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Alain Yger

Analyse complexe
Un regard analytique et géométrique
enrichi de 230 exercices corrigés
Analyse complexe

Un regard analytique et géométrique


enrichi de 230 exercices corrigés

Alain Yger
Collection Références sciences

dirigée par Paul de Laboulaye


paul.delaboulaye@editions-ellipses.fr

Retrouvez tous les livres de la collection et des extraits sur www.editions-ellipses.fr

ISBN 9782340-000292
©Ellipses Édition Marketing S.A., 2014
32, rue Bargue 75740 Paris cedex 15
Le C ode de la propriété intellectuelle n’ autorisant, aux termes de l’ article L. 122-5.2° et
3°a), d ’ une part, que les « c o p ie s ou reproductions strictement réservées à l ’ usage privé
du copiste et non destinées à une utilisation collective » , et d ’ autre part, que les analyses
et les courtes citations dans un but d ’ exem ple et d ’ illustration, « toute représentation ou
reproduction intégrale ou partielle faite sans le consentement de l’ auteur ou de ses ayants
droit ou ayants cause est illicite » (art. L. 122-4).
Cette représentation ou reproduction, par quelque procédé que c e soit constituerait une
contrefaçon sanctionnée par les articles L. 335-2 et suivants du C ode de la propriété
intellectuelle.

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Avant-propos

Depuis le siècle des Lumières et la form alisation du principe de m oindre


action, l’analyse com plexe en une variable n ’a eu de cesse de nourrir l’évolution
des idées en mathématiques, tous champs confondus : géométrie, analyse pro­
prement dite, théorie des nombres, aujourd’hui ingénierie mathématique et
théorie de l ’inform ation. À l’heure où les calculateurs efficaces n ’existaient pas
encore, elle a constitué tant un fil directeur (et unificateur) q u ’un précieux
auxiliaire.

Le but de cet ouvrage (se plaçant au niveau master 1, niveau où l’analyse


com plexe en une variable est en général enseignée à l’université) est de tenter
d ’en présenter (sans être exhaustif, bien loin de là) les multiples facettes, de
mettre en lumière les aspects transversaux qui lui sont inhérents, en même
temps que de faire entrevoir le très riche cham p des applications potentielles.
Une présentation de l’analyse harmonique en deux variables, qui en constitue
le pendant réel, accom pagne cette initiation. L ’o b je ctif est ici d ’exploiter ces
« m odèles - jouets » déjà si riches en eux-m êm es que constituent les ouverts
du plan com plexe ainsi que certaines surfaces de Riemann com pactes très
simples (sphère de Riemann ou droite projective com plexe, tore ou courbes
elliptiques), avec les fonctions qui vivent dessus, pour introduire (ici en une
variable) les concepts mathématiques élaborés depuis Euler et Gaufi, puis tout
au long du X IX e siècle. Ce sont ces mêmes concepts dont la transposition au
cadre de plusieurs variables s’est avérée inéluctable à l ’orée du X X e siècle,
avec les travaux des écoles de géom étrie allemande, italienne, française, ceux
d ’Henri Poincaré, d ’Elie Cartan, de G eorge de R ham , d ’André Weil, pour ne
citer que quelques noms. Le point de vue adopté, tant sous l’angle analytique
que géométrique, vise précisément à m ettre le lecteur en situation d ’aborder
ultérieurement les immenses champs que constituent aujourd’hui (tant pour
eux même que com m e outils au service d ’autres) la géométrie et l’analyse
en une ou plusieurs variables com plexes (citons [H orm ] pour poursuivre le
voyage).

Cet ouvrage suppose com m e prérequis le bagage concernant les séries de


fonctions, en particulier les séries entières et les séries de Fourier, ainsi que
les bases du calcul différentiel et du calcul intégral élémentaire (point de vue
de Riem ann). Quelques fondements en géom étrie différentielle (sous variétés
ii AVANT-PROPOS

de R ^ , champs de vecteurs, formes différentielles) peuvent s’avérer utiles. Le


contenu de cet ouvrage correspond à un enseignement dispensé en master de­
puis plusieurs années, à diverses périodes marquées par des interruptions. La
matière de ce cours s’est nourri bien sûr de mes travaux de recherche (je pense
en particulier à mes collaborations avec mes amis Roger Gay, Carlos Beren-
stein, Mats Andersson, Jan Erik Bjôrk, Mikael Passare, August Tsikh), qui
m ’ont avec le temps forcé à prendre le recul bien souvent nécessaire et à croiser
divers regards. Les ouvrages de Carlos Berenstein et Roger G ay ([B G ], cha­
pitres 1-2-3-4), d ’Eric Am ar et Etienne M atheron [A M ], de M ats Andersson
[A n d ], de Steven Krantz [K ra], de Raghavan Narasimhan [N ar], m ’ont beau­
coup influencé ; il convient d ’y ajouter quelques références plus spécifiques (tels
des articles séminaux) que je mentionnerai au fil du texte. Les références incon­
tournables que constituent les ouvrages de L .V . Ahlfors [A h l], J.B. Conway
[C on w a y ], P.L. Duren [D u ren ], C. Pommerenke [P om ], W . Rudin [R u d ],
[W W ], [V a ll, V a l2] qui ont nourri m a form ation, ont été évidemment pour
moi des mines durant la gestation de ce texte. Une partie de la matière de cet
ouvrage puise ses bases dans la m onographie (encore imparfaite car de « jeu­
nesse » ) [Y ], où je proposais une confrontation (que je crois encore porteuse de
constructives interactions) entre le cadre « rigide » de l’analyse com plexe en
une variable et, face à lui, la « souplesse > de l’analyse au travers de la théorie
des distributions. Les aspects culturels et historiques de l’analyse com plexe
ne doivent certes pas être négligés. J ’ai tenu à émailler le texte autant que
faire se peut de références, d ’indications historiques, etc., mais je m ’empresse
de renvoyer le lecteur aux sites en ligne aujourd’hui très bien documentés.
S’il est un cham p des mathématiques où apprendre à situer de la genèse des
concepts s’avère essentiel, indéniablement l’analyse com plexe en une variable,
fédératrice des diverses branches des mathématiques depuis voilà plus de deux
siècles, en fait partie.

Une série de 230 exercices, tous entièrement corrigés (chapitre par cha­
pitre), accom pagne, com m e je l’ai déjà mentionné, le lecteur au fil des quatre
parties de l’ouvrage. La place q u ’ils y occupent est plus que substantielle, ce
qui constitue de m a part un choix délibéré. Ils proposent un approfondissement
vers des résultats dépassant le cadre actuel du cours, tels les théorèmes de Pi­
card, les représentations conform es < explicites » , la « promenade » guidée
dans l’univers fascinant des fonctions gam m a d ’Euler, zêta de Riemann, ou
des sommes de séries de Dirichlet, etc. Certains sont inspirés d ’énoncés pro­
posés dans l ’ouvrage de C .A . Berenstein et R. G ay [B G ] ou dans celui d ’Eric
Am ar et Etienne M atheron [A M ]. D ’autres sont en relation avec des questions
soulevées par mes thématiques de recherche (ils figuraient sous une forme pri­
mitive com m e exercices dans [Y] et ont été réactualisés depuis). Tous ont fait
l’ob jet d ’exercices de travaux dirigés, d ’encadrement de mémoires de master
(T E R ) ou de textes d ’examen (auquel cas ils ont étés organisés en une suite
AVANT-PROPOS 111

d ’exercices enchaînés). Certains sont des exercices d ’application immédiate


(parfois illustrés avec Maple ou MATLAB) ; d ’autres, nettement plus difficiles, se
présentant sous la forme de longs problèm es guidés de bout en bout, nécessitent
une réflexion progressive et le lecteur y est pris par la main ; il peut à tout m o­
ment, s ’il le souhaite ou se retrouve bloqué, se reporter au corrigé . O utre ceux
que j ’ai construit, beaucoup sont dus également à tous les collègues qui ont
assuré les travaux dirigés de m on cours à B ordeaux au fil des années : Karim
Kellay, Chantal Ménini, Nikolai Nikolski, Pierre Parent, M oham ed Zarrabi. Je
me dois ici de les remercier tous, ainsi que Philippe Charpentier dont j ’ai assuré
/
les travaux dirigés du cours, sans oublier Eric Charpentier et A hm ed Sebbar
qui m ’ont fait profiter à maintes reprises de leur immense culture. Je dois enfin
un grand merci à tous mes étudiants, à l’École Polytechnique, à l’université
de M aryland, à Bordeaux depuis bien des années, années aux fil desquelles
ces notes de cours se sont lentement élaborées en même temps que m a re­
cherche; sans leurs réactions, leurs com m entaires et leurs critiques lorsqu’il
leur a fallu par exemple patiem m ent « tester » ces exercices ou ces problèmes,
elles n ’auraient certainement pas pu se trouver ainsi finalisées ; je m e dois de

remercier en particulier les étudiants bordelais ou venant des Ecoles Normales
Supérieures de Lyon ou de Cachan que j ’ai eu la chance d ’encadrer com m e
stagiaires dans la préparation de mémoires de master ; j ’ai pu ainsi construire
sur la base de ces riches expériences des textes de problèmes inspirés du travail
de synthèse q u ’ils avaient réalisé sous m a direction.
Cet ouvrage est bien loin d ’être com plet ! L ’ouverture vers le cadre géom é­
trique des surfaces de Riemann n ’y est q u ’à peine esquissée, alors qu’évidem-
ment celle ci aurait du s’im poser : je pense par exemple à la construction
explicite de formes méromorphes suivant la m éthode de Perron, à la théorie
des formes modulaires, au théorèm e de la m onodrom ie, etc. Autant de lacunes
auxquelles j ’ai du à regret me résoudre. Il m ’a fallu faire des choix. Je souhaite
cependant que cet ouvrage puisse inviter le lecteur à pénétrer cet univers et lui
fournisse un minimum de bases nécessaires pour une exploration ultérieure de
l ’analyse et la géom étrie com plexes en non plus une, mais cette fois plusieurs
variables.
Table des matières

Chapitre 1. Le plan com plexe et les formes différentielles dans le plan 1


1.1. Le plan com plexe et ses com pactifications 1
1.1.1. D eux structures sur R 2 1
1.1.2. La sphère de Riem ann et la projection stéréographique 3
1.1.3. La droite projective P ^ C ) 6
1.1.4. Exercices 7
1.2. Formes différentielles dans un ouvert du plan com plexe 7
1.2 .1. Champs de vecteurs et 1-form es différentielles dans le plan 7
1.2.2. Potentiel et 1-formes exactes 9
1.2.3. 2-formes différentielles dans un ouvert du plan 10
1.2.4. Image réciproque d ’une form e différentielle 15
1.2.5. Exercices 16
1.3. Intégration des formes différentielles 19
1.3.1. Chemins paramétrés dans R 2 19
1.3.2. Intégrale curviligne d ’une 1-form e le long d ’un chemin
paramétré C 1 par m orceaux 20
1.3.3. Exactitude des 1-formes et intégration curviligne 21
1.3.4. Intégration des 2-formes différentielles 26
1.3.5. La formule de Green-Riem ann 28
1.3.6. La formule de Cauchy-Pom peiu 33
1.3.7. Exercices 34
1.4. Formes localement exactes et chemins continus 38
1.4.1. Primitive d ’une 1-forme localem ent exacte le long d ’un
chemin continu 38
1.4.2. H om otopie entre chemins continus et groupes d ’hom otopie 44
1.4.3. Le théorème de Rouché, version topologique 50
1.4.4. Exercices 52
1.5. Une brève initiation aux notions d ’hom ologie et de cohom ologie 57
1.5.1. Groupes des fc-chaines singulières différentiables d ’un ouvert 57
1.5.2. Le morphisme bord et la notion de cycle 59
1.5.3. H om ologie singulière différentiable et cohom ologie d ’un
ouvert 61
1.5.4. Exercices 64
1.6 . Corrigés des exercices du chapitre 1 65
vi TABLE DES MATIÈRES

Chapitre 2. Holom orphie et analyticité 87


2.1. Fonctions holom orphes : plusieurs points de vue 87
2.1.1. Différentiabilité au sens com plexe 87
2.1.2. Le théorème de Cauchy-Goursat 88
2.1.3. L ’opérateur de Cauchy-Riem ann 90
2.1.4. Le théorème de M orera 92
2.1.5. Exercices 96
2.2. Formules de Cauchy et analyticité 103
2 .2.1. Séries entières ; quelques rappels 103
2.2.2. Formules de représentation de Cauchy
et analyse de Fourier 106
2.2.3. Développem ent de Taylor d ’une fonction holom orphe
au voisinage d ’un point 107
2.2.4. Principes des zéros isolés, du prolongement analytique,
et de l’application ouverte 111
2.2.5. Exercices 114
2.3. Les inégalités de Cauchy et leurs conséquences 123
2.3.1. Inégalités de Cauchy et théorèm e de Liouville 123
2.3.2. Suites de fonctions holom orphes, théorèmes de
Weierstrafi et de M ontel 124
2.3.3. Principes du m axim um 128
2.3.4. Exercices 130
2.4. Corrigés des exercices du chapitre 2 142

Chapitre 3. Singularités isolées, m érom orphie et théorèmes


d ’approxim ation 185
3.1. Singularités isolées des fonctions holom orphes 185
3.1.1. Singularités isolées et coupures 185
3.1.2. Développem ent de Laurent d ’une fonction holom orphe
dans une couronne ou au voisinage épointé
d ’un point 186
3.1.3. Résidu en une singularité isolée et version topologique
de la formule des résidus 191
3.1.4. Exercices 195
3.2. Types de singularités isolées, m érom orphie 199
3.2.1. Classification des singularités isolées 200
3 .2.2 . M érom orphie et calcul de résidu en un pôle 202
3.2.3. M érom orphie et variation de l’argument 206
3.2.4. La formule des résidus, version analytique 206
3.2.5. Le théorème de Rouché, version analytique 209
3.2.6. Exercices 211
3.3. Théorèm e de Weierstrafi, approxim ation, et résolution du B 228
3.3.1. Produits infinis et facteurs primaires de Weierstrafi 229
TABLE DES MATIÈRES VU

3.3.2. Le théorème de Weierstrafi 232


3.3.3. Les théorèmes d ’approxim ation de Runge 235
3.3.4. Résolution du B 242
3.3.5. Le théorème de Mittag-Leffler et l’interpolation 245
3.3.6. Exercices 247
3.4. Représentation conform e et théorèm e de Riemann 252
3.4.1. Les notions de conform ité de d ’univalence 253
3.4.2. Le théorème de représentation conform e dans C ou S2 255
3.4.3. Le cas des dom aines de Jordan : la formule de l’aire
et le théorème de C arathéodory 257
3.4.4. Exercices 260
3.5. Corrigés des exercices du chapitre 3 269

Chapitre 4. Harmonicité, sous-harm onicité, positivité 331


4.1. Sous-harmonicité et haxmonicité 331
4.1.1. Définitions des deux notions, exem ples 332
4.1.2. Sous-harmonicité, positivité et opérateur
de M onge-A m père com plexe 335
4.1.3. Principes du m aximum
pour les fonctions sous-harm oniques 342
4.1.4. Exercices 343
4.2. A utour du problèm e de Dirichlet 345
4.2.1. Le théorème de Dirichlet pou r un disque 346
4.2.2. La régularité des fonctions harmoniques réelles 348
4.2.3. La formule intégrale de Poisson dans un disque 350
4.2.4. La relation entre harm onicité réelle et holom orphie 350
4.2.5. Mesure harmonique, fonction de Green et problèm e de
Dirichlet 351
4.2.6. Analyse de Fourier et formule de Poisson
du disque D (0 , 1) 356
4.2.7. Exercices 359
4.3. Formules de Jensen et Poisson-Jensen 364
4.4. Corrigés des exercices du chapitre 4 372

Bibliographie 389

Index 391
C H A P IT R E 1

Le plan complexe et les formes différentielles dans


le plan

1.1. Le plan co m p le x e et ses com pactification s

Cette première section est naturellement dévolue à une présentation du cadre sur
lequel opère l’analyse complexe en une variable, à savoir le plan complexe C cüR 2. Il
s’agit certes ici géométriquement d’un univers « plat » (sur lequel s’effectue l’analyse
mathématique au niveau des êtres ou des fonctions). Cependant, nous serons amenés,
en vue de réaliser une compactification bien utile de ce cadre (comme la droite réelle
achevée [—00, + 00] en est une pour R), d’envisager, au lieu de cet univers « plat » ,
un univers « courbe » (même ici de courbure constante et strictement positive), à
savoir la sphère de Riemann. Le recours à la géométrie projective sera également
invoqué pour proposer un second modèle (algébrique autant que géométrique cette
fois) de compactification, à savoir la droite projective P1(C). Cette section introductive
constitue donc un premier signe du fait que l’introduction du cadre même dans lequel
opère l’analyse complexe (à savoir le plan R 2) oblige que l’on croise très tôt un point
de vue de géomètre avec un point de vue d’analyste.

1.1.1. D eu x structures sur R2


L’ensemble R 2 des couples de nombres réels est naturellement équipé d’une struc­
ture de R-espace vectoriel; c ’est le plan (vectoriel) réel Le choix du point O = (0,0)
comme origine et de la base canonique (i, j) comme base de ce R-espace vectoriel
fournit un repère (orthonormé pour le produit scalaire usuel) pour le R-espace affine
correspondant, dit plan (affine) réel On sait d’autre part qu’il existe une correspon­
dance biunivoque entre R 2 et C via
(1.1) (x>y) <— >x + iy
(au point M de coordonnées (x>y) dans le repère ( 0 ; t , j ) , on associe son affixe).
L’ensemble R 2 peut ainsi être équipé d’une structure de C-espace vectoriel, la multi­
plication externe étant1
(a + ip) •(x, y) = (ax - py, ay + px),
ce en conformité avec la règle de calcul algébrique
(a -h ip) x (x + iy ) = (ax - py) + i(ay + px)

1. On peut effectuer le produit en opérant trois multiplications et cinq additions-soustractions,


au lieu, comme ici, de quatre multiplications et deux additions-soustractions ; le gain d ’une multi­
plication s’avère souvent appréciable du point de vue des temps de calcul. Voir à ce sujet l’exercice
1. 1.
2 1. LE PLAN COMPLEXE ET LES FORMES DIFFÉRENTIELLES DANS LE PLAN

et la correspondance biunivoque (1.1) entre les points du plan affine réel et leurs
affixes. L’ensemble des couples (x, y) de nombres réels, une fois identifié à C et équipé
de cette structure de C-espace vectoriel, est le plan (vectoriel) complexe. Il s’agit d’un
C-espace vectoriel de dimension 1 (alors qu’avec la structure de R-espace vectoriel,
nous avions affaire à un R-espace vectoriel de dimension 2). En prenant comme repère
(0; 1) (1 étant ici le nombre complexe l x l + 0 x i ) , o n dispose d’un repère pour le C-
espace affine correspondant, dit plan complexe. Notons toutefois que cette terminologie
est équivoque car il s’agit d ’un C-espace vectoriel complexe de dimension 1, donc
d’une droite complexe, et non d’un plan ! On la conserve néanmoins dans la pratique
courante.
Les points de R 2 sont ainsi repérés de deux manières :
- par le couple (æ, y) de leurs coordonnées cartésiennes, R2 (vu comme plan affine
réel, équipé de sa structure de R-espace affine de dimension 2) étant rapporté
au repère (0 ;i, j) ;
- par leur affixe complexe z = x + iy> R2 étant ici vu comme le plan complexe,
c’est-à-dire le C-espace affine C (équipé de sa structure de C-espace vectoriel
de dimension 1).
La conjugaison complexe z\-> z sera appelée à jouer un rôle majeur . Les formules de
< passage » des coordonnées (x,y) aux « fausses coordonnées » (z>z) sont

z = x + iy z = x —iy
( 1. 2) Z+ z z —z
2 y 2i
La raison pour laquelle nous parlons de «: fausses coordonnées » à propos du couple
(z} z) est la suivante : au contraire de (x ,y), le couple (z>z) ne saurait être interprété
comme un système de paramètres indépendants car z est fonction de 2 (c’est le
conjugué) ! Le paramètre complexe z = x + iy intègre à lui seul les deux degrés
de liberté dont dépend le point courant de R2 ; avec la connaissance à la fois de z et
z , nous avons automatiquement une information redondante. Nous verrons cependant
dans la suite de ce cours que les formules (1.2) s’avéreront néanmoins utiles : on fera
« comme si » le couple (z> z) joue le rôle d’un couple de paramètres indépendants :
une fonction (x,y) h» f ( x yy) d’un ouvert U de R 2, à valeurs dans C, s’exprime en
effet, grâce aux formules (1.2), comme une fonction g de z et z (définie cette fois dans
U x conj (U)) :

V ( x ,y ) e t f , / ( x (2/) = / ( ^ £ , =g(z,z).

Un autre repérage des points du plan complexe (ramené au repère ( 0 ; i , j ) ) s’avère


possible. C ’est le repérage polaire, où, pour z E C*,

^ ^ r(z) = \z\ = a/ x 2 + y2 9(z) = arg(z)


z = r exp (iO) = r(co s0 + isinO).

Si z = 0, on a r = 0, mais la définition de l’argument devient hors de propos. Notons


que dans cette formule (1.3), l’exponentielle complexe est définie comme la somme de
1.1. LE PLAN COMPLEXE ET SES COMPACTIFICATIONS 3

la série entière (de rayon de convergence +oo, on y reviendra plus loin)


OO U
,W
e*P(t») := 5 3 -jÿ- V w e C '
k=0
les fonctions trigonométriques (complexes) cos et sin s’en déduisant par les relations
d ’Euler
exp (iw) + exp(—iw) exp (iw) - ex p (-îw )
(1.4) cos w := sinu; : = ----- -— -------- —------ - Vu; G € .
2i
En revanche, la « fonction » z 4 arg z n’est pas une fonction au sens usuel (à une
entrée 2, on n’associe pas une < valeur » arg z) ; l’argument en effet n’est défini que
modulo 27r et ce que l’on convient de noter arg 2, lorsque z est un nombre complexe
non nul, est l’ensemble de toutes les déterminations possibles de l’argument, parmi
elles la détermination (dite principale), que l’on note Arg 2, et qui est par convention
celle appartenant à l’intervalle ] — 7r,7r] ; ainsi, si z G C*,

2 arctan (y/(x + y/x1


2 + y2Ÿ) + 27tZ si z £ \ - 00, 0[
arg z —Arg z + 27rZ =
1 TT+ 27rZ si z e] —00, 0[
Notons au passage que la fonction z h* Arg 2 est bien C°° dans C\] — 00, 0] au vu de
son expression analytique1 :

(1.5) Arg (x + iy) = 2 arctan [y/(x + y/ x2 + y2)ÿ \/z = x + iy e C\] — 00, 0].
On dit que la fonction z G C* h-» arg z est une fonction multivaluée ou encore une
fonction multivalente2 au lieu d’une fonction au sens classique du terme (c’est-à-dire
monovaluée ou encore monovalente
1.1.2. La sphère de R iem an n et la p r o je ctio n stéréographique

Il est commode de réaliser une compactification du plan complexe (équipé de sa to­


pologie d’espace métrique usuelle, celle de R 2) en lui adjoignant un point dit point
à Vinfini Une manière de concrétiser cette réalisation consiste à plonger R2j3/ dans
via
(x,y) ^ (x,y, 0)
(R2)î( est alors considéré comme {(x ,y ,0 ) ; {x, y) e R 2} = {t = 0}) et à considérer la
sphère unité
S2 := { ( u,v,w) € R 3 ; u2 + v 2 + w2 = 1}
et son pôle nord N := (0,0,1). On parle de sphère de Riemann3 pour désigner S2
au travers de sa relation avec le plan complexe (relation que nous allons expliciter).
La figure 1.1 illustre les constructions qui vont suivre. La projection stéréographique

1. Qu’il est aisé de vérifier en exercice en s’aidant de figures dans le plan.


2. Ces qualificatifs ont été introduits au X IX e siècle. Il est important de souligner que le concept
de «: fonction » à cette époque était bien souvent celui de fonction multivalente.
3. Élève de Gaufi, Bernhard Riemann (1826-1866) a posé dans son traité de 1854 Sur les hy­
pothèses sur lesquelles reposent les fondements de la géométrie les bases de ce qui allait devenir
la géométrie différentielle. Au travers de l’étude des surfaces (plus particulièrement des surfaces de
Riemann, dont C et S2 sont des exemples), le couplage avec l’analyse complexe est omniprésent dans
ses travaux.
4 1. LE PLAN COMPLEXE ET LES FORMES DIFFÉRENTIELLES DANS LE PLAN

F ig u r e 1.1. Sphère de Riemann et projection stéréographique

depuis le pôle nord est l’application ir+ de S2 \ {N } dans R2 définie ainsi : au point
(u,v,w) de S2 \ {IV}, on associe le point n+(u,v,w) = (x+(u,v,w),y+(u,vtw),0) du
plan { i = 0} ~ R| y où la droite issue de N et passant par (u, v, w) perce ce plan.
Par un calcul immédiat (basé sur le théorème de Thalès), on trouve

(1.6) x+(u>v,w) = —— y+(u,v,w) = —— .


1 —w 1 —w
Cette application tt+ de S2 \ {N} dans R 2 ~ {t = 0} s’avère être bijective et son
inverse est l’application
(1.7)
2x 2y x2 + y2 - 1 \
(x,y, 0) i ^ (u(xyy)>v(x,y),w(x,y))
<1 + X2 + y2 ’ 1 + X2 + y2 * 1 + x 2 + y 2)
Ainsi le plan complexe se trouve-t’il en bijection (il s’agit même en fait d’un difféo-
morphisme C°°) avec S2 \ {N } ; le pôle sud de S2 correspond à l’origine (0, 0) du plan.
Le pôle nord N de S2 est naturellement interprété comme le point à l’infini du plan
complexe.
On peut répéter cette opération avec le pôle sud S et considérer cette fois l’application
7r” de § 2 \ 5 dans R2 qui au point (u,v,w) de S2 \ {S} associe le point
(1.8) 7r (u)v,w) = (x (u,v>w)>-y (n ,u ,u ;),0),
où (x {u>v,w)>y (uiv}w)) 0) désigne le point où la droite issue de S et passant par
(u, u, w) perce le plan {t = 0} ^ >2/- La raison pour laquelle on introduit ici le signe
1.1. LE PLAN COMPLEXE ET SES COMPACTIFICATIONS 5

moins devant y~ (w, v , w) est le souci de respecter la cohérence des orientations : si


( i j , k) désigne la base canonique de R3, le repère (? ,/, —k) n’est plus direct dans R3,
alors que le repère (i, —j , —k) l’est ! Toujours grâce au théorème de Thalès, on trouve
cette fois
U V
(1.9) x~ (U, V, w) = y - (u , v, w) = •

L’application ir de S2 \ {S1} dans M2 s’avère être bijective et son inverse est l’appli-
cation
( 1. 10)
2x 2y 1 - x 2 - y2\
(x,y,0) t— > ( u(x,y),v(x,y),w(x,y ))
(1 + x2 + y2' 1 H- x2 + y2 ’ 1 + x2 + y2) ’
Ainsi le plan complexe se trouve-t’il aussi en bijection (il s’agit encore ici d’un diffé-
omorphisme C°°) avec S2 \ { 5 } ; le pôle nord N de S2 correspond cette fois à l’origine
(0, 0) du plan, tandis que le pôle sud S est maintenant interprété comme le point à
l’infini du plan complexe.
Un calcul s’avère particulièrement instructif ici : il est clair que w+ o (7r- ) -1 est un
difféomorphisme C°° entre le plan R 2 privé de l’origine (0,0) et lui-même. Le calcul
donne, pour ( x ,y ) e R2 \ {(0 ,0 )},
2x 2y 1 - x 2 - y 2\
(7T+ o ( 7 r ) 1)(x,y) = 7T+ (
1 + x 2 + y2 ’ 1 + x2 + y2 ’ 1 + x2 + y2)
( 1. 11)
_ ( _ _ £ _________ V \
Vx2 + y2 ’ X2 + y2/ '
En termes d’affixes complexes, le difféomorphisme1 7r+ o (n ), 1 est ainsi l’involution

1
zGC*^
z
de C* dans lui-même; ce difféomorphisme opère une transformation géométrique
préservant les angles orientés des figures.
Le souci de respect des orientations qui nous a guidé pour la construction des deux
cartes (S2 \ et (S2 \ 5 , 7r_ ) (dont la mise en commun réalise un atlas de la
surface différentiable S2) se traduit ici par le fait que le jacobien de la transformation
x + iy G C* M- 1/(x + iy) G C* (considérée comme un difféomorphisme de R2\ {(0 ,0 )}
dans lui même) reste strictement positif en tout point. Notons par contre que la
composée de 7r+ avec l’inverse de la projection stéréographique depuis le pôle sud
exprimée dans le même repère (O ; i>j) (ce qui revient à oublier cette fois le signe
- devant y~ dans (1.8)) correspond, une fois restreinte à C* et exprimée en termes
d’afïixes complexes, à l 'inversion géométrique

Z e C* -
Z

1, On peut interpréter ce difféomorphisme comme un changement de carte sur la sphère S2


permettant de ramener l’étude d ’un problème posé sur la sphère au voisinage du pôle nord (ou, ce
qui revient au même, au voisinage de l’infini dans le plan complexe) à celle d ’un problème posé au
voisinage de 0 dans le plan complexe.
6 1. LE PLAN COMPLEXE ET LES FORMES DIFFÉRENTIELLES DANS LE PLAN

par rapport au cercle unité ; on sait que cette transformation géométrique importante
préserve les valeurs absolues des angles orientés des figures, mais change leur signe.

1.1.3. La d roite p ro je ctiv e P ^ C )


Il existe une autre manière de compactifier le plan complexe en lui ajoutant un point
à l’infini. Cette construction est la transcription dans le cadre complexe de celle de la
droite projective réelle. Elle puise ses origines dans le concept de perspective introduit
par les artistes de la Renaissance, formalisé ultérieurement par des géomètres tels
Girard Desargues (1591-1661) au milieu du XVIIe siècle. On introduit sur
C 2 \ { ( 0, 0) }
la relation d’équivalence de colinéarité
{zo,zx) K (zô, 2Î) <=> z0z[ - ZiZo = 0.
L’espace quotient
p I(c , = e n <(0,0)}
v ' n
est équipé d’une distance ainsi définie
_________ \ZpWj - ZjWp\_________
( 1. 12) d([zQ: *i],[w 0,w i]) :=
V\zo\2 + M V K I 2 + K |2
si [zq : z\] et [wo : W\] désignent les classes d’équivalence respectivement des couples
(zojZi) et (wo)Wi). La définition (1.12) est bien indépendante des représentants
(*o,*i) et (wo,wi) choisis dans ces classes. On remarque que
(1.13) PX(C) = {[1 : z] ; « € C } U {[0 : 1]}.
L’application z h-)> [1 : z] est un homéomorphisme entre C et son image, à savoir l’ou­
vert Uo = {[1 : z) ; 2 G C } de P ^ C ). Le point [0 : 1] s’interprète dans la décomposition
(1.13) comme le point à l’infini du plan complexe C.

R em arqu e 1.1. L’application

[u + iv : 1 —w] si w^ 1
(u^Vyw) e S2 i— >
[1-f- w : u —iv] si w ^ —1
(il y a compatibilité des deux définitions si w2 ^ 1 du fait de l’équation de S2, à savoir
u2 + v2 + w2 = 1) réalise un difféomorphisme entre la sphère de Riemann S2 et la
droite projective PX(C) que l’on peut paramétrer par deux cartes (Uo^tpo) et (Ui}<pi)
correspondant aux deux copies de C, Up := {[1 : z] ; 2 G € } et U\ = {[z : 1] ; z € C }
(y?o([l : x + iy]) = (æ,y) et ipi([x + iy : 1]) = (x,y)). Ceci montre bien la cohérence
(entre elles) des deux manières de compactifier le plan complexe en lui ajoutant un
point à l’infini. Les analystes préféreront la compactification via la sphère de Riemann,
les algébristes celle réalisée par la droite projective PX(C). Ce qui différencie aussi dans
notre présentation les deux réalisations de compactification de C que sont la sphère
de Riemann S2 et la droite projective PX(C) est que la première de ces deux surfaces
différentiables est présentée (avec son atlas) comme plongée dans R3, tandis que la
seconde est présentée (toujours avec son atlas) sous forme intrinsèque.
1.2. FORMES DIFFÉRENTIELLES DANS UN OUVERT DU PLAN COMPLEXE 7

1.1.4. E xercices
E xercice 1.1 (multiplication rapide de deux nombres complexesx). Étant donnés
deux nombres complexes a + ij8 et x + iy, la formule algébrique usuelle opérant le
produit de ces deux nombres (a+i/3) x (x+iy) = (ax—¡3y)+i(oty+/3x) implique quatre
multiplications et deux additions (calculer un nombre complexe revenant à calculer
sa partie réelle et sa partie imaginaire et Ton convient ici qu’une soustraction compte
comme une addition). Indiquer une méthode basée sur le calcul de trois nombres
intermédiaires k\, &2, ks (calculables chacun avec une addition et une multiplication)
de manière à ce que, au final (a + if3) x (x + iy) = (k\ —k2) + i(k\ + ks).

E x ercice 1.2 (distance cordale dans C). Soient z\ et Z2 deux nombres com­
plexes. On définit la distance cordale entre z\ et Z2 comme la distance de leurs
antécédents (n+)~l (zi) et (tt* ) “ 1^ ) sur la sphère de Riemann S2 via la projection
stéréographique 7r+ depuis le pôle nord. Montrer que cette distance vaut
2\Zj - 321
(1.14) ¿cord(^lj^2)
V^l + \zi\2yjl + 1-^212
Comment cette distance cordale se trouve t-elle reliée à la distance projective, définie
(voir (1.12)) par dProj(^i)^2) = d([ 1 : z\], [1 : Z2]) ? Calculer, pour 2 G C, la valeur de
^cord(^) 00).

1.2 . Form es différentielles dans un ou v ert du plan com p lex e

1.2.1. C ham ps de vecteu rs et 1-form es différentielles dans le plan

Soit (x,y) un point du plan R 2. Les opérateurs différentiels réels ( d/dx)(x,y) = d/dx
et (d/dy)XiV = d/dy (ils ne dépendent pas en fait de (x,y)) engendrent un R-espace
vectoriel de dimension 2, appelé plan tangent en (x,y) au plan R2. Ce plan tangent
est indépendant de (x, y) ; c ’est le R-espace vectoriel de dimension 2 :

Son dual T^2 est appelé espace cotangent au point courant (x, y) de R2 (cet espace ne
dépend pas du point (rr, y)). La base duale de la base {d/dx, d/dy} est notée ( dx, dy).

D éfinition 1.1 (champs de vecteurs, 1-formes différentielles). Soit k G NU { 00}


et U un ouvert de R2. Une application £ de classe Ck de U dans le complexifié
Cd/dx (&Cd/dy du plan tangent Tr2 est appelée champ de vecteurs de classe Ck, à
valeurs complexes, dans U. Une application u de classe Ck de U dans le complexifié
Cdx^Cdy de l’espace cotangent T^2 est appelée 1-forme différentielle de classe Ck,
ou encore forme différentielle de degré 1, à valeurs complexes, dans U. Si le champ de
vecteurs (resp. la 1-forme différentielle) prend ses valeurs dans TK2 ( resp. dans T^2),
le champ (resp. la 1-forme) est dit réel (resp. réelle).

1. Ce petit résultat parait anodin, mais s’avère bien utile dans les procédures algorithmiques
enchaînant les multiplications de nombres complexes, par exemple les algorithmes de transforma-
tion de Fourier rapide opérant la multiplication d ’un vecteur de C 2 avec la matrice symétrique
[exp(—2inkl/2M)\0<k l<2M-.i, d ’usage très courant aujourd’hui, par exemple en traitement de l’in­
formation, en algorithmique, ou en analyse des signaux ou des images
8 1. LE PLAN COMPLEXE ET LES FORMES DIFFÉRENTIELLES DANS LE PLAN

R em arqu e 1.2 . Dans le contexte plus général d’une surface différentiable E


différentiable (telle que par exemple la sphère de Riemann introduite dans la section
1.1.2 avec son atlas {(S 2 \iV,tt+ ), (S2 \ 5 , 7r“ ) } et présentée dans cette section comme
sous-variété de R3), le plan tangent T x(E ) en un point X G E s’interprète comme le
R-espace vectoriel (de dimension 2) des dérivations au point X de l’algèbre £ e ,x des
germes en X de fonctions C°° et à valeurs réelles définies sur la surface E au voisinage
de X. Une dérivation de est une application R-linéaire D de £ ^ x dans R, se
pliant à la règle de Leibniz
D(uv) = u(X)D(v) + v(X)D(u) V(ti,t/) G £s ,x.
Dans le cas particulier E = R 2, on retrouve bien le fait que le plan tangent ne dépende
pas de X et soit engendré par les deux opérateurs différentiels d/dx et d/dy. L’espace
cotangent T £(E ) au point X de E est le R-espace vectoriel de dimension 2 défini
comme le dual de l’espace tangent T x(E ). Les notions de champ de vecteurs et de
1-forme différentielle s’étendent à ce nouveau contexte, un champ de vecteurs dans
un ouvert U de E étant une section au dessus de U du fibré tangent T(E ) (la fibre au
dessus du point courant X étant le R-plan vectoriel T x (R )), tandis qu’une 1-forme
différentielle dans U est une section au dessus de U du fibré cotangent T*(E) (la fibre
au dessus du point courant X étant cette fois de R-plan T £(E )). La différence majeure
avec le cas « plat » E = R 2 est que cette fois plan tangent et plan cotangent varient
avec le point courant X G E.

Revenons pour ne plus le quitter pour l’instant au cas « plat » de R 2. Un champ de


vecteurs £ de classe Ck) à valeurs complexes, dans un ouvert U de R 2, s’exprime donc
(de manière unique car d/dx et d/dy constituent une base de T®? ) sous la forme

(1.15) Ç(x,y) = ot(x,y)-^ + P ( x , y ) - ^ W(x,y)£U,

où les applications coordonnées a et /3 sont des applications de classe Ck de U dans


C. De même, une 1-forme différentielle oj de classe Ck, à valeurs complexes, dans ce
même ouvert U de R2, s’exprime (de manière unique car dx et dy constituent une
base de T^2) sous la forme
(1.16) u(x, y) = P(x , y) dx + Q(x , y) dy V(z, y) G U,
où P et Q sont des fonctions de classe Ck de U dans C. La 1-forme différentielle
a) = Pdx + Qdy (de classe Ck dans U) agit sur le champ de vecteurs (de classe Ck
dans U) £ = a d/dx + /3d/dy en produisant la fonction, elle aussi de classe Ck (de U
dans C) :
(x,y) G U i > {u(x,y),t(x,y))(Xiy) = P{x,y)a{x,y) + Q(x,y)p(x,y).
En utilisant les relations (1.2), il est utile de remarquer que la 1-forme Pdx + Qdy
s’exprime aussi sous la forme
P dx + Q dy = A dz + B dz>

dz := dx + idy dz := dx —idy
(m ) . P -iQ _ P + iQ
2 2
1.2. FORMES DIFFÉRENTIELLES DANS UN OUVERT DU PLAN COMPLEXE 9

On dispose d’ailleurs aussi des formules inverses


Adz + B dz = P dx + Q dy
P = A+ B Q = i(A-B).
Il est aussi commode d’introduire les deux champs de vecteurs (sur R1
2)
d_ _ i /_a _ ,j9 \
dz ’ 2 V&e 1dy)
(1.19)
._0 \
dz ’ 2 Vôx dy)
puisque ceux ci réalisent avec (dz, dz) un système en dualité, c’est-à-dire1 :

( 1. 20)

L’opérateur différentiel à coefficients complexes d/dz défini dans (1.19) jouera par la
suite un rôle majeur : c ’est Vopérateur de Cauchy 2 - Riemann. S’il s’agit d’un opérateur
différentiel complexe (et non réel) du fait de son expression, on peut faire apparaitre
un opérateur réel (mais du second ordre), agissant sur les fonctions C°°, en calculant

d_ A
(1.21) 4 » o
dz dx2 + dy 2 - ’
où A est l’opérateur laplacien 3 .

1.2 .2. P oten tiel et 1-form es exa ctes

Soit U un ouvert de C (identifié ici à R 2). Si F : U h» C est une fonction de classe


C k+1 (ce qui signifie que R e F et Im F le sont), la différentielle de F (F étant ici
considérée comme une application définie dans un ouvert de R2 et à valeurs dans C)
peut être considérée comme une 1-forme de classe Ck à valeurs complexes, à savoir la
1-forme
d F .Ô F . dF. dF
dF := — dx + — dy = — dz + dz
dx dy dz dz
d ’après les formules (1.19) et (1.17). On dispose ainsi d’un opérateur R-linéaire d de
l’espace C,fe+1(C7, C) des fonctions de classe de U dans C (on dit aussi 0-formes
de classe dans U et h valeurs complexes) dans l’espace des 1-formes de classe
Ck de U dans C.

1. Faire la vérification en exercice.


2. Augustin-Louis Cauchy (1789-1857) demeure l’inventeur de l’analyse moderne. Il a
considérablement œuvré pour l’essor de l’analyse complexe et sa formalisation au X IX e siècle.
3. On fait ici référence à Pierre-Simon de Laplace (1749-1827), mathématicien, astronome et
physicien, dont les travaux ont contribué, comme ceux de Joseph-Baptiste Fourier, à aiguiller l’analyse
complexe vers le champ des applications. Le laplacien, la transformée de Laplace, etc., sont des objets
omniprésents dans les sciences de l’ingénieur aujourd’hui. On retrouvera le laplacien plus loin dans
ce cours, avec les fonctions harmoniques.
10 1. LE PLAN COMPLEXE ET LES FORMES DIFFÉRENTIELLES DANS LE PLAN

D é f i n i t i o n 1.2 (formes différentielles exactes). Une 1-forme u de classe Ck (k G


N U oo) est dite exacte dans un ouvert U de R1 2 s’il existe une fonction F de classe
C Aj+1 de U dans C telle que
(1.22) co{x,y) = dF(x,y) V(xiy ) £ U .
On dit alors que la 1-forme différentielle u) dérive du potentiel complexe F, ou encore
que F est une primitive de u dans U.
R em arqu e 1.3. Si U est connexe et si u est une 1-forme différentielle de classe
Ck exacte dans £/, deux potentiels complexes Fi et F2 dont u dérive diffèrent d’une
constante complexe. En effet dF\ = di5^ = w implique que d{F\ —F2) = 0, donc que
Fi - Î 2 = constante localement de part l’inégalité des accroissements finis, donc aussi
globalement dans U puisque U est connexe.
E xem ple 1.1 (fonctions puissance). Dans C, un exemple majeur de forme exacte
est celui des formes (z - zo)k dz, k G N. On vérifie en effet immédiatement que, dans
C tout entier,
j [(£ _ 3 Ç H ] = ( z _ V d z
(1.23)

puisque

J ^ [( X + i y - 20)fe+1] = (k + l)(x + i y - z0)k


(1.24)
■£-[( X + i y - 2o)fe+1] = i(k + l)(x + iy - Zo)k
oy
pour tout (x,y) G K2 d’après la règle de Leibniz. Lorsque k est un entier strictement
négatif, la forme (z—z o )k dz est exacte dans C \{zo} lorsque k ^ —1 puisque la formule
(1.23) reste valable dans C \ {¿ 0} dans ce cas. Seul subsiste le problème concernant
le cas k = —1 sur lequel nous reviendronsx.
1.2.3. 2-form es différentielles dans un ou v ert du plan

Comme T^2 est un R-espace vectoriel de dimension 2, le produit extérieur Tj£2AT^2 est
une droite vectorielle réelle, engendrée par la forme déterminant dxAdy, qui s’exprime
aussi sous la forme
, , /dz + dz\ tdz —dz\ dzAdz
d x A d y = ^ ^ J A ( 2i ) = 2i '
D é f i n i t i o n 1.3 (2-forme différentielle). Une 2 -forme différentielle à valeurs com­
plexes2 et de classe Ck (k G N U { 00}) dans un ouvert U de R2 est par définition une
application de classe Ck de U dans le complexifié Cdx A dy de la droite vectorielle
Une telle 2-forme Cl s’exprime donc de manière unique sous la forme

(1.25) ft(x, y) = $ (x , y) dxAdy = rr$(a:, y) dz A dz,

1. Cette difficulté n’est pas une surprise si l’on pense à l’analyse réelle. En effet, la fonction
t log |t—to|, primitive de l / ( t - t o ) , est la seule, parmi les primitives des autres fonctions puissances
1 ( t — to)fe> k qui ne se présente pas comme une fraction rationnelle, donc échappe au cadre
de l’algèbre. Nous mettons ici le doigt sur un point majeur tant de l’analyse que de la géométrie
complexe.
2. On dit aussi « une forme différentielle de degré 2 » .
1.2. FORMES DIFFÉRENTIELLES DANS UN OUVERT DU PLAN COMPLEXE 11

où $ désigne une fonction de classe Ck de U dans C.

R em arqu e 1.4. On peut définir la notion de 2-forme différentielle réelle sur une
surface différentiable réelle E (telle la sphère de Riemann) : une 2-forme différentielle
réelle (de classe Ck) au dessus d ’un ouvert U de E est par définition une section
de classe Ck au dessus de U du fibré déterminant T*(E) A T*(S). En complexifiant
les fibres de ce fibré déterminant, on étend cette construction à celle de 2-for mes
différentielles complexes. S’il existe une 2-forme différentielle réelle de classe C°°,
définie sur E toute entière et ne s’annulant nulle part sur cette E, une telle 2-forme
est est appelée forme volume (c’est le cas de la forme déterminant dans E = R2). Le
fait qu’il puisse exister une forme volume sur une surface différentiable est équivalent
au fait que celle-ci soit orientable. Ceci n’est pas le cas, par exemple, pour le ruban
de Mœbius, la bouteille de Klein, le plan projectif réel. C ’est le cas, en revanche,
pour toute sous variété de RN qui hérite d’une orientation induite par celle de R ^ ,
comme la sphère de Riemann, donc la droite projective ? * (€ ). Dans ces deux cas, on
a d’ailleurs remarqué (par exemple à la fin de la section 1.1.2 pour ce qui concerne
S2) que le jacobien du changement de carte préservait les angles orientés des figures,
donc en particulier les orientations.

N ota. Sauf mention du contraire, toutes les 1 ou 2-formes différentielles envisagées à


partir de maintenant seront toujours complexes.
Comme nous avons défini un opérateur R-linéaire d allant du R-espace vectoriel des
0-formes différentielles de classe Ck+l (dans un ouvert U de C) dans le R-espace
vectoriel des 1-formes de classe Ck dans U (à savoir l’opérateur de différentiation
F h» dF), nous allons maintenant définir un opérateur R-linéaire (que nous noterons
naturellement aussi d) du R-espace des 1-formes de classe Ck+X à valeurs complexes
sur U dans le R-espace des 2-formes de classe Ck à valeurs complexes dans U. Puisque
nous avons en tête la construction d’un opérateur de différentiation, la règle que nous
allons imposer pour cette définition est la règle de Leibniz : si / est une fonction de
classe Ck+1 de U dans C et a; une 1-forme de classe C fc+1 de U dans C, on souhaite
donc d[fu] = df A (jü+ fdw. Les formes dx et dy étant constantes, on impose aussi
d[dx] = d[dy] = 0. On trouve donc, compte tenu de ces règles et de la clause de
R-linéarité,
d[Pdx + Q dy\ = dP A dx + dQ A dy =

(1.26) = ( £ * + % d>) A'* + (!* + w iy) h‘iv

Ou encore, ce qui revient au même (mais est plus en phase avec le point de vue
complexe plutôt que réel) :
d[A dz + B dz\ = dA A dz + dB A dz =
fdA . dA J_\ , (ÔB , dB \
(1.27)
“ f e * + 9F* ) A* + ( te * + W * ) A^
= ( 9 F - t e ) * A<i2 = 2* ( t e - t e ) * ' ' * '
12 1. LE PLAN COMPLEXE ET LES FORMES DIFFÉRENTIELLES DANS LE PLAN

Il est commode d ’introduire les deux opérateurs linéaires d et d agissant ainsi sur les
1-formes de classe Cl :
-r „ , dB _ __ dB
d[Adz + Baz\ = — dz Adz = dz A dz
(1.28)
dA
B[Adz + Bdz] = — dz A dz.

Ainsi l’action de d se scinde en celles de ces deux opérateurs R-linéaires : d = d + d.


L’action des deux opérateurs d et B est aussi définie sur les 0-formes (c’est-à-dire les
fonctions) de classe C 1 ; on pose

(1.29) dF := dz BF := ^ dz,
v dz dz
de manière, ici encore, à ce que l’action de d se scinde en celle de ces deux opérateurs
R-linéaires : d = d + B.
On remarque immédiatement que, si F est une fonction de classe C 2 dans U,
(1.30) (dod)[F]=d[dF] = 0
du fait du lemme de Schwarz1 sur les dérivées croisées. Ceci s’écrit encore
(1.31) d o d — —d o d <9o <9 = <9o <9 = 0.
L’opérateur (du second ordre cette fois)

(1.32) ddc := -dB,


7T
dit opérateur de Monge-Ampère (complexe), joue un rôle important en théorie du
potentiel2. On remarque que la formule (1.21) se lit aussi

pour toute fonction F de classe C2.


D é f i n i t i o n 1.4 (forme fermée). Une 1-forme différentielle u) de classe C 1 dans
un ouvert U de R 2 est dite fermée si et seulement si dw = 0.
E xem ple 1.2 . Si / est une fonction de classe C 1 de U dans C, la forme f(z) dz
est fermée dans U si et seulement si df /dz = 0 dans U.
Puisque dod = 0, toute 1-forme différentielle dans un ouvert U, exacte et de régularité
au moins C 1, est fermée. Nous verrons plus tard que la réciproque est fausse sans
condition supplémentaire sur U. En revanche, nous avons un résultat très important,
le lemme de Poincaré, qui nous assure que, sous une hypothèse particulière sur U

1. Il s’agit ici du mathématicien allemand Hermann Schwarz (1843-1921). On lui doit un résultat
plus relevant en analyse complexe, dit aussi lemme de Schwarz (ou encore principe de réflexion), que
nous verrons plus loin. Le résultat mentionné ici est un lemme classique de calcul différentiel, sans
relation particulière avec l’analyse complexe.
2. L’équation de Monge-Ampère (et, avec elle, Yopérateur de Monge-Ampère réel), a été in­
troduite par le mathématicien français Gaspard Monge (1746-1818) pour résoudre un problème de
minimisation de coût pour une fonctionnelle de transport (c’est aujourd’hui le cadre de la théorie
du transport optimal). On retrouve cet opérateur en électrodynamique (et théorie du potentiel) dans
les travaux d ’Ampère. C ’est sous l’angle de la théorie du potentiel (et de l’analyse harmonique) qu’il
apparaitra dans ce cours. Il est parfois normalisé différemment en (i/2n) dd au lieu de (i/n) dd.
1.2. FORMES DIFFÉRENTIELLES DANS UN OUVERT DU PLAN COMPLEXE 13

(vérifiée si U est convexe, par exemple est un disque), alors toute forme fermée est
exacte (le lemme propose même la construction explicite d ’une primitive).

L e m m e 1.1 (lemme de Poincaré1 ). Soit U un ouvert du plan complexe étoilé


par rapport au point Xo = (xo,yo), ce qui signifie que} pour tout X = (x,y) G U> le
segment [X0iX\ reste inclus dans U. Soituj = P dx + Qdy une 1-forme différentielle
de classe C 1 fermée dans U. La fonction F définie dans U par

(1.34) F(x, y) := j f * ((® - x0)P(X0 + t(X - X 0)) + (y - yo)Q(X0 + t(X - X 0))) dt

est de classe C 2 dans U et vérifie dF = uj dans U.


D é m o n s t r a t i o n . On ne restreint nullement le problème en supposant U étoilé
par rapport à l’origine (xq = 0, yo = 0). Puisque P et Q sont de classe C 1, les
théorèmes élémentaires de continuité et dérivabilité des intégrales dépendant d ’un
paramètre 2 assurent que la fonction proposée F est de classe C 2 dans U et que l’on
a, en utilisant la règle de Leibniz,
dF f1 f 1 dP dQ
•^■(2 , 2/) = J P(tx, ty)dt + x J (tx , ty) tdt + Vj o tdt-

Si l’on injecte l’hypothèse que la forme uj est fermée, soit

^Q(tx,ty) = tx,ty ) V (x ,y ) e u , v t e [0,1],

on trouve, pour tout (æ, y) dans C/,


dF f1 f 1 / dP dP \
-fa(x >y) = Jo P(tx,ty)dt + \x-^(tx,ty) + y-^(tx,ty)J tdt>

soit (après intégration par parties)


dF f1 f1 d
-faix,y) = P(tx,ty)dt + t— [P(tx,ty)\dt

= f P(tx,ty)dt + ^tP(tx,ty)^ —J P(tx,ty)dt

= P(x,y) V {x,y) € U.
Le même calcul (pour raisons de symétrie, on échange juste x et y) ainsi que P et Q)
conduit à
= Q(x,y) V(x ,y )eU .
On a donc bien dF = cj, ce qui achève la preuve du lemme. □

1. La formalisation du calcul extérieur doit pour une grande part au travaux du géomètre
différentiel et algébriste Élie Cartan (1869-1951). Ce lemme de Poincaré (mentionné en 1889 par
Volterra, comme d ’ailleurs la formule de Green-Riemann que nous verrons plus loin) ne figure qu’im-
plicitement dans les travaux d ’Henri Poincaré (1854-1912), mais il est évident que le pont entre
l’analyse complexe et la géométrie constitue la trame d ’une grande partie de son œuvre (on pourra
se reporter à [CGL] pour un panorama de l’héritage scientifique de Poincaré).
2. Inutile en effet d ’invoquer la théorie de l’intégration à la Borel-Lebesgue. Ces résultats
élémentaires (en général vus en L 1 ou L2) dans le cadre de l’intégration Riemann s’appliquent
ici.
14 1. LE PLAN COMPLEXE ET LES FORMES DIFFÉRENTIELLES DANS LE PLAN

E xem ple 1.3 (le logarithme complexe). Notons qu’un ouvert étoilé est toujours
connexe. Outre le cas des ouverts convexes (€ tout entier, un disque ouvert D(zo,ro)
de C, etc.), un exemple particulièrement important d’ouvert étoilé est celui du plan
complexe fend% c ’est-à-dire le plan complexe auquel on retire une demi-droite fermée
{te*00 ; t > 0}, avec 0o G [0, 27t[, permettant l’accès à l’origine1 . Un tel ouvert U$Q
est étoilé par rapport à tout point de la demi-droite {£e~i0() ; t > 0} opposée à la
demi-droite retirée. La 1-forme

U)g0 : Z e Ug0 H-> ( l o g \z\ + iârg]eo<9o+2n[( z ) ) dz

(où arg]0Oj0o+27r[ désigne la détermination de l’argument appartenant à ]0o ,0o + 2tt[)


est une forme C°° et fermée dans Ue0. On se réfère à l’exemple 1.2. Pour montrer
que l’on est bien en situation d’exploiter cet exemple, il est commode d’exprimer
l’opérateur de Cauchy-Riemann d/dz en coordonnées polaires. On vérifie que si / est
une fonction de classe C 1 dans Uo0 et si

g : (r,0) E]O,oo[x]0o,0 o + 27t[i— > /( r c o s 0 ,r sin0),


on a

(1 351 ^mrco>e,rsm0) =
— [/](r cos 6,rsin6) = - f e i0— + - e i0— )lg](r,d).

La fonction g correspondant ainsi à la fonction

feo : (x, y) e Ug0 i— > log y/x2 + y 2 + i arg]eOt0o+M(x + iy)

est la fonction p(r, 0) = log r + iO et l’on déduit de la seconde relation dans (1.35) que
dfoo/dz = 0 dans Uqq. La forme u)qq est donc fermée dans Uq0) donc exacte d’après
le lemme de Poincaré 1.1 (ce lemme en fournit d’ailleurs explicitement un potentiel
F$0 dont elle dérive), si l’on utilise que Uq0 est étoilé par rapport (par exemple) au
point d’affixe Cette fonction Fq0 vérifie donc dFe0/dz = fe0 et dFoQ/dz = 0
dans Ue0. En utilisant la première des relations (1.35), on observe aussi que

(1-36) |lAo]<*.»> = ï à ï = ï
La relation (1.36) justifie que l’on appelle la fonction fe0 une détermination du loga­
rithme complexe dans le plan fendu Uqq.

P r o p o s i t i o n 1.1 (locale exactitude des formes fermées). Toute l-forme u; de


classe C 1 et fermée dans un ouvert U de C est localement exacte dans cet ouvert.
Plus précisément, étant donné un point (x>y) quelconque de U, la 1-forme u> est
exacte dans le disque ouvert de centre (x,y) et de rayon la distance de (x,y) à la
frontière de U.

1. Un coup de ciseaux dans une feuille de papier suffit à produire une réalisation de plan complexe
fendu.
1.2. FORMES DIFFÉRENTIELLES DANS UN OUVERT DU PLAN COMPLEXE 15

1.2.4. Im age récip roq u e d ’ une form e différentielle

La construction des champs de vecteurs et des 1-formes différentielles faite dans le cas
du plan peut être répétée dans le cas de la droite réelle R. L’espace tangent Tk est le
R-espace vectoriel R d/dt (il ne dépend pas du point), son dual est le R-espace R dt
({dt} est ici la base duale de { d/dt}), et une 1-forme différentielle sur de classe Ck (à
valeurs complexes) un intervalle ouvert I de R est par définition une application de
classe Ck de I dans C dt. Elle se représente donc de manière unique sous la forme
t h» r(t) = p(t) dt,
où p désigne une fonction de classe Ck de I dans C.
Etant donné un intervalle ouvert I de R, un ouvert U de R2, ainsi qu’une application
7 = (7i >72) : I —> U de classe C1 (l > 1), on associe à toute 1-forme co = Pdx + Qdy
sur U son image réciproque (en anglais pullback) définie comme la 1-forme sur I :

(1.37) 7*H W = -P[7W] <*7i + Qh(t)} dr/2 = (p{l{t)) 7 iW + <5(7(0)72W ) dt-

Si u) est de classe Ck, cette 1-forme est de régularité au moins Si u> = dF,
où F est une fonction de classe Ck+1, on note que la règle de Leibniz du calcul
différentiel implique
(1.38) 7 * H = l*{dF] = d[F o y],
autrement dit d commute avec la prise d ’image réciproque pourvu que l’on convienne
que, pour les 0-formes, c’est-à-dire les fonctions, 7 *[F] := F 0 7 , ce qui est naturel.
Soient maintenant V et U deux ouverts respectivement de R£iV et M^y, et © une
application de classe C1 ( l > 1) de V dans U, de jacobien
_ 9 (© i, ©2) dQi/du d@i/dv
0 _ d(u,v) ~ dQ2/du d e 2dv '
On peut associer à toute 1-forme to = Pdx + Qdy sur U son image réciproque définie
comme la 1-forme sur V :
(1.39)
© * H (W>V) - i >[0 (« ,v )]d © i(« ,v ) + <3 [© (u,u)]d© 2(u,v)

= ( ( P o 0 ) ^ i + (<5 o 0 ) ^ ) ( u >u) <iu+ ((p ° Q ) ^ + ( Q 0&) ^ ) ( u>v) dv-

Si co est de classe cette 1-forme est de régularité au moins C min(fe,l" 1)t


On peut également (sur le même principe que précédemment) associer à toute 2-forme
fi = $ dx A dy sur U son image réciproque comme la 2-forme sur V :
(1.40) $*[fi \(u,v) = $[0(w ,v)] dQi Ad @2 = Je(uyv) $[0(w ,u)] du A dv.
Si fi est de classe cette 2-forme est de régularité au moins <7min(M-:Q#
On note le résultat utile suivant :

P r o p o s i t i o n 1.2 (commutation image réciproque versus d). Soient V et U deux


ouverts de R 2, 0 une application de classe C 2 de U dans V, co = Pdx + Qdy une
1-forme de classe C 1 sur U. On a la relation
(1.41) d[© *M ] = © * [< H
16 1. LE PLAN COMPLEXE ET LES FORMES DIFFÉRENTIELLES DANS LE PLAN

autrement dit la prise dHmage réciproque des 1-formes commute avec Vopérateur de
différentiation des formes d.
D é m o n s t r a t i o n . Si Гоп utilise la formule (1.39), le fait que dod = 0 (on note
que le lemme de Schwarz sur les dérivées croisées est caché ici) et que Гоп ait aussi
dQi A d@i = dQ2 A dQ2 = 0, le calcul conduit à :

d[e* M ] d[P о ©] л dQi + d[Q о 0 ] Д d 0 2

((^ 0 0 ) x d&2) Л dQ1 + ( ( ^ о 0 ) x dQ1) A dQ2

e*[du>\.

1.2.5. E xercices
E xercice 1.3 (le «c yoga » des calculs en les coordonnées z et z). Soient U et
V deux ouverts de C (les coordonnées y étant respectivement dénotées £ et z), f
une fonction différentiable de U dans V , g une fonction différentiable de V dans C.
Exprimer (en utilisant la règle de Leibnitz relative à l’expression de la différentielle
d’une fonction composée, les fonctions d(g o f)/dÇ et d(g o f)/dÇ en fonction de /¿ ,
/¿ , 9z 0 /> 9tz° /> Puis en fonction de /¿ , /£, g'z of,g'2 o / . On note ici g'z := dg/dz,
g*z := dg/dz, et, pour une fonction (p de la variable C (ici en l’occurrence (p = / ou
(p = f) <p'ç := dp/dÇ, et (p'ç := dtp/dÇ Retrouver le fait que si g'z = 0 et = 0, on a
(9 0 / ) f = 0 et que, si c ’est le cas, (g o f ) z = (g'z o f ) x / ' .

E xercice 1.4 (une égalité exploitée par L. Hôrmander1). Soient p et / deux


fonctions de classe C 2 sur C ; on suppose la fonction p (appelée à jouer un rôle de
« fonction poids » ) à valeurs réelles. Prouver l’identité

(ce calcul fastidieux pour lequel il n’y a pas vraiment d’astuce n’est pas totalement
gratuit car le résultat sera plus tard investi dans la résolution de l’opérateur d au sens
de la théorie des distributions, voir l’exercice 3.61).

E xercice 1.5 (laplacien en coordonnées polaires),


a) Vérifier que, pour toute fonction F de classe C 2 et à valeurs complexes dans un
ouvert U de K2, on a

1. Le résultat de cet exercice sera réinvesti ultérieurement dans l’exercice 3.61, en relation cette
fois avec les méthodes L2 introduites par le mathématicien suédois Lars Hôrmander (1931-2012),
spécialiste des équations aux dérivées partielles, aux fins de la résolution de problèmes de division
ou d ’interpolation en une, voire plusieurs, variables complexes.
1.2. FORMES DIFFÉRENTIELLES DANS UN OUVERT DU PLAN COMPLEXE 17

dx2 dy2
désigne l’opérateur de Laplace (ou laplacien) en dimension 2.
b ) Soit U un ouvert de IR2 \ {(0 ,0 )} et V son image réciproque par l’application
( r,6) 6 ]0 ,oo[xR i— >•(rco s0 ,rsin 0 ) G R 2 \ {(0 ,0 )}.
Vérifier que si F est une fonction de classe C 2 dans U, à valeurs dans C, on a, pour
(r,8)ev,

&(Xty)[F](rœ86,rsmO) =

si G (r,0) := /(r c o s 0 ,r s in 0 ). Déterminer toutes les fonctions F de classe C 2 dans


R2 \ {(0 ,0 )}, radiales (F(x)y ) ne dépend que de \Jx2 + 2/2), et solutions de A [F] = 0
dans M2 \ {(0 ,0 )}.

E xercice 1.6 (formes exactes, formes fermées). Soit lo la 1-forme différentielle


LO \x + iy !-> 2y2(x + y)dx + 2xy (x + 3y) dy = P(x , y) dx + Q(x , y) dy
dans C. Est-elle fermée ? Vérifier qu’elle est exacte et trouver un potentiel F dont elle
dérive.

E xercice 1.7 (formes exactes, formes fermées). Pour quelles valeurs de a > 0 la
forme
( x - y ) d x + (x + y)dy
(oa := |2q ------ , Z = x + iy ,

est elle fermée dans R2 \ {(0 ,0 )} ? exacte dans R2 \ {(0 ,0 )} ?

E xercice 1.8 (formes exactes, formes fermées). Soit U un ouvert de C et / une


fonction de classe C 1 de U dans C ; montrer que f(z) dz est fermée si et seulement si
df/dz = 0 et que f(z)dz est fermée si et seulement si df /dz = 0.
E xercice 1.9. Soit 0o un nombre réel, Uq0 l’ouvert
Ueo=C\{tei6°-,t>0}
(le plan complexe « fendu » le long de la demi-droite issue de l’origine et dirigée par
et0°) et, pour tout a G C, la 1-forme différentielle dans Uq0 définie par
wa (z) = |^|aeîaarg)0o.0o+27r[(2) dZt

Pourquoi cette forme est-elle exacte dans Uq0 quelque soit la valeur de a ? Montrer
que les fonctions F de classe C 1 dans Uq0 telles que dF = coa sont de la forme

z e U e 0 >-^ F(z) = C + exp (i(a + l)arg]0O)(,o+2ff[(z ))

si a - 1 (C étant une constante arbitraire) et de la forme

z G ^00 1— >F(z) = C + lo g \z\ + %arg]0O)0o+27r[(2)


si a = - 1 (C désignant toujours une constante arbitraire).
18 1. LE PLAN COMPLEXE ET LES FORMES DIFFÉRENTIELLES DANS LE PLAN

E xercice 1.10 (formes différentielles et équations différentielles). Soit U un ou­


vert étoilé de R2 et Pdx + Qdy une 1-forme de classe C 1 fermée dans U, Ecrire ce
que cela signifie sur P et Q, On désigne par F une primitive de Pdx + Qdy dans (7,
c ’est-à-dire une fonction de classe C 2 dans U telle que dF = Pdx + Qdy, Pourquoi
existe-t-il bien une telle primitive ? Quelle est l’équation cartésienne du graphe de la
solution maximale du problème de Cauchy
dy = P(x, y)
y(x o) = 3/o»
dx Q(x, y)
lorsque (xo,yo) est un point de U où Q ne s’annule pas?

E xercice 1.11 (division des formes).


a) Soit U un ouvert de C et / : U -* C une fonction de classe C 1 telle que df ne
s’annule pas dans U ; montrer que toute 2-forme iî continue dans U s’exprime sous
la forme Q = df A S, où H est une 1-forme continue dans U ; quelles sont toutes les
1-formes H possibles réalisant une telle formule de division ?
b) À quelle condition une 2-forme continue dans un ouvert U de C se factorise-t-
elle sous la forme iî = d\z\2 A H, où S est une 1-forme continue dans cet ouvert (on
distinguera les cas où 0 G U et 0 & U), Quelles sont, lorsque cela est possible, toutes
les 1-formes continues H solutions de d\z\2 A S = iî ?

E xercice 1.12 (image réciproque de 2-formes différentielles). Soient U et V deux


ouverts de C et i» une application de classe C 1 de U dans V. Exprimer $*[dz A dz]
en termes de \d$/dz\ et de \d$/dz\.

E xercice 1.13 (facteurs intégrants locaux dans un ouvert de R 2). Soit u une
1-forme de classe C 1 dans un ouvert de R2, telle que u(zo) ^ 0 (ce qui signifie
(P(xo,yo),Q(xo,yo)) 7^ 0 si co = P(x,y)dx + Q(x,y)dy), Le but de l’exercice est de
montrer qu’il existe une voisinage V(æo>2/0) de (x o ,2/o) dans Î7, une fonction f Xchy0 de
classe C 1 dans ce voisinage et ne s’y annulant pas, telle que la forme f(X0iy0) x ^ s°it
exacte dans V(XOiVo).
a) Montrer que l’on peut se ramener à résoudre le problème dans la situation parti­
culière où u = dx + R(x) y) dy,
b ) En utilisant le théorème de Cauchy-Lipschitz (voir un cours de calcul différentiel
et équations différentielles niveau licence 3), montrer qu’il existe e > 0 et 7] > 0 assez
petits tels que, pour tout x dans ]æo - e,xo + e[, il existe dans J^/o - V>Vo + r)[ une
unique solution y ipx(y) du problème de Cauchy :

^ ÿ ( y ) = -R(<Px(v),v) et ipx(yo) = x.

Montrer aussi (voir encore un cours de calcul différentiel et équations différentielles


niveau licence 3, en particulier ce qui concerne la dépendance en des paramètres dans
le théorème de Cauchy-Lipschitz) que l’on peut, quitte à choisir e et rj assez petits,
affirmer que (x , y) <px(y) est de classe C 1 dans ]xo - c, xo + e[x]y0 - V, yo + v[-
c) Montrer que $ : (æ, y) (x , y) = (y>x(y),y) réalise un difféomorphisme local entre
deux voisinages de (æo,2/o) dans U. Vérifier que l’on a au voisinage de (xo,yo) *

[dx + R(x, y) dy] =^-(<Px(y),v)dx.


1.3. INTÉGRATION DES FORMES DIFFÉRENTIELLES 19

F ig u r e 1.2 . flocon de Von Koch ([0 :1]) et lacet de Lévy ([i :1 :i])

En déduire que la forme [dx + R (x, y)dy ] a un facteur intégrant ne s’annulant pas
au voisinage de (xo,yo)> et en est de même pour la forme dx + R (x,y)d y (en
utilisant l’opérateur ($- 1 )*).

1. 3 . In tégration des form es différentielles


1.3 . 1. C hem ins param étrés dans R2
D é f i n i t i o n 1.5 (chemin continu du plan). Un chemin paramétré continu de R2
est une application continue 7 d’un segment [a, b] de R dans le plan R2. Le point 7 (a)
est appelé origine de ce chemin, le point 7 (b) en est appelé extrémité. L ’ensemble
7 ([a, 6]) est appelé support du chemin 7. Si 7(a) = 7(6), on dit que 7 est un lacet ; si
tel est le cas et que de plus 7|[a,&[ est injective, on dit que 7 est un lacet simple. Etant
donné un chemin continu 7 : [a, b] -» R2, on appelle paramétrage admissible de ce
chemin tout autre chemin paramétré continu 7 : [a', b'] R2 tel que 7 = 7 o </?, où y
est un homéomorphisme strictement croissant de [a, 6] dans [a')b'}.
Il ne faut donc pas confondre la notion de chemin (notion fonctionnelle, un chemin
est une fonction!) et celle de support d'un chemin (qui est une notion géométrique).
Attention! Il existe des chemins continus très pathologiques : la courbe de Peano,
chemin continu d’origine 7(0) = 0 et d’extrémité 7(1) = 1 dont le support est le carré
plein [0,1] x [0,1] (son graphe « noircit » donc complètement ce carré plein), le flocon
de Von Koch (d’origine 7(0) = 0 et d’extrémité 7(1) = 1, donc réalisé en partant du
segment [0, 1]) ou le lacet de Lévy (construit à partir de la ligne brisée consistant en
l’aller-retour entre les points d’affixe i et 1, donc tel que 7(0) = 7(1) = z), tous deux
modèles de courbes fractales, réalisés récursivement de manière approchée grâce à une
procédure implémentée sous le logiciel Maplel2 et qui exploite leur propriétés d’auto
similarité, etc.
Pour pouvoir conduire des calculs explicites (par exemple des calculs d’intégrales cur­
vilignes de 1-formes différentielles), il faut certainement introduire plus de régularité,
ce que nous allons faire dans un premier temps (avant de revenir au cas simplement
continu ultérieurement).
20 1. LE PLAN COMPLEXE ET LES FORMES DIFFÉRENTIELLES DANS LE PLAN

D é f i n i t i o n 1.6 (chemin paramétré C 1 par morceaux). Un chemin paramétré C 1


par morceaux 7 est une application continue et C 1 par morceaux d ’un segment [a, b]
de R dans R2. Ceci signifie, outre que 7 est continue, qu’il existe une subdivision

(1.42) a = to <t± <••• < tN-i < b = tN


(les points tj sont appelés nœuds de la subdivision) telle que la restriction de 7 à
chaque segment fermé [^ ,^ + 1], j = 0, ...,iV — 1, soit de classe C 1 sur ce segment1.
On dit qu’une telle subdivision est adaptée2 au chemin 7 . On appelle paramétrisation
admissible d’un tel chemin tout autre chemin 7 paramétré lui aussi C 1 par morceaux
7 : [a7, b'] ->• R2 tel que 7 = 7 o <p, où (p est une application de classe C1 strictement
croissante entre [a, b] et [a7, &'].

E xem ple 1.4 (bords orientés de triangles). Tout triangle plein T du plan orienté
(le repère (0;i,j) est supposé direct) induit un chemin paramétré C1 par morceaux :
le chemin consistant à suivre son bord dans le sens trigonométrique. Une subdivision
avec N = 1 (trois nœuds) est alors adaptée pour décrire ce chemin paramétré. On
notera <9T+ ce chemin paramétré.

1.3.2. Intégrale cu rvilign e d ’une 1-form e le long d ’ un chem in param étré


C 1 par m orcea u x
Si 7 = (71, 72) : [a, b] -> R 2 est un chemin paramétré C 1 par morceaux du plan
complexe et u = P dx + Q dy une 1-forme différentielle continue dans un ouvert U
contenant le support de 7 , on peut définit Yintégrale curviligne de u le long de 7 . Cette
définition correspond, lorsque uj est une 1-forme réelle, à celle du calcul de la circula­
tion (on dit aussi en physique travail) du champ de forces (x,y) h» (P(x}y)iQ(x,y))
le long du chemin paramétré 7 . Si (1.42) est une subdivision de [a, 6] correspondant
à 7 , on pose

Jy j = 0 JU
(1.43)

= Ê [ tl+1( W ) ) ( 7 Í ) | [ t3,t,+1](t) + Q (7 (0 )(^ )|[ti ,í, +1](í))d í.


Cette définition ne dépend ni du choix de la subdivision3, ni de la paramétrisation
admissible choisie pour le chemin 7 . En effet, si (p : [a, b] ->> [a7, i/] est de classe C1 et
strictement croissante (avec 7 = 7 o <p), on a

u>

du fait de la formule de changement de variables dans les intégrales de Riemann.

1. C ’est-àrdire se prolonge C 1 sur un intervalle ouvert de R contenant ce segment.


2. Il existe, étant donné un chemin 7 : [o, b] -* C, une subdivision adaptée à 7 et de pas maximal,
le pas étant défini comme le maximum des £¿+1 —t j , j = 0 , N — 1.
3. Pour voir cela, on passe par une subdivision raffinée englobant les nœuds des deux subdivisions
en jeu.
1.3. INTÉGRATION DES FORMES DIFFÉRENTIELLES 21

1.3.3. E xa ctitu d e des 1-form es et in tégration curviligne

Lorsque la forme u; est exacte, l’intégrale curviligne / 7 cj sur un chemin C 1 par mor­
ceaux 7 ne dépend en fait que de manière très faible du chemin : elle ne dépend que
de l’origine et de l’extrémité de ce chemin. C ’est cette proposition importante (propo­
sition 1.3) qui nous permettra ultérieurement de donner un sens à l’intégration cur­
viligne d ’une 1-forme continue localement exacte sur un chemin simplement continu.

P r o p o s i t i o n 1.3 (intégrale curviligne des formes exactes). Soit u une 1 -forme


continue dans un ouvert U de M2, exacte et dérivant d’un potentiel F dans cet ouvert
(lu = dF dans U). Soit 7 : [a, b] -> U un chemin C 1 par morceaux de support inclus
dans U. On a
(1.44) [ dF = FfrQb)) - F M a)).
J7
Si en particulier 7 est un lacet} cette intégrale curviligne est nulle.
Démonstration. On introduit la subdivision (1.42) adaptée à 7 . Il suffit de
remarquer que, pour tout j = 0,..., N —1, on a
(ifi)
j ' ““ ( ^ ( 7 W ) W ) lfe * t.]( 0 + ^ ( 7 W ) « ) | | .rt„ ]( t) ) dt = FMt1+l))-FMt,))

(on reconnaît sous l’intégrale de gauche la dérivée de la fonction 1 1-> -F(7|[t, * +ti(*))).
On ajoute ensuite les égalités (1.45), j = 0,..., N — 1, pour obtenir la formule voulue
(puisque 7 est continue, les termes intermédiaires se détruisent dans cette somme
télescopique). □

E xem ple 1.5 (non exactitude de la forme dz/z dans C*). Si la forme dz/z était
exacte dans C*, on devrait avoir, d’après la proposition 1.3, si 7 désigne le lacet
t G [0,27r] e%t (de support dans C*),

/ * - 0.
Jy Z

Or un calcul immédiat donne

Jy Z J0
Il y a donc une contradiction. La forme dz/z est localement exacte (car fermée, on le
voit tout de suite) dans C*, mais n’est pas exacte dans cet ouvert. Ceci complète la
discussion à propos de l’exactitude des formes du type (z —zo)k dz, k G Z, envisagée
à l’exemple 1.1.

En fait, les bords orientés de triangles pleins (exemple 1.4) jouent un rôle particulier :
celui de « chemins-test » pour tester la locale exactitude d’une forme continue. On a
vu (proposition 1.1) que toute 1-forme de classe C 1 fermée dans un ouvert est locale­
ment exacte dans cet ouvert, la réciproque étant vraie (toute 1-forme C 1 localement
exacte est fermée puisque d o d = 0). Nous allons donner ici un critère permettant de
caractériser les formes localement exactes lorsqu’elles sont simplement continues (et
non plus C1).
22 1. LE PLAN COMPLEXE ET LES FORMES DIFFÉRENTIELLES DANS LE PLAN

P r o p o s i t i o n 1.4. Soit U un ouvert de C. Une 1 -forme continue u dans U est


localement exacte dans cet ouvert si et seulement si on a

(1.46) [ u= 0 V T C t /,
JdT+
T désignant ici un triangle fermé plein.
D é m o n s t r a t i o n . Prouvons d’abord que, si la condition (1.46) est vérifiée pour
tout triangle plein inclus dans [/, u est localement exacte. Nous noterons (comme
souvent dans ce cours à partir de maintenant) les points du plan par leurs affixes
complexes. Soit Zq G U. Nous allons vérifier (si (1.46) est vérifiée) que co est exacte
dans le disque de centre zo et de rayon la distance r(zo) = r de zq au bord de U. On
peut se ramener (par translation) à supposer zq = 0. On introduit dans D (0, r) la
fonction

z = x + iy F ( x , y) := / w,
J[o,z)
où [0, z] désigne le chemin paramétré t G [0,1] t z correspondant au segment [0, z]
du disque D (0,r) parcouru de 0 à 2. Si h = h\ + i h 2 est une perturbation complexe
voisine de 0 dans C, on a, du fait de l’hypothèse (1.46) appliquée au triangle plein
de sommets 0 , z , z + h (inclus dans D (0 ,r), donc dans 17, du fait de la convexité de
0(0, r)),

F ( x + hi>y + h2) - F ( x yy ) = [ u
J[zyZ+h\

= [ ( h i P ( z + th) + h 2 Q ( z + t h ) ) d t
Jo
= P ( x , y ) h i + Q ( x , y ) h 2 4- o(\h\).

La dernière ligne est justifiée par le fait que lj (donc P et Q) est continue en 2 = x+iy.
On a bien ainsi dF = u dans D (0 ,r) (car on reconnaît avec la forme R-ünéaire
(/il, h2) ^ P{x,y)h\ + Q(x,y)h 2 la différentielle de F au point {x,y) d ’affixe z).
Nous montrons la réciproque par l’absurde1. Prenons donc un triangle plein T = To
inclus dans U et supposons

= r¡ > 0 .

Découpons le triangle T en quatre triangles en utilisant les milieux des côtés comme
sur la figure 1.3.
Comme la somme des intégrales curvilignes sur les bords orientés (dans le sens positif)
de ces quatre triangles (dits triangles « à la génération 1 » ) vaut l’intégrale

1. Nous aurons plus tard l’occasion de ré-investir cet argument pour démontrer le théorème de
Cauchy-Goursat.
1.3. INTÉGRATION DES FORMES DIFFÉRENTIELLES 23

Figure 1.3. Découpage de triangle (preuve de la proposition 1.4)

et est donc un nombre de module rj > 0, il existe certainement un de ces triangles,


appelons le Ti, tel que

/
J(OTi)+
(la somme de quatre nombres complexes de module strictement inférieur h rj/ 4 ne
peut avoir un module égal à rj du fait de l’inégalité triangulaire). On recommence
avec Ti l’opération faite avec To. On introduit ainsi un triangle T2, emboité dans Ti,
tel que

L № )+
On poursuit l’opération, pour aboutir à la construction d’une suite {Tk)k>0 de tri­
angles pleins, emboités les uns dans les autres, dont le diamètre tend vers 0 (en
0 (1/ 2^)) lorsque k tend vers l’infini, avec

(1.47) /J(dTk)+ ^ >0-

Du fait que R 2 est complet (donc vérifie la propriété des compacts emboîtés1), il existe
un point zq de T, donc de U, intersection de tous les triangles pleins emboités Tk,

1. Dans un espace métrique complet (ici C avec la métrique usuelle), l’intersection d ’une suite
de compacts emboités dont le diamètre tend vers 0 est non vide et consiste en un singleton. Ceci
caractérise d ’ailleurs la complétude d ’un espace métrique.
24 1. LE PLAN COMPLEXE ET LES FORMES DIFFÉRENTIELLES DANS LE PLAN

fc > 0. Il est impossible que la forme u) soit exacte au voisinage de zo. Si tel était le
cas, la forme cj serait exacte au voisinage de Tk pour k assez grand et l’intégrale de u
sur ( dTk)+ devrait être nulle d’après la proposition 1.3 puisque (dTfc)+ est un lacet.
Ceci est en contradiction avec (1.47). □

Avant de clore cette sous-section, nous allons établir un résultat important impliquant
encore l’intégration curviligne sur le bord (orienté) des triangles. Ce résultat sera la
« brique de base » dans la formule de Green Riemann à venir plus loin. Il permet
de retrouver le fait que, si u est une 1-forme de classe Cl fermée dans un ouvert
£/, alors la condition (1.46) est remplie dans [7, et, par conséquent, si l’on invoque
la proposition 1.4, la forme co est localement exacte dans U. Ce que l’on savait déjà
(proposition 1.1), mais que la proposition 1.5 ci-dessous permet de retrouver.

P r o p o s i t i o n 1.5 (formule de Stokes, version de base). Soit U un ouvert de R2,


T un triangle plein inclus dans cet ouvert, u une 1 -forme de classe C l dans U. On a
la formule

<i-48) U a’ = I I M - ^ ) dxds-
D é m o n s t r a t i o n . Si T est un triangle aplati » (c’est-à-dire d’intérieur vide),
on vérifie toute de suite que les deux membres de la formule (1.48) sont nuis. On peut
supposer donc que T est un triangle plein d’intérieur non vide. Nous allons dans un
premier temps établir la formule (1.48) lorsque T désigne le l-simplexe standard

S i := {(*, s) G R 2 ; t > 0, s > 0, t + s < l } .

Ce l-simplexe standard, enveloppe convexe de l’ensemble constitué de l’origine et des


extrémités des vecteurs i,j de la base canonique de R2 (rapportée à l’origine) constitue
l’analogue du dimension 2 du segment [0,1] = Eo en dimension 1. En dimension 3,
le 2-simplexe standard est le tétraèdre enveloppe complexe de l’origine et des trois
extrémités des vecteurs i,j, k , et l’on peut bien sûr continuer ainsi en toute dimension
pour construire le (n — l)-simplexe standard En_ i dans Rn.
Supposons Ei C U etu> = Pdx + Qdy.Le calcul de l’intégrale de Pdx sur les chemins
paramétrés 71, 72, 73, correspondant aux trois côtés du bord de Ei ([0, 1], [l,i], [i,0],
dans cet ordre) donne respectivement

[ P (i,0)cft, - / P (i,l-t )d t , 0,
J0 J0
et la somme de ces trois nombres vaut
3
^ / P (x , y)dx = - Jo (p (t>1 - 1) - P(t, 0))dt = - j i ( jf dy) dx•

Le calcul est en tout point semblable lorsque l’on remplace la forme Pdx par la forme
Qdy et l’on obtient alors :

dQ
Q(x, y) dy (x,y) dxj dy.
dx
1.3. INTÉGRATION DES FORMES DIFFÉRENTIELLES 25

Si l’on < concatène » les trois chemins paramétrés 71, 72,73 en le chemin paramétré
Cl par morceaux (9E i)+, on obtient la formule suivante :

L j pdx+Qiy)~S'AÎ ,e-à^y)dx)iy-[([ 'f <*.»><&)«*•


Il ne reste plus qu’à utiliser le théorème de Fubini (qui s’applique ici car toute fonc­
tion continue de deux variables est bornée, donc intégrable, sur le compact E i) pour
conclure à la formule (1.48) dans ce cas particulier T = Ei.
Il reste à passer au cas d’un triangle quelconque (d’intérieur non vide) T. Effectuons le
changement de variable L, affine et de déterminant strictement positif1, transformant
le triangle T en le 1-simplexe standard Ei. Le membre de droite de (1.48) devient,
grâce à la formule de changement de variables dans les intégrales de Lebesgue,

d C ti U t d u d v'
Mais l’on remarque (voir la sous-section 1.2.4 et en particulier la proposition 1.2) que

d(Pdx + Qdy) = )dxAdy

L* [d(Pdx + Qdy)) = d[L*[Pdx + Qdy]]

= det L x ( ^ (L(u, v)) —^ ( L(u, v ))^ du A dv.

Il suffit d’observer que l’on a aussi

f £»
r0T+
pour conclure que (1.48) se lit aussi, si L*[u>] = P du + Qdv ,

La formule (1.48) est ainsi prouvée par changement de variable (en travaillant avec
T = Ei et u = (L “ 1)*^ ] en place de u>). □

R em arqu e 1.5. Si 0 est une application de classe C 2 de Ei dans M2 (c’est-à-dire


une application se prolongeant en une application de classe C 2 à voisinage ouvert de
E i) qui réalise un CLdifféomorphisme entre Ei et son image, avec Jac[0] > 0 dans
Ei (respect des orientations), alors, pour toute 1-forme u) = Pdx + Qdy de classe C 1
au voisinage de 0 (E i), on a encore la formule

(1.49) /J0ep(E i)+] Cü=


Ceci résulte du fait que la formule (1.48) pour T = Ei soit comptatible avec d ’une
part le changement de variable dans les intégrales curvilignes couplé avec la prise
d’image réciproque (pour ce qui est du membre de gauche), d’autre part avec la for­
mule de changement dans l’intégration Lebesgue toujours couplé avec la prise d’image
réciproque (pour ce qui est du membre de droite). Le fait que d commute avec la prise

1. Préserver les orientations est ici important !


26 1. LE PLAN COMPLEXE ET LES FORMES DIFFÉRENTIELLES DANS LE PLAN

d ’image réciproque des 1-formes (proposition 1.2) joue pour cela un rôle fondamen­
tal ; c ’est ici d’ailleurs qu’intervient la nécessité de supposer 0 de classe au moins C 2
(lemme de Schwarz). Le fait que © doive respecter les orientations (Jac [0] > 0 dans
E i) est aussi primordial.

1.3.4. Intégration des 2-formes différentielles

Nous avons introduit dans la sous-section 1.3.2 l’intégration des 1-formes sur les che­
mins paramétrés C 1 par morceaux. Il convient maintenant d’intégrer les 2-formes
non plus cette fois contre des chemins paramétrés C x-par morceaux, mais (dimension
oblige) contre des « nappes paramétrées » fonctions cette fois non plus d’un, mais de
deux paramètres, toujours suffisamment régulières par morceaux.
Si U est un ouvert de R 2 et iî = $ dx A dy une 2-forme continue dans C/, on peut
considérer tout compact K CC U inclus dans U comme une nappe paramétrée
(précisément par (t, s) = (xyy) £ K y attention ! respecter l’ordre des variables en
accord avec l’orientation du plan est ici capital) et poser

(1.50) / $dx/\dy:= / / $( xyy)dxdyy


Jk J JK
Cette définition1 reste cohérente avec la prise d’image réciproque des 2-formes pourvu
que l’on opère des changements de variables (Cfl-difféomorphismes)
(uyv) £ V i— > Q(uyv) = (xyy) £ U
qui préservent les orientations (Jac[0] > 0 dans U). On a bien en effet

(1.51) a
he-HK)
du fait de la définition (1.40) de 0*[f2] et de la formule de changement de variables
dans l’intégration Lebesgue.
Afin de rester le plus élémentaire possible, nous allons introduire des compacts K très
particuliers (qui joueront un rôle analogue à celui joué par les chemins paramétrés C 1
par morceaux). Pour cela, nous avons besoin d ’une définition assez naïve.

D é f i n i t i o n 1.7 (polygones à trous). On appelle polygone (non croisé) à trous du


plan tout sous-ensemble fermé borné A du plan d’intérieur non vide dont la frontière
est constituée d ’une union finie de lacets réalisés comme des lignes brisées sans point
double.

Un tel domaine A se présente comme un polygone fermé, mais avec un éventuel


nombre fini de < trous » . Voir la figure 1.4 : sur cette figure, l’union des deux polygones
fermés non croisés A i et A 2 est un polygone à trous dont l’unique « trou » a été ici
hachuré ; on voit d’ailleurs aisément qu’il est toujours possible (comme sur la figure
1.4) de découper tout polygone à trous du plan (quel que soit le nombre de trous
qu’il présente) en l’union de deux polygones fermés A i et A 2 non croisés, dont les
intérieurs sont non disjoints.
Etant donné un tel polygone fermé non croisé du plan (sans trous), il est toujours
possible (voir la figure 1.5, figure de gauche) de le trianguler » , c’est-à-dire de l’écrire

1. Il faut ici la voir comme telle.


1.3. INTÉGRATION DES FORMES DIFFÉRENTIELLES 27

F ig u r e 1.4. Polygone à trous

Figure 1.5. Triangulation d’un polygone non croisé et orientations


induites sur les arêtes

comme une union de triangles fermés pleins Ti,...,T /v dont les intérieurs sont deux
à deux disjoints, de telle manière que, si Tjx ^ Tj2 et Th fl Tj2 ^ 0, alors Tjx H Tj2
est soit réduit à un point (sommet commun aux deux triangles), soit consiste en une
arête (commune aux deux triangles). Qu’il existe au moins une telle triangulation se
voit par exemple en faisant une récurrence sur le nombre de sommets k de la ligne
polygonale (en partant du cas initial k = 3, où le polygone est un triangle plein)
constituant la frontière de ce polygone. Il est donc possible de trianguler également
un polygone à trous À en l’écrivant comme union A = A i U A 2 de deux polygones
fermés non croisés d’intérieurs disjoints.

D é f i n i t i o n 1.8 (nappe paramétrée plane simple1). Soit A un polygone à trous


dans R2j<y. Une application 0 : A est dite C 2 par morceaux sur A si elle

1. Par «: simple » , il faut entendre ici « sans points doubles » .


28 1. LE PLAN COMPLEXE ET LES FORMES DIFFÉRENTIELLES DANS LE PLAN

est continue, injective, et s’il existe une triangulation {T i, ...,7 # } de À telle que la
restriction G\Tj de © à chaque triangle plein fermé Tj soit de classe C 2 et telle que
Jacf© ^] > 0 sur Tj, j = 1,..., N. On appelle nappe paramétrée plane simple de classe
C 2 la donnée d’un polygone à trous et d’une application 0 : A -> R 2 de classe C 2
par morceaux. Le compact 0 ( A ) est dit support de la nappe paramétrée plane simple.

Les nappes paramétrés planes simples de classe C 2 vont être appelées à jouer le
rôle des chemins paramétrés C 1 par morceaux sur lesquels l’intégration des 1-formes
continues était bien définie1. En cohérence donc avec la formule (1.43), on définit, si
iî est une forme continue au voisinage de © (A ), l’intégrale de iî = $dx A dy sur la
nappe paramétrée plane simple © par

(1.52) 'ÿj(u,v) dudv,


ÿj(u, v ) duAdv = ©¡"y. [$ dx A dy] = $ (© (« , v)) d@i(u, v) A dQz(u, v)

= * (© («» «)) x ^ ^ 0|1^ 1’^0|T^ 2^(u, v )) du A dv

= $(©(w, v)) Jac[©|T:.](u, v) du A dv.


Comme c ’est la cas pour la définition de l’intégrale curviligne des 1-formes sur un
chemin C 1 par morceaux (voir (1.43)), cette définition ne dépend pas du paramétrage
© de la nappe, pourvu que celui ci soit admissible au sens suivant : si 0 : A R2 est
une autre nappe paramétrée de classe C 2 telle que 0 = 0 o où ip : A - » A ' est un
difféomorphisme de classe C 2 entre A et A ', de jacobien strictement positif dans A,
alors f Qiî = Q d’après la formule de changement de variables dans les intégrales
de Lebesgue. En particulier, l’expression (1.52) ne dépend pas de la triangulation de
A, pourvu toutefois que celle ci soit adaptée à la nappe 0 en accord avec la définition
1. 8 .

I.3.5. La formule de Green-Riemann

Le théorème fondamental de l’analyse en dimension 1 s’énonce ainsi :

T h é o r è m e 1.1 (théorème fondamental de l’analyse en dimension 1 ). Soit F une


fonction à valeurs complexes, de classe C 1 sur le segment fermé [0, 1] (ce qui est
équivalent à dire que f est la restriction à [0, 1] = £o d’une fonction de classe C 1 sur
un intervalle ouvert} —e, 1 + e[ contenant [0, 1 ]). Alors

(1.53) [ F := F ( l) - jF(0) = [ F’ {t)dt\= [ dF


J(d[0A])+ J[oa ) J[ o,i]
la quantité F( 1) — F( 0) pouvant en effet être interprétée comme l’intégration de F
sur le bord orienté de [0, 1], l’extrémité étant chargée positivement (+ ), l’origine étant

1. Nous aurions pu introduire, en accord avec la situation en dimension 1, les nappes paramétrées
C 1 par morceaux, mais une hypothèse de régularité C2 facilitera la preuve des assertions de cette
section. Le cadre C 1 sera repris dans la section 1.5.
1.3. INTÉGRATION DES FORMES DIFFÉRENTIELLES 29

chargée négativement (—), et { 0, l } 0rienté = ($ [0, 1])+ se comportant donc comme un


dipôle.
Remarque 1.6. Le point de vue utilisé ici est celui de la théorie de l’intégration,
dt représente la mesure de Lebesgue. Le fait de considérer le bord comme un dipôle
revient à l’orienter, en conformité avec l’orientation de [0, 1].
En dimension 2, le 1-simplexe standard est Ei = {(¿, s) ; t > 0, s > 0, t + s < 1}, son
bord orienté est le chemin paramétré (9E i)+ et le théorème fondamental de l’analyse
en dimension 2 s’exprime naturellement comme un cas particulier de la formule de
Stokes (proposition 1.5). Il s’agit juste d ’une reformulation, à la lumière de l’approche
développée dans la sous-section 1.3.4.
Théorème 1.2 (théorème fondamental de l’analyse en dimension 2). Soitco une
1 -formedifférentielle à valeurs complexes, de classe C 1 sur Ei (c’est-à-dire se pro­
longeant en une 1 -forme différentielle de classe C 1 au voisinage de E ij. Soit Ei la
nappe paramétrée (u>v) G Ei 4 (u,u) et (c?Ei)+ son bord orienté (il s ’agit d’un
chemin paramétré C 1 par morceaux). On a,

(1.54) f u> = [ du).


J(dxi ) + JE i
On observe le parallèle formel entre les deux formulations (1.53) et (1.54), suivant
que l’on soit en dimension 1 ou 2. On pourrait évidemment continuer et formuler le
théorème fondamental de l’analyse en dimension 3 et au delà. Mais il faudrait pour
cela avoir poussé le développement du calcul extérieur et des formes différentielles en
dimension supérieure (nous renvoyons pour cela à des cours de géométrie différentielle,
niveau licence 3 ou master 1, voir par exemple [MathL2], chapitre 15 pour le cadre
de la dimension 3 ou aussi [HY] pour le cadre de la dimension quelconque).
Le point de vue formel développé dans la sous-section 1.3.4 et l’observation faite à la
remarque 1.5 nous permettent de formuler un résultat capital, la formule de Green-
Riemann\ incarnation du théorème de Stokes2 dans le contexte de la dimension
deux.
Théorème 1.3 (formule de Green-Riemann). Soit 0 : A 4 R2 une nappe
paramétrée plane simple de classe C 2 au sens de la définition 1.8. Soit 7 W,
les chemins paramétrés C 2 par morceaux correspondant aux composantes connexes de
la frontière de K = 0 (A ) parcourues chacune une seule fois en conservant le domaine
K à sa gauche 3. Soitu = Pdx+Qdy = Adz+Bdz une 1 -forme différentielle de classe

1. George Green (1793-1841), physicien et mathématicien anglais : ce sont ses travaux consacrés
à la théorie du potentiel et à l’électromagnétisme (autour de 1828) qui ont vraisemblablement motivé
l’apparition d ’un tel résultat. Le géomètre et analyste allemand Bernhard Riemann (1826-1866) y
a également attaché son nom. C ’est Volterra (1887), puis Poincaré (1889), qui expliciteront le
raisonnement et les constructions qui conduisent à sa généralisation en dimension supérieure (formule
de Stokes).
2. George Stokes, physicien, mécanicien et mathématicien irlandais (1819-1903) : ses travaux liés
à la mécanique des fluides et aux lois de l’hydrodynamique sont à l’origine du théorème qui porte son
nom, théorème que l’on peut considérer comme la version 2-dimensionnelle du théorème fondamental
de l’analyse. La vision générale sera donnée par Henri Poincaré (1889) et Elie Cartan.
3. Le compact K se présente, comme celui du polygone à trous A, comme un < gruyère » (voir
la figure 1.6) ; le lacet correspondant au bord externe de K correspond à un parcours dans le
30 1. LE PLAN COMPLEXE ET LES FORMES DIFFÉRENTIELLES DANS LE PLAN

F igure 1.6. Un compact à bord orienté dans le plan

C l au voisinage de K . On a
M

V" [ (Pdx + Qdy )


b da=Je ( i Ê - i ; ) d* Ady
(1.55)
l j K( j Ê ~ ^ ) dxdy'
ou encore

b da,=i ( ^ - ^ ) isAdz

(1.56)

R em arqu e 1.7. La formule de Green-Riemann est en fait valable pour tout


compact K dont le bord est union disjointe de courbes lisses (exception faite des
points où deux telles courbes se rencontrent) de classe C 1. Le résultat prouvé ici ne
permet que de retrouver le cas où les courbes lisses définissant le bord sont de classe
C 2. Il est cependant facile de constater par perturbation que, du fait que les dérivées
d’ordre 2 des lacets 7 ^) n’interviennent en aucune manière dans les formules (1.55)
ou (1.56), celles ci restent valables si le bord de K est union de courbes lisses de classe
C\

sens trigonométrique, tandis que les autres lacets 7^), ...,7 ^ ) (correspondant aux bords des trous
du gruyère) correspondent à des parcours dans le sens des aiguilles d’une montre.
1.3. INTÉGRATION DES FORMES DIFFÉRENTIELLES 31

Démonstration. Elle se ramène immédiatement au cas où A est un triangle,


cas qui a déjà été traité dans la remarque 1.5 (on note que dans la formule (1.49), le
1-simplexe Ei peut être remplacé par un triangle arbitraire). On introduit ensuite une
triangulation de A obtenue en concaténant des triangulations des deux polygones non
croisés A i et A 2 (voir la figure 1.4). Tous les bords des triangles Tj sont orientés dans
le sens trigonométrique (voir le schéma de droite sur la figure 1.5). On ajoute ensuite
toutes les formules du type (1.49) obtenues. Il ne reste plus qu’à constater que toutes
les contributions des intégrales curvilignes correspondant aux arêtes (transformées
par 0 ) des triangles Tj qui ne sont pas partie prenante du bord de A se compensent
deux à deux. L’orientation des arêtes restantes (dont l’image recompose le bord de
K ) induit, par transformation via 0 qui respecte les orientations (puisque de jacobien
strictement positif), l’orientation voulue pour les chemins 7 ^ . La formule de Green-
Riemann est bien démontrée dans ce cas (presque général, en tout cas amplement
suffisant à nos besoins). □

Si K C M2 désigne un compact à bord orienté (comme dans le théorème 1.3), on


peut définir en tout point z du bord (excepté les points où deux courbes lisses se ren­
contrent, correspondant aux images par 0 de sommets de triangles Tj impliqués dans
une triangulation du polygone à trous A conditionnant la définition de 0 ) une normale
extérieure au compact K . Ce vecteur (supposé unitaire) next(^) pointe vers la compo­
sante connexe non bornée de C \ K lorsque 2 est un point du bord «: extérieur » de K
(le support du lacet C 1 par morceaux 7 ^ , voir la figure 1.6) ; il pointe vers l’intérieur
du « trou » qu’entoure le lacet 7 ^) (j = 2,..., M) concerné lorsque z est un point du
bord « intérieur » de K> c ’est-à-dire un point à la frontière de l’une des composantes
connexes bornées de C \ K (par exemple le support des lacets 7 ^ , j = 2,3,4, sur la
figure 1.6).
Il est également possible de définir une mesure de longueur aqk supportée par le bord
de K : si Ej est un sous-ensemble mesurable du support du chemin paramétré C 1 par
morceaux 7 ^) : t G [üj> bj] ^ 7 ^ (£ ), j = 1,..., M , on pose

aexiEj) := / ||(7 ü ) m i l dt

< f ||(-y(j))/(i)|| = longueur (Supp 7 ^ ) < -f-oo


**[a3»W
puisque la fonction 7 ^ est supposée C 1 par morceaux. La mesure gqk est donc une
mesure borélienne positive de masse totale finie, supportée par le compact dK.
Une fois armés de ces définitions, nous pouvons énoncer une reformulation de la
formule de Green-Riemann : c ’est la formule de la divergence, ou encore de Green-
Ostrogradski1 (en dimension 2 ici).
THEOREME 1.4 (formule de la divergence ou de Green-Ostrogradski). Soit K
un compact du plan à bord orienté comme dans le théorème 1.3. Soit F = ( F i , ^ )

1. Mikhail V. Ostrogradski (1801-1862), mathématicien et mécanicien russe qui fit ses études à
Paris avec Cauchy et Fourier vers 1822 ; il mit en évidence le rôle de la divergence d ’un champ de
forces et sa relation au flux. C ’est plutôt en dimension 3 que la formule de la divergence porte son
nom.
32 1. LE PLAN COMPLEXE ET LES FORMES DIFFÉRENTIELLES DANS LE PLAN

un champ 2- dimensionnel complexe de classe C 1 au voisinage de K, c'est-à-dire une


application de classe C 1 au voisinage de K, à valeurs dans C2. On a

(1.57) [
JdK
(F ,n ext) dcdK— f f
J JK
div (F) dxdy,

où la divergence div (F) du champ F est définie par


.. 9F,dF 2
d, v ( F) ' + W
La quantité figurant au membre de gauche de (1.57) est appelée flux (sortant) du
champ F au travers du bord orienté du compact K.

R em arqu e 1.8. La remarque 1.7 vaut également pour la validité de la formule


de la divergence.

Démonstration. On introduit la 1-forme différentielle complexe définie au voi­


sinage de K par u := F\ d y - F 2 dx. Pour tout j = 1,..., M , on a (en dehors des points
anguleux du support de 7 ^)),

(7W )*M (i) = F r ia it )) - F 2( ^ \ t ) ) (7 « ) '( i)

- ( F ( 7 0')(i)»«ext(70)(i)) ll(7°’)(i)),||-

D ’autre part, on vérifie que du; = div (F) dxAdy. La formule (1.57) résulte donc de la
formule de Green-Riemann (1.55), appliquée avec cette forme co (au vu de la définition
de la mesure de bord crax)* D
«
Un corollaire de la formule de la divergence nous sera utile par la suite : ce sont les
formules de Green.

THEOREME 1.5 (formules de Green). Soit i f C R2 lira compact à bord orienté


comme dans le théorème 1.3. Soient F et G deux fonctions de classe C 2 au voisinage
de K, à valeurs complexes. On a les formules (la première sous forme dissymétrique,
la seconde sous forme symétrique)

f
/ ÔK
Jdi
F
dnext
d(JdK f
JdK
(F VG, next) doQK

(1.58) J (F A [G] + (VF, V G )) dxdy

L<( F -ff- —
Onext onext /
\dcroK f
JdK
(F VG — G V F ,n ext) d(Jai<

(1.59) f j (F A G - G AF) dxdy,

où V désigne la prise de gradient et A le laplacien.


