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T R I M E S T R E 2 0 0 5
MODERNE
Sommaire – n°118
réalisations PARIS – École
Architecte : Olivier Gahinet
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éditorial
Q u’ils soient classés monuments
Justesse historiques, situés dans une ville inscrite au
de l’inscription dans le site patrimoine mondial de l’Unesco ou simples
PAGES témoins de l’histoire des hommes, les
FOUGEROLLES – Écomusée 05 édifices anciens peuvent nécessiter une
intervention contemporaine pour
Architectes : B.Quirot, O. Vichard 07 continuer d’exister et de jouer un rôle dans
la cité. Nombreux sont les exemples
Promenade remarquables où l’architecture
parmi paysage et bâtiments contemporaine et celle du passé se marient
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parfaitement. La réalisation des archives
>>> En couverture :
le centre culturel de Tolède,
VANNES – Laboratoire 08 municipales et du centre culturel Saint-
Marc de Tolède signée Ignacio Mendaro
par Ignacio Mendaro Corsini
Photo : Lluis Casals
Architecte : Patrice Vallée 11 Corsini en témoigne. Pour de tels projets,
Quand la poésie le béton apporte des réponses pertinentes
naît de la fonctionnalité et élégantes, que ce soit au niveau des
PAGES reprises de structure ou de l’esthétique
architecturale. La richesse des textures, des
NOISY-LE-GRAND – Collège 12 couleurs et des formes du béton met en
Architectes : Dominique et Giovanni Lelli 14 valeur chaque intervention contemporaine
tout en révélant la beauté de l’édifice
Déclinaison existant. Par le lien ainsi tissé entre le
des apparences du béton passé, le présent et l’avenir, le patrimoine
PAGES historique reste vivant dans nos villes.
solutions béton GYMNASES 15 ROLAND DALLEMAGNE,
directeur de la rédaction
Enjeu politique, 22
enjeu architectural
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MODERNE
réalisations VINAY – Maison 23 DIRECTEUR DE LA PUBLICATION : Anne Bernard-Gély
Architecte : Pierre Fauroux 26 DIRECTEUR DE LA RÉDACTION : Roland Dallemagne
CONSEILLERSTECHNIQUES : Philippe Gégout;
Patrick Guiraud;Serge Horvath
Contemporaine
en site protégé
PAGES
VILLERS-COTTERÊTS – Médiathèque 27
Architectes : agence Lazo & Mure 30
Prémices 7, place de la Défense • 92974 Paris-la-Défense Cedex
Té l . : 0 1 5 5 2 3 0 1 0 0 • F a x : 0 1 5 5 2 3 0 1 1 0
d’une aventure architecturale • E-mail : centrinfo@cimbeton.net •
• internet : www.infociments.fr •
PAGES
La revue Construction moderne est consultable
TOLÈDE – Centre culturel 31 sur www.infociments.fr
Pour les abonnements, fax : 01 55 23 0110,
Architecte : Ignacio Mendaro Corsini 35 E-mail : centrinfo@cimbeton.net

L’émotion CONCEPTION, RÉDACTION ET RÉALISATION :


L’AGENCE PARUTION
41,rue Greneta – 75002 Paris
transmise à travers les âges RÉDACTEUR EN CHEF : Norbert Laurent
PAGES RÉDACTRICE EN CHEF ADJOINTE : Maryse Mondain
SECRÉTAIRE DE RÉDACTION : Philippe François
bloc-notes
• Livres 36 MAQUETTISTE : Sylvie Conchon
Pour tout renseignement concernant la rédaction,
• Expo tél. :0153007413
réalisation PARIS – École

Justesse
de l’inscription dans le site
●●● La nouvelle école de la rue des Tourelles prend place dans un quartier où les architectures

du Paris des faubourgs côtoient des constructions plus hautes et plus denses des années 70 et 80.

Sculptural, le bâtiment dessiné par l’architecte Olivier Gahinet abrite les jeunes enfants

sans jamais paraître fermé. L’école est posée avec justesse dans le site : loin d’être repliée sur

elle-même, elle dialogue par le jeu de ses volumes avec son voisinage. À l’intérieur, espace, lumière

et couleur offrent aux enfants le cadre de vie dont ils ont besoin pour bien grandir.

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réalisation PARIS – École

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>>> 1 Les deux ailes du bâtiment encadrent la cour


de récréation. 2 Vue sur le volume ciselé des salles de jeux.

E ntre la porte des Lilas et


l’emplacement de l’ancien
l’angle sud est écorné par un immeuble
de logements se retournant vers l’inté-
3 et 4 L’écriture architecturale décline l’alternance entre
volumes ancrés et volumes soulevés, accompagnés par le jeu
télégraphe conçu par Claude rieur de la parcelle. Le terrain est orienté
Chappe en 1793, la rue des au sud le long de la rue, tandis que sa des voiles et des façades en béton qui se plient, se déplient, se
Tourelles se caractérise par un limite est longe le passage des Tourelles retournent et assurent ainsi la continuité entre les parties, de même
environnement bâti assez hété- aux allures de venelle. Le règlement
roclite, où les architectures du Paris d’urbanisme en vigueur impose un que l’unité plastique et formelle de l’édifice.
des faubourgs côtoient des construc- retrait d’alignement sur la rue des Tou-
tions plus hautes et plus denses des relles, au niveau de laquelle doit se
années 70 et 80. La nouvelle école des- situer l’entrée de l’école. Le passage des Du point de vue de son programme et de où elle bénéficie d’un excellent enso-
sinée par Olivier Gahinet s’élève sur un Tourelles, très étroit, interdit toute sa dimension, cette école maternelle se leillement. La figure fondatrice en plan
terrain de forme rectangulaire, dont construction haute sur ses côtés. singularise par sa taille, assez importante définit la volumétrie générale de l’édifice.
pour un équipement scolaire de ce type. Ainsi, le volume en équerre est ancré au
Elle comprend en effet neuf classes, trois sol dans la cour par le corps de bâtiment
N
salles de repos, deux salles de jeux, une (R + 1) qui borde la limite séparative
bibliothèque, un restaurant scolaire et sa nord du terrain. Une autre aile de bâti-
cuisine, deux logements de fonction, aux- ment (R + 2) constitue la seconde
quels s’ajoutent les bureaux et autres branche de l’équerre. Elle apparaît
locaux de service nécessaires au bon fonc- comme soulevée du sol et vient en proue
tionnement de l’équipement. sur la rue donner son statut institution-
nel à l’édifice.
Sur l’espace public, l’image du bâtiment
● Sur une figure en équerre
est donnée par la proue qu’accompagne
En réponse aux contraintes du contexte le jeu des volumes singuliers des salles
urbain et réglementaire, l’architecte Oli- de jeux ou du logement du gardien.
vier Gahinet a conçu un bâtiment dont la Leurs formes sculpturales en béton s’ar-
volumétrie générale se fonde en plan sur ticulent et s’enchaînent. Le jeu des pleins
une figure simple, celle de l’équerre. et des vides dans l’espace dessine la
Fabriquant ainsi l’assise de l’édifice, cette façade sud qui singularise l’école, la
équerre encadre la cour de récréation, représente et l’identifie. Très plastique,
aménagée dans la partie sud du terrain, cette façade qui accompagne le soleil

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TECHNIQUE
dans sa course offre une multitude de ment d’un monde à l’autre par le fran-
visages au cours de la journée: le matin, chissement d’une simple porte. Que ce
les rayons du levant mettent parfaite- soit dans le sens de l’entrée ou de la sor- Le béton, matériau de la structure
ment en valeur la plastique de sa com- tie, le parcours prend une dimension et matière des volumes
position géométrique ; le soir, sous la ludique : le passage s’effectue en dou-
Toutes les façades sont en béton brut de ciment blanc coulé en place,
caresse du soleil couchant, le béton ceur. La rue des Tourelles et la rue inté-
blanc prend des nuances dorées. rieure se répondent l’une à l’autre en à partir d’un béton fabriqué en centrale et livré sur le chantier. “L’en-
Placé en retrait le long du passage des donnant l’impression que l’espace treprise de gros œuvre a fait un très beau travail en termes de qualité
Tourelles, l’édifice installe un petit jardin public se prolonge un peu dans l’école du parement, souligne l’architecte. Ce qui est très remarquable dans
à l’échelle de l’ambiance offerte par et vice-versa. ce béton blanc brut de décoffrage, c’est bien sûr son apparence, mais
cette venelle. Les amélanchiers qui y
aussi ses qualités de pérennité. Dès que l’on décoffre, l’architecture
sont plantés ne sont pas étrangers à
● Mise en scène est installée.” Le parement brut du béton blanc s’anime des trous des
l’agrément du passage et de son voisi-
du parcours intérieur écarteurs de banches, du dessin des plaques de peau coffrante, des
nage. La salle à manger donne sur ce
jardin, ce qui offre aux enfants une vue Le hall d’entrée et la rue intérieure met- joints d’arrêt de coulage. Les joints creux exprimés ont une dimension
et une lumière agréable, tout en les pro- tent en scène et accompagnent la pro- plastique. Différentes des joints d’arrêt de coulage peu marqués, ces
tégeant du regard des personnes qui gression des usagers dans le bâtiment. lignes verticales et horizontales dessinées par l’architecte soulignent
empruntent le passage. Cette rue dessert les espaces collectifs – le jeu des volumes et accompagnent l’enchaînement des façades.
salle à manger, centre de loisirs, salle de
Dans son principe général, la structure est constituée de voiles por-
jeux – qui sont tous au rez-de-chaussée,
● Le jeu sculptural teurs et de planchers réalisés en béton gris classique coulé en place.
en partie situés sous le volume soulevé
des volumes Les voiles sont réglés sur une trame de 7,20 m. Aux endroits où la
de l’équerre. Elle donne aussi accès à la
L’entrée de l’école se situe dans l’axe de cour de récréation et aux escaliers. Les conception l’a rendu nécessaire, des poteaux en béton remplacent les
la proue et s’inscrit dans le travail sculp- salles de classe des enfants les plus voiles pour obtenir des espaces plus ouverts. C’est le cas au rez-de-
tural de la volumétrie générale. Sous le jeunes sont au rez-de-chaussée et à chaussée, par exemple, pour la salle de restaurant. Pour des éléments
porte-à-faux, une courette assure la l’étage du bâtiment situé au fond de la
plus atypiques, comme le porte-à-faux de la partie en proue sur la rue
transition entre la rue et le hall d’accueil cour, tandis que les classes des plus
ou pour des voiles décollés du sol et portés en drapeau, le béton per-
qui se prolonge par une rue intérieure. grands se répartissent aux premier et
Le cheminement depuis l’espace public deuxième étage de la branche soulevée. met d’obtenir une parfaite continuité de peau entre les parois verti-
vers l’intérieur de l’école se fait progres- L’architecture se caractérise sur l’en- cales et les sous-faces horizontales visibles, comme dans l’enchaîne-
sivement. L’enfant ne passe pas brutale- semble de l’édifice par un travail sculptu- ment des plans qui cisèle le volume général.

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réalisation PARIS – École

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>>> 5 La rue intérieure prolonge le hall dans la profondeur


du bâtiment. Au fond de la perspective, elle s’ouvre d’un côté
ral qui articule l’enchaînement des qu’une simple circulation, cet espace est sur la cour de récréation par de larges baies vitrées et de l’autre sur
volumes. Elle donne aussi au bâtiment la un véritable lieu d’identité, de vie et de
la salle de restaurant. 6 Salle de jeux du rez-de-chaussée.
dimension qui lui permet de s’installer convivialité dans l’école.
avec justesse dans le lieu et de trouver Pour l’anecdote, notons qu’à l’occasion Lumière, vues cadrées, couleurs et conformation spécifique
l’équilibre entre les différentes échelles de la kermesse de l’école au mois de juin de l’espace donnent à chaque salle de jeux son ambiance.
des constructions avoisinantes. L’écriture dernier, du fait d’une météo incertaine,
architecturale décline l’alternance entre de nombreuses activités se sont dérou-
volumes ancrés et volumes soulevés, lées dans la rue intérieure, pour la plus
accompagnés par le jeu des voiles et grande satisfaction de tous. sculptural abrite et protège les jeunes
des façades en béton qui se plient, se enfants sans jamais apparaître comme
déplient, se retournent et assurent ainsi fermé. L’école semble justement posée
● Cubes d’air frais
la continuité entre les parties autant que dans le site et loin d’être repliée sur elle-
l’unité plastique et formelle de l’édifice. “Chaque classe est un beau cube d’air même, elle dialogue avec son voisinage.
frais ouvrant sur un sol extérieur – cour Preuve que le béton, matériau parfaite-
ou terrasse – ou sur le ciel. Les range- ment adapté aux spécificités structu-
● Le rôle stratégique
ments bas et les baies vitrées définissent relles du projet, est aussi la matière
du hall d’entrée
une ‘épaisseur habitée’ où se déploient idéale pour une architecture telle que la Maître d’ouvrage:
Le hall d’entrée double hauteur contri- les activités des enfants, les meubles, pratique Olivier Gahinet. Les habitants Ville de Paris
bue à donner du sens à l’entrée dans les petites tables, l’aimable fouillis de du quartier ne s’y sont pas trompés qui
Maître d’œuvre:
l’école. Il offre de multiples vues sur le la classe. Au-dessus, c’est l’espace, la ont immédiatement adopté la nouvelle Olivier Gahinet
cœur du bâtiment et sur son environne- lumière, la couleur”, explique Olivier école de la rue des Tourelles. L’équipe-
Économiste :
ment, vues qui permettent aux enfants Gahinet. Les classes situées au niveau le ment leur est devenu familier, tout sim- MD ETC
de se repérer et de s’orienter aisément. plus haut des deux corps de bâtiment, en plement. Et l’architecte de conclure: “Ce
Entreprise générale :
Son espace généreux et lumineux quali- effet, profitent d’un éclairage zénithal bâtiment est très parisien et pédago- Bateg
fie l’ambiance de ce lieu d’accueil esthé- qui agrémente leur ambiance. Toutes les gique dans sa façon d’exprimer un édi-
SHON :
tique et agréable. La rue intérieure pro- autres classes bénéficient d’un accès fice public. Il est conçu pour satisfaire
2 050 m2
longe le hall dans la profondeur du direct à un sol extérieur, soit directement aux trois conditions qu’on est en droit
bâtiment. Au fond de la perspective, elle sur la cour, soit sur une terrasse proté- d’exiger d’un projet de cette nature : Coût:
s’ouvre d’un côté sur la cour de récréa- gée. Force est de reconnaître, au final, fonctionner, signifier et émouvoir.” ❚ 4,4 M€TTC
tion par de larges baies vitrées et de que l’édifice ne nous renvoie pas l’image TEXTE : NORBERT LAURENT
l’autre sur la salle de restaurant. Plus classique d’une école. Ce bâtiment PHOTOS : JEAN-MARIE MONTHIERS

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réalisation FOUGEROLLES - Écomusée

Promenade
parmi paysage et bâtiments
●●● Sur le territoire de la commune de Fougerolles, et plus précisément au hameau du Petit-Fahys,

l’écomusée du Pays de la Cerise fait sa révolution. Une révolution signée Quirot et Vichard. Comme

en son temps l’industrialisation des procédés de la distillation du kirsch au début du xixe siècle,

la transformation de cette belle propriété en un musée moderne bouleverse la vision qui s’offre

du site. Incontestablement, le travail précis et discret des architectes a su harmoniser constructions

traditionnelles et constructions contemporaines en béton enduit blanc.

