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CHAPITRE IV

LE YOGA DU RENONCEMENT ET DE L’ACTION


À TRAVERS LA CONNAISSANCE

Il semble nécessaire de parler de certains aspects du symbolisme qui sont


présents dans la culture védique et dont Krishna lui-même parle dans la Gita. Le
symbolisme constitue un aspect important de la culture parce que la plupart des
gens trouvent qu’il est difficile de rester conscient des principes fondamentaux
des religions et de la réalité. Donc par des descriptions enrichies d’idées et de
concepts, les sociétés humaines ont développé nombre de symboles, ils ont été
perpétrés par des cérémonies structurées que l’on appelle rituels.

Nous avons vu l’aspect métaphysique de Yajna qui se résumerait par le fait


d’habiter le tout de notre être dans tous les mouvements de la vie. Le Yajna, en
tant que cérémonie religieuse traditionnelle chez les hindous, est là pour éduquer
les gens et les amener vers l’esprit qui est derrière les symboles.
Cette cérémonie implique des offrandes. Ce rite est né dans un monde
paysan lorsque la récolte venait, les gens rassemblaient des morceaux de bois
naturellement odorants comme le bois de santal, une poignée de riz qui représente
la nourriture, une poignée de sésame qui représente l’amour, l’affection, du ghee
ou beurre clarifié qui représente la lumière et la chaleur de la vie et bien d’autres
offrandes encore, mais restons-en là, ce n’est pas nécessaire d’être exhaustifs.

Tous ces éléments sont donc rassemblés, le maître de maison seul avec sa
femme fait un feu (jamais une femme ou un homme seul car le couple représente
le tout, la source d’énergie créatrice). Ils offrent alors au feu les éléments en
prenant conscience que c’est le principe de vie qui a produit tout cela et non leur
travail.

Alors ils offrent une partie symbolique en retour au cosmos, les mantras qui
accompagnent cette offrande sont nombreux dans le Veda mais tous, renvoient au
respect de la vie, du cosmos et de tous les êtres.

En se rappelant tout cela Krishna dit : « ceux qui accomplissent un rite


célèbrent le tout, le rite s’accomplit avec le feu qui est symbole de lumière, de
chaleur, du soleil, de la vie. Le yogi doit accomplir ce rite en lui, dans son propre
corps. » Ceci se produit en offrant le grossier au subtil, et le subtil à ce qui est
encore plus subtil.
Très brièvement : à l’extérieur du corps il y a les organes des sens, les
oreilles, les yeux, le nez… etc. Les organes des sens ont été entraînés au cours des
siècles derniers à réagir à leurs objets spécifiques. La vue contenue dans les yeux
va immédiatement vers les objets alentours de façon involontaire. De même pour
l’audition des oreilles, l’odorat du nez, le toucher de la peau. Donc les organes
des sens contiennent une énergie et ils ont été entraînés à réagir.

Ce n’est pas contrôlé d’entendre ou non quand nous sommes éveillés,


l’audition prend place dans notre système, alors la structure psychologique décide
de ce qu’elle va en faire.

Nous ne pouvons éviter le contact avec le cosmos à travers nos sens.

Les conditionnements, tous les modes réactionnels de nos sens peuvent être
offerts à notre esprit, à notre structure de conscience.
Ainsi, nous pouvons voir, prendre conscience de nos réactions sensorielles
et ne plus nous laisser dominer par ces impulsions conditionnées qui nous
poussent et nous tirent. Les sens sont offerts à la conscience. Ce n’est pas
seulement la pensée, qui elle aussi peut être conditionnée par la tradition, les
ambitions, les jugements de valeur... La pensée doit être offerte à la conscience
qui est plus que l’intellect, que la pensée. La conscience c’est la buddhi,
l’intelligence. Mais, encore derrière cette intelligence contenue dans chaque être
humain il y a l’intelligence cosmique qui est non individualisée, pénétrant tout,
rendant l'être plus puissant, plus libre.

Ainsi, quand on a à décider comment on doit agir, cher Arjuna et bien grâce
à la méditation, laisse ton intelligence aller vers l’intelligence cosmique et ne te
laisse pas conditionner par les impulsions conditionnées. « Toi fils de l’Inde et
bien célèbre constamment ce rite d’offrande du grossier vers le subtil, en toi. »
Tout se trouve en nous purifié par le simple fait d’être exposé à cette intelligence.
Cette ouverture, cette exposition ne va constituer aucun esclavage. « Regarde-
moi, dit Krishna, quel intérêt ai-je dans votre guerre ? Aucun, je ne soutiens que
la vérité et la justice. C’est l’art et la science d’agir sans intérêt, alors l’action elle-
même purifie.

Agir dans la perspective d’être sous l’éclairage du tout, fait que l’acte ne
devient pas un fragment de notre histoire personnelle mais une expression de la
Vie qui nous traverse et s’exprime à travers nous dans le mouvement de la
relation.

Nous arrivons au 4ème chapitre. Il y a une très belle ouverture par lord
Krishna. Au début du 3ème chapitre, nous distinguions entre les partisans de
l’activité et ceux de la philosophie spéculative mais l’action suppose les 2 aspects.
« Tout ce que je te dis Arjuna n’est pas ma vérité personnelle, je ne te
transmets rien qui me soit personnel. Ceci s’est exprimé par la bouche de
Vivasvant, Manu, Ikshvâku. Cette vérité éternelle s’exprime maintenant de moi à
toi mais elle n’est pas mienne. »
Quand quelqu’un transcende la conscience ego centrée il devient un voyant,
un sage et appartient à cette race de voyants et de sages. Ceux qui perçoivent cette
vérité éternelle constituent la race par elle-même. Rappelez-vous ce que Bouddha
a dit, il faisait référence aux Bouddhas qui l’avaient précédé. Alors, ici Krishna
parle des anciens comme de lui-même en disant moi, je suis eux. Si vous voyez
la vérité vous ne restez pas un individu, vous devenez de la race des voyants et
des sages, vous leur appartenez. Ici, Krishna peut ainsi dire : « je l’ai dit déjà de
nombreuses fois depuis les temps les plus reculés. » Chaque fois qu’un sage ou
un voyant communique la vérité, il ne se présente jamais comme l’auteur de cette
vérité mais comme le transmetteur, aussi impersonnel que possible.

Mais ici en Inde, nous avons interprété cela comme une suite de
réincarnation de la divinité dont nous devons donc être les dévots. Ils fabriquèrent
des idoles, les installèrent dans des temples, ils chantèrent, dansèrent pour elles.
Ils fabriquèrent des dogmes et des sectes autour de tout cela.
Alors que la Vérité est impersonnelle.
Ici Krishna cite ceux qui se trouvèrent exposés à la Vérité et il
dit « Maintenant, dans les circonstances présentes, la vérité a été enfouie sous la
poussière de l ‘ambition, des désirs, des ressentiments, de la haine, de la violence.
Mais quand bien même, la vérité est couverte par la poussière des émotions
humaines, des conflits des tensions, de la violence, la force vivante du non
manifesté est toujours là, prête à s’exprimer une fois de plus. »

Le divin, force vivante s’il en est, en réponse à la souffrance et à la peine


de la race humaine, en dépit de toutes les difficultés, fait qu’il apparaît alors un
professeur qui va pointer l’éternelle, l’impersonnelle vérité et permettre de faire
le lien avec la vie et les situations concrètes. A travers la situation d’Arjuna, nous
pouvons faire le lien avec nos propres problèmes, challenges…

La responsabilité de tout professeur est seulement de mettre en relation avec


la vérité éternelle et selon les moments où apparaît le professeur, la dévotion est
mise en avant, parfois les rituels, parfois la méditation.

Mais l’accent mis sur un tel ou tel aspect dépend des besoins du moment :
Bouddha et Shankara ont eu à rejeter les excès d’un ritualisme formel, parce que
les gens y étaient trop attachés, oubliant le pourquoi des rites. Ainsi, Bouddha ne
mentionna jamais le nom de Dieu mais pointa la différence entre l’impermanent
et le permanent, il parla de nirvana qui est renoncement à l’impermanent.
Shankara aussi mit l’accent sur sanyasa, le renoncement.
Ici, Krishna dit ce n’est pas mon idée, c’est une vérité ancienne et éternelle.
Elle fut simplement transmise à différentes époques par différentes personnes.
Arjuna n’entend pas ce que veut dire Krishna, il lui répond « tu es né il y a
50 ou 60 ans comment pouvais tu être là à l’époque de Vivasvant, il y a des milliers
d’années ? » Il n’a pas compris le langage au 2ème degré de Krishna. La vérité
éternelle contenue dans l’être humain n’est pas limitée par l’être humain. Le
voyant apparaît comme étant une personne mais il a un contenu impersonnel parce
que la centration sur le moi a complètement disparue et n’est plus qu’un souvenir
dans la psyché humaine.

La centration sur le moi n’a pas de rôle à jouer en dehors de la création de


mots et de mémoires. Nous devons apprendre dans ce chapitre que l’incarnation,
l’individuation du tout intervient dans les moments de crise, quand la religion est
oubliée et que la pression des désirs chaotiques harasse l’être humain.

L’émergence d’un professeur est un événement général, global, lorsque le


besoin s’en fait sentir.

C’est un aspect mystérieux de la vie que cette émergence du tout à partir de


rien, du vide.
Ceci se fait sans objectif, sans raison, cela se fait. C’est un fait cosmique
qui défie l’effort humain. Ce fut un rayon d’espoir pour ceux qui vivent en Inde,
surtout les plus miséreux, espoir que quelqu’un quelque part, un jour apparaîtra.
Mais cela les a fait espérer en des lendemains meilleurs au lieu d’agir maintenant
contre l’injustice et l’exploitation. Ils ont supporté l’humiliation, l’exploitation
par les puissants et les prêtres.

Je voudrais vous aider à comprendre la psyché indienne, ce n’est pas la non-


violence qui les empêche de se révolter contre la perte des libertés fondamentales,
l’exploitation économique et le système des castes. C’est une race handicapée par
une mauvaise interprétation d’un texte comme celui-ci, la religion peut ainsi
devenir un poison.

« Chaque fois que c’est nécessaire dit Krishna, je m’incarne et je rétablis


l’ordre, protégeant les bons et détruisant les méchants. »

Faute d’être un voyant, un sage, un yogi de tels vers peuvent devenir source
d’esclavage psychologique.
Je vous en parle en connaissance de cause pour avoir grandi ici en Inde et
avoir dû me libérer, traverser cet esclavage où il y a perte de confiance, de respect
pour soi et pour les autres, atrophiant l’énergie créatrice au nom de la religion et
de la spiritualité.
Pour Krishna qui avait vécu ici il y a 4 ou 5000 ans, dès que la Vérité est
confisquée par quelque personne ou quelque groupe, cela tue la croissance et la
vitalité de la race humaine. Krishna s’exprime dans le langage poétique destiné à
ceux qui déjà peuvent décoder, ceux qui ont déjà perçu, ceux qui ont vu la
dimension infinie d’eux-mêmes.

Ce que j’essaie de partager avec vous, c’est cette loi cosmique de réponse
aux besoins du monde manifesté. Le non manifesté répond aux besoins du
manifesté. Tant que l’être humain ne réalise pas que toutes les détresses sont dues
à ses propres actions et à ses propres pensées, ses propres conflits, alors il n’y a
pas de réponse du non manifesté. Mais quand certains réalisent cela et corrigent
la façon de vivre en questionnant, en cherchant, en se remettant en cause, alors la
réponse vient sous la forme d’un être humain qui exprime une fois de plus l’éternel
yoga.

