisions qu’elle peut être amenée à prendre = potentiel d’exécution = 2e
volet de relativité.

Les USA ne sont pas partie au Statut. Elle n’a pas l’obligation de délivrer des personnes
recherchées à la Cour. La décision de la Cour ne pourra en fait pas matériellement être
exécutée.
Ex : El Béchir actuellement.


è La Cour devrait permettre de juger des crimes très graves, contre l’humanité mais en
pratique, on se situe dans la relativité.

A. Le principe de la relativité des traités

Ce côté relativiste a des limites parce qu’il y a objectivation par le biais de l’invalidité de
certains traités. Cependant, le principe de relativité des traités se traduit plutôt par des
questions d’opposabilité. Le traité existe, est valide mais le soucis se situe au niveau de
l’opposabilité/ il ne peut être invoqué v-à-v de certains Etats.
« [a]ucune disposition des articles 34 à 37 ne s’oppose à ce qu’une règle énoncée dans un
traité devienne obligatoire pour un Etat tiers en tant que règle coutumière de droit
international reconnue comme telle » (art. 38 CVDT)
Un Etat non partie à un traité n’a pas violé le traité, il peut avoir violé la règle énoncée par le
traité si elle est coutumière (contournement de l’effet relatif des traités). Cela se fait souvent
pour des règles de fond. On ne peut l’envisager pour des problèmes de procédure ou de
compétence puisqu’on ne peut coutumièrement être soumis à une juridiction.
àL’article 38 relativise la relativité.

Plus la pratique est longue, plus il sera facile de dire que c’est une coutume.
Ex : pas de possibilité de s’approprier une planète – coutume immédiate.



- Traité 1 (npf) : A-B
- Traité 2 (avantage commercial): B-C
La clause de la nation la plus favorisée est une clause dans laquelle il est dit que si un Etat
accorde un avantage commercial plus important à un autre état, il bénéficiera aux autres Etats
parties. Deux états concluent un traité avec une clause de la nation la plus favorisée. Si un Etat
conclut un accord plus favorable que ce qu’il y a ici, l’autre Etat pourra en bénéficier. A pourra
invoquer B-C pour revendiquer un droit à un avantage commercial puisque l’Etat A invoque
un traité auquel il n’est pas partie. En réalité, ce qui permet à l’Etat A de se prévaloir d’une
clause d’un traité auquel il n’est pas partie, c’est le premier traité et la clause de la nation la
plus favorisée. Ce n’est pas une réelle exception. Cela illustre l’autonomie de la volonté.

196
On pourrait dire que des dispositions vont plus loin. L’ONU va faire en sorte que les Etats non-
membres vont agir conformément à ces principes. Dans cet article, le titulaire de l’obligation
est l’ONU. L’Etat tiers n’est pas lié par cet article.

« L’Organisation fait en sorte que les États qui ne sont pas Membres des Nations Unies
agissent conformément à ces principes dans la mesure nécessaire au maintien de la paix et
de la sécurité internationales » (art. 2 § 6 de la Charte)

Dans la pratique, le CS adopte des résolutions. Dans certains cas, il demande aux Etats non
membres de faire quelque chose. Il serait critiquable qu’il prétende obliger des états non
membres. Cela semble pourtant être le cas dans certaines résolutions. Aujourd’hui, il n’y a
pratiquement plus d’états non membres de l’ONU.

Ex : Corée à action par la voie de recommandation d’aider la Corée à repousser une attaque
venue du Nord à application de l’article 2 § 6.
Ex : Suisse à en vertu de son statut neutre, disait qu’elle n’était pas membre de l’ONU. Elle
disait qu’elle décidait souverainement d’appliquer les résolutions du CS. C’était des
engagements unilatéraux de les appliquer.

è Ce ne sont pas de réelles exceptions.

B. Les réserves : une consécration de la relativité ?


= être partie à l’accord sauf pour certaines dispositions. On ne peut opposer qqch à quelqu’un
s’il ne l’a pas accepté. Tout est bilatéralisable. L’applicabilité du traité sera dépendante de
l’émission de réserves. Le principe de base est le plus petit commun dénominateur. On ne
peut appliquer au-delà de ce qu’un état a accepté. Le volontarisme prime dans ce cas.

Qui peut le plus, peut le moins. Pour que les états soient + parties au traité, on leur permet de
faire des réserves. Cela fonctionne ainsi pour toute une série de traités où pour essayer de
favoriser l’application la plus large de ce qui est prévu, on permet aux états de faire des
réserves. Parfois cette possibilité est même prévue dans la disposition elle-même.

Ce principe est largement admis. On espère que les réserves soient provisoires car elles
peuvent toujours être retirées.

Il faut faire deux colonnes et voir quelles sont les dispositions qu’ils ont tous les deux acceptés.
On applique que ceux dans lesquels les deux colonnes sont remplies.

197

B en conflit avec A, ne pourra invoquer l’article 1 et 2 pour dire qu’ils ont été violés. Ils ne
seront pas applicables.

On peut évaluer la validité des réserves.

(CVDT, art. 19).
« Un Etat, au moment de signer, de ratifier, d’accepter, d’approuver un traité ou d’y
adhérer, peut formuler une réserve, à moins :
a) que la réserve ne soit interdite par le traité;
b) que le traité ne dispose que seules des réserves déterminées, parmi lesquelles ne figure
pas la réserve en question, peuvent être faites; ou
c) que, dans les cas autres que ceux visés aux alinéas a) et b), la réserve ne soit incompatible
avec l’objet et le but du traité »
L’objectivisme revient dans l’idée qu’il y aurait des problèmes de validité. La réserve doit être
admise et valide. Si elle ne l’est pas, on la supprime. Elle ne pourra sortir aucun effet juridique.
L’idée est de voir si le traité admet des réserves mais avant il faut voir s’il est possible
d’émettre des réserves.

(Statut de la C.P.I., art. 120)


« Le présent Statut n’admet aucune réserve »
Ici, les réserves sont exclues. On est dans le point a) de l’article 19.

(CEDH, art. 57 § 1)

« Tout Etat peut, au moment de la signature de la présente Convention ou du dépôt de son


instrument de ratification, formuler une réserve au sujet d’une disposition particulière de
la Convention, dans la mesure où une loi alors en vigueur sur son territoire n’est pas
conforme à cette disposition. Les réserves de caractère général ne sont pas autorisées aux
termes du présent article »
Certaines réserves particulières sont admises mais d’autres ne le sont pas.

Cedaw = Convention contre les discriminations contre les femmes

Réserve emblématique de l’Arabie saoudite
« Lorsqu’il y a incompatibilité entre l’une quelconque des dispositions de la Convention et
les normes du droit islamique, le Royaume d’Arabie saoudite n’est pas tenu de respecter
ladite disposition ».
Ce type de réserve semble très large. L’objet même de la convention est d’appliquer des droits
dans tous les états parties. Dire que si c’est contraire au droit interne ce-dernier prévaut ça
fait perdre son objet à la convention.
C’est une objection de type particulier. Elle s’envisage en terme objectif et de validité.

198
Objection de la Suède
« Le Gouvernement suédois est d’avis que cette réserve générale, qui ne précise ni les
dispositions de la convention auxquelles elle s’applique ni l’étendue de la dérogation qui
en découle, suscite des doutes quant à l’engagement du Gouvernement du Royaume
d’Arabie saoudite à l'égard de l’objet et du but de la Convention […]. En conséquence, le
Gouvernement suédois fait objection à la réserve générale formulée par le Gouvernement
du Royaume d’Arabie saoudite concernant la Convention sur l'élimination de toutes les
formes de discrimination à l'égard des femmes. Cette objection ne fait pas obstacle à
l’entrée en vigueur de la Convention entre le Royaume d’Arabie saoudite et le Royaume de
Suède, sans pour autant que le Royaume d’Arabie saoudite puisse se prévaloir de ladite
réserve ».
Selon la Suède, cette objection ne fait pas obstacle à l’entrée en vigueur sans la réserve.
Si on lit le régime de l’objection aux réserves, c’est aussi la relativité. Un Etat peut décider si
un autre émet une réserve qu’entre eux, on applique pas du tout la convention. Cela n’a de
sens que dans les conventions multilatérales. Aucune disposition ne sont appliquées entre
l’Etat 1 et l’Etat 2 si l’un des 2 a fait objection aux réserves. La Suède objecte à la réserve car
elle est invalide. Soit la Suède à a raison, la réserve est invalide et donc toute la convention
s’applique. Soit elle n’est pas contraire à l’objet et aux buts du traité et la réserve va
s’appliquer et l’objection n’aurait pas d’effet.

Qui décide ?
Des organes de protection sont prévus dans les traités et donnent des avis en général ou
spécifiquement sur la validité des réserves (Affaire Rawle Kennedy – 1 comité qui est
compétent pour décider).

Ex : La convention sur le génocide comporte un article 9 qui donne compétence à la CIJ. Un
certain nombre d’états font des réserves à ce niveau-là. Si un autre fait objection à la réserve,
il a le choix de dire que rien ne s’applique soit que la convention s’applique sauf la disposition
sur laquelle porte la réserve.

Ex : Journaliste assassiné par l’Arabie Saoudite – le Procureur a inculpé plusieurs personnes.

Convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants
(1984)
Déclaration des Etats-Unis (1994):
Une réserve est émise par les USA,
cette réserve joue sur la définition de
la torture qui est à l’article 1e de la
Convention. La définition de la torture
a pour effet de restreindre le scope de
la convention.




La réserve est-elle valide ?

199
Le niveau de preuve requis par les USA est plus important. Si chacun définit selon ses propres
conceptions, on ne voit plus ce qu’il reste de l’objet de la convention. Tout dépend de
l’interprétation de l’objet ou du but que l’on a de la convention. Les réserves sur les éléments
de définition sont particulières.

Les Etats parlent de déclaration pour contourner cela. Un organe qui doit trancher, il va
assimiler cette déclaration à une potentielle réserve.


La réserve peut être émise à la signature, au cas où. La Belgique dit que la notion sera définie
ultérieurement. L’Espagne accepte mais dit qu’il n’y a pas de minorités chez elle. La Russie
défend les droits de la personne de manière farouche. C’est une forme d’objection.

Espagne : si on s’engage mais que ça ne nous concerne pas, on s’engage à quoi ? A juger les
autres états ?

A défaut de définition dans la Convention, le juge prend le dictionnaire. Le sens commun
s’applique. Ils sont présumés avoir adhéré à cette définition (volontariste) ou cette définition
s’impose à eux (objectiviste).

200
C. Les relations entre traités

Le plus possible, les juridictions vont tenter de nier les éventuelles incompatibilités entre
traités. Dans une perspective objectiviste, les états n’ont pas pu s’engager à des choses
contradictoires. On fait comme si le législateur n’avait pu vouloir des choses contradictoires
(théorie du législateur rationnel). On joue alors sur l’interprétation.


- Lex posterior (Convention Genève 1958- Montego bay 1982) – Traité le plus récent
s’applique. En 1985, on appliquera la Convention de Genève car MB n’est pas encore entrée
en vigueur. On se place au moment de l’entrée en vigueur des traités. On doit aussi
s’intéresser aux coutumes et interprétations.

- Lex specialis: CEDH/Pacte (2014/2018-Niqab) – On applique le texte le plus précis.
Néanmoins, tout est relatif. Spécial dépend du contexte. Avec le Niqab, on avait la Cour eur.
DH qui avait considéré que son interdiction dans les lieux publics n’était pas contraire à la
convention car cette restriction à la vie privée pouvait être jugée nécessaire pour des raisons
de sécurité ou de vivre ensemble. Le comité des DH a donné une solution différente. Ce sont
les limites de l’interprétation conciliante. Le DI est interprété différemment selon que l’on se
trouve à Strasbourg, à La Haye ou à Luxembourg, il y a fragmentation.
C’est le droit qui s’applique spécifiquement dans le contexte.

(CVDT, art. 31 § 3).

« Il sera tenu compte, en même temps que du contexte : […] c) de toute règle pertinente
de droit international applicable dans les relations entre les parties »
Si on est devant un organe de l’OMC, on ne doit pas vraiment invoquer des dispositions de
droit de l’environnement. Rien n’empêche de le faire pour interpréter les dispositions de
l’OMC.


Il n’y a pas de hiérarchie entre sources.

201
Le droit impératif, énoncé à l’article 53 de la Convention. On ne peut pas conclure de traités
contraires à ce principe. L’autonomie de la volonté s’arrête.
Ex : traité organisant des actes de torture – nul dès le début.
Le traité peut devenir nul s’il apparait ultérieurement (Art 64).
Ex : traité contraire à l’autodétermination – nul àpd d’une certaine date.

Protocole secret entre l’Allemagne et l’URSS en 1939


Le contexte est celui de l’avant 2e GM. L’URSS craignant d’être agressée par l’Allemagne,
conclu un accord avec l’Allemagne, à l’opposé de leur idéologie. C’est un pacte de non-
agression pour avoir le temps de s’armer. C’est de la real politik. Le protocole secret est moins
défendable. Dans ce protocole secret, les 2 Etats se partageaient des sphères d’influence. Ce
traité est-il valide ?
La norme de jus cogens du droit à l’autodétermination s’est développée plus tard. On pourrait
toutefois évoquer le principe de non-intervention ou l’interdiction de l’intervention militaire.
Cette interdiction existait elle déjà avant la charte ? Oui.
Sur base de la disposition contenue dans l’article 53, on considérerait que de manière
coutumière, on ne pourrait appliquer un tel traité parce que manifestement les états
considéraient qu’on ne pouvait pas conclure ce type de traité d’où son caractère secret.

Cour inter-américaine des DH de 1993
C’est un traité d’organisation de l’esclavage qui date de 1762. Ce traité est nul en application
de l’article 64 de la Convention de Vienne.

Ce traité ne peut être invoqué. Tout le traité est nul. Tout le traité étant nul, on ne peut
invoquer un droit qui s’y retrouve. Pour le jus cogens, c’est une nullité absolue.

202



Cas de l’accord pêche du Sahara
occidental

C’est un accord entre CE et le
Maroc. Pour le Maroc, cela
recouvre toutes les zones
maritimes contiguës au Sahara
occidental. La validité de l’accord
a été mise en cause. Cela a été
jugé par la Cour en grande

chambre. Si ça couvre le Sahara occidental,


ça pose problème // droit à
l’autodétermination du Sahara occidental.
La Cour décide qu’il faut interpréter
l’article 2 comme ne couvrant pas ces eaux-
là. C’est un exemple d’interprétation
conciliante. La Cour fait comme si c’était la
volonté commune de la CE et du Maroc.

Il s’agit de fictions.


Comité des droits de l’homme des Nations Unies, Communication no. 845/1999 : Trinité et
Tobago, 31 décembre 1999, CCPR/C/67/D/845/1999 (aff. Rawle Kennedy)

Trinité et Tobago est une ancienne colonie britannique devenue indépendante. Elle a gardé
un lien avec le RU notamment avec le Conseil privé, juridiction se prononçant en appel.

Trinité et Tobago étaient partis au protocole du pacte sur les droits civils et politiques qui
donnait compétence au comité. Ils s’en retirent et y ré adhèrent le même jour en formulant
une réserve. La réserve doit être formulée au moment de l’entrée. Ils font ça pour contourner
cette exigence procédurale.

1. Quel étaient les arguments qui, selon Trinité-et-Tobago, justifiaient la formulation
d'une réserve ? Ces arguments ont-ils été acceptés par le Comité ?

§ 6.3 – Le traitement serait inhumain et dégradant puisque ces personnes attendraient trop
longtemps. Ils mettent trop de temps à exécuter une sentence du coup ils violeraient le droit,
du coup ils émettent une réserve. Ils ont l’air de se prévaloir de leur propre turpitude. Ils
invoquent les procédures étatiques. Ils critiquent le comité lui-même qui prend trop de temps.
Les condamnés à mort peuvent aller devant le comité, ça met du temps. A la fin, en les
exécutant, c’est tellement long que leurs droits ont été violés. Cela est contraire à leur

203
constitution et contraire à ce qui a été prévu par la jurisprudence du conseil privé qui a dit que
les procédures duraient trop longtemps et étaient contraire au droit des personnes
condamnées à mort.

2. Dans quelle mesure le Comité applique-t-il les règles de la convention de Vienne sur le
droit des traités relatives à la validité des réserves ?

§ 6.5 – Le comité vérifie d’abord que le protocole lui-même n’exclut pas la possibilité de le
faire. Des réserves peuvent être formulées.
§6.6. – Le comité dit que c’est contraire à l’objet et au but du protocole. Elle affirme que la
réserve est discriminatoire. Il y inégalité de traitement puisque les condamnés à mort ne
pourront pas aller devant le comité. Cette différence doit être justifiable. Trinité et Tobago
disaient qu’objectivement ils étaient dans une situation différente. Selon le comité, il y a
discrimination. Pourquoi ?
§6.7 – Contraire à des principes fondamentaux -> il n’y a pas de possibilité de justification
quelconque.

3. Quelle est la critique adressée au Comité par ses membres dissidents ?
§ 7 et 8 de l’Annexe – Selon les dissidents, la distinction est justifiable.
La volonté évidente était de ne pas ré adhérer s’il avait su que la réserve n’aurait pas été prise
en compte.
Au bout du compte, plus personne ne peut aller devant le Comité car T et T s’est retiré tout
simplement.



4. Le comité vous semble-il développer une vision volontariste ou objectiviste du droit
international ?
Volontariste : la volonté a primé puisqu’à la fin il s’est retiré.
Objectiviste : Le protocole s’applique de manière objective aux états (Comité). Leurs réserves
ne valent pas puisque le protocole devrait s’appliquer de la même manière à tout le monde.
Dans la réalité, au bout du compte, l’Etat s’est retiré. Le jeu des comités des juridictions est
d’aller jusqu’à un certain point mais pas trop loin. C’est la stratégie des petits pas
(volontarisme) puisque les comités sont soumis aux rapports de force. On est toujours à la
merci d’un reflux.

Affaire Rawle Kennedy :
Réserve : « le Comité des droits de l'homme n'aura pas compétence pour recevoir et
examiner des communications concernant un détenu condamné à mort pour ce qui est de
toute question ayant trait aux poursuites judiciaires dont il aura fait l'objet, à sa détention,
à son procès, à sa condamnation et à sa peine ou à l'exécution de la peine de mort à son
encontre ou à toute question connexe ».

204
Chapitre 9.- Les autres sources

Ces autres sources sont diverses. On va en analyser 5.

PETE SEEGERS, « MY NAME IS LISA KALVELAGE » (1963)
L’idée est qu’un jugement rendu à propos de personnes va bien
au-delà de sa portée juridique. Les décisions des juridictions
internationales ont une valeur juridique assez limitée, elles ne
concernent que le cas d’espèce et ne sont obligatoires que pour
les parties au procès, si pénal que vis-à-vis de l’accusé. Cette
valeur juridique découle du cadre dans lequel le tribunal rend
la décision, ça renvoie plutôt à des traités qui prévoient que si
un tribunal rend une décision elle sera obligatoire. En théorie,
la jurisprudence ne vaut pas grand-chose et pourtant, c’est très
différent en pratique. Dans une perspective
volontariste/relativiste, on tend à limiter les effets juridiques à ce qui a été accepté par les
Etats et dans la mesure où ça a été accepté par les Etats. Mais, dans une perspective plus
large, objectiviste, cela permet d’aller plus loin et d’adapter le droit international. Plus que la
condamnation, c’est la réaffirmation d’un certain nombre de grands principes, notamment les
crimes contre l’humanité, qui importent. Ceux qui critiquent cette perspective vont dire que
c’est une justice de vainqueurs. C’est ici, le sens de la chanson qui affirme qu’il est ridicule de
tenir une nation pour responsable d’actes qu’elle n’a pas commis dans son ensemble. On
revoie encore une tension entre l’idée de subjectivité/de relativité et une conspiration plus
objectiviste.