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réalisation FOUGEROLLES - Écomusée

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L ’écomusée lui-même existe


depuis 1984. C’est une
lerie “moderne” et ses alambics, sans
pour autant avoir une cohérence liée à
appel d’offres.Choisie sur dossier,l’équipe
des architectes besançonnais Bernard
des vallonnements du terrain pour encas-
trer la construction dans la pente et une
remarquable propriété consti- une période précise d’occupation. Un Quirot et Olivier Vichard reçoit alors la pelouse verte à souhait. Côté façade
tuée d’une maison de maître, de four est même déplacé et reconstruit sur difficile mission de réaliser une architec- d’arrivée, le bâtiment est volontiers
plusieurs bâtiments annexes ce site. L’ensemble charmant, géré par les ture contemporaine sans pour autant moderne; côté ferme ancienne et verger,
comme une maison des manou- bonnes volontés locales, doit se confor- perturber le fragile équilibre du site. il disparaît sous la pelouse et seuls deux
vriers, une distillerie, une chambre à mer au cadre d’une charte scientifique. La création du parking a pour consé- lanterneaux recouverts de cuivre vert en
grain, un chalot, ainsi qu’un verger quence d’inverser la séquence d’entrée éclairent l’intérieur. Point de départ et
conservatoire. Les diverses transforma- et pour les visiteurs d’arriver par l’arrière d’arrivée du circuit, on y trouve guichet,
● Contemporain
tions du lieu sont issues de l’histoire des de la maison de maître et non plus par information, etc. Les menuiseries claires
et respectueux du site
familles habitantes et plus particulière- l’avant. En réponse, les architectes en hêtre ou en épicea pour l’extérieur
ment de l’œuvre d’un des premiers distil- Le programme architectural est défini par ont conçu, dans le prolongement des sont d’une facture soignée que l’on
lateurs industriels de la région qui y vécut un nouveau lieu d’accueil lié à un parking bâtiments de la distillerie, une petite retrouve tout au long de l’aménagement.
de 1830 à 1888. L’ensemble est inscrit de cinquante places à créer, des bureaux, construction blanche en béton enduit Au plafond, la sous-face du béton est
depuis 1984 à l’Inventaire supplémen- un circuit de visite continue des bâti- dont la forme simple attire le regard et brute comme dans l’ensemble du projet
taire des Monuments historiques. ments et du verger conservatoire, et enfin marque l’entrée. Le vaste auvent plat en neuf et son calepinage rectangulaire est
L’ancien musée présente les bâtiments de nouvelles surfaces d’exposition. Le deux hauteurs rappelle les niveaux de adapté aux dimensions des panneaux
dans “un état de vie suspendue”, avec la programme muséographique est attri- faîtage et de gouttière des toitures exis- utilisés par l’entreprise, mais contrôlé par
maison de maître et ses meubles, la distil- bué à une équipe de Saint-Étienne après tantes. Les architectes ont ensuite profité les architectes.Au sol, un béton industriel

>>> L’auvent de l’accueil est


la version contemporaine des
anciennes toitures. Il en marque
les lignes hautes et basses dans
un même souci de linéarité.

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>>> 1 et 3 L’accueil encastré sous les pentes du sol


offre une façade contemporaine qui appelle les visiteurs. L’auvent
donne la dimension du chemin qui mène à la maison de maître, pièce est placée dans le socle de la maison de la visite de manière à plonger le visiteur
maître. La première partie ne possède dans une atmosphère relativement
majeure et première de l’ensemble bâti. 2 À l’intérieur, des
que des puits de lumière ronds, la homogène, où le verger se fait le com-
passages protégés vitrés relient les différentes constructions. deuxième une vaste baie et un accès sur plément naturel du domaine bâti.” Un
4 L’extension des salles d’exposition forme le socle de la maison la pelouse, la troisième des fenêtres avec pari très réussi. ❚
volets et un passage ouvrant sur les TEXTE : SYLVIE CHIRAT
de maître et ouvre sur le verger en une parfaite intégration. constructions annexes de la distillerie. PHOTOS : LUC BOËGLY
Un seul espace, trois expériences spa-
tiales fortes et distinctes, trois lumières
teinté de noir et ciré offre quant à lui un qualité. À l’issue de la visite de l’habitat, extrêmement diverses.
calepinage en surfaces maximales de les architectes ont fait du vaste volume La sérénité est grande, les détails sont
25 m2 indiquant les multiples directions supérieur des trois travées et de la traités avec soin. Le paysage cadré met
du lieu. Ce bâtiment n’est au départ magnifique charpente une promenade en scène des éléments traditionnels en
qu’une halte. On en ressort pour longer de toute beauté. Du deuxième niveau, pierre et d’autres contemporains en
par l’extérieur les lieux de distillerie dont on redescend par une pente de bois et béton enduit blanc. Puis viennent les liai-
on aperçoit brièvement, par quelques de métal tout autour des piliers centraux sons entre les bâtiments de distillerie. En
fenêtres, les alambics. La façade de la de la structure. Là, la façade arrière de la menuiseries de bois vitrées, elles sont Maître d’ouvrage:
maison de maître restant le pivot de maison de maître n’a pu être percée que conçues comme des sas dont la lumino- commune de Fougerolles

l’organisation générale, la visite continue de trois petites fenêtres identiques aux sité contraste avec la pénombre des Maître d’ouvragedélégué :
par ce bâtiment majeur. existantes, l’architecte des Bâtiments de constructions anciennes. On y lit le souci Socad,Héricourt
France s’étant opposé à une ouverture de perfection des architectes avec un sol Maître d’œuvre :
longitudinale. Mais le parcours intérieur extérieur en gravier faisant socle sous les Bernard Quirot,OlivierVichard
● Sous la charpente, une architectes
est si attractif spatialement que le regret éléments bâtis du parcours, et quelques
promenade de toute beauté
est bien faible. Puis le chemin et le regard sous-faces traitées en enduit blanc pour BET structures :
La maison de maître est constituée de plongent vers un escalier central qui mieux marquer les passages. François Durant

façon caractéristique de quatre travées : s’enfonce dans le sol entre deux parois “Ce projet est avant tout une prome- Surface :
celle de l’habitat, restée intacte avec sa de béton brut. C’est l’accès aux nou- nade à travers un paysage et des bâti- 92 630 m2 + site paysager
circulation, et celles de la distillerie, de la velles surfaces d’exposition. ments, nous disent les architectes. Il s’est
Coût:
grange et de l’écurie.Au-dessus du loge- L’extension du musée, vaste espace agi de montrer au début et à la fin du
1,1 M€ HT
ment, sous le toit, l’alcool subissait les moderne composé symétriquement au- parcours les extensions contemporaines,
chocs thermiques nécessaires à sa bonne tour d’une large ouverture sur le verger, mais de les faire disparaître au cours de

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réalisation VANNES – Laboratoire

Quand la poésie
naît de la fonctionnalité
●●● Des champs, des rideaux d’arbres, un hangar, un garage… De la terre, de la végétation,

du bardage métallique… Au loin, le linéaire d’une façade bien dessinée, qui avance avec fierté ses

voiles de béton brut calepinés et dimensionnés avec soin. Fort de sa simplicité et de sa

pertinence, le travail de Patrice Vallée exprime avec justesse le caractère fonctionnel du bâtiment,

celui d’un laboratoire d’analyses. Imposant par sa taille et pourtant discret dans sa réalisation,

ce bâtiment riche en paradoxes vient ainsi jeter les bases d’une zone d’activités en devenir.

8 CONSTRUCTION MODERNE /N°118


A uzone
détour d’un chemin, une
d’activités à peine
gences particulières en matière d’hy-
giène et de sécurité, sont à la base du
N
esquissée, avec en point de mire programme conséquent et assez contrai-
un long bâtiment dévoilant fière- gnant auquel le projet devait répondre.
ment ses façades de béton gris.
Le site, encore peu urbanisé, se ● Fonctionnel avant tout
compose d’un ensemble de terrains
conservant une allure presque agricole. Une logique parfaite dans la répartition
Respecter ce caractère naturel, le mettre des fonctions et une gestion draco-
en valeur, utiliser la légère déclivité du nienne des circulations s’imposaient. Car
sol, et surtout tenter d’intégrer l’ancien dans ce genre d’équipement, chaque
bâtiment de la Cram (caisse régionale analyse est constituée d’étapes succes-
d’assurance maladie), voilà une partie sives à réaliser dans des locaux séparés,
des missions que l’architecte Patrice Val- en respectant un principe de marche en
lée s’était fixées au moment de conce- avant, avec obligation de séparer tout ce depuis toujours à l’accueil des visiteurs. ment existant de forme hexagonale. Elle
voir le projet d’extension de ce labora- qui est propre de ce qui est sale. L’extension est installée avec intelligence forme un écran protecteur tout en
toire départemental d’analyses du Le parti adopté par Patrice Vallée s’im- sur le terrain tout en répondant à toutes annonçant par son expression architec-
Morbihan. Ses activités en pleine expan- pose par sa simplicité et la perti- les exigences du programme. Le nouvel turale que, derrière cette façade, se
sion expliquent le déménagement et nence avec lesquelles il a réussi à utiliser édifice impose son linéaire en lisière de la déroulent des activités d’analyse assez
la construction de nouveaux locaux. La l’ancien bâtiment de la Cram, à y loger voirie d’accès et de desserte qu’il vient techniques. Elle devient la ”vitrine” de ce
diversification des programmes suivis à l’étage le secteur chimie et au rez- redoubler et souligner. Cette barre au laboratoire spécialisé dans des domaines
par le laboratoire, la mise en œuvre de de-chaussée l’administration, conser- volume très travaillé est installée en de plus en plus nombreux, qu’il s’agisse
nouvelles techniques d’analyses, des exi- vant ainsi l’emplacement initial réservé équerre, perpendiculairement au bâti- de sécurité alimentaire, de santé animale,

>>> 1 Côté sud, le long de la rue, la façade “réservée”


au transport des déchets, plus fermée et composée
à la manière d’une épine dorsale ; ci-contre et ci-dessus, les deux
visions possibles de la même façade.

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réalisation VANNES – Laboratoire

ou encore d’hydrologie et d’environne- étage “technique”. Ce dernier intègre Pour limiter les déplacements de chacun, propre est lisse, très vitrée, interrompue
ment. Pour couvrir les besoins très spé- l’ensemble des équipements assurant le répondre aux besoins draconiens d’hy- par moments par l’ajout de bureaux
cifiques de ces domaines divers, le labo- traitement de l’air, la climatisation, etc., giène et éviter toute contamination, la annexes qui rythment la linéarité de la
ratoire est divisé en départements ainsi placés à l’abri des intempéries et séparation spatiale des circulations barre ; côté sud, le couloir réservé au
indépendants : chimie, bactériologie, accessibles sans gêner le fonctionne- “propre” et “sale” s’est imposée comme transport des déchets fait une épine dor-
milieux de culture, autopsie animale, etc. ment des différents services du labora- une évidence. Ainsi ces deux dessertes sale qui ondule et offre aux passants
toire. Les façades translucides en poly- nécessaires au bon déroulement des ana- quelques vues échappées sur les activi-
carbonate, qui laissent deviner la lyses bordent-elles les nouveaux locaux: tés du laboratoire.
● En trois lignes…
présence des machines ou celle des d’un côté le couloir d’accès qui corres- Les fonctions et l’organisation du bâti-
Deux grandes caractéristiques définis- réseaux de tuyaux, contribuent à la lec- pond à la circulation propre et dessert la ment apparaissent et servent son archi-
sent ce projet. La première sert la fonc- ture de la fonction du bâtiment et de zone propre de chaque unité fonction- tecture. Le principe, évident pour les cir-
tionnalité du bâtiment tout en conférant son niveau de technicité. Ces deux nelle; de l’autre, un second couloir réservé culations décrites précédemment, est
à l’ensemble une écriture architecturale étages servants viennent prendre en à la circulation des produits sales et des repris pour définir une logique des maté-
intéressante pour un volume qui devait, sandwich l’étage servi, le niveau princi- déchets. À aucun moment, ces chemine- riaux employés. L’enveloppe des unités
a priori, n’être composé que d’un seul pal, soit celui des locaux d’analyses. ments ne se croisent, même pour le fonctionnelles, des volumes secondaires
étage. L’astuce a consisté à proposer une L’autre caractéristique majeure du projet département “chimie” situé à l’étage du et de la façade sur rue est traitée de
composition dite “sandwich” qui déjoue concerne justement l’organisation des bâtiment existant. Dans ce cas, ascen- façon traditionnelle en béton architecto-
le problème du niveau unique et insuffle différents services. Patrice Vallée a pro- seur et monte-charge font le lien. nique, alors que les circulations sont lar-
au dessin d’ensemble la légèreté et la posé la création de zones fonctionnelles. gement vitrées.
rigueur d’une composition tripartite… Le plan est particulièrement clair. Les dif- Le cœur du laboratoire est abrité derrière
● Deux écritures
En contact avec le sol, le soubassement férents départements se succèdent, une peau épaisse et solide, inattaquable,
distinctes en façade
intègre un vide sanitaire qui permet de conçus comme des plots d’activité sépa- résistante aux mauvais traitements et
faire courir toutes les alimentations et rés par un ensemble de patios. Le tout Cette partition rend possible le principe adaptée aux atmosphères particulières
toutes les évacuations nécessaires au forme une ligne orientée nord-sud qui de marche en avant des différents et aux produits qui circulent dans les
bon fonctionnement du bâtiment, tout alterne parties pleines et espaces vides, services, avec un fonctionnement totale- salles d’analyses, même si une régle-
en exploitant habilement la légère décli- l’avantage étant de permettre une liai- ment indépendant des différents dépar- mentation draconienne impose des revê-
vité du terrain. Suffisamment haut, il les son visuelle entre services mais aussi de tements. Le report en façade des cir- tements très particuliers pour habiller
rend facilement accessibles et simplifie les éclairer naturellement et donc d’évi- culations était l’occasion de signer le l’intérieur de ces locaux. Le béton, qui
la maintenance de ces réseaux abrités ter au maximum l’effet d’enfermement. bâtiment de deux écritures particulières, prend une part majeure dans le dessin
mais non enterrés. En partie supérieure, Au centre de cette bande centrale, la pour ce qui peut être vu et pour ce qui général du bâtiment, contribue à
le couronnement est constitué d’un laverie utilisée par tous. doit être caché. Côté nord, la circulation l’image rassurante de l’ensemble. Plus