C’est le chemin de la lumière, de la clarté, et la lampe à huile brille et


resplendit au lieu où il y avait les ténèbres de l’ignorance sur sa propre nature,
ignorance de Soi, de la réalité.
Je parle de loi faute de trouver un mot qui me satisfasse davantage.
Ainsi, Arjuna se trouve déprimé devant toute cette destruction qui va
s’accomplir, il voudrait ne pas avoir à y participer, il se pose des questions alors
Krishna apparaît et il comprend tout, petit à petit.

Krishna répond mais ne s’impose jamais. S’il avait dit cela dans le palais
au lieu du champ de bataille, je crois que Arjuna n’aurait rien écouté, il était trop
occupé à tous ses projets. Il n’est écouté que parce que Arjuna est dans un climat
de tristesse, ce n’est pas la douleur ou la souffrance personnelle mais la désolation.
C’est dans la compassion que parle Krishna, nous élevant au-dessus de tous les
petits désirs ego centrés, c’est une force extraordinaire.
J’apprécie beaucoup la sincérité de votre recherche et la ténacité des raisons
qui nous pousse à venir ici.

Essayons d’être bref mais regardons des points importants communiqués


par Krishna à Arjuna ? Comprenez : Krishna dit à Arjuna ce qu’est le Karma en
Action est quelque chose de très complexe, très proche du mystère. La nature et
le fonctionnement du Karma sont donc très complexes et tu as à apprendre Arjuna
à percevoir la non action contenue dans l’action et l’action contenue dans la non
action.
Les gens avisés vont appeler une personne responsable et savante celle qui
est capable de voir cela, de percevoir cela.
Nous devons approfondir ce point maintenant.

Cela ne devrait pas être trop difficile pour nous de comprendre la


connotation des mots si nous faisons référence à notre vie.

Quand nous agissons par habitude, habitude cultivée depuis l’enfance, qui
agit ? Quoi agit ? Est-ce un mouvement de l’intelligence ? Est-ce un mouvement
de notre profondeur ? Peut-être pas, car en répétant un modèle de bonheur, un
mode de conduite, depuis l’enfance quelque chose a été assimilé non
intentionnellement, non consciemment, mais quelque chose est devenu une partie
de notre vie.
Dans ce mouvement répétitif, mécanique de notre cerveau et de nos sens,
le cœur de notre être n’est pas touché. Donc les mouvements ne sont que
continuité du passé et n’ont aucune qualité religieuse. Quand nous allons dans un
temple, une mosquée, une église, chantant des hymnes, des mantras, dansant,
allant dans des lieux saints, tout cela par tradition, sanctionnés par la société,
acceptés comme croyance ou comme autorité ; c’est le mouvement du passé, du
connu, de la société de nos grands-pères mais ce n’est pas notre action. Donc aller
au temple cinq fois par jour n’a en soi aucune vertu dit Krishna. C’est la même
chose que ne rien faire car ce n’est pas vous. Si vous êtes volontairement enraciné
dans votre compréhension pour faire quelque chose, c’est seulement votre
mouvement personnel né de vos perceptions et de votre compréhension qui peut
avoir la qualité religieuse, la qualité vertueuse. Si la vie est dispersée en répétition
et projection du passé, continuité des traditions, nous acceptons que notre corps
et notre esprit soient utilisés par les autorités religieuses, politiques, sociales pour
la pérennisation de certains modèles, de certaines structures. Donc Krishna dit
qu’il n’y a pas d’action même si vous apparaissez très occupés, très actifs, c’est
le passé qui agit à travers vous et ce n’est pas vous.
Voyez la complexité du Karma, de l’action, c’est seulement lorsque c’est
notre profondeur, notre fondement qui est intelligence, qui agit à travers le
cerveau et les organes des sens que l’action devient votre action.

Prenons un autre exemple un peu différent. Vous êtes assis sur une chaise
ou reposez sur un lit et les gens disent que vous ne faites rien. Mais intérieurement
vous, vous êtes préoccupés de vos réactions, vos souvenirs, vos souhaits, vos
désirs, ou vous êtes pris par l’anxiété, les soucis, ou bien vous vous rappelez vos
plaisirs et vos peines. Intérieurement votre structure psychologique bouge,
extérieurement le corps ne bouge pas, les gens peuvent croire que vous êtes
relaxés mais en fait vous êtes bien occupés intérieurement, parfois furieusement,
avec les souvenirs du passé ou les projets d’avenir. Donc cette apparente non
action n’est pas le résultat d’une relaxation, Arjuna, et n’a aucune vertu. De même
qu’une activité extérieure incessante, répétitive et mécanique n’a aucune valeur,
cette apparente non action n’a aucune valeur non plus. Ce n’est pas le silence ni
la relaxation. Donc l’apparente non action peut être intérieurement très active et
l’apparente activité peut être intérieurement paisible. Arjuna, tu dois être très
observateur pour faire la différence entre ce qui est action et ce qui est non action.

C’est l’action volontaire, née de la compréhension qui seule peut avoir cette
qualité religieuse, spirituelle.

Une personne qui agit ainsi peut être appelée un Karma Yogi. Rappelez-
vous : Krishna au tout début du 3ème chapitre demande à Arjuna de ne pas suivre
le chemin partiel et fragmentaire du Samkhya, pas plus que celui, tout aussi partiel
et fragmentaire, de l’action extérieure. Il y a emphase de ce besoin d’action, du
Karma, enraciné et né du plus profond de son être.

Sans quoi, le mouvement de relation, s’il n’est pas enraciné dans cette
profondeur, ne peut nous relier à l’intelligence cosmique. Le Karma doit être un
Yoga, Yoga de l’action, le Yoga, l’état de Yoga, d’équanimité, d’équilibre, cet
équilibre intérieur et des sens, ne peut arriver que lorsque les mots, le mental et le
psychisme sont enracinés dans l’Intelligence qui est accessible à chacun de nous.
C’est une Intelligence douce qui est présente dans le cœur humain et qui
« chuchote » inlassablement, quand on est contraint, ce qui est vrai et ce qui est
faux. Nous sommes si occupés à écouter les trompettes des désirs, des plaisirs,
des ambitions que souvent nous n’entendons pas cette petite voix douce de
l’intelligence intérieure, ou bien nous l’ignorons, s’il nous arrive de l’entendre.
Krishna demande à Arjuna d’apprendre à écouter cette voix intérieure de
l’intelligence et voir si chaque mouvement est en harmonie avec les suggestions
de cette voix intérieure. Cette voix intérieure n’est pas agressive, elle n’est pas
plus autoritaire, elle nous signale simplement sa présence faisant des allusions
indirectes, des suggestions et nous laissent totalement libre de la suivre ou d’agir
à l’encontre, de l’ignorer et de suivre notre idée.
Nous sommes allés très vite pour exposer la nature complexe et mystérieuse
du Karma, décrivant les qualités de la religiosité d’une façon différente. Partie
très intéressante, Arjuna écoute Krishna et dit « Mais regarde mon ami, comment
puis-je entendre cette petite voix, faire la différence entre celle de l’ego, de la
vanité, de l’orgueil, du je, les dictats de l’ego, les motivations compulsives, et
celle de l’Atman, de l’intelligence intérieure, comment discriminer ? » Question
fascinante.
Nous arrivons là à un sujet où nous devons prendre en considération le fait
que nous soyons là à étudier la Gîtâ, nous n’écoutons pas Vimala mais nous
écoutons le message de la Gîtâ, transmis aussi objectivement que possible par
un(e) ami(e).
Sri Krishna pointe ici la nécessité de vivre en compagnie d’une personne
qui a traversé une transformation dimensionnelle, une personne dont la vie, hors
des cendres de la personnalité, est immergée dans la vérité impersonnelle et
impérissable.

Ainsi, le corps physique reste le même mais le contenu a changé. C’est


seulement la transcendance du centre du je, démantelant la fausse identité
construite par le je, la pensée, la structure de la pensée, qui débouche sur l’état de
Samâdhi, sur l’état de Yoga.

Rappelez-vous les 20 derniers versets du 2ème chapitre donnant la


description du Samâdhi. Krishna y revient à chaque chapitre d'une autre façon.
Il dit à Arjuna regarde, tu ne peux apprendre cette discrimination raffinée
car cela suppose une sensibilité qui ne vient pas de la connaissance. Il y a toujours
eu des voyants et des sages dans le monde et tu dois en trouver un et voir comment
cette personne bouge et vit.
Comment elle se conduit dans le mouvement des relations, dans la vie
quotidienne.
Parce que la transcendance de la conscience du je et le démantèlement de
la pensée a activé, chez un tel voyant, un tel yogi, une qualité de sensibilité
radicalement différente, une sensibilité perceptive.
C’est cette sensibilité perceptive, cette intelligence cosmique qui vibre à
travers les os, la chaire, le sang de cette personne. Donc, regardez cette personne,
comment elle agit et répond. Observez, étudiez. Parce qu’il n’y a pas action de
l’ego, pas de concession à l’activité, quand les sens entraînent l’esprit dans ces
stupides déséquilibres de la jalousie, de la haine, de l’amertume, de la cruauté.
C’est absent de la vie d’un yogi.

Il n’y a que le flot de l’intelligence, comme celui de l’eau d’une rivière,


dans le corps, les sens…

Krishna dit donc la nécessité d’un guru ou d’un maître avec qui l’élève,
l’étudiant étudie la vie. C’est l’observation et l’interaction avec une telle personne,
l’intimité de sa présence qui active notre sensibilité intérieure et par là nous rend
capable de discriminer les dictats de l’ego du murmure de l’intelligence : les
dictats de ahamkara du murmure de l’atman.
Dans le 4ème chapitre, les 6 et 7ème versets parle de l’inévitabilité, de la
nécessité de vivre en compagnie d’un maître, vivre comme un élève, un étudiant.
La relation entre un être illuminé et celui qui cherche, peut au mieux être celle
d’un professeur et de son élève. Non une relation émotionnelle ou chacun
appartient à l’autre et a des droits sur l’autre. Ce n’est pas ce marchandage, mais
quelque chose de secret, de sacré, tourné vers la quête de la vérité et de la
signification de la Vie.

« Alors Arjuna, quand, en telle compagnie, par l’observation et


l’interaction, tes yeux et tes oreilles extérieures peuvent percevoir l’action non
contaminée par la structure de la pensée et la conscience de l’ego, alors peut-être
ton oreille intérieure pourra écouter la petite voix du maître au fond de ton cœur. »

C’est un passage fascinant de la Gîta : la nécessité dans la vie extérieure,


physique d’un guru qui rend capable d’écouter le guru intérieur. Le maître
extérieur fonctionne comme un pont parce qu’il y a un trou, un espace que la
pensée a créé entre l’intelligence et les organes des sens. Alors le maître se penche
et dit « viens, monte sur mon dos, regarde ce que je fais, écoute ce que je dis,
observe comment je vis et alors écoute ton vrai guru, le guru intérieur, l’Atman,
l’intelligence, la Vie, le maître par excellence, le maître suprême. »
C’est une théorie très différente de ce que l’on entend en ces temps
modernes quand on parle de relations à vie, de dogmes, de sectes, de ce désir
d’avoir et de posséder un guru, avoir et posséder des disciples.

C’est très important de décoder les mots de la Gîtâ, cette condensation des
Vedas, pour aller à l’essence. Donc la nécessité d’un maître : oui. Est-ce une
nécessité permanente ? Non ! C’est un passage nécessaire dans la quête pour
réveiller notre sensibilité. C’est la transmission d’une énergie qui prend place dans
une relation professeur-élève informelle et intime. L’éducation ne peut avoir une
structure formelle. L’éducation est la transmission d’une sagesse, c’est
l’activation de l’intelligence intérieure, laissant l’élève entièrement libre de
trouver son propre chemin de Vie.
La vie est un mystère. Un mystère implique que ceci ne peut pas être
analysé par le cerveau humain, ceci ne peut pas être capturé par la classification
de la pensée. Ceci n'est pas concerné par la loi de la causalité. Ceci n'est pas
concerné par la temporalité.