JUDGMENT AT NUREMBERG (STANLEY KRAMER, 1961)
Ce film est assez daté. Il reste un des seul où est mis en scène, dans une fiction, le jugement
de Nuremberg. Ici, c’est un tribunal qui a jugé les juges de l’Allemagne nazi. Ces juges ont
invoqué le fait qu’ils ne faisaient qu’appliquer les lois selon leur mission, leur rôle et n’étaient
responsables de rien. Ils ont été condamnés pour avoir appliqué des lois contraires à des
principes de droit international et de droit allemand. Le droit national a été réinterprété au
regard de certains principes. La lecture du droit constitutionnel national est influencée par des
considérations politiques qui sont liées. D’un côté, on semble ne rendre qu’une décision de
l’espèce et d’un autre côté on réaffirme des valeurs objectives qui s’appliqueraient presque
naturellement. On peut parler de justice de vainqueurs, les alliés n’ont jamais été inquiétés
pour certains crimes. Il y a une ambivalence entre la simple application du droit et sa
réaffirmation de manière générale. Il y a référence à des principes qui s’appliqueraient dans
tous les droits des nations civilisés au-delà du cadre particulier. C’est une référence aux
principes généraux de droit. Ce sont des principes généraux qui se retrouvent dans des droits
nationaux. Ils sont tellement naturels, s’imposent tellement naturellement qu’on les retrouve
dans les droits nationaux. Cet extrait permet de comprendre le paradoxe de la jurisprudence.
à Critiques faites à la notion même d’objectivisme, qui n’est en fait peut-être qu’apparent.

Le génocide n’existait pas, il n’y a donc pas eu condamnation pour génocide mais pour crimes
contre l’humanité.

205
I. Les engagements unilatéraux

Remarque préalable : Nombreux étudiants utilisent cette source de manière extensive. Elle
ne s’applique qu’à défaut d’autre source. S’il y a un traité, on utilise le traité et on applique le
droit des traités. Le traité est la somme d’échanges, d’engagements unilatéraux mais
uniquement au sens commun. Ici, les engagements unilatéraux ne sont pas entendus dans le
sens commun. Si on est dans le contexte du droit des traités, on appliquera les traités.

C.P.J.I., Statut juridique du Groenland oriental, arrêt du 5 avril 1933, Série AB, n°53
La déclaration Ihlen est un engagement unilatéral. Le ministre norvégien des affaires
étrangères avaient dit lors d’une
entrevue officielle avec
l’ambassadeur danois que son
gouvernement ne rencontrera pas
d’obstacle de la part de la Norvège (//
la revendication danoise de
souveraineté sur le Groenland
oriental). La Cour en a déduit que le
Groenland oriental appartient au Danemark. Il n’y a pas de règle, pas de traité. C’est parce
que la Cour ne parvenait pas à déterminer l’existence d’un traité qu’elle va se référer au cas
d’un engagement unilatéral. Cette source n’est pertinente qu’en dehors du cadre des traités,
que de manière supplétive. Sur le plan méthodologique, on ne l’applique qu’à défaut de
solution.


La difficulté résulte davantage dans l’application des critères que dans leur identification.

CDI, 2006
« Une déclaration unilatérale qui a créé des obligations juridiques à la charge de l’Etat
auteur ne saurait être arbitrairement rétractée. Pour apprécier si une rétractation serait
arbitraire, il convient de prendre en considération :
les termes précis de la déclaration qui se rapporteraient à la rétractation ;
la mesure dans laquelle les personnes auxquelles les obligations sont dues ont fait fond sur
ces obligations ;
la mesure dans laquelle il y a eu un changement fondamental des circonstances. »


Il convient de se référer au rapport de la CDI. Il faut citer ce projet si on a un cas // engagement
unilatéral. Ce projet est supposé refléter le droit coutumier. C’est une codification
essentiellement de la jurisprudence, supposée avoir été acceptée par les Etats. Lorsqu’elle fait
des projets, la CDI tient compte des observations des Etats après leur avoir transmis le projet.
Fondamentalement, on pourrait parler d’opinio juris exprimée à travers ces travaux. C’est la
doctrine souvent utilisée pour dégager ce qu’est le droit coutumier.

Citer la commission : engagements unilatéraux, responsabilité internationale.

206
Dans ces extraits on voit des ambiguïtés sur le fondement de cette source :
- Lecture objectiviste : le fondement du respect de l’obligation est la bonne foi. C’est un
principe objectif sans lequel les États ne pourraient coopérer. Ce principe-là fonde le
caractère obligatoire des engagements unilatéraux.
- Vision volontariste : les États entre eux admettent que cette source existe. Cette
source repose sur la volonté des États. Cela reste un échange de volontés. Si personne
d’autre n’invoque cet engagement, cela n’existe pas. il faut qu’un autre État invoque
cette source et demande à ce qu’elle soit respectée. La relativité est bilatéralisable.

« 1. Des déclarations formulées publiquement et manifestant la volonté de s’engager


peuvent avoir pour effet de créer des obligations juridiques. Lorsque les conditions pour
qu’il en soit ainsi sont réunies, le caractère obligatoire de telles déclarations repose sur la
bonne foi ; les États intéressés peuvent donc en tenir compte et tabler sur elles ; ils sont
fondés à exiger que de telles obligations soient respectées ».

En pratique, tout le monde admet qu’il y a des engagements unilatéraux à certaines
conditions. Cette controverse est donc très théorique.

3 conditions énoncées dans les travaux de la CDI (art. 4, 6 et 7) :
(1) Pour s’engager, comme pour les traités ou la coutume, tous les organes de l’État
n’engagent pas l’État. Il faut que l’engagement émane des plus hautes autorités de
l’État (cf immunités : chef Etat, chef du gouvernement et ministre des affaires
étrangères). Cependant, en termes de responsabilité, l’État est engagé par tous les
actes de ses organes quel que soit leur place dans la hiérarchie. Il faut donc
identifier qui a émis la déclaration, voir si ce sont bien les plus hautes autorités de
l’Etat.
(2) L’engagement doit être formulé à destination d’autres États. Cela peut être
implicite. La déclaration Ihlen était un engagement vis-à-vis du Danemark. C’est ce
que la CIJ a mis en évidence à l’occasion de l’affaire Nicaragua. Le Nicaragua selon
les USA s’était engagé à certaines réformes en matière de démocratie. Selon les
USA, c’était un engagement unilatéral. A supposer même que ça en soit un, le
Nicaragua n’avait pas fait cet engagement à l’attention des Etats-Unis mais à
l’égard d’une organisation. S’engager vis-à-vis d’une organisation ne revient pas
forcément à s’engager vis-à-vis des Etats membres. L’engagement ne doit pas être
interne. Si un PM s’engage au sein du Parlement, cela n’engage pas juridiquement
car il s’adresse à ses propres parlementaires.
(3) L’engagement doit avoir un objet clair et précis. On applique les principes
d’interprétation de DI. Il faut qu’il y ai un engagement spécifiquement juridique et
pas uniquement politique. Il s’agit des mêmes conditions vues que pour les traités
et la coutume. Il s’agit de la condition la plus dure à démontrer. Une déclaration
qui créerait une obligation de s’y conformer dans le chef de son auteur.

Ex : reconnaissance par les USA de Jérusalem comme capitale d’Israël via le déplacement de
l’ambassade. Ce n’est pas que formel mais également confirmé par des actes matériels. Quid
engagement unilatéral ? Un acte unilatéral n’est pas nécessairement une déclaration
unilatérale. Dans cet exemple, on ne pourrait considérer qu’il s’agit d’un engagement
unilatéral. Les actes unilatéraux ne sont pas nécessairement des engagements unilatéraux.

207
La jurisprudence a un caractère ouvert.
C.I.J., Affaire des Activités militaires et paramilitaires au Nicaragua et contre celui-ci, 1986

« à supposer même que cette promesse politique ait eu valeur d’engagement juridique, elle
n’aurait nullement pu permettre aux Etats-Unis de réclamer la mise en œuvre d’un tel
engagement, pris non pas envers eux directement mais à l’égard de l’organisation, seule
habilitée à en vérifier l’exécution » (C.I.J., Recueil 1986, p. 132, § 262).

C.I.J., Essais nucléaires 1974


4. [u]ne déclaration unilatérale n’engage internationalement l’Etat que si elle émane d’une
autorité ayant compétence à cette fin. En vertu de leurs fonctions, les chefs d’Etat, les chefs
de gouvernement et les ministres des Affaires étrangères sont habilités à formuler de telles
déclarations. D’autres personnes représentant l’Etat dans des domaines déterminés
peuvent être autorisées à engager celui-ci, par leurs déclarations, dans les matières relevant
de leur compétence » 6. Les déclarations unilatérales peuvent être adressées à la
communauté internationale dans son ensemble, à un ou plusieurs États ou à d’autres
entités ». « 7. Une déclaration unilatérale n’entraîne d’obligations pour l’État qui l’a
formulée que si elle a un objet clair et précis. En cas de doute sur la portée des engagements
résultant d’une telle déclaration, ceux-ci doivent être interprétés restrictivement. Pour
interpréter le contenu des engagements en question, il est tenu compte en priorité du texte
de la déclaration ainsi que du contexte et des circonstances dans lesquelles elle a été
formulée »



C.I.J. , Nicaragua (1986)

208
- Dans l’affaire Essais nucléaires, cela a été reconnu comme un engagement
suffisamment clair et précis. La Cour est obligée de dire que la France s’est engagée en
se fondant sur cette déclaration. La NZ et l’Australie voyaient d’un mauvais œil les
essais de la France. La cour dit que la France s’est engagée a arrêté donc que l’affaire
n’a plus vraiment d’objet ni d’intérêt. La cour est obligée de dire que la France s’est
engagée sur base de cette déclaration.
- Dans l’affaire CIJ, Affaires au Nicaragua, au contraire, la déclaration a été jugée non
suffisamment claire. La Cour ajoute que par ailleurs ce n’est pas un engagement
juridique.

è Confronté à une déclaration unilatérale, il faut examiner la réunion des conditions. Tout
est question d’interprétation. Il faut invoquer le critère de précision et justifier en illustrant
avec les éléments convaincants.

Le cas de l’Arabie saoudite
Le ministre des affaires étrangères
saoudien a dit que le meurtre du
journaliste était une terrible erreur
et qu’ils sont prêts à poursuivre les
personnes responsables du meurtre.
La CIA affirme que le prince est
responsable tandis que Trump
appelle à être prudent.

Est-ce qu’il y a un engagement qui
ferait que à défaut de poursuite,
l’Arabie saoudite violerait le DI à
plusieurs titres (droit à la vie) ? L’État
saoudien est responsable et le serait
encore plus s’il s’engage à poursuivre
les auteurs mais qu’il ne le fait
finalement pas.

La 2ème semble moins évidente car
on ne pourrait identifier clairement à
quels États il s’adresse. Le tout est de
voir dans quel contexte cette déclaration a été faite. S’il savait que sa déclaration serait
publiée dans le monde, si c’est une interview par exemple, il faudrait considérer que la
condition est remplie et qu’il s’engage vis-à-vis de la communauté internationale (cf : Essais
nucléaire) Par contre, si sa déclaration n’est pas destinée à être publiée et diffusée, il faudrait
considérer que la 2ème condition n’est pas remplie. En ce qui concerne la 3ème condition : on
peut dire qu’elle n’est pas remplie en pointant les éléments d’imprécision : quand vont-ils le
faire ?, … On pourrait, a contrario, invoquer la démarche d’effectuer une enquête comme
démarche assez concise au vu du contexte international. C’est particulièrement la 3ème
condition qui prête à interprétation.

209
François Hollande : Intervention devant l'Assemblée générale de l'ONU (28 septembre 2015)

« La France plaide pour l’élargissement du Conseil de sécurité. La France plaide pour une
représentation différente au Conseil de sécurité. La France plaide pour que les continents se
retrouvent clairement en responsabilité du monde dans le cadre du Conseil de sécurité. La
France veut que les membres permanents du Conseil de sécurité ne puissent plus recourir
au droit de veto en cas d’atrocités de masse. Comment admettre que l’ONU, encore
aujourd’hui, puisse rester paralysée, lorsque le pire se produit ? Là aussi, montrons
l’exemple. Je m’engage ici à ce que la France n’utilise jamais son droit de veto lorsqu’il y
a des atrocités de masse ».
Il s’engage à ce que la France n’utilise jamais son droit de véto lorsqu’il y a des atrocités de
masse devant l’AG de l’ONU. Il faut rappeler les 3 conditions. On peut affirmer que la 1e et la
2e sont remplies car il s’adresse aux autres Etats et il est le chef de l’Etat. Par contre, pour ce
qui est de la 3ème , cela dépend. Elle ne serait pas remplie étant donné que les atrocités de
masse ne désignent pas grand-chose en DI. Il s’agirait de quelque chose d’assez vague car
cette notion n’est pas juridiquement définie, pas assez précise. Par ailleurs, on pourrait se
demander en quoi consiste l’utilisation du droit de veto (voter toujours en faveur ? ). Il est
difficile d’identifier les cas dans lesquels il voterait contre. On pourrait au contraire
argumenter que cette notion d’atrocités de masse est assez claire et qu’il s’engage
directement dans le présent à ne pas utiliser son droit de véto.

México no reconocerá a una Cataluña independiente Comunicado No. 379. (10 octobre 2017)

El día de hoy, durante la comparecencia ante el Senado de la República, el Secretario de


Relaciones Exteriores, Luis Videgaray, expresó que México ha seguido cuidadosamente los
recientes acontecimientos en Cataluña y lamentó los hechos de violencia ocurridos el 1 de
octubre. …Finalmente, el Secretario Videgaray puntualizó que, « si a pesar del diálogo
político, el gobierno Catalán declara unilateralmente la independencia, el gobierno de
México, en apego al derecho internacional, no reconocerá a Cataluña como un Estado
independiente »
Le gouvernement mexicain, conformément au droit international ne reconnaitra pas la
catalogne comme état indépendant. La 1ère condition (ministre des affaires étrangères) ainsi
que la 2ème (vis-à-vis de la communauté internationale et non directement à la Catalogne) sont
remplies. Il ne s’agit pas d’un communiqué interne au Mexique. Il s’agit d’un communiqué
officiel à destination de la communauté internationale. Tout le monde pourrait exiger le
respect de cet engagement. Un engagement peut également être fait à l’égard d’autres
entités, comme une organisation internationale. Ils font référence au droit international. Ils
ont eux-même l’air de dire que c’est un engagement juridique et qu’ils doivent le faire. La 3ème
condition est plus délicate. La reconnaissance a des effets juridiques immédiats, elle n’est pas
uniquement politique. Cela pourrait renvoyer à la coutume et à l’opinio juris (cf : résolution de
l’AG qui interdit aux États de reconnaître l’annexion par la Crimée par la Russie).

Dans le cas du Kosovo, il n’y a pas réellement d’engagement unilatéral. Dans l’avis, elle ne se
prononce pas sur la possibilité de reconnaitre ou ne pas reconnaitre. Elle dit que
l’indépendance n’est pas contraire à l’intégrité territoriale de la Serbie car l’intégrité
territoriale ne s’appliquerait qu’entre Etats.

210
Charles Michel à L’AG de l’ONU (2018) – Pacte mondial sur les migrations

Il existe un débat au sein des autorités belges : certains considérant qu’il faut signer ce pacte
alors que d’autres considèrent qu’il ne faut pas le signer. Le 1er Ministre se prononce en faveur
de la signature. Il considère que ceux qui s’opposent sont à mettre dans le même sac que les
passeurs. Certains membres du gouvernement ne veulent pas signer le pacte.
S’agit-il d’un engagement de la Belgique à signer le Pacte ?
Les 2 premières conditions, c’est exprimé par le PM et en public et à l’égard de tous les Etats
sont remplies. Toutefois, la 3ème condition ne serait pas remplie. Il affirme que son pays signera
en décembre. Il faut voir s’il n’y a pas autre chose car cette source s’applique à titre supplétif.
On est dans le cadre de ce qui semble s’apparenter à un traité. Il faudrait voir dans quel forme
de traité on se trouve (traité en forme simplifiée ou non). Si c’était un traité, il faudrait aller
voir le Pacte. Si ce n’est pas un traité, rien n’empêcherait de s’engager. Il faut voir s’il s’agit de
la volonté exprimée ou d’une simple déclaration politique. On pourrait aller dans l’autre sens
en disant que l’engagement est suffisamment clair car il porte sur un texte juridique. Parfois,
pour voir s’il y a un engagement, il faut voir sur quoi il porte.

Ex : Burkina Faso c. Mali. Le Burkina invoquait un engagement clair du président du Mali. S’ils
avaient voulu s’engager, selon la Cour, ils se seraient engagés dans le cadre de ces
négociations car ils étaient en constante négociation. Cette conférence de presse est alors
politique. Ici, de dire qu’on va le faire, c’est qu’on ne l’a pas encore fait. C’est une sorte de
préalable et donc une déclaration simplement politique.

Un engagement unilatéral, s’il est établi, se trouve à la même place que les traités et la
coutume. Si on ne le respecte pas, on viole le droit international de la même manière.

II. Les actes des organisations internationales

Résolution 1373 (2001)
Le Conseil de sécurité, …Réaffirmant également sa condamnation sans équivoque des
attaques terroristes commises le 11 septembre 2001 à New York, à Washington et en
Pennsylvanie, et exprimant sa détermination à prévenir tous actes de ce type, Réaffirmant
en outre que de tels actes, comme tout acte de terrorisme international, constituent une
menace à la paix et à la sécurité internationales, …
Agissant en vertu du Chapitre VII de la Charte des Nations Unies,
1. Décide que tous les États doivent :
a) Prévenir et réprimer le financement des actes de terrorisme;
b) Ériger en infraction la fourniture ou la collecte délibérée par leurs nationaux
indirectement, de fonds que l’on prévoit d’utiliser ou dont on sait qu’ils seront utilisés pour
perpétrer des actes de terrorisme; …
c) Geler sans attendre les fonds et autres avoirs financiers ou ressources économiques des
personnes qui commettent, ou tentent de commettre, des actes de terrorisme, …
3. Demande à tous les États : …
d) De devenir dès que possible parties aux conventions et protocoles internationaux
relatifs au terrorisme, y compris la Convention internationale pour la répression du
financement du terrorisme en date du 9 décembre 1999;

211
Cette résolution a été adoptée suite aux attentats du 11 Septembre 2001. Le CS décide que
tous les Etats doivent faire un certain nombre de choses. Il demande aux Etats de devenir
parties à certaines conventions. Tous les points au §1 sont en réalité dans les traités. Ici,
comme pour la résolution 1244, le CS rend obligatoire certains éléments indépendamment du
fait de savoir si les états sont parties ou non au traité en question. Cette résolution est assez
originale, spécifique de ce point de vue. Le CS semble agir comme une sorte de législateur
(copie-colle une conv dans une réso à obligatoire pour tous les Etats).
Cf : Lockerbie.


A. Un droit conventionnel dérivé ?

C’est ce qu’on appelle du droit dérivé des traités. C’est du droit des traités spécifiques.

1. L’acte peut-il se fonder sur une compétence de l’organisation ?

Est-ce une compétence de l’organisation ? Le CS invoque le chapitre 7 de la Charte. A priori,
oui, il a compétence. Tout le débat est de savoir si le conseil peut rendre des résolutions de ce
type-là qui, contrairement à sa pratique constante de prendre des décisions dans des cas
particuliers, sont très générales. Certains critiquent le CS, il n’est pas un pouvoir législatif. Il
demande même aux états de ratifier des conventions mais c’est en fait la voie normale. C’est
discutable mais il y a une présomption de légalité.

2. L’organe compétent avait-il la volonté de créer des effets juridiques ?

Le CS n’a pas l’air de décider au paragraphe 3 tandis qu’au paragraphe 1 il y a manifestement
la volonté de créer une obligation. Cette condition nous amène à analyser les termes du texte
indépendamment de la compétence de son auteur.