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que la technicité, c’est la capacité de ce dans leur composition ou dans leur


matériau à suivre ou à suggérer des teinte… Ils ne sont pas exceptionnels et
modelages qui est exploitée. L’architecte pourtant la magie de l’empreinte a fonc-
ne s’en prive pas. Il définit tout et gère au tionné une nouvelle fois. ❚
millimètre les calepinages, dessine les TEXTE : BÉATRICE HOUZELLE
coffrages, anticipe les joints de coulage, PHOTOS : HERVÉ ABBADIE
profite de la capacité du béton à révéler
une masse autant qu’une surface, à 5
imprimer des envers. Son architecture se
fonde sur le rythme régulier du système
constructif, qu’il choisit avec soin comme
on définirait une partition. Celle du labo-
ratoire s’inspire de figures géométriques
simples: le carré, le rectangle, le cercle.

● Rigueur et poésie Maître d’ouvrage:


conseil général du Morbihan
C’est de la juxtaposition de ces modèles
Maître d’œuvre :
primaires que naît la complexité harmo- PatriceVallée
nique des compositions, en théorie. Dans
BET ingénierie :
la réalité, la vigilance de la mise en Etco
œuvre, la précision de la réalisation des 6
Bureau de contrôle :
coffrages, la qualité de leur peau inté- Norisko construction
rieure, lisse et huilée, le placement soigné >>> 2 Côté nord, la circulation propre est interrompue par
Entreprise gros œuvre :
des trous de banche, donnent une réalité
Fily Sovaco l’ajout de bureaux annexes. 3 Jonction entre le bâtiment
tactile et poétique à cet ordonnancement
rigoureux… Il en reste une empreinte qui Surface : existant (à gauche) et l’extension (à droite). 4 Côté sud, les
3 547 m2
fait vibrer les façades du laboratoire, redents de l’épine dorsale dissimulent partiellement le trajet des
brossées manuellement, puis protégées Coût:
déchets. 5 Côté nord, la circulation propre sur deux niveaux.
par un vernis incolore mat. Les bétons 9,84 M€ HT
mis en œuvre n’ont aucune particularité 6 L’ancien bâtiment, “neutralisé” par un traitement très sobre.

CONSTRUCTION MODERNE /N°118 11


réalisation NOISY-LE-GRAND – Collège

Déclinaison
des apparences du béton
●●● Œuvre de Dominique et Giovanni Lelli, le collège de Noisy-le-Grand se compose de quatre corps de

bâtiment conformes aux échelles du quartier : le bâtiment d’enseignement et ses deux pavillons

symétriques, un bâtiment plus compact abritant le restaurant scolaire et la salle de sport et, à

l’arrière, ouverts sur le quartier résidentiel, quatre logements. Le tout compose un ensemble

harmonieux, où le béton se décline sous différents aspects : panneaux préfabriqués de béton poli, béton

brut coulé en place, béton autoplaçant, éléments de béton bicolore coulé en place, béton enduit.

12 CONSTRUCTION MODERNE /N°118


L eGrand
collège de Noisy-le-
(93) se situe au
par le pignon est du bâtiment d’ensei-
gnement qui se présente comme un
cœur d’un quartier résidentiel ; pavillon d’angle bâti sur pilotis – le ter-
d’un côté des pavillons, de rain étant très instable, il a fallu enfoncer TECHNIQUE
l’autre, des équipements de plus profondément les pieux sur lesquels
grande échelle en cours d’amé- repose en partie l’aile d’entrée. Celle-ci Mer de béton calme
nagement (ZAC). L’équipement sco- comprend au rez-de-chaussée la loge du
laire réalisé par l’agence Lelli forme une gardien, sorte de “prise en charge” Le coulage in situ du béton bicolore s’est fait en plusieurs passes
transition entre ces deux entités. Au sud, visuelle des collégiens dans leurs entrées alternées, au terme d’un important travail d’étude et de recherche
côté ZAC, le bâtiment d’enseignement et sorties.Au-dessus, le logement du gar- mené par l’entreprise en étroite collaboration avec l’agence Lelli.
présente un volume à R + 2, et au nord, dien, la salle des professeurs et le CDI Deux murs d’essai ont été gardés apparents à l’intérieur, qui témoi-
une construction à plus petite échelle – (centre de documentation et d’informa-
gnent des tâtonnements esthétiques et techniques des deux parties.
celle de l’habitat individuel – abrite le tion) forment une façade où les volumes
restaurant scolaire et la salle de gymnas- des différents locaux s’interpénètrent. Le coulage simultané des deux bétons a laissé apparaître de larges
tique. Sur la rue, deux petits édicules en Des panneaux de béton poli préfabriqués traînées blanches au sein d’une mer de gris. Ces premiers panneaux
hauteur comprennent deux fois deux blancs habillent les parties en retrait, des d’essai ont donc été surnommés “mer démontée”. Finalement, pour
logements pour le personnel. panneaux préfabriqués ocre l’avancée de le parement des escaliers de la façade principale et du pignon est,
la salle de travail du CDI et la salle des il a été décidé de laisser sécher chacune des bandes une demi-
professeurs. Une boîte de béton bicolore
● Plan symétrique journée pour obtenir un effet de… “mer calme”. Cette solution per-
blanc et gris contenant un escalier vient
mettait de conserver une certaine irrégularité graphique dans les
Le plan d’implantation d’ensemble est animer la façade de sa matière minérale
assez compact: les deux bâtiments prin- et de son graphisme horizontal. Le corps bandes, avec des effets de matière intéressants. Le planning du
cipaux se font face, séparés par la cour de central du bâtiment abrite au rez-de- chantier a été élaboré en partie d’après les dates de coulage de ces
récréation plantée d’arbres. L’accès a lieu chaussée l’administration, la salle de per- deux éléments forts du projet.

1 2

>>> 1 Les différents matériaux mettent en relief les éléments


de la façade d’entrée au collège. 2 Le bâtiment abritant la cantine
et la salle de gymnastique est conçu en béton autoplaçant, et mis en
valeur par des ébrasements marquant l’épaisseur des voiles.

CONSTRUCTION MODERNE /N°118 13


réalisation NOISY-LE-GRAND – Collège

3 4 5

>>> 3 Les vaguelettes formées par les couches de béton


gris et de béton blanc animent le bloc de l’escalier central en façade
manence, le bureau du CPE (conseiller noires formant un treillis métallique sur principale. 4 Le hall d’entrée est vaste et entièrement vitré. Des
principal d’éducation), et enfin un vaste toute la paroi. Le rez-de-chaussée, quant
banquettes de béton préfabriqué bicolore courent le long des baies.
espace d’entrée et de circulation large- à lui, est habillé de pierre ocre posée à
ment ouvert sur la cour de récréation. La joint creux – une protection contre les 5 Deux “murs d’essai” de coulage de béton gris et blanc ont été
structure apparente de béton brut verni graffitis. Des fenêtres verticales forment conservés dans les circulations ; ici celui du hall d’entrée.
et les banquettes de béton bicolore pré- une série de meurtrières dans la longue
fabriquées situées le long des baies perspective du mur ocre.
vitrées accentuent le caractère généreux sée, le restaurant scolaire, ouvert sur la
et chaleureux de l’espace. Deux qualités cour par de grandes baies vitrées repo-
● Chemins de pluie
que l’on retrouve dans le CDI, également sant sur un soubassement en panneaux
doté d’une structure visible sur une Un système de récupération des eaux de de béton gris.Au-dessus, la salle de gym-
double hauteur. À l’extérieur, le rythme pluie (une demande du maître d’ouvrage nastique en avancée, qui forme un petit
horizontal de la façade – une alternance incluse dans le programme) part de auvent et repose au sud sur huit piliers de
de panneaux de béton poli blanc et de “baignoires” installées en toiture, passe béton, au nord sur un voile. La paroi de
vitrages aux menuiseries en aluminium par des descentes le long de la façade béton brut autoplaçant présente une
Maître d’ouvrage:
noir mat – est brisé en son centre par la pour aboutir sur le balcon du premier belle matière claire, vibrant sous les jeux
Conseil général
présence d’un escalier monumentalisé, étage, où de larges gargouilles en béton de lumière. Trois meurtrières placées au de Seine-Saint-Denis
pris dans une boîte de verre et de béton forment par temps de pluie de véritables centre de la façade répondent aux piliers
Maître d’œuvre :
autoplaçant. Là encore, un mur de béton fontaines. L’eau est alors récupérée dans du dessous ; ces éléments marquent la Lelli architectes,urbanistes
bicolore marque la présence de l’escalier un abreuvoir situé au rez-de-chaussée, symétrie du bâtiment, également flanqué
BET :
et accentue l’aspect symétrique du bâti- d’où elle s’écoule peu à peu vers la sta- de deux escaliers. Une bande d’impostes CET
ment. Un gros œil-de-bœuf situé au tion d’eau. L’installation a deux vertus : vitrées met en valeur le couvercle massif
Entreprise générale :
milieu éclaire le bureau du CPE, qu’il met elle a permis aux architectes d’agencer et gris anthracite de la toiture. Un auvent
CBC
en contact direct avec la cour et en ten- leur façade, qui prend un certain relief abritant les casiers des élèves forme un
sion avec le bâtiment de la cantine, situé grâce au balcon et aux gargouilles, et trait d’union entre les deux bâtiments qui Préfabricant :
CIR
juste dans l’axe. elle contribue à la mise en valeur de se font face. Un bassin de rétention
En façade sud, le bâtiment d’enseigne- l’eau, la “belle eau”. d’eau planté d’arbres, en limite est, le SHON
6 046 m2
ment se présente sous deux registres. Un De l’autre côté de la cour, le bâtiment qui terrain de sport en limite ouest, refer-
mur rideau s’ouvre sur les classes stan- abrite la cantine et la cuisine, la salle de ment la cour. Fin de la visite. ❚ Coût:
dard qui occupent les deux niveaux sport et les vestiaires, présente trois TEXTE : CLOTILDE FOUSSARD 10,7 M€ HT
supérieurs, les menuiseries métalliques registres horizontaux. Au rez-de-chaus- PHOTOS : GUILLAUME MAUCUIT-LECOMTE

14 CONSTRUCTION MODERNE /N°118


solutions
B É T O N

Gymnases: ➜ Jury (57)


Un gymnase en plein champ pour une

enjeu politique, communauté de communes rurales. p. 17

enjeu architectural
●●● LA CONSTRUCTION D ’ UN GYMNASE SOULÈVE UN CERTAIN NOMBRE

DE QUESTIONS . D’ ORDRE POLITIQUE : N ’ EST- IL PAS UNE PREUVE DE ➜ Provins (77)


Un bâtiment fortement ancré
L’ ACTION SOCIALE DES POUVOIRS PUBLICS ? D’ORDRE URBAIN : OÙ ET dans son cadre résidentiel. p. 19

COMMENT S ’ INTÈGRE - T- IL À LA VILLE ? D’ORDRE ESTHÉTIQUE : CES ÉDIFICES

NE SONT- ILS PAS DES MORCEAUX DE VILLE QU ’ IL FAUT SOIGNER ? LOIN

DE L’ INDIFFÉRENCE AVEC LAQUELLE IL FUT LONGTEMPS TRAITÉ , LE GYMNASE

EST DEVENU UN BÂTIMENT AUQUEL LES ARCHITECTES , MALGRÉ LES


➜ Bron (69)
Le parti pris de l’audace. p. 20

CONTRAINTES TECHNIQUES ET RÉGLEMENTAIRES , PEUVENT DONNER UNE

MULTITUDE DE FORMES . F RANÇOIS NOËL À J URY ET PROVINS , RAPHAËL

PISTILLI À BRON , ET NICOLAS CRÉGUT ET LAURENT DUPORT À NÎMES ,

ONT RÉALISÉ , CHACUN DANS LEUR STYLE , DE CES SALLES DE SPORT


➜ Nîmes (30)
Un élément de cohésion, borne d’entrée
EMBLÉMATIQUES D ’ UNE NOUVELLE GÉNÉRATION DE BÂTIMENTS PUBLICS . dans la ville. p. 22