Ceci se crée de lui-même se maintient de lui-même, et se détruit de lui-


même. Ceci est appelé un mystère. Les sages des anciens temps, de ce coté ci du
globe, ont utilisé le terme de divin et divinité pour donner une idée des
implications de ce mystère.
Pourquoi y a-t-il eu la création ? La Gîta, les Upanisads, le Véda disent :
« c’est là parce que c'est là. » La question « pourquoi » est une mauvaise question,
parce que cela est une question d’un mental subjectif qui a un objectif, un but, une
raison. Donc le mental humain ne peut répondre à cette question : pourquoi y a-t-
il eu la création, pourquoi la création est-elle issue du big bang, ou de cette
explosion silencieuse de silence en millions d’univers ?

C’est quelque chose que l’esprit humain ne pourra jamais savoir. Quels que
soient les outils d’analyse, d’exploration, d’expérimentation utilisés, électronique,
informatique etc. L’existence en soi, spontanée du cosmos restera un mystère.
C’est pourquoi ils dirent : la vie est divine, la vie est divinité.
Demandez à n'importe quel scientifique de la fin du 20ème siècle ce qu'il
pense de la relation entre une particule de matière et la quantité d’énergie qu'elle
contient ? Demandez leurs s'ils peuvent le calculer et définir ce rapport et ils vous
diront que c’est inexplicable. La relation de la plus petite particule de matière et
la quantité d'énergie contenue en elle, défient la logique et les calculs.

Demandez leurs en quoi ces deux éléments qualitativement différents que


sont la matière et l’énergie se rencontrent ? Pourquoi sont-ils contenus l’un dans
l’autre ? Demandez aux scientifiques et ils vous diront simplement c’est ainsi.
Quelle logique y a t-il dans l'interaction de cette danse des énergies dans le
temple du silence, dans la cathédrale de l'espace cosmique ? Et comment cette
solidification des énergies, constituant la matière, prend place ? La vie est un
mystère. Et l'on peut dire ceci, non pas à cause d'une religion, mais à cause de
l'étude scientifique de la vie et c’est ce qui nous oblige à dire que c’est divin que
c’est un mystère.
Jusqu'à maintenant, c’est au-delà des sciences de pouvoir analyser la nature
de l’inter relation entre les énergies et les êtres qui vivent sur cette planète. La
deuxième caractéristique de la divinité ou du mystère est cette inter relation
organique. Toutes les expressions de la vie dans le cosmos sont reliées et inter
dépendantes, leur survie dépend les unes des autres, elle contribue à la richesse
les unes des autres.

Ce n'est pas une inter dépendance entre les pièces d'une machine, ce n’est
pas une dépendance logique, ce n'est pas quelque chose qui est imposée par l'esprit
humain. La dépendance est organique et c’est l'expression de la divinité, du
mystère.

Cette clarification était nécessaire pour comprendre ce que Krishna


implique quand il dit : « Ma naissance et mes actions, ma vie, sont pleins de
mystère, pleins de divin, parce qu’il n'y a pas de cause en dehors de moi,
indépendante de moi, pour me faire agir. Il n'y a donc ni but ni raisons qui me
poussent à l'action.
L’individualisation de l'intelligence cosmique dans la forme d'un être
humain est un événement global, un événement cosmique, qui défie la logique
humaine et le langage. Nous continuons aujourd'hui là où nous en étions arrivés.

Pour interpréter la naissance physique de Krishna les hindous ont parlé de


l’immaculée conception, exactement comme les chrétiens à propos de la naissance
de Jésus. C'est futile de vouloir expliquer l'inexplicable, connaître
l'inconnaissable. Krishna fait référence à la manifestation de sa vie en parlant d'un
événement cosmique mystérieux. Il dit : je suis une partie de cet événement
cosmique de cette vie cosmique.

Je demanderais aux étudiants de la Gîta de se libérer eux-mêmes de ces


interprétations traditionnelles à propos de la naissance virginale du christ ou de
Krishna. Donner une apparence mythologique à cette profonde vérité spirituelle
est un effort pathétique de la race humaine pour se gratifier dans son ego collectif
qui consiste à vouloir savoir et être capable d'expliquer tout.
Ainsi Krishna dit à Arjuna : la façon dont la vie se manifeste et la vie
fonctionne, est divine et mystérieuse, à condition que l'esprit humain et ses
motivations ne viennent par la contaminer.
Ceux qui comprennent le principe de la vie comprennent la façon dont elle
fonctionne spontanément, sans cause, et innocemment. L’innocence est divine,
n’est-ce pas ? Ce que nous appelons le cosmos est un être, mais ce n'est pas une
personne.
Quand le terme d'être cosmiques ou d'intelligence cosmique est employé,
les gens ne disent pas : Ah, si c’est une intelligence, il doit y avoir un esprit. C’est
qu’ils oublient que l'intelligence n'a rien à voir avec la structure de la pensée ou
celle de l'esprit. C'est une énergie née de l'espace, une énergie activée dans
l'espace du silence, une activation sans cause, un mouvement libre de toute
direction qui pénètre le corps tout entier.
Si l’énergie de l'intelligence peut être activée dans votre propre corps, sans
cause, spontanément, et qu’elle peut fonctionner entièrement libre de la structure
de la pensée et de ses mécanismes, pourquoi ne peut-on pas percevoir l’être
cosmique opérant partout sur le même mode ?

Si l'énergie de l'amour, de la tendresse, de la compassion, défie notre


logique, nos calculs et nos marchandages et nous transporte dans une action et une
relation non subjectives et libres de l’ego, pourquoi ne comprendrions-nous pas
que cette même énergie agisse dans l’être cosmique avec la même divine beauté,
la même divine innocence.
Ainsi Krishna dit à Arjuna : ceux qui comprennent le principe de vie,
comprennent que la vie est un être.
Un être ne veut pas dire nécessairement une personne. Une personne ou une
personnalité est quelque chose qui est cultivé, relié à un contexte de vie, à la nature
de la société dans laquelle les individus vivent, c'est quelque chose qui est
assemblé. Cela peut être développée et cultivé, cela peut aussi être endommagé.
Ce qui est immanent est de toute façon impersonnel, n’est-ce pas ?

Ainsi Arjuna, ton être étant organiquement relié au tout mystérieux de la


vie, à cette vie cosmique, pourquoi ne pas apprendre à agir depuis cette
spontanéité ?
Maintenant avec Krishna, regardons de plus près ce mot « spontanéité » qui
est encore un mot convenu dans le langage de la spiritualité, spiritualité qui est la
science de la vie. Chacun de ces mots est plein d’indications, de significations et
de connotations exprimant ainsi les différents aspects de la vie.
Ce qui est spontané, c’est ce qui découvre, déroule, révèle les contenus. Le
non manifesté révèle sans cesse ses contenus à travers le manifesté. Il n’y a pas
d’autre logique derrière la manifestation que cette spontanéité mystérieuse,
heureuse de s’exprimer, de se manifester, de se dévoiler elle-même ; l’implicite
devient explicite.
David Bohm a beaucoup écrit sur l’ordre implicite et explicite. Fritjof
Capra parle du Tao de la physique et de la danse cosmique des énergies, et David
Bohm parle de l’implicite s’exprimant de lui-même dans l’explicite et de
l’explicite involuant vers l’implicite et ainsi de suite ! C’est très intéressant de
voire physique et métaphysique se rejoindre. La physique semble être au bord de
devenir métaphysique.

L’être de la vie cosmique manifeste, révèle, exprime son propre contenu.


Sans récompenses et sans fruits, cet être s’accomplit à travers la révélation et la
manifestation.

Krishna dit je suis l’expression de ce principe de vie cosmique. Quoique


j’ai la forme humaine, je suis l’expression organique du tout et le principe opérant
dans ce tout. Le fait de voir ainsi pose sous un autre jour la question de
l’incarnation. Si ce point est suffisamment clair, allons au point suivant abordé
par Krishna et qui est pratiquement au centre de ce 4ème chapitre. Il dit la vie
s’accomplit d’elle même, elle se satisfait d’être ce qu’elle est.
Dans le corps humain il y a cette expression organique de la vie cosmique
qui est appelée atman. Atman est un terme intéressant utilisé par le sanskrit. Sa
racine signifie manger, dévorer, consommer, assimiler. Ce qui assimile tout est
atman, et ce qui exprime l’essence de tout ce qui a été assimilé est aussi atman.
Mot fascinant atman, atma, paramatma, ce qui imprègne tout, règne partout, tout
puissant, sachant tout, omniprésent, consumant tout ce qui existe dans le cosmos
et l’exprimant à nouveau. Ainsi pour atman, certains ont utilisé le mot soi, d’autre
le mot âme, mais ce n’est pas une entité. La Gîta donne le mot, l’explique et passe
à autre chose.

Arjuna je te dit que tu ne dois pas te tracasser des fruits de tes actes. L’atman
ne cherche aucune récompense, c’est l’énergie, l’intelligence présente en toi qui
agit et elle n’attend rien, aucun fruit, aucune récompense. Il ne peut être ni puni,
ni félicité, rien ne peut lui être donné de plus car il est déjà tout.

Une goutte d'eau est holistique, elle a cette qualité d'étancher la soif autant
qu'une grande quantité. La qualité est la même. N'ayez pas d'illusion, je vous
demande d’agir ; non de fuir l'action, sinon l'atman sera privé, sinon vous
l'enrichissez. Pas d'illusions !

Etant une individuation de l'être cosmique, c'est un besoin de tout cœur


humain de s'exprimer. Laissez donc vos actions, votre karma s'enraciner dans ce
besoin d'expression, de manifestation, et ainsi la peur et l’anxiété des fruits de
l'action ne seront plus là.

Maintenant distinguons deux choses. Vous allez à l'école pour l'éducation.


Vous étudiez et passez des examens. Krishna ne dit pas de ne pas travailler dur,
ni que cela n'a pas d’importance de réussir ou d’échouer aux examens. Vous devez
gagner votre vie dans la société industrialisée où le travail est évalué en termes
d'argent et votre vie aussi. C'est une responsabilité sociale. Les besoins de la vie
matérielle font que vous cherchez un travail, de même qu'Arjuna devait combattre
en tant que guerrier.
L'action est quelque chose que vous faites volontairement en dehors de tout
besoin extérieur. Vous avez à répondre à certains besoins en tant que membre
d'une société et vous le faites. Les calculs, l'organisation, les plannings, vous
devez assumer tout cela en fonction de la société dans laquelle vous vivez. La Gîta
ne parle pas de ça mais des relations humaines que vous rencontrez et des actions
volontaires.

Si vous êtes gentil avec quelqu’un et que vous attendez de la gratitude en


retour, là vous attendez des fruits, une agréable reconnaissance pour votre
gentillesse. Si vous êtes charitable et attendez de la reconnaissance, même chose,
vous êtes attachés à l'idée d'un fruit. Vous vendez votre gentillesse, votre charité
! Vous ne cherchez pas à acheter quelque chose de solide mais la reconnaissance,
la respectabilité... Nous parlons de ces fruits là.
Si vous avez de l'affection, de l'attention pour les gens et qu'ils vous le
rendent, non seulement ça, mais ils font des choses pour vous et votre esprit dit :
oh j'ai fait si bien regarde ce qui m'arrive ! Alors Krishna dit vous ne savez pas
vivre. Si vous attendez une quelconque reconnaissance, vous ne savez pas vivre.