3. Quels sont les destinataires qui sont liés par la décision ?

Cela dépend de chaque organisation. Ici, c’est tous les membres des NU (cf : Charte). Cela
suppose d’être membres des NU. On ne pourrait l’opposer à un état non membre à moins de
de dire qu’il s’agit de la coutume. C’est tout de même plus difficile car ce sont uniquement 15
états mais si on invoque le fait qu’il n’y a pas d’objection alors pourquoi pas.

B. Des effets juridiques par le biais d’autres sources de droit international ?

1. Traités: pratique interprétative (art. 31 § 3 b) CVDT 1969)
2. Coutume: élément de pratique ou d’opinio juris
3. Engagement unilatéral

ASSEMBLY OF THE UNION Twenty-Eighth Ordinary Session 30 - 31 January 2017 Addis Ababa,
ETHIOPIA , DECISION ON THE INTERNATIONAL CRIMINAL COURT

212

6. WELCOMES and FULLY SUPPORTS the sovereign decisions taken by Burundi, South Africa
and The Gambia as pioneer implementers of the Withdrawal Strategy, regarding their
notification of withdrawal from the ICC; 8. ADOPTS the ICC Withdrawal Strategy along with
its Annexes and CALLS on member states to consider implementing its recommendations

Assemblée de l’Union africaine en janvier 2017 accueille et soutien la décision prise par l’AFS
et la Gambie de se retirer de la CPI. Cette assemblée adopte une stratégie de retrait et appelle
les EM à envisager de mettre en œuvre ses recommandations. La critique des Etats africains
est que la Cour, qu’ils ont pourtant utilisé eux-mêmes à de multiples reprises pour faire juger
leur opposant, ne poursuit que des personnes africaines. Les Etats africains critiquent cette
politique judiciaire. Ils veulent créer une Cour africaine. Dans ce contexte, ils appellent
l’assemblée au retrait. Les Etats qui ne se retireraient pas violeraient ils cette résolution ?
L’Assemblée a compétence pour prendre ce type de résolution (1). Cependant, le texte est
trop flou que pour affirmer qu’elle a la volonté de créer des obligations (2) même si les
destinataires sont les EM (3).

La responsabilité de protéger ?

Chaque Etat doit faire respecter les droits
de la personne sur son territoire et donc
empêcher que des crimes de génocide
notamment soient commis et s’ils sont
commis de réprimer leurs auteurs. On
évoque une intervention militaire pour
mettre fin à des atrocités de masse.
Ici, ce sont les États qui s’engageraient. Il
est difficile de dire qu’ils s’engageraient
envers eux-mêmes. On ne sait pas
exactement à quoi ils s’engagent, ni vis-à-
vis de qui. L’AG a compétence pour
adopter ce type de résolution (1) mais on ne voit pas exactement en quoi consisterait
l’engagement (2) ni envers qui (3). Pour rappel, le CS n’a pas de personnalité juridique propre.

Ex : Demander un avis à la Cour sur les armes nucléaires va au-delà des compétences de l’OMS.
La résolution adoptée n’était pas voilà (Merci Corten de couper tes phrases <3).









213
Charte mondiale de la nature
Les destinataires sont clairement
identifiables (3). Le langage est bien
précis en termes d’obligation (2).
Pour ce qui est de la 1e condition, l’AG
est-elle compétente ? L’AG n’est pas
compétente pour prendre des mesures
obligatoires à ce sujet. Elle n’a pas la
compétence pour obliger les Etats à
faire quelque chose. Seul le CS pourrait
obliger les Etats a faire quelque chose.
A la suite de tout ça, la voie normale
serait l’adoption d’un traité par les
Etats. Ce qui sera alors obligatoire,
c’est le traité. Si le CS intervient, ça n’ira pas car il est normalement compétent pour rendre
des décisions au cas par cas. Il y a des engagements mais le pacte ne prétend pas ajouter
quelque chose. Cela apparaît comme quelque chose d’extrêmement flou. Ce texte n’est pas
juridiquement contraignant. C’est une simple déclaration. Parfois, des documents sans valeur
juridique au sens propre ont parfois été considérés comme ayant une portée (droits Homme).

Retour sur le Pacte mondial
Cela sonne juridique. Mais le
présent pacte établit un cadre de
coopération juridiquement non
contraignant qui repose sur les
engagements, les traités existants.
Ce pacte ne prétend pas ajouter
quelque chose. Il est
juridiquement explicable de
refuser de signer ce document
puisqu’il n’est pas contraignant.
C’est politiquement
compréhensible.












214















III. Les principes généraux de droit

Article 38. Statut de la C.I.J.
« 1. La Cour […] applique: […] c. les principes généraux de droit reconnus par les nations
civilisées »
C’est supposé être sur le même pied que la coutume et les traités.

Art. 21 Statut de la C.P.I.
« 1. La Cour applique: a) En premier lieu, le présent Statut, les éléments des crimes et le
Règlement de procédure et de preuve ; b) En second lieu, selon qu’il convient, les traités
applicables et les principes et règles du droit international, y compris les principes établis
du droit international des conflits armés ; c) À défaut, les principes généraux du droit
dégagés par la Cour à partir des lois nationales représentant les différents systèmes
juridiques du monde, y compris, selon qu’il convient, les lois nationales des États sous la
juridiction desquels tomberait normalement le crime, si ces principes ne sont pas
incompatibles avec le présent Statut ni avec le droit international et les règles et normes
internationales reconnues. »
En revanche, sur le plan méthodologique il semble y avoir un ordre à respecter. Il n’est pas
censé reprendre une hiérarchie, les principes ne sont pas inférieurs mais inutiles si la règle est
fixée par une coutume ou un traité. Les PG sont utilisés lorsque le juge n’a pas trouvé de
solution dans la coutume et les traités pour éviter un déni de justice. L’idée est ici exprimée
plus explicitement.

à Cette source est-elle autonome ?
Différence selon que l’on suive une optique objectiviste ou volontariste.
- Objectiviste : Les PG renvoient essentiellement au droit interne (cf : Nuremberg). Ces
PG sont tellement évidents (ex : complicité) qu’ils s’imposeraient objectivement. Par
conséquent, on les retrouverait dans tous les droits internes. On est proche du droit
naturel mais il n’est pas affirmé en tant que tel. Ainsi, on n’imagine pas qu’un système
pénal pourrait fonctionner autrement.

215
- Volontariste : les PG reconnus par les nations civilisées. On retrouve une notion
d’acceptation. Ce ne serait pas une source autonome. En effet, lorsqu’ils reconnaissent
que ces PG existent, ils le font soit par le biais des traités, soit par la coutume. Il ne
serait pas nécessaire de se référer aux droits internes. On pourrait voir les droits
internes car si l’Etat l’a incriminé en droit interne, c’est qu’il veut que ça soit incriminer.
C’est une manière de voir sa volonté, son opinio juris. Le PG n’est pas vraiment qqch
d’autonome mais plus une voie que l’on peut utiliser pour dégager une règle.

Cette divergence doctrinale qui n’a pas de conséquences radicales. L’enjeu est que dans une
perspective volontariste, on ne pourrait opposer à un État un PG qu’il n’aurait pas accepté(
cf : objecteur persistant). Cela vaudrait aussi pour les nouveaux États. Rien ne s’imposerait
objectivement. Ce sont des choix que l’on peut faire ou ne pas faire. La souveraineté des États
doit être conservée dans cette idée de lutte contre l’impérialisme, symbolisée par l’expression
de nation civilisée. L’enjeu est essentiellement la possibilité d’opposer des règles à des Etats
qui ne l’auraient pas accepté.


C.I.J., Affaire du Détroit de Corfou (R.-U. c. Albanie), arrêt, 9 avril 1949

« l’Etat victime d’une violation du droit international se trouve souvent dans l’impossibilité
de faire la preuve directe des faits d’où découlerait cette responsabilité. Il doit lui être
permis de recourir plus largement aux présomptions de faits, aux indices ou preuves
circonstancielles (circumstantial evidence). Ces moyens de preuve sont admis dans tous les
systèmes de droit et leur usage est sanctionné par la jurisprudence internationale […]. La
preuve pourra résulter de présomptions de fait à condition que celles-ci ne laissent place à
aucun doute raisonnable ».
Est-ce que l’Albanie savait que ces mines étaient posées ? La Cour a conclu que l’Albanie ne
pouvait ignorer que des mines se trouvaient à cet endroit. Elle avait une obligation positive d’
d’informer les autres États de la présence de mines. Des débats sur la preuve ont eu lieu.
L’Albanie n’a pas pu les poser elle-même mais il n’était pas possible que l’Albanie n’ait pas été
au courant de la présence de mines. Elle se justifie en disant que l’on ne peut parfois pas
prouver avec une certitude absolue. On doit alors pouvoir faire appel à des indices ou preuves
circonstancielles qui sont admis dans tous systèmes de droit (présomptions). Il s’agit d’un
exemple de PG. Là on a pas vraiment une perspective volontariste, dans la mesure où la Cour
ne se justifie pas. Elle ne motive pas ce qu’elle dit, comme si c’était évident. Cela s’implique
par la force de l’évidence, elle ne s’explique pas. On est plus dans une perspective objectiviste
donc.

216
T.P.I.Y., affaire Erdemovic, arrêt, Chambre d’appel, 7 octobre 1997, opinion individuelle
conjointe des juges McDonald et Vohrah

« 57. […] si les principes généraux de droit doivent être tirés des systèmes juridiques
existants, et en particulier des systèmes de droit interne, il est généralement admis que
l’élaboration d’un principe général de droit reconnu par les nations civilisées ne requiert
pas l’examen exhaustif de tous les systèmes juridiques de la planète. […] Deuxièmement,
[…] l’un des objectifs de l’article 38 1) c) est d’éviter les situations de non-liquet, c’est-à-
dire des situations dans lesquelles les travaux d’un tribunal international se heurtent à
l’absence de règles de droit applicables […]
Est-ce qu’une personne qui a été forcée à commettre des actes sous la contrainte peut être
exonérée de sa responsabilité ? Le tribunal essaie, en l’espèce, de déterminer si la contrainte
peut être admise comme une cause exonératoire de responsabilité. Il ne trouve rien dans la
coutume. Il se tourne alors vers les PG. Il considère qu’il n’y a pas de consensus entre les États
sur cette question. L’examen exhaustif de tous le systèmes juridiques de la planète n’est pas
nécessaire. L’art. 38 de la CIJ est mobilisé ici. En théorie, ce n’est pas ça mais en pratique ça
l’est devenu. Un objectif est d’éviter les situations de non-liquet, qu’un juge se déclare
incompétent pour statuer. Les PGD permettent au juge de juger en l’absence de règles
applicables. C’est leur fonction traditionnelle. Est-ce que cet arrêt est le reflet d’une optique
objectiviste ou volontariste ?
Cet extrait est plutôt objectiviste car il dit que ça ne doit pas être exhaustif. De ce point de
vue-là, il faudrait appliquer une règle même aux États qui ne l’ont pas accepté. Il ne va pas
voir les systèmes juridiques de tous les États. Le volontariste irait voir dans tous les systèmes
juridiques. RMQ : les objectivistes ne mettent pas de côté la volonté des États.
Dans une perspective volontariste, le juge ne pourrait se subsister à la volonté des États. s’il
n’y a pas de volonté commune des États, le juge ne pourrait que le constater. Le volontarisme
supposerait que l’on ne puisse pas imposer à un État une règle qu’il n’a pas accepté. Le
volontariste préfèrera utiliser la coutume plutôt que les PG. Au final, le tribunal prendra en
compte la contrainte en tant que circonstance atténuante et non comme circonstance
exonératoire. Le volontariste prend en compte l’objecteur persistant.
















217
Le cas de la Cour interaméricaine des droits de l’homme
La Cour écarte le traité car un
traité organisant l’esclavage
devait être déclaré nul. On ne
pourrait rien en tirer. Elle fait
appel aux PGD, pour les
questions de successions. Elle
est obligée dit-elle de faire
référence à cette source à
défaut d’autres sources
disponibles. Elle fait référence
à l’art. 38 du statut de la Cour
(cette disposition semble
refléter la coutume sur ce que
sont les sources de droit
international) alors que cet
article ne s’applique que dans
le cadre de l’ONU.
Elle évoque des règles communément acceptées par la communauté des nations. Elle doit
savoir à qui la réparation doit être donnée. Elle conclut qu’elle peut donner cette réparation
aux enfants et époux/ épouses. Est-ce que c’est plus objectiviste ou volontariste ? la Cour a
l’air de dire que c’est dans la nature des choses d’accorder cette compensation. Si on met
l’accent sur le « généralement », cela voudrait dire que cela peut s’appliquer à des États qui
ne l’ont pas accepté. Visiblement, la Cour trouve qu’il faut absolument trouver un moyen de
les indemniser et se réfère donc aux PG. Dans l’optique volontariste, la solution serait de ne
pas accorder le droit étant donné qu’il n’y a pas de fondement au droit.

A. Des éléments constitutifs strictement définis ?

Les éléments constitutifs sont généralement admis.

1. Un principe de droit national

Il existe une séparation entre droit national et international. En droit international, le droit
national est un simple fait, sauf quand le droit international y renvoie. Il y a donc , ici, une
possibilité de créer du droit international via le droit national mais à ce moment-là il faudra
démontrer la généralité du principe.

2. Un principe « général »

Il doit pouvoir s’appliquer à l’ensemble des Etats ou à une région.

3. Un principe transposable au droit international

Cela doit être transposable au droit international.
Ex : les règles relatives au mariage seraient difficilement transposables en droit international.

218
L’idée est que souvent ces règles sont supposées pouvoir être appliquées généralement. Ce
n’est pas un hasard que souvent, on va avoir une application de ces principes en droit pénal
international car il ressemble fort à du droit pénal interne. L’incrimination est internationale
et les tribunaux sont généralement internationaux.

CPI, Le Procureur c. Thomas Lubanga Dyilo, Chambre de première instance, 1 décembre 2007
Dans cette affaire, on rejette l’existence
d’un PG de droit pénal international. La CPI
se demande si on peut préparer les témoins
avant qu’ils ne procèdent à l’audition
devant la Cour. Elle constate que ça existe
dans les systèmes de common law mais pas
dans les autres systèmes. Elle en conclut
donc que ce principe n’est accepté que
dans certains systèmes juridiques et non
généralement. Il n’y a pas de PG en ce sens.
Le principe n’est pas suffisamment général.



TPIY, Le Procureur c. Anto Furundzija, Chambre de première instance, 10 décembre 1998
Le tribunal rappelle qu’il faut
bien vérifier que cela soit
transposable en droit
international. Il faut tenir
compte des spécificités
juridiques de l’ordre
international lorsqu’on examine
ces juridictions pénales.
On fait référence aux nations
civilisées (pas volontariste). On
renvoie au droit interne (propre
du PG de droit). Il qualifie de viol
un comportement non
unanimement qualifié de viol. Cela pourrait être critiqué par un volontariste. C’est le même
débat qu’en droit interne sur le pouvoir du juge.

IV. La jurisprudence et la doctrine : des « moyens auxiliaires de
détermination du droit » ?

Comment peut-on comprendre la spécificité de la jurisprudence. Ce n’est pas une source car
on ne peut créer du droit à travers elle. Elle serait passive et refléterait ce qui existe par ailleurs
dans les traités. En même temps, ce qu’elle cite le plus est de la jurisprudence. L’autocitation
systématique tend à démontrer la cohérence de la jurisprudence, que ce qu’on dit, on l’a
toujours dit. En analysant la doctrine, n’importe quel livre ou article cite toujours les cas de
jurisprudence existants. Cela semble paradoxal car soi-disant ça ne serait pas important et ne
permettrait pas de créer du droit.

219

House of Cards (saison 3, 1995).
On sent la pression du politique sur le juge dans cette affaire de droit maritime concernant
Chypre. Le premier-ministre a lui-même des intérêts. Le panel juge en faveur de la thèse
britannique. On a une mise en scène de ce paradoxe : le juge n’est censé qu’appliquer le droit
et être imperméable à la politique, impartial (théorie). En pratique, les choses sont plus
complexes. Il y a un décalage assez fort entre le discours du juge, très positiviste, et la réalité
où on constate que ce n’est pas nécessairement le cas. A travers la jurisprudence, on a vu que
ce n’était pas toujours très prévisible… Le juge semble avoir un pouvoir créateur.

Ce discours se retrouve dans la jurisprudence.

C.I.J., Licéité de la menace ou de l’emploi d’armes nucléaires, avis consultatif, 8 juillet 1996

Ce n’est pas
parce que la
question est
politique que
la Cour ne
peut pas la
traiter mais
elle ne peut le
faire que de
manière
juridique.

La Cour ne doit pas légiférer, elle peut se prononcer mais uniquement en droit. Elle dit le droit
existant. Ce n’est pas parce qu’il y a une question très politisée qu’elle ne peut se prononcer.

C’est ce que l’on retrouve dans le statut notamment à art. 38 §1, d) du Statut de la CIJ. La
jurisprudence apparait comme un moyen auxiliaire de détermination des règles du droit et
non une source de droit. Elle ne crée pas du droit sous réserve de l’article 59 suivant lequel
une décision n’est obligatoire que pour les parties au litige. En réalité, ce qui est obligatoire
dans un arrêt est la décision « la Cour décide » (le dispositif).

Il y a une double limitation : seule la décision est obligatoire (ne crée pas du droit pour
personne et pas pour les parties au litige) et cela ne vaut que pour les parties au litige, les
autres États ne sont pas liés. Mais une décision peut avoir des conséquences pour d’autres
États (ex : établissement d’une frontière). Ce caractère obligatoire pour les parties aux litiges
de la décision de la Cour se fonde sur le Statut de la CIJ (art. 59). Cela renvoie à un traité. On
pourrait dire que c’est un acte d’une organisation internationale. La décision de la Cour c’est
du droit dérivé, uniquement pour les arrêts. Si c’est un avis rendu par la Cour, cela n’a pas du
tout de caractère obligatoire. Dans tous les cas, toute la motivation ne crée rien dans la
mesure où ce n’est pas obligatoire (>< common law).

RMQ : LA CIJ est un organe d’une organisation internationale Par conséquent, c’est l’ONU qui
pourrait être déclaré responsable et non la CIJ.

220

En revanche, dans la pratique, certaines décisions seront très créatrices.

Affaire Soering c. R.U., Arrêt du 7 juillet 1989
L’idée, en matière de droits de la personne, qu’un Etat peut être condamné pour avoir lui-
même violé des droits d’une personne mais aussi pour ne pas avoir empêché que des droits
soient violés (obligation positive). Une personne avait été extradée par le RU aux USA et
condamnée à mort. Dans cette affaire, le RU a été déclaré responsable du fait d’avoir extradé
la personne, qui décèdera ultérieurement dans le couloir de la mort. Cela est assimilable à un
traitement inhumain ou dégradant. La Cour a déclaré qu’il y avait violation de l’obligation
positive.

Affaire Tadic, Arrêt du 2 octobre 1995
Dans cette affaire, il y a également une part de création. Le tribunal pénal sur la Yougoslavie
va décider que les crimes internationaux de guerre sont incriminés dans les guerres civiles. Or,
jusqu’en 1995, presque tout le monde disait que les incriminations pour des crimes
internationaux ne s’appliquaient pas aux conflits internes. On ne peut incriminer des individus.
Suite à cette décision, la doctrine a évolué. Il y a désormais une incrimination aussi dans les
conflits internes. La jurisprudence semble légiférer. Les volontaristes vont dire que les États
ont reconnu une compétence aux juges. De ce fait, il interprète à sa manière. Ensuite, ce sont
les États qui gardent la main. Dans le cas de l’affaire Tadic, les Etats ont repris cela dans le
droit et ce n’est qu’à ce moment-là que le droit a changé. Dans d’autres cas, (cf : Rawle
Kennedy), retrait par Trinité et Tobago du protocole. On est dans un jeu de rapport de
forces où les juges essaient d’aller toujours un peu plus loin que ce que les États ont vraiment
voulu, mais parfois reculent un petit peu.

