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Chapitre 1

Logique et ensembles

1.1 Raisonner juste et bien


Nous commençons par poser quelques principes généraux sur le "raison-
nement mathématiques". même si les considérations qui suivent sont très
générales, il conviendra de toujours les garder à l’esprit, un peu comme un
ensemble de "préceptes", des règles de conduite auxquelles il faudra toujours
se tenir.

1.1.1 le "bien raisonner"


Pour parler de façon extrêmement simplifiée, le but des mathématiques
est de démontrer (prouver, établir, etc.) que certaines propriétés (énoncés,
propositions, assertions, etc.) sont vraies.

Pour cela les mathématiques utilisent un langage formalisé, codifié, pré-


cis. Même si le champ d’application des mathématiques est immense (du plus
élémentaire au plus difficile), la nécessité de bien expliquer/rédiger (donc de
bien se faire comprendre de ceux qui vous parlez ou qui vous lisent) et l’obli-
gation (morale !) de justifier soigneusement toutes les étapes du raisonnement
(ou du calcul) s’imposent à tous les niveaux.

Cette exigence du “bien raisonner” est une partie essentielle des mathé-
matiques. Lorsqu’on vous demande de résoudre un exercice (consistant en
général à vérifier qu’une propriété est vraie sous certaines hypothèses) ce
qu’on attend de vous n’est pas tant d’établir que cette propriété est vraie
(elle l’est de toutes façons : on ne vous demandera pas de démontrer des
choses fausses), mais plutôt d’être convaincant, rigoureux, et de justifier tout

1
2 CHAPITRE 1. LOGIQUE ET ENSEMBLES

ce que vous écrivez.

Votre démonstration ne doit pas laisser place aux ambiguïtés, aux im-
précisions. Elle doit être concise, limpide. Vous devez utiliser les hypothèses
à bon escient (au bon moment), avancer logiquement, et terminer par une
affirmation claire (et convaincante) du résultat attendu. À notre niveau, le
raisonnement mathématique est donc essentiellement l’art de bien utiliser le
langage à notre disposition pour (soit oralement, soit par écrit) convaincre
un interlocuteur qu’on sait prouver (à partir d’hypothèses précises) qu’un
résultat est vrai.

1.1.2 Le “bien parler” mathématique

Mis à part les qualités purement opératoires du langage mathématique,


on n’oubliera que celui-ci s’inscrit dans la langue française. À cet égard, le rai-
sonnement mathématique se doit d’être bien articulé, très proprement écrit,
et l’expression doit en être variée, plaisante, si possible élégante. Sachez que
les fautes d’orthographe (et les ratures, ou les patés de correcteur blanc) font
toujours très mauvais effet.

On cherchera le bon équilibre entre l’usage systématique de notations


purement mathématiques (qui donne une impression de sécheresse) et une
rédaction trop verbeuse du raisonnement. Si la conclusion mathématique à
laquelle on tend est importante, le style avec lequel on y parvient l’est tout
autant.

Les questions de pure forme, d’esthétique générale, sont donc essentielles.


Mais on n’oubliera pas le but qui nous est proposé, qui est de progresser dans
l’art de démontrer des résultats toujours un peu plus difficiles. Dès les classes
de lycée (à un moment donc où le contenu mathématique reste limité), il
faut prendre l’habitude de soigner la rédaction, et de veiller à la précision
des arguments utilisés. C’est le meilleur moyen de progresser. Une fois ces
habitudes prises, on se relit mieux soi-même, on entre plus facilement dans
les sujets (problèmes plus longs, avec des questions qui s’enchaînent) qui vous
seront proposés dans l’enseignement supérieur.
1.2. PROPOSITIONS, DÉMONSTRATIONS, ETC. 3

1.1.3 Et il y a le calcul aussi


Si faire des mathématiques, c’est essentiellement raisonner et montrer
qu’on sait prouver que des propriétés sont vraies (en utilisant des hypothèses,
et les connaissances précédemment acquises), il entre presque à chaque étape
une part inévitable de technique : il faut “faire des calculs”. Rien de sert
d’avoir les idées claires sur ce qu’on veut prouver si on est, en permanence,
arrêté par des difficultés d’ordre technique. Si on veut un jour arriver à une
certaine sureté dans les phases calculatoires, rien ne remplace l’expérience
patiemment acquise. Les deux piliers de la pratique des mathématiques sont
certainement le raisonnement logique et la technique calculatoire.

1.1.4 Finalement, comment progresser ?


On a tous des prédispositions différentes, mais il n’y a pas de fatalité.
Il n’y a pas, définitivement, les bons en maths d’un coté (ceux qui ont “la
bosse”) et les autres. Chacun peut progresser, en y mettant (au début en tout
cas) le temps, les efforts, et la discipline nécessaires, mais aussi de l’envie.

D’ailleurs, le plaisir de faire des mathématiques, s’il n’est pas inné, se


construit le plus souvent au fil des exercices résolus, et par la découverte puis
l’appropriation de nouvelles notions. Pour cela, il faut de bonnes bases, et
consolider ces fondations.

1.2 Propositions, démonstrations, etc.


Définition
Une proposition est un énoncé dont on doit pouvoir dire qu’il est
«vrai» ou «faux».
On notera V et F (ou encore 1 et 0) les deux valeurs logiques possibles
d’une proposition.

Exemples :

– «l’entier 2025 est un carré parfait» est une proposition vraie (car 2015 =
452 ).
4 CHAPITRE 1. LOGIQUE ET ENSEMBLES

– «l’entier 2027 est un carré parfait» est une proposition fausse (aucun
carré ne se termine par 7).
– «l’entier 2018 est somme de deux carrés » est une proposition vraie (en
effet 2018 = 132 + 432 ).
– «l’entier 2019 est une somme de deux carrés» est une proposition fausse
(si 2019 s’écrivait m2 + n2 , raisonner suivant la parité de m et n).

Définition
Certaine propositions sont déclarées vraies à priori : ce sont les
axiomes
Sinon la véracité (ou la fausseté) d’une proposition doit résulter d’une
démonstration (d’une preuve).

Remarque : dans le cadre d’un cours de mathématiques, quand on énonce


une proposition, c’est pour affirmer qu’elle est vraie (et qu’on va la démon-
trer) !

Définition
Un théorème est une proposition vraie particulièrement importante.
Un lemme est une proposition vraie, utile à la démonstration d’une
proposition plus importante.
Un corollaire est une proposition vraie,conséquence immédiate d’une
autre proposition vraie.
Une conjecture est une proposition qu’on pense généralement vraie,
sans en avoir de preuve.

Exemples :

– «l’axiome de récurrence» dans N,«l’axiome de la borne supérieure»


dans R.
– «le théorème de Pythagore», «le théorème de Rolle»,«le théorème de
Bolzano-Weierstrass».
– «le lemme de bergers», «le lemme de Gauss»,«le lemme des noyaux».
– «la conjecture de Syracuse», «la conjecture de Golbach».
– «la conjecture de Fermat» est devenue le «grand théorème de Fermat»
en 1994.
1.2. PROPOSITIONS, DÉMONSTRATIONS, ETC. 5

1.2.1 Ensembles, éléments


On ne se risque pas à donner une définition précise de ces notions pre-
mières, considérées comme intuitives. On sait qu’il existe, par exemple, des
«ensembles de nombres» auxquels la tradition a donné un nom :N (entiers
naturels), Z (entiers relatifs), Q (nombres rationnels), R (nombres réels), C
(nombres complexes), et que chacun de ces ensembles est strictement inclus
dans le suivant.

On sait également qu’il est possible de former des ensembles inclus dans
les ensembles précédents. Par exemple : les entiers naturels impairs, les en-
tiers relatifs multiples de 7, , les nombres rationnels strictement positifs, les
réels de l’intervalle ]1, 4], les nombres complexes dont la partie réelle est né-
gative ou nulle.

Commençons donc par une définition qui n’en est pas vraiment une, tant
elle ne fait que constater un état de fait : dans le monde des mathématiques,
il y a des «éléments», qui sont regroupés sous la forme d’«ensembles».