R em arqu e 1.9. La remarque 1.7 vaut également pour la validité des formules
de Green.
1.3. INTÉGRATION DES FORMES DIFFÉRENTIELLES 33

Démonstration. Pour obtenir la formule (1.58), on utilise la formule de la di­


vergence (1.57) avec le champ F = F VG. Pour obtenir la formule (1.59), on écrit
la formule de la divergence (1.57) avec cette fois F = G VF, puis on la soustrait à
(1.58). □

1.3.6. La form ule de C a u ch y -P om p eiu


En analyse complexe, la formule de Green-Riemann se décline comme une formule
très utile, la formule de Cauchy-Pompeiu1 .

Proposition 1.6 (formule de Cauchy-Pompeiu). Soit K c R2 un compact à bord


orienté comme dans le théorème 1.3. Soit f une fonction de classe C l au voisinage
de K. Soit z un point intérieur à K. On a, si 7 ^ , . . . , 7 ^ désignent les chemins
paramétrés C 1 par morceaux correspondant au bord orienté de K (comme sur la figure
1 . 6), la formule de représentation suivante :

(1.60)
IT}

R em arqu e 1.10. La remarque 1,7 vaut également pour la validité de cette for­
mule. Il ne faut pas oublier que ( l/(Ç —z) est intégrable dans R2 (donc dans € ) au
voisinage de sa singularité 2 (en vertu du critère de Riemann). Donc l’intégrale double
dans (1.60) est bien convergente au sens de Lebesgue. Comme dans la première ligne
des formules (1.55) et (1.56), l’intégrale double sur K d ’une 2-forme (au membre
de droite de la première ligne dans la formule (1.60)) est ici à comprendre comme
l’intégrale de la 2-forme sur la nappe paramétrée 0 dont K représente le support
(voir la section 1.3.4); ceci vaut aussi au second et troisième membre de la suite
d’égalités (1.61) un peu plus bas.

Démonstration. On introduit e strictement inférieur à la distance de z au


bord de K et on applique la formule de Green-Riemann en prenant comme com­
pact K e = K \ D(z , e) (qui est, comme K , un compact à bord orienté) et comme
1-forme différentielle

eu = / « ) dÇ.

On vérifie aisément que


dÇ, AdÇ,
du) = dw = (C)
C- 2

1. Au nom de Cauchy, est attaché ici celui de Dimitrie Pompeiu (1873-1954), mathématicien
roumain spécialiste d ’analyse complexe et de mécanique; il a donné son nom à un célèbre problème
de géométrie intégrale (lié aussi à l’analyse harmonique) qu’il souleva en 1929.
34 1. LE PLAN COMPLEXE ET LES FORMES DIFFÉRENTIELLES DANS LE PLAN

en vertu de la règle de Leibniz car car (9 /9 C )(l/(C - z) = 0. La formule de Green-


Riemann (1.55) implique donc, si 72}€ : t G [0,27r] 2 + eeli,

' j —l J ' C z ) P - f J tJK\D(z,e) *-


C %
( i .6i)
dÇdrj
//
= J JK\D(z.e) Ç~ z J J K\D(z,e) dÇ t + iy-z'
D ’autre part

/ = * f 2* f(z + eeu)dt
Jyz,e Ç
J0 Z
compte tenu de le définition du chemin paramétré 7^ . En passant à la limite (lorsque
e tend vers 0) dans (1.61) et en utilisant, d’une part le fait que / est continue en 2,
d’autre par le théorème de convergence dominée de Lebesgue et le fait que la fonction
( h-» l/(( —z) est intégrable sur K (critère de Riemann), on obtient bien la formule
(1.60). □

1.3.7. E xercices
E xercice 1.14 (la formule de Green-Riemann et le lemme de Schwarz),
a) Montrer que si G 1 et G2 sont deux fonctions continues sur un ouvert U de E2, à
valeurs dans C, telles que

JJ Gi(x,y)dxdy = JJ Gi{x,y)dxdy

pour tout rectangle fermé plein R inclus dans 17, alors G\ = G2 dans U.
b ) Déduire de a) que si F est une fonction de classe C 2 dans [/, à valeurs complexes,
alors on a (d2/dxdy)[F] = (d2/dydx)[F] dans U.

E xercice 1.15 (une application directe de Green-Riemann). Soit T le bord du


carré [—1, l ]2 orienté dans le sens trigonométrique. Calculer
xdy —ydx
Lr X2 + y2
E xercice 1.16 (une application directe de Green-Riemann). Calculer l’aire de
la boucle du folium de Descartes d ’équation cartésienne
x 3 + y 3 —Saxy = 0
(a désignant un paramètre réel). Indication : on paramétrera cette courbe en cherchant
le point d’intersection avec la droite d’équation y = tx, t désignant le paramètre que
l’on utilisera; la boucle correspondf on le montrera, aux valeurs du paramètre entre 0
et +oo.
E xercice 1.17 (une application directe de Green-Riemann). Soient a et 6 deux
réels strictement positifs et K le compact de E2 défini par

K : = { ( x , y ) G R 2- , ^ +

a) Calculer l’intégrale double I := JJK(x 2 + y2)dxdy en utilisant le paramétrage en


1.3. INTÉGRATION DES FORMES DIFFÉRENTIELLES 35

coordonnées polaires.
b ) Calculer, en utilisant un paramétrage admissible de l’intégrale curviligne
J '•= I ( d K) +( y3 t e - X3 ày).
c) Donner une relation simple reliant les deux nombres I et J. Retrouver cette relation
sans faire le calcul ni de / , ni de J.

E xercice 1.18 (une approche au théorème du point fixe de L. Brouwer1). Soit


/ = (P, Q) une application définie et de classe C 2 au voisinage du disque unité fermé
{\z\ < 1} du plan complexe, à valeurs dans M2, et telle que
f({\z I < 1}) C {(* , y ) ; x 2 + y 2 = 1} = {\z\ = 1}
( / réalise une rétraction du disque fermé sur sa frontière).
a) Déduire de la formule de Green-Riemann que, si 7 désigne le lacet 6 G [0, 27t] e%e,

PdQ = 0.
L
On suppose de plus que la restriction de / au cercle {\z\ = 1} est l’identité. Montrer
que cette hypothèse additionnelle implique 7 * [PdQ] = 7 *[xdy] et que l’on a d’autre
part
PdQ = 7T.
L
Que peut-on en conclure ?
b ) Soit F une application définie et de classe C 2 au voisinage de {\z\ < 1}, à valeurs
dans M2, telle que F({\z\ < 1}) C {\z\ < 1} et que F(x>y) ^ (x,y) pour tout (x>y)
dans {\z\ < 1}. Pour tout (x,y) dans {\z\ < l},o n note G(x>y) le point d’intersection
du cercle unité {\z\ = 1} avec la demi-droite issue de F(xiy) et dirigée par le vecteur
(non nul par hypothèses) (x, y) —F(xyy). Vérifier que (æ, y) h* G ( x , y) se prolonge en
une fonction (P, Q) de classe C 1 au voisinage de {\z\ < 1} qui vérifie les hypothèses
de l’en-tête de l’exercice et du a). En déduire que F admet nécessairement un point
fixe dans {\z\ < 1} (c’est-à-dire un point (xo^yo) tel que F(xo>yo) = ( æoj2/o))-
E xercice 1.19 (formule de Green-Riemann, séries entières). Soient J2kLoakzk
une série entière de rayon de convergence R > 0 et f(z) = YlkLo a^zk sa somme dans
D(0, R). On suppose / injective dans D( 0 ,P ).
a) Montrer que, si 0 < r < P, le lacet r r : 0 G [0,27r] h* f(re%e) est un lacet de classe
C 1 simple et que la surface du domaine borné entouré par ce lacet vaut

^ J f i t + iv) § £ (C + irj) (dÇ + idn),

où 7r : 6 G [0,27r] h» reid.
b ) Vérifier que la surface calculée au a) vaut &\ak\2r 2 et en déduire, pour
tout r g ]0,Æ[, l’inégalité

2r 2k < (sup |/(z)|)2 .


Î> m \z\=r
k=1
Ce résultat est connu comme le théorème de Uaire .

1. Luitzen Brouwer (1881-1966), théoricien néerlandais de la mesure.


36 1. LE PLAN COMPLEXE ET LES FORMES DIFFÉRENTIELLES DANS LE PLAN

E xercice 1.20 (formule de Green-Riemann). Soit ip une fonction C°° de C dans


lui-même et à support compact dans C. Vérifier que, pour tout n G N, on a
dMQdÇ} d*<p
lim ^ . ( 0 ).
e-»0 2t7T
i7r / ç \>e Cn+1 dzn
E x ercice 1.21. Soit K un compact à bord orienté du plan (comme dans la
formule de Green-Riemann (1.55) ou les formules de Green (1.57), (1.58), (1.59)) et
F une fonction de classe C 2 au voisinage de K . Montrer que

f[
J Jk
A Fdxdy= f - ^ — dadK'
JdK dnext
Cette propriété basique est exploitée en traitement d’image pour faire surgir les lignes
de rupture ou de contraste d’une image.
E x ercice 1.22 (formule de Neumann1). Soient / une fonction de classe C 2 au
voisinage du disque fermé D = {\z\ < 1} de R 2 et z un point de D = {\z\ < 1}. On
suppose que A / = 0 dans D (une telle fonction est dite harmonique). Montrer (en
utilisant les formules de Green (1.58) ou (1.59)) que, pour tout point 2 de D, on a,
en posant ne = (cos0,sin0) pour 0 < d < 27r, la formule de Neumann en dimension
deux :

«*>— s r ^ 106|z- +s C 4 [ioe|e" - 1 ■*■


E xercice 1.23 (formule de Cauchy-Pompeiu). Soit (p une fonction de classe C 1
dans C, nulle hors du disque D (0,R o) pour un certain Ro > 0.
a) Montrer que, pour tout 2 G C,
dÇdrj

où l’on a noté sous l’intégrale C == £ + ^7*


b ) Déduire de a) qu’il existe une fonction $ de classe C 1 dans M2 (que l’on explicitera)
telle que
H ( * ) = ?(* ). V z e C .

E xercice 1.24 (formule de Cauchy-Pompeiu). Soit / une fonction de classe C 1


au voisinage du disque unité fermé du plan complexe et 2 un point fixé du disque
unité ouvert. En utilisant la formule de Cauchy-Pompeiu pour représenter au point z
la fonction

(on remarquera que cette fonction est aussi C 1 au voisinage du disque unité fermé),
montrer que
i d£dr) dtdii
m = -
n
où l’on a noté C = £ + ir)-

1. On la doit au mathématicien et physicien allemand Cari Gottfried Neumann (1832-1925),


dans ses travaux en théorie du potentiel et électrodynamique.
1.3. INTÉGRATION DES FORMES DIFFÉRENTIELLES 37

E x ercice 1.25 (de la formule de Cauchy-Pompeiu à l’identité de Bézout). Soient


Pu •••jPm m polynômes de n variables sans zéros communs dans C, tels que l’on ait
d = max(degpj) > 0.
a) Montrer que, pour tout z G C, la fonction

( G C \ { z } i— > ^ ( Pj( 0 \P3 «)-Pj{z)


3= i
'T ZL i i ^ ( 0 i2 j a -z

se prolonge en une fonction Qz de classe C 1 dans C. Calculer Qz(Ç)(z “ 0 + 1*


b) Soit R > 0 et z un point du disque ouvert D (0, R). Représenter au point z avec la
formule de Cauchy-Pompeiu la fonction

C G D( 0 ,R) i— ►{Qz(C)(z - C) + l ) 2-

c) En fixant z et en faisant tendre R vers l’infini dans la formule établie au b ),


construire m polynômes çi, ...,çm à coefficients complexes tels que
m

1= V 2 €<C.
j =i
Quelle autre méthode, algébrique cette fois, attribuée au mathématicien français
Étienne Bézout (1730-1783) - même si on n’en trouve pas réellement trace dans ses
travaux - permet aussi de calculer de tels polynômes qj ?

E xercice 1.26 (une approche à la formule des résidus dans le cadre algébrique).
Soient P et Q deux polynômes à coefficients complexes premiers entre eux dans C[X],
zu •••, zp les zéros distincts du polynôme Q , de multiplicités respectives ^ i,..., vp. Pour
tout j = 1, ...,p, on effectue la division suivant les puissances croissantes

P(zj+X)
(1.62)
Q(zj + X) k—— Vj
et on pose ResZj[Pdz/Q] := a ^ -i.
a) Montrer que, si K est un compact à bord orienté (comme dans la formule de
Cauchy-Pompeiu), sans trous, tel qu’aucun point Zj, j = l,...,p , ne soit au bord de
RT, alors :
1
f M d<= E Res*i [Pdz/Q] ,
2 in JdK+ Q ( 0 zjGK
où 9 K+ désigne le bord orienté de K (dans le sens trigonométrique).
b ) Montrer que, si K contient dans son intérieur tous les points z\,...,zp et si l’on a
deg P < deg Q —2, alors
f m dÇ = 0 .
JdK+ Q( 0
E xercice 1.27 (formule de Lelong-Poincaré (cadre algébrique)). Soit une fraction
rationnelle R = P/Q S C (X ) à coefficients complexes, z %,..., zp ses zéros (affectés
de multiplicités ¿n,...,/xp), Wi, .. ., Wq ses pôles (affectés d’ordres vérifier,
38 1. LE PLAN COMPLEXE ET LES FORMES DIFFÉRENTIELLES DANS LE PLAN

pour toute fonction <p de classe C 2 nulle hors d’un disque de rayon R contenant
Zu •••>zpi wu •••>Wq, la formule de Lelong-Poincaré

A[y>] (x,y ) log |R(x + iy )| dxdy = 2nr ( - '¿ l 'M w j ) )


3=i 3-1
après avoir prouvé la convergence de l’intégrale double.

1.4. Formes localement exactes et chemins continus


Dans cette section, nous allons nous placer dans le cadre des chemins paramétrés
continus d’un ouvert du plan (sans plus de régularité, voir la définition 1.5) et donner
un sens à l’intégration sur ces chemins des 1-formes continues et localement exactes l.
Le chemin n’étant plus C 1 par morceaux, nous n’avons plus droit à la définition (1.43)
de la sous-section 1.3.2. Cette construction nous permettra de dégager le concept de
relèvement d’un chemin, ainsi que deux notions très importantes dans le champ de
l’analyse complexe (sous l’angle ici plutôt topologique) : la notion d’indice (définition
1.11) et la notion de logarithme complexe (proposition 1.13). La relation d’équivalence
que constitue Vhomotopie (à points de base marqués ou entre lacets libres) constituera
le fil d’Ariane topologique de cette section.

1.4.1. Primitive d’une 1-forme localement exacte le long d’un chemin con­
tinu

Définition 1.9 (primitive d ’une 1-forme localement exacte le long d’un chemin
continu). Soit 7 : [a,b] —» C un chemin continu du plan, de support inclus dans
un ouvert [/, et lo une 1-forme différentielle continue et localement exacte dans U.
On dit qu’une fonction continue $ : [a, b] h-> C est une primitive de u le long de
7 si et seulement si, pour chaque to G [a, 6], il existe un voisinage ^ ( 7 (^0)) de 7 (^0)
inclus dans £/, une primitive F^to) de u dans ^ ( 7 (^0)) (c’est-à-dire dFy(to) = u dans
V( 7 (*o))), tels que,
(1.63) 3eio > 0, V i e]t 0 - eto, to + eto[, 7 (*) G ^ ( 7 (^0)) et $(t) = F7(io)(7 (t)).
Notons que la clause (1.63) implique la continuité de $ . La proposition suivante assure
à la fois l’existence et l’unicité (à une constante près) d ’une telle primitive d ’une 1-
forme localement exacte le long d’un chemin.

Proposition 1.7 (existence et unicité d’une primitive d ’une forme localement


exacte le long d’un chemin continu). Soit 7 : [a, b] -» C un chemin continu et u
une 1 -forme continue et localement exacte au voisinage du support de 7. Il existe au
moins une primitive de u le long du chemin 7. De plus, deux primitives $1 et $2
de u) le long de 7 (définies toutes deux sur le même segment [a, b] C R, domaine de
définition de'y) diffèrent d’une constante.
Démonstration. Il est plus facile de prouver d’abord l’unicité (à une constante
près) d’une telle primitive. En effet, supposons que $1 et $2 soient deux telles primi­
tives de uj le long de 7 définies sur le segment [a, b]. Au voisinage de 7 (to)> il existe1

1. On ne peut parler ici de « formes fermées » puisque les 1-formes localement exactes que l’on
prétend intégrer ne sont plus supposées C1, mais seulement continues, c’est-à-dire C°.
1.4. FORMES LOCALEMENT EXACTES ET CHEMINS CONTINUS 39

donc deux primitives F7(to)tl et F7(t0)j2 de cj, telles que, pour t voisin de on ait
simultanément les deux clauses $1 (t) = et $ 2(i) = F^to),2(7(0)- Mais
les deux primitives F7(t0),i et F^ to^2 diffèrent nécessairement d’une constante au
voisinage de 7 (^0) (d’après l’inégalité des accroissements finis, voir aussi la remarque
1.3). La fonction t G[a, b] <3>2(t) — $1 (t) est ainsi une fonction continue localement
constante sur le connexe [a, 6]. Elle est donc bien constante, ce qui prouve l’unicité, à
une constante près, de la primitive de co le long de 7 .
Pour prouver l’existence d’une primitive, nous allons « dénouer1 » le chemin pa­
ramétré continu t G [a, b] 7 (t) en un chemin continu de R3t2/j<u; ne présentant plus
aucun point double, par exemple le chemin
r :iG[a,6]H> (7
où <p désigne un homéomorphisme strictement croissant arbitraire entre les deux seg­
ments [a, 6] et [<¿>(a),<¿>(6)] = [a', 6']. La 1-forme différentielle u = Pdæ + Qdy, lo­
calement exacte au voisinage du support de 7 , peut aussi être considérée cette fois
comme la 1-forme il = P(x,y)dx + Q(x,y)dy + 0 dw, localement exacte elle aussi
(comme 1-forme différentielle en trois variables) au voisinage du support du chemin
« dénoué » T. Nous allons prouver qu’il existe alors un voisinage U du support de T
dans K3, et une fonction F : U —> C, tels que d¥ = il dans U, c’est-à-dire
(1.64)
d¥ d¥ d¥
— (x,y,w)=P(x,y), — (x,y,w) = Q(x,y), — (x,y,w) = 0 V (x,y,w) e U.

Admettons ce résultat pour l’instant. Posons


Vt G [fl, 6], m := F(7
Comme d¥/dw = 0 dans un voisinage connexe V(r(£o)) de T(to) = (7 (^0)» <¿>(¿0))
(tel que V (r (t0)) C U), la fonction (x,y,w) \-> F (x%y>w) ne dépend que de (x,y)
dans V (r(¿o)) (car constante en z dans ce voisinage) ; elle s’exprime même comme
une certaine primitive F7(to) de la forme u> dans le voisinage de 7 (^0) défini comme la
projection de V (r (t0)) sur R ^ . On a donc bien, pour chaque t0 G [a, 6], pour t assez
voisin de ¿0)
$ (i) = F (7 (f ),¥>(*)) = F(7 (i),<p(io)) = Fy(to)(j(t )),
ce qui prouve que 4> est bien une primitive de uj le long de 7 .
Il reste à prouver notre assertion concernant l’existence à la fois de U et de la primitive
F :U C de il. Notons
E := G[a, b] ; il admet une primitive au voisinage de T([a, £]) j.
L ’ensemble E est évidemment un sous-ensemble ouvert de [a, b] (puisque lechemin T
est continu). Nous allons montrer que E est aussi fermé dans [a, b]. Soit to GE. Puisque
il est une 1-forme localement exacte au voisinage de T(to) (car co est localement exacte
au voisinage de 7 (io))> il existe une primitive Fr(*0) ^ (c’est-à-dire dFp(to) = il)1

1. On peut penser le chemin paramétré continu matérialisé par un bout de ficelle noué
éventuellement sur lui-même que précisément l’on dénoue en en < relevant » l’extrémité /(6) suivant
une direction verticale, d’où le qualificatif de « chemin dénoué » . On utilise en effet plus classique­
ment le terme de «: relèvement » pour désigner, s’agissant d’un chemin 7 de € \ {20}> une primitive
le long de 7 de la forme dz/(z - zq).
40 1. LE PLAN COMPLEXE ET LES FORMES DIFFÉRENTIELLES DANS LE PLAN

dans une certaine boule ouverte B(T(to),e). Le fait que T soit continu et que to soit
adhérent à E implique qu’il existe t G E tel que r([t, t0]) C £ (r (to ), é). Puisque t e E,
il existe un voisinage ouvert Ut de T([a, t]) dans R3 et une primitive Et de fi dans U*.
On note Ct la composante connexe de l’ouvert U*nÆ(r(£o)> e) contenant le point T(t).
Dans Cu les deux primitives de la forme iî que sont ¥t (primitive dans U*) et Fr (t0)
(primitive dans JB (r(t0),e)) diffèrent d’une constante kt0yU soit Fr (io) = ¥t + kt0it .
Quitte à restreindre U*, on peut supposer que

r ( [ t ,i0]) n Ü Â C t = 0
(en effet T ne présente aucun point double). Sur l’ouvert

Ut0 := U i U ( B ( r ( t o ) ,c ) \ ( ü T \ â ) )
(qui est un voisinage de r([a,to]))> on considère la primitive Fto de iî définie comme
Ft + kt0it dans Ut et Fp(t0) dans i?(r(£o),e). Ces deux primitives de fl se recollent
bien en une seule dans l’ouvert Ut0, qui est un voisinage ouvert de r([a,to])* On a
donc bien to € E. L’ensemble E est un ouvert-fermé non vide de [a, b] (car E contient
a) ; puisque [a, 6] est connexe, on a E = [a, 6], ce qui prouve l’existence du voisinage
U et de la primitive F de iî dans U. La proposition est ainsi démontrée. □

La proposition 1.7 incite à poser la définition suivante :

Définition 1.10 (intégrale d’une 1-forme continue localement exacte sur un che­
min continu). Soit 7 : [a,6] - » R2 un chemin continu du plan et u une 1-forme
différentielle continue et localement exacte au voisinage du support de 7 . On définit
Yintégrale de la 1 -forme continue localement exacte u sur le chemin continu 7 par

(1.65) [ w : = $ ( 6) - * ( a ) ,
A
où $ désigne n’importe quelle primitive de co le long du chemin 7 (au sens de la
définition 1.9).

R em arqu e 1.11. Du fait de la clause d’unicité dans la proposition 1.7, la défini­


tion (1.65) est bien indépendante du choix de la primitive $ de u; le long de 7 (il
en existe au moins une d’après la même proposition 1.7). Comme l’homéomorphisme
strictement croissant ip : [a, b] - » [a\ 6'], choisi dans la construction (à la proposition
1.7, volet « existence de $ » ) d’une primitive $ de u le long de 7 , est arbitraire, on
déduit du fait que la définition (1.65) ne dépende pas de $ que, si 7 : [a', b'] ->* R2
(avec 7 = 7 o p) est un autre paramétrage admissible de 7 , alors

autrement dit, la définition (1.65) ne dépend pas, ce qui est important, du choix du
paramétrage admissible du chemin 7 .

Un cas particulièrement intéressant retiendra ici notre attention : celui de la forme


fermée u = dz/(z — zo) dans C \ { 20}. La possibilité de construire une primitive de
cette forme localement exacte le long d’un chemin continu de C \ {zo} implique en
effet le résultat suivant :
1.4. FORMES LOCALEMENT EXACTES ET CHEMINS CONTINUS 41

Proposition 1.8 (relèvement d’un chemin continu tel que supp7 c C \ {^o}).
Soit 7 : [a,b] C \ { z o } un chemin continu de support inclus dans C \ { z o } . Il existe
un chemin continu c : [a, 6] -» C (dit relèvement du chemin continu j ) tel que
(1.66) V* G [a, b] , 7 (i) - 2o = exp (c(t)).
De pZws, ¿i Von fixe cy(a) G C tel que exp(c7(a)) = 7 (a) - 20, alors, toute solution c
de (1.66) s ’exprime ainsi :
f dz
(1.67) 3k G Z, Vie[o,6], c(t) = (Cy(a) + 2ikir) -f / -------- .
Alla,»] 2 z°
Une telle fonction c : [a, 6] —>•C est appelée relèvement (dans C) du chemin continu
7 de C \ {zo }. Dans le cas particulier où 7 est un lacet continu de C \ {zo}> on a
c(b) - c(a) = J _ f dz € z
( 1. 68)
2î 7T J
2Î7T y Z - Zo

D é m o n s t r a t i o n . La 1-forme différentielle dz/(z - zq) est fermée, donc locale­


ment exacte (proposition 1.1), dans C \ { zq} : ceci résulte de la remarque faite à
l’exemple 1.2 et du fait que (d/dz) (l/z) = 0 dans C*. Cette forme dz/(z — zo) est
donc localement exacte au voisinage du support de 7 . Il existe donc, d’après la pro­
position 1.7, une primitive $ de dz/(z - zq) le long de 7 . Au voisinage de £0 G [0, 6],
on peut donc écrire $(£) = í!y(Í0)(7 (£)), ou F7(t0) est une primitive de dz/(z - zo).
Comme ( z - zo) dFy(to) = dz dans un voisinage de V ('y(to)) c C \ { zq} de 7 (^0), on a
aussi
d[(z - zo) e-K *<*o>(z)j = e~FiOo)(z'>(dz - (z - z0) dFy(to)(z)J = 0 dans V (7 (£o)).

Il existe donc une constante fc7(io) telle que

(1.69) z zo — ky(i0) e*«*» Vz e Vy(to).


En spécifiant (1.69) en z = 7 (t) (aux points t suffisamment voisins de to), on observe
que la fonction t h-» (7 (t) —zo) e~®^ est constante au voisinage de to. Cette fonction
étant continue sur le segment connexe [a, b], elle est constante en fait sur [a, b] tout
entier. Il existe donc une constante fc7j$ telle que
(1.70) V£ G [a, b], 7 (t) - z o = fc7,$ exp($(£)).
On a donc en particulier 7 (a) - zq = fc7j$ exp($(a)) et (1.70) se réécrit :

VÍ € [0, 6], 7 (i) —zo = (7 (0) - z 0) e x p ($ (£ )-$ (a )) = (j(a ) - z 0) exp ( f - dz Y


v Au.*] z ~ zoJ
Tous les lacets continus c tels que 7 (t) - zq = exp(c(£)) sont donc les lacets de la forme
(1.67), avec k G Z arbitraire une fois que can a été spécifié. Lorsque 7 est un lacet
continu de support dans C \ {zo}, on a bien 7 (a) = 7 (6), d’où c(b) - c(a) G 2inZ. □

Remarque 1.12. Si 7 est de classe C 1 par morceaux et que oj est une 1-forme
différentielle continue et localement exacte au voisinage du support de 7 , l’intégrale

0J
L
42 1. LE PLAN COMPLEXE ET LES FORMES DIFFÉRENTIELLES DANS LE PLAN

définie en (1.65) coïncide avec l’intégrale curviligne (1.43) définie dans la sous-section
1.3.2. Il suffit pour s’en convaincre d ’introduire une subdivision

CL = to < t\ < ••• < tjsf-i < tw = b

de pas assez petit pour que u admette une primitive au voisinage de tout compact
7([^»^*+i])> 3 = 0, — 1. Il y a donc bien dans ce cas cohérence entre les deux
notions d’intégrale d’une 1-forme continue localement exacte*.

La proposition suivante permet de ramener le cas du calcul de l’intégrale (1.65) à celui


de l’intégrale d’une 1-forme continue sur un chemin par morceaux (et par conséquent
permet de se retrouver en position d’effectuer, si besoin est, des calculs cette fois
explicites).

P r o p o s i t i o n 1.9. Soit 7 : [a, b] —> C un chemin continu et a; une 1 -forme


continue localement exacte dans un voisinage U du support de 7 . Il existe rj > 0 (ne
dépendant que de 7 et de U, mais non de w), tel que, pour toute subdivision a de
[a,b],
a = to < t\ < • • • < £ jv - i < tw = 6,

de pas strictement inférieur à rj, on ait

(1.71) [ u, = / w,
J7 Jlo
où le membre de gauche est défini comme en (1.65), et le membre de droite représente
lfintégrale curviligne (1.43) de la 1-forme continue w sur le chemin C 1 par morceaux
(en fait polygonal) 7* : [a, b] —» U défini par

(Tf‘ 0 |[ii,i<+i](t) := 7 (* j) + * № + 1 ) - 7 (tj)), j = 0 ,.... N -h


(ce chemin est bien de support inclus dans U si rj est assez petit).

D é m o n s t r a t i o n . Le fait que le support de 7^ soit inclus dans U résulte de


l’uniforme continuité de 7 sur [0,1] et du lemme de recouvrement de Lebesgue2. Soit
t G [a, b] 1-» T(t) = (7 (t),t) une version dénouée de 7 dans U un voisinage de
r([a, b]) dans dans lequel existe une primitive F de la 1-forme définie dans U
par Q>X}y}w = wXyy + 0 dw (voir le volet « existence » de la preuve de la proposition
1.7). Si le pas de la subdivision a est assez petit, le support du chemin continu dénoué

Ta :te[a,b] 1— >(7 a{t)yt)

1. N’oublions pas toutefois que, si 7 est un chemin C 1 par morceaux, l’intégrale curviligne (1.43)
d ’une 1-forme différentielle continue au voisinage du support de 7 , qu’elle soit localement exacte ou
non, est parfaitement définie.
2. Le lemme du recouvrement de Lebesgue joue, couplé en général avec le théorème de Heine,
un rôle majeur dans ces raisonnements ; il s’énonce ainsi : si K est un compact d ’un espace métrique
et un recouvrement de ce compact par une collection d ’ouverts, il existe rj > 0 tel que tout
sous-ensemble de K de diamètre inférieur ou égal à g soit inclus dans au moins l’un des ouverts du
recouvrement
1.4. FORMES LOCALEMENT EXACTES ET CHEMINS CONTINUS 43

reste inclus dans U. On constate alors que, compte-tenu de la formule (1.43) et de la


définition (1.65),

/ " -
•'To
t , L
j=0
= É L ,
j=0 •'(rff)|(«J-.ti+i]
n
N -l
= E ( F ( 7 (*j + i ) , t j + i ) - F ( 7 ( î j ) , i j ) ) = F ( T ( 6 )) - F ( T ( a ) ) = / a;.
-1=0 A

La dernière assertion de la proposition 1.8 (concernant le relèvement des lacets conti­
nus de C \ {z0}) motive naturellement l’introduction de la notion suivante :
Définition 1.11 (indice d’un lacet continu par rapport à un point). Soit 7 un
lacet continu du plan et zo un point n’appartenant pas au support de 7 . L 'indice de
7 par rapport à zq est le nombre entier :

(1.72)

Lorsque zo = 0, on appelle aussi Ind(7 , 0) Ie degré du lacet continu 7 de support cette


fois dans le plan épointé C*.
R em arqu e 1.13 (variation de l’argument). Compte tenu de son expression à
partir de la primitive F obtenue dans la preuve de la proposition 1.8, on voit que
l’indice d’un lacet continu par rapport à un point zo n’appartenant pas à son support
s’interprète comme le nombre de tours (compté algébriquement, le sens positif étant
le sens trigonométrique) que le lacet 7 , parcouru dans le sens imposé 7 : [a, b] —> C
depuis son origine 7 (a) jusqu’à son extrémité 7 (6), effectue autour du point zq. Plus
généralement, si 7 : [a, b] - » C est un chemin continu dont le support évite le point
zq, sans être nécessairement un lacet, on a
fdz _ 7(b) - Zq
(1.73) log + ¿Aarg[¿ »“> 7 (0 “ ¿o],
A z-z 0 7 (a) - Zo
où A arg [t 1—y 7 (t)-zo] G R représente le bilan algébrique de la variation de Vargument
(exprimée en radians) de t h» 7 (î ) — zq lorsque t varie de a à b.
Il est évident que le symbole intégral dans une expression telle que (1.72) ou (1.73)
ne saurait avoir qu’une signification formelle ; il n’est pas question ici de calculer la
moindre intégrale (au sens classique du terme, par exemple une intégrale curviligne),
à moins que 7 ne soit C 1 par morceaux, ce qui en général n’est pas le cas. Avec
l’invariance de l’intégrale sous une « déformation » continue des chemins 7 , nous
conforterons dans la sous-section suivante cet état de fait (voir la proposition 1.12).
Une première propriété de la fonction indice est la suivante :
Proposition 1.10 (l’indice est localement constant). Soit 7 un lacet continu de
C et U Vouvert C \ supp (7 ). La fonction
z € C \ supp7 1— >Ind(7 , z) € Z
est constante dans chaque composante connexe de Vouvert C \ su p p (7 ).
44 1. LE PLAN COMPLEXE ET LES FORMES DIFFÉRENTIELLES DANS LE PLAN

D é m o n s t r a t i o n . Comme cette fonction est à valeurs dans Z, il suffit de montrer


que cette fonction est continue en un point zo du complémentaire du support de 7 .
Grâce à la proposition 1.9, on peut représenter Ind (7 , zo) sous la forme

Ind
où 7^ est un chemin C 1 par morceaux correspondant à une ligne polygonale à sommets
sur le support de 7 . Cette représentation demeure valable lorsque zo est perturbé en
zo + h, avec h assez proche de 0. On a alors, au voisinage de h = 0,

Cette fonction de h se traite (du fait de la formule (1.43)) comme une intégrale
dépendant d ’un paramètre. On applique les résultats usuels de licence 2, dans le
cadre de l’intégration Riemann, pour voir que cette dépendance en le paramètre est,
comme celle de h h-* 1/(z —zq —h) dans l’intégrant, un dépendance continue. □
1.4.2. H o m o to p ie entre chem ins continus et grou pes d ’ h om otop ie

Tout chemin continu 7 : [a, 6] —> M2 ~ C admet nécessairement un paramétrage


admissible 7 : [0, 1] —>•C, soit
7 : t € [0,1] —»7 ia "bt(b —a)).
Dans la suite, notre objectif étant à terme d ’étudier le comportement de l’intégrale
(1.65) des 1-formes continues localement exactes sur les chemins continus, nous sup­
poserons, puisque cette intégrale est indépendante du paramétrage admissible du che­
min, que tous les chemins continus paramétrés en jeu sont des chemins continus de la
forme 7 : [0, 1] C.
Une opération importante entre chemins continus est, lorsqu’elle est possible, la
concaténation (ou mise bout-à-bout). Si 7 : [0, 1] - » C et S : [0, 1] -* C sont
deux chemins continus du plan tels que l’extrémité de 7 soit l’origine de Í, on définit
le chemin concaténé continu 7 V 5 comme le chemin continu :

7 ( 2 1) Vt G [0,1/2]
(1.74) 7 V 5 : t G [0,1] 1— >
5{2t-l) Vt G [1/2,1].

R em a rq u e 1.14. Si l’on choisit d ’autres paramétrages admissibles pour 7 et 5


(définis par exemple respectivement sur [a, b] et [c, d] pourvu bien sûr que 7 (b) = <S(c)),
tous les chemins que l’on obtient en concaténant ces deux chemins suivant la règle
(1.74) (une fois qu’on les ait ramené via des paramétrages admissibles à des chemins
paramétrés sur [0, 1]) diffèrent d’un seul chemin modulo le choix d’un paramétrage
admissible. La concaténation de deux chemins continus 7 : [a, b] C et S : [c, d] —>C,
pourvu que 7 (b) = 5(c), modulo le choix de paramétrages admissibles près.

Il faut prendre garde au fait qu’une telle opération, dans le cas ou existe la pos­
sibilité de concaténer deux, voire trois chemins, n’a pas les propriétés que l’on se­
rait en droit d’espérer. La concaténation des lacets continus d’origine-extrémité un
point a G C est par exemple certes toujours possible mais ce n’est cependant ni une
opération associative, ni une opération commutative (voir l’exercice 1.33). Etant donné
1.4. FORMES LOCALEMENT EXACTES ET CHEMINS CONTINUS 45

un chemin continu 7 : [0, 1] C, on définit son inverse (au sens ici de l’opération de
concaténation) comme le chemin

(1.75) t G [0,1] 7(1 —t ) .

L’intégration des 1-formes localement exactes respecte additivement l’opération de


concaténation. C ’est la relation de Chasles :

P r o p o s i t i o n 1.11 (relation de Chasles). Soit U un ouvert de C, u> une \-forme


continue et localement exacte dans U, 7 : [0, 1] - » U et S : [0, 1] -» U deux chemins
continus de support dans U tels que Vextrémité de 7 soit aussi Vorigine de S. Alors

[ [ U + [ U).
J'yVÔ J7 Jô
Démonstration. On peut (par exemple) utiliser la proposition 1.9, qui nous
ramène à la relation de Chasles pour deux chemins C 1 par morceaux concaténés et,
par conséquent, à la relation de Chasles satisfaite dans l’opération de prise d ’intégrale
curviligne (1.43). □

Nous introduisons dans les deux définitions suivantes (dans deux cadres différents,
celui des chemins continus « à extrémités marquées » et celui des lacets continus
« libres » ) , la relation d’équivalence d 'homotopie (assujettie à un ouvert U du plan).

Définition 1.12 (homotopie entre chemins continus à extrémités marquées).


Soit Uun ouvert du plan complexe, a et /3 deux points de Ï7. Deux chemins continus
70 : [0,1] ->> U et 71 : [0,1] -> {/, tous deux d ’origine a et d ’extrémité /3, sont
homotopes dans U comme chemins continus d'extrémités marquées a et P s’il existe
une fonction continue F : [0,1] x [0,1] —> U telle que
v t G [0,1], F(t, 0) = 7o(i), F(t, 1) = 71 (i)
{ ' V S G[0,1], F( 0 ,s) = a, F(l,s) = 0.
Autrement dit, le chemin continu 70 peut se déformer continûment dans U en le
chemin continu 71, ce suivant une famille de chemins continus intermédiaires définis
comme : t G [0,1] —> F(t , s) G U) s G [0,1], tous d’origine a et d ’extrémité /3, et
de support inclus dans U. Le paramètre s G [0,1] joue ainsi le rôle de paramètre de
déformation1. La relation /Hu\a,p :
7o ^£/;c*,/3 7i <=> 7o et 71 homotopes dans U comme chemins continus de a à /3
est une relation d’équivalence entre chemins continus à extrémités marquées les points
a et /3. Lorsque a = /3, cette relation d ’homotopie est dit relation d 'homotopie dans
U entre lacets continus de point de base a.
Si 70 : [0,1] - » U et ¿0 : [0,1] - » U sont des lacets continus de point de base a
respectivement homotopes (dans U, comme lacets continus de point de base a) aux
lacets 71 : [0,1] U et 5\ : [0,1] - » C/, on voit facilement que le lacet 70 V Sq est

1. Une manière parlante de visualiser Phomotopie est de se figurer les chemins continus in­
carnés par des brins de ficelle (arbitrairement extensibles) tendus entre les deux extrémités a et P
matérialisées, elles, par deux clous. Dire que 70 est homotope à 71 dans U signifie que le brin 70
peut être amené de manière continue (en restant dans U) sur le brin 71.
46 1. LE PLAN COMPLEXE ET LES FORMES DIFFÉRENTIELLES DANS LE PLAN

homotope au lacet 71 V ¿1 au sens de Phomotopie dans U entre lacets continus de


point de base a. L’opération de concaténation entre lacets continus de U de point
de base a induit donc une opération au niveau des classes d’équivalence 7 des lacets
continus de point de base a modulo la relation d’équivalence '
(1.77) 7 V5 := classe de (7 V S).
Cette opération (entre classes d’équivalence) est cette fois associative (c’est facile à
vérifier, voir l’exercice 1.34). Elle admet un élément neutre, à savoir la classe è du
lacet constant : t G [0,1] -> a, et tout élément 7 admet un opposé, à savoir la classe
de 7V (voir encore l’exercice 1.34).

Remarque 1.15 (non commutativité de la concaténation des classes d’homo-


topie). L’opération (1.77) entre classes d’homotopie Hu\a,a de lacets continus de
point de base a n’est pas commutative : on prend comme exemple U = C \ {0 ,1 },
a = 1/2, et pour 7 et 5 les classes des lacets continus 7 : t G [0,1] e2int/2 et
5 : i G [0, 1] 1—> 1 — e2lirt/2 (les supports sont deux cercles de centres respectifs 0 et
1 tangents au point 1/2). Voir pour plus de détails à ce propos l’exercice 1.37 et son
corrigé.

Ce qui précède montre que l’on dispose, avec l’opération de concaténation V passée
au quotient, d’une structure de groupe (en général non commutatif, voir la remarque
1.15) sur le quotient de l’ensemble des lacets continus de U de point de base a par la
relation d’équivalence /Hu\aia*
D é f i n i t i o n 1.13 (premier groupe d’homotopie 7Ti (U}a)youverts simplement con­
nexes). Soit U un ouvert de C. Le groupe des classes d’équivalence des lacets continus
de point de base a G U, avec la structure de groupe induite par passage au quotient
V de l’opération de concaténation V, est appelé premier groupe Phomotopie de U
relativement au point a, et noté 71*1(£/, a). Si U est connexe, ce groupe ne dépend pas (à
isomorphisme près) du point de base choisi, et est appelé premier groupe d}homotopie
7Ti({/). Un ouvert connexe de C est dit simplement connexe si tti(U) = {é }.

Exemple 1.6 (étoilé = > simplement connexe). Si U est un ouvert de C étoilé


par rapport à un point zo, U est simplement connexe car tout lacet 7 : [0, 1] - » U
de point de base zo est homotope au lacet constant t G [0,1] -» zq via l’application
(£,s) G [0,1] x [0,1] h-» F(tys) = 7 (t) + t(zo - 7 (t)) G U. On a donc dans ce cas
particulier 7ri(C/, zq) = 7Ti(U) = {é }. En particulier C, le plan « fendu » C\ [0, oo[e^°
avec 60 G [0,27r[, le disque unité, ou plus généralement tout ouvert convexe de C, sont
simplement connexes.

Une autre relation d’équivalence homotopique joue souvent un rôle.

D é f i n i t i o n 1.14 (homotopie entre lacets continus libres). Soit U un ouvert du


plan complexe. Deux lacets continus 70 : [0, 1] - » U et 71 : [0,1] -* C/, sont
homotopes dans U en tant que lacets continus libres s’il existe une fonction continue
F : [0, 1] x [0, 1] - » U telle que
Vt G [0,1], F(t, 0) = 70W , F(t , 1) = 71 (t)
(1.78)
Vs G [0,1], F(0}s ) = F ( l,s ) .
1.4. FORMES LOCALEMENT EXACTES ET CHEMINS CONTINUS 47

Autrement dit, le lacet continu 70 peut se déformer continûment dans U en le lacet


continu 71, ce suivant une famille de lacets continus intermédiaires, définis encore
comme 7* : t G [0,1] -> F(t,s) € 17, s G [0,1], tous de support inclus dans U (la
seule autre exigence étant cette fois 75(0) = 7S(1), c ’est-à-dire que 7S soit un lacet).
Le paramètre s G [0,1] joue ainsi le rôle de paramètre de déformation1. La relation
Hu •
7o Mu 7i 7o et 71 homotopes dans U comme lacets libres
est une relation d’équivalence entre lacets continus de support dans l’ouvert U.
P roposition 1.12 (invariance de l’intégrale par homotopie). Soit U un ouvert
du plan, a et ^ deux points de U, 70 : [0, 1] —> U et 71 : [0,1] —» U deux chemins
continus tels que 7o(0) = 71 (0) = a, 7o (l) = 7i ( l ) = P, homotopes dans l’homotopie
Mu\a,p entre chemins continus d’origine a et d’extrémité/3 et de support dans U. Soit
u> une 1-,forme continue localement exacte dans U. On a

Si 70 et 71 sont deux lacets continus de support inclus dans U, homotopes dans l’ho­
motopie 7iu entre lacets libres de support dans U, l’égalité (1.79) est également valide.
DÉMONSTRATION. Soit 7 : [0,1] —>U un chemin continu de support inclus dans
t/, que l’on dénoue en le chemin continu t G [0,1] h-> (7 (t),t) G U x R. Soit, comme
dans la preuve de la proposition 1.7 (volet « existence » ) un voisinage U de T ([0,1])
dans dans lequel on puisse définir une primitive F de la 1-forme continue
iî = ojXiV + 0 dw. Si 7 : [0, 1] - » U est un autre chemin continu tel que le support du
chemin
t G [0, 1] >-> f = (7 (t),t)
soit inclus dans U, on peut utiliser la même primitive F pour construire, comme dans
le volet « existence » de la proposition 1.7, une primitive de oj le long de 7 ou une
primitive de uj le long de 7 . Si de plus 7 a même origine et même extrémité que 7 , la
définition (1.65) montre que nécessairement, on a alors

Si 70 : [0, 1] -> Í7 et 71 : [0, 1] - » U sont deux chemins continus d ’origine a et


d ’extrémité /3, de support inclus dans U, homotopes dans U au sens de l’homotopie
à extrémitées marquées a et P (l’homotopie étant réalisée par la fonction continue
F : [0,1] x [0,1] - » U), il résulte de ce qui précède que la fonction

(1.80) s G [0,1] 1— y Í u)

est localement constante comme fonction de s. Comme [0,1] est connexe, cette fonction
est constante sur [0,1] et l’on a bien l’égalité (1.79). La première affirmation de la
proposition 1.12 est prouvée.

1. Une manière parlante de visualiser l’homotopie est de se figurer les lacets continus incarnés
par des élastiques (arbitrairement extensibles) placés dans U. Dire que 70 est homotope à 71 dans
U signifie que l’élastique 70 peut être amené de manière continue (en restant dans l’ouvert U) sur
l’élastique 71.
48 1. LE PLAN COMPLEXE ET LES FORMES DIFFÉRENTIELLES DANS LE PLAN

Pour la seconde affirmation (le cas de Phomotopie entre lacets libres), on utilise une
idée similaire. Soit 7 : [0,1] - » U un lacet continu, r : t E [0,1] -» (7 (£),£) une version
dénouée dans et U un voisinage ouvert de T ([0,1]) dans Ri*^^ dans lequel
on dispose d’une primitive i î pour la forme Q Xiy,w = wx,y + 0 dw. Si 7 : [0,1] -> U
est un lacet continu tel que le support de T : t (7 (£),£) soit inclus dans U, ainsi
que les segments [r(0) , r ( 0)] et [ r ( l) ,r ( l ) ] , on observe (en suivant la preuve de la
proposition 1.7) que

OJ + /
/ - /^[7(0),7(0)] u + Jl/ 77 w+/ CO = CO.
J\ï(
^ [7(0)17(0)] I,
Si F : [0,1] x [0,1] - » U réalise dans U Phomotopie (entre lacets libres) entre 70
et 71 (selon (1.78)), on déduit de ce qui précède que la fonction (1.80) est encore
localement constante sur [0,1], donc constante puisque [0,1] est connexe. On a donc
encore l’égalité entre ses valeurs en s = 0 et s = 1, soit la formule (1.79). □

Voici une première conséquence importante de la proposition 1.12 : dans un ouvert


simplement connexe, une fonction continue / ne s’annulant pas admet un «: loga­
rithme » continu.

P roposition 1.13 (logarithme complexe). Soit U un ouvert simplement connexe


de C, / une application continue de U dans C*. Il existe une application continue
g : U -+ C telle que f = exp(p) dans U. On dit que g est une détermination continue
du logarithme de / dans Vouvert U. Dans le cas particulier où U C C* et f(z) = z,
on parle de détermination continue du logarithme complexe. Deux déterminations
continues du logarithme de la même fonction f dans U diffèrent d’une constante. Si
de plus f est de classe Ck dans U ,k = 1, ...,+ 00, toutes les déterminations continues
du logarithme de f dans U sont aussi de classe Ck. Si enfin f est de classe C 1 et
telle que df/dz = 0 dans U, toutes les déterminations continues du logarithme de f
dans U sont de classe C 1 et annulées par l’opérateur de Cauchy-Riemann.

D émonstration . On fixe un point de base a (tel que f(a) = exp(co)) dans U.


On définit une fonction continue ga : U C en posant, pour tout z G 17,

dw
9oc(z ) co +
w

7 a ,z désignant n’importe quel chemin continu (il en existe car U est connexe) de
support dans U, joignant a à z ; le chemin f o 7Q 2 est donc bien un chemin de C*
car f ne s’annule pas dans U. Il résulte de la proposition 1.12 que la définition de ga
ne dépend que du choix de a et non de celui du chemin 7<*)2. Elle est donc licite. On
vérifie aussi, pour z fixé dans U, que, si h est assez voisin de 0,

(1.81) ga{z + h) —ga(z) = f


Il résulte alors de la formule (1.73) (remarque 1.13) que la fonction

h i-> f(z + h) exp (~ga(z + h))


1.4. FORMES LOCALEMENT EXACTES ET CHEMINS CONTINUS 49

est en fait constante au voisinage de h = 0 (car fti-> ga (2 + /i) réalise, à une constante
additive près, une détermination du logarithme de h ^ f[z + h)). La fonction
f(z) exp {-gQ(z))
est donc constante, car localement constante, dans U. On a donc bien, puisque
f(oi)exp(—ga(a)) = 1, f(z) = exp(p(^)) dans U. Si g\ et g2 sont deux fonctions
continues dans U et telles que exp(pi) = exp(p2) = / dans [/, on a exp(pi - g2) = 1
dans U et la fonction continue gi - g 2 prend ses valeurs dans l’ensemble discret 2 inZ ;
comme U est connexe (car simplement connexe), g\ —g2 est constante. Si 2 G t/,
soit 9 z = —a r g (/(z )) et \og0z la fonction C°° définie dans C \ {tei6z ; t > 0} par
l°ëez(w) = logICI + i 8xg[$at$a+2ir[(w) (vo^r l’exemple 1.3); la fonction gz définie au
voisinage de z par gz(z + h) = log Z(f(z + /i)), \h\ « 1, est une détermination conti­
nue du logarithme de / au voisinage de z, héritant de la régularité de / ; lorsque / est
de classe Cl dans î/, le fait que / soit dans le noyau de l’opérateur de Cauchy-Riemann
est une propriété qui se transporte par composition à gz (voir l’exercice 1.3). Si / est
de classe Ck dans t/, avec k > 1, toutes les déterminations continues du logarithme de
/ (elles diffèrent en fait de gz par une constante additive au voisinage de z) héritent
donc de la régularité de / et sont annulées par l’opérateur de Cauchy-Riemann dès
que / l’est. □

La proposition 1.12 et la proposition 1.9 nous permettent, si U est un ouvert de M2,


a un point de [/, et w une 1-forme continue localement exacte dans t/, de définir un
homomorphisme du groupe 7Ti(i/, a) (muni de l’opération interne V) dans le groupe
additif (C, + ) par

7 G 7T i(£/,a ) i— > / a;,


y
où 7 désigne un représentant arbitraire de la classe d ’homotopie 7 . Un exemple par­
ticulièrement important est celui de U = C*, avec w = dz/z.

P r o p o s i t i o n 1.14 (7ri(C*) = Z). Soit a G C* et (71*1(C *,a), V) le groupe des


classes d’équivalence des lacets continus de C* de point de base a (l’opération V étant
l’opération de concaténation des lacets passée au quotienty voir ( 1 . 7 7 ) L’application

(1.82) 7 G ^ ( C * ,# ) 1— >Ind(7 , 0) = -7 - / — eZ
¿nr J7 z
(où 7 désigne un représentant arbitraire de la classe 7 modulo la relation d’équiva­
lence 'Hc*\Gtyct)} réalise un isomorphisme de groupes entre les groupes (7Ti(C*,a), V)
et (Z, + ). Autrement dit, on peut affirmer que le premier groupe d’homotopie 7Ti(C*)
introduit à la définition 1.13 est égal au groupe additif Z.
D é m o n s t r a t i o n . Comme nous l’avons déjà mentionné, si u est une 1-forme
continue localement exacte dans C* (par exemple dz/z) et si 7 et 5 sont deux éléments
de 7Ti(C*,a), on a

(propositions 1.9 et 1.12). L’application (1.82) réalise donc bien un homomorphisme


de groupes entre (71*1(C*, a), V) et (Z, + ).
50 1. LE PLAN COMPLEXE ET LES FORMES DIFFÉRENTIELLES DANS LE PLAN

C e t h o m o m o rp h is m e e s t s u r je c t if : o n v é r ifie en e ffe t q u e p o u r le c h e m in

7 a , n ■ t 6 [0 , 1] i—>a e 2 i,rn t, n e Z,

o n a I n d ( 7 a ,„ , 0) = n .
R e s te à v o ir q u e l ’h o m o m o rp h is m e ( 1 .82 ) e s t a u s si in je c tif. S o it 7 u n la c e t co n tin u d e
C * d e p o in t d e b a s e a , t e l q u e In d ( 7 ,0 ) = 0. Il s ’ a g it d e m o n tre r q u e 7 = 0, c ’e s t-à -
d ire q u e 7 e s t é q u iv a le n t (m o d u lo l ’h o m o to p ie % c * ;a ,a ) à u n la c e t c o n s ta n t. D ’a p rè s
la p r o p o s itio n 1.8 , il e x is t e u n c h e m in co n tin u c : [0 ,1] —>€ tel que 7 (t) = e x p (c(£ ))
p ou r to u t t G [0 , 1]. E n p o san t

F(t, s) := e x p ( c ( 0 ) + s(c(t) - c ( 0 ))) V(£, s) G [0 , 1] x [0 , 1],

o n ré a lise u n e h o m o to p ie (e n tre la c e ts co n tin u s d e p o in t d e b a s e a dan s C * ) e n tr e le


la c e t 7 = F ( - , 0 ) e t le la c e t c o n s ta n t jF(*, 1) : t G [0 , 1] -» ec = 7 ( 0 ). O n a d o n c b ien
7 = è et l ’h o m o m o rp h is m e ( 1 .82 ) e s t in je c tif. □

1.4.3. Le théorème de Rouché, version topologique

U n e c o n s é q u e n c e m a je u r e d e l ’in v a r ia n c e d e l ’in té g r a le d e s 1-fo rm e s lo c a le m e n t e x a c te s


p a r d é fo rm a tio n d e s c h e m in s so u s h o m o to p ie ( p r o p o s itio n 1 .1 2 ) c o n c e rn e la fo n c tio n
in d ice . O n a le r é s u lta t s u i v a n t 1 :

T héorème 1.6 (th é o r è m e d e R o u c h é 2, v e rs io n to p o lo g iq u e ) . Soient deux lacets


continus du plan 70 : [0,1] -» C et 7 1 : [0,1] — C tels que
(1.83) V f e [0,1], |7o(i) —7 i(0 l < l7o(i)| + |7i(*)|-
Les deux lacets 70 et 7 1 ont alors tous deux leur support inclus dans C * et on a
In d (70 ,0 ) = In d ( 7 1 ,0 ) .

D émonstration . S i (p a r e x e m p le ) 70(^0) = 0 , la c o n d itio n (1.6) im p liq u e r a it


|7 i(t)| < |7 i ( 0 l> ce Qui e s t im p o s s ib le . N i 70, n i (p a r s y m é trie ) 7 1 , n e s a u r a ie n t
s ’a n n u le r su r [0 ,1]. L e s u p p o r t d e ces d e u x la c e ts e s t d o n c b ie n in c lu s d a n s C * . O n
in tr o d u it le la c e t co n tin u

7 o(*)
t G [0 , 1] 1— >7 (t)
7 iW
D e ( 1. 83 ), o n d é d u it
V i G [0 , 1], | l - 7 ( * ) l < l + l7 (i)|.
C e c i im p liq u e q u e le s u p p o r t d e 7 e s t in c lu s d a n s U= C \ ] - 00,0], q u i e s t u n o u v e r t
é to ilé , d o n c sim p le m e n t c o n n e x e (e x e m p le 1 .6 ). O n a d o n c I n d ( 7 , 0 ) = 0 (d u fa it d e la
p r o p o s itio n 1 .1 2 , a p p liq u é e a v e c l ’h o m o to p ie Wt/;7(o),7(o))* C o m m e 7 = 7 0 /7 1 e t q u e
l ’in d ic e fig u r e (u n e fo is m u ltip lié p a r 27r) la v a r ia t io n d e l ’ a rg u m e n t le lo n g d u la c e t,
o n a b ie n
A arg[* >“ > 7 (*)] = A arg[t ^ 70 (t)] - A arg[£ ^ 7 l (*)] =
O n a d o n c b ie n In d (7 0 ,0 ) = In d ( 7 1 , 0 ). □

1. Nous en donnerons plus tard une incarnation « analytique » , en voici ici une incarnation
< topologique » .
2. Mathématicien et enseignant français, Eugène Rouché (1832-1910) publia ce célèbre résultat
(dans sa version analytique) en 1862 au Journal de l’École Polytechnique.
1.4. FORMES LOCALEMENT EXACTES ET CHEMINS CONTINUS 51

Exemple 1.7 (une illustration didactique du théorème de Rouché). Voici l’illus­


tration didactique proposée par le mathématicien (et aussi didacticien) hongrois Geor­
ge Polya (1887-1985) pour la version topologique du théorème de Rouché : supposons
qu’un promeneur (nous l’appellerons le « maitre » ) déambule avec son chien autour
d ’un rond-point gazonné de rayon R. La laisse du chien est de longueur l < R) et le
maitre n’est pas autorisé à piétiner le rond-point. Le chien, par contre, y est autorisé.
Si la trajectoire du maitre pendant un certain laps de temps (à partir de l’instant
t = 0) est un lacet 70 (il revient exactement à son point de départ à l’instant t = 1),
et si celle du chien pendant le même laps de temps est aussi un lacet 71 (il revient
aussi à son point de départ à l’instant t — 1), on a

|7o(i) - 7i №1 < 1 < R < |7o(i)l>


et maitre et chien ont donc accompli au final le même nombre (algébrique) de tours
autour du centre du rond-point (car Ind(7o ,0) = Ind(7i , 0) en vertu du théorème
1.6).
Exemple 1.8 (une preuve < topologique » du théorème fondamental de l’algè­
bre). Pour illustrer la profondeur du théorème 1.6 de Rouché, il est intéressant de
constater qu’il fournit une démonstration du théorème de d ’Alembert, selon lequel
tout polynôme a coefficients complexes de degré au moins un a au moins une racine
complexex. Soit P un tel polynôme, de degré d > 0,
P{X) = aoXd + a\Xd * + •••+ q>
o 7^ 0*
Soit, pour R > 0, 7 æ le lacet continu t G [0,1] «-)■ P(Re2l7rt). Si 2 P ( z ) ne s’annule
pas dans le plan complexe, ce lacet est homotope (dans l’homotopie entre lacets
continus libres de l’ouvert C*, voir la définition 1.14) au lacet constant défini comme
70 : t G [0,1] t-> P(0) via l’application de déformation
(t, s) 6 [0,1] x [0,1] 1— > P(se2iirt).
En vertu de la proposition 1.12 (second volet, cas de l’homotopie entre lacets continus
libres), on a donc Ind (7^ ,0) = Ind (70, 0) = 0. Mais, pour R assez grand, on a
\a0Rd\> ^max ¡7 R(t) - a0 {Re2t7rt)d\

puisque
d
max |7* (i) - aü{ R e ^ ) d\< £ |a,|J?K
j =1
D ’après le théorème 1.6 de Rouché, on a donc
Ind (7 Rf 0) = Ind (7 r , 0),
où 7/j : t £ [0,1] h-» ao(Re2l1Tt)d = a^Rdexp(2iTTcit). Or on a

- ¿ / . t - k j f «<*/*]- i> 0 -1
1. Il s’agit ici du «: théorème fondamental de l'algèbre » et le rôle du théorème de Rouché dans
sa preuve met en lumière le fait que l’analyse complexe se situe à un point charnière de l’édifice
mathématique tout entier. Notons que la démonstration originellement incomplète de ce résultat
annoncé par l’encyclopédiste Jean le Rond d ’Alembert (1717-1783) ne fut définitivement établie que
par Cari Friedrich Gaufi dans sa thèse en 1799.
52 1. LE PLAN COMPLEXE ET LES FORMES DIFFÉRENTIELLES DANS LE PLAN

Il y a donc contradiction entre Ind(7# , 0) = 0 et Ind(7^ ,0) = Ind(7 R,0) = d > 0.


L’hypothèse conduisant à pareille contradiction ({z G C ; P(z) = 0} = 0) est donc
absurde et le théorème de d’Alembert est ainsi prouvé par l’absurde.
1.4.4. Exercices
Exercice 1.28 (1-formes localement exactes, exactes). Soit U un ouvert de C,
7 : [0,1] -* U un chemin continu de U et w une 1-forme continue localement exacte
au voisinage de U. Existe-t-il toujours un voisinage V du support de 7 dans lequel co
soit exacte ? Donner sinon un contre-exemple.
Exercice 1.29. Soit U un ouvert de C, / une application continue de U dans C*.
On suppose que pour tout lacet continu 7 de [/, l’indice Ind(/c>7 , 0) est nul. Montrer
qu’il existe une fonction g continue de U dans C telle que / = exp ( g).
Exercice 1.30. Montrer que C et C* ne peuvent pas être homéomorphes (on
pensera à utiliser l’homotopie, en confrontant par exemple la situation décrite dans
l’exemple 1.6 et celle décrite à la proposition 1.14).
Exercice 1.31. Soit / une fonction continue de C* dans C*. Montrer qu’il existe
un unique entier k = k(f) G Z et une fonction g continue dans C* telles que l’on ait
f(z) = zkW exp (g(z)) pour tout z e C* (utiliser le résultat établi à l’exercice 1.29 et
le résultat de la proposition 1.14).
Exercice 1.32 (indice, logarithme, racines n-ièmes). Soit U un ouvert de C et
/ une fonction continue de U dans C*.
a) Montrer que si / admet un logarithme continu dans U, elle admet aussi, pour tout
entier strictement positif n, une racine n-ième continue dans ¡7.
b ) Soit n G N* et 7 un lacet continu de U. Montrer que si / admet une racine n-ième
continue dans U, l’indice I n d ( /0 7 , 0) de / 0 7 par rapport à l’origine est un multiple
de n.
c) Montrer que si / est une fonction continue de U dans C* admettant pour tout
n G N* une racine n-ième continue, alors / admet aussi un logarithme continu dans
l’ouvert C/.
Exercice 1.33 (concaténation des lacets). Montrer que si 7 et 5 sont deux lacets
continus du plan de point de base a, on a

(7 V 5)v_1 = S v~1 V 7 V_1,


mais que l’opération de concaténation entre lacets de même point de base a n’est ni
une opération associative, ni une opération commutative.
Exercice 1.34 (concaténation des classes de lacets). Soit U un ouvert de C et
a G U. Montrer que l’opération V obtenue par passage au quotient modulo 'Hu\aya
de l’opération de concaténation V entre lacets de point de base a, est une opération
associative. Vérifier que la classe du lacet constant t G [0,1] 4 a est bien élément
neutre pour cette opération V, et que l’inverse de 7 pour cette opération est la classe
de 7V 1.
Exercice 1.35. Soit U un ouvert connexe de C. Exhiber un isomorphisme entre
les groupes d’homotopie (7Ti ({7, a ), V) et (7Ti ({7, /3), V) lorsque a et /3 sont deux points
distincts de C/.
1.4. FORMES LOCALEMENT EXACTES ET CHEMINS CONTINUS 53

E x ercice 1.36 (union de deux ouverts simplement connexes d’intersection con­


nexe). Montrer que l’union de deux ouverts simplement connexes de plan dont l’in­
tersection est non vide et connexe est encore un ouvert simplement connexe. Montrer,
en exhibant un exemple, que ceci est faux dès que l’intersection n’est pas connexe
(penser à une couronne ouverte, décrite comme l’union de deux ouverts simplement
connexes).

E x ercice 1.37 (le groupe d’homotopie de C \ {p i, ...,pw })- Soit N un entier


strictement positif et pi, ...,pw, N points distincts du plan complexe. On définit l’ou­
vert Un comme Un •= C \ {pi, ...,pw}-
a) Montrer que l’on peut toujours trouver deux demi-plans ouverts Hn,i et 11/^2, de
frontières parallèles, d’union C tout entier, tels que, quitte à renuméroter les points pj,
on puisse séparer ainsi les points pj : {p i, ...,P at- i } C U n .i \ÏÏ n ,2> Pn £ 11^,2 \ n ^ ,i.
b ) Soit a G II ^ i 011^2 et 7 : [0,1] —> Un un lacet continu de support dans Un et de
point de base a. En se basant sur l’argument utilisé dans l’exercice 1.36, montrer qu’il
existe une subdivision 0 = ¿0 < h < •** < = 1 telle que, pour j = 0,..., M - 1 :
- le point 7 (tj) appartient à I I ^ i fl 11^2 ;
- l’ensemble 'y([tj,tj+i\) est entièrement contenu dans l’un des deux demi-plans
ouverts n ^ i ou IÎNt2 ;
- les ensembles 7 ([tj, £¿+1]) et 7 ([¿j+i, ¿¿+2]) (par convention £m + i = £1) ne sont
pas inclus tous les deux dans le même demi-plan 11^,1 ou Un #-

c) Déduire du b ) (par récurrence sur N) que tout lacet continu de Un est homotope
(pour l’homotopie UuN)a,a) à un lacet obtenu en concaténant un nombre fini de lacets
(indexés ici par 1) du type

(1.84) 5ayjLV7p^,e V5a,jt. >h £ {!>•••>N },



- le chemin ôaijLest un chemin continu d’origine a, d’extrémité pjt = pjc+€e2md^
avec e < m in^- d(Pj,p^), donc de support inclus dans Un ;
- 7pjL,e est le lacet de point de base pjLdéfini par

0 G [ O , 2 tt] * -> P j+ee2i"to>+k^ ;

- kjt est un entier relatif.

d ) Déduire du c) en utilisant le résultat établi à l’exercice 1.29 et en s’inspirant de


celui établi à l’exercice 1.31 (qui correspond au cas particulier N = 1) que, si / est
une fonction continue de Un dans C*, il existe des entiers (uniques) fci(/), ...,kN(f),
que l’on exprimera en fonction de / , et une fonction continue g : UN - » C, de telle
manière que / se factorise dans Un s o u s la forme

f(z) = (z - p i ) fcl(/). . . (z - p j v ) fcw(/) exp(g(z)) Vz G UN .

e) Q uel est le gro u p e d ’hom otopie k i (U n ) ? O n p en sera ici au groupe libre (ou groupe
des mots) co n stru it sur un a lp h a b e t à N caractères.
f ) P ou rq u oi les assertions éta b lies a u x qu estion s d ) e t e ) su bsisten t-elles lorsque Un
54 1. LE PLAN COMPLEXE ET LES FORMES DIFFÉRENTIELLES DANS LE PLAN

F i g u r e 1 . 7 . C a lc u ls d ’indice (exercice 1.40 )

désigne cette fois le complémentaire de l’ensemble constitué par N points distincts


dans un ouvert U C C homéomorphe à C ?

Exercice 1.38 (simple connexité de la sphère de Riemann). En utilisant le


résultat établi dans l’exercice 1.36 et deux projections stéréographiques convenables,
montrer que si 7 : [0,1] -> S2 est un lacet continu tracé sur la sphère de Riemann
(7 (0) = 7 ( 1) = a ), il existe une application continue F : [0,1] x [0,1] —►S2 telle que
V i € [0,1], F (i,0 ) = 7o(i), F (t,l) = a
V « € [0,1], F(0)s ) = F ( l )s) = a.
Autrement dit la sphère de Riemann est simplement connexe (tout lacet continu de
point de base a tracé sur S2 se rétracte continûment, sur la sphère, en le lacet constant
de support {a } ) .

Exercice 1.39 (lacets de C* et lacets tracés sur le cercle unité).


a) Montrer que tout lacet continu de C* est homotope dans l’homotopie Hc+ entre
lacets libres (dans C*) à un lacet continu de support inclus dans le cercle unité.
b) Montrer que tout lacet continu 7 de C* est homotope (dans l’homotopie H c * ) au
lacet
t G [0,1] 1— >e2i7rInd(7»°)it

Exercice 1.40 (une règle visuelle pour calculer l’indice). On considère les la­
cets 7 représentés sur la figure 1.7; calculer, dans chaque composante connexe du
complémentaire du support de chacun de ces lacets, la valeur de la fonction
z 1— >Ind(7 , z).
Tenter d’énoncer à partir de ces trois exemples une règle générale pour calculer
Ind (7 , a) (a G C \ supp(7 )) en examinant comment une demi-droite arbitraire is­
sue de a (demi-droite qu’il est judicieux de choisir intelligemment de manière à ce
1.4. FORMES LOCALEMENT EXACTES ET CHEMINS CONTINUS 55

qu’elle ne rencontre le support de 7 qu’en des points non multiples, de manière trans­
verse, et que ce nombre de points d ’intersection soit le plus petit possible) intersecte le
support du lacet orienté 7 . Compter 1 si le lacet coupe dans le sens trigonométrique,
—1 sinon, et ajouter les ±1 correspondant à tous les points d’intersection avec la
demi-droite. Justifier ce calcul.

E xercice 1.41 (des calculs d ’ind ice pas si su rp ren an ts que cela ). O n rap p elle q u ’il
ex iste une a p p lication continue su rjectiv e de [0,1] dan s [0, l ] 2 telle que 7(0 ) = (0,0)
et 7 ( 1 ) = ( 1 ,1 ) ; c ’est la co u rb e in tro d u ite par G . P eano. Soit C la couronn e ferm ée
du p lan com p lexe C : = { z G C ; 1 < \z\ < 2 } et C'~ et <7 + les d eu x dem i-couronnes
ferm ées définies par C ~ : = C n { z ; ïm (z) < 0} e t <7 + := C fl { z ; Im (z) > 0}. E n
u tilisan t la cou rb e de P eano, con stru ire un chem in continu 7 + : [0,1] C* dont le
su p p o rt est exactem en t C + , tel que 7 + (0) = 2, 7 + ( l) = - 1 , puis un chem in continu
7 “ : [0,1] -»• C * dont le su p p o rt est ex a ctem e n t C ~ tel que 7~ (0 ) = — 1, 7 “ ( 1) = 2.
O n n ote 7 le lacet de C * obtenu en co n ca tén a n t (dans cet ordre) 7 + , puis 7 ” . Q u e
v a u t l ’ind ice In d (7 ,0 ) ? M êm e qu estion en d em an d an t à 1 (et non plu s à — 1) d ’être
l ’ex tré m ité du lacet 7 + et en m êm e tem p s l ’origin e d e 7 “ .

E x ercice 1.42 (variation de l ’arg u m e n t). Soient ol\, ...,ajv, N poin ts d u disque
u n ité ouvert. Q uel est le bilan g lo b a l de la va ria tio n de l ’argu m en t le long d u lacet

e2iirt - Qij
t G[0,1] ?
1 - âje2iirt
M êm e question si les otj sont tou s de m od u le stricte m e n t su périeu r à 1. Idem si les a j
sont sim plem ent supposés de m od u le d ifférent de 1.

E xercice 1.43 (déterminations continues de l’argument).


a) Construire une détermination continue de l’argument dans C privé de l’union de
[0,1] et du support du chemin paramétré T : t G [0,oo[h* / ( t ) é ity où / est un
homéomorphisme croissant entre [0, +oo[ et [l,+ oo[.
b) Même question, mais cette fois dans C privé de { f ( t ) e ü ; t G R}, où / est un
homéomorphisme entre R dans ]0,00[ (par exemple f ( t ) = exp t).

E x ercice 1.44 (théorème de Rouché, version topologique). Soit l’arc paramétré

7 : t G [0,1] 1— > (1 + 1( 1 - t) )e 4i7Vt.

Vérifier qu’il s’agit d’un lacet de C* et calculer Ind (7 , 0). Représenter ensuite géométri­
quement 7 et retrouver ce résultat.

E x ercice 1.45 (variation de l ’argu m en t e t co m p ta g e de zéros).


a) Soit 0 < ao < ai < ... < an une su ite stricte m e n t croissante de nom bres réels
p o sitifs et P (X ) := a0 + a\X H----- + anX n. E n considérant, si P(z) = 0, la ligne
p o ly g on ale ferm ée de som m ets 0 ,a o ,a o + a i£ , ...,a o + ai^H------- \-an^ i z n~ 1} 0 ) m on trer
que les zéros de P sont tou s dan s le disque u n ité o u v ert .0 (0 ,1).
b ) C a lc u le r la va riation to ta le de l ’argu m en t le lon g du lacet T : t G [0,1] 1— >P ( e 2iirt).
E n d éduire que l ’équation

ao + a i cos 0 + a 2 cos(20) H------- h cos(n0) = 0


56 1. LE PLAN COMPLEXE ET LES FORMES DIFFÉRENTIELLES DANS LE PLAN

a exactement 2n solutions distinctes 9 dans ]0,27r[ (utiliser la règle pratique pour le


calcul « visuel » de l’indice établie à l’exercice 1.40).

E xercice 1.46 (toute application continue injective est ouverte),


a) Soit / une application continue injective de {\z\ < 1} dans C. Pour tout s G [0,1],
on considère le lacet
/ p 2 î 7TÎ \ / p2t7TÎ v

M on trer que tou s les 7 5, s G [0 ,1 ], sont des lacets continus de su p p o rt dans C * et que
70 et 71 sont hom otopes d an s l ’h om otopie en tre lacets libres dans C * . E n d éduire, en
u tilisan t la p rop osition 1.12 , que d eg7 o = d e g 7 i.
b ) P ou rqu oi existe-t-il une fon ction continue c\ : [0 ,1] —> C réalisan t le relèvem en t
71 (t) = e x p (c i(t)) pour to u t t G [0 , 1] ? V érifier q u ’il ex iste d eu x entiers fci e t l\ tels
que

V i G [ 0 , 1 / 2 ] , ci (t + 1 /2 ) - exit) = (2fci + 1 )<tt

V t G [ 1 / 2 , 1 ] , c x(t - 1 /2 ) - exit) = ( 2 /i + l)iir.

(utiliser le fait que l’on a à la fois 71 (t + 1 /2 ) = -7 1 (t) p our to u t t G [ 0 ,1 /2 ] et


71 (t - 1 /2 ) = -7 1 (t) pour to u t t G [ 1 /2 ,1 ] ) .
c) En vérifiant, pour tout t G [0,1/2], que

Ci (t + 1/ 2) — Ci (t + 1/ 2) + 2(fci + lx + l)Î7r,

montrer que kx ^ /1, puis que deg7i = kx — h ^ 0. Déduire du a) que l’on a


nécessairement deg7o 7^ 0.
d) On suppose que /(0 ) est un point frontière de f({\z\ < 1}). Montrer qu’il existe
une suite (wn)n de nombres complexes tendant vers / ( 0) et tels que le lacet défini
comme Tn : t G [0,1] 1— > /(e*4) —wn ait son support dans C* et soit d’indice nul par
rapport à l’origine (utiliser, après l’avoir justifié, le fait qu’une fonction continue ne
s’annulant pas dans {\z\ < 1} s’écrit comme l’exponentielle d’une fonction continue
dans {\z\ < 1} ; reprendre pour cela la preuve de la proposition 1.13).
e) Montrer, en utilisant le théorème de Rouché version topologique (théorème 1.6),
que degTn = deg7o pour n assez grand et conclure à une contradiction.
f) Montrer que si U est un ouvert de C et / est une application injective continue de
U dans C, / ( [ / ) est un ouvert.

Exercice 1.47. Soit R = P/Q une fraction rationnelle dans Q (X ) et 7 un lacet


continu de C dont le support évite tous les pôles de R dans C. Montrer que l’intégrale

est bien définie et est un nombre complexe algébrique (penser à utiliser la décompo­
sition en éléments simples de R dans Q (X ), Q désignant le corps des nombres algé­
briques).
1.5. UNE BRÈVE INITIATION AUX NOTIONS D’HOMOLOGIE ET DE COHOMOLOGIE 57

1.5. Une brève initiation aux notions d ’homologie et de cohomologie

Inspirés par l’introduction des chemins paramétrés C 1 par morceaux, puis des
nappes paramétrées C 2 par morceaux (définitions 1.6 et 1.8), nous nous proposons
d’introduire dans cette section, étant donné un ouvert de C, les groupes additifs libres
ou G-espaces vectoriels Co(U,G), C\(U, G) et C2(i7, G) respectivement des 0-chaînes,
des 1-chaînes singulières différentiables et des 2-chaînes singulières différentiables,
à coefficients dans le groupe additif G = Z,R ou C, ainsi que le morphisme bord
5 : Ce+i(U,G) -* Ce(U,G) (t = 0, 1). Ceci nous permettra d ’introduire la notion
de 1-cycle et de 1-bord, puis la relation d’équivalence d 'homologie, enfin le groupe
d’homologie singulière différentiable Hi(U,Z) ou les G-espaces vectoriels iïi((7,G )
(G = R ou C), matérialisant l’obstruction pour qu’un 1-cycle soit le bord d’une 1-
chaine. On dégagera ainsi la relation entre les deux groupes Hx(U,Z) et ni(U), qui
sera illustrée en exercice sur des exemples. Une courte présentation de la dualité
homologie/cohomologie sera également esquissée.

1.5.1. Groupes des fc-chaines singulières différentiables d ’un ouvert

Commençons par introduire la notion de 0-chaine d ’un ouvert de C, à coefficients


dans Z, R ou C.

DÉFINITION 1.15 (groupes des 0-chaines). Etant donné un ouvert U de C, on


appelle 0 -chaîne de U à coefficients dans Vun des trois groupes additifs G = Z ,R ,C
toute combinaison linéaire formelle du type

(1.85) ^2 cz { z }, z G U, cz e G,
zeu

les cz étant tous nuis sauf un nombre fini. Le groupe Co(U,G) des 0-chaines de U à
coefficients dans G consiste en l’ensemble des 0-chaines de U, équipé de la structure
de groupe libre (lorsque G = Z) ou de G-espace vectoriel (si G = R ou C) induite par
l’addition définie par :

£ c* w + !> {* > = £ (p*+ s .) m


zeu zeu z€U

et (dans les cas G = R ou C) par l’action externe

A -£ c « {* } = 5 > c ,){* }.
z€U zeu

Une fonction / : [ / - > C s’intégre naturellement contre une 0-chaine c G C0(t/,G )


suivant la règle suivante :

( 1.86) m := ( ! > { * } ,/) = £ * /(* ).


(4 ' zeu

L’opération
58 1. LE PLAN COMPLEXE ET LES FORMES DIFFÉRENTIELLES DANS LE PLAN

est « bilinéaire » , au sens où, si ci,C2 sont des éléments de Co(i7,G ), f et g des
fonctions de U dans C, A et // des scalaires complexes,

(1.87) / /(<) = / / ( 0 + / /«)> / ( A / + A*p) ( 0 = A / 7 ( 0 + m /7 ( 0 ,


« 'C 1 + C 2 « 'C l J C2 Je Je Je

et, dans le cas G = E ou C, Jpcf ( ( ) = p fc f (0 P°ur tout c € C0(U,G), pour tout


p GG, pour toute fonction / : 17 -> C.
Pour introduire maintenant les groupes libres (ou G-espaces vectoriels si G = R ou C)
des 1-chaines singulières et des 2-chaines singulières différentiables à coefficients dans
G, il faut se souvenir que la brique de base en dimension 1 est le segment [0, 1] = Eo,
tandis que la brique de base en dimension 2 est le 1-simplexe standard

Ex = {(*, s) ; t > 0, s > 0, t + s < 1}

(voir la sous-section 1.3.3).

D éfinition 1.16 (groupes des 1-chaines singulières différentiables ou de classe


Ck). Étant donné un ouvert U de C, on appelle 1-chaîne singulière différentiable de
U à coefficients dans Vun des trois groupes additifs G = Z ,R ,C toute combinaison
linéaire formelle du type

(1.88) 7 : [0,1] ^ U, c7 € G,
7

les c7 étant tous nuis sauf un nombre fini. Le groupe Ci (17, G) des 1-chaines sin­
gulières différentiables de U à coefficients dans G consiste en l’ensemble des 1-chaines
singulières différentiables de t/, équipé de la structure de groupe libre (lorsque G = Z)
ou de R-espace vectoriel (si G = R ou C) induite par l’addition définie par :

E ct 7 + E ^ 7 = S ^ + ^ )7
7 7 7

et (dans les cas G = R ou C) par l’action externe

7 7

Si l’on décide de choisir les chemins 7 de classe Ck (k GN) au lieu de C°°, on définit de
manière analogue les groupes libres ou G-espaces vectoriels fcCi(t/,G) des 1-chaînes
singulières de classe Ck de U, à coefficients dans G.
D éfinition 1.17 (groupes des 2-chaines singulières différentiables ou de classe
Ck). Étant donné un ouvert U de C, on appelle 2 -chaîne singulière différentiable de
U à coefficients dans Vun des trois groupes additifs G = Z ,R ,C toute combinaison
linéaire formelle du type

(1.89) E c* 6' 6 '■Ei ^ U, ce e G,


e
les ce étant tous nuis sauf un nombre fini. Le groupe C2(?7,G ) des 2-chaines sin­
gulières différentiables de U à coefficients dans G consiste en l’ensemble des 2-chaines
1.5. UNE BRÈVE INITIATION AUX NOTIONS D’HOMOLOGIE ET DE COHOMOLOGIE 59

singulières différentiables de U, équipé de la structure de groupe libre (lorsque G = Z)


ou de G-module libre (si G = R ou C) induite par l’addition définie par :

+ 0 = ,^ 2(ce + ce)e
6 e e
et (dans les cas G = R ou C) par l’action externe

= ^ ( À C 0) 0.
e e
Si l’on décide de choisir les chemins 7 de classe Ck ( k e N) au lieu de <7°°, on définit de
manière analogue les groupes libres ou G-espaces vectoriels ¿.(^(t/, G) des 2-chaînes
singulières de classe Ck de U, à coefficients dans G.
R em a rq u e 1.16 (pourquoi « chaines singulières » ) . Le terme «: singulières » fig­
urant dans les définitions 1.16 et 1.17 fait référence à l’aspect singulier de la brique
de base ([0,1] ou S i), non à la régularité (ici choisie C°°, voire Ck) des chemins
élémentaires 7 : [0,1] —►U ou des nappes paramétrées élémentaires 6 : S i —> U.
Notons aussi qu’ici aucune condition ni d’injectivité ni d’orientation n’est requise
pour les nappes paramétrées élémentaires 6 (au contraire de ce que l’on imposait aux
nappes paramétrées 0 : S i —> U dans la sous-section 1.3.3 (voir par exemple la
remarque 1.5).

Une 1-forme complexe u de classe C° sur U s’intégre contre une 1-chaine singulière
de U à coefficients dans G suivant la règle suivante :

(1.90) L w=(Sc^-w
)=S^ [ ,7*N=5^ [ v-rA*) dt

(si 7*[u>] = <£>7,w (£) dt). Ceci garde un sens lorsque c est une 1-chaine singulière de U
de classe C 1 ou même simplement C° (mais à condition dans ce dernier cas que la
forme u> soit localement exacte dans U pour que J u; ait un sens lorsque 7 est juste
continu, voir la définition 1.10).
De même, une 2-forme complexe iî de classe C° sur U s’intégre contre une 2-chaine
singulière de U à coefficients dans G suivant la règle suivante :

(1.91) f iî = (y ^ C 00 , = V ]c 0 f 0* [ f i ] = y ^ C 0 f i '&ôin(t,s)dtds
JlZecoO e o e */ «/si
(si 0*[iî] = ^ 0,n(i, s) dtAds). On retrouve bien sûr les mêmes propriétés de bilinéarité
qu’en (1.87) (pour l’intégration des fonctions de U dans C contre les 0-chaines de U
à coefficients dans G).

1.5.2. Le m orph ism e b o r d et la n otion de cy cle

Il existe un morphisme naturel du groupe libre C i(t/,Z ) (ou G- espace vectoriel


C i([/,G ) si G ou C) dans le (groupe libre ou G-espace vectoriel) Co(?7,G). Il suf­
fit pour cela de définir

(1.92) ¿ 7 = {7 (1 )} - (7 (0 )}
60 1. LE PLAN COMPLEXE ET LES FORMES DIFFÉRENTIELLES DANS LE PLAN

pour tout 7 de classe C°° de [0, 1] dans [/, puis d’étendre cette action à C\(U, G) tout
entier en posant

5(E ^ - E ^ ( 7 ( 1)} - E c7 Î 7 ( 0 )}.


7 7 7

On définit ainsi le morphisme bord 8 : Ci (U, G) -> C0(U,G).


On procède de manière identique pour définir le bord d’une 2-chaine singulière et ainsi
étendre le morphisme bord en un morphisme 8 : C^U, G) -> Ci (U, G). Si 6 : S i ->• U
est une 2-chaine élémentaire, on pose :

7fo,o) •^£ [0) 1] '-*■ 0(1 i)


(1.93) à® ~ 7(o,o) ~ 7(%) + 7(o,i)> oil < 7(i,o) : t e [0,1] •-►0(0,«)

Notons le caractère alterné de cette définition : les trois sommets de Ei sont parcourus
dans le sens trigonométrique : (0, 0), (1, 0), puis (0, 1), ce de manière cyclique : le
chemin 7(^0) figure le chemin joignant les deux points suivants (1, 0) et (0, 1) (pris
en respectant l’ordre), le chemin - 7^ 0) figure le chemin joignant les deux points
suivants (0, 1) et (0, 0) (le signe est ici important, il traduit l’alternance nécessaire),
le chemin 7^0,1) figure le chemin joignant les deux points (0, 0) et (0, 1) (on persiste
à respecter le sens trigonométrique pour ce qui est de l’ordre dans lequel on parcourt
les sommets de £ 1). On étend ensuite cette action à C ^ t/jG ) tout entier en posant

S (E C e - E 00 7(0,0) - E 00 7(1,0) + E 00 7(0,1)


7 6 e e

On définit ainsi le morphisme bord 8 : C^iU^G) —» C i(f7, G). .


L’action du morphisme bord peut être envisagée de manière analogue du groupe libre
ou G-espace vectoriel feQ+ i(?7,G) dans fcQ(C/,G) {l = 0, 1) car la régularité des
chemins ou nappes élémentaires 7 ou 6 n’a pas été ici mise à contribution. On vérifie
immédiatement que si 9 : £1 U est une 2-chaine singulière élémentaire de classe
C 0, alors 8[5 7] = 0 ; il en résulte :

(1.94) Vc G 0C2(U, G ) , S[6(c)] = (5 o 5) (c ) = 0.


Cette observation nous conduit à la définition suivante :

D é f i n i t i o n 1.18 (1-cycles et 1-bords singuliers d’un ouvert de £/, à coefficients


dans G). On dit qu’un élément c de Ci(î7,G ) est un 1-cycle singulier différentiable
de U à coefficients dans G si 8c = 0. On dit que c G C\{U,G) est un \-bord singulier
différentiable de U à coefficients dans G s’il existe C G C2 (U) G) tel que 8C = c. Les
deux mêmes notions se transposent au cadre de la régularité Ck (on parle alors de 1-
cycles singuliers de classe Ck et de 1-bords singuliers de classe Ck de U) à coefficients
dans G).

La formule de Green-Riemann établie à la sous-section 1.3.5 (avec ses diverses va­


riantes, dont la formule de Cauchy-Pompeiu, si importante en analyse complexe) est
1.5. UNE BRÈVE INITIATION AUX NOTIONS D’HOMOLOGIE ET DE COHOMOLOGIE 61

en fait un avatar de la formule géométrique plus générale pouvant s’énoncer ainsi dans
ce nouveau contexte (et que l’on admettra ic i x) :

T h é o r è m e 1.7 (théorème de Stokes dans un ouvert de C, version générale). Pour


toute 2-chaine singulière C (de classe C 1 suffit) de U à coefficients dans G (où G = Z,
R ou C), pour toute l-forme complexe u> de classe C 1 dans U, on a :

(1.95) f
Jsc
u = [d u ).
Je
1.5.3. Homologie singulière différentiable et cohomologie d’un ouvert

Soit U un ouvert de C. Tout 1-bord singulier différentiable de U à valeurs dans


G est un 1-cycle singulier différentiable de U (d’après (1.94)). Mais, si un 1-cycle
singulier différentiable c G Ci (17, G) est un 1-bord (c’est-à-dire c = dC pour un
certain c G Ci(C/,G)), alors l’intégrale de toute l-forme de classe C 1 fermée dans
U contre ce cycle est nulle de par la formule (1.7). Il existe donc (pour un ouvert
général) des 1-cycles dans C i(î/, G) qui ne sont pas des 1-bords : par exemple, un
lacet C°° de C* de degré non nul, paramétré par [0, 1] est bien un 1-cycle élémentaire
singulier différentiable de C* (car 7 (0) = 7 (1)), mais ce n’est pas un 1-bord singulier
différentiable de C* car l’intégrale de la forme fermée dz/z contre ce 1-cycle vaut
2i7rdeg7 ^ 0. Ceci nous conduit à la définition suivante :

D é f i n i t i o n 1.19 (premier groupe d ’homologie singulière différentiable d’un ou­


vert de C). Le groupe (additif) abélien
{c G Ci(C/,Z) ; Je = 0}
(1.96) Hl (UiZ) =
6[C2(U,Z)\
est appelé premier groupe d’homologie singulière différentiable de l’ouvert U. Il figure
l’obstruction à ce qu’un 1-cycle c G Ci(C/,Z) soit un 1-bord. Si les chaînes en jeu
sont de régularité simplement C*, k = 0, 1,..., et non plus nécessairement C°°, on
définit de manière analogue le premier groupe d’homologie singulière Ck> que l’on
note fciïi(i/,Z ), auquel cas on convient aussi de noter H\(U,Z) = ooHi(UyZ). On
définit de manière analogue les G-espaces vectoriels fc-ffi([/,G) lorsque G = R ou C
(dits premiers groupes d’homologie singulière de classe Ck de C/, à valeurs dans G,
car on n’en retient que la structure de groupe abélien).

On convient également que le bord d’un 0-cycle d’un ouvert U de C (à coefficients dans
G = Z, R ou C) est nul, ce qui permet de définir trivialement l’action du morphisme
bord sur Co(î7,G) en posant :
6 : c G C o ( [ / , G ) —» 0.

Ceci étant posé, le groupe de cohomologie singulière HoiU^Z) et les G-espaces vec­
toriels i/o (t/,G ) lorsque G = R ou C, G-espaces vectoriels dont on ne retient que la

1. Il s’agit d ’un résultat très général, valable sur n’importe quelle variété réelle différentiable
non seulement de dimension 2, mais de dimension n quelconque. Dans le cadre différentiable (même
simplement C 2), la démonstration pour un ouvert U de C n’est pas difficile : elle est en fait calquée
sur celle qui a été utilisée précédemment pour prouver la formule de Green-Riemann (voir les sous-
sections 1.3.3, 1.3.4, 1.3.5). Le cas C 1 est plus délicat car il faut utiliser en prime un processus de
régularisation (par exemple par convolution).
62 1. LE PLAN COMPLEXE ET LES FORMES DIFFÉRENTIELLES DANS LE PLAN

structure de groupe abélien, s’identifient respectivement à Zb°(u\ Rb°(u\ Cb°(u\ où


bo(U) désigne le cardinal (fini ou infini) de l’ensemble des composantes connexes de
l’ouvert U : en effet, si V désigne une composante connexe de U et ay un point pri­
vilégié de V , toute 0-chaine de V s’écrit de manière unique comme la somme d’un bord
de 1-chaine singulière de classe Co et d ’une 0-chaine élémentaire cav {a ^ } , cav G G.
Les exercices 1.48 et 1.49 (que l’on pourra s’entraîner à faire pour se familiariser avec
le lien pas toujours facile, même s’il parait l’être intuitivement, entre homotopie et
homologie) montrent qu’il existe un homomorphisme du groupe 7Ti (U) dans o-Hi (U, Z)
et que le noyau de cet homomorphisme est inclus dans le commutateur [7Ti(?/), tti( î7)].
En fait, le noyau de cet homomorphisme s’identifie au groupe [ni(U),7Ti(U)] et l’on
admettra ici le résultat important suivant :

T h é o r è m e 1.8 (groupe fondamental et premier groupe d’homotopie singulière


continue). Si U est un ouvert connexe de C, le groupe qH\(U,Z) (premier groupe
d’homologie singulière continue à coefficients entiers) est isomorphe au groupe quo­
tient 7Ti(C/)/[7Ti (Z7), 7Ti (U)].

E xem ple 1.9 (homologie singulière de U\{pi, ...,pjv} lorsque U est homéomorphe
à C). Soit U un ouvert de C homéomorphe à € et pi, ..., p n N points distincts de U. Le
premier groupe d’homologie singulière continue à coefficients entiers de U\{pi, ...,pjv}
est égal à ZN (puisque 7Ti(C/\{pi, ...,p //}) est isomorphe au groupe des mots construits
à partir d’un alphabet de N caractères, voir l’exercice 1.37, question f)).

Un important résultat de géométrie différentielle, appliqué ici dans le cas de la di­


mension 2, se doit d’être mentionné dans ce cours, même si nous l’admettons ic i1 :

THEOREME 1.9 (théorème de de Rham2 dans le cadre des ouverts de C). Si U


est un ouvert de C, le dual du R-espace vectoriel H\(U, R) est isomorphe au quotient
du C-espace vectoriel des 1-formes réelles C°° fermées dans U par le sous-espace des
1-formes réelles exactes dans U (c’est-à-dire de la forme u) = dF, où F : U R
est un potentiel C°° dans U). De plus, les R -espaces vectoriels iïi(i7 ,R ) et oHi(U,R)
sont isomorphes.

La définition suivante est donc naturellement attendue :

D é f i n i t i o n 1.20 (premier groupe de cohomologie d’un ouvert de C). Si U est


un ouvert de C, le premier groupe3 de cohomologie de U, noté H 1(U, R) ou souvent
H 1(U), est le R-espace vectoriel
{u = P d x + Q d y ; ( k j = 0, P , Q G C ° ° (t/,R )}
(1.97) H 1(U) = H 1(U,R) =
{u = dF] F e C ° ° { U , R ) }

1. Pour une preuve de ce résultat dans l’esprit de ces notes, voir [BG], section 1.9; on pourra
aussi trouver dans cette même référence une preuve détaillée du théorème 1.8.
2. Géomètre suisse (1903-1990). Les résultats établis par George de Rham ont joué un rôle clef
dans le développement de la géométrie et l’analyse complexe dans le contexte cette fois de plusieurs
variables, au fil de tout le vingtième siècle.
3. On retient ici du point de vue algébrique seulement la structure additive, c ’est la raison pour
laquelle on parle de < groupe » et non de < R-espace vectoriel » .
1.5. UNE BRÈVE INITIATION AUX NOTIONS D’HOMOLOGIE ET DE COHOMOLOGIE 63

R em a rq u e 1.17 (les groupes H°(U) et H2(U)). Soit toujours U un ouvert du


plan R 2. On peut sur le même principe que celui qui a présidé à la définition de H 1(U)
définir le groupe de cohomologie H°(U) comme le R-espace vectoriel des 0-formes (soit
des fonctions F \U - ï C) qui sont fermées, c ’est-à-dire telles que dF = 0. On a bien
sûr, du fait de l’inégalité des accroissements finis, H°(U) ~ R6°, où bo désigne le
cardinal (fini ou infini) de l’ensemble des composantes connexes de U. De même, on
peut considérer toute 2-forme réelle de classe C°° sur U comme une forme fermée
(l’opérateur d étant naturellement défini comme agissant sur les 2-formes C°° par
d : $dx A dy h* 0). On peut donc définir le groupe de cohomologie H2(U) comme le
R-espace vectoriel quotient (une fois encore, on ne retient que la structure additive) :
{Q dxA dy; $ g C °°([/,R )}
(1.98) H2(U) = JÏ2(C/, R) =
{d(Pdx + Qdy) ; P, Q G C°°(tf, R )} *
Si l’on introduit le complexe obtenu en enchainant la suite de morphismes

0 — » C°°(U, R) {Pdx + Qdy ; P, Q € C°°(U, R )}


{ $ dx A dy ; $ G C°° (U, R) — > 0
(ce complexe est appelé justement complexe de de Rham de Vouvert U), on observe
que les groupes de cohomologie iP (î7 ), j = 0,1,2, matérialisent précisément les obs­
tructions qui empêchent ce complexe aux divers crans d’être exact (au sens ou l’image
d ’une flèche est exactement le noyau de la flèche suivante).

Il existe, d ’après le théorème de Stokes (théorème 1.7), une application R-bilinéaire


du R-espace vectoriel produit i î 1(i7,R) x H 1(U) dans R, naturellement définie par

(c ,* ) G # i(E /,R ) x H^U) »— > (c , ù) : = [ w G R

(l’intégrale ne dépend pas du choix des représentants). Ce qu’assure le théorème de


de Rham (théorème 1.9), appliqué dans le contexte des ouverts de C, est que cette
application R-bilinéaire est en fait non dégénérée, c ’est-à-dire :

((¿,w) = 0 V ù e H ' i U ) } <=>è = 0


( 1. 100)
^(c,w) = 0 V c € Hi(U, R )) ù> = 0.

Les notions de chaines singulières différentiables ou simplement continues, les com­


plexes correspondant induits par le morphisme bord, et, parallèlement, les notions
de formes différentielles réelles et le complexe de de Rham (1.99), sont des notions
inhérentes au cadre des variétés différentiables réelles de dimension finie (voir par
exemple [HY]). On peut définir pour une telle variété différentiable réelle X (de
dimension cette fois n) les groupes d’homologie singulière kHj(X ,Z ), kHj(X>R),
k H j ( X , C), j = 0, ...,n, ainsi que les groupes de cohomologie H j ( X) = H j ( X , R).
Le théorème de de Rham mentionné ici seulement dans le cas où X est un ouvert de
C (théorème 1.9) assure, en toute généralité cette fois, que, pour tout j = 0, ...,n, le
R-espace vectoriel H j ( X , R) est le dual de H j { X , R) et que H^X^R) ~ 0Hj ( X, R) .
Lorsque de plus X est compacte et orientable (ce qui signifie qu’il existe une n-forme
différentielle sur X ne s’annulant pas, appelée, on l’a vu, forme volume, jouant le rôle
64 1. LE PLAN COMPLEXE ET LES FORMES DIFFÉRENTIELLES DANS LE PLAN

que joue la forme déterminant dx A dy dans le cas où X est un ouvert du plan), sans
bord, alors1 on a Hn(X , R) ~ R. C ’est par exemple le cas de la sphère de Riemann S2
ou du tore S1 x S1, surfaces toutes deux plongeables dans R3 (et héritant donc de la
possibilité d’orienter cet espace à trois dimensions). En revanche, on a o-ffi(S2, Z) = 0
(donc H 1(S2) = 0 de par le théorème de de Rham) car S2 est simplement connexe
(voir l’exercice 1.38), tandis que clairement la surface S1 x S 1 (le tore) n’est pas simple­
ment connexe2 et que l’on a même o-HiiS1 x S1, Z) = Z 2, donc i î 1(S1 x S1) = R2. On
retrouvera ces deux surfaces que sont la sphère de Riemann et le tore ultérieurement
dans notre présentation ; elles nous serviront de modèles-jouets pour transporter les
concepts dans des univers qui ne soient plus « plats » .

1.5.4. Exercices

Exercice 1.48 (une première relation entre homologie et homotopie). Soient 70


et 71 deux lacets continus d’un ouvert connexe U de C, de même point de base a G U,
homotopes dans l’homotopie H u^œ Montrer que, si 70 et 71 sont pensés comme des
1-cycles singuliers différentiables de classe C°, alors ils sont homologues dans U (pour
l’homologie singulière de classe C ° ). En déduire que le groupe abélien oHi(U,Z) est
isomorphe à un sous-groupe de 7Ti(U}a) (on exploitera pour cela la fonction continue
F : [0, l ]2 - » U réalisant la déformation de 70 en 71). En déduire que l’application de
l’ensemble des lacets continus de point de base a, à valeurs dans o # i(t /,Z ), qui à un
lacet continu de U de point de base a associe sa classe d’homologie, passe au quotient
pour la relation d’homotopie 'Hu-ioctcn c ’est-à-dire induit une application de 7ri({7,a )
dans oHi(UyZ).

Exercice 1.49 (un homomorphisme de groupes de 7Ti (I7 ) dans o-Hi(E/,Z)).


a) S o ie n t 7 : [0,1] —> U e t 6 : [0,1] —> U d e u x ch e m in s c o n tin u s d ’u n o u v e r t U
d e C te ls q u e 7 ( 1 ) = 5 ( 0 ), c o n s id é ré s to u s d e u x c o m m e d e s 1 -c h a in e s é lé m e n ta ire s
sin g u liè re s c o n tin u e s , a in si q u e le ch e m in 7V S (lu i a u ssi c o n s id é ré c o m m e p a r a m é tr é
par [0, 1]). M o n tr e r q u e la 1-c h a in e sin g u liè re c o n tin u e 7 + 5 - ( 7 V S) G 0C 1(C/, Z) e s t
le b o rd d ’u n e 2-c h a in e s in g u liè re c o n tin u e é lé m e n ta ire d e U.
b) Soit a G U. Déduire du résultat établi au a) que l’application de 7Ti(i/, a ) dans
o-Hi(E/,Z) construite à l’exercice 1.48 est en fait un homomorphisme de groupes.
c) P o u r q u o i le n o y a u d e l ’h o m o m o rp h is m e r é a lis é a u b) e s t-il u n s o u s -g ro u p e d u
c o m m u ta te u r [7Ti(C/, a), 7ri (U, a)] ?

Exercice 1.50 (u n e p r e m iè re a p p r o c h e à la n o tio n d e résidu de Poincaré3). S o it


U un o u v e r t d e C h o m é o m o rp h e à C e t p i , ...,PiVj N p o in ts d is tin c ts d e C/. S o it e > 0
t e l q u e e < m i n ^ d^pj.pe) e t e < min^ d(pj,dU). S o it, p o u r j = 1, ..., IV, j j le ch e m in
t G [0 , 1] pj + ee2i?ri. O n n o te Un = U \ {p i, ...,P n }*
a) M o n tr e r q u e l ’o n d é fin it b ie n u n e a p p lic a tio n C -lin é a ir e d e i î 1 (C / ^ ,C ) d a n s C en

1. Voir par exemple [HY], section 3.6.1 ; l’isomorphisme entre H l {X) et R est alors réalisé par
@ f # O, O se présentant comme le produit de la n-forme volume par une fonction G°°.
2. Penser au lacet correspondant à un cercle extérieur tracé sur un pneu et à un lacet tranversal.
3. Le morphisme Res introduit dans cet exercice est le morphisme résidu géométrique de Poin­
caré, d ’où la notation utilisée; il faut ici voir ce morphisme comme réalisant un isomorphisme entre
H 1( U \ { p i i ...,pN } i C) et # ° ( { p i ,...,p ;v } ,C ) ~ CN .
1.6. CORRIGÉS DES EXERCICES DU CHAPITRE 1 65

F igure 1.8. Les ouverts Ug et Ud de l’exercice 1.51

posant, pour toute 1-forme C°° complexe fermée dans [/,

Res (cj) = f / eu,..., / a;J.

b ) Montrer que Res est surjective (penser à faire intervenir les formes différentielles
d z / (z -p j), j = Ï,...,N).
c) En utilisant le résultat établi à l’exercice 1.37, f), montrer que si Res(tü) = 0,
alors = 0 pour tout lacet continu de Un - En déduire qu’alors ù = 0 (construire
explicitement une primitive de u dans Un )-
d) Pourquoi a-t-on ^ ( U n ^C) ~ C N ? Retrouver ce résultat en utilisant le théorème
de de Rham.

E x ercice 1.51. Quels sont les groupes de cohomologie H 1{Ug) et H l (Ud) des
ouverts Ug et Ud représentés sur la figure 1.8 comme les complémentaires dans C des
sous-ensembles noircis ? Le tracé spiralé sur la figure de droite (ouvert Ud) se poursuit
en spirale comme indiqué jusqu’à l’infini. On pensera à se référer à la méthode utilisée
dans l’exercice 1.37 et on utilisera le théorème 1.8).

1.6 . C orrigés des ex ercices du chapitre 1

C orrigé de l’exercice 1.1. On pose (par exemple) k\ = a(æ+î/), &2 = 2/(a+/3),


h = x (f3 -a ). On a alors k \ -k 2 = a x - f i y et k i+ k s = ay+/3x. Au final, la procédure
consomme 3 multiplications (au lieu de 4) et 5 additions-soustractions (au lieu de 3).