Traditionnellement, la CEDH est considérée comme allant loin dans la protection de la
personne. Elle peut inciter les États à changer leur législation (arrêt Marckx). Mais parfois les
États protestent et considèrent qu’elle va trop loin. Les États vont tout de même souvent se
ranger derrière ce que dit la Cour. La Cour va moins loin que le Comité, elle semble renvoyer
aux Etats.

Dans l’affaire Lockerbie, la cour affirme qu’il y a une présomption de légalité. La décision de
la Cour semble apporter quelque chose et de ce point de vue-là légiférer.

Dans l’affaire Rawle Kennedy, le comité avait une position assez particulière. Il va assez loin et
puis les Etats reculent.
Dans l’affaire Isaieva, la Cour va assez loin en condamnant sur base de la convention dans le
cadre d’une guerre civile. La Cour tranche et condamne l’Etat.
è C’est du cas par cas. Finalement, le juge va rendre une décision obligatoire.
Mais au-delà de ça, ce n’est pas une source de DI. C’est très théorique.

Au plus on est volontaristes, au plus on va insister sur le fait que ce que dit le juge n’est pas
obligatoire pour les Etats. Seule sa décision pour les Etats parties est obligatoire. C’est la
conception la plus respectueuse de la volonté des Etats. Selon les objectivistes, les juges
expriment des idées objectives. Ils insistent sur la valeur des précédents. Le juge est
l’interprète le plus neutre possible de ce que requiert le droit international.

221

CIJ s’inscrit dans la common law par rapport à la forme et au discours. Notons que le juge n’est
pas tenu par ses propres précédents et il est donc possible d’avoir des revirements de
jurisprudence sans devoir le justifier.

Doctrine :
On a le même paradoxe. On retrouve ici sur le slide des institutions doctrinales.

La CDI formule des projets
qui ne sont pas obligatoires.
En même temps, une fois
que la doctrine va dans un
sens, cela accompagner ou
susciter l’évolution du droit
international.










Statut de l’Institut du droit international :
Cet article est ambivalent : il affirme qu’il analyse le
droit, est exclusivement scientifique (plus neutres de ce
point de vue-là) mais disent eux-mêmes qu’ils ont une
mission de faire évoluer le droit. Cela semble
contradictoire. Si on est véritablement scientifique, on
ne veut rien favoriser.
Cet institut véhicule un esprit très idéaliste selon lequel
grâce au droit international on va régler tous les
problèmes. Le pôle éthique s’y retrouve de manière
caricaturale. La légitimité se fonde sur le fait que c’est exclusivement scientifique mais on
admet que l’on veut soi-même contribuer à l’évolution du droit, créer quelque chose.

- Question : est-ce que le droit des conflits armés protège les soldats des actes accomplis
par leur propre État ? protégé contre son propre État ? contre sa propre hiérarchie ?
Classiquement, les soldats sont protégés contre l’autre partie par le droit des conflits armés.
Ex : abus sexuels par soldats même armée.




222
CICR, 2016 Nouveau commentaire de la Convention de Genève I, article 3


L’article 3 commun est le seul prévoyant des choses pour les conflits armés internes. Le CICR
va dire que cela s’applique aussi. Il se fonde sur un précédent à CPI, Ntaganda.

C’est dans une jurisprudence isolée reprise par la doctrine. Le CICR est lui-même repris par de
la jurisprudence et une règle peut être crée. Le CICR est toujours pris comme référence.
On retrouve le côté créateur de la doctrine et la jurisprudence. La jurisprudence se réfère à la
doctrine qui dit que ça doit être comme cela.

CPI, Le Procureur c. Bosco Ntaganda, Décision, 4 janvier 2017



Ex : Mare de Soum à Mare partagée en 2 ; équité infra legem. La Cour affirme qu’elle
interprète en droit. En pratique, on ne voit pas très bien d’où elle sort cette idée. Ici, ils
prétendent toujours qu’ils ne font qu’interpréter le droit. C’est un jeu de légitimité. Dans les
discours, on fait comme si on ne fait qu’interpréter.

La doctrine si elle propose des changements s’affaiblit. Elle affirme qu’elle interprète le droit
existant.








223
Cas du tribunal citoyen sur les migrants


Ce tribunal s’est tenus à Paris (tribunal permanent des peuples). Parmi les membres, on
trouvait des juristes et des politiques. Sa composition est mixte. Ce tribunal a condamné la
France et l’UE pour complicité de crimes contre l’humanité. Ce tribunal n’est reconnu par
aucun État. Le fait de renvoyer les migrants en Turquie, en externalisant le problème a été
condamné par le tribunal. Il considère que cela est contraire au DI et demande aux Etats de
modifier leurs comportements.
C’est de la doctrine. Pour qu’il s’agisse
d’un jugement, il faut que l’État
reconnaisse au tribunal une
compétence. Il s’agit d’une sorte de
tribunal d’opinion qui prend la forme de
la jurisprudence mais n’en est pas et ne
prétend pas en être. La jurisprudence n’a
pas la même valeur que la doctrine en
pratique alors qu’en théorie oui.





224
V. C.I.J., Affaire des Activités armées sur le territoire du Congo (nouvelle
requête : 2002) (République démocratique du Congo c. Rwanda),
arrêt du 3 février 2006, Recueil 2006, par. 45-70.

Cette affaire concerne les événements qui ont eu lieu en 1998. Le Congo va saisir la CIJ à
l’encontre de l’Ouganda (qui avait accepté la compétence de la Cour). Par contre, le Rwanda
n’avait pas accepté la compétence de la Cour, ni de manière générale, ni dans des traités
(clauses compromissoires). La Cour se penche sur un autre argument du Congo qui va
renvoyer à une sorte d’engagement unilatéral.

1. Quel est le raisonnement de la Cour sur la question de la personne habilitée à engager
juridiquement l’État ? (//1e condition)

§46 : la Cour fait référence à la triade : chef d’État, de gouvernement ou ministre des affaires
étrangères. En l’occurrence, c’était un ministre de la justice + §47.
§48 : La Cour admet que le Rwanda puisse être engagé par la Ministre de la Justice si ce qu’elle
dit relève de son domaine de compétences. En l’espèce, le Rwanda s’engageait à retirer ses
réserves formulées à des traités en matière de droits de la personne, selon le Congo. Cela
relève des compétences du ministre de la justice. La Cour conclut que cela peut engager l’État
dans ce cas particulier.

2. Quelles sont, selon la Cour, les conditions auxquelles une déclaration unilatérale peut
engager l’État et comment la Cour applique-t-elle ces conditions en l’espèce ?

Cette déclaration avait été faite à l’AG des NU. La 2ème condition est donc remplie car tous les
États sont visés.

En ce qui concerne la 3ème condition, la Cour dit que ce n’est pas assez clair
(« prochainement ») et on ne sait pas vraiment quelle convention cela vise. Le flou concerne
les conventions concernées (§50). Le Rwanda avait fait une réserve à l’art. 9 de la convention
contre le génocide qui prévoit la compétence de la Cour pour l’interprétation et l’application
de la convention en question. La Cour estime que ce n’est pas suffisamment précis.
L’obstacle concernait la compétence de la Cour. Cela concernait la Convention que le Congo
voulait appliquer sans la réserve. Il s’agissant de la Convention sur le Génocide. Dans cette
convention, l’article 9 prévoit que la Cour est compétente pour juger de l’interprétation et de
l’application de la Convention sur le génocide. Un état qui estimerait qu’un état a violé la
convention en le commettant lui-même ou en n’ayant pas prévenu le génocide, la Cour est
compétente. Les Etats peuvent émettre des réserves à cet article. C’est ce que le Rwanda avait
fait.

3. Comparez cette affaire avec celle de la jurisprudence de la CPJI et de la CIJ sur les
engagements unilatéraux.

4. L’approche suivie par la Cour traduit-elle une vision volontariste ou objectiviste de l’ordre
juridique international ?

225
Partie III. La mise en œuvre du droit international

Chapitre 10.- Le droit international et la guerre

THE FUGS, « KILL FOR PEACE » (1966)
If you don't kill them Then the Chinese will If you don't want America To play second fiddle
Kill, kill, kill for peace Kill, kill, kill for peace If you let them live They might subvert the
Prussians If you let them live They might love the Russians Kill, kill, kill!

Ce groupe démontre ce que les Américains font aux Vietnam. Ce clip a été réalisé à partir
d’une performance des Fugs. Cet homme arpente les rues de NY en se moquant des soldat
américains et ce qu’ils font. Dans les années 60’, l’interdiction de la guerre est déjà consacrée.
L’interdiction de la guerre a été clairement établie et pourtant les Etats recourent encore à la
force. La Charte permet encore d’y recourir

Entre idéalisme, qui vise à empêcher aux états de recourir à la guerre et réalisme, qui vise à
affirmer que malgré sa consécration, il existe certains cas dans lesquels on peut recourir à le
force. Il suffit d’articuler un discours permettant d’entrer dans ces exceptions. Les Etats
devront se justifier et feront usage d’interprétation extensive de ces exceptions.
Entre le droit communautaire fondé autour de valeur universelles et une approche plus
relativiste qui fait la part belle aux droits internationaux des Etats.

« A la Maison-Blanche (Saison 5, épisode 13, 2004) »

Deux façons de voir le DI s’opposent. Ces deux personnes se sentaient concernées par les
intérêts des USA. Un des conseillers estime qu’il faudrait se préoccuper de l’accord des NU
pour bombarder l’Iran. Le conseiller prête attention à l’autorisation qu’il faudrait obtenir de
la part des NU. L’autre conseiller affirme que les USA ne veulent pas de cette guerre mais
seront finalement d’accord avec ce que les USA font, ils seront contents que quelqu’un ait pris
ses responsabilités et éradiqué certaines menaces.
On retrouve ici une remise en cause des NU qui sont censées faire respecter le droit
international mais parfois vont laisser faire certaines choses en étant finalement peut être
assez satisfaite de ces pratiques.

I. La portée de l’interdiction du recours à la force : jus contra bellum ou
jus ad bellum ?

Dans quelle mesure ce recours est-il réellement interdit aujourd’hui en DI ? Est-ce un droit
contre la guerre ou un droit à la guerre ?

Pendant très longtemps, on s’est référé au jus ad bellum, au droit à la guerre. Cela en dit
beaucoup sur la manière dont on concevait cette possibilité de recourir à la guerre. Les Etats
estimaient qu’ils pouvaient y recourir pour certains motifs, que cela n’était pas interdit par le
DI. Ce n’est que dans le courant du 20e siècle que la guerre a été interdite avec le Pacte de la

226
SDN, le Pacte de Paris et la Charte des NU qui, au lendemain de la 2e GM, interdit aux Etats de
recourir aux menaces ou à l’emploi de la force.

Art. 2 § 4 de la Charte des Nations Unies
« [l]es Membres de l’Organisation s’abstiennent, dans leurs relations internationales, de
recourir à la menace ou à l’emploi de la force, soit contre l’intégrité territoriale ou
l’indépendance politique de tout État, soit de toute autre manière incompatible avec les
buts des Nations Unies »
Cette disposition consacre une interdiction plus large que l’interdiction de la guerre, elle
recouvre le recours à la force. La guerre renvoyait à une certaine gravité et à certaines
procédures (déclaration de belligérance). Avec la Charte, c’est tout emploi ou menace
d’emploi de la force qui est visé. On pourrait avoir une lecture idéaliste du DI. Cependant, on
sait que cet article n’a qu’une portée limitée. Il existe des situations dans lesquelles les Etats
peuvent recourir à la force en conformité au DI.

Nous examinerons 3 cas : l’intervention sur invitation, la supervision du CS, le droit
d’ingérence humanitaire.

A. L’intervention sur invitation

Que faire lorsqu’un Etat nous invite à intervenir militairement ?
Cette interdiction de recourir à la force vise principalement à protéger les Etats. Ce qui est
protégé c’est l’intégrité territoriale, l’indépendance politique de tout Etat. Si l’Etat lui-même
considère qu’il a besoin d’une assistance militaire et le demande explicitement, il n’est pas
mis en danger. Dans ce cas-là, le recours à la force serait admis.

A la demande de qui peut-on intervenir sur le territoire d’un Etat ?
Ø Gouvernement en place
Ø Gouvernement internationalement reconnu
Ø Rebelles, qui estimeraient être les représentant les plus légitimes du peuple ?

C.I.J., Recueil 1986, p. 126, par. 246.
« On voit mal […] ce qui resterait du principe de non-intervention en droit international si
l’intervention, qui peut déjà être justifiée par la demande d’un gouvernement, devait aussi
être admise à la demande de l’opposition à celui-ci »
Dans cette affaire, la CIJ ne permet pas à l’opposition de faire appel à une intervention.
Cela a pu être discuté mais c’est ce que la CIJ a établi très clairement dans le cadre de l’affaire
Nicaragua. Les USA ne pouvaient se prévaloir d’un consentement des forces contre-
révolutionnaire pour estimer qu’ils étaient habilités à prendre des mesures sur le territoire du
Nicaragua.




227
Commission du droit international, A.C.D.I., 1979, II, 2ème partie, p. 124, par. 11.

« le consentement de l’Etat doit être : valable en droit international, clairement établi,


réellement exprimé (ce qui exclut le consentement présumé), attribuable à l’Etat sur le plan
international, et antérieur à la commission du fait auquel il se rapporte. En outre, le
consentement ne peut être invoqué comme excluant l’illicéité d’un fait d’un autre Etat que
dans les limites que l’Etat qui exprime ce consentement entend lui attribuer quant à sa
portée et à sa durée »
Le consentement fourni la base juridique de l’intervention militaire. Il doit répondre à
certaines conditions en DI pour s’assurer qu’il soit bien valable, clairement établi, réellement
exprimé (pas simplement implicite ou présumé), attribuable à l’Etat sur le plan international.
Il doit également être antérieur au fait duquel il se rapporte. L’invitation doit être émise avant
que les forces armées n’interviennent sur ce territoire.

Lorsque le consentement est donné, l’intervention peut être assortie de conditions. L’Etat qui
intervient devra respecter ces conditions qui peuvent être territoriales, temporelles, …
Lorsqu’on consent à ce qu’un état vienne prendre des mesures armées sur le territoire, encore
faut-il être sûr de ce qui a été accepté.

è Cette intervention sur invitation est tout à fait admise. Elle peut poser question sur le
principe de non intervention dans les guerres civiles.

Résolution de l’IDI sur le principe de non-intervention dans les guerres civiles (1975)

Article 2. Interdiction de l’assistance 1. Les Etats tiers s’abstiendront d'assister les parties à
une guerre civile sévissant sur le territoire d'un autre Etat. […]

Article 3. Exceptions Nonobstant les dispositions de l'article 2, les Etats tiers peuvent :
a) fournir une aide humanitaire conformément à l'article 4 ;
b) continuer une aide technique ou économique qui ne serait pas de nature à exercer une
influence substantielle sur l’issue de la guerre civile ;
c) prêter une assistance ordonnée, autorisée ou recommandée par l’Organisation des
Nations Unies conformément à la Charte et aux autres règles du droit international […]

Article 5. Intervention étrangère Lorsqu’il apparaît qu’au cours d’une guerre civile, une
intervention s’est produite en violation des dispositions ci-dessus, les Etats tiers, sous
réserve des mesures ordonnées, autorisées ou recommandées par l’Organisation des
Nations Unies, ne peuvent fournir d’assistance à l’autre partie qu’en se conformant à la
Charte et à toute autre règle pertinente du droit international ».

Lorsqu’il y a guerre civile dans un Etat, les autres Etats doivent s’abstenir de prendre parti.
Cela est lié au principe de l’autodétermination des peuples. Les Etats ne doivent pas venir
influencer l’issue de ce conflit. C’est ce qui est signifié par cette résolution de l’institut de droit
international, institut doctrinal composé d’experts de DI pour codifier certaines règles de droit
international. Les Etats étrangers ne peuvent, en principe, venir aider une partie ou l’autre ou
toute autre partie à une guerre civile.

228
è Comment concilier l’invitation à intervenir militairement et l’interdiction de s’immiscer
dans les guerres civiles ?
- On peut aider le gouvernement dans quelque lutte que ce soit. S’il faut l’aider à
réprimer un mouvement insurrectionnel et rétablir l’OP sur son territoire, cela est
permis. Le principe reconnu par la résolution du DI est relativisé au profit de l’accord
du gouvernement qui permettrait tout.
- D’autres, affirment que l’aide à un Etat peut être fournie mais que cela doit se faire
dans le respect de ce principe. L’Etat ne pourra être aidé pour réprimer une opposition
démocratique, qui viserait à renverser ce gouvernement.

Le cas de l’intervention de la Russie dans le cadre du conflit Syrien ?

Cela serait admis en DI. La Russie
affirme qu’elle intervient sur demande
de la Syrie. Lorsque la Russie a fait part
des mesures armées, elle a bien
indiqué que cette assistance militaire
lui avait été demandée par la Syrie.
Au regard du principe de non
intervention dans les guerres civiles, il
faut déterminer ce qu’on entend par
guerre civile. Différentes parties
s’affrontent pour prendre le pouvoir.
Ce principe n’est applicable que si on estime que la Russie vient s’immiscer dans la guerre
civile qui a lieu en Syrie. Il y a une guerre civile en Syrie. Est-ce que la Russie vise par son
intervention à prendre parti pour une des parties à la guerre civile en Syrie ? Toute la question
va être de savoir ce que fait la Russie. Elle dit bien qu’elle est entrain de fournir à la Syrie qui
le lui a demandé une assistance militaire dans la lutte qu’elle mène contre l’Etat islamique et
d’autres groupes terroristes. Certains groupes d’opposition avaient aussi de liens avec les
groupes terroristes mais d’autres non. En tout cas, la Russie ne l’assume pas du tout. Cela est
critiqué par les autres Etats qui ont parfois reproché à la Russie de sous couvert de lutte contre
le terrorisme de viser les forces de l’opposition.

è L’Etat choisi ce qu’il veut faire avec cette assistance militaire. On doit pouvoir l’aider pour
ce qu’il souhaite. Le principe de consentement serait alors interprété très largement. C’est
tout de même compliqué de concilier cela avec le principe d’autodétermination des peuples
qui dit que le peuple doit pouvoir choisir le système politique, économique et social qu’il
souhaite. En interprétant ce principe de manière aussi large, on a du mal à le concilier avec ce
principe d’autodétermination des peuples.

229
Le Yémen a demandé de l’aide au
conseil de coopération du golfe et
plus particulièrement à l’Arabie
Saoudite. L’Arabie Saoudite a-t-elle le
droit d’intervenir sur le territoire du
Yémen ? Le Yémen a demandé de
l’aide pour, notamment, une
assistance militaire pour s’opposer
aux rebelle Houthis. Ce n’est pas la
seule demande. A la fois le but est
d’aider le Yémen à agir contre les
rebelles Houthis et aussi à agir contre
les groupes terroristes.
Souvent des groupes rebelles sont
qualifiés d’organes terroristes. Cela
montre parfois, d’après une approche
pragmatique, qu’on peut questionner la nécessité de ce principe. C’est assez formaliste car la
réplique de la part des Etats est simple.
On pourrait également affirmer que cela peut avoir lieu si c’est pour viser les groupes
terroristes et non le groupe rebelles. Dans la résolution de DI, des cas sont visés dans lesquels
ce principe ne s’applique pas dans la même mesure. Dans ce cas-là, si un autre Etat vient
vraiment aider le rebelles, le gouvernement en place pourrait demander de l’aide à un Etat
étranger. Le principe étant déjà violé, le gouvernement ne pourrait se trouver dans une
situation plus faible que celle des rebelles. Le Yémen appelle à l’aide contre le terrorisme et
contre les rebelles Houthis qui sont soutenus par l’Iran. Les Etats savent très bien qu’en DI on
ne peut venir aider un Etat à mater une rébellion. Ils vont souvent dire qu’ils sont des
terroristes ou qu’ils sont aidés par des forces étrangères (pas de guerre civile à proprement
parler). Ce ne serait pas une ingérence car il faudrait une contrainte et surtout que ça soit
uniquement une action qui mène à peser sur le domaine réservé de l’Etat. Lorsqu’un Etat tiers
vient aider une partie au conflit, on et dans une situation qui a été internationalisée.