Définition(ensembles,éléments)

On dit qu’un enemble E est constitué d’éléments et qu’un élément a


appartient à E (on écrit a ∈ E) ou n’appartient pas à E (on écrit
a∈/ E).
Deux ensembles E,F sont dits égaux (on note E = F ) s’ils sont consti-
tués des mêmes éléments.

quelques remarques :

– Un même objet mathématique peut, selon les circonstances, être vu


comme un ensemble, ou comme un élément d’un ensemble. Par exemple,l’intervalle
[0, 1] et un enemble de nombres réels, mais c’est également un élément
de l’ensemble des intervalles de R.

– Un ensemble fini peut être défini en extension, c’est-à-dire par la liste


(non ordonnée) de ses éléments.
C’est le cas par exemple de l’ensemble E = {1, 3, 6, 10, 15, 21, 28, 36, 45, 55}.
Dans une écriture comme {a, b, c, ...} les éléments a, b, c, ect. sont a
priori supposés distincts, et l’ordre dans lequel ils sont donnés n’a au-
cune importance.

– un ensemble E peut être défini en compréhension (c’est-à-dire par une


6 CHAPITRE 1. LOGIQUE ET ENSEMBLES
n o
n(n+1)
propriété caractérisant ses éléments). Ainsi E = 2
,n ∈, 1 ≤ n ≤ 10
est une autre définition de {1, 3, 6, 10, 15, 21, 28, 36, 45, 55}.
. Il y a bien d’autres conventions pour définir ou nommer des ensembles.
Par exemple :

– Si a, b sont deux réels, [a, b[ est l’ensemble des réels x qui vérifient
a ≤ x < b.
– Si E est un ensemble,P(E) est l’ensemble des parties de E.

Définition(ensemble vide,singletons, paires)

Par convention l’ensemble vide, noté ∅ est l’ensemble ne contenant


aucun élément.
Un ensemble {a}, formé d’un seul élément est appelé un singleton.
Un ensemble {a, b}, formé de deux éléments distincts est appelé une
paire.

1.2.2 Propriétés portant sur les éléments d’un ensemble


La proposition «l’entier 2018 est somme de deux carrés» est vraie, car
2018 = 132 + 432 .
Mais l’énoncé «l’entier n est une somme de deux carrés», qui contient la
variable libre n (c’est-à-dire un nom auquel on n’a pas donné de contenu par-
ticulier) ne peut pas être considéré comme une proposition, car on ne peut
lui attribuer la valeur “Vrai” ou “Faux” tant qu’on ne donne pas une valeur à n.

On parlera plutôt ici d’une propriété P portant sur les entiers naturels n.
Avec cette définition, la proposition P (2018) est vraie (ou encore : l’entier
2018 vérifie la propriété P ) et la proposition P (2019) est fausse (l’entier 2019
ne vérifie la propriété P ).

Si P est une propriété portant sur les éléments d’un ensemble E, et pour
affirmer qu’un élément x de E vérifie (ou satisfait à) la propriété P , on écrira
simplement “P (x)” plutôt que “P (x) est vraie”.

On peut former des prédicats à plusieurs variables. Par exemple, P (n, k)


«l’entier n est la somme de k carrés». Avec cette notation, on constate que
P (2018, 3) est vraie car 2018 = 182 + 202 + 362 .
1.2. PROPOSITIONS, DÉMONSTRATIONS, ETC. 7

1.2.3 Opérations sur les propositions


On peut créer de nouvelles propositions à l’aide d’«opérations» sur des
propositions existantes.

Définition
À partir des propositions A, B on définit ainsi :

– la négation «non A » (ou encore A ou encore ¬A).


– la disjonction «A ou B » (notée également A ∨ B ).
– la conjonction «A et B » (notée également A ∧ B ).
– la implication, la proposition : «A implique B » (notée A ⇒ B ).
– la implication, la proposition : «A équivaut à B » (notée A ⇔ B ).

L’état «Vrai» ou «Faux» de chacune des propositions ainsi définie dépend


de l’état des propositions A, B.
Tout ceci est expliqué dans les tableaux de vérité ci-dessous.
A A AouB A A AetB
A A V V V V V V
V F V F V V F F
F V F V V F V F
F F F F F F

A A A⇒B A A A⇔B
V V V V V V
V F F V F F
F V V F V F
F F V F F V

Au vu des tableaux de vérités précédents, on peut donc dire, d’une façon


moins formelle :

– la proposition A est vraie quand A est fausse, et fausse quand A est


vraie.
– La proposition « A ou B » est vraie quand l’une au moins des deux
propositions A, B est vraie.
– La proposition « A et B » est vraie quand les deux propositions A, B
sont vraies.
– «A ⇒ B » est vraie quand A est fausse, (le «faux implique n’importe
quoi») ou quand B est vraie.
8 CHAPITRE 1. LOGIQUE ET ENSEMBLES

– «A ⇔ B » est vraie quand A, B sont toutes les deux vraies ou toutes


les deux fausses.

Les opérations précédentes peuvent être répétées pour former des propo-
sitions P (A, B, C, ...) dépendant de propositions initiales A, B, C, ect.

Deux telles propositions P (A, B, C, ...) et Q(A, B, C, ...) sont dites sy-
nonymes si elles ont le même tableau de vérité, c’est-à-dire si l’équivalence
P (A, B, C, ...) ⇔ Q(A, B, C, ...) est toujours vraie (c’est-à-dire quelle que soit
la valeur de vérité des propositions A, B, C, ....

Par exemple, on peut vérifier que «Aet(BouC) » d’une part, «(AetB)ou(AetC)


» d’autre part, sont synonymes. Pour cela, on forme un tableau de vérité en
examinant les huit possibilités relatives au triplet (A, B, C), et on constate
que dans chacune d’elles nos deux propositions on la même valeur de vérité.

Pour simplifier, on note X pour «Aet(BouC) » et Y pour «(AetB)ou(AetC)


»:

A B C BouC X AetB AetC Y


V V V V V V V V
V V F V V V F V
V F V V V F V V
V F F F F F F F
F V V V F F F F
F V F V F F F F
F F V V F F F F
F F F F F F F F

Ainsi, si on doit prouver qu’une proposition s’énonçant sous la forme


«Aet(BouC) » est vraie, il revient au même de montrer que l’une au moins des
propositions «AetB» ou «AetC» est vraie.Avec un peu de sens logique (voir
plus loin !), on comprend qu’il revient au même de prouver que si «AetB» est
fausse, alors «AetC» est vraie,c’est-à-dire que A et C sont toutes les deux
vraies.

Qu’on se rassure, on ne revient jamais à l’utilisation de tableaux de vé-


rité. On se contente d’assimiler quelques règles logiques essentielles, et on se
fie ensuite à sa capacité à détecter les bons enchaînements (rien ne vaut le
bon sens, qui est peut-être un peu inné, mais qui surtout s’entretient et se
1.2. PROPOSITIONS, DÉMONSTRATIONS, ETC. 9

développe).

1.2.4 Quelques synonymies classiques


Nous désignons ici par A, B, C des propositions logiques quelconques.

Voici quelques équivalences, formées à partir de A, B ou C, et qui sont


toujours vraies (autrement dit, les expressions logiques de part et d’autres
de ces équivalences sont synonymes).

Ce catalogue de synonymies classiques ne doit pas être vu comme un for-


mulaire à connaître. Si on observe bien ces équivalences (qui peuvent toutes
être démontrées en utilisant des tableaux de vérité) on voit qu’elles ne font
que traduire, dans un langage un peu hermétique, des évidences de la logique
de tous les jours (ou presque).

– Double négation : non(nonA) ⇔ A.


n
(AetA)⇔A
– Double négation : (AouA)⇔A
n
(AetB)⇔(BetA)
– Idempotence : (AouB)⇔(BouA)
n
((AetB)etC)⇔(Aet(BetC))
– Commutativité : ((AouB)ouC)⇔(Aou(BouC))
n
non(AetB)⇔((nonA)ou(nonB))
– Dualité ou encore Lois De Morgan : non(AouB)⇔((nonA)et(nonB))

Montrer que la proposition (A et B) est fausse, c’est-à-dire montrer


qu’on n’a pas simultanément «A vraie» et «B», c’est bien sûr montrer
que l’une au moins des deux propositions A, B est fausse. De la même
manière, montrer que (A ou B) est fausse, c’est montrer que ni A ni B
ne sont vraies.