C'est une question de relations humaines. Laissez vos actions s’enraciner


dans votre propre besoin d'expression qui est une des qualités de l’être cosmique
et qui se manifeste constamment.

Allons avec Krishna et regardons les choses sous un autre angle. Il dit que
la vie divine, inter dépendante, est un mystère. L'inter dépendance est le contenu
de ce mystère. Et parce qu'il y a inter relation, vivre implique inter action, entre la
terre et le soleil, le soleil et les océans, les océans et la lune, les arbres et la pluie.
Il en résulte une merveilleuse inter action des énergies, au delà ou en deçà de
toutes les manifestations de la vie.

Lorsque vos yeux voient la beauté, la vue est pleinement heureuse de voir.
C'est une interelation. Mais quant l'esprit dit : qu'est-ce que c'est beau, je dois
l'avoir, là nous avons dépassé le stade de l'inter relation et nous jouons
l’interaction.
J'ai besoin d'une maison, de vêtements, de nourriture et de quelques autres
choses pour avoir une vie esthétique et décente. Mais quand, dans les relations
humaines nous créons des idées de désir exclusif, de propriété et de possession,
alors appelons cela l'attachement. Dans le deuxième chapitre il était dit : ceux qui
sont préoccupés par les objets et s'y attachent rétrécissent leur esprit.
Ici Krishna parle de la responsabilité dans nos réponses et nos interactions
avec la nature, parce que l'inter relation implique l’interaction. Vous êtes sur terre,
vous labourez les champs, semez les graines, c'est une très belle interaction entre
la terre et l'humanité. Vous êtes sous un ciel ouvert, l'espace et vous jouissez de
votre présence, et vous êtes touchés par ce contacte avec le vide de l'espace qui
vous ravive. L'eau est accomplie lorsque vous vous baignez, et votre organisme
tout entier est lui aussi accompli dans cette sensation de fraîcheur. L’interaction
c'est pour cette occasion de communion.

L'action est là pour permettre cette union en vous, à travers l’interaction


avec les racines de la vie, avec la source de la vie, avec le Brahman, avec l'ultime
réalité.
Les conséquences physiques, dans le monde, mondaines, seront là car nous
vivons en société. L’interaction avec la nature est une responsabilité pour être
organiquement relié au cosmos. L’interaction avec les êtres humains et les
structures humaines est une responsabilité sociale. Les lois, les régulations et les
principes relationnels sur les plans politiques et socio-économiques ne sont pas
discutés ici. C’est un traité spirituel nous donnant la source du bonheur et de la
paix.

Quand vous sentez que vous avez agit sans choix dans l’interaction avec la
nature ou les êtres humains, vous vous êtes coulés dans l’action, alors Arjuna, ce
karma t’unit à Brahman, il t’unit à moi. Il utilise le terme moi pour cette êtreté
cosmique impersonnelle.

C’est un dialogue entre amis, Krishna dit : tu es mon bien aimé, tu es mon
ami, et je partage avec toi ce principe secret de la vie. Tu le vois personnifié en
moi, mais c’est le principe de vie cosmique, la vie toute entière. Comprendre cela,
c’est la fin de toutes les souffrances. Et tu ne seras jamais plus découragé par les
difficultés du quotidien, elles ne sont que le résultat de la dualité dans laquelle tu
vis.

Qu’une action ne soit pas subjective est un challenge pour la psychologie


occidentale moderne. La psychologie yogique est un défi pour les psychologues
européens et américains. L’action sans motivation n’est ni abordée, ni connue ou
perçue par la psychologie occidentale. Freud interprète les mouvements d’un bébé
d’un jour par le principe de la libido, c’est une interprétation centrée sur la
sexualité, pendant que Marx et Engels nous donnent une interprétation
matérialiste de l’histoire humaine.

La Gîtâ, les Upanishads, les Vedas, parlent de la possibilité de voir se


développer une dimension de spontanéité où l’action sans raison est possible dans
les relations humaines ; le karma étant un mouvement accompli de lui-même. Il y
a un monde de différence entre les deux formes de psychologie. Même les Indiens
modernes trouvent extrêmement difficile d’atteindre ce mystère d’innocence, ce
mystère du besoin de spontanéité, ce besoin d’aimer et de compassion présent
dans tous les cœurs humains. Arjuna y est conduit.
Karma n’ajoute rien à l’atman pas plus qu’il n’enlève quoi que ce soit. Les
gens appellent sages ou voyants ceux qui ont appris à agir de façon spontanée
dans les relations humaines. L’amour est le parfum de cette spontanéité, la
compassion en est l’expression.

Une telle dimension de spontanéité devient possible Arjuna lorsque l’on


comprend que ce qu’on appelle soit même, le corps physique, n’est que la
demeure de cette vie cosmique. Dans chaque cœur réside la vie cosmique. Arjuna
dans le cœur de chaque être humain réside ce principe de vie qui imprègne tout.
S’il n’en était pas ainsi, l’innocence, la spontanéité, l’amour et la compassion
seraient impossibles pour les êtres humains.
Ceux qui étudient le yoga doivent être familiarisés avec le terme Samâdhi.
Ce terme a été popularisé par l’étude du hatha yoga, du tantra yoga, du mantra
yoga, et ce partout dans le monde.

Dans le hatha yoga on travaille sur l’énergie vitale, le prana, et l’on atteint
un état de tranquillité de tout le corps. Cette tranquillité du corps et du mental est
appelée Samâdhi, et celui-ci durera plus ou moins longtemps selon les motivations
du pratiquant.

Dans le tantra yoga, c’est sur l’énergie sexuelle que l’on travaille, la faisant
passer par différents chakras, différents centres nerveux particuliers afin d’aboutir
au même état de tranquillité, de passivité maintenue. Le Samâdhi est sarvikalpa
(sans images) et sabija (sans germe). On l’obtient par ses propres moyens.

Dans le mantra yoga, on travaille sur l’énergie du son et en manipulant les


vibrations on hypnotise les organes des sens jusqu’à une sorte d’extase que l’on
nomme bhava Samâdhi.

Dans le jnana yoga, on réfléchit sur la réalité de la vie puis on renonce à


toute activité cérébrale. Il n’y a plus alors aucune perturbation et cela est appelé
nirvikalpa Samâdhi. Voici donc déjà différents sens techniques du mot Samâdhi
dans différentes branches du yoga.
Nous abordons maintenant ce que Sri Krishna a à nous dire du Samâdhi.
Krishna parle du Brahman karma Samâdhi, c’est une expression très intéressante
car ici nul n’est besoin de manipuler une quelconque énergie, de sublimer quelque
instinct, aucune renonciation mentale ou sensorielle n’est nécessaire. Cet état
vient sans effort, naturellement, spontanément si Brahman agni est dans le cœur.
Brahman agni c’est la conscience éveillée de Brahman en tant que feu, c’est un
éveil à la réalité dans sa nature non duelle. C’est appelé un feu car c’est ainsi que
cela apparaît dans notre conscience limitée.
Dans cette petite conscience, cette conscience des pensées, le feu de l’éveil
est allumé. Alors la lumière de ce feu, de cet éveil pénètre nos systèmes nerveux,
métaboliques et sensoriels. C’est ainsi que dans toute relation, toute action, la
conscience éveillée de Brahman est présente, c’est même elle qui agit.

Alors le mouvement des sens, l’action physique et psychologique, tout


karma est une offrande de l’individu au cosmos. Au sens figuré, Krishna dit que
Brahman fait un sacrifice (yajna) dans le feu de l’éveil. Un tel acte, au niveau
sensoriel et psychologique, vibre de la conscience de Brahman. Donc l’action est
Brahman, l’auteur est Brahman et ce qui est offert est aussi Brahman.
Par conséquent, le mouvement d’un tel karma conduit à une dimension
naturelle et spontanée de samâdhi, ceci sans effort, sans manipulation, vous y
grandissez, vous y vivez. Connaissez-vous ce passage de la Chandogya
Upanishad où il est dit : celui qui comprend la nature de Brahman se transforme
en Brahman.

Ce n’est pas qu’une expression poétique et figurée, c’est le récit de


l’expérience des anciens que l’on appela des voyants, des sages. Voilà donc le
Brahman karma Samâdhi ou Brahman nirvana. Nirvana n’a rien à voir ici avec
la mort du corps physique, mais ce thème fait référence à la transformation
dimensionnelle, à la mutation de la psyché.

Le Samâdhi dans l’action, la transformation dimensionnelle à travers les


rencontres, les relations, c’est le message que Krishna donne à son cher ami
Arjuna, partageant le secret de la vie, le secret du yoga de la vie.

Maintenant qu’est-ce qui allume la flamme, le feu de Brahman dans notre


conscience ? C’est ce que vont décrire les versets suivants.

Une personne qui réalise qu’elle est organiquement reliée à la divinité


cosmique, non en tant que partie mais en tant qu’émanation totale du divin, du
Brahman, de cette suprême intelligence. Une telle personne se sent parfaitement
contente, remplie, heureuse de vivre. Etre en Vie est une bénédiction. La grâce
divine est sur nous lorsque nous nous ouvrons à elle, dans notre forme humaine,
c’est une relation organique entre notre conscience et la divinité cosmique.
Celui qui est content d’être en vie et qui donne la possibilité à cette vie de
se manifester à travers lui de mille façons, celui là est nitya trupta : bienheureux.
L’action (karma), les mouvements ne lui ajoutent rien et donc il n’a pas à se battre,
à s’investir, à s’attacher. Il n’a plus ce besoin psychologique de se cramponner à
ce qui l’entoure pour se sentir vivre.
Vous savez ce qu’est notre vie quotidienne ? Nous nous sentons vivants
quand nous pensons, quand nous tissons des idées, des souhaits, des désirs, la
jalousie, les comparaisons, les succès et les échecs. Nous guettons les réactions
des autres à tout cela. Voilà ce qu’il y a dans nos vies. Chaque relation est un
marchandage, nous sommes toujours en quête de quelque chose.
Krishna dit que la vie n’est pas la quête du bonheur, de la paix, de l’amour,
ce n’est pas ça que le monde peut vous donner. Vous pouvez vivre dans un palais,
rouler sur l’or, être très entourés, vous demeurerez inexorablement seuls. Vous
pouvez être en pleine santé et insatisfaits, vous pouvez réussir et être amers,
cyniques, mécontents de vous.

C’est votre état d’esprit, votre état de conscience qui détermine la qualité
de votre vie. Si votre esprit est sans repos, mécontent, instable, alors tous les
succès et toutes les richesses du monde ne pourront apporter le bonheur et la paix
à votre cœur.
L’accent est mis dans tout ce chapitre sur l’état de conscience qui va se
refléter dans l’action. Nous avons tout d’abord à regarder le corps, l’esprit, leur
fonctionnement, ce qu’il y a derrière (le subconscient). D’abord explorer,
percevoir, comprendre et après grandir dans l’état de nitya trupta, toujours
heureux de vivre. Vous savez, c’est cette gratitude d’être vivant, jour après jour.
Nous quittons notre lit, nos énergies sont régénérées, et nous sommes prêts à
entrer en relation avec le cosmos et les êtres autour de nous, prêts aussi à découvrir
la nature de notre être intérieur. Qu’est-ce que la vie peut nous apporter de plus ?
Tout ceci est une bénédiction.

Donc le monde n’est pas ce qui fait que nous nous sentons en vie, nous
sommes vivants en nous mêmes. C’est cela qui vibre dans notre cœur, sans raison,
sans bouger, c’est là. Personne n’a à nous l’apprendre, c’est spontané, c’est là,
c’est la preuve de l’intelligence suprême qui est et se maintient. Nous n’avons pas
besoin des philosophes, des écritures, ni d’enseignement pour sentir la vie vibrer
en nous.