CONSTRUCTION MODERNE /N°118 15


solutions béton

➜ Un nouveau souffle
d’où ces propositions architecturales diversifiées qui
proposent d’en finir avec le modèle métallique où ils
sont confinés depuis les années 70. Évidemment, la

pour les gymnases contrainte principale reste celle des dimensions régle-
mentaires en surface et en hauteur, pour les salles de
sports collectifs et pour les arts martiaux (qui sont les
principaux éléments de programme des gymnases), et
UNE GÉNÉRATION DE GYMNASES sont, pour les collectivités locales (municipalités, com- la nécessité de concevoir de très grands espaces libres.
munautés de communes, etc.), le sceau, et presque une Qu’à cela ne tienne, certains maîtres d’œuvre décident
MODERNES SE FAIT JOUR QUI VIENT
preuve tangible de leur action sociale. de jouer avec ces impératifs et les considèrent comme
RÉPONDRE AUX ATTENTES NOUVELLES Depuis une vingtaine d’années, le sport est devenu, aux un défi, une invitation à faire naître une relation forte
DES MAÎTRES D’OUVRAGE. CES ATTENTES ? yeux des autorités locales, un moyen de résoudre les entre la fonction et la forme.
DE LA PÉRENNITÉ, DE LA SOLIDITÉ, ET questions sociales ou tout au moins de pallier les diffi-
cultés. Tourné en premier lieu vers les jeunes, il apparaît
L’ILLUSTRATION MANIFESTE – TANGIBLE – ● L’équipement fonctionnel
comme un début de solution à la violence des cités, un
DE LEUR VOLONTÉ D’ACTION SOCIALE. devient élément d’architecture
moyen de canaliser les énergies et de générer une cer-
taine solidarité, puisque le sport fonctionne avant tout, Les autres éléments de programme, tels que les gradins

D ans la Grèce antique, le gymnase


occupait une place très importante
en France, sur le mode associatif. Et les associations, qui
fournissent un travail considérable auprès des popula-
ou les tribunes, les vestiaires, les halls d’accueil ou les
club-houses, sont autant de prétextes à enrichir un plan,
dans la vie de la cité, jusqu’à constituer, à tions, qu’elles soient urbaines ou rurales, sont deman- une volumétrie, à “faire de l’architecture”. Les proposi-
l’époque hellénistique, la principale caracté- deuses d’équipements performants. Les collectivités, tions architecturales se diversifient, dans l’esthétique,
ristique de la civilisation grecque. Quelque quant à elles, prennent en main la partie esthétique. mais aussi dans la conception structurelle et dans l’utili-
deux mille ans plus tard, le gymnase occupe sation des matériaux. Aujourd’hui, des maîtres d’ou-
toujours une place importante dans la ville, ● Place à une nouvelle génération
vrage sont prêts à sacrifier la part économique d’une
sinon au niveau architectural, au moins comme lieu de construction en métal, par exemple, pour une construc-
de gymnases
rencontre et de vie. Et même si le bâtiment n’est plus tion en béton, plus chère, mais qui affirme une incontes-
l’emblème de notre civilisation, il constitue aujourd’hui Geste architectural fort, choisi comme le reflet d’une table pérennité, une solidité correspondant peut-être à
– aussi bien dans son fonctionnement que dans sa volonté municipale ? Signal urbain ? Socle d’une nou- une certaine image du pouvoir. ❚
forme, son image et sa construction – un enjeu poli- velle identification pour un quartier? Une génération de
tique important. Plus que les établissements scolaires gymnases modernes commence à émerger. Les archi-
ou les équipements publics “de prestige”, les gymnases tectes se penchent sur ces équipements avec intérêt, >>> 1 Le gymnase de Bron (69) et sa
façade futuriste, recouverte d’une peinture gris
métallisé. 2 Le gymnase du Coudray-
Monceaux (91), réalisé par François Noël.

1 2

16 CONSTRUCTION MODERNE /N°118


solutions béton

GYMNASES DE PROVINS (77) ET DE JURY (57)

➜ Un architecte, deux réponses

SON ÉCRITURE ARCHITECTURALE À Jury, il s’agissait presque de donner un sens au pay- >>> 1 Vue de la façade ouest du
MODERNE A DÉCIDÉ DEUX MAÎTRES sage; le traitement des accès était donc très important:
pourquoi une orientation plutôt qu’une autre sur ce ter- complexe sportif de Jury (57). L’accès est mis
D’OUVRAGE À FAIRE APPEL À FRANÇOIS
rain vierge? La façade ouest, que l’on aperçoit depuis la en scène comme une promenade architecturale.
NOËL POUR LEURS GYMNASES. route, est traitée en couleur; un plaquage de bois baké-
L’ARCHITECTE AVAIT “CARTE BLANCHE” lisé jaune vif agit comme un signal. L’aspect lisse et
POUR CONCEVOIR DES ÉDIFICES PÉRENNES, satiné du bois contraste avec les panneaux préfabriqués tue un élément de promenade architecturale vers l’en-
CONFORTABLES, BIEN NÉS.
de béton brut, matériau plus terne et plus massif. Un trée du bâtiment. Ici, côté nord, la composition est com-
bandeau de polycarbonate translucide couronne la plexe. Les volumes du club house, du hall d’entrée légè-
paroi aveugle qui accentue le côté monumental du bâti- rement surélevé, des bureaux qui forment une bande

L es deux gymnases de François Noël se


présentent chacun dans un contexte
ment. Cette façade correspond à l’intérieur à l’un des
murs de la grande salle de 22 x 44 m, son échelle est
horizontale, se confrontent, par leur taille, par leur forme
plus ou moins massive, et par leur texture brillante ou
très différent. Le premier, Jury, est situé en donc à la mesure de sa fonction d’un côté, et de l’autre mate. Comme dans la démarche cubiste, les volumes
pleine campagne et entouré de champs, à la mesure du paysage environnant et de la perception s’appréhendent simultanément vus de face, de profil et
dans un site où tous les usagers (scolaires que l’on en a de loin. en contre-plongée.
et particuliers), venus de différentes com- Pour le gymnase de Provins, cette fonction de repère
munes alentour, peuvent se rendre facile- ● À Jury, une façade très étudiée
dans l’environnement est traitée d’une manière assez
ment. Le maître d’ouvrage – la communauté de com- différente même si, comme à Jury, l’architecte a su
munes du Val-Saint-Pierre –, en effet, souhaitait ne pas La façade d’entrée a également fait l’objet d’un traite- ménager une approche progressive. Le bâtiment, situé
privilégier un bourg par rapport à un autre en implan- ment soigné. Une allée mène à un petit portique, qui en haut d’une colline, est fortement ancré dans son
tant le complexe dans l’un d’eux. Le second, Provins, se mène lui-même à un portique monumental, d’une hau- cadre. De par sa compacité et l’agencement de ses
situe dans un quartier éloigné de la ville ancienne, sur teur équivalente à celle de la salle omnisports, mais qui ouvertures, il est facilement identifiable en tant qu’équi-
une hauteur, à proximité d’un groupe d’immeubles rési- contraste avec les volumes plus réduits et plus bas du pement public. Une rampe d’accès est marquée par un
dentiels, face à un collège nouvellement construit. Tous hall et des locaux administratifs. Un voile de béton blanc muret de béton blanc qui glisse le long du bâtiment. Un
deux, pourtant, sont des signaux dans leur environne- étroit et vertical se retourne pour former un auvent sou- acrotère en panneaux préfabriqués de béton blanc crée
ment, car l’architecte, pour “débanaliser” la fonction tenu à l’un de ses angles par deux piliers noirs. Cet édi- un débord de toiture, et se retourne en équerre au sud.
des bâtiments, a “théâtralisé” leurs accès. cule forme le lien entre l’extérieur et l’intérieur, et consti- Un ruban vitré assez mince pris entre deux épaisseurs

CONSTRUCTION MODERNE /N°118 17


solutions béton

2 4

de béton court le long de la façade, puis s’élargit pour série de piliers métalliques supportent en portique des
ménager une large ouverture sur la grande salle. Ce poutres métalliques, qui reposent à l’est sur un mur de
bandeau transparent constitue une sorte de trait béton. Côté piliers, le mur est constitué d’un voile de
d’union entre le quartier environnant et l’intérieur du béton habillé de bois à l’extérieur, sur lequel repose un
gymnase. De ce côté, le soubassement du bâtiment bandeau de polycarbonate diffusant une lumière en hau-
s’étire vers le sud, alors que la partie toiture s’étire vers teur non agressive pour les joueurs. La couverture est en
le nord, en créant là encore un glissement qui contribue bacs acier. D’autres baies sont découpées à la façon d’un
à accentuer l’aspect horizontal de l’ensemble. La zone tableau de Mondrian, cernées de menuiseries noires; le
du hall d’entrée est traitée en béton orangé teinté dans relief des pans d’isolation est valorisé par de la couleur, le
la masse, dans un volume beaucoup plus restreint qui décollement des voiles par rapport au plan génère des
casse l’effet de masse de la façade. La finesse des voiles sources de lumière verticale: autant d’éléments qui don-
et des dalles, l’utilisation du verre, fragmentent et allè- nent à ces locaux une touche architecturale,une griffe.
gent le bâtiment. Le hall d’entrée fut aussi un prétexte pour l’architecte à
rendre une atmosphère, avec un sol en pierre blanche
(en prolongement de l’allée extérieure) et une façade
● Deux programmes bien distincts
entièrement vitrée, dont les découpes géométriques
Si les deux projets de Jury et de Provins comportent des répondent à la volumétrie. Une colonne de marbre noir
points communs dans l’approche – le traitement géo- contraste avec la transparence du verre, suggère un
métrique des façades et l’emploi du béton brut ou de ancrage et constitue un lien entre les deux niveaux du
panneaux préfabriqués –, leurs programmes, et du coup hall. Une mezzanine permet d’accéder aux gradins de la
3 leur importance, diffèrent. Jury est un véritable com- grande salle. Là, un garde-corps en béton peint en vert
plexe sportif, qui comprend une salle omnisports, un vif s’oppose à une rambarde en métal et verre, des
>>> 2 et 3 Le hall d’entrée dojo, une salle de tennis, une salle de danse, un club- découpes géométriques dans les maçonneries créent
de Jury (57) présente une façade vitrée dont house, des bureaux, des vestiaires et des sanitaires. des points de vue et des sources de lumière naturelle, la
L’ensemble est compact, même si de l’extérieur le bâti- couleur est omniprésente; François Noël “fait de l’archi-
les découpes géométriques rappellent la
ment semble assez fractionné. Les quatre salles de sport tecture avec tout”.
peinture de Mondrian. En face, une mezzanine principales sont réparties autour d’une “colonne verté- Les autres locaux sont construits en structure béton,
permet d’accéder aux gradins de la grande salle. brale” formée par une série de sanitaires et une circula- ouverts par de grandes baies donnant sur la campagne,
tion centrale ; les bureaux se retournent au nord. La à l’exception de la salle de tennis qui est dotée de ban-
4 En façade arrière, les locaux s’ouvrent structure de la grande salle (comme celle de la salle de deaux vitrés situés en hauteur, là encore pour éviter
largement sur la campagne. tennis) est une structure mixte: d’un côté, à l’ouest, une l’éblouissement des joueurs. Le bâtiment de 3 580 m2

18 CONSTRUCTION MODERNE /N°118


solutions béton

>>> 5 À Provins, un cheminement


d’accès sous forme de rampe. 6 La partie
haute semble avoir glissé sur son support
de béton blanc. 7 Le hall d’entrée, jeu de

5 volumes et d’éléments architecturaux.

semble sculpté, les volumes dévolus aux différentes teur du hall, un jeu sur les niveaux de plafond, les
activités sont traités en séquences géométriques, elles- découpes des baies vitrées et les failles dans le béton
mêmes très dessinées. Des pans de mur de béton sont dessinent l’espace en rappelant, comme à Jury, un
prolongés en écran, et des porches, des auvents, sont tableau de Mondrian. Le passage vers le couloir menant
ainsi créés qui fragmentent les façades. aux vestiaires forme un arrondi qui adoucit l’aspect
géométrique et épuré de l’ensemble.
À l’extérieur, les façades sont différenciées, et des élé-
● À Provins, un bâtiment compact
ments en retrait ou en avancée décomposent le bâti-
À Provins, le programme étant plus simple et plus réduit ment, assez dense au premier regard. Côté sud, la paroi
– une salle omnisports, des vestiaires et des sanitaires, couverte d’un revêtement en polycarbonate jaune pâle,
un bureau, un local infirmerie, situés en partie nord, et qui se retourne en toiture pour former un acrotère, cor-
des locaux de rangement en partie sud –, le bâtiment respond au mur de la grande salle, juste percé d’une
7
de 1 450 m2 semble plus compact, bâti d’un seul bloc. baie prise dans l’épaisseur de la maçonnerie. Cette par-
La structure de la grande salle, là encore, est mixte, eu tie du bâtiment semble avoir glissé sur son socle blanc infirmerie, et un petit escalier menant à la terrasse qui
égard à l’obligation de travailler en structure légère et gris. Celui-ci forme une avancée qui contient, à l’inté- prolonge la tribune, bloquent la perspective, en décom-
pour cause de grandes portées. L’ossature est métal- rieur, le local de rangement. Une mince bande de vitres posant le volume principal. Un mur de soutènement le
lique avec un système de piliers et de poutres en por- crée une faille entre la partie haute et la partie basse, long du dénivelé du terrain referme une petite cour. Le
tique, et les murs sont en béton coulé en place.Au nord, soulignée par une dalle en avancée qui forme un auvent. bâtiment, avec sa volumétrie simple mais composée,
une tribune prend appui, en partie, sur les locaux des Les jeux d’ombre et de lumière engendrés par les pleins occupe le paysage.
vestiaires. Elle ouvre d’un côté sur la salle et de l’autre, à et les vides accentuent la composition orthonormée. Les À Provins comme à Jury, les deux maîtres d’ouvrage –
travers une grande baie, sur la ville ancienne. Le contact éléments en retrait sont traités en béton brut lasuré gris. municipalité et communauté de communes – ont
est ainsi conservé entre les quartiers modernes et la retenu François Noël après consultation sur références.
vieille ville au loin. Comme à Jury, le hall d’entrée, qui Son écriture architecturale moderne, dont l’emploi du
● Volumétrie simple mais composée
fait la transition entre les espaces publics et les espaces béton et du verre et la géométrisation des espaces et
sportifs, est travaillé avec soin. Les matériaux (béton Les deux autres façades – nord et est – sont assez peu des plans sont des composantes majeures, a été le fac-
peint en blanc, pierre blonde, métal noir) et les couleurs visibles. L’une est prise dans le dénivelé du terrain, teur essentiel de leur choix. C’est donc en connaissance
vives des murs répondent à une volumétrie étudiée l’autre domine le collège en contrebas. À l’est, un grand de cause qu’ils ont donné “carte blanche” à l’architecte
pour donner une impression d’amplitude. L’espace voile blanc, cerné de baies vitrées aux menuiseries pour concevoir des édifices pérennes, confortables, mar-
comprend deux niveaux, un escalier habillé de pierre métalliques noires, se soulève et forme un débord de quants dans le paysage, bien conçus, qui permettent de
blonde (comme le sol) mène à une mezzanine. Un pilier toiture qui se replie d’un côté et forme un porte-à-faux recevoir un public scolaire et individuel nombreux. ❚
central rond en béton révèle et marque la grande hau- de l’autre ; la toiture est comme suspendue. Le local PHOTOS : 1, 2, 3, 4 O. H. DANCY – 5, 6, 7 HERVÉ ABBADIE