– Double implication : (A ⇔ B) ⇔ ((A ⇒ B) et (B ⇒ A)).

Montrer que deux propositions A, B sont équivalentes, c’est souvent


montrer que chacune d’elles implique l’autre.
n
(Aou(BetC))⇔((AouC)et(AouC))
– Distributivité : (Aet(BouC))⇔((AetC)ou(AetC))
10 CHAPITRE 1. LOGIQUE ET ENSEMBLES

1.2.5 Conditions nécessaires et/ou suffisantes

Pour deux propositions A et B quelconques, on rappelle le tableau de


vérité de la proposition A ⇒ B :

A A A⇒B
V V V
V F F
F V V
F F V

On remarque en particulier que lorsque la proposition A (qu’on appelle


souvent la prémisse de l’implication) est fausse, alors l’implication A ⇒ B
est vraie (quel que soit l’état, vrai ou faux, de la proposition B ). On traduit
souvent ce paradoxe apparent en disant (de façon un peu légère) «le faux
implique n’importe quoi».

Ce paradoxe peut s’expliquer quand A et B sont des propriétés portant


sur les éléments d’un ensemble E. Dans ce cas, dire que A implique B c’est
dire que l’ensemble EA des éléments de E qui vérifient A est inclus dans
l’ensemble EB des éléments de E qui vérifient P .Dans le cas particulier où
aucun élément de E ne vérifie P (c’est-à-dire si la proposition A(x) est fausse,
quelque soit x dans E, c’est-à-dire si EA = ∅, alors on a bien l’inclusion
EA ⊂ EB .

Ces subtilités sont sans grande importance pratique. Ce qui compte, c’est
d’avancer dans le raisonnement à coups de propositions vraies ! Et si on af-
firme que A ⇒ B est vraie, c’est bien pour dire que si A est vraie, alors B
est vraie.

Dans un premier temps, voici comment exprimer en bon français (donc


autrement que par la seule utilisation du symbole ⇒) la notion de nécessité,
de conséquence, d’implication.
1.2. PROPOSITIONS, DÉMONSTRATIONS, ETC. 11

Définition(pour exprimer une implication)

Soit A et B deux propositions. Pour exprimer que «A ⇒ B» est vraie,


on dit indifféremment :

– La proposition A est une condition suffisante de la proposition B.


Ou encore : pour que B soit vraie, il suffit que A soit vraie.
– La proposition B est une condition nécessaire de la proposition A.
Ou encore : pour que A soit vraie, il faut que B soit vraie.
– B est vraie si A est vrai, ou encore : A est vraie seulement si B est
vraie.

Voici maintenant comment exprimer que deux propositions sont équiva-


lentes (vraies ou fausses en même temps) :

Définition(pour exprimer une équivalence)

Soit A et B deux propositions. Pour exprimer que «A ⇒ B» est vraie,


on dit indifféremment :

– A est une condition nécessaire et suffisante (CNS) de B.


– A est vraie si et seulement si B est vraie.
– Pour queA soit vraie, il faut et il suffit que B soit vraie.

Dans ces énoncés on peut bien sûr échanger le rôle de A et B.

On devine l’importance considérable que revêtent les notions d’implica-


tion et d’équivalence en mathématiques. On reviendra plus loin sur le danger
qu’il y a à utiliser abusivement les signes ⇒ et ⇔ comme de vulgaires signe
de ponctuation, comme une façon paresseuse de passer à la ligne.

Il est en particulier exclus d’utiliser ces signes dans une phrase en français,
et il convient de réserver leur usage prudent aux seuls passages calculatoires.

Les variantes d’expression évoquées dans les deux propositions précé-


dentes marquent d’ailleurs la primauté de l’expression sur la technique. Un
calcul mathématique n’est rien s’il n’est précédé, accompagné, et suivi d’un
effort d’expression (pour préparer la séquence calculatoire, pour en justifier
les étapes, et pour en exprimer la conclusion).
12 CHAPITRE 1. LOGIQUE ET ENSEMBLES

1.2.6 Quelques figures usuelles du raisonnement


Voici à nouveau quelques synonymies classiques, qui représentent cette
fois des figures classiques du raisonnement mathématique. Là encore, on peut
considérer ces résultats comme assez naturels (à moins que ça ne soit la pra-
tique du raisonnement logique qui les rendent tels) ou alors les démontrer en
utilisant des tableaux de vérité.

La règle du « modus ponens » :

C’est un rouage essentiel (et très simple) du raisonnement. Arrivé à une


étape donnée de celui-ci (souvent dès le début) on constate qu’une proposition
A est vraie. On se souvient alors d’une propriété du cours (un théorème, ou
une simple règle de calcul) affirmant que l’implication (A ⇒ B) est vraie.
Puisque d’une part A et d’autre part (A ⇒ B) sont vraies, il en alors de
même de B ce qui nous conduit à l’étape suivante du raisonnement.
Cette figure du raisonnement est résumée par le fait que l’implication
((A ⇒ B) etA) ⇒ B est toujours vraie. On dit parfois d’une proposition tou-
jours vraie qu’elle constitue une « tautologie».

Proposition : (la règle du «modus ponens» )

L’implication suivante est toujours vraie :((A ⇒ B) etA) ⇒ B.

Démonstration :
On vérifie ci-dessous que la proposition «((A ⇒ B) etA) ⇒ B» est
toujours vraie.

A B A⇒B (A ⇒ B) etA ((A ⇒ B) etA) ⇒ B


V V V V V
V F F F V
F V V F V
F F V F V

.
Le syllogisme :

Tout le monde connaît l’exemple-type du syllogisme : « Tous les hommes


1.2. PROPOSITIONS, DÉMONSTRATIONS, ETC. 13

sont mortels, or Socrate est un homme donc Socrate est mortel ».


Lorsqu’on part d’une hypothèse (c’est-à-dire d’une proposition A suppo-
sée vraie), et qu’on cherche à montrer qu’une proposition C (la conclusion
du raisonnement) est vraie, il est commode (et souvent inévitable) de passer
par des étapes intermédiaires (pour scinder la difficulté).
Le syllogisme est une illustration de cette idée : si on sait que l’implica-
tion A ⇒ B est vraie, et si par ailleurs l’implication B ⇒ C est vraie, alors
l’implication A ⇒ C est vraie. La proposition B fait alors figure d’étape
possible dans le raisonnement qui mène de A à C.

Proposition : (le syllogisme)

Soit A, B et C trois propositions.


L’implication suivante est toujours vraie : ((A ⇒ B) et (B ⇒ C)) ⇒
(A ⇒ C).

Démonstration :
Notons X la proposition (A ⇒ B) et (B ⇒ C).
Notons Y la proposition Xet (A ⇒ C).
On voit qu’indépendamment de l’état vrai ou faux de A, B, C la
proposition Y est toujours vraie.

A B C A⇒B B⇒C X A⇒C Y


V V V V V V V V
V V F V F F F V
V F V F V F V V
V F F F V F F V
F V V V V V V V
F V F V F F V V
F F V V V V V V
F F F V V V V V

La disjonction des cas :

Dans un raisonnement mathématique censé nous conduire d’une hypo-


thèse H (une proposition supposée vraie), à une conclusion C il arrive que
14 CHAPITRE 1. LOGIQUE ET ENSEMBLES

H se présente sous la forme de deux éventualités : A ou B


Dans ce cas, montrer que l’implication H ⇒ Cest vraie, c’est prouver que
les deux implications A ⇒ C d’une part, et B ⇒ C d’autre part, sont vraies.
La séparation de H en les éventualités A ou B peut s’imposer d’elle-
même, ou résulter d’une idée personnelle. Et puisqu’on remplace une seule
démonstration (celle de H ⇒ C par deux démonstrations (celle de A ⇒ C et
celle de B ⇒ C), c’est dans l’espoir qu’en affinant ainsi l’hypothèse, on aura
plus de facilité à progresser.
Cette figure du raisonnement s’appelle la « disjonction des cas », et voici
comment elle s’exprime :

Proposition : (la disjonction des cas)

Soit A, B et C trois propositions.


n
(A⇒C)et(B⇒C)
Les propositions : (AouB)⇒C sont synonymes.