Si vous êtes sensibles, vous pouvez sentir le mouvement de l’énergie vitale,


du prana lorsqu’il entre, lorsqu’il sort. Ce n’est pas que l’oxygène dans les
poumons, c’est aussi ce besoin inné de recevoir l’énergie cosmique puis d’expirer.

Content, confiant. Comprenez ces mots. Ce n’est pas égocentrique, ce n’est


pas un isolement psychologique, c’est beaucoup plus large, c’est sentir la Vie. Ça
n’a rien à voir avec l’ego, le je.
Grâce à cet état de conscience, vous pouvez vivre votre vie sans rien
attendre, être plein de paix et d’amour sans espérer un quelconque bénéfice
psychologique ou autre. Alors le karma, l’action, la vie ne te pollue plus Arjuna.
N’aie pas peur qu’en agissant dans le monde tu te charges car plus rien ne pourra
plus alourdir ton cœur Arjuna.
Si tu as peur d’agir, interroges-toi sur les raisons de tes actes. Pourquoi agis-
tu ? As-tu confiance ? Es-tu content ?

Alors à propos des sens qui sont sans cesse attirés par les objets extérieurs,
eh bien Krishna répond : « Allumes le feu de la modération ».

L’éducation c’est la réponse. C’est par là que vient la compréhension, de la


compréhension vient l ‘éveil et l’éveil purifie tout votre être. Krishna conduit
donc Arjuna progressivement dans ces 5ème et 6ème chapitres à travers l’étude du
hatha yoga, l’éducation du corps, des sens, les purifiant, c’est ainsi qu’apparaît
une modération naturelle. Les sens sont en relation quand c’est nécessaire. Quand
la faim se manifeste on mange, puis cette relation à la nourriture cesse pour
quelques heures. On peut alors être entouré de nourriture, cela ne nous intéresse
pas. Voyez ce qu’est l’éducation : être réceptif, recevoir quand c’est nécessaire,
manger pour vivre et non l’inverse. Alors la relation est raisonnable, esthétique,
voyez bien cela.

Ainsi les sens sont éduqués à entrer en relation quand c’est nécessaire et
quand les besoins de la vie sont satisfaits, alors toute relation cesse.

Les yeux sont ouverts, on voit, mais rien n’est accumulé jusqu’à ce qu’il
soit nécessaire d’entrer en relation à travers le regard ou les mots. De même pour
les oreilles qui entendent mais n’écoutent que lorsque c’est nécessaire.

Vous savez, nous parlons de la modération sensorielle. Eduqués, nous


devenons confiants, contents et nos sens coopèrent, ils ne dérangent plus notre
solitude intérieure, il n’y a plus d’agacement. C’est inéluctable.

Venons-en au verset suivant. Ce Samâdhi arrive donc sans manipulation,


sans effort, sans sublimation. C’est merveilleux ce message de la Gîta, c’est un
apport considérable à la culture humaine : le fait que nous ayons cette possibilité
de grandir de la simple conscience, à travers la conscience de soi jusqu’à cette
conscience éveillée qui n’a plus de centre. Le Samâdhi n’est pas une théorie, c’est
quelque chose de très vivant.
Afin d’accéder à cet état d’esprit qui amène ce Brahma karma yajna, le
sacrifice de l’action au principe cosmique, à la réalité, le mental doit être éduqué.
Nous avons allumé le feu de la modération au niveau sensoriel, maintenant
allumons celui de l’ordre et de la simplicité au niveau du mental. Si on est libre
de tout espoir pour demain ; ou même pour tout à l’heure, nous pouvons être
entièrement dans le présent qui est la substance de l’éternité, la manifestation de
l’infini. Pendant l’action, pendant le mouvement, il n’y a plus alors aucune
distraction, pas d’espoir pour demain, pas de bénéfice en vue.

Nos gestes, nos regards, nos sourires, nos mots, tout cela ce sont des
investissements pour assurer la sécurité de nos relations à venir. Vous voyez ?
Dans toutes nos relations humaines que faisons-nous ? Nous essayons de nous
garantir que la personne restera avec nous demain. Ainsi il ou elle aura la même
attitude avec moi, il ou elle me donnera les mêmes choses. En fait rien n’est offert
au Brahman. Ce sont des investissements que nous espérons rentables dans le
futur, c’est un raisonnement de banquier.

Vous cherchez à plaire à quelqu’un au prix de la vérité. Vous dites une


demie-vérité, petite concession au mensonge, vous exagérez ou vous minorez les
faits. Ne faisons-nous pas cela ?
On commence par faire plaisir à la personne avec qui on est pour une heure,
pour un jour, pour un mois, pour la vie. On se préoccupe de son plaisir et on joue
les jeux qu’il faut pour cela ! Il ne s’agit pas ici de manipuler les énergies vitales,
sexuelles, le prana, ni de les sublimer. Ce que nous manipulons pendant la relation
ce sont les mots, les expressions du visage, le ton, l’accentuation, on prétend, tout
cela est de l’hypocrisie.

Supposez que vous vouliez être honnête dans vos paroles et vos actions,
alors vous ferez et direz clairement ce qui doit être fait et dit, sans choix, selon
votre compréhension, vous ne pourrez faire autre chose. Alors vous agirez et
parlerez pour les autres dans la simplicité et l’élégance de cette compréhension.
Pas de dureté, pas de flatterie. Pas de prétention ni de compromissions.

La simplicité sans peurs coule dans votre regard, vos mots, vos actes, vos
réponses. Voyez-vous ? Tant que vous serez inquiet de l’instant suivant, de
l’heure ou des prochains jours de votre relation, parce que vous cherchez la
stabilité, la continuité, parce que vous avez peur de perdre quelque chose, alors
toute action sera malheureuse. Cela n’est plus une offrande à la vie cosmique. Nos
relations ne puent-elles pas de toutes ces manipulations, ces contaminations, ces
pollutions.
Krishna que dit l’espoir n’est pas le facteur de régulation. L’espoir est en
relation avec le futur qui n’existe pas. Soyez entièrement dans le présent, l’espoir
et l’attente n’existent que dans la tête. Le mouvement de relation est alors libre de
toute attente. Ne confondez pas cela avec les nécessités sociales où prévoir,
planifier, organiser, calculer à l’avance est évidemment nécessaire. Nous parlons
ici des relations humaines qui sont une part importante de notre vie.
Celui dont le cœur est libre de toute attente dans le futur parce qu’il demeure
dans le présent, il est dans l’éternité du présent, libre de toutes les complications
de l’attente, il n’a donc plus de déceptions ni de frustrations. Toute frustration naît
de l’attente. Un cœur libre de toute attente est un cœur plein d’amour. Etre libre
de toute attente réveille évidemment l’énergie de l’amour. Ainsi, si vous dites
"libre de l’espoir et de l’attente", c’est une autre façon de parler de l’énergie de
l’amour.

C’est l’attente qui empêche votre cœur de demeurer paisible, contrôlé,


maîtrisé. Les passions, les souhaits, les ambitions détournent votre conscience du
chemin de l’action simple et sans détours. La malhonnêteté de la manipulation
commence. Donc Arjuna, lorsque le cœur est libre des complications de l’attente,
c’est la maîtrise. Ton cœur y gagne, il y a une auto régulation, plus d’excès. La
dépression est une sorte d’excès, l’excitation en est une autre.
L’excès est un déséquilibre. Ainsi peut-on vivre sans excès, libre de la
jalousie, ne comparant jamais ce que fait l’un avec ce que fait l’autre, ne cherchant
pas à nous évaluer nous-mêmes avec les critères des autres, ne cherchant pas à
devenir quelqu’un d’autre que ce que nous sommes. C’est la comparaison qui crée
l’illusion de la dualité, l’envie de comparer, l’envie de devenir quelqu’un d’autre
que ce que nous sommes. La comparaison amène à tricher avec soi-même n’est-
ce pas ?

Krishna dit : « N’aie pas peur que le karma, l’action te déforme.


L’esclavage n’est pas dans l’action, mais dans le cœur. La comparaison conduit à
la jalousie, elle crée la tension de la dualité et entraine dans le registre des attentes,
c’est cela le chemin de l’esclavage, Arjuna, ce n’est pas celui de l’action
concrète. »
Psychologiquement parlant, le feu de la non-dualité doit briller dans le
cœur, c’est lui qui nous garde de l’esclavage, tout comme le feux de la modération
au niveau des sens.

Quand l’action est vécue au sein d’une société, elle est vécue avec des gens
de nature différente, avec des conditionnements différents, des héritages
différents. La vie est une véritable jungle de tempéraments différents. N’importe
quelle action met en contact avec des personnes dont le caractère, le tempérament
nous semble étrange. Donc vivre c’est traiter avec l’inconnu au niveau physique
et psychologique, c’est le défit merveilleux de la vie. Nous ne pouvons ainsi
tomber dans la suffisance, nous ne pouvons nous endormir, c’est ce qui nous tient
éveillés, bien sur nos pieds.

Un autre point à envisager ce matin c’est le fait d’être alerte au niveau


cérébral. C’est une façon de parler de tous ces systèmes nerveux et biochimiques
dont le cerveau semble être le centre. Toute cette structure connaissante peut être
léthargique, elle peut aussi manquer de structure ou de pertinence à cause des
attentes et du manque d’éducation dans la modération.
Arjuna, quant au niveau des sens tu as ce feu de la modération, le feu de
l’austérité, du non attachement, de la non attente au niveau psychologique, alors
le cerveau est embrasé de vie. C’est une qualité de la sensibilité, une flamme alerte
même si de temps en temps il y a l’obscurité de l’inattention, de la passivité, de la
paresse, de l’indifférence. Si vous sentez combien le fait d’être en vie est une
bénédiction, alors comment pouvez-vous être indifférent, ne serait ce qu’un
instant, à quoi que ce soit. Comment ignorer un seul défit de la vie, rejeter ou fuir
un seul défit. On ne peut arrêter de vivre, mais nous voulons arrêter ce mouvement
de vie au nom de certaines idéologies, au non de la renonciation, de la spiritualité
et de je ne sais quelle autre prétention. Le feu de l’éveil, l’esprit alerte fait que le
connu n’est plus chaotique, mais en ordre, le cerveau reste alerte.
Quand cette flamme brûle, alors quelque soit l’action elle prend place et
exprime en elle même le feu de Brahma. C’est une expression du tout à travers
l’action, la façon d’être, la relation. Pour ceux qui étudient le yoga, c’est le
véritable Agni Hotra. La cérémonie solennelle de l’Agni Hotra mentionnée dans
le Yajur Veda, elle a une signification très relative, mais philosophiquement
parlant le véritable sens est : tout le corps à tous les niveaux, est oblation. Chaque
souffle qui rentre ou qui sort est oblation au cosmos (intérieur/extérieur). Ce flux
ne doit jamais mourir, disent-ils. Au niveau sensible, quand les objets des sens
tentent de nous entraîner, le feu de la modération les brûle. Ceci est bien sur au
sens figuré, il ne faudrait pas le prendre littéralement. Des cendres de ces
impulsions naît la pureté. Ceux qui ont entendu parler de l’Agni Hotra savent que
les cendres sont données aux plantes, Elles sont répandues dans les champs et les
végétaux poussent mieux. Ces cendres sont puissantes, mais ici il s’agit des
pulsions qui sont converties en cendres, participant à la mise en ordre intérieure.
Les cendres sont toujours associées à la notion d’austérité. Les ascètes couvrent
leur front et même tout leur corps de cendres dans l’Himalaya. Vous savez tout
est toujours ramené au niveau le plus grossier. Nous sommes en des temps peu
poétiques, grâce à la raison, nous dépassons les superstitions, mais cela a aussi un
peu desséché la sensibilité poétique du cœur humain. Plus nous avons de sciences
et de technologies, plus nous vivons avec des machines et des gadgets, moins nous
sommes sensibles. Il ne s’agit pas de détruire l’impulsion de façon violente, mais
l’énergie potentielle de cette impulsion est offerte au feu de l’austérité, elle est
convertie en quelque chose d’autre. Comme le connu est offert à l’inconnu et
devient une énergie différente, le savoir est offert à la connaissance. C’est le
langage de yajna, c’est la proposition de Krishna. Brahma Agni, le feu de la non
dualité, brille dans le cœur et nous garde de l’illusion, de la dualité, de toutes les
tensions dues à la peur et au sentiment d’insécurité. C’est une simple
conséquence. On a délibérément laissé de côté les différents noms du feu en
sanscrit pour découvrir le sens profond. Nous traiterons plus tard du feu qui est
réveillé par le prânâyâma, cette offrande au cosmos.
Mais revenons au projet général de Krishna : toute la vie est offrande,
sacrifice. L’interaction a lieu non par intérêt mais par offrande pour exprimer
notre gratitude, notre sens de la bénédiction, de la sainteté, alors que nous
regardons trop souvent le fait de vivre comme un esclavage et nous nous rendons
ainsi nous mêmes esclaves. Cela contamine nos actions, la pureté de notre cœur
est perdue et ainsi de suite ; nous avons tant d’illusions.