Si l’intervention déborde des conditions, elle peut devenir illégale.














230
B. L’action militaire menée sous supervision du Conseil de sécurité

L’action militaire peut être autorisée par les NU. C’est possible mais ce n’est pas prévu par les
textes à la base. On avait d’abord imaginé que les NU auraient leurs propres armées et que
tous états lui donneraient des soldats (Art. 42 Charte). Cela n’a jamais été mis en œuvre.
Les NU ont parfois autorisé des Etats a prendre des mesures militaires. L’art. 42 permet de
prendre des mesures coercitives, et les NU se fonde dessus. Parfois, elles se basent sur l’article
53 qui permet aux organisations régionales d’intervenir. Ces organisations régionales peuvent
le faire à condition d’y être autorisées par les NU.

Après la GF, le CS a autorisé l’intervention en Irak, lorsque l’Irak a annexé le Koweït. Le CS a
d’abord demandé à l’Irak de se retirer mais après à autoriser les EM à user de tous les moyens
nécessaires pour faire appliquer la résolution par laquelle l’Irak est condamné. Une coalition
est intervenue pour rétablir la pleine souveraineté du Koweït.

« Agissant en application du chapitre VII de la Charte: … Autorise les Etats membres qui
coopèrent avec le gouvernement koweitien si, au 15 janvier 1991, l’Iraq n’a pas pleinement
appliqué les résolutions susmentionnées … à user de tous les moyens nécessaires pour faire
respecter et appliquer la résolution 660 (1990) et toutes les résolutions pertinentes
adoptées ultérieurement et pour rétablir la paix et la sécurité internationale dans la
région…» (Résolution 678 (29, novembre 1990))


è Cette pratique interprétative s’est développée et ne pose aucune difficulté sur le principe.
Il faut être dans le cadre du Chapitre 7 de la Charte. Les Etats ont reconnu ce pouvoir au CS.

Cependant des problèmes se posent. Est-ce que cette résolution autorise le recours à la force ?

1998 Yougoslavie
La Résolution 1199 est adoptée et affirme que la Yougoslavie doit cesser de viser des forces.
Est-ce qu’il y a une véritable autorisation de recourir à la force ? L’OTAN va s’en prévaloir en
disant que le CS envisageait de l’autoriser. Puisque la Yougoslavie ne s’est pas conformée, ils
sont intervenus sans que le CS ne donne d’autorisation expresse.

Le CS a après admis que ces forces y restent.

Irak 2002
Le CS demandait à l’Irak de respecter ses obligations et que à défaut, le CS prendrait toutes
mesures nécessaires pour faire respecter cette résolution. Une coalition a entamé des
opérations militaires en mars 2003 en s’y estimant autorisés par la résolution 1441.

Par la suite, les force ont été maintenues pour rétablir l’ordre.
ð Les Etats ayant mené illégalement une intervention. Les Etats du CS n’arrivent pas à se
mettre d’accord sur la légalité. Le but n’est pas de légitimer ex post facto mais
aménager la situation telle qu’elle est maintenant pour maintenir la sécurité et la paix
internationale sans autoriser de manière rétroactive ces Etats à intervenir
militairement.

231

ð Parfois le mandat d’autorisation est très précis, comme c’était le cas en Lybie. La
résolution 1973 autorisait les Etats à prendre des mesures armées pour protéger les
civils. Les EM de l’OTAN ont bombardé pour aider l’opposition libyenne. Ce n’était pas
visé par cette résolution du CS. L’autorisation peut parfois avoir une portée limitée.

L’autorisation par le CS constitue un fondement autonome.

Exemple :

- « Demande aux EM », ce
n’est pas autorise les EM.
- Ici, il faut simplement aider
à faire cesser les actes
terroristes mais ce n’est pas
évident d’y voir une
autorisation de recourir à la
force.






Certains Etats ont prétendu que oui, que non. Les Etats étant intervenus en Syrie ont toujours
considéré qu’ils intervenaient sur la base de la légitime défense et non sur base de cette
résolution. La prof pense que cela est trop flou.
Cas de la crise Gambienne
Barrow a été élu et a dû quitter le pays. Monsieur Barrow a prêté serment dans l’ambassade
gambienne au Sénégal. La CEDEAO devait-elle intervenir militairement pour permettre à
Monsieur Barrow de revenir en Gambie pour exercer la fonction présidentielle ?

ð Cette intervention était-elle
autorisée ou non ? Non. On ne dit
pas qu’on peut recourir à la
force, « utiliser tous les moyens
nécessaires ». Cette intervention
était très limitée dans le temps
avec pour but de faire respecter
la volonté librement exprimée du
peuple gambien. Barrow voulait
de l’aide, puisqu’il est président il
demande une intervention pour
être remis en place. On retombe
un peu dans l’hypothèse de
l’intervention sur invitation.
C’est une façon de légitimer son invitation à intervenir.

232
C. Un « droit d’ingérence humanitaire ? »

Lorsqu’on intervient non contre l’intégrité territoriale ou l’indépendance politique de l ‘Etat
mais pour protéger les civiles, on ne rentre pas dans une intervention incompatible avec les
NU.

Art. 2 § 4 de la Charte des Nations Unies
« [l]es Membres de l’Organisation s’abstiennent, dans leurs relations internationales, de
recourir à la menace ou à l’emploi de la force, soit contre l’intégrité territoriale ou
l’indépendance politique de tout État, soit de toute autre manière incompatible avec les
buts des Nations Unies »

Cela a été mobilisé par l’OTAN pour son intervention au Kosovo. L’argumentaire était d’éviter
des bains de sang et veiller au respect des droits des minorités. Les Etats ont également réagit
en critiquant ces intervention en disant quelles sont illégales car non prévues par l’article 2 §
4 des NU. Cela serait dangereux de sous prétexte de violations des droits de la personne,
permettre d’intervenir partout.


L’option qui a été choisie c’est de consacrer la
responsabilité de protéger que c’est à l’Etat
qu’il incombe de protéger ses populations. La
communauté internationale doit réagir en
mettant en œuvre d’abord tous les moyens
pacifiques appropriés. Ensuite, peut-être, que
l’action collective résolue par l’entremise du
CS peut être envisagée. Est visée ici une action
multilatérale autorisée par le CS. Cette
responsabilité de protéger ne donne pas plus
de pouvoirs aux NU qu’ils en avaient
auparavant. Elle ne consacre pas non plus un
droit unilatéral d’intervention pour raisons
humanitaires.


233
Argumentaire du UK

Le RU semble revendiquer un droit
d’agir, l’opinio juris est assez claire.
C’est une interprétation de la
Charte de NU qui est tout à fait
isolée. Les Etats ont réagi à ces
bombardements.


Certains ont soutenus les bombardements mais c’était un soutien plutôt politique. Les Etats
ne disent alors rien sur le DI. Certains se prononcent sur la légalité mais ils sont peu nombreux.
Toute une série d’Etats ont condamné très clairement, en affirmant que c’est une violation
flagrante de la Charte.

234

è A la fois, le recours à la force est interdit mais il est admis dans le cas de l’intervention sur
invitation ou d’autorisation par le CS.

II. La légitime défense, un « droit naturel » ?

Art. 51 de la Charte des Nations Unies

« [a]ucune disposition de la présente Charte ne porte atteinte au droit naturel de légitime


défense, individuelle ou collective, dans le cas où un Membre des Nations Unies est l’objet
d’une agression armée, jusqu’à ce que le Conseil de sécurité ait pris les mesures nécessaires
pour maintenir la paix et la sécurité internationales. Les mesures prises par des Membres
dans l’exercice de ce droit de légitime défense sont immédiatement portées à la
connaissance du Conseil de sécurité et n’affectent en rien le pouvoir et le devoir qu’a le
Conseil, en vertu de la présente Charte, d’agir à tout moment de la manière qu’il juge
nécessaire pour maintenir ou rétablir la paix et la sécurité internationales »
Cet article dit clairement qu’il existe un droit naturel de légitime défense individuel ou collectif
dans le cas d’une agression armée dont l’Etat serait victime. A la fois on a voulu interdire de
recourir à la force mais on ne veut pas priver les Etats du droit de se défendre lorsqu’ils sont
attaqués. On a voulu procéduraliser cette situation-là puisque ces mesures devront être
portées à la connaissance du CS.

A. La « légitime défense préventive », contre une menace d’attaque : un oxymore ?

Si rien ne s’est produit, il est difficile d’envisager de se défendre. Ce droit naturel est prévu
par l’article 51 dans le cas où l’Etat est déjà victime d’une agression armée. On ne vise pas
n’importe quel recours à la force.

« [a]ucune disposition de la présente Charte ne porte atteinte au droit naturel de légitime


défense, individuelle ou collective, dans le cas où un Membre des Nations Unies est l’objet
d’une agression armée, … »


German memorandum to Belgium and the Netherlands, May 1940

‘The true French and British intention is an attack on Germany in the West through a long-
prepared and now imminent attack against the Ruhr district through Holland and Belgium’

Japan, 1941, Keesing’s Contemporary Archives, 1940-1943, at 4923
‘Our Empire, for its existence and self-defence, has no other recourse but to appeal to arms
and to crush every obstacle in its path’

ð Si on permet d’utiliser la légitime défense préventive contre une simple menace, la
question de l’établissement de cette menace se pose. Avec le critère de l’agression
armée. Cet argumentaire a déjà été utilisé.

235

President Bush Addresses the Nation, 19 mars 2003
« The people of the United States and our friends and allies will not live at the mercy of an
outlaw regime that threatens the peace with weapons of mass murder. We will meet that
threat now, with our Army, Air Force, Navy, Coast Guard and Marines, so that we do not
have to meet it later with armies of fire fighters and police and doctors on the streets of
our cities »
Le Président Bush fait très clairement référence à la simple menace. Cela n’a pas été très
convainquant vu la réaction des Etats.

A more secure world : Our shared responsibility, Report of the Secretary-General’s High-level
Panel on Threats, Challenges and Change, United Nations, 2004, A/59/565, §§ 188-189
« Traditionnellement, en droit international, un Etat menacé peut lancer une opération
militaire à condition que l’agression dont il est menacé soit imminente, qu’il n’y ait pas
d’autre moyen d’écarter la menace et que l’intervention militaire soit proportionnée »
Le secrétaire général des NU a préparé ce rapport. L’agression doit être imminente, et le seul
moyen pour répondre à l’intervention militaire. Ce rapport n’a pas plu à la majorité des Etats.
Cela ne s’est pas retrouvé dans cette résolution puisque de nombreux états trouvaient cela
problématique.

NAM, 2005
« consistent with the practice of the UN and international law, as pronounced by the ICJ,
Article 51 of the UN Charter is restrictive and should not be re-written or re-interpreted »
Le mouvement des non-alignés a réagi explicitement à cette proposition en affirmant qu’elle
est inconsistante avec la pratique des NU. L’article 51 est restrictif.

ð On pourrait revenir à un ordre anarchique. L’approche est de dire qu’on a voulu mettre
en place autre chose.

AG, Res 3314 - 1974, Article 1
« [L’agression est] l’emploi de la force armée par un Etat contre la souveraineté, l’intégrité
territoriale ou l’indépendance politique d’un autre Etat, ou de toute autre manière
incompatible avec la Charte des Nations Unies
La définition de l’agression dans la résolution 3314 est l’emploi de la force armée par un Etat.

Kampala 2010, Article 8 bis. Crime of aggression

« […] on entend par ‘acte d’agression’ l’emploi par un État de la force armée contre la
souveraineté, l’intégrité territoriale ou l’indépendance politique d’un autre État, ou de
toute autre manière incompatible avec la Charte des Nations Unies »
Le Statut de Rome définit le crime d’agression comme « emploi par un Etat » de la force armée.

L’idée de la menace est liée à qui menace. Est-ce que c’est un Etat, un groupe terroriste ?

236
L’idée d’une légitime défense permettant de répondre à une menace n’est pas admise
aujourd’hui en DI. Un Etat doit-il attendre d’être attaqué et envahit pour réagir. Tout dépend
de ce qu’on entend par agression armée.

Quand l’agression armée commence t’elle ?


1 : On ne sait pas encore vers où va ce
missile. On n’est pas encore visé par
l’agression armée.
2 : en tous les cas. Si on a des
informations que ce missile nous vise,
l’agression armée a déjà commencé. Le
bouclier anti-missile doit pouvoir être
activé avant pour se protéger.

ð La notion d’agression armée peut
prendre en considération les nouveaux
moyens de faire la guerre en
interprétant le cadre existant comme permettant de réagir à partir de 2.

La légitime défense est individuelle et collective. On peut demander à d’autres Etats d’aider à
repousser une agression armée dont on fait l’objet.

B. La « guerre contre le terrorisme » : quelle responsabilité pour les « Etats défaillants
» ?

Peut-on réagir à des attaques terroristes puisque ce ne sont pas des agressions armées en
utilisant la légitime défense contre ces groupements ou contre les Etats sur le territoire
desquels ces groupements mènent leurs activités ?

article 51
« [a]ucune disposition de la présente Charte ne porte atteinte au droit naturel de légitime
défense, individuelle ou collective, dans le cas où un Membre des Nations Unies est l’objet
d’une agression armée, … »

237

Cette lettre a été écrite par la Belgique pour justifier les frappes menées contre la Syrie en
2016. La Belgique invoque la légitime défense. L’Irak est, selon la Belgique, la victime d’une
agression armée qui demande de l’aide. La Belgique intervient alors en légitime défense
collective. Elle est admise pour repousser une agression armée, que constitue l’emploi de la
force par un Etat. Cela pose problème parce que cette lettre semble dire qu’un groupe
terroriste peut se rendre coupable d’une agression armée. Or, la CIJ a toujours dit qu’une
agression armée, c’était toujours un Etat. C’est ce qui a été redit à Kampala par les Etats.







(Rec 2004, p. 194, par. 139).
« [l]’article 51 de la Charte reconnaît ainsi l’existence d’un droit naturel de légitime défense
en cas d’agression armée par un Etat contre un autre Etat. Toutefois, Israël ne prétend pas
que les violences dont il est victime soient imputables à un Etat étranger […]. En
conséquence, la Cour conclut que l’article 51 de la Charte est sans pertinence au cas
particulier »

(AG, Res 3314 - 1974, Article 1).
« [L’agression est] l’emploi de la force armée par un Etat contre la souveraineté, l’intégrité
territoriale ou l’indépendance politique d’un autre Etat, ou de toute autre manière
incompatible avec la Charte des Nations Unies

238
(Kampala 2010, Article 8 bis. Crime of aggression)

« […] on entend par ‘acte d’agression’ l’emploi par un État de la force armée contre la
souveraineté, l’intégrité territoriale ou l’indépendance politique d’un autre État, ou de
toute autre manière incompatible avec la Charte des Nations Unies »

(AG rés. 3314 - 1974 définition de l’agression, article 3g)).

« L'envoi par un Etat ou en son nom de bandes ou de groupes armés, de forces irrégulières
ou de mercenaires qui se livrent à des actes de force armée contre un autre Etat d'une
gravité telle qu'ils équivalent aux actes énumérés ci-dessus, ou le fait de s'engager d'une
manière substantielle dans une telle action »

(rés. 2625 (XXV), 24 octobre 1970).

« Chaque Etat a le devoir de s’abstenir d’organiser ou d’encourager l’organisation de forces


irrégulières ou de bandes armées, notamment de bandes de mercenaires, en vue
d’incursions sur le territoire d’un autre Etat […]. Chaque Etat a le devoir de s’abstenir
d’organiser ou d’encourager des actes de guerre civile ou des actes de terrorisme sur le
territoire d’un autre Etat, d’y aider ou d’y participer, ou de tolérer sur son territoire des
activités organisées en vue de perpétrer de tels actes, lorsque les actes mentionnés dans
le présent paragraphe impliquent une menace ou l’emploi de la force ».
Des activités organisées en vue de perpétrer certains crimes ne peuvent être tolérées. Ce n’est
pas parce que c’est interdit que l’autre Etat peut bombarder votre Etat.








« Baron Noir »
CPI et Assises sont encourus. La manière dont on présente l’argumentaire est qu’on ne peut
rien faire contre le terrorisme et donc on recourt à la légitime défense. Elle commence a être
invoquée par certains états mais est loin d’être admise généralement.

239


Le droit international est conçu comme un droit interétatique, notamment quant au recours
à la force. Est-ce qu’on peut admettre la légitime défense contre des groupes privés ?
Les textes semblent limiter cette possibilité de légitime défense à des cas limités :
- Si l’état a envoyé le groupe privé sur le territoire d’un autre Etat (mercenaires…)
- Si l’Etat s’est engagé de manière substantielle dans les activités de ce groupe.
Il y a une différence entre l’interdiction de recours à la force qui est assez large et couvre
notamment toute aide qu’on pourrait apporter à groupe non étatique mais il y a un seuil : une
chose est de dire que le comportement est interdit, cela en est une autre de dire que ce
comportement interdit déclenche la légitime défense. Il y a un double seuil : il faut une
interdiction mais il faut également agression armée. Il faut bien comprendre la distinction
entre une simple violation de l’interdiction de recours à la force, qui engage la responsabilité
de l’Etat et permet au CS de prendre des mesures mais qui ne donne pas à l’état touché le
droit à la légitime défense unilatérale pour autant sauf en cas d’agression armée, auquel cas
on dira que le 2e seuil est franchi (consacrée par la CIJ notamment dans l’arrêt Nicaragua).

« A la maison blanche »

La délégation du diplomate dit que les faits sont erronés, il ne se justifie donc pas en droit.
L’Etat fictif représenté par son ambassadeur et les USA représentés par le chef de cabinet du
Président. Ils discutent de la possibilité d’intervenir militairement contre des groupes
terroristes sur le territoire de l’Etat du Coumar.


Mais sur le principe est-ce que ces frappes seraient justifiées ? Il faut étudier la nature des
relations entre l’Etat (le Coumar ici) et les terroristes dont il est question, est ce que le seuil
de la définition de l’agression armée est franchi ?
Il n’y a pas de résolution du Conseil de sécurité autorisant ces frappes et il n’y a pas de
consentement de l’Etat les autorisant. Il reste donc la possibilité de la légitime défense.

240
! Attention ! le droit naturel de légitime défense est l’idée que si on se fait attaquer, on se
défend d’abord et ensuite, on écrit au Conseil de Sécurité. Si le Conseil de Sécurité prend des
mesures il faut les respecter mais il ne faut pas nécessairement avertir le Conseil de sécurité
avant de prendre des mesures.

Il faut vérifier si Israël a le droit de bombarder les groupes terroristes ?
Dans l’absolu, oui, car les groupes terroristes n’ont pas de souveraineté et il n’y a donc pas
d’interdiction de les bombarder. Par contre, si les bombardement se font sur un Etat, il y a
une souveraineté et la légitime défense doit être démontrée vis-à-vis de l’Etat, pas seulement
en disant qu’il y avait des terroristes sur le territoire. Il faut voir quels sont les liens entre l’Etat
et le groupe terroriste. Est-ce qu’on peut considérer que l’Etat qu’on bombarde est l’auteur
d’une agression ?

Ici les éléments évoqués : les terroristes ont été éduqués par l’Etat, Il y a un financement par
l’Etat, Ils ont la nationalité de l’Etat. Il faut qu’il y ait une agression armée au sens de la
définition de l’agression. Ainsi, la nationalité est plutôt fantaisiste. Cependant, il apparait que
l’Etat du Coumar n’a pas fait ce qu’il devait pour éviter les actes.

Il existe en fait 2 seuils. Le premier seuil est celui de l’illicite et le deuxième est celui de
l’agression armée.