Démonstration :
Notons X la proposition ((A ⇒ C) et (B ⇒ C)).
Notons Y la proposition ((AouB) ⇒ C).

On vérifie que les propositions X et Y ont le même tableau de vérité.

A B C A⇒C B⇒C X A ou C Y
V V V V V V V V
V V F F F F V F
V F V V V V V V
V F F F V F V F
F V V V V V V V
F V F V F F V F
F F V V V V F V
F F F V V V F V

Raisonnement par contraposition :

Supposons qu’on veuille démontrer qu’une proposition A implique une


1.2. PROPOSITIONS, DÉMONSTRATIONS, ETC. 15

proposition B, c’est-à-dire que si A est vraie alors B est vraie. Il revient au


même d’établir que si B est fausse, alors Aest fausse.

On peut donc remplacer la preuve de A ⇒ B par celle de (nonB) ⇒


(nonA) (la « proposition contraposée »).

On procédera ainsi lorsque l’hypothèse (nonB) permet un démarrage plus


facile de la démonstration. C’est notamment le cas lorsque B exprime qu’il
n’existe aucun élément d’un ensemble possédant telle ou telle propriété. Par-
tir de (nonB), c’est donc supposer qu’un tel élément existe : se donner cet
élément et tirer les conséquences de son existence peut alors constituer un
bon démarrage de la démonstration.

Proposition : (le raisonnement par contraposition)

Soit A, B et C trois propositions.


n
A⇒B
Les propositions : (nonB)⇒(nonA) sont synonymes.

Démonstration :
Notons X la proposition ((A ⇒ C) et (B ⇒ C)).
Notons Y la proposition ((AouB) ⇒ C).

On vérifie que les propositions X et Y ont le même tableau de vérité.

A B A⇒B nonB nonA (nonB) ⇒ (nonA)


V V V F F V
V F F V F F
F V V F V V
F F V V V V

Le raisonnement par l’absurde :

Le raisonnement par l’absurde consiste un peu à «prêcher le faux pour


savoir le vrai».
16 CHAPITRE 1. LOGIQUE ET ENSEMBLES

Ne devant pas être confondu avec le raisonnement pas contraposition


(dont il est quand même assez proche) il consiste à prouver qu’une propriété
est vraie en supposant qu’elle est fausse et en tirant les conséquences de cette
nouvelle hypothèse jusqu’à aboutir à une absurdité.

Proposition : (Le raisonnement par l’absurde)

Soit A et B deux propositions quelconques.


n
Les propositions : A⇒B
(non(AetnonB)) sont synonymes.

Démonstration :
On vérifie que les propositions «A ⇒ B» et «A et nonB» ont le même
tableau de vérité.

A B A⇒B nonB A et nonB non (AetnonB)


V V V F F V
V F F V V F
F V V F F V
F F V V F V

– On voit que si (A ⇒ B) est vraie et si B est fausse, alors A est fausse.


En d’autres termes, si on part d’une hypothèse A et que par un raison-
nement juste (ici l’implication A ⇒ B) on arrive à une conclusion B
fausse, c’est que l’hypothèse de départ est fausse. On tient là un bon
moyen de montrer qu’une propriété A est fausse : « par l’absurde », on
suppose que A est vraie, puis on en tire les conséquences de cette hypo-
thèse pour arriver à une proposition Bmanifestement fausse (porteuse
d’une contradiction, d’une absurdité). On conclut alors que la proposi-
tion A est fausse. Bien sûr, on peut montrer qu’une proposition A est
vraie en supposant (par l’absurde) qu’elle est fausse, puis en procédant
par implications jusqu’à aboutir à une contradiction.

– Plus généralement, supposons qu’on veuille démontrer que A ⇒ B


(c’est-à-dire « non (AetnonB) ») est vraie. Il revient au même de prou-
ver que AetnonB est fausse, c’est-à-dire qu’on ne peut pas avoir si-
1.3. QUANTIFICATEURS ET RÉDACTION 17

multanément à la fois l’hypothèse A et le contraire de la conclusion B


à laquelle on voudrait aboutir. Pour cela, on suppose (par l’absurde)
que (AetnonB) est vraie. Autrement dit, on conserve l’hypothèse « A
est vraie », mais lui ajoute l’hypothèse supplémentaire « B est fausse
». On tire ensuite les conséquences de ce renforcement de l’hypothèse
pour aboutir à une absurdité.

1.3 Quantificateurs et rédaction

La plupart des raisonnements mathématiques portent sur des propriétés


d’éléments d’un ensemble E. On est donc très souvent amené à écrire des
phrases telles que « soit x un élément de E tel que. . . », ou « il existe un
élément x de E tel que. . . », ou encore « pour tout élément x de E, on a. . . ».

De très nombreuses erreurs de raisonnement, ou en tout cas d’impréci-


sions, viennent d’un manque de rigueur (de discipline) avec lequel on écrit
ces phases du raisonnement. On se propose ici de donner quelques conseils
pour améliorer la rédaction de ces passages.

1.3.1 Les deux quantificateurs ∃ et ∀

Très souvent, on est amené à étudier une propriété (un « prédicat ») P


portant les éléments d’un ensemble . Plusieurs questions importantes peuvent
alors se poser :

– L’un au moins des éléments de EEE possède-t-il la propriété P ?


– Existe-t-il dans E un unique élément vérifiant la propriété P ?
– Tous les éléments de E possèdent-t-il la propriété P ?

Pour formaliser ces différentes questions (et pour affirmer qu’une réponse
est positive. . . ou négative), les mathématiques utilisent des quantificateurs.
18 CHAPITRE 1. LOGIQUE ET ENSEMBLES

Définition : (les deux quantificateurs)

Soit P une propriété portant sur les éléments d’un ensemble E.

– La proposition « ∃x ∈ E, P(x) » dit qu’au moins un un élément x de


EEE vérifie la propriété P . On prononcera par exemple : « il existe
x dans E tel que P (x) »(c’est-à-dire tel que x vérifie P (x)). On dit
que « ∃ » est le quantificateur existentiel.
– La proposition « ∀x ∈ E, P(x) » exprime que tout élément x de
E vérifie la propriété P . On prononcera par exemple : « quelque
soit x appartenant à EEE, on a P (x) ». On dit que « ∀ » est le
quantificateur universel.

On introduit également la notation suivante :

– La proposition « ∃!x ∈ E, P(x) » exprime qu’un et un seul élément x


de E vérifie la propriété P .

Il est facile d’écrire la négation d’une proposition utilisant un quantifica-


teur :

Proposition : (négation d’une proposition avec quantificateurs)

Soit P une propriété portant sur les éléments d’un ensemble E.


La négation de la proposition « ∃x ∈ E, P(x) » est « ∀x ∈ E, nonP(x)
».
La négation de la proposition « ∀x ∈ E, P(x) » est « ∃x ∈ E, nonP(x)
».

En revanche la négation de la proposition « ∃!x ∈ E, P(x) » est plus com-


pliquée et s’exprimerait de la manière suivante : « il n’existe aucun élément
de E vérifiant la propriété P ou alors il en existe au moins deux». « »

1.3.2 Phrases avec plusieurs quantificateurs


On peut former des propositions « à tiroirs» avec plusieurs quantifica-
teurs, notamment sur des énoncés P (x, y, ...) à plusieurs variables.

Dans ce cas, la phrase mathématique devant (évidemment) être lue de


gauche à droite, on prendra garde à l’ordre des quantificateurs, notamment
dans les alternances de «∀» et de «∃».
1.3. QUANTIFICATEURS ET RÉDACTION 19
n
A:∀x∈E,∃y∈F,P(x,y)
Ainsi B:∃x∈E,∀y∈F,P(x,y) ont souvent des significations très différentes.

Le mieux est de penser à la traduction de ces deux propositions «en fran-


çais».
En effet, la proposition A exprime que pour tout x de AE, il existe un élé-
ment y de E (dont la valeur dépend a priori du x qu’on vient d’évoquer) tel
que la proposition P(x, y) soit vraie.
Quant à la proposition B, elle exprime qu’il existe un certain élément yyy de
F tel que, pour tout x de E, la proposition P(x, y) soit vraie.