Alors ici Krishna dit : toute la vie est yajna, sacrifice, chaque souffle,
chaque mot est une offrande. Quand vous ouvrez la bouche soyez conscient d’être
en train de faire un sacrifice. Soyez prudent, que vos mots n’entravent pas le vide
de l’espace.

Dans le 7ème chapitre on parlera d’offrande à Brahma, d’oblation, c’est cette


dimension de samâdhi qui nous unit à Brahma et nous aide à vivre.
Je voudrais attirer l’attention des étudiants de yoga sur trois termes avant
de continuer.
Le premier est jnanam, présent du premier au dernier chapitre. Dans la
plupart des traductions, il est traduit par connaissance, mais cela me paraît
incomplet car souvent la connaissance est entendue au niveau verbal, intellectuel,
théorique, académique, et c’est très différent de la connaissance discriminative
qui n’est pas un savoir. Ici jnanam signifie savoir et comprendre en même temps.
jnana yoga ne peut être appelé yoga de la connaissance que si nous complétons le
terme connaissance par celui de compréhension. C’est comme le fruit qui est
protégé par une peau, il ne faut pas s’arrêter à la surface mais aller à l’intérieur du
fruit pour assimiler son essence. Il faut peler les mots pour aller au delà des
associations traditionnelles, des interprétations sectaires et dogmatiques. Il faut
retourner à la source, aux racines des mots, regarder leur histoire et leur évolution.
Alors seulement on peut toucher au sens originel pour lequel ces mots furent créés.
Donc pour traduire le mot jnana il faut obligatoirement inclure la compréhension
profonde. En sanscrit il n’y a qu’une racine pour savoir et comprendre.
Le deuxième terme est karma, souvent traduit par action. L’action est
facilement différenciée de l’activité. Mais précisons ce terme : comprenons que
tout mouvement issu de la division intérieure, de l’esprit compartimenté,
fragmenté, ne peut être appelé karma dans la littérature védique. C’est ce qui
découle de la plénitude de l’être qui est appelée karma. Si l’action est née des
divisions intérieures, des conflits, de la fragmentation, c’est kriya et non karma.
Donc karma doit être traduit par « action découlant de la plénitude », du tout. Les
actes d’une personne schizophrénique qui est déchirée, divisée intérieurement ne
peuvent être appelées karma, même si elle est active 24 heures par jour.

Ces précisions lexicales sont indispensables si nous voulons étudier la Gîta


ensembles. Cela fait plus de 50 ans que je l’ai étudiée, quand j’étais adolescente,
et je la reprends aujourd’hui avec vous. Soyez-en remerciés, je la redécouvre.
Le troisième terme est shastram. Vous avez rencontré yoga shastram,
tantra shastram, mantra shastram, etc…Le mot shastra est traduit par science.
Ce mot dérive de shâsanam qui implique d’une part une élucidation des principes
fondamentaux et d’autre part la compréhension des implications de ces principes
dans la vie de tous les jours, ceci amenant alors une certaine ligne de conduite. Il
faut les deux pour avoir shastra. En français on dit que les sciences naturelles sont
des sciences appliquées, on différencie la théorie de la pratique. Ici c’est une seule
et même chose, c’est un tout et pas seulement une association. Pourquoi le terme
shastram est-il si important ? Parce que nous devons nous éduquer pour que
s’allume en nous le feu de la modération, de la maîtrise. Ceci doit se faire de façon
naturelle et spontanée et non par une discipline compulsive venue de l’extérieur
ou du mental. C’est un éveil de la modération spontanée, c’est magnifique, alors
que toutes les disciplines, les modèles de conduite n’ont pas cette beauté, ils sont
rigides par nature. La modération comme l’intelligence ou l’amour ne peut être
structurée, elle a son propre mouvement, elle est liberté.

Afin d’éduquer les sens dans la direction de la modération, les étudiants en


yoga doivent regarder l’Ayur Veda et le Hatha yoga. C’est une approche originale
car elle est hollistique, elle est nécessaire même pour étudier la musique. Ici c’est
pour étudier les énergies à l’œuvre dans le corps, leur interaction. L’art de les
harmoniser est décrit dans l’Ayur Veda. Il nous parle du corps physique et de son
énergie, comment le nourrir, comment il fonctionne. Il parle de la nourriture
purifiée par la simplicité de Samyama. Il y a une énergie qui est libérée par la
compréhension, c’est très subtil, cette compréhension n’est pas qu’intellectuelle,
mais globale. Le corps/esprit doit être prêt à recevoir cette énergie, il doit se
préparer par la pratique de l’Astanga yoga. Sans cela il pourrait être cassé par cette
énergie formidable de l’intelligence cosmique. Beaucoup de gens croient qu’en
lisant des livres, en écoutant des conférences, on comprend intellectuellement et
que la transformation a lieu. Beaucoup croient qu’un être rationnel comprend la
vérité, se détourne de l’action et devient un Sanyasin. Ce n’est pas si facile. Vous
pouvez bien vous détourner des activités et rester terriblement actifs mentalement
et cela s’exprimera à travers votre discours, vos sentiments, vos réactions, votre
mémoire, etc...

La Gîta insiste pour allumer et entretenir le feu de Brahma, la flamme de


l’éveil, c’est pour cela qu’il faut éduquer les sens, c’est la science de la
purification. La pureté c’est la vitalité n’est-ce pas ? Le mental est tranquille. Au
niveau sensoriel, la modération est cultivée grâce au Hatha yoga. Au niveau
verbal, on peut aussi naturellement se restreindre en étudiant les sons qui sont à
la source du langage. Voir comment les sons voyagent dans le corps, comment il
se développent et résonnent, on en parle dans Samadhi Pada. Alors la
signification du silence se développe très habilement, l’étude du silence purifie la
qualité de la parole qui est issue du silence et en découle. Une modération
esthétique apparaît spontanément dans les communications verbales.

Allons plus loin. La flamme de la modération au niveau de la pensée, elle


peut être allumée par l'étude du mental. « Chitta vritti nirodha ». Vritti exprime le
fait de tourner en rond, les pensées tournent en rond dans le mental jusqu'à ce
qu'elles trouvent un moyen d'expression. Le yoga aide à observer et étudier le
mental et ses mécanismes, les mouvements de la pensée, des émotions, des
sentiments... Voir les pensées, voir leur source, pénétrer la conscience du je, de
l'ego et découvrir qu'elles n'ont pas de réalité en tant que fait, mais seulement au
niveau conceptuel. Alors l'attachement au mental et à ses manifestations disparaît.
Donc Krishna explique ce processus d'éducation de l'être : les sens, les mots, le
psychisme vers un nouveau mode de fonctionnement. C'est ainsi que tous les
mouvements des sens, de la parole et les mouvements psychologiques, purifiés
par la modération spontanée, deviennent offrande au Brahman, à l'intelligence
cosmique.
Brièvement nous avons parlé du secret du sacrifice, de l'oblation, du Yajna,
puis de la nécessité de se préparer, de se purifier pour pouvoir vivre cette
intelligence cosmique : le jnanam est nécessaire à l'action qui découle de cette
intelligence. Certains disent qu'il suffit de suivre les shastra et ses règles formelles
construites autour du fil conducteur, les dogmes sont à l'origine des codes, de
"doit, ne doit pas, vertu et pêcher". Mais ce n'est pas le but des shastra, ils sont là
pour éveiller la compréhension. Il est donc nécessaire d'équiper toute notre
structure, sans succomber aux dogmes, aux sectes, à la rigidité ; ni succomber aux
abstractions de la pensée, de l'intellect ; mais en unissant la compréhension et
l'action. Alors toute la vie est Yajna. Quoique l'on fasse, c'est une offrande, une
oblation. C'est offrir sa propre contribution. Comment réaliser cela, ce sacrifice
de la vie. Krishna dit : "regarde la respiration, le prana". Le prana cosmique vient
en vous avec le souffle, anime le corps et repart vers le cosmos. L'inspire est
naissance, l'expire c'est mourir. C'est un sacrifice de l'incarnation sans laisser de
mémoire. Nous sommes nés avec le souffle, cela nous est donné et nous le
rendons. Par là nous sommes reliés au divin, c'est le lien à l'atman. Nous
commençons par le contact avec l'énergie de l'eau puis on continue avec le
prânâyâma : inspire, expire, suspension et cela nous régénère, c'est prana shakti.
Prana est partout, le souffle c'est le mouvement de la vie en vous, pas de votre
volonté. C'est un mouvement individuel de l'énergie cosmique, ne dites pas
j'inspire pour ma santé mais considérez l'inspire comme une offrande à la divinité
intérieure et l'expire comme une offrande de l'individu à la vie cosmique par ce
changement qualitatif de l'attitude. Si l'oxygène nourrit le sang et les cellules de
tout le corps, le sentiment religieux, la conscience que la vie est sainte, cela purifie
le mouvement du souffle lui même. Il en résulte plus de pureté à travers cette
conscience, c'est la plus haute sorte d'offrande (Yajna).
Antar kumbaka, la suspension interne est appelée offrande. L'énergie
parcourt le corps puis c'est l'expire et bahir kumbaka qui est à nouveau offrande.
C'est le sacrifice 24 heures sur 24.

Tout ceci est difficile à traduire mais continuons. Le sacrifice secret est
relation au divin. Qu'est-ce que l'élève de yoga, de la méditation, est sensé faire ?
Le souffle ne doit pas être précipité, un rythme est trouvé, le souffle est doux, sans
entrave. Quelles sont les entraves ? Nous les fabriquons si nous mangeons
n’importe comment avec la bouche, les oreilles, les yeux... Nous devons être
vigilants à ce qu'absorbent nos sens, tout ce qui n'est pas nécessaire est étranger
et doit être écarté. Mais si vous faites jeûner vos sens, si vous vous torturez, alors
le rythme est perturbé. Dans l'art de la parole et de la pensée c'est encor plus subtil.
L'énergie sexuelle, l'énergie du souffle, celle de la vue, toutes ces énergies sont
données par la nature, par l'énergie vitale. S'il y a excès cela vient obstruer le corps
et le sacrifice n'a plus lieu. Tous les mouvements sont modérés, nous ne sommes
pas, la vie est. Nous sommes peut-être la maison mais le divin est la vie dans cette
maison. Faites attention à ne pas endommager le souffle. S'il y a ignorance de
cette réalité ultime, alors le mental est comme encombré, obstrué, il créé la peur,
il imagine le futur et se tracasse. La peur perturbe le souffle, il devient paresseux
et s'accélère, l'énergie se consume trop vite. Il en est question dans la Katha
Upanishad. Ceux qui pratiquent le pranayama souvent jeûnent, observent le
célibat, portent des vêtements en soie, chantent des mantras, créent toute une
atmosphère de sainteté. Krishna dit : pourquoi ne pas simplement respirer, offrir
la vie à la Vie, c'est Agni hotra. Donc ne laissez pas le souffle être envahi par la
colère, la peur, les tracas, l'anxiété, les tensions, sinon le rythme est perdu. Le
souffle est comme un chant, c'est le plus haut des Yajna.