C orrigé de l’ex ercice 1.2. On utilise le fait que Z\ = (^i + iv 2)/(l - wi) et
Z2 = (u 2 + iv 2)/(l —W2) (les points (г¿l, v \, w\) et (^2, ^2, W2) sont les relevés de z\ et
Z2 sur S2 par projection stéréographique). Comme de plus Wj = (\zj\2 - l)/{\zj\2 + 1)
pour j = 1,2, on a

(1.101) |Z\ - Z21(1 - Wi)(l - W2) = \{ui + iv i)(l - W2) - (U2 + iV2)( 1 - Wi)\.
66 1. LE PLAN COMPLEXE ET LES FORMES DIFFÉRENTIELLES DANS LE PLAN

Le calcul du carré du membre de droite donne, une fois que Гоп y a injecté le fait que
(uuvi9wi) et (u2 ,V2 ,W2) sont des points de S2 :
|(wi + ¿u i)(l - w2) - (u2 + iv2)(1 - wi)\2
= 2(1 - W i)(l - W2){ 1 - (uiU2 + V1 V2 + W1 W2))
= (1 - W l)(l - W2) ||(7Г+ ) _ 1 (^ 2 ) - (7T+ ) _ 1 (^ l)l| 2 -

En reportant cette égalité dans (1.101), on obtient l’égalité (1.14) voulue. En reve­
nant à la définition (1.12) de la distance projective sur РХ(С), on constate ainsi que
dcord(*i>22) = 2dproj([l : 21], [1 : 22]). Pour calculer ¿cordai 00)» il suffit de faire
tendre |^| vers l’infini dans (1.14) ; on obtient dcordi^oo) = 2/^/1 + \z\2.

C orrigé de l’e x ercice 1.3. D ’après la règle de composition de Leibniz, on a,


pour tout h € C,

Ф°/](С)[Л] = d g(f(0 ) [df(0 [/г]]

- ____ ____

- ! ( / < o ) ( f « > » + ! « ) * ) + | < /«))(§ £< o * + § £ k ) a) .

En utilisant le fait que dÇ : h и- h et dÇ : и ft, on a donc

(“ 02) =( d + (!» /) $ « + ( ( I ’■ } )■ ( § °f ) j?)


où = df/dÇ et /£ = d f /dÇ Ceci donne les premières expressions demandées, ainsi
que l’assertion finale de l’exercice. En conjuguant d’autre part la formule

d № lh ]= f< ;h + ffh
on trouve
d № [ h ] = № + fzh = 7çh + 7zh,
d’où par identification les formules

(1.103) /J = 7 J et f'ç = 7
En injectant les identités (1.103) au second membre de (1.102), on obtient les secondes
expressions demandées pour d(g o f)/d( et d(g o f)/dÇ.

C orrigé de l’e x ercice 1.4. En utilisant la règle de Leibniz , on trouve


d_
dz I
+ ep \ ? l? L + f £ L ____ j dp
Idz dz J dzdz dzdz * dz dz J dz dz.
(1.104)
=ep(2l+f?p) (Ël+/ÜE и ep I/I2 - ^ -
\ d z + J âzJ\dz + J dzJ+ 1/1 dzdz
+e”(JËL +f-Ш afdf}_ePdfdf
v dzdz 3 dz dz dz dz) dz dz
1.6. CORRIGÉS DES EXERCICES DU CHAPITRE 1 67

Il reste à exploiter le lemme de Schwarz du calcul différentiel (symétrie de la différen­


tielle seconde de / exprimée en zfz)f les formules (1.103) établies dans le corrigé de
l’exercice 1.3, puis enfin le fait que p est réelle, pour obtenir les deux identités

Ë l + f Ël\2
dz J d z I
d_ id p 9 ¿ d ld ¿ \
dz 1 dz dz dz d z )'
identités que l’on injecte dans (1.104) pour obtenir l’identité requise.
C orrigé de l’exercice 1.5. Pour le a), le calcul est immédiat (on utilise le
lemme de Schwarz assurant la symétrie de la différentielle seconde). Pour le b ), il
faut utiliser les expressions en coordonnées polaires de d/dz et d/dz (formules (1.35)),
puis invoquer encore le lemme de Schwarz. Dire enfin que F est de classe C 2 dans
U = C*, radiale et harmonique, revient à dire (si l’on reprend l’expression du laplacien
en coordonnées polaires établie au début de la question b )) que, dans C*, on a que
F est de la forme F(x,y) = G(\z\)) où G est de classe C 2 dans ]0, +oo[ et telle que
r h* rG'(r) soit constante. Ceci revient à dire que G est de classe C 2 dans ]0, +oo[ et
telle que G'(r) = C /r , où C est une constante, c’est-à-dire G(r) = <7 logr+constante.
C orrigé de l’ex ercice 1.6 . On vérifie immédiatement que cette forme est fermée
car Qfx = Py. Pour trouver un potentiel F tel que dF = a;, on intègre P par rapport
à x ) ce qui donne F(x, y) = y2x2 + 2y3x + /( y ) , puis on dérive par rapport à y et l’on
identifie avec Q> ce qui donne f ( y ) = 0, d’où F(x> y) = y2x2 + 2y3x + C, C étant une
constante arbitraire, comme choix de potentiel.
C orrigé de l’exercice 1.7. On vérifie que du>a = 2(1 — a)dx A dy/\z\2a. La
forme <ja est donc fermée dans C* si et seulement si a = 1. Si a ^ 1, n’est donc
pas fermée, ni a fortiori exacte dans C*. On a u>i = d[log \z\] + (xdy — ydx)/\z\2>qui
est la somme d ’une forme exacte dans C* (d[log \z\]) et d’une forme fermée dans C*,
qui, elle, n’est pas exacte : en effet, l’expression (locale) en coordonnées polaires dans
C* de (xdy —ydx)/\z\2 est dû, et il ne saurait y avoir de détermination continue de la
fonction argument (ce devrait être la primitive potentielle, aux constantes additives
près) dans l’ouvert connexe C*.
C orrigé de l’exercice 1.8 . On vérifie en utilisant les règles du calcul différentiel
extérieur que d[f(z)dz] = (df/dz) dzAdz = 2i(df/dz) dxAdyyd’où le premier résultat
à établir. De même d[f(z) d%\ = (df/dz) dzAdz = —2i(df/dz) dxAdy, ce qui implique
immédiatement le second résultat à établir.
C orrigé de l’ex ercice 1.9. La fonction f a := z h-»- \z\aeia&rg^0o>0o + ^ z) s’ex­
prime en coordonnées polaires dans Ue0 sous la forme (r, 0) h* e<*(iogr+t6) gj pon
invoque l’expression de l’opérateur d/dz en coordonnées polaires (formules (1.35)),
on voit que dfa/dz = 0 dans U$0. La forme oja est donc fermée dans cet ouvert (voir
l’exercice 1.8). La fonction F s’exprime en coordonnées polaires dans UeQ comme
F(rei6) = C + e(a+1)(1°er+ ^ )/(o ' + 1) (lorsque a ^ —1) ou F(r10) = C + logr + i0
(lorsque a = - 1). En utilisant l’expression de d/dz en coordonnées polaires (formules
( 1.35)), on vérifie dans les deux cas que dF = u)a. Comme Uq0 est connexe, on a bien
trouvé ainsi (dans chacun des deux cas) toutes les primitives de u>a .
68 1. LE PLAN COMPLEXE ET LES FORMES DIFFÉRENTIELLES DANS LE PLAN

C orrigé de l’ex ercice 1.10. Dire que uj = P dx+Q dy est fermée dans U signifie
Q'x - P'y = 0 dans U. Le lemme de Poincaré (lemme 1.1) assure l’existence d ’une
primitive F pour uj dans U. Dans le cas où Q(xo ,2/o) ^ 0» la solution maximale du
problème de Cauchy en question a pour équation cartésienne F (x , y) = F (x o, yo) (car
en multipliant par <3 (x ,2/), on constate que l’équation différentielle en jeu s’exprime
uj(x,y) = dF(x,y) = 0 ; le graphe de cette solution est d’ailleurs la composante
connexe de {(x,y) G U ; F (xyy) = F(xo,yo)} qui contient le point (xo,yo) (d’après le
théorème de Cauchy Lipschitz qui assure l’existence et l’unicité d’une telle solution
maximale et le lemme des bouts qui assure que les « bouts » du graphe d ’une telle
solution sont nécessairement à la frontière de t/, voir un cours de calcul différentiel,
niveau licence 3).
C orrigé de l ’e x ercice 1.11.
a) Soit \df\2 = |/'|2 + l/^l2 > 0. Si l’on exprime uj so u s la forme uj = $dx A dy>
la 1-forme continue So = $ (fxdy ~ fydx)/\df\2 réalise la division $ = df A S. Deux
formes Si et S 2 réalisant cette division diffèrent d ’une forme continue 0 = Pdx+Q dy
telle df A 6 = 0. Le fait que df A0 = 0 signifie que 0(x,y) et df(xyy) sont colinéaires
(comme éléments de T^y(U)) en tout point de U. Puisque df{x>y) ^ 0 dans [/, il
existe une fonction continue À : U - » C telle que 6 = Xdf. Toutes les 1-formes H
possibles solutions continues de iî = df A S sont donc les formes H = So + A df> où A
désigne n’importe quelle fonction continue dans î/.
b) Si 0 ^ U, on est ramené au cas traité au a). Si 0 G t/, la forme iî s’exprime
iî = $dx A dy s’exprime sous la forme $ = d\z\2 A S si et seulement si le germe de
$ en (0, 0) est dans l’idéal maximal (engendré par les fonctions coordonnées x et y)
de l’algèbre des germes de fonctions continues à l’origine. Si c ’est le cas, $ s’exprime
sous la forme $ = a x + /3yy les fonctions a et ¡5 étant continues dans U (on utilise
une partition de l’unité de U réalisée avec un disque ouvert de centre 0 et de rayon
e < < 1 assez petit et le complémentaire dans U du disque fermé de centre l’origine et
de rayon e/2, puis on invoque le célèbre lemme de P. Urysohn). Toutes les solutions
S de $ = d\z\2 A S sont de la forme ady —(3dx + udx + vdy, où u et v sont deux
fonctions continues dans U telles qu’il existe une fonction A : U\{0} dans C, continue,
de manière à ce que (u(x)y))v(x)y)) = A(x,y) (x,y) dans U \{0}.
C orrigé de l ’ex ercice 1.12. On obtient (en utilisant les règles établies à l’exer­
cice 1.3) : $*[dzAdz\ = A d $ = (|$'2|2 - \%\2)dzAdz = 2i(|$/J 2 - \&2\2)dx Ady.
C orrigé de l’ex e rcice 1.13. La méthode proposée pour résoudre cet exer­
cice relève d’une stratégie très importante en géométrie, à savoir le redressement des
champs de vecteurs.
a) On peut supposer que P (x o ,2/o) ^ 0 (sinon, on permute les dénominations des co­
ordonnées x et y). Chercher un facteur intégrant local pour uj au voisinage de (xo,yo)
revient à chercher un facteur intégrant local pour uj/ P = dx + (Q/P) dy = dx + Rdy.
b) On peut appliquer ici (comme suggéré) le théorème de Cauchy-Lipschitz (pour
un problème de Cauchy {d(p/dy = —iî((/?,y), ip(yo) = 0(x)} avec explicitation de la
dépendance en les paramètres, lorsque la condition initiale dépend de manière C 1 d’un
paramètre x, voir un cours de calcul différentiel niveau licence 3). En effet, comme R
est de classe C 1 au voisinage de (xo, 2/o)> la fonction —R est bien continue en les deux
variables et localement lipschitzienne en la première variable au voisinage de (xo, yo))
1.6. CORRIGÉS DES EXERCICES DU CHAPITRE 1 69

ce qui implique que les conditions d’application de ces résultats sont remplies,
c) Comme <px(yo) = x pour tout x voisin de Xo> on a ( d(px/dx)(x0,yo) = 1. Comme le
jacobien de $ vaut précisément d<px/dx, ce jacobien est non nul en (xo, yo) et $ réalise
un C 1 difféomorphisme local (entre deux voisinages du même point (xo>2/o) préservé
par $ ) d’après le théorème d’inversion locale (voir un cours de calcul différentiel,
niveau licence 3). On a

tda;] = l d i ' ^ ^ dx + ! ¡ ¡ f ^ æ^ ’ yS>dy

= ^ r(< P x(y),y)d x- R(<fix(y),y)dy

$*[R(x,y)dy] = R(<px(y),y) dy.

En ajoutant ces deux relations, on obtient la formule demandée. Puisque la forme


dx a évidemment un facteur intégrant local (x) et que (xyy) (d(px/dx){(px{y)yy)
ne s’annule pas au voisinage de (xo>2/o), ^ en résulte que la forme $*[dx + Rdy]
admet un facteur intégrant local fXo,yo. En utilisant ( $ -1 )*, on en déduit que la forme
dx + Rdy = ($ -1)* [$*[cte + Rdy]] admet le facteur intégrant f x0i2/0 = f i c 0,2/0 0

C orrigé de l’exercice 1.14.


a) Le problème posé est local et l’on peut donc supposer que U est un disque ouvert
D et que G\ et G2 sont continues et bornées dans D. Les fonctions indicatrices des
rectangles pleins fermés inclus dans D constituent une partie totale dans le C-espace
de Hilbert L2(DyC). Comme élément de ce C-espace de Hilbert, G\ —G2 est orthogonal
à tous les éléments d’une famille totale, donc est nul, ce qui veut dire que G\ —G2
est nulle presque partout dans D, en fait partout dans D car G 1 —G2 y est continue.
b ) Pour tout rectangle plein R inclus dans f/, on a JQR dF = 0. On déduit alors
de la formule de Green-Riemann que f f R((Fy)x - (F^)y) dxdy —0. L’identité voulue
(Fy)x = ( F ') y dans U résulte alors du résultat établi au a).

C orrigé de l’exercice 1.15. Si l’on applique la formule de Green-Riemann avec


K = [—1 ,1]2\Z)(0, e) avec 0 < e < 1, on trouve l’égalité des deux intégrales curvilignes
f v(xdy - ydx)/\z\2 = J^(xdy - ydx)/\z\2y où 7e : 0 € [0,1] »-> ee2i*d. Or la forme
(xdy —ydx)/\z\2 s’écrit en coordonnées polaires dO; son intégrale curviligne contre %
ne dépend pas de e et vaut 2n.

C orrigé de l’exercice 1.16. L’intersection du folium de Descartes avec la droite


y = tx est constituée, outre l’origine (qui compte comme point double) du point
(3 a t/(l + t3),3at2/ ( l + t3)). Lorsque t varie entre 0 et + 00, ce point parcourt la
boucle du folium (voir par exemple la figure 1.9, ici pour a = 1). Ceci correspond à
un chemin T. L’aire de la boucle s’obtient par la formule de Green-Riemann comme

aire (boucle) = ^ J (xdy - ydx) = ^ J x2 d(y/x)

/ +00/ 3at \2 ^ 3a2 / ‘+°° du 0 2/n


= /. (î+ ?) * - - r L ÏÏTÜ ? = 3a/2-
70 1. LE PLAN COMPLEXE ET LES FORMES DIFFÉRENTIELLES DANS LE PLAN

F ig u r e 1.9. Folium de Descartes x3 + y3 — 3xy = 0 et paramétrisation

C orrigé de l’e x ercice 1.17.


a) On a immédiatement (dxdy = rdrdO)

I = ai.(a2 + 62) f'r'd rx


Jo Jo 4
b) Comme le paramétrage du bord orienté de K est 7 : 0 G [0,2n\ (acos0,6sin0),
on a, en reportant dx = —a sin 0 d0 et dy = b cos 0 d0 (c’est-à-dire en calculant
7 *[y3dx - x3dy}) :

J = -ofr(a2 + 42) j T ( coa2(^ ) + 1) de = .

c) On a manifestement J = —3 /. En appliquant la formule de Green-Riemann dans


le compact i f , on retrouve bien cette relation car

J = / d(y3dx - æ3ch/) = 3 / (y2 + æ2) dy Adx := - 3 [ [ (x2 + y2) dxdy.


*/AT i/C J JK
C orrigé de l’ex ercice 1.18.
a) Comme f({\z\ < 1}) C {\w\ = 1}, on a P 2 + Q2 = 1 dans Z)(0,1) ; en différentiant,
on obtient PdP + QdQ = 0 dans D (0 ,1), d ’où l’existence d’une fonction continue A
de D( 0,1) dans R telle que dP = XdQ (voir par exemple l’exercice 1.11). On a donc
dP A dQ = —XdP A dP = 0 dans D (0 ,1), donc aussi dans {|z| < 1} par continuité.
La formule de Green-Riemann implique donc J^PdQ = /{|2|<i} dP A dQ = 0. Si
(P,Q ) = (x>y) sur le support de 7 , on a 7 *[.PdQ\ = 7 *[œdj/] (utiliser le paramétrage
7 (t) = e2î7ri, t G [0,1]) ; en utilisant la formule de Green-Riemann, on trouve que
/ 7 PdQ = / 7 xdy = J ^ ^ d x A d y ^ T T (aire du disque unité). On obtient ainsi une
contradiction et l’on conclut que les deux hypothèses faites dans cette question sont
incompatibles.
b) Soit F = (F i ,F 2)* Pour trouver G(x,y) lorsque x2 + y2 < 1, on doit déterminer
l’unique racine t(x , y) > 0 de l’équation du second degré :
(1.105) (P i (x,y) + t(x - Fi(x,y))2 + (F2{x,y) + t(y - F2(x,y))2 = 1
et poser ensuite G(x,y) = F(x,y) + t(xyy) ( x - F i ( x iy)iy - F 2 (xiy)), En effet, du fait
de l’hypothèse, on peut affirmer que, pour tout (x , y) G {\z\ < 1}, la droite passant par
1.6. CORRIGÉS DES EXERCICES DU CHAPITRE 1 71

les deux points (supposés) distincts (x,y) et F(x>y) (tous les deux dans {\z\ < 1}) est
sécante (donc non tangente!) au cercle {\z\ = 1}, ce qui implique que le discriminant
réduit du trinôme (1.105) reste strictement positif lorsque tant que x2 + y2 < 1;
il en résulte que l’expression analytique de l’unique racine positive ou nulle t(x,y)
de ce trinôme dépend de (x>y) avec la même régularité que la fonction F (et ce
jusqu’au bord), et donc que G est bien une fonction de classe C 1 dans {\z\ < 1}.
On a ||G(x , 2/)||2 = 1 par définition de G(x,y ), ce pour tout (x>y) G {\z\ < 1}, et
G(x) y) = (x, y) (toujours compte-tenu de la définition de G(æ, y)) lorsque x2+ y 2 = 1.
D ’après le a), une telle fonction G ne saurait exister. L’hypothèse sur laquelle la
construction de G reposait, à savoir que F n’avait aucun point fixe dans {\z\ < 1},
est donc absurde.

C orrigé de l’exercice 1.19.


a) La somme de la série entière J2kt=o a^zk est une fonction C°° à l’intérieur de son
disque de convergence D(0,Æ). Pour 0 < r < R, Tr : 6 G [0,27r] h* f ( r e i6) est donc
de classe C 1. Le fait que ce soit un lacet simple résulte du fait que / soit injective dans
D(0, R), donc dans le disque fermé {|(| < r}. D ’après la formule de Green-Riemann,
l’aire du domaine enserré par ce lacet Vr vaut

^ jf z dz = Y iJ + **?) + irl) W + idv) ■

b ) Compte-tenu de la convergence uniforme de la série entière YlkLo ak zk et de sa


série dérivée sur le cercle de rayon r < R, on a

/( € + iv) + «?) № + idv) = % j Î (j^taeJ-^dz


OO OO 1 p OO

= YHYhià k a i{T- I zt~lzk(lz) = ^ ^ k \ a k \ 2r2k.


fe=0 £=1 J'T'- fc= 1
Le domaine enserré par le lacet Tr est contenu dans le plus petit disque fermé de
centre l’origine contenant ce lacet, c ’est-à-dire le disque fermé de centre 0 et de
rayon su p ^ i^ \f(z)\. Comme la surface de ce disque vaut 7r sup|z|=r \f(z)\2, on a bien
l’inégalité Tr Y%Li k\o>k\2r2k < n (sup|z|=r \f(z)\)2} d’où l’inégalité requise en divisant
par 7r.

C orrig é d e l’exercice 1.20. On suppose que (p est identiquement nulle hors


du disque fermé {\z\ < Ro} et l’on choisit R > Ro- En utilisant la formule de Green-
Riemann dans la couronne K = {e < \z\ < R }, on observe, du fait que 0[^(C) dÇ] = 0
dans C et que 9 ( l / ( n+1) = 0 dans C*, que, pour tout e > 0,

f 5[y(Ç)dÇ] = _ J _ f <p(QdÇ
to*J\c\>* <n+1 2i7r K cn+1 ’
où % : 9 e [0,271-] H-» ei6. On remplace C ^ ¥>(() sous l’intégrale de droite par son
développement de Taylor-Young à l’ordre n + 1 en 0, soit :

« a - £
72 1. LE PLAN COMPLEXE ET LES FORMES DIFFÉRENTIELLES DANS LE PLAN

En remarquant que s i O < p + g < n + l,

/ <”(" * »
7o, c

si et seulement si p —q — n = 0, c ’est-à-dire si p = q + n, ce qui implique q = 0 et


p = n sous l’hypothèse p + q = 2q + n < n + l, on voit que
1 1 dp+y
2in U E<
p+qn+1p!g! dzPdzQ
Ve > 0,

tandis que le terme o(|C|n+1) contribue à une limite nulle lorsque e tend vers 0, d’où
le résultat.

C orrigé de l’e x ercice 1.21. On a (par définition des dérivées directionnelles


d’une fonction de classe C 1 dans un ouvert) que, pour une fonction F de classe C l
au voisinage de K , (V F ,n ext) = dF/dnext sur la frontière de i f . Comme F est ici
supposée C 2 au voisinage de i f , la formule demandée résulte d’une application directe
de la formule de Green-Ostrogradski (1.57) (théorème 1.4).

C orrigé_de l’ex e rcice 1.22. On prend e strictement positif très petit, et l’on
utilise dans D\D(z , e) la seconde formule de Green (1.59) (théorème 1.5) avec les choix
F(C) = /(C) et G(C) = log \z —C|/(27t). Comme ces deux fonctions sont harmoniques
dans l’ouvert D \ {|£ - * \ < * } lorsque e < R — \z\, le membre de droite de cette
formule est nul, tandis que le membre de gauche est égal à

1_
2it

2?T / log K - A S r dtJ{IC-*|=€} •


dn<;
On fait tendre ensuite e vers 0 et l’on constate, d’une part que
l f df
lim — / log |C - z\ -?-r dcri\c-z\=e\ = 0
£-►0 2lT J{\Ç—
> { \ C - zz\=e\
\=e} ' '9 ñ C

(car e log e tend vers 0 lorsque e tend vers 0), d ’autre part que

aïog ic — .g|
lim ~ f
e —»0
27r Juz-c
/ il*-C I= «}
dnç
' í¿cr{|C-^|=e> = f(z)

puisque / est continue dans D .

C orrigé de l ’e x ercice 1.23.


a) On prend R > Ro et on applique la formule de Cauchy-Pompeiu (1.60) (théorème
1.6) pour représenter <p à l’intérieur de i f = {|C| < R }. L’intégrale double au second
membre de cette formule est une intégrale double sur R2 tout entier car <¿>(C) = 0 si
|C| > R- On obtient ainsi la première égalité voulue, la seconde s’en déduisant par le
1.6. CORRIGÉS DES EXERCICES DU CHAPITRE 1 73

changement de variables z —( <— >Ç.


b ) On pose, pour tout z G C,

^ - ~ J L ^ + q ît
(l’intégrale est de fait une intégrale sur {\(\ < Æo})- Le théorème de dérivation des
intégrales fonction de deux paramètres (ici x, y, où z = x + iy) s’applique et l’on
vérifie, du fait de la relation établie au a), que d$/&z = <p dans C.
C orrig é de l’ex ercice 1,24. Il s’agit d ’appliquer directement la formule de
Cauchy-Pompeiu (1.60) (théorème 1.6). L’intégrale sur 71 : = 6 G [0,27r] »-)• dis­
parait ici parce que la fonction que l’on représente est identiquement nulle sur le
support de ce chemin. Comme d ’autre part elle vaut f{z) en ( = z, on représente bien
la fonction / en utilisant la formule de Cauchy-Pompeiu avec la fonction proposée.

C orrig é de l’exercice 1.25.


a) On dispose, pour tout A: G N*, de l’identité ( k - zk = (C - z) £ ¿ ” 0 C***"1” *)*
Chaque fonction Ç (Pj(0 -Pj{z))/{ C — 2), 3 = l f . . . » s’exprime donc sous la
forme C *-> Pj((,z)i où Pj G C [XyY]} deg Pj = deg pj - 1. On peut donc poser, pour
tout z G C,
m
pA Q p ?(Ç> z)
< ? .« ) = E
3 =1
IIp î O I I 3 ’
C ’est une fonction de classe C°° car ||p||2 ne s’annule pas. On a

E ? p A *) p A 0
V* , C GC , Qz(C)(z - 0 + 1 =
b(C )ll2

b ) La seule chose importante à remarquer ici est que la règle de Leibniz (relative au
calcul de la dérivée d’un produit) implique

¿ [<3.(0 ( * - 0 + 1]2 = 2 (Z - 0 (< 3 ,(0 (* - 0 + 1) S ( 0

/E P j(z)p j(0 ' rE ra ( 0 a ( C .* ) i


= 2(z - 0
r lb «)ll2 dç ' _1 lb(C)ll2
La formule de Cauchy-Pompeiu, appliquée à la fonction proposée, donne donc, pour
tout z G £>(0, R) :

r i \Pe(0Pe(Ç,z)-
Pj( 0 9

(1.106)
- s i* » J L R) lb(C)ll2 9C _1 lb(OII3
dÇdi]

1 r d(>
+
lb(C)ll2 < -z'
où 'yR : 0 g [0,27r] ■-> fíe*0.
c) Lorsque /2 est fixé, les diverses intégrales doubles figurant comme coefficients des
74 1. LE PLAN COMPLEXE ET LES FORMES DIFFÉRENTIELLES DANS LE PLAN

Pj(z), j = 1, ...,m , dans le premier des deux blocs du second membre de (1.106)
ont des expressions polynomiales en z de degré (en z) au plus d — 1. L’intégrant
dans chacune des intégrales doubles figurant comme le coefficient du monôme zk
(k < d — 1) se présente (au voisinage de l’infini en h z fixé) comme une expression
en Oz(\Ç\~d)x O z(\Ç\-2) = Oz{\C\~d~2) du fait de l’inégalité max(degPj) < d—1 et de
ce que ||p(C)||2 rsj K\C\2d (avec k > 0) lorsque |Ç| tend vers l’infini. Le terme figurant
sous l’intégrale curviligne se présente (toujours au voisinage de l’infini et à z fixé)
comme un (Oz(\(\~d))2 x O^dCI- 1 ) = Oz(|CI~’ 2d” 1) = Oz(R~2d~1). Si l’on fait tendre
R vers l’infini dans (1.106) (z restant fixé), l’intégrale curviligne au second membre
de cette identité contribue à un Oz(R~2d) et tend donc vers 0. D ’autre part, toutes
les intégrales doubles figurant dans le premier bloc sont absolument convergentes sur
C car —d — 2 < —2 et l’on obtient donc ainsi l’identité de Bézout requise à condition
de poser, pour j = 1, ...,m :

P&>z) d e=i di7


« { z ) = î I l e lb(C)ll2 ac lb(C)ll2
(le membre de droite est bien un polynôme en ¿ de degré au plus d — 1 car le coef­
ficient de chaque monôme zk est une intégrale double absolument convergente (en la
variable £). Une méthode alternative pour réaliser une telle identité consiste à utiliser
l’algorithme d’Euclide (qui fournirait lui aussi, notons le, des polynômes qj de degrés
inférieur ou égal à d —1) 1.
C orrigé de l’ex ercice 1.26.
a) Soit e > 0 suffisamment petit pour que le disque fermé {|£ —Zj\ < e} soit contenu
entièrement dans l’intérieur de K dès que Zj G K , ce pour tout j = 1, ...,p II résulte
de la formule de Cauchy-Pompeiu (1.60) (théorème 1.6) que, si 7 € : 0 e [0, 27t] h* ee**,

1 p( C) P (Z j+ Q
2î 7T Lai<+ Q(C) ( X !/ a3'k
< Q(zj + 0
7.
ZjeK 1 J~
Comme, pour tout j = 1,..., m, la série entière EfkLo aj>kXk a un rayon de convergence
non nul, on peut affirmer que, pourvu que e soit assez petit,
1 p +00 +00 1 p
£ : sfj ( ( e ^<s)«=
Zj£K
u G K k = —Vj
e
zZ *j e K
€ K k—
E
= -—VVAj
(ldi) - Zj€K
E “j.-
za G K

b) D ’après l’hypothèse, l’intégrale curviligne JdK+ P(Ç) d(/Q(Ç) reste inchangée si


l’on remplace le chemin d’intégration par le chemin 7 r : 6 G [0,27r] R é 10,
avec K C D(0, R) (ceci résulte de la formule de Green-Riemann appliquée au compact
{|C| < R } \ intérieur^)). Comme |P(C)|/|Q«)I ~ « JRdegP_degQ = 0(R~2) ( k > 0)

1. En revanche, lorsque le problème de la recherche d ’une identité de Bézout 1 = 1PjQj est


posé en plusieurs variables (lorsque les p i , s o n t des polynômes en n variables à coefficients
complexes sans zéro commun dans Cn , il s’agit là de questions classiques se posant par exemple en
robotique), les méthodes d ’inspiration analytique (telles celle qui fait l’objet de cet exercice) s’avèrent
plus efficaces que les méthodes basées sur l’utilisation de l’algorithme d ’Euclide pour contrôler de
manière la plus économique la complexité géométrique (quantifiée de fait par le degré, on peut ainsi
réaliser des qj tels que m axdeg (pjqj) < dinf(n*m)) d ’une telle identité.
1.6. CORRIGÉS DES EXERCICES DU CHAPITRE 1 75

sur le cercle |C| = R lorsque R tend vers l’infini, l’intégrale curviligne f P(Ç) dÇ/Q(Ç)
est un 0 ( l / i î ) lorsque R tend vers l’infini et tend donc vers 0 dans ces conditions.
On a donc bien fdK+ P(Ç) dC/Q(C) = 0 dans ce cas.

Corrigé de l’exercice 1.27. Il suffit de montrer la formule lorsque R s’écrit


R(X) = c(X - z\), avec c G C* (le cas général s’obtient en factorisant P et Q en
facteurs du premier degré). Comme l’intégrale sur R 2 de A (p est nulle (puisque (p est
à support compact), on peut supposer c = 1. On utilise la seconde formule de Green
(1.59) (théorème 1.5) avec les choix F(Ç) = <p(() et G(Ç) = log|( - zi \/(2tc) dans le
compact K = {|£| < i?o} \ -D(2i,e ), où Ro > \zi\ et e < Ro — \zi\. On fait ensuite
tendre e vers 0. L’argument est le même que celui utilisé dans la preuve du théorème
de Cauchy-Pompeiu (théorème 1.6).
Corrigé de l’exercice 1.28. Ceci est faux : soit U = C* ; s’il existait un voisi­
nage V du cercle unité dans C dans lequel la forme dz/z soit exacte, on aurait, d ’après
la proposition 1.3, en prenant 71 : 0 e [0,1] e2î7r0, / 7i d(/Ç = 0, ce qui est faux
puisque cette intégrale vaut 2ítt.
Corrigé de l’exercice 1.29. On peut supposer U connexe (sinon, on travaille
indépendamment avec chaque composante connexe de U). On fixe un point de base
a e Uy on choisit co tel que f(a) = exp(co), et, pour chaque z e U, on introduit
(comme dans la preuve de la proposition 1.13) un chemin continu 7a>2 de support
dans [/, d’origine a et d’extrémité 2. On définit g par g{z) = co + / / 07a, ¿C/C Cette
définition de dépend pas du choix du chemin 7ûjZ et définit (voir la preuve de la
proposition 1.13) une détermination continue du logarithme de / dans Í7.

Corrigé de l’exercice 1.30. Si C et C* étaient homéomorphes, ils auraient le


même groupe d’homotopie 7Ti. Or 7Ti(C) = { 0} car C est étoilé, donc simplement
connexe, tandis que 7Ti(C) = Z d ’après la proposition 1.14.
Corrigé de l’exercice 1.31. Soit 71 : 6 i-> e2™6 et k(f) le degré du lacet / 07. Si
h : z e C* f{z)/zk^\ on constate que le lacet ho^i a pour degré k(f) —k(f) = 0.
Comme la classe d’homotopie de 71 est un générateur du groupe d ’homotopie 7Ti(C*)
(voir la proposition 1.14), on en déduit que, pour tout lacet continu de C*, le degré
du lacet h o 7 est nul. D ’après le résultat établi à l’exercice 1.29, il existe bien une
détermination continue du logarithme de h dans C*.

Corrigé de l’exercice 1.32.


a) Si g est une détermination continue du logarithme de / dans E/, exp (g/n) ( n e N*)
est une détermination continue de la racine n-ième de / dans U.
b ) S i / = gn d a n s U e t si 7 d é s ig n e u n la c e t c o n tin u d e C/, o n a

f dz/z = f df/f = n f dg/g,


J/07 v/7 J7
donc Ind ( / o 7 ,0) = n Ind (g o 7 ,0) e n Z .
c) D ’après le résultat établi à la question b ), on a alors, pour tout lacet continu 7 de
UyInd ( / 0 7 , 0) e nZ. Comme flneN* = № > on a donc Ind ( / o 7 , 0) = deg( / o 7 ),
ce pour tout lacet continu de U. Il résulte du résultat établi à l’exercice 1.29 qu’il
existe une détermination continue du logarithme de / dans C7.
76 1. LE PLAN COMPLEXE ET LES FORMES DIFFÉRENTIELLES DANS LE PLAN

C o r r ig é d e l ’e x e r c ic e 1 . 3 3 . L e p r e m ie r p o in t r é s u lte im m é d ia te m e n t d e la
d é fin itio n d e la c o n c a té n a tio n ( 1. 74 ) d e d e u x c h e m in s, c o u p lé e a v e c la d é fin itio n d e
l ’in v e rs e 7 »-> 7 V ( 1 . 75 ). S i 7 : [0,1] C e s t u n la c e t d e p o in t d e b a se a , les d e u x
la c e ts

a si £ < 1 /2 7 (2£) si t < 1/2


€a V7 : £E [0,1] h» 7 V6a : £E [0,1] h-*
7 ( 2 t - 1) si £ > 1/2 a si £> 1/2
n e so n t p a s é g a u x en g é n é r a l. C e c i p r o u v e q u e la c o m m u t a t iv it é e s t en d é fa u t ; l ’a s­
s o c ia t iv it é l ’e s t é g a le m e n t : p r e n d r e 70 = 72 = 7 , 7 ! = 7 V" : o n c o n s ta t e a lo rs q u e
l ’o n a (70 V7 1 ) V72 = ea V7 ta n d is q u e 70 V (71 V72 ) = 7 Vea.
C o r r i g é d e l ’ e x e r c i c e 1 . 3 4 . S o ie n t 7 0 ,7 1 ,7 2 tro is la c e ts d e U de p o in t d e b a se
a (q u e l ’o n s u p p o s e p a r a m é tr é s to u s les tr o is su r [0 ,1 ] ) . O n d é fin it le la c e t c o n c a té n é :

7o(31) si £E [0,1/3]
Г :£ E [0 , 1] 1— У <7i(3(* —1/3)) si £E [1/3,2/3]
72(3(£ —2/3)) site [2/3,1].
O n o b se rv e q u e la r e s tr ic tio n Г о д d e ce la c e t à [0 , 2 / 3] (p a r a m é tr é e d e m a n iè re a d ­
m issib le su r [0 , 1]) e s t c la ir e m e n t h o m o to p e a u la c e t 70 V 7 1 (d é fin i p a r ( 1. 74 )) ta n d is
q u e la r e s tr ic tio n Г ^ d e Г à [1/ 3 , 1] ( p a r a m é tr é e d e m a n iè re a d m is s ib le s u r [0 , 1]) e s t
h o m o to p e a u la c e t 7 1 V 72. E n fin les la c e ts Г о д V 72 e t 70 V T i }2 so n t t o u s les d e u x ho-
m o to p e s a u la c e t Г . C e s d iv e rs e s h o m o to p ie s e n tr e la c e ts d e p o in t d e b a s e a, s o u v e n t
lo u rd e s à e x p r im e r via l ’e x p lic it a t io n d es fo n c tio n s c o n tin u e s F : [0 , 1] x [0 , 1] - » [0 , 1]
les ré a lis a n t (s u iv a n t ( 1. 76)) , so n t in tu itiv e m e n t im m é d ia te s à v é rifie r lo rsq u e l ’o n
m o d é lise les tr o is la c e ts co n tin u s 7 0 ,7 1 ,7 2 c o m m e d es é la s tiq u e s . L e fa it q u e 7 V ea
et ea V 7 so ie n t to u s d e u x h o m o to p e s à 7 e s t a u s si u n p e u fa s tid ie u x , m a is im m é d ia t
in tu itiv e m e n t ; p o u r p r o u v e r q u e 7 V ea e s t h o m o to p e à 7 , o n p r o c è d e a in si : o n re­
m a r q u e q u e 7 V ea s ’o b tie n t c o m m e £ E [0 , 1] i-> 7(/<*(£)), o ù f a (t) = 2£ si £ E [0 , 1/ 2]
e t /<*(£) = 1 si £ E [1/ 2 , 1] ; l ’a p p lic a t io n (£, s) E [0 , l ] 2 7 ( ( 1 - s)t + s f a (t)) r é a lise
d o n c l ’h o m o to p ie e n tr e 7 (s = 0 ) e t 7 V еа (s = 1). O n ra is o n n e d e m a n iè re id e n tiq u e
p o u r c o n s tr u ire u n e h o m o to p ie e n tr e ea V 7 e t 7 . E n fin , si 7 e s t u n la c e t co n tin u d e
p o in t d e b a s e a , o n r é a lis e l ’h o m o to p ie e n tre eQ e t 7 V 7 V~ e t ea p a r

7(2£) si £E [0, s/2]


7 (5) si £E]s/2,1 - s/2]
7 v 1 (2£ — 1) si £ e ]1 — s / 2 , 1 ] ,

ce q u i p r o u v e la d e rn iè re a s s e rtio n .

C o r r i g é d e l ’e x e r c i c e 1 . 3 5 . S o it u n ch e m in c o n tin u d ’o rig in e a et d ’e x t r é ­
m ité /?, d e s u p p o r t d a n s U (il e x is t e u n t e l c h e m in c a r U est conn exe, d on c co n n exe p ar
a rc s ). L ’a p p lic a t io n q u i, à la c la s s e d ’u n la c e t 7 d e p o in t d e b a s e P (p o u r l ’h o m o to p ie
<H f/;/3,/3)> a s s o c ie la c la s s e d u la c e t 7 Q}p V7 V7 ^ , r é a lis e l ’is o m o rp h ism e v o u lu (v o ir
la m a n iè re d o n t se c o m p o r te la p rise d e c la s s e v is -à - v is d e la c o n c a té n a tio n e t d e la
p rise d ’in v e rse , v o ir l ’e x e r c ic e 1. 34 ).

C o r r i g é d e l ’e x e r c i c e 1 . 3 6 . O n m o n tre q u e iri(Ui fl C/2,o;) = {éa } p o u r un


p o in t a a r b itr a ir e d a n s U\ fl U2 ^ 0 . S o it 7 : [0,1] -y U\ U U2 u n la c e t c o n tin u d e
1.6. CORRIGÉS DES EXERCICES DU CHAPITRE 1 77

b a se a G U\ D C/2, d e s u p p o r t d a n s l ’u n io n d es d e u x o u v e r ts sim p le m e n t co n n e x e s.
L e s o u v e r ts 7 ” 1 (C/i) e t 7 _ 1 (C/2) r e c o u v r e n t [0 , 1] ; à ce r e c o u v r e m e n t e s t a ss o c ié
e(âë) > 0 p a r le le m m e d u r e c o u v r e m e n t d e L e b e s g u e (te l q u e t o u t so u s-e n se m b le
d e [0,1] d e d ia m è tr e in fé rie u r o u é g a l à e{&) s o it in c lu s d a n s l ’u n d e s o u v e r ts d u
re c o u v r e m e n t &). O n ch o is it u n e s u b d iv is io n to = 0 < t\ < - - < = l de pas
s tr ic te m e n t in fé rie u r à e ( ^ ) , ce q u i a ss u re , p o u r j = 0 , . . . , M — 1, q u e 7 ( fo ,fy + i] ) est
in c lu s so it d a n s C/i, s o it d a n s U2. O n n e c o n s e r v e c o m m e noeuds d a n s c e t t e s u b d iv is io n
q u e les te te ls que 7 (te) G U\ fl C/2. P o u r c h a q u e i = 0 , . . . , M —1, il e x is te u n ch e m in
c o n tin u p a r a m é tr é p a r [0 ,1 ] jo ig n a n t a à 7 (te) e t d e s u p p o r t d a n s U\ fl C/2 (il
e x is t e u n t e l ch e m in c a r C/i fl C/2 e s t s u p p o s é c o n n e x e , d o n c c o n n e x e p a r a rcs) ; o n
p re n d 5a ,7(io) = eor C h a q u e la c e t

Ve •= âaa(te) V ^ 7 (te + t(t£+1 - fy))J V (¿a,7(t£ + i))V

e s t h o m o to p e a u la c e t ea , so it d a n s P h o m o to p ie s o it d a n s P h o m o to p ie 'Hu2\a,oL
(s u iv a n t q u e ^(\te^e-\-i\) e s t in c lu s e n tiè r e m e n t d a n s U\ o u C/2)) p u is q u e U\ e t U2 so n t
to u s d e u x su p p o s é s s im p le m e n t c o n n e x e s. C o m m e 7 e s t c la ir e m e n t h o m o to p e (d a n s
P h o m o to p ie 'Hu1uu2\aia c e t t e M la c e ts 77^,
fo is, a u la c e t o b te n u e n c o n c a té n a n t les
i = 0, . . . , M — 1 , le la c e t 7 e s t h o m o to p e (d a n s 'Huiuu2\a,a) a u la c e t c o n s ta n t ea .
L ’o u v e r t U\ U U2 e s t s im p le m e n t c o n n e x e c a r ni(Ui U C/2, a) = {èa} p o u r u n c e r ta in
p o in t a , d o n c p o u r t o u s les p o in ts a p u is q u e U\ U C/2 e s t c o n n e x e .
S i C/i = {z; 1 < |^| < 2 } n { | A r g ( ^ ) | < 27r / 3 } e t C/2 = { ( — x,y) ; (x>y) G C/i}, les d e u x
o u v e r ts Ui e t U2 (s y m é tr iq u e s p a r r a p p o r t à l ’a x e yf0 y) s o n t c la ir e m e n t sim p le m e n t
c o n n e x e s c a r, si l ’o n p a ss e e n co o r d o n n é e s p o la ir e s , ils d e v ie n n e n t d e s r e c ta n g le s , p a r
e x e m p le U\ = [ l , 2]r x [— 27t/ 3 , 27t/ 3]^) ; le u r u n io n e s t la co u ro n n e {1 < \z\ < 2 } q u i,
e lle , n ’e s t p a s sim p le m e n t c o n n e x e (le p r e m ie r g r o u p e fo n d a m e n ta l e s t Z , c o m m e p o u r
C * , c a r o n a fa it u n < t r o u > dans le d is q u e £>(0,2) q u i, lu i, e s t sim p le m e n t c o n n e x e ).
Ic i U\nC/2 n ’e s t p a s c o n n e x e , ce q u i e x p liq u e p o u r q u o i le r é s u lta t c o n c e rn a n t la sim p le
c o n n e x ité d e l ’u n io n U\ U C/2 s ’a v è r e e n d é fa u t.

Corrigé de l’exercice 1.37.


a ) S o it K l ’e n v e lo p p e c o n v e x e fe rm é e d e l ’e n s e m b le { p i , i a p rè s r é in d e x a tio n
des pj) o n p e u t s u p p o s e r q u e pn e s t u n s o m m e t d u p o ly è d r e c o n v e x e K ; si est
u n e fo rm e R -lin é a ir e su r R 2 te lle q u e K c {{x,y) G R2; Lisfix^y) < Ln (pn)}, o n
{(x,y) G R2 \LN{x,y) < k i } e t n Wi2 : =
p o s e I I w ,i := { ( x , y ) G R 2 ; LN(x,y) > k2},
avec K2 < Ki < Ln (pn) e t Ln (pn) —k2 s u ffis a m m e n t p e t it .
b ) P u is q u e I l ^ i U l I j v ^ = C , les o u v e r ts 7 “" 1 ( IIjv ,i) e t 7 " 1 (II;v l2) r e c o u v r e n t [0 , 1] ; à ce
recouvrem en t & est a s s o c ié e ( ^ ) > 0 p a r le le m m e d u r e c o u v r e m e n t d e L e b e s g u e (te l
q u e t o u t so u s-e n se m b le d e [0,1] d e d ia m è t r e in fé rie u r o u é g a l à e ( ^ ) s o it in c lu s d a n s
l ’u n d e s o u v e r ts d u r e c o u v r e m e n t âê). O n c h o is it le p a s d e la s u b d iv is io n s t r ic te m e n t
in fé rie u r à e ( ^ ) , c e q u i a ss u re , p o u r j = 0, . . . , M — 1, q u e 7 ( [ ^ ) ^ + i ] ) e s t in c lu s
s o it d a n s I I ^ i , s o it d a n s I I jv,2- O n é lim in e e n s u ite é v e n tu e lle m e n t (p a rm i les n œ u d s
^0) •••) 1 d e la s u b d iv is io n ) le s n œ u d s te t e ls q u e 7 (ti) n e s o it p a s u n p o in t d e
UNAr\UNt2 (si t e l e s t le ca s, les im a g e s p a r 7 d e s d e u x in te r v a lle s te] e t [¿¿, te+1]
s e ra ie n t to u t e s d e u x in clu se s d a n s le m ê m e d e m i-p la n 11^ ,1 o u 11^,2)• L a s u b d iv is io n
d é te rm in é e p a r les n œ u d s r e s ta n ts c o n v ie n t.
c) O n m o n tre p a r in d u c tio n su r N > 2 le r é s u lta t s u iv a n t : é t a n t d o n n é u n p o ly è d r e
78 1. LE PLAN COMPLEXE ET LES FORMES DIFFÉRENTIELLES DANS LE PLAN

convexe ouvert II de € , m + 1 points distincts ûi,pi, ...,pm de II (m < N), tout lacet
continu de point de base a et de support dans II est homotope dans à
un lacet se présentant comme la concaténation d’un nombre fini de lacets de la forme
(1.84), les points Pj concernés étant à prendre parmi p i,...,p m, e étant à prendre
strictement inférieur à la fois mine^jPj et à m inj<i(pj,dll), les chemins 6aj 0 étant
ici de support inclus dans Il \ {p i, ...,pm}. Le résultat est vrai dans le cas N = 2
puisque 7Ti(II \ {p i}) est engendré par la classe de tout lacet 7 consistant à faire
une fois le tour de pi dans II en partant d ’un point arbitraire pi ^ pi de II tel que
|pi — Pi| < d(pi,0II) du fait que II \ { p i} est homéomorphe à C * comme II l’est
à C (appliquer ensuite la proposition 1.14). On suppose donc l’hypothèse inductive
acquise pour un certain N > 2. Il faut vérifier l’hypothèse inductive au cran N + 1,
le cas à étudier étant celui de N points distincts dans un polyèdre ouvert convexe II.
Pour cela, on introduit ces N points pi, ...,p // de II, les demi-plans séparants II//,i et
II//,2 comme au a) et l’on va utiliser l’hypothèse inductive au cran N avec II fl II//,1
(les points de la liste appartenant à cet ouvert étant Pi, ...,p w -i) et I I n lI //,2 (le seul
point de la liste appartenant à cet ouvert étant p^ ). On peut sans perte de généralité
(quitte à introduire un aller-retour au niveau de la définition des lacets) supposer que
a G II//,i fl II//,2. Pour chaque j = 0 , . . . , M —1, on introduit un chemin continu f3j
(paramétré sur [0, 1]) de support inclus dans II//,i fl II//,2, d ’origine a et d ’extrémité
le point 7 (tj) (on prend fio = £<*» chemin constant stationnant au point a) : les lacets

Vj = fij v [* € [0,1] 1 y7 ( 1 “ f y + i) + ( l ” *) fy ) ] • [0,1] €, j = 0, . . . , M - 1 ,

so n t d es la c e ts d e p o in t d e b a s e a , d e s u p p o r t s o it e n tiè r e m e n t d a n s II f l II//, 1, s o it
e n tiè re m e n t d a n s II f l II//,2. O n u tilis e d o n c l ’h y p o th è s e in d u c tiv e d a n s c h a c u n d es
d e u x p o ly è d r e s c o n v e x e s o u v e r ts n o n v id e s II f l I I jv, i e t II f l II//,2. L e la c e t 7 e s t h o ­
m o to p e (p o u r l ’h o m o to p ie 'Hn\{pi1...,pN};a1oc) a u la c e t d e p o in t d e b a s e a o b te n u en
c o n c a té n a n t les la c e ts rjj, j = 0, . . . , À f — 1 . C h a c u n d es la c e ts r)j, j = 0, . . . , M — 1 ,
e s t h o m o to p e (s o it d a n s ( n f l I L v ,i) \ { p i , . . . , p w - i } o u d a n s ( I l fl n ^ , 2) \ { p w } s u i­
v a n t q u e so n s u p p o r t e s t d a n s II fl II//,i o u II fl II//,2) à u n la c e t d e la fo rm e v o u lu e
( c ’e s t l ’h y p o th è s e in d u c tiv e ) . L e la c e t 7 e s t d o n c b ie n h o m o to p e , d a n s l ’h o m o to p ie
^ n \{p i,...,p A r};a,a à u n la c e t d u t y p e v o u lu . C o m m e II p e u t ê tr e ch o isi a r b it r a ir e d e
m a n iè re à c o n te n ir le s u p p o r t d e 7 e t les p o in ts p ^ le r é s u lta t q u ’il fa lla it p r o u v e r à
c e t t e q u e s tio n e s t b ie n a c q u is .
d) P ou r to u t j= 1 , . . . , iV , o n p o s e kj(f) = In d ( / o 7 ;- , 0 ) = d e g ( / o 7 ¿ ), o ù 7 j d é sig n e
le ch e m in 9 -> p j + e e M , e é t a n t ch o isi s tr ic te m e n t in fé rie u r a u m in im u m d e s d is ­
ta n c e s m u tu e lle s e n tr e les p o in ts p j , j= 1 ,..., N. Si h : Un C * d é sig n e la fo n c tio n
z e Un ~Pj)kj^\ o n o b s e r v e p a r c o n s é q u e n t q u e l ’o n a a u n iv e a u
d es in d ice s In d(h o 7^, 0) = d eg(/i o 7^) = 0 p o u r j = 1 , . . . , N. D u fa it q u e t o u t la ­
cet 7 de Un d e p o in t d e b a s e a G Un e s t h o m o to p e d a n s l ’h o m o to p ie 'HuN\otia à la
c o n c a té n a tio n d ’u n n o m b re fin i d e la c e ts d u t y p e ( 1 .84 ) ( d ’a p rè s le r é s u lta t é t a b li a u
c ) ) , o n e n d é d u it q u e p o u r t o u t j = 1, . . . , iV , p o u r t o u t k e Z, degiho'yj ) = 0, e t, p a r
c o n s é q u e n t ( d ’a p rè s la p r o p o s itio n 1 .1 2 ) , q u e d e g (h c > 7 ) = 0 p o u r t o u t la c e t c o n tin u
7 de su p p o rt dans Un - H r é s u lte a lo rs d e l ’ a s s e rtio n é t a b lie d a n s l ’e x e r c ic e 1.29 q u e
la fo n c tio n h adm et u n lo g a r ith m e c o n tin u g d a n s U. O n o b s e r v e a u s si q u e , p o u r q u e
ce ci s o it le ca s, il e s t in d is p e n s a b le q u e d e g (h o 7 j) = 0 p o u r j = 1, donc que
1.6. CORRIGÉS DES EXERCICES DU CHAPITRE 1 79

kj(f) kj(f)> j = 1, . . . , 1V.


= d e g ( / 0 7 ^ ), ce q u i im p o s e l ’u n ic ité d u c h o ix d es
e) É t a n t d o n n é u n a lp h a b e t fin i N e t l ’a lp h a b e t < re n ­
= { 7 1 , . . ., 7 i v } d e c a r d in a l
v e rs é » = { 7 i /_1, •••)7]v~1 } Qui h d es^ é q u ip o te n t, le groupe des mots c o n s tr u it
su r (o u groupe libre construit sur un ensemble fini de cardinal N) e s t r é a lisé co m m e
l ’e n se m b le d es m o ts fo rm é s en c o n c a té n a n t d e s « c a r a c tè r e s » p ris d a n s srf o u «g^ v ,
p u is en fa is a n t d is p a r a itr e (ré d u c tio n ) les b lo c s d e c a r a c tè r e s d u t y p e 7 ; V 7 V et
7 V 1 V 7 j c h a q u e fo is q u ’ils s u r g is s e n t d a n s l ’e x p r e s s io n d u m o t. S o it le g r o u p e d es
m o ts c o n s tr u it su r l ’a lp h a b e t à N c a r a c tè r e s 7 1 , . . . , 7 n . S i l ’o n in te r p r è te 77
c o m m e la c la sse d ’h o m o to p ie d u la c e t 6 G [0 , 1] pj + e e 2î7r0, j = 1 , . . . , 1V (a v e c
e < m in j^id{zj)ze))^ le r é s u lta t é t a b li à la q u e s tio n c ) a ss u re l ’e x is te n c e d ’u n m o r­
p h is m e s u r je c t if d e 7Ti(Un ^oî) ~ ^i {Un ) d a n s le g r o u p e d es m o ts à N c a r a c tè r e s (ici
p r é c is é m e n t 7 1 , . . . , 7 tv)- D u fa it d e la m a n iè re d o n t e s t c o n d u ite l ’in d u c tio n a u c ) (en
p a r tic u lie r d e la tro is iè m e e x ig e n c e im p o s é e a u b ) a u x s u b d iv is io n s c o n d u is a n t a u
d é c o u p a g e d es la c e ts (e t su r la q u e lle se fo n d e e n s u ite l ’in d u c tio n d u c )), o n o b s e r v e
q u e l ’e x p r e s s io n q u e l ’on tr o u v e e n c o n c a t é n a n t le s la c e ts ( 1 . 84 ) e s t n é c e s s a ire m e n t
u n e e x p r e s s io n « r é d u ite » . C o m m e la fo r m e r é d u ite d ’u n m o t d u g r o u p e JS?tv e s t
u n iq u e , o n en d é d u it q u e le m o r p h is m e c o n s tr u it ic i d e 7Ti (Un ya) d a n s J?n e s t a u s si
in je c tif. C ’e s t d o n c u n is o m o rp h ism e e t l ’o n p e u t d o n c a ffirm e r q u e tti(Un ) —&n -
f ) Si U d é sig n e u n o u v e r t d e C h o m é o m o rp h e à C e t q u e p i , ...,p w fig u r e n t N p o in ts
d is t in c t s d e i/ , l ’o u v e r t Un = U \ { p i , ..., p w } e s t h o m é o m o rp h e a u c o m p lé m e n ta ir e
(d a n s C ) d e l ’e n se m b le c o n s titu é d e N p o in ts d is t in c t s (le s im a g e s d e s pj via l ’h o m é o -
m o r p h is m e e n tr e U et C ) . L e g r o u p e tti(Un ) e s t d o n c iso m o rp h e a u p re m ie r g r o u p e
d ’h o m o to p ie d e C p r iv é d e N p o in ts d is tin c ts , c ’e s t-à -d ire a u g r o u p e lib re su r u n
e n se m b le d e c a r d in a l N (v o ir la q u e s tio n e ) ) .

C orrigé de l’ex ercice 1.38. O n r e p re n d d a n s c e t e x e r c ic e l ’id é e u tilis é e d a n s


1.36. L e s o u v e r ts Ui = S 2 \ N e t U2 = S 2 \ S (N e t S d é s ig n a n t p ô le n o rd
l ’e x e r c ic e
e t p ô le su d ) so n t t o u s les d e u x h o m é o m o rp h e s à C via r e s p e c tiv e m e n t les p r o je c tio n s
s té r é o g r a p h iq u e s 7r+ e t 7r” (v o ir la s o u s -s e c tio n 1 .1 .2 ) ; ce s d e u x o u v e r ts so n t s im p le ­
m e n t c o n n e x e s a u se n s d e la d é fin itio n p r o p o s é e d a n s le t e x t e d e l ’e x e r c ic e : t o u t la c e t
co n tin u 7 t r a c é d a n s l ’u n d e ce s o u v e r ts Uj e t d e p o in t d e b a se a G Uj e s t h o m o to p e
a u la c e t c o n s ta n t ea ; o n ré a lise e n e ffe t p o u r v o ir c e la l ’h o m o to p ie e n tre les d e u x la c e ts
t r a c é s d a n s C , d e p o in t d e b a s e 7r± ( a ) , q u i s o n t im a g e s p a r n± r e s p e c tiv e m e n t d e 7
e t d e ea , p u is o n r e lè v e c e t t e h o m o to p ie via ( 7r ± ) ” 1 en u n e h o m o to p ie e n tr e la c e ts d e
p o in t d e b a s e a tr a c é s c e t t e fo is d a n s Uj . L ’in te r s e c tio n U\ fl U2 = S 2 \ {iV , S} e s t
c o n n e x e . L ’a rg u m e n t u tilis é à l ’e x e r c ic e 1.36 s ’a p p liq u e d e m a n iè re rig o u r e u s e m e n t
id e n tiq u e .

C orrig é de l’ex ercice 1.39.


a) L e la c e t t G [0 , 1] 7 (t) (d e s u p p o r t d a n s C * ) e s t h o m o to p e d a n s l ’h o m o to p ie
e n tr e la c e ts lib re s Hc* a u la c e t t G [0 , 1] h* 7(£ )/|7(£ )| ( tr a c é su r le c e r c le S1) ; il
s u ffit d e p re n d re c o m m e la c e ts in te r m é d ia ire s d a n s la d é fo r m a tio n co n tin u e r é a lis a n t
l ’h o m o to p ie e n tr e la c e ts lib re s les la c e ts

% : t ^ (1 - s) j(t) + s 7 (0
80 1. LE PLAN COMPLEXE ET LES FORMES DIFFÉRENTIELLES DANS LE PLAN

F i g u r e 1 .1 0 . V aleurs de la fon ction z In d ( 7 ,^ ) (exercice 1 .4 0 )

b) Les d eu x lacets considérés ont m ê m e degré (c o m m e lacets continus de C * ) ; ils sont


donc h om oto p es dans P h om otopie Hc* d ’ après la proposition 1 .1 4 .

C orrigé de l’ex e rcice 1.40. Les valeurs de la fon ction z In d ( 7 , z) dans les
diverses com p osan tes con n exes de C \ su pp ( 7 ) sont affichées pour les d eu x exem ples
envisagés dans l ’exercice sur la figure 1 .1 0 . L a règle utilisée ici est celle qui est proposée
dans l ’énoncé. Soit a un poin t app arten an t à l’ une des com p osan tes connexes de
C \ supp 7. S u pposon s que la d em i-d roite La (dirigée par ua) issue de a rencontre le
lacet de m anière transverse en des poin ts distin cts zn >zn- 1, z\ tels que l ’on ait par
exem ple |zn — oî\< \zn- i —a\ < ••• < \z\ —a\. E n to u t point 2 de cette d em i-d ro ite
tel que \z — a\ > \z — 211, on a In d ( 7 , z) = 0 (puisque le poin t 2
l ’on ait l’inégalité
appartient alors à l ’unique co m p osa n te connexe non bornée du com p lém en taire du
su pport du lacet 7 ). Il suffit, pour justifier la règle de calcul proposée pour In d ( 7 , ce),
de vérifier que :

(1) si le lacet intersecte transversalem ent La en z\ dans le sens trigon om étriqu e,


ce qui signifie q u ’un observateur avançant surLQ en se dirigeant vers l’infini
voit t h* 7 (t) lui couper la route en z\ en venant de sa droite, alors, pour
to u t z G La tel que \z2 —a\ < \z —a\ < \zi - a|, on a In d ( 7 , z) = 0 + 1 = 1 ;

(2) si le lacet intersecte transversalem ent La en z\ dans le sens inverse du sens


trigon om étriqu e, ce qui signifie q u ’un observateur avançant sur La en se
dirigeant vers l ’infini voit t 7 (t) lui couper sa route en z\ en venant cette
fois de sa gauche, alors, pour to u t z G La tel que \z2—a\ < \z—ot\ < \z\ — a|,
on a In d ( 7 , z) = 0- 1 = - 1.
E n rem on tan t ensuite de proche en proche depuis l’infini ju s q u ’à a , on observe que
l ’indice (initialem ent nul) est incrém enté de + 1 lorsque l ’ intersection de La et de 7 en
Zj se fait de m anière directe (c o m m e c ’est le cas en z\ dans le cas ( 1 ) ci-d essu s), ou bien
incrém enté de — 1 lorsque l’intersection de La et de 7 en Zj se fait de m anière indirecte
(c o m m e c ’est le cas en z\ d ans le cas (2 ) ci-d essu s). Voici com m en t l’on procède pour
1.6. CORRIGÉS DES EXERCICES DU CHAPITRE 1 81

prouver les deux assertions ci-dessus, le lacet étant paramétré par [0,1]. Si Z\ = 7 (^1)
(il g ]0, 1[), on introduit, pour e > 0 suffisamment petit, les points 7(^1 - e ) et 7(^1 + e)
(voisins de zi, mais distincts de ce point puisque z\ est supposé n’être pas un point
double du lacet), puis deux chemins continus 0+ et 6~ , le premier de support inclus
dans la composante connexe CooiZi de C \ supp7 contenant les points de La de la
forme zi + tuay 0 < t « 1, le second de support inclus dans le composante connexe
CZuZ2 de C \ supp7 contenant les points de La de la forme z\ —tuai 0 < t « 1.
Les lacets 7^ := ^ [o^ -e] V Of V 7|[il+€|i] sont tous les homotopes à 7 . Du fait que le
support de 6+ reste inclus >2l, on a, pour tout z G] 21, 22!» Ind(7 , 2) = Ind(7 + , 2) ;
pour les mêmes raisons, du fait cette fois que supp7^ C CZliZ2, on a, pour tout
z G]2i , a + (+oo)w a [, Ind(7 ,^) = Ind(7 7 , 2). Si 7100,1 et nZliZ2 désignent les valeurs
de la fonction z Ind(7 , 2) respectivement dans les composantes C^iy CZuZ2, on a

f —1 cas (1)
« 00,1 - « 1,2 = Ind(7 ~ ,Zi) - Ind(7e+ ,z i) = ln d (0 " V (0+)v \ z x) =
1+1 cas (2).

C orrig é de l’ex ercice 1.41. En coordonnées polaires, l’anneau C correspond


au rectangle [ l , 2]r x [—7r,7r]^, les deux demi-couronnes C~ et <7+ correspondant
respectivement aux deux rectangles [l,2]r x [—7r, 0]^ et [ l ,2]r x [0, 7r]^. Soit $ + l’ap­
plication linéaire (x>y) h* (2 — æ,7xy) transformant le carré [0, 1] x [0, 1] en le carré
[1,2] x [0, 7r] (avec * + (0 ,0 ) = (2, 0) et $ + ( 1, 1) = (1, tt)). Si : [0, 1] -> [0, 1]2
désigne la courbe de Peano, on définit le chemin 7 + comme le composé (à gauche) de
o & avec l’application (r, 6) •->- ré10. De même, on considère l’application linéaire
$>“ : (æ, y) h» (x + 1 , —7r(l - y)) (transformant [0, l ]2 en [1,2] x [—tt, 0], le point (0,0)
en (1, —7r), le point (1,1) en (2,0)) et l’on définit 7 ” comme la composée (à gauche)
de o & avec l’application (r, 9) reld. Le chemin 7 + est homotope dans l’ouvert
étoilé C \ ¿R” (donc dans C*, pour l’homotopie Hc*\2,-\) au chemin 7 + obtenu en
concaténant t G [0,1] h» 2eî7ri avec t G [0,1] —2 + 1, tandis que le chemin 7 “ est
homotope dans l’ouvert étoilé C \ ¿R"1- (donc dans C*, pour l’homotopie / Hc*\-i,2)
au chemin 7 “ obtenu en concaténant t G [0,1] h* —1 - t et t G [0,1] i-> -2 e mt.
Le lacet 7+ V 7_ est donc homotope (dans l’homotopie Hc *52,2) au lacet 7 + V 7 “ ,
lui-même homotope (puisque les chemins t —2 + t et t\-^ —1 —t sont inverses pour
la concaténation) au lacet t G [0,1] h» 2 e2ilrt. On a donc Ind(7 , 0) = 1 dans le premier
cas. Pour réaliser 7 + dans le second cas, on concatène le chemin 7 + précédemment
construit avec le chemin t G [0,1] ; de même, pour réaliser 7 ” dans le se­
cond cas, on concatène le chemin t G [0,1] h* e“ Z7ri avec le chemin 7 ” précédemment
construit. Cette fois 7 + est homotope dans l’ouvert étoilé C \ ¿R"“ (donc dans C*,
pour l’homotopie 7ic*;2,i) au chemin t G [0,1] h* 2 - 1 tandis que 7 “ est homotope
dans l’ouvert étoilé C \ iR+ (donc dans C*, pour l’homotopie 7ic*; 1,2) au chemin
t G [0,1] »-)> 1 + 1. On a dans ce cas Ind(7 , 0) = 0 car les deux chemins t 2 - 1 et
t h-* 1 + 1 sont inverses pour l’opération de concaténation.
C orrigé de l’ex ercice 1.42. Il suffit d’ajouter les bilans globaux de la variation
de l’argument pour chacun des facteurs. La variation de l’argument le long du lacet
t G [0,1] h» e2mi — a j , j = 1 ,...,JV, vaut 27r car \otj\ < 1, tandis que la variation
de l’argument de t G [0,1] (1 — âj e2i7ri) _1 est nulle puisque \l/ôtj\ > 1. Dans
le premier cas, le bilan total de la variation de l’argument est 2Nn. Si tous les aj
82 1. LE PLAN COMPLEXE ET LES FORMES DIFFÉRENTIELLES DANS LE PLAN

F igure 1.11. Le support de t e [0,1] i-> (1 + 1{ 1 - t))e4iirt (exercice 1.44)

sont de module strictement supérieur à 1, le bilan total de la variation de l’argument


est —2iV7r. Si les otj sont de module différents de 1, le bilan de cette variation est
2it(Nint - iVext), où N'mt = card { j ; \aj\ < 1} et Next = card { j ; \aâ\> 1}.
Corrigé de l’exercice 1.43.
a) Soit ^ l’union du support de T et de la demi-droite R+ = [0, oo[ du plan. Dans la
composante connexe Co de C \ ^ ayant 0 comme point adhérent, on choisit comme
détermination de l’argument la détermination appartenant à ]0, 2n[. Dans la compo­
sante connexe Ci de C \ ^ ayant [/(0),/(27r)] comme partie de frontière commune
avec Co, on choisit comme détermination de l’argument la détermination apparte­
nant à }2ir, 47r[. Dans la composante connexe C<i de C\< é>ayant [/(27r), / ( 47t)] comme
partie de frontière commune avec Ci, on prend comme détermination de l’argument
celle appartenant à ]47r,67r[, et ainsi de suite. Ces diverses déterminations continues
(définies pour chaque ouvert Cfc, k GN) se recollent en fait par construction même
sur tous le segments [ / ( 2A;7r ) , / ( 2(fc + l ) 7r], k GN, et réalisent ainsi une détermination
continue de l’argument dans l’ouvert « en spirale » C \ ([0,1] U suppT).
b ) On raisonne de manière identique, en introduisant les composantes connexes de
C \ (suppT U R + ). Dans l’unique composante connexe Co de cet ouvert telle que
Co fl {ïmz > 0} ait [/(0),/(27r)] dans son adhérence, on choisit la détermination de
l’argument dans ]0,27r[ ; dans les deux composantes connexes C _i et Ci contigües à Co,
on choisit respectivement les déterminations de l’argument dans ] —27r, 0[ et ]27r, 47t[,
et ainsi de suite. Ces diverses déterminations continues de l’argument (définies pour
chaque ouvert C*., k G Z) se recollent en fait par construction même dans l’ouvert
« en spirale » C\suppT pour réaliser une détermination continue de l’argument dans
cet ouvert.

Corrigé de l’exercice 1.44. On a \t(l —t)\ < 1/4 sur [0,1] et, par conséquent,
\/y (t)-e 4™t\< \e4%1Tt\sur [0,1]. Le théorème de Rouché (version topologique, théorème
1.6) s’applique : 7 est par conséquent un lacet de C* et son degré est le même que
celui du lacet t G [0,1] e4l7ri, c ’est-à-dire 2. Le tracé (réalisé avec MAPLE sur la
figure 1.11) rend compte de cet état de fait (le lacet présente un point double car on
observe que 7 (1/ 4) = 7 (3/ 4) = -1 9 /1 6 ).
Corrigé de l’exercice 1.45.
a) On peut supposer üq > 0 (sinon, on divise P par z). Si 2 = r eie ( - 7T < 0 < i r ) est
une racine de P telle que r > 1, deux vecteurs consécutifs dirigeant l’arête entre deux
1.6. CORRIGÉS DES EXERCICES DU CHAPITRE 1 83

nœuds Mj et Mj+i de la ligne brisée [ao : a0+ aiz : •••: ao+aizH -------han- i zn 1 : 0]
font entre eux un angle orienté d’argument constant 9 (puisque aô > 0 pour tout j).
D ’autre part, la suite des longueurs de ces arêtes consécutives est une suite strictement
croissante (car r > 1, plus le fait que l’on ait stricte croissance de la suite (o>j)o<j<n)•
On distingue géométriquement trois cas :
- lorsque \0\ < 7r/2, la ligne polygonale ainsi construite se présente sans point
double; le fermé limité à droite par cette ligne brisée et inférieurement par
] —oo, ao] est un polyèdre convexe du plan ; ce polyèdre ne peut être borné car
la suite des longueurs des arêtes successives de la ligne brisée est strictement
croissante ;
- lorsque \6\ = 7r/2, la ligne brisée se présente sous forme spiralée (avec coins
droits) et ne saurait se refermer puisque la suite des longueurs des arêtes suc­
cessives est strictement croissante ;
- lorsque 7r/2 < \6\ < 7r, la ligne brisée peut être une ligne croisée, mais, du fait
que la suite des longueurs des segments consécutifs est strictement croissante,
ne saurait une fois encore se refermer ; le cas \9\ = tt est le cas extrême où les
arêtes successives se chevauchent mais où la ligne brisée ne peut se refermer
car la suite des longueurs de ces arêtes est strictement croissante.
b ) Puisque P a toutes ses racines dans £>(0,1) (d’après le a)), la variation totale de
l’argument le long du lacet T est égale à 27r fois le nombre de racines de P, soit ici
27rn (voir l’exercice 1.42). Dire que 6 est solution de l’équation proposée ici signifie
que le point T(e2î7çd) appartient à l’axe imaginaire iR. Ni 0, ni ± 7r ne sont solutions
de cette équation. D ’après la règle de calcul pour le calcul < visuel » de l’indice
d ’un lacet par rapport à un point (voir l’exercice 1.40), le lacet T intersecte n fois la
demi-droite zR+ (comme d’ailleurs la demi-droite ¿R~), tous ces points d’intersection
r (0 j) (0 < Qj < 7r) étant forcément des points où l’intersection de T avec cette demi-
droite se fait suivant un repère direct. Le nombre de zéros distincts de l’équation
trigonométrique dans ] —7r, 7t[ (donc aussi dans ]0,27r[ par périodicité) est donc 2n.
C orrigé de l’exercice 1.46.
a) La définition de 7 s (t) (pour t G [0,1]) est licite. L’injectivité de / dans {\z\ < 1}
assure que 7^ est un lacet de C*, continu comme composée d’applications continues.
La fonction (t, s) 1—^ 7s(i) réalise l’homotopie Hc* entre 70 et 71. La proposition 1.12
assure donc que deg7o = deg7i.
b ) Comme 71 est un lacet continu de support dans C*, le lacet 71 admet un relèvement
continu ci : [0, 1] C tel que 71 = exp(ci) (voir la proposition 1.8). On remarque
que, pour tout t G [0,1/2], 71(t + 1/2) = -7 1 (t) et que, pour tout t G [1/2,1], on a
par contre 71 (t - 1/2) = -7 1 (t). Les deux relations demandées résultent de ce que
71 (t) = exp(ci(£)) pour tout t G [0,1] et de ce que les deux fonctions en jeu sont
continues respectivement sur les segments connexes [0, 1/ 2] et [1/ 2, 1].
c) En ajoutant les deux identités établies au b ), respectivement exprimées en t et
t + 1/2 lorsque t G [0,1/2], on obtient la relation voulue, soit k\ -h l\ + 1 = 0 ; comme
fci G Z, il est par conséquent impossible que k\ = l \ . Or, d’après la dernière assertion
de la proposition 1.8 et la définition du degré d ’un lacet de C* (définition 1.11), on a
deg7 i = (c(l) -c ( 0 ) ) /( 2 m ) = fci — h ^ 0. Comme deg7o = deg7i (d’après le a)), on
a aussi deg7o ^ 0.
d ) Si /(0 ) G d [ f ( { \ z \ < 1})], il existe une suite de nombres complexes (wn)n>o
84 1. LE PLAN COMPLEXE ET LES FORMES DIFFÉRENTIELLES DANS LE PLAN

convergeant vers /(0 ) dans C et tels que wn $ f({\z\ < 1}) pour tout n G N. En
reprenant la preuve de la proposition 1.13 \ on montre que, pour tout entier n G N,
il existe une fonction continue gn : {\z\ < 1} C telle que / - w n = exp (gn) dans
{\z\ < 1}. On a donc d e g r n = (pn( r n( l)) - 0 „ ( r n(O)))/(2Mr) = 0.
e) Si l’on note 70,1 le lacet t G [0,1] ^ e2int, on a 70 = ( / - /(0 )) o 70,1 tandis
que r n = ( / „ - / ( 0)) o 70,1. Si \wn - /(0)| < min|2|=1 \f(z) - /(0)|, on en déduit
l’inégalité |(/ — wn) — ( / — /(0))| < min|2|= 1 1/ — / ( 0)|. Le théorème de Rouché
(version topologique, théorème 1.6) assure alors que d e g rn = deg70. Or degTn = 0
d’après le résultat établi au d ). L ’égalité obtenue ici est donc en contradiction avec
le résultat établi plus tôt au c). L’hypothèse suivant laquelle / ( 0) est à la frontière
de /({|z| < 1}) est par conséquent absurde; / ( 0) est un donc un point intérieur de

f) Soit z0 G U et r = r(zo) > 0 tel que {|z — zq\ < r} C U. On applique le résultat
établi au e ) à la fonction ( G { |CI < 1} ^ f{zo + r Ç) et l’on en déduit que / ( 20) est
intérieur à f(U). Ceci étant vrai pour tout 20 G U, f(U) est bien un ouvert.

C orrigé d e l’ex e rcice 1.47. On écrit R(X) = E(X) + N(X)/D(X), où le


polynôme E = [P : Q] G <Q>[X] désigne le quotient de la division euclidienne de
P par Q, N, D G Z[X] étant tels que deg TV < deg D et PGCD q |xj (TV, D) = 1.
Les p < deg D zéros (distincts) de D sont les nombres algébriques zlt ...,zp, avec
les multiplicités correspondantes , ...,Vp. D ’après le résultat classique concernant
la décomposition en éléments simples des fractions rationnelles en une variable sur
un corps algébriquement clos (ici le corps des nombres algébriques Q), il existe des
éléments uniques a^e, j = 1..... p, £ = dans Q tels que

R (x)= Em + Ê ê a" « k ÿ -
L’intégrale proposée ici est bien définie car la forme R{z)dz est fermée, donc lo­
calement exacte, dans C \ {zi,...,zp}. Comme d’autre part la forme E(z)dz, ainsi
que toutes les formes dz/(z - Zj ) e, j = 1..... p, f G Z \ { - 1 } , sont exactes dans
C \ { z i,...,z p}, on a

C orrigé de l’ex e rcice 1.48. Soit F : (t, s) G [0, l ]2 F(tf s) e U une app-
plication continue telle que .F(i,0) = 7o(t) et F(t) 1) = 7 i(t) pour tout t G [0,1],
F (0, 5) = F( l , s ) = a pour tout s G [0,1]. Pour prouver que 71 - 70 est un bord,
il faut utiliser un repérage des points du simplexe £1 par les points du carré [0, l]2,
ce que permet de faire le recours aux coordonnées barycentriques. Les points de £1
peuvent être repérés en coordonnées barycentriques (r, a) G [0, l]2, par exemple par
(X)V) = ((1 —t )<j, t ) (la condition a = 1 correspondant alors au sommet (0,1)). On

1. On utilise U = {\z\ < 1} au lieu de U ; ce n’est certes plus un ouvert, mais l’argument de cette
preuve s’adapte immédiatement, le point important étant ici le fait que tout lacet continu de support
dans (|^| < 1} se déforme homotopiquement en le lacet constant eo, tous les lacets intermédiaires
lors de cette déformation ayant leur support dans {\z\ < 1}.
1.6. CORRIGÉS DES EXERCICES DU CHAPITRE 1 85

définit l’application 6 ainsi :

F ( o, t/(1 — a)) si a ^ 1
(t , a) G E i ô ( t , a)
a si a = 1 .

Cette fonction 0 est clairement continue sur Ei \ { ( 0, 1)}. D ’autre part, comme
F ( l ,s ) = a pour tout s G [0,1], alors, pour toute suite de points (rn,crn)n de Ei
distincts de (0, 1) et convergeant vers ce point (c’est-à-dire an —> 1 lorsque n tend vers
l’infini), la seule valeur d’adhérence possible pour la suite bornée (F(crn, rn/(l—an)))n
est a. L’application 0 est donc aussi continue en (0,1) et réalise ainsi une 2-chaine
singulière continue élémentaire. On vérifie que :

V* G [0,1], 0(0, t) = F(t , 0) = 7o(t), 0(i, 0) = F( 0, t) = a, 0(1 - i, i) = F(t, 1).

Il en résulte donc que

se = 7 (0,0) ~7?i,o) + ifo.i) = 7i ~ 7o + «a


= 7i “ 7o+ (e» - ea + ea) = 71-70 + € E i -> aj.

On a donc bien 71 ~ 7o = SC, où C est une 2-chaine singulière continue, ce qui prouve
que les 1-cycles singuliers continus 71 et 70 définissent la même classe d’homologie
dans qH\{U, Z). La dernière assertion de l’exercice est une conséquence immédiate de
ce qui précède.

C orrigé de l’ex ercice 1.49.


a) On définit une 2-chaine singulière continue élémentaire de U en posant

7 (t + 2s) si t + 2s G [0,1]
V (t, s) G Ei, 0 (M ) =
ô(t + 2s — 1) si t + 2s G [1/2,1].

Il est immédiat de vérifier que 86 = 7 + S—(7 V ô) compte-tenu de la définition même


(1.74) de 7 V 8.
b ) Soient 7 et 8 deux lacets continus de même point de base a. D ’après le résultat
établi au a) , la classe d’homologie (dans oiïi(E /,Z )) du lacet 7 V 8 est la somme des
classes d’homologie des lacets 7 et 8. Compte-tenu du fait que, si deux lacets ont même
classe d’homotopie pour l’homotopie %[/,<*,<*> ils définissent la même classe d’homologie
dans oHi(U, Z) (il s’agit précisément du résultat établi à l’exercice 1.48), l’application
de 7Ti(E/,a) dans oHi(U>Z) construite à l’exercice 1.48 est bien un homomorphisme
(relativement à la concaténation passée au quotient à la source, et à l’addition de
0iTi(i7,Z) au but).
c) Ceci résulte immédiatement du fait que le groupe additif oHi(UyZ) est un groupe
abélien.

C orrigé de l’ex ercice 1.50.


a) Le fait que Res soit bien défini (c’est-à-dire qu’il y ait indépendance vis-à-vis du
choix des représentants des classes de cohomologie) résulte du fait que l’intégrale
d’une forme exacte sur un lacet continu est nulle. L’application Res ainsi construite
est trivialement C-linéaire.
86 1. LE PLAN COMPLEXE ET LES FORMES DIFFÉRENTIELLES DANS LE PLAN

b) Si (wiy ..., w n ) £ C n , on a
N ^
Res ( y ^ W j —^ r ) = (wu ...,wN).
V i Z Pj
c) On utilise les résultats établis à l’exercice 1.37. Tout lacet continu de Un est
homotope (en y ajoutant les allers-retours nécessaires, voir la forme (1.84)) à un la­
cet correspondant à un mot construit à partir de l’alphabet dont les caractères sont
7i>--->7iv- Si tous les nombres f oj sont nuis (j = 1, ...,iV), alors f^co = 0 pour
tout lacet continu 7 de Un >Pour construire une primitive de u dans Un , on choisit
un point arbitraire a 6 Un et l’on pose F(z) = g u;, où 7 ajZ désigne n’importe
chemin continu de Un , d ’origine a et d’extrémité 2 (la définition est alors, d ’après ce
qui précède, indépendante du choix du chemin 7a>z). Si Res(ô;) = 0, on a donc bien
ù) — 0, ce qui prouve que Res est injective.
d) L’application Res réalise (d’après les résultats établis au b) et au c)) un isomor­
phisme entre les C-espaces vectoriels H 1(C/, C) et C ^. On sait aussi (voir l’exemple 1.9,
conséquence du théorème 1.8) que qH i (U,C) ~ CN. D ’après le théorème de de Rham
(théorème 1.9), on a # i ( t /,C ) - 0Hi(U,C) ^ CN et H l (U, C) - {Hx{U X)Y ^ C N,
ce qui permet de retrouver le résultat.
Corrigé de l’exercice 1.51. Le premier groupe d’homotopie de l’ouvert Ug
représenté sur la figure de gauche est isomorphe au groupe des mots formés avec
l’alphabet à deux caractères, à savoir deux lacets 71,72 tel que 71 entoure l’une (et
une seule) des deux entités connexes à éviter, et 72 l’autre (et celle la seule). Dans ce
premier cas, on a donc, d ’après le théorème 1.8, qH i (U9)'L) Z 2. Il résulte ensuite du
théorème de de Rham (théorème 1.9) que H l (Ug) ^ M2. Dans le second cas (l’ouvert
Ud représenté sur la figure de droite), on a affaire à un ouvert simplement connexe (le
complémentaire de la ligne spiralée issue de l’origine et filant en spirale vers l’infini),
dans lequel on a fait trois trous. On a donc, dans ce second cas, oHi(Ud,Z) = Z 3 et,
toujours d’après le théorème de de Rham, H l (Ud) —R3*
C H A P IT R E 2

Holomorphie et analyticité

2.1. Fonctions holomorphes : plusieurs points de vue


La notion de fonction holomorphe, l’étymologie même du terme en rend compte,
renvoie à une notion de « rigidité » . Rigidité « géométrique » d’une part (c’est
précisément celle que nous introduisons dans cette section, relayant ici plutôt la vi­
sion d ’Augustin Cauchy), mais aussi «c rigidité analytique » (à travers l’intime relation
avec Vanalyticité, ce sera l’approche développée plus tard par Karl Weierstrafi et l’ob­
jet de la section 2.2). Une question revenant comme un leitmotiv constitue la trame
de cette première section : comment tester les propriétés de différentiabilité d ’une
fonction non pas en tentant de la dériver ou de calculer la limite de taux de varia­
tions, mais, tout au contraire, en essayant de l’intégrer? L’intégration (ou la prise de
moyenne) sont, du point de vue numérique, des opérations régularisantes et stables,
tout au contraire bien sûr de l’opération de différentiation ; ceci justifie l’intérêt prar
tique d’une telle approche et met en lumière le caractère rigide des fonctions continues
qu’ici l’on étudie.

2.1.1. Différentiabilité au sens complexe

Le mot < holomorphe » a été inventé (dans un de leurs travaux consacrés à l’étude
des équations différentielles et des feuilletages, précisément < holomorphes » ) par les
mathématiciens français Jean-Claude Briot (1819-1885) et Charles Bouquet (1817-
1882), tous deux.élèves de Cauchy. Le qualificatif remplace celui de « fonction synec-
tique » (qui « comprend en soi » ) que proposait auparavant Cauchy. La juxtaposition
des préfixes grecs holos (< entier » ) et morphos ( « forme » ) traduit (sous diverses
formes : algébrique avec la notion de « série entière » , géométrique avec la notion de
« conformité » , etc.) une notion de rigidité : « la forme reste entière » .
C ’est sous l’angle géométrique que l’on va voir surgir dans un premier temps ce ca­
ractère de rigidité qui accompagne la notion de fonction holomorphe.

D éfinition 2.1 (fonction holomorphe). Une fonction holomorphe dans un ouvert


U du plan complexe est une fonction / : U -> C, différentiable (au sens réel) comme
application définie dans l’ouvert U (vu cette fois comme un ouvert de M2) et à valeurs
dans R2 ( / = P + iQ, où P := R e f et Q := Im / , étant assimilée à / = ( P,Q )),
et dont la différentielle df en tout point est une similitude directe, c’est-à-dire, en
utilisant la notation complexe :
V z G U, 3 a(z) G C tel que V h voisin de 0 dans C,
( 2 . 1)
df(z) (hi + i/i2) = a(z) x (/ii + i/i2).
88 2. HOLOMORPHIE ET ANALYTICITÉ

Ou encore, avec les notations de Landau :

(2.2) V 2 eU , 3 a(z) € C, f(z + h) = f(z) + a(z) h + o(\h\) au voisinage de 2.


Ou enfin, si on ne souhaite pas expliciter la valeur de a(2),
f(z + h ) - f ( z ) '
(2.3) V z G U, lim ( existe.
o \
hec*

Le nombre a(z) dans (2.1) ou (2.2) (c’est-à-dire la valeur de la limite dans (2.3)) est
appelé alors nombre dérivé au sens complexe au point 2 et noté f (z ). La fonction qui
h z € U asscocie f\ z) est appelée fonction dérivée au sens complexe de la fonction
holomorphe / dans l’ouvert U.

R em arqu e 2.1 (rigidité géométrique). On rappelle que les similitudes directes


h h» a(z) h (pensées comme applications R-linéaires du plan dans lui-même) sont
les seules applications R-linéaires du plan dans lui-même qui préservent les angles
orientés, donc essentiellement à la fois la forme et l’orientation des figures (évidemment
seulement si a(z) 0). On trouve là matière à une première justification du qualificatif
< holomorphe » : au niveau infinitésimal, au voisinage d’un point où le nombre dérivé
f ( z ) n’est pas nul, une application holomorphe U préserve la forme et Yorientation
des figures (car elle préserve les angles orientés de ces figures). Ce n’est pas un hasard
si le principe de moindre action \ au siècle des Lumières, présida à la genèse de ce
concept d’holomorphie.

R em a rq u e 2.2 . La somme, le produit, l’inverse d ’une fonction ne s’annulant pas,


sont holomorphes si les fonctions impliquées le sont ; la somme, la composée, l’inverse
de deux similitudes directes sont en effet des similitudes directes. Il en est de même de
la composée de fonctions holomorphes ; on obtient ce dernier résultat en composant
les développements limités au premier ordre (2.2) écrits pour les deux fonctions en
jeu. En revanche l’inversion géométrique par rapport au cercle unité z G C* l/z
n’est pas une fonction holomorphe, tandis que la transformation l/z l’est.
2 .1.2. Le th éorèm e de C au ch y-G ou rsat

Une fonction / holomorphe dans un ouvert U est continue (en vertu de (2.2)) ; elle
est en effet différentiable, considérée comme application de R2 dans R 2. On constate
d’ailleurs que ses dérivées partielles au point courant 2 satisfont Yéquation de Cauchy-
Riemann :

(2 -4 ) ^ ( x + iy) + i ^ ( x + iy) = ^ ( x + iy) = 0 V(x,y)€U.

Si / = P 4- iQj où P et Q désignent respectivement la partie réelle et la partie ima­


ginaire de / , on observe que l’équation de Cauchy-Riemann (2.4) se < dédouble » en1

1. Ainsi le formula en 1744 le mathématicien, philosophe et astronome malouin Pierre-Louis de


Maupertuis (1698-1759) : VAction est proportionnelle au produit de la masse par la vitesse et par
l'espace. Maintenant, voici ce principe, si sage, si digne de l'Être suprême : lorsqu'il arrive quelque
changement dans la Nature, la quantité d'Action employée pour ce changement est toujours la plus
petite qu'il soit possible » .
2.1. FONCTIONS HOLOMORPHES : PLUSIEURS POINTS DE VUE 89

le système de Cauchy-Riemann :

(2.5) V(x,y)eu.
f (* .y ) = - g ( * . y )

Notons qu’on a alors


d£_dP ,dQ_d£_dP .dP
( 2. 6)
dz d z ^ %dz dx d x ^ %dy
La forme générale d’une matrice de similitude directe de R 1
2 dans R2 (composée d ’une
rotation et d’une homothétie) est en effet

(u u ) ’ ^U' V^ = ( ™ o s 0 , r s i n 0 ) G R 2.

C ’est grâce au joli théorème de Cauchy-Goursat1ci-dessous, couplé avec la proposition


1.4 (les preuves de ces deux résultats sont, on le verra, très voisines), que nous serons
en mesure de prouver (dans la sous-section 2.1.3 à venir) qu’une fonction / : U -* C
holomorphe dans un ouvert y est automatiquement de classe C 1 (considérée comme
une application définie sur un ouvert U du plan, à valeurs dans le plan R2 ~ C).

THEOREME 2.1 (théorème de Cauchy-Goursat). Soit f : U —» C une fonction


holomorphe dans un ouvert U de C. On a

(2.7) [ f{z)dz = 0 V T C t/,


J ôt+
T désignant ici un triangle fermé plein. L ’assertion (2.7) équivaut à dire (d’après la
proposition 1.4) que la l-forme continue f(z)dz (qui est appelée alors, en l’honneur
d’Abel2, forme abélienne) est localement exacte dans U.
D é m o n s t r a t i o n . La preuve du théorème est calquée sur celle (par l’absurde) de
l’assertion réciproque dans la proposition 1.4. Prenons donc un triangle plein T = To
inclus dans U et supposons

( 2. 8) = 77 > 0 .

On construit la suite de triangles emboîtés (Tk)k>0 comme dans la preuve de la


proposition 1.4. On observe que le périmètre et le diamètre de T& tendent vers 0 en

1. Analyste français, Édouard Goursat (1858-1936) fut celui qui remarqua que la régularité C 1
de / n’était pas indispensable (alors que Cauchy l’utilisait) pour prouver le théorème 2.1 ci-dessous.
C ’est lui aussi qui baptisa (dans ses cours à la fin du X IX e siècle) la < règle de l’Hôpital » en mémoire
du marquis de l’Hôpital (1661-1704).
2. On retrouvera fréquemment, au fil du cours ou des exercices, le mathématicien norvégien Niels
Henrik Abel (1802-1829), autant pour ses travaux sur les séries entières ou les intégrales généralisées,
les fonctions elliptiques, la notion de trace en géométrie ou, comme ici ses travaux d ’algébriste et de
théoricien des nombres, contemporains, sinon précurseurs, de ceux d ’Évariste Galois.
90 2. HOLOMORPHIE ET ANALYTICITÉ

0 (2 k) (car on introduit à l’étape k un découpage utilisant les milieux des côtés du


triangle D ’autre part, on sait que

L(ÔT,.)+
f(z) dz — 4& Vfc>0.
> \

L’intersection des triangles pleins emboîtés 2*, fe > 0, est non vide et se réduit à
un singleton {¿o }, comme on l’a vu dans la preuve de l’assertion réciproque de la
proposition 1.4. Dans un voisinage V de zo, la fonction holomorphe / vérifie dans V ,
d’après (2.2),
I/ ( « ) - f(z o) - f'(zo)(z - Zo)\ = o(\z - Zq \).
Pour k assez grand (tel que Tk C V), on constate que

(f(z o) + ( z - zo)f(zo)) dz = 0
L № )+
en appliquant la formule de Stokes (proposition 1.5). On constate donc que

(2.9) [ ( /( * ) - f{z o) - f(zo)(z - zo)) dz = f f(z) dz\ >


9Tk)+
’ (9Tk)+
' J( J(9Tk)+ 1 4
Or on a également

/ (/(-*) - f(z o) - f(zo)(z - Zo)) dz


J(dTk)+
(2.10) < périmètre(7*.) x sup If{z) - f(z0) - f(zo)(z - z0)\
z€Tk

< 0(2~k) x o( 2~k) = o( 4~k).


L’hypothèse (2.8) conduit ainsi à une contradiction entre la minoration (2.9) d ’un côté
et la majoration (2.10) de l’autre. Le théorème 2.1 est bien prouvé par l’absurde. □

2.1.3. L ’op éra teu r de C au ch y-R iem an n


L’opérateur de Cauchy-Riemann d/dz possède une très importante propriété, dite
d ihypoellipticité) dont la première assertion dans la proposition 2.1 ci-dessous n’est
(dans notre contexte) qu’un avatar1 :

P r o p o s i t i o n 2.1 (régularité des solutions de l’équation de Cauchy-Riemann et


formules de Cauchy pour un disque). Si F : U - » C est une fonction de classe C 1
dans un ouvert U du plan, telle que (d/dz) (F) = 0 dans U, la fonction F est une
fonction C°° dans U. De plus, pour tout disque fermé {|C - ¿o| < r} C U, on a la
formule de Cauchy

(2.11) |

où 7 ZOir désigne le chemin paramétré C 1 défini par


720,r(t) = zo+ re2mt Vf G (0,1],

1. Ce n’est que dans le cadre de la théorie des distributions que cette propriété prend tout
son sens. Ici pour la première fois se croisent l’analyse complexe (avec sa rigidité) et la théorie
des distributions (avec, elle, sa souplesse héritée du contexte C°°) qui fera l’objet d ’une future
monographie dans la même collection, en écho à celle ci.
2.1. FONCTIONS HOLOMORPHES : PLUSIEURS POINTS DE VUE 91

correspondant au bord du disque fermé {|C — zo\ < r}, parcouru une fois dans le sens
trigonométrique. On a de plus les formules de Cauchy pour les dérivées complexes :
dpF p! f F (0
(2.12) \z - zo\ < r ■ V pe
dzp (*) 2in h o .r (C -z)P+'
D é m o n s t r a t i o n . Le fait que Гоп ait la formule de Cauchy (2,11) résulte de
Papplication de la formule de Cauchy-Pompeiu (1.60) (proposition 1.6), appliquée ici
avec F en place de / et K = {|£ —zo\ < r }. L ’intégrale double disparait car F vérifie
(d/dz)(F) = 0 au voisinage de K . Le fait que F soit de classe C°° dans £/, ainsi que le
fait que l’on ait les formules de Cauchy pour les dérivées complexes (2.12), résulte de
l’application du théorème de différentiation des intégrales fonctions d’un paramètre
(dans le cadre de l’intégration Riemann, mais on peut aussi invoquer ici le théorème
de différentiation de Lebesgue) ; on remarque en effet que, pour tout p G N, pour tout
¿ G D(z0ir),
1 m re 2ÍTrt
dÇ = Í F i z o + reMwt) dt
2Í7T Jo Zo + re 2ÍTxt X—\
et que, pour tout t G [0,1], pour tout z = x + iy tel que \z —zq \ < r, pour tout p G N,
dp
Tt- x - iy] ^
dzP zo + ге2Ш (zo + re2int —X —iy)P+l ’
Ainsi
&P
° L ( ± [
dzP\2iir J^o r Ç - z
ÎM td à
V dzP C F(. + reMvt)
zo + ге2ш —X —iy )
Í1 П
, a rp2int
pi f F ( „ + re •* )Гго+гег, „ _ х _ . ||)р+1 dt

A í ^(0 »
2 (С - г ) Р+1<Ц-

On déduit de cette proposition le théorème suivant :
THEOREME 2.2. Dire que f est une fonction holomorphe dans un ouvert U de
C équivaut à dire que f est une fonction C°° de U dans C, solution de Véquation
de Cauchy-Riemann (2.4) (d/dz)(f) = 0 dans U, ou bien, si Von préfère écrire
f = P + iQj avec P et Q fonctions de U dans M, que P et Q sont C°° et solutions
du système de Cauchy-Riemann (2.5) dans U.
D é m o n s t r a t i o n . La seule chose à prouver est qu’une fonction / holomorphe
dans un ouvert U de C est nécessairement de classe C°° dans cet ouvert. La suite
résultera de la proposition 2.1. Si / est holomorphe dans t/, il résulte du théorème
de Cauchy-Goursat (théorème 2.1), combiné avec la proposition 1.4, que la forme
continue f(z) dz est localement exacte dans U. La fonction / s’écrit donc localement,
au voisinage de tout point zq de [/, sous la forme dFZo/dz> où FZo est une fonction de
classe C 1 au voisine de Zo, solution au voisinage de ce point de l’équation de Cauchy-
Riemann (puisque dFZo = f(z)dz ), donc C°° d’après la proposition 2.1. La fonction
f = dFZo/dz est donc C°° au voisinage de zq. □
92 2. HOLOMORPHIE ET ANALYTICITÉ

C o r o l l a i r e 2.1 (dérivées d’une fonction holomorphe). Si f est une fonction


holomorphe dans un ouvert U de C, la fonction df/dz (coïncidant avec la fonction
dérivée au sens complexe f ') est aussi holomorphe. C}est le cas de toutes les dérivées
au sens complexe successives, que Von note f ( p\ p G N.
2.1.4 . Le th éorèm e d e M o re ra
Le théorème de Cauchy-Goursat (théorème 2.1) suggère que l’on puisse caractériser le
fait qu’une fonction continue soit holomorphe sans chercher à tester au delà du cran
0 (continuité) sa régularité. Le résultat le plus utile dans ce sens est une relecture de
la proposition 1.4 à la lumière des résultats établis dans la proposition 2.1. C ’est le
théorème de Morera1 :

T h é o r è m e 2.3 (théorème de Morera). Une fonction f : U —> C continue dans


un ouvert U de C est holomorphe dans U si et seulement si

(2.13) [ f{z)dz = 0 V T C U,
JdT+
T désignant ici un triangle fermé plein.
D é m o n s t r a t i o n . Si / est holomorphe dans l’ouvert U, on sait déjà d ’après le
théorème de Cauchy-Goursat (théorème 2.1) que la 1-forme (dite alors, on l’a vu,
abélienne) f(z) dz vérifie la condition (2.13).
Il reste donc à prouver la réciproque. Soit / : U - » C une fonction continue, telle
que la condition (2.13) soit remplie. On sait d’après la proposition 1.4 que la 1-forme
différentielle continue f(z)dz = f(z)dz + 0 dz est localement exacte. Au voisinage
d’un point quelconque zq e U, elle admet donc une primitive FZ0. Cette primitive est
(par définition) une fonction de classe C 1 dans un voisinage V^zo), telle que

(*) = /(*)> -à f =0 VzeV(zo).


D ’après la proposition 2.1, la fonction Fz0 est de classe C ° ° dans V ( zq). Il en est
de même de / = dFZ[)/dz dans V^o)* D ’autre part, il résulte du lemme de Schwarz
assurant la symétrie de la différentielle seconde que
d f = ± \ \dFz01 a dFZoi = 0 ^ z G V ( zq).
dz dz \L dz J _ dz dz J
D’après le théorème 2.2, la fonction / est holomorphe dans V ( zq). Comme zo est
arbitraire dans U, / est bien holomorphe dans U. □

R em arqu e 2.3 . On connait aujourd’hui2 des versions plein plus faibles (et de
fait bien plus étonnantes!) du théorème de Morera. Par exemple, un résultat récent
de C.A. Berenstein et R. Gay (Journal d’Analyse Mathématique 52,1989) assure que,
si U est une union de disques ouverts de rayon au moins r > 0, et si T est un triangle

1. Giacinto Morera (1856-1907), mathématicien italien, s’est intéressé à des questions de dynar
mique et d ’analyse complexe (ses motivations étant souvent liées à des questions de mécanique ou
d ’élasticité). Il établit ce résultat en 1886.
2. Ceci sort ici du cadre de ce cours, parce que la théorie des distributions dans un ouvert U du
plan et la transformation de Fourier des fonctions ou mesures de deux variables réelles entrent en
jeu.
2.1. FONCTIONS HOLOMORPHES : PLUSIEURS POINTS DE VUE 93

plein du plan dont le cercle circonscrit est de rayon strictement inférieur1 à r / 2, alors
une condition nécessaire et suffisante pour qu’une fonction continue / : U -» C soit
holomorphe est que

[ f(z) dz = 0
J(d[p(T)])+
pour tout déplacement p de R2 tel que p(T) C U. Ainsi, un seul triangle plein T, sup­
posé assez « petit » , auquel on fait subir tous les déplacements possibles (pourvu qu’il
reste assujetti à demeurer inclus dans l’ouvert C/), suffit pour que le test de Morera
soit concluant. Par curiosité à propos de telles questions (concernant tant les fonc­
tions holomorphes que les fonctions harmoniques), on pourra consulter le passionnant
article séminal de Lawrence Zalcman 2.

Nous allons donner ici deux applications du théorème de Morera.


La première est très importante. Elle concerne l’étude des intégrales fonctions d’un
paramètre complexe. Il faut noter que nombre de transformées intervenant dans les
sciences de l’ingénieur (transformée de Laplace, de Fourier, de Mellin, etc.) ou en
probabilités (fonctions génératrices, fonctions caracéristiques) sont précisément des
fonctions de ce type. Dans le cadre de l’analyse complexe, on peut proposer une
version ad hoc bien utile du théorème de Lebesgue de différentiation des intégrales
fonctions d’un paramètre (on utilise dans ce qui suit le vocabulaire de la théorie de
l’intégration abstraite familier aux probabilistes).

Proposition 2.2 (holomorphie des intégrales fonctions d’un paramètre com­


plexe). Soit (Cl,T,p) un espace mesuré et U un ouvert de C. Soit ( f z)z€U une col­
lection de fonctions de Cl dans C, toutes (T, B(C))-mesurables, B(C) désignant ici la
tribu borélienne sur C ~ R2. On suppose les deux choses suivantes :
(1 ) pour tout uj G Cl (hormis éventuellement les points d’un sous-ensemble E de
Cl tel que p(E) =0), la fonction z h* / z(u>) est holomorphe dans U ;
(2) pour tout zq G U, il existe un voisinage V(zo) de zq dans U et une fonction
positive gZo G £ * (0 , T ,^ ) telle que

(2.14) Vu; G i î , \/z G V(zo), \fzH\ < 9 M -

Alors la fonction

(2.15) F :z G C/ i— y f fz(w) dp(fjf)


Jn
est holomorphe dans U,

1. On peut supposer que U = D (0 , 1) pour voir (avec un dessin) que la condition r < 1/2 est alors
indispensable pour avoir la propriété souhaitée (sinon, le triangle « rigide » T n’aurait pas assez de
champ pour bouger dans D ( 0,1) et il serait impossible de tester avec simplement les déplacés de T
ce qui se passe au voisinage de l’origine).
2. L. Zalcman, « Offbeat integral geometry » , Amer. Math. Monthly 87 (1980), pp. 161-175.
94 2. HOLOMORPHIE ET ANALYTICITÉ

Figure 2,1. Un ouvert U et son symétrique par rapport à l’axe réel

D émonstration . Nous supposerons ici la mesure ¡i a-finie pour donner une


preuve de ce résultat s’articulant sur le théorème de Morera1*. Le théorème de conti­
nuité des intégrales à paramètre (dans le cadre de la théorie de l’intégration de Le-
besgue où nous nous plaçons ici) assure que, sous les hypothèses faites, la fonction
(2.15) est bien définie et continue dans U. Pour vérifier qu’elle est holomorphe, il suffit
(d’après le théorème de Morera 2.3) de vérifier que, pour tout triangle fermé plein
inclus dans U, on a

[ (Í fz(w)diA(wj)dz = Q.
J(dT)+ 4 Jçi J
Or, par compacité de dT (on peut recouvrir ce compact par un nombre fini de V(zo)
impliqués dans une clause de domination du type (2.14)), il existe une fonction me­
surable positive qqt € £ 1(tî,T , fl) telle que
Va; G iî, Vz G 9T, \fz(u)\ < g&r(w)-
La clause d’application du théorème de Fubini est donc remplie et l’on peut affirmer

[ ( [ f z (u) dfi(u))) dz = [ ( [ f z(u) dz) dn(v) = 0


J ( d T ) + y Jn ' Jn'J(dT)+ J

d’après le théorème de Morera (puisque chaque fonction 2 f z(co) est supposée


holomorphe dans U). La fonction F vient donc de passer avec succès le « test » de
Morera et est par conséquent holomorphe dans U. □

La seconde application est un principe de réflexion, dû à Hermann Schwarz, dit prin­


cipe de réflexion de Schwarz (on comprend immédiatement pourquoi en l’énonçant).