– Par exemple, la proposition «∀m ∈N,∃n ∈N, n > m» (qui exprime que
pour tout entier naturel m, il existe un entier naturel n qui lui est stric-
tement supérieur) est vraie (prendre n = m + 1, par exemple).

– En revanche, la proposition «∃m ∈N,∀n ∈N, n > m» (qui exprime qu’il


existe un entier naturel mmm strictement supérieur à tous les entiers
naturels) est manifestement fausse.

Pour lever toute ambiguïté, mais au prix d’une lourdeur décourageante, la


chronologie interne des phrases mathématiques contenant plusieurs quantifi-
cateurs pourrait être soulignée par des parenthèses emboîtées (et à la lecture,
les ∃être suivis par un « tel que»).

Par exemple la proposition « ∀x ∈ E,∃y ∈ F, ∀z ∈ G, P(x, y, z)», gagne à


être vue, mentalement, sous la forme :
∀x ∈ E, (∃y ∈ F, (∀z ∈ G, P(x, y, z)))
Cette perception en sous-phrases emboîtées s’avère utile lorsqu’on doit
écrire la négation d’une proposition.

– Par exemple, supposons que A s’écrive « ∀x ∈ E,∃y ∈ F, P(x, y) »


Alors nonA s’écrit : « ∃x ∈ E,∀y ∈ F, nonP(x, y) ».

– De même, supposons que B s’écrive « ∃x ∈ E,∀y ∈ F, P(x, y)»


Alors nonA s’écrit : « ∀x ∈ E,∃y ∈ F, nonP(x, y) ».

1.3.3 Pour un usage raisonné des quantificateurs


La lourdeur des phrases mathématiques contenant plusieurs quantifica-
teurs, et les erreurs qui peuvent résulter de cette lourdeur nous amènent à
20 CHAPITRE 1. LOGIQUE ET ENSEMBLES

insister sur la nécessité d’équilibrer les passages « en bon français » et des


phases plus techniques. En aucun cas un raisonnement mathématique ne peut
se résumer à une succession de symboles.

Pour autant, il est des cas où la concision du couplage quantificateurs/propositions


est efficace.

– Considérons par exemple la phrase suivante : « le carré de la somme de


deux nombres réels est égale à la somme de leurs carrés augmentée de
deux fois le produit de ces réels ». Une telle affirmation (vraie) s’écrit
plus simplement : ∀(x, y) ∈R2 (x + y)2 = x2 + 2xy + y 2 .

– La proposition « le produit de deux sommes de deux carrés est une


somme de deux carrés » est vraie.
Une traduction lourde (et peu lisible) de cette proposition avec des
quantificateurs pourrait être :
n∃(a,b)∈N 2 ,m=a2 +b2
∃ (p, q) ∈ N 2 , mn =p2 + q 2

∃(c,d)∈N 2 ,m=c2 +d2 ⇒

Il y a une meilleure solution, qui n’introduit que quatre variables, et


qui est aussi plus riche en contenu (car elle décrit deux formes de la dé-
composition, et constitue surtout une preuve que le résultat est vrai !) :

∀(a, b, c, d) ∈ N 4 , a2 + b2 c2 + d2 = (ac ± bd)2 + (ad ± bc)2


 

Important :

Dans les phrases écrites en français, on évitera l’utilisation des quantifi-


cateurs (sauf peut-être ∃, qui est toléré). Par exemple, on écrira «Pour tout
réel y, il existe un réel x tel que ...», ou éventuellement« Pour tout y ∈ R, il
existe x ∈ R tel que ...», mais on n’écrira pas « ∀y ∈ R, il existe x ∈ R tel
que ...».

Le programme le dit explicitement : « l’emploi de quantificateurs en guise


d’abréviations est exclu »

En conclusion, il faut toujours distinguer dans quel mode on écrit, en «


mode texte » (c’est-à-dire en bon français, sans utiliser de quantificateurs)
ou en « mode mathématique».
1.3. QUANTIFICATEURS ET RÉDACTION 21

Idéalement, le passage du mode texte au mode mathématique s’opère par


le caractère « : » suivi d’un passage à la ligne et d’une certaine indentation
(décalage vers la droite) durant la phase calculatoire.

Quelques bonnes habitudes à prendre

Même si les conseils qui suivent sont assez généraux, on les gardera tou-
jours à l’esprit.

– Dans le raisonnement logique, la syntaxe est primordiale. Elle va de


pair avec la clarté du style.
Pas de faute d’orthographe. Éviter d’être verbeux ou au contraire trop
élusif.
Toujours penser qu’on écrit pour être lu, et surtout pour être compris.

– Indiquer clairement les hypothèses de la démonstration, et quel résultat


on veut obtenir. Si on doit prouver que A ⇒ B est vraie, on commen-
cera en général par : « supposons A, et montrons B ». À partir de
l’hypothèse A, on procédera ensuite par conditions nécessaires, pour
finalement prouver B.
Attention : on prouve ainsi que B est vraie si A est vraie, et pas que B
est vraie dans l’absolu.

– On mettra toujours en évidence les liens logiques entre les phases suc-
cessives de la démonstration.
Le symbole « ⇒ » n’est pas innocent. Son emploi doit être justifié.
En tout cas, il ne doit jamais constituer un simple caractère de passage
à la ligne.

– On privilégiera les phrases simples et courtes (plutôt que de donner


l’impression de faire un calcul en apnée). On utilisera donc souvent des
passages à la ligne, et on variera le style pour éviter toute sécheresse.

– Le mot « donc » possède des synonymes : « Ainsi », « On en déduit »,


« On en déduit »,« Par conséquent », etc.

– Ne jamais confondre les symboles « ⇒ » et « ⇔ », dont l’emploi doit


être justifié. On n’utilisera jamais ces symboles dans une phrase en
français, car ils sont réservés au mode mathématique.

– Dans une proposition « à tiroirs », utiliser des parenthèses pour lever


22 CHAPITRE 1. LOGIQUE ET ENSEMBLES

toute ambiguïté. Ainsi la proposition (A ⇒ B) ⇒ C n’est pas syno-


nyme de A ⇒ (B ⇒ C).

– Soit P une propriété portant sur les éléments d’un ensemble E.


Si on veut montrer la proposition « ∀x ∈ E, P(x) », on commencera
souvent par écrire : « Soit x dans E, montrons quex vérifie P ». Le fait
de fixer un élément de x n’est ici pas restrictif, tant que cet élément est
quelconque dans E.

Si on sait que la proposition « ∃x ∈ E, P(x) » est vraie, et si on veut


en déduire quelque chose, on commencera en général par écrire « Soit
x dans E, vérifiant P » : Le « Soit x » est un important car il installe
dans la démonstration. Il crée et nomme un objet précis de E, sur le-
quel on va pouvoir travailler (le « ∃x ∈ E» ne crée rien, lui).

– Soit P et Q deux propriétés portant sur les éléments d’un ensemble E.


La proposition « (∃x ∈ E, P(x)) et (∃x ∈ E, Q(x)) » n’implique pas, en
général « ∃x ∈ E, (P(x)etQ(x)) ».
La raison en est que le quantificateur ∃ est mutificateur. En d’autres
termes, la variable x dont il est question dans« (∃x ∈ E, P(x)) » est
muette : elle ne désigne aucun élément particulier de E. Il n’y a donc au-
cune raison de croire que les deux x de (∃x ∈ E, P(x)) et (∃x ∈ E, Q(x))
se réfèrent à un même élément de E.
Si on doit déduire quelque chose de (∃x ∈ E, P(x)) et (∃x ∈ E, Q(x)),
on pourra commencer par écrire : soit x dans E tel que P(x), et soit x0
dans E tel que Q(x0 ).

1.4 Le raisonnement par récurrence


On admet les propriétés de l’ensemble N des entiers naturels.
En particulier, on admet les résultats suivants, pour toute partie A de N :

– si A est non vide, alors A possède un élément minimum a (il est carac-
térisé par : ∀b ∈ A, a ≤ b).

– si de plus A est majorée, alors possède un élément maximum.