CONSTRUCTION MODERNE /N°118 19


solutions béton

GYMNASE DE BRON (69)


➜ Architecture volontaire

1 2

AUDACIEUX. C’EST LE MOT QUI VIENT L’idée était d’offrir aux habitants et aux associations forment des écailles, et les ouvertures cintrées sont pré-
À L’ESPRIT LORSQUE L’ON ÉVOQUE locales un équipement sportif marquant, qui symbolise textes à des jeux graphiques avec les fenêtres et les
la restructuration du quartier Bron-Parilly, et qui portes, dont les dimensions, les formes et les couleurs,
CE GYMNASE CONSTRUIT DANS
devienne un élément important dans la vie du quartier. sont en rapport avec la volumétrie générale.
LA BANLIEUE LYONNAISE. LES MURS L’implantation face à un collège récemment construit a Le bâtiment est situé au cœur d’un quartier difficile, il
“GAUCHES” NE SONT PAS L’ÉLÉMENT donné lieu à une recherche d’intégration du bâtiment était donc recommandé dans le règlement du concours
LE MOINS MARQUANT DU TRAVAIL au sein de son espace extérieur ; un mail piéton com- d’éviter les points faibles de l’enveloppe, autrement dit
mun aux deux équipements, un espace planté et un de placer les baies et les fenêtres à une hauteur de plus
DE L’ARCHITECTE RAPHAËL PISTILLI.
parking ont été créés et aménagés. de 3,50 m du sol. Au final, seules quelques ouvertures
destinées à éclairer les locaux sont visibles de l’exté-

A regarder le gymnase de Bron, près de


Lyon, on se doute qu’il est le résultat
● Des éléments de programme
rieur. À certains endroits, elles sont traitées comme des
éléments de raccordement entre deux volumes, à
soigneusement reliés
d’une volonté municipale affirmée. Son d’autres comme des ouies creusées dans la façade, à
esthétique particulière, presque “baroque”, Le gymnase comprend au rez-de-chaussée une grande d’autres encore comme des hublots de machines à laver
en est la preuve la plus tangible. Rares, en effet, salle destinée à l’exercice des sports collectifs, dont la (importés spécialement d’Italie), pour éclairer des
sont les commanditaires qui osent offrir à leurs adminis- surface correspond aux exigences réglementaires locaux techniques ou des sanitaires.
trés une construction aussi audacieuse. Pour autant, la (22x44 mètres); un hall d’accueil; des vestiaires et des
proposition de l’architecte Raphaël Pistilli n’était ni plus sanitaires ; des locaux de rangement ; un local pour le
● Graphiques et résistants,
ni moins onéreuse que celle de ses confrères inscrits au gardien et un bloc infirmerie ; et au premier niveau un
les matériaux industriels
concours, même si le travail de conception, d’étude du dojo, des vestiaires et des sanitaires. Chaque élément
moindre détail, s’est montré considérable. Rien n’est du programme est relié aux autres par des jeux de Raphaël Pistilli se plaît à employer des objets ou des
droit.Tout était donc à inventer, à calculer, à fabriquer… transparence, des perspectives intérieures. matériaux industriels, en les détournant, pour leurs qua-
Le gymnase forme une sorte de trait d’union entre la Le hall d’accueil, avec sa double hauteur, reste le point lités graphiques, mais aussi pour leur résistance. En par-
ville ancienne de Bron (qui compte environ névralgique de l’établissement: il est à la fois un espace tie basse, par exemple, le pourtour du bâtiment est
400000habitants), et un quartier plus moderne consti- de circulation pour le public et les sportifs, et un lieu de revêtu de stries de caoutchouc noir collé, résistant aux
tué de barres des années 50. Par ses mouvements en jonction entre les différents volumes. Une baie vitrée tags et aux agressions à la lame; il s’agit à l’origine d’un
biais, il fait également le lien entre les immeubles de striée de brise-soleil inonde de lumière naturelle ce matériau utilisé pour protéger les fonds de camions. Ce
15 étages d’un côté, et les habitations particulières de beau volume, ouvert d’un côté sur la grande salle, et à procédé industriel a aussi été choisi par l’architecte pour
l’autre : 15 mètres de hauteur face aux immeubles et l’étage sur une mezzanine donnant directement dans la son aspect esthétique et graphique, qui accentue
9mètres côté pavillons. salle de dojo. Les murs courbes du garde-corps en béton encore l’aspect très “design” du bâtiment.

20 CONSTRUCTION MODERNE /N°118


solutions béton

>>> 1 À Bron, le gymnase semble


se déplier, se déployer. 2 Dans la salle
omnisports, les formes sont également très
dessinées. 3 La mezzanine donnant
sur le hall d’entrée et le dojo à l’étage présente
3
une volumétrie “baroque”. 4 Les éléments
La philosophie du projet, et même de l’agence Pistilli en partie nord – contient les vestiaires et les sanitaires architecturaux en distorsion (escalier, vitrages,
tout entière, est de lier au maximum la technique à l’es- du dojo, soit environ 40 m2 supplémentaires, ce qui a
garde-corps) se répondent et confèrent un
thétique. Les apports de lumière naturelle ont donc été favorisé la création de places de parking et d’espaces
cherchés ailleurs qu‘en façade, avec la création de huit verts supplémentaires. L’inclinaison des murs, leur certain dynamisme aux espaces intérieurs.
puits de lumière zénithaux orientés au nord, dans la déformation, n’est absolument pas gratuite (au
grande salle, pris dans des ondulations du plafond. Là contraire, elle est même assez coûteuse !) : elle sert Deux parties du bâtiment n’ont pas été réalisées en
encore, l’orientation de chaque hublot a été calculée, également à caser des éléments techniques – les béton mais en résine, pour des raisons de masse et
pour des raisons esthétiques, et pour le confort visuel gaines, les tuyauteries, les câblages. d’économie: les deux éléments fléchis des façades nord
des sportifs. Ce choix permet également d’éviter les sur- et sud. Soit, au nord, l’avancée spectaculaire en courbe
chauffes, ce qui était une des contraintes du programme à 45° qui abrite les vestiaires du dojo; au sud, la partie
● Complexe mise en œuvre
du concours (le choix du béton comme matériau de inclinée plus modestement et qui comprend trois ouies
construction du gymnase était ainsi implicite dans les Ce type d’édifice n’était réalisable qu’en béton – maté- éclairant indirectement l’intérieur de la grande salle. Là
attentes du maître d’ouvrage). riau malléable s’il en est – mais, on s’en doute, la encore, la mise en œuvre a exigé l’intervention de com-
À l’extérieur, le bâtiment de 1 860 m2 se présente un construction ne fut pas de tout repos. Les entreprises de pagnons du tour de France.
peu comme une sculpture monumentale, évasée vers le maçonnerie ne se sont pas bousculées au portillon pour L’accès au gymnase se fait par la façade ouest, par une
ciel, caractérisée par ses formes dynamiques. Il fallait répondre à l’appel d’offres, et c’est finalement une faille vitrée donnant sur le hall; c’est la seule ouverture
prendre en compte les risques de vandalisme, et donc entreprise de compagnons du tour de France qui a sur l’extérieur, protégée d’ailleurs par des brise-soleil
proposer un bâtiment résistant, pérenne, ne pas créer obtenu le marché. Un savoir-faire particulier était en métalliques. Cette impression d’extrême protection est
de recoin; en un mot, concevoir une construction suffi- effet exigé pour concevoir les coffrages tous uniques et très nettement contrebalancée par les formes courbes,
samment compacte mais avec une image positive. “Le opérer un coulage en continu, ce que l’on peut considé- les pliures, les évasements qui marquent toutes les
plus simple aurait été de construire un ensemble très rer aujourd’hui comme un “coulage à l’ancienne”. La parois. Au nord, des décrochements forment des failles
ramassé, explique l’architecte. Dans ce cas, on se serait totalité du béton, soit environ 90 % des matériaux de vitrées ; à l’est, des écailles dessinent des lignes
retrouvé avec un blockhaus. On a donc préféré jouer gros œuvre employés ici, a été coulé en place. Le bâti- d’ombres et adoucissent la physionomie aveugle du
sur la volumétrie. J’ai insisté lourdement sur la néces- ment a dû être étayé pendant six mois, chaque partie mur juste percé de hublots et de petites alvéoles trian-
sité d’avoir des murs obliques. Ainsi, mieux que des dépendant de sa voisine pour “tenir debout”, jusqu’à la gulaires en crête ; au sud, des éléments courbes et la
trous dans les façades, ce sont les volumes qui créent pose de l’ensemble de la structure. Inutile d’évoquer la paroi en aplomb impriment à cette façade, dont on a le
l’intérêt architectural du bâtiment en s’élevant et en complexité des calculs de structure… Fort de la forma- plus large point de vue, un aspect futuriste. Une image
s’inclinant.” Les murs gauches (non droits) permettaient tion à l’École nationale des travaux publics qu’il a suivie futuriste encore accentuée par la peinture gris métallisé
en outre une moindre emprise au sol pour une surface après son diplôme d’architecte, Raphaël Pistilli y a acti- qui recouvre le bâtiment. ❚
plus importante; l’espace ainsi gagné – principalement vement participé. PHOTOS : FRENCHIE CRISTOGATIN

CONSTRUCTION MODERNE /N°118 21


solutions béton

GYMNASE DU TRIANGLE DU GRAND CAMARGUE (30)


➜ Intégration exemplaire

COMPARÉE À CELLE DU COMPLEXE manière à valoriser les espaces verts, et dans l’axe de la
DE BRON, LA VOLUMÉTRIE DE CE GYMNASE route, pour valoriser la façade principale. L’édifice est
construit sur un socle de 80cm de hauteur en sous-face
NÎMOIS POURRAIT ÊTRE QUALIFIÉE
de plancher pour éviter les inondations, souligné d’une
DE “SAGE”. IL EST D’AILLEURS RECONNU teinte grise. L’accès est sinon théâtralisé, au moins mar-
COMME UN ÉLÉMENT DE COHÉSION qué par l’idée d’une progression architecturale. Quatre
POUR SON QUARTIER. marches de béton brut composent une sorte d’estrade
au petit auvent soutenu par un pilier rond, en continuité
de la toiture de la partie basse. Une rampe opère un >>> 1 Le gymnase de Nîmes est conçu
S igné Nicolas Crégut et Laurent
Duport, le gymnase du Triangle du
glissement le long de cette paroi.
comme une borne d’entrée de ville. 2 Pureté

Grand Camargue, à Nîmes, présente une ● Panneaux préfabriqués


des lignes et simplicité des volumes font écho
volumétrie rigoureusement orthogonale. à la blancheur. 3 La grande salle omnisports
Une double contrainte explique ce choix pour un bâti- La façade ouest présente en arrière-plan le grand
est éclairée par une baie dotée de brise-soleil.
ment qui abrite une salle omnisports aux dimensions volume de la salle omnisports, revêtu de panneaux pré-
réglementaires (22 x 44 m), des vestiaires, une loge de fabriqués de béton blanc, juste barré d’un bandeau de
gardien, une salle de ping-pong de 142 m2 et des baies habillées de brise-soleil couleur bronze. En avan- À l’intérieur, la structure de la grande salle est consti-
locaux de rangement. D’une part, il s’agissait de faire cée, la zone des vestiaires forme un bloc plus plat en tuée de poutres en béton brut faisant fermes, articulées
suite à une famille d’équipements voisins de qualité: le béton banché enduit blanc cassé, barré lui aussi d’un sur des poteaux de béton. Tous ces éléments, préfabri-
stade des Costières et la salle omnisports du Parnasse. ruban de fenêtres strié des lames du brise-soleil. La sim- qués, ont permis un gain de temps considérable. La toi-
La pérennité s’imposait donc, et avec elle le béton. plicité de la composition confine à l’abstraction. ture est en bacs acier. L’ossature de la salle de ping-
D’autre part, le terrain est complètement décentré. Le Côté sud, le pignon offre au regard sa paroi au dessin pong est constituée de parois de béton et d’une
bâtiment était une occasion de requalifier le quartier. très pur, très simple : six panneaux de béton préfabri- charpente métallique reposant sur des consoles prises
Sa blancheur, sa volumétrie simple, sa proximité du qués parfaitement ordonnés ; deux panneaux de dans le mur, la couverture en bacs acier ne nécessitant
centre-ville, confèrent au gymnase une fonction de 11 x 3,5 m posés en acrotère ; quatre panneaux de pas l’implantation de poteaux pour la soutenir. Mais ce
borne d’entrée dans la ville. Son implantation et son 6 x 3,5 m entourant la baie vitrée elle aussi habillée de sont surtout ses qualités esthétiques qui ont fait le suc-
orientation furent donc envisagées comme des élé- brise-soleil. Le contraste du blanc cassé et du bronze cès du bâtiment auprès de ses utilisateurs… ❚
ments moteurs de la conception. L’idée: positionner le évoque un tableau abstrait. Seul l’auvent d’entrée TEXTE : CLOTILDE FOUSSARD
gymnase sur l’un des angles du terrain triangulaire, de rompt, par son volume, la solennité. PHOTOS : DR

22 CONSTRUCTION MODERNE /N°118


réalisation VINAY – Maison

Contemporaine
en site protégé
●●● À Vinay, dans l’Isère, l’architecte Pierre Fauroux a conçu une maison contemporaine qu’il sait

finalement “plus discrète, mieux intégrée et plus soucieuse de son environnement que bien des bâtisses

en pseudo style régional”. La volumétrie, la spatialité de la construction, sont définies par le jeu des

lignes et des parois en béton brut. Autant d’éléments architectoniques qui composent l’architecture

de la maison et lui assurent sa permanence. La mise en scène de la lumière naturelle et les vues

cadrées sur le paysage parachèvent cette construction qui se fond avec bonheur dans son contexte.