Dans l’affaire Nicaragua, les Etats Unis invoquaient la légitime défense. Ils disaient que le
Nicaragua avait attaqué le Salvador en finançant et en fournissant des armes aux rebelles, les
terroristes. è La légitime défense collective étaient invoquée.
La Cour a affirmé que cela ne serait pas suffisant. Même en cas de financement et de
fourniture d’armes, même s’ils sont interdits (1e seuil), ça n’atteint pas le deuxième seuil, celui
de l’agression armée. Pour qu’il y ai agression armée, il faut montrer que les rebelles ont été
envoyés par le gouvernement ou bien que l’Etat se serait engagé de manière substantielle
dans le combat.

Il n’y a pas de cas de jurisprudence où un état se serait engagé de manière substantielle.
Mais on peut envisager le cas du 11 septembre, où Al Qaeda avait des bases en Afghanistan,
et il y avait des liens très étroit entre Al Qaeda et le gouvernement. Pour Corten, on aurait pu
dire que l’Afghanistan intervenait de manière substantielle dans les affaires du groupe
terroriste. Les Etats utilisent des groupes privés.

La différence entre le premier et le deuxième seuil est assez considérable et les conditions
pour atteindre le deuxième seuil sont assez strictes. Le 1e seuil est assez facilement atteint,
dès lors que la simple abstention peut y répondre. Il y a de plus en plus de tendance à
confondre les deux seuils mais alors on s’écarte de la jurisprudence et de la définition de
l’agression.
La définition de l’agression était un compromis entre les Etats occidentaux qui voulaient
baisser le seuil pour pouvoir intervenir rapidement et permettre une légitime défense rapide
et les Etats communistes et du Sud qui voulaient qu’il n’y ait pas de possibilité d’intervention
quand il s’agit de groupe privés, ce qui risquait de permettre aux états tout-puissants
d’intervenir partout dans le monde. L’article 3G consacre une possibilité de légitime défense
en cas d’attaque de groupe non-étatique exprime ce compromis.

241

III. Le droit des conflits armés (jus in bello) : peut-on humaniser la guerre
?

Ce droit est-il dépassé ?
En cette matière, on retrouve deux tendances. Une première tendance vise à identifier le plus
de règles possibles pour protéger les gens, en posant des limites aux actions. Une deuxième
tendance tend à dire que sur le terrain, le droit n’a plus vraiment d’importance car on est dans
les nécessité de la guerre, une autre réalité.

La Bataille d’Alger (Gillo Pontecorvo, 1966)

Dans cet extrait, on retrouve le discours réaliste qui veut que si on veut que certains objectifs
soient poursuivis, il faut utiliser tous les moyens pour arriver aux résultats (y compris de la
torture si nécessaire). Ainsi, dans cette optique, puisque l’objectif légitime, il n’y a plus de
limites. On retrouve également le discours plus idéaliste du journaliste qui invoque le fait que
la légalité n’est pas toujours commode mais qu’elle doit tout de même être respectée. Si la
guerre doit être humanisée, alors il faut forcément plus de règles. Si non, au nom de la
légitimité des objectifs on insistera sur une infinie possibilité de moyens.

Le colonel ne s’inscrit pas dans l’esprit des règles de DI. L’esprit est de rendre indépendant les
2 corps de règles. La guerre menée peut être tout à fait légale. Mais au-delà du principe de
savoir si on peut ou non faire la guerre, c’est la question des modalités qui se pose. Le droit
de la guerre protège les individus et est applicables aux différentes parties. C’est là que le droit
humanitaire intervient. La logique du droit dans la guerre est que même la partie qui est
agressée doit respecter ce droit, l’agresseur et l’agressé doivent le respecter. Ce droit protège
les individus et non les souverainetés interétatiques. Il faut donc d’abord vérifier si on peut
rentrer en guerre et ensuite si on respecte le droit des conflits armés.

A. L’applicabilité du droit des conflits armés : les débats entourant la qualification du
conflit

Cela consiste à faire la distinction entre 2 grands types de conflits armés : internationaux et
non internationaux. L’enjeu de la distinction est considérable.
- Il y a plus de règles applicables aux CAI qu’aux CANI. Il y a moins de règles pour les guerres
civiles car les Etats considèrent traditionnellement que les guerres civiles relèvent de leur
souveraineté et ne voulaient donc pas qu’elles soient règlées par le droit international, ou du
moins le moins possible. Dès lors, dans les conventions de Genève de 1949, il n’y avait que
l’article 3 commun qui portait sur celle-ci (clause générale, minimum de règle). En 1977, le
deuxième protocole est entré en vigueur, il contient un corps de règles applicables seulement
aux NIAC (moins de règle que dans le premier protocole).
Cela a différentes conséquences à dans un conflit non international :
- Il n’y a pas de statut de combattant.
- Il n’y a pas non plus de statut de prisonnier de guerre. Il n’y a pas de jugement pour les
prisonniers de guerres, s’ils sont prisonniers seulement pour avoir participé à un conflit (c’est
différent en cas de violation du droit, tel que des crimes de guerres). Dans un conflit
international, il y a des prisonniers de guerre qui ont une certaine forme d’immunité. Mais ce

242
n’est pas le cas dans une guerre civile. Le rebelle n’a pas le statut du prisonnier de guerre, il
n’aura pas toute une série d’avantage et il pourra être poursuivi pour les faits commis dans la
guerre, même si ces faits ont été commis conformément au droit de la guerre (le droit pénal
ordinaire lui sera applicable).
- Pas d’occupation belligérante : un Etat n’occupe jamais son propre territoire. Tout le droit
de l’occupation ne s’occupe donc pas.

Les civils sont cependant protégés dans les deux cas.
Comment faire la distinction ?

Dès qu’un Etat mène des combats contre un autre Etat, il s’agit d’un conflit armé international.
Dans le protocole, on prévoit aussi l’hypothèse des mouvements de libération nationale mais
cela est assez théorique : il s’agirait de représentants de peuples qui ont droit à
l’autodétermination. Cela est possible dans des conditions extrêmement limitées.

Exemple : La guerre de 2008
La Russie intervient contre la Géorgie, pour l’Ossétie. Les combats entre la
Russie et la Géorgie sont évidemment internationaux mais les combats
entre les forces ossètes et la Géorgie sont non-internationaux.

Exemple : Nicaragua/ Contras = NIAC, Nicaragua/ USA = IAC.
Cet exemple illustre la Théorie du « saucissonnage ».
Il y a d’autres théories, qui tendent plus vers une internationalisation (plus
idéaliste), mais selon Corten, la théorie du saucissonnage est la plus reconnue.

243
Entre un Etat et une entité non étatique :
NIAC.
Si un Etat aide des rebelles: NIAC.
Par contre Etat contre Etat = IAC

Logique = Les Etats ne veulent pas donner
le statut de prisonniers de guerre, ni
même de combattant aux rebelles. Dès
que les groupes rebelles sont impliqués,
personne ne voudra appliquer les règles
du IAC.

Exemple du Nicaragua :
Nicaragua contre Contras = NIAC, USA contre Nicaragua = IAC.

244
Théorie du contrôle d’un Etat sur une entité non étatique : « overall control » :
Exemple Bosnie Herzégovine : la Yougoslavie
était très liée aux serbes de Bosnie, et le TPY a
dit dans l’affaire Tadic qu’il y avait tellement de
liens entre la Yougoslavie et les serbes de
Bosnie, que le droit des IAC devait être
appliqué pour tout le monde. Il s’agit d’une
conception plus large qui n’est pas le
saucissonnage et qui est une
internationalisation globale. Cette théorie
relativement isolée. La Yougoslavie contrôlait
globalement les serbes de Bosnie.
Il convient alors de démontrer un contrôle effectif : il faut montrer que l’Etat contrôle ce qui
se passe sur le terrain et non un simple contrôle global qui serait plus flou.

Le cas de la Syrie :
La Russie intervient aux côtés du
gouvernement contre les forces
irrégulières syriennes. Même si la Russie
intervient en faveur de la Syrie
(internationalisation au sens commun
du terme), le conflit reste non
international. Les Etats occidentaux qui
interviennent en Syrie sans le
consentement de la Syrie, se battent
contre l’ISIS mais le droit des conflits
armés international s’applique entre les
Etats et la Syrie.
Les Etats Unis interviennent en Syrie.
S’ils ne visent que des combattants et
qu’ils respectent le droit des conflits
armés, il n’y a pas de problème.
Par contre, le problème se pose par rapport au jus contra bellum, à l’interdiction du recours à
la force. La Syrie ne finance pas ISIS, il n’y a pas de complexité ou de liens, au contraire la Syrie
combat ISIS. Les bombardements sont dès lors très difficiles à justifier dans ce contexte.
Les Etats Unis devraient passer par le consentement de la Syrie (ce qu’ils ne veulent pas pour
des raisons politiques è Ne veulent pas paraitre comme des alliés de la Syrie). Le problème
ne se pose donc pas par rapport au droit des conflits armés, les règles des NIAC doivent être
respectées.

Méthode : faire les deux colonnes pour voir qui combat qui. Si du même côté, on a deux Etats,
c’est international entre eux.
Dans des cas exceptionnels, quand les autorités n’ont plus aucune autorité sur le territoire,
par exemple en Somalie dans les années 90, où il n’y avait plus aucune autorité sur le territoire,
alors c’est le Conseil de Sécurité et non l’Etat qui a autorisé le recours à la force.

245
B. Les règles de base du droit des conflits armés: droit humanitaire et nécessités
militaires

Quelles sont les règles ?
Elles vont essayer de combiner le droit humanitaire et les nécessités militaires. Ce qui est
extrêmes difficile à faire, car les deux sont opposé.

1. Les principes fondamentaux applicables à la conduite des hostilités :



Il faut pouvoir faire la distinction entre les civils et les combattants. On ne peut attaquer que
des combattants (dans les NIAC comme dans des IAC). Même si on ne peut pas viser des civils,
on peut néanmoins les atteindre, c’est ce qu’on appelle des dommages collatéraux.
Mais alors il faut prendre des précautions avant l’attaque et que ce soit proportionné à
l’attaque.

- Principe de distinction (article 48 du premier protocole additionnel de 1977)
- Principe de proportionnalité (article 51 § 5 b) du premier protocole additionnel de 1977


2. Les principes fondamentaux applicables à la protection des personnes hors combat

Les principes fondamentaux applicables à la protection des personnes hors de
combat concernent par exemple les soldats capturés, qui ont, dans un conflit armé
international, le statut de prisonnier de guerre.
Plus généralement, quand une personne n’est plus en état de combattre, on ne peut plus la
tuer, sauf si le droit interne l‘autorise et après procès.
Le combattant est le soldat en bonne et due forme mais on parle aussi des personnes qui
participent activement aux hostilités. Un civil qui prend les armes et participe au combat peut
être visé.
Un Etat qui engage des enfants soldats viole le droit international mais cela n’empêche pas les
enfants de devenir des cibles pour l’autre partie, qui pourra donc tirer (participation active).
Des combattants qui sont capturés doivent être considérés comme des prisonniers de guerre.
Ils ont droit à un certain statut (dans les IAC). Mais cela n’empêche pas qu’ils soient jugés plus
tard, pour des crimes de guerre par exemple, mais pas pour leur participation au conflit,
seulement pour les violations du droit international.
Le droit humanitaire protège les individus. Ce n’est pas un droit sous la forme de réciprocité,
ce n’est pas parce qu’une partie viole les règles que l’autre partie peut également les violer.

246


3. Le régime particulier de l’occupation Conduite des hostilités :

“Battle for Haditha” (Nick Broomfield, 2007)
La situation est celle de la guerre en Irak. Les troupe de soldats américains arrivent dans une
zone peu sure. Ils ont reçu pour ordres de tuer toute personne qui porte une arme, et les
personnes autour sont des civiles. Considère que toute les personnes qui reste dans la zone
est considérée comme un combattant. Ils ne respectent pas le droit des conflits armés car ils
prennent des civils pour cibles. Ces civils ne sont pas seulement des dommages collatéraux !
lls ne respecteraient pas l’article 3 commun.
Normalement en cas de doute sur le caractère militaire ou civil, on considère que la personne
est un civil. Il faut bien distinguer les cibles militaires et les dommages collatéraux (les civils
peuvent être tué seulement s’ils sont des dommages collatéraux proportionnés pour atteindre
un objectif militaire).

“Eye in the sky ”(Gavin Hood, 2015)
En Afrique, dans le cadre de la lutte contre le terrorisme. Dans l’extrait, on voit qu’ils sont très
soucieux de la légalité. Pour une question pas si complexe : sauver 80 personnes et tuer des
terroristes >< une personne tuée.
è Le principe de proportionnalité apparait être en principe largement respecté. Leur action
est donc conforme au droit des conflits armés. Les nécessités militaires permettent cette
frappe. Il faut analyser si la frappe est autorisée. C’est le côté cynique du droit des conflits
armés qui donne une marge de manœuvre pour les militaires. Les militaires risquent des
poursuites personnelles en cas de non-respect du droit (crimes de guerre…).

C.I.J., Affaire des Activités armées sur le territoire du Congo (RDC Ouganda), arrêt du 19
décembre 2005, Recueil 2005, sp. pp. 190-231, par. 26-180.
Les faits comparable au Nicaragua. L’Ouganda est accusé d’avoir envahi le Congo et d’avoir
exploité illégalement les ressources naturelles et d’avoir violée massivement les droits de la
personne. La Cour va donner raison au Congo dans toutes ces réclamations. La partie analysée
concernait le recours à la force.

247
1. Quel est le raisonnement de la Cour sur le rôle et la portée du consentement de la
RDC?

On a vu que le consentement était un des arguments qui pouvait être invoqué par l’Etat
intervenant. Ici, l’Ouganda a invoqué le consentement du Congo. La Cour dit que le
consentement n’est pas suffisamment clair et que l’Ouganda a interprété les propos du Congo
comme lui donnant un consentement. Au départ il y avait un consentement, l’Ouganda a
traversé les frontières pour lutter contre ces propres rebelles au Congo, avec le consentement
du Congo. Mais plus tard, le Président du Congo a exigé le retrait de toutes les forces
étrangères du Congo, l’Ouganda n’a pas interprété cette déclaration comme mettant fin au
consentement. Ce qui était bien évidemment le cas. Fin juillet, le Président du Congo fait cette
déclaration un peu floue, l’Ouganda interprète cela comme n’étant pas clair mais dans les
jours qui suivent, le Congo accusent l’Ouganda d’agression. Il n’était donc plus possible pour
l’Ouganda de considérer qu’ils avaient un consentement. La Cour dit que dans ces conditions,
on ne peut pas penser qu’ils étaient les bienvenus.
De plus, après cela, l’Ouganda envahit le Congo, ce qui n’a jamais été consenti par le Congo.
Le consentement et le retrait de consentement peuvent être explicites mais il faut que ce soit
clair, ce qui est le cas ici.
Les accords de Lusaka à accords conclus en 1999. La Cour dit que ces accords ne donnaient
pas un droit d’entré dans le Congo, l’accord prévoit le retrait des troupes ougandaises mais ce
n’est pas parce qu’on prévoit le retrait qu’ils étaient autorisés à être là.
Il y a un problème par rapport au calendrier à les accords sont conclus en été 1999 et
l’Ouganda les invoque comme base juridique mais l’intervention de l’Ouganda a commencé
en aout 1998.
En juillet 1998 : demande de retrait par le Président.
En aout 1998 : intervention devenue illégale.
Le consentement n’est pas rétroactif, l’Ouganda ne peut pas dire qu’ils avaient le droit
d’intervenir en 1998 sur base d’accords en 1999. De plus, les accords n’autorisaient pas une
intervention, mais prévoyaient seulement un retrait.
La cour a une conception elle admet des consentements implicites, il n’y a pas de conditions
de formes. Même si dans ce cas-ci, il y avait un consentement explicite mais qui a été retiré et
qui était limité.

2. Quel est le raisonnement de la Cour sur la place des acteurs non étatiques dans
l’évaluation d’une situation de légitime défense ?

En 2005. La Cour dit qu’elle va d’abord se demander si le Congo est derrière des attaques
contre l’Ouganda (attaque de rebelle contre l’Ouganda). Les groupes rebelles traversaient la
frontière coté Congolais. La question qui se pose est de savoir si l’Ouganda a la légitime
défense pour attaquer le Congo parce que le Congo est derrière les rebelles.
La Cour rejette l’argument de l’Ouganda. Elle utilise la résolution 3314 comme source
juridique (particulièrement l’article 3G) . La Cour se demande si le Congo est l’auteur d’une
attaque contre l’Ouganda (directement ou par intervention de rebelles).
Critères :
- est-ce que les rebelles ont été envoyés par le Congo ? Est-ce qu’ils étaient sous le contrôle
effectif du Congo ? La Cour en déduit que non.

248
Il faut voir qui est derrière les actes du groupe privé. Elle dit qu’il n’y a pas vraiment de preuve
et de toute façon le degré de preuve devrait être assez élevé : il faudrait montrer que le Congo
a envoyé des troupes et contrôlait les opérations.
La Cour a une conception assez stricte : dans le débat qui existe quant aux seuils, la Cour
maintien les 2 seuils. Elle dit qu’il faut montrer qu’on arrive au deuxième seuil et qu’une simple
tolérance ou passivité ne suffit pas.
Pour la légitime défense : l’affaire Nicaragua et Ouganda vont dans le même sens.

3. A quelles conditions, selon la Cour, un territoire peut-il être considéré comme occupé
au regard du droit des conflits armés ?
Pas vu en cours.

4. Dans quelle mesure l’approche suivie par la Cour traduit-elle une vision idéaliste ou
réaliste des relations internationales ?

Quant à la légitime défense : Idéaliste.
Plutôt idéaliste : elle limite les possibilités de l’Etat d’invoquer la légitimée défense. Et elle dit
que les Etats doivent respecter les règles, par 178 (une optique réaliste dirait plus qu’une fois
qu’un Etat est sur place il fait ce qu’il veut) .
Deuxième partie du paragraphe 148 : l’article 51 : ne justifie l’emploi de la force que dans des
limites strictement établies. L’intérêt personnel de l’Etat ne peut pas être invoqué pour aller
au-delà des conditions strictes de la légitime défense. Le droit donne certains moyens à la
disposition des Etats en cas de menace des intérêts (Conseil de Sécurité), les intérêts ne
peuvent pas être invoqué pour justifier le recours à la force.
Une optique réaliste a plutôt tendance a laisser l’Etat agir d’avantage sans limite juridique,
tendance a permettre plus de choses au nom de la sécurité.




















249
Chapitre 11.- La responsabilité internationale

Ce film est sorti en 1969. Les USA
vont bombarder Moscou. Un
général américain le fait de
manière contraire à la volonté de
ses dirigeants et décide de son
initiative de bombarder Moscou
pour lutter contre le
communisme. Le temps que les
dirigeants s’en rendent compte, il
est trop tard pour que la bombe
soit arrêtée. Les pilotes doivent
suivre les ordres. Les USA
préviennent la Russie qu’ils vont
être bombardés. La Russie
informe qu’une réplique nucléaire
automatique aura lieu. Le film se finit par le pilote qui monte sur la bombe. C’est très
emblématique de l’apocalypse nucléaire.
à Un Etat n’est pas une entité abstraite qui parle d’une seule voix, c’est tout une série
d’individus. Les autorités de l’Etat vont tout faire pour empêcher que ce bombardement ai
lieu.

La même année, ce film « Point limite » sort. Des avions
survolent les côtes de l’URSS et sont justement destinés à
répliquer directement en cas d’attaque de la part des USA. A la
suite d’une erreur technique, ces avions pensent que les USA ont
été attaqués et font route vers Moscou pour bombarder la ville.
Finalement, les dirigeants des USA se rendent compte de cette
erreur et font tout pour empêcher les pilotes d’agir mais là
encore il y a un protocole.
à Réflexion sur la course aux armements et la fin du monde que ça peut susciter. Cette
réflexion s’établit en termes de responsabilité de l’Etat. Dans les deux films, les deux Etats
coopèrent et s’arrangent. La question est de savoir s’il y a réellement une responsabilité des
Etats pour des actes commis contre la volonté même des dirigeants ?
à On retrouve une tension entre un idéalisme, grâce à la coopération et aux négociations on
peut éviter les catastrophes mais d’un autre côté, la réalité et les rapports de force sont tout
autres. Les rapports de force se jouent dans l’Etat également.