(dire que A est majorée, c’est dire qu’il existe nnn dans N tel que :
∀b ∈ A, a ≤ n).
1.4. LE RAISONNEMENT PAR RÉCURRENCE 23

Proposition : (récurrence simple)

Soit P une propriété (un « prédicat ») portant sur les entiers naturels.
Soit n0 un entier naturel. On suppose la proposition P (n0 )) est vraie.
On suppose également, pour tout entier n ≥ n0 , que l’implication
P (n) ⇒ P (n + 1) est vraie.
Alors la proposition P (n)) est vraie pour tout entier n ≥ n0 .

Voici donc comment montrer qu’une propriété P(n) est vraie à partir d’un
entier n0 :

– On vérifie que l’entier n0 satisfait à la propriété : c’est le pas initial de


la récurrence.
La plupart du temps, on a bien sûr n0 = 0, n0 = 1=...

– On se donne ensuite un entier n ≥ n0 , et on suppose que P(n) est


vraie (c’est hypothèse de récurrence). On démontre alors que P(n + 1)
est vraie (c’est le «passage du rang n au rang n + 1 »).
On exprime l’implication P (n) ⇒ P (n + 1) en disant que la propriété
P est héréditaire.

– n conclut en annonçant que, par récurrence, la propriété est vraie pour


tout entier n ≥ n0 .

Une variante réside dans la manière d’avancer dans la récurrence. Il arrive


en effet que l’hypothèse P(n) seule soit insuffisante pour démontrer P(n + 1)
. Le cas le plus fréquent est celui de la récurrence double, où le pas initial et
l’hypothèse de récurrence portent sur deux entiers consécutifs.

Proposition : (récurrence de pas 2)

Soit P une propriété portant sur les entiers naturels.


Soit n0 un entier naturel. On suppose la proposition P (n0 )) et
P (n0 + 1)) sont vraies.
On suppose que pour tout entier n ≥ n0 , l’implication «
(p(n)etp(n + 1)) ⇒ p(n + 2) » est vraie.
Alors la proposition P (n)) est vraie pour tout entier n ≥ n0 .

Il reste une autre variante importante, le raisonnement par récurrence


forte : pour prouver P (n + 1)), on peut en effet utiliser tout ou partie des
hypothèses p(n0 ), p(n0 + 1), ...,p(n).
24 CHAPITRE 1. LOGIQUE ET ENSEMBLES

Proposition : (récurrence forte)

Soit P une propriété portant sur les entiers naturels.


Soit n0 un entier naturel. On suppose la proposition P (n0 )) est vraie.
On suppose que pour tout entier n ≥ n0 , l’implication «
(p(n0 )etp(n0 + 1)...etp(n)) ⇒ p(n + 1) » est vraie.
Alors la proposition P (n)) est vraie pour tout entier n ≥ n0 .

Voici enfin quelques conseils pour «réussir» un raisonnement par récur-


rence :

– Ne pas oublier le «pas initial» (la propriété est souvent triviale, mais
on doit la prouver).

– Ne jamais écrire : «Supposons que pour tout n, p(n). Montrons p(n +


1)».
Il faut en fait écrire : «Soit n un entier naturel, on suppose p(n). Mon-
trons p(n + 1) ».

– Bien articuler le pas initial et l’hypothèse de récurrence. Si le pas initial


est n0 , et si on veut démontrer p(n) ⇒ p(n + 1) , alors on doit fixer
n ≥ n0 . On peut tout à fait prouver p(n − 1) ⇒ p(n + 1) , mais dans
ce cas on doit fixer n ≥ n0 + 1.

– Bien séparer le «passage du rang n au rang n + 1», où l’entier n est


fixé, et la conclusion finale (qui est obligatoire, et qui doit porter sur
tous les entiers n ≥ n0 ).
Une phrase finale rituelle est «ce qui prouve la propriété au rang n + 1
et achève la récurrence».

1.4.1 Résolutions d’équations ou d’inéquations

Commençons par une définition banale :


1.4. LE RAISONNEMENT PAR RÉCURRENCE 25

Définition
soit f une fonction définie sur une partie D de R, à valeurs réelles.
Trouver l’ensemble S (éventuellement vide) des réels x de D tels que
f (x) soit nul (resp. positif ou nul, resp. strictement positif), c’est «ré-
soudre» l’équation f (x) = 0 (resp. l’inéquation f (x) ≥ 0 , resp. l’in-
équation f (x) > 0).
Les éléments x de S sont appelés les solutions de l’équation (resp. de
l’inéquation).

Remarques :

– Bien sûr, les équations f (x) = λ, ou f (x) ≥ λ, ou f (x) > λ (avec


λ réel), et plus généralement les équations f (x) = g(x) , ou les in-
équations f (x) ≥ g(x), f (x) > g(x), f (x) ≤ g(x), ou f (x) < g(x) se
ramènent instantanément à l’une des situations évoquées dans la défi-
nition précédente.

– Soient f et g deux fonctions à valeurs réelles, et définies respectivement


sur Df et Dg . n
f (x)=0
Résoudre le système g(x)=0 c’est trouver les solutions communes à
f (x) = 0 et g (x) = 0.
On généralise à la notion de système de n équations (ou inéquations,
ou un mélange des deux).

– Plus généralement encore, et en introduisant des «fonctions de plusieurs


variables», on peut être amené à considérer des systèmes d’équations
(ou d’inéquations) à plusieurs inconnues x, y, z etc.

– Autre point de vue possible : on sera amené à résoudre des équations


dont la ou les inconnues sont supposées appartenir à N, ou à Z, ou à
Q, ou à C.
Tout ça recouvre donc un grand nombre de situations différentes, et ça
peut devenir très compliqué !
Dans certains cas, par exemple, on prouvera qu’une équation pos-
sède une solution sans pouvoir la calculer explicitement (considérer par
exemple l’équation x3 + x + 1 = 0, avec x cherché dans R).

Deux grandes méthodes de résolution

Il est impossible de dresser la liste des «méthodes», tant les situations


26 CHAPITRE 1. LOGIQUE ET ENSEMBLES

peuvent être différentes.


Contentons-nous d’imaginer une «équation» (E) (en donnant un sens
très général à ce terme).
On peut chercher à résoudre (E) «par équivalences», ou «par condi-
tions nécessaires»

– Résoudre (E) par équivalences :


C’est former une succession d’équations (E), puis (E2 ), (E3 ) etc. pos-
sédant exactement le même ensemble de solutions (ce qu’il est bien
sûr primordial et obligatoire de justifier, sauf pour les équivalences
vraiment évidentes).
On arrive alors à une dernière équation (En ) dont l’ensemble des
solutions est clair : on a ainsi obtenu l’ensemble des solutions de
l’équation initiale (E).

– Résoudre (E) par implications (par «conditions nécessaires»,


«par analyse-synthèse») :
C’est former des équations (E), (E2 ), (E3 ), etc. telles qu’à chaque
étape «(Ek ) implique (Ek + 1) En termes plus précis, il s’agit de
justifier que l’ensemble des solutions Sk de (Ek ) est inclus dans l’en-
semble des solutions Sk +1 de (Ek + 1). On arrive alors à une dernière
équation (En ) dont l’ensemble des solutions Sn est clair.
Tout ce qu’on peut dire à ce stade est que l’ensemble S des solutions
de (E) (c’est lui qui nous intéresse) est inclus dans l’ensemble Sn .
Il importe alors de procéder à une réciproque, c’est-à-dire de vérifier,
parmi les éléments de Sn , qui est effectivement élément de S.
Le prix consenti à établir la réciproque est compensé par le fait qu’il
est souvent beaucoup facile de prouver les implications «(Ek ) ⇒
(Ek+1 ) » que les équivalences « (Ek ) ⇔ (Ek+1 ) » qui n’est pas une
équivalence, il ne sert à rien d’écrire des équivalences ici ou là (autant
n’écrire que des implications, c’est plus sûr).