CONSTRUCTION MODERNE /N°118 23


réalisation VINAY – Maison

2 3

A Vinay, dans l’Isère, c’est


la réalisation d’une mai-
toute forme d’architecture pittoresque
inspirée de néo-régionalisme, il a fait le
son qui fut confiée à l’archi- choix d’une inspiration contemporaine
tecte Pierre Fauroux. Bordé au qui correspond à l’attente de son client
sud par une route à forte circula- et s’inscrit parfaitement dans l’esprit et
tion, la RN 92, le terrain de quelque l’échelle du lieu. “Cette maison s’avère
8 000 m2 longe en limite est le chemin finalement plus discrète, mieux inté-
communal n° 5, sur lequel donne l’accès grée et plus soucieuse de son environ-
principal à la propriété. Au nord coule nement que bien des bâtisses en pseudo
un petit ruisseau qui marque la frontière style régional”, souligne l’architecte,
avec les parcelles voisines.Au sud, le ter- intimement convaincu de la pertinence
rain s’ouvre sur les contreforts qui se de son parti pris.
découpent au loin dans le paysage du
massif du Vercors. Au pied d’une colline, 0 5 10 m
● Prairie en pente douce
vues et orientation sont idéales. L’envi-
ronnement proche est encore peu Issu d’une ancienne propriété agricole, le
urbanisé, seules quelques habitations terrain se présente sous la forme d’une est une généreuse pièce de 30 m2 qui corps principal de l’habitation, est
pavillonnaires assez distantes les unes prairie bordée par des arbres fruitiers en bénéficie d’un accès indépendant. implanté dans une direction (nord-sud)
des autres sont présentes. limites nord et est, et par des arbustes Entrée principale, vestiaire, office, toi- parallèle à la route et au paysage. À
le long du ruisseau. Quelques – très lettes, lingerie, réserves, chaufferie, l’ouest de l’habitation, le second volume
beaux – épicéas et sapins se dressent locaux techniques, complètent le pro- est décalé selon une direction diagonale.
● Un parti pris contemporain
aussi au sud, le long de la RN 92. Le lieu gramme. Aux espaces d’habitation Il abrite la piscine, accessible directement
qui dépasse les interdits
est caractérisé par une pente régulière s’ajoutent encore une piscine couverte depuis la maison par un escalier intérieur.
Les règlements d’urbanisme en vigueur d’environ 5% dans le sens nord-sud. avec un bassin de 12 x 5 m, et une salle
sur le territoire de la commune inter- Installée sur ce vaste terrain ouvert, la de billard de 80 m2 installée en sous-sol.
● À l’abri
disaient les murs de clôture, les toits maison elle-même est spacieuse. L’en- Le projet se caractérise par son extrême
d’une ceinture de béton
plats et les matériaux laissés bruts. En semble séjour-salle à manger-cuisine simplicité conceptuelle et constructive. Il
parfait accord avec un client totalement est un lieu de vie de 100 m2. Chacune se compose de deux volumes rectangu- Un grand mur de clôture en béton cein-
acquis au projet, l’architecte a trans- des trois chambres, d’une superficie de laires et réguliers en béton brut d’un seul ture tout le terrain et protège des nui-
gressé ces interdits fondés à ses yeux sur 25 m2, possède en plus une salle de niveau, installés dans la partie nord du sances visuelles et sonores de la RN 92.
des préjugés formels injustifiés. Rejetant bains intégrée. Le bureau du propriétaire terrain. Le premier, qui correspond au Il se poursuit et donne corps à la façade

24 CONSTRUCTION MODERNE /N°118


4 5

>>> 1 L’architecture contemporaine s’inscrit avec justesse


et discrétion dans son environnement. 2 La volumétrie et la
spatialité de la maison sont définies par les éléments architectoniques gerie, etc.) ainsi que l’escalier qui donne Le salon occupe tout le côté ouest de la
accès à la salle de billard en sous-sol. À maison. C’est un espace très généreuse-
en béton brut, la fine dalle de toiture, le mur de refend, les blocs
l’articulation entre le volume de la mai- ment ouvert sur l’extérieur par ses
des salles de bains. 3 et 4 Entre parois de béton brut et parois son et celui de la piscine, cette “bande grandes baies vitrées toute hauteur. Il
vitrées, l’espace de la piscine s’ouvre au loin sur le Vercors. servante” s’interrompt pour laisser bénéficie de multiples vues sur le parc, le
place à l’entrée. Cette dernière s’ouvre paysage lointain et la piscine. Le salon
5 Les pièces de vie sont orientées au sud pour un meilleur sur le couloir qui traverse la maison dans se prolonge par la salle à manger. La
ensoleillement. sa plus grande longueur et dessert séparation entre ces deux espaces
d’une part tous les locaux de service, et ouverts l’un sur l’autre est marquée par
nord de la maison, qui ne présente de bains et la dalle horizontale de la toi- d’autre part les différentes pièces desti- la cheminée. Les trois chambres vien-
aucun percement, afin de protéger du ture. Ces éléments composent l’archi- nées à la vie familiale, alignées dans la nent ensuite, en enfilade. Suit le bureau
froid les espaces de vie domestique. Au- tecture de la maison et lui donnent sa partie orientée au sud pour bénéficier à du propriétaire des lieux, aménagé à
dessus, une grande dalle horizontale permanence. À l’intérieur de cette enve- la fois du meilleur ensoleillement et de l’extrémité est de la maison. Avec des
rectangulaire en béton vient former la loppe et de l’espace qu’elle fabrique, la la vue privilégiée sur le Vercors. points de vue différents selon leur posi-
toiture. Cette dalle très plate est portée partition des pièces est réalisée grâce à
par un mur de refend transversal en des cloisons en bois recouvertes d’une
béton, des poteaux cylindriques et lasure rouge, qui intègrent canalisations TECHNIQUE
quatre massifs rectangulaires eux aussi et autres rangements.
en béton brut. Ils abritent les salles de Béton de structure et de parement
bains des chambres pour trois d’entre
● Une fine trame pour Frontière entre partie vie commune et partie vie privée, le mur de
eux, et l’espace de travail de la cuisine
l’ensemble du projet refend transversal en béton accueille les cheminées du salon et de la
pour celui qui est le plus proche du
mur de refend transversal. Ce dernier En plan, la maison se présente sous la salle de billard. Il a aussi un rôle de noyau stabilisateur, la construc-
marque en quelque sorte la frontière forme d’un rectangle de 37,125 m par tion étant en zone sismique. Toutes les parois verticales visibles sont
entre la partie consacrée à la vie com- 9,375 m, dont l’axe principal est orienté en béton brut à l’intérieur et à l’extérieur. La ponctuation des trous
mune – le séjour – et la partie privée – est-ouest. Ces dimensions très précises d’écarteurs de banches anime les voiles de la piscine. À l’inverse, les
les chambres, le bureau. résultent de la trame de 0,125 m qui
parois en béton de l’habitation sont entièrement lisses. Pour éviter la
La volumétrie et la spatialité de la mai- régit l’ensemble du projet. L’essentiel de
son sont définies par les éléments archi- la partie nord du rectangle est occupé présence d’une isolation rapportée qui ferait disparaître le béton brut
tectoniques en béton brut tels que le par une “bande servante” qui accueille à l’intérieur, des particules d’argile expansée entrent dans la compo-
mur de refend, les parois des blocs salles tous les locaux de service (dressing, lin- sition du béton afin de répondre aux exigences thermiques.

CONSTRUCTION MODERNE /N°118 25


réalisation VINAY – Maison

6 7

>>> 6 Dans la salle de billard, la lumière zénithale qui


glisse le long des parois en béton brut donne au lieu une ambiance
tion, les chambres et le bureau profitent invite au jeu, on s’imagine tout aussi unique. 7 Le refend transversal a un rôle de noyau stabilisateur.
de très belles vues sur l’environnement bien écoutant de la musique dans des
Il marque la frontière entre vie commune et vie privée.
proche et lointain. L’avancée prononcée conditions exceptionnelles, ou goûtant
de la dalle de toiture fait office de brise- tout simplement le silence, absorbé par
soleil et protège toutes ces pièces quelque lecture ou méditation.
ouvertes au sud d’un rayonnement Le volume de la piscine est un rectangle boîte de la piscine se décale en biais. La
direct trop intense. parfait en béton. Seules les façades sud porte d’entrée prend place dans le creux
et ouest sont totalement vitrées, pour ainsi fabriqué. Au sud, l’écriture de la
profiter pleinement, là encore, du soleil façade compose le jeu de l’horizontale
● Salle de billard… ou de
et du paysage. La façade est, seulement de la toiture et de la verticale du refend
méditation
percée d’une longue et fine fente vitrée, transversal avec l’alternance des plans
La salle de billard est aménagée sous le permet des vues discrètes entre le séjour opaques en béton et des parois vitrées.
salon. Ce lieu spécifique est éclairé zéni- et la piscine. En hiver, on y goûte le plaisir Le rythme des menuiseries en acier
thalement par des verrières linéaires du bain et de la douce atmosphère inoxydable souligne et accompagne le
qui prennent la lumière au niveau du sol qu’offre la piscine, tout en profitant du dessin géométrique, rigoureux et épuré.
naturel. Les vues sur l’extérieur et le spectacle du paysage enneigé. Tout, ici, est dessiné de façon précise sur Maître d’ouvrage:
paysage, si présentes dans toute la la trame fondatrice de 0,125 m choisie Dominique Liénart
demeure, sont ici absentes. Seuls les par l’architecte. Béton, acier inoxydable
● Une géométrie pure Maître d’œuvre :
poteaux cylindriques de structure qui et verre se répondent parfaitement et Pierre Fauroux
en pleine nature
rythment la pièce nous rappellent l’exis- installent harmonieusement la maison Ingénieur BA :
tence de la maison au-dessus. L’espace La maison dessinée par Pierre Fauroux dans son écrin naturel. Les parois verti- Roger Luccioni
est concentré sur lui-même et sur les ins- présente deux façades principales. Côté cales et horizontales en béton se déta- Entreprise gros œuvre :
tants de vie qui s’y déroulent; la lumière nord, une fois le portail franchi, ce sont chent nettement les unes des autres, et Royan Travaux
blanche qui tombe le long des parois les deux volumes en béton brut qui s’ex- ce, dans tout le projet. Les angles ainsi
SHON :
verticales en béton brut donne à l’espace priment, très fermés l’un et l’autre. L’ha- ouverts sont autant d’occasions d’amé- 602 m2 (piscine comprise)
une dimension plastique abstraite. Par bitation se signale par le débord de la nager des arrivées de lumière ou des
son ambiance unique, ce lieu est un dalle de toiture qui guide l’œil vers l’en- vues inattendues, celles-là mêmes qui Coût:
havre de paix propice à la détente, à la trée. La dalle est perforée d’ouvertures donnent aux espaces leur fluidité. ❚ 708 000 € HT
réflexion, où l’on peut se détacher des régulières qui laissent passer la lumière TEXTE : NORBERT LAURENT
contingences quotidiennes, comme isolé pour éclairer naturellement les locaux de PHOTOS : OUVERTURE, 2 ET 7 – SERGE DEMAILLY ;
du monde. Et si la présence du billard service. Au fond de la perspective, la 5 ET 6 – ÉRICK SAILLET ; 1, 3 ET 4 – DR

26 CONSTRUCTION MODERNE /N°118


réalisation VILLERS-COTTERÊTS – Médiathèque

Prémices
d’une aventure architecturale
●●● À partir d’une solution simple et éprouvée, celle de la structure poteaux-poutres et du

remplissage en blocs de béton, les architectes Lazo et Mure ont fait de la médiathèque de Villers-

Cotterêts un ouvrage à la fois serein et complexe, où les différents volumes s’organisent

selon un plan concentrique et incontestablement dynamique. Un beau succès pour les deux

concepteurs, qui réalisaient là leur premier équipement collectif. Car une indéniable légèreté se

dégage de ce bâtiment qui semble décollé du sol, et toujours inspiré d’un même idéal de fluidité.