250
Quid des groupes non étatiques ? Ces question liées à ces groupes non étatiques sont
anciennes.

CAPTAIN AMERICA. CIVIL WAR (ANTONY RUSSO-JOE RUSSO, 2016)
Un groupe de justicier sont là pour faire régner la paix et la justice dans le monde. Mais ce
sont des privés. La question est de savoir qui doit assumer la responsabilité. Comment faire
que ces personnes puissent être sous le contrôle d’Etats et engager la responsabilité des
Etats ? On voit la pluralité des acteurs impliqués qu’ils soient privés ou supranationaux avec
l’ONU qui est ici évoquée.


Pour répondre à ces questions, nous
allons utiliser ce Projet. C’est une des
illustrations les plus emblématiques du
rôle de la commission du droit
international qui est de codifier le droit
coutumier. Ce texte n’est pas un traité
mais un texte doctrinal mais il est utilisé
comme s’il était un traité. Il est
généralement admis que ces
dispositions reflètent le droit
coutumier.
Ces questions tombent souvent à
l’examen !

Ce texte commence par une disposition qui peut paraitre évidente et prévoit deux éléments
constitutifs de la responsabilité : l’attribution et l’acte illicite (savoir s’il y a violation du DI).
Pour qu’un Etat soit responsable, il faut dans l’abstrait que les actes dont il est question soient
contraire à une règle de DI l’Etat étant souverain et présumé agir conformément au droit
international mais ensuite, il faut démontrer que ça lui est attribuable.

I. Les difficultés liées à l’attribution du comportement d’un Etat

A. L’attribution de principe du comportement des organes officiels ou habilités à
exercer des prérogatives de puissance publique

Soit les actes ont été perpétrés par des organes officiel de l’Etat et alors il est responsable en
principe. Soit, les actes n’ont pas été commis par les officiels de l’Etat et en principe, il n’est
pas responsable. Il faut vérifier que l’acte a été commis par ces organes, si c’est le cas, il n’y a
à première vue pas de problème d’attribution. Si ce sont des organes privés, il peut y avoir
questions d’attribution.
Ex : soldat d’un Etat torture à Etat est responsable peu importe le type d’organe et les
instructions données par l’Etat.



251
1. L’indifférence du type d’organe selon le droit national

C.I.J., Affaire LaGrand (Allemagne c. EtatsUnis), demande en indication de mesures
conservatoires, ordonnance du 3 mars 1999

La Cour rend une ordonnance
en 1999 disant que les USA
doivent suspendre l’exécution
de personnes de nationalités
allemandes car elles n’avaient
pas été averties conformément
aux conventions
internationales applicables
qu’ils pouvaient bénéficier
d’une assistance consulaire de la part de leur consulat. La Cour ordonne aux USA de suspendre
à l’exécution de ces personnes afin de voir si leurs droits ont été respectés ou non. Les USA
exécutent tout de même ces deux personnes dans les jours qui suivent l’ordonnance. C’est
très emblématique des limites du DI et de l’activité-même de la CPI.

Le législatif viole parfois ce droit, il en va de même d’un jugement. L’Etat ne pourra se prévaloir
de ses dispositions de droit interne pour s’exonérer de cette responsabilité. Ainsi, la
séparation des pouvoirs ne peut être invoquée. Les autres Etats ne sont pas supposés être
affectés par le choix d’un système interne de gouvernement. L’Etat reste responsable vis-à-
vis des autres des actes de tous ses organes quel que soit leur place dans le système juridique
interne. En outre, le choix souverain d’un Etat de se constituer en Etat fédéral est souverain
mais ça n’a pas pour conséquence que les autres états ne puissent être affectés par ça. Tout
ce que font les entités fédérées, sur le plan international est de la responsabilité de l’Etat. Ex :
armes à l’Arabie saoudite – région compétente – Belgique responsable.

2. Actes ultra vires et accomplis à titre privé


Dans le cas du Dr. Folamour, les USA sont responsables. Ce n’est pas le problème de l’URSS si
les USA ont choisi de nommer des personnes qui agissent de manière totalement inconsidérée
et donc ultra vires, au-delà de ses compétences ou des ordres.
Des organes agissant à titre privés ne seraient par contre pas considérés comme étant liés à
l’Etat. Ils agiraient comme particulier dans un cadre privé, l’Etat ne serait pas responsable. Dès
qu’il agit en tout qu’organe, l’Etat est responsable peu importe qu’il y ait violation du droit
international ou non. Tous les actes ultra vires engagent donc la responsabilité de l’Etat.

252
Dans « Point limite », c’est une erreur technique qui fait que les systèmes se mettent en route
avec ce bombardement. Les USA sont responsables.

Cas : 19 décembre 2016
La Turquie est-elle responsable de ce qu’il s’est passé ?
C’est un agent de l’Etat turc donc en principe la Turquie est responsable. La seule exception
serait d’invoquer qu’il agit à titre privé. Le fait qu’il ait été au-delà des ordres n’est pas une
cause qui va aboutir à la non-attribution de l’acte à l’état. Il n’est là que parce qu’il est un
agent de l’état turc, on ne pourrait donc pas réellement dire qu’il agit à titre privé. Agir à titre
privé impliquerait de ne pas avoir utilisé ses attributs d’agent officiel (arme de service, tenue,
…).

B. L’attribution exceptionnelle à l’Etat du comportement de personnes ou entités
privées

Méthode : Est-ce qu’il y a attribution à organe officiel (oui) ou non.


Si non, normalement pas sauf à titre exceptionnelle de totale dépendance ou
instructions.
Si non, vérifier s’il y a obligation de vigilance requise

La question qui se pose est de savoir si dans certains cas on ne peut pas attribuer le
comportement à l’Etat ou le rendre responsable. 3 possibilités peuvent être explorées.

1. Des « organes de fait » ? Instructions, contrôle effectif, « dépendance totale »

Ce n’est ni un organe de droit, ni officiel mais dans les circonstances le lien entre l’entité privée
et l’Etat est tellement fort, qu’on peut considérer que l’Etat agit à travers l’entité privée.

(CIJ, Recueil 1986, p. 62, § 109). (Article 4 CDI)

« La Cour doit déterminer si les liens entre les contras et le Gouvernement des Etats-Unis
étaient à tel point marqués par la dépendance d’une part et l’autorité de l’autre qu’il serait
juridiquement fondé d’assimiler les contras à un organe du Gouvernement des Etats-Unis
ou de les considérer comme agissant au nom de ce gouvernement. »
Dans l’affaire Nicaragua, une partie de l’arrêt porte sur les actes perpétrés par les Contras, les
rebelles du Nicaragua. Ils commettent certains actes contraires au DI, aux droits
fondamentaux des personnes et au droit humanitaire. La question qui se pose devant la Cour
est la responsabilité des USA vis-à-vis des actes perpétrés par les Contras. Pourquoi ? Car cette
force a été créé sous la supervision des USA, formée par les USA, … Cela allait assez loin.
La Cour sur ce point spécifique réfute l’argument du Nicaragua en affirmant que les Contras
ne sont pas les USA car le lien entre les Contras et les USA n’étaient pas à tel point marqué à
la dépendance d’une part et l’autorité de l’autorité de l’autre. Les Contras sont autonomes et
ont un but politique autonome malgré l’aide et le financement que les Usa pourraient leur
apporter. La Cour défend une conception assez stricte de l’organe de fait. La dépendance n’est
pas totale.

253
à L’organe de fait est une entité privée mais en dépendance totale par rapport à l’Etat. C’est
le même cas que si un Etat engage des mercenaires.

(ibid., p. 64-65, § 115). (Article 8 CDI)

« Toutes les modalités de participation des Etats-Unis [aux activités des contras…], et même
le contrôle général exercé par eux sur une force extrêmement dépendante à leur égard, ne
signifieraient pas par eux-mêmes, sans preuve complémentaire, que les Etats-Unis aient
ordonné ou imposé la perpétration des actes contraires aux droits de l’homme et au droit
humanitaire […]. Ces actes auraient fort bien pu être commis par des membres de la force
contra en dehors du contrôle des Etats-Unis. Pour que la responsabilité juridique de ces
derniers soit engagée, il devrait en principe être établi qu’ils avaient le contrôle effectif des
opérations militaires ou paramilitaires au cours desquelles les violations en question se
seraient produites »
La Cour évoque une deuxième hypothèse dans l’article 8 de la CDI. Cet article devra être cité
le cas échéant. Si une entité privée commet un acte, pour savoir si on l’attribue à l’état
exceptionnellement, il faut qu’il y ait des liens. Il faut essayer d’aller voir quels sont ces liens.
Soit, il y a une totale dépendance structurelle et tout ce que les privés font est attribué à l’Etat
(responsable de tout) à soit pas de dépendance structurelle mais dans un cas particulier, l’Etat
utilise le groupe pour une action particulière (Etat responsable uniquement pour l’opération
particulière accompli sous la directive de l’Etat).

(TPIY, affaire IT-94-1, Le Procureur c. Tadić, 1999, § 117).

« La condition requise d’après le droit international pour que les actes commis par des
personnes privées soient attribués à des Etats est que l’Etat exerce un contrôle sur ces
personnes. Le degré de contrôle peut toutefois varier en fonction des faits de chaque cause.
La Chambre d’appel ne voit pas pourquoi le droit international devrait imposer en toutes
circonstances un seuil élevé pour le critère du contrôle »
De manière explicite, un contrôle global plutôt qu’effectif au cas par cas suffit. Tous les actes
accomplis par les serbes de Bosnie qui sont un groupe privé, puisque la Yougoslavie entretient
des liens avec eux, notamment de financement des pensions de militaires, il y a contrôle
global. Il n’y aurait plus qu’un critère unique qui serait le contrôle global. Ce juge critique
ouvertement l’affaire Nicaragua. Cette jurisprudence est restée isolée et a été contestée.

(CDI, 2001, article 8).


« Le comportement d’une personne ou d’un groupe de personnes est considéré comme un
fait de l’Etat d’après le droit international si cette personne ou ce groupe de personnes, en
adoptant ce comportement, agit en fait sur les instructions ou les directives ou sous le
contrôle de cet Etat »
A l’article 8, la Commission ne reprend pas du tout la jurisprudence Le Procureur c. Tadic. Il
ressort de la volonté des Etats de rester restrictif en matière d’attribution d’actes commis par
des personnes privées.

254
Dans cette affaire la Cour affirme que le
critère du contrôle global est beaucoup
trop flou et qu’on ne peut l’accepter.
Dans une conception idéaliste, on veut
éviter l’impunité. L’idée est que les règles
de DI soient appliquées.
La Cour affirme que le génocide est
commis par des serbes de Bosnie. En
termes de responsabilité de l’Etat, et la CIJ
ne peut juger que de ça. La Yougoslavie
n’est pas responsable car pas de totale
dépendance par rapport aux serbes de
Bosnie. En outre, l’acte de génocide ne
peut être prouvé comme ayant été commis sous les ordres de Belgrade. On n’est donc ni dans
le cadre de l’article 4, ni de l’article 8. Ce génocide n’est pas imputable à la Yougoslavie mais
cela ne veut pas dire qu’elle n’est pas responsable du tout en DI. Elle est responsable car elle
n’a pas prévu ni réprimé l’acte de génocide. C’est une responsabilité pour omission qui permet
de contourner d’un certain point de vue les conditions très strictes d’attribution de l’action.

« Compte tenu de leur indéniable pouvoir d’influence, et des informations dont elles
disposaient, faisant état de graves préoccupations, les autorités fédérales yougoslaves
auraient dû, de l’avis de la Cour, faire de leur mieux pour tenter d’éviter que ne se
produisent les tragiques événements qui s’annonçaient, et dont l’ampleur était sinon
prévisible avec certitude, du moins soupçonnable […]. il n’a pas été démontré que la
décision d’éliminer physiquement l’ensemble de la population masculine adulte de la
communauté musulmane de Srebrenica avait été portée à l’attention des autorités de
Belgrade. Néanmoins, compte tenu de toute la préoccupation qui était celle de la
communauté internationale au sujet de ce qui risquait de se produire à Srebrenica et
compte tenu des propres observations de Miloševic ́ à Mladic ́…, il devait être clair
qu’existait un sérieux risque de génocide à Srebrenica. Or, le défendeur n’a établi
l’existence d’aucune initiative à des fins préventives, d’aucune action de sa part visant à
éviter les atrocités qui ont été commises ».
L’Etat est donc responsable pour violation du DI. Le risque de génocide était clair.

« A la maison blanche »
Il n’y aurait pas de responsabilité car on manque d’éléments de faits. Un Etat n’est pas
responsable de tout ce que font ses nationaux. Ici ce sont des personnes et non des organes.
Ensuite, on retrouve des informations liées au financement. Cela est plus concret car cela
touche à la famille royale. On pourrait se demander si c’est à titre privé, mais ça semble être
public. Cela ne suffit pas pour qu’il y ait attribution.
Par rapport à la vigilance requise, on manque d’éléments pour déterminer si cela était
prévisible (si c’était répété, éventuellement oui). Ensuite, quelle réaction de l’Etat du Coumar
à la suite de l’assassinat ? Est-ce qu’ils ont tenté de poursuivre ces personnes ? Est-ce qu’ils
ont répondu à une éventuelle demande d’extradition ? On pourrait estimer que non.


255
Massacres de Sabra et Shatila


L’OLP était basée au Liban. Israël a envahi le Liban pour chasser l’OLP qui menait des activités
contre Israël pour libérer la Palestine. Dans ce camp, des massacres sont commis par, non pas
des soldats israéliens qui sont autour du camp, mais par des milices chrétiennes qui étaient
des acteurs privés. Cette milice va massacrer tout le monde. L’assemblée a pris une résolution
qui condamne le massacre et affirme que cela est un acte de génocide, ce qui est une
interprétation relativement souple du génocide car ils sont massacrés avant tout parce que
c’est des militants de l’OLP mais ce n’est pas évident qu’ils sont massacrés parce qu’ils ont
palestiniens pour exterminer le peuple palestinien. A tout le moins, c’est un crime contre
l’humanité. On peut réfléchir à la qualification de l’acte illicite mais il est évident qu’il y a acte
illicite. On peut également affirmer qu’il y a responsabilité personnelle des milices
chrétiennes. La question est de savoir si un Etat est-il responsable ? On pourrait se placer sur
le terrain de la vigilance requise. La zone en question était entourée par des soldats israéliens
qui étaient sur place. Le Liban ne semble donc pas responsable car il n’avait pas le contrôle
effectif sur la zone. Le Liban est privé, par un acte illicite d’Israël par ailleurs, de contrôle sur
la zone. On ne pourrait exiger de lui de faire tout ce qui était en son pouvoir quand bien même
il aurait été averti. La commission d’enquête israélienne a affirmé qu’ils ne savaient pas qu’ils
allaient faire cela. Ce massacre a duré 2 h, ils étaient informés et il a fallu longtemps avant que
cela s’arrête. Lorsque le dirigeant israélien leur a dit d’arrêté, ils sont sortis du camp.
Est-ce qu’on pourrait aller plus loin et parler d’attribution ? Et si oui, comment ?
Il faudrait démontrer que les milices sont sous dépendance totale d’Israël. Cela parait
aléatoire car elles existaient déjà dans le cadre du conflit au Liban. On pourrait invoquer

256
l’article 8. Il y a plus de base car manifestement les israéliens étaient là. Les israéliens auraient
donné instructions aux phalanges de nettoyer le camp. On pourrait alors dans ce cas parler
d’attribution directement.

Le cas de l’attaque de New York



Certains auteurs d’attaques prêtent allégeance à l’état islamique. Parfois, l’Etat islamique va
revendiquer l’attaque. Dans ce cas, peut-on appliquer les articles de la commission du droit
international et attribuer les actes en question ? Attention, en dépit de sa proclamation d’Etat,
l’Etat islamique n’est pas juridiquement un Etat. Le projet d’articles n’est pas applicable, on
ne peut l’appliquer pour attribuer à une entité privée. Pour attribuer à un Etat, il faut un Etat.
Cela peut renvoyer à une autre partie du cours. On pourrait se demander si la Syrie est
responsable puisque l’EI opère depuis la Syrie. Cela serait compliquer de retomber sur
l’attribution ou la vigilance requise puisque la Syrie fait tout pour combattre l’EI. Il n’y aura
pas de responsabilité étatique.

2. L’adoption du comportement d’un groupe privé comme étant le sien (article 11 CDI)

Elle ne sera pas traitée car on la retrouve dans le cas de jurisprudence.

3. La « vigilance requise », un substitut aux difficultés d’attribution ?

Petit retour sur la vigilance requise ou diligence due. Ce principe d’obligation positive de l’Etat
qui doit non seulement ne pas lui-même violer le DI mais s’assurer dans la mesure du possible
que les entités privées ne le violent pas. Il n’est pas responsable parce qu’on lui attribue une
action, mais parce qu’on lui attribue une omission.

Ex : pollution Canada – cette obligation de vigilance est importante et doit être examinée
après une éventuelle absence d’attribution.

Il faut réellement démontrer quelque chose était prévisible et que vous n’avez rien fait.
Ex : agent turc – un homme du public qui se lève et tire – Turquie non responsable sauf si les
mesures de sécurité qu’il fallait prendre n’ont pas été prises.

257
En outre, il faut avoir les moyens de l’empêcher, ce n’est qu’une obligation de moyen. Dès lors
que l’Etat prend tous les moyens nécessaires, il ne peut être tenu pour responsable.

II. Les « circonstances excluant l’illicéité » : une consécration du
réalisme?

Certaines circonstances excluent provisoirement l’illicéité. Elles se retrouvent dans le projet
d’article de la commission du DI.

1. Le consentement de l’Etat victime

2. La légitime défense


3. Les contre-mesures

Ces 3 circonstances (4,5,6) tout à fait exceptionnelles permettraient de dire qu’un Etat voit sa
responsabilité exclues.
Ex : un avion en cas d’orage qui atterrit sans autorisation sur le territoire d’un Etat sinon tout
le monde meurt. L’Etat n’est donc pas responsable de ce type d’acte qui violerait la
souveraineté de l’Etat territorial.

4. La force majeure
L’idée est qu’on ne peut même pas faire autrement. Qu’on ne peut choisir, elle doit être
irrésistible.
4. La détresse
On pose un choix ici pour sauver les personnes à bord de l’avion par exemple.
5. L’état de nécessité
La survie même de l’Etat doit être en cause pour pouvoir l’invoquer. On ne peut l’invoquer
pour toutes les règles. Certaines règles n’admettent pas les circonstances excluant l’illicéité
ex : interdiction de la torture, interdiction du recours à la force, … Certaines nécessités sont
prévues dans les règles. On ne peut pas alors invoquer l’état de nécessité. Ceci n’existe que si
rien n’est prévu dans la règle.
Ex : en matière économique, si l’état paie les dettes et que tout le monde meurt chez lui s’il le
fait, …

è Les articles posent à chaque fois des conditions très strictes. Il est difficile de rentrer dans
un des cas. En principe, ils s’envisagent dans l’ordre et on ne vérifie pas si on rentre dans
d’autres catégories.







258
Affaire du Rainbow Warrior (Nouvelle-Zélande/France), sentence arbitrale du 30 avril 1990


Cette affaire concernait les services secrets français qui avaient via des agents secrets (organes
de l’Etat) miné et détruit le Rainbow Warrior, un navire de Greenpeace en NZ. Un différend
s’en était suivi entre NZ et la France. Un arbitrage a été conclu. Finalement, les deux agents
français devaient être emprisonnés et sanctionnés en Polynésie française. La France les a
rapatriés assez vite en invoquant la force majeure et l’extrême détresse en disant que
l’homme devait revenir pour se soigner et que la femme était enceinte. Le tribunal a rejeté
l’argument en disant qu’il n’y a ni force majeure (car pas irrésistible), ni extrême détresse sauf
si la vie de la personne est en péril. L’homme pouvait être rapatrié pour être soigné, il fallait
ensuite le renvoyer pour qu’il purge sa peine en Polynésie française. Les condition sont
extrêmement strictes.