1. Une mesure positive p : T -» [0, oo] sur l’ensemble Cl (équipé d’une tribu T ) est dite a-finie
si Cl s’écrit comme union au plus dénombrable d’éléments de T de mesure finie. Une autre preuve,
basée sur le théorème de Weierstrafi que l’on verra plus loin et le théorème de différentiabilité des
intégrales fonctions de deux paramètres réels, n’utiliserait pas la condition de cr-finitude. Voir le
corollaire 2.6 plus loin (sous-section 2.3.2).
2.1. FONCTIONS HOLOMORPHES : PLUSIEURS POINTS DE VUE 95

Proposition 2.3 (principe de réflexion de Schwarz). Soit U un ouvert de C,


entièrement situé dans le demi-plan {\mz > 0}, et dont la frontière contient un
ouvert I de Vaxe réel (voir la figure 2.1). Soit symR(U) Vouvert obtenu en prenant le
symétrique de U par rapport à Vaxe réel (c’est-à-dire l’image de U par la conjugaison
complexe). Soit f une fonction holomorphe dans U et continue sur U U I, telle que
f(I) C R. La fonction f définie par

(2.16)
f(z) = i f (z) si ZJ_U U I
1 /0 * ) = f(z) si z € sym&(U)
réalise un prolongement holomorphe de f à U U / U symR(î7).
R em arqu e 2.4. On peut évidemment transformer le problème par déplacement
(rotation plus translation) à la source et au but. Soit U un ouvert de C entièrement
situé dans l’un des deux demi-plans ouverts limités par une droite L du plan, tel que la
frontière de U contienne un ouvert I de cette droite L. Soit / une fonction holomorphe
dans f/, se prolongeant en une fonction continue dans U U/ , avec / ( / ) C 1/, où V
désigne une autre droite du plan. Alors la fonction / se prolonge en une fonction holo­
morphe « au travers de I » , plus précisément à l’ouvert U U/U sym L{U). Il suffit pour
cela de poser, pour tout z G symL(U)} f(z) = symL,[f(symL(z))]. Il est également
possible de remplacer L ou L7 par des cercles (et non plus des droites), la symétrie
par rapport à un cercle étant cette fois comprise comme Yinversion géométrique1 par
rapport à ce cercle (voir à ce sujet l’exercice 2.18).

Démonstration. La fonction / définie dans U UI U symR(U) y est conti­


nue puisque / est supposée continue sur U UI et que la conjugaison complexe est
continue. La fonction / est holomorphe dans C/, donc de classe C 1 dans U et so­
lution de l’équation de Cauchy-Riemann. Puisque la conjugaison complexe est un
difféomorphisme C°° de C, la fonction / est aussi C 1 dans symR([/). La fonction
2 G symK(f/) f(z) := f(z) vérifie df/dz = 0 dans symK(i7) puisque f vérifie
l’équation de Cauchy-Riemann df/dz dans U. La fonction f = f vérifie donc (par
conjugaison complexe) l’équation de Cauchy-Riemann dans symR(t/) et est donc ho­
lomorphe dans cet ouvert. Il reste à prouver l’holomorphie de / au voisinage d’un
point quelconque xq de 7, et nous pouvons pour cela nous ramener à supposer que
U = D (x o,r) fl {ïmz > 0} et / =]xo - r,æo + r[ pour un certain r > 0 (voir la
figure 2.2). Nous allons, dans cette situation, faire passer à la 1-forme continue f(z)dz
dans le disque D(xo,r) le test de Morera. Le seul cas éventuellement litigieux est
celui d’un triangle plein T inclus dans £)(xo,r) et dont l’intérieur intersecte le seg­
ment ]xo —r)Xq + r[\ dans tous les autres cas en effet, l’intégrale sur (c?T)+ de la
forme f(z)dz est nulle puisque / est continue dans D(xo)r) et holomorphe dans
D(x0,r)\]x0- r , X q+ r[. On subdivise le triangle T en trois triangles pleins, comme in­
diqué sur la figure. Chacun des trois triangles est inclus dans l’intersection de D(x o, r)
l’un des deux demi-plans fermés ({Im ^ > 0} ou {Im 2 < 0}). L’intégrale curviligne de
f(z) dz sur le bord orienté de chacun de ces trois triangles est nulle car / est continue
(on perturbe le triangle concerné en l’approchant par des triangles tous dans l’un des

1. C ’est-à-dire z 1/z lorsque le cercle est le cercle unité de centre 0 et de rayon 1. L’origine
est transformée en le point à l’infini, c ’est-àrdire le pôle nord sur la sphère de Riemann.
96 2. HOLOMORPHIE ET ANALYTICITÉ

Figure 2.2. La preuve du principe de réflexion de Schwarz (lemme 2.3)

deux demi-disques ouverts D(xo,r) fl {Imz > 0} ou D(xo>r) fl {Imz < 0}). Comme
l’intégrale de f(z) dz contre (0T)+ est la somme des trois intégrales curvilignes sur
les bords des trois triangles en lesquels on a subdivisé T, cette intégrale curviligne
est nulle et la forme f(z) dz satisfait positivement au test de Morera. La fonction
continue / est donc holomorphe dans D(xo,r). □

2.1.5. Exercices
Exercice 2.1 (équation de Cauchy-Riemann). Soient rn fonctions ho-
lomorphes dans un ouvert connexe U de C, telles que \fj\2 s°iï une fonction
constante dans U. Montrer qu’alors toutes les fonctions / j , j = 1,..., m, le sont aussi.

Exercice 2.2 (équation de Cauchy-Riemann). Soit / une fonction de classe C 1


au voisinage du disque unité fermé du plan complexe, à valeurs complexes ; on note
P = R e /, Q = I m /, et 71 le chemin continu t G [0,1] h* e2î7r*. Montrer que, si /
est de plus holomorphe dans D( 0 ,1), on a / PdQ > 0 et exprimer cette intégrale
curviligne en termes de la dérivée au sens complexe / ' de la fonction / . Que peut-on
dire de la fonction / si P dQ = 0 ?
Exercice 2.3 (formule de Cauchy). Calculer les intégrales curvilignes suivantes :
f . . dÇ f cosC Í dÇ . _v
J\C+i\=3 Sm ^ C + î ’ /< 1 = 4 C2 - TT2 ’ J\Ç\=2 (C - 1 )"(C - 3) ( n G Z ) ;
les chemins d’intégration mentionnés sont ici parcourus une seule fois dans le sens
trigonométrique.

Exercice 2.4 (formule de Cauchy). Soit a et b deux nombres complexes distincts


et 7 le lacet continu de C \ {a, b} représenté sur la figure 2.3 (et parcouru une seule
fois dans le sens indiqué sur la figure). Calculer en fonction de a et b l’intégrale le
2.1. FONCTIONS HOLOMORPHES : PLUSIEURS POINTS DE VUE 97

F igure 2.3. La lacet de l’exercice 2.4

long de 7 de la forme différentielle d z / ( ( z — a)2(z - b)) après avoir justifié que cette
1-forme était localement exacte au voisinage du support de 7 . Cette forme est-elle
exacte dans C \ {a, b} ?

E xercice 2.5. Calculer l’intégrale / 027r d0/(5 + 2cos0) en l’exprimant comme une
intégrale curviligne.

E x ercice 2.6 (formule de Cauchy; une idée de Carleman1 : celle de « quen­


Soit / une fonction à valeurs complexes définie et continue dans
ching j u n c t i o n s ) .
la couronne fermée C TyR := {r < \z\ < R} du plan complexe (où r < R sont deux
nombres strictement positifs), holomorphe dans la couronne ouverte correspondante
CVîr : = { r < \z\ < R}. On note respectivement 7 r et 7 r les lacets t G [0,1] »-> re2wrt
et t G [0,1] h* Re2™1. Montrer que, pour tout entier n G Z,

cm cm y z G C VyR.
Zn(C - z) 2n (C - z)

1. On doit l’idée sous-jacente à cet exercice au mathématicien suédois Torsten Carleman (1892-
1949) ; les fonctions puissances jouent ici le rôle de « quenching functions » (le terme employé ici fait
référence à l’idée d ’ « atténuation » , on comprendra pourquoi en faisant cet exercice). L’idée de Car­
leman est exploitée en mathématiques appliquées, en particulier dans les questions d ’interpolation.
98 2. HOLOMORPHIE ET ANALYTICITÉ

En déduire, pour tout 2 G Cr^r , les « formules de représentation approchées » :

/w “ è i . Î 1?- ( /,„ « ) ' "2S JSS» ( l , £ r= T ) # ) ■


E xercice 2.7 (formule de Cauchy). Soit I = [ia,ib] un intervalle fermé de l’axe
imaginaire du plan complexe (avec a < b) et f une fonction holomorphe dans un
voisinage ouvert de I. Pour tout 2 G C \ J, on pose

* (* ) : = ^ - f P ^ - d C .
w 2iir J! C - z
a) Montrer que la fonction $ est holomorphe dans C \ I.
b ) Montrer que, pour tout zq = iyo dans ]za, ifc[, les deux limites

lim $ (z ) et lim $(z).


Z-+ZQ X7 *->*0
R ez<0 R e2>0

existent et que leur différence est égale à f(zo)-

E xercice 2.8 (un cas particulier du problème additif de Cousin1). Soit T > 0
et Ut la bande horizontale ouverte {z G C; \lmz\ < T} du plan complexe. Soit / une
fonction holomorphe dans Ut telle que \f(z)\ = o(\z\) au voisinage de l’infini et que

v r €] o ,n ¿ l / ( * ± « ' ) l ï f i i < +~ -
a) Montrer que, pour tout V g ]0,T [, on définit bien une fonction holomorphe dans
le demi-plan {Imz > —T '} en posant :

^ w = - ± f J_ f Æ L
2 î 7T Ju-iT' x —iT* —Z 2Î7T ,/[ —qo —¿ T ', + oo—¿T'] ( - z

Prouver (en utilisant la formule de Cauchy) que, si 0 < T[ < T'2 < T, les deux fonctions
et coïncident dans le demi-plan {Imz > - T { } et que, par conséquent, toutes
les fonctions (T ' g ]0, T[) se recollent en une fonction holomorphe dans le demi-
plan {Im z > - T } . Construire de manière analogue une fonction holomorphe cette
fois dans le demi-plan {Im z < T }.
b ) Vérifier que les deux fonctions et construites au a) vérifient

V ^ g C/t , f(z) = $ + { z ) - $ - ( z )
et
lim * + (* ) = lim * “ (*) = 0 V T 'G ]0,T [.
|*|->+oo \z\—
>+oo
Im z > —T ’ Im z< T '

1. Il s’agit ici d ’un cas particulier de la solution d ’un problème que nous retrouverons
ultérieurement, le problème additif de Cousin, posé ici dans une bande de C, avec de plus des condi­
tions de croissance imposées. L’exercice proposé ici consiste, à ce stade,en une application directe de
la formule de Cauchy.
2.1. FONCTIONS HOLOMORPHES : PLUSIEURS POINTS DE VUE 99

E xercice 2.9 (formule de Cauchy1). Soit / une fonction holomorphe dans un


voisinage du disque fermé {|(| < i?}, avec / = P + iQ (P et Q à valeurs réelles) dans
ce disque; montrer que, pour tout z € D(0,R),
• p&Tt
l_ f 1* P(Reie) (Ré + *)
№ =
inJo Reie - z
2* P ( R é e) {Reid + z)
d0 + - J o Q(Rei6)d0

- -2iir J0
Í Rei6 _ ^ dO -|- iQ{0)

1
= / ( 0) + - / P(Rei9) Rei0 _ ^ dB.
K Jo
E xercice 2.10 (fonction Gamma dans le champ complexe2). En utilisant la pro­
position 2.2 concernant Fholomorphie des intégrales fonctions d’un paramètre com­
plexe, montrer que la fonction
/*oo
z i—y T(z) := / tz~1e~tdt
Jo
est une fonction définie et holomorphe dans {z G C ; Rez > 0} et qu’elle y vérifie
l’équation fonctionnelle
r ( * + i) = * r(* ).
Montrer (en explicitant le prolongement) que cette fonction se prolonge en une fonc­
tion holomorphe dans l’ouvert C \ { 0, —1, —2,...}. Calculer T(n + 1) pour tout entier
positif n. Que vaut T (l/2 ) ?
E x ercice 2.11 (fonction zêta de Riemann).
a) Vérifier que l’on définit une fonction holomorphe dans le demi-plan {R e^ > 1} en
posant
o° 1

{W!- £ p
(utiliser la proposition 2.2 concernant l’holomorphie des intégrales fonctions d’un
paramètre complexe).
b ) Vérifier, si (pn)n>i désigne la suite des nombres premiers (2,3 ,5 ,7 ,...), que l’on a la
formule d’Euler (équivalente à l’énoncé du théorème fondamental de l’arithmétique :
N 1
(2.17) C (* )= üm TT--------- ^z G {Rez > 1}.
iV">+00i r i 1 “ î^

1. Le résultat établi dans cet exercice sera exploité au chapitre 4 pour conduire à l’inégalité de
Carathéodory (exercice 4.15) dans le contexte harmonique et non plus holomorphe.
2. La fonction T introduite dans cet exercice interpole les valeurs prises aux entiers par la fonction
n G N* h-* (n - 1)!. Elle joue un rôle majeur en combinatoire (on la retrouve par exemple dans les
incarnations de la formule du binôme lorsque les exposants ne sont plus des entiers positifs, mais
des entiers négatifs, voire même des nombres complexes, voir l’exercice 3.36). De plus, cette fonction
est positive sur ]0, +oo[ et t G]0, +oo[i-^ log (r(t)) est une fonction convexe (de toutes les fonctions
positives sur ]0, +oo[ interpolant la fonction n e N* f-* (n — 1)! sur les entiers, T est d ’ailleurs la seule
fonction à posséder cette propriété). Elle joue aussi un rôle en géométrie (dans les espaces métriques)
puisque le volume euclidien de la boule unité Bn de W1 vaut 7rn/ 2/ r ( n / 2 + 1), tandis que l’aire de
la sphère unité Sn_1 de Mn vaut 27rn/ 2/r ( n /2 ) . Dans cet exercice, qui sera suivi d ’autres (exercices
2.40, 3.20, 2.13, 2.35, 3.47), nous introduisons T dans le champ complexe.
100 2. HOLOMORPHIE ET ANALYTICITÉ

Exercice 2.12 (abscisse d ’absolue convergence d’une série de Dirichlet1).


a) Soit (\k)k>i une suite strictement croissante de nombres positifs et (a,k)k>i une
suite de nombres complexes. On suppose E = {x G K ; Ylk> 1 lafcl e~XkX < + o o } ^ 0.
Montrer que la série Ylk>î °>k^XkZ (dite série de Dirichlet) converge pour tout z tel
que Rez > xa = inf E G { —oo} UM et (en utilisant la proposition 2.2) que la fonction

2 G {R e 2 > xa} '— > dk e~XkZ


k>1
est holomorphe.
b ) Montrer que la fonction zêta de Riemann introduite à l’exercice 2.11 entre dans ce
cadre et que, pour cette série de Dirichlet, xa = 1. Que valent les Xk et les a^, k > 1
dans ce cas ?

Exercice 2.13 (une relation2 entre r et £).


a) En utilisant le théorème de convergence dominée et le développement
i _t oo
= ï é p ï = E « '“ Vf£]0,Oo|,

démontrer, pour tout z tel que R ez > 1, l’identité


/*0 0 fZ — 1
T ( z ) x a z ) = Jo

b) Montrer que, pour tout z G C, la fonction t G [1, oo[m >tz~l /(e* — 1) est intégrable
au sens de Lebesgue sur [l,oo[, puis que la fonction
/»OO ±z — 1

E : z G C 1—^ / —7— r dt
J1 e* - 1
est une fonction holomorphe dans € (on dit aussi une fonction entière).

Exercice 2.14 (fonction caractéristique d’une variable aléatoire). Soit P est


une distribution de probabilité sur un espace probabilisable (fi, T) et X une variable
aléatoire réelle sur (fi, T ), telle qu’il existe rj > 0 avec

[ dP(u) < + 00.



Montrer que la fonction

z 1—> f elzX^dP(u) = Espérance de elzX ,


Jn
est une fonction holomorphe dans la bande {z G C ; |Imz| < rj}.

1. La terminologie fait référence à l’analyste et théoricien des nombres allemand Johann Peter
Gustav Lejeune Dirichlet (1805-1859) qui étudia ce type de série de fonctions holomorphes dont la
fonction zêta de Riemann constitue un prototype. On peut voir [Bern] comme une mine d ’exercices.
2. Cet exercice sera poursuivi ultérieurement, d ’abord à l’occasion de l’exercice 2.35, puis dans
un contexte plus général au chapitre 3 : il s’agit d ’un cas très particulier d ’un théorème du à Hardy
et Fekete, important résultat concernant les séries de Dirichlet (voir l’exercice 3.38).
2.1. FONCTIONS HOLOMORPHES : PLUSIEURS POINTS DE VUE 101

E xercice 2.15 (transformée de Laplace). Soit / une fonction mesurable sur R,


de support limité à gauche, et telle qu’il existe A G R, avec

oo.

Montrer que la fonction1 (dite transformée de Laplace de / )

F : p>-ï
Jr
f f(t)e~ptdt
est bien définie et holomorphe dans le demi-plan {p G C ; R e p > A}.

Exercice 2.16 (tra n s fo rm é e d e M e ll i n 2*) . S o it / :]0 , o o[-> C u n e fo n c tio n lo c a ­


le m e n t in té g r a b le su r ]0 ,o o[.
a) O n s u p p o s e d ’a b o r d p o u r u n c e r t a in 7 G R, \f(t)\ = 0(t7) a u v o is in a g e d e t = 0 e t
que f(t) = o(l/tk) p o u r t o u t k e N a u v o is in a g e d e l ’in fin i. M o n tr e r q u e la fo n c tio n
poo
( 2 . 18) A t-> / txf(t)dt
J0
e s t b ie n u n e fo n c tio n h o lo m o r p h e d a n s le d e m i-p la n {À G C ; R e A > —7 — 1} . Q u e lle
e s t la tra n s fo rm é e d e M e llin d e la fo n c tio n t e~l ? O n se r e p o r t e r a ic i à l ’e x e r c ic e
2. 10.
b ) O n s u p p o s e m a in te n a n t q u ’il e x is t e x G R t e l q u e Jj0>oo[ tx~l f(t) dt < +00 e t l ’o n
n o te :

Xq := su p {x G R U {+ 0 0 } ; [ |/(t)| tx~l dt < +00)


1 J[l,oo[ }
Xq := in f ix G R U {-0 0 } ; [ \f(t)\tx~~l dt < + 0 0 ).
1 Mn J
M o n tr e r q u e si Xq < x$ , la fo n c tio n ( 2 . 18 ) e s t d é fin ie e t h o lo m o r p h e d a n s la b a n d e
{xq < R eÀ < æ j} .

E x ercice 2.17 (transformée de Mellin). Soit ip : C -> C une fonction C°° à


support compact et N G N*,
a) Montrer que la fonction

Iv : A G {A ; ReA > N/2 —1} i— > JJ + iv)d^dn (( = £ + «?)

1. En ingénierie, où la transformée de Laplace joue un rôle opérationnel majeur, la variable est


fréquemment dénommée s ou p. On conserve ici cette notation familière aux ingénieurs, plutôt que
notre notation familière z.
2. C ’est le mathématicien finlandais Robert Hjalmar Mellin (1854-1933) qui introduisit cette
transformée et l’étudia, en vue notamment de ses relations étroites avec la fonction C de Riemann dont
on connaît (au travers de la formule d ’Euler) le lien avec le théorème fondamental de l’arithmétique.
La transformée de Mellin est devenue aujourd’hui aussi un outil des mathématiques appliquées et
des sciences de l’ingénieur (traitement d ’image, robotique). Elle est aussi très utilisée en théorie
analytique des nombres (plus encore que la transformée de Laplace).
102 2. HOLOMORPHIE ET ANALYTICITÉ

est bien définie et holomorphe dans le demi-plan {ReA > N/2 — 1}.
b) Vérifier que, pour tout entier N 6 N*, pour tout A dans {ReA > N/2 —1}, on a

(-i)tf
/v(A ) = (Л + 1)(А + 2 ).-.(Л + ЛГ)

En déduire que la fonction I^ se prolonge en une fonction holomorphe dans le demi-


plan {ReA > - 1 / 2 } . Indiquer comment Ton pourrait poursuivre cette idée et montrer
que I<p se prolonge en fait en une fonction holomorphe dans C \ { —1, —2, —3,...}.

E xercice 2.18 (réflexion par rapport à des arcs de cercle).


a) Soit / une fonction holomorphe dans le disque unité ouvert, à valeurs dans le demi-
plan {ïmz > 0}, se prolongeant par continuité à un arc de cercle ]A> B[ de la frontière
de ce disque, avec /( ] A, B[) c R. En utilisant la transformation homographique définie
comme H : z h* i(l + z)/(l —z) et le principe de réflexion de Schwarz, montrer que /
se prolonge à tout le plan complexe privé du complémentaire de l’arc de cercle ]j4, B[
dans le cercle unité.
b ) Soit U un ouvert du disque unité privé de l’origine dont la frontière contient un
arc de cercle ouvert ]A,B[ du cercle unité et f : U - » C une fonction holomorphe
dans C/, se prolongeant de manière continue à ZJ\J]AyB[, On suppose qu’il existe
R > 0 et wo G C tels que f(U) C D(wo,R) et /(]i4 ,B [) C {w £ C ; \w - wo| = Ro}*
Montrer que / se prolonge en une fonction holomorphe dans l’ouvert UU]A)B[\JU)
où U désigne l’image de U dans l’inversion géométrique par rapport au cercle unité
(c’est-à-dire la transformation z ^ 1/z).

E xercice 2.19. Soit / une fonction continue de [0, l ]2 dans le disque fermé
{\z\ < 1}, holomorphe dans ]0,1[2. On suppose / bijective entre [0, l ]2 et { \z\ < 1}
(on justifiera au chapitre 3, section 3.4, exemple 3.4, l’existence d’une telle application,
et l’on se contente de l’admettre pour l’instant dans cet exercice).
a) Montrer que, si Г désigne le lacet correspondant au bord de [0, l ]2 parcouru une fois
dans le sens trigonométrique, un paramétrage admissible de / о Г est t G [0,1] н* е2Ш
(on utilisera ici le résultat établi à l’exercice 1.46 pour assurer que le support de ce
lacet est bien inclus dans le cercle unité).
b ) On suppose aussi que /( 0 ) = 1. Montrer (en utilisant le principe de réflexion de
Schwarz, proposition 2.3) que l’application г e]0, 1[2н> (1 + f(z))/(l - f(z)) réalise
une application holomorphe bijective entre ]0, 1[2 et {R ez > 0} et se prolonge en une
application holomorphe F dans C \ (2Z 02zZ ) vérifiant dans cet ouvert les relations de
double périodicité F(z + 2) = F(z + 2i) = F{z). Quels sont les points où F(z) = —1 ?
Déduire de ce qui précède que / se prolonge à C privé de deux réseaux ai + (2 Z 0 2 iZ )
et Q2 + (2Z 0 2 iZ) que l’on précisera en une fonction holomorphe vérifiant les relations
de périodicité f(z + 2) = f(z + 2i) = f(z) dans son domaine de définition. Dans quel
cas ces deux réseaux ne font plus qu’un ?
2.2. FORMULES DE CAUCHY ET ANALYTICITÉ 103

2.2. Formules de Cauchy et analyticité


2.2.1. Séries entières; quelques rappels

On ne peut dissocier le qualificatif holos ( « entier » ) présent dans l’épithète «: holo-


morphe » de la notion de < série entière » Y^=o akZk- Une série entière est une série1
de fonctions monômes z ^ akzk, où précisément les exposants sont entiers2. On rap­
pelle ici le résultat majeur (formalisé probablement dans sa forme la plus élaborée
par Niels Henrik Abel) concernant les séries entières et leur convergence.

Proposition 2.4 (Lemme d’Abel). Soit Y^kLoakzk une série entière (pensée
pour l’instant comme une série formelle) de la variable complexe z. Si cette série
converge en un point zq du plan complexe, elle converge normalement dans tout
disque fermé {\z\ < r} lorsque 0 < r < \zo\- De plus, la convergence de la suite
Œfk=oakzk)n>o est uniforme dans tout compact3 de la forme

(2.19) :== { zo} O ^z G D(0, \z0\) ; |^| __ ^ fi ^ > 1.

Démonstration. La première assertion (on peut supposer bien sûr |^o| > 0)
résulte du fait que, si 0 < r < \zo\, on a

sup \akzk\< ( * - ) sup |afcZo|.


|*|<r VM ' k> o

La suite (\akzk\)k>o tend vers 0 si la série entière YlkLoakzk converge en zo ; cette


suite est donc bien majorée et la convergence normale de la série est assurée par la
convergence de la série géométrique de raison r/\zo\. La seconde assertion réside sur
un résultat auxiliaire que nous aurons l’occasion de fréquemment mettre en œuvre
dans les exercices illustrant cet ouvrage et que nous formulons donc ici sous forme
d ’un petit lemme (auquel nous renverrons fréquemment au fil des exercices) ; il s’agit
d ’une idée clef exploitée à diverses reprises par Abel dans ses travaux.

L e m m e 2.1 (intégration par parties discrète). Soient { u o , un}, { i > o , vn} deux
listes de n + 1 nombres complexes (n G W ). Soit <5+ [w] (w = u ou w = v) la
dérivée à droite discrète de l’une ou Vautre de ces deux suites, c ’est-à-dire la suite
(wk+i —'Wk)k=oi...in-ij et S~[w] sa dérivée à gauche, c ’est-à-dire cette fois la suite

1. Pour l’instant formelle, on ne précise pas le domaine de convergence dans C, domaine qui de
toutes façons contient toujours au moins l’origine.
2. L’extension au cas des exposants rationnels, voire plus récemment, réels, puis complexes,
initiée par Newton, a été reformalisée (dans le cas rationnel) par le mathématicien et astronome
français Victor Puiseux (1820-1883) vers 1850. Puiseux avait pour objectif majeur la paramétrisation
des diverses branches des courbes algébriques planes de C 2 (se présentant comme définies par une
équation cartésienne irréductible P(z>w) = 0, où P G C[X, Y]).
3. On note que ce compact K ZQyK est symétrique par rapport au diamètre [—zotzo] du cercle
{\z\ = M L contient toujours le segment [0 , zo], et que son intersection avec le cercle {\z\ = M }
se réduit au seul point z q . A u voisinage de ce point z o > K z 0,r se trouve inclus (tout en lui étant
tangent intérieurement) dans le demi-cône de sommet zo, d ’axe le rayon [0 , zo], de demi ouverture
arctan(/t - 1) G [0,?r/2[. Le cas limite k = 1 correspond à K ZQt i = [0, 20].
104 2. HOLOMORPHIE ET ANALYTICITÉ

( w k - w k- l)k=l„ Alors

Tl—1 ^ 1
52 uk (5+H)fe = Uovo] - D < - M )kVk
[un- i v „ -
k=0 fc=l
( 2. 20)
n n—1
52 (<5"[u])fe = [u„v„ - u i Vq] - ^ ( ¿ +N)fe v k .
fc=i ft= i

Preuve du lemme. Il s’agit d’un calcul immédiat. Notons que les formules
(2.20) constituent de par leur écriture même deux versions discrètes de la classique
formule d’intégration par parties u ( t ) v ' ( t ) d t = [u(b)v(b) — u (a )v (a )] — f ^ u ' ( t ) v ( t ) dt
dans le contexte continu (étant données deux fonctions / et g de classe C 1 sur
[a, 6]). □

On introduit la suite de fonctions ( u k { z ) ) k > o (dans K ZOyK)> ainsi que la suite de sca­
laires (£k)k> o» définies respectivement par Uk{z) = ( z / z o ) k ( z G K ZOyK) et £* = akZ§.
On introduit aussi la suite convergente ( Vk)k obtenue en prenant la primitive (au sens
discret) de la suite (Çk)k> o, c ’est-à-dire la suite (convergente) des sommes partielles
Œ 2e= o ak * o )k > o de la série entière au point zo. On vérifie que

(2.21) sup
k
(M
, 0.k \
+ 2 lu* - “ *—il)> - 1 + sup
z e K ZOtK
^171^
Fo| ^ îT t ) ) - 1 + K'
2 3 (vFo|/ /
Si q > p sont deux entiers strictement positifs, on remarque que, pour tout 2 G K ZQiK,
( 2.22)
p p

52 & U k (z)= 52 u k { z ) { 5 ~ [ v ] ) k = [Up(z)vp - U q + i ( z ) v q}-\- ^2 (<5+M2)])fcUfe


k =q+l k =q+l q+l<k<p

en appliquant la première formule (2.20) d ’intégration par parties discrète. En injec­


tant l’inégalité (2.21) dans l’inégalité déduite de (2.22) par l’inégalité triangulaire, on
voit que
I P I
sup 5 2 ÇkUk(z) < 3 (1 + k) sup |vfc|.
Z€ K Z0,K k = q +l g+l</c<n
La suite de fonctions (J 2e= o ^ k U k (z ))k > o vérifie donc le critère de Cauchy uniforme
dans K z0)W, donc converge uniformément dans ce compact du fait de la complétude
de C(KZQtKi C) équipé de la norme uniforme. □

Le lemme d ’Abel induit la notion de rayon de convergence d’une série entière .

Définition 2.2 (rayon de convergence d’une série entière). Si Yl'kLo akzk est une
série entière, son rayon de convergence est défini par

R := sup{r > 0 ; sup(|afc|rfc) < + o o } =


(2.23) oo
= sup j r > 0 ; ^ 2 akZk converge dans Z)(0, ?’) | e [0, + 00].
k=0 ’
2.2. FORMULES DE CAUCHY ET ANALYTICITÉ 105

Ce rayon de convergence s’exprime à l’aide d’une règle attribuée aussi à Cauchy :

(2.24)
limsup \ak\x/k '
fc—H -oo

R em arqu e 2.5 (encadrement ou règle de d ’Alembert). On a aussi parfois recours


pour le calcul du rayon de convergence d’une série entière à Vencadrement (ou règle)
de d’Alembert, pourvu que la série ne présente pas de lacune (a/j 7^ 0 pour k assez
grand) :

(2.25) J <R<
lim s u p i^ lim i n f i n i
fc-H -oo 1 *•' fc—H-OO la*l
Notons toutefois que cette règle, bien que souvent mise à contribution, s’avère en
général moins efficace que la règle de Cauchy, d ’une part parce qu’il ne s’agit que
d ’un encadrement, d’autre part parce que les séries entières lacunaires (telles par
exemple YlkLo ^ /^> vo*r l’exercice 2.20) posent problème (du fait des occasionnelles
indéterminations 0/ 0).

Signalons aussi, à propos de ces notions de rayon de convergence R et de disque


de convergence, que les séries entières de rayon de convergence nul (par exemple
]C&lo ^ zk) n’en sont P35 m°ins des êtres mathématiques très intéressants : le problè­
me de la resommation des séries divergentes a constitué un problème central en ana­
lyse complexe depuis plus d’un siècle. Certains exercices proposés dans cet ouvrage
(par exemple les exercices 2.32 ou 2.45) permettront d ’en donner un infime aperçu.
Au delà des questions de convergence ou de divergence, les séries entières (souvent
dans un premier temps pensées de manière formelle) jouent un rôle central au carre­
four des mathématiques (discrètes ou continues), de l’informatique, de la théorie de
l’information, de l’analyse et du traitement des signaux et des images, de l’automa­
tique, etc. Le fait que l’opération consistant à faire la convolution discrète (disons ici
formelle) de deux informations digitales

(flfc)fc>0 * (h)k >0 1— ►( £ o>e ^k~^)k>0


eez
se traduise par la multiplication des séries entières Y^kLoak^ k y
contribue certes pour beaucoup. On suppose ici que le lecteur est déjà familier avec
le maniement de tels objets et que les notions de disque de convergence, de rayon de
convergence, de série entière dérivée, etc. sont acquises. En guise d’entrainement, on
propose plutôt, au travers d’une suite d’exercices classiques1 proposés en début de
la sous-section 2.2.5, une révision (par le calcul, parfois fastidieux, mais enrichissant)
des techniques acquises, prenant en compte (comme dans l’exercice 2.24) le bagage
déjà introduit au chapitre 1. Le lecteur pourra consulter des ouvrages d’enseignement
au niveau licence 2 pour consolider ici ses acquis.

1. Ces exercices sont centrés autour de la recherche de séries entières solutions d ’équations
différentielles dans le champ complexe, tels les exercices 2.21, 2.22, 2.23, 2.24, ou de l’interface
avec la combinatoire ou le calcul formel, tels les exercices 2.25, 2.26, 2.27.
106 2. HOLOMORPHIE ET ANALYTICITÉ

2 .2.2. Formules de représentation de Cauchy et analyse de Fourier


Puisque les fonctions holomorphes / dans un ouvert de C sont les fonctions de classe
C 1 (même en fait C°°) dans cet ouvert vérifiant l’équation de Cauchy-Riemann (2.4)
(ou le système de Cauchy-Riemann (2.5) si l’on pense à l’expression de f sous la
forme P + iQ, avec P et Q à valeurs réelles), on déduit de la formule de Cauchy-
Pompeiu (1.60) (proposition 1.6) la possibilité de représenter les fonctions holo­
morphes à l’intérieur des ouverts relativement compacts (c’est-à-dire bornés) de C
dont l’adhérence est un compact à bord orienté comme dans le théorème 1.3. C ’est la
version analytique des formules de représentation de Cauchy (pour les dérivées).

T h e o r e m e 2.4 (formules de représentation de Cauchy, version analytiquex). Soit


U un ouvert relativement compact de C tel que U = K soit un compact à bord orienté
comme dans le théorème 1.3 de Green-Riemann. Soit f une fonction holomorphe dans
U et continue dans U. On a

<2.26) vp 6 n, v? 6 и , /« и = A Ц *,

où 8K+ désigne le bord orienté de K, comme dans ce même théorème 1.3 (sens
trigonométrique pour le bord externe, sens des aiguilles d’une montre pour le bord
interne).

Si {|C - 2o| < r} est un disque fermé inclus dans un ouvert où est définie une fonction
holomorphe / , la formule (2.26) devient (dans D(zo,r)) la formule (2.11) (avec / en
place de F). En particulier, on constate (en prenant z = Zo) que
1 /»2тг jû
/Ы = 2- Jo f (z0 + ге*в) M = Jo f ( z0 + re<Ô) 2^ ’

autrement dit la valeur de / au centre du disque de rayon r est aussi la moyenne des
valeurs de / sur la frontière de ce disque. Si l’on note dar la mesure de longueur sur
le cercle de centre 0 et de rayon r, on peut donc énoncer la formule de la moyenne.

P r o p o s i t i o n 2.5 (formule de la moyenne). Soit U un ouvert de C et f une


fonction holomorphe de U dans C. Pour tout disque fermé {|£ - Zo\ < r } inclus dans
U, on a

(2,27) /(г о ) / f(z0 + C) < M 0 = / /(*> + C ) ë


27ГГ У|С|=Г У|С|=Г 2?rr

Si f s ’écrit P + iQ, avec P et Q à valeurs réelles, la formule de la moyenne (2.27)


est aussi vérifiée par P et Q séparément puisqu’il s ’agit d’une formule réelle (ce qui
n’est pas le cas des formules de Cauchy (2.11) ou (2.26)).
La proposition 2.5 est en fait un cas particulier (en l’occurrence p = 0) du résultat
suivant (qui nous renvoie un instant à la théorie des séries de Fourier classiquement
introduite en deuxième année de licence).

1. On en donnera une version topologique dans la sous-section 2.2.3 (théorème 2.6).


2.2. FORMULES DE CAUCHY ET ANALYTICITÉ 107

P r o p o s i t i o n 2.6 (coefficients de Fourier). Soit U un ouvert de C et f une fonc­


tion holomorphe de U dans C. Pour tout disque fermé {|Ç — zo\ < r } inclus dans Uy
on a
1 P2?r
2- J f ( zo + re i№)e~ip0 dfi =
r*f<r>(zo) V pe N
27T

f(zo + re ie)e~ipe dâ = 0 Vp € Z \ N.

D é m o n s t r a t i o n . Pour ce qui concerne les formules (2.28) lorsque p G N, il suf­


fit d’exprimer les formules de Cauchy pour les dérivées (2.12) au centre du disque (à
savoir le point z = zo). Pour p < 0, on remarque que la fonction £ h* (C —^o)~p_1/(C )
est holomorphe au voisinage de {|C ~ ^o‘ | < r }, donc que la 1-forme abélienne
(C — zo)~p~1f{C) dÇ est localement exacte au voisinage de ce disque fermé. Comme
un disque ouvert est simplement connexe (car convexe), l’intégrale curviligne (d’une
forme fermée, donc exacte) / ÎG[0li]^^o+re2iw*(^ “ zo)~p~l /(C ) ¿C est nulle d’après la
proposition 1.12. On en déduit (en paramétrant) les formules (2.28) pour p < 0. □

R em arqu e 2.6 . Voici une remarque subtile, qu’il convient de faire cependant. Il
est important d’observer que, dans les formules (2.28) lorsque p £ N, l’introduction de
la division par p\ au second membre est susceptible d’introduire des difficultés si l’on
en tête le souci (ultérieur) de raisonner d’un point de vue qui soit le plus algébrique
possible (imaginons que l’on travaille en caractéristique strictement positive ...). De
fait, c’est le membre de gauche de ces formules qui, une fois divisé par rp) est un objet
intéressant ; il convient de penser la division par p\ à droite comme une < fausse » di­
vision (compensée souvent de fait par la multiplication par le numérateur f^\zo)).

2.2.3. D évelop p em en t de T aylor d ’ une fo n ctio n h olom orp h e au voisinage


d ’un poin t

Nous déduisons de la proposition 2.6 le théorème suivant :

THEOREME 2.5 (analyticité des fonctions holomorphes). Soit f : U —> C une


fonction holomorphe dans un ouvert U de C. Pour tout zo G U, les nombres ap(zo),
p GN, donnés par les relations
(2.29) f ( p\z0) = p! x apizo) Vp e N,

sont tels que :


OO

Rayon de convergence (^>2ak(zo)Xk^ > distance (zo>dU) G]0, oo]


k—0
(2.30)
Mz G D(zo,distance(zo)dU))) f(z) = ^ a ^ o ) (z - z0)k.
k=0
De plus, le développement

(2.31) £( \ V "' / W (*>) (


k=0
108 2. HOLOMORPHIE ET ANALYTICITÉ

(qui est appelé développement en série de Taylor de f au voisinage de Zq) est l’unique
développement possible de f en série de puissances de (z —zo) au voisinage de z ~ z0.
Les coefficients ak{zo), k € N, sont dits coefficients de Taylor de f en zq .
D é m o n s t r a t io n . Si {| £ — zo\ < r} c U et si \z—zo\ < r, on dédu it de la form ule
de C au ch y (2 .1 1 ) p ou r un disqu e que,

,, X 1 f /«) .>_ 1 f № 1
m ~ 2 * W 7<0ir ( < - * ) - ( * - * > ) * ^ L 0, C - z o l - f E f ^

- ¿ L S (g (^ )V
oo

= ^ ~2ak(z0) ( z - z o )k.
k=o
L ’interversion de lim ite de la ligne 2 à la ligne 3 est justifiée par le fait que la
convergence de la série sous l ’intégrale est uniform e sur le su p p ort de 7 Zo>r : en ef­
fet, si \Ç - z0 \ = r et z e D ( z o , r ), on a bien \z - zo\/\Ç - zo\ = \z - z o \ /r < l
(in d ép en d am m en t de C)* L e (lem m e 2 .4 ) im plique que le rayon de convergence de
la série entière o a k (z o ) X k est au m oins égal à la distan ce de zq au bord de U .
L ’unicité du développem en t de / en série de puissances àe z — zq au voisinage de zq
résulte enfin de l ’unicité du d éveloppem en t en série de Fourier de la fon ction C°°
0 G K i— > f(zo + eeie),
lorsque e> 0 est choisi assez p etit. □
E x e m p l e 2 .1 (série génératrice des n om bres de B ern o u lli). L e th éorèm e 2 .5 peu t
perm ettre de calculer des rayons de convergence dont l ’approche serait inaccessible via
les règles de C au ch y ou de d ’A le m b e rt. P ar exem p le, pour la série Bk X k, où les
nom bres (Bk)k>o sont ob ten u s en faisant la division suivant les puissances croissantes
de 1 par A ’/c_1//c !, le rayon de convergence vau t exactem en t 2ir, puisque 2ir est
la distan ce de 0 au bord du dom ain e U dans lequel la fon ction 2 h * z/(ez — 1) est
h olom orph e : il est en effet m inoré par 2n du fait du th éorèm e 2 .5 et m a jo ré par 2it
\e%t\/\it — 2z7r| = + o o .
car lim t_* 27r_ Les coefficients (h\Bk)k>o con stitu en t la liste des
nombres de Bernoulli. O n retrouve ces n om bres de B ernoulli (im pliqués alors co m m e
coefficients) dans une form ule jo u a n t un rôle im p ortan t en analyse num érique (parce
q u ’elle fournit une version « décentrée » de la form ule de T aylor avec reste intégral),
à savoir la formule d’Euler-MacLaurin.
D é f i n i t i o n 2 .3 (fon ctions an a lytiq u es). U n e fon ction / : U —>C se développan t
en série de puissances de z — zq au voisinage de tou t point zq G U est dite analytique
dans U.
L e th éorèm e 2 .5 a d m et ainsi co m m e corollaire le résultat suivant :

C o r o l l a i r e 2 .2 . Soit U un ouvert du plan complexe. Une fonction f de U dans


C est holomorphe dans U si et seulement si elle est analytique dans cet ouvert.
2.2. FORMULES DE CAUCHY ET ANALYTICITÉ 109

D é m o n s t r a t i o n . Le théorème 2.5 montre que toute fonction holomorphe est


analytique. Réciproquement, si une fonction / se développe au voisinage de tout
point zq de U en
oo
f(zo + h) = y}Taz0,k hk,
fc=o
on voit en particulier que, pour h voisin de 0 dans C (dépendant de zo),

f{zo + h) = f(zo) + aZoAh + o(|/i|).


La fonction / satisfait donc (2.2) ; elle est donc holomorphe dans U. □

Avec l’équivalence entre les deux notions d’holomorphie et d’analyticité, surgit une
autre incarnation de la rigidité que reflétait l’étymologie du mot « [holo]-[morphe] » ,
comme nous l’avons déjà pointé dans l’introduction de la sous-section 2.2.1 consacré
aux rappels de licence 2 concernant les séries entières. Il s’agit cette fois d’une rigi­
dité algébrique. Localement, c ’est le développement qui est un développement en série
entière ; on pense encore à « holo » , mais en pensant cette fois à la < forme » des expo­
sants : les puissances sont entières1. Pareille rigidité se traduit au niveau algébrique
par le fait que la classe des fonctions holomorphes (c’est-àrdire celle des fonctions
analytiques) se rapproche, au niveau des propriétés dont elle hérite, de celle des po­
lynômes.

R em arqu e 2.7. Remarquons qu’il n’est pas évident de prouver que la composée
de deux fonctions analytiques est analytiques . Il faut avoir recours à la méthode
des séries majorantes, dont nous ne parlerons pas ici2, sauf à l’occasion de quelques
exercices en fin de cette section. En revanche, il est facile de vérifier, on l’a vu, que
la composée de deux fonctions holomorphes est holomorphe (voir la remarque 2.2 au
début de ce chapitre). S’il est clair que des fonctions holomorphes telles les fonctions
polynomiales de la variable 2, l’exponentielle complexe, les fonctions trigonométriques
complexes, les fonctions du type 2 »-> log(l + z) ou leurs avatars tels 2 *-» arctan(z),
plus généralement les fonctions dites de la classe de Liouville, sont naturellement
exprimées sous la forme de fonctions analytiques (par un développement de Taylor
immédiatement c visible » ) , il n’en va pas de même (au moins à première vue) pour
d’autres classes de fonctions holomorphes, telles par exemple celles qui sont exprimées
comme des intégrales dépendant holomorphiquement d’un paramètre (transformées
de Fourier, Laplace ou Mellin, voire transformations plus complexes voir les exercices
2.15, 2.16, 2.24), ou celles qui se présentent données sous forme de série de Dirichlet
(voir les exercices 2.12, 2.31 ou 2.54).

Voici (pour conclure cette sous-section) une version topologique des formules de
représentation de Cauchy pour les dérivées. Ce résultat est le pendant topologique
des formules de représentation analytiques (2.26) du théorème 2.4.

1. On appelle d ’ailleurs < fonction entière » une fonction holomorphe dans C tout entier.
2. Cette méthode est (par exemple) également impliquée dans la recherche des séries entières
formelles solutions d ’équations différentielles dans le champ complexe, suivie du contrôle de leur
rayon de convergence visant à assurer que ce rayon est au minimum strictement positif, voir par
exemple l’exercice 2.21 et son corrigé.
110 2. HOLOMORPHIE ET ANALYTICITÉ

THEOREME 2.6 (formules de représentation de Cauchy, version topologique). Soit


U un ouvert de C et 7 un lacet continu de U homotope à un point dans Vhomotopie
Hu entre lacets continus libres de U. Soit f : U —» C une fonction holomorphe dans
U et z G U \ supp (7 ). On a, au point z, les formules de représentation :

(2.32) Vp e N, / ( » ( z ) Indfr, *) ~ (( <K,

ou bien encore, ce qui revient au même :

(2.33) VpsN,

D é m o n s t r a t io n . A u voisinage de z , on peut développer en série entière / ( £ )


sous la forme
00

/« ) = £ «* (* ) ( Ç - * ) k-
k=0
Fixons p G N. La fonction

(2.34) C e U \ {z} (c f (g p+1 - £ «*(*)(< - z )* - * - 1

est holomorphe dans U\{z} et se prolonge au voisinage de 2 en la fonction holomorphe


00

fc =P + l
La fonction / ZjP, ainsi obtenue par prolongement de (2.34), est donc holomorphe dans
U. La forme /*,p(C)dC est localement exacte dans U, et la proposition 1.12 implique

f fz,p{C) dÇ = 0 ,
«/7
puisque 7 est homotope à un point dans l’homotopie Hu entre lacets continus libres
de U. Ceci se lit, compte-tenu de l’expression (2.34) de f ZyP,

(2 35) lH H * -| > (2) / « - * = °-


Comme les formes (Ç — z)k~p~l dÇ, pour k ^ p, sont exactes dans C \ {z} (voir
l’exemple 1.1), et que 7 est un lacet, on a (proposition 1.3)

= f (c - z)k~p~1d,C= 0.
J'Y

On déduit donc de (2.35) que

/ K - H + 1 d>* = ap^ J c = 2i7r Ind(7, *)•


On a donc bien les formules (2.33). Comme on sait aussi que f ( p\z) = p\ap(z) pour
tout p G N (formules (2.29)), les formules (2.32) en résultent. □
2.2. FORMULES DE CAUCHY ET ANALYTICITÉ 111

2.2.4. P rin cip es des zéros isolés, du p rolon gem en t analytique, et de l’ap­
plication ou verte

La première conséquence importante du fait que la notion d’holomorphie soit équiva­


lente à celle d ’analyticité est le principe des zéros isolés.

T h é o r è m e 2.7 (principe des zéros isolés). Soit U un ouvert connexe et f une


fonction holomorphe dans U non identiquement nulle dans cet ouvert. L fensemble
Z(f) := {a £ U \ f(a) = 0}
n}a pas de point d}accumulation dans U, autrement dit les zéros de f dans U sont des
points isolés.
D é m o n s t r a t i o n . On raisonne par l’absurde. Soit a un point d’accumulation de
Z(f). On a f(a) = 0 car / est continue. Au voisinage de h = 0, on peut développer
h h-» /(a + h) en série entière
oo
f ( a + h) = ^ T a k (a) hk.
fc= 1
Les a&(a), A; G N, sont nécessairement tous nuis : si tel n’était pas le cas, on pourrait
écrire, si /cmin désigne le plus petit entier strictement positif tel que akipi) ^ 0, dans
un disque ouvert D(0, ea),

f { a + h) = akmht(a )h kmhl ua (h ),

où ua est une fonction holomorphe valant 1 en h = 0 et ne s’annulant pas dans


D( 0, ea) ; le zéro a de f serait donc isolé. Le sous ensemble ouvert de U défini comme
E = {a GU ; f = 0 a,u voisinage de a}
est donc non vide (car contenant tous les points d ’accumulation de l’ensemble Z(f)
des zéros de / dans U). Ce sous-ensemble E est aussi fermé car les formules (2.28)
donnant les coefficients ak(C),
1 1 /*27T

ûfe(c) = ; W o K +rei6) e~ikede


(avec r > 0 suffisamment petit, mais ne dépendant que de a)> lorsque C est assez
voisin de a, dépendent continûment de C; si tous les ( dk(Cn))k>o sont nuis pour une
suite de points (Cn)n>o convergent vers a, il en est donc de même pour tous les afc(a).
Comme E est non vide, ouvert et fermé dans f/, et que U est connexe, on a E = C/,
ce qui contredit le fait que / ne soit pas identiquement nulle. □

R em arqu e 2.8 (multiplicité d ’un zéro isolé). Si / est une fonction holomorphe
dans un ouvert connexe U de C, s’annulant en zq e U, mais non identiquement nulle
dans U) l’ensemble {fc G N* ; ak(zo) ^ 0} est un sous ensemble non vide de N*,
admettant donc dans N* un plus petit élément v{zo), que l’on appelle multiplicité de
zq comme zéro de / .

C o r o l l a ir e 2.3 (principe du prolongement analytique). Si U est un ouvert


connexe de C, et que f : U - ï C et g : U C sont deux fonctions holomorphes dans
112 2. HOLOMORPHIE ET ANALYTICITÉ

U prenant les mêmes valeurs sur un sous-ensemble de U présentant un point d’accu­


mulation dans U, on a f = g dans U. La même conclusion demeure sous l’hypothèse
que f et g aient même développement de Taylor en un point donné a de U.
D é m o n s t r a t i o n . On applique le principe des zéros isolés (théorème 2.7) à la
fonction f —g, elle aussi holomorphe dans U. □

R em arqu e 2.9. Le principe du prolongement analytique est un principe extrê­


mement profond, quand bien même il semble à première vue n’être qu’une simple
reformulation du principe des zéros isolés. Voir par exemple l’exercice 2.39 ou la suite
d’exercices techniques (exercices 2.11, 2.13, 2.35, 2.36, 2.54, 3.38, 3.44, 3.45, 3.47)
conduisant l’étude du prolongement de la célèbre fonction zêta de Riemann :
oo
z € {R e z > 1} i— > Y^k z = Y exp( -(lo g A ) z),
k> 1 k = l

exemple de série de Dirichlet ( voir les exercices 2.12, 2.31, 2.54) « encodant » en des
termes analytiques, de par la formule d’Euler
n 1
£(2) = lim V 2 tel que R e 2 > 1,
V 7 n->+oo I I t^
3=1 p3

(pi = 2,p2 = 3,... désignant la suite des nombres premiers), le théorème fondamental
de l’arithmétique. Il s’agit, notons le, d’une série de Dirichlet, donc d ’une fonction
holomorphe ne s’exprimant pas « naturellement » comme la somme d’une série entière
convergente. Si l’on sait que cette fonction ( de Riemann se prolonge en une fonction
holomorphe dans C \ { 1}, peu de choses sont en revanche connues relativement à
l’explicitation de pareil prolongement (unique d ’après le principe du prolongement
analytique). On connait certes quelques valeurs particulières comme £(0) = —1/2,
C(—1) = —1/12, C(” 2/c) = 0 pour tout k > 1, conduisant à l’écriture d’étranges
formules telles que
00 00

Y 1= <(o) = - 1/ 2, y k = « - 1) = - V 12, -
k= 1 fc=1

(on comprend bien sûr comment il faut les entendre, à savoir au sens du prolongement
analytique). Pourtant, par exemple, l’hypothèse formulée par B. Riemann dès 1859,
stipulant que les zéros non triviaux (c’est-à-dire autres que - 2 fc, k G N*) de cette
fonction C prolongée sont tous sur la droite < critique » {Re 2 = 1/ 2}, reste depuis plus
d’un siècle un challenge tant pour les mathématiciens que les physiciens théoriciens.

Autre résultat majeur résultant du fait que les concepts d ’holomorphie et d’analyticité
coïncident, on a le théorème de l’application ouverte.

THEOREME 2.8 (théorème de l’application ouverte, version locale précisée). Soit


f une fonction holomorphe non constante au voisinage de l’origine (dans C) et

(2.36) f ( z ) = ^ 2 akzk
k=0
2.2. FORMULES DE CAUCHY ET ANALYTICITÉ 113

son développement de Taylor en ce point Soit v := inf{fc E N * ; û f c / 0}- Pour tout


e > 0 assez petit, il existe rj(e) > 0 tel que

(2.37) 0 < \w- /(0)| < 7?(e) = > card (D (0,e) fl / ^ ( M ) = v.

D é m o n s t r a t i o n . Dans un disque D(0,eo) (avec eo suffisamment petit) on peut


écrire, compte-tenu de (2.36) :
oo

/(* ) = /(o ) + ^ ( E a* * ~ v) = / ( ° ) + * "«(* ).


k=u

où u est une fonction holomorphe dans D (0, eo), ne s’annulant pas dans ce disque,
et valant av en z = 0. En utilisant la dernière assertion de la proposition 1.13, on
constate qu’il existe une fonction holomorphe v : D (0, eo) —> C telle que u = expu
dans D(0,eo). L’application £ : z G D(0,eo) zexp(v(z)/v) est une application
holomorphe, dont le nombre dérivé en 0 vaut exp(u(0)/^ ) ^ 0. Considérée comme
une application de D(0,eo) dans R 2, c ’est une application dont le jacobien en 0 vaut
|exp(u(0)/^)|2 > 0 (d’après le fait qu’une fonction holomorphe obéit au système
de Cauchy-Riemann (2.5)). Le théorème d’inversion locale pour les applications de
classe C 1 assure qu’il existe un disque D (0,ei) (ei < eo) tel que £ réalise un C 1-
difféomorphisme entre D (0, ei) et son image £(D (0, ei)). Si l’on effectue le changement
(holomorphe1) de coordonnées z = £(z), on voit que la fonction £ i-> / ( £ _ 1(C))
s’exprime dans £(D (0, ei) comme

/ ( r 1(O ) = / ( 0) + C*'.

Comme l’équation w — /(0 ) = ^ admet exactement v racines distinctes lorsque


|w - / ( 0)| > 0 et que ces p racines tendent vers 0 lorsque w tend vers / ( 0), le fait
que £ soit un difféomorphisme assure que, pour tout e < ci, il existe r¡(e) > 0 tel que
(2.37) soit valide. □

C o r o l l a i r e 2.4 (théorème de l’application ouverte). Soit f : U C une


fonction holomorphe non constante dans un ouvert connexe U du plan. L’application
f : U —► C est ouverte, c’est-à-dire l’image par f de tout ouvert de U est un ouvert
de C .

D é m o n s t r a t io n . Si zq est un point de U, la fonction

Z f(z + Zq)

est holomorphe non constante au voisinage de 0. On lui applique le théorème 2.8.


L’image du disque D ( zq, e) (pour tout e assez petit) contient un disque D(f(zo)> r)(e))
(pour un rj(e) > 0 convenable). Cela résulte de (2.37) puisque u = v(zo) > 1. Ceci
prouve bien que / est ouverte. □

1. On peut montrer que l’inverse de f est aussi une application holomorphe, car de classe C 1 et
vérifiant le système (2.5) de Cauchy-Riemann.
114 2. HOLOMORPHIE ET ANALYTICITÉ

2.2.5. E xercices
E xercice 2.20 (séries entières, calculs de rayons de convergence). Calculer (en
utilisant soit la règle de Cauchy, soit celle de d’Alembert) les rayons de convergence
des séries entières suivantes :
oo
^ 2) k
sin(/s1 ^ zk
Y ,M zk J 2 k<*zk («eC)
k=0 k= 1 /¡5=1 k=0
E x ercice 2.21 (séries entières et équations différentielles dans le champ com­
plexe, méthode des séries majorantes). Soient A o,..., A # , i V - f l séries entières de
rayon de convergence strictement positif, avec A n (z) = ]Cfcloaw>fc zk>où ajv,o € C*.
Démontrer que le C-espace vectoriel des séries entières y(z) = Y?k=o ak zk solutions
(formellement) de l’équation différentielle d’ordre N

¿ > - ‘« 0 - 0
k=0

est de dimension N et que toute série entière formelle solution de cette équation a un
rayon de convergence strictement positif. On pourra pour simplifier utiliser la méthode
classique ramenant le problème de la résolution d’une équation différentielle ordinaire
d’ordre N à celle d’un système de N équations différentielles ordinaires d’ordre 1.

E xercice 2.22 (séries entières : les fonctions de Bessel). On appelle série de


Puiseux formelle toute série formelle de la forme y ( z ) = z K Y ^ k L o a k Z ky où k G C,
et l’on munit l’ensemble des séries de Puiseux formelles d’une structure de C-espace
vectoriel.
a) Montrer que, si v £ Z, le C-sous-espace des séries de Puiseux formelles solutions
de l’équation différentielle du second ordre1 :

(2.38) z 2 y" + z y' + (z2 - u2) y = 0


est un C-espace vectoriel de dimension 2 dont on exhibera une base de solutions.
Vérifier que, si v est un réel qui n’est pas un entier 2, on peut exprimer une telle base
de solutions en termes des valeurs de la fonction F introduite à l’exercice 2.10, sous
la forme

Ë f c !r ( ± « / + * + l)

(on justifiera en particulier pourquoi les nombres F(±i/ + k + l) figurant au dénomina­


teur des coefficients des séries ci-dessus sont bien définis et non nuis),
b ) Montrer que, si v —n G Z, le C-sous-espace vectoriel des séries de Puiseux formelles

1. C ’est pour résoudre un problème de mécanique céleste que le mathématicien et astronome


allemand Friedrich Wilhelm Bessel (1784-1846) introduisit cette équation différentielle (fondamentale
en mécanique et en physique) et les fonctions solutions (fonctions de Bessel de première et de seconde
espèce).
2. En fait, ceci vaut aussi si v est un complexe qui n’est pas un entier, mais il faut alors admettre
que T ne s’annule pas dans C \ { 0, —1, —2,...} où elle est définie, voir l’exercice 3.47 au chapitre 3).
2.2. FORMULES DE CAUCHY ET ANALYTICITÉ 115

zH- y ( z ) solutions de l’équation différentielle (2.38) est de dimension 1, engendré par


une série de Puiseux formelle Jn qui devient dans ce cas la série entière
/ z \ 2fc

« * )-© ■ E
fc= m ax (0 ,—n)
k\ (n + A:)! (!)'
Quel est le rayon de convergence de cette série entière1? En utilisant le résultat
établi à l’exercice 2.21, montrer que la droite vectorielle C Jn ne fournit pas toutes les
solutions (développables en série entière au voisinage d’un point arbitraire zq € C*
voisin de 0) de l’équation différentielle (2.38) au voisinage de 0.
c) Vérifier que, pour tout z G C, pour tout ( G C*, on a (Jk(z) Ck)kez € ^ (Z ) et la
formule

^ kez
d ) Exprimer en termes de Jo et J\ les transformées de Fourier de la fonction ca­
ractéristique du disque unité de R 2 et de la mesure da\z\=,i/2'K (mesure de masse 1
uniformément distribuée sur le bord de ce disque). On utilisera les formules de Cau­
chy pour les dérivées (2.26) pour expliciter des représentations intégrales de Jq( z ) et
J\{z) comme des intégrales sur [0,27r] à partir de l’identité établie au c).
E x ercice 2.23 (séries entières et équations différentielles dans le champ com­
plexe). Soient Aj(z) = YlkLoaj,kZky 3 = 0, ...,iV, N + 1 séries entières non nuiles
et toutes de rayon de convergence strictement positif. Pour chaque j = 0, on
note vo(Aj) G N U {+ o o } le plus petit entier positif v tel que a,j^ ^ 0 (on appelle ce
plus petit entier v valuation de Aj). et l’on définit le diagramme de Newton en 0 de
l’équation différentielle (dans le champ complexe)

(2.39) E ^ - * W 0 = O
k=0
comme l’enveloppe convexe dans R2 de IJ^Lo{(#j2/) ; x < j, y > vo(Aj) —j}.
a) Dessiner les diagrammes de Newton en 0 pour :
- l’équation de Bessel z2yn + zy f + (z2 —v2)y = 0 étudiée à l’exercice 2.22 ;
- l’équation d’Airy yn —zy = 0 (voir l’exercice 2.24 pour l’étude d’une solution
particulière de cette équation, la fonction dAiry) ;
- l’équation z6y" + 2z4yf —y = 0 déduite de la précédente par le changement de
variables z \/z (à prouver aussi).
b ) Vérifier que le diagramme de Newton en 0 de l’équation différentielle (2.39) ne
présente aucune pente strictement entre 0 et + oo si et seulement si la condition
suivante est vérifiée : m in ^ jv ^ o iA ;) —j) > vo(An ) —N . On dit alors que l’équation
différentielle est fuschienne 2 (en 0), ou encore que 0 est un point singulier-régulier
(à condition toutefois qu’il soit singulier, c ’est-à-dire que i/o(An ) > 0). Pour quelles
équations différentielles envisagées au a) cette condition est-elle remplie ?
c ) Montrer que si N = 2 et si la condition du b ) est remplie, il existe au moins

1. La somme de cette série est la fonction de Bessel de première espèce Jn.


2. Le qualificatif fait ici référence aux travaux du mathématicien allemand Lazarus Immanuel
Fuchs (1833-1902) qui précisément développa l’étude des équations différentielles linéaires dans le
champ complexe.
116 2. HOLOMORPHIE ET ANALYTICITÉ

une solution (multiforme) de l’équation (2.39), de la forme 2 i-> zK Y^kLo ak zki où le


rayon de convergence de la série entière ci-dessus est non nul*.

E xercice 2.24 (variantes autour de la fonction d’Airy 1


2 ).
a) Montrer que, pour tout z E C, on définit bien une intégrale semi-convergente au
sens de Riemann en posant :

(2.40) Ai (z) = ^ j f ° (e^zt+t3^ + e-<(**+*3/ 3*)) dt = ¿ J*°° cos {zt + t3/3) dt,

et que la fonction ainsi définie est une fonction entière.


Indication : utiliser pour ce faire la formule de Green-Riemann avec la forme différen­
tielle e±»(*C+<3/ 3) dCi/{27r) et le compact K ^ = {r e%e ; 0 < r < R, 0 < ±6 < 7r /6} ;
faire ensuite tendre R vers l’infini pour exprimer l’intégrale semi-convergente (2.40)
comme la somme de deux intégrales convergentes correspondant à des intégrales cur­
vilignes sur les chemins t G R + h » te ±ï7r/ 6.
b) En exploitant la représentation alternative établie au b ) et le théorème de dériva­
tion des intégrales dépendant d’un paramètre réel, montrer que la fonction d’Airy
restreinte à l’axe réel est solution sur R de l’équation différentielle du second ordre
(dite d’Airy) y"{x) - x y ( x ) = 0.
c) Déduire du résultat établi au b ) comment s’expriment les coefficients a* du
développement Ai (z) = 52Î=o en fonction de ao et ai. Pourquoi la fonction d’Airy
Ai est-elle solution de l’équation d’Airy y"(z) —zy(z) dans tout le champ complexe?
d) On admet ici que le comportement asymptotique de la fonction d’Airy dans le sec­
teur {r exQ; \0\ < 7r/3 } (on a consulté ici une table, par exemple l’excellente référence
[GR]) est donné en
1 2 |z|3/2\
Ai(^) ~
2VSF* 1/ 4 3 )
En quoi ceci est-il cohérent3 avec le diagramme de Newton construit au a) [item 3]
de l’exercice 2.23 ?

E xercice 2.25 (fractions rationnelles et séries entières). Soit F = P/Q G C (X )


et R le maximum des modules de tous les pôles de F dans C. Montrer que, pour

1. Cette méthode de recherche d ’une solution particulière d ’une équation différentielle dans le
champ complexe sous la forme d ’une série de Puiseux (a priori formelle) est due à Frobenius. Les
contributions du mathématicien allemand Ferdinand George Frobenius (1849-1917) en analyse com­
plexe concernent la résolution des équations différentielles dans le champ complexe, l’étude de la fonc­
tion zêta de Riemann, les fonctions elliptiques de Weierstrafi ; Frobenius a aussi beaucoup contribué
à la théorie des groupes.
2. Introduite à propos de questions liées à la diffraction et aux caustiques par l’astronome anglais
George Airy (1801-1892), cette fonction est aussi du point de vue mathématique une fonction test
intéressante dans l’étude des équations différentielles algébriques envisagée sur la droite projective
complexe Px(€ ) tout entière. L’équation d ’Airy dont cette fonction est solution n’a aucun point
singulier dans C, mais justement une singularité irrégulière à l’infini (voir le a) [item 3] de l’exercice
2.23).
3. On demande juste ici d ’esquisser une remarque à propos d ’une certaine correspondance. Un
théorème puissant, celui de Fabry-Hukuhara-Turritin, sortant complètement du cadre de ce cours,
éclairerait l’observation qu’il est possible de faire ici.
2.2. FORMULES DE CAUCHY ET ANALYTICITÉ 117

\z\ > R, la fonction z t-> F(z) se développe dans la couronne {\z\ > 7?} sous la forme
OO
(2.41) F (z) = amzm + ..- + a0 +
fe=1 2
où m G N, am,...,ao G C et la suite (a-k)ken* obéit, dès que k est assez grand, à
une certaine relation de récurrence linéaire. Réciproquement, si F est une fonction
à valeurs complexes définie dans une couronne {\z\ > R} et se développant dans
cette couronne sous la forme (2.41), où la suite (a-k)k€N* obéit à une relation de
récurrence linéaire dès que k est assez grand, peut-on affirmer que F est la restriction
à la couronne {\z\ > R} d’une fraction rationnelle?

E xercice 2.26 (séries génératrices). De combien de façons (distinctes) peut-on


décomposer 2 0 1 4 sous la forme 3a + 56 + 7c, où a, 6, c G N ? On pensera ici à utiliser
une démarche algorithmique (s’aider par exemple de Maple).
E xercice 2.27 (la suite de Fibonacci1). On considère la suite (Fk)k>o obtenue
en effectuant la division suivant les puissantes croissantes de 1 par 1 —X —X 2. Quel
est le rayon de convergence de la série entière YlkLo Fk zk ? Vérifier que les coefficients
Fk vérifient Fo = 1, F\ = 1 et, pour tout k > 2, la relation de récurrence à deux pas
Fk = +Ffe_2 (cette suite, qui est donc une suite d ’entiers positifs, est la suite de
Fibonacci 2). Comment pourrait-on calculer explicitement Fk (en fonction de k) par
une formule « close » ? On demande ici de suggérer deux méthodes pour y parvenir.
E xercice 2.28 (analyticité locale). Existe-t-il une fonction / holomorphe au
voisinage de l’origine dans C et telle que /( 1 /n ) = / ( —1/n) = l/(2 n + 1) pour tout
n G N* ? Même question, cette fois sous la contrainte |/(l/n)| < 2“ n pour tout
n G N*. Même question, cette fois sous la contrainte limsupn_>+00 n 1*“ 6 |/(l/n)| G R+
pour un certain e G ] 0 , 1[.
E xercice 2.29 (analyticité locale versus globale). Soit / une fonction holomorphe
dans . D ( 0 ,1) et telle que / " ( 1 / n ) = / ( 1 / n ) pour tout n G N*. Montrer que la fonction
/ se prolonge en une fonction holomorphe dans C tout entier.
E xercice 2.30 (séries entières : points singuliers, points réguliers, lacunarité).
a) Soit Yl'kLo akzk une série entière de rayon de convergence R > 0. Montrer qu’il
existe au moins un point zo du cercle {\z\ = R} tel que la fonction définie par
z G D( 0, R) h» YlkLo akzk ne se prolonge en une fonction holomorphe à aucun disque
D(zq, e) (un tel point de {\z\ = R } est dit singulier, les autres étant dits réguliers).
b ) Donner un exemple de série entière de rayon de convergence strictement positif tel
que le bord du disque de convergence ne présente qu’un seul point singulier.
c) Montrer que la série entière ^ est Que bord de son disque de conver­
gence ne contienne aucun point régulier3 (on dit alors que {\z\ = 1} réalise une
coupure pour la somme de cette série entière).

1. En référence au mathématicien de Pise du XIIIe siècle, Leonardo Pisano, ou encore Leonardo


Fibonacci (vers 1175-1250).
2. On fait parfois démarrer cette suite avec Fo = 0 , Fi = 1, c ’est selon ; on a choisi ici Fo = 1 et
F a = l.
3. Une telle série entière est dite lacunaire. Le meilleur résultat possible en ce qui concerne la
généralisation du phénomène observé ici est dû au mathématicien français Eugène Fabry (1856-
1944) : pour toute série entière de rayon de convergence 1 de la forme X)fc^=o ak zVk telle que la suite
118 2. HOLOMORPHIE ET ANALYTICITÉ

Exercice 2.31 (théorème de Landau pour les séries de Dirichlet). Soient ( a,k)k>i
et ( ^ k ) k > i deux suites de nombres réels positifs, la suite ( \ k ) k > i étant strictement
croissante et tendant vers +oo. On suppose que {x G R ; YlkLi e""AfciC < + o o } est
non vide et minoré et on note xa sa borne inférieure. On suppose que la fonction
/ : z G {Rez > x a} Y^kLi ak e~XkZ (c’est une fonction holomorphe dans le
demi-plan {Rez > xa} en tant somme d’une série de Dirichlet d’abscisse d’absolue
convergence æa, voir l’exercice 2.12) se prolonge à un voisinage de xa dans C en une
fonction holomorphe.
a) Montrer que nécessairement YlkLi a>ke~XkXa < +oo et qu’il existe x > xa et
r > x - x a tel que

V z G {R e z > xa} n D(x,r), f(z ) = {z - x)e.


e=o K'
Comment s’exprime le prolongement de / dans tout le disque D (x)r) ? On continue
par la suite à noter / ce prolongement.
b ) Exprimer en fonction de x , des (ak)k>î et des ( \ k ) k > i les nombres /W (æ ), lG N.
c) Montrer, en utilisant les résultats établis en a) et b), puis le théorème de Fubini-
Tonelli, que

V x' e]x - r, xa[, f(x') = ^2 f {x1- x ) e = ^2 ûfe e~XkX'.


1=0 ' k= 1
d) Conclure du c) que la fonction f : z G {R e z > xa} »->■ YlkLi ak e~XkZ ne peut en
fait se prolonger en une fonction holomorphe à un voisinage de xa (l’hypothèse faite
était donc absurde).

Exercice 2.32 (procédé sommatoire de Borel). Soit f(z) = YlkLo akzk une série
entière de rayon de convergence R g ]0, +oo[.
a) Montrer que l’on définit une fonction entière F en posant
oo
V zG C, F{z) = Y , ^ zk
k=0

et que, l’on a, pour tout r e]0, i?[, pour tout z G C,

si 7 r : t G [0,1] h* re2î7rt.
b ) Vérifier aussi que pour tout r e]0,R[, |F(z)\ = 0(exp(|z|/r) lorsque \z\ tend vers
+ 00. Le volet dual du résultat établi ci fera l’objet d’un exercice ultérieur (exercice
2.45).

E xercice 2.33 (série de Fourier d’une fonction holomorphe périodique). Soit /


une fonction entière telle que f{z + 1) = f(z ) pour tout z G C.

(Pk)k>o soit une suite strictement croissante d ’entiers positifs avec limfc->+oo PfcM = + oo, tous les
points du cercle {\z\ = 1} sont des points singuliers. Ce résultat important est connu comme le Fabry
gap theorem.
2.2. FORMULES DE CAUCHY ET ANALYTICITÉ 119

a) Montrer qu’il existe une fonction g holomorphe dans C* telle que f(z) = g(e2tnz).
b ) Vérifier que les nombres a^k définis, pour b E R, par

ab,k = C f(t + ib)e- 2i^ t+ib^dt


J0
sont en fait indépendants de b. On les note donc (ak)kez-
c ) Montrer que l’on a, pour tout w dans C*, g(w) = J2t=-oo akWk'
E xercice 2.34 (analyticité en deux variables). Soit U un ouvert de C x C. Une
fonction / : U —►C est dite analytique dans U en les deux variables complexes z et w
si et seulement si, pour tout Zo = (zoywo) dans £/, pour tout bidisque A (Z o;r^ 0,r^o)
de la forme D(zo>rZo) x D(w0,r'^) inclus dans ¡7, la fonction / se représente dans
A(Zo;rZ()irZo) sous la forme

(2.42) f(z, w )= ak,e(z o) (z - z0)k (w - w0)e,


(k,e)e№
les ak,e(Zo) étant des coefficients complexes tels que

53 I°m (^ o)| p'k p"e < + oo dès que p1 < r'Zo, p" < rZo
(k,e)e№
(on notera la complète analogie avec la notion d ’analyticité en une variable, voir le
théorème 2.5).
a) Montrer que dire que / est analytique dans U équivaut à dire :
- d’une part que / est localement bornée (c’est-à-dire bornée sur tout compact)
dans U ;
- d’autre part que pour tout bidisque A (Z o;r^ 0,r^0) d’adhérence incluse dans
Uyon a la formule de représentation intégrale (dite formule de Cauchy en deux
variables1) :
\/(z,w) e à,{Z0\r'Zoy ^ Q),
(2.44) fjzo + r 'z ^ ^ w o + r '^ e ^ )
f(z,w ) dOd<p.
~ 4?r2 / / o,2ît]2 ( zq + r'Zoeie - z)(w o + rg0e<v - w)

b ) Montrer qu’une fonction / : U -> C est analytique dans U si et seulement si elle est
localement bornée dans U et telle que pour tout zo G C (respectivement w o E C ) tel
que l’ensemble défini comme UZo := {w E C \ (zoyw) E U} (respectivement l’ensemble
défini par Uw0 := {z E C ] (z,wo) E U}) soit un ouvert non vide de C, la fonction
f Zo : z E UZo h* f(zoyw) (respectivement la fonction f Wo : z E UWo h* f(z,Wo))
soit holomorphe dans UZQ (respectivement dans Uw0). On dit qu’une telle fonction est

1. On peut considérer (t, s) e [0, l]2 (zo + r'^e2™1>wo + r%oe2™s) comme un 2-cycle
élémentaire Tz0^z0 de c2 (voir la section 1.5), contre lequel on sait par conséquent intégrer les 2-
formes différentielles. Auquel cas, la formule de Cauchy (2.44) s’exprime de manière plus géométrique
sous la forme

(2.43) / ( * . * ) = ( ¿ ) 7 r 2o,.Zo AdW ’ M 6

C ’est sous cette forme (moins lourde que ne l’est sa formulation (2.44)) qu’elle entre vraiment, comme
en une variable, dans le cadre géométrique, ce qu’il nous parait important ici de souligner.
120 2. HOLOMORPHIE ET ANALYTICITÉ

localement bornée et séparément holomorphe dans U.


On verra dans cet exercice le moyen d ’approfondir la compréhension du concept d ’ana­
lyticité (théorème 2.5), ainsi qu’une (toute) première initiation à l’analyse complexe
en plusieurs variables (ici en l’occurrence deux).

E xercice 2.35.
a) Soit / une fonction holomorphe au voisinage de {\z\ < 1}. Montrer que la fonction

F : z G {R ez > —1} h-»- [ tz f(t)d t


Jo
se prolonge en une fonction holomorphe dans C \ { —1, —2 ,...} (exploiter le dévelop­
pement en série entière de / sous l’intégrale).
b) Montrer que la fonction
/*1 +
G : z G {R ez > 1} t-ï / tz~2 —— - dt
Jo e * -l
se prolonge en une fonction holomorphe dans C \ {1,0, —1, —2,...}.
c) En utilisant les résultats établis à l’exercice 2.13 (qu’il convient d’avoir traité avant
d’aborder cette question), montrer que la fonction z i-> C(z)T(z) (a priori définie et
holomorphe dans {R ez > 1}, se reporter à l’exercice 2.10 pour la définition de la fonc­
tion T dans {R ez > 0}) se prolonge holomorphiquement dans C \ {1,0, —1, —2 ,...}.
En déduire que la fonction £ (définie et holomorphe a priori dans {R e^ > 1}) se pro­
longe au voisinage de 1 en une fonction s’exprimant comme la somme d ’une fonction
holomorphe et de la fonction z h* 1/{z - 1). Déduire du fait que ( ( x ) rsj l / ( x - l )
lorsque x G R tend vers 1 par valeurs supérieures que YlkPk* ~ ^og(l/(x - 1)) (tou­
jours lorsque x G R tend vers 1 par valeurs supérieures), où (pk)k>î désigne la suite
des nombres premiers (utiliser ici la formule d ’Euler (2.17) établie au b ) de l’exercice
2. 11) .
E xercice 2.36 (suites de fonctions holomorphes, principe du prolongement ana­
lytique et fonction zêta de Riemann). Soit ( la fonction holomorphe dans le demi-plan
{Rez > 1} définie par ((z) = YlkLi ^~z (voir l’exercice 2.11).
a) Pour tout t > 1, on note [£] la partie entière de t. En utilisant le lemme 2.1, vérifier
que, pour tout x > 1, on a
x * - [ * ] dt.
<(*) = ¿æ+i
x —1

b) Déduire du a) que la fonction Ç se prolonge analytiquement en une fonction ho­


lomorphe dans {R e 2 > 0} \ {1 } que l’on explicitera. Peut-on penser la prolonger en
une fonction holomorphe dans tout le demi-plan {Re z > 0 } ?

E xercice 2.37 (principe des zéros isolés). Que peut-on dire d’une fonction /
holomorphe dans le disque unité D (0 ,1) lorsque \f(q/p)\ < 1/p pour tout p>q G N*
tels que la fraction q/p soit une fraction réduite ?

E x ercice 2.38 (principe des zéros isolés). Soit / une fonction holomorphe dans
le demi-disque ouvert D + := D (0 ,1) fl {Im z > 0}, continue sur D+U] — 1 ,1[, nulle
sur ] - 1 ,1[. Montrer que / est identiquement nulle dans D + .
2.2. FORMULES DE CAUCHY ET ANALYTICITÉ 121

E xercice 2.39 (principe des zéros isolés).


a) Montrer qu’il n’existe pas de fonction localement intégrable et à support compact
ip sur R telle que sa transformée de Fourier

( p :u e E 4 [ (p(t)e~iujtdt
Jr
soit encore à support compact.
b ) Soit / G L2(R ,C ), de transformée de Fourier / (au sens L2). On rappelle qu’alors
(formule d’inversion de Fourier dans le cadre L2) :

L2(R,C)
/ = lim [ t * f ° f a ) e** du]
Ci—> + oo

Montrer que, si / = 0 presque partout hors de [—fío/2 , fio/2], alors / admet un


représentant restriction à R d’une fonction entière F telle que \F(z)\ < C en°\îmz\/2
pour une certaine constante C > 0 que l’on précisera. Pourquoi, en théorie du moins*,
la connaissance de / sur un segment temporel I = [£_,£+], —oo < t - < < +oo,
aussi petit soit-il, induit-elle la connaissance de / partout ?

E xercice 2.40 (fonction Gamma dans le champ complexe (suite)). En utilisant le


principe du prolongement analytique, prouver que la fonction T introduite à l’exercice
2.10 comme le prolongement analytique à C \ {0, —1, —2 ,...} de la fonction
poo
z G {Re 2 > 0} i— > / t 1e 1dt
Jo
est telle que 2 h* l /r ( ^ ) se prolonge en une fonction holomorphe au voisinage de tous
les entiers négatifs ou nuis, le prolongement ainsi construit étant nul en ces points.
On exploitera ici le fait que T obéit à une certaine équation fonctionnelle dans le
demi-plan {R e ^ } > 0 (voir l’exercice 2.10).

E xercice 2.41 (application ouverte). Soit / une fonction holomorphe dans un


ouvert connexe U de C, à valeurs dans C/, telle que / o / = / dans U. Montrer que
soit / est constante dans C/, soit / est l’application identité dans U.

E xercice 2.42. Soient fî un ouvert de R 2, </? : fi —►R une fonction de classe


C 1 dans fi, telle que C = (p~1(0) =¡¿ 0 et que V<p ne s’annule pas sur C (qui est alors
une courbe lisse de fî, c’est-à-dire une sous variété différentiable de dimension 1 de
l’ouvert fi C R 2). Montrer que si / = P + %Q est une une fonction holomorphe dans
un ouvert connexe U de C, telle qu’il existe un point zo de U tel que (P,Q)(z) G C
pour ¿ voisin de zq, alors nécessairement / est constante dans [/.

1. En pratique, c ’est une autre affaire, car les algorithmes d ’extrapolation s’avèrent
numériquement très instables. Un algorithme célèbre, fondé sur une approche hilbertienne (projec­
tions orthogonales itérées) a été proposé par R.W . Gerschberg et A. Papoulis. Notons que d ’autres
idées, introduites par L. Aizenberg à partir de l’approche de Carleman, plus inspirées de l’analyse
complexe, se fondent, elles, sur l’utilisation de la transformation de Cauchy, de l’interpolation de
Lagrange et des théorèmes d ’approximation de Runge (voir le chapitre 3).
122 2. HOLOMORPHIE ET ANALYTICITÉ

E xercice 2.43 (un peu de géométrie \ l’application ouverte encore). Soit (X ) *4)
une surface différentiable dont l’atlas A est tel que les applications de changement
de carte sont des applications biholomorphes entre ouverts de U. On dit alors que
la surface différentiable (X , .4) est équipée d ’une structure complexe ou encore que
(X ) A) est une surface de Riemann.
a) Montrer que la sphère de Riemann S1 2 ~ P 1(C), ainsi que le tore S1 x S1 (que l’on
peut aussi identifier comme R/(27rZ) x M/(27tZ) ~ R2/(27rZ)2 ~ C/(27 tZ + 2i7rZ))
peuvent être équipés d ’un atlas ayant cette propriété.
b ) On dit qu’une fonction / : X -> C est holomorphe si /o<£>-1 est holomorphe dans
l’ouvert ip{U) pour toute carte ([/,<£ : U —►R 2 ~ C) de l’atlas A . Montrer que, si X
est compacte et connexe, toute fonction holomorphe de X dans C (au sens ci-dessus)
est nécessairement constante (raisonner par l’absurde).
c) Montrer que les seules fonctions entières de C dans C périodiques par rapport à un
réseau A = 0 Z u>2, avec uji ^ 0 et Im (u>2/wi) ^ 0 sont les fonctions constantes.
E x ercice 2.44 (théorème c un-quart » de K œ be2 ).
a) Soit / une fonction holomorphe injective dans D( 0,1), telle que /(0 ) = 0 et
/'(0 ) = 1. Montrer qu’il existe une série entière ^kXk de rayon de convergence
au moins égal à 1, telle que
1 1 00
\/zeD ( 0 , 1 ) \ { 0 } , - = - + ' £ b kzk.

b ) Si le développement de / en série entière dans D( 0,1) est f(z) = z + J2k>2 akZky


montrer que

v *- w > i . « 2 + 7 ^ j ) = ^ + i : | -

c) Déduire du fait que F : 2 h» + l/f(l/z) est injective dans {\z\ > 1} que

X > n 2 < i>


k> 1
puis, par voie de conséquence, que |a2 —as\ < 1 (on s’inspirera de la méthode utilisée
dans l’exercice 1.19).
d) Montrer qu’il existe une fonction g holomorphe dans D (0 ,1), injective, telle que
0(0) = 0, g'{Q) = 1, et {g{z))2 = f(z 2) pour tout z G D( 0,1). En appliquant à g le
résultat établi aux trois questions précédentes, montrer3 que |///(0)| < 4.

1. Cet exercice s’adresse au lecteur un peu familier avec les premières bases de la géométrie
différentielle ; il permet de transposer les résultats du chapitre 2 (zéros isolés, application ouverte)
au contexte géométrique. La question c ) peut toutefois être traitée sans faire référence à ce cadre
géométrique.
2. On doit la conjecture de ce résultat (en 1907) au mathématicien allemand Paul Kœbe (1882-
1945), qui travailla sur l’uniformisation des surfaces de Riemann. C ’est son compatriote et collègue
Ludwig Bieberbach (1886-1982) qui le prouva en 1914. Cette constante 1/4 est intimement liée au
fait que la courbure de la métrique hyperbolique dans le disque unité (disque de Poincaré) vaille la
fonction constante égale à —4 (voir l’exercice 3.69).
3. Il s’agit là du premier cran de la conjecture de Bieberbach (1916), prouvée par Louis de Branges
en seulement 1985. Les exercices 3.70 et 3.71 (au chapitre 3), puis [D uren, K o r , Pom ] prépareront
le lecteur curieux à une première approche à la théorie de Loewner (impliquée dans la preuve de
I03I < 3 et du résultat |a*,| < k V/c > 2 de de Branges).
2.3. LES INÉGALITÉS DE CAUCHY ET LEURS CONSÉQUENCES 123

e) En appliquant le résultat établi au d) à la fonction

C e L>(0,1) h+ */(0
* -/(o
lorsque 2 ^ f(D ( 0,1)), montrer que nécessairement \z\ > 1/4. En déduire que Pimage
par / du disque .D(0,1) contient nécessairement le disque ouvert 0 (0 ,1 /4 ).

2.3. Les inégalités de Cauchy et leurs conséquences


Comme cela s’avère souvent le cas en analyse, la force des inégalités peut se
révéler, autant que la recherche d ’identités, un précieux témoin des propriétés des
objets avec lesquels on travaille. C ’est justement ce qui se produit concernant les pro­
priétés de « rigidité » inhérentes au cadre holomorphe (ou analytique complexe, nous
venons de voir qu’il s’agissait du même cadre, mais vu sous deux angles différents).
Ce sont ici les inégalités de Cauchy (héritées en fait de l’analyse de Fourier au travers
de la formule de conservation de l’énergie de Plancherel) qui, même si elles peuvent
à première vue paraitre comme une bien faible conséquence de la formule de Cauchy
elle-même, n’en sont pas moins à la base de propriétés fondamentales partagées par
les fonctions holomorphes dans un ouvert : fermeture pour la topologie de la conver­
gence uniforme sur tout compact, continuité de la dérivation holomorphe, théorème
d ’Ascoli-Montel, principes locaux ou globaux du maximum, etc. C ’est donc ce jeu
d ’inégalités et ce qu’il implique que nous développerons dans cette section.

2.3.1. Inégalités de Cauchy et théorème de Liouville

P roposition 2.7 (inégalités de Cauchy). Soit f une fonction holomorphe dans


un ouvert U de C, zq G U, et
00

f(z ) = ^T,ak(zo) ( z - z o ) k
k=0
le développement (de Taylor) de f au voisinage de zq (valable en fait dans le disque
D(zo,dist(zo,dU)), cf. le théorème 2.5). On a la formule de Plancherel suivante :
oo 1 /»2tt
(2.45) Vr < dist(z0,9i7), y '| a fc(£o)|2r 2fc = — / \f(z0 + rei6)\2dd,
*=o 2irJo
donc aussi le jeu dinégalités

(2.46) Vr G]0,dist (zoydU)l Vp G N, |ap(*0)| <

D émonstration . D ’après le jeu de formules (2.28) de la proposition 2.6, les


nombres ap(zo) rp (p E N) représentent les coefficients de Fourier (pour p G N, les
autres étant nuis) de la fonction 27r-périodique
f l G E h - > / ( z 0 + re^ ).
La formule (2.45) est donc juste la formule de Plancherel1. Les inégalités (2.46) s’en
déduisent immédiatement. □

1. On renvoie ici à un cours de licence présentant l’analyse de Fourier dans le contexte hilbertien.
124 2. HOLOMORPHIE ET ANALYTICITÉ

C orollaire 2.5 (théorème de Liouville l). Soit TV g N. Toute fonction entière f


telle que \f(z)\ = 0(\z\N) lorsque \z\ tend vers l’infini est nécessairement une fonction
polynomiale de degré au plus N . En particulier, toute fonction entière bornée dans le
plan complexe tout entier est constante.
D émonstration . D ’après les inégalités de Cauchy (2.46), on a

(2.47) Vp 6 N, Vr > 1, |op(0)| < SUP|^ r-l/-1 < K rN~P,

puisque \F(z)\ < K\z\N pour \z\ > 1 pour une certaine constante positive K (c’est-
à-dire F = 0(|*|*) lorsque \z\ tend vers l’infini). Si p > N, en faisant tendre r vers
+oo dans (2.47), on trouve ap(0) = 0. Il reste donc
N
f(z) = ^2 akzk V 2 G C.
k =0

Exemple 2.2 (une preuve « analytique » du théorème fondamental de l’algè­
bre2). Soit P G C[X\ un polynôme de degré d > 0. Si 2 P ( z ) ne s’annule pas dans
C, la fonction z G C h* 1/P(z) est une fonction entière bornée, donc constante grâce
au théorème 2.5 de Liouville. Ceci est contradictoire avec d > 0.

2.3.2. Suites de fonctions holomorphes, théorèmes de Weierstrafi et de


Montel

Sur le C-espace vectoriel C(U, C) des fonctions continues de U dans C, on rappelle


que l’on définit une métrique d en posant, par exemple
°o 1
(2-48) d(f,g) : = ] T - ? in m (l,| | /-0 ||ÎQ),
e=o 1
où, pour un compact K , \\h\\k •= siip# \h\, et (Ke)t désigne une suite de compacts em­
boîtés (en croissant) les uns dans les autres ( K e C K t +1 pour tout l > 0) exhaustant
U (c’est-à-dire |J^ Kt —U ) 3. La topologie d’espace métrique associée à cette distance
est dite topologie de la convergence uniforme sur tout compact. Elle ne dépend pas
du choix de la suite d’exhaustion (Ke)e>o- Donnons deux résultats concernant le C-
sous-espace vectoriel H(U) de C(U, C) défini comme le C-sous-espace vectoriel des
fonctions holomorphes dans U (il s’agit même d ’une sous-algèbre avec les opérations
d’addition et de multiplication).

P roposition 2.8. La C-sous-algèbre H(U) C C(U, C) est une sous-algèbre fer­


mée de C(U, C) pour la topologie de la convergence uniforme sur tout compact.

1. Mathématicien français, Joseph Liouville (1809-1882) joua tout au long du XIXe siècle un
rôle tant scientifique que politique au sein de la communauté mathématique française. C’est lui qui
contribua à la diffusion par exemple des travaux de Galois.
2 . À comparer avec la preuve « topologique » proposée dans l’exemple 1.8.
3. Pour construire une telle suite, il suffit de se souvenir que, du fait de la densité de Q dans K
(donc de Q+ dans K2 et de Q+* dans ]0, +oo[), U s’écrit comme une union dénombrable U £ i P l de
pavés ouverts relativement compacts dans U. On pose alors /Q = Uj=i P j Pour tout ^ ^ 1. Notons
que l’on peut tout aussi bien remplacer les pavés par les disques.
2.3. LES INÉGALITÉS DE CAUCHY ET LEURS CONSÉQUENCES 125

D émonstration . Si une suite (fn)n>i de fonctions holomorphes dans U con­


verge uniformément sur tout compact de U vers une fonction continue / , on a, pour
tout triangle fermé plein T C U,

Le théorème de Morera (théorème 2.3) assure / G H (U). □

P roposition 2.9 (théorème de Weierstrafi*). L ’opérateur de dérivation complexe


f -» / ' est un opérateur C-linéaire continu de H(U) dans lui-même lorsque H(U) est
équipé de la topologie de la convergence uniforme sur tout compact de U.
D émonstration . Si une suite (fn)n>î de fonctions holomorphes dans U con­
verge uniformément sur tout compact de U vers une fonction holomorphe / , on a, si
{|C - zol < r } C U, en utilisant les formules de Cauchy dans un disque ((2.12), avec
p = 1) de la proposition 2.1 :

/n ( 0 -/( 0
sup \fn(z)-f(z)\ sup *c| <
\z-zo\<r/2 z -z 0\<r/2 2* K -z )2
(2.49)
r 4
< ■ ^ 2)2 ll/n ” /||{ |z - z 0|=r} = ~ ^ SU^>_r \fn~~f\{\z-zo\=r}'
Comme tout compact K C U peut être recouvert par un nombre fini de disques fermés
{\z - zq\< r } tels que {|2 - zo| < 2r } C U, on déduit de (2.49) que || - /'||/< tend
vers 0 lorsque n tend vers l’infini pour tout compact K C U. □

Le théorème de Weierstraß permet, comme nous l’avions annoncé, de compléter la


proposition 2.2.

C orollaire 2.6 (dérivée complexe des intégrales dépendant holomorphiquement


d’un paramètre). Soit (f2 ,T ,p ) un espace mesuré, et U un ouvert de C. Soit ( f z)zeu
une collection de fonctions de fl dans C, toutes (T , B(C))-mesurables, B(C) désignant
ici la tribu borélienne sur C c ^ R 2. On suppose les deux choses suivantes :
(1) pour tout co G fl (hormis éventuellement les points d’un sous-ensemble E de
fl tel que p(E) = Q), la fonction z h* / z(a>) est holomorphe dans U ;
(2) pour tout zo G U, il existe un voisinage V ( zq) de zq dans U et une fonction
positive gZo G £ 1( f l,T ,p ) telle que
Va; G f l, V z G V (zo), \fz(u)\ <

Alors la fonction
F : z e U i— > [ f z(co)dp(uj)
Jn

1, C ’est dans les années 1840-1850 qu’à l’occasion de ses travaux sur les fonctions d ’une variable
complexe le mathématicien allemand Karl Weierstrafi (1815-1897) approfondit les ponts entre le
point de vue des formules de Cauchy d ’un côté, et le point de vue analytique débouchant sur le
concept d ’analyticité de l’autre. On retrouvera ultérieurement les contributions de Weierstrafi à pro­
pos du concept de fonction elliptique (voir l’exercice 3.43), ainsi que dans la réalisation de fonctions
holomorphes comme séries ou produits infinis (sous-section 3.3.1).
126 2. HOLOMORPHIE ET ANALYTICITÉ

est holomorphe dans U, de dérivée au sens complexe

F' : z € U - ^ Ja ± \ f ,( U)]dß(U).

Démonstration. La clause de domination (2), couplée avec le théorème de


Weierstraß (proposition 2.9) assure que, pour tout point zq de 17, on a (quitte à
réduire le voisinage V(zo))y en prime de (1) :

Vw G SI, V z G V(z0), \j-z \fz{u)]\ < 7*,0*>(w),


7*0 désignant une constante strictement positive. D ’autre part (d/dz) [fz(oj)\ = 0
pour tout 2 dans U et tout u) dans iî. Il résulte alors du théorème de différentiation
des intégrales fonctions de deux paramètres réels, que la fonction F est de classe
C 1 dans [/, se plie au système de Cauchy-Riemann (et est donc holomorphe, ce qui
fait que l’on retrouve ici, sans cette fois l’hypothèse de ¿r-finitude de la mesure /u,
la conclusion de la proposition 2.2) et que sa dérivée au sens complexe est bien la
fonction obtenue en dérivant au sens complexe z h* f z(w) sous la prise d’intégrale par
rapport à la mesure p. □

Un dernier résultat majeur concernant les suites (ou séries) de fonctions holomorphes
dans un ouvert U de C est le théorème de Montelx, que nous énonçons ici sous la
forme « séquentielle » , qui en est la forme la plus habituellement utilisée.

Theoreme 2.9 (théorème de Montel). Soit (fn)n>n une suite de fonctions holo­
morphes dans un ouvert U de C. On suppose que, pour tout compact K C U, il existe
une constante M (K) telle que
(2.50) Vn G N, \\fn\\K := sup \fn\< M (K)
K
(une telle suite de fonctions est dite uniformément bornée sur tout compact). On
peut alors extraire de la suite (fn)n>o une sous-suite {f^(u))u>o, ^ désignant une
application strictement croissante de N dans N) telle que Von ait

dans H(U ) pour une certaine fonction holomorphe g : U C, ce qui signifie


^ l i m j l / ^ ) - «/II* = 0

pour tout compact K C U.


D é m o n s t r a t io n . D u fait de la densité de Q dans M, il est possible de représenter
U sous la forme d’une union dénombrable de disques ouverts D {z ^ r e ) tels que les
disques fermés concentriques {\z — zq \ < 2r } de rayons doubles restent inclus dans
U. Fixons pour l’instant un tel disque D {z ^ r t) et posons zote = 2o> ro,e = ^ Au
voisinage de {\z — Zo\ < 2 r }, nous avons
00

Vn G N, f n(z) = Y ^ an,k(zo)(z - z0)k.


k=0

1. Paul Montel est un mathématicien français (1876-1975) ; ses travaux concernent l’analyse
complexe en une et surtout plusieurs variables (où il a joué un rôle de pionnier).
2.3. LES INÉGALITÉS DE CAUCHY ET LEURS CONSÉQUENCES 127

D ’après les inégalités de Cauchy (2.45) (écrites sous la forme de formule de Plancherel),
on a, pour tout n G N,
oo 1 p2n
(2.51) £ | o „,*:(z o )|2(2r ) 2fe = — / \(fn(zo + 2reid)\2d0<(M ({\z-zo\ = 2 r })f.
k=o 27r Jo
Pour chaque A: G N, la suite (an,fc(zo))n>o est une suite de nombres complexes bornée.
Or de toute suite bornée de nombres complexes, on sait extraire une sous-suite conver­
gente. Par le procédé dit « diagonal », on extrait de la suite (fn)n>o une sous-suite
( / v(„))„>o telle que, pour chaque & G N,

lim av(„)tk(^o) = o,oo k(zo) G C.


V-++00 K
On a d’autre part, pour tel que \z — zq\ < r , pour uu ^2 dans N, pour N G N*,

\f<p(vi)(z ) f(fi(V2)(Z)\ ~~ IУ Л Ч ъ Ы ю ) a 4>(v2)>k{zü)) (z Zo)


fe=0
N
~ ^ ^ *“ 0'<р(у2)*к \T ^ I 2),fe| T
k=0 k>N
(2.52)
N ( \
- “ аЧ>(У2)>*1Г * + ( ^ / H ^ W i) ~~ Л » ы Н { |* - * о |= 2 г }
fc=0 fc>N
N 1
^ r d" 2^-1 ~ ^ })*
fc=0
(si l’on utilise, pour passer de la ligne 2 à la ligne 3, les inégalités de Cauchy (2.46)
de la proposition 2.7, avec 2r en place de r). La suite ((/^(^))|{|г-20|<г})1/>о est donc
une suite de Cauchy dans le C-espace des fonctions continues de {\z-zo\ < r} dans C
équipé de la norme uniforme || ||{|*-z0|<r} : on peut en effet choisir N assez grand pour
rendre le dernier terme au second membre de (2.52) arbitrairement petit, puis une
fois N choisi, on rend la somme des N premiers termes de ce même second membre
arbitrairement petite lorsque v\ et y2 sont assez grands. Comme ce C-espace vectoriel
normé est un espace de Banach (c’est-à-dire complet), cette suite est convergente (en
norme uniforme) sur {\z - zq \ < r }. La limite /«> = f Zo,00 est (d’après la proposition
2.8) une fonction holomorphe dans D(zo,r).
Pour terminer, on utilise une fois de plus le procédé diagonal. On part de la représen­
tation
00
U - \jD {zo¿,re).
e=o
On extrait de la suite (fn)n>0 une sous-suite ( / V?0(^))I/ qui converge vers une fonction
holomorphe dans H(D(zoto,ro)) équipé de la métrique de la convergence uniforme sur
tout compact. C ’est avec cette sous-suite que l’on travaille ensuite dans D(zo,i,ri)
pour en extraire une nouvelle sous-suite, elle aussi convergente, mais cette fois dans
H(D(zoii yri))y etc. La suite obtenue en considérant, pour chaque entier t > 0, le
¿-ième élément de la suite résultant de l + 1 extractions successives (correspondant
128 2. HOLOMORPHIE ET ANALYTICITÉ

à un travail dans D(zo1o)ro)^-i dans D (z ^ r t)), on construit1 une suite extraite de


la suite (fn)n>o convergeant vers une fonction holomorphe uniformément sur tous les
compacts de l’union des D(zoteiri)} c’est-à-dire sur tous les compacts de l’ouvert U.
Ceci achève la preuve du théorème de Montel. □

R em arqu e 2.10. Le théorème de Montel (théorème 2.9) se déduit plus classi­


quement d’un résultat d ’analyse fonctionnelle, le théorème d’Ascoli : « toute partie
bornée et équicontinue de ( £ ( # ,€ ) , || ||) (K compact de U) est relativement com­
pacte » . On parle parfois du théorème d’Ascoli-Montel Nous avons préféré donner
ici un argument plus spécifique, basé sur l’analyticité et le recours aux inégalités de
Cauchy, plutôt que de faire appel au théorème (bien plus général) d’Ascoli. La preuve
proposée ici nous semble plus en phase avec l’esprit de ce cours d ’analyse complexe.

2.3.3. P rin cip es du m axim um

Le fait que les fonctions holomorphes vérifient la propriété de la moyenne (proposition


2.5) implique un principe que nous énonçons sous forme locale et globale, le principe
du maximum.
P r o p o s i t i o n 2.10 (principe du maximum pour les fonctions holomorphes, ver­
sion locale). Soit U un ouvert connexe de C et f : U - » C une fonction holomorphe
dans U. Si |/| admet un maximum local en un point zo de U (il existe un voisinage
V(zçf) C U tel que \f(z)\ < |/(^o)| pour tout z G V(z0)), f est constante dans U.
D é m o n s t r a t i o n . On démontre ce résultat par l’absurde. Supposons que l’on
ait \f(z)\ < \f(zo)\ dans un disque fermé {\z — zo\ < r} (r > 0) inclus dans U. Soit
/ w = 2fc>o ak{zo){z — zo)k le développement de Taylor de / au voisinage de zo, La
formule de Plancherel (2.45) de la proposition 2.7 assure
00 -J /»27T

5 X * )| V = r- / \f(zo + rei0)\2d6 < |/(z0)|2 = |a0(z0)|2.

puisque |/| < | / (^ 0 )| sur le cercle {\z - zo\ = r } . Pour tout k > 1, on a ak(zo) = 0.
La fonction / est donc constante au voisinage de zq, donc dans l’ouvert connexe U
d’après le principe des zéros isolés (théorème 2.7). □

P r o p o s i t i o n 2.11 (principe du maximum pour les fonctions holomorphes, ver­


sion globale). Soit U un ouvert connexe borné de C, et f : U C une fonction
holomorphe non constante dans U. Soit
(2.53) M = sup (limsup 1/(01)•
çedu «-c
teu
Alors, pour tout z G U, on a \f(z)\ < M. Dans le cas particulier où f se prolonge en
une fonction continue à U, alors
(2.54) WzGU, \f(z)\< sup |/(<)|.
iedu

1. C ’est encore une incarnation du procédé dit « diagonal » , d ’usage très fréquent en analyse.
2.3. LES INÉGALITÉS DE CAUCHY ET LEURS CONSÉQUENCES 129

D é m o n s t r a t i o n . Comme |/| ne prend que des valeurs finies dans t/, il n’y a
rien à démontrer si M = +oo. On peut donc supposer M < +oo, ce qui est le cas
intéressant, celui où il y a quelque chose réellement à prouver.
Remarquons d’abord que, si / est continue dans U (ce cas correspond au second volet
de la proposition), alors |/| est bornée dans U et atteint son maximum en un point zo
de U. Le point zo ne saurait être un point de U d’après la version locale du principe
du maximum (proposition 2.10). On a donc zo G dU et |/| < s\xpdu \f\ dans U. Cette
inégalité est stricte dans U toujours d’après la proposition 2.10.
Dans le cas où / n’est plus supposée continue dans £/, voici comment on procède. On
prolonge dans un premier temps |/| à U en posant, pour tout z G 9Î7,
(2.55) \f(z)\ = limsup|/(£)|.
teu

La fonction |/| ainsi prolongée est bornée sur C7, ce que nous allons prouver par
l’absurde. S’il existait une suite de points (zn)n>o de U telle que
lim \f(zn)\ = +oo,
7 i—H -O O

on pourrait en extraire (puisque U est borné) une sous-suite (zv (t/))i/>o convergeant
vers un point Zoo de U. Comme |/| prend des valeurs finies dans U, le point z^
serait nécessairement à la frontière de U. Or le fait que \f(zoo)\ < M (d’après l’hy­
pothèse (2.53)) est incompatible (du fait de la »définition de \f(Zoo)\ en (2.55)) avec
limj/^+oo |/(*v(„))| = + 00.
Comme U est connexe et que / est non constante, f(U ) est un ouvert d’après le
théorème de l’application ouverte (corollaire 2.4). Si z est un point de d[f(U)}, on
a |o| < M. En effet, a s’approche par une suite ( / ( z „ ) ) n>0, {zn)n>o étant une suite
de points de U ; on peut extraire de cette suite (zn)n>0 une sous-suite («v(„))i/>o
convergeant dans U vers un point Zoo', comme a G d[f(U)], il est impossible que
Zoo € U ; on a donc Zoo € dU et, par conséquent, |o| = ^hm |/(z¥,(„))| < M .
L’ouvert / ( { / ) est donc un ouvert connexe borné dont la frontière est incluse dans
{\z\ < M ). On a donc f(U) c D( 0, M ). □

Signalons comme corollaire important de ce résultat le lemme suivant, dû aussi à


Hermann Schwarz.