Ici Krishna combine Jnana et Karma, Hatha et Raja yoga. Cela nous
conduit à la science du yoga.

Brahma agni est la flamme de l'éveil, la flamme de la modération au niveau


sensoriel et mental, la flamme de l'énergie au niveau du souffle. La description du
prânâyâma est fascinante, tellement poétique : l'inspire attend l'expire et
inversement, dans les suspensions. Nous sommes responsables de ne pas laisser
cette expression divine être perturbée par nos sens, nos pensées, nos histoires.
C'est la vie d'un yogi.

Krishna disait : l'équilibre intérieur est l'essence du yoga; puis il dit : va


dans le mouvement du monde sans la fièvre de l'attachement, sans peur, sans être
affecté intérieurement. Le yoga est une façon de vivre holistique : c'est un tout
comprenant connaissance et action. Il n'y a plus multiplicité et division mais
diversité d'expression de l'unité. Le yoga est la réalisation de la réalité et il nous
faut observer et voir la danse des énergies innombrables dans le corps. C'est
l'Ishvara pranidana tva, l'abandon à la divinité omni pénétrante, alors on
comprend et l'énergie s'écoule en action comme le cycle respiratoire, c'est la
Si nous nous rappelons ce que nous avons dit de Jnanam, qui est connaître
et comprendre en même temps, nous sommes capables d'explorer le sens, le secret
des 7 derniers versets du 4ème chapitre.

Laissez-moi demander aux professeurs de Hatha Yoga de retourner avec


moi à l'étude de l'Ishavasya Upanishad. Vidhya et Avidhya ont été utilisés. Nous
osons connaître ce qui est connaissable, connaissance de notre corps, de notre
cerveau, notre esprit, et aussi du cosmos autour de nous. Si nous nous rappelons,
allons à Chandogya Upanishad que nous étudiions il y a deux ans ; comme je le
fais maintenant, un matin, le professeur demande à ses étudiants une graine de
l'arbre banian, alors l'élève apporte cette toute petite graine de l'arbre. Savez-vous
que de cette toute petite graine naît cet arbre gigantesque ? Oui dit l'étudiant.
Maintenant ouvre la graine et voit si l'arbre est contenu dans la graine. L'étudiant
ouvre la graine et dit : non monsieur, je ne vois rien. Réalisez maintenant que
notre vue n'est pas un critère de l'existence, vous ne pouvez voir l'arbre contenu
dans la graine et pourtant si vous plantez la graine, naît un arbre qui bourgeonne
et fleurit. De la même façon, à partir du rien, du vide, explose tout l'univers. C’était
la façon dont les anciens enseignaient, les étudiants percevaient les secrets de la
création et le mystère sous jacent.

Ce rappel des Upanishads nous conduit au point où nous commençons


aujourd'hui.

Krishna dit : Arjuna quand on comprend le principe de la vie, le mystère


sous jacent, cette êtreté spontanée, le mystère des nombreux univers nés du vide
de l'espace, on ne tombe plus jamais dans cet état de confusion (moha). Arjuna tu
ne seras jamais plus dans cet état confus si tu comprends le principe de la vie.
Qu'est ce que la confusion ? L'absence de clarté est confusion, alors on est
embarrassé, être embarrassé conduit à l'indécision. Etre indécis entraîne une
incertitude qui paralyse nos énergies, c'est négatif et l'on commence à souffrir.
Donc la confusion conduit inévitablement à la souffrance et à la détresse. Qu'est-
ce que Krishna essaie de transmettre ? Que toute confusion naît de l'ignorance, de
l'aspect connaissable de la vie. C'est de l'irresponsabilité de notre part que de rester
ignorants de ce qui peut être connu. Nous ne connaîtrons jamais l'inconnaissable,
mais une grande partie de la vie peut être connue. La race humaine aujourd'hui est
confuse et embarrassée, elle est immergée dans toutes sortes de négativités, parce
que la civilisation moderne maintient l'être humain ignorant de tant de choses. La
spécialisation a fait de l'être humain ordinaire, vous et moi, des consommateurs
ignorants et passifs. Quelque chose ne va pas dans le corps et l'on prend des
médicaments après avoir été chez un médecin (spécialiste du corps) ; quelque
chose ne va pas dans la tête et l'on va chez le psy (un autre spécialiste).
Technologie, mécanisation, automatisation, cybernétique, nous ne comprenons
même plus les questions économiques qui deviennent si complexes qu'il nous faut
des comptables. L'être humain ne connaît plus rien de son corps, de son esprit, de
sa santé, de l'alimentation. Tout est organisé, standardisé, régimenté. S'il vous
plaît, voyez avec moi qu'autrefois c'était la responsabilité de ceux qui étaient sous
la forme humaine de savoir ce qu'il est possible de savoir. L'ignorance est un péché
contre la vie. Le verset que nous étudions contient ce mot "péché" c'est pourquoi
nous l'étudions. Rappelez-vous dans le Raja Yoga, les cinq sources de souffrance
(kleshas) sont décrites pas Patanjali et commencent par l'ignorance de notre
véritable nature (avidhya) , c'est elle qui conduit à la fausse identification (asmita)
alors émerge le jeu des attirances et des rejets (raga/dvesha). Enfin les
mouvements irrésistibles de nos émotions à cause des attirances et des rejets. Nous
souffrons toutes de ces détresses psychologiques et cela commence par
l'ignorance.
Donc que ce soit dans le Yoga Sutra, dans les Upanishad ou la Gîta, le
message est très clair : c'est la responsabilité de l'être humain qui est né avec un
cerveau, une intelligence, de prendre conscience, de connaître ce qui est
connaissable de la vie. La connaissance de soi est une vertu, avait l'habitude de
dire Socrate. L'ignorance est un péché dit la sagesse orientale.

Cette clarification était nécessaire, le péché résulte de l'ignorance de ce qui


est connaissable. Le délit est quelque chose que l'on commet intentionnellement
contre les lois et les règles d'une société. L'erreur, la faute est ce qui arrive à cause
d'une inattention ou d'une distraction. Nous devons faire la différence entre un
péché, un délit ou une faute. Le péché est toujours contre la vie, contre l'essence
de la vie, le divin de la vie. Si le mot péché est clair, écoutons ce que dit Krishna
(IV 38) : Arjuna, dans le monde humain, il n'y a rien de plus saint, de plus secret
que la connaissance (Jnanam), qui est savoir et comprendre. Savoir/comprendre
est saint, pur, secret, car cela lave de l'ignorance qui est obscurité. L'identification
avec l'ego est erronée car au lieu de s'identifier avec le tout de la vie, on s'identifie
avec une toute petite expression du tout. Vous vous réduisez alors à cette petite
entité séparée alors que vous êtes du tout, de la plénitude, du divin. Vous vous
imaginez limité, en esclavage, etc... J'essaie de vous rappeler l'Isha Upanishad, la
Chandogya, le Yoga de Patanjali, et à la lumière de cela voire maintenant la Gîta.
Rien ne purifie autant que savoir comprendre, rien ne purifie autant que l'eau de
la connaissance (Jnanam) parce que cela enlève l'ignorance fondamentale :
l'identification à l'ego qui n'est qu'un dispositif pour se connecter à la vie.
S'identifier à cela au lieu de réaliser notre nature, notre relation organique avec le
tout de la vie. Un rayon de soleil c'est autant de la lumière que le soleil lui-même.
Une expression de la divinité dans la forme lumière est aussi divine que le divin
cosmique. C'est le message, le message de la Gîta. Ce n'est pas l'information
verbale, organisée, systématique qui est appelée pure et sainte, mais savoir et
comprendre ensemble. Il faut peler les mots, recevoir la signification, l'assimiler
et ainsi la flamme de la conscience est allumée dans votre cœur, c'est Jnana.
Chankharacharya a commenté ce verset de façon très élaborée : il dit que les gens
sont tellement fascinés par la forme extérieure de l'action, la structure des
cérémonies religieuses, qu'ils croient accomplir le sacrifice secret (Yajna). Ils
dépensent plein d'argent, ils utilisent tous les ingrédients prescrits dans les
Shastra, ils invitent les Brahmanes, chantent des Mantras, ils sont fascinés par
l'expression physique qui n'est pourtant qu'un symbole représentant la
signification profonde. Ils sont si fascinés qu'ils ne se posent pas la question de
savoir pourquoi ces symboles existent et ne cherchent pas à savoir la signification
qui est derrière le ritualisme, derrière le symbolisme, derrière le concept qui à
l'origine s'est greffé sur la perception. Chankharacharya dit : vous pouvez faire
des centaines de sacrifices, mais si vous n'en comprenez pas le sens, vous pouvez
renaître des centaines de fois et rester bien loin de la libération (mukti ou moksa).
Ne laissez pas Karma se réduire à Kriya, ne laissez pas l'action être réduite à une
activité mécanique et répétitive du corps, de la parole et de l'esprit, mais plongez
profond dans le rituel, la forme, la structure, comprenez en le sens, c'est la
compréhension qui vous libère et allume la flamme de l'éveil (awareness), pas
seulement le fait de faire un sacrifice.
Faire peut-être une aide, quelque chose qui favorise, mais ce n'est pas
l'essence. Toute cette philosophie de l'Advaïta Védanta, répandue par
Chankharacharya, basée sur le Brahma Sutra, la Bhagavad Gîta, les Upanishads,
tourne autour de ces principes de base : savoir, comprendre. L'ignorance est
obscurité et l'obscurité ne peut être dissipée par des répétitions mécaniques.
L'accomplissement de rituels structurés est une approche périphérique, mais le
centre, l'ignorance, l'idée d'être une entité séparée, ne peut être dissipée que
lorsque vous faites l'effort de connaître ce qui est connaissable et de comprendre
la signification qui est derrière. C'est la compréhension du connaissable qui révèle
la nature de l'inconnu, c'est elle qui vous révèle les secrets de l'inconnaissable.
L’inconnaissable doit être ressenti, c'est une perception à travers le tout de notre
être, et pas seulement notre sensibilité. Un senti, un sentiment, une émotion, c'est
une réponse de notre structure psychologique à une stimulation sensorielle, mais
ici c'est vertical et horizontal en même temps et cela vibre dans le tout de votre
être, cela l'imprègne et cela ne peut être détruit. Lorsque c'est là, c'est là. Ainsi la
présence de l'inconnaissable, l'immesurable, le non nommable, peut être sentie par
la sensitivité qui est induite par la compréhension du connu. C'est ainsi. Donc
celui qui ne peut aller vers la connaissance et le connu ne peut s'éveiller car le
pèlerinage commence par le connu pour aller vers cette grotte secrète de
l'inconnaissable. La première chose est donc de savoir/comprendre pour dissiper
la confusion (moha), cela crée de la clarté parce que cela balaie l'ignorance, les
fausses identifications, surtout l'illusion de la séparation, j'oserais même le terme
d'indépendance. Tout est entrecroisé, tout est en interrelation, physiquement,
psychologiquement, intellectuellement, il n'y a pas d'indépendance. Il n'y a
d'indépendance qu'au delà du mental, l'individualité est au delà du mental, c'est
un évènement au delà du psychisme, au niveau physique et psychologique c'est la
personnalité qui est possible.
Quand la confusion est nettoyée, quand l'ignorance et les fausses
identifications sont balayées, Arjuna tu es alors libéré de ces aspects de la vie qui
génèrent le malheur.