EXAMEN :
1) Attribuable
2) Acte illicite
3) Exceptionnellement, circonstance ?

CIJ, Affaire du Projet Gabčíkovo-Nagymaros (Hongrie/Slovaquie), arrêt du 25 septembre 1997

259
Dans cette affaire, c’était une affaire entre la Hongrie et la Tchéquoslovaquie qui concernait
l’exécution d’un traité relatif à un barrage. La Hongrie avait décidé de ne plus exécuter ce
traité considérant que c’était un désastre écologique. Elle a invoqué la nécessité de désastre
écologique. La Cour a rejeté cet argument en affirmant que les conditions extrêmement
strictes n’étaient pas remplies.

Rappel :
1e phase : Y a-t-il violation d’une règle ? = acte illicite
2e phase : Les questions d’attribution -> plus complexe.


III. La mise en œuvre aléatoire de la responsabilité internationale

L’idée d’un droit universel, le plus élargi avec une limitation des circonstances excluant la
responsabilité et favorisant une mise en œuvre concrète de la responsabilité. En réalité, peu
de juges ou d’organes sont là pour faire respecter les règles. Les Etats de manière
décentralisée doivent garantir l’exécution du DI, que les autres états ont sanctionnés. Dans
une perspective idéaliste, on pallie les limites de l’OJ international en confiant à tous les Etats
une sorte de fonction de justicier. A l’inverse, une perspective plus réaliste affirme que ce ne
sont pas aux autres Etats à se mêler de la question de savoir si un Etat ou non a violé le DI.
Seuls les états directement concernés par la violation peuvent réagir mais pas les autres. Il y
a une tension entre ces deux possibilités. Dans le domaine du recours à la force, la légitime
défense résout cette tension. On ne peut jouer les justiciers au sens très large du terme.

De manière générale, on règle pacifiquement, soit les autres états peuvent adopter de contre-
mesures pour forcer l’Etat a exécuté ses obligations. C’est le rapport de forces encadré par le
droit.

Les Larmes du soleil (Antoine Fuqua, 2003)
Ce film met en scène cette tension entre une conception réaliste, ce qui compte ce sont les
intérêts des USA et rien d’autre et d’autre part, la conception idéaliste incarnée par Bruce
Willis le soldat sur le terrain qui va vouloir faire respecter le DI au-delà de l’intérêt des USA au
nom de valeurs universelles. La troupe se trouve au Nigéria et est en mission. Des personnes
de nationalité nigériane sont menacées par de vilains islamistes qui ont pris le contrôle du
Nigéria. La question est de savoir si la troupe peut sauver ces personnes ou non. Ils vont
finalement sauver les réfugiés et ne livreront pas la personne recherchée par les autorités.
D’une part, on voit une logique réaliste de la part de la direction politique, dans le rapport de
forces plus brut qui est de dire que ce ne sont pas nos affaires car les violations des règles ne
les concernent pas nous. D’autre part, l’idée qu’on est tous concernés et qu’on doit réagir de
manière beaucoup plus universelle aux violations du DI commises par les Etats.

ð Si on va au-delà du consentement qui invite, on viole le droit. Au-delà de ça, la question
est de savoir comment on peut réagir ?



260
Le projet prévoit que l’Etat qui viole le droit, doit tout d’abord réparer. S’il ne le fait pas…
La question a un triple aspect :
- Est-ce que parfois on doit réagir ? Qui peut/doit réagir ?
- Est-ce qu’on peut réagir ? Faculté ou droit ?
- Comment est-ce qu’on peut le faire ?



A. Qui doit mettre en œuvre la responsabilité ?


Ce sont des cas extrêmement limités. L’article 41 du Projet énonce le principe Ex in juria jus
non oritur. Il parle d’une obligation de coopération pour mettre fin par des moyens licites, c.-
à-d. pas par des moyens militaires non autorisés, aux violations graves d’une norme de droit
impératif (Art. 40). Les Etats doivent intervenir. Ils ne doivent pas reconnaitre comme licite
cette violation ni prêter aide ou assistance au maintien de la situation. La non-reconnaissance
s‘inscrit dans un principe plus large.
Ex : occupation, violation grave du DI à obligation pour les états tiers, qui ne sont pas
directement concernés, de ne pas reconnaitre et de ne rien faire qui puisse aider à poursuivre
ladite occupation.

C’est une prise de position assez idéaliste selon laquelle lorsque des normes impératives sont
violées, tout le monde doit réagir. Cette conception est plutôt radicale.



261
CIJ, Conséquences juridiques de l'édification d'un mur dans le territoire palestinien occupé,
avis consultatif du 9 juillet 2004


La Cour a consacré cette approche dans cet avis. Il y a violation du droit des peuples à disposer
d’eux-mêmes, norme impérative.

Exemple des implications économiques

Les produit qui viennent des territoires occupés ne peuvent être considéré comme produits
israéliens. Ces produits provenant de territoires occupés ne peuvent bénéficier des avantages
douaniers qui proviennent de l’accord avec Israël. Si on le faisait, on encouragerait la poursuite
de l’occupation car on encouragerait la poursuite de l’occupation. Cela peut avoir des
conséquences très concrètes. Le mouvement BDS, pratiqué par des personnes privées,
invoque la carence des Etats qui ne feraient pas toujours cette distinction. La logique s’adresse
aux Etats.
Que veut dire prêter aide ou assistance au maintien de cette situation ?
- Il faut un lien direct (position de l’UE) à il faut montrer que les produit viennent
(étiquetage) des territoires occupés.
- BDS à de toute façon, on ne peut pas toujours faire la distinction donc on boycott
plus largement les produits israéliens. C’est un point de vue qui n’a pas été consacré.
Mais c’est une interprétation de l’article 41.

Des mesures d’embargo avaient été décidées par le CS dans le cas de l’AFS, dans le cas de
l’apartheid, qui obligeaient les Etats à faire des restrictions commerciales. Ici, ce n’est pas le
cas, on est dans le droit international général avec l’interprétation de ce qu’est prêter aider
ou assistance.
On a une vision idéaliste où tout le monde doit réagir. Ces situations restent exceptionnelles.

262
Déplacement de l’ambassade des USA de Tel-Aviv
à Jérusalem.

L’administration Trump a déplacé l’ambassade.
Cela constitue-t-il une violation du principe énoncé
à l’article 41 ?
à La violation grave dont il s’agit ici est
l’occupation. Il faut d’abord vérifier sir l’article 40
s‘applique. Cette violation doit être envisagée
avant l’acte que l’on juge, avant l’article 41. Il faut
qu’on soit dans une situation de violation grave.
à Ce n’est pas pour autant qu’il reconnaisse
fondamentalement le droit d’Israël sur Jérusalem
comme capitale. Les ambassades doivent être sur
le territoire de l’état accréditaire. C’est pourquoi la
Palestine a déclenché une action (clause
compromissoire).
à Est-ce qu’il y aide ou assistance dans le maintien
de l’occupation ? Est-ce qu’ils coopèrent pour mettre fin à l’occupation ? On pourrait
considérer que l’ambassade est un bâtiment qui a une portée symbolique. La question
est discutable. La politique semble aller dans l’autre sens que mettre fin à l’occupation.
La plupart des autres états ont critiqué ceci comme étant non-conforme au DI.


B. Qui peut mettre en œuvre la responsabilité ?

Quid des autres cas ?
On essaie de sortir de la contradiction entre le point de vue du militaire sur le porte avion (seul
l’état lésé peut réagir) ou bien tout le monde peut réagir dès qu’une règle est violée
(perspective idéaliste). Le compromis est de faire la distinction entre 3 catégories :

1. L’Etat lésé
Ex : traité de commerce violé ; l’état lésé est celui astreint par une taxe douanière contraire à
une convention de libre-échange.

Cet Etat est en droit de réagir.

2. Les Etats affectés

Ex : les autres états ne sont pas lésés.
Lorsqu’il y a des règles erga omnes, qui sont tellement importantes qu’en réalité lorsqu’elles
sont violées tout le monde est lésé (ex : génocide). Les chambres extraordinaires sur le
Cambodge ont considéré qu’il y avait eu un génocide au Cambodge parce que des nationaux
vietnamiens avaient été visés parce que vietnamien. Tous les autre Etats ont alors un droit à
réagir, voire une obligation si c’est une violation grave. Cette catégorie doit être mise en lien
avec l’obligation. Ce droit existe dès que l’obligation est erga omnes.

263
3. Les Etats tiers, liés ou non par la règle

Ces états n’ont pas le droit de réagir. Les autres Etats ne peuvent prendre des contre-mesures.

è La contre mesure ne peut pas être une punition.


CIJ, Affaire Sud-Ouest africain (Libéria et Ethiopie c. Afrique du Sud), arrêt du 18 juillet 1966


Cette affaire exprime la position traditionnelle. Le SO Africain (Namibie) était occupé par l’AFS
et c’était une violation du mandat. Le SO africain était une colonie allemande qui avait été
mise sous mandat après la 1e GM. L’AFS devait respecter une série d’obligations, notamment
assurer une « mission sacrée de civilisation ». Avec le système d’apartheid tel qu’il existait, il
était évident qu’il y avait une violation grave du DI. Sur le plan judiciaire, les Etats africains ont
mené une lutte contre l’apartheid. Ils tentent d’essayer d’attraire l’AFS pour qu’elle rende des
comptes. Le problème est que la CIJ ne juge que les Etats et n’est ouverte qu’aux Etats. La SDN
n’existait plus à ce moment-là, c’était l’ONU. Le Libéria et l’Ethiopie étaient les deux seuls Etats
africains qui existaient déjà dans l’entre 2 guerres. Ces Etats invoquent la violation de son
mandat par l’AFS, en leur qualité d’état parties à la SDN. La Cour rejette la plainte en 1966 en
affirmant que ce ne sont pas des Etats lésés. Il y a violation de l’accord de mandat mais cet
accord de mandat étaient conclus entre l’AFS et la SDN. Le mandat est un traité entre un état
mandaté qui exerce son mandat, et la SDN, organisation internationale, d’autre part. Les OI
ont une PJ internationale. Il y « le voile » de la PJ qui fait qu’il y a une sorte de triangle : AFS,
SDN, membres de la SDN. L’obligation lie l’AFS et la SDN mais pas les membres. Les deux
requêtes sont rejetées car irrecevables. Seule l’organisation lésée a qualité pour agir, c’est une
perspective réaliste. Quand bien même la SDN serait encore là, elle ne pourrait intenter une
action. La Cour dit que ce n’est pas son problème.








264
C.I.J., Questions concernant l’obligation de poursuivre ou d’extrader (Belgique c. Sénégal),
arrêt, 20 juillet 2012


Aujourd’hui on est dans un autre système avec cette notion d’état affecté qui peut être
illustrée par l’affaire Belgique c. Sénégal. La Cour aurait dû déclarer l’irrecevabilité.
Cependant, la Cour a appliqué ce qui était prévu dans le projet de la commission du DI
puisqu’elle va dire qu’il y a tout de même certaines règles, telles que l’interdiction de la
torture, pour lesquelles chaque Etat partie peut demander qu’un autre Etat mette fin à ses
manquements. Tout état partie à la convention contre la torture peut invoquer la
responsabilité d’un autre état, à des obligations erga omnes partes.


Cas de l’exécution illégale d’un citoyen mexicain aux USA

Les USA malgré la condamnation par la
Cour n’ont pas tellement changé leur
comportement. Il avait le droit de
demander une assistance consulaire
sans retard selon l’article 36 de la CVRC.
C’est le même cas de figure que l’affaire
Lagrand.
Qui peut engager la responsabilité des
USA ?
- Le Mexique, en tant qu’état lésé
car matériellement touché par le biais
de son ressortissant.
- Etats parties à la convention en
question car ils sont affectés si c’est une
règle erga omnes. Il convient de se demander quel droit a été lésé. C’est plutôt une
convention interétatique, on n’est pas vraiment dans les droits fondamentaux de la
personne. On pourrait argumenter dans les deux sens, en argumentant que l’attente
dans le couloir de la mort est équivalente à des traitements inhumains et dégradants
et donc, ce serait une règle de jus cogens qui aurait été violée.






265
Syrie et armes chimiques
A supposer que les faits soient établis est-ce que là on est dans le domaine pour réagir à
cela sachant que les
ressortissants n’ont pas
été touchés par les
attaques d’armes
chimiques. Les etats
sont parties à une telle
convention. Cela est une
violation grave de
normes qui finalement
protègent les droits
essentiels des individus.
Tout ce qui touche aux
DF n’est pas forcément
erga omnes.
C’est moins une question d’intérêt à agir que d’absence de violation au départ. La mise en
œuvre de la responsabilité suppose une responsabilité. Il faut qu’il y ait acte illicite et
attribution et c’est là que le problème de preuve va jouer.

On serait soit dans le domaine du traité qui énonce cette règle, soit dans la coutume.

Si une nation est agressée, les autres états peuvent lui venir en aide. Là, l’agression et la
violation grave d’une norme erga omnes, soit par le biais de la légitime défense collective.

Affaire Kashoggi


La France, l’Allemagne et
le Royaume-Uni vont
demander une enquête
pour que les
responsabilités soient
établies.
Ce sont manifestement
des organes saoudiens
qui ont commis ces actes.
L’Arabie Saoudite ne
semble pas le nier.
Supposons que les états
aillent plus loin et
prennent des contre-
mesures ? Il est à la fois
américain et saoudien.
S’il y a un état lésé, il est
saoudien. En l’espèce, si
c’est de la torture, c’est

266
une règle erga omnes. Ce serait le cas. On ne sait pas s’il était vivant lorsqu’il a été découpé
en morceaux. La définition de la torture ce n’est pas jute découper quelqu’un en morceau.
Les autres états ont intérêt à agir. On pourrait éventuellement parler d’obligation d’agir.

è D’une part, il faut savoir s’il y a violation du DI et responsabilité avant mie en œuvre. Il y a
acte illicite et attribution. Ensuite, il faut savoir qui peut réagir. Il faut voir si c’est une règle
erga omnes. Si on parle du droit à la vie, c’est défendable. Cependant, être partie à la CEDH
donne un droit à agir contre un autre état partie. SI un des deux états ne l’est pas, ça ne
fonctionne pas. L’Arabie saoudite n’est pas partie à la CEDH. Il faut trouver une autre source,
conventionnelles c’est le plus simple. Si on en a pas, il reste la coutume.

C. Comment mettre en œuvre la responsabilité ? Rétorsions et contre-mesures


Les rétorsions ne sont pas prévues car elles ne posent pas de problème, sont conformes au DI.
- Si, un Etat décide de ne pas conclure un nouveau traité avec un état car il estime que
cet autre état ne se comporte pas comme il faut, il s’agit d’une rétorsion. Puisque l’Etat
n’est pas obligé de conclure de traité avec l’autre état, c’est une rétorsion.
- Si un Etat décide de rappeler son ambassadeur, il n’y a pas de problème. L’Etat a le
droit de nouer des relations diplomatiques ou non. Ce sont également des mesures de
rétorsion.
- Si un Etat décide de faire pression dans les négociations, il n’y pas de problème tant
que ce n’est pas une intervention. Ces mesures peuvent être licites.

Les contre-mesures sont des mesures à priori illicites. Le but est que l’autre Etat respecte les
obligations du DI. Ce sont des représailles : on répond à une violation par une seconde
violation. Cela vise essentiellement l’état lésé mais on peut imaginer que cela vise l’état
affecté. Ces mesures doivent être non armées (si armées = légitime défense), L’Etat doit avoir
averti l’autre Etat, l’avoir invité à mettre fin à son comportement illicite. Ces mesures doivent
être proportionnées. Ces contre-mesures ne peuvent porter atteinte aux droits de la
personne.
Ex : Un état viole les DH, un autre suspend un traité de coopération économique alors qu’il ne
peut normalement le faire.

267
CIJ, Affaire du Projet Gabčíkovo-Nagymaros (Hongrie/Slovaquie), arrêt du 25 septembre 1997














Le Cas de la Russie/Ukraine


Dans ce cas, les états tiers
ont pris des mesures contre
la Russie.








Le Japon gel des avoirs (contre-mesure), il suspend des projets (rétorsion) et prend des
mesures restrictives par rapport aux importations (rétorsion si pas d’informations relatives à
une obligation de libre-échange). Le
Japon va invoquer que l’annexion est
interdite. Le Japon va invoquer cette
norme de droit impératif pour
invoquer son affectation. Ils
pourraient même invoquer une
obligation de réagir (Art 40-41).
Il faut voir si ce qu’on fait est interdit
ou non. Si oui, le Japon invoquera
une contre-mesure. Si non, c’est une
rétorsion.




268
IV. La responsabilité limitée des organisations internationales

Les choses sont simples quand les organisations agissent de manière pure. Mais parfois c’est
compliqué. Le problème souvent est qu’il y a une double chaine de commandement : de l’ONU
et du pays pour les nationaux. Il convient de voir acte par acte qui contrôlait à quel moment.

A. Les difficultés liées à l’établissement et à la mise en œuvre de la responsabilité des
organisations internationales
B. La responsabilité des Etats: une solution aux problèmes liés à la mise en œuvre de
la responsabilité des organisations internationales?














Deux cas :



Les exactions commises par les soldats américains aux USA. L’ONU a invoqué le fait que sur le
terrain les USA donnaient les ordres et que donc l’ONU n’était pas responsable. C’est un
système basé sur l’effectivité, au-delà de la couleur du casque.

Srebrenica. Les PB ne sont pas responsables du génocide qui y a eu lieu. Les soldat hollandais
contrôlaient à un moment donné des personnes. Ils les ont laissé à disposition des forces
serbes. Pour cet acte particulier là, les PB sont responsables car c’était sous les ordres des PB.
La question est de savoir qui concrètement donnait les ordres.

269
C.I.J., Affaire du Personnel diplomatique et consulaire des Etats-Unis à Téhéran (Etats-Unis c.
Iran), arrêt du 24 mai 1980, Recueil 1980, sp. pp. 28-45, par. 56-95.

Le contexte est la prise d’otage mise en scène dans le film ARGO.

1. Selon la Cour, les actes des « militants » sont-ils attribuables à l’Iran ?

Les étudiants ont pris en otage les ambassadeurs. Selon la Cour, ce ne sont pas des organes.
Ce sont des privés. Ils ne sont donc pas responsables sauf exceptions. Ils n’étaient pas sous le
contrôle effectif (cf : Nicaragua). Par la suite, les plus hauts dirigeants iraniens ont endossé les
actes des militants et à partir de ce moment-là, ce sont devenus de actes attribuables à l’Iran.
A un moment donné, cela devient des actes attribuables à l’Iran. Lors de la deuxième phase,
de prise d’otage qui est endossée, l’Iran devient responsable. C’est la théorie des organes de
fait.

2. Selon la Cour, l’Iran est-il peut-il être tenu pour responsable des dommages causés aux
Etats-Unis par un autre biais ?

Pour ce qui concerne la 1e phase, d’invasion dans l’ambassade, la Cour dit qu’il s’agit d’un
principe de droit coutumier. L’Iran avait effectivement les moyens d’agir parce qu’auparavant
l’Iran avait utilisé une solution effective. L’Iran était également conscient du danger. C’est
donc un cas de vigilance requise. Il s’agit d’une obligation de moyen : prévisibilité (oui),
moyens de l’empêcher (oui). Leur responsabilité est engagée pour violation du principe de
vigilance requise en droit international général. La Cour ne peut utiliser le droit international
général. Elle va se baser sur la convention des relations diplomatique qui pr