Le raisonnement par analyse-synthèse est souvent utilisé quand on de-


mande de prouver l’existence (ou la non existence) de solutions à un
problème donné (et d’identifier la ou les solutions éventuelles).
Ce raisonnement se déroule alors en deux étapes (trois étapes avec la
conclusion) :

– L’analyse : on suppose que le problème admet une solution, et on pro-


cède par conditions nécessaires, en accumulant suffisamment de
renseignements pour dégager un ou plusieurs «candidats-solutions»
1.4. LE RAISONNEMENT PAR RÉCURRENCE 27

– La synthèse : on vérifie si les «candidats» sont effectivement solu-


tions du problème.

– La conclusion : on donne la ou les solutions du problème (s’il y en


a).

On en vient maintenant à la notion d’équation (ou d’inéquation) à un


paramètre.

Définition
Soit M une partie de R, appelée ici ensemble des valeurs du paramètre.
Pour tout m de M , soit fm une fonction définie sur une partie Dm de
R, à valeurs réelles.
Trouver l’ensemble Sm (éventuellement vide) des réels x de Dm tels que
fm (x) soit nul, c’est «résoudre» l’équation fm (x) = 0. Les éléments x
de Sm sont appelés les solutions de l’équation (resp. de l’inéquation),
pour la valeur m du paramètre.

Remarques :

– On peut bien sûr généraliser aux inéquations à un paramètre, ou aux


systèmes d’équations/inéquations, ou même à des systèmes à plusieurs
paramètres...

– Évidemment, le nom donné au paramètre n’est pas toujours m : on


trouve souvent λ par exemple !

– L’important est de comprendre que le paramètre (appelons-le m n’est


pas une inconnue du problème. Ce paramètre possède en fait une va-
leur, que nous ne connaissons pas, et il est probable que cette valeur
conditionne la résolution de l’équation (Em ) : f (x) = 0 de l’inconnue x.

– Il est donc possible que l’équation (Em ) (dont l’énoncé dépend de la


valeur attribuée à m, et qu’elle en possède pour d’autres (dans ce cas, il
est probable que cette ou ces solutions dépendent de la valeur attribuée
à m).

– Résoudre l’équation (Em ) d’inconnue x et de paramètre m, c’est donc


déterminer les valeurs (ou les intervalles de valeurs de m) pour lesquelles
28 CHAPITRE 1. LOGIQUE ET ENSEMBLES

l’équation (Em ) possède des solutions (et lesquelles). Cette résolution


prend alors la forme d’une «discussion suivant les valeurs du paramètre
m».

– Cette discussion permet souvent de dégager des valeurs particulières de


m, et des situations plus générales (toujours pour m ). Il est recom-
mandé de traiter les cas particuliers en premier.
Il convient aussi de ne pas «inventer» de cas particuliers (qui n’appa-
raissent que parce qu’on a effectué tel calcul plutôt que tel autre) et
qui ne sont pas des cas particuliers «intrinsèques» au problème posé.

Retour (encore) sur la clarté du style

Ce qui a déjà été dit (conseils pour bien rédiger) s’applique particuliè-
rement à la résolution d’équations. Il est absolument primordial d’éviter les
successions interminables d’implications ou d’équivalences. Il faut, aussi sou-
vent que possible, aérer le style et faire des pauses dans les implications
(construire des phrases terminées par un point).

On enchaînera notamment les implications par des formules du type «il


en découle», «on en déduit».

Pour les équivalences, on évitera l’utilisation abusive et répétée du sym-


bole ⇔ , et on utilisera régulièrement des expressions comme «c’est-à-dire»,
ou «ce qui équivaut à», etc.

1.5 Parties d’un ensemble - Mathprepa


1.5.1 Opérations sur les ensembles
À partir de deux ensembles E et F , on peut en construire d’autres :

Définition(intersection et réunion)

Soit E et F deux ensembles.


E ∩ F (on lit « E inter F ») est l’ensemble formé des éléments qui sont
à la fois dans E et dans F .
E ∪ F (on lit « E union F ») est l’ensemble formé des éléments qui
sont dans l’un au moins des ensembles E et F .
1.5. PARTIES D’UN ENSEMBLE - MATHPREPA 29

Définition(ensembles disjoints)

On dit que E, F sont disjoints si E ∩ F est vide.


Dans ce cas, on dit que E ∪ F est une union disjointe.

On ne confondra pas distincts et disjoints :

– dire que E F sont distincts, c’est dire : (∃x ∈ E, x ∈


/ F) ou (∃x ∈ F, x ∈
/ E).

– dire que E F sont disjoints, c’est dire : (∀x ∈ E, x ∈


/ F) ou (∀x ∈ F, x ∈
/ E).

Définition(différence et différence symétrique)

Soit E et F deux ensembles.

– Différence : l’ensemble E\F est formé des éléments qui sont dans E
mais pas dans F .
– Différence symétrique : on note E∆F l’ensemble (E ∪ F) \ (E ∩ F).
C’est l’ensemble des éléments qui sont dans un et un seul des deux
ensembles E et F .
Une définition équivalente est : E∆F = (E\F) ∪ (F\E) (c’est une
union disjointe).

Exemple :

Soit E = {0, 1, 2, ..., 29, 30} l’ensemble des entiers naturels compris entre 0
et 30.
Soit E = {0, 3, 6, 9, 12, 15, 18, 21, 24, 27, 30} l’ensemble des éléments de E qui
sont multiples de 3.
Soit E = {0, 7, 14, 21, 28} l’ensemble des éléments de E qui sont multiples de
7.

– F ∪ G = {0, 3, 6, 7, 9, 12, 14, 15, 18, 21, 24, 27, 28, 30} est l’ensemble des
éléments de E qui sont multiples de 3 ou de 7 (ou des deux, bien sûr).

– F ∩ G = {0, 21} est l’ensemble des éléments de E qui sont multiples de


3 et de 7.

– F \G = {3, 6, 9, 12, 15, 18, 24, 27, 30} est l’ensemble des éléments de E
qui sont multiples de 3 mais pas de 7.
30 CHAPITRE 1. LOGIQUE ET ENSEMBLES

– G\F = {7, 14, 28} est l’ensemble des éléments de E qui sont multiples
de 7 mais pas de 3.

– F∆G = {3, 6, 7, 9, 12, 14, 15, 18, 24, 27, 28, 30} est l’ensemble des élé-
ments de E qui sont multiples de 3 ou bien de 3 (mais pas des deux à
la fois, c’est-à-dire qui ne sont pas multiples de 21.

1.5.2 Ensemble des parties d’un ensemble


Définition
On dit qu’un ensemble F est inclus dans un ensemble E, et on note
F ⊂ G, pour exprimer que tout élément de F est également élément
de E.
On dit encore que E contient F , ou que F est une partie (ou un
sous-ensemble) de E.

Définition
Soit E un ensemble. on note P (E) l’ensemble des parties de E.

Remarques :

– Évidemment, si E ⊂ F et F ⊂ G, alors E ⊂ G.

– On a l’équivalence A ∈ P (E) ⇔ A ⊂ E.
De même : a ∈ E ⇔ {a} ⊂ E ⇔ {a} ∈ P (E).
Les ensembles E et ∅ sont toujours des éléments de P (E).

– La réunion, l’intersection, la différence symétrique sont des opérations


binaires sur P (E), en ce sens qu’à deux éléments de P (E) elles asso-
cient un élément de P (E).

– Si F ⊂ E, on dit que E\F est le complémentaire de F dans E et on


peut le noter {E F .

– Si aucune confusion n’est à craindre sur l’ensemble E, on notera A


1.5. PARTIES D’UN ENSEMBLE - MATHPREPA 31

(plutôt que E\A) le complémentaire d’une partie A de E : c’est encore


une partie de E.

Exemples :

Soit E = {a, b, c, d} un ensemble à quatre éléments.


L’ensemble P (E) des parties de E comporte 24 éléments :

– d’abord la partie vide ∅.

– puis les quatre singletons {a}, {b}, {c} et {d}.

– ensuite les six paires {a, b}, {a, c}, {a, d}, {b, c}, {b, d} et {c, d}.

– puis quatre parties à trois éléments {a, b, c}, {a, b, d}, {a, c, d} et {b, c, d}.

– enfin la «partie pleine» E = {a, b, c, d}.