C o r o l l a i r e 2.7 (lemme de zéros de Schwarz). Soit f une fonction holomorphe


du disque unité ouvert D (0 ,1) dans lui-même, s ’annulant à l’ordre m à l’origine. On
a alors
(2-56) V z G £>(0,1) \ {0 }, |/(z)| < |z|ro
ainsi que
(2-57) |/(to)(0)| < m !.

De plus, si l’on a égalité dans (2.56) ou (2.57),


30 G R tel que V z G D( 0,1), f(z ) = ei6 zm.
130 2. HOLOMORPHIE ET ANALYTICITÉ

D é m o n s t r a t i o n . On applique le principe du maximum global (proposition 2.11)


à l’ouvert U = .0(0,1) avec la fonction holomorphe g :

f(z)/zm s iz ^ O
g : z € 0 ( 0,1) i— >
f ( m\0)/m\ = om( /;0 ) si z = 0.
Comme |/| < 1 dans 0 (0 ,1 ), on peut prendre M — 1 dans cette proposition (|£|m
s’approche de 1 lorsque £ s’approche du bord du disque). Si g n’est pas constante,
alors on a (2.56) et (2.57) avec même des inégalités strictes. Si l’on a donc égalité
dans (2.56) ou (2.57), ceci signifie que g est constante, la constante devant d ’ailleurs
être de module 1, c ’est-à-dire g{z) = exQpour 6 G M. □

R em a rq u e 2.11. Le lemme des zéros de Schwarz tire sa dénomination du constat


suivant : si l’on impose à une fonction holomorphe de s’annuler, ceci se répercute sur
sa croissance. On connait bien le cas des fonctions polynomiales : si l’on impose à
une telle fonction de s’annuler en d points distincts, alors ce doit être une fonction
polynomiale de degré au moins d, dont la croissance est au moins en \z\d lorsque \z\
tend vers l’infini (voir l’exercice 2.70). C ’est sous cette forme qu’un tel « lemme de
zéros » est exploité en théorie des nombres (en particulier dans l’étude des questions
de nature diophantienne en transcendance), voir par exemple l’exercice 2.70.

Le principe du maximum global (proposition 2.11) s’avère en défaut dès que l’ouvert U
n’est plus borné (voir par exemple l’exercice 2.61). Il existe cependant des versions très
utiles de ce principe dans certains ouverts non bornés (bandes, secteurs angulaires).
Ce sont les théorèmes du type Phragmén-Lindelôf1. On renvoie aux exercices 2.61,
2.73, 2.74, 2.75.

2.3.4. E xercices

E xercice 2.45 (procédé sommatoire de Borel et séries Gevrey). Cet exercice


constitue le second volet de l’exercice 2.32 (il est consacré à l’assertion duale de celle
à laquelle était consacré cet exercice antérieur). On rappelle ici la formule de Stirling :
fc! ~ y/2n fck+V2 e“ fe (au voisinage de +oo). Soit s > 0 et F une fonction entière telle
que \F(z)\ = 0(exp(«|z|s)) pour un certain n > 0 lorsque \z\ tend vers +oo. Montrer
que le rayon de convergence de la série est au moins égal à 1/(sk)1/3
(une série entière J2< k L o^zk telle que J2k=oh(k\)3zk ait un rayon de convergence
strictement positif est dite série Gevrey d ’ordre —1/s).

E xercice 2.46 (inégalités de Cauchy). Soit / une fonction holomorphe dans


le disque unité 0 ( 0,1), telle que \f(z)\ = 0 ( 1/(1 - \z\)*) (pour un certain k > 0)
lorsque \z\ tend vers 1 par valeurs inférieures. Montrer que si f{z) = Y^kLo akZky alors
\a,k\ = 0 (k K) lorsque k tend vers +oo.
E x ercice 2.47 (inégalités de Cauchy et théorème de Liouville).
a) Soient f et g deux fonctions entières telles que |/(^)| < C\g(z)\ pour tout z G C.

1. Établis en 1908 par les mathématiciens respectivement suédois et finlandais Lars Edvard
Phragmén (1863-1937) et Ernst Leonard Lindelôf (1870-1946), ces théorèmes jouent un rôle impor­
tant, par exemple dans la théorie des distributions, en théorie des opérateurs, dans les questions
d ’interpolation, etc.
2.3. LES INÉGALITÉS DE CAUCHY ET LEURS CONSÉQUENCES 131

Montrer que / = Xgy où À est un nombre complexe tel que |À| < C.
b ) Que peut-on dire de deux fonctions entières f et g telles que \f(z)\ < eR e ?
E xercice 2.48 (inégalités de Cauchy et théorème de Liouville). Soit / une fonc­
tion holomorphe dans {Imz > 0}, se prolongeant continûment au demi-plan fermé
{ïm z > 0}, le prolongement prenant des valeurs réelles sur Taxe réel. On suppose que
\f(z)\ = 0(|*|") lorsque z tend vers l’infini dans {îm z > 0}. Que peut-on dire de f ?
E xercice 2.49 (théorème de Liouville). Soit / une fonction entière de partie
réelle partout positive. Montrer que / est constante.
E xercice 2.50 (théorème de Liouville). Montrer que, si / est une fonction entière
non constante, l’image de / est nécessairement dense1 dans C. Raisonner pour cela
par contraposition.
E xercice 2.51 (inégalités de Cauchy). Soit / une fonction holomorphe dans
la couronne ouverte Ct% r := {z\ r < \z\ < R }, où 0 < r < R < +oo, telle que,
y z G C r9R) Re ( /( * ) ) G [j4,J3] ( o ù —oo < A < B < +oo). Montrer que, pour tout
pe]r,R[,
0b - a
sup |/'(C)I
ICI-/» min (p —r,R —p)
(on raisonnera avec g = exp / ) .
E x ercice 2.52 (convergence uniforme sur tout compact). La topologie de la
convergence uniforme sur tout compact sur l’espace des fonctions holomorphes dans
un ouvert U de C peut-elle être définie par une norme ? On pensera ici au théorème
de F. Riesz caractérisant les espaces vectoriels normés de dimension finie en termes
de compacité de la boule unité fermée.
E xercice 2.53 (holomorphie et analyticité, séries de fonctions holomorphes).
Soient f et g deux fonctions holomorphes dans le disque unité D( 0,1), nuiles en 0, et
J2k> i akzk et £fc> i bkZk leurs développements respectifs en série de Taylor dans ce
disque. Vérifier que les deux séries de fonctions YLk>i o>k9(zk) et Y^k>i ^ f ( zk) sont
toutes les deux normalement convergentes sur tout disque fermé .D(0, r) (0 < r < 1)
et que les deux fonctions holomorphes que sont les sommes de ces deux séries entières
définissent coïncident dans 0 (0 ,1 ).
E x ercice 2.54 (séries de Dirichlet (suite)). Cet exercice s’inscrit dans le prolon­
gement des exercices 2.12 et 2.31. Soit (Xk)k> i une suite strictement croissante de
nombres positifs, et (ak)k> i une suite de nombres complexes, telles que la série de
Dirichlet2 YlkLi ak£~XkZ converge pour un certain nombre complexe zq.
a) Montrer que la série de fonctions 2 J2kLi ak^~XkZ converge uniformément dans
tout secteur fermé conique
CK(zo) = {z G C ; |Im(z - zo)\ < k Re(z - zo)}> « > 0.

1. On verra au chapitre 3 (exercice 3.75) un résultat bien plus fort : toute fonction entière évitant
deux valeurs distinctes est nécessairement constante (on ne saurait faire mieux : la fonction z ez
évite la valeur 0).
2. Voir l’exercice 2.12 pour la présentation de ce type de série de fonctions, dont la fonction zêta
de Riemann constitue un prototype.
132 2. HOLOMORPHIE ET ANALYTICITÉ

Utiliser pour cela le lemme d ’Abel (lemme 2.1).


b ) En déduire que 2 YlkLiake~XkZ définit une fonction holomorphe dans le
demi-plan {R e 2 > Rezo}- Donner une expression de sa dérivée sous la forme d’un
développement en série de Dirichlet.
c) Si une série de Dirichlet YlkLi ak e~XkZ converge en au moins un point Zo G C, on
appelle abscisse de convergence et on note xc :
oo
xc := inf j x G K ; ^ 2 ake~XkZ converge pour 2 G {R e 2 > x }| .
k=1
Calculer l’abscisse d’absolue convergence xa (voir l’exercice 2.12) et l’abscisse de
convergence xc pour la série de Dirichlet Vérifier que xc < xa
dans ce cas. En quoi séries entières et séries de Dirichlet se différencient-elles relative­
ment à ce qui concerne les domaines de convergence et d’absolue convergence de leur
somme ?
d) Vérifier que l’on a, pour tout 2 G {R e 2 > 0},

y * (-1 )* -1 ( î - s '- K M .
s *■
En utilisant le résultat établi à l’exercice 2.35 c), montrer que la somme de la série
de Dirichlet l ( - l ) k~1k~z (définie a priori dans {R e 2 > 0}) se prolonge en une
fonction holomorphe à un voisinage de 2 = 0.
e) En admettant que le prolongement de T à C\ {0, —1, - 2 , . . . } construit à l’exercice
2.10 ne s’annule pas dans C \ {0, —1, —2 ,...} (voir pour cela l’exercice 3.47), montrer
que la somme de la série de Dirichlet l ) fc_1fc“ * se prolonge en une fonction
entière (en particulier se prolonge au voisinage de tout point de la frontière de son
demi-plan de convergence {R e 2 > 0}). La frontière de ce demi-plan de convergence
n’est donc plus ici une coupure comme l’était le bord du disque de convergence d’une
série entière, voir l’exercice 2.30.

E xercice 2.55 (séries de fonctions holomorphes, fonctions elliptiques de Weiers-


trafi1). Soient u\, 0)2 deux nombres complexes tels que u\ ^ 0 et lm(u2/ui) ^ 0.
Soit A le réseau Zu\ © Zu2 -
a) Montrer que Z ) aga\{o} V W 3 < + 00 (penser dans un premier temps à compter
le nombre de points de A à la frontière de K n := {tu 1 + su 2 ; ( i , s) G [—NyN]2}
lorsque N G N*).
b ) Vérifier que la suite de fonctions

Vn : * € C \ A ^ - > i + £ w = 1.2,™
A e ( ffw n A )\ {o } ^ '
converge (uniformément sur tout compact de C \ A) vers une fonction holomorphe
qj : C \ A —MC.

1. Il s’agit là d ’un exercice qui sera poursuivi au chapitre 3 (voir l’exercice 3.43). Les fonctions
^3 et y introduites ici sont les fonctions elliptiques de Weierstrafi associées à un réseau donné A du
plan complexe.
2.3. LES INÉGALITÉS DE CAUCHY ET LEURS CONSÉQUENCES 133

c) Montrer que

V z G C \ A, <P'(z) = lim ( Y ' - — î—- ç ) = V '


' v ' at- h -oo V ^ A ( z - A)3/ f-f(z -A )3
\€ K Nn \ ' ' A€A v '
d ) Vérifier que et sont A-périodiques dans C \ A.
E xercice 2.56 (théorème de Montel). Soit U un ouvert de C et J7 une famille
bornée de fonctions holomorphes dans U (il existe, pour chaque compact K CC U,
une constante M (K) telle que l’on ait pour tout / G J7, pour tout z G K, l’inégalité
\f(z)\ < M (K)). Montrer que la famille P := { / ' ; / G J7} est aussi une famille
bornée. Si P est une famille bornée, en est-il de même de J7?
E xercice 2.57 (théorème de Montel). Soit U un ouvert connexe borné de C et
T l’ensemble des fonctions holomorphes de U dans lui-même.
a) Pourquoi F est-elle une partie relativement compacte de l’ensemble %{U) des
fonctions holomorphes sur £7, équipé de la topologie de la convergence uniforme sur
tout compact ?
b ) Quelle est l’adhérence de J7 dans H{U) ?
c) Vérifier que T est un semi-groupe pour la composition des applications et que, si
/ = limn_>+0o f n et g = limn_,+00 gn dans J7, alors g o f = limn_*+00(5n o / n) (toujours
pour la topologie de la convergence uniforme sur tout compact de U).

E xercice 2.58 (théorème de Montel). Soit p G [l,oo[. Soit U un ouvert de C et


(fk)k>o une suite d’éléments de 'H(U) telles que, pour tout compact K de U, il existe
une constante M ^ (K ) > 0 telle que, pour tout k G N, f f K |/(0|p d£dr? < AfW(üf).
Montrer que l’on peut extraire de la suite (fk)k>o une sous-suite uniformément conver­
gente sur tout compact de U.

E xercice 2.59 (théorème de Montel). Soit / une fonction holomorphe dans


la bande horizontale ouverte {|Imz| < 1}, bornée en module par M < + oo dans
cette bande. On suppose que lim|a.|_>+00)a;6R |/(æ)| = 0. Montrer que f(z ) converge
uniformément vers 0 dans toute sous-bande fermée {|Imz| < a } (a e]0,1[) lorsque \z\
tend vers l’infini. Penser pour ce faire à utiliser les suites des translatés m / ( z + k)
(k G Z) de la fonction / .
E x ercice 2.60 (application ouverte et théorème de Montel, un petit exercice de
dynamique holomorphe). Soit U un ouvert connexe de C et / une application holo­
morphe non constante de U dans U telle que f(U ) soit un sous-ensemble relativement
compact de U. On définit, pour tout A: G N, la fonction / l fcl en posant f(°l = f et
/[*+11 = / o / M .
a) Montrer que tous les ensembles fW(U), k G N, sont ouverts et que leur intersection
K est compacte.
b ) Montrer que l’on peut extraire de la suite ( / ! feJ)fc>o une sous-suite uniformément
convergente sur tout compact de U vers une fonction g et que l’on a g{U) c K.
c) Montrer qu’en fait g(U) = K. En conclure que la suite ( / [fel)*.>0 converge uni­
formément sur tout compact vers un point d ’attraction zo GU.
E x ercice 2.61 (principe du maximum).
a) Soit / une fonction continue dans un demi-plan fermé ÏÏ, holomorphe dans le
134 2. HOLOMORPHIE ET ANALYTICITÉ

demi-plan ouvert II. On suppose que |/| est bornée par M sur la frontière de n et que
lim s u p i^ + o o ^ n |f(z)\ < M ' (où 0 < M ,M ' < +oo). Montrer que |/| est bornée
par sup(M, M ') dans II.
b ) En considérant la fonction z h» ecosz dans la bande {|Re^| < 7t/ 2}, vérifier que le
principe du maximum global dans U peut fort bien être en défaut lorsque U est non
borné, quand bien même celui ci serait non borné seulement dans une direction.
Exercice 2.62 (principe du maximum). Soit / une fonction holomorphe non
constante dans un ouvert connexe U. Si |/| présente un minimum en zo E U} que
peut valoir ce minimum ?
Exercice 2.63 (principe du maximum). Soit / une fonction holomorphe dans un
ouvert connexe U. On imagine le graphe de (x,y) h* \f(x+iy)\ vu comme une < carte
en relief » dans l’espace R 3. Quelle particularité (ou plutôt anomalie) présente cette
carte en relief (si on la compare à une carte en relief classique d ’un massif montagneux,
telle une carte IGN) ?

Exercice 2.64 (principe du maximum). Soit P un polynôme de degré d > 0 et


a un nombre strictement positif. Montrer que l’ouvert Ea := {z E C ; \P(z)\ < a} ne
saurait avoir strictement plus de d composantes connexes.
Exercice 2.65 (principe du maximum, zéros isolés et application ouverte).
a) Soient / 1, m + 1 fonctions holomorphes dans un ouvert connexe U de C
(avec g ^ 0), telles que \g\ = \fj\ dans ^ Montrer qu’il existe des fonctions
holomorphes dans [/, telles que fj = Ujg pour tout j = l,...,m , et que
£ ”11 M = 1 dans U.
b ) Soit a EU. Exhiber des nombres complexes €j (j = l,...,m ) de module 1 tels
que 1 = €j uj(a ) et déduire du principe du maximum local (proposition 2.10)
qu’alors 1 = Y^jLi ej uj dans U.
c) Soient iüi, ..., wm sont des nombres complexes tels que J2jLi \u>j\ — £ j l i wj = 1*
Montrer que si w\ ^ 0, on a, pour tout j = 2, ...,m , Wj = XjWi, où Aj > 0.
d) Déduire des résultats établis aux questions b ) et c) que les fonctions Uj (pour
j = 1, ...,m ) construites à la question a) sont constantes dans U. Conclure à ce que
l’on peut dire des fj en termes de la fonction g.

Exercice 2.66 (transformations de M öbius1 et métrique hyperbolique2),


a) Soit a E D( 0,1) et 9 E R. Montrer que la fonction

<Paß ' z € -D (0,1) h-» e%e-— —


J. (JLZ

1. Élève de Gauß (qui lui enseigna l’astronomie), l’astronome et mathématicien allemand August
Möbius (1790-1868) fut à la fois un topologue et un géomètre. Il contribua en particulier à l’essor
de la géométrie projective. C ’est dans cette ligne que se situe l’introduction des transformations
géométriques faisant l’objet de cet exercice.
2. Le disque unité D (0 ,1) équipé de la métrique hyperbolique introduite dans cet exercice
(métrique dont la forme volume est définie comme dx Ady/(1 —1^|2) 2) est appelé disque de Poincaré.
Pour une présentation du disque de Poincaré et de ses fascinantes propriétés, on renvoie le lecteur
à l’article d ’Étienne Ghys dans [CGL]. La courbure (au sens de Gauß) en tout point du disque
de Poincaré est en particulier constante négative et vaut —4 (voir l’exercice 3.69), ce qui n’est pas
étranger au théorème un-quart de Kœbe (exercice 2.44).
2.3. LES INÉGALITÉS DE CAUCHY ET LEURS CONSÉQUENCES 135

est holomorphe bijective de .D(0,1) dans lui-même, d’inverse {ipaß)~l = <£Wö,-0*


b ) Déduire du calcul de la composée ^ o,,0/ ° <£a,0 que {tpa,ô î 0, G 0 (0 ,1 ), 6 G R },
équipé de la loi de composition o, forme un sous-groupe du groupe des bijections de
0 (0 ,1 ) (on appelle ce sous-groupe le groupe de Möbius du disque unité, ou groupe des
transformations de Möbius du disque unité).
c ) Montrer que si / est une transformation de Möbius (pa,e du disque unité, on a

(2'58) (î^S? = F n ïi¥ ( i e ß ( 0 ' 1 ,)'


ce que l’on exprime en disant que les transformations de Möbius du disque unité
préservent la métrique hyperbolique sur le disque unité, puisque la forme volume cor­
respondant à la métrique hyperbolique sur le disque unité est précisément définie
comme la forme dx A dy/(l - \z\2)2.
d ) Montrer réciproquement que si / est une application holomorphe dans un ou­
vert U C D (0 ,1), à valeurs dans JD(0,1), vérifiant (mais seulement cette fois dans
U) l’équation fonctionnelle (2.58), ce qui signifie que / préserve dans U la métrique
hyperbolique), alors / est nécessairement la restriction à U d’une transformation de
Möbius du disque unité.
E x ercice 2.67 (lemme de zéros de Schwarz). Pour cet exercice, on aura besoin
des résultats établis préalablement aux questions a) et b ) de l’exercice 2.66. Soit /
une fonction holomorphe du disque unité ouvert D( 0,1) dans lui-même et w un point
de ce disque.
a) Montrer que la fonction
/(C ) - / M
fw : C € D ( 0 , 1 )
1 - /( « > )/( C)
est une fonction holomorphe de D( 0,1) dans lui-même, s’annulant en w. En composant
cette fonction avec une fonction holomorphe convenable de D (0 ,1) dans lui-même,
construire une fonction holomorphe de .0(0,1) dans lui-même s’annulant cette fois en
0 (et non plus en w).
b ) Montrer que, si z désigne un second point de 0 (0 ,1 ), on a :
f(z) - f(w ) < z —w
1 - f(w )f(z) 1 — wz
Que peut-on dire s’il y a égalité (dans l’inégalité au sens large ci-dessus) en un point
z 7^ w?
E x ercice 2.68 (lemme des zéros de Schwarz1). Soit / une application holo­
morphe du disque unité dans lui-même ayant deux points fixes distincts (c’est-à-dire
qu’il existe zo ^ z\ dans 0 ( 0,1) tels que f(zo) = zo et f(z\) = z\). Montrer que /
est nécessairement l’application identité dans D( 0,1).
E xercice 2.69 (lemme de zéros de Schwarz). Pour cet exercice (comme pour
l’exercice 2.67 précédent), les résultats établis aux questions a) et b) de l’exercice
2.66 s’avéreront utiles, Faire donc l’exercice 2.66 préalablement à celui-ci. Soit n G N*
et / une fonction holomorphe dans D (0 ,1), à valeurs dans D (0 ,1), s’annulant au

1. Faire préalablement à cet exercice les questions a) et b ) de l’exercice 2.66.


136 2. HOLOMORPHIE ET ANALYTICITÉ

points zi , zn de 0 (0 ,1 ) (non nécessairement distincts). Par récurrence sur n G N*,


montrer que |/(0)| < \z\. ..z n|.

E xercice 2.70 (croissance à l’infini et zéros reliés par le lemme des zéros de
Schwarz). Soit / une fonction entière, s’annulant à l’ordre au moins v en tout point
d’un sous-ensemble fini S de cardinal s inclus dans le disque unité fermé {\z\ < r}.
Montrer que, pour tout R > r, on a

log sup \f(z)\ < log sup \f(z)\ - u s log ( — ).


\z\=r \ z\ = R \ 2r /

On pensera à factoriser dans le disque unité ouvert la fonction £ f(RÇ)/ SUP|£|=.* i/i
et à exploiter la version globale du principe du maximum (proposition 2.11).

E xercice 2.71 (un théorème d’unicité du type Carlson1).


I. Soit M > 0 et / : 0 ( 0,1) -> C une fonction holomorphe telle que /(0 ) ^ 0 et
\f(z)\ < M pour tout 2 G 0 ( 0,1).
a) Justifier le fait que, pour tout entier n > 2, la fonction / est holomorphe au voisi­
nage du disque fermé {C ï ICI < 1 _ V n }*
b) Montrer que, pour tout entier n > 2, / n’a qu’au plus un nombre fini de zéros
dans le disque fermé {Ç ; |C| < 1 — 1 /n }.
c) En déduire que le nombre de zéros de / dans 0 ( 0,1), comptés avec leurs multipli­
cités, est soit nul, soit fini non nul, soit dénombrable infini.
II. On suppose maintenant que / a une infinité dénombrable de zéros (répétés si
nécessaire avec leur multiplicité) dans 0 (0 ,1 ). On suppose ces zéros (ak)keN*y orgar
nisés suivant l’ordre croissant de leurs modules (les zéros étant répétés autant de fois
que nécessaire si multiples) : |ai| < |û2|< |c&3|< — Soit N G N* fixé et |a^| < r < 1.
On introduit les deux fonctions méromorphes dans I?(0 ,1 /r) :
N

B n (z ) := ¡J
J7=l
1 -(àj/r)z
( o -j /r ) - Z
et 9n A z)
f(rz)
B n (z )

a ) Montrer que Bn n’a aucun pôle sur le cercle {C ; ICI = 1} et est holomorphe dans
le disque .D(0,r/|a;v|).
b ) Montrer les singularités de dans .D (0,1/r) sont toutes fictives et que par
conséquent définit une fonction holomorphe dans ce disque.
c) Vérifier que pour tout nombre complexe C de module 1, pour tout j G N*, on a
|aj —rCI = |r —âjC|; en déduire que l’on a aussi |Ojv(C)I = 1«
d) Montrer que \gN}r(z)\ < M pour tout 2 G 0 (0 ,1 ).
e) Déduire du résultat établi à la question II. d) que
N
N 1 /(0 ) I
M < ü w -
j=i

1. Il s’agit ici d ’un long texte de problème, prétexte à un sujet d ’examen et détaillé comme
tel, que l’on peut considérer comme matière à révision des diverses notions introduites au fil de ce
chapitre 2. Quant au résultat obtenu ici, il s’inscrit dans la ligne des résultats d ’unicité fort utiles
établis par l’analyste et théoricien des nombres suédois Fritz David Carlson (1888-1952).
2.3. LES INÉGALITÉS DE CAUCHY ET LEURS CONSÉQUENCES 137

En utilisant l’inégalité log(l — t ) < —t pour tout t G [0,1[, en déduire l’inégalité


N
2 (1 - M < logM - log |/(0)| - N logr.
3=1
f) Déduire du résultat établi à la question Il.e) en faisant varier convenablement N
et r que £ !*L i(l - |%|) < +oo.
III. Soit F une fonction holomorphe dans le demi-plan {£ ; Re£ > 0}, non identique­
ment nulle et bornée en module dans ce demi-plan, et s’annulant (au moins) à tous
les points de N*.
a) Montrer que l’homographie h : z G D( 0,1) -> (1 + z ) / ( l — z) réalise une bijection
d’application inverse holomorphe entre JD(0,1) et le demi-plan {£ ; Re£ > 0}.
b ) Montrer que F o h définit une fonction holomorphe dans £>(0,1), non identique­
ment nulle et bornée en module dans ce disque, s’annulant (au moins) en tous les
points (n - 1)/( n 4-1) (n G N*).
c) Montrer qu’il existe p G N et / : D( 0,1) -> C holomorphe, non identiquement
nulle, bornée en module et ne s’annulant pas en 0, de manière à ce que l’on ait l’iden­
tité (F o h )(z) = z p f ( z ) pour tout 2 G D( 0,1).
d ) Etablir, pour la fonction / (dont on considérera ici l’ensemble des zéros) une
contradiction avec l’assertion établie au terme de la partie II. Que peut-on donc dire
d’une fonction holomorphe dans {C ; Re£ > 0}, bornée en module dans ce demi-plan
et s’annulant (au moins) en tous les points de N* ?

E xercice 2.72 (fonctions lipschitziennes dans l’algèbre .4 (0 ), le lemme des zéros


en situation dans un contexte d’analyse*). Soit .4 (0 ) l’algèbre des fonctions continues
dans le disque unité fermé, à valeurs complexes, qui sont de plus holomorphes dans
£>(0,1) (dite aussi algèbre du disque). Pour tout a e]0,1[, on pose

.J ü V f â P ) - « ,< „ }
' e*<p
(sous-classe de .4(0) des fonctions holomorphes lipschitziennes d }"ordre a ).
a) Soit / G .4(0) telle que |/| < 1 dans £>(0,1). Que peut-on dire de / si |/(0)| = 1 ?
Montrer que, dans ce cas, / est dans A *(O ) pour tout a e]0,1[. Montrer que toute
fonction constante dans D(0,1) est dans A * (O) pour tout a e]0,1[.
b ) On suppose toujours |/| < 1 dans D (0 ,1) et de plus |/(0)| < 1 (avec / non
constante). Pourquoi / ( D ( 0 , 1)) C D (0 ,1 )? En appliquant le lemme de Schwarz à
une fonction convenable de la forme ipof (on pensera aux transformations de Môbius
introduites à l’exercice 2.66, a)), montrer les deux inégalités

l / ,(0)| < 1 — |/(0)|2 < 2(l - |/(0)|). 1

1. Ce long (mais riche) exercice (ayant fait l’objet d ’un texte d ’examen) est directement inspiré
d ’un article de recherche très récent. Il s’agit d ’un article de Miroslav Pavlovié : « On Dyakonov’s
paper “Equivalent norms on Lipschitz-type spaces of holomorphic functions” » , Acta Math. 183,
1999, pp. 141-143. On y voit la puissance (et la profondeur) du lemme des zéros de Schwarz, ici
impliqué dans une démarche d ’analyse. Le lecteur y trouvera aussi (prétexte à révision) une mise en
situation des divers résultats énoncés dans ce second chapitre.
138 2. HOLOMORPHIE ET ANALYTICITÉ

c) On conserve les hypothèses de la question b ). Soit 2 G D (0, 1). On désigne par


Dz C D (0 ,1) le disque ouvert de centre 2 et de rayon 1 — \z\ et Ton introduit le
nombre mz(f) := supç€Dz |/(C)|- Pourquoi a-t’on l’inégalité mz(f) > 0 ? Montrer que
si |C| < 1, on a z+Ç(l—\z\) G Dz C D (0 ,1). En raisonnant ensuite comme à la question
b ), mais cette fois avec la fonction /W : C G D (0 ,1) f [ z + Ç(1 - \z\))/mz(f) (on
justifiera pourquoi ceci est licite), montrer que l’on a le jeu d’inégalités :
(2.59) ( 1 - N ) I / '( * 0 I < 2 ( m ,( /) - | /( * ) | ) ( z G£>(0,1)).
Pourquoi ce jeu d ’inégalités reste-il valable pour toute fonction / G *4(0) ?
d ) Soit / G *4(D), non constante, et telle que

/ ! ! / ( * ) ! -I /(« 0 I |
(2.60) sup < +00.
z.weD \ \z — w\a
z^w
Soit z G J9(0,1). Déduire de l’inégalité (2.60) une majoration de |/| (en fonction de
|f(z)\ et de \z\) sur le bord du disque Dz . En déduire une majoration (en fonction de
\z\) de mz(f) - \f(z)\. Déduire enfin du jeu d’inégalités (2.59) établi à la question c)
que l’on a :

(2-61) Vz GD( 0,1), \f(z)\ <


e) Soient 0 < ri < 7*2 < 1 et 0 G [0,27r]. Déduire du théorème fondamental de l’analyse
que l’on peut écrire f(r 2e%0) -f {r \ e t0) = ei6 f ( p e id) dp. En utilisant les inégalités
(2.61) établies au d ), vérifier que la fonction p G[0, l[i— > f { p ë 0) est intégrable sur
[0,1[ et que l’on a, pour tout r G]0,1[, f(e id) - f(reid) = ë 0 J[ril[ f ( p e i0)dp. En
déduire les inégalités

Vr g ]0, 1[, V0 G [0, 27t], |/(eifl) — f(r e i0)\ < ~ ~ ~ (1 ~ f*)®.

f) Soient r g ]0, 1[ et 0 ,0 G [0,2ir], Vérifier f ( r e %*) —/(re10) = ir f /(reit) e itdt.


En utilisant à nouveau le jeu d’inégalités (2.61) établi à la question d ), en déduire :
|/(r e * ) - / ( r ë 0)\ < 2 Cf%a 10 - ©|/(1 - r ) 1" « .
g) On suppose que 0 ,0 G [0,27r] avec de plus 0 < 0 — 0 < 1. Soient 0 < ri < r2 < 1
et r0,0,ri,r2 Ie chemin continu (d’origine ^ e 10, d ’extrémité r^e*^) représenté en gras
sur la figure 2.4. Que vaut l’intégrale curviligne 7(0,0, n , r2) := f r& r r /'(C ) d( ?
Calculer, pour r G]0,1[ fixé, la limite de 7(0,0, r, r2) lorsque r2 tend vers 1 par valeurs
(strictement) inférieures. En utilisant les inégalités établies aux questions e) et f),
montrer que

| (M r, r2» |< 2 CM (1 - •

En choisissant r G]0,1[ convenable (en fonction de 0 — 0), en déduire l’inégalité


\f(e%*) - /(e^)| < 2 ((a + 2 )/a ) C /,a (0 - 0)a . Conclure enfin que / G *4a (D).
E x ercice 2.73 (principe de Phragmén-Lindelôf dans une bande1). Soit / une
fonction holomorphe dans la bande ouverte B := {z ; 0 < Rez < 1}, se prolongeant en

1. Il est conseillé de traiter la question a) de l’exercice 2.61 préalablement à cet exercice.


2.3. LES INÉGALITÉS DE CAUCHY ET LEURS CONSÉQUENCES 139

F ig u r e 2.4. Le chemin r^ ^ )rijr2 (exercice 2.72, g ))

une fonction continue à {0 < Rez < 1}. On suppose d’une part que |/| est bornée sur
9J5, d’autre part qu’il existe B> C > 0 et k G [0,2[ telles que \f(z)\ < C exp(B\lm z\*)
dans B. On note Ao = s u p ^ \f(iy)\> Ai = s u p ^ |/(1 + iy)\ et l’on suppose dans
un premier temps AqA\ > 0.
a) Montrer que la fonction g : 2 G B f(z )A l~ lA ï z est holomorphe dans B , se
prolonge en une fonction continue dans {0 < R ez < 1}, de prolongement borné en
module par 1 sur la frontière de B .
b ) En appliquant le principe du maximum (dans sa version globale, proposition 2.11)
à la fonction z •-> g(z) exp (ez2) (e > 0), puis en faisant tendre e vers 0, montrer

V z e B , \f(z)\ <

c) On reprend les mêmes hypothèses que précédemment, mais l’on ne suppose plus
k G [0,2[, mais cette fois seulement k > 0. Prouver (en remplaçant z exp(ez2)
par une fonction judicieusement choisie) que le résultat établi à la question b ) reste
valide.
d ) Que se passe-t’il lorsque AoAi = 0 ?

E xercice 2.74 (principe de Phragmén-Lindelôf dans un secteur angulaire). Soit


a G]0,7r[ et Ca le secteur angulaire ouvert
Ca := {z € C* ; |argj_iriir[(*)| < a}.
a) Pour 7 E]0, oo[, on définit la fonction z ■-> z1 dans Ca par

z'1 := exp(7 (log \z\ + ¿arg]_W|7r[(«))).


140 2. HOLOMORPHIE ET ANALYTICITÉ

Montrer que^ette fonction est holomorphe dans Ca et se prolonge en une fonction


continue sur C a • __
b) Soit / une fonction Ca C, continue sur C a , holomorphe sur Ca et telle que
suPac„ l/l = M < oo. On suppose aussi qu’il existe trois constantes A > 0, B > 0,
p e]0, 7r /(2a)[ telles que
V z e Ü a , |/(z)| < CeBW'\
Soit 7 e]/9, 7r /(2a)[. Montrer que, pour tout e > 0, on a
lim \f (z)e~€Z‘l2\= 0.
z€C a

c) Montrer en utilisant convenablement le principe du m a x im u m (proposition 2.11)


que, pour tout e > 0,
V z e C a , |/(z)e~£Z’l'| < M.
En déduire que |/| est bornée par M = supaCn |/| dans Ca.
E xercice 2.75 (principe de Phragmén-Lindelôf, vers le théorème de Paley-Wie-
ner12 ). Soit F une fonction entière telle que |.F(z)| < CeBW pour tout z G C, C et
B étant deux constantes positives. On suppose aussi qu’il existe un entier N tel que
F(t) = 0 (1 + \t\)N lorsque t tend vers ± o o dans R. Montrer qu’il existe une constante
positive C telle que
V z € C , \F(z)\ < C'(l + |z|)weBlImzL
E xercice 2.76 (lemme de Cartan-Boutroux3).
a) Soient zi,...,zm m nombres complexes, non nécessairement distincts (on note Pj
le nombre de fois où se trouve répété Zj dans la liste) et K l’enveloppe convexe fermée
de { z i , ..., Zra) dans le plan. Montrer que, si Zk est un sommet de K , il existe au moins
un disque fermé D du plan complexe de rayon Pk et tel que T>nK = {z*,}. En déduire
que la famille F\ des disques fermés D du plan tels que r(D) = card { j ; Zj £ 0 } est

1. Le type de croissance précisé dans cet exercice (en 0 ( exp (N log(|z| + 1 ) + (B + «)|Imz\)) pour
tout e > 0, ce pour B fixé et un certain N e N) caractérise, parmi les fonctions entières, celles dont la
restriction à M se trouve être la transformée de Fourier d ’une distribution à support compact inclus
dans [—B , B] ; la valeur de N est l’indicateur de l’ordre de la distribution, les distributions d ’ordre
0 se trouvant être les mesures. Ce résultat est connu comme le théorème de Paley-Wiener ; il entre
dans le cadre de la théorie des distributions et nous renvoyons à son sujet le lecteur à l’ouvrage dédié
à cette théorie à paraître ultérieurement dans la même collection.
2. Emporté par une avalanche à l’âge de 26 ans alors qu’il skiait dans les Montagnes Rocheuses
près de Banff (Alberta), le jeune mathématicien anglais Raymond Edward Paley (1907-1933) n’eut
pas le temps de connaître la réputation qu’il mérite. Norbert Wiener (1894-1964) fut l’un des pionniers
de la théorie du signal moderne.
3. Les noms du mathématicien (et historien des sciences) français Pierre Boutroux (1880-1922)
et de l’analyste complexe Henri Cartan (1904-2008), fils du géomètre différentiel Élie Cartan (1869-
1951), sont attachés à ce résultat (voir la thèse d ’Henri Cartan en 1928). Le lemme de Cartan-
Boutroux (de par le fait qu’il est étroitement lié aux questions de division impliquant des fonctions
holomorphes, ce par le biais du principe du «: principe du minimum du module » qui fait l’objet de
l’exercice 2.77) s’avère jouer un rôle important dans les problèmes de «: petits diviseurs » surgissant
fréquemment aujourd’hui en théorie analytique des nombres, en dynamique, en physique théorique,
etc. Cet exercice est plutôt un exercice de combinatoire, sans relation directe à proprement parler
avec l’analyse complexe, mais il introduit le matériel nécessaire à l’exercice 2.77 que l’on pourra faire
ensuite.
2.3. LES INÉGALITÉS DE CAUCHY ET LEURS CONSÉQUENCES 141

non vide et contient un disque de rayon maximal


b ) Montrer que, si r > r\ et si D est un disque fermé de rayon r, le cardinal de
{ j G {1, . .. , r a } ; Zj G D} est inférieur ou égal à r (raisonner par l’absurde).
c) Soit D\ = {|2 -a i| < n } G T\ tel que m -r\ > 0 etÇi, les m —r\ points
de {¿ i, (avec répétitions) qui ne sont pas dans D i. Montrer que la famille
de disques fermés {|z —a\ < r} tels que card {i G {1,..., m - r\} ; \(i —a\ < r} = r
est non vide et admet un disque de rayon maximal 7*2 < m —ri et vérifier que l’on a
aussi T2 < r i .
d ) Construire (en poursuivant la démarche initiée au c)) une suite d’au plus m disques
fermés {\z —aj\ < r ,} , de rayons ri > > ••• > rp avec Ylere = telle que, si
z £ LJf=:i{lC ~ aj I < 2r^}, on ait, pour tout k G N* :
- {|C - z\ < k} fl {|C - at\ < n } = 0 si re > k.
- {|C -*I < k} contient au plus k - 1 points (répétitions prises en compte) de la
famille
On pensera ici à introduire le plus petit entier j = j(k) tel que rj < k et à montrer
alors que {\Ç —z\ < k} ne peut contenir aucun point parmi les points Zj qui ont été
« consommés » lors des j(k ) — 1 premières étapes de la procédure initiée aux deux
premiers crans à la question c). En déduire, pour un tel 2, que si les points zj sont
ordonnés suivant \z—z\\ < \z—Z2 \< •••< \z—zm\, on a \z—Zk\ > k pour k = 1,
puis que f l j l \z —Zj\>m\> (m/é)m.
e) Déduire du résultat établi au d ) que, pour tout C > 0, il existe une collection d’au
plus m disques d’exclusion D c j dont la somme des rayons est au plus égale à 2(7,
telle que

(2.62) z i ( J Dc ,j =► J J \z - zj\ > ( - J


j 3= 1

(penser à se ramener dans un premier cas au cas C = m).

E xercice 2.77 (principe du minimum du module). Soit R > 0 et / une fonction


holomorphe au voisinage du disque fermé {|£| < 2kR} (avec k > 2) telle que /(0 ) = 1
et que / ne s’annule pas sur le cercle de rayon i?.
a) Montrer que / n’a qu’un nombre fini de zéros dans {|£| < 2ü } , appartenant tous à
{\C\ < 2iî}, z\%..., z3 (comptés ici avec leurs multiplicités), et qu’il existe une fonction
g) holomorphe dans D(0, iî), telle que p(0) = 0 et

f(z ) = exp(«(»)) n Vz € 0 ( 0 , 2H)

(les homographies </?0j0 ont été définies à l’exercice 2.66, a)).


b) Montrer, en utilisant la formule établie à l’exercice 2.9 (appliquée à la fonction
w G D (0 ,1) 1-* mg(2R) - g(2Rw), où mg{2R) := s u p ^ ^ Re[p(2iîu;)]), que l’on a
l’inégalité :

Vz G Z>(0,iî), Re<7(z) > - 2 M2f i ( /) , M 2fi( /) := sup |/|.


|C|=2Ü

c) Soit 0 < e < 3e/2. En utilisant le résultat établi à l’exercice 2.76, d ) avec C — 2eR,
montrer qu’il existe une famille finie de disques fermés dont la somme des rayons
142 2. HOLOMORPHIE ET ANALYTICITÉ

n’excède pas AeR tels que, si z G D{ 0, R) n’appartient pas à l’union de ces disques
fermés (dits d’exclusion), on ait

|n * V « .o « S )|> (!)'
3- 1

et, par conséquent, en utilisant le résultat établi à la question b ), que, pour tout
z G .0(0, .R) tel que 2 soit hors de l’union de ces disques d’exclusion, on ait

l o g | /( z ) | > - 2 M 2* ( / ) - s l o g ( ! ) .

d) En utilisant le résultat établi à l’exercice 2.70, montrer que


0 < log M 2f l ( /) < log M 2(tfl( / ) - slo g (« - 1).
Déduire du résultat établi au c ) que, pour tout z G D(0, R), hors d’une union finie
de disques d’exclusion fermés dont la somme de diamètres n’excède par 4eR, on a

i°g|/O O I > - log M 2kr U ).


log(/î - 1)

Autrement dit, hors d’une union finie de disques d ’exclusion dont la somme des rayons
peut être rendue arbitrairement petite, le maximum de |/| sur {|C| = 2kR} contraint
une minoration de |/|. Si l’on choisit k = e, on pourrait remplacer log(« — 1) par 1 en
utilisant la formule de Jensen (théorème 4.3), qui fournirait en effet s < logM 2eR(f)
au lieu de l’inégalité établie au d). On comprend en tout cas aisément pourquoi un
tel lemme (subtil) joue un rôle de garde-fou important dans les questions de division
ou de petits dénominateurs en théorie analytique des nombres ou en dynamique.

2.4. C orrigés des exercices du chapitre 2

C orrigé de l’ex ercice 2.1. Les fj sont toutes des fonctions holomorphes dans U>
donc C°° dans cet ouvert. Si |/|2 = Yfj=i fj fj est constante dans U> on a, en faisant
agir l’opérateur d/dz et en tenant compte du fait que les fonctions antiholomorphes
z h» fj(z) (j = 1, ...,ra) sont toutes annulées par cet opérateur,
771

fj( z ) = 0 . VzGl/.
j =i
En faisant agir ensuite l’opérateur de Cauchy-Riemann d/dz> on a Yfjl i \fj\2 = 0
dans U. On a donc dfj = 0 dans U pour j = l,...,m . Comme U est connexe, les fj
sont constantes (on invoque l’inégalité des accroissements finis).

C orrigé de l’ex e rcice 2.2. La formule de Green-Riemann, puis le fait que P et


Q vérifient le système de Cauchy-Riemann (2.5), enfin les relations (2.6), impliquent
que

f P dQ = f dP A dQ — Í Í 15 dÇdr)
Qy
= Í Í (\Px\2 + \Py\2)dÇ dr)= f f \f(Q\2dÇdri > 0.
2.4. CORRIGÉS DES EXERCICES DU CHAPITRE 2 143

Si f PdQ = 0, on a / ' = 0 dans D( 0 ,1) (d£ drç-presque partout, mais en fait partout
car f ' est continue), et / est alors une fonction constante dans {|£| < ! } •
C orrig é de l’ex ercice 2.3. Il s’agit d ’une application directe des formules (2.11)
ou (2.12) de la proposition 2.1. On a

X |C+i|=3

f
sin£

cos C

C + *
. = 2in sin(—i) = 27rsinh(e)

„. f cos C / 1 1 \ cos ir — cos(—tt)


7k m C - ^ 2 7|ci=4 27T \C-7T Ç+ ttJ 2n
f 0 si n < 0

X dÇ
ICI-2 ( C - l ) w(C-3)
2î 7T 1 T
^ iLC
(n - 1)! ÔC"
1 1/,\
c - 33J (1) “
*7T » .
2«~ s i n G
C orrig é de l’ex ercice 2.4. La forme ici à intégrer est fermée, donc localement
exacte, dans C\ {a, b}. On constate que / ( 7 , a) = 2 et que I( 7 ,6) = 1 (on exploite par
exemple ici la règle « visuelle » pour le calcul d ’indice proposée à l’exercice 1.40). On
utilise ici la version topologique de la formule de Cauchy (théorème 2.6). On peut,
en décomposant le lacet comme dans l’exercice 1.37, sérier les problèmes et dissocier
ainsi les contributions des points a et b1. Les divers lacets en lesquels 7 se trouve alors
concaténé ont leur support dans l’un ou l’autre de deux demi-plans 11 = U parallèles
(et d’intersection non vide) ne contenant chacun qu’un et un seul des deux points a ou
b. La contribution du point b à l’intégrale est 2in/(b —a)2 x Ind(7 , b) = 2in/(b —a)2 ;
celle du point a est 2m[{d/dz)(l/(z —b))]z=a x Ind(7 , a) = —Un/(a —b)2. L’intégrale
curviligne vaut donc en additionnant ces deux contributions I = —2in/(b —a)2. La
forme à intégrer ne pouvait donc être exacte car cette intégrale curviligne (sur un
lacet) est non nulle.

C orrigé de l’exercice 2.5. D ’après les formules d’Euler, on exprime cos0


comme cos0 = (C + C)/2 = (C + C~1)/2 si C := eid• Compte tenu de ce que l’on
a aussi dÇ = d(eie) = iel° d6 = iÇ dQ> l’intégrale à calculer s’exprime comme
f 2n d6 _ 1 f dÇ _ 1 f d(
/ 0 5 + 2 COS 9 i Je^[0t2ir]^ei9 C(5 + C + C " 1 ) i Jd€[O,2 TT]»->ei 0 C2 + + 1

Les racines du trinôme X 2 + hX + 1 valent respectivement a = ( - 5 + V2Ï)/2 et


/3 = (—5 — \/2T)/2. Seul le zéro a se trouve à l’intérieur du disque unité. D ’après la
formule de Cauchy (2.11), l’intégrale à calculer vaut
1 f d( _° p ( \_ 2n _ 2n
i C2 + 5 f + l -

C orrigé de l’exercice 2.6. On applique dans un premier temps la formule de


Cauchy-Pompeiu (1.60) (proposition 1.6) ; le compact K est dans ce cas la couronne
fermée CT',r^ avec r < rl < \z\ < Rf < R, tandis que la fonction de classe C1 au
voisinage de K est Ç Cn/(C ) î comme / est holomorphe dans Cr l’intégrale double

1. Notons que l’on pourrait aussi, pour dissocier ces deux contributions, décomposer en éléments
simples la fraction rationnelle l/ ((X — a)2(X —b)) et raisonner comme à l’exercice 1.47, mais c ’est
moins dans l’esprit de l’exercice ici.
144 2. HOLOMORPHIE ET ANALYTICITÉ

présente en général dans la formule (1.60) n’apparait pas. Dans un second temps, on
fait tendre r' en décroissant vers r et Rf en croissant vers R. On obtient, après division
par zn, la formule de représentation :

<m 3 > V 2 S 0 -'*-


Si n > 0, on observe que :

f Л cm ¿C <
27Гr
sup |/| x (r/|z|)n = o (l) lorsque n -+ +oo
к * "(( C - « ) I _ N - r fci=r
(2.64)
f 7n ( Î ~ ~ \
A n c (s - z) 1
^Rp2-\z
7r?ï\|<|=Я
SUP l/l x (
1г1/Д)П= «K1) lors4 ue » “ * +00•
Les deux égalités demandées se déduisent de (2.63) avec ± n , en faisant tendre ensuite
n vers +oo tout en prenant en compte l’une ou l’autre des deux assertions (2.64).

Corrigé de l’exercice 2.7.


a) Si zo € C \ I, on a |< — z\ > d(z0,I)/ 2 dans V(z0) = D(z0,d(z0,I)/2). La proposi­
tion 2.2 s’applique car sup^6/|2€V(Zo) < 2sup7 \f\/d(zo,I) et que I est de mesure de
Lebesgue finie b —a. La fonction Ф est donc holomorphe dans С \ I.
b ) Soit zo = iyo S]ia, ib[ et eZo que l’on choisira suffisamment petit pour que le disque
fermé {\z - z0\< его)} soit inclus dans le voisinage ouvert de [го, ib] dans lequel / est
holomorphe. On a, pour tout z G {R e z < 0 } :

I т « . г m dç

où [¿a, ib]€zQj+ se présente comme la concaténation des trois chemins [iak{yo — £z0)\i
t G [0,1] i y iy0 - ieZoeiirt, [i(y0 + eZQ),ib] : en effet la forme /(C)dC/(C “ z) est
fermée au voisinage d’un compact contenant les supports des deux chemins [¿a, ib] et
[ia,ib]ezQi+. De même, suivant le même raisonnement (par symétrie), on a, pour tout
2 G {Rez > 0} :

f Æ L « - f Ш « ,

J[iciyib] S z ,.c-*z
J[ia,ib\eZQ, - S

où [га,гЬ]€ se présente comme la concaténation des trois chemins [га, i(yo —62o)],
t G [0,1] h» ieZo - i e —int + 6*o),¿4- On a donc existence des deux limites

lim $(z) = [ dÇ et lim 9(z) dÇ.



= к f - &
2гтт JHaA ZQ 2гтг J[ia,ib).i0 C,~zo
Re2 < 0 — ■'K*i>k0'+ ^ R ez>0

En faisant la différence de ces deux limites, on trouve


/ ( C
lim Ф(г) -
Z~*ZQ
R ez<0
lim Ф(г) = к
R ez>0
f
2гтт 7te[o, C Zqd< = f(zo)
d’après la formule de Cauchy.

Corrigé de l’exercice 2.8.


a) Le fait que x f(x —iT') soit intégrable sur E relativement à la mesure de
densité x 1/(1 -f |x|) implique que l’intégrale proposée pour définir $¡£/(2) est bien
2.4. CORRIGÉS DES EXERCICES DU CHAPITRE 2 145

convergente. La proposition 2.2 s’applique aisément car tout point zq de {Im z > —T 7}
admet un voisinage V(zo) tel que, pour tout 2 € V( zq) et pour tout a; € R, on ait
\zo - (x —iT')\ > «zo,T'(1 + M ) Pour une certaine constante k ZOit > > 0. La fonction
$ + est ainsi holomorphe dans {ïm z > -T '}. Que les deux fonctions et
(0 < T[ < < T se recollent dans {Im 2 > - T [) résulte de la formule de Green-
Riemann utilisée avec le rectangle K a ,t [,t g = [—• A, A] x avec la forme
fermée /(C)dC/(C ~ z) lorsque Im z > -T { ; l’intégrale de cette forme sur le bord
de ce rectangle est nulle ; on fait ensuite tendre A vers +oo ; du fait de l’hypothèse
suivant laquelle f(z ) = o(\z\) au voisinage de l’infini dans Ut , les contributions à cette
intégrale curviligne des segments verticaux tendent vers 0 lorsque A tend vers l’infini.
Les fonctions se recollent donc bien dans {Im z > - T }. On définit de manière
identique dans {Im z < T } en recollant les fonctions ainsi définies :

Vz<E {Im * < T 7}, ~ 2^ J


[ - o o + t T '.+ o o + i T ']
K O d(.
C~ %

b ) La relation = / dans Ut résulte de la formule de Cauchy, utilisée à


l’intérieur des rectangles [-A,A] x [-T \ T f] (A > 0, 0 < T ' < T) pour représenter la
fonction / , puis en faisant ensuite tendre A vers +oo. Du fait que f(z) = o{\z\) au
voisinage de l’infini dans Ut , les contributions à l’intégrale curviligne des segments
verticaux tendent vers 0. La dernière assertion concernant les propriétés asympto­
tiques de et résulte de l’application du théorème de convergence dominée de
Lebesgue.

C orrigé de l’exercice 2.9. On représente la fonction / dans D(0, R) grâce à la


formule de Cauchy (2.11) de la proposition 2.1, formule que l’on transforme ensuite
ainsi :
m
V ,€ /)( 0,*)./(*) = i £ dC =
c -z
_ J _ f 2" P(Rei0) (Rei0 + z)
j>2n y /» f(R ei0)
2tt Jo Rei0 — z R ei0 _ z d9.
Or on remarque que, si 71 : t G [0,1] i-> e2lnt,

HEP-*-
JoRe%e - z Jo R e-%
Q- z *’=i% i gR -® Çz* - «

puisque la forme Ç C /(i2C)dC/(Æ ~ C^) est fermée au voisinage de {|Ç| < 1} (car
\z\ < R). La première des égalités demandées est ainsi prouvée. Pour obtenir les deux
autres égalités, il suffit de dissocier partie réelle et partie imaginaire dans la formule
suivante (c’est la formule de Cauchy en 2 = 0 pour £ h» /(i?()> utilisée ici dans
£(0,1)):

En isolant les parties réelles et imaginaires, on a bien


1 rp2ir 1 f 2w
P{Rei6)de et
m = 2 îj£ ' Q{Reid) dO.
146 2. HOLOMORPHIE ET ANALYTICITÉ

On déduit donc de la première égalité obtenue que, pour tout z G .0(0, R),

P(Rei0) {R é0 + z)
dO H- i Q(0)
R é6 - z

1 C2* 7 1 P 2* 7

= P(0) + iO(0) + - j f +

C orrigé de l’ex ercice 2.10. On rappelle que, pour tout t > 0, pour tout nombre
complexe 2 = x + iy G C, It2*"1! = tx~l . Si zq = xo + iyo avec xo > 0, on peut donc
utiliser la proposition 2.2 en prenant pour V ^ o ) la bande {R ez e ) x o/2,3a?o/2[} et
pour fonction de domination gZo la fonction

t €]0, oo[i—^ e- t iæo/2_1 x\o,n(t) + e- t i3æ° /2_1 X[i,oo[(i)-


La fonction
z G {R e z > 0} i— i- f
J]0,oo[
i 2_1 e- t dt

est ainsi définie et holomorphe. L’équation fonctionnelle demandée se vérifie immédia­


tement par intégration par parties sous la forme Y{z) = V(z+l)/z (il suffit de prendre
la primitive de 1 1-> tz~l et de dériver t e“ *). Le prolongement s’explicite de proche
en proche ainsi : pour tout n G N*,
T(z + n)______
yz G {R e * > - n } \ {0, - 1 , - 2 , . . . , - (n - 1)}, T(z) =
z {z + l)---(z + n - 1 )’
On a T(n + 1) = n! pour tout n G N. La fonction T interpole donc les valeurs prises
aux points de N* par la fonction (n - 1)!. On trouve par changement de variables
(t u2) que
r ( l / 2 ) = / e- “ 2 du = 4 = / e- “ 2/ 2 du = ^
JR v 2 yR
(on utilise ici le fait que la densité de la loi normale 1) vaut u i-* e~u l2/y/2n).

C orrigé d e l’e x ercice 2.11.


a) On utilise la proposition 2.2 en posant, si z0 = Xo + iy o (lorsque xq > 1),
V(z0) = {R ez > (1 + x o ) / 2 } et l’on applique le critère de Riemann.
b ) On remarque que, pour tout nombre complexe z de partie réelle strictement
supérieure à 1, pour tout entier N > 2,
N 1 N oo ___
1_
n ( i ^“ny =n=l
II(I>r-*) =i+k€Np.,.,
E k*'
ra=l Kn—0
où NP1,.,.,P„ désigne le sous-ensemble de {k G N; k > 2} constitué des entiers dont
les seuls facteurs premiers sont Pi ,...,P n * Le théorème de convergence dominée de
Lebesgue, couplé ici avec le théorème fondamental de l’arithmétique1 ( « tout entier

1. La formule d ’Euler (2.17) établie dans cet exercice constitue en fait une manière d ’encoder en
termes analytiques ce théorème fondamental de l’arithmétique.
2.4. CORRIGÉS DES EXERCICES DU CHAPITRE 2 147

strictement plus grand que 1 se factorise de manière unique comme un produit de


puissances de nombres premiers » ) assurent que
N
iV WJ 1

lim
TV—H -oo
n v a £ ( p*2 >i}.
71= 1 ' 71 fc = l

C ’est la formule d ’Euler établie ici.


C orrig é de l’ex ercice 2.12.
a) C ’est une application immédiate de la proposition 2.2. Si l’on choisit x > xa, la
série Ylk>i lafcl e~XkX est convergente. Attention cependant, elle ne l’est peut-être pas
pour x = xa : il convient en effet de prendre garde au fait que xa est défini comme
la borne inférieure d’un ensemble1. La série Yjk>iake~XkZ converge donc en tout
z = x + iy> x > xa, y G R, car elle converge absolument en un tel point. La fonction
z h-» Ylk>î ak e~XkZ est donc bien définie dans le demi-plan droit {R e z > xa}. Si l’on
prend zo = xo + iyo dans ce demi-plan, on voir qu’en choisissant comme voisinage de
zq l’ouvert V(zo) = {Rez > ( xa -h x o )/2 } et en prenant gZù : k h+ |a*.| e“ A(*a+æ°)/2,
on se met dans les conditions d’application de la proposition 2.2. La somme de la série
de Dirichlet est donc bien holomorphe dans le demi-plan {R ez > xa}*
b ) Il suffit de poser À& = logfc, = 1 pour k > 1. Le critère de Riemann assure
xa = 1.
C orrigé de l’exercice 2.13.
a) Pour z = x + iy £ {R ez > 0} et k £ N*, la fonction t E]0, -|-oo[h+ tz~l e~kt est
intégrable sur ]0, +oo[ relativement à la mesure de Lebesgue (voir l’exercice 2.10). De
plus, on remarque que, pour tout n e N* (en utilisant le changement de variables
t *+ u = kt dans le fc-ième terme de la seconde somme)
71— 1 „

si t ^ e - * e~kt dt = Y l J iZ~l e~H dt = r (*) S p

D ’autre part, si z = x + iy £ {R ez > 1},

-kt < ÿc—1


t £]0, +oo[i— i ^ ^ |tz
et —1
Aî=1
est intégrable sur ]0, +oo[ (elle est en module équivalente à tx~2 au voisinage de 0
et se présente comme un 0 ( e ” (1_e^) pour tout e G]0,1[ au voisinage de +oo). Il
résulte alors du théorème de convergence dominée de Lebesgue que, si l’on introduit
la fonction zêta de Riemann £ définie dans le demi-plan {R e z > 1} à l’exercice 2.11,
on a, pour tout z dans ce demi-plan,
71 -1
/ n — l - /*+ 00 / °° \ P
tz — 1
Ä , (r<2>g *) =r(2> =j, (g e~t‘)dt=l et — 1
dt.

b ) Pour tout x e M, la fonction t £ [1, oo [h+ tx~l /(e* - 1) est intégrable sur [1, oo[, car
c’est un 0 { e ~ ^ e^t) pour tout e e]0, 1[ au voisinage de +oo ; d ’où le premier résultat
demandé car \tz~x\— tx~x si z = x + iy. La seconde assertion, quant à elle, résulte

1. Ce qui signifie que x a est un minorant de l’ensemble et qu’entre x a et x a + e, aussi petit que
soit e > 0, on peut trouver un élément de l’ensemble.
148 2. HOLOMOR.PHIE ET ANALYTICITÉ

de la proposition 2.2 : si zo = x0 + iy0 6 C, on prend V(zo) = {R e z < xo + 1} et


gza{t) = ¿»»/(e* - 1) pour tout t G [1, +oo[.
C orrigé d e l’e x e rcice 2.14. Il s’agit d’une application immédiate de la propo­
sition 2.2. On peut ici prendre en effet V(zo) = V = {|Im(z)| < r?} et et pour gZQ la
fonction Qzo = 9 '■w ^ Les choix de V(zo) = V et du chapeau de domination
gZQg = sont donc ici indépendants de .
zq
C orrigé d e l’e x e rcice 2.15. On applique la proposition 2.2. Si po est tel que
Repo > A, on pose V(po) = {R e p > (A + R e p o )/2} et l’on introduit le chapeau
dominant gwo : t e]0, +oo[i-» e-(-4+R-«Po)/2) i i La proposition 2.2 s’applique et l’on
en déduit à la fois la définition et l’holomorphie de l’application F dans le demi-plan
Rep > A.

C orrigé d e l’ex e rcice 2.16.


a) C ’est une application de la proposition 2.2. Si Zo = Xo + iyo £ {R e z > —y — 1},
on prend V(zo) = {R e z € ](—7 - 1 H- xo)/2,sup(xo + 1, 0)[} et, pour fonction domi­
nante gZo, la fonction gZo : t ejo,
00[1— >•f ( - 7-i+ * o )/2 X]01[(î ) + tsup(xo+i,o)X[li+oo((i).
Il s’agit ici d’une généralisation de l’exemple de la fonction T traité à l’exercice 2.10
(pour lequel f(t) = exp (-t)/t).
b ) On applique encore la proposition 2.2. Si zo = xo + iyo est tel que xq €.\xq ,Xq I on
prend V(zo) = {R e^ e](xq-\-Xq )/2) (xo+Xq )/2[} et comme fonction assurant la domi­
nation la fonction gZo : t e]0, +oo[i— > (^*0+æo ) /2 X]o,i[{t)+^xo*x° )/2 X[i,+oo[(^)) /(0 *

C orrigé de l’ex e rcice 2.17.


a) On utilise la proposition 2.2 et le fait que |C|"”2+e est localement intégrable dans C
dès que e > 0. Si zq est tel que xo > N/2 —1 , on choisit x'Qarbitraire dans ]N /2- 1 , x0[
et l’on prend pour V (zq) la bande { xq < Re 2 < x o + 1 } et pour fonction de domination
gz„ la fonction intégrable C ^ M O I (IC|2æ')_WXD(o,i)( 0 + KI2(æo+1)(l-X D (o ,i)(0 ))-
b ) On effectue N intégrations par parties dans l’intégrale double (chaque fois en
la variable £ et en la variable 7] puisque l’opérateur différentiel que l’on utilise est
l’opérateur de Cauchy-Riemann d/dQ et l’on profite du fait que, comme <p est à
support compact, les parties toutes intégrées sont toujours nulles. Le calcul effectué
se fonde en fait sur la relation formelle1 :

(2.65)
-dÇN
C - Iï c pv
M
I = —d<:N l>
k AcA+Afl
^ J
= (A + i V) . . . ( A + l ) CACA = (A + i V) . . . ( A + l)|C|2A

(il est commode ici de scinder formellement |£|2A en et puis de les regrouper à la
fin, ce pour visualiser rapidement le résultat des calculs). On constate que la nouvelle

1. La relation (dans ce cas très simple) exploitée ici (pour le monôme X N) s’avère être un cas
particulier d ’une relation différentielle importante satisfaite par les puissances formelles P x (X ) d ’un
polynôme P G K [X i, ...,X n], lorsque K est un corps de caractéristique 0. Pareille relation (très
utile en pratique, même si difficilement exprimable) permet d’exprimer P x (X) comme le résultat de
l’action d ’un opérateur différentiel sur P A+1(X ), divisée par 6(A), où 6 G Q[A] ; elle a été découverte
par le mathématicien soviétique Joseph Bernstein et s’appelle depuis équation de Bernstein. ; son
existence repose sur un argument de nœthériannité.
2.4. CORRIGÉS DES EXERCICES DU CHAPITRE 2 149

expression de Iv est cette fois holomorphe dans {R e A > —1/2}. En poursuivant les
intégrations par parties de la sorte, on obtient une autre expression de Iv :

<“ ■» W - n j I L Kl“ w M ( 0 4 »

Comme M peut être choisi arbitraire, on définit bien ainsi un prolongement de I ^ (de
proche en proche, en se décalant vers la gauche) à C \ { —1, —2, —3,...}.
Corrigé de l’exercice 2.18.
a) La transformation homographique H : z i(l + z)/(l —z) envoie de manière
bijective le disque unité ouvert D (0, 1) sur le demi-plan {Im z > 0} ; son inverse est
la transformation de Cayley : H “ 1 : Z G {Im z > 0} h» (Z - i)/(Z + i). Par cette
transformation homographique H , un arc de cercle ]A,B[ du cercle unité se trouve
transformé, soit en un intervalle ouvert I de l’axe réel (lorsque le point d’affixe 1
n’appartient pas à cet arc ]A, J3[), soit en l’union I de deux intervalles ouverts disjoints
] - oo, a[ et ]6, +oo[ (lorsque l’arc ]A, B[ n’est pas le cercle tout entier, mais contient le
point d’affixe 1), soit en J = R tout entier. L ’application / o i ? -1 est holomorphe dans
{Imz > 0} et se prolonge par continuité sur {Im z > 0 }U / ; de plus, son prolongement
prend par hypothèses des valeurs réelles sur I. On peut donc appliquer le principe de
réflexion de Schwarz (proposition 2.3) à cette fonction / o # ” 1 et ainsi la prolonger à
(C \ R) U I en une fonction holomorphe F, La fonction z G C\]j4, B[h» F o H réalise
le prolongement de / voulu.
b) Soit IWo,r l’inversion géométrique par rapport au cercle de centre wo et de rayon
R. On définit le prolongement de f h l’ouvert U en posant f(z) = Iwo,R\fO-/z)]
pour tout z G U. Comme la définition de / fait apparaitre la composition de deux
inversions (toutes deux antiholomorphes), / est bien holomorphe. Le fait que f(]A, B[)
soit inclus dans le cercle de centre wo et de rayon R (ensemble des points fixes sous
l’action de l’inversion IWOtR) implique que les raccords de f et f s’opèrent bien de
manière continue le long de /(]A,J3[). L’application ainsi construite réalise (d’après
le théorème de Morera, il suffit de reprendre la preuve du principe de réflexion de
Schwarz) le prolongement holomorphe de / voulu à U U]A, J8[UÎ7.
Corrigé de l’exercice 2.19.
a) Comme / est holomorphe dans ]0, 1[2, / respecte les orientations. Si l’on suit le
chemin [0, 1] h* T(t) correspondant au bord de [0, l ]2 parcouru dans le ses trigo-
nométrique, le chemin composé / o T est par conséquent aussi parcouru dans le sens
trigonométrique. De plus, du fait qu’une application continue injective est ouverte
(voir l’exercice 1.46), le support de / o T est inclus dans le cercle unité. L’absence
de points doubles ( / étant bijective) pour ce lacet f oT assure donc qu’au choix du
paramétrage admissible près, le chemin / o T est le chemin t G [0,1] h* e2mt.
b ) L’homographie w h* (1 + w)/( 1 — w) réalise une application biholomorphe entre
le disque ouvert £>(0, 1) et le demi-plan {R e z > 0}. De plus, cette application se
prolonge à {|z| < 1} \ { 1} pour réaliser un homéomorphisme entre {|z| < 1} \ { 1} et
le le demi-plan fermé {R e z > 0}. L’application z G (]0,1[)2 (1 + / ( z ) ) / ( l — f(z))
que l’on obtient par composition réalise donc une application biholomorphe F entre
(]0, 1[)2 et le demi-plan {R e z > 0} et se prolonge en un homéomorphisme entre
[0, l ]2 \ {0 } et le demi-plan fermé {R e z > 0}. D ’après le résultat établi à la question
150 2. HOLOMORPHIE ET ANALYTICITÉ

a) et le fait que l’homographie w ь-> (1 -f w ) /( l —w) respecte l’orientation des figures


car holomorphe dans С \ { 1}, les trois points distincts гаг = (1 + /(2 г ))/(1 — f(z 2)))
ia 3 = (1 + f(zz))/(l - / ( 23)) et ia4 = (1 + f(z 4))/( 1 - f(z 4)) de l’axe imaginaire pur
sont tels que аг > аз > a4. D ’après le principe de symétrie de Schwarz, la restriction
de F à ]0, 1[2 se prolonge en une application continue à ]0, 2[x]0, 1[2, envoyant les côtés
de ce rectangle [0, 2], [2,1 + г], [г, 2 + г], [0, г] respectivement sur [гаг,гоо], [газ,гаг],
[га4,газ], [—гоо,га4]. L’utilisation du principe de symétrie de Schwarz peut ainsi être
itérée (bilatéralement) et conduire au prolongement de F en une fonction continue
dans la bande (R x [0,1]2)\2Z de manière à ce que F ((R + i) U (R\2Z)) С {Imz = 0},
ce prolongement F vérifiant F(z + 2) = F(z) dans (K x [0, l]2) \ 2Z. On peut à nou­
veau invoquer le lemme de Schwarz pour prolonger F (bande R x [fe, к + 1] par bande
R x [fc, к +1], к G Z) en une fonction holomorphe dans C \ (2Z 0 2iZ), le prolongement
satisfaisant à la fois F(z) = F(z + 2) et F(z + 2г) = F(z + 2г) dans C \ (2Z 0 2iZ).
La fonction F ainsi construite prend la valeur —1 en deux points (modulo le réseau
2Z 0 2iZ) : ces points sont les symétriques de l’unique point a G]0,1[2 o ù / s’annule
(et où par conséquent F prend la valeur 1) respectivement par rapport aux côtés [0, г]
et [0, 1] du carré [0, l ]2 (du fait du processus de prolongement basé sur le principe de
réflexion de Schwarz) ; dans ce cas particulier où а = (1 + г )/2, ces deux points sont
confondus modulo le réseau 2Z 0 2iZ ; sinon, ils génèrent deux réseaux distincts. Le
prolongement de / est holomorphe dans C privé de l’union de ces deux réseaux. Le
prolongement / est obtenu comme f(z) = ( F(z) —l))/(F(z) + 1) hors de l’union de
ces deux réseaux. C ’est aussi une fonction doublement périodique (de périodes 2 et
2г) dans son domaine de définition.

Corrigé de l’exercice 2.20. Pour les deux premiers exemples, les rayons de
convergence valent respectivement 0 et 1 par la règle de d ’Alembert. Pour le troisième
exemple, la règle de Cauchy donne R = 1 car lim sup^+oo |sin(/s2)| = 1. Pour le
dernier exemple, le rayon de convergence vaut 1 (règle de Cauchy) car

limsup^ ! ) -1 ^ 2 = limsupexp ( — = 1
A;—>+oo k-¥+00 ' к s

du fait que X^!=i b g £ < k log к = o(fc2).

Corrigé de l’exercice 2.21. Quitte à remplacer les séries entières A o ,..., A jv- i
par celles obtenues en effectuant la division suivant les puissances croissantes de ces
séries entières par la série entière A n (ce qui est licite car ам,о £ C*), on peut
se ramener dans un premier temps au cas où A n = 1. En introduisant le vecteur
Y de séries entières Y = (2/, y', ...,2/ ^ -1 ^) des séries entières dérivées, on ramène le
problème à celui de la recherche des vecteurs Y de séries entières à N entrées solutions
du système Y7 = A (z) - Y, où A est une matrice de séries entières toutes de rayon
de convergence strictement positif. Supposons d’abord (pour simplifier) N = 1. Si
Y(z) = YïkLoakZk et Que A(z) = YlkLoakzki ¿ ire Que Y* = A(z)Y équivaut, en
identifiant les coefficients dans les développements des deux membres, à :

S а£1ае2
( 2 . 67 ) ak+l = t'+e2k + l------ ^ = 0 , 1 , 2 ,-..
2.4. CORRIGÉS DES EXERCICES DU CHAPITRE 2 151

Ce système permet de générer les ak de proche en proche à partir de ao ^ 0. De plus,


si r est strictement plus grand que le rayon de convergence R de la série entière A, on
a snpe(\ai\/rl) = Mr = Mr < +oo. On fait l’hypothèse a priori que \ae\ < ppe pour
tout l < k (il faut donc nécessairement imposer p, > [aol), avec p > r + Mr. Il résulte
alors de (2.67) que l’on a aussi

(cette méthode, basée sur la validation par induction d’hypothèses faites a priori, est
la méthode des séries majorantes). Il en résulte que la série YïkLoakZk a un rayon
de convergence non nul. La méthode utilisée ici se transpose immédiatement au cas
où N > 1. La connaissance des coefficients ao, ..., ûw _ i induit la construction d ’une
unique série entière de rayon de convergence strictement positif solution de l’équation
différentielle. Les solutions construites en fixant l’un des a^, j = 0,..., N —1, égal à 1
et les autres (parmi ceux-ci) nuis, forment une base du C-espace vectoriel des séries
entières solutions (formellement) de l’équation différentielle. Toutes les solutions ont
un rayon de convergence strictement positif puisque les éléments de la base ainsi
construite ont cette propriété.

C orrigé de l’exercice 2.22.


a) On trouve, en reportant les développements des séries de Puiseux formelles y , y\ yn
dans l’équation différentielle, les relations
(k2 - v2) a 0 = ((k + l )2 - v2) a i = ({ k + k)2 - v2) ak - ak- 2 = 0 V k > 2.
Si l’on choisit k tel que k2 —v2 = 0 (cette équation du second degré en k est dite
équation indicielle, voir aussi l’exercice 2.23, c )), le choix de ao = 1 génère en cascade
une liste de coefficients. Cela conduit (on examine les suites des coefficients {a2k)k et
(ot2k+i)k dans les deux cas, et l’on choisit plutôt ao = l/r(±v + 1) ^ 0 que ao = 1
dans chacun des deux cas) à deux séries de Puiseux formelles

( ~ l ) fc
k\T(±i; + k + 1)
En effet, la fonction T introduite à l’exercice 2.10 d’une part est holomorphe dans
C \ { 0, —1, —2,...}, d’autre part ne s’annule pas sur R car elle vérifie l’équation
fonctionnelle T(z + 1) = zF(z) (que l’on exploite d’ailleurs ici) et est telle que
T(x) = / 0+o° tx~l e~l dt > 0 pour tout x positif. Les deux séries de Puiseux ex­
hibées ici J±v sont C-linéairement indépendantes du fait que les coefficients initiaux
a-j-^o des deux séries impliquées sont non milles. On obtient bien toutes les séries de
Puiseux formelles solutions de l’équation sous la forme ÀJv + p J -u.
b ) On suppose maintenant v = n , avec n G N. On remarque cette fois que l’on a la
relation J_n = ( - 1 )nJn et que par conséquent le C-espace vectoriel des séries de Pui­
seux formelles solutions est une droite vectorielle complexe. L’expression de la série de
Puiseux Jn est bien celle qui est proposée et l’on constate qu’il s’agit cette fois d’une
série entière (et non plus d’une série de Puiseux), de rayon de convergence R = +oo.
D ’après le résultat établi à l’exercice 2.21 (faire la translation 2 i-> z + zo), le C-espace
vectoriel des séries entières (en 2 — ¿o) solutions de l’équation différentielle (2.38) au
voisinage d ’un point zq ^ 0 (ayant toutes un rayon de convergence strictement positif)
152 2. HOLOMORPHIE ET ANALYTICITÉ

est de dimension 2. La droite vectorielle C Jn (de dimension seulement 1) ne saurait


donc contenir toutes ces solutions.
c ) On forme juste le produit de Cauchy des deux séries absolument convergentes

d) Soit 7i : 6 G [0,27r] i-* exp(i0). En utilisant les formules de Cauchy pour les
dérivées pour la fonction holomorphe

0
on déduit de la formule établie établie au d) que, pour tout z e C et tout n e N :

•7”w ” à ; l , expII (( ■-?)] = i l " 'exp<iz sln<’ ~i n S ) ’


On a en effet

f =0 »6 N ).

Le spectre xd (o,i ) de la fonction caractéristique du disque unité est la fonction radiale

II
(Wi, wa) I— > I l
J J Di
/£>(0,1)
e-i(“ i*+“ 2y) dxdy = J ' 1f e-iry/üTü4 cos« r dr de

Une intégration par parties donne :

X d (o,i ) ( wi »w2) = * (0/1 , 072) € K 2.


V ^ i + o>2
La transformée de Fourier de la mesure der|2|=i/27r est la fonction radiale :

(wi.wa) = Jo( ^ w2 + w 2).

C orrigé de l’ex ercice 2.23.


a) Dans le premier cas, le diagramme de Newton est le demi-plan {Im 2 > 0} ; dans
le second cas, ce diagramme est le demi-plan {Im ^ } > —2} ; dans le troisième cas
enfin, on obtient le domaine convexe figuré sur la figure 2.5 ci-dessus, dont le bord
présente comme seule pente réelle strictement positive la pente 3/2. Pour vérifier
que l’opérateur différentiel zb(d/dz)2 + 2z4(d/dz) - 1 se déduit de (d/dz)2 - z par
le changement de variables z w = l/z> on observe que zd/dz = —wd/dw et l’on
exprime (d/dz)2 - zïd en termes de 5Z = zd/dz, soit :

w
w3(w2(d/dw)2 4- 2w(d/dw)) - 1
w

b ) Cette observation est immédiate (il suffit d ’invoquer la définition du diagramme de


2.4. CORRIGÉS DES EXERCICES DU CHAPITRE 2 153

(2, - 2)

F igure 2.5. Diagrammes de Newton (corrigé de l’exercice 2.23, a))

Newton en 0) ; si la frontière de ce diagramme présente une pente strictement positive


(et finie), la condition minj<jv(^o(^j) - j ) > vo{A n ) — N ne saurait être remplie.
On note en effet que la suite des pentes de la ligne brisée bordant inférieurement ce
diagramme est strictement croissante (de 0 à +oo).
c ) En divisant par le monôme z1'°^An^~n ) on observe que l’équation différentielle
devient z 2y" + z B i ( z ) y ' + B0{ z ) y = 0. Supposons Bj( z) = YlkLo bo,k*k Ü = 0,1).
En exprimant que la série de Puiseux formelle zKYlkLo a k Z k est solution de cette
équation, on trouve, après division par le facteur zK :
oo

cïo (k (k - 1)+ £ i (z ) K + B 0(z))+'Y^ak( K + k -i) ( K + k ) + B i( z )( )) zk = 0.


k= 1

Si l’on note I : t H- t(t - 1 ) + b\$t + bo,o (cette fonction est dite indicielle), on
constate que les coefficients a*, se calculent de proche en proche via le jeu de relations
inductives :
k- 1

(2.68) I(K + k ) a k = - ' ^ 2 ( ( e + K)bitk-e + bo,k-e)ae, (& G N*).


e=o
On choisit alors ao Ф 0 et pour к la racine du trinôme X ( X ~ 1 ) + b\yo X + bo,o = I ( X )
(l’équation du second degré X ( X - 1 ) + bi,o^ + bo,o = 0 est dite équation indicielle)
ayant la plus grande partie réelle, de manière à ce que I(k -F к) ^ 0 pour k G N*. Les
formules (2.68) permettent alors de calculer les de proche en proche et la méthode
des séries majorantes introduite à l’exercice 2.21 assure de plus (il suffit de reprendre
exactement le même raisonnement que celui fait dans cet exercice) que la série entière
ainsi construite a un rayon de convergence strictement positif. On peut noter que si
la différence entre les racines K\ et de l’équation indicielle n’est pas un entier, alors
on peut construire deux séries de Puiseux C-linéairement indépendantes, de la forme
respectivement z K* Ylk=oa 3>k zk>où les séries entières impliquées ont toutes les deux
un rayon de convergence strictement positif.
C orrig é de l’ex ercice 2.24.
a) Sur le bord orienté du secteur angulaire K ^ = {г егв ; 0 < r < Д, 0 < ± в < 7г/6},
l’intégrale de la forme fermée exp ( ± i ( z ( + C3/3)) d( est nulle d’après la formule de
154 2. HOLOMORPHIE ET ANALYTICITÉ

Green-Riemann. Lorsque R tend vers l’infini, on a, lorsque z est fixé,

ÏÏm IR lim (r = 0
R —>+oo I Jq I R —*+00 \ Jq /

d’après le théorème de convergence dominée. On en déduit, en faisant tendre R vers


H-oo dans l’expression des deux intégrales curvilignes sur les bords dK ¿ et dK ¿
(orientés dans le sens trigonométrique) que

/ e*(zC+C /3) dÇ — ei7r/6 / e izte ™ '°-t* / 3 d t


J0 J0
roo r+OO .
/ e- ¿ W + < 3/3) q = g - iir / 6 / e - i z t e - " / ° - t 3/ 3dL
J0 c/0
On a donc ainsi exprimé

(2.69) Ai(*) = + (e™'6 j f °° eiztei’ /a- ta/3 dt + e“ ^ / 6 °° e- ^ - - / ° - t 3/3 .

Lorsque la fonction d’Airy se trouve exprimée sous sa nouvelle forme (2.69), on se


trouve en situation d’appliquer la proposition 2.2 puisque la fonction (candidate à
être un chapeau majorant) gZo := t h+ exp((|^o| + 1)£ — ¿3/3 ) est intégrable sur M+
pour tout zo G C (on choisit donc V ( zq) = D(zo,l))- La fonction Ai est donc bien
une fonction entière.
b ) Un calcul formel indique que
(2.70)

S > [ A i| w = 5 & [ 1 «*<t o + * ’ /» < * ] =

= J t 2 cos (tx + t3/3) dt = J rf^sin (tx + t3/S) J dt + x Ai(x) = x Ai(x).

Ce calcul (pour l’instant seulement formel) se trouve pleinement justifié si l’on part
de l’expression modifiée (2.69) et que l’on applique (ce qui est licite) deux fois le
théorème de dérivation de Lebesgue des intégrales dépendant d’un paramètre réel. En
utilisant à l’ultime pas que (par exemple, pour la première intégrale)

j i +00(i[et o i ' /6- ‘3/ 3] = - J * ° ° t V * '" * -* 3/ 3 dt + ix e^ 6 dt

(même remarque pour la seconde) on justifie la formule (2.70).


c) La restriction de Ai à M se présente comme la fonction analytique réelle se dévelop­
pant comme x i-> YlkLo akxk- En reportant le développement en série de Ai dans
l’équation d’Airy y" - x y —0, on trouve
+00 +OQ
^ ( f c + !.)(& + 2) ctk+2 xk = ^ oik-i xk V x e M .
k=0 1
On trouve ainsi a^ = 0 et, pour tout k > 3, oth = ak-s/(k(k —1)). Tous les a*, sont
ainsi déterminés à partir de ao et a\ : les as k se déduisent de ao à partir de k = 1,
les ask+i se déduisent de a\ à compter de k = 4, les ask+2 sont nuis. Puisque les
coefficients (aic)k>o vérifient ces règles, la somme de la série entière Y,kLo akZk>soit la
2.4. CORRIGÉS DES EXERCICES DU CHAPITRE 2 155

fonction d ’Airy, est solution dans le champ complexe de l’équation d ’Airy y " —zy = 0.
d ) Si l’on effectue le changement de variables 2 = l/w> on trouve un comportement
en exp(—\w\~3/2) pour la solution de l’équation w6 yn + 2 w4 y' —y = 0 (voir l’exercice
2.23, a)) déduite de la fonction d’Airy en remplaçant z par 1/w et en se plaçant
maintenant au voisinage de w = 0. L ’exposant 3/2 est précisément la seule pente
strictement positive du diagramme de Newton de cette équation différentielle trans­
formée de celle d’Airy en w = 0, c ’est-à-dire en z = 00 dans PX(C) (voir l’exercice
2.23, a)).
C orrig é de l’ex ercice 2.25. On écrit la décomposition en éléments simples de
la fraction rationnelle F dans C ^ ) . Si a désigne l’un des pôles complexes de F et si
I < ^ < î/, où est l’ordre de ce pôle, on développe le terme correspondant impliqué
dans la partie polaire de F :

7a,fc 1 7a,fc ^ /fc - 1\


(z —a)e ze (1 — a/z)e a,k j " \ê —l) zk
Le développement obtenu s’écrit donc sous la forme (2.41). Les coefficients sont par­
faitement déterminés car on a, du fait des formules de Cauchy :

(2.71) V * € Z,

où 7r : t € [0,1] i-> r e2i7ri, avec r > R. D ’autre part, on observe que, pour tout p G N,
00 00 00 ^
p Q-fc _ a-k _ V -' a-(k+p)
/ > yk / j yfe—p / j yh
k=1 k=l k=l-p
II existe un polynôme D(X) = dp ^ P Que produit D (X )F (X ) = N (X)
soit encore un polynôme et l’on voit immédiatement par identification de N(z) avec
le développement
n D 00 1
N(z) = D(z)F(z) = D (z )'£ a kzk + ' £ £ P
fc=0 p=0 k=l—p
que, pourvu que k soit suffisamment grand, on a J2p=odpa-(k+p) = 0, ce qui est la-
relation de récurrence linéaire attendue.
Réciproquement, si F : {\z\ > R} - » C se développe dans {\z\ > R} sous la forme
(2.41), le lemme d’Abel (lemme 2.4) assure que la convergence est de la série de
fonctions est normale sur toute couronne {\z\ > r > R}. La fonction F est donc
holomorphe dans {\z\ > R } et un développement tel que (2.41) est unique puisque les
coefficients a*, sont donnés par les formules de Cauchy (2.71). Si la suite (a-k)k> 1 se
plie à la relation de récurrence linéaire Y^p=odpa-(k+p) = 0 pour k assez grand, on
constate que
D k=M+
F(z) ^2,dpzp = £ ; Akzk, (Ak e C, M ~,M + € N).
P=0 k=—M~
Le développement de F dans la couronne {\z\ > i?} est donc bien celui d ’une fraction
rationnelle.
156 2. HOLOMORPHIE ET ANALYTICITÉ

C orrigé d e l’ex ercice 2.26. Le nombre que l’on cherche est le coefficient de
z2014 dans le développement de Taylor au voisinage de 0 (en fait dans £)(0,1)) de la
fonction holomorphe
1
z G £>(0,1) «->
(1 - z*)(l - z*)(î - z?)'
Pour trouver le résultat demandé, il suffit de faire appel à l’algorithme de division
suivant les puissances croissantes d ’une série entière Y^kLüakzk (ici 1) par une série
entière Y%Lo &k%k telle que 6o ^ 0. Cet algorithme est par exemple implémenté sous
powseries [q u otien t] sous Maple. On peut aussi utiliser la procédure ta y lo r et, par
conséquent :
> f := z -> ( l - z 's3 ) * ( l - z 's5 ) * ( l - z 's7) ;
> s := t a y l o r ( l / ( f ( z ) ) , z = 0 , 2 0 1 5 ) ;
Le coefficient cherché vaut ici 19459.

C orrigé de l’ex ercice 2.27. Il résulte du théorème 2.5 que le rayon de conver­
gence de la série entière Ylk>o ^ zk est au moins égal à la distance de 0 au plus proche
zéro de 1 —z - z2 = 0, distance valant ici (y/5 - l )/2 (les deux zéros du trinôme étant
ici —(1 ± v/5)/2). Ce rayon de convergence est exactement égal à cette valeur car la
fonction t h» \t + 11/|1 —t —t21tend vers l’infini lorsque t tend vers - ( 1 — \/5)/2 par
valeurs inférieures (voir aussi l’exemple 2.1). En identifiant les deux développements
oo oo
( l - z - z 2) ^ Fk zk = ^ ( F k - F k. i - Fk. 2) zk + F0 + FlZ-F o z = l
fc= 0 fc= 0
(identité valide lorsque 2 G £>(0, (y/E —1) / 2)), on trouve bien, en invoquant la clause
d’unicité d’un tel développement, Fo = F\ = 1, et les relations Fk = Fk-1 + Fk- 2
(k > 2) voulues. Pour trouver une formule close, on décompose en éléments simples
la fraction
_____ 1_____ = ± ( _____ ! ____________! _ ï
l - X - X 2 ^/5\x + i ± ^ X -& = ± '
puis l’on développe en série géométrique l / ( l + X / 7± ), 7± = (1 ± \ /5 )/2 au voisinage
de l’origine. Une autre méthode consisterait à utiliser la relation inductive à deux pas
Fk = Fk-1 + Fk- 2 en la modélisant grâce aux matrices 2 x 2 :

On obtient dans les deux cas la formule (dite de Binet) : Fk = (7++1 — 7^+1)/\/5,
où 7± = (1 ± \/5)/2. On retrouve ici bien sûr la valeur (1/|7+| = |7-|) du rayon de
convergence de la série YlkLo zk-
C orrigé d e l’e x ercice 2.28. Si / est holomorphe au voisinage de l’origine,
on a f(z) = a0 + a i2 + a^z2 + YLC k=zakzk = ao + aiz + 0{\z\2)- Nécessairement
ao = / ( 0) = 0 car la suite ( / ( l / n ) ) n>i tend vers 0 lorsque n tend vers l’infini. Comme
/ ( 1/n ) = / ( —1/n), on a également a\ = 0. Mais alors /(1 /n ) = f ( —l/n) = 0 ( l / n 2),
Ceci est incompatible avec / ( 1/n ) = l / ( 2n -h 1). Il n’existe donc aucune fonction
holomorphe au voisinage de 0 telle que / ( 1/n ) = / ( - 1/n ) = l / ( 2n + 1).
2.4. CORRIGÉS DES EXERCICES DU CHAPITRE 2 157

Si / # 0 au voisinage de l’origine, f(z ) = zv(av + 'EkLi *k) = s" (a* + o(z)) pour
un certain v G N, avec 0. Si |/(l/n)| < 2“ n pour tout n G N*, on aurait
\n~u\= e~ulogn < k 2~u = /íe "'711062 pour une certaine constante /s > 0. Ceci est
impossible car logn = o(n) au voisinage de +oo. La seule fonction holomorphe / (au
voisinage de 0) telle que |/(l/n)| < 2” n est la fonction identiquement nulle.
Si limsup7l_^+00n 1“ e |/(l/n)| g R+ et que / est holomorphe au voisinage de 0, on
a nécessairement / ( 0) = 0, puisque sinon n 1_e |/(l/n)| ~ |/(0)|n1“ e au voisinage
de l’infini. Mais, si /(0 ) = 0, on a f(z) = 0(\z\) et, cette fois, n 1""e / ( l / n ) = o (l),
ce qui est incompatible avec l’hypothèse. Il ne peut donc exister de telle fonction
holomorphe.

C orrigé de l’ex ercice 2.29. La fonction <p = f — f " est holomorphe dans
D( 0,1). Elle s’annule en tous les 1/n pour n G N*. L’origine est donc un zéro non
isolé de ip. D ’après le théorème 2.7, on a (p = 0 dans .D(0,1). En écrivant que la
fonction z f(z) = Y^k=üakZk est solution de l’équation différentielle y" —y — 0,
on trouve que (fc + l)(k + 2)afc+2 = a>k pour tout k > 0. Il en résulte que / coïncide
dans 0 (0, 1) avec la fonction ao cosh(^) + a\ sinh(z) (z h* cosh(z) = (ez + e~z)/2
et z h-» sinh(^) = ( ez + e“ 2)/2 sont les fonctions trigonométriques hyperboliques, qui
sont des fonctions entières). La fonction f est la restriction à D (0, 1) d ’une fonction
entière.

C orrigé de l’exercice 2.30.


a) Le résultat se prouve par l’absurde. Si tous les points du bord du disque de conver­
gence D(0)R) de la série entière étaient réguliers, on pourrait attacher à chaque
point z du cercle {\z\ = R} un disque D (z)ez) tel que la fonction / se prolonge en
une fonction holomorphe à D (0,i?) U D (z)ez). On pourrait alors extraire (puisque
{\z\ = i î } est un compact) de la famille {D(z, ez); \z\ = R} une sous-famille finie
{D (zj) eZj) ; j = 1,..., N } de manière à ce que l’union U des disques ouverts D (zj)eZj)
contienne le cercle {\z\ = i î } ; il existerait donc e > 0 tel que D(0, R+e) C D( 0, R) U U.
Les divers prolongements holomorphes de / aux disques ouverts Dj = D (zj}eZj) se
recolleraient en un même prolongement holomorphe global à D (0 ,iî) U 17, donc à
D(0, R + e) d’après le principe des zéros isolés (puisque les prolongements à Dji nD j2)
lorsque deux pareils disques ont une intersection non vide, coïncident en tout point
de l’ouvert Dji fl Dj2 fl D(0, R)). La somme de la série entière serait la restriction
à D (0 , R) d ’une fonction holomorphe dans D(0,R + e). Il résulterait du théorème
d’analyticité (théorème 2.5) que le rayon de convergence R de la série entière serait
supérieur ou égal à 6, ce qui est absurde.
b ) Comme 1/(1 - z) = Yï,kLozk ^ans -D(0,1), tous les points de {\z\ = 1} hormis
z = 1 sont des points réguliers du bord du disque de convergence de la série entière
J2T=ozk 0 e prolongement au delà du cercle {\z\ = 1} étant donné au voisinage d’un
tel point par la fonction rationnelle z 1/(1 —z)),
c) Tous les points de la forme zn,í = e2me^ N (N G N*, 0 < í < 2N - 1) sont des
points singuliers du bord du disque de convergence de cette série entière. En effet

N- 1 oo
f(tz N,e) - t2k z fN = t2k V i G [0,1[,
k= 0 k=N
158 2. HOLOMORPHIE ET ANALYTICITÉ

et donc, en utilisant le théorème de convergence monotone,


N- 1
lim |f(tz Nie) - ^ 2 zfyN|= +oo.
te[o,i[ fe=o
Ce qui prouve que la fonction / ne saurait être bornée sur le segment [0, ce qui
rend impossible le prolongement de / en une fonction holomorphe dans un voisinage
de z m Comme l’ensemble des points singuliers du bord du disque de convergence
d’une série entière est un fermé de ce bord (puisque l’ensemble des points réguliers
est évidemment ouvert) et que l’ensemble { znj î N € N*, t = 0,..., 2^ - 1} est dense
dans {|z| = 1} (les rationnels dyadiques étant denses dans R), on en déduit que tout
point du cercle {\z\ = 1} est singulier pour cette série lacunaire.
Corrigé de l’exercice 2.31.
a) D’après l’hypothèse, la fonction / est bornée sur ]xa,xa + e[ (puisqu’elle se pro­
longe holomorphiquement, donc continûment, à un voisinage de xa) ; si (xn)n>o est
une suite de nombres réels convergeant en décroissant vers la limite xa, il vient
limn_*+oo f (x n) = J2kLi a>ke~XkXa < + oo d’après le théorème de convergence mono­
tone. Si / se prolonge à D(xa, e), il suffit de choisir x e]xa, xa+e/2[ et r —e/2. La fonc­
tion / (une fois prolongée) est ainsi holomorphe dans D(x,r) car D (xir) C D(xaie),
et l’on peut donc reproduire / dans {R ez > xa} fl D {x)r) par la formule de Tay­
lor centrée en x comme demandé. Le prolongement de / à D (x ,r) tout entier est
précisément donné par ce développement de Taylor.
b) Les conditions d’application du théorème de différentiation de Lebesgue des inté­
grales (ici sur N*) dépendant d’un paramètre réel sont remplies : prendre pour V(x)
l’intervalle ](xa + æ )/2, +oo[ et utiliser le fait que \Xk\e = 0 ^j77(e7?Afc) pour tout rj > 0
lorsque k tend vers +oo pour réaliser des chapeaux de domination pour les dérivées
successivesx. On a donc, pour tout t G N,

= ¡ p [ ë ° fce" Afcæ] =
k= 1 fc = l

c) On reporte les expressions des f ^ ( x ) (£ e N) dans la formule établie au a ), écrite


en z = x'. En utilisant le théorème de Fubini-Tonelli,

№ Y. Y,
oo 1 oo oo oo
= E S ( « A ie - » « ) ( * - * ' ) ' = W * '- * ) = £
€= 0 * k= 1 k= 1 fc=l
d ) Comme x' < xa et que £ f c l i ake~XkX' = /(a ;') < +oo, on contredit la définition
de xa comme borne inférieure de l’ensemble des x tels que o,ke~XkX < +oo.
L’hypothèse faite, suivant laquelle / pourrait se prolonger holomorphiquement au
voisinage de xa, est donc ici absurde.
Corrigé de l’exercice 2.32.
a) On a
limsup|ofc|1/fc = 1/R
OO1

1. On pourrait aussi invoquer, ce serait plus élégant, le corollaire 2.6, cette fois en invoquant
le théorème de différentiation des intégrales fonction d ’un paramètre complexe, auquel cas il faut
prendre V(x) = (R e z > (x + x a)/2} et le chapeau dominant gx : k i-> e~ Afc(aj«+®)/2 alors convient.
2.4. CORRIGÉS DES EXERCICES DU CHAPITRE 2 159

d ’après la règle de Cauchy. D ’autre part limfc-»+oo(&!) = 0 puisque le rayon de


convergence de la série entière zk/k\ vaut +oo (d’après la règle de d’Alembert).
On en déduit limfc_++00 | = 0 et par conséquent le rayon de convergence
de la série entière ¿fc> o (a* A 0 zk vaut +oo. On a, si 0 < r < R, en utilisant le
fait que la série entière converge normalement dans {\z\ < r }, donc en
particulier sur le support du chemin d ’intégration 7r :

dw \
w /

E O 'k yk
ak = F(z).
k\
k=0

b ) Soit r e]0, R[, Mr( f ) = sup|ç|=r |/(C)|- D ’après la formule de représentation


intégrale pour F établie au a), on a bien en majorant le module de l’intégrale par
l’intégrale du module l’inégalité :

Vz<=C, \F(z)\<Mr( f ) e W r.

C orrigé de l’ex ercice 2.33.


a) On définit la fonction g sur C* en posant g(w) = f(z w), où zw est l’une des solutions
(modulo 1) de l’équation e2z7rz = w. Comme / est 1-périodique, cette définition est
licite. Au voisinage de tout point wq de C*, il existe une détermination holomorphe du
logarithme (notée log^J ; pour w voisin de on a g(w) = /(lo g ^ 0(u ;)/(2z7r)) ; cette
fonction g est donc bien holomorphe car elle s’exprime localement comme composée
de deux fonctions holomorphes.
b ) On a, pour b G K,

e - 2*"k(t+ib) = ç2int ç—2iTrkt dt =

si rb = e~~b et 7rb : t h* rb e2iirt. Comme g est holomorphe dans C*, les nombres ab,k ne
dépendent pas de b du fait de la formule de Green-Riemann (la forme gb(w)/wk+1 dw
étant fermée au voisinage de toute couronne {0 < < \w\ < rb2} lorsque 62 > 61).
c) On exprime g dans la couronne CetR = {e < \w\ < R } (e < < 1 et R > > 1) grâce à
la formule de Cauchy :

du7 \
Mwe CtyR, g(w) =
w —w)
1 dw dw \
2in w (l —w/w) 1 - w /w )y
160 2. HOLOMORPHIE ET ANALYTICITÉ

puis on développe sous les intégrales en série géométrique1 respectivement les fonc­
tions zu i-* 1/(1—w/w) e tw 1/(1 —w/w) sous les intégrales. Les convergences des
séries géométriques étant normales sur les supports d’intégration, l’interversion entre
prise d’intégrale et développement en série est licite, et l’on obtient le développement
en série voulu pour g (en prenant en compte la définition des a* au b )).
C orrigé de l’ex e rcice 2.34.
a) Supposons dans un premier temps les deux conditions proposées remplies. Soit
Zq = (z0ywo) G U et un bidisque A ( zq]rZ(jirZo) pour l’instant d ’adhérence incluse
dans U. La formule de Cauchy (2.44) (écrite pour simplifier sous la forme plus agréable
(2.43) proposée) s’exprime ainsi : pour tout ( z,w) dans A(zo;rZo,rZo), on a

W ^ ( 2^ ) trZo “ -(z z0))((w


IrZQ ((C ¿o) -
/ ( C , tS7)

- w0) - ( w - w0))
d( A dm

■ J * . * ah (2 - 20)4 <• - m )‘ -

La convergence normale des séries sous l’intégrale permet ici en effet d’intervertir
prise d’intégrale et développement en série (ici double). On constate également que,
dès que p'Zo < r’Zo et pZo < r%0, alors

j k hi .
dÇ A dw Pz 0 PZo < + 00’
£ J ( ¿ ) TrZo,r (C~Zo)k+1 (w -
N2 woY+1
Si maintenant le bidisque A (z o ;r '0,r^0) est seulement inclus dans U (mais pas son
adhérence), on remarque que le développement que l’on obtient par ce qui précède
dans un bidisque A(zo\r'Zo - e,r^0 - e) (avec e > 0 choisi arbitrairement petit) ne
dépend en fait pas de e ; il est de fait valable dans tout le bidisque A(zo\rfZQ}rZo), ^a
fonction / est donc bien analytique dans U et l’on a exhibé les coefficients a,k,e(Zo).
Supposons maintenant / analytique dans U. La fonction / est évidemment localement
bornée dans U du fait qu’elle se développe localement en série de monômes suivant
(2.42) . Soit A(Zo\rZo,rZo) (Zo = (zo,wo)) un bidisque d’adhérence incluse dans U.
Pour tout 2 dans D(zo,r Zo), la fonction w f(z,w ) est holomorphe au voisinage de
{\w —Wo\ < r " J compte-tenu du fait que / admet un développement de la forme
(2.42) dans un bidisque A(Zo\rZo + e,r^0 + e) (avec e suffisamment petit). D ’après
la formule de Cauchy en une variable, on a donc, si l’on note 7^ ,r" la fonction
l w 0y Zo : * e [0 >1] ^0 + r z 0

(2.72) f(ZiW)=-Lf Î&ZÏdw. J^ y éo w ~ w


Fixons maintenant 2;. Pour tout w G {\w —wq\= rZo}> la fonction ( h» / ( z , w ) est ho­
lomorphe au voisinage de {w —wq\< rZo} (pour la même raison que précédemment).