Ashuba est traduit par beaucoup de commentateurs, y compris Max Miller,


par diable. Mais les vedas, les Upanishads, et la Gîta ne reconnaissent pas
l’existence indépendante du diable ou de quoi que ce soit de diabolique. Shuba et
Ashuba devraient être traduit par auspicieux et inauspicieux.
Que signifie auspicieux ? C’est ce qui par sa présence et son interaction
contribue au bien-être de tous. Ashuba c’est ce qui cause du tort et blesse le
mouvement naturel de bien-être et de bonheur autour de vous, pour les individus
et les choses.
Les commentateurs ont traduit cela par bien et mal. Vous voyez, les Vedas
proclament que la non dualité (advaïta) est l’essence de la vie. Bien sûr, ils ne
voient aucune séparation du bien et du mal, aucune existence autonome ou
fonctionnement du mal ou du diable. La libération est toujours une libération de
l’inauspicieux, de l’attachement et de l’identification à ce qui est limité. La
libération ou illumination n’est pas quelque chose de positif à acquérir, obtenir ou
s’approprier. Vous dispersez l’ignorance et la lumière de la compréhension est là,
non parce que vous avez créé la lumière mais parce que vous avez dispersé
l’ignorance. C’est une approche négative.

La spiritualité, comme la science a une approche négative, pas une


approche dogmatique autoritaire : il y a un dieu et donc vous devez croire en lui.
Ceci n’est pas la spiritualité. Eliminant en méditant, pointant les limites du
conditionnement, pointant l’existence du sans limite, c’est tout ce que fait la
spiritualité. Pointant les limitations inhérentes à la connaissance, elle fait
référence à l’existence de ce qui n’est pas accessible à la connaissance et au savoir.

L’autorité est inconnue dans le langage de la spiritualité. C’est une tentative


pour approcher la souplesse d’attitude, la docilité et l’humilité qui émergent de la
rencontre directe avec l’immensité, l’infini de la vie.

Il fallait quelqu’un comme Newton pour dire : quoique je connaisse,


quoique je sache, c’est comme un caillou sur le rivage de la connaissance.

L’humilité, la souplesse, la tendresse c’est ce qui apparaît quand on ressent


la présence du Tout, quand on ressent le mystère de l’interrelation. La présence
de ce mystère dans lequel nous demeurons et dont nous sommes, génère ce que
vous appelez l’humilité. Pas une humilité partielle, c’est à dire dans la relation
avec certaines personnes et pas les autres. Ce qui est partiel n’est pas vrai. La
vérité est de nature holistique, omniprésente.
Krishna dit à Arjuna : tu seras libéré de l’emprise de ce qui est inauspicieux,
les fausses identifications, les préférences, les préjugés, « les j’aime et je n’aime
pas » qui résultent de ces identifications. S’il n’y a pas d’identification ou en
langage moderne, s’il n’y a pas d’image de vous-mêmes que vous portez et tentez
de projeter de différentes façons dans différents registres, s’il n’y a pas d’image,
y aura-t-il un quelconque attachement ? Y aura-t-il quelque identification ? Y
aura-t-il quelque préférence ou parti pris ?

C’est l’image qui génère le fait d’aimer ou de ne pas aimer car l’image crée
ses propres normes et critères et veut établir des jugements de valeur sur toute
personne rencontrée. Quand il n’y a pas d’image, pas de critères ni de règles dans
le bagage de la mémoire, vous ne jugez pas les autres. « Ne jugez pas les autres,
laissez-moi être jugé ». C’est une autre façon de le dire, mais qui tend à explorer
le secret derrière ces belles paroles du prince de l’humanité. C’est aussi bien qu’un
mantra, ces mots sincères portent le parfum de l’authenticité de la vie. Ils ne sont
pas empruntés aux livres mais sont appris du livre de la vie et digérés.

L’inauspicieux résulte d’une fausse identification et la fausse identification


résulte de l’ignorance. Ainsi, c’est l’ignorance de ce qui est connaissable qui cause
toute sorte d’esclavage dans la vie. Arjuna, tu dois donc connaître et comprendre.

Quand le soleil apparaît et qu’il fait jour, l’obscurité disparaît de tous les
coins de la terre qui sont en contact avec le soleil. De la même façon, quand la
compréhension vient dans le cœur, l’ignorance est liquidée complètement.

La compréhension du principe de vie, le mystère de l’interrelation de la vie


va balayer complètement les racines de l’ignorance dans votre conscience. C’était
l’ignorance qui était inauspicieuse et vous êtes en train de vous libérer
complètement des griffes de l’ignorance.

Et quand les racines de l’ignorance sont complètement balayées par la


connaissance et la compréhension, Arjuna, tu verras que tu es arrivé à la paix, une
paix invincible, qui ne sera pas dérangée par l’arrivée de la souffrance ou du
plaisir, de l’honneur ou de l’humiliation dans ta vie. Le succès et l’échec ne
dérangeront pas ta paix. La paix sera une dimension.

Actuellement tu es dans un état de confusion, Arjuna, un état qui te met mal


à l’aise et paralyse tes actions, parce que tu as oublié le connu, ce que tu as fait,
ce que les Kauravas ont fait, comment tout ce qui s’est passé entre vous ces
quatorze dernières années n’a fait que préparer la guerre. Tu l’as préparé par tes
actions, par tes réactions. De multiples façons, tu as contribué à la préparation de
la guerre.
Et maintenant, sur le champ de bataille, pendant que tu te tiens là, tu veux
endosser le rôle de celui qui est dans son bon droit, disant : les Kauravas sont
idiots de vouloir se battre. Je sais que c’est mal, nous ne devrions pas nous battre,
ce sera la cause d’un bain de sang, la cause de ceci de cela, donc Krishna, je ne
vais pas me battre.

Tu voudrais prétendre être une personne dans son bon droit, supérieur à
eux. Mais tu as préparé la guerre Arjuna. Tu as oublié le connu, tu as oublié en
quoi tu y as contribué. Alors maintenant tu dis : je ne peux soulever mon arc, mon
corps tremble, je ne veux pas me battre, je ne vais pas me battre.
Krishna le charge. Toute description de la guerre et de ce qui est
inauspicieux, de la cruauté, du bain de sang, est-ce que tu ne savais pas tout cela
ces quatorze dernières années quand tu préparais la guerre ? Maintenant te voilà
dans une attitude désespérée, t’apitoyant sur toi-même, dans ton bon droit, ça ne
va pas, tu oublies le connu, ce que tu as fait, ce que tu as pensé, ce que tu as
ressenti.
Chacun de tes mouvements est action, que tu penses, que tu prononces un
mot ou émette un souhait, tout cela est action. Quand tu agissais dans l’obscurité
de l’inattention, de l’attachement, de la fausse identification, des préférences et
des préjugés, tu as contribué à cet état d’agitation, la triple agitation que nous
avons vue. Tout ceci était inauspicieux, Arjuna. Libère-toi de tout cela, reconnais
que tu as préparé la guerre, lèves-toi et bats-toi comme un homme.
Mets-toi en état de yoga, affrontes les conséquences de ce que tu as fait
clandestinement, ouvertement à l’extérieur et à l’intérieur, à travers ce que tu as
souhaité, imaginé, pensé ou dit. Affronte la situation que tu t’es créée dans la vie,
Arjuna, fais-y face comme un homme.

Le message de la Gîta nous dit de ne pas fuir la vie, de ne pas nous échapper
dans quelque registre sophistiqué, ce serait une faute. La vie c’est vivre et vivre
c’est être dans le mouvement de la relation. Ainsi, quand Krishna arrive aux
derniers mots de la Gîta, il dit : détruis les racines de l’ignorance, lève-toi oh
Arjuna, réveille-toi, élève-toi dans l’état de yoga, mets-toi en état d’union avec le
divin.

Qu’est-ce que cela implique ? Réveille-toi, lève-toi et unis-toi au divin à


travers l’éveil à sa présence. Rappelle-toi l’unité de la vie. La multiplicité et la
forme extérieure à l’intérieur du grand nombre et de la diversité. L’unicité, l’unité
est l’essence, parce que tout est relié.
L’état de yoga c’est être uni au divin à travers l’éveil. La réalisation de Soi
ou la réalisation du divin n’implique pas que tu deviennes dieu, le divin ou le
cosmos, tu es un condensé de cosmos, ta minuscule forme humaine est un cosmos
miniature, un champ d’innombrables énergies. Harmonise-les, connais-les, et ne
perturbe pas leur fonctionnement en introduisant l’égocentrisme, la manipulation
de ces énergies. Laisse-les couler Arjuna.

L’action ou Karma, c’est la destinée des êtres humains pour trois raisons.

1-L’organisme humain est le produit du temps, le produit de la civilisation


et le résultat final des conditionnements. Conditionnement signifie énergie
conditionnée. Ainsi le corps humain et le cerveau contiennent des énergies
conditionnées. Le mouvement de ces énergies conditionnées a été activé. Ce qui
a été préalablement activé est appelé Prarabhda Karma.
L’Isha Upanishad dit : Il n’y a pas d’autre possibilité pour l’humanité que
d’agir, car les énergies ont déjà été conditionnées, mises en mouvement, sous la
forme du corps humain.

Tu n’es pas la cause, mais celui qui agit. La cause, ce sont ces énergies
conditionnées. Laisse-les fonctionner. Regarde seulement si elles travaillent
harmonieusement, sans conflit, sans tensions.

L’action est incontournable car la forme humaine, y compris le cerveau, est


pleine d’énergies issues de la civilisation, de la culture, et elles ont leurs propres
contraintes. Y a-t-il une seule énergie qui ne crée pas de contraintes ? L’énergie
peut-elle être à l’arrêt ? Regardez sur le plan physique, l’énergie ne peut jamais
être à l’arrêt.

Ainsi elles créent leurs propres contraintes. Les innombrables énergies


contenues dans votre corps vont créer leurs propres contraintes. Quand ? Dés que
vos sens entrent en contact avec le monde extérieur. Quand la vue entre en contact
avec la lumière, elle voit. Voir ne dépend pas de la volonté. Entendre ne dépend
pas de la volonté. Le son est entendu, la forme est vue, l’odeur sentie, les choses
touchées car l’énergie du toucher est dans la peau. Voyez bien cela.

Donc ce que tu appelles l’action est réellement l’interaction spontanée entre


les énergies contenues en toi et celles du cosmos. Elles interagissent. Pourquoi
s’immiscer entre les deux et dire : je fais. Tu peux sembler être celui qui fait, mais
ce qui commande, c’est l’humanité toute entière dont tu es une partie.

2-La seconde cause ou raison, c’est qu’avec le conditionnement il y a un


potentiel d’intelligence. Dans la forme humaine, derrière, dessous, entre la danse
des énergies, il y a une intelligence cachée. Cette intelligence se manifeste par
exemple par le rythme de la respiration, qui encore une fois ne dépend pas de la
volonté, il a été conféré par l’intelligence. Ce principe d’intelligence, qui
imprègne tout, vit dans chaque cœur humain.

Nous pourrions dire dans chaque cœur non humain aussi. Nous pouvons
ajouter cela à la Gîta et faire notre Gîta du 21ème siècle. Le dernier mot de la
spiritualité