Plus généralement, si le nombre d’éléments d’un ensemble E est n, le


nombre de parties de E (c’est-à-dire le nombre d’éléments de P (E) est 2n .
Une preuve élémentaire de ce résultat consiste à dire que former une partie
de E c’est, pour chacun des éléments x de E, répondre à la question «x
est-il dans F ?». Les deux réponses possibles à chacune des ces n questions
conduisent aux 2n parties possibles de E.

– Si E = ∅ (donc n = 0 ) on a P (E) = {∅} (20 = 1 élément).

– Si E = {a} (donc n = 1 ) on a P (E) = {∅, {a}} (21 = 2 élément).

– Si E = {a, b} (donc n = 2 ) on a P (E) = {∅, {a} , {b} , {a, b}} (22 = 4


élément).

– Si E = {a, b, c} (donc n = 2 ) on a P (E) = {∅, {a} , {b} , {c} , {a, b} , {a, c} , {b, c} , {a, b, c}}
(23 = 8 élément).

1.5.3 Opérations sur les parties d’un ensemble


Il y a une très grande similitude entre le vocabulaire qui porte sur les
propositions mathématiques et celui qui porte sur les parties d’un ensemble
E. Dans cette analogie, le «ou» correspond à l’union, le «et» à l’intersection,
32 CHAPITRE 1. LOGIQUE ET ENSEMBLES

et la négation (le «non») correspond au passage au complémentaire dans E.


Plus précisément, si A (x) et B (x) sont deux prédicats basés sur E, alors :

– On a l’égalité {x ∈ E, A(x)} ∪ {x ∈ E, B(x)} = {x ∈ E, A(x)ouB(x)}.

– On a l’égalité {x ∈ E, A(x)} ∩ {x ∈ E, B(x)} = {x ∈ E, A(x)etB(x)}.

– Le complémentaire dans E de {x ∈ E, A(x)} est {x ∈ E, nonA(x)}.

De cette remarque et des propriétés des opérations sur les propositions,


on déduit les propriétés suivantes des opérations sur P(E). Ici A, B, C dési-
gnent trois parties quelconques d’un ensemble E.

– Double passage au complémentaire : A = A.


A∩A=A
– Idempotence : A∪A=A .

A∩B=B∩A
– Commutativité : A∪B=B∪A .
n
(A∩B)∩C=A∩(B∩C)
– Associativité : (A∪B)∪C=A∪(B∪C) .
n
A∩(B∪C)=(A∩B)∪(A∩C)
– Distributivité : A∪(B∩C)=(A∪B)∩(A∪C) .
n
– Dualité : A∩B=A∪B
A∪B=A∩B
.

– Partie
n vide et partie
n pleine :
A∪∅=AA∩∅=∅ A∩E=AA∪E=E
A∩∅=∅⇔A⊂B A∪B=E⇔B⊂A

Proposition : ((propriétés de l’inclusion) )

Soit A, B, C trois parties quelconques d’un ensemble E. Les équiva-


lences suivantes sont vraies :

– A= B ⇔ (A ⊂ B)et(B ⊂ A)
– A⊂B⇔B⊂A
– (A ∪ B) ⊂ C ⇔ (A ⊂ C)et(B ⊂ C)
– A ⊂ (B ∩ C) ⇔ (A ⊂ C)et(A ⊂ C)

.
1.5. PARTIES D’UN ENSEMBLE - MATHPREPA 33

Démonstration :
Pour tout x de E, notons A et B les prédicats « x ∈ A » et « x ∈ B ».

– Considérons l’équivalence A= B ⇔ (A ⊂ B)et(B ⊂ A).


n
Elle traduit la synonymie des propositions A⇔B
(A⇒B)et(B⇒A) .
n
– De même (A ⊂ B) ⇔ B ⊂ A traduit la synonymie de A⇒B (nonB)⇒(nonA)

– Considérons l’équivalence « (A ∪ B) ⊂ C ⇔ n (A ⊂ C) et (B ⊂ C) »
Elle traduit la synonymie des propositions AouB⇒C
(A⇒C)et(B⇒C)

– Considérons enfin la proposition « A ⊂ (B∩C)n⇔ (A ⊂ C)et(A ⊂ C)


A⇒(BetC)
» Elle traduit la synonymie des propositions (A⇒B)et(A⇒C)

Proposition : (propriétés de la différence symétrique)

Pour toutes parties A, B, C d’un ensemble E, on a les égalités


suivantes :

A∆B = B∆A, A∆A =∅, A∆E =A, A∆∅=A


A∆ (B∆C) = (A∆B) ∆C, A ∩ (B∆C) = (A ∩ B) ∆ (A ∩ C)
34 CHAPITRE 1. LOGIQUE ET ENSEMBLES

Démonstration :
On désigne par A, B, C trois parties quelconques de E.

– On a : A∆B = (A ∪ B) \ (A ∩ B) = (B ∪ A) \ (B ∩ A) =A∆B.

– On a facilement :

A∆A = (A ∪ A)\(A ∩ A) = A\A =∅


A∆E = (A ∪ E)\(A ∩ E) = E\A =At
A∆∅= (A ∪ ∅)\(A ∩ ∅) = A\∅=A
– Remarquons que pour toutes parties X, Y de E, est formé des
éléments de E qui figurent dans l’un et dans l’un seulement des
deux ensembles X et Y .
ire que x est dans A∆ (B∆C), c’est donc dire qu’il est dans un et
un seul des trois ensembles A, B, C, ou bien dans les trois à la fois.
On arrive à la même caractérisation pour (A∆B) ∆C, ce qui assure
l’égalité de A∆ (B∆C) et de (A∆B) ∆C.
On verra plus loin une autre démonstration, utilisant les fonctions
caractéristiques.

– Dire qu’un élément x de E est dans A ∩ (B∆C), c’est dire qu’il est
dans A et qu’il est dans l’un et l’un seulement des deux ensembles
B et C. Cela signifie qu’il est dans (A ∩ B) ou bien dans (A ∩ C),
c’est-à-dire dans (A ∩ B) ∆ (A ∩ C).
On a donc l’égalité des deux ensembles A ∩ (B∆C) et
(A ∩ B) ∆ (A ∩ C).

Ceci termine la démonstration des propriétés de la différence symé-


trique.

1.5.4 Produit cartésien d’un nombre fini d’ensembles


1.5. PARTIES D’UN ENSEMBLE - MATHPREPA 35

Définition : (n-uplets et produit cartésien)

Soit E1 , E2 , ..., En n ensembles (non nécessairement distincts deux à


deux), avec n ≥ 2.

– Pour tout entier k (compris entre 1 et n ), soit xk un élément de


l’ensemble Ek .
(x1 , x2 , ..., xn ) est appelé un n-uplet de composantes x1 , x2 , ..., xn
(dans cet ordre).

– On appelle produit cartésien de E1 , E2 , ..., En , et on note E1 ×


E2 × ... × En , l’ensemble des n-uplet (x1 , x2 , ..., xn ).Par exemple,
E×F = {(a, b), a ∈ E, b ∈ F }.

Remarques :

– Un n-uplet est donc le moyen de regrouper n éléments dans un ordre


bien défini.

– On parle de couple si n = 2, de triplet si n = 3, de quadruplet si n = 4,


ect.

– Si par exemple E= {a, b, c} et F = {x, y}, alors


E×F = {(a, x), (a, y), (b, x), (b, y), (c, x), (c, y)}
Plus généralement si E et F sont deux ensembles finis ayant respec-
tivement n et p éléments, il est facile de se convaincre que l’ensemble
E×F est formé de np couples distincts.

– On ne confondra pas (par exemple) la paire {a, b} avec le couple (a, b) :

– Si a et b sont différents, les couples (a, b) et (b, a) désignent en effet


deux objets différents, alors que {a, b} et {b, a} désignent le même
ensemble.
– De même si a = b, l’ensemble {a, b} se réduit au singleton {a}, alors
que (a, a) est toujours un couple (mais dont les deux composantes
sont égales).

– Si E1 , E2 , ..., En sont égaux à un même ensemble E, on note E n plutôt


que E×E×...×E.
36 CHAPITRE 1. LOGIQUE ET ENSEMBLES

– Par définition, la diagonale de E 2 est l’ensemble ∆= {(x, x), x ∈ E}.

1.6 EXERCICES : Logique et ensembles


« E union F » F{F}F