1. Cet argument sera repris ultérieurement dans le cours lors de la preuve du théorème d ’analy­
ticité de Laurent (théorème 3.1).
2.4. CORRIGÉS DES EXERCICES DU CHAPITRE 2 161

On peut à nouveau utiliser la formule de Cauchy en une variable, et la formule de


représentation (2.72) devient, si l’on note 7 zo,r'z : i G [0,1] zo + rz0 e2î7rt,

/<*,») = f / ( ± [

Comme / est localement bornée, donc globalement sur supp(72o>r^ ) x supp(7Wo>r// )


en module, c ’est-à-dire sur le support (compact) du cycle Tz0trZo> l’on est Par
conséquent en situation d’utiliser le théorème de Fubini. La formule de représentation
(2.43) (c’est-à-dire (2.42)) en résulte.
b ) Si / est analytique dans [/, on voit immédiatement (en spécifiant soit z = zo soit
w = wo dans les développements locaux en séries doubles de (z - zo)k(w - wo)e) que
les fonctions fzo et f Wo sont, pour tout choix convenable de zq et wq, holomorphes
respectivement dans les ouverts non vides UZo et UWo de C. D ’autre part, la fonc­
tion / est localement bornée. Le raisonnement fait à la question a) (deuxième volet)
pour montrer que l’analyticité de / impliquait le fait de disposer des formules de
représentation intégrale (2.42) ou (2.43) reposait uniquement sur la propriété d’holo-
morphie séparée (et sur le fait que / était localement bornée, nécessaire pour pouvoir
justifier l’application du théorème de Fubini). Il peut par conséquent être repris mot
pour mot ici, assurant ainsi qu’une fonction localement bornée et séparément holo­
morphe dans U se plie à ces formules de représentation intégrale (2.42) ou (2.43) et
est donc analytique (d’après le résultat établi au a)).
C orrig é de l’ex ercice 2.35.
a) La fonction F (qui est une transformée de Mellin) est holomorphe dans le demi-
plan {R e z > —1} (voir par exemple l’exercice 2.16) puisque |/| est continue (et
donc bornée) sur [0, 1]. Comme le rayon de convergence de la série entière Y,kLo akzk
est strictement supérieur à 1 (car la somme de cette série entière est holomorphe
au voisinage du disque fermé {\z\ < 1}, voir le théorème 2.5), cette série converge
normalement sur [0, 1] et l’on a donc, pour tout 2 G {R ez > 1},
pl oo oo pi oo

m = l ‘ ■ ( S * * ' 1) * ■ £ • * / , ‘ + ‘ <î ‘ = S ^ m '

Il résulte de la proposition 2.2 (utilisée dans le cadre discret où iî = N) que la fonction


oo
a>k
z G C \ { —1, —2,... j-
E z+ k+ 1
(cette série de fonction converge uniformément sur tout compact de C \ { —1, —2,...}
puisque J2kLo W < + 00) est holomorphe dans C \ { —1, - 2 ,...} . On obtient ainsi le
prolongement holomorphe de F voulu.
b ) La fonction z G C\2i7rZ z/(ez —1) se prolonge en une fonction holomorphe dans
C \ 2Î7tZ*. Son prolongement dans D (0, 2n) est donné par f(z) = zk>°ù ^es
Bk s’obtiennent en effectuant la division suivant les puissances de 1 par J2T=i zk~1/k\ ;
on a d ’ailleurs Bk = bk/k\, où (&&)&>o désigne la suite des nombres de Bernoulli (voir
l’exemple 2.1). Comme 2tt > 1, on peut appliquer le résultat établi au a) (à une
translation de 2 près puisque z est remplacé dans l’expression de F par z - 2). Le
prolongement de G à € \ { l , 0, - 1, - 2,...} est donné par G(z) =
162 2. HOLOMORPHIE ET ANALYTICITÉ

c) D’après les résultats établis à l’exercice 2.13, la fonction £ T s’exprime dans le demi-
plan {Re z > 1} comme la somme de la restriction à ce demi-plan de la fonction entière
z i—y ¡ r tz~l /(e* - 1) dt et de la fonction G. Le prolongement holomorphe de ( T à
C \ { 1,0, —1, —2,...} est donc donné par la fonction

1 Bk dt
Z H-»
Z - l z+ k -l el - 1 ’
k= 1
Comme T(0) = 1, on en déduit que ((x) ~ l/(x - 1) lorsque x tend vers 1 par valeurs
supérieures. On a donc logC(æ) ~ log(l/(x — 1)) lorsque x tend vers 1 par valeurs
supérieures. Or, d’après la formule d ’Euler :
OO OO OO - O O - O O O O -

log«*) = - E l o e d - m )= £ E 7 3 = £ = + £ £ A -
k= 1 fc=l (=1 c p k fe=i p k fc=1 e=2 ^Pk
Or
UU UU H uu - uu - ou -
y' y __<y ______ <y ______ <y _____—i
è i à M x ~ ^ ÎP k (P k
x ~ 1) ~ t i Pk^P k - 1'>
On a donc bien Y^=\PkX ~ l ° g ( l /( x “ 1)) lorsque x tend vers 1 par valeurs supé­
rieures.

C orrigé de l’e x ercice 2.36.


a) Pour tout X > 1, on transforme

fx rx d [X] Pk+1 H
- x j ^ [t] r 1- 1 dt = Ji - [ t - ] dt = Y,h Jk dt + [X] (X -* - [X]~æ)

[*] m
= - 5 3 fc ( k~x ~ (k + 1 )"* ) + [X] (X ~ x - [X ]" x) = - 5 3 k~x + X ~ x [Jf].
k= 1 k=l
en utilisant comme indiqué la formule d’intégration par parties discrète (lemme 2.1).
On note aussi que
t~ x+1-\X
1 dt = dt -f-
1-xh *
On fait ensuite tendre X vers +oo pour obtenir la formule voulue,
b) Comme 0 < t —[t\ < 1 pour tout t > 1, il résulte du théorème 2.2 que la fonction
2 •-* f£°(t—[t])dt/tz+1 est holomorphe dans le demi-plan {R e * > 0}. Le prolongement
voulu pour ( (il est unique d ’après le principe du prolongement analytique) est donc
2 t~ [t] dt.
z h-»
Z -l tz+ 1
Comme £ n’est pas bornée sur ]0 ,1] (en vertu par exemple du théorème de convergence
monotone et du fait que YlkLi = +oo, on ne peut prolonger £ holomorphiquement
à tout le demi-plan {R e 2 > 0}.

C orrigé d e l’e x e rcice 2.37. Soit (pk)> 1 la liste des nombres premiers 2,3.....
Si x G]0,1[, il existe, pour tout k G N*, un entier qk G {0, ...,pk - 1} tel que l’on ait
l’encadrement x G [qk/pk, (qk + 1)/pk[. La fraction rationnelle qk/pk est réduite (car
2.4. CORRIGÉS DES EXERCICES DU CHAPITRE 2 163

Pk est premier) et la suite (qk/Pk)k>i approche x lorsque k tend vers l’infini. Comme
\f(Qk/Pk)\ < 1/Pfcj la suite (f(qk/Pk))k> 1 tend vers 0 lorsque k tend vers l’infini. On
a donc f(x ) = 0 puisque / est continue. La fonction / est donc identiquement nulle
sur ]0, 1[, par conséquent aussi identiquement nulle dans D (0, 1) d’après le principe
des zéros isolés (théorème 2.7).

Corrigé de l’exercice 2.38. La fonction / se prolonge en une fonction holo-


morphe dans £>(0, 1) d’après le principe de réflexion de Schwarz (proposition 2.3).
Comme le prolongement est identiquement nul sur ] — 1, 1[ (sous ensemble de D{ 0, 1)
ayant des points d’accumulation), / est identiquement nulle dans Z)(0,1) d’après le
principe des zéros isolés (théorème 2.7).

Corrigé de l’exercice 2.39.


a) Si tel était le cas, la fonction p aurait (d’après la formule d ’inversion de Fourier
pour les fonctions intégrables et de transformée de Fourier aussi intégrable) pour
représentant continu la fonction t h-» (1/27t) J^qq2
/2 <£(<*>) e%wt duo (avec Oo assez grand
pour que [-£2o/2,iîo/2] D supp(^). Or la fonction

v (u )eiu,zdw = J 2 ik( uk<p(.oj)dw\-rï


2l* J - fîo/2 ^ v J-C lo / 2 ' «!
(on utilise par exemple le théorème de Fubini pour justifier l’égalité) est une fonction
entière. Soit elle est identiquement nulle, soit ses zéros sont isolés dans C (théorème
2.7). Comme cette fonction coïncide presque partout avec p sur E et que p est à
support compact, on a p = 0 presque partout sur E.
b ) La fonction / admet (d’après la formule d ’inversion de Fourier rappelée dans le
texte de l’exercice) comme représentant continu
i piio/2
t G E i— y —— / /(^ 0 dcj.
J - i l o/2
Comme à la question précédente, on remarque (en utilisant la proposition 2.2 ou le
théorème de Fubini après avoir développé 2 etzu en série entière sous l’intégrale)
que cette fonction est la restriction à E de la fonction entière
1 /»Do/2
F :2e C / f(u))eiujzdio.
2?r J-Ç lo /2
On a, pour tout z G C, |F(^)| < H/H2 v ^ ô e n°lIm(*)l/2/(27r) (en utilisant l’inégalité de
Cauchy-Schwarz). La dernière assertion résulte du principe des zéros isolés : si deux
« fonctions candidates » /1 et /2 prennent la même valeur (presque partout) sur le
segment temporel [£_, t+], alors les zéros de F\ —F2 (fonction entière presque partout
égale k f i —f 2 sur E) sont non isolés, donc F\ = F2 et, par conséquent /1 = /2 presque
partout sur E.

Corrigé de l’exercice 2.40. Pour tout 2 dans le demi-plan {R e z > 0}, on a la


relation T (z + 1) = zT(z) (voir l’exercice 2.10). D ’après le principe du prolongement
analytique, cette relation perdure là où les fonctions 2 F(z) et z ^ T(z + 1) se pro­
longent toutes deux en des fonctions holomorphes, en l’occurrence ici C \{0, —1, —2,...}
(cet ouvert étant bien connexe). Dans un voisinage épointé de z = 0, on a donc
164 2. HOLOMORPHIE ET ANALYTICITÉ

l / r ( z ) = z/T(z + 1). Comme T (l) = 1, la fonction 2 h* T ( z + 1) est holomorphe et ne


s’annule pas en 2 = 0. La fonction z 1/T(z)y a priori définie et holomorphe dans un
disque épointé au voisinage de l’origine, se prolonge à tout ce disque en une fonction
nulle en z = 0. Pour k e N*, on observe que, dans un voisinage épointé autour de
- k - 1,
1 _ ¿ _ z(z + 1) •••(z + k)
T\z) “ r (* + l) ~ T(z + k + l)
et l’on note que le second membre définit une fonction holomorphe au voisinage de
z = —k et nulle en ce point.
Corrigé de l’exercice 2.41. Soit $ : ¿ G U h» f(z) —z. La fonction $ est
holomorphe dans U et admet parmi ses zéros tous les points de /(£ /). Si / n’est pas
constante, alors / ( [ / ) est ouvert (d’après le théorème de l’application ouverte, corol­
laire 2.4). Mais alors, l’ensemble des zéros de $ dans U admet un point d’accumulation
dans U (il contient l’ouvert / ( [ / ) ) , d ’où l’on déduit, grâce au principe des zéros isolés
(théorème 2.7), que $ = 0 dans ?7, c’est-à-dire que f(z) = z dans U.

Corrigé de l’exercice 2.42. Si <p(P(z),Q(z)) = 0 dans U au voisinage de zq

(ce qui se produit justement lorsque (P, Q)(z) € (7), on a, dans ce voisinage
(dxV o / ) dxP + { d y o f ) dxQ = (dx <po / ) dyP + {dy<p o f ) 9yQ = 0.
En substituant dyP = —dxQ et dyQ = dxQ (équations de Cauchy-Riemann, satis­
faites car / = P + iQ est holomorphe) dans la deuxième équation, on trouve que
dxP(z ), dxQ(z)) est solution d ’un système de deux équations à deux inconnues dont
(1
le déterminant est —\V(p(P(z)> Q(z))\2 ^ 0. On a donc df/dx = 0 dans E/. Mais il
résulte du fait que (P, Q) satisfait le jeu d ’équations aux dérivées partielles de Cauchy-
Riemann que l’on a aussi d f /dy = 0 dans U. On trouve donc f ( z ) = 0 au voisinage
de zq . La fonction / est constante au voisinage de zo et le principe des zéros isolés
(théorème (2.7)) assure qu’elle est constante partout.

Corrigé de l’exercice 2.43.


a) On a vu au chapitre 1 (section 1.1.2) que l’on pouvait prendre comme atlas à deux
cartes sur S2 l’atlas constitué des deux cartes (S2\Ar,7r+ ) et (S2\5 , 7r” ) ; l’application
de changement de carte est l’application holomorphe z G C* \/z G C*. On peut voir
la surface S1 x S1 comme le quotient de C R 2 par le réseau 27t(Z ® ÏL) (27rZ)2,
correspondant aux translations par les (2k/ jr)2h) ( ( M ) £ ^ 2) sur (#>2/) £ K2 si
2 = x + iy : on recolle en fait ici ici des copies de C (le groupe de transformations
par lequel on quotiente C est le groupe des translations par les éléments du réseau
27t(Z ® iL)) et l’application de changement de carte est constamment l’identité (qui
est bien sûr holomorphe).
b ) Supposons / non constante dans X . D ’après le principe des zéros isolés (théorème
2.7) et celui de l’application ouverte (corollaire 2.4), f(X ) est un ouvert de C (l’image
de chaque ouvert de carte est nécessairement un ouvert car g ne peut être constante
dans un ouvert de carte sans être constante partout d’après le principe des zéros
isolés). Or, comme / est continue, f(X ) est aussi un compact de C. Or il n’existe pas
de compact ouvert non vide de C. Donc / est nécessairement constante.
c) Une telle application peut être pensée comme une fonction holomorphe sur C /A
(C quotienté sous l’action du groupe des translations par les éléments du réseau A).
2.4. CORRIGÉS DBS EXERCICES DU CHAPITRE 2 165

Elle est donc constante d’après le résultat établi au b ). Sans faire appel à ce point de
vue géométrique, on pourrait aussi remarquer qu’une telle fonction entière est bornée
en module dans C (car bornée comme fonction continue dans le parallélogramme
fermé construit sur les vecteurs d’affixe u)\ et u 2 et bornée en fait en module dans C
tout entier du fait de la À-périodicité) et invoquer ensuite le théorème de Liouville
(corollaire 2.5).
C orrigé de l’ex ercice 2,44.
a) La fonction 1/f est définie et holomorphe dans D( 0 ,1) \ {0 } puisque 0 est le seul
zéro de / dans 11(0,1). Comme /'( 0 ) = 1, la fonction 2 G .D(0,1) i-> z/f(z) se
prolonge en une fonction holomorphe / dans 0 (0 ,1 ), avec /(0 ) = 1. La fonction /
se développe en série de Taylor f(z ) = 1 + YlkLi h - i z k dans 0 (0 ,1 ), le rayon de
convergence de la série étant au moins égal à 1 (théorème 2.5). En divisant par 2 dans
0 (0, 1) \ { 0}, on a le résultat requis.
b ) Pour \z\ > 1, on a f(l/z) = l/z + afc z ~k•On a donc
00
1 a \ -a z 1 at bk
= z( 1 -2 2 + = Z - a2 + 2^ -¿ T f = 2 - a2 +
\ 2
i—2 k=l
(par identification des deux développements) du fait de la définition des bk-
c) La fonction F est injective dans {\z\ > 1} puisque / est injective dans 0 ( 0 , 1). Si
e > 0, le lacet F o 71+e : t G [0,1] F ((l + e) e2int) est un lacet simple, enserrant un
domaine compact K€ dont l’aire se calcule par la formule de Green-Riemann

aire(Àre) = ^T [ zdz
JFo7i+é
(le raisonnement reprend ici celui utilisé dans l’exercice 1.19, a). En exprimant que

aire (K £) = ^: i FdF = i /
2i i 7l+i 2i j r7i+6
OO
= n ( ( ! + e)2 - k N 2) - °>
k=1
puis en faisant tendre e vers 0, on obtient l’inégalité voulue. On a en particulier
\b\\2 < 1, soit |a2 - as\ < 1.
d ) La fonction z G D (0, 1) h» f {z 2) est une fonction paire, s’annulant uniquement en
z = 0 avec la multiplicité 2. La fonction 2 G £>(0, 1) \ {0 } h» f (z 2)/z2 se prolonge
donc en une fonction 2 h-» ip(z) holomorphe dans D( 0,1) et ne s’annulant pas dans cet
ouvert, donc de la forme 2 G D (0 ,1) h* exp(^(^)) d’après la proposition 1.13 (dernière
assertion), avec ^ holomorphe et paire dans D (0 ,1). La fonction 2 G D( 0,1) h* f ( z 2)
admet les deux racines carrées holomorphes z ^ ± z exp(ÿ(z) / 2) et on convient de
choisir celle (notée g) telle que p '(0) = 1 (il n’y en a qu’une). Cette fonction g (qui est
nécessairement impaire car -0 est paire) est injective : en effet, g(zi) = g(z2) implique
f(z 1) = f(z |), donc z\ = ±Z2 car / est injective; mais g(z\) = ^ ( - ¿ î ) implique
g(zi) = 0 puisque g est impaire, donc z\ = 0. La fonction g est donc bien aussi
injective. On observe que, puisque f ( z 2) = (g(z ))2, le développement de Taylor de g
à l’ordre 3 en 2 = 0 est g(z) = z( 1 - a>2Z2/2 + o(\z\2) = 0 + 0 z2 - 0,2 z3/2 + o(|^|3).
Le résultat établi au c) (appliqué ici à g à la place de / ) donne |0 - (a2/ 2)2|< 1, soit
166 2. HOLOMORPHIE ET ANALYTICITÉ

1^212 < 4, c ’est-à-dire |/"(0)| < 4.


e) La fonction f z proposée est bien définie et holomorphe dans D (0 ,1) (le dénomi­
nateur ne s’annule pas) ; elle est injective comme composée d’une application injective
et d’une homographie z (az + b)/(cz + d) (avec a d -b c ^ 0). On a /* (0) = 0 et
/ '( 0 ) = 1 (immédiat). Le développement de Taylor à l’ordre 2 de cette fonction
est /z ( C ) = C + (a 2 + 1/ 2) C 2 + o(|£|2) comme on le vérifie aisément. On a donc,
en appliquant le résultat établi au d), |û2 + l/z\ < 2, soit \z\ > 1/4. Tout point
n’appartenant pas à l’image f(D ( 0,1)) vérifie \z\ > 1/4 ; on a donc l’inclusion voulue
23(0,1/4) c /(23(0,1)).

Corrigé de l’exercice 2.45. D ’après les inégalités de Cauchy (2.46), on a, pour


tout r > 0, pour tout k > 0, \bk\ < CeKT,a~kloër pour un certain C > 0. Le minimum
de la fonction r E]0, + o o [ h-> nr8 — felogr est atteint au point r = (k/sK,))1/8 et
vaut ( sK)k/8 exp((fc — log k)/s) (il suffit de regarder où s’annule la dérivée de cette
fonction). Or, d ’après la formule de Stirling rappelée ici, on a fc! ~ y/2ne~k &fc+1/ 2.
Ainsi l&fcKfc!)1/* = 0((sK,)k/8(y/k)1/9). Il résulte de la règle de Cauchy (2.24) que le
rayon de convergence de cette série est au moins égal à 1/(sn)1/9.

Corrigé de l’exercice 2.46. D ’après les inégalités de Cauchy (2.46), on a,


si 0 < r < 1 et Mr(f) := sup^|=r |/|, rka,k < Mr( f ) pour tout k e N, soit ici
\ak\ < C r” fc( l —r)~K = C exp ( —& log r —K log(l —r)) pour une certaine constante C
positive (d’après l’hypothèse faite sur le comportement de |/| lorsque l’on s’approche
du bord du disque). On étudie donc la fonction r i-> —k logr —k log(l —r) sur ]0 ,1[.
La dérivée de cette fonction s’annule en rk = fc/(fc+/c) = 1 —« /fc-f o (1 /k) ; la fonction
est décroissante, puis croissante, et réalise donc son minimum sur ]0, 1[ au point r*-.
On calcule la valeur de ce minimum, à savoir
Uk = ~~k log rk - k log(l - i'k) = - k {—n/k + o(l/k)) - Klog(iï/k + o(l/k)).
En prenant l’exponentielle des deux membres, on trouve que eUk est équivalent à
eK(K,/k)~K = eKn~K x kK lorsque k tend vers l’infini. Il existe donc une constante
positive K K telle que |a&| < CeUk < KKkK lorsque k tend vers + 00.

Corrigé de l’exercice 2.47.


a) Si g est identiquement nulle, / l’est aussi. Si ce n’est pas le cas, les zéros de g sont
isolés (théorème 2.7). L’inégalité \f(z)\/\g(z)\ < C dans un voisinage épointé d’un zéro
quelconque a de g impose que i//(a ) > i/p(a). La fonction f/g (a priori holomorphe
dans un voisinage épointé de chaque tel zéro a de g) se prolonge donc en une fonction
holomorphe au voisinage de ce zéro. Ainsi la fonction f/g se prolonge-t-elle (pourvu
que g 0) en une fonction entière bornée en module par C) donc constante d’après le
théorème de Liouville (corollaire 2.5). On a donc bien / = Àp, avec A E C et |A| < C,
b ) Si l/l < eRe9 partout dans C, on a aussi \fe~9\ < 1 partout dans C. D ’après le
théorème de Liouville (corollaire 2.5), on a / = Ae^, où A E C et |A| < 1.

Corrigé de l’exercice 2.48. Les hypothèses faites sur / nous autorisent à ap­
pliquer le principe de réflexion de Schwarz (corollaire 2.3). Le prolongement à C
tout entier de la fonction / par symétrie est une fonction entière (que nous note­
rons toujours / ) qui vérifie, du fait que f(z) = f(z) lorsque Im z < 0, la condition
|f(z)\ = 0(\z\N) lorsque z tend vers l’infini, cette fois dans C. D ’après le théorème de
2.4. CORRIGÉS DES EXERCICES DU CHAPITRE 2 167

Liouville (corollaire 2.5), / est la restriction au demi-plan {ïm z > 0} d’une fonction
polynomiale en 2 de degré au plus N.

Corrigé de l’exercice 2.49. On applique le théorème de Liouville (corollaire


2.5) à la fonction exp( / ) (qui est bornée en module par 1 dans C tout entier).

Corrigé de l’exercice 2.50. Si l’image de / n’était pas dense, il existerait


un disque ouvert D(a>r) de C ne contenant aucun point de /(C ). En particulier,
la fonction g : z 1/(f(z) - a) serait donc, elle aussi, une fonction entière car le
dénominateur ne s’annulerait pas. De plus, on aurait \f(z) —a\ > r pour tout z e CAI
en résulterait que \g\ serait bornée par 1/ r dans C, donc constante du fait du théorème
de Liouville (corollaire 2.5). Le résultat est donc bien prouvé par contraposition.

Corrigé de l’exercice 2.51. Si / est holomorphe dans CV,#, g l’est aussi et


l’hypothèse implique que dans cette couronne eA < \g\ < eB. Si ( est un point du cercle
{ICI = P} (avec r < p < R), le disque £>(£, m in (p -r, R - p )) est inclus dans la couronne
Cr,R où g est holomorphe et il résulte alors des inégalités de Cauchy (2.46), ici avec
p = 1, que |p '(C )| < eB/m in (p -r , R —p). Comme d’autre part g' = f g et que \g\ > eA
dans CryR par hypothèses, on a aussi |/ '( C ) | = Ip ' ( C ) I / I p (C )I < eB~A/ m in (p -r,R -p )
comme demandé.

Corrigé de l’exercice 2.52. D ’après le théorème de Montel (théorème 2.9), si la


topologie de la convergence uniforme sur tout compact (sur le C-espace des fonctions
holomorphes dans U) était définie par une norme, la boule unité fermée de cet espace
(pour cette norme) serait nécessairement compacte d’après le théorème de Montel :
en effet, cette boule unité fermée serait nécessairement une partie bornée de l’espace
% ([/), au sens où, pour tout compact K CC U, il existerait M (K) > 0 tel que tous les
éléments de la boule unité seraient uniformément bornés par M (K) sur K. Mais tout
espace vectoriel normé dont la boule unité fermée est compacte est automatiquement
de dimension finie d’après un célèbre théorème de Frigyes Riesz. L’espace des fonctions
holomorphes dans un ouvert de C n’est évidemment pas de dimension finie sur C (il
contient les restrictions à cet ouvert des fonctions polynomiales de la variable z).

Corrigé de l’exercice 2.53. Il suffit d ’observer que


00 00 00 00 00 00

E
k= 1
h (e=i
E n ^) <k=i
Ee=i
E M N r (fc+i)/2< (k=i
E № fc/2) (e=i
E w r'/2) <°°
car kl > (k+l)/2 si k,l > 1 ; on fait la même chose en inversant les rôles des a& et des
be. On applique ici le théorème de Fubini-Tonelli. La convergence normale des deux
séries de fonctions sur D (0,r ) (r < 1) est assurée (vers des fonctions holomorphes
d ’après la proposition 2.8). La clause d’application du théorème de Fubini est d ’autre
part ainsi remplie. On peut donc appliquer ce théorème (c’est-à-dire de fait enlever les
valeurs absolues) et conclure que les deux fonctions holomorphes ainsi définies sont
égales toutes les deux à la fonction holomorphe 2 G D( 0,1) 1— > Y^kLi ak be zki-

Corrigé de l’exercice 2.54.


a) Pour tout 2 tel que R e 2 > R e 2o et pour tout k G N*, on pose Uk(z) = )
168 2. HOLOMORPHIE ET ANALYTICITÉ

et Çk = a.ke~>'kZo■Si z appartient au secteur conique CK(zo), on observe que


oo 00 . fXk
M * )| + X K ( * ) ~ Uk~ ^ z)\ < 1 + X I P “ z°) / e~t(‘z~Zo) dt
k=2 k=2
\ \z ~ Zü\ ^ ^ e - A fc Re ( 2 - z 0 ) _ e -A f c _ i R e ( ^ - z o ) ^ < 1 _|_ ( 1 - f - e “ Ao Re ( z - z 0) ^

^ ^ fc=2
En transformant +1 & ^fc(z) (1 < q < p) par la formule d’intégration par parties
discrètes (lemme 2.1), exactement comme on l’a fait dans la preuve de la proposition
2.4, on montre que la série de fonctions £ h-> ak e~XkZ = & Uk(z) vérifie
le critère de Cauchy uniforme dans CK(zo), donc converge uniformément dans ce
secteur conique du fait de la complétude de C°(CK(zo),C) (équipé de la norme de la
convergence uniforme).
b ) Comme on a (d’après le résultat établi au a)) convergence uniforme sur CK(zo) de
cette série de Dirichlet, on a par conséquent convergence uniforme sur tout compact
de {Rez > R ezo} de cette série de fonctions. L’holomorphie de la somme résulte alors
de la proposition 2.8. La proposition 2.9 permet d’affirmer que la dérivée de la somme
de cette série de Dirichlet est z ^ —YlkLi ak Ak e~XkZ.
c) L’abscisse de convergence absolue de cette série de Dirichlet vaut 1 d’après le
critère de Riemann (voir l’exercice 2.11), tandis que l’abscisse de convergence xc vaut
0 puisque la série converge pour tout z —x > 0 d’après le critère des séries alternées.
On a donc bien xa < xc pour cette série de Dirichlet. Pour une série entière, « rayon de
convergence » et « rayon d’absolue convergence » coïncident (c’est le lemme d’Abel,
proposition 2.4). Ceci est manifestement faux pour les séries de Dirichlet1.
d ) En triant les entiers pairs et impairs dans la somme /^z^on voit Que>
pour Rez > 1,
oo

£ + <(*) = ( l - 2' - K ( * ) .
kz
S i <“ >■
En utilisant le fait que, toujours pour {Rez > 1},
OO
1 Bk
r ( * K ( 2) = + E(z)
Z - l + £ z + k —1
(E étant une fonction entière et Bk le quotient par k\ du fc-ième nombre de Bernoulli,
voir l’exercice 2.35, c )) et que 1/ r (une fois T prolongée à C \ { 0, —1, —2,...}) se
prolonge en fait en une fonction holomorphe aux points 0, —1, —2,..., le prolongement
s’annulant en ces points (exercice 2.40), on voit que

(2.73) £ l—y 1 1 ~ 2l~2 I fl 1 Bk I ^ X 1 - 21 )


r (z ) z -l ^ T(z) z + k - 1 T(z)

1. Le fait que la frontière d ’un demi-plan ne soit plus compacte (comme l’est celle d ’un disque)
explique en partie ce phénomène (par exemple l’argument utilisé à l’exercice 2.30, a) ne s’applique
plus ici). Il est même envisageable que la somme de la série de Dirichlet puisse se prolonger au voisi­
nage de tous les points de la frontière du demi-plan de convergence {Rez > xa}> C ’est précisément
le cas de la série de Dirichlet X^j£Li(“ l ) k~ l k~z dont la somme, voir la question e), se prolonge à
tout le plan complexe en une fonction entière.
2.4. CORRIGÉS DES EXERCICES DU CHAPITRE 2 169

définit une fonction holomorphe au voisinage de 0, réalisant donc ainsi le prolongement


de z ^ Y l k L voulu : en effet 2 h* 1 - 2 1~z s’annule avec la multiplicité
1 en 2 = 1.
e) Si l’on admet que le prolongement de F à C \ { 0, —1, —2,...} ne s’annule pas
(mais qu’au contraire 1/ r ainsi prolongée s’annule en 0, —1, —2,...), on constate que
la fonction définie au c) par (2.73) (seulement alors au voisinage de 0) se prolonge (à
tous les points 0, —1, —2,... qui pourraient poser problème) en une fonction entière : en
effet, le fait que le prolongement holomorphe de z ^ 1/T(z) s’annule en 0, —1, —2,...
assure le prolongement de z ^ ^ ^ ( l / I X z ) ) x l/(z + k — 1) aux points 0, —1, —2,...
en une fonction holomorphe ; d’autre part, la fonction prolongée 2 •-> (1/T(z)) x E(z)
est, elle, une fonction entière, comme le sont toutes les deux les fonctions z h* 1 —21 - z
ainsi que 2 (1 — 2 l~z)/(z - 1). Le résultat demandé découle de ces observations
(toutes les fonctions composant la somme au second membre de (2.73) se prolongeant
holomorphiquement en des fonctions entières).
C orrigé de l’exercice 2.55.
a) On constate qu’il y a 8 points de A sur le bord de K\ et donc 8N points de A sur
le bord de K Il existe d’autre part une constante k > 0 telle que |À| > kN pour
tout A G A sur le bord de K n ( N G N*). On a donc

12 1X13
A € A \ {0 } ^
12 12
n = 1 \edi<NnA
|_X|3
N= 1
N2
< + 00.

b ) On remarque que, pour R > 0 fixé :


1 1 z (z —2A) . Æ + 2 |A|
(quand \z\ < R, |A| > 2R).
(z - A)2 A2 A2(* - A)2 ~ |A|2(|A| — R)
Il résulte alors du résultat établi au a) que la série de fonctions
1
E ( ( z - A)2
a<
ea \ {0 }

converge uniformément sur tout compact de C \ A. La limite quand N tend vers +oo
des (ÇJ3n ) n > i existe donc et définit une fonction holomorphe dans C \ A d ’après la
proposition 2.8.
c) Pour le premier point, on utilise simplement la proposition 2.9. La A-périodicité de
ty' est évidente. On remarque aussi que ty* est impaire puisque A = —A. La fonction
Çp est donc paire et l’on a, pour j = 1,2, ty(z + u)j) —ty(z) = Cj pour tout z G C \ A
(où Cj est une constante), du fait de la A-périodicité de Çp'. En appliquant ceci à
z = —u)j/2 et en utilisant la parité de ip, on trouve c\ = C2 = 0. La fonction ^3 est
donc aussi A-périodique.

C orrigé de l’exercice 2.56. Si K est un compact de t/, il existe e > 0 tel que
l’union des disques fermés {|£ —z\< e}, lorsque 2 décrit AT, soit aussi un compact K e
de U. D’après les inégalités de Cauchy ((2.46), ici pour p = 1), on a, pour tout z £ K,
pour toute fonction / G J*, \ff(z)\ < M (Ke)/e. La famille { / ' ; / G 2F} est donc bien
une famille bornée lorsque F l’est. La réponse à la dernière question est par contre
non : si Q — {gk}ken est une famille bornée (par exemple infinie dénombrable), la
famille F = {gk + &}fc€N n’est pas bornée, alors que G = { / ' ; / £ F ] = {g'^ken l’est.
170 2. HOLOMOEPHIE ET ANALYTICITÉ

C orrigé de l’e x ercice 2.57.


a) Comme U est borné et que J7 est la famille des applications holomorphes de
U dans U, cette famille est bien sûr bornée ; il existe même une constante uniforme
M := supzeU \z\telle que, pour tout compact K de [/, snpf€T snpK \f\ = M (K) < M .
Par le théorème de Montel (théorème 2.9), T est relativement compacte dans %({7).
b ) Si f £ 'H{U) est limite (dans % ({/)) d ’une suite (fk)k>o d ’éléments de T7, on a
fk(U) C U pour tout k £ N, et par conséquent / ( [ / ) C U. Comme U est connexe, /
est soit constante, soit ouverte (d’après le théorème de l’application ouverte, voir le
corollaire 2.4). Si / n’est pas constante, alors f(U) est ouvert et l’on a par conséquent
f(U) C U (puisque l’on sait déjà que f{U ) c f7). L’adhérence de T dans U{U)
est donc constituée de la famille T7, augmentée des fonctions constantes dans U et à
valeurs dans dU.
c) Que T est un semi-groupe est immédiat ; la loi de composition (bien définie lorsque
l’on enchaine les applications de U dans U) est en effet associative. Si (fn)n>o converge
vers / et que (gn)n>o vers g , soit (fnkogUk)fe>0 une suite extraite de la suite ~[gn°fn)n >o
convergeant vers un élément de 7/([7) (une telle sous-suite existe puisque T est une
partie relativement compacte de / H(U)). Soit z £ U et ez tel que D(f(z)>3ez) C U.
On a limfc_>+oo fnk(2) = f(z) par hypothèses, ce qui implique que, pour k assez grand
(k > K(ez)), fnk(z) £ D (f(z ))ez). D ’après les inégalités de Cauchy et le fait que
\gnk{w)I < M Pour tout k £ N et tout w £ U , on a, pour tout w £ {\w —f(z)\ < ez}>
jfnk(w)\ ^ M/ez. On a donc, de par l’inégalité des accroissements finis :

k > K(ez) =► |ft*(/nik(z)) - 9nk( № ) I < - |/« .( * ) - f(z)\.


£z
Comme lim^ +00 fnk(z) = f(z) et limk-++00gUk(f(z)) = g(f(z)) puisque {z} et
{f(z )} sont des compacts de U et que les deux suites (fnk)k>0 et (gnk)k>0 convergent
chacune respectivement vers f et g uniformément sur tout compact de 17, on a
limfc_>+oo{gnk 0 fnk(z)) = g 0 f (z ). La suite (gn o / n)n>0 ne peut donc avoir que
g o f comme valeur d’adhérence pour la topologie de la convergence uniforme sur tout
compact de U ; elle converge donc vers g o f .

C orrigé de l’ex e rcice 2.58. Si D(zo,r) est un disque ouvert inclus dans U
tel que D(zo,2r) soit relativement compact dans f/, on a, pour tout k £ N, pour
tout z £ D(zo)r ), pour tout p £ [0,r], en utilisant la formule de la moyenne (voir la
proposition 2.5) :
n P2*
pfk(z) = f H z + peid) de.

En intégrant cette relation par rapport à p entre 0 et r, on obtient

= (J 0 M z + Pei0)<M) pdp

= é i r A ( * + p^)pàpàB = L f f HOdÇdr) « = £ + iv)


™ J0 ^0 J JD(z,r)

(on utilise le théorème de Fubini, puis on reconnait la formule de changement de va­


riables dans les intégrales de Lebesgue lorsque l’on passe des coordonnées cartésiennes
2.4. CORRIGÉS DES EXERCICES DU CHAPITRE 2 171

aux coordonnées polaires). On obtient donc :

sup \ fk (z )\ < -K [[ |/fc(C)M£di7 < -¿ 2 [ [ |/fc(C)l dÇdr)


ID(zq>t)
zeD(zo>'< J JD ( z ,r ) J JD{zoy2 r)
<

en utilisant l’inégalité de Hôlder (avec les fonctions |/| et 1) après avoir remarqué que
D {z)r) C D(zo,2r) car \z — Zo\ < r. Comme tout compact de K peut être recouvert
par un nombre fini de tels disque D(zo,r ), il existe, pour tout compact K de {/, une
constante M (K) indépendante de k telle que supk>0(supK \fk\) < M(K). La suite
(fk)k>o est donc uniformément bornée sur tout compact et le résultat demandé ici se
déduit du théorème de Montel (théorème 2.9).

C orrigé de l’exercice 2.59. Soit U = {|Ims| < 1}. On introduit la suite


(r-kf)k> o des translatés vers la droite z h» f(z + k) (k G N). Puisque |/| < M , on
peut extraire de cette suite une sous-suite convergeant uniformément sur tout compact
de U d’après le théorème de Montel (théorème 2.9). Cette sous-suite converge vers
une fonction g qui est nécessairement identiquement nulle sur R puisque \f(x)\ tend
vers 0 lorsque x tend vers +oo sur R. D ’après le principe des zéros isolés (théorème
2.7), g est identiquement nulle sur U. La seule limite possible d’une suite extraite de
la suite (r-kf)k> o au sens de la convergence uniforme sur tout compact est d’ailleurs,
pour les mêmes raisons, la fonction identiquement nulle. La suite (r -kf ) k>o converge
donc uniformément sur tout compact de U vers la fonction nulle. On répète le même
raisonnement avec la suite (rkf ) k>o des translatés à gauche cette fois z f(t —k)
(k G N) en utilisant maintenant le fait que |/(x)| tend vers 0 lorsque x tend vers —oo
dans R. la suite (rkf ) k>o converge, elle aussi, uniformément sur tout compact de U
vers la fonction nulle. Ceci implique la convergence uniforme lorsque \z\ tend vers +oo
de / vers 0 sur la bande fermée {|Im^| < a}.
C orrigé de l’exercice 2.60.
a) L’application / est supposée holomorphe et non constante dans un ouvert U ; elle
est donc ouverte (corollaire 2.4). L’ensemble f(U ) est un ouvert. Mais c’est aussi un
connexe (car / est continue). On peut donc itérer notre raisonnement, cette fois sur
f\f (U) î Par une induction immédiate, tous les / ^ ( i / ) , k G N, sont ouverts. L’intersec­
tion K = f|fc>0 Uk est contenue dans Ui = / ( [ / ) ; c ’est donc un sous-ensemble borné.
On remarque d ’autre part que, pour tout k G W ,

Ûk+i = W k ) C f{Ûk) c / ( % _ ! ) = Uk
(puisque les Uk sont tous tous relativement compacts). En prenant l’intersection de
tous les Uk) on voit donc que f\ > o = f\ > o uk = K, donc que K est une in­
tersection de fermés, par conséquent un fermé. L’ensemble K est fermé borné, donc
compact.
b ) La famille { /M ; k G N} est une famille uniformément bornée sur tout compact
puisque tous les f^ (U )y k > 1, sont dans un sous-ensemble relativement compact de
U. On peut donc extraire de la suite { f ^ ) k > o une sous-suite (/№>(*)])fc>0 uniformément
convergente sur tout compact vers une fonction g G H(U) (grâce au théorème 2.9 de
Montel). Comme K est l’intersection des /W(J7) (k G N), c’est aussi l’intersection des
172 2. HOLOMORPHIE ET ANALYTICITÉ

/[¥>(*)] (k € N). Pour tout élément de U, la suite ( f [lfi(k)](z))k>o ne peut donc, si elle
converge, que converger vers un élément de K ; on a donc g(U) c K.
c) Soit z € K. On peut, pour tout A; € N, trouver £* e f(U ) tel que 2 = /[v (fc)] (^fc)
puisque K est l’intersection des f [k](U) (k G N). Comme f(U ) est relativement com­
pact, on peut extraire de la suite (&)&>o une sous-suite convergeant vers Ç G U. Du
fait de l’équicontinuité de la famille ; k e N}, la suite /fo>(*)l(£fc) (qUi est en
fait constante) ne peut que converger vers g(Ç). On a donc bien K c # ([/), donc en
fait K = g(U) d ’après le résultat établi au b ). Comme g(U) est compact, soit g est
constante, soit g(U) est à la fois ouvert et fermé (d’après le théorème de l’application
ouverte, corollaire 2.4), ce qui est impossible car g(U) C f(U) et que f(U ) est rela­
tivement compact dans U. Donc g est constante : la sous-suite (/№№)] )fc>0 converge
donc uniformément sur tout compact vers un point zq de [/. Mais ceci impose à l’in­
tersection des fW(U) (k > 0) d’être réduite au singleton { 20}. La suite ( /M )*>0
converge donc uniformément sur tout compact vers la fonction constante 2 h» zq. Le
point zo joue donc ici le rôle de point d’attraction pour l’orbite (sous l’action de / ) de
n’importe quel point z de £/.

Corrigé de l’exercice 2.61.


a) On peut sans perte de généralité (quitte à effectuer un déplacement dans le plan,
préservant bien sûr l’holomorphie des applications) supposer que II = {R e z > 0}. On
applique le principe du maximum global (énoncé à la proposition 2.11) dans l’ouvert
Il fl D( 0, R), avec R > 0 assez grand : sur le segment [—¿R, iR], on a |/| < M d’après
la première hypothèse faite sur / , tandis que, pour R > R(e) assez grand, on est
assuré d’après la seconde hypothèse faite sur / que supnn|3|>Æ \f(z)\ < M ‘ + e, e > 0
étant ici arbitraire, donc en particulier que supnn^^|=iî} \f{z)\ < M ' + e; le principe
du maximum assure que, lorsque R > R(e), pour tout z G U n {\z\ < R }, on a
\f(z)\ < sup(M, M* + e). En prenant maintenant e > 0 arbitraire et en laissant 2 fixé,
on en déduit que pour tout 2 G II, \f(z)\ < sup(M, M ').
b ) La fonction 2 1 y \ecosz\est bornée par 1 sur ± 7r /2+ iR car sin(iy) est imaginaire pur
lorsque y G R. Sur l’axe imaginaire pur par contre cos (iy) = cosh (y) et la croissance
de y G R h-» \eCOSîy\sur R est en eeV (donc doublement exponentielle). Le principe du
maximum est en défaut dans un domaine non borné, même dans une bande !

Corrigé de l’exercice 2.62. Si ce minimum était non nul, / ne s’annulerait


pas dans U ; la fonction 1/ / serait par conséquent holomorphe dans U et son module
présenterait un maximum au point 20, donc un maximum local en ce point. D ’après
la version locale du principe du maximum (proposition 2.10), la fonction / serait
constante, ce qui est exclu ici par hypothèse ; le minimum éventuellement atteint par
l/l au point zq G U ne peut donc valoir que 0.

Corrigé de l’exercice 2.63. Il s’agit là d’un exercice que j ’ai souvent pro­
posé à l’occasion d’oraux d ’examens ou parfois de leçons d’agrégation, pour tester la
réactivité à cette compréhension « visuelle » du principe du maximum (version locale,
telle qu’il est énoncé dans la proposition 2.10) : il s’agit bien sûr d’une carte en relief
d’où les pics seraient absents ! Le paysage est un paysage montagneux fait uniquement
de vallées se joignant en des points selle (cols). Les maxima locaux sont au bord du
cadre de la carte : ils n’apparaissent donc pas comme « pics » dans ce relief. Voir par
2.4. CORRIGÉS DES EXERCICES DU CHAPITRE 2 173

-0 .5 -0 .5

F igure 2.6. La « carte en relief » du module d’une fonction holo-


morphe z \f(z)\

exemple la figure 2.6 sur laquelle on a représenté (sous le logiciel MATLAB) le graphe
en trois dimensions de la fonction
-ri 1 112 , , 3sin(2(z - 1/5)) - cos(7(z - 1/5)) - 10sin(3z)
(_ 1 , 1 1 ^ ------------------------- 2 + 3------------------------- '

C orrigé de l’ex ercice 2.64. Les composantes connexes de l’ouvert Ea défini


comme Ea = {z G C ; \P(z)\ < a} sont toutes bornées car \P(z)\ ~ \k \\z\d (puisque
P (z) = Kzd + • • • + ko) tend vers +00 lorsque \z\ tend vers l’infini. À l’intérieur de
chaque composante connexe C de l’ensemble Ea) il est nécessaire que P s’annule : si
en effet ce n’était pas le cas, la fonction 1 /P serait holomorphe dans cette composante
et son module serait majoré par l/a sur dC ; d’après le principe du maximum (version
globale, proposition 2.11 ), on aurait l/\P\ < l/a dans (7 , soit |P| > a dans C ; comme
d’autre part \P(z)\ < a dans C (toujours à cause du principe du maximum, appliqué à
P cette fois), la fonction P serait de module constant égal à a dans C, donc constante
dans C (de par le théorème de l’application ouverte par exemple, corollaire 2.4), donc
aussi dans C tout entier (principe des zéros isolés). Dans chaque composante connexe
C de Ea) il y a donc au moins un zéro de P. Comme P n’a au plus que d zéros, Ea
ne peut avoir strictement plus de d composantes connexes.
C orrigé de l’exercice 2.65.
a) On a \fj\ < \g\ dans U pour tout j = 1 ,..., m. La fonction fj/g, a priori holomorphe
dans U privé de l’ensemble des zéros (isolés d’après le théorème 2.7) de g ) se prolonge
en fait en une fonction Uj holomorphe dans U puisque va {fj) > va(g) pour tout
174 2. HOLOMORPHIE ET ANALYTICITÉ

a G 0- 1(O)‘ On a donc / = Ujg pour j = 1, ...,m et YïjLi \uj\ = 1 dans


b ) Si Uj(a) = 0, on prend €j = 1 ; sinon, on prend tj = Uj(a)/\uj{a)\. La fonction
2 E3Ñi est bornée en module par 1 dans U (du fait de l’inégalité triangulaire
et puisque ]C ¿li \uj\ = !)• Elle réalise donc un maximum local (car en fait global), à
savoir 1, au point a. Elle est donc constante dans U d’après le principe du maximum
(version locale, proposition 2.10).
c) On pose Aj = Wj/wi (j = 2 ,...,m ). Il ne saurait y avoir égalité dans l’inégalité
1 + J2jL2 l'M ^ 1 + HjL 2 Que sitous les Ü = 2, ...,m ) sont positifs ou nuis.
d ) On pose Wj = €jUj(z). Si l’on suppose (par exemple) u\ ^ 0 (l’une des fonctions
Uj est nécessairement non identiquement nulle dans C/), on en déduit que €j Uj/{e\Ui)
(j = 2,..., m) ne prend que des valeurs positives en dehors des zéros (forcément isolés
d’après le théorème 2.7) de u\. Le théorème de l’application ouverte (corollaire 2.4)
implique alors que Uj = CjU\ (j = 2, ...,m ), où c¿ G C est une constante positive.
Mais alors, comme ]CjLi \uj I = 1» te fonction |ui| est constante, donc aussi u\ d’après
le théorème de l’application ouverte. Les fonctions Uj sont donc toutes constantes
dans C/, ce qui signifie que, pour j = 1,..., m, fj = Xj g , où les constantes A¿ vérifient

C orrigé de l’e x ercice 2.66.


a) La fonction y>a# est le quotient de deux fonctions holomorphes, le dénominateur ne
s’annulant pas dans J9(0,1) puisque 1/â est à l’extérieur du disque unité fermé. Cette
fonction se prolonge même en une fonction continue sur le disque unité fermé {\z\ < 1 }
et l’on a \a —e^| = \a — = |1 — âe^\ pour tout ( G i D ’après le principe du
maximum (version globale, proposition 2.11), on a <pa>0(D (0, 1)) C D (0 ,1). On vérifie
immédiatement que
i0
(z € D{0,1) et w = e10 (w G D(0 , 1) et z = e~10 a&_____ W \
V 1-àzJ V 1 -a ë *w '
ce qui prouve à la fois que <pa,e est bijective et que son inverse est <paeie -e-
b ) Soit

0 = 0' + Arg [v>a's,o(e<e)]) A= = ^ ,o ( a 'e - ^ ) G £>(0,1).


CL CL 6>
Un calcul facile montre que (pa¿ o y a'#i = La composition entre les bijections
préserve l’ensemble des applications ipaio ; comme c’est également le cas pour la prise
d’inverse (voir le a )), on définit bien un sous-groupe du groupe des bijections de
D (0, 1) en équipant cet ensemble de l’opération de composition.
c) Il s’agit ici d’un calcul immédiat.
d) En composant / à droite avec une transformation de Môbius du disque unité
envoyant 0 sur un point spécifié a de U, on peut se ramener au cas où 0 G {/, En
composant ensuite à gauche, toujours avec une telle transformation (envoyant cette
fois / ( a ) en 0), on voit que l’on se ramène à supposer /(0 ) = 0. Le fait d ’effectuer ces
compositions à gauche ou à droite ne modifie en rien le fait que / préserve la métrique
hyperbolique puisque l’on sait d’après le résultat établi au c) que les transformations
de Môbius le font. Puisque / préserve dans U la métrique hyperbolique, on en déduit
en spécifiant | /'(z )| 2/ ( ( l - | / ( 2 ) l 2) 2 = 1 / ( 1 - k l 2) 2 en z = 0 que | /'(0 )| 2 = 1 ;
on peut donc se ramener à supposer f f(0) = 1 en multipliant / par un nombre
2.4. CORRIGÉS DES EXERCICES DU CHAPITRE 2 175

complexe de module 1 (c’est encore composer / avec une transformation de Môbius).


Si l’on différentie par rapport à 2 cette même relation de conservation de la métrique
hyperbolique (en opérant ici un calcul de dérivée logarithmique), on trouve
f(z )f(z )(l-\ f(z )\ * ) * ( i - | / ( * ) l 2) 2
(2.74) f" (z )f'(z ) = - 2 (ZGU).
(1 - W 2)2 (1 - |*|2)3
Comme / ' ( 0) = 1 et / ( 0) = 0, on en déduit /"(O ) = 0. Si l’on poursuit les dérivations
en partant cette fois de la relation (2.74) (toujours par rapport à 2), on constate que
les facteurs f(z) et z figurant respectivement dans les deux termes du membre de
droite de (2.74) ne sont jamais altérés, pas plus que ne l’est le facteur f'(z) figurant
au membre de gauche de cette même formule. On trouve donc, pour tout Ai > 2 une
relation du type
f w (z)f'(z) = f(z) X (...) + * X ( ... ) (z G U).
Il en résulte /(*0(0) = 0 pour tout k > 2, ce qui prouve f(z) = 2 dans U. Compte
tenu des compositions préliminaires effectuées avec des transformées de Möbius (et
du fait que les transformées de Möbius forment un groupe pour la composition, voir
le résultat établi au b)), la fonction initiale / était bien la restriction à U d’une
transformation de Möbius.

C orrigé de l’ex ercice 2.67.


a) Il s’agit du quotient de deux fonctions holomorphes dans le disque unité. La fonc­
tion au dénominateur ne s’annule pas dans ce disque car f ( D ( 0,1)) C D (0 ,1), ce qui
implique |/(iu)| |/(C)| < 1 pour tout £ £ £>(0, 1). La fonction fw est donc bien holo­
morphe dans JD(0,1). La fonction f w se présente sous la forme r °/> où <Pf(w),Tt
désigne la transformation de Möbius Z i-> ein(f(w) - Z)/( 1 - f(w) Z) du disque unité
dans lui-même. Comme / et (pf(w),n et / sont toutes deux des applications de D (0, 1)
dans lui-même, il en est de même de leur composée. On a bien sûr f w{w) = 0. Si l’on
compose l’application f w à droite avec la transformation de Möbius tpWt0, on voit que
( fw 0 <Pw,o(C) s’annule en £ = 0. C ’est toujours une application de £>(0,1) dans
lui-même.
b ) On peut appliquer à la fonction f w o <pWi0 (qui applique D( 0,1) dans lui-même,
et s’annule en 0, comme on l’a vu au a)) le lemme des zéros de Schwarz (corol­
laire 2.7) qui assure que |/u,(<£w,o(C))l < ICI pour tout C € D (0, 1). En prenant
C = ( W o ) “ 1^ ) = W 0(2) (voir l’exercice 2.66, a )), on trouve \fw(z)\ < |pW|oOO|, ce
qui est l’inégalité demandée. Dire que l’on a égalité dans cette inégalité (lorsque z et
w sont distincts) signifie que l’on se trouve dans le cas d’égalité pour le lemme des
zéros de Schwarz appliqué précédemment à la fonction f w o (pWt0. Il existe donc dans
ce cas 6 € R tel que ( f w o <pWio)(() = eî0( pour tout ( G D( 0,1), ce qui signifie que
fw = <pWte*0 P°ur un certain 9 G R. Ceci impose / = o (pWt& = <P-f(w) ttt 0 <Pwto
pour un certain 9 G R.

C orrig é de l’exercice 2 .6 8 . On introduit la fonction g = (¿>20)o 0 / 0 <¿>20,0


(voir l’exercice 2.66, a)), qui est toujours une application holomorphe de Z)(0, 1)
dans lui-même, cette fois telle que #(0) = 0. Soit w\ = tpZo,o(zi)- On a w\ ^ 0 car
zo = <£*0,0(0) 7*^Zi par hypothèses. D ’autre part, comme z\ est aussi fixe sous l’action
de / , on a g(w\) = w\.On se trouve donc dans dans le premier cas d’égalité du lemme
176 2. HOLOMORPHIE ET ANALYTICITÉ

des zéros de Schwarz (lemme 2.7). On en déduit qu’il existe 0 G R tel que g(w) = e%ew
pour tout w G .0(0,1). Mais comme g{w{) = wi ^ 0, on a e%e = 0. On a donc g = Id
et par conséquent / = ipZo,o o y?ZO|0 = Id aussi.
C orrigé de l’ex e rcice 2.69. On considère d’abord le cas n = 1. La fonction
f ° ^Çz\,0 s’annule en z = 0 et envoie toujours 0 (0 ,1 ) dans 0 (0 ,1 ). Le lemme des zéros
de Schwarz (corollaire 2.7) implique donc |/(<£zi,o(C))l < ICI Pour f ° ut C £ 0 (0, 1),
en particulier |/(0)| < |^i| si l’on prend C = zi- On suppose la propriété vraie
jusqu’au rang n et l’on considère une fonction / : 0 (0, 1) -» 0 (0, 1) s’annulant
en 2i , ..., 2n et (de plus maintenant) en zn+\. Comme / s’annule en zn+i, la fonc­
tion g = f/<pZn+lio est holomorphe dans 0 (0, 1); de plus, d’après le principe du
maximum global (proposition 2.11), il résulte du fait que /( 0 ( 0 ,1 ) ) C 0 (0 ,1 ) et
que |</?*n+i,o| = 1 sur {|£| = 1} que g(D(0,1)) C 0 (0 ,1 ). Comme g s’annule en
z \y..., zny on sait d’après l’hypothèse inductive que |#(0)| < \zi •••zn|. Par conséquent
|/(0)| = |p(0)| |^zn+i(0)| < |^i*“ ^n+i|. Le résultat est bien ainsi démontré par
récurrence. Notons que nous n’avons à aucun moment utilisé le fait que les Zj étant
des points distincts.

C orrigé de l’e x ercice 2.70. On note pour simplifier M r ( f) = sup|z|=Â |/|.


La fonction f[R] : £ € 0 (0 ,1 ) h* f(RÇ)/MR(f) est une fonction holomorphe dans
0 (0, 1), à valeurs dans 0 (0, 1) (du fait du principe du maximum, version globale, pro­
position 2.11) qui s’annule (avec au moins la multiplicité v) aux points z\/Ry...yzs/Ry
OÙ S = { z i , z 3}. La fonction 5[ß] : C G D{ 0,1) H- f\R\{Q/ II^=i < ,/«,< > (0 (où ^ , o
désigne la transformation de Möbius C £ 0 (0, 1) h» (w — C )/(l “ ^C)> v°ir l’exercice
2.66, a)) est encore holomorphe dans 0 (0, 1) (puisque f [R] s’annule avec une multi­
plicité au moins égale à v en chacun des Zj/Ry j = 1, ...,s) et envoie (comme le fait
f[R}) le disque 0 (0 ,1 ) dans lui-même : ceci résulte encore du principe de maximum
(version globale) et du fait que \(pw\= 1 sur le cercle unité pour tout w G 0 (0 ,1 ).
L’inégalité |<7[ä ](C)| < 1 dans {|£| < r/R} implique en particulier, pour |£| < r/Ry
C-ZL
S___ R
| /( Ä C ) | < AfÂ( / ) n
3= 1
1- M
R j= l A R
En prenant la borne supérieure sur l’ensemble {|£| = r/R}y puis le logarithme, on
obtient bien l’inégalité voulue log (M r ( / ) / M ^ ( / ) ) < - u s log (( R -r)/ (2r )) (qui n’est
réellement intéressante bien sûr que si R —r > 2r, c ’est-à-dire R > 3r).

C orrigé de l’ex e rcice 2.71.


I a) Comme le disque fermé {|£| < 1 — 1/ n } (n > 2) est inclus dans le disque ouvert
0 (0, 1) dans lequel / est supposée holomorphe, / est bien holomorphe au voisinage
du disque fermé {C ; ICI < 1 — V n}*
I b ) Si / avait une infinité de zéros dans le compact {Ç ; |Ç| < 1 — 1 /n }, l’ensemble
de ces zéros aurait un point d’accumulation a dans ce compact (d’après le théorème
de Bolzano-Weierstrafi). Ce point d ’accumulation a serait alors un zéro non isolé de
/ dans 0 ( 0 , 1). Ceci est impossible (d’après le principe des zéros isolés, théorème 2.7)
car / ^ 0 dans l’ouvert connexe 0 (0, 1) ( / ( 0) ^ 0).
I c) Pour tout n > 2, le nombre de zéros de / dans {C ; |C| < 1 —1 /n } est au plus fini.
Comme une union dénombrable d’ensembles de cardinal au plus fini est de cardinal
2.4. CORRIGÉS DES EXERCICES DU CHAPITRE 2 177

au plus dénombrable, le nombre de zéros de / dans £)(0, 1) = IJn>2 -^(0,1 — 1/n ) est
au plus fini ou dénombrable (à moins que / ne s’annule pas dans D{ 0,1)).
II a) Pour tout j = 1 , iV, on a 0 < \dj\ < |aw| < r, donc r/\a,j\ > 1. La fonction
méromorphe B n (restriction à .D(0, 1/r ) d’une fonction rationnelle) n’a donc aucun
pôle sur le cercle { ( ; |(| = 1}. Les pôles de B n dans 0 ( 0 , 1/r ) sont les points r/âj
pour j = 1,..., i\T. Ces pôles sont tous de module supérieur ou égal à r/|aw|, ce qui
implique que B n est bien holomorphe dans le disque ouvert O (0,r/|a#|).
II b ) Les singularités de gN,r se trouvent aux zéros d j / r (j = 1, ...,iV) de B n . Or
en un tel point d j 0/ r (jo = l,...,iV ), la fonction 0 »-> f ( r z ) s’annule avec exacte­
ment la multiplicité de dj0 comme zéro de / , c ’est-àrdire le nombre de fois où a^/r
apparaît dans la liste { d j / r \ j = 1, ...,iV}. La singularité de gN,r en a j 0 / r est donc
fictive. Comme toutes les singularités de gN,r dans 0 ( 0 , 1/r) sont fictives, la fonction
méromorphe gNyr est en fait holomorphe dans 0 (0, 1/r ).
II c) Si ( = eie (0 € R), on a |üj - r(| = |djé~ie - r\ = |üjé19 - r| = |àj( - r|. Si
|(| = 1, les N facteurs de B n {C) sont donc de module 1 (on multiplie numérateur et
dénominateur de chaque facteur par r) ; on a donc |Bw(()| = 1 si |(| = 1.
II d) On applique le principe du maximum dans sa version globale (proposition 2.11).
On a max{|£|=i} |^iv,r(C)l < max{|£|=1} l/(^C))l < M. Comme gN,r n’est pas constante
dans 0 (0, 1/r ) (puisque ( / ( r ( ) a une infinité de zéros tandis que B n n’en a qu’un
nombre fini), \gN,r\ ne peut atteindre son maximum dans {|(| < 1/ r } en aucun point
du disque ouvert 0 ( 0 , 1/r). On a donc \gNyr\ < M dans 0 ( 0 , 1/r ).
II e) On a |<Mr,r(0)| < M d’après le résultat établi à la question II d ), d’où l’inégalité
demandée, obtenue juste en explicitant |/(0)| < M |O^(0)|. Comme on a le développe­
ment log(l - t ) = - /g dr/( 1 - r) = - YïkLo tk+l/{k + 1) pour tout t G [0,1[, on a
log(l —t ) < —t pour tout t G [0,1[. En prenant le logarithme de la première inégalité
établie, on trouve :
N N
N l o g r + log|/(0)| - l o g M < ^ l o g K I < - ] P ( 1 - K|)
j=1 j=1
(on prend t = 1 — \dj\} j = 1,..., N y dans l’inégalité log(l —t) < —t ). On obtient donc
bien l’inégalité voulue.
II f) Pour tout N e N, on choisit r = vn tel que |ajv| < ^N < 1. On peut de plus
choisir Vn assez proche de 1 de manière à ce que N log r# tende vers 0 lorsque N
tend vers + 00. On a
N
^ ( i - K l ) < log M - log |/(0)| - N log rN.
j =1
En passant à la limite lorsque N tend vers l’infini, on obtient donc

X )(l - M ) < logM - log |/(0)| < +00 .


i=i

III a) L’homographie h (holomorphe dans C \ {1 }) réalise une bijection de la sphère de


Riemann S dans elle même si l’on convient que /1(00 ) = —1 et h( 1) = 00 . L’application
178 2. HOLOMORPHIE ET ANALYTICITÉ

réciproque (qui est, elle, holomorphe dans C \ { —1}) est donnée par
1+ z Z - 1
Z = *=^z = h - 1(Z) =
1 -z Z+ 1
avec /i” 1( - l ) = oo et h~1(oo) = 1 . Si Ton prend z = etd ^ 1, on exprime h(z)
comme h{z) = i cos(0 /2 )/sin (0 /2 ) G ¿ R ; de plus, le fait que la fonction cotan
réalise une bijection entre ] — 7r /2, 7r /2[ et R implique que h réalise une bijection
entre {C ; ICI = 1} \ {1 } et iR. Comme l’image d’un ouvert connexe par une applica­
tion holomorphe est un ouvert connexe, l’image par h du disque unité ouvert D (0 ,1)
est l’un des deux demi-plans ouverts de frontière l’axe imaginaire pur iR, Comme
MO) = 1, h(D(0 ,l)) = {C; ReC > 0}. L’application h réalise donc une bijection ho­
lomorphe (d’application inverse aussi holomorphe, h et son inverse sont en fait des
homographies) entre D (0, 1) et {C ; ReC > 0}.
III b) L’application F o h est holomorphe dans D (0 ,1) comme composée d’appli­
cations holomorphes; la composition des applications est ici bien définie car on a
l’égalité ensembliste /¿(0 (0, 1)) = {ReC > 0} d’après le a) et que F est supposée
holomorphe dans ce demi-plan. Comme F est bornée en module dans {ReC > 0}, il
en est de même pour F o h dans D(0, !)• Comme F s’annule (au moins) en tous les
points n G N*, F o h s’annule (au moins) en tous les points h ~ 1(n) = (n — l ) /( n + 1)
(n G N*).
III c) La fonction F o h n’est pas identiquement nulle dans D( 0 ,1) (sinon, F le serait
dans {ReC > 0}, ce qui est exclu par hypothèses). L’origine est donc soit un point où
F o h ne s’annule pas, soit un zéro isolé de F o h de multiplicité p G N*. Dans les deux
cas, o n a (F o h)(z) = zp f(z), où / est une fonction holomorphe dans D (0 ,1) et ne
s’annulant pas en z = 0. D ’après le lemme des zéros de Schwarz (corollaire 2.7), on
a |/(2)| < sup|C|=1 \F o h\ = sup{ReC>0} |F| pour tout z G 0 ( 0,1) ; la fonction / est
donc bien bornée en module dans D (0, 1) et ne s’annule pas en 2 = 0.
III d) Comme la fonction / s’annule (au moins) en tous les points (n — l ) /( n + 1)
(n G N*) et satisfait toutes les hypothèses de la partie II, on a, d’après le résultat
établi au terme de cette partie II (item II f)) :

— ) = 2V — < + 00 ,
71=1
n + 1/ 71=1
n +1

ce qui contredit le critère de Riemann relatif à la divergence de la série n~a


lorsque a < 1 (en particulier, comme ici, lorsque a = 1). Une fonction F, holomorphe
dans {C ; ReC > 0}, bornée en module dans ce demi-plan et s’annulant en (au moins)
tous les points n G N* ne saurait par conséquent être autre que la fonction identique­
ment nulle dans ce demi-plan {C ; ReC > 0}.
Corrigé de l’exercice 2.72.
a) Si |/(0)I = 1, la fonction |/| (qui vérifie d’autre part \f(z)\ < 1 pour tout 2 dans
■ D (0,1)) présenterait un maximum local (d’ailleurs en fait global) dans D ( 0 , 1). Le
principe du maximum (version locale, proposition 2.10) assurerait qu’alors / serait
constante dans D (0, 1), donc dans {|^| < 1} par continuité. Si tel était le cas, on
aurait, pour tout a G ]0 ,1 [, / G *4a (D). Si / est constante dans D ( 0 , 1), donc aussi
dans {\z\ < 1 } , on a bien sûr c />a = 0 < +00 pour tout a G ]0 ,1 [, donc / G A *(® )
pour tout a g ]0,1 [.
2.4. CORRIGÉS DES EXERCICES DU CHAPITRE 2 179

b ) Comme |/(0)| < 1 et que / n’est pas constante, le théorème de l’application ouverte
(corollaire 2.4) assure que f(D ( 0,1)) C D (0 ,1). On considère la fonction <ff(o),o ° /
(voir les notations utilisées dans l’exercice 2.66). Cette fonction est holomorphe dans
D (0 ,1) comme composée de fonctions holomorphes et vérifie g(D( 0,1)) C D( 0,1) et
#(0) = 0. On a donc, d’après le lemme des zéros de Schwarz, |</(0)| < 1, soit, d ’après
la règle de Leibniz :

| * '(/(0) ) / ' ( 0)| = |/'(0)| x | * '(/(0))| = |/'(0)| x * < 1,

ce qui donne la première inégalité voulue. La seconde inégalité résulte simplement de


ce que

2(1 - |/(0)|) - (1 - |/(0)|2) — 1 — 2 1/ ( 0)| + |/(0)|2 = (1 - |/(0)|)2 > 0.


c) Si l’on avait mz(f) = 0, la fonction / serait, du fait de la définition de ra2( / ) ,
identiquement nulle dans le disque Dz, donc identiquement nulle dans D( 0,1) d ’après
le principe des zéros isolés (théorème 2.7). Or ceci est exclu par hypothèses, donc
mz(f) > 0. Si |C| < 1, on a 2 + C (1 - \A) G Dz par définition de Dz. La fonction
/ t zl (qui est donc bien, de par ce qui précède, définie dans D( 0,1) comme fonction
composée), est holomorphe dans D( 0,1) (car la composée d’une fonction holomorphe
et d’une fonction affine, donc holomorphe, l’est). D ’autre part, d’après la règle de
Leibniz :

(f[z]Y(0 = (1 - N) r {'z N )) V i e .0 ( 0 , 1 ) .

D ’après la définition de mz( f ) yon a, pour tout C £ D (0 ,1), f(z + w (1 —1^|)) < mz(f).
Le principe de l’application ouverte (corollaire 2.4) assure, puisque la fonction
n’est pas constante dans D( 0,1) (sinon / le serait du fait du principe des zéros
isolés) que son image est ouverte. Comme cette image est incluse dans {\z\ < 1},
elle est incluse en fait dans D (0 ,1). La fonction est donc bien une fonction
holomorphe de D (0 ,1) dans D (0 ,1). On peut appliquer à <£/M(o),o ° Ie lemme
de Schwarz comme on l’a appliqué à <^/(o),o ° / à la question c). On a donc ainsi
l’inégalité |(/M )'(0)| < 2(1 - |/M(0)|). Ôr ( /M ) '( 0) = (1 - \z\) f(z)/ m z(f) et
/ W(0) = f(z)/mz( f ), d’où l’inégalité voulue en multipliant les deux membres par
mzU) > 0. Si f e A(D( 0,1)), il suffit de diviser / par M( f ) = s u p ^ ^ |/| et de
raisonner avec (qui envoie D( 0,1) dans D( 0,1) toujours du fait du théorème
de l’application ouverte) à la place de / pour conclure.
d ) Si w est un point du bord de Dz>on a \z —w\ = 1 — \z\. L’inégalité (2.60) im­
plique \f(w)\ — \f(z)\ < Cf}a |w —z\a = Cfi<x (1 — |^|)a . On a donc la majoration
suPa£>* l/l ^ \f(z)\ + ^ /,« (1 — k l)“ * On déduit du principe du maximum (version
globale) que mz(f) := su p ^ |/| < supdDz \f\ < \f(z)\ + C /,a ( 1 - |*|)a . Grâce à
l’inégalité (2.59) établie au c ), on obtient (1 — |^|) |/'(^)| < 2 C />a (1 — \z\)a. Ceci est
valable pour tout z G JD(0, 1). On en déduit le jeu d’inégalités (2.61) en divisant par

e) La fonction p e]0, 1[>—>- f(p e ie) est C 1 sur ]0, 1[, de dérivée t ete f i p é 10) puisque
la fonction / est dérivable au sens complexe en tout point de D( 0 ,1) (car holomorphe)
et de dérivée au sens complexe 2 G D (0 ,1) «->> f f(z). Le théorème fondamental de l’ana-
lyse assure donc que / ( r 2eie) - / ( n é 16) = ( d/dp) [f{pei6)] dp - é 6 /Jj2 f { p e ie) dp.
180 2. HOLOMORPHIE ET ANALYTICITÉ

D ’après les inégalités (2.61), on a, pour tout p e [0, 1[, \ f ' ( p e l9 )\ < 2C/ta/(l —p )\1—OL
Or
f
J\0. - 4

La fonction p G [0, l[i— > f(pe*d) est donc bien intégrable sur [0,1[ car dominée en
module sur cet intervalle par une fonction positive intégrable. Si l’on fixe r\ = r g ]0 ,1 [
et que l’on fait tendre r2 vers 1 par valeurs (strictement) inférieures, le théorème de
convergence dominée de Lebesgue assure limr2_»i_ f* 2 f i p é 10) dp = Jjr ^ f i p é 10) dp.
Comme d ’autre part / est continue dans {\z\ < 1}, on déduit en passant à la limite
dans f(r 2ei9) - f(r e ie) = f^id/dp) [fip é 0)] dp = eie f i 2 f i p é 0) dp lorsque r2 tend
vers 1 par valeurs (strictement) inférieures que f{e %e) —f{reld) = e10 Jjr ^ f i p é 10) dp.
En majorant enfin le module de l’intégrale d’une fonction par l’intégrale du module
de cette fonction, il vient

\f(eid) - f ( r e i0)\<2Cf ,a ( ÎL . -----------


J{r, 1 (1 — p ) * 01 Oi L Jr OL

f ) On suppose, pour fixer les idées, 6 < <f>. On utilise, comme à la question précédente,
le théorème fondamental de l’analyse, appliqué à la fonction de classe C l sur [0 ,0 ]
définie par t G [0, 4>) 1— > f(reu) (l’arc de cercle de centre 0 joignant les deux points ré 10
et ré* reste complètement dans D (0, 1)), dont la dérivée est, puisque / est dérivable
au sens complexe en tout point de D ( 0 , 1), la fonction t G [0 ,0 ] iré ltf ( r e it). On
obtient ainsi, en exploitant aussi le jeu d’inégalités (2.61) :
r<P
î { r é k) - f(r eie) = i r j e f ( r eu) ea dt
(2.75)
\4>-0\
Ir f /'(pe'^e^dt < \<t>-9\ x r sup |/'(re*t)| < 2 r C /,a (1 — r ) 1 -° ’
t€[8,4>]
On en déduit, puisque r < 1, l’inégalité demandée en combinant les deux assertions
(2.75).
g) Comme la forme /'(C ) dÇ = df(() est exacte dans D(0, 1) et dérive du potentiel / ,
on a I( 6 ,<f>,n,r2) := / r e ^ ri /'(C ) dÇ = f(rz e^) - f(r 2 el6) est l’extrémité
du chemin, tandis que r2el° en est l’origine). Lorsque ri = r est fixé et que r2 tend
vers 1 par valeurs inférieures, on a donc, puisque / est continue sur {\z\ < 1}, que
limrj-^i. (1(6, <t>,r, r2)) = f(e i<l>) - f ( e ie). On observe, en découpant le chemin r ^^ir>r2
(r < r2 < 1) en ses trois tronçons et en utilisant pour les deux tronçons rectilignes
les majorations établies au e) et pour le tronçon curviligne le long du cercle de rayon
r la majoration établie au f ) que

\W<t>,r,r2) \ < 2 C f ,a ( \ - p r (~ + Y ~ :)-


L’inégalité
|^ fim_ (1(6,4>, r, r2)) |< 2 C/lft(l - p)a ( | + .

s’en déduit par passage à la limite puisque le majorant à droite ne dépend pas de r2.
On en déduit l’inégalité demandée \f(é*) —f i é 10)| < 2 ((a + 2)/a) ¿ / , « ( 0 — 0)a en
spécifiant r tel que 1 - r = 0 - 0, c ’est-à-dire r = 1 - (0 - 0) (qui est dans ]0, 1[ puisque
2.4. CORRIGÉS DES EXERCICES DU CHAPITRE 2 181

0 <(/> —0 < 1 ). Si (f) et 6 sont des nombres pris dans [0,27r], distincts modulo 2 ir,
mais supposés assez proches (|e^ — eie\< eo avec eo uniforme correspondant à une
longueur strictement inférieure à 1 radian pour Tare de cercle le plus court joignant
ces deux points), on a bien \ei(^ —el6\ < kf\<j) —9\a pour une certaine constante kf
positive. Quitte à remplacer kf par c / )tt = & //m in (l,e o ), pareille inégalité subsiste
pour tout couple (0, </>) tel que 6 et <j>ne soient pas congrus modulo 27r. La fonction /
est donc bien dans A a (ID>).

Corrigé de l’exercice 2.73.


a) La fonction 2 Ao_1A f = exp ((z — 1) log Ao + zlog A i) est une fonction entière
E . Le produit g — f x E est donc bien, comme / , une fonction holomorphe dans la
bande ouverte B et se prolongeant en une fonction continue à {0 < R ez < 1}. Si
z — iy (y G R), on a \E(z)\ = 1/Ao, tandis que si z = 1 + iy (y G R), \E(z)\ = 1/A i.
Du fait de la définition de Ao et A i, la fonction \g\ est donc bornée par 1 sur dB.
b) Si 0 < R ez < 1, on a |e“ €2:2| = ee(®2-2/2) < ee^~y2\ On en déduit que, pour tout
e > 0,
limsup |g{z) eez2l < C max (Au -J -) lim e£ e8™*-«* = 0.
|z|—
y-f-oo Ao |*|-++oo
z £B ZGB

En appliquant le principe du maximum (version globale, proposition 2.11) dans les


rectangles [0,1] x [—T,T], puis en faisant tendre T vers +oo tout en conservant z fixé
dans B ) on vérifie (le raisonnement est ici le même que celui qui a été tenu à Pexercice
2.61, a)) que
Vz G B y \g(z) e ~ez2 \< max|^(z)e” €z2|< ec.
dB
En faisant tendre e vers 0 (à z fixé), on en déduit \g\ < 1 dans B y ce qui implique, en
utilisant le fait que |J3(z)| = Ao” 1A f (x = R ez) le contrôle de croissance requis pour
/ dans B .
c) On choisit un entier JV > #c, non congru à 2 modulo 4. D ’après la formule du binôme,
la partie réelle de (x + iy)N se présente alors sous la forme —yN + ujq%t x 1 y N~e.
L’argument utilisé au b) fonctionne de manière identique si l’on utilise, à la place de la
fonction z exp(ez2), la fonction z h* exp(6z^). En effet, sur le bord de cette bande,
cette fonction est bornée par exp(eRT;v), où K n = sup^^ ( —yN + uN,t VN~e)-
On reprend ensuite le raisonnement fait au b) sans en modifier la trame.
d ) Si par exemple Ao = 0, on peut utiliser le principe de réflexion de Schwarz (proposi­
tion 2.3) pour prolonger / en une fonction holomorphe dans la bande { —1 < Re z < !}•
Comme ce prolongement s’annule identiquement sur ¿R, la fonction / serait identique­
ment nulle dans B d’après le théorème des zéros isolés (théorème 2.7). Si AoAi = 0,
on a donc en fait / = 0.

Corrigé de l’exercice 2.74.


a) La fonction z h» log |z|+ i arg]_W|7r[(z) est C°° dans Ca C R\] - oo, 0] et solution de
l’équation de Cauchy-Riemann dans cet ouvert (voir l’exemple 1.3 au chapitre 1). La
fonction z h z 7 est donc holomorphe dans Ca comme fonction composée (la fonction
exponentielle étant une fonction entière). Cette fonction est en fait holomorphe dans
C \ ] - oo, 0], donc continue dans Ca \ {0 }. Elle est aussi prolongeable par continuité
au point 0 (le prolongement en 0 valant 0) car limz-+o,Z£Ca \zy\= 0 puisque 7 > 0.
182 2. HOLOMORPHIE ET ANALYTICITÉ

b) Pour tout e > 0, pour tout 2 = \z\e%e G Ca, on a


__ e - e R e z y _ g-e cos( 7 0 ) < e -e | z | 7 c o s ^ a ) ^

Cet inégalité demeure valable si z e Ca par continuité. On a donc, prenant en compte


Phypothèse sur la croissance de |/| faite ici :

limsup |/(2) e~ezy\< C lira eB^ P~e cosM l2^ = 0


|z|->+oo |*|-H-oo
zGCq zZc <
*
puisque p < 7 et que cos(7a) > 0 du fait que j a < 7r/2.
c) On fixe z e Ca ainsi que e > 0 et l’on applique le principe du maximum à la
fonction C *-» /(C ) e x p (-e £ 7) dans l’ouvert borné Ca fl .0 (0, Æ), avec R » \z\. Sur
la partie de la frontière de ce domaine incluse dans <9C, le module de cette fonction
est majoré par M car |exp(—eC7)| < 1 dans Ca \ pour £ appartenant à Parc de
cercle de rayon R inclus dans cette frontière, on a aussi, pourvu que R soit choisi
assez grand, |/(C) exp(—e£7)| < M d’après le résultat établi à la question b). On
a donc |/(2) e x p ( - e 27)| < M d’après la version globale du principe du maximum
(proposition 2.11). Cette inégalité subsiste par continuité pour tout 2 6 C a . En
gardant 2 fixé et en faisant tendre e vers 0, on obtient \f(z)\ < M si 2 G C a .

Corrigé de Pexercice 2.75. Dans le premier des quatre quadrants du plan, à


savoir Ü++ = {R e > 0 , Im 2 > 0}, on introduit la suite de fonctions holomorphes
(Fk)k>0, où Fk{z) = eiBz/{z + l ) w x e x p ( - (ze~™/4 )1+e/k) (k € N*), e ayant
été fixé arbitrairement dans ]0, 1[; la détermination choisie ici pour le logarithme
afin de définir (2e” ï7r/ 4) 1+e = exp ((1 + e) log (ze~î7r^4)) est celle correspondant à la
détermination de l’argument dans ] —7r, 7t[. Si 2 G Il+ + , ze~™/4 appartient au secteur
d’ouverture n/2 bissecté par [0, +oo[ et Re (2e” i7r/ 4) 1+€) = |2|1+€ cos ( ( l + e ) ( 0 - 7r /4))
si 0 = Arg (2) g]0,tt/2[. On a donc Re ((2e“ î7r/4) 1+c) > |2|1+ecos ((1 + c)tt/4) dans
n + + . On constate que \Fk\ < K (pour un certain K > 0) sur le bord horizontal de
II++ (puisque |F(i)| = ¿ ( ( 1 + \t\)N) lorsque t e K tend vers ± 00) et que |F^| < C sur
le bord vertical de ce même quadrant (du fait de Phypothèse \F(z)\ < CeB\zI et de la
présence du facteur 2 eiBz qui contribue à compenser la croissance exponentielle
de |F| sur ® + ) : du fait que cos((l + e)7r /4) > 0, le facteur exp ( - (2e~i7r/ 4) 1+e/fc)
est, lui, de module constamment majoré par 1 = e° dans tout le demi-plan fermé
{R e > 0 , Im 2 > 0}. On observe d’autre part que, pour k G N*,
e B\z\-\z\1+e co a ((l+ e )7 r/4 )/k
limsup \Fk(2)1 < C lim sup-----------/ r :r _ i \ jv---------- = °*
|*|->+oo |*|->+oo Vpl ■*■/
z£ n + + zeu++

En utilisant le principe du maximum dans n ++ fl D (0,i?), puis en faisant dans un


second temps tendre R tendant vers +00 en gardant 2 G n ++ fixé, on constate,
comme à Pexercice 2,61, a), que |Fk(z)\ < max(C, K) dans II+ + . On conclut en faisant
tendre k vers +00 que |F(z)\ < max(C,K) (1 + 1^1)^ eBlImzl dans II+ + . On effectue
un raisonnement analogue dans chacun des trois autres quadrants en introduisant la
suite de fonctions 2 h* F(z)e±iBz(z ± l)~ N exp ( - ¿(2e“ i£7r/4) 1+7 ^ )j ^ = 2,3 ou 4,
le signe devant iBz étant + si Im 2 > 0 dans le quadrant considéré (et — sinon), le
signe dans le facteur (2 ± l)~N étant + si R e 2 > 0 dans le quadrant (et — sinon). En
2.4. CORRIGÉS DES EXERCICES DU CHAPITRE 2 183

regroupant les résultats obtenus dans chacun des quatre quadrants pris séparément,
on conclut à l’estimation voulue dans C tout entier.

C orrigé de l’ex ercice 2.76.


a) Comme Zk est un sommet de K , le résultat est géométriquement immédiat : il
suffit de choisit un demi-espace fermé II contenant K tel que II fl K = {zk} et de
choisir un disque D inclus dans ce demi-espace, tangent en K à 011 et de rayon fik
voulu. L’existence d’un tel disque assure que est non vide. Comme l’ensemble des
rayons des disques de Fi est fini (inclus dans { l ,...,m } puisque fij < m pour tout
j = 1, il existe un disque de T\ de rayon maximal n .
b) On suppose que {|z —a\ < r} contient strictement plus de Zj (comptés avec leurs
multiplicités) que r. Soit r7 := c a r d {j ; \zj — a\ < r} > r. Le disque {\z —a\ < r '}
ne peut être dans T\ car cela contredirait la maximalité de n . Il contient donc un
nombre de Zj strictement plus grand que r' (de nouveaux Zj ont nécessairement surgi
dans la couronne {r < \z — a\ < r '}). On peut par conséquent reprendre cette fois à
partir de {\z —a\ < r '} le raisonnement que l’on vient d’opérer avec {\z — a\ < r}.
Evidemment, ceci ne saurait se poursuivre indéfiniment car il n’y a qu’un vivier fini
de points Zj ! Le résultat est ainsi prouvé par l’absurde.
c) Pour montrer que T 2 est non vide et qu’il existe, parmi les disques fermés de J 2,
un disque fermé de rayon maximal, il suffit juste de reprendre le raisonnement fait à
la question a ), mais cette fois à partir de la famille {C i,..., Cm -n} (supposée non vide
car m — ri > 0). Soit {|£ - 02! < 7*2} G 7*2, de rayon maximal. Si l’on avait 7*2 > ri,
{\z - a2\< 7*2} contiendrait strictement plus de points Zj (pris d ’ailleurs ici parmi les
(¿) que son rayon, ce qui est impossible d’après le résultat établi par l’absurde au b)
(on est en effet ici dans le cas où r = 7*2 > r{).
d) On part d’un disque {\z —a\\ < ri} de T\, Si ri = 7n, on s’arrête. Sinon, on
introduit la famille T 2 comme au c) et l’on choisit un disque {\z —û2|= r2} de rayon
maximal dans cette famille JF2, On recommence avec ce nouveau disque ce que l’on
vient de faire à partir de {\z —a\\ = r i } et l’on continue jusqu’à épuisement de la
famille {zu C ’est ainsi que l’on construit les p < m disques {\z —aj\ < r^},
j = 1, ...,p. Si Vj > k (k G N*) et que les disques {|£ — z\ < k} et {|£ — a,j| < Vj} se
coupent, on a \z —a,j\ < r j + k < 2r^, ce qui est exclus lorsque z £ U j{lC _ a j| < 2Vj}.
On introduit j(k) comme suggéré. Comme j(k) est le premier entier j tel que rj < fc,
cela signifie par construction même que {|C~^| < k} ne contient plus aucun des points
qui ont été « consommés » lors des j(k) —1 premières itérations de la procédure (on
utilise pour cela le résultat établi au b )). Il ne contient donc au plus que k — 1
points de la suite { 21, car, s’il en contenait plus de fc, il aurait figuré parmi
les disques fermés appelés à concourir pour la construction de la famille Fj{k)- Avec
l’ordre \z —z\\ < \z —Z2 \ < ••♦ < \z - zn\ qui est proposé, on note que, comme
{|£ — ^| = 1} ne contient aucun élément de { 21, on a \z\ - z\ < 1 ; comme
{|£—z\ = 2} ne contient qu’au plus un élément de { z i , ..., 2m}, on a \z2 —z\ > 2, et ainsi
de suite. On a donc bien YYjLi \z ~ z j\ > Comme em = YlkLomk/^ - mm/m^
on a bien 7n! > (m/e)m.
e) En changeant le rapport d ’échelle dans C, on peut bien sûr supposer C = m. On
prend alors Dmj = {|C- aj\ < 2 rj}, j = 1, ...,p, ces disques fermés ayant précisément
été construits au d).
184 2. HOLOMORPHIE ET ANALYTICITÉ

Corrigé de l’exercice 2.77.


a) Que / n’ait qu’un nombre fini de zéros dans D (0 ,2R) résulte du principe des zéros
isolés : si l’ensemble des zéros dans D( 0,2 R) était infini, cet ensemble aurait un point
d’accumulation (d’après le théorème de Bolzano-WeierstraB) dans {\Ç\ < 2i?}, donc
nécessairement à la frontière de ce disque puisque / n’est pas identiquement nulle
dans D(0,2R) (/(0 ) = 1). Ceci est impossible car / ne s’annule pas sur le cercle
{|<| = R}. Comme (pZj/(2R)Az/R) = (^ /(2-R ) - < )/(l - ZjÇ/(4R2)), l’homographie
z ^ j./(2H),o(^/(2iî)) est bien holomorphe dans D (0 , 2R) et n’a comme seul zéro
que le point Z j , ce avec la multiplicité 1. Comme les seuls zéros de / dans D (0, 2R)
(comptés avec multiplicités) sont z \%..., z9, le quotient de / par le produit des fonctions
2 ipZj/(2R)${zlR)/zj est bien une fonction holomorphe dans D (0 , 2R) et ne s’y
annulant pas. Comme D{ 0 ,2R) est simplement connexe, il résulte de la proposition
1.13 qu’il existe une fonction gy holomorphe dans £)(0, 2R), telle que ce quotient
s’écrive sous la forme 2 ■-> exp (g(z)). Comme /( 0 ) = 1 = <pZj to(0)/zj pour tout
j = 1, syon a exp(<j(0)) = 1 et l’on peut par conséquent choisir g telle que p(0) = 0.
b) On a, d’après la formule établie à l’exercice 2.9,
w f 2n H0
mg(2 R) - g(2Rw) = mg(2R) + - (mg(2R) - Re [g{2Rée)}) .g _ .
TT Jq 6 XL)
En particulier, il vient, du fait que la fonction 6 i-> mg(2R)—Re [g(2Reie)] est positive
sur [0, 2tt] et que Re [g(2Reld)\ d.0 = 2k Re [p(0)| = 0,

|w| < 1/2 = » \g(2Rw)\ < J * ( m2R(g) - Re [g(2Reie)]) de < 2mg(2R).

Or mg(2R) = log[sup|£|=2jî |/|] = logM 2JR (/) puisque toutes les fonctions (pZjto sont
de module égal à 1 sur le cercle unité. L’inégalité demandée en résulte (on prend
w = z/2R e {\w\ < 1 /2 } si \z\ < R).
c) On applique le lemme de Cartan-Boutroux établi à l’exercice 2.76, d ) comme
suggéré. Hors d’une union finie de disques d’exclusion dont la somme des rayons
n’excède pas 4eRy on a n ^=i \z “ z j\ ^ (2eR/s)s. On a d’autre part, par l’inégalité
triangulaire, r ij= i K# 2 ” ZjA ^ (6i î 2)a si \z\ < R. On en déduit

AA zj
-j-r Vzj/j2R),o(^ /(2-R))
\zi...z8\\
(2R)8 /2eR\s 1
s ) (6R2)8 ~ \3e/

On conclut en utilisant la minoration établie au b) puisque

l /M I = expO teaM ) x n
j= 1 Zj

d) D ’après la version généralisée du lemme de Schwarz établie à l’exercice 2.70 (en


prenant dans cet version 2R à la place de r et 2kR à la place de R)y on trouve
log M2r U) < logM 2Kfl( / ) - s\og(n - 1). Comme |/(0)| = 1, on a log M2r U) > 0
de par le principe du maximum. On a donc s < (log M2KR(f))/ log(/c - 1), d ’où le
résultat en reportant dans l’inégalité établie au c) et en utilisant le fait (conséquence
une fois encore du principe du maximum) que l o g i W ^ /) < log M2KR{f).
C H A P IT R E 3

Singularités isolées, méromorphie et théorèmes


d’approximation

3.1. Singularités isolées des fonctions holomorphes

Soit / une fonction holomorphe dans un ouvert U de C. Un point zo adhérent


à U est dit singulier (pour la fonction / ) lorsqu’il s’avère impossible de prolonger /
en une fonction holomorphe dans l’ouvert U augmenté d’un voisinage ouvert de zo.
Par exemple, lorsque U = D( 0, R) est le disque (ouvert) de convergence d’une série
entière, on a vu (à l’occasion de l’exercice 2.30) que le cercle {|£| = R} contenait
nécessairement au moins un point singulier et qu’il était même possible (c’est le cas
des séries entières lacunaires) que tous les points de ce cercle le soient. Dans cette
section, nous envisagerons la situation particulière où la singularité zo se trouve isolée
dans î/, introduirons le développement de Laurent de / au voisinage épointé d’une
telle singularité et, parmi les coefficients qui s’y trouvent impliqués, le seul à présenter
une robustesse « géométrique » (ce qui en explique l’importance), à savoir le résidu
en cette singularité isolée de la 1-forme (abélienne dans U) /( £ ) d(.

3.1.1. Singularités isolées et coupures

Nous introduisons le concept de singularité isolée en un point pour une fonction


holomorphe / . Par singularité isolée en zo de / , nous entendons que la fonction / en
question soit holomorphe dans tout un voisinage ouvert épointé de (c’est-à-dire un
zq

voisinage ouvert de zq auquel on a retiré ce point), mais non a priori au voisinage


de Zo (on dit qu’elle est singulière en ce point, elle n’a d ’ailleurs nulle raison d ’y être
définie!). Cette situation est bien sûr très particulière. Il est fréquent de se trouver
face à des situations plus complexes mettant en jeu des singularités non isolées :
l’exemple de la fonction

(3.1) 2 ë C \ {tei6° ; i > 0} i > log \z\ + i arg]eo,00+2w[(^)


illustre pareil état de fait. Le qualificatif imagé plus général utilisé au XIXe siècle pour
décrire ces situations plus complexes est celui de « coupure » ; on dit par exemple
que la fonction logarithme complexe (3.1) présente une « coupure » le long de la
demi-droite fermée {te%6° ; t > 0}, ou encore que cette demi-droite fermée constitue
une coupure pour la fonction (3.1). Pour une série entière lacunaire de rayon de
convergence R > 0, le cercle de convergence constitue une coupure (exercice 2.30, c)).

D é f i n i t i o n 3.1 (singularité isolée d’une fonction holomorphe en un point zo de


C). Une fonction / définie et holomorphe dans un ouvert épointé U\{zo } (où zq G U
186 3. SINGULARITÉS ISOLÉES, MÉROMORPHIE ET THÉORÈMES D’APPROXIMATION

et U est un ouvert de C) est dite fonction holomorphe présentant une singularité


isolée au point zo € U.
Il est également important d ’envisager le concept de singularité isolée à l’infini.

D é f i n i t i o n 3.2 (singularité isolée d’une fonction holomorphe à l’infini). Une


fonction / définie et holomorphe dans tt+(V \ {iV }), où V est un ouvert de la sphère
de Riemann S2 contenant le pôle nord N = (0,0,1), et 7r+ désigne la projection
stéréographique depuis ce point, est dite fonction holomorphe présentant une singu­
larité isolée à l’infini
R em a rq u e 3.1. On note que 7r+ (F \ {N }) est un ouvert de C contenant le
complémentaire {\z\ > i?} d’un disque fermé pour R assez grand.

3.1.2. D év elop p em en t de Laurent d ’ une fon ction h olom orp h e dans une
cou ron n e o u au voisinage ép oin té d ’ un poin t

Avant de revenir au cas plus spécifique des fonctions holomorphes / dans un ouvert
U \ { 20} de C et présentant une singularité isolée au point 20, nous allons déduire
du théorème de représentation de Cauchy (théorème 2.4) le théorème d’analyticité de
Laurent*. Ce résultat constitue une extension importante du théorème d ’analyticité
au sens de Taylor (théorème 2.5).

T h e o r e m e 3.1 (théorème d’analyticité de Laurent). Soit U un ouvert de C,


{|C — 2o| < -Rmin} un disque fermé de centre inclus dans U (où R min > 0) et f
zq

une fonction holomorphe dans U \ {|C - zo\ < fimin}- Soit i?max €]0,+oo] la borne
supérieure de l’ensemble des réels r > Rm[n tels que la couronne ouverte
\z G C J lîm in ^ \z Zq\ < r}
reste incluse dans U (c’est-à-dire la distance de zq au bord de U, voir la figure 3 .1 ),

Alors :
(1) Pour tout r E ] i ï m in , i? m a x [, les coefficients de Fourier de la fonction C°° 2tt-
périodique 6 G [ 0 ,27r] — >f(zo
i + re%e) G C, à savoir les nombres rpariP(zo),

(3.2)

s ’expriment sous la forme r pap(zo), où üp (zq) ne dépend pas de r ;

(2) Les séries entières J2k>ia-k(zo)Xk et J2k>oak(zo)Xk ont des rayons de


convergence respectivement supérieurs ou égaux aux seuils 1 /Rm\n e]o, +00]
et Æmax e] 0 , +00].

1. Avant de s’intéresser aux mathématiques sous l’impulsion de Cauchy, le polytechnicien Pierre


Laurent (1813-1854) fut avant tout ingénieur hydraulicien. C ’est en travaillant au projet de port du
Havre qu’il entama une carrière (mal reconnue de son temps) de mathématicien.
3.1. SINGULARITÉS ISOLÉES DES FONCTIONS HOLOMORPHES 187

FIGURE 3.1. Le cadre du théorème d’analyticité de Laurent

(3) On a enfin

+oo +oo

/q q, f(z) = Y , a~k(Zo) {Z - Z0)~k + Y °*(*>) (Z “


k=1 fc=0

Wz G {z G C î i?min < |^ — ^o| < -Rmax}*

R em arqu e 3.2 (clause d’unicité et développement en série de Laurent dans une


couronne). Soit r G]Æmin,iîmax[- Si / admet un autre développement de la forme

f(z ) = Y a r ,- k ( z - Zo)~k + Y ar,k(z - Zo)k ,


k>1 fc>0

valable sur tout le cercle de centre zq et de rayon r, tel que les deux séries entières
Ylk> i a r ~ k X k et Y^k>o a r , k X k aient des rayons de convergence respectivement stric­
tement supérieurs à 1/ r et r, alors nécessairement ar¿ = ûAj(^o) pour tout k G Z. Ceci
résulte immédiatement de l’unicité du développement en série de Fourier d ’une fonc­
tion C°° 27r-périodique de R dans C. La développement (3.3) est appelé développement
de la fonction f en série de Laurent (centré en zoJ dans la couronne ouverte extrémale
{Æmin < ¡z - Zq\ < -Rmax}> plus grande couronne ouverte incluse dans l’ouvert
U \ {|£ — zq\< ümin} dans lequel / est supposée a priori définie et holomorphe.
188 3. SINGULARITÉS ISOLÉES, MÉROMORPHIE ET THÉORÈMES D’APPROXIMATION

D é m o n s t r a t io n . Le point (1 ) résulte du fait que, pour tout p e Z, la forme


différentielle

dÇ m
« - 20)P+1
est abélienne (c’est-à-dire du type h(()dÇ avec h holomorphe) dans la couronne ou­
verte T := {Rmin < \z—zo\ < Æmax}- Elle est donc fermée, par conséquent localement
exacte dans cette couronne. Si i?min <r\ <V 2 < Æmax> les deux lacets

t e [0, 1] h-» z0 + r ,e 2Mr< , j = l, 2 ,


sont homotopes (via F(t,s) = zq + se2ilTt, 0 < t, s < 1) dans l’homotopie entre
lacets libres H r (définition 1.14). Le fait que ariiP(zo) = o>r2 , p ( z o ) résulte donc de la
proposition 1.12 (volet 2).
Le point (2) résulte de la formule de Plancherel, qui assure
fc= + o o 1 p2ir
(3.4) Y \ak(z0)\2r2k = — / \f(zo + rei6)\2dd < sup |/|2 < +oo
kt^oo 27r J * l*~*>l=r
pour tout r E]i2min, -Rmax[* La série entière J2k>î a-k X k converge donc normalement
dans le disque fermé {\X\ < 1 /r }, tandis que la série entière Ylk>oakXk converge
normalement dans le disque fermé {\X\ < r }. Comme r peut être choisi arbitraire dans
]Rm[n, i2max[» on en déduit les minorations voulues pour les rayons de convergence des
deux séries.
Pour le point (3), on choisit n < T2 arbitraires dans ]Æmin>-Rmax[ et Ton utilise, en
choisissant comme ouvert la couronne ouverte {r i < ¡z —zo\ < r2}, la formule de
représentation (2.26) (avec ici p = 1) du théorème 2.4 de représentation de Cauchy
(dans sa version analytique). Pour tout point z dans {ri < \z —z$\ < r2}, il vient
donc, en appliquant cette formule :

m
(3.5)
t€ [ 0,l]»-+zo+r 2e2i7rt < z

-Li/t€ [0 ,l]i-*3 o + rie 2i7rt C z

La première des deux intégrales au second membre de (3.5) s’exprime sous la forme

m

2%1X JÍtg (o ,l]i-+ zo + r 2e2i,r< (C z o) (z - Zo)

(3.6) = j_ f m d<
2*TTJtit6 [0 ,l)i-> ío + r2 C 2*,' t C Zo l _ £ ___ £0
Ç -z o
Comme |z —zo\ < r%, on a

C -^ 0
(la convergence de cette série de fonctions de C étant uniforme en la variable £ sur
le cercle de centre zq et de rayon r2). On peut donc intervertir série et intégrale
3.1. SINGULARITÉS ISOLÉES DES FONCTIONS HOLOMORPHES 189

après développement de l’intégrant (C étant précisément la variable d’intégration)


sous l’intégrale figurant au second membre de (3.6) pour obtenir

(3.7) — f
2WT ,/tG [0,l]h -»zo+ r2e2i7rt S
J ^ d { = '<
%
¡ r, a r2,k(zo)(z-zo)k = ' ¿ a k(zo)(z - z0)k.
k=0 k=0
La seconde des deux intégrales au second membre de (3.5) s’exprime sous la forme

/« ) dÇ =
Ле[о, l]i-¥zo+rié2i,'t (C *0) (z Zo)
(3.8) Ж ) dÇ
<6[0,l]i-»zo+ri e2int Z —Zo J _
2îtt Ле[0, C__£0
Zo
Comme ¡z — zo\ > ri, on a :

1 C Zp
VC e {|C —^ol = n }
x C zp z - Zo y
z - Zo
(la convergence de la série de fonctions de Ç étant uniforme en la variable £ sur le cercle
de centre zq et de rayon ri). On peut donc à nouveau intervertir série et intégrale
après développement de l’intégrant (C étant précisément la variable d ’intégration)
sous l’intégrale figurant au second membre de (3.8) pour obtenir cette fois
+oo

d<> =y£ 2 ar2,-k-i(zo)(z - z0y

k- 1
2in Ju
t€[0,1]ь4го+Г2e2int С- Z k=0
(3.9) +oo

o ) - fc.
k= 1
En ajoutant les contributions (3.7) et (3.9) (dont la somme reproduit f(z) d ’après
(3.7), on obtient la formule (3.3) voulue, mais seulement sous la condition que 2
appartienne à la couronne ouverte {r i < \z — z$\ < r2}. Cependant, le choix de ri et
7*2 tels que ri < r2 étant arbitraire dans ]Æmin} -Rmax[ï on a bien en fait validité de
cette formule pour tout z dans la couronne ouverte {Rm\n < \z —zo\ < Rmax}* Ceci
achève la preuve des trois points du théorème d’analyticité de Laurent. □

C orollaire 3.1 (développement de Laurent au voisinage épointé d’une singu­


larité isolée). Soit U un ouvert de C, zo € U, et f : U \ {¿o } —> C une fonction
holomorphe dans U \ { } . Dans la couronne {z G C ; 0 < \z — zo\ < d(zo,dU)}, où
z q

d(zo)dU) désigne la distance de à la frontière de U, la fonction f se développe de


zq

manière unique en série de Laurent :


4-00 +oo

(3.10) f(z) = a-k(zo) (z - z0)~k + ak(z0)(z - z0)k,


k=l k—0

la série entière Ylk>ia-b(zo)Xk ayant pour rayon de convergence +oo et la série


entière J2k>o ak(zo)Xk ayant un rayon de convergence au moins égal à d(zo, dU). De
190 3. SINGULARITÉS ISOLÉES, MÉROMORPHIE ET THÉORÈMES D’APPROXIMATION

plus, on a

ар Ы := ^
1
jQ
f™
f(zo + rei$)e ~ip9 d0
(3.11)
de, VpG Z, Vr е ]0 ,ф о ,9 С /)[.
2гтг Ju
* e [0 ,l]»-> * o + re 2i7r* (C - Zq )p+1

Les nombres ap(zo), p G Z, soni appelés coefficients de Laurent de f au voisinage de la


singularité isolée zo de la fonction holomorphe f . Le développement (3.10) est appelé
développement de Laurent de f au voisinage (épointé) de cette singularité isolée.
D é m o n s t r a t i o n . Il s’agit d’un cas particulier d’application du théorème d’ana­
lyticité de Laurent (théorème 3.1), complété avec la remarque 3.2 (pour ce qui concerne
la clause d’unicité). On prend ici Rm{n = 0 et i î max = d(zo, dU). □

Remarque 3,3 (partie polaire, partie régulière). Il résulte de la form ule (3 .1 0 )


que la fon ction h olom orph e / : U \ {zo} C se scinde dans la couronne ouverte
Гго : = {0 < \z - zo\ < d (zo, dU)} en la so m m e

(3 -1 2 ) / = (P o l 20[/])| Г, о + (R e g 20[/])| r ,0

de la restriction à Г го de la fon ction

+oo
(3 .1 3 ) P o l20[ /] : г G C \ {*>} 1— > ^ 2 a-k(zo) (z — zo)~k
k=1
et de la restriction à TZo de la fon ction

+<x>
(3 .1 4 ) R e g 2o[ / ] :zeD (zo,d(zo,dU ))*—>'^2ak(z o )(z -z o )k.
fc=o
L a fonction P o l20[ /] définie en (3 .1 3 ) est dite partie polaire de / en zq. Il s ’ agit (c ’est
im p o rta n t) d ’ une fon ction h olom orph e dans C \ {zq}. L a fon ction R e g Zo[f] définie en
(3 .1 4 ) est d ite partie régulière de / en zq. Il s ’ agit (c ’est im p o rta n t égalem en t) d ’ une
fonction h olom orph e d ans to u t le disque ouvert D(zo,d(zo,dU))} zo cette fois inclus.