CONSTRUCTION MODERNE /N°118 27


réalisation VILLERS-COTTERÊTS – Médiathèque

C ’est deux ans après avoir


obtenu leur diplôme que
tion de lieux d’habitat privé en même
temps qu’ils terminaient leurs études.
passation des marchés, le suivi du chan-
tier et de la phase de réalisation demeu-
péen et ayant pour objectif d’assurer la
liaison avec le village tout proche de
Lazo et Mure ont été retenus, Ces quelques réalisations leur permi- rant l’œuvre de leurs associés. Pisseleux. Restait à concevoir une salle
sur références, pour une parti- rent de se présenter à la mairie lors de la de spectacles, un espace de stationne-
cipation à un premier concours consultation pour le futur équipement
● Une certaine
ment et une médiathèque.
d’architecture. Cette compétition communal. Comme pour de nombreux
monumentalité
Privilégiant la médiathèque, ils implan-
en vue de la réalisation d’une future jeunes maîtres d’œuvre, c’est grâce à tent cette dernière en vis-à-vis du lycée,
médiathèque municipale était organi- l’association avec une équipe plus expé- Jeunes et pleins d’audace, les deux com- contrairement au schéma joint au pro-
sée par la ville de Villers-Cotterêts. Une rimentée – l’agence Vignaud & Renaud, pères proposent, lors de la consultation, gramme. Forts d’un parti urbain établi
commune de 10 000 habitants environ, en l’occurrence – qu’ils gagnèrent la une réponse originale consistant à… pour structurer le nouveau quartier et
bien connue de Paul-Édouard Mure, confiance des élus et trouvèrent l’oppor- déplacer le lieu d’implantation du futur permettre aux étudiants de bénéficier
l’architecte ayant passé sa jeunesse dans tunité d’accéder à une première com- bâtiment! Un risque qui leur paraît pour d’un outil pédagogique incontournable,
le nord de la France. mande publique. Il n’empêche que, dès le moins osé aujourd’hui, avec le recul et les deux architectes dessinent une fron-
le départ, les deux jeunes architectes l’expérience d’une agence qui tourne, talité derrière laquelle se développe un
entendirent rester maîtres du projet et mais qu’ils ne renient en rien. édifice rayonnant suivant un plan dyna-
● Expériences associées
s’imposèrent comme mandataires. Ils Il s’agissait alors de construire, en limite mique. Bien que de taille modeste
Jusqu’alors, les deux associés s’étaient peuvent ainsi revendiquer la conception de commune, un pôle d’équipements (1500m2), l’ouvrage affirme une monu-
essentiellement consacrés à la concep- de l’ouvrage, depuis l’esquisse jusqu’à la organisé autour du nouveau lycée euro- mentalité née de sa situation et d’une

>>> Bien que de taille modeste,


la médiathèque présente
une évidente monumentalité due
à sa situation en hauteur et à
une certaine complexité formelle.

28 CONSTRUCTION MODERNE /N°118


2 3

>>> 1 En façade, devant un parvis en béton désactivé,


un volume rectiligne abrite l’accueil, le contrôle d’accès et les
certaine complexité formelle. En léger bureaux. 2 Les espaces de travail, contenus dans des volumes
surplomb par rapport au boulevard
identifiables, s’ouvrent, à l’arrière, sur le parc. 3 Au droit
urbain qui borde le parc sur l’arrière, la
construction semble suspendue au- des parois vitrées, les linteaux dessinés en forme de L accusent
dessus du sol. Les différents volumes les effets de décollement des volumes.
sont décollés par des parois vitrées et
dégagés les uns des autres par des
châssis verticaux positionnés à chacune
des intersections entre parois. De fait, les par la bibliothécaire qui favorisait l’im- façade en pierres sèches, jusqu’à l’espace
pleins paraissent flotter dans l’espace et plantation des différents espaces suivant serein de la lecture personnelle. La
confèrent à l’immeuble une légèreté un schéma concentrique. lumière, façonnée par les différentes
manifeste. À cet effet plastique s’ajoute La transparence et la lumière guident les ouvertures, est adoucie sur l’arrière par
la dynamique d’un plan rayonnant struc- usagers depuis l’accès jusque vers les les grands arbres qui composent l’univers
turé par deux rayons de centres diffé- salles de littérature, l’espace enfants, le boisé sur lequel s’ouvrent les espaces.
rents et un système de couvertures lieu des arts et de la musique ou la docu-
monopentes convergeant vers l’intérieur mentation. Contenus chacun dans un
● Au cœur de l’équipement,
de la forme concentrique. volume spécifique et aisément identi-
le forum
fiable, ces quatre lieux majeurs sont
séparés par des édicules plus modestes Pièce centrale, le forum constitue un lieu
● Parallélépidède d’accueil
qui accueillent les programmes complé- de circulation et un espace de déambu-
En façade, une première construction, mentaires : l’heure du conte, l’heure de lation “sociabilisant”. “Il permet de pas-
rectiligne, abrite l’accueil et le contrôle lecture, la salle multifonction… Un audi- ser de la consultation très dynamique de
d’accès ainsi que les bureaux, salles de torium équipé d’un accès individuali- magazines et de brochures d’informa-
service et locaux d’entretien de l’équipe- sable complète l’équipement. tion à des espaces intimes de lecture, de
ment. Une fois franchi ce parallélépipède Inspirés des ouvrages d’Alvar Aalto, les recherche et de travail”, explique Anto-
qui assoit le bâtiment sur l’espace public, espaces s’enchaînent les uns aux autres nio Lazo. Situé légèrement en contrebas
les visiteurs pénètrent dans un vaste hall dans une fluidité continue. Comme l’ex- par rapport à l’entrée, c’est un espace
semi-circulaire à partir duquel s’élabo- priment les concepteurs, “le bâtiment est idéal pour la tenue de débats, de tables
❙❙❙ Plan du rez-de-chaussée rent les différents lieux de l’équipement. conçu suivant un principe d’intériorisa- rondes, de rencontres, etc. Il est baigné
Les différents espaces s’organisent autour L’organisation intérieure résulte d’une tion”, depuis l’espace public tumultueux, par une lumière zénithale et peut être
d’un schéma concentrique. interprétation de l’organigramme établi fait de pavage en béton désactivé et de totalement isolé lors de son utilisation en

CONSTRUCTION MODERNE /N°118 29


réalisation VILLERS-COTTERÊTS – Médiathèque

4 5

>>> 4 Pièce centrale de l’équipement, le forum, baigné


de lumière zénithale, est le lieu d’animation, d’exposition et de
dehors des heures d’ouverture de l’équi- Malgré un budget serré, les concepteurs consultation des documents d’information. 5 Légèrement
pement. Autour de ce dernier, une cour- ont trouvé les moyens de réaliser une
en contrebas, les espaces de lecture sont modelés en fonction des
sive se déroule en couronne, rythmée par architecture riche et finement travaillée.
une colonnade de poteaux porteurs en Leur opiniâtreté, l’investissement per- lumières directes et indirectes.
béton armé. Légèrement en surplomb, sonnel conséquent qu’ils ont accordé à
elle est délimitée par une paroi percée de cette première grande réalisation, y sont
panneaux coulissants destinés à recevoir certainement pour beaucoup. Le recours des concepteurs et permettait de soigner
des expositions. De l’autre côté du mur aux produits de l’industrie cimentière y a les effets architecturaux et les détails de
sont disposées les différentes salles. aussi contribué. Conçu à l’origine et pour mise en œuvre. C’est le cas au droit de
partie en structure bois, le bâtiment a chaque paroi vitrée, par exemple, où les
finalement été réalisé en maçonnerie. Le linteaux dessinés en forme de L permet-
● Paroi-jonction
système bois, en effet, s’est révélé trop tent d’accuser les effets de décollement
Située à l’interface entre le forum et les onéreux lors des appels d’offres. Une des volumes et de traiter les fonctions de
salles, cette paroi circulaire constitue approche en béton armé banché et en goutte d’eau. L’homogénéité formelle
l’épine dorsale du bâtiment. Elle est à la éléments préfabriqués a aussi été envi- de la réalisation est donnée par l’enduit
fois un élément de partition de l’espace sagée, mais les nombreuses courbes des de teinte claire qui protège les ouvrages Maître d’ouvrage:
et le support des toitures des différents différentes parois et le refus des concep- des intempéries. ville deVillers-Cotterêts
volumes : d’une part le forum, couvert teurs de voir la géométrie générale du Avec le recul de quelques années qui Maître d’œuvre :
par une terrasse béton, d’autre part les projet trop rationalisée, empêchaient nous sépare de la réalisation (le bâti- agence Lazo & Mure
salles de lecture et d’activité, couvertes cette approche. ment a été livré en 2000), l’ensemble architectes mandataires,
agence Vignaud & Renaud
par des toitures monopentes en zinc. La paraît vieillir convenablement. Et si architectes associés
jonction entre ces deux systèmes volu- aujourd’hui l’agence Lazo & Mure a pris
● Les atouts du bloc béton BET :
métriques s’établit par une poutre cais- une certaine ampleur au travers de la Arcoba
son en béton en forme de T. L’ouvrage, La solution fut finalement trouvée dans mise en œuvre de divers programmes
Entreprise
qui abrite les gaines de ventilation haute, une structure poteaux-poutres en béton parahospitaliers et de quelques autres
de gros œuvre :
est porté sur une colonnade séparant le armé coulé en place avec remplissage réalisations dans le milieu culturel, la SAC
forum des espaces de lecture. La partie en blocs béton. Un système qui rendait médiathèque de Villers-Cotterêts reste
supérieure – une dalle béton légèrement envisageable la réalisation de poutres une référence revendiquée par ses Coût:
inclinée en forme d’aileron – protège les aux rayons de courbure variables. Pro- auteurs et appréciée des usagers. ❚ 1,9M€ HT
entrées de lumière zénithales aména- duit simple et facile à mettre en œuvre, TEXTE : HERVÉ CIVIDINO
gées entre les toitures principales. le bloc béton répondait aux exigences PHOTOS : JEAN-MARIE MONTHIERS

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réalisation TOLÈDE - Centre culturel

L’émotion
transmise à travers les âges
●●● Comment jouer avec les ors et le soleil de Tolède, ville inscrite au Patrimoine mondial

de l’Unesco, quand il s’agit de construire un équipement neuf en s’appropriant une ancienne église

et de redonner du sens aux bribes d’un couvent ravagé ? En travaillant sur les décollements

et les contrastes d’un béton à la planche mordoré et très fin, brut de décoffrage et teinté dans

la masse, l’architecte espagnol Ignacio Mendaro Corsini instaure une relation dialectique entre des

bâtiments d’époques différentes. Ainsi émerge un lieu nouveau, immanent et contemporain.

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réalisation TOLÈDE - Centre culturel

1 2

D ès lors qu’il s’agit de res-


taurer un édifice ancien,
Castel Vecchio ou celle d’Andrea Bruno au
Castel Rivoli sont, dans des registres dif-
Dans un projet de ce type, le matériau
béton a pour faculté de permettre une
s’enrichit d’un élément nouveau qui
allège sa sublime pesanteur en la tour-
de compenser des absences férents, des exemples patents, l’archi- lecture évidente des parties neuves et nant vers l’avenir.
dans un ensemble historique, tecte espagnol Ignacio Mendaro Corsini anciennes qui se distinguent alors sans
d’y créer une extension ou d’y excelle aussi dans ce domaine. Son inter- ambiguïté, conformément aux recom-
● Huit siècles d’histoire
insérer de nouvelles fonctions, le vention dans une ville aussi embléma- mandations admises en matière de res-
matériau béton n’a plus à faire la tique que Tolède, inscrite au Patrimoine tauration d’édifices historiques. Tout en L’ancienne église du couvent de Saint-
preuve de sa pertinence. Reprises de mondial de l’Unesco, en témoigne. cultivant des accointances minérales et Marc intègre dans son plan rectangulaire
structures, qualités plastiques et carac- L’homme, il est vrai, a su s’immiscer en colorés avec des matériaux plus anciens une nef centrale dominée par une cou-
tère minéral, cohérence esthétique en douceur dans une ancienne église et comme la brique ou la pierre, le béton pole semisphérique, et deux nefs laté-
relation avec l’insertion d’une interven- compléter les vestiges d’un couvent pour favorise l’élaboration d’une esthé- rales plus étroites portées par six piliers
tion contemporaine révélant l’existant, réunir deux équipements contemporains tique moderne, une théâtralisation des quadrangulaires. Cette église s’inscrivait
ont su faire la gloire du matériau. Et si en à vocation culturelle: les archives munici- espaces et un contraste des matières qui jadis dans un ensemble conventuel édi-
Italie, les interventions de Carlo Scarpa au pales et le centre culturel Saint-Marc. jouent sous la lumière. La ville historique fié entre le XIIIe et le XVIIe siècles, puis réin-
vesti par l’armée après la sécularisation
du XIXe siècle. Les constructions les plus
0 5 10 15 anciennes ayant été ensuite partielle-
ment ruinées et démolies, l’unique trace
de la composition initiale du couvent et
de ses dépendances était un plan établi
par l’armée en 1882.

❙❙❙ Plan de masse


Ce plan met en évidence les relations
entre l’oblique de la nef et le mur frontal
rectiligne qui borne la place del
Salvador. On voit aussi comment le patio
d’entrée s’articule avec la rue latérale,
où le mur d’enceinte moderne reprend
Plaza del Salvador
le tracé de celui de l’ancien couvent.

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>>> 1 Le centre d’archives vu depuis la place. Le sol minéral


de l’espace public, la pierre de l’édifice ancien et le béton d’aujourd’hui
Dans les années 60, le traumatisme de égard pour l’esprit des lieux. En 1986, se mêlent dans un jeu d’ombres et de lumière. 2 En soulignant
la démolition avait laissé la place à des soit un quart de siècle plus tard, l’édifice
le design des passerelles et de leurs rambardes, le béton convoque
façades retraitées de façon très approxi- religieux désacralisé étant désormais
mative pour présenter une élévation sur propriété de la ville, un concours d’idées la mémoire des châteaux en Espagne d’un Don Quichotte combattant
la Plaza del Salvador, une nouvelle place fut lancé pour réhabiliter l’église et ses les moulins de la Mancha. 3 Le mur extérieur fait aussi office
urbaine libérée par la démolition des abords afin d’en faire une bibliothèque.
dépendances du couvent. Tout fut fait Remporté par l’architecte Ignacio Men- d’écran solaire et d’écran thermique. 4 Dès le patio d’entrée,
rapidement et à moindres frais, sans daro Corsini, le concours n’eut pas de le béton s’impose par sa présence qui met en valeur tous les détails.