C o r o l l a i r e 3 .2 (dévelop p em en t de Lau rent au voisinage de l ’infini). Soit V un


voisinage ouvert du pôle nord N = ( 0 , 0 , 1 ) dans la sphère de Riemann S 2 , et f une
fonction holomorphe dans l’ouvert tt+(V \{N }), c ’est-à-dire une fonction holomorphe
présentant une singularité isolée à l’infini. Dans la couronne ouverte {\z\ > R}, où

R := sup {ICI ; C $ 7Г+(У \ {-W })}i


la fonction f se développe de manière unique en série de Laurent :
+oo +oo
(3 .1 5 ) f(z) = ak(oo)zk + ^2 a -k(oo) z~k
fc= 1 k=o
la série entière J2k>i ak(oo)Xk ayant pour rayon de convergence + o o et la série
entière Y^k>Qa-k (°°)X k ayant un rayon de convergence au moins égal à l/R. De
3.1. SINGULARITÉS ISOLÉES DES FONCTIONS HOLOMORPHES 191

plus, on a
1 f 2ir
ap( ° ° ) : = w / f ( ret6)e~ip0 d0
(3.16) 2 Jo
K f 1 HO
= ^z Vp e Z, Vr > R.
JtelOA^re2™*
Les nombres ap(oo), p G Z, sont appelés coefficients de Laurent de f au voisinage de
l’infini de la fonction holomorphe f . Le développement (3.15) est appelé développement
de Laurent de f au voisinage (épointé) de l’infini.
D é m o n s t r a t io n . L a fon ction

U) h* f(l/w)
est holomorphe dans un voisinage épointé de 0 et présente une singularité isolée en
l’origine. On peut donc lui appliquer le corollaire 3.1. Cette fonction (holomorphe
dans D( 0, l/R) \ {0 } vu la définition de R) se développe en série de Laurent dans
D{ 0 ,1/JR) \ {0 } sous la forme
+oo +oo

f(l/w) = 6_ fc(0) w~k + ^ 2 h ( 0 )wk,


k= 1 /c=0
où le rayon de convergence de la série YLk>î k(0)X~k vaut + oo et celui de la série
entière J2k>o h{0)wk est au moins égal à 1~/R. On a donc, pour tout 2 tel que \z\ > iî,
+oo oo

/ ( * ) = Y l b~k(°) *k +
k= 1 fe=o
On obtient bien le résultat voulu si l’on remarque que, pour r > R, pour tout p G Z,
on a, d’après le corollaire 3.1 (formules (3.11)) :

w<o - ¿ ¡ f
l ï M d u = ' [ (((v
£0 Jte
J t e [[o,i
0 ,l ] ^ e 2iirt/ r ^p+1 2 î 7T J te[0,l]t-ïre~ 2i7rt C2
= ± [ m dC.
i/ t € [0,l]^ r e « » * C p+1

3*1.3. Résidu en une singularité isolée et version topologique de la formule
des résidus

Soit / une fonction holomorphe au voisinage (épointé) d’un point zq du plan complexe.
Cette fonction présente donc une singularité isolée en zo et se développe en série de
Laurent (3.10) au voisinage (épointé) D(zo,r) \ { 20} (avec r > 0 assez petit) de ce
point. Pour p G Z, le coefficient de Laurent ap(zo) de / au voisinage de zo s’exprime
sous la forme

où 7 désigne n’importe quel lacet continu de support inclus dans D(zo,r) \ {zo} et
d ’indice 1 par rapport au point zo> Ceci résulte en effet de la proposition 1.14, combinée
avec la proposition 1.12 : en effet, si le lacet 7 est d’indice 1 par rapport à 20, alors
192 3. SINGULARITÉS ISOLÉES, MÉROMORPHIE ET THÉORÈMES D’APPROXIMATION

ce lacet 7 est (d ’après la proposition 1 .1 4 ) h o m o to p e à t G [0 ,1] ^ zo + pe2int pour


0 < p< r dans l ’h om oto p ie entre lacets libres 'HD(z0,r)\{z0}> et l ’on a par conséquent
d ’après la p roposition 1.12 (volet 2), pour to u t p e Z ,

j_ r m .. 1 r m .
2in Jy (c - zo)P+' ^ 2iTT Jt€[o,ilH+w+Pe«-. (C - *o)p+1 ç - ap[Zo)-
Si l’on effectue un changement de variable biholomorphe 2 = x (w) au voisinage de zo
(tel que x i zo) = ^o, niais différent de l’identité), on constate que

<3.18) - £ l * - l x (x M _ ^ m a

Du fait de la présence du facteur intempestif (x(w) — zo)~ p'~1 sous l’intégrale curvi­
ligne au second membre de (3.18), on constate que, de tous les coefficients de Laurent
ap(zo) (pour p e Z) de / au voisinage de sa singularité isolée zq, le seul qui présente
une robustesse au niveau géométrique (au sens où il est préservé par un tel biholo-
morphisme local x ^ M) est celui pour lequel un tel facteur intempestif ne figure pas,
c’est-à-dire celui correspondant à p = —1 :

<3.19) < .-,(« ,) £ ¿ / [ / « k i-

Ce coefficient a-\(zo) ne dépend que de la 1-forme différentielle /(C)dC> au sens


où il s’agit de l’intégrale de cette 1-forme sur un lacet 7 d’indice 1 par rapport à
la singularité zo> Ce constat majeur nous conduit naturellement à particulariser ce
coefficient a-i(zo) et à poser la définition suivante :

D é f i n i t i o n 3.3 (résidu local en un point zq de C ) . Soit / une fonction holo-


morphe dans un voisinage épointé de zo, présentant donc une singularité isolée en zq.
Le coefficient de Laurent a-i(zo) de / au voisinage de zq est appelé résidu en zq de
la forme (abélienne dans un voisinage épointé de ¿0) /(C ) n°té Res*0[/(C) ¿C]-
R em a rq u e 3.4 (pourquoi le résidu d’une 1-forme et non d’une fonction?). C ’est
la robustesse géométrique matérialisée par l’invariance par biholomorphisme local
(3.19) qui justifie que l’on parle de résidu local en zo de la 1-forme /(C)dC et non
(comme c ’est souvent le cas par commodité dans la littérature) de résidu local en
zo de la fonction / . Nous conserverons dans ce cours le point de vue consistant à
interpréter le résidu local en comme le résidu d’une 1-forme abélienne (présentant
zq

une singularité isolée en zo) et non d’une fonction holomorphe (présentant une singu­
larité en zo) ; la forme abélienne se trouve intégrée sur un lacet (ici 7 : t h* zo+pe 2iirt,
avec p > 0 assez petit) d’indice 1 par rapport à la singularité zo. Ce point de vue
géométrique est très important. Henri Poincaré fut l’un des premiers à souligner le
rôle d’un tel concept au travers de son interprétation géométrique (voir par exemple
[CGL] et l’exercice 1.50).

O11 peut également définir de manière identique le résidu à l’infini d’une fonction
holomorphe présentant une singularité en ce point (voir la définition 3.2).

D é f i n i t i o n 3.4 (résidu à l’infini). Soit / une fonction holomorphe dans un ouvert


de la forme 7r+ (Vr\ {N}), où V désigne un voisinage du pôle nord N dans la sphère
de Riemann, et 7r+ la projection stéréographique sur le plan complexe depuis ce pôle
3.1. SINGULARITÉS ISOLÉES DES FONCTIONS HOLOMORPHES 193

nord. Le résidu à l’infini de la forme f(Ç)d( (abélienne dans {|C| > -R} pour R
suffisamment grand) est l’opposé du coefficient de Laurent a _i(oo) de / au voisinage
(épointé) de l’infini, soit, d ’après les formules (3.16),

(3.20) ReSoo[/(C)dC] = - a _ i ( o o ) = f f ( O dC

pour R > 0 assez grand (pour que le cercle de centre 0 et de rayon R soit dans 7r+ (Vr)).
R em arqu e 3.5. La définition (3.20) est bien conforme à la robustesse que nous
venons d’évoquer au niveau géométrique : si l’on songe en effet au changement de
carte locale 2 w = I / 2, compte tenu du fait que le résidu ne doive dépendre que de
la forme différentielle, la définition de Resoo[f(Ç)dÇ] se doit d’être (voir la définition
des bp(0) en (3.17))

RwooLfK ) dC] = R e s o [ / ( ¿ V Q ] = - R * o [ / ( 1 ) = - b i (0) = —o _ !( o o ) .

D ’autre part, le lacet t G [ 0 , 1] Re2mt se trouve être, lorsqu’il est considéré sur la
sphère de Riemann S2 (ou sur F1(C), ce qui revient au même), un lacet d’indice —1
par rapport au point à l’infini. L’intégrale sur ce lacet de la forme /(£ ) dÇ est donc
bien l’opposé du résidu à l’infini de cette 1-forme, ce qui est donc cohérent avec la
présence du signe moins au second membre de (3.20).
Soit zo G C. Le résidu local Res20[/(£)dC] ( / étant une fonction holomorphe dans
D(zo,r) \ {¿o } pour r > 0 assez petit) matérialise de fait l’obstruction pour que la
forme f(z) dz, considérée comme forme abélienne (c’est-à-dire continue et localement
exacte, ou encore de classe Cl et fermée, ce qui revient au même d’après le théorème
2.3 de Morera) soit exacte dans D(zo>r) \ { ^ o } 1* En effet, on peut écrire, dans le
disque épointé D(zo)r) \ { zq},
(3.21)

/ « > d< = m w ^

= [/«)dflg - +d[g +g .
Si 7 désigne un lacet continu de support inclus dans D(zoir) \ { zq}> on peut donc
affirmer, compte-tenu du fait que l’intégrale sur ce lacet d ’une 1-forme continue exacte
dans D(zo,r) \ {¿ 0} est nulle, que

(3,22) h l m d<=Res^ [/(o d^]x è ^ l = ReSza [m d<] xInd(7>Zo)


d’après la définition de l’indice.

La formule (3.22) constitue la version locale d ’un résultat global très important, la
formule des résidus, dont nous donnons ici une version topologique (une version ana­
lytique sera proposée ultérieurement, avec le théorème 3.6).

1. Pour une formulation plus précise de ce fait, en termes de description du groupe de cohomologie
H 1(Un , C) ~ CN ~ # o ({p i , •••)Pn } » (C)) dans le cadre global où Un = U \ {p i, ...,p w }, où U est un
ouvert de C homéomorphe à C (par exemple un disque ouvert), voir aussi l’exercice 1.50.
194 3. SINGULARITÉS ISOLÉES, MÉROMORPHIE ET THÉORÈMES D’APPROXIMATION

T héorème 3.2 (formule des résidus, version topologique). Soit U un ouvert de


C, 2i ,..., 2# N points de U, et f : U \ { 2i , . . . , 2w } —> C une fonction holomorphe
dans U \ présentant donc des singularités isolées aux points 2i ,...,2jv.
Soit 7 un lacet homotope à un lacet constant t G [0,1] »-* a, a G U, dans Vhomotopie
Hu entre lacets libres de U, tel que le support de 7 soit inclus dans U \ { z \ ^ .^ z n } .

On a
1 i N
(3.23) — f № dt = J 2 R « . , [/(C) df] X Ind(7, Zi).

D émonstration . La fonction
N
z e u \ { z u .... zN) > f(z) - Y , Po1^- lfKz)
i'= l
se prolonge en une fonction holomorphe au voisinage de chacun des points zi, ..^zn
dans U. Ceci résulte du scindage (3.12) (remarque 3.3) au voisinage de = Zj dans zq

[/, j = 1, Cette fonction se prolonge donc en une fonction / holomorphe dans


U. La proposition 1.12 implique

[ f(C)dÇ = f f(C)d( = 0.
«/7 J t€ [ 0,l]i-> a

Or, pour j = 1,..., JV, on a, dans l’ouvert C \ {zj},

P o l„[/](O d C = ResZj[f(<;)d(} + d [ Y / i - k(zj ) (C ~ Z


f k ~k\.

On en déduit

^ J Vo\Zj [ / ] « ) dÇ = ResZj [/(£ ) dC] x Ind(7 , *j), j = h - , N.

Or

à 1/1(0 « • - à l /(0 « =
La formule des résidus globale (3.23) est ainsi démontrée. □

R em arqu e 3.6, Le théorème 3.2 reste valable si l’ensemble fini { 21, des
points que l’on exclut est remplacé par un sous ensemble Z de U n’ayant aucun point
d’accumulation dans U et évité par le support du lacet 7 . Le sous-ensemble Z des
points z G Z tel que Ind(7 , z) ^ 0 est dans ce cas un sous ensemble fini de Z , à
savoir { 21, ...,2w }, et la formule (3.23) reste valable. En effet, ce sous-ensemble Z
est certainement borné; s’il était infini, il aurait, d’après le théorème de Bolzano-
Weierstrafi, un point d’accumulation 2oo dans C\U (il ne saurait par hypothèse avoir
de point d ’accumulation dans U). En ce point Zqq, l’indice / ( 7 , Zqo) serait non nul du
fait que l’indice est localement constant (proposition 1.10), ce qui est en contradiction
(d’après la proposition 1.12, volet 2) avec le fait que la forme dC/(C “ zoo) est fermée
(donc localement exacte) dans U et que 7 est homotope dans l’homotopie entre lacets
libres Hu au lacet constant i G [ 0 , l ] 4 a G C .
3.1. SINGULARITÉS ISOLÉES DES FONCTIONS HOLOMORPHES 195

3,1.4. E xercices

E xercice 3.1 (développement de Laurent des fractions rationnelles),


a) Soient a et b deux nombres complexes non nuis tels que \a\ < |6|. Déterminer les
développements de Laurent (centrés à l’origine) dans le disque ouvert D(0, |a|), dans
la couronne ouverte {|a| < |z| < |6|}, puis enfin dans la couronne ouverte {\z\ > |6|},
pour la fonction
z G C \ {û, &}
(z —a)(z —b) *
b ) Soit F G C(X). Montrer que le développement de Laurent de z i-» F (z) dans la cou­
ronne « extérieure » r ext(F ) := {\z\ > max{|a| ; a pôle de F } s’exprime sous la forme
F{z) = Y^k>ko h{k) z~k avec ko € Z (on dit que la suite {h(k))kez figure la réponse
impulsionnëlle d’un filtre rationnel réalisable). Montrer que cette couronne extérieure
Text(R) est la seule couronne centrée à l’origine et limitée par les cercles de rayons
les modules distincts des pôles dans laquelle F puisse avoir un tel développement de
Laurent (en les puissances de l/z) limité à gauche par un seuil ko.

E xercice 3.2 (développement de Laurent dans une couronne). Développer en


série de Laurent (de puissances de z — 1) dans C \ { 1} la fonction

¿ G C \ { l} H - + e x p ( _ L _ ) .

Développer en série de Laurent (de puissances de z) cette même fonction dans la


couronne {\z\ > 1}.

E xercice 3.3 (développement de Laurent dans une couronne). Donner le dévelop­


pement de Laurent (en les puissances de z) dans la couronne {\z\ > 1} de l’unique
fonction F, holomorphe dans cette couronne, telle que F(2) > 0 et que soit satisfaite
l’identité (z + 1) (F (z ))2 = z — 1 dans {\z\ > 1}. On justifiera dans un premier temps
l’existence et l’unicité d’une telle fonction F.

E x ercice 3.4 (développement de Laurent dans une couronne). Pour chacune


des deux séries de Laurent suivantes (respectivement en les puissances de z et de
z —1), trouver une couronne C (centrée en z = 0 dans le premier cas, en z = 1 dans le
second) et une fonction / holomorphe dans la couronne C telle que la série de Laurent
représente le développement de Laurent de la fonction / dans cette couronne C :

E m (»' “ O ' “ 1) £ 2- ^ - 1)*.


kez 1 ' 1 k£z
E xercice 3.5 (développement en série de Laurent au voisinage d ’un point). Soit
/ une fonction holomorphe dans un voisinage épointé de l’origine. On suppose qu’il
existe e > 0 tel que |/(^)| = 0(|z|"1+c) lorsque |z| tend vers 0. Montrer que la fonction
/ se prolonge en une fonction holomorphe au voisinage de l’origine.

E xercice 3.6 (interprétation géométrique du résidu d’une 1-forme abélienne).


Soit a G C un paramètre complexe et ü a la 1-forme abélienne dans C* définie par
a 1
196 3. SINGULARITÉS ISOLÉES, MÉROMORPHIE ET THÉORÈMES D’APPROXIMATION

En utilisant le développement établi à l’exercice 2.22, c), montrer que, si p G Z, la


forme différentielle iîa (C) ¿C/Cp est exacte dans C* si et seulement si la paramètre a
appartient à un sous-ensemble 2?p de C (au plus dénombrable) que l’on précisera.

Exercice 3.7 (développement de Laurent à l’infini, transformée de Cauchy d’une


mesure). Soit K un compact du plan et (x une mesure de Radon de masse totale finie
(c’est-à-dire une combinaison — \x~ + i(i/+ —v~) de quatre mesures positives de
masse totale finie), de support inclus dans K. Montrer que la fonction

(dite transformée de Cauchy de fi) admet une singularité isolée à l’infini. Calculer le
développement de Laurent de cette fonction au voisinage (épointé) de l’infini. Dans
quel disque épointé (centré en l’infini) ce développement est-il valable? Que vaut
R e s o o p n /^ ) dz] ?

Exercice 3.8 (développement de Laurent à l’infini). Soit / : C h^ C une fonction


entière telle que les coefficients de Laurent afc(oo) soient tous nuis pour k G N assez
grand. Montrer que / est nécessairement une fonction polynomiale.

Exercice 3.9 (le théorème de Polya-Cramérx).


a) Soit K un convexe compact du plan et Hk la fonction z e C k supçe K Re(Çz).
Calculer Hk lorsque K = D( 0, «), puis lorsque K = [—k, k]2 (k désignant un nombre
strictement positif).
b ) Soit $ : J2kLo bk zk une fonction entière telle que, pour tout e > 0, il existe C€
telle que |$(z)| < CeeHl<M+d*! pour tout z G C. Prouver que l’on définit une fonction
holomorphe dans le demi-plan {Rez > sup{ReÇ ; £ £ K } } en posant
poo
J&q (z) = / $(t)e~tzdt si Rez > Rk := sup{Re£ ; C £ H}.
Jo
c) En utilisant des fonctions auxiliaires convenables (définies et holomorphes
dans des demi-plans ouverts adaptés, le paramètre 6 parcourant [0,27r[), montrer que
la fonction introduite à la question b ) se prolonge en une fonction holomorphe
(notée encore «£f$) dans C \K. Penser pour cela à introduire (en explicitant chaque fois
un demi-plan ouvert n# dans lequel la fonction introduite est définie et holomorphe)
les fonctions
poo
: 2 h* / e~te% z $(t)dt, 6 G [0,27r[.
Jo
On rappelle ici qu’un convexe compact du plan est intersection des demi-plans fermés
qui le contiennent.1

1. L’étude des séries de Dirichlet, notamment de la réécriture de leur somme (aux fins d ’en
exhiber par exemple un prolongement holomorphe explicite), demeure au centre des préoccupations
mathématiques à la croisée de l’analyse et de la théorie des nombres. Prétexte ici à un exercice sur les
développements de Laurent, voici un problème bâti autour d ’un résultat (ou plutôt d ’une méthode,
inspirée des transformations de Laplace et de Borel, voir les exercices 2.32, 2.45, qu’il est nécessaire
d ’avoir traité en préalable à cet exercice) introduite par le mathématicien hongrois George Pôlya
(1887-1985) et son collègue suédois Harald Cramér (1893-1985), voir la thèse de Cramér en 1917.
3.1. SINGULARITÉS ISOLÉES DES FONCTIONS HOLOMORPHES 197

d ) Vérifier que le développement de Laurent de au voisinage de l’infini est donné


par
oo lc\
^ (z ) = 5 > 3 ir ( N » 1)
k=0 Z
(on utilisera ici le résultat établi à l’exercice 2.45 et on pensera à développer en
série de puissances de 1/z dans le demi-plan { R e z > R k }). Que vaut (en fonction
de $ ) le résidu R eS oo[^ (C ) ^C] ? Vérifier plus généralement que

(3.24) Resoo [e<z J % ( 0 dC] = - * ( * ) Vz G C.

e ) Soit YdcLi Q>kë~XkZ une série de Dirichlet dont l’abscisse de convergence xc ap­
partient à R (voir l’exercice 2.54, c ) pour la définition de l’abscisse de convergence
d’une série de Dirichlet). On note / la somme de cette série de Dirichlet dans son
demi-plan de convergence {R e z > xc}. Avec le résultat établi à l’exercice 2.54, a),
vérifier que si R > 0 et R ez > xc + R, la série de fonctions Ç H- YlkLi
converge uniformément sur {|£| = R} vers la fonction £ *-> f(z — C). En déduire, en
exploitant la formule (3.24) établie au d ) pour z = Xk, k = 1,2,..., que l’on a, pour
tout R > Rk , pour tout z tel que Re z > xc 4- R,
00
1
(3.25) ^ a fc$(A fc) e - A^ f ( z - o &*(<;)<%.
k = l
2Î7T L t € [ 0 > l ] * - * R e 2 ii r t
En déduire que l’abscisse de convergence de la série de Dirichlet « transformée »

(3.26) ^ o fe$(A*.)e XkZ


k = l

appartient à [—00, xc + Rk ]*
f) Montrer que si K = [— /s, « ] 2 , la fonction entière $ : z sin( ) satisfait aux k z

exigences de la question b ). Calculer la fonction dans ce cas. Dans quel ouvert


maximal du plan complexe cette fonction se prolonge-t-elle holomorphiquement ?
Que vaut alors le rayon de convergence de la série entière J2kLo k\zk ? Montrer que
l’abscisse de convergence de la série de Dirichlet transformée YïkLi a*. sin(lîXk) e~XkZ
est au plus égale à x c + K. Déduire de la formule de représentation ( 3 .25 ) établie à la
question e) que, pour tout e > 0, pour tout z tel que Re 2 > xc + n + e (e > 0)
( 3 . 27 )
00

s in (fc Afc) e~XkZ =


k= 1

= èz ( / / ( * - C) ^ s(C ) de + f f(z - 0 ¿?*(C) de) •


v J t G [0 ,l]h ^ -m + e e 2i,rt J t € [ 0 y l ] ^ i K - \ - e e 2 i i rt '

E xercice 3.10 (un calcul d’intégrale qui n’en est pas vraiment un). Soit 7 un
lacet continu du plan complexe et R € Q(X) une fraction rationnelle. On suppose
que le support du lacet 7 évite tous les pôles de R dans C. Vérifier que

¿ ¿ H O « .« *
198 3. SINGULARITÉS ISOLÉES, MÉROMORPHIE ET THÉORÈMES D’APPROXIMATION

E xercice 3.11 (formule des résidus). Soit 7 un lacet continu du plan complexe
et F = G/H G C(X) une fraction rationnelle, avec d e g iï = d > 0. Soit 7 un lacet
continu de C. On suppose que le support de 7 évite tous les pôles de F et que, pour
chacun de ces pôles Zj, j = 1,..., N ) on a Ind(7 , Zj) = 1. Montrer que l’intégrale

à J ™ «
est égale au coefficient ro de X d~l dans le reste de la division euclidienne de G par
ff, divisé par le coefficient dominant ho de H. Que vaut cette intégrale curviligne si
deg G < d - 2 ?

E xercice 3.12 (formule des résidus). Soient Pi.P^yP^ trois polynômes à coeffi­
cients dans un sous-corps K de C, tels que deg Pi > 0 et que Pi et P2 n’aient aucun
zéro commun dans C. On note

Ps(O dÇ 1
Res P2 ( X ) i x = ^ ResQ
A(A') J a ê P f » f t (0 PittV

Montrer que ce nombre est un élément du corps K. On pensera à exploiter le fait que
Pi et P2 sont premiers entre eux dans K[X] et donc à se ramener à utiliser le résultat
établi dans le cas où Pi = H, P2 = 1, P3 = G à l’exercice 3.11.

E xercice 3.13 (domaines cerclés de (C*)2 et développements de Laurent en deux


variables). Soit U un ouvert connexe de (C*)2 tel que,

V (z, w) £ U, V(0, <p) £ (Z/(2*Z))a, (ei0z, é*w ) £ U


(un tel ouvert est dit cerclé1 ou parfois annelé). On note Tr([/) ( trace de U) l’image
de U par l’application Tr : (z,w) (|^|, |it;|). Dans cet exercice, on considère une
fonction / : Î 7 - » C analytique en tant que fonction de deux variables complexes2.
a) Montrer que Tr (U) est un ouvert connexe de (]0, + oo[)2.
b ) Pour tout (ky£) G Z 2, pour tout r = (r,,r ,/) G Tr(C7), on pose
dÇ A dw
o>kAr) Çk+i^i+ï
1 1
p2n
/ / /(r'e * 0, r"ei,fi) e~ik6e ^ de dip
47T2 (r ')fe(r ")€ JO J0
(ici r 0,r : [0, l ]2 i—^ (r ' e2w*,r " e2«r^ es^. considéré comme un 2-cycle de 17, sur lequel
on sait par conséquent donner un sens à l’intégration des 2-formes3*). Montrer que

1. Les ouverts connexes cerclés de (C *)2 (plus généralement de (C*)n), aussi appelés domaines
de Reinhardt, apparaissent donc naturellement comme la généralisation au cadre de plusieurs (ici en
l’occurrence de deux) variables des couronnes ouvertes (centrées à l’origine) du plan complexe.
2. Voir l’exercice 2.34, qu’il convient d ’avoir traité avant que de traiter cet exercice, dont l’objectif
est de préparer ici le lecteur à une transposition de la notion de développement de Laurent au cadre
de plusieurs variables.
3. Les nombres (r')k(rff)eakte(r) peuvent aussi être interprétés comme les coefficients de Fourier
d ’une fonction de deux variables.
3.2. TYPES DE SINGULARITÉS ISOLÉES, MÉROMORPHIE 199

les coefficients a,k,i(r) sont de fait indépendants du choix de r = (r',r") G Tr({7).


c) Montrer que, pour tout (z, w) G U, on a

Y! I°w l < + 00 et f(z,w) = ak,êWl zl .


(M)€Z2 (k,e)ez2
d ) Déduire du résultat établi au c) qu’il existe une unique liste de coefficients com­
plexes Ck,e tels que, pour tout (z, w) G C/, on ait

Icm I \zt M * < + 00 et f(z,w )= Y2 Ck,ezkwe.


fc,«ez2 (fc,/)6Z2
E xercice 3.14 (développements de Laurent des fractions rationnelles en deux
variables). Cet exercice constitue une première transposition de l’exercice 3.1 au cadre
de deux variables
Soit F ( X ) Y) = (A sous ensemble fini de Z 2, u^i ^ 0 pour tout
(ky£) G -A) un polynôme de Laurent en deux variables. On note V(F) l’ensemble des
zéros (z,w) de F dans (C*)2 et A(F) le sous-ensemble de R 2 défini comme l’image
de V (P ) par l’application Log : ( z,w ) G (C*)2 i-> (log \z\, log |w|).
a) Montrer que R2 \ A(F) est un ouvert de R 2.
b ) Soit C une composante connexe de R 2 \ A(F). Montrer que Log” 1(C') est un
ouvert cerclé de (C*)2 (voir l’exercice 3.13) et que par conséquent (en utilisant le
résultat établi dans cet exercice 3.13) la fonction (z) w) *->• l/F(zi w) admet un unique
développement en série de Laurent ]£(*,*)ez2 ac-k,i zkwe (absolument convergent en
tout point) dans Log“ 1(Cf).
c) Soit Ec le plus grand ouvert cerclé connexe de (C*)2 dans lequel la série de Laurent
£ ( M ) gz2 a c '>k>1 zkn)i converge (absolument). Déduire du lemme d ’Abel (lemme 2.4)
que l’ouvert Ec contient Log” 1^ ) , où C désigne l’enveloppe convexe de C dans R2.
En déduire que C est convexe.
d ) Pourquoi y-a t ’il une correspondance bijective entre les développements de Laurent
envisageables pour (z,w) l/F(z) w) dans l’ouvert cerclé Log“ 1(R2 \*4(F)) et les
composantes connexes du complémentaires de *4(F) ?
e) Montrer que le nombre de composantes connexes non bornées de R 2 \ *4(.F) est au
moins égal au nombre de sommets du polyèdre convexe fermé conv(A). Représenter
R2 \ A(F) lorsque F(z , w) = z + w - 1.

3.2. T y p es de singularités isolées, m érom orph ie

La classification des singularités isolées d’une fonction holomorphe (en fictives,


non-essentielles ou essentielles) va nous amener dans cette section à dégager un
concept qui puisse demeurer « gérable » sous l’angle purement algébrique : celui de
fonction méromorphe. On verra d’ailleurs plus tard que nous avons ainsi ici caractérisé
les éléments du corps des fractions de l’anneau (intègre) des fonctions holomorphes
dans un ouvert connexe de C. Ici, la nécessité de sortir du cadre du plan complexe

1. Savoir développer en série de Laurent les fractions rationnelles en une variable dans les
couronnes ouvertes centrées à l’origine (exercice 3.1) s’avère un outil aujourd’hui très exploité en
ingénierie mathématique (automatique, électronique, traitement du signal, théorie de l’informa­
tion,...) Il nous parait par conséquent important d ’esquisser ici (à titre d ’exercice) quelques éléments
concernant ce même problème (bien plus délicat) en deux (et non plus une) variable.
200 3. SINGULARITÉS ISOLÉES, MÉROMORPHIE ET THÉORÈMES D’APPROXIMATION

stricto sensu et de se placer sur une compactification d’Alexandrov C U{ 00} (on


utilisera, suivant les besoins, soit l’incarnation de cette compactification en tant que
sphère de Riemann S2, soit celle en tant que droite projective P ^ C )) s’avérera pour
la première fois nécessaire. C ’est aussi dans cette section que nous envisagerons sous
un angle cette fois analytique (et non plus topologique) la formule des résidus et
que nous en présenterons (surtout au travers des exercices, parfois techniques) les
multiples facettes.

3.2.1. Classification des singularités isolées


U n e prem ière classification des singularités isolées d ’une fonction h olom orph e s ’opère
entre celles qui sont de « vraies » singularités isolées (on parle alors de singularités
isolées non fictives) et celles qui son t en fait de «: fausses » singularités isolées (auquel
cas on parle de singularités isolées fictives).
D éfinition 3 .5 U un ouvert de C, zq g C, et
(singularité isolée fictive). Soit
/ : U \ {zo} —> C U \ {zq}> présentant donc une
une fon ction h olom orph e dans
singularité isolée en zq. O n d it que zq est une singularité isolée fictive de / si / se
prolonge en une fon ction h olom orp h e / : U - » C, h olom orph e dans U, ce qui équivaut
à dire (du fait de la clause d ’unicité dans le d éveloppem en t de L au rent (3 .1 5 ) ) que
tou s les coefficients de Laurent ap(zQ), p < 0 , sont nuis.

Il résulte de la définition des coefficients de Lau rent que l ’on a l ’im p o rta n t résultat
suivant, du à R iem an n .

T héorème 3 .3 (th éorèm e de R iem a n n sur les singularités isolées). Soit U un


ouvert de C, zo G U, et f : U \ { ) C une fonction holomorphe dans U \ {zo},
z q

présentant donc une singularité isolée en . Une condition nécessaire et suffisante


z q

pour que soit une singularité isolée fictive est que |/| soit bornée dans un voisinage
zq

épointé de . z q

D émonstration . Si / se prolonge en une fonction holomorphe / au voisinage


de zq, |/| est bornée dans un voisinage épointé de zq. Réciproquement, si tel est le
cas, alors, on a, pour p > 0,
•pP /*27T

|o_p(z0)| = - - jf / ( z 0 + r é 18) dß < Mrp

pour tout r > 0 assez petit, M désignant un majorant de |/| dans un voisinage épointé
de . En faisant tendre r vers 0, on trouve bien - ( ) = 0 pour tout p > 0, d ’où le
z q ü p z q

fait que / se prolonge bien (en utilisant le développement de Laurent (3.15)) en une
fonction holomorphe au voisinage de . La singularité isolée
z q est bien fictive. □
zq

On opère un second tri entre cette fois les singularités fictives.

D éfinition 3.6 (pôles et singularités isolées essentielles). Soit U un ouvert de C,


zq GC, et / : U \ {¿0} -> C une fonction holomorphe dans U \ { } , présentant donc z q

une singularité isolée en > singularité isolée que l’on suppose non fictive. On dit que
z q

zqest un pôle (ou singularité isolée non essentielle) de / si et seulement si


(3.28) Jim |f(z)\ = +00
Z^ZQ
3.2. TYPES DE SINGULARITÉS ISOLÉES, MÉROMORPHIE 201

ou encore, ce qui est équivalent, / ne s’annule pas dans un voisinage épointé de zq et


1
(3.29) lim = 0.
*-►*0 /( * )
Z^Zq

Si zq est ni une singularité fictive, ni un pôle de / , on dit que zq est une singularité
isolée essentielle de / .
P roposition 3.1 (ordre d ’ un p ô le ). Soit U un ouvert de C , zq un point de U ,
f : U \ { z 0} une fonction holomorphe dans î/\{^ o} et présentant donc une singularité
isolée en z q . Cette singularité est un pôle si et seulement si :

(3 .3 0 ) 3p G N * , a - p(zo) ^ 0 et a - k(z0) = 0 V k > p.


U unique entier p G N * vérifiant (3 .3 0 ) est appelé ordre du pôle z q .

D émonstration . Si (3 .3 0 ) est rem plie, on p e u t, en utilisant le d éveloppem en t


(3 .1 5 ) , affirmer que dans un voisinage époin té de zq ,

a -p (zo ) + e{\z — zq \) f
№ >= — avec ¿ æ > e(* ) “ 0 -

C o m m e ü- p(zq) ^ 0 , on a bien (3 .2 8 ) , ce qui prouve que zq est un pôle. R écipro­


q u em ent, si zq est un pôle, alors, d ’ après (3 .2 9 ) , la fon ction 2 1 / f { z ) est holom orph e
dans un voisinage épointé de l ’origine et a d m et pour lim ite 0 lorsque 2 ten d vers zq
(avec z ^ zq). D ’ après le théorèm e de R iem a n n (th éorèm e 3 .3 ), zq est une singularité
fictive de 1/ / . Il existe donc une fon ction <7, h olom orp h e au voisinage de zq et non
identiquem ent nulle au voisinage de ce p oin t, m ais nulle en zq, telle que, dans un
voisinage épointé de zq, on ait 1/ f ( z ) = g{z). C o m m e g n ’est pas identiquem ent nulle
au voisinage de zq, il existe p G N * tel que le coefficient de T aylor bp(zQ) de g soit non
nul, tan dis que tou s les coefficients 6o (^ o )} ...,& p- i ( 2o) sont nuis (p est la m u ltiplicité
de zq co m m e zéro de <7, voir la rem arque 2 .8 ). O n a
00

g(z) = ( z - zo)p (bp(zo) + ^ bp+k(z0)(z - z0)k) = (z - z 0)pu (z)


k= 1
au voisinage de z q , où u est une fon ction h olom orph e au voisinage de zq et non nulle
en ce poin t. D a n s un voisinage épointé de ¿o, on p eu t donc écrire :

1 1 1 00
= ( 7 ^ >< i ( ï ) = < 7 ^ * <z “ Zo)*'

où les ck(zQ) sont les coefficients de T aylor en zq de la fon ction l / u (h olom orph e au
voisinage de zq). L a condition (3 .3 0 ) est donc bien rem plie du fait de l ’unicité du
d éveloppem en t de Laurent (3 .1 5 ) . □

Au voisinage d’une singularité essentielle, la description géométrique du comporte­


ment d’une fonction holomorphe s’avère impossible du fait du résultat prouvé par
Felice Casorati1 et Karl Weierstrafi.

1. Felice Casorati (1835-1890), mathématicien italien, enseignant à Pavie, prouva ce résultat en


1868, un peu avant K. Weierstrafi. Les deux noms y sont associés.
202 3. SINGULARITÉS ISOLÉES, MÉROMORPHIE ET THÉORÈMES D’APPROXIMATION

THEOREME 3.4 (théorème de Casorati-Weierstraß). Soit f une fonction holo­


morphe dans un disque épointé D(zo,r)\{zo} et présentant une singularité essentielle
à Vorigine. Pour tout e G]0,r[, on a f(D(zo,e) \ {^o}) = C.
R em arqu e 3.7 (grand théorème de Picard). Il existe de fait, sous les hypothèses
du théorème de Casorati-Weierstraß, un résultat beaucoup plus fort, dû à Emile Pi­
card1, connu comme le grand théorème de Picard : il existe un point wq G C tel
que, pour tout e G]0,r[, la restriction de f h D(zo,e) \ { 20} prend une infinité de fois
toute valeur dans C \ {wo}- Le théorème de Picard fera l’objet d ’exercices en fin de
ce chapitre 3 (exercices 3.76 et 3.77).

D émonstration . On prouve le théorème 3.4 par l’absurde. Soit e > 0. Si l’image


par / du disque épointé D ( zq, e) \ { 20} n’était pas dense, il existerait w e G C, pe > 0,
tel que
V z G D(z0, e) \ {z 0}, If(z) - we\> pe.
La fonction

serait holomorphe. Elle serait aussi bornée dans un voisinage épointé de . D’après z q

le théorème de Riemann (théorème 3.3), la singularité qu’elle présenterait en Zo serait


fictive. Il existerait donc une fonction g€, holomorphe dans D (zo,e), telle que

V z e D(z0>e) \ {zo }, ge(z) = j ~ - — .

La fonction ge s’annulerait nécessairement en (sinon / aurait une singularité fictive


zq

en ) et ce zéro est isolé. Soit p G N * la multiplicité de


z q comme zéro de ge (voir la
zq

remarque 2.8). On aurait, au voisinage (épointé) de , z q

1 U£(z)
/ ( z ) = w£ + = W€ +
9c(z) (z-zo)*’
où ue serait une fonction holomorphe au voisinage de zq et non nulle en ce point.
Ceci impliquerait lim*_*Zo \f(z)\ = + 00, ce qui est en contradiction avec le fait que /
présente en une singularité essentielle.
zq □

3.2.2. M éro m o rp h ie et calcu l de résidu en un pôle

Étant donné un ouvert connexe U C C, l’ensemble H(U) des fonctions holomorphes


dans U, équipé des opérations internes d’addition et de multiplication, ainsi que de
l’opération externe de multiplication par un scalaire complexe, est une C-algèbre. Le
théorème des zéros isolés (théorème 2.7) assure même qu’il s’agit d’un anneau intègre.
Notre objectif dans ce qui suit dans ce chapitre est d’en décrire explicitement (ce qui
sera fait à la section 3.3) le corps des fractions M(U). Ceci nous amène dans un
premier temps à introduire le concept de fonction méromorphe2 dans un ouvert du
plan complexe.

1. Mathématicien français, héritier de Bouquet, Émile Picard (1856-1941) a énoncé ce résultat


au tout début de sa carrière (vers 1880).
2. Il semble que le préfixe «: méro- » soit ici à interpréter au sens < partiellement » (au contraire
de < holo- » pour < entièrement » ) .
3.2. TYPES DE SINGULARITÉS ISOLÉES, MÉROMORPHIE 203

D éfinition 3.7 (fonction méromorphe dans un ouvert de C). Soit U un ouvert


de C. On appelle fonction méromorphe dans U toute fonction continue de U dans
la sphère de Riemann S2 (ou, ce qui revient au même puisque S2 et P1(C) sont
difféomorphes, de U dans P ^ C )), telle que les points de Z“"1(TV), N désignant le
pôle nord de S2, soient tous des points isolés de U et que / soit holomorphe dans
U \ f ~ 1 (N)) c ’est-à-dire que les points de f ~ x(N) soient tous des pôles de f \ u \ f - 1(N)*
L’ensemble M(U) des fonctions méromorphes dans un ouvert U de C est naturelle­
ment équipé des opérations internes d’addition et de multiplication. Comme on dispose
aussi de l’opération externe de multiplication par un scalaire, (.M (?7),+, x,-) hérite
d ’une structure de C-algèbre. Si l’on suppose de plus U connexe, cette C-algèbre est
un corps : si / est en effet une fonction méromorphe non identiquement nulle dans E/,
les zéros de / sont isolés dans U d ’après le principe des zéros isolés (théorème 2.7),
et la fonction 1 /f est par conséquent une fonction méromorphe dans E/, prenant la
valeur N G S2 précisément en ces zéros isolés ; c ’est bien l’inverse de / pour la mul­
tiplication car / x 1/ / = 1 dans U. Enfin, la dérivation / « - > / ' réalise un opérateur
C-linéaire du C-espace vectoriel M(U) dans lui-même.
Les fonctions méromorphes se prêtent aux calculs (cette fois algébriques) de résidus
locaux. Point n’est besoin alors de revenir dans ce cas à la formule (3.19) dont on sait
qu’elle implique un calcul d’intégrale, calcul qui en règle générale s’avère impossible
autrement que par des outils d’analyse numérique et ne saurait donc être qu’un calcul
approché. On a en effet le lemme technique suivant.

L e m m e 3.1 (calcul du résidu local de f(Ç)d( en un pôle G C). Soit f une


zq

fonction méromorphe dans un ouvert U de C et G f ~ l(N), N désignant le pôle


zq

nord sur la sphère de Riemann (c’est-à-dire le point à l’infini de C). Si f se présente


dans un voisinage épointé de sous la forme :
zq

00
£ uk(z - Z o)k

(3.31) / ( * ) = *i r ----------------- .
£ Vk(z - Z o)k
k=e
le résidu Resz0[/(£ ) d£] s’obtient comme le coefficient de X e~l dans le quotient
oo oo oo

(3.32) f T ukX k : T vkX k~e1 = T wkX k


m Jpuis-cress.

de X)fc>oukXk par Ylk>ivkXk~e suivant l’algorithme de division suivant les puis­


sances croissantes1. En particulier, dire que f peut s ’exprimer dans un voisinage
épointé de zq sous la forme f(z) = g(z)/h(z), où g et h sont holomorphes au voi­
sinage de zq et telles que g(zo) ± 0, h(zo) = 0, h'(zo) ^ 0, équivaut à dire que f
présente un pôle d’ordre 1 (on dit aussi pôle simple) au point Zq; on a dans ce cas

1. En fait, on peut supposer le développement du numérateur tronqué à l’ordre t — 1 et celui


du dénominateur tronqué à l’ordre 2i — 1, ce qui nous ramène à la division suivant les puissances
croissantes des polynômes (voir l’exercice 3.18).
204 3. SINGULARITÉS ISOLÉES, MÉROMORPHIE ET THÉORÈMES D’APPROXIMATION

particulier important :

(3.33) Res*01/(0 d(] = Resza [| | | d<] = •

D émonstration . Ceci provient de la définition de ResZo[f(Ç)dÇ\ comme le co­


efficient a-i(zo). On constate en effet que, si / se représente sous la forme (3.31)
dans un voisinage épointé de zo et si les k > 0, sont définis algorithmiquement
par (3.32), le développement de Laurent (3.15) de / au voisinage (épointé) de zo est
donné par
oo

f{* ) = Y L wk(z ~ z°)k~e•


k= 0

R em arqu e 3.8 (une formule dans le cas d’un pôle multiple ?). Souvent, on trouve
dans les ouvrages la formule suivante, valable dans le cas où / présente un pôle d’ordre
exactement p > 1 (on parle alors de pôle multiple en zq) :

(3.34) B -.W O « = ( ^ ¡ ( ¿ r V *
Une telle formule s’avère commode lorsque l’ordre p du pôle reste petit (p = 2 ou
p = 3). Pour de grandes valeurs de p, elle est par contre à proscrire du point de vue
pratique, ce au moins pour deux raisons : d ’une part, la division par (p — 1)! qu’elle
implique au second membre s’avère de fait une division fictive (car compensée en
réalité par l’expression développée de la dérivée (p - l)-ième figurant au numérateur
de ce même second membre l) ; d’autre part, le calcul des dérivées successives d ’une
fonction est en général autrement plus lourd à gérer en terme de complexité algorith­
mique que ne l’est l’algorithme de division suivant les puissances croissantes impliqué
dans (3.32).

E xem ple 3.1. Un exemple particulièrement important de calcul de résidu en un


pôle simple est celui de ResZo[{ff{()/f(Ç)) d£], lorsque / est une fonction méromorphe
dans U ayant tous ses zéros isolés (c’est-à-dire identiquement nulle dans aucune com­
posante connexe de U). Les pôles de f'/ f sont alors les zéros de / et les pôles de / .
Ce sont tous des pôles simples de / ' / / . Si zq est en effet un zéro de / de multiplicité
u(zo) G N*, on a, lorsque z tend vers z0,
f{z) = ( z - zoy(Zo) { a ^ i z o ) + o (l))
/ '( * ) = v{zo){z - z o Y ^ - ^ a ^ i z o ) + o (l))
avec a,j(z0) (zo) Y 0 (voir la remarque 2.8). Par conséquent, zq est un pôle simple de
f'/ f et l’on a :

(3-35) Res20[ ^ d c ] = ^ o ) .

1. Que l’on ait à gérer dans des calculs algébriques pareille division peut représenter un handicap
sérieux si l’on envisage de transposer ces calculs au cadre de la caractéristique positive (et non plus,
comme c ’est le cas ici avec le corps des complexes, en nous limitant au cadre de la caractéristique
zéro).
3.2. TYPES DE SINGULARITÉS ISOLÉES, MÉROMORPHIE 205

Si zqest maintenant un pôle de / d ’ordre v(zo) € ", on a, lorsque 2 tend vers Zq


dans un voisinage (épointé) de zq,

f(z) = (z - x0) - l' ^ ( a . u(zo)(zo) + 0(1))


/'( * ) = - « '( * > ) ( * - zo)~l' ^ ~ 1(a~v(zo)(zo) + o (l))

avec a_^(20)(zo) ^ 0, et par conséquent zq est encore un pôle simple de f'/ f, mais on
a cette fois :

(3.36)
' 1-7(0 = ~V

Pour clore cette sous-section, signalons ici que le concept de fonction méromorphe
(définition 3.7) peut être étendu aux fonctions définies sur les ouverts de la sphère de
Riemann S2. Cette sphère de Riemann doit toujours être comprise comme l’union de
S2 \ {N } (N désignant le pôle nord), qui est ouvert de S2 (en correspondance avec
C via la projection stéréographique 7r+ ), et du pôle nord iV, figurant, lui, le point à
l’infini du plan complexe. On pourrait tout aussi bien envisager P1(C), les points de
C étant les points de coordonnées homogènes [z : 1] (z G C), le point à l’infini étant
alors le point [1 : 0].

D é f i n i t i o n 3.8 (fonction méromorphe dans un ouvert de S2). Soit U un ouvert de


la sphère de Riemann § 2 et 7r+ la projection stéréographique depuis le pôle nord N. On
appelle fonction méromorphe dans U toute fonction continue de U dans S2, telle que
les points de f ~ l (N) soient tous des points isolés de C/, et que / soit holomorphe dans
U \ f ~ 1 (N). Il est ici entendu que, si N G U et f(N) ^ N , dire que / est holomorphe
dans un voisinage V de N signifie que la restriction de / à V \ {N} ~ n+(V\ {N})
(après identification de ces deux ouverts par le biais de la projection stéréographique
7r+ ) est holomorphe et telle que

w i— > f(l/w)
(holomorphe pour 0 < \w\ < e pour e assez petit) présente une singularité fictive
en w = 0. Si / est méromorphe dans U et telle que f ~ x(N) = 0, on dit que / est
holomorphe dans U.
R em a rq u e 3.9. Dire que / est méromorphe au voisinage de N avec f(N) = N
signifie donc, si l’on revient au plan complexe, que la fonction

w i— >/ ( l/w)
(définie pour 0 < \w\ < e pour e assez petit) présente un pôle en w = 0.

E xem ple 3.2 (fractions rationnelles, homographies). Les fractions rationnelles


constituent des exemples de fonctions méromorphes dans la sphère de Riemann S2
tout entière. Il se trouve d’ailleurs (voir l’exercice 3.21) que les fractions rationnelles
sont les seules fonctions méromorphes dans la sphère de Riemann S2 toute entière.
Parmi elles, les homographies
206 3. SINGULARITÉS ISOLÉES, MÉROMORPHIE ET THÉORÈMES D’APPROXIMATION

constituent le modèle le plus simple (un seul pôle, simple, pouvant être le point iV,
et un seul zéro, simple aussi). Equipé de la loi de composition, Pensemble des ho­
mographies constitue un groupe. Les homographies partagent la propriété algébrique
importante de préserver le birapport de quatre points distincts pris arbitrairement
dans la droite projective P1(C) (autre incarnation, on l’a vu, de la sphère de Riemann
S2, voir la sous-section 1.1.3).

3.2.3. M é rom orp h ie et variation de l’ argum ent

Les calculs effectués dans l’exemple 3.1 et conduisant aux formules (3.35) ou (3.36) ont
pour conséquence, lorsqu’on les fait entrer dans la formule des résidus (3.23), version
topologique (théorème 3.2), la très importante formule de variation de l’argument.

T h é o r è m e 3.5 (formule de variation de l’argument). Soit U un ouvert connexe


de C, / une fonction méromorphe et non identiquement nulle dans U. Soit 7 un lacet
continu de U homotope à un point dans U (dans Vhomotopie Hu entre lacets libres
de U), tel que le support de 7 évite les zéros (nécessairement isolés dans U) et les
pôles (isolés dans U par définition) de f. On a alors la formule

(3.37)
= Ind(7 , a)i>(a) X) Ind(7 ,/3) î/(/3),
{<* ;/(<*)=0} /3€{pôle de f}
étant entendu qu’il n’y a au plus qu’un nombre fini de zéros a ou pôles P de f dans
U tels que Ind(7 ,a ) ^ 0 ou Ind(7 ,/3) ^ 0 (conformément à la Remarque 3,6, puisque
l’ensemble des zéros-pôles de f est un ensemble de points tous isolés dans U),
D é m o n s t r a t i o n . En remplaçant 7 : [0,1] - » U par un chemin C 1 par morceaux
7o- correspondant au choix d’un pas de subdivision de [0, 1] assez petit, on peut faire
en sorte que le support de évite tous les zéros ou pôles de / , que l’on ait, d’après
la proposition 1.9,
T j/i* 1 fdz 1 f dz
n 0 7’ - 2 m y/07 z 2 m Jf0yrr z ’

et qu’enfin (voir la proposition 1.10), pour tout zéro ou pôle zo de / , on ait l’égalité
Ind ( 7 , zo) = Ind ( 7 <r, 2o)- D ’après la définition de l’intégrale curviligne d’une 1-forme
continue sur un chemin C 1 par morceaux (voir (1.43), définition 1.3.2), on a
npdç
= f ridz/z) = f

№ '
On conclut en appliquant la formule des résidus (3.23) du théorème 3.2 (complété avec
la remarque 3.6) avec f / f en place de / et 7^ en place de 7 . Les calculs de résidus
impliqués sont exactement ceux qui ont été donnés dans l’exemple 3.1 (formules (3.35)
ou (3.36) suivant que le pôle de f / f se trouve être un zéro a ou un pôle /3 de / ) . □

3.2.4. La form ule des résidus, version analytique

La formule des résidus, énoncée jusque là sous une version topologique (formule (3.23),
théorème 3.2) se décline aussi (comme c ’était le cas pour la formule de Cauchy, voir
3.2. TYPES DE SINGULARITÉS ISOLÉES, MÉROMORPHIE 207

le théorème 2.4) sous l’angle analytique. Ce résultat s’avère capital pour des calculs
explicites d’intégrales1.

Théorème 3.6 (formule des résidus, version analytique). Soit U un ouvert rela­
tivement compact de C tel que U = K soit un compact à bord orienté comme dans le
théorème 1.3 de Green-Riemann. Soit f une fonction méromorphe dans U, continue
dans U, telle que f(dK) C C. Alors f ne peut présenter qu’un nombre fini de pôles
zi ^.^ zn dans U et Von a la formule analytique des résidus :

1 i N
(3.38) — / /(C )d C = £ Res* i [ / m ] ,
2n Jm u “i
où (0K)+ désigne le bord orienté de K , comme dans ce même théorème 1.3 (sens
trigonométrique pour le bord externe, sens des aiguilles d’une montre pour le bord
interne).
Démonstration. Qu’il n’y ait qu’un nombre fini de pôles pour f dans U résulte
du fait que ces pôles sont isolés (puisque / est méromorphe dans ?7), et que / est
bornée au voisinage du bord de U (puisque continue sur U et à valeurs dans C sur
ce bord) : l’ensemble des pôles de / ne saurait en effet être infini, car il aurait sinon
(d’après le théorème de Bolzano-Weierstrafi), un point d’accumulation dans U = K.
Ce point ne peut être qu’à la frontière de C/, ce qui est en contradiction avec le fait
que / est bornée sur dK. La fonction
N
z Ç.U\ {zi , ..., zn} i > f(z) - £ Pol*. [f](z)
3= 1

présente des singularités isolées fictives aux points zi, et se prolonge donc en
une fonction / holomorphe dans U et continue dans U. D’après la formule de Green-
Riemann ((1.55), théorème 1.3), on a

f / « ) dÇ = 2 i f f %(Ç + iV) didr, = 0.


JdK+ J Jk vÇ
On a donc
N
(3.39) [ № dC = T , [ Pol Zj[ f № d ( .
J9K+ JddK+

D ’autre part, le théorème 2.4 (on applique la formule (2.26) à la fonction 1 avec
z = Z j ) implique, pour tout j = 1,..., AT,

f
JdK+
p o i.,[/K 0 d c = Ê o -,-ife )/
JdK+
,,
(C -
tv i
Z j ) p+L

= 2ma-i(zj) = 2¿7rRes2j[/«)dC].
La formule (3.38) résulte donc de (3.39). □
1. Ce théorème s’avère inopérant cependant pour les calculs de primitives, car il n’implique que
des intégrales curvilignes sur des lacets C 1 par morceaux du plan complexe, et non sur des chemins
arbitraires joignant deux points a priori distincts.
20 8 3. SINGULARITÉS ISOLÉES, MÉROMORPHIE ET THÉORÈMES D’APPROXIMATION

La formule des résidus joue un rôle majeur aux fins du calcul explicite (et exact, au lieu
d’être simplement numérique) de certaines intégrales définies. De nombreux exercices
en ce sens sont proposés dans la sous-section 3.2.6 ci-dessous. Outre ses nombreuses
applications en ingénierie mathématique, en relation avec les transformations de Fou-
rier, Mellin ou Laplace (voir les exercices 3.34, 3.44, 3.45 ci-dessous), on la retrouve
comme un puissant outil en théorie analytique des nombres (théorème des nombres
premiers, théorème de la progression arithmétique de Dirichlet,...). Cette formule joue
également un rôle important pour étudier le comportement d’intégrales curvilignes à
paramètres
F :x G il i— > / $ ( æ, C)^C
A
où il désigne un ouvert de Mp, 7 un chemin continu de support inclus dans un ouvert U
de C, $ : il x U - » C une fonction qui, pour tout x fixé dans il> est méromorphe en £,
avec pôles (dans les bons cas, indépendants de x) dans [/, hors du support de 7 . Pour
étudier le comportement asymptotique de F lorsque par exemple x tend dans iî vers
l’infini (si il est non borné) ou plus généralement vers un point xo de la frontière de O,
il s’avère souvent plus judicieux de modifier le choix du chemin 7 (quitte à introduire
dans l’expression de F des résidus ResQ[$(C,æ)dÇ], où a est un pôle de £ h* $ ( x , £)
dans U) en fonction du graphe de la fonction £ G U |$( x , C)l- Le choix d’un chemin
privilégiant la brutalité des « accidents de parcours » (plonger brutalement dans les
vallées, en suivre le fond aussi longtemps que possible, escalader les cols suivant la
ligne de plus grande pente le plus tard possible pour passer d ’une vallée à une autre,
etc.) s’avère souvent plus judicieux, pour appréhender le comportement asymptotique
de
x 1— > / $(æ, Ç)dÇ
A
lorsque x tend vers xo , que ne le serait un choix de parcours 7 plus « neutre » , au
sens où l’on se contenterait de suivre au mieux les lignes de niveau pour éviter un
surcroit de fatigue. Cette méthode heuristique est dite méthode du col On pourra se
reporter à [Dieud] pour en trouver des exemples d’application. Il est important de
mentionner ce principe ici. La célèbre méthode dite de la phase stationnaire en fournit
un terrain d’application classique (voir [Dieud]).
Il convient de noter aussi que, s’ils sont le plus souvent représentés tracés (par souci
de commodité) dans le plan complexe C, les contours d’intégration impliqués dans
les calculs d’intégrales par la méthode dite « des résidus » , lorsqu’ils présentent des
branches infinies le long de demi-droites issues de l’origine (telles la demi-droite Lqq
introduite plus loin), seraient plus « évocateurs » si on les visualisait sur la sur­
face de Riemann du logarithme . Cette surface est construite à partir d’une infinité
dénombrable de copies (C \ LeQ)k (k G Z) du plan complexe « fendu » suivant la
demi-droite Lq0 := {té 100 ; t G [0,+ o o [} (où 60 £ R a été préalablement fixé). Ces
copies sont ensuite recollées de manière hélicoïdale au dessus de C* de la manière
suivante : pour tout k G Z, on recolle le bord (Le0ik)- avec le bord ( A 0)fc+ 1)+ (voir
la figure 3.2). On note donc que sur cette surface (c’était précisément le but cherché
lors de la construction) on dispose cette fois d’une détermination uniforme (et non
plus multiforme) continue de la fonction argument. On pourra s’entrainer à la réaliser
à partir de feuilles de papier toutes préalablement fendues d’un coup de ciseaux le
3.2. TYPES DE SINGULARITÉS ISOLÉES, MÉROMORPHIE 209

F igure 3 .2 . Surface de Riemann du logarithme : la construction

long d’une demi-droite d’accès à l’origine (c’est-à-dire pénétrant jusqu’au au centre de


chaque feuille). Il s’agit d’une surface naturellement équipée d’une structure complexe
(voir l’exercice 2.43), donc d’une surface de Riemann (bien sûr ici non compacte, au
contraire de S2, PX(C) ou du tore C/A lorsque A est un réseau).

3.2.5. Le th éorèm e de R ou ch é, version analytique

Comme conséquence de la formule des résidus (théorème 3.6), nous sommes en mesure
d’en énoncer un cas particulier important, dont le premier volet apparait comme une
version analytique du principe de la formule de variation de l’argument (théorème
3.5). Le second volet de l’énoncé constitue, lui, une version analytique du théorème
de Rouché (dont la version topologique constituait l’énoncé du théorème 1.6).

THEOREME 3.7 (formule de variation de l’argument et théorème de Rouché, ver­


sions analytiques). Soit U un ouvert relativement compact de C tel que U = K soit
un compact à bord orienté comme dans le théorème 1.3 de Green-Riemann. Soit f
une fonction méromorphe au voisinage de K , ne présentant aucun zéro ni pôle sur la
frontière de K .
- Alors f ne peut présenter qu’un nombre fini de zéros ou pôles z \ ,..., zn dans
U et Von a :

(3.40) f = A U / ; U] - ATpoiLf; U),


J (d K )+ /(C )

où (d K )+ désigne le bord orienté de K , comme dans ce même théorème 1.3


(sens trigonométrique pour le bord externe, sens des aiguilles d’une montre pour
le bord interne), Nzer[f\U] désigne le nombre de zéros de f dans U (comptés
chacun avec leur multiplicité) et Npo\[f;U] désigne le nombre de pôles de f
dans U (comptés chacun avec leur ordre).
210 3. SINGULARITÉS ISOLÉES, MÉROMORPHIE ET THÉORÈMES D’APPROXIMATION

- Si de plus g est une autre fonction méromorphe au voisinage de K et telle que


(3.41) V* € dK, \f(z) - g(z) |< \f(z)\ + \g(z)\,
alors g (comme f ) ne présente ni zéro, ni pôle sur dK, n’a qu’un nombre fini
de zéros ou pôles dans U, et l’on a :
(3.42) NzeT[g-, U] - Npoi[g\ U] = Nzer[f ; U\ - Npol[f ; U).
D é m o n s t r a t i o n . Prouvons la première assertion. Le fait que / ne présente
qu’au plus un nombre fini de zéros et de pôles dans U résulte du fait que, puisque
/ ne saurait être identiquement nulle dans U ( / ne s’annule pas sur dU = dK), les
zéros-pôles de / sont des points isolés dans U. L’ensemble des zéros-pôles de / ne
saurait avoir de point d’accumulation dans le compact K —U. Il est donc au plus fini
d’après le théorème de Bolzano-Weierstrafi. La formule (3.40) est un cas particulier
de la formule (3.38) : on travaille avec la forme (f'(C)/f(0) dÇ au lieu de / ( Ç) dÇ, et
on utilise les calculs de résidus (3.35) ou (3.36) de l’exemple 3.1.
Pour ce qui est de la seconde assertion, on remarque que g ne saurait saurait présenter
ni pôle ni zéro sur dK du fait de la condition (3.41) : on ne saurait en effet avoir
oo < oo (ce qui se produirait si g avait un pôle ¡3 sur dK) ou \f(a)\ < |/(a)| en un
point de dK. D ’autre part, pour tout lacet 7,- impliqué dans le bord orienté de K , on
a

<**> è /, m ^ = Ind</ ° ■0)=Indfa ° 0)= è /, ï i


l’égalité centrale résultant du théorème de Rouché topologique (théorème 1.6) que l’on
peut appliquer avec les deux lacets I^o = / 07^ et = g 07^ puisque la condition
(3.41) implique
V i G [0,1], |rii0(i) - Titl(t)\ < |rjl0(t)| + \Tjtl(t)\.
En ajoutant toutes les égalités (3.43) pour j = 1,..., iV, on trouve bien l’égalité (3.42)
voulue. □

Un corollaire important du théorème de Rouché (version analytique) est le théorème


d’Hurwitz x.

THEOREME 3.8 (théorème d’Hurwitz). Soit U un ouvert connexe de C et ( f n )n > 0


une suite de fonctions holomorphes dans U, toutes injectives dans U, convergeant vers
une fonction holomorphe f € %{U) uniformément sur tout compact de U. Alors, soit
f est aussi injective, soit f est constante.

D é m o n s t r a t i o n . Si / n’était ni constante, ni injective, f ^ 0 (car U est


connexe), et il existerait nécessairement deux points distincts z\ et Z2 de U tels que
z\ 7^ Z2 et f(z\) = f(z 2) = w. La fonction f —w s’annulerait en z\ et Z2 avec des mul­
tiplicités respectives v(z{) > 1 et 1/(^2) > 1, toutes deux finies. D ’après le théorème
de Rouché version analytique (volet 2 du théorème 3.7), f n —w aurait, pour n assez
grand, exactement v(z{) > 1 zéros (comptés avec leurs multiplicités) dans tout disque
{\Ç - zi\ < pi} C U dans lequel z\ serait le seul zéro de / - w. De même f n —w1

1. Mathématicien allemand (1859-1919), Adolf Hurwitz jeta, à partir de ses travaux sur les
surfaces de Riemann, les bases de la théorie moderne des courbes algébriques complexes.
3.2. TYPES DE SINGULARITÉS ISOLÉES, MÉROMORPHIE 211

aurait, pour n assez grand, exactement 1/(22) > 1 zéros (comptés avec leurs multipli­
cités) dans tout disque {|C — *2] < P 2 } C U dans lequel 22 serait le seul zéro de / — w .
Ceci serait contradictoire avec le fait que toutes les fonctions f n (en particulier pour
n assez grand) sont injectives dans U. Le théorème d’Hurwitz est ainsi démontré par
l’absurde. □
3.2.6. Exercices

Exercice 3.15 (classification des singularités). Préciser quelles sont les singu­
larités isolées en donnant leur type et leur ordre (au cas où ce sont des pôles) des
fonctions suivantes :

2 h* ■ cos ( - ~ \ , 2 cotant - 2 :4 z(elf z —1).


*1
2- l \z + l J ’ 2 v '
Ces fonctions sont ici toujours considérées dans le plus grand ouvert de C où leur
expression permet de les définir.
Exercice 3.16 (classification des singularités).
a) Soit / une fonction holomorphe dans un voisinage épointé de l’origine. Montrer
que 0 est une singularité essentielle de / si et seulement si, pour tout n G N,
imi [rn(siip |/(*)|)] = + 00.
r_ > o |z |= r

b) Déduire de la question a) que si g est une fonction holomorphe au voisinage de 0,


non identiquement nulle, et telle que g(0) = 0, alors / o g a une singularité essentielle
en 0 dès que / en a une.
c) Soit / une fonction holomorphe dans un voisinage épointé de l’origine, présentant
en 0 un pôle. Soit g une fonction holomorphe dans C non polynomiale. Montrer que
0 est une singularité essentielle de g o / .
Exercice 3.17 (à propos du théorème de Riemann (théorème 3.3)). Soit V le
sous-ensemble de C 2 défini par l’équation z 2 —w 3 = 0 (ce sous-ensemble algébrique
de C2 est appelé cusp).
a) Montrer que la restriction / à V \ { ( 0, 0) } de la fonction ( z , w ) h» z / w est bien
une fonction définie sur V \ { ( 0, 0)}, qu’elle est bornée sur cet ensemble au voisinage
(épointé) de l’origine et qu’elle se prolonge même en une fonction continue à V tout
entier.
b) En utilisant convenablement le théorème des fonctions implicites dans M4 ~ C 2,
vérifier qu’au voisinage de tout point ( z q ^w q ) de V différent de l’origine, V a une
équation locale de la forme w = ÿzo>wo{z)i où ^zo.^o est une fonction holomorphe au
voisinage de Z et telle que ^z0,100(20) = wq. Montrer que 2
q f ( z 1/
ipZQtWo(z)) est une
fonction définie et holomorphe au voisinage de . zq

c) Montrer qu’il n’existe pas de fonction analytique en deux variables (2, w ) i-> /i(z, w )
(voir l’exercice 2.34) dans un voisinage U de l’origine dans C2 dont la restriction
coïncide avec / sur (V \ { ( 0, 0)} ) fl C/, autrement dit que la fonction / ne saurait se
prolonger à V tout entier en une fonction qui serait la restriction à V d’une fonction
analytique en deux variables (0, w ) } ou encore que l’assertion du théorème de Riemann
(théorème 3.3) s’avère fausse dans ce c a d r e O n pensera à paramétrer de manière très

1. Cela tient au fait que le cusp présente, on s’en doute, un point singulier à l’origine. Le théorème
de Riemann s’interprète en disant que tout ouvert U de C a la propriété de normalité : toute fonction
212 3. SINGULARITÉS ISOLÉES, MÉROMORPHIE ET THÉORÈMES D’APPROXIMATION

simple (et rationnelle) le cusp au voisinage de l’origine avec un paramètre complexe


t e D ( 0,e).

E xercice 3.18 (division des polynômes suivant les puissances croissantes). Rédi­
ger une procédure (par exemple sous Maple, avec la bibliothèque Polynom ialTools)
effectuant la division suivant les puissances croissantes d’un polynôme P par un po­
lynôme Q tel que Q(0) ^ 0. Calculer le résidu en 2 = 0 de la forme différentielle

1 + sin z
dz
z8(2 —5z + 6z 3 — 2 cos z)
E xercice 3.19 (calcul de résidus locaux). Soit w € C. Quels sont les pôles de la
fonction
cotan (7t z )
fut •z i— > ?
z2(z - w)
Calculer les résidus en ces pôles de la forme différentielle f w( 0 dÇ. On discutera suivant
la valeur du paramètre w.

E xercice 3.20 (fonction Gamma). On considère la fonction T définie dans le


demi-plan ouvert II+ := {R ez > 0} par

(voir l’exercice 2.10). Déduire du fait que T vérifie dans ce demi-plan l’équation fonc­
tionnelle T(z + 1) = zT(z) qu’elle admet un prolongement à C tout entier en une
fonction méromorphe dont les pôles sont 0, - 1 , -2 ,.... Calculer les résidus en tous ces
pôles de la forme T(z) dz.

E xercice 3.21 (principe G A G A *1). Une fonction / , holomorphe dans l’ouvert


{\z\ > R} pour R assez grand, est dite présenter un pôle à l’infini si et seulement si
la fonction w •
—y / ( l/w) présente un pôle en w = 0.
a) Montrer que toute fonction / : C —» S2, méromorphe sur C et présentant un pôle
à l’infini est nécessairement une fraction rationnelle.
b ) Enoncer et prouver l’assertion réciproque de celle énoncée au a).
c) Montrer que, si / est une fonction rationnelle, donc une fonction méromorphe sur
la sphère de Riemann S2 ou PX(C) (au sens de la définition 3.8), alors on a

$3 R
es<*[/(C
)^C
]=0.
a €f~1(N)

holomorphe bornée dans un voisinage épointé d ’une singularité isolée présente automatiquement une
singularité isolée fictive en ce point. Ce n’est visiblement pas le cas du cusp dans C2, comme cet
exercice le met en évidence (avec le point singulier (0,0)).
1. « Géométrie Algébrique, Géométrie Analytique » . Ce principe célèbre (ici formulé dans le
cadre facile de la dimension 1) est en fait un cas particulier d ’un principe général formulé par le
mathématicien français Jean Pierre Serre (1926 - ...) dans un célèbre article paru en 1956 avec
d’ailleurs ce titre « Géométrie algébrique et géométrie analytique » . Le fait que toute fonction
méromorphe sur P1(C) soit nécessairement rationnelle est un avatar de ce principe.
3.2. TYPES DE SINGULARITÉS ISOLÉES, MÉROMORPHIE 213

E xercice 3.22 (l’action du résidu sur les 1-formes <pd,Ç seulement indéfiniment
différentiables*). Soit / une fonction holomorphe et non identiquement nulle dans un
ouvert connexe U de C et <p une fonction C°° à support compact dans U.
a) Montrer que l’application

A 6 {Ræa > i } ± ^ â ( iZ L ) Aipd<;= ± Jc i/ i2^ - 1) dj a <pdc


se prolonge en une fonction méromorphe à tout le plan complexe et que les pôles
éventuels de ce prolongement sont tous des nombres rationnels strictement négatifs.
On exploitera l’intégration par parties (profitant ainsi du fait que <pest C°° à support
compact) comme à l’exercice 2.17, b ), après avoir utilisé préalablement le lemme de
partionnement de l’unité (voir la preuve du théorème 3.10) pour se réduire au cas où
le support de tp est contenu dans un voisinage arbitrairement petit d’un zéro de /
dans U.
b ) Montrer la formule

OO
d%<p(ot)
[ ¿ / c 5 (M t ) A H C ] a=0 £ Res* [ ( S (C~a)k) J L ]
û r € s u p p ( < p )n /-1 (0 ) k = 0
kl / ( O J’

où l’on a noté pour abréger dk<p = dk<p/dÇk pour tout k € N.

E xercice 3.23 (Cauchy, Lagrange, Euclide). Soient /1 ..... M + l fonctions


holomorphes au voisinage d’un compact K à bord orienté (dK)+ comme dans le
théorème de Green-Riemann (théorème 1.3), telles que :
- pour tout j,k G {1 ..... M } avec j ^ k, on ait (~l f j ( 0 ) n Ä - = 0;
- pour tout j = 1,..., M , / r 1(0) n d K = <D
.
On note U l’intérieur de K.
a) Démontrer que pour tout j = 1,..., M , la fonction

(c , z ) ^ F j (c,z) := ù L L J M
Ç -*
(a priori définie dans (K x K ) \ {(£, z) ; Ç = z}) se prolonge en une fonction continue
dans K x K et que ce prolongement est séparément holomorphe dans U x U.
b ) Montrer que chaque fj (j = 1,...,M ) a au plus un nombre fini de zéros dans le
compact K.

1. Savoir profiter de la < souplesse » du cadre C°° par rapport à la < rigidité » du cadre
holomorphe, c ’est être à même de travailler avec les deux < fausses coordonnées » z et z en veillant
à ce que la coordonnée z joue un rôle de variable «: muette » . C ’est précisément ce qui se passe
lorsque l’on envisage d ’étendre la prise de résidu au 1-formes (pdÇ non abéliennes. C ’est dans ce sens
que se situe cet exercice un peu difficile. On y voit se profiler une notion de semi-méromorphie : le
dénominateur est holomorphe, tandis que le numérateur est seulement C °°.
214 3. SINGULARITÉS ISOLÉES, MÉROMORPHIE ET THÉORÈMES D’APPROXIMATION

c) Déduire de la formule de Cauchy la formule de division-interpolation de Lagrange :


M

(ö-*o+ n ^ i / j i C ) ^ j=1
(3.44) M

+ £( £ [',<C) * ] ) ( ñ /<w ) Vi € K
i =1 a€/i” 1(0)nc/

d ) Soient pi et P2 deux polynômes à coefficients dans un sous-corps K de C, premiers


entre eux dans K[X ], avec degpi + degp2 > 0. En utilisant la formule établie au a)
avec M = 2, fj : C Pj(C) Ü = 1,2), h = 1, K = {\Ç\ < R} (R » 1), exhiber (sans
utiliser l’algorithme d’Euclide étendu) deux polynômes q\ et q2 à coefficients dans K,
de degrés respectifs degp2 - 1 et degpi - 1, tels que 1 = qi(X)pi(X) + p2(X)q2(X)
(identité de Bézout). On pourra se servir du résultat établi à l’exercice 3.12.

E xercice 3.24 (Cauchy, Taylor, Euclide). Soient / , h deux fonctions holomor­


phes au voisinage d’un compact K à bord orienté ( dK)+ comme dans le théorème de
Green-Riemann (théorème 1.3). On suppose que / ne s’annule pas sur la frontière de
K. On note U l’intérieur de K.
a) Pourquoi / admet au plus un nombre fini de zéros dans K ?
b ) Montrer que la fonction
m -f(z )
& z ) * F ( C ,z ) :=

(a priori définie dans ( K x K ) \ {(C, z) ; £ = z}) se prolonge en une fonction continue


dans K x K et que ce prolongement est séparément holomorphe dans U x U,
c) Montrer que, pour tout 2 G U tel que \f(z)\ < minqk |/|> on a

h{z) = f r - ¡ h «)F (C ,z) ■
2iw Ja (0ÍQ+ f{0 -J {z )
d ) Déduire du résultat établi au c ) que, pour tout z G U tel que \f(z)\ < mina# |/|,
on a le développement du type de Taylor (mais suivant les puissances de / et non
plus de z —zq 1 ) :
OO

H *) = S ( S Resa [ft(C)F(C,2)
k= 0 a €f~1(0)nU f k+1( 0

e) Soit p = YlÎ=o akXk € C[X] un polynôme de degré d > 1. En utilisant la formule


établie à la question d) avec / : C ^ p (C ), h = 1, K = D(0, R) (R » 1), vérifier
l’identité algébrique (dans C [y]) :
d k- 1 P ( X )-P (Y )
'Xk- x~l dX dX
1= Ofc Res Y e = Res X -Y
k= 1 e=o . PP0 . P(X)

1. On appelle aussi un tel développement développement de Bergman-Weil. On fait référence ici


aux travaux du mathématicien français André Weil (1906-1998), qui proposa ce type de transfor­
mation de la formule de Cauchy en 1935 (en fait en plusieurs variables) et de l’analyste complexe
américano-polonais Stefan Bergman (1895-1977).
3.2. TYPES DE SINGULARITÉS ISOLÉES, MÉROMORPHIE 215

On se référera pour ce qui concerne les notations, utilisées ici pour désigner dans le
contexte algébrique les sommes complètes de résidus, à l’exercice 3.12 où elles ont été
introduites et on utilisera le résultat établi à l’exercice 3.11.
f ) Soient pi = Yfk=o ahkXk et p2 = EfeLo « 2,* X k deux polynômes à coefficients
dans un sous-corps K de C, premiers entre eux dans K[X]y avec deg pi > 1. Déduire1
de l’identité algébrique établie au e) l’identité 1 = qi(Y)pi(Y) + q2 (Y)p 2 (Y) dans
K[Y)y où
d>2 k—1 x k-l-£
dX
qi(Y) = - Y2 Y 2 a2-fc ^ M X) Ye (qi = 0 si d2 = 0)
k=1 £=0 , Pi P O
d\ k—1 X k-i-e
dX
Q2{Y) = Y 2 Y 2 a i>k ^ M X)
fc=i e=o Pi(X )

Si Pj(X, Y) = (Pj( X) - Pj( Y) ) /( X - Y ) = E fe ii E t o a ^ X ^ - ^ (j = 1,2), on


observera pour cela que l’on a dans K[X, Y] les relations
1 Pi(X,Y ) P 2( X , Y ) 1 Pi(X,Y) P2( X , Y )
M x ) 0 MX) “ MX) Pi(Y)-pi(X) P2(Y)
E xercice 3.25 (variation de l’argument et formule de résidus). Soit / une fonc­
tion holomorphe dans un voisinage du disque fermé {|£| < 3}, ne s’annulant pas sur
la frontière de ce disque, et 7 : t G [0,1] 1— > 3 e 2î7rt. On suppose

± ff2 < id c = 2 J _ / ^ d c = 2 ± f ? m dC=- 4


/ 7 m ^" ’ 2îi7ti ry7
i m c ’ 2i n L № dC 4-
Que valent les zéros de / dans le disque D (0 ,3) ?
E xercice 3.26 (théorème de préparation2* de Weierstrafi). On considère une
fonction / : (z, w) i—y f { z ) w) G C analytique dans un voisinage ouvert U de l’origine
dans C2 (c’est-à-dire continue et séparément analytique, voir l’exercice 2.34, b)), telle
que /(0 ,0 ) = 0 et que z i-> f(z, 0) ne soit pas identiquement nulle au voisinage de
z = 0.
a) Montrer qu’il existe r' > 0 et r" > 0 tels que JD(0, r) x D( 0, r ") c U et que la
fonction / ne s’annule pas sur {|£| = r '} x {\w\ < r " } .
b ) Montrer que, pour tout w G D( 0 ,r "), la fonction z h» f ( z yw) n’a qu’un nombre
fini de zéros dans D( 0, rf) et que ce nombre v ne dépend pas de w.
c) Pour w G D(0, r"), on note a i , ..., av les fonctions symétriques des v zéros (comptés

1. Proposée ici en exercice dans le cadre élémentaire d ’une variable, cette même stratégie se
transpose au cadre de plusieurs variables et permet de résoudre explicitement (par le biais de formules
respectant le corps dans lequel on travaille) le problème des zéros de Hilbert pour un idéal dans
K [X i, ...,X n]. On voit ici toute la puissance de l’analyse complexe et le caractère indéniablement
< algébrique » de la formule de Cauchy.
2. Il s’agit ici d ’un exercice important, centré sur un résultat essentiel en deux (ou plusieurs)
variables. Au contraire de ce qui se passe en une variable, les zéros d ’une fonction analytique de deux
variables ne sont jamais isolés. Cependant, à un facteur fonction inversible près, on peut, quitte à
faire un changement linéaire de coordonnées, exprimer localement la fonction comme une fonction
polynomiale distinguée en une variable, à coefficients holomorphes en l’autre ; c ’est ce que l’on appelle
une présentation sous forme de Weierstrafi.
216 3. SINGULARITÉS ISOLÉES, MÉROMORPHIE ET THÉORÈMES D’APPROXIMATION

avec leurs multiplicités) {Ci (w)> ...,C /(w )} de z i-> f(z,w ) dans D( 0 ,r'). Montrer que
les fonctions Gj sont holomorphes dans D{0)rn).
d ) Montrer que pour tout p g ]0,r"[, il existe C(p) > 0 tel que

V z e {\z\ < r '} , Vw g { H < p}, \f(z,w)\ < C{p) I J J ^ — Cg(it;)|.


*=i
En déduire qu’il existe une fonction analytique u dans D(0, r') x D(0, r"), ne s’annulant
pas dans ce bidisque, et telle que

f{z,w ) = u(z,w) (zv - ai(w) zv~l + ---- h ( - l ) ‘/ - V I/_i(ty)2 + ( - l ) V „ ( u /) ) .


On pourra montrer (penser pour cela au théorème de Riemann, théorème 3.3) que la
fonction (z,w) f { z iw)/u(z)w) (définie a priori dans (D (0,r ') x .D(0,r ,,) ) \ / ” 1(0))
se prolonge en une fonction bornée en module et séparément holomorphe, et l’on
utilisera ensuite le résultat établi à l’exercice 2.34, b)).

E xercice 3.27 (variation de l’argument, fonction de Ronkin1 d’un polynôme de


Laurent).
a) Soit F (X ) = ]C/c<ea ukXk (A sous-ensemble fini de Z, Uk ^ 0 pour tout point
k G A) un polynôme de Laurent en une variable. On désigne par A(F) l’image de
l’ensemble V (F ) := {z G C* ; F(z) = 0} par l’application 2 log\z\. Montrer que
la fonction Rf : x h» (1/27r) / Q 27r log \f(ex+1,0)\dO est affine sur toute composante
connexe C =]u,v[ de R \ A (F ), de pente un entier Ne appartenant à l’enveloppe
convexe de A, que l’on exprimera en fonction de u et v. Vérifier que cette fonction se
prolonge à M en une fonction affine par morceaux et convexe.
b) Soit F (X ) Y) = S(A;,/)ga uktiX kY e (A sous ensemble fini de Z 2, Uk,i i 0 pour tout
(fc,i) G A) un polynôme de Laurent en deux variables. On note V(F) l’ensemble des
zéros (z,w) de F dans (C *)2 et A(F) le sous-ensemble de R2 défini comme l’image de
V(P) par l’application Log : (z,w) G (C*)2 *-» (log|^|,log|u;|) (voir l’exercice 3.14).
Montrer que la fonction

(*, y ) ^ A
47r
f f
J J[0,2tt]2
lQ
g
\ n < ? + i e , é * * ) \ d e d i f

est affine dans toute composante connexe C de M2 \ A (F ), c’est-à-dire de la forme


(æ, y) h-» Ne,i x + Ne ,2 y + 7c >où (Ne,u Ne,2) est un point à coordonnées entières et
7 c une constante réelle.
c) Soit F comme à la question b) et C une composante connexe de R 2 \ A(F).
Soit (x>y) G C et ( zx,z y) G Log~1(x,y). Pour a G Z 2, on considère le lacet défini
par 7a;œ,2/ : t G [0,1] F(zx e2i7rait,Zye2i7ra2t). Vérifier que ^a]X%y est un lacet
de C* et que Ind(7a;a;j3/, 0) = aiiVc,i + a,2Nc,2• En utilisant le fait que l’on a (on
justifiera pourquoi) Ind(7a;£C,2/, 0) = Nm (fXiV\D(0, 1)) - Npo\(fXiy; D (0, 1)), où f XtV
est la fonction polynomiale de Laurent 2 i-> F(zxz a i, zyzCL2)) montrer que (Ne,u Ne,2)
est un point à coordonnées entières de l’enveloppe convexe fermée de A.

1. Mathématicien ukrainien, Lev Isaakovich Ronkin (1931-1998) s’est intéressé aux problèmes
liés à la croissance des fonctions entières en n variables, ainsi qu’au concept de presque-périodicité.
3.2. TYPES DE SINGULARITÉS ISOLÉES, MÉROMORPHIE 217

F ig u r e 3.3. Le chemin Tr }6}V à utiliser pour l’exercice 3.28

E xercice 3.28 (version analytique du théorème des résidus : formule des complé­
ments). Soit z un nombre complexe de partie réelle strictement entre 0 et 1.
a) En utilisant le compact à bord K r^ v délimité par le lacet représenté sur
la figure 3.3 et la formule des résidus (version analytique), puis en faisant tendre
simultanément R vers +oo et e et rj vers 0, vérifier la formule

f°° t z ~ l a . *
J0 1 + 1 Sin(7rz) '

b ) Vérifier, en utilisant la formule de changement de variables dans les intégrales de


Lebesgue, puis le théorème de Pubini, que
dsdu
F s2- ^ " 4 ds x

tz~1 r°° ¿2—1


du =JÍÍ
J]0,oo[2
<
(s/u) z e -( s + u )

------ dtdv = / -------dt.


1+ Í J0 1 + t
En déduire que la fonction T d’Euler (voir les exercices 2.10 et 3.20) vérifie la formule
des compléments (l’égalité étant ici entendue au sens des fonctions méromorphes) :

V2 6 c , r w x r d - . ) - ^

(les fonctions dans les deux membres étant ici entendues comme des fonctions méro­
morphes dans C). En déduire que la fonction T (considérée comme fonction méro-
morphe dans C tout entier, voir l’exercice 3.20) ne prend jamais la valeur 0, donc que
la fonction z h* 1 / r (z) est une fonction entière s’annulant (tous ses zéros étant des
zéros simples) en 0, —1, —2,....
218 3. SINGULARITÉS ISOLÉES, MÉROMORPHIE ET THÉORÈMES D’APPROXIMATION

(N= #}__.

F ig u r e 3.4. Le chemin %tR à utiliser pour l’exercice 3.29

E xercice 3.29 (version analytique du théorème des résidus : intégrale de la


fonction sinus cardinal1 : formule de Dirichlet). En utilisant le compact à bord orienté
K €jr délimité par le support du lacet 7€>jr représenté sur la figure 3.4 et la formule
des résidus (version analytique), puis en faisant tendre e vers 0, puis R vers l’infini,
déduire de la formule des résidus la formule de Dirichlet

7T
lim
i?—>+OOJ Q t 2*

E xercice 3.30 (version analytique du théorème des résidus : calcul des intégrales
de Fresnel2). Vérifier les formules de Fresnel

pR pR l fîr
lim / cos (t2) dt — lim / sin(i2) dt = -\ —
R->+°oJo R -++00 JQ v ' 2V2
en utilisant comme compact à bord orienté K r le secteur angulaire

K r := {re%e ; 0 < r < Æ, 0 E [0, 7t/4 ]}

et en appliquant la formule des résidus (version analytique) avec la forme exp(—£2) dÇ


(avant de faire tendre R vers +oo).

E xercice 3.31 (calculs d’intégrales de la forme / 0°°(log£)9 /(£ )d t, / E C(X)).


a) En utilisant la formule des résidus avec le chemin Tr ^ représenté sur la figure 3.3
et une 1-forme différentielle convenable, vérifier que f£°(logt)dt/(l -ht)3 = —1/ 2.
b ) En utilisant la formule des résidus avec le chemin 7 6iR représenté sur la figure 3.4 et

1. Fonction appartenant à £ 2(R), mais non à /21(M), la fonction sine (sinus cardinal) joue un
rôle important en théorie du signal et de l’information, en tant que transformée de Fourier (spectre)
de la fonction X [ - i , i ] / 2 * Le fait que cette fonction sine ne soit pas intégrable au sens de Lebesgue sur
K, mais qu’il y ait seulement semi-convergence de ses intégrales sur ] — oo, 0] et [0, + oo[ au sens de
Riemann (les deux intégrales en question étant égales à 7r / 2), est responsable de problèmes sérieux
en analyse et traitement du signal (phénomène de Gibbs ou aliasing).
2. Ces intégrales, introduites par l’opticien et mathématicien français Augustin Fresnel (1788-
1827), jouent un rôle important en optique géométrique.
3.2. TYPES DE SINGULARITÉS ISOLÉES, MÉROMORPHIE 219

des 1-formes différentielles convenables, vérifier, pour tout a > 0, les trois formules :
f°° dt _ 7r f°° logi 7 r(lo g o -l)
J0 (i» + «2 )2 - 4o3 J0 («2 + a 2)2 at - 4a3

f°° (lo g i)2 _ TT3 . TT(loga)2


Jo i 2 + a2 o t - 8 a + 2a '

E x ercice 3.32 (formule des résidus et fonctions puissance). Soient [a, b] un seg­
ment de R et / une fonction méromorphe dans C, ayant au plus un nombre fini de
pôles dans C, tous dans C\[a, b]. Soit log la fonction logarithme définie dans C\[0, + 00[
par
logz := log \z\ + ¿argj0i27r[(z).
a) Montrer que la fonction holomorphe
$ a>& : 2 € C \ [a, +oo[i— >log(z - a) - log(2 - b)

se prolonge à C \ [a, b] en une fonction holomorphe aussi notée $ a?&.


b) Montrer que, pour tout nombre complexe À, la fonction 2 F(z)ex^a'b^ est
bien une fonction holomorphe dans un voisinage épointé de l’infini (pôle nord N de
la sphère de Riemann S2), donc présentant une singularité isolée en ce point.
c) Soit A un nombre complexe de partie réelle dans ]0,1[. En utilisant la formule

des résidus dans le compact à bord orienté délimité par les supports des deux la­
cets continus 7(a+6)/2,/î et 7e,T7,a,6 représentés sur la figure 3.5, puis en faisant tendre
220 3. SINGULARITÉS ISOLÉES, MÉROMORPHIE ET THÉORÈMES D’APPROXIMATION

F igure 3.6. Le chemin T u ^ r à utiliser pour l’exercice 3.33

simultanément R vers l’infini, e et rj vers 0, vérifier la formule :

£ Resa{ № e X*°A 0 dQ.


f i (ttA)
a e f - H N )U {o o }

E xercice 3.33 (formule des résidus : calcul des sommes de Gauß). Soit n un
entier supérieur ou égal à 2 et Yu^ r ( e < < l , Æ > > l ) l e lacet continu figuré sur la
figure 3.6.
a) Déduire de la formule des résidus, version analytique, appliquée dans le compact
à bord orienté délimité par le support de r nje,j*, la formule
e2i7r<2/n
^ ^ ^ g 2z7 rk 2 / n
g2Î7rC __ 1
dç = e2<rf/n =
L n.
0 < k < n /2 ^ O<fc<n—1
k ^ n /2

b) En déduire (en faisant tendre simultanément e vers 0 et R vers l’infini)

1 V e 2i* k2/n = V i ï i ( l + ( - i ) n ) lim f * e ~ 2i* t2 dt.


2 0 < k < n - l r X + oo J 6
3.2. TYPES DE SINGULARITÉS ISOLÉES, MÉROMORPHIE 221

On sera amené à distinguer le cas où n est pair du cas où n est impair,


c) En intégrant la forme e” 27r^ sur le bord orienté (dans le sens trigonométrique) du
secteur angulaire { r e 2™e ; e < r < i?, 6 G [0, 7t/ 4]} (voir aussi l’exercice 3.30), vérifier
la formule
—2int2 1
lim dt =
É—>0 f ' 2 (1 + i)
.R->4-oo
Déduire alors, en combinant ce résultat avec celui établi au b ), l’expression de la
n-ième somme de Gaufi1 :

1+ (-i)w
r» := e2ink*/n = ¿ e2i7rfc2/n = i
l+ Z '
k=0 fc= 1
Vérifier que r 2 = n x (-—), où (-— ) désigne le symbole quadratique de Legendre
(valant 1 si —1 est résidu quadratique modulo n, —1 sinon).
E xercice 3.34 (formule des résidus : calcul du spectre des fonctions rationnelles).
Soit F G R(X) une fonction rationnelle sans pôles sur l’axe réel et sans partie entière,
dont la décomposition en éléments simples dans C (X ) se présente sous la forme
N »J
7ï,e 7j,e
*■(*> = £ £ ( +
~ <Pj ~ iaiY (x ~ Vi + iaj) e.)•
où les ifj + ioij = Zj (j = l,...,iV ) sont les N pôles distincts de F situés dans le
demi-plan {Imz > 0} et les Vj, j = 1, ...,iV leurs ordres.
a) À quelle condition (portant sur les coefficients 7 ^1) la fonction t t-4 F(t) est-elle
intégrable sur R ?
b ) Si la condition requise au a) est remplie, exprimer en fonction des Zj = ipj + iaj et
des coefficients 7^ la transformée de Fourier (ou spectre) w G R 4 / R F(t) e~îUJt dt
de la fonction rationnelle t G R »-> F(t). On utilisera (suivant que u > 0 ou u> < 0)
la formule des résidus appliquée avec la forme F(C)e“ *w<» et le bord orienté de l’un
ou l’autre des demi-disques £>(0, R) fl {Imz > 0} ou D (0 ,iî) H {îm z < 0} (pour R
grand).
c) Calculer, pour tout N G N*, la transformée de Fourier (ou encore spectre) de la
fonction B n : t G R 1- » 1/(1 + t2N) (B n est la fonction de transfert du filtre de
Butterworth d’ordre N ).
E x ercice 3.35 (formule des résidus : factorisation de fonctions entières). Soit /
une fonction entière non identiquement nulle dont les zéros sont tous simples et non
nuis. Soit (7 n ) nen* une suite de lacets simples C 1 par morceaux, de supports inclus
dans C* \ f ~ x(0) tels que, si dn := min{|£| ; C £ supp7w }, on ait :

lim
N-»4-oo
djsf = +00 , f
J^N
|d£| = O(div) et sup
C^supp77v I / I O I
= @0-) W + 00)-

On suppose d’autre part que U n C Un + i ( o ù Un désigne l’ouvert borné enserré par


le lacet simple 7 n ).

1. Très importantes en théorie analytique des nombres, ces sommes ont été calculées en 1801 par
le mathématicien, astronome et physicien allemand Cari Friedrich Gaufi (1777-1855), dont l’œuvre
immense préfigure tant l’analyse complexe que la théorie des nombres modernes.
222 3. SINGULARITÉS ISOLÉES, MÉROMORPHIE ET THÉORÈMES D’APPROXIMATION

a) Exprimer, grâce à la formule des résidus (version analytique) appliquée dans le


compact à bord délimité par le support de 7/^, l’intégrale curviligne

m
d<
< / « ) « - z)
lorsque N € N* (on supposera dans un premier temps que zf(z) ± 0).
b ) Montrer que la suite de fonctions méromorphes dans C (en fait rationnelles)
(F n )n > ii °ù

p M m ,
V z e C,
w( ( - m
£ (—
\z —a + aJ
i)
aef-'MnÜN
converge uniformément sur tout compact de C \ / 1(0) vers la fonction holomorphe
/ '/ / ■
c) Déduire du b ) que l’on a

V * € C, /W = / ( 0 ) « * p ( ^ ) x „ta „ ( n (1-
' aef-H0)nuN
la convergence au membre de droite étant uniforme sur tout compact. On observera
pour cela que Un est (comme domaine borné enserré par un lacet simple, dit ouvert
de Jordan) un ouvert simplement connexe dans lequel toute fonction holomorphe ne
s’annulant pas s’exprime comme l’exponentielle d’une fonction holomorphe (proposi­
tion 1.13).
d) Construire deux suites de chemins (7iv)iv>i et (i n ) n > i adaptées respectivement
aux fonctions z h* cos(7T^) et z h* sm(irz)/(7rz). Déduire du c ) que l’on a :

Sin(7T£)
Vz G C, C O S (7 T 2 ) = lim lim
N -H -o o ((2k + 1) / 2)2 )• 7TZ N -H -o o

la convergence dans les membres de droite ci-dessus étant uniforme sur tout compact.

E xercice 3.36 (fonction Gamma et formule du binôme).


a) Montrer que la fonction définie pour Re^ > 0 par F(z) := / 0°° tz~l é~l dt et pro­
longée ensuite à tout le plan complexe en une fonction méromorphe à pôles 0, —1, —2,...
(voir l’exercice 3.20) est telle que r(æ + iy) = oXtk(\y\~k) pour tout x e R et pour
tout k € N lorsque y tend vers ±oo.
b) Soit ß un nombre complexe tel que Re ß > 0 et 0 < 7 < Re ß. Soit n un entier
positif et rj e]0, l/2 [ tel que la fonction méromorphe ( G C r(()r(ß —C) n’a aucun
pôle sur la droite verticale —n —rj + ¿R. Montrer que, pour tout t > 0,

¿ / r ( 0 T(ß - 0 <K = - ± - [ r ( 0 T(ß - C) t~< dt


¿ITS J7+iR MK Ji+iR
, ! , £ (-ß )(-ß + l)...(-ß + k+ l ) * '
Êi fe!
En déduire que, pour tout t e]0, 1[,

<3 ' 4 5 ) = 2a m h n o w - o r ' « -


3.2. TYPES DE SINGULARITÉS ISOLÉES, MÉROMORPHIE 223

Utiliser une méthode similaire (mais en déplaçant cette fois les contours d’intégration
vers la droite et non plus vers la gauche) pour montrer que cette égalité subsiste aussi
pour t > 1, puis qu’elle reste valable également pour t = 1.
c) En déduire que si t\ et ¿2 sont deux nombres strictement positifs et /9 un nombre
complexe de partie réelle strictement positive, alors, pour tout nombre 7 E]0,Re/?[,
on dispose de la « formule du binôme » :

Comment cette formule peut-elle se généraliser pour exprimer (¿1 + • -+tm) ^lorsque
il, ...,£m sont des nombres strictement positifs?
E xercice 3,37 (formule des résidus). Soit / une fonction holomorphe dans le
demi-plan { z ;R e z > 0}, se prolongeant en une fonction continue (notée aussi / )
dans le demi-plan fermé {z ; R ez > 0}, telle que

\f(iy)\dy < +00


L
et que |/| < 1 dans {z ; Rez > 0}. Pour tout e > 0 et tout A > 0, on introduit la
fonction holomorphe dans {z ; R ez > 0} (et continue dans {z \ R e z > 0}) définie par

9e,A : z ^

a) Vérifier que pour tout 2 E iR = d[{z \Rez > 0 }], on a \geA z)\ < \f(z)\-
b ) En déduire que y E R ge,A(iy) est intégrable sur R relativement à la mesure de
Lebesgue et que
lim / 9 e A w )d y = / f(iy)dy.
e->0,A—>+00 JR
c) Établir, pour tout R > 0, A > 0 tels que R > 2A , les majorations
A 9 A
V0 € [-TT/2, tt/2], l9e,A(Reid)\ < e~‘ R cos* |A+^ |< ^ c° s*.

d ) Déduire de la formule des résidus que JRgeA w ) dy = 0. Conclure en invoquant le


résultat établi à la question b ) que fRf(iy) dy = 0.

E xercice 3.38 (Un théorème de Hardy-Feketex). Soit ( Xk)k>i une suite stric­
tement croissante et tendant vers +00 de nombres réels positifs et (ük)k> 1 une suite
de nombres complexes. On suppose que la série de Dirichlet \ak e~XkZ a une
abscisse de convergence xc E [—oo,+ oo[ (voir les exercices 2.12 et 2.54 pour une fa­
miliarisation avec le concept de série de Dirichlet).
a) En utilisant le fait que la série de Dirichlet ak e~XkZ converge en au moins
un point rco E R et en transformant ^£=1ük = ¿ £ = 1 dke~XkXi)^XkXo par intégrationl.

l. Cet exercice plus difficile, conçu plutôt comme un texte de problème, est centré sur un im­
portant résultat dû au mathématicien britannique Godfrey Harold Hardy, théoricien des nombres
en même temps qu’analyste (1877-1947), et au mathématicien hongrois Michael Fekete (1886-1957)
concernant le prolongement des sommes des séries de Dirichlet. Il prolonge l’étude de la fonction zêta
de Riemann entamée dans une suite d ’exercices au chapitre 2 (il s’inscrit en particulier dans la ligne
des exercices 2.13 et 2.36).
224 3. SINGULARITÉS ISOLÉES, MÉROMORPHIE ET THÉORÈMES D’APPROXIMATION

par parties discrète (lemme 2.1), montrer que limn_*+oo(log |J2k=i ak\/eXn) = 0- En
déduire que l’abscisse de convergence de la série de Dirichlet YlkLiake~e kz (dite
transformée de Mellin de la série de Dirichlet YlkLi ak e~XkZ) appartient à [—oo, 0].
b ) On note F la somme de la série de Dirichlet YfkLi e~e kz dans {R e z > 0}. Soit
y > max(xc,0). En transformant X X=n(e“ eHi eAfc2/) (ak^~XhV) = J2k=n ck (lorsque
l < n < r a e t £ > 0) par intégration par parties discrète (lemme 2.1), montrer qu’il
existe une constante Ky > 0 telle que |YlkLnak e~e fct|< Ky t~v e~e nt/ 2 pour tout
n G N* et pour tout t > 0. En déduire que, pour 2 tel que R ez > max(0,æc),
( Y,h=i ak e~XkZ) T(z) = / 0°° tz~l F(t) dt. On s’aidera des réécritures (changement de
variables) T(z) := / 0°° tz~l e~~l dt = eXkZ / 0°° tz~x e~eXkt dt (lorsque k G N*, R e z > 0)
et du théorème de convergence dominée de Lebesgue.
c) On suppose que la somme de la série de Dirichlet J2kLiake~e kz se prolonge
dans l’union du demi-plan {R ez > 0} et d’un voisinage de l’origine en une fonction
méromorphe, présentant à l’origine un pôle d’ordre v G N* ou une singularité fictive
(z/ = 0). On note encore F ce prolongement. En utilisant le développement de Laurent
de F au voisinage de z = 0, montrer que, si x > 0 est suffisamment petit, la fonction
z h-» Jq tz~l F(t) dt, définie et holomorphe à priori dans {R e^ > max(0,x c)}, se pro­
longe en une fonction méromorphe dans C tout entier, avec pôles (éventuels) au plus
simples aux points v —1, v —2,....
d ) Montrer que, pour tout x > 0, la fonction z h» tz~l F(t) dt définit une fonction
entière. Déduire alors en combinant ce résultat avec les résultats obtenus aux questions
b) et c) que, sous les hypothèses faites à la question c), la fonction 2 h* ak e~XkZ
se prolonge depuis le demi-plan {R e z > xc} en une fonction méromorphe à pôles
(éventuels) au plus simples 1,2, ...,z/ (ou en une fonction entière lorsque v = 0). On
utilisera pour cela les résultats concernant le prolongement méromorphe de la fonction
Gamma d’Euler établis aux exercices 3.20 et 3.28.
e) Déduire du résultat établi à la question d) que la fonction ( : z h* YlkLi ^~z se
prolonge méromorphiquement depuis {R e z > 1} en une fonction méromorphe dans
C de seul pôle (simple) égal à 1 (avec résidu égal à 1 pour la 1-forme correspondante)
et que la somme de la série de Dirichlet k~z se prolonge holomorphi-
quement depuis {Re z > 0} en une fonction entière.

Exercice 3.39 (théorème de Rouché, version analytique). Calculer le nombre de


zéros de la fonction polynomiale z ^ P(z) = z5 + 12z3+ 3 z 2+ 2 0 z + 3 dans la couronne
{1 < |z| < 2}. Même question pour la fonction polynomiale z h* Q ( z ) = z7 —5z3 + 6.

Exercice 3.40 (théorème de Rouché, version analytique). Soit a G C*, d > 0 et


R > 0 tels que \a\ > eR/Rd. Montrer que l’équation azd = ez admet exactement d
racines (comptées avec leurs multiplicités) dans D (0,iî), et qu’au moins d —1 de ces
racines sont des racines simples.

Exercice 3.41 (théorème de Rouché, version analytique),


a) Soit P un polynôme de degré d > 0 et M > 0. Montrer l’équivalence des deux
conditions :

V z G {\z\ = 1 }, \P(z)\ < M •*=*> V A G {|A| > 1 }, { z ; P ( z ) = X M z d} C Z>(0 , 1).


3.2. TYPES DE SINGULARITÉS ISOLÉES, MÉROMORPHIE 225

b ) Soit P un polynôme de degré d > 2. Montrer que les zéros de P ' appartiennent à
l’enveloppe convexe de l’ensemble des zéros de P. Utiliser pour cela l’expression de la
fraction rationnelle P'(X)/P(X) calculée sous forme de dérivée logarithmique.
c) En utilisant les résultats établis aux questions a) et b ), montrer que, si P est un
polynôme de degré d > 2 et si M = s u p ^ ^ |P|, les zéros de P '(X ) - XdNXd~1 sont
tous dans D (0 ,1) dès que |A| > 1. En déduire (en utilisant le principe du maximum)
que sup|2|<! |P'| < dsup|2|<;l |P|. Cette inégalité est dite inégalité de Bernstein1.
Est-elle encore vraie s id = 0 o u d = l ?

E xercice 3.42 (théorème de Rouché, version analytique). Soit / G C(X) une


fraction rationnelle, pensée comme une fonction méromorphe sur la sphère de Riemann
S2. Montrer que l’on a nécessairement iVzer[ / ; § 2] = *Np0i[/;S 2], les zéros et les pôles
étant ici comptés avec leurs multiplicités ou leurs ordres (suivant qu’il s’agisse de zéros
ou de pôles).

E xercice 3.43 (fonctions elliptiques *P et ^3' de Weierstrafi, suite). Soient u>\ et


u>2 deux nombres complexes non nuis tels que I m ^ / ^ i ) ^ 0 et A := Zu)i 0 Zu>2-
Les fonctions elliptiques *P et <P' ont été définies à l’exercice 2.55 comme les fonctions
holomorphes de C \ A dans € :

On rappelle que *P est paire et *P' est impaire.


a) Montrer que ^3 et *P' se prolongent en des fonctions méromorphes à C tout entier.
Quels sont les pôles de ces fonctions méromorphes? Quel est l’ordre de ces pôles?
Que valent les résidus de ^P(£) en ses pôles ? ceux de ÎP'(C) d( aux pôles de ^3' ?
b ) En utilisant les développements de Laurent au voisinage de 0 de Çp/2, <P3, *p2 et ^3,
montrer qu’il existe des constantes complexes A et B (que l’on exprimera sous forme
de sommes de séries numériques en termes du réseau A) telles que la fonction

z € C \ A i— > CP'(z))2 - (4 Œ (z ))3 - A m z ) Ÿ - B<V(z))

se prolonge en une fonction entière A-périodique. En déduire qu’il existe trois nombres
complexes a, 5, c (dépendant du réseau A) tels que, pour tout 2 G C \ A, le point
{ ^ { z ) ^ ( z ) ) appartienne à la cubique T a d ’équation
Y3 = 4 ( X -a ) (X - b ) (X - c )
dans y 2.
c) Montrer qu’il existe toujours un parallélogramme fermé

n (20) := {¿o + tui H- SU2 ; (t, s) G [0, l]2}

1. Il s’agit de Serguei Bernstein (1880-1968), mathématicien soviétique, à qui l’on doit l’approxi­
mation polynomiale par les polynômes de Bernstein. Cette inégalité a un pendant important en
théorie du signal : si / est une fonction C°° sur M, de spectre borné, inclus dans [—Î2,£2], on a
SUPr I/'I < ftsupR |/|.
2. On notera ici l’analogie entre le couple de fonctions (V iV O (méromorphes dans C, A-
périodiques) et le couple de fonctions trigonométriques (entières, mais seulement 2î 7rZ-périodiques)
(cos, sin), paramétrant, elles, la conique dont l’équation dans y est Y 2 = - ( X — 1)(X + 1).
226 3. SINGULARITÉS ISOLÉES, MÉROMORPHIE ET THÉORÈMES D’APPROXIMATION

sur le bord duquel la fonction méromorphe Çp x ne présente ni zéro ni pôle.


d ) En utilisant le théorème de Rouché (version analytique), montrer que la fonction
*P présente deux zéros à l’intérieur de II(z o ) (comptés avec leurs multiplicités). Mon­
trer que la fonction îp' présente, elle, trois zéros (comptés avec leurs multiplicités) à
l’intérieur de II(^ o ).
e) Vérifier, en utilisant la formule des résidus pour représenter leur somme sous la
forme
_ 1__

L
, W ) dÇ,
2î7T (an(*o))+
que la somme des deux zéros de dans II(2o) est un point du réseau Zw, ® Zu>2.
Même question pour la somme des trois zéros de Çp' dans ce même parallélogramme
n (z 0).

E x ercice 3.44 (dérivée logarithmique de (, formules de Perron1). On désigne


par A : N* -> [0, oo[ la fonction arithmétique définie par A (k) = logp lorsque k est
une puissance pu (u > 1) d’un nombre premier, 0 sinon. On rappelle que la fonction
zêta de Riemann est la fonction holomorphe dans le demi-plan droit {Re z > 1} définie
dans ce demi-plan par Ç(z) := YlkLi V ^ z (voir l’exercice 2.11).
a) En utilisant la formule d’Euler établie dans l’exercice 2.11, b) et le théorème de
Rouché (version analytique), vérifier que Ç ne s’annule pas dans {Re 2 > 1} et que
l’on a
C(z)
'iz € {Rsz > 1},
<(z) k kz '
b ) En utilisant le procédé sommatoire d’Abel (intégration par parties discrète, lemme
2.1), montrer que, pour tout x > 1, on a

]T (x -k )A (k ).
l<k <x

c) On note, pour tout x > 1, ty(x) := J2i<k<x(x ~ k)A(k). En utilisant la formule


des résidus avec comme chemin le bord orienté de l’un ou l’autre des demi-disques
K R := { \z - 7 I < R, Rez > 7 } ou K 9R := {\z - 7 | < R, Re^ < 7 } (R » 1),
démontrer, pour tout x > 1, pour tout 7 > 1, les deux formules de Perron :

m dX
^ ^ 2z7r A(A + 1) C(A)

x A-l (m +
x 2* 2\ x) 2iir J 7+iR
y+i + 1) ' C(A) Ak ï ) *

l. Il s’agit ici plutôt en fait d ’une méthode, fondée sur l’usage de la transformation de Mellin,
initiée par le mathématicien allemand Oskar Perron (1880-1975), théoricien analytique des nombres,
mais aussi algébriste et géomètre ; son célèbre et fondamental traité d ’Algèbre continue à faire date
aujourd’hui. La seconde formule établie au c) sera exploitée aux fins de la démonstration du théorème
des nombres premiers dans le classique exercice-problème 3.45.
3.2. TYPES DE SINGULARITÉS ISOLÉES, MÉROMORPHIE 227

E x ercice 3.45 (le théorème des nombres premiers1). Cet exercice poursuit la
suite d ’exercices 2.11, 2.36, 2.54, 3.38, 3.44), dont on sait (voir l’exercice 3.38, question
e )) qu’elle se prolonge depuis le demi-plan {R ez > 1}, où elle est naturellement définie
par Ç(z) := k~z>en une fonction méromorphe dans C, d’unique pôle z = 1, le
résidu en ce pôle valant 1. On rappelle que le prolongement de C à {R ez > 0} est
donné (voir l’exercice 2.36, b )) par

(3.46) (w = - i - - z£ ~ î z ® a .

a) Vérifier que le polynôme trigonométrique 3 + 4 cos(u;) + cos(2o;) reste positif ou


nul sur R. En remarquant que, pour 7 > 1,

log |C(7 + w)| = £


p premier
ken*
(par intégration terme à terme de la dérivée de cette fonction de u;), vérifier que

V7 > 1, Vu; G R, log |C3(7) C4(7 + «*>) C(7 + 2iu)\ > 0,


soit que
Ç(7 + ih>)
V 7 > 1, Vw e R, ((7 - 1 )<(7 ) ) 3 IC(7 + 2<w)l >
7-1
En déduire que le prolongement de C à {R e z > 0} \ {1 } ne s’annule pas sur la droite
verticale 1 + ¿R.
b ) Montrer que la formule (3.46) s’exprime aussi ainsi :
N .oc
(3.47) y N £ N*, t{z) = Y Jk~z + z ® - t + 1 /2 d t+ N1- z
tz+1 Z - 1
m . Jn
c ) Déduire de l’expression (3.47) pour Ç(z) dans {R e z > 0} \ { 1} qu’il existe A > 0
tel que
|C(7 + *«)I = O(logw),
ce uniformément dans le domaine B a '= {1 — ^4/logu; < 7 < 2,u; > 2} (on pourra
admettre dans un premier temps ce résultat plus technique). En déduire, en utilisant
les inégalités de Cauchy, que l’on a, dans le domaine Bo := {7 + zu; ; 7 G [1,2],u; > 2},
et ce uniformément, à la fois

ICU)I = O(logw) et |C'(^)| = O (log2 w).

1. On doit ce célèbre théorème au mathématicien belge Charles-Jean de la Vallée Poussin


(1866-1962) et au mathématicien français Jacques Hadamard (1865-1963), qui l’ont démontré
indépendamment, mais tous deux par une méthode fondée sur l’analyse complexe, plus précisément
la méthode de Perron (voir l’exercice 3.44), méthode que nous présentons ici sous la forme d ’un
exercice-problème très classique (inspiré de [Titch], chapitre III). Il faudra attendre les travaux du
mathématicien norvégien Atle Selberg (1917-2007) et du mathématicien hongrois Paul Erdôs (1913-
1996) pour voir émerger des preuves élémentaires n’utilisant plus aussi ouvertement les outils de
l’analyse complexe (1949-1950).
228 3. SINGULARITÉS ISOLÉES, MÉROMORPHIE ET THÉORÈMES D’APPROXIMATION

d) D é d u ire d e la se c o n d e in é g a lité é t a b lie a u a ) q u ’il e x is te u n e c o n s ta n te B = Ba > 0


te lle q u e

V7 e]l,2], V a; > 2, |CO + tw )l ^ -J , ' % "■


B lo g 1 u
M o n tr e r q u e , p o u r t o u t 7 d a n s ] 1, 2], p o u r t o u t 7 G [ 1 ,7 [ , p o u r t o u t co > 2 , on a
( d ’a p rè s le r é s u lta t é t a b li a u c ) e t l ’in é g a lité d es a c c r o is s e m e n ts fin is)

|C(7 4- ioj) —£ (7 + iuj)\ < K(7 - l ) l o g 2 cj

p o u r u n e c e r ta in e c o n s ta n te p o s it iv e K = K a > 0. E n d é d u ir e q u e, p o u r t o u t 7 d a n s
[1,2 ], p o u r t o u t 7 d a n s ] 1 , 2], p o u r t o u t oj > 2, o n a

IC(7 + «*0 I ^ p . 1/4------ ^ ( 7 ~ l ) l o g 2 ^ = (7 - l ) ( ^ l\u-------- K\og2 w ) .


B log ' a; v B log 7 a; '
E n c h o isiss a n t 7 = 7 w e ] l , 2] c o n v e n a b le en fo n c tio n d e u (p a r e x e m p le , e n p r e n a n t
7 W = 1 + lo g “ a o; a v e c a> 9 p o u r c h a q u e uj > 2 ), m o n tre r q u e

1
= 0 (lo g 7 a;)
|C(7 + *w)l
lo rsq u e uj te n d v e rs + 0 0 , ce u n ifo r m é m e n t p a r r a p p o r t à 7 G [1,2 ].
e) E n c o u p la n t le r é s u lta t é t a b li à la q u e s tio n d ) a v e c c e lu i é t a b li à l ’e x e r c ic e 3 .44 , c )
(on s ’y r é fé r e r a p o u r c e q u i e s t d e s n o ta tio n s , en p a r tic u lie r la d é fin itio n d e la fo n c tio n
$ ) , m o n tre r q u e , p o u r t o u t x> 1,

3f(x)
x2
o ù la fo n c tio n hest in té g r a b le a u se n s d e L e b e s g u e su r R . E n u tilis a n t le th é o r è m e d e
R ie m a n n -L e b e s g u e s u r le c o m p o r te m e n t a s y m p to t iq u e d e la tra n s fo rm é e d e F o u r ie r
d ’u n e fo n c tio n in té g r a b le s u r R , e n d é d u ir e

lim = 0.
x —> + 0 0 V X 2 ï)
f) E n r e v e n a n t à la d é fin itio n d e la fo n c tio n \P, d é d u ir e d u r é s u lta t é t a b li a u e ) q u e
le n o m b re 7r (x ) d e s n o m b re s p re m ie rs in fé rie u rs o u é g a u x à x est é q u iv a le n t à x/ logx
lo rsq u e x te n d v e r s + 0 0 . O n u tilis e r a l ’e x p r e s s io n in té g ra le p o u r ^ é t a b lie à l ’e x e r c ic e
3 .44 , b ) .

3.3. Théorème de Weierstraß, approximation, et résolution du d

L ’u n d es o b je c t if s m a je u r s d e c e t t e s e c tio n e s t d e p r o u v e r q u e , si U d é s ig n e u n
o u v e r t c o n n e x e d e C , le c o rp s M (? / ) (+ , x ) d e s fo n c tio n s m é ro m o rp h e s d a n s U est
e x a c te m e n t le c o rp s d es fr a c tio n s d e l ’a n n e a u % ( { / ) ( + , x ) (in tè g r e d ’a p rè s le p r in ­
c ip e d es zé ro s iso lés) d e s fo n c tio n s h o lo m o rp h e s d a n s U. L a r é a lis a tio n d e c e t o b je c t if
p a ss e p a r la c o n s tr u c tio n e ffe c tiv e d e fo n c tio n s m é ro m o rp h e s à e n se m b le s d e zé ro s
e t d e p ô le s p r e s c r its (a in si q u e le u rs m u ltip lic ité s o u le u rs o rd re s ). C ’e s t c e q u e n o u s
a llo n s d é ta ille r a u fil d es d e u x so u s -s e c tio n s s u iv a n te s . E n é ch o à ce r é s u lta t , n o u s t r a i­
te r o n s le p r o b lè m e d e l ’a p p r o x im a tio n (en n o rm e u n ifo rm e ) d e s fo n c tio n s h o lo m o rp h e s
a u v o is in a g e d ’u n c o m p a c t K d ’u n o u v e r t U de C p a r les r e s tr ic tio n s à c e c o m p a c t
3.3. THÉORÈME DE WEIERSTRASS, APPROXIMATION, ET RÉSOLUTION DU d 229

des fonctions holomorphes dans U (théorèmes de Runge). Les résultats établis se­
ront ensuite exploités pour prouver l’exactitude du complexe de Dolbeault (généré
par l’opérateur d) et énoncer des résultats concernant le problème de l’interpolation
(théorème de Mittag-Leffler).

3.3.1, Produits infinis et facteurs primaires de Weierstrafi


Dans cette sous-section, nous nous proposons de construire explicitement, étant don­
née une suite de nombres complexes (ak)k> 1 (éventuellement répétés) telle que l’on
ait lim^-^+oo \&k\ = +oo, rangée suivant l’ordre des modules croissants
0 < \ai\ < \a2\• •< |afe| < |ûfc+i| < ...
(cette manière d’ordonner les ak n’étant bien sûr pas unique), une fonction entière
F dont les zéros sont exactement les points a* (et eux seuls), la multiplicité de
chaque ak0 (ko G N*) comme zéro de F étant exactement égale au nombre de fois
(nécessairement fini, puisque lim *-*» \ak\ = + oo) où ak0 apparait dans la suite or­
donnée (ak)k>i* La remarque que nous avons fait à propos du lemme de Schwarz
(remarque 2.11, voir aussi l’exercice 2.70) justifie qu’il soit important, avant d’envisa­
ger pareille construction, de disposer d ’une hypothèse a priori sur la croissance de la
suite des nombres positifs (|afc|)fc>i : heuristiquement, plus cette suite converge vite
vers +oo, moindre est la croissance de max|£|=# |F| vers l’infini lorsque R tend vers
l’infini1.
Avant d’expliciter cette construction, nous énonçons une proposition importante,
concernant la réalisation de fonctions holomorphes dans un ouvert comme limites
de produits de fonctions holomorphes.
Proposition 3.2 (convergence de produits infinis). Soit U un ouvert de C et
(uk)k>i une suite de fonctions holomorphes dans U, telle que la série de fonctions
Uk soit normalement convergente sur tout compact K de U, c ’est-à-dire
oo
(3.48) V K ccU , V 's u p |ufe| < +oo.
t i K
Alors, quelque soit la permutation s de N*, la suite de fonctions holomorphes
N

n Sin '-z e U i— >ïletN(z) := J J (l + us(fc)(z)), iV = l , 2,...


k= 1
converge, lorsque N tend vers l’infini, uniformément sur tout compact de C vers une
fonction II, indépendante du choix de la permutation s, et que l’on note
oo __
Il := n o + Uk) ou mieux J J (1 + Uk)
k= 1 keN*
pour rendre compte de la convergence commutative du produit L ’ensemble des zéros
de II est exactement oo
n - 1^
k= 1
1. On verra au chapitre 4, section 4.3, avec la formule de Jensen (proposition 4.3), comment
préciser ce constat pour l’instant heuristique.
230 3. SINGULARITÉS ISOLÉES, MÉROMORPHIE ET THÉORÈMES D’APPROXIMATION

la multiplicité de a comme zéro de II étant exactement la somme (pour k G N*,) des


multiplicités de a comme zéro (éventuel) des fonctions z i-> Uk(z) + 1.
D émonstration . Par récurrence sur iV, on démontre d’abord que, si wi) ...,u;#
sont N nombres complexes, on a
N N
(3.49) JJ J ( l + u>fc) - l | < I I ( l + |tüfc|)-l.
fc= i fe=i

Cette inégalité est vraie si iV = 1 (c’est d’ailleurs une égalité dans ce cas). Si l’inégalité
(3.49) est supposée vraie au cran TV, on a, étant donnés N + 1 nombres complexes
wu ...,tüjv+1,
N +l N
JJ (1 + Wk) —l| = I( JJ(1 + wk) ~~ -0(1 + ^ n + i ) + w# + i
fc=î fc=i
N
S ( n o + M ) - l ) (1 + |«>JV+l|) + |ll>Ar+l|
fc= 1
N+l
= JJ(1+ \Wk\) - 1,
k=l

ce qui est bien l’inégalité (3.49) au cran N + 1.


Fixons la permutation s de N*. Soit K un compact de U et e e ]0 ,1[. Il existe, du fait
de l’hypothèse (3.48), un entier N xt€ > 1 assez grand pour que

JJ (1 + sup K l ) - 1 < exp ( sup K l ) - 1 < e.


k>NK,t K k>NK,'. K
Soit N > NK,e et M assez grand pour que { 1, ...,7V} c {fi(l), ...,s(M )}. On a, pour
TV > Nk ,c en utilisant l’inégalité (3.49) et le fait que ïletM s’exprime comme le produit
de IIid.Ar avec un nombre fini de facteurs tous de la forme 1 + m avec l > N > Nk îC,

sup n«,AÎ - nid,AT


K
(3.50)
< sup lüid.AT|Xexp ( 2 sup K l ) - 1 < e sup lüid.Arl < C{K) e,
K k>NK,, K K
où C(K) := exp(Y)^Li supx \uk\). Si l’on raisonne avec $ = Id, on déduit de (3.50)
que la suite de fonctions (n id ^ N M est uniformément de Cauchy sur le compact K ,
donc converge uniformément (puisque le C-espace des fonctions continues de K dans
C équipé de la norme uniforme est de Banach) vers une fonction continue II k ; ceci
étant vrai pour tout compact K , il résulte de la proposition 2.9 que les 11# se recollent
en une fonction II, holomorphe dans 17. En reprenant (3.50), cette fois avec 5, on voit
que la suite ( n fi)# ) # > i converge uniformément sur K vers la même limite II# = II.
Pour N > iV#,e, on déduit de (3.50)
NKie
Vz G K, n(*) = ( JJ(1 + x ( l + Vïcf«(*)),
fc=1
3.3. THÉORÈME DE WEIERSTRASS, APPROXIMATION, ET RÉSOLUTION DU 8 231


sup|Vfr,e|< e-
K
On constate que II a exactement les mêmes zéros que nid,NK(f dans le compact K
(avec les mêmes multiplicités). Ceci justifie la dernière assertion. □

Définition 3.9 (facteurs élémentaires de Weierstrafi). Les facteurs élémentaires


Eq,E\,... de Weierstrafi sont les fonctions entières définies, pour tout z € C, par
Eq(z) := 1 —z et, pour tout p G N*, par
2 n
(3.51) Ep(z) := (1 — z) exp ^z + — + •••+ — ^ .

On a de plus

(3.52) Vp G N, |*| < 1 = » |1 - Ep(z )| < \z\*+l .

Démonstration. Prouvons (3.52). On remarque que


2 p
E'p(z) = ( - 1 + ( 1 - « ) ( 1 + «H------- h zp-1)) x exp (z + y H------- h y )

„ / zp\
= - zP X exp (z + - + . •• + - ) .

La fonction 1 - B p a tous ses coefficients de Taylor a^( 0) positifs ou nuis et s’annule


avec la multiplicité p + 1 en z = 0. La fonction z G C* 4 (1 - Ep(z))/zp+1 présente
donc une singularité fictive à l’origine et se prolonge en une fonction entière dont tous
les coefficients de Taylor afc+p+i(0) en 0, & = 0,1.., sont positifs. On a donc, pour
tout nombre complexe z tel que \z\ < 1,

|1 - Ep(z )I < l^ 1 $ > +p(0)|*|fc < l ^ r 1 £ a fe+p(0) = [ ~ P


7i ] z=1 = x-
k=0 k=0

A l’aide des facteurs élémentaires de Weierstrafi, il est possible d’expliciter la construc­
tion d’une fonction entière dont les zéros (avec leurs multiplicités) sont précisés,
pourvu que l’on dispose d’une hypothèse a priori sur la vitesse avec laquelle la suite
des modules de ces zéros < prescrits » tend vers -f oo.

Proposition 3.3 (construction d’une fonction entière à zéros prescrits). Soit


{oik)k>i une suite de nombres complexes, supposée rangée dans l’ordre des modules
croissants
0 < |û!i| < |a2 | • • • < |û!fc| < |afc+i| < ••• ,

tellelim \au = +oo (en particulier ^ 0 au delà d’un seuil minimal k > M,
k—ï+OO
M G N*) et qu’il existe une suite d’entiers ( Pk)keN*> avec
232 3. SINGULARITÉS ISOLÉES, MÉROMORPHIE ET THÉORÈMES D’APPROXIMATION

Le produit infini
z ^ n ( z ) = zM~1 x n EPk{z/ak)
k>M
converge (au sens de la proposition 3.2) uniformément sur tout compact de C et définit
une fonction entière dont les seuls zéros sont les points ak, la multiplicité de otkQétant
exactement égale au nombre de fois que le nombre complexe ak0 se trouve répété dans
la suite (otk)k>i.
D é m o n s t r a t i o n . On peut supposer que les ak sont tous non nuis, quitte à
multiplier ultérieurement la fonction construite par zM~l pour récupérer l’annulation
à l’ordre M —1 en z = 0. Soit R > 0. Pour k > N (R), avec N (R) G N* assez grand,
on a |afc| > R. On a donc, compte-tenu de (3.52),
oo oo
^ /_ R _ \ P * + X
Y sup \EPk(z/ak) - 1|< Y ' sup < +oo
N( R) N( R) lzl - H

d’après l’hypothèse (3.53). On peut donc appliquer la proposition 3.2 en choisissant


Uk comme Uk : 2 EPk(z/ak) —1 pour tout fc > 1 (en fait k > M). □

3.3.2. Le th éorèm e de W eierstrafi

Nous rappelons ici que nous avons introduit (définition 3.8) le concept de fonction
méromorphe dans un ouvert de C. Cette notion est commode pour formuler le principe
général de construction d ’une fonction méromorphe à zéros-pôles prescrits (avec leurs
multiplicités ou leurs ordres, suivant qu’on les envisage comme zéros ou comme pôles).

THEOREME 3.9 (théorème de Weierstrafi, formulation constructive). Soit U un


ouvert de S2, distinct de la sphère de Riemann toute entière. Soit A un sous-ensemble
de U sans point d*accumulation dans U. Soit m : A G A и- m(A) une application de
A dans Z*. Il existe une fonction méromorphe dans U, de zéros dans U exactement
les points A+ appartenant à Л+ := m - 1(N*) (avec comme multiplicité en un tel zéro
m(À +))j de pôles dans ce même ouvert U exactement les points A_ G Л_ := m - 1(Z “ *)
(avec comme ordre en un tel pôle —m {\-)).
R em arqu e 3.10 (le cas U = S2). La conclusion du théorème 3.9 est en défaut
lorsque U = S2. Il se trouve en effet (voir l’exemple 3.2 et l’exercice 3.21) que les seules
fonctions méromorphes dans la sphère de Riemann S2 tout entière sont les fonctions
rationnelles. Or, pour une telle fonction rationnelle, on a (voir l’exercice 3.42), comme
conséquence de la formule des résidus, le fait que Nzer[f\ S2] = Npo\[f] S2]. On ne peut
donc résoudre, dans le cas U = S2, le problème posé dans le théorème de Weierstrafi
que sous la contrainte que m(A) = 0 (Л est nécessairement fini car sans point
d’accumulation dans le compact S2 = U par hypothèse). La fonction méromorphe
ayant alors les zéros et pôles prescrits est un produit fini d’homographies, c’est-à-dire
de fonctions du type

(3 .54 ) z e § 2 b-» aZ— , a d -b c ^ 0,


cz -f- d
présentant chacune un seul zéro et un seul pôle.
3.3. THÉORÈME DE WEIERSTRASS, APPROXIMATION, ET RÉSOLUTION DU B 233

D é m o n s t r a t i o n . On peut supposer que A_ = 0 : en effet, on raisonne sinon


avec les deux ensembles que sont celui des paires (A+,ra(A+)) d’une part, des paires
( A _ , - m ( A _ ) ) d’autre part, pour construire deux fonctions /+ et / _ holomorphes
dans Uyà zéros prescrits (respectivement les A+ avec leurs multiplicités m(A+), et les
A_ avec leurs multiplicités —m(A_)), puis on en fait le quotient / +/ / - pour réaliser la
fonction méromorphe demandée. En faisant agir sur S2 une homographie (application
méromorphe bijective, d’inverse holomorphe, de S2 dans S2, du type (3.54)), on peut
se ramener au cas où le point à l’infini N appartient à [/, auquel cas S2 \U est un
compact C (non vide) du plan complexe (une fois identifié à une région du plan via
la projection stéréographique depuis le pôle nord N ). En faisant agir une nouvelle
homographie, on peut aussi supposer que N n’est pas un point de A (il suffit que
cette homographie échange si nécessaire N avec un point de U \ A). On peut de plus
supposer A = A+ infini car, sinon, toute fonction rationnelle (donc méromorphe dans
S2) du type
A\m( A)
où wg K = s2\ u c c,
n (£
AeA
w) ’

convient (elle s’annule en chaque A avec la multiplicité m(A), n’a pas d’autres zéros
dans Uy et est holomorphe, donc sans pôles, dans l’ouvert U).
Une fois tout ce travail préliminaire fait, on peut entamer la preuve proprement dite.
L’ensemble A est nécessairement dénombrable*, et on peut l’organiser en une suite
infinie (\ k )k > u dans laquelle chaque A G A est répété consécutivement m(A) fois.
Pour chaque fc G N*, soit Çk l’élément du compact C réalisant la distance de A*, à C
(cette distance est bien atteinte en un point de C, puisque toute fonction continue sur
un compact y réalise son minimum). Comme A n’a pas de point d ’accumulation dans
Uy on a nécessairement lim^-^+oo |A* - C/c| = 0 : en effet, on pourrait sinon extraire
de cette suite une sous-suite (A„(*.) - Çv(k))k>i avec |A„(*.) - (u(k)\ > rç > 0 Pour tout
k > 1 ; comme la suite {Xk)k>i est bornée (le point à l’infini est dans U et ne peut
être point d ’accumulation de A) et ne saurait de plus avoir de point d’accumulation
dans UriC, une suite extraite de la suite (\v(k))k>i ne saurait converger que vers un
point de Cy ce que l’inégalité précédente exclut. On introduit les facteurs élémentaires
de Weierstrafi (définition 3.9) et le produit infini

(3.55) /W =

dont il s’agit de démontrer qu’il remplit bien la clause de la proposition 3.2 (condition
(3.48)) pour en assurer la convergence commutative uniformément sur tout compact
de U. Nous vérifions d’abord la validité de cette clause dans l’ouvert U fl C. Soit K
un compact de U fl C et 5k > 0 la distance de K au compact C. Il existe Nk > 0 tel
que, pour k > Nk , on ait1

1. A est sans point d ’accumulation dans U ; on peut donc utiliser le théorème de Bolzano-
Weierstrafi dans chaque compact K^) (Ke)e désignant une suite croissante de compacts réalisant
une exhaustion de U} c ’est-à-dire U = U ¿Kt.
234 3. SINGULARITÉS ISOLÉES, MÉROMORPHIE ET THÉORÈMES D’APPROXIMATION

On a alors, compte-tenu des inégalités (3.52) (avec p = k, k > Nk ),


Afc - C/c k+1
£ suP k ( ^ â ) - i
k â Kz*K ' V z - C f e '
<
E sup
k>NK zeK z -C k E
k>NK
2k+l
< + 00 .

La clause (3.48) est donc remplie pour un tel compact K C U D C. Le produit infini
(3.55) converge alors indépendamment de l’ordre des facteurs (d’après la proposition
3.2) dans l’ouvert UnC et définit dans cet ouvert UnC une fonction holomorphe dont
les seuls zéros sont les points À&, k > 1, comptés précisément avec leurs multiplicités.
Comme la suite (|Xk - Cfe|)fc>i est bornée et que les points £*, k > 1, restent dans le
compact C, on a, dans un voisinage épointé convenable {\z\ > R} de l’infini dans U,
'A k - (k ' fe+1 1
v*>i, < Ak Ck
a z -C k 2fc+! '
Il résulte des majorations établies dans la preuve de la proposition 3.2 que, dans ce
voisinage épointé,
oo - oo

\ m \ <fc=l
n (i+¿- *+0^exp(kE
==1
2ï+î) =1
La fonction / présente une singularité fictive à l’infini et se prolonge donc en une fonc­
tion holomorphe en ce point. Comme le même raisonnement s’applique à la fonction

z e {\ z \ > R }
7àï-n
iiz i
k> 1
(*(££))■
le prolongement de / au voisinage de l’infini ne s’annule pas en ce point (on vérifie
d’ailleurs aisément que /(o o ) = 1). La fonction / ainsi prolongée dans U tout entier
réalise bien l’objectif prévu. Le théorème 3.9 est ainsi démontré. □

Nous sommes en mesure maintenant d’énoncer la conséquence la plus visible (en tout
cas du point de vue algébrique) du théorème de Weierstraß sur les zéros-pôles prescrits.

C o r o l l a i r e 3.3 (corps des fractions de +, x)). Soit U un ouvert connexe


de S2 différent de la sphère de Riemann S2 toute entière (en particulier un ouvert de
C). L fanneau ( ^ ( Î 7 ) , + , x ) des fonctions holomorphes dans U est un anneau intègre
et son corps des fractions est le corps (M{U)> + , x ) des fonctions méromorphes dans
Vouvert connexe U.
R em arqu e 3.11 (le cas U = S2). Le corollaire 3.3 est faux si U = S2 : en effet, le
corps (M (U )) + , x ) est dans ce cas le corps des fonctions rationnelles (voir l’exercice
3.21 et la remarque 3.2), tandis que l’anneau (%(£/), + , x ) des fonctions holomorphes
s’identifie à C puisque toute fonction holomorphe sur S2 induit par restriction à C une
fonction holomorphe et bornée sur C, donc constante d’après le théorème de Liouville
(théorème 2.5).

D é m o n s t r a t i o n . Soit / une fonction méromorphe et non identiquement nulle


dans U. D ’après le principe des zéros isolés (théorème 2.7), les zéros de / , comme les
pôles de cette fonction, sont des points isolés et constituent donc deux sous-ensembles
disjoints de U sans point d’accumulation dans U. Suivant le théorème de Weierstraß
(théorème 3.9, appliqué ici dans une situation où A_ = 0), on construit une fonction
3.3. THÉORÈME DE WEIERSTRASS, APPROXIMATION, ET RÉSOLUTION DU d 235

/+ G H(U) ne s’annulant qu’aux zéros de / , ce avec la même multiplicité que / . On


construit de la même manière une fonction / _ G ne s’annulant qu’aux pôles
de / , avec comme multiplicité en chacun de ces pôles l’ordre du pôle comme pôle de
/ . Le quotient / + / / _ est donc le produit de / par une fonction h G HiJJ) qui ne
s’annule pas dans U. On peut donc bien représenter / comme le quotient des deux
fonctions holomorphes /+ et □

3.3.3. Les théorèmes d’approximation de Runge

Les fonctions polynomiales ou rationnelles (d’une variable réelle ou complexe) sont les
seules fonctions qu’il soit possible d’« encoder » en machine : un polynôme peut être
encodé1 par la suite de ses coefficients (une fois son degré précisé), une fraction ra­
tionnelle par la suite des coefficients de son polynôme numérateur et de son polynôme
dénominateur, une fois les degrés de ceux-ci précisés. Il est donc très important, tant
du point de vue théorique que du point de vue appliqué, de pouvoir approcher en
norme uniforme, sur un compact K C C donné, les restrictions à ce compact des
fonctions holomorphes au voisinage de K par les restrictions à K de fonctions plus
aisément manipulates (car encodables informatiquement en machine), par exemple
les fonctions polynomiales, les fonctions rationnelles à pôles précisés hors de K , etc.
Ceci malheureusement n’est pas toujours possible, mais c ’est cependant dans cette
direction que se situent les théorèmes de type Runge2. Nous allons dans ce cours
énoncer deux versions du théorème de Runge, une version analytique (mettant en jeu
l’approximation holomorphe) et une version algébrique (mettant en jeu l’approxima­
tion polynomiale ou rationnelle, la plus utile pour ce qui concerne les applications
pratiques évoquées plus haut). Ces deux versions se complètent évidemment.
Notre premier cadre sera celui d’une paire (if, U) constituée d’un compact K de C
et d’un ouvert U le contenant. Nous aurons besoin de définir une notion attachée à
cette paire, celle d 'enveloppe d’holomorphie d ’un compact dans un ouvert.

D é f in it io n 3.10 (enveloppe d’holomorphie d’un compact dans un ouvert). Soit


K un compact de C et U un ouvert de C le contenant. On appelle enveloppe d’holo­
morphie de K dans U le sous-ensemble de U défini par
(3.56) 3 f r : = { * G t f ; V / G t t ( t a \f(z)\ < sup |/|}.
i<
Ce sous-ensemble Ku est aussi un compact inclus dans U et contenant K. Si le
compact K C U vérifie K = Ku, on dit que K est holomorphiquement convexe dans
U. De plus, on a
(3.57) dist (K, C \ U) = d i s t ( ^ , C \U).

D é m o n s t r a t i o n . Le sous-ensemble Ku est un sous-ensemble fermé de U comme


intersection de fermés : si / G %(Î7 ), {z G U ; \f(z)\ < sup# |/|} est en effet fermé

1. Par exemple, sous un logiciel de calcul tel MATLAB ou S cilab (langage interprété), le polynôme
P ( X ) = aoXd H------- h e s t déclaré comme le vecteur ligne de longueur d- f l : P=[a0 ai . . . ad ],
l’évaluation de la fonction polynomiale correspondante étant faite suivant l’algorithme de Hôrner.
2. Mathématicien allemand (1856-1927), Cari David Tolmé Runge fut à la fois un théoricien, un
expérimentateur, un analyste numérique (on lui doit aussi les schémas numériques de Runge-Kutta
pour la résolution des EDO) et un mathématicien appliqué.
236 3. SINGULARITÉS ISOLÉES, MÉROMORPHIE ET THÉORÈMES D’APPROXIMATION

dans U puisque / est continue. La fonction z i-> z est holomorphe dans U et Ton a
donc, pour tout 2 G K\j, \z\ < sup/f \z\ < oo. Le sous-ensemble Ku est donc à la
fois fermé dans U et borné dans C. Ceci ne prouve cependant pas encore que ce soit
un compact de C inclus dans U ; il faut encore montrer que la distance d’un point
de Ku à C \ U reste minorée par r) > 0, ce que nous donnera précisément (3.57).
Pour prouver (3.57), on remarque que, si w G C \ C/, la fonction 2 ^ 1¡{z —w) est
holomorphe dans U ; pour tout 2 dans Ku, on a donc
1 1
< sup
z —w Ce* Ç - w ’
soit
min IC —w\ > \z —w I.
CG t f1 1 -1 1
En prenant le minimum en puis en z, on trouve d is t(if,C \ U) > dist(Ku,C\U).
Comme l’inégalité contraire résulte de i f C Ku, on a bien l’égalité (3.57). □

R em arqu e 3.12 (la notion d 'ouvert d’holomorphie). Une propriété, semblant ici
somme toute anodine, est cependant à souligner, car elle ne l’est pas autant qu’il ne
parait : que, pour tout ouvert U de C, pour tout compact K C Ï7, l’enveloppe d ’ho­
lomorphie Ku reste, comme i f , un compact de U. Ceci est primordial, comme on le
verra par exemple lorsque nous prouverons, pour tout ouvert U de C, la surjectivité
de l’opérateur de Cauchy-Riemann d/dz : C°°(UyC) C°°(U, C) (théorème 3.12
dans la sous-section 3.3.4 suivante). On dit que tout ouvert de C est un ouvert d’ho­
lomorphie. Cette propriété ne survit pas lorsque l’on passe du cadre de une variable
complexe au cadre de plusieurs variables complexes. En effet, introduire des degrés de
liberté supplémentaires conduit à l’apparition de ce que l’on appelle le phénomène de
Hartogs, voir l’exercice 3.59. Les ouverts de Cn (n > 1) ne sont donc pas tous d’holo­
morphie au sens où on l’entendait en dimension 1 (l’enveloppe d’holomorphie de tout
compact de U reste un compact de U). Comme pour ce qui est du principe des zéros
isolés (qui s’effondre en dimension supérieure, voir l’exercice 3.26), le fait que tout
ouvert soit d ’holomorphie (et, avec lui, la formulation des théorèmes d’approximation
de type Runge) n’est donc pas un résultat qui subsiste comme tel lorsque l’on passe
de la dimension 1 à la dimension n.

Nous donnons dans un premier temps la version analytique du théorème de Runge ;


le volet (3) en est la clause la plus intéressante du point de vue pratique, tandis
que le volet (2) caractérise la configuration géométrique sous laquelle le mécanisme
d’approximation (3) est réalisable. L’équivalence entre (1) et (2) revient à dire que
K est holomorphiquement convexe dans U si et seulement si i f ne présente pas de
« trous » dans U (voir la figure 3.7, figure de droite, pour précisément un exemple de
configuration exclue).
THEOREME 3.10 (théorème de Runge, version analytique). Soit K un compact
de C, U un ouvert contenant i f . Les assertions suivantes sont équivalentes.
(1) i f est holomorphiquement convexe dans U (c’est-à-dire Ku = K ) ;
(2) l’ouvert U\K n’a aucune composante connexe C qui soit relativement com­
pacte dans U (au contraire de ce qui se passe à droite sur la figure 3.7) ;
3.3. THÉORÈME DE WEIERSTRASS, APPROXIMATION, ET RÉSOLUTION DU d 237

F igu re 3.7. théorème 3.10 : une « bonne » et une « mauvaise » configuration

(3) toute fonction holomorphe au voisinage de K s ’approche en norme uniforme


sur K par la suite des restrictions à K d’une suite de fonctions (fk)k> i, avec
fk £ Щ и ) pour tout к £ N*.

R em arque 3.13 (description de l’enveloppe d’holomorphie d’un compact dans


un ouvert). Si K est un compact de C inclus dans un ouvert U, il résulte de l’équiva­
lence entre (1) et (2) dans le théorème 3.10 que Yenveloppe d’holomorphie de K dans
U est exactement l ’union de K et de toutes les composantes connexes de U \ K qui
sont relativement compactes dans U. En effet, puisque (1) implique (2), K jj doit être
un compact de U tel que U\Ku n’ait aucune composante relativement compacte dans
£/, ce qui implique que K\j contienne nécessairement toutes les composantes connexes
de U \ K qui sont relativement compactes dans U (il faut impérativement « remplir
les trous »). Mais, en construisant l’union de K et de toutes ces composantes de
U \ K relativement compactes dans [/, on construit bien (puisque (2) implique (1))
un compact holomorphiquement convexe dans U. Ce compact est le plus petit compact
holomorphiquement convexe dans U et contenant K , c’est donc bien Кц.
D é m o n s t r a t i o n . Prouvons d’abord (1) = > (2) par l’absurde. Supposons que
K soit holomorphiquement convexe dans U et que C soit une composante connexe
de l’ouvert U \ K relativement compacte dans U (comme sur la figure de droite,
figure 3.7). Cette composante C serait un ouvert borné, inclus dans [/, et dont la
frontière serait incluse dans K . D’après le principe de maximum (version globale,
proposition 2.11), si f £ H(U), f est continue sur C et on a, pour tout z £ C,
\f{z)\ < supôc |/| < supK |/|, ce qui impliquerait C C K\j C K , d’où la contradiction.
Prouvons maintenant (2) = > (3). Supposons (2) remplie. Notons Щ и)\к le sous-
espace vectoriel de l’espace de Banach (C(K, C),sup# | |) constitué des restrictions
au compact K des fonctions holomorphes dans U. Soit h la restriction à K d’une
fonction holomorphe dans un voisinage V de K. Pour montrer que h s’approche
238 3. SINGULARITÉS ISOLÉES, MÉROMORPHIE ET THÉORÈMES D’APPROXIMATION

uniformément sur K par des éléments de nous avons recours au théorème


de Hahn-Banach1 : il suffit ainsi de montrer que, pour tout élément T du dual de
C(K, C), on a
(3.58) ( V / G H (U ), {T, f\K) = 0) = > (T, V ) = 0

On admet ici le théorème de Frigyes Riesz2 faisant le lien entre les points de vue
fonctionnel et ensembliste en théorie de l’intégration 3 : toute forme linéaire continue
T sur le C-espace de Banach (C(RT,C),supK | |) se représente (de manière unique)
sous la forme :
ip eC (K iC)\— > JJ^(p(C)dfiT(C)

où № = fir ~ V t + ~ v t ) est combinaison (complexe) de quatre mesures


positives sur la tribu borélienne, toutes les quatre de masse finie, c’est-à-dire

f ( d /4 (0 + [[ d/iÿ(C)+ [[ d*4(C)+ /[ < ^ « ) < + oo.


J JK J JK J JK J JK
Une telle mesure / ¿ t est dite mesure de Radon complexe (ici, portée par K et de masse
totale finie). Supposons que T vérifie la condition figurant à gauche de l’implication
(3.58) et soit \it la mesure de Radon complexe associée. On introduit la transformée
de Cauchy de cette mesure (voir aussi l’exercice 3.7), définie comme la fonction

TC[»T] : z e C \ K ^ J j K J Z y -

Cette fonction est holomorphe dans C \ K , comme on le vérifie en lui faisant subir le
test de Morera (théorème 2.3), test qu’elle passe avec succès si l’on invoque le théorème
de Fubini. Nous allons prouver que cette transformée de Cauchy est identiquement
nulle sous l’hypothèse faite sur T. On remarque tout d’abord que, si K C D(0 ,iî),
alors, pour tout z tel que \z\ > R, on a
oo p p
J J dpT{Q 1 1
2S L ( g © V «> zk+i

(on utilise la convergence uniforme sur K de la série géométrique pour justifier l’inter­
version entre sommation infinie et prise d’intégrale dans la dernière égalité). Puisque
( 4 est une fonction entière, donc holomorphe dans £/, on a nécessairement
(T, (Ck)\u) = 0 pour tout k e N du fait de l’hypothèse faite sur T. La fonction T C [pr\
est donc identiquement nulle sur la composante connexe non bornée de C \ K, Si C
est maintenant une composante connexe bornée de C\RT, on ne saurait avoir C C U :
la frontière de C est en effet incluse dans K et l’hypothèse C C U nous mettrait

1. En voici la formulation géométrique la plus classique : étant donnée une partie convexe C
ouverte d ’un espace vectoriel topologique X et un sous-espace affine L de X disjoint de (7, il existe
toujours un hyperplan affine fermé H de X contenant L et lui aussi disjoint de C . Le corollaire utilisé
ici est le suivant : si F est un sous-espace de X , un point x G X est adhérent à F si et seulement si
toute forme linéaire continue nulle sur F s’annule au point x.
2. Analyste hongrois (1880-1956), Frigyes Riesz contribua beaucoup au développement de l’ana­
lyse fonctionnelle et de la théorie ergodique.
3. On pourra se reporter à [Rud] pour un rappel de cet énoncé, en écho à la présentation
ensembliste de la théorie de l’intégration, comme elle est le plus souvent enseignée en L3.
3.3. THÉORÈME DE WEIERSTRASS, APPROXIMATION, ET RÉSOLUTION DU d 239

F igure 3.8. Preuve de (2) = > (3) (théorème 3.10)

dans la configuration interdite selon (2) (figure de droite dans la figure 3.7). Chaque
composante connexe bornée C de C \ K contient au moins un point z c G C \ U ; pour
tout 2 voisin de zc> la fonction

est dans H( U) et l’on a donc, par hypothèse sur T, pour de tels 2,

TC[pT](z) = (T) l / ( - - z ) ) = 0 .

D ’après le principe des zéros isolés, la fonction TC[^ t ] est identiquement nulle dans
toute la composante connexe bornée C puisqu’elle est identiquement nulle au voisinage
de z c £ C, Ainsi, la transformée de Cauchy T C [j i t ) est identiquement nulle dans
C \ K. La figure 3.8 éclaire la suite du raisonnement. D’après le lemme de partition
de l’unité*1, il existe une fonction « plateau » p identiquement égale à 1 au voisinage
de K et de support inclus dans V. Le support de la fonction dp/dÇ est un compact
Fp inclus dans V \ K . D’après la formule de Cauchy-Pompeiu (proposition 1.6, (1.60),

1. On admet ici ce résultat important, mettant en évidence toute la souplesse du cadre C°° (par
opposition au cadre «: holomorphe » ) : si U = \JLUL est un recouvrement ouvert d’un ouvert U de
C par une collection d’ouverts Ul (aucune hypothèse n’étant faite ici sur l’ensemble des indices ¿),
il existe une famille dénombrable de fonctions (k G N), toutes de classe C°° dans U et à valeurs
dans [0,1], telles que, pour chaque k e N, il existe un indice i{k) de manière à ce que le support de
ipk soit un compact inclus dans et que l’on ait au final le partitionnement de l’unité

1= ^ Vfc (dans
ken
étant entendu que, pour chaque compact K C C/, il n’y a au plus qu’un nombre fini de fonctions ipk
non identiquement nulles sur K .
240 3. SINGULARITÉS ISOLÉES, MÉROMORPHIE ET THÉORÈMES D’APPROXIMATION

appliquée dans un disque fermé contenant 7 ), on a

V z e K, h(z) = h(z)p(z) = ~ ( f St\ph](C)


^ J «/SupppCV uÇ
dÇdr)
T 1 ”*

Grâce au théorème de Fubini, on a donc

l Ik ^^ ^T^^ TT

= l j j F MC) | ( C ) T C [ H ( 0 dtdq = 0

puisque la transformée de Cauchy T C [¡mt ] est identiquement nulle sur C \ K, donc


sur Fp. On a donc bien prouvé (en faisant appel au théorème de Hahn-Banach) que h
s’approche uniformément sur K par une suite de restrictions à K d’éléments de Hu-
Prouvons l’implication (3) = > (1). Nous allons montrer d’abord (par l’absurde) que
U \ K ne saurait avoir de composante connexe relativement compacte dans K (c’est
la clause (2)). Soit C une telle composante et w G C. On pourrait, si (3) est satisfaite,
approcher en norme uniforme sur K la restriction à K de la fonction
1
z --------
z —w
(holomorphe au voisinage de K) par une suite (/fc)A:>i de fonctions holomorphes
dans U. Le principe du maximum (version globale, proposition 2.11, appliquée dans
l’ouvert borné C dont la frontière est dans K) assurerait alors que, puisque la suite
des restrictions des fk à dC est de Cauchy dans (C(9C, C), sup^c | |), la suite (fk)k> 1
serait uniformément de Cauchy sur tout compact F de C. Elle convergerait donc
uniformément sur tout compact de (7, d’après le fait que (C(F, C), supF ||) est complet
et la proposition 2.8, vers une fonction / holomorphe dans l’ouvert C et telle que

(z - w )f(z) + 1 = 0.
Or ceci est impossible (il suffit de prendre z = w pour s’en convaincre). Aucune
composante connexe de U\K n’est donc relativement compacte dans U, Soit z G U\K.
Posons Kz := K U {z} C U. Aucune composante connexe de U \ Kz ne saurait être
relativement compacte dans U : c’est bien sûr vrai pour les composantes connexes de
U \ K Z correspondant aux composantes connexes de U \ K qui ne contiennent pas 2
(elles ne sont pas touchées lorsque K est remplacé par Kz) et c ’est encore vrai pour
la la composante connexe de U \ K z restante (c’est juste une composante connexe de
U \ K à laquelle on a cette fois retiré un point). Puisque l’on sait que (2) implique
(3), il est possible de construire une suite de fonctions (fk)k>î d’éléments de % (î/)
convergeant uniformément sur K vers la fonction identiquement nulle et telle que
limfc_*oo fk{z) = 1. On peut donc ainsi construire une fonction f = fk (pour k assez
grand) telle que \f(z)\ > supF |/|. Ceci montre que z e U\ K\j. On a ainsi montré
3.3. THÉORÈME DE WEIERSTRASS, APPROXIMATION, ET RÉSOLUTION DU d 241

U \ K C U \ Ku et, par conséquent, K\j C K . Comme K C Ku> on a bien l’égalité


et K est holomorphiquement convexe dans U. Ceci achève la preuve du théorème de
Runge, version analytique. □

Voici maintenant une version algébrique du théorème de Runge déclinée en quatre


volets (approximation polynomiale ou approximation rationnelle, sur un compact ou
sur un ouvert).

T heorem e 3.11 (théorème de Runge, version algébrique). Les quatre assertions


suivantes sont vraies.
(1) Soit K un compact de C tel que C \ K soit connexe ; toute fonction holo­
morphe au voisinage de K s ’approche uniformément sur K par des fonctions
polynomiales en la variable z , L ’assertion réciproque est aussi vraie,
(2) Soit U un ouvert de C tel que C \U soit connexe. Toute fonction holomorphe
dans U s ’approche dans U (uniformément sur tout compact) par une suite
de fonctions polynomiales en la variable z,
( 3) Soit K un compact de C et A C C \K un ensemble ayant au moins un point
dans chaque composante connexe de C\K, Toute fonction holomorphe au
voisinage de K s ’approche uniformément sur K par une suite de fonctions
rationnelles en la variable z, à pôles dans A.
(4) Soit U un ouvert de C et A c C \ U un ensemble ayant au moins un point
dans chaque composante connexe deC\U, Toute fonction holomorphe dans
U s ’approche dans U (uniformément sur tout compact) par une suite de
fonctions rationnelles à pôles (éventuels) dans A .
D é m o n s t r a t i o n . Les assertions (2) et (4) se déduisent respectivement de (1) et
(3) en utilisant le procédé diagonal (utilisé dans ce cours par exemple pour la preuve
du théorème de Montel), couplé avec le fait qu’il existe une exhaustion de U par une
suite croissante de compacts (Ke)e> i. On pourra prouver ces résultats en exercice.
Nous donnerons ici seulement les preuves des assertions (1) et (3).
Assertion (1). On utilise, pour la formulation directe, l’implication (2) = > (3) du
théorème 3.10 en prenant U = C. Si C \ K est connexe, C \ K n’a aucune com­
posante connexe bornée (c’est-à-dire relativement compacte dans C). Toute fonction
holomorphe h au voisinage de K s’approche donc uniformément sur K par une suite
de la forme ({Fk)\K)k>u où les F/t, k > 1, sont des fonctions entières. Pour tout e > 0,
il existe Fk telle que s\xpK |h —Fk\ < e/2. Mais toute fonction entière F = a^zi
s’approche uniformément sur un compact K par la suite ((^ ¿= o atzi)\K)L>o ; H existe
donc une fonction polynomiale pk telle que sup# \Fk —Pk\ < ¿/2. On a donc, au final,
supfe \h —pk\ < €, Trouver une telle fonction polynomiale pk étant possible pour tout
e > 0, on conclut bien à l’assertion (1). La formulation réciproque est immédiate : si
toute fonction holomorphe au voisinage de K s’approche uniformément sur K par une
suite de restrictions h K de fonctions polynomiales (donc en particulier holomorphes
dans C tout entier), la clause (3) du théorème 3.10 (avec U = C) est remplie; on a
donc, puisque (3) ==> (2) dans l’énoncé de ce théorème, que C \ K n’admet aucune
composante connexe bornée, donc est connexe car coïncidant avec sa seule composante
connexe non bornée.
242 3. SINGULARITÉS ISOLÉES, MÉROMORPHIE ET THÉORÈMES D’APPROXIMATION

Assertion (3). On invoque, comme dans la preuve de (2) = > (3) dans le théorème
3.10, le théorème de Hahn-Banach. Soit T une forme linéaire continue sur le C-espace
de Banach (C(if, C), s\xpK ||) (donc représentable par une mesure de Radon complexe
Ht de masse totale finie, supportée par i f , d’après le théorème de F. Riesz), telle que,
pour toute fonction rationnelle R à pôles dans A, on ait

(3.59) ,(T,R) = J j R (0 Ф т (0 = 0.

Soit C une composante connexe de С \ K , contenant donc au moins (par hypothèses)


un point Xc £ Л. Au voisinage de z = Лс, on peut développer la transformée de
Cauchy TC [h t ] ainsi :

dßr( Q______
C -; (C - Ac) —{z —Ac )

-IL dßr( 0

C _ Ac'
i i s u m m

dßr(C)
) (z - ^ c)k
(C “ Ac)*4"1

(pour la dernière égalité, on utilise comme toujours, pour intervertir sommation infinie
et prise d’intégrale, le fait qu’il y ait convergence uniforme sur K de la série de fonc­
tions en £ sous l’intégrale, ce pourvu que \z —Xc |< dist(2, i f) ) . D ’après l’hypothèse
(3.59) faite sur T, donc sur ht , toutes les intégrales figurant comme coefficients de
cette série de puissances de z - Xc sont milles. On en conclut, de par le principe des
zéros isolés (théorème 2.7) que la transformée de Cauchy T C [h t \ est identiquement
nulle dans C, Ceci étant vrai pour toute composante connexe C de C \ i f , cette trans­
formée de Cauchy TC [h t \ est identiquement nulle dans C \ K . On reprend alors à ce
stade le raisonnement (basé sur le recours à la formule de Cauchy-Pompeiu) utilisé
pour conclure à l’assertion (2) = > (3) dans la démonstration du théorème 3.10. On
en conclut que, pour toute fonction h holomorphe au voisinage de i f , (T, h\x) = 0,
d’où la possibilité d ’approcher h par une suite de fractions rationnelles à pôles dans
A (si l’on invoque le théorème de Hahn-Banach). □

3.3.4. Résolution du d

Étant donné un ouvert U de C, nous avons introduit au chapitre 1 les deux opérateurs
d et 9, respectivement du C-espace vectoriel Cl (U, C) des fonctions de classe C 1 de
U dans C dans (pour d) le C-espace espace des 1-formes continues dans U de la
forme A(z)dz , et dans (pour B) le C-espace des 1-formes continues dans U de la
forme B(z)dz (appelés respectivement espace des (l,0)-formes continues dans U et
espace des (0, Informes continues dans U). Si l’on note C(£o(i7,C) le C-espace des
(0, 0)-formes différentielles, c ’est-à-dire des fonctions de U dans C, de classe C°°, et
Cq j ([/, C) le C-espace des (0, Informes différentielles complexes de classe C°° dans
3.3. THÉORÈME DE WEIERSTRASS, APPROXIMATION, ET RÉSOLUTION DU d 243

U, on dispose du complexe de morphismes suivant, dit complexe de Dolbeault1 :


(3.60) C%0(U,C) Â CftiU, C) - Â 0.
Un tel complexe de morphismes de C-espaces vectoriels est dit exact si et seulement
si l’image d’une flèche est égale au noyau de la flèche suivante. Nous pouvons aussi,
utilisant les C-espaces quotients, introduire le complexe incrémenté du morphisme nul
à gauche :
C^o(UX)
(3.61) Cq?i (U,C) — * 0.
H(U)
Le premier morphisme d dans (3.60) passe bien eneffet au quotient car toute fonction
holomorphe h G %(£/) vérifie dh(Q = {dh/dÇjdÇ = 0 dans t/. Nous pouvons alors
énoncer l’important résultat important.

THEOREME 3.12 (résolution du d). Pour tout ouvert U de C, le complexe (3.61)


est exact, autrement dit :
(1) pour toute fonction (p de classe C°° de U dans C, B(p{Ç) = 0 dans U implique
<pen(U);
(2) pour toute (1 ,0) -forme complexe 0 (£) dÇ de classe C°° dans U, il existe une
fonction <p de classe C°° sur U telle que Bip(Ç) = 0(C) ¿C dans U, ou encore,
en termes de coefficients fonctions, d(p/dÇ = ^ dans U.
D émonstration. Le point (1) est déjà connu d ’après le théorème 2.2. Il reste
donc à prouver le point (2), à savoir que si -0 est une fonction C°° de U dans C, il
existe toujours une fonction C°° tp de U dans C telle que

(3.62) % { z ) = ^{z) y z GU.


On commence par remarquer que trouver (p est aisé lorsque 0 est à support compact
dans U. Dans ce cas là en effet, on peut introduire une suite croissante de compacts à
bord orienté {Ke)e> i, tous inclus dans U et contenant supp 0 dans leur intérieur, telle
que U = U*>i Kt* La formule de Cauchy-Pompeiu (proposition 1.6, (1.60)), appliquée
dans Ke avec chaque fois l assez grand (en fonction de z) pour que 2 soit à l’intérieur
de jKt, nous assure que

VZGU, * (,) = - ! f f ^ ( C) ^ = - i / / ^ ( < ) ^


* J J K t d C %)<;-z nJJcdC^ t-z
1 /7 ^dÇdr,
*JJc d t{ + c) c
(la dernière égalité résulte de l’invariance par translation de la mesure de Lebesgue
dans le plan). Comme le support de 0 est compact, le théorème de différentiation des
intégrales fonctions de deux paramètres s’applique ici (au voisinage de chaque point
zo fixé dans U) et nous permet de montrer que la fonction

(p : z e U _I Jf^ i> { z + 0

1. Pierre Dolbeault, mathématicien français contemporain (1924 -...), développa, avec Henri Car-
tan (1904-2008), l’analyse et la géométrie en plusieurs variables complexes.
244 3. SINGULARITÉS ISOLÉES, MÉROMORPHIE ET THÉORÈMES D’APPROXIMATION

est C°° dans U et que l’on a

— \ У Z e u .
dz .
La fonction (p vérifie donc bien l’équation aux dérivées partielles (3.62).
Il reste à traiter le cas général, lorsque ф n’est plus à support compact dans U. Comme
l’enveloppe d’holomorphie Ku dans U de tout compact K de U (définition 3.10)
est encore un compact de U, on peut réaliser1 l’ouvert U comme union d’une suite
croissante (Ke)e>i de compacts Ki tous holomorphiquement convexes dans U) c ’est-
à-dire tels que (Ke)u = Ke pour tout £ > 1. Soit, pour chaque i > l , P e - U [0,1]
une fonction < plateau2 » , identiquement égale à 1 au voisinage de Kt et de support
compact dans U. On pose &i = pi et, pour tout £ > 2, <j£ = pe —pe-\, de telle sorte
que
oo

(3.63) ^2<ye(z) = 1 \/z eU .


£=1
La fonction ф peut donc se décomposer dans U en
oo oo

tp = (]T c r < ï) X i p =

v e=i e=i
chaque composant ae/ ip) £ > 1, étant une fonction C°° à support compact dans U.
Pour chaque £ > 1, il existe donc, d’après ce qui précède, une fonction <^, C°° dans
[/, telle que

(3.64) (z) = ae(z) ^(z) Vz eU .

Comme ae = pi - pt-1 pour t > 2 et que pi = 1 au voisinage de Kt pour tout £ > 1,


il résulte de (3.64) et du théorème 2.2 que la fonction pour £ > 2, est holomorphe
au voisinage de Kt-\, D ’après le théorème de Runge, version analytique (théorème
3.10), on peut approcher ifi (lorsque £ > 2) uniformément sur K i-i par une suite de
restrictions à K e-i de fonctions he^ toutes holomorphes dans U (en effet Ke-1 est
supposé holomorphiquement convexe dans U). On peut en particulier choisir h^k = he
de manière à ce que

(3.65) sup |tpi —he|< 2~e V£ > 2.

On introduit la fonction
oo

<P = 4>1 + - ht).


1=2

1. C ’est précisément cette construction d ’une suite (Ke)e > i qui achoppe en dimension supérieure,
lorsque U est un ouvert de Cn sur lequel on ne fait aucune hypothèse, voir la remarque 3.13 et
l’exercice 3.59.
2. On renvoie encore ici, concernant la possibilité de réaliser une telle fonction « plateau » , à
l’énoncé du lemme de partition de l’unité (pour le cas des ouverts de C), tel qu’il a été formulé lors
de la preuve de (2) = > (3) (théorème de Runge, version analytique, théorème 3.10).
3.3. THÉORÈME DE WEIERSTRASS, APPROXIMATION, ET RÉSOLUTION DU d 245

La série définissante converge normalement sur tout compact K de U puisque la suite


(Ke)e> 1 réalise une exhaustion de U et que l’on a (3.65). D ’autre part, pour tout
£ > 2, la fonction
oo
^ •— ► ^ 2 - hi)
j=e+i
est une somme (infinie, mais avec convergence normale de la série sur tout compact)
de fonctions holomorphes au voisinage de Ke ; c ’est donc une fonction holomorphe au
voisinage de K Pour z dans un tel voisinage de Kt (£ > 2) sur lequel on suppose de
plus que pe vaut identiquement 1, on a donc

i =2
t £
= è % H z) = = pt(z) = № )•
3= 1 j= 1

Comme t > 2 est ici arbitraire, la fonction <p est bien solution de l’équation aux
dérivées partielles (3.62) et le théorème 3.12 est démontré. □

Remarque 3.14 (procédé de Mittag-Lefflerx). Le procédé utilisé dans cette


preuve pour passer du cas où ÿ est à support compact au cas général à partir d’une
partition C°° de l’unité telle que (3.63), induisant la construction d ’une suite (<pe)e>i
que l’on « corrige » en invoquant le théorème de Runge, est appelé procédé de Mittag-
Leffler, Ce procédé est d’un usage très fréquent en analyse ou géométrie complexe
d’une ou plusieurs variables. Il permet de profiter de la souplesse du cadre C°° (parti­
tions de l’unité, construction de fonctions plateau) pour prouver des résultats relevant
du cadre holomorphe, qui lui est, on l’a vu tout au long de ce cours, un cadre beaucoup
plus rigide (comme en attestent le principe des zéros isolés, le principe du maximum,
celui de l’application ouverte, etc.).

3.3.5. Le théorème de Mittag-Leffler et l’interpolation

Le théorème de Mittag-Leffler combine le résultat du théorème de Weierstrafi (théo­


rème 3.9, ici dans le cas d’un ouvert U de C) avec le théorème de résolution du
d (théorème 3.12), aux fins d’un problème d’interpolation : construire une fonction
méromorphe à pôles (et ordres de ces pôles) prescrits, interpolant des valeurs com­
plexes données en des points prescrits (ce à des ordres de précision aussi imposés).

THEOREME 3.13 (théorème de Mittag-Leffler). Soit A+ et A_ deux sous-ensem­


bles disjoints d’un ouvert U de C, tous les deux sans point d’accumulation dans U.
Soient ra+ : A+ —> N* et m _ : A_ —> N* deux fonctions à valeurs dans N*
respectivement définies sur A+ et A _ . Soient w : A+ -> C une fonction numérique1

1. Mathématicien suédois, Magnus Gôsta Mittag-Leffler (1846-1927) eut énormément d ’échanges


avec les analystes complexes français (Liouville, Briot, Bouquet, Hermite,...) et avec l’école allemande
(Kummer, Weierstrafi,...). Il publia ses résultats majeurs en analyse complexe (souvent inspirés par
le procédé de «: sommation modifiée » qu’il popularisa) dans les années 1880-1890. On lui doit aussi
la fondation, dans ce qui fut sa villa dans la banlieue de Stockholm, d ’un célèbre Institut (toujours
très actif) dédié aux mathématiques.
246 3. SINGULARITÉS ISOLÉES, MÉROMORPHIE ET THÉORÈMES D’APPROXIMATION

définie sur A+. Il existe une fonction f : U -> S2, méromorphe dans U, et présentant
aux points de A+ U A_ le comportement suivant :
(1) tout point A_ G A_ est pôle de f avec pour ordre m _(A _) ;
(2) tout point A+ G A+ est zéro de f —w(A+ ) avec une multiplicité égale à
m +(A+).

Remarque 3.15. Au contraire de ce que précise le théorème de Weierstraß


(théorème 3.9), rien n’est ici mentionné concernant le comportement de / en de­
hors de ce qui se passe sur un voisinage de A+ U A_ (sinon juste le fait que / soit
méromorphe). La fonction / a t-elle en particulier d’autres pôles que les points de
A_ ? Où ? La fonction / —w(A+) s’annule t-elle ailleurs qu’aux points de A+ où il est
prescrit qu’elle s’annule? O ù? Aucune information n’est ici fournie. Les théorèmes
3.9 et 3.13 sont donc bien de nature très différente.

D é m o n s t r a t i o n . D ’après le théorème 3.9, il existe une fonction F, méromorphe


dans 17, ayant comme seuls zéros-pôles dans U les points de A+ U A -, avec comme
multiplicité de chaque point A+ G A+ (en tant que zéro) l’entier ra+(A+), et comme
ordre de chaque point A_ G A_ (en tant que pôle) l’entier m _(A _).
Pour chaque A+ G A+, introduisons un disque ouvert D\+ = {|£ - A+| < /9*+} tel
que le disque fermé de rayon double {|£ — A+| < 2p\+} soit inclus dans U. On peut
aussi faire en sorte que tous les disques fermés {|£ — A+| < 2p\+} soient deux à deux
disjoints et qu’aucun ne rencontre A_ ; en particulier A+ est ainsi le seul point de
A +U A _, donc le seul zéro-pôle de F , dans {|f - A+| < 2/>a+}- Tout ceci est réalisable
car les sous-ensembles A+ et A_ sont disjoints et tous deux constitués de points isolés
dans U. Comme on l’a fait dans les preuves du théorème 3.10, puis du théorème 3.12,
on construit, pour chaque A+, une fonction < plateau » p\+ définie dans [/, à valeurs
dans [0,1], de classe C°°, de support inclus dans le disque ouvert {|Ç - A+| < 2p\+}>
identiquement égale à 1 au voisinage du disque fermé {\( - A+| < Pa+}- Considérons
la fonction C°°
0 : z e U i— » 9(z) := tu(A+ ) P\+(z),
A €A +

puis la fonction : [ / - » € , tout aussi C°° que la précédente (car 0 est constante
au voisinage de chaque disque fermé {|C - A+| < p\+} et que F est holomorphe au
voisinage de l’union des supports des fonctions p\+ et a comme seuls zéros les points
de A+ dans ce voisinage), définie par

*(2)=jï?b§ w 81
[O sinon.

Grâce au théorème 3.12, on trouve une fonction $ : U h-> C, de classe C°° et telle
que d$/dz = dans U. Posons

V2 G ¡7, 0 i (z) := Q {z )-9 (z )F (z ).

Cette fonction vérifie dQi/dz = 0 dans U et est donc holomorphe dans cet ouvert
d’après le théorème 2.2. Au voisinage de chaque disque fermé {|£ — A+| < pa+ }, elle
3.3. THÉORÈME DE WEIERSTRASS, APPROXIMATION, ET RÉSOLUTION DU d 247

y coïncide avec la fonction 2 i-> w(A+) — $(z)F(z) et est donc telle que 0 i — w(A+ )
s’annule avec une multiplicité supérieure ou égale à ra+(A+) en chaque point A+ E A+.
En reprenant tout ce que nous venons de faire (mais cette fois dans la situation où
A - = 0 et A+ est remplacé par A + U A _ , la fonction ra+ par la fonction constante
égale à 1, et w = 1 - $ ), on montre que l’on peut construire une fonction H E %([/)>
valant exactement 1 —$(A+) en chaque point A+ E A+ et 1 —$(A _) en chaque point
A_ E A_.
On conclut en posant
/ = © _ ( $ + H)F.
Cette fonction est solution du problème, comme on le vérifie immédiatement. □

R em arqu e 3.16 (un exemple de variante). Notons que c’est plus le procédé qui
est important que le résultat qui en découle. Il existe en effet de nombreuses variantes
du théorème de Mittag-Leffler (basées sur le recours au même procédé). On peut par
exemple se donner un sous-ensemble A C U sans point d’accumulation dans U et,
pour chaque A E A, une fonction f\ méromorphe au voisinage de A dans U. Le même
procédé que celui utilisé pour la preuve du théorème 3.13 permet alors de construire
une fonction / méromorphe dans [7, holomorphe dans U\ A, et telle que, pour chaque
A E A , / - / a soit holomorphe au voisinage de A (voir l’exercice 3.63).

3.3.6. E xercices
E xercice 3.46 (un produit infini introduit par Mahler1.). Prouver la convergence
(pour la topologie de la convergence uniforme sur tout compact de D{ 0,1)) du produit
infini z E D( 0,1) i-> I I a;gn(^ + Z<1 ) vers une fonction holomorphe / ne s’annulant
pas dans ce disque. Vérifier la formule f(z ) = 1/(1 — z) dans D (0 ,1). Pour cette
vérification, on observera dans un premier temps que f et z 1/(1 —z) vérifient la
même équation fonctionnelle très simple (que l’on établira) dans le disque unité.

E xercice 3.47 (factorisation de la fonction Gamma),


a) Soit, pour tout k E N*, la fonction méromorphe
k /k + l\ z
fk(z) :=
k+ z \ k )
Montrer que le produit infini z i-» fJfc€N, fk(z) est bien défini sur U := C \ {—1, - 2 , . . . }
et induit la restriction à cet ouvert d ’une fonction $ méromorphe dans C, à pôles les
entiers strictement négatifs,
b ) Montrer que, pour tout z tel que z —1 E U,
N\NZ
$(z — 1) = lim
00 z(z + 1) •••(z + N) *

c) Vérifier, pour tout 2 de partie réelle strictement positive, la formule


N\NZ
V xe *dt = lim 1
/0 n - h -oo z(z + 1 ) ... (z + N)

1. Dans le sillage de Cari Siegel (1896-1981), Kurt Mahler (1903-1988), mathématicien allemand,
s’intéressa particulièrement à la théorie des nombres, plus particulièrement à ce qu’il est convenu
d ’appeler aujourd’hui la géométrie diophantienne.
248 3. SINGULARITÉS ISOLÉES, MÉROMORPHIE ET THÉORÈMES D’APPROXIMATION

Utiliser pour cela le théorème de convergence dominée de Lebesgue et le fait que e~l
est, pour tout t > 0, la limite (vérifier aussi qu’il s’agit ici d’une convergence monotone
croissante, donc dominée) lorsque N tend vers + oo de (1 —t/N)Nx\o,Nl(t)>
d) Montrer que la fonction
poo
z € {R e 2 > 0} ^ r ( 2) *= /
Jo
se prolonge en une fonction méromorphe à tout le plan complexe et que ce prolonge­
ment coïncide avec la fonction 2 i->* $ (2 - 1).
e) En déduire que T ne s’annule pas dans {R e 2 > 0}, que 2 1/T(z) se prolonge à
tout le plan complexe en une fonction entière F, et que l’on a

F(z) = z e v ¡ J ( l + | ) e- ’ / \
keN*

T '- = w5 ç „ ( i : î - k « " )
k= 1
désigne la constante d’Euler. Quels sont les zéros de la fonction entière F ?

E xercice 3.48 (une autre factorisation de la fonction sinus). En utilisant conve­


nablement la formule traduisant la duplication des angles dans le calcul du sinus,
montrer que l’on a la factorisation de la fonction sinus :

v - c , = ^ n - ( ? ) .
k£N*
la convergence étant uniforme sur tout compact du plan. Comparer avec la factorisa­
tion obtenue à l’exercice 3.35, d ).

E xercice 3.49. Vérifier la convergence uniforme sur tout compact de U (et


commutative au sens de la proposition 3.2) des produits infinis apparaissant dans les
questions b ) de l’exercice 2.11 (dans ce cas U = {R e 2 > 1}, d ) de l’exercice 3.35
(dans ce cas U = C).

E xercice 3.50 (théorème de Weierstrafi).


a) Montrer qu’il existe une fonction entière F 1-périodique (c’est-à-dire telle que
F(z + 1 ) = F(z) dans C) et dont les seuls zéros (tous simples) sont exactement les
conjugué des zéros de 2 ez — 1.
b ) Montrer en revanche que si P est un polynôme à coefficients complexes, de zéros
a i, supposés tous simples (donc distincts), la seule fonction entière F telle que
l’on ait P(d/dz)[F] = 0 et F ( â j) = 0, j = l,...,d , est la fonction identiquement
nulle l.

1. L’opérateur H (D) associé à la fonction entière H : z t->- ez —1, comme P(D) l’est au polynôme
P, est l’opérateur qui à une fonction entière F associe F(z + 1) - F (2), d ’où le lien entre les deux
questions a) et b ) de l’exercice (inspiré ici d ’un problème en plusieurs variables complexes concernant
le problème de Cauchy avec données initiales globales dans l’espace de Fischer soulevé par Donald
Newman et Harold Shapiro en 1964).
3,3. THÉORÈME DE WEIERSTRASS, APPROXIMATION, ET RÉSOLUTION DU d 249

Exercice 3.51 (théorème de Runge). Soit K un compact de C et / une fonction


holomorphe au voisinage de K .
a) En reprenant la preuve du théorème de Runge (théorème ЗЛО, preuve de l’asser­
tion (2) = > (3)), montrer que / s’approche uniformément sur K par des fonctions
rationnelles à pôles simples, tous dans C \ K.
b ) Retrouver ce résultat en utilisant la formule de Cauchy : montrer pour cela qu’étant
donné un ouvert U contenant RT, il existe un nombre fini N de courbes de Jordan
(polygonales) de support dans U telles que K soit dans l’union des ouverts qu’elles
enserrent.

Exercice 3.52 (théorème de Runge). Montrer de manière élémentaire que la


fonction 2 h-> 1/z ne peut être limite uniforme d ’une suite de fonctions polynomiales
dans l’anneau {1 < \z\ < 2}. Cela est-il bien en concordance avec le théorème de
Runge ?

Exercice 3.53 (théorème de Runge).


a ) . Soit к e N* et 0 < bk < ak < k. Montrer qu’il existe une fonction polynomiale
Pk telle que \pk(z)\ > к si \z\ < к et Imz = et \pk(z)\ < 1/к pour \z\ < к et soit
Imz < 0, soit lm z > a
b ) Déduire du a) l’existence d’une suite de fonctions polynomiales (pk)k>î conver­
geant simplement vers la fonction nulle, la convergence étant uniforme sur tout com­
pact de С \ K, mais non uniforme au voisinage d’aucun point de l’axe réel.
c) Construire une suite de fonctions polynomiales convergeant simplement vers 0 sur
R et vers 1 sur C \ R.

Exercice 3.54 (théorème de Runge et dualité). Soit K un compact de C de


mesure nulle. En utilisant le théorème de Hahn-Banach, montrer que les fonctions
rationnelles à pôles simples hors de K sont denses dans C(RT, C).

Exercice 3.55 (théorème de Runge et dualité). Soit K un compact de C tel que


C \K soit connexe et K de mesure nulle. Montrer que les fonctions polynomiales sont
denses dans C(K). Que retrouve-t-on si K est un compact de R ?

Exercice 3.56 (Runge et enveloppe d’holomorphie). Donner un exemple d’un


compact K et de deux ouverts U\ et U2 contenant tous les deux K et tels que les
enveloppes d’holomorphie K\jx et Кц2 diffèrent.

Exercice 3.57 (Runge et enveloppe d’holomorphie). Prouver que les items sui­
vants sont équivalents, étant donnés deux ouverts U\ C U2 de C.
(1) Toute fonction holomorphe dans U\ est limite uniforme sur tout compact
d’une suite de restrictions à U\ de fonctions holomorphes sur [/2-
(2) Si U2 \ U\ = K U F avec K compact, F fermé dans U2 et К П F = 0, alors
K = t
(3) Pour tout compact K de C/i, Кщ = K\jx.

(4) Pour tout compact K de Uu Kux = U\ П Кц2.

(5) Pour tout compact K de Î7i, XJ\ П Кщ est aussi un compact de U\,
250 3. SINGULARITÉS ISOLÉES, MÉROMORPHIE ET THÉORÈMES D’APPROXIMATION

E xercice 3.58 (Runge et la construction d’une fonction entière universelle).


a) Pourquoi peut on ordonner les polynômes à coefficients dans Q + i Q en une suite
(Qk)k>o? Pour tout k G N*, on introduit les compacts Ak := {C; ICI < (k — l ) 3} et
Bk •= {Cî |C — &3| < k}. Montrer que l’on peut construire une suite de polynômes
(Pk)k>i en imposant p\ = 1 et les deux contraintes inductives su p ^ \pk~Pk-\\ < 1/2^
et supBfc |pk - qk-1(* - (k - 1)3)| < 1/2* pour tout k > 2.
b) Vérifier que z F(z) := ~Pk-i(z)) est une fonction entière vérifiant
suP|C|<fc l/(C + fe3) “ ®(C)I ^ V 2* P°ur tout k e N.
c) Montrer que si U est un ouvert simplement connexe borné du plan complexe et h
une fonction holomorphe dans U) il existe une sous suite (qnk)k>o convergeant vers
h uniformément sur tout compact de U. En déduire que c’est aussi le cas pour la
suite (F (•+ nl))k> o, ce que l’on exprime en disant que F est une fonction entière
universelle.
E xercice 3.59 (la « marmite » de Hartogs1 ). Soient ri et r2 deux nombres
strictement positifs, A n>r2 := .0 (0 ,n ) x 0 (0 , r2), 0 < e < in f(ri,r2), et U l’union des
deux ouverts de A n ,r2 que sont 0 ( 0 , ri) x 0 (0 , e) et {ri - e < \z\ < n } x 0 ( 0 , r2).
a) Vérifier que U est connexe.
b) Montrer que toute fonction analytique dans U comme fonction de deux variables
(voir l’exercice 2.34) se prolonge en une fonction analytique dans A ri>r2 tout entier.
c) Pourquoi est-il impossible que tout compact de U admette une enveloppe d’ana­
lyticité Ku (définie exactement comme l’enveloppe d’holomorphie l’est dans le cadre
d’une variables, mais en remplaçant cette fois « holomorphe » par « analytique comme
fonction de deux variables » ) qui soit encore relativement compacte dans U ? On mon­
trera, en utilisant une exhaustion de U par une suite croissante de compacts (Ke)e>î
analytiquement convexes qu’il serait possible, si cela était vrai, de construire (sous la
forme d’un produit infini convergeant uniformément sur tout compact de [/, voir la
proposition 3.2) une fonction analytique dans U (comme fonction de deux variables)
ne pouvant se prolonger à A ri,r2.
E xercice 3.60 (Résolution du B et identité de Bézout). Soient f\ et / 2 deux
fonctions holomorphes dan un ouvert connexe U du plan complexe, sans zéro commun
dans cet ouvert.
a) Construire deux fonctions g\ et g2 de classe C°° dans U telles que l’on ait l’identité
de Bézout 1 = figi + / 2#2 dans U.
b) Déterminer tous les couples de fonctions (ui,u2) de classe C°° dans U tels que l’on
ait l’identité f\V\ + / 2u2 = 1 dans cet ouvert.
c) En exploitant la surjectivité de l’opérateur de Cauchy-Riemann de C°°{U^C) dans
lui-même (théorème 3.12), montrer qu’en < corrigeant » judicieusement le couple
( / i j / 2) construit au a), on peut trouver deux fonctions h\ et h2 holomorphes dans U
telles que fihi -f f 2h2 = 1 dans U.
E xercice 3.61 (un théorème de L. Hôrmander (en dimension un) : la résolution
du d au sens des distributions). Soit U un ouvert du plan complexe et p : U R

1. On doit cet exemple (1906) d ’un ouvert de C 2 qui ne soit pas d ’ «: holomorphie » (au sens :
d ’analyticité en deux variables complexes, voir l’exercice 2.34) au mathématicien allemand Fritz
Hartogs (1874-1943). Cet exemple différentie substantiellement le cadre de la théorie des fonctions
d ’une variable complexe de celui des fonctions de plusieurs variables complexes.
3.3. THÉORÈME DE WEIERSTRASS, APPROXIMATION, ET RÉSOLUTION DU d 251

une fonction de classe C 1


2 dont le laplacien est positif ou nul sur U. On introduit les
deux espaces de Hilbert (ce sont tous deux des espaces L2 à poids sur l’ouvert U)
Hi = Lc{U,e~v^ d^dr}) et Jï£ = L£(l7, (1 + \C,\2)2ep^ d^drj), ainsi que leur duaux
Ht et - H2.
a) Déduire de la formule de Stokes et de l’identité établie à l’exercice 1.4 (appliquée
avec pi : Ç P(() + 21og(l + |C|2)) Que> pour toute fonction <p de classe C°° et à
support compact dans 17, on a
d(p
IMIhï ^ dz \m
b ) Déduire de l’inégalité établie à la question a) l’injectivité de l’opérateur différentiel
D := —d/dz du C-espace vectoriel V(U) (des fonctions C°° à support compact dans
U) dans lui-même.
c) Vérifier en utilisant l’inégalité de Cauchy-Schwarz que, pour tout / G i î i , pour
toute fonction (p de classe C°° et à support compact dans C/, on a

\ f f u < p « )№ d t d n\<l\\f\\2
Hl ||d m |£..

En déduire que l’opérateur :

V> = Dfe>] € Im (D ) h- ►J j /(C) <p(C) d£,dq

se prolonge depuis Im (D ) en une forme linéaire sur H%, c ’est-à-dire en un élément de


H2* En déduire qu’il existe, si / G # 1, un élément g G H2 tel que

Vy>€P(îO, J J m < P « )d id r, = - J J g ( 0 ^ ( O d id r ,t

autrement dit dg/dz = f au sens des distributions1.

E xercice 3.62 (problème additif de Cousin2). Soit U un ouvert de C et ( UL)L


une famille d ’ouverts de U telle que \Jt UL= U (on dit que la famille (UL)L, indexée par
un indice l qui parcourt un ensemble dénombrable ou non, réalise un recouvrement de
l’ouvert (7). On dispose, pour tout couple d’indices (¿, ¿/), de la donnée d’une fonction
A,*/ £ 'HiUt fl ULt). On impose les conditions suivantes :

(3.66) V¿o>¿1 >¿2> fi \,¿2 - 0 + Ao,6i = 0 dans 1760 D ULl fl Ul2.

La donnée de toutes les paires ( ULfl Uv^ f L^ : UL^ C) de manière à ce que les
conditions (3.66) soient remplies est appelée donnée de Cousin, ou encore 1-cocycle
au sens de Cech (subordonnée au recouvrement (UL)L),
a) Montrer que les conditions (3.66) imposent nécessairement

f hL= 0 dans UL et dans ULfl Ub>

1. Voir l’ouvrage à paraître dans la même collection consacré à la théorie des distributions.
2. Il s’agit ici du premier problème de Cousin. Avec son compagnon < multiplicatif » (dit second
problème de Cousin), tout aussi important dans la géométrie complexe et/ou algébrique modernes
que le premier, ce problème a été introduit par le mathématicien français Pierre Cousin en 1895.
252 3. SINGULARITÉS ISOLÉES, MÉROMORPHIE ET THÉORÈMES D’APPROXIMATION

pour toute paire d’indices (¿,6/).


b ) On adm et1 à partir de maintenant le lemme de partitionnement de l’unité. On
introduit donc une famille dénombrable (^k)keN de fonctions C°° à support compact
dans Uy à valeurs dans [0,1], telles que, pour chaque fc G N, il existe t(k) tel que
supp^fc C Ut(k) et Y j k e = 1 dans U, de manière à ce que, pour chaque compact
K de Uy il n’y ait chaque fois qu’un nombre au plus fini de fonctions ÿk non iden­
tiquement milles dans K. Vérifier que la fonction hLdéfinie, pour un indice i donné,
par

keN
est une fonction C°° dans ULet que l’on a, quelque soient les deux indices ¿et ¿/,
(3.67) -$*,== /¿/ft dans Ut fl Us
(exploiter pour cela les relations (3.67)).
c ) Déduire du b ) et du fait que les / t>t/ sont holomorphes dans leurs domaines de
définition qu’il existe une fonction : Î7 —►C, de classe C°° sur 17, telle que

d ) Déduire du c) et du théorème de résolution du B (théorème 3.12) qu’il existe une


fonction $ :U - ï C, de classe C°° sur U, telle que
d $ ,, a»,
Vt, V z e U „
œ w “ s i"
e) En combinant le résultat établi à la question d) et les relations (3.67) obtenues à
la question b ), montrer qu’il existe, pour chaque indice ¿, une fonction hLG HiJJt) de
manière à ce que
V Ly l y hL' hf, = dans Ui O Ui>.
E xercice 3.63 (théorème de Mittag-Leffler). Soit U un ouvert de C et À C U
un sous-ensemble de U sans point d’accumulation dans U. Soit, pour chaque À G À,
une fonction f\ méromorphe au voisinage de À dans U. En adaptant la preuve du
théorème 3.13, montrer qu’il existe une fonction / méromorphe dans C/, holomorphe
dans U\Ay telle que, pour chaque A G A, / — f\ soit holomorphe au voisinage de À.

3.4. R eprésen ta tion con fo rm e et th éorèm e de R iem ann

Les transformations holomorphes sont, comme on l’a souligné au début du cha­


pitre 2, avant que d’introduire le lien entre holomorphie et analyticité, caractérisées
par le fait qu’il s’agit des transformations définies dans les ouverts du plan complexe,
à valeurs dans C, qui préservent les figures orientées au niveau infinitésimal, c’est-à-
dire les angles orientés de ces figures. Cette section est essentiellement consacrée au
théorème de représentation conforme de Riemann, qui assure que tout ouvert sim­
plement connexe de la sphère de Riemann privée d ’un point (par exemple son pôle
nord, correspondant au point à l’infini du plan complexe) est conforme soit à C, soit
au disque unité.

1. Pour un rappel de l’énoncé de ce résultat, par ailleurs utilisé dans le cours pour construire des
fonctions plateau, on renvoie précisément à la preuve de l’assertion (2) ==> (3) où il a été invoqué
pour la première fois dans cet ouvrage.
3.4. REPRÉSENTATION CONFORME ET THÉORÈME DE RIEMANN 253

3.4.1. Les notions de conformité de d’univalence

La notion de conformité rend compte de la propriété géométrique caractérisant la


notion d’holomorphie.

D éfinition 3.11 (conformité d’une application entre deux ouverts de C). Une
application / entre deux ouverts U et V du plan complexe est dite conforme si et
seulement si / est holomorphe et réalise une bijection entre U et V.

Si / est une application conforme entre les deux ouverts U et V , il résulte du théorème
de l’application ouverte (théorème 2.8) que {z G U ; f ( z ) = 0} = 0. Réciproquement,
si / : U -* V est une application holomorphe, le fait que f ne s’annule pas dans U
assure seulement l’injectivité locale de / , non son injectivité globale.
La notion de conformité est couplée avec celle d’univalence.

D éfinition 3.12 (univalence). Une application / définie dans un ouvert U de C


et à valeurs dans C est dite univalente dans U si et seulement si elle est holomorphe
et globalement injective dans £/, c’est-àrdire réalise une application conforme entre U
et son image f(U).

Exemple 3.3 (les applications conformes du disque unité dans lui-même forment
le groupe de Möbius). Soit / : D (0 ,1) —> D( 0,1) une application conforme du disque
unité dans lui-même. En composant l’application / à gauche avec la transformation
de Möbius

¥>/(o),o : z € D(0,1)

qui, elle aussi, réalise une application conforme du disque unité dans lui-même (voir
l’exercice 2.66), on obtient une application conforme g : y>/(o),o ° / de £>(0,1) dans
lui-même s’annulant en 2 = 0 et vérifiant de plus |^'(0)| = 1 du fait de la formule de
Leibnitz (p“ 1)/(0)-p'(0) = 1. Il résulte alors du lemme des zéros de Schwarz (corollaire
2.7 avec m = 1, deuxième cas d’égalité) qu’il existe 6 G M tel que g(z) = eie z dans
D (0 ,1). L’ensemble des applications conformes de D (0 ,1) dans lui-même s’identifie
donc au groupe de Möbius introduit dans l’exercice 2.66. Ce groupe est constitué des
applications

ifafi : 2 € D{0,1) H- ei6- ^ ~ (a G D (0 ,1), 9 G R),


i — az
C ’est un groupe pour l’opération interne de composition o, compte-tenu de la règle :
(3.68)

¥>a,0 o <Pa',9' = <Pa ,@ ( a := ° a _egig = <Pa,o(a'e~i6)> @ •= 0' + A r g [y v ai0(eie) ])

(voir l’exercice 2.66, question b )).

Étant donné un ouvert connexe U du disque unité D (0 ,1) tel que 0 G [/, une classe
particulière de fonctions univalentes dans U sera appelée à jouer ultérieurement pour
nous un rôle important. Outre le fait que / ( [ / ) C D (0 ,1), on impose à / de s’annuler
en 0 (c’est une première < normalisation » ) et à |/'(0)| (qui est non nul puisque / est
injective) d’être tel que |//(0)| > 1 (il s’agit ici d ’une seconde « normalisation » ). On
254 3. S I N G U L A R I T É S IS O L É E S , M É R O M O R P H IE E T T H É O R È M E S D ’A P P R O X IM A T IO N

note cette classe :

(3.69) âê{U) := { / : U —» D{ 0,1) ; / univalente dans U) /(0 ) = 0, |/'(0)| > 1}.


Cette classe contient les restrictions à U des applications 2 G C h* eid z (9 G M).
D’autre part, si U = D (0 ,1), la classe «^({7) se réduit à ces applications du fait du
lemme des zéros de Schwarz. Pour U C D (0 ,1) ouvert connexe et contenant l’origine,
on a la propriété suivante.

P roposition 3.4. Soit U un ouvert connexe du disque unité contenant Vorigine.


La classe B(U) est un sous-ensemble compact de (relativement à la topologie de
la convergence uniforme sur tout compact).
D émonstration. Comme f(U ) c D (0,1) pour tout / g ^ (¡7 ), l’ensemble
âS(U) est un ensemble de fonctions holomorphes dans U uniformément borné sur
tout compact de U (d’ailleurs par la borne 1, indépendante du compact). D ’après
le théorème de Montel (théorème 2.9), âê{U) est une partie relativement compacte
de H{U). Il reste donc, pour prouver la proposition, à montrer que âS{U) est une
classe fermée. Si (fk)k>î est une suite d’éléments de âë{U) convergeant (au sens
de la topologie de la convergence uniforme sur tout compact de U) vers une fonc­
tion holomorphe / G % ([/), on a évidemment /(0 ) = lim ^ + oo /fc(0) = 0 ainsi que
|/'(0)| = limfc_»+00 |/(.(0)| > 1. La fonction / ne saurait donc être constante dans U et
le théorème d’Hurwitz (théorème 3.8) assure que l’univalence des fk (k > 1) implique
par passage à la limite l’univalence de la limite / . Le fait que / soit non constante et
que |/(2) | < 1 pour tout z G U (par passage à la limite lorsque k tend vers l’infini)
impose d’autre part f(U) c D (0 ,1) puisque f(U) est nécessairement un ouvert de C.
Toutes les conditions assurant / G âS{U) sont donc bien réunies. On a ainsi prouvé
que &§(JJ) était une partie fermée de HfU), donc compacte car relativement compacte
dans W jj) d’après le théorème de Montel. □

Soit U un ouvert connexe du disque unité D (0 ,1) tel que U contienne l’origine. Comme
l’application / G 3§(U) i-> |/'(0)| est continue d’après le théorème de Weierstrafi
(proposition 2.9), cette application réalise son maximum sur la classe compacte 3S(U).
Il existe donc une fonction holomorphe fu G âS(U) telle que

(3.70) |/u(0)| = sup |/'(0)|.


f€SS(U)
On utilisera cette remarque sous la forme du résultat suivant.

C orollaire 3.4. Soit U un ouvert connexe du disque unité D (0 ,1) contenant


Vorigine et #/(U) D âê{U) la classe de fonctions univalentes dans U définie par
(3.71) ¿rf{U) := { / G HfJJ) ; / univalente dans U, /(0 ) = 0}.
Il existe au moins un élément fu G &(U) C tel que
(3.72) \ fb m = sup |/'(0)|.
/ 6^ (1/)

D émonstration. Puisque ¿tf(U) D @(U), le sup dans (3.72) est nécessairement


égal à supy.€^([/) |/'(0)| = |/y(0)|. Le corollaire est ainsi démontré. □
3.4. REPRÉSENTATION CONFORME ET THÉORÈME DE RIEMANN 255

3.4.2« Le th éorèm e de représen ta tion co n fo rm e dans C ou S1


2

Le résultat majeur de cette sous-section, dont la preuve malheureusement ne sera pas


« effective » , mais basée sur un argument d’analyse fonctionnelle, est le théorème de
représentation conforme de B. Riemann. Nous en donnons une formulation dans le
plan complexe, puis dans la sphère de Riemann S2 ~ P1(C).
THEOREME 3 .1 4 (th éorèm e de représentation conform e de R ie m a n n ). Tout ou­
vert simplement connexe U de C différent de C est image du disque unité par une
application conforme (on dit aussi < est conforme au disque unité D( 0,1) » ; les seuls
ouverts simplement connexes de C sont donc1 :
- le plan complexe C tout entier;
- tous les ouverts U C C conformes au disque unité D{ 0,1).
Tout ouvert simplement connexe U de S2 ~ P 1(C) dont le complémentaire contient
strictement plus de deux points est conforme au disque unité, c ’est-à-dire tel qu’il
existe une application bijective f de D( 0,1) dans U de manière à ce que, au voisinage
de tout point zo G D(0,1), la composée de f avec la carte ir” ou 7r+ (suivant que
f(z o) = N, le pôle nordj ou non) soit holomorphe au voisinage de zq ; les ouverts
simplement connexes de S2 ~ P1(C) sont donc2 :
- la sphère S2 tout entière ;
- les ouverts S2 \ {M } (M G S2), tous conformes à C ;
- les ouverts U C S2 conformes au disque unité D (0 ,1).
D é m o n s t r a t i o n . Montrons d’abord que le résultat dans le cadre du plan com­
plexe C l’implique dans le cadre géométrique de la compactification S2 ~ P1(C) de ce
plan. Si le résultat est acquis dans le cadre du plan complexe, il résulte en effet du fait
que tout sous ensemble de S2 de la forme S2 \ {M } (M G S2) est conforme à S2 \ { N },
donc à C, par une homographie3 échangeant les points M et N = oo, que tout ouvert
de S2 privé de plus de deux points est conforme au disque unité. La classification des
ouverts simplement connexes de S2 en résulte immédiatement. Il reste donc à prouver
le premier volet du théorème, c ’est-à-dire le résultat dans le cadre du plan complexe.
Soit U un ouvert simplement connexe du plan distinct de C. Nous allons montrer
dans un premier temps qu’un tel ouvert est conforme à un ouvert simplement connexe
borné, donc (en composant avec une homothétie de centre l’origine et une translation)
à un ouvert simplement connexe U C D( 0,1) tel que 0 G U. S’il existe un disque fermé
(IC-û| < e} inclus dans C\U, l’application z h-» 1/(z—a) est univalente et bornée dans
[/, donc réalise une application conforme entre U et son image (7, qui est bien dans ce
cas un ouvert borné. Si ce n’est pas le cas, prenons un point a G dU (il en existe car
U ^ C). La fonction holomorphe z ^ z —a ne s’annule pas dans l’ouvert simplement
connexe U et il existe donc d’après la proposition 1.13 une fonction h holomorphe dans
U telle que z —a = exp h(z) dans U. Soit : z eU exp(h(z)/2). Les deux ouverts

1. Les deux familles décrites ici sont disjointes puisque C ne saurait être conforme au disque
unité D (0 ,1) d ’après le théorème de Liouville : il ne saurait en effet exister (d ’après le corollaire 2.5)
d ’application holomorphe de C dans D ( 0,1) autre que constante.
2. Pour la même raison que dans la note précédente, les trois familles décrites ici sont disjointes
deux à deux.
3. C ’est-à-dire une transformation 2 h-* f f ÿ g , ou encore [20 : z\] »->• [a2o + bz\ : czo+dzi] si l’on
privilégie l’incarnation S2 ^ P 1(C), avec ad —b c ^ 0, voir l’exemple 3.2.
256 3. SINGULARITÉS ISOLÉES, MÉROMORPHIE ET THÉORÈMES D’APPROXIMATION

^a(U) et —^ a({7) sont disjoints : si Ton avait en effet \M *i) = “ ^ 2(^2) avec Z\,Z2
dans [/, on aurait Z\—a = z^ —a, donc z\ —z2, donc 2\I/0(£ i ) = 0, ce qui est impossible
car \£a = exp(/i/2) ne s’annule pas dans £/. Ce que nous venons de faire montre aussi
que et —\I/a sont injectives dans [/, donc que U est conforme à l’ouvert ^M ?/),
dont le complémentaire contient —^fa(U) (qui est ouvert). L’ouvert U est conforme à
un ouvert dont le complémentaire contient un disque fermé {|C —a| < e}, ce qui nous
ramène au premier cas précédemment envisagé. On peut donc à partir de maintenant
supposer sans perte de généralité (quitte à remplacer U par U) que U est un ouvert
simplement connexe inclus dans le disque unité tel que 0 G U) ce que l’on fera.
On introduit, étant donné un tel ouvert U (simplement connexe, inclus dans D (0, 1)
et contenant l’origine), la fonction fu G 38(U) réalisant (3.72) (corollaire 3.4). Nous
allons montrer par l’absurde que fu est une application surjective de U dans D( 0,1) ; si
tel est le cas, fu (qui est aussi par hypothèses univalente puisque fu £ &(U)) réalisera
l’application conforme souhaitée entre U et D (0, 1). Si fu n’était pas surjective, son
image éviterait un point a du disque unité épointé D( 0,1) \ {0 }. L’application

(on compose / à gauche avec une transformation de Môbius échangeant a et 0) serait


encore une fonction univalente dans ¡7 , mais ne s’annulerait plus cette fois dans U.
Il existerait donc (d’après la proposition 1.13) une fonction ha) univalente dans C/,
telle que (<^0j7r o f)(z) = exp {ha(z)) dans U ; de plus il résulterait du fait que l’on a
l’inégalité |exp(ha(z))\ < 1 pour tout z GU que Reha < 0 dans U. La fonction

fu k { z ) mo>
-

ha(z) + M O )
(on compose ha avec une homographie) serait encore univalente dans U et vérifierait
cette fois de plus fu { 0) = 0, donc appartiendrait, comme / 17, à la classe
On observe d’autre part que fu(0) = M 0 ) / ( M 0 ) + M O )). Le calcul de la dérivée
logarithmique de (¿>aj7r° / donne M O ) = fu(0)(â-l/a). On déduit de ces deux calculs
que \fu(0)\/\fu(0)\ = (1 - |a|2) / ( —2|a| log |a|). La fonction t e]0, l[i-» 1 —t2 + 2 ilog i
étant convexe sur ]0, 1[ et s’annulant en 1 ainsi que sa dérivée, elle prend des valeurs
strictement positives sur ]0,1[. On aurait donc en particulier |/jy(0)|/|/^(0)| > 1 (en
considérant la valeur de cette fonction au point \a\ €]0, 1[), ce qui contredirait la
maximalité de |/^(0)| au sein de la famille {| //(0)| ; / G ¿/(U)}. On a ainsi prouvé
par l’absurde la surjectivité de fu et, par conséquent, achevé la preuve du théorème
de représentation conforme de Riemann. □

R em arqu e 3.17 (non effectivité de la preuve). Il convient de souligner que, mal­


heureusement, la preuve que nous venons de donner du théorème de représentation
conforme de Riemann ne fournit nullement, lorsque U est un ouvert simplement
connexe du plan différent de C (voire même inclus dans D (0, 1), ce qu’il est loisible
de supposer après des transformations préliminaires qui, elles, sont effectives), une
construction effective de l’application fu réalisant la conformité entre U et D (0 ,1).
C ’est le maillon faible d’une telle preuve. Expliciter la représentation conforme aux
fins d’applications pratiques soulève dans la pratique de très grosses difficultés. Dans
3.4. REPRÉSENTATION CONFORME ET THÉORÈME DE RIEMANN 257

le cas général, il convient de se satisfaire d ’une approche seulement numérique. Parmi


les exemples concrets où pareille représentation conforme peut cependant être expli­
citée, on retiendra les ouverts dont la frontière est une ligne polygonale fermée sans
points doubles (ce sont les formules dites de Schwarz-Christofelt) ou une courbe simple
fermée constituée d’arcs de cercles concaténés (voir par exemple l’exercice 3.66).

3.4.3. Le cas des domaines de Jordan : la formule de Paire et le théorème


de Carathéodory

Dans cette section, on considère des ouverts bornés U du plan complexe dont la
frontière est un lacet simple de Jordan*, c’est-à-dire le support d’un lacet continu
7 : [0,1] —>►C tel que 7jo,i[ soit injective. Un tel lacet simple de Jordan T induit une
partition de C \ T en deux composantes connexes, l’une bornée (dite « intérieur » de
T, ou encore domaine de Jordan limité par T), l’autre non bornée.

T h é o r è m e 3.15 (théorème de Carathéodory2). Soient XJ\ et U2 deux domaines


de Jordan du plan complexe, tous deux donc conformes au disque unité JD(0, 1) d}après
le théorème de représentation conforme de Riemann (théorème 3.14)- Toute applica­
tion conforme entre U\ et U2 se prolonge automatiquement (de manière unique) en
un homéomorphisme entre leurs adhérences U\ et U2.
Remarque 3.18. Ce résultat est en défaut lorsque l’un des ouverts Uj (j = 1
ou 2) est un ouvert connexe borné dont le bord est le support d’un lacet continu,
mais non celui d’un lacet simple (et n’est donc pas un domaine de Jordan) ; voir par
exemple l’exercice 3.67, où l’on considère U\ = D (0 ,1) et U2 = U (le carré ]0, 1[2
privé d’un « peigne » ).

D é m o n s t r a t i o n . Le point technique (et subtil) sur lequel repose la preuve est


en fait un lemme de sélection de courbes : si U est un domaine de Jordan, w un point
de DU et (wk)k>i une suite de points de U convergeant vers w> il existe une suite
extraite (w^k))k> 1 de la suite (wk)k> 1 et un chemin continu injectif 7 : [0, l[->> t/, C 12
par morceaux sur [0, 1[, tel que 7 (1) = w et que, pour tout k € N*, w^k) = 7 (tk)> où
la suite {tk)k> 1 est une suite strictement croissante de nombres dans ]0, 1[. Ce résultat
de nature topologique se déduit du théorème de Jordan-Schoenflichs (1906) que nous
admettrons ici : si U est un domaine de Jordan dont le bord est homéomorphe au
cercle unité, l’homéomorphisme q> entre T = dU et {\Ç\ = 1} se prolonge en un
homémorphisme (noté toujours q>) entre U et le disque unité fermé {|£| < 1}. Plutôt
que d ’utiliser toute la force de ce résultat, on en retient ici juste la conséquence locale
suivante : pour tout point w G T = dU et pour tout e > 0, il existe Se > 0 tel que, étant
donnés deux points arbitraires distincts dans U H D(w) Je), ils peuvent être connectés
par un arc de Jordan se présentant comme une ligne brisée (à segments parallèles à

1. Les travaux du mathématicien français Camille Jordan (1838-1922), maintes fois croisé dans
cet ouvrage, recouvrent à la fois des questions de topologie (telles les notions introduites ici ou la
notion d ’homotopie qu’il a initié) et de théorie des groupes (en particulier des groupes finis, en
relation avec les configurations géométriques).
2. Analyste allemand d ’origine grecque ottomane, Constantin Carathéodory (1873-1950) contri­
bua beaucoup au calcul des variations et aux équations aux dérivées partielles, ainsi qu’à la
représentation conforme et à ses applications potentielles, par exemple en thermodynamique ou
en optique (voir son traité Conformal representation publié en 1932).
258 3. SINGULARITÉS ISOLÉES, MÉROMORPHIE ET THÉORÈMES D’APPROXIMATION

l’un ou l’autre des axes de coordonnées, ce que l’on omettra de répéter par la suite)
de support inclus dans U D D(w,e). En utilisant ce résultat ainsi que le fait que le
complémentaire d ’une union finie de tels arcs de Jordan polygonaux disjoints dans
un ouvert connexe demeure connexe, on construit le chemin injectif 7 voulu comme
un chemin tel que 7|[o,i[ ait d’ailleurs pour support une ligne brisée. Voici comment
on procède : on relie dans un premier temps (une fois i/(l) choisi assez grand pour
que tous les Wk pour k > v(l) soient assez proches de w) 1) à i)+1 := 2)
par une ligne brisée de support ¿ 1,2 inclus dans U fl D(w>e 1) ; on choisit ensuite
z^(3) assez grand pour pouvoir relier 1^ ( 3) et ^ ( 3)4.1 = 4) par une ligne brisée de
support inclus dans U HD(w)d(Lii2 iw)/2 ) avant que de relier les deux lignes brisées
disjointes ¿ 1,2 et ¿ 3,4 ainsi construites en connectant les deux points tü„(2) et
(ce en profitant précisément de la connexité du complémentaire de ¿ 1,2 U ¿ 3,4 dans la
composante connexe de U fl D(w,e 1) contenant les deux lignes brisées ¿ 1,2 et ¿ 1,3)*
On laisse le lecteur poursuivre en exercice cette construction inductive (on renvoie à
l’argument bien détaillé dans [BG] pour plus de précisions).
Soit / une application conforme entre Ui et U2. On montre dans un^ premier temps
par l’absurde que / s’étend en une application continue de U\ dans U2 - Si tel n’était
pas le cas, on pourrait exhiber un point w G dU2 et deux suites de points (zk)k> 1
et ( Zk)k>i de points de U\> toutes les deux convergeant vers z telles que d’une part
la suite {f(zk))k> 1 = (wk)k> 1 convergerait vers w G dU2 , tandis que d ’autre part
la suite (f(zk))k> 1 = (%)fc> 1 convergerait vers un point w de dU2 distinct de w.
Pour k assez grand, on aurait |Wk —w\ < \w — w\/3 et \wk — w\ < |w — w |/3.
On pourrait alors construire les deux arcs de Jordan simples 7 (de support dans
U2 fl D(w , |w — w\/3) excepté pour son extrémité 7 (1) = w) et 7 (de support dans
U2 C\D(w , \w—w\/3) excepté pour son extrémité w = 7 (1)) interpolant respectivement
une sous-suite (w^k))k> 1 et une sous-suite
Les chemins T := / _1 o 7|[o,i[ et T := / _1 o 7|[0)i[ seraient alors des arcs simples
(que l’on pourrait supposer disjoints du fait de l’injectivité de / ) de U\ tous deux
d’extrémité le même point Pour chaque 0 < r < r o < < l , on pourrait choisir
6(r) e [0,27r[ et 6(r) G [0, 27t[ (ces fonctions 6 et 6 étant continues comme fonctions
de r sur ]0,ro[ privé d’un sous-ensemble au plus dénombrable) de manière à ce que
z + reieW G Supp T , z + reie^ G Supp T et à ce que l’arc du cercle de centre 2
et de rayon r joignant ces deux points soit dans la même composante connexe de
U\ fl {|C - z\ = r }. Quitte à choisir convenablement l’ordre dans lequel on prend T
et T, on pourrait bien sûr toujours supposer que 0 < 0 sur ]0,ro]. On pourra s’aider
pour suivre cette preuve de la figure 3.9 ci-dessous.
On observerait alors que