Entretien avec Ignacio Mendaro Corsini

« Comme la pierre, le béton est intemporel »


Construction moderne : En 2001, est donc un matériau intemporel. Une admirablement bien à la construction d’un autre mimétisme. Enfin, par ses
la qualité de cette réalisation a été fois le chantier terminé, le bâtiment d’un mur monumental comme celui-ci, propriétés structurelles et plastiques,
couronnée par le premier prix a progressivement remporté qui a été coulé en place. Dans un il s’est aussi prêté à toutes les
d’architecture de la Communauté l’adhésion. Beaucoup de personnes contexte patrimonial aussi fort, ce souplesses sur le chantier, chaque
de Castille et de la Mancha. Pourtant, le trouvaient adéquat sur cette place mur doré devait s’harmoniser avec fois que nous décidions de modifier
faire accepter le béton n’était pas de Tolède, et finalement, nous avons les tonalités de la ville, les ors de partiellement un élément structurel
si simple. Pour quelles raisons ? obtenu ce prix d’architecture. Tolède. Il est donc teinté dans la pour tenir compte des vestiges mis
Ignacio Mendaro Corsini : masse et nous avons fait une à nu sur le chantier. Nous avons
Tolède étant classé au Patrimoine C. M. : Vous avez justement joué sur quarantaine d’essais pour choisir la également ajusté de nombreuses fois
mondial de l’humanité, ce mur en le béton pour souligner la puissance couleur. À l’intérieur du centre le dessin des détails à mesure que
béton n’a cessé d’alimenter les du patrimoine historique auquel d’archives, tout autre est l’apparence les travaux avançaient, car il était
protestations pendant toute la durée l’intervention contemporaine fait du mur de béton brut de décoffrage essentiel que les artisans sentent que
des travaux. Il y a même eu écho. En quoi le matériau sert-il qui structure la double hauteur leur travail était important. J’ai
des campagnes de presse terribles ! ce dessein ? des salles de recherche. Pourtant, convoqué nombre de réunions avec
Or, nous considérions que I. M. C. : L’une des vertus du béton nous avons repris exactement le le serrurier et le menuisier chargé des
les composantes du matériau réside dans la magie de la réaction même béton et les mêmes pigments coffrages pour leur expliquer
l’apparentaient à la pierre chimique de ses composants. Et qu’à l’extérieur. Mais si dehors, le comment leurs tâches étaient liées.
qu’utilisaient jadis les Grecs et lorsqu’on pense à ce matériau, on béton s’apparente à la pierre, à Propos recueillis par
les Romains. Comme elle, le béton découvre sa logique. Elle se prête l’intérieur, au contact du bois, il joue Christine Desmoulin

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réalisation TOLÈDE - Centre culturel

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suite, mais dès 1992, ces travaux servi- culturel intégrant dans son dessin des rétablir la logique du tissu urbain pré- une matière vivante où la modénature,
rent de base à la programmation d’un patios privés et une place publique. existant pour atténuer la coupure trau- comme parfaitement ciselée, s’anime
nouveau projet plus ambitieux mêlant matique qu’il avait subie.” La puissance sous la lumière. L’épaisse paroi monu-
archives municipales et centre culturel. de l’architecture résidant très souvent mentale s’impose ainsi comme une réfé-
● Coexistence contrastée
“Les caractéristiques du lieu et leur ana- dans la force du geste, c’est en suivant rence implicite aux puissantes murailles
entre l’ancien et le nouveau
lyse guident la conception d’un projet, les traces du cloître antique que l’archi- présentes dans tant de villes d’Espagne.
affirme Ignacio Mendaro Corsini. Lors- Ignacio Mendaro s’est attaché à mettre tecte a dressé un immense mur en béton Coulée en place, teintée dans la masse
qu’on intervient sur un tissu urbain his- en valeur les vestiges en soignant les blanc coloré par des pigments rouge (une association de pigments naturels,
torique aussi exceptionnel que Saint- qualités constructives de la restauration mordoré. “Tel un socle ou un soubasse- de chaux et de cailloux locaux), elle est
Marc à Tolède, on a toujours l’issue et en confirmant les vertus spatiales des ment, il révèle ce qui semble donner, percée de grandes ouvertures dont les
gracieuse du mimétisme formel et bâtiments d’origine: “Nous souhaitions selon nous, sa véritable dignité à l’édifice variations géométriques cadrent les
constructif, dont il existe tant d’exemples mettre l’accent sur la coexistence d’origine, à savoir la volumétrie monu- transparences des patios intérieurs mis
dans les villes monumentales. L’impor- contrastée des architectures passées et mentale de l’église avec ses nefs laté- en relation avec l’espace public de la
tant est de traduire dans le présent les présentes. Pour construire le bâtiment rales et l’émergence de la sacristie.” Le place del Salvador. “La nouvelle façade
émotions du passé en sachant que des archives, qui occupe une partie de coffrage, réalisé à l’aide de panneaux en bénéficie ainsi d’éléments subjectifs
toute l’architecture est porteuse d’une l’ancien couvent, nous avons tenu à bois de pin, a fait de cette peau de béton qui suscitent surprises, transparence et
volonté de futur.” Ici, le projet imbrique
de façon claire et distincte trois types
d’interventions.
La première consistait à consolider la
>>> Confrontation minérale entre
ruine de l’église, la deuxième à la réhabi-
liter pour l’adapter à ses nouvelles fonc- l’ancien et le nouveau, avec à droite
tions de centre culturel et d’exposition, le mur de pierre en maçonnerie
en intégrant tous les services y afférents.
traditionnelle du couvent, et à gauche
La troisième, enfin, portait sur la concep-
tion d’un bâtiment neuf pour les archives le béton, “pierre moderne”, ici utilisé
municipales de Tolède, dotées de réser- pour envelopper le coffre-fort
ves et de salles de lecture. L’ensemble
des espaces devait impérativement des archives.
s’enchaîner de façon fluide comme
autant de parties d’un même complexe

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7 8

>>> 5 Parcours vers le bureau du directeur au niveau


de l’entrée. À droite, la rambarde surplombant le vide de la salle
de lecture. 6 Vue plongeante sur la salle d’archives. Les Des vestiges archéologiques ayant été
mis à jour par le chantier des archives,
percements qui régulent la lumière se distinguent dans les voiles
Ignacio Mendaro a dû composer avec les
de béton. 7 Malgré leur hauteur assez conséquente, les doubles délais – et les lenteurs – imposés par les
poutraisons s’assimilent visuellement à des traits tendus. fouilles, ce qui lui a finalement permis de
faire évoluer son projet. Pour saisir au
8 Vue de détail montrant le coffrage et la modénature du béton. bond cette relation visuelle entre les ves-
tiges et les documents d’archives dont ils
sont l’objet, il a su convaincre les archéo-
clairs obscurs, qui sont autant d’élé- ponctuellement percé reçoit les archives logues de ne pas refermer les fouilles. Maître d’ouvrage:
ments justifiés par les nécessités fonc- sur trois niveaux. Il s’abrite derrière un “En architecture, tout problème doit être Ville de Tolède
tionnelles.” Cernant l’épaisseur massive voile de belle stature qui délimite la salle converti en solutions au service du pro- Maître d’œuvre :
du béton, les coffrages en acier verni de recherche en partie basse. Celle-ci est jet”, poursuit-il. L’entrée à travers le Ignacio Mendaro Corsini
laissés apparents confirment que l’on dominée par une salle de lecture en bal- patio et les vestiges archéologiques s’est
Programme :
est bien là dans une interprétation con à hauteur du rez-de-chaussée. ainsi faite plus légère pour répondre de archives, église, auditorium,
moderne de l’architecture défensive. La lumière étant par nature l’ennemi des façon naturelle à un impératif culturel. salle de conférences et salles
livres et des parchemins, des solutions Elle surgit comme une dernière strate d’exposition

architecturales spécifiques ont été trou- laissée par l’histoire et dévoile des Financement :
● Variations altimétriques Banco Europeo de Inversiones,
vées pour gérer l’éclairage. Parfaitement strates antérieures qu’elle coiffe d’une
Excsma,province de Tolède,
Sur le site, la répartition des éléments du ajustés dans leurs coffrages perdus, les passerelle légère. Les plans des archives Communauté de Castille et
programme s’est ajustée en relation percements savamment biseautés des ont également été modifiés pour révéler de la Manche,Fondation Royale
avec la coupe et les variations altimé- puits de lumière taillés dans la masse du un four romain et un puits arabe. Cela a de Tolède
triques. Si les archives culminent à 17m, béton canalisent la lumière en rayons sur conduit l’architecte à transformer la Entreprise :
une quarantaine de mètres séparent le des points choisis en fonction de la structure d’un voile en béton pour ouvrir Necso
sol de la place de la coupole de l’église. course du soleil. Élégants et finement le mur et révéler ces éléments histo- Surface construite :
Partiellement enterré, le bâtiment des décoffrés (coffrages en pin de 2 cm riques, accessibles et visibles depuis le 3 500 m2
archives est constitué d’une structure d’épaisseur), quatre poteaux en béton à bureau du directeur qui affirme adorer
poteaux-poutres-voiles qui libère des la planche de 16 m de haut soutiennent “travailler seul le soir dans le bel espace Coût:

espaces de très grande hauteur. Cette les poutraisons. Six doubles poutres intè- qu’Ignacio lui a dessiné”. ❚ 5,4 M€ HT
enveloppe accueille deux types de fonc- grent dans leur interstice les fluides et les TEXTE : CHRISTINE DESMOULIN
tions. Un immense “coffre-fort” en béton joints de dilatation. PHOTOS : LLUIS CASALS

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bloc-notes

Livres

➜ L’architecture moderne ➜ Nouvelles ➜ Caves, ➜ Frank Lloyd Wright


depuis 1900 architectures sacrées architectures du vin Archives
William. J.R. Curtis Phyllis Richardson 1990-2005 Margo Stipe

Une étude générale de Depuis la plus lointaine Marco Casamonti Quelques ouvrages en langue
l’évolution de l’architecture Antiquité, l’architecture et Vincenzo Pavan française sont parus, ces
moderne à travers le monde, religieuse a donné des édifices derniers temps, autour des
La passion des grands vins fait
doublée d’une analyse de exceptionnels qui témoignent œuvres, des écrits ou des
florès. Et s’ils sont très
quelques bâtiments de l’esprit de leur temps. conférences de Frank Lloyd
attentifs à leur enracinement
particuliers, voire Aujourd’hui encore, la Wright. Ici, c’est à la fois la vie
dans leur terroir et la tradition
emblématiques pour certains. réalisation de bâtiments et l’œuvre de l’architecte,
agricole, les producteurs de
L’auteur y traite des cultuels est un sujet finalement indissociables l’une
grands crus attachent
dimensions pratiques, d’actualité. Nombre de l’autre, qui sont réunies.
beaucoup d’importance à
esthétiques et sociales de d’architectes contemporains “La vie de Wright fut
l’architecture de leurs caves.
l’architecture, tout en appelés à concevoir un édifice tumultueuse et héroïque, tant
Question d’image de marque.
privilégiant les aspects sacré se trouvent ainsi au point de vue personnel que
En France, on pense à ces
formels symboliques. Les confrontés à de multiples professionnel, nous dit l’avant-
“châteaux” ou “caves” qui
idées, leur expression dans questions : sens du sacré dans propos. Ces deux aspects sont
comptent un siècle d’histoire
l’architecture, sont au cœur notre modernité, symbolisme si imbriqués qu’aucune
ou plus. Mais dans l’Hexagone
du livre. Reconnu par la des formes, pertinence des chronique réelle ne peut-être
comme en Espagne, en Italie,
critique internationale dès sa fonctions ou de la nature des donnée de cet architecte sans
en Californie, en Australie, de
première édition en 1982, matériaux, etc. De la les aborder ensemble…” Voilà
nombreux domaines viticoles
L’Architecture moderne depuis cathédrale de Los Angeles, due pourquoi ce livre mêle les
récemment apparus s’offrent
1900 s’est vite imposé comme à Rafael Moneo, au temple aspects personnels et
des édifices qui excluent dans
un ouvrage de référence. Le bouddhiste Komyo-Ji (Japon) professionnels de la trajectoire
leur volume et dans leur
texte a été entièrement révisé conçu par Tadao Ando, en de l’architecte, le tout nourri
typologie les références au
et enrichi par William. J.R. passant par l’église du Jubilé à d’un CD-Rom et de fac-similés
complexe agricole
Curtis pour cette troisième Rome, dessinée par Richard d’originaux qui constituent le
traditionnel, pour laisser place
édition disponible pour la Meier, ce livre reflète le regard volet interactif de l’ouvrage.
à des “architectures de caves
première fois en français. et la pensée des concepteurs Un façon, pour lecteur, de
d’auteur”. Il n’y a qu’à jeter un
d’aujourd’hui sur cotoyer d’un peu plus près le
Éditions Phaidon œil sur ces vingt-quatre
l’architecture religieuse. génie de Frank Lloyd Wright…
chefs-d’œuvre pour en juger.
Éditions du Seuil Éditions du Seuil
Éditions Actes Sud/Motta

exposition

sance, dont plusieurs sont inscrits sur la liste du


Le dévoilement de la couleur, patrimoine mondial. Au menu, quatre séquences :
relevés et copies de peintures murales le temps des précurseurs, avec de précieux relevés
du Moyen Âge et de la Renaissance des XVIIe et XVIIIe siècles, les découvertes et les inven-
Monum, Centre des monuments nationaux, en taires de Mérimée à nos jours, le temps des restau-
partenariat avec le musée des Monuments fran- rations, avec les grands chantiers et les débats
çais, la Cité de l’architecture et du patrimoine, et qu’ils ont inspirés, et enfin le temps de la publica-
la Médiathèque de l’architecture et du patri- tion et des expositions.
moine, présente une exposition placée sous le À la Conciergerie
haut patronage de l’Unesco. Elle réunit pour la du 15 décembre 2004 au 28 février 2005
première fois des relevés à échelle réduite et des 2, boulevard du Palais, 75001 Paris
copies à grandeur réelle de chefs-d’œuvre de la Tous les jours de 9 h à 17 h
peinture murale du Moyen Âge et de la Renais- Tél. : 01 53 40 60 80 – www.monum.fr

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portfolio

U ne galerie d’art vouée aux créations en béton.


Un catalogue des aspects de surface les plus “tendance”.
Des portraits de sculpteurs qui nous disent leur amour
du matériau béton. Des exemples d’intérieurs où le
béton s’est fait roi, donnant sa matière à la moindre
étagère, au plus audacieux mobilier. On trouvera tout
cela sur le site <monbeaubeton.com>, sorte d’hymne
électronique à la “pierre moderne”.

Les œuvres présentées ont été crées par Nomades production, Patrice Fabre, Francesco Passaniti,
et Nadine Portier.
Le gymnase de Jury (57) par François Noël.© O.H.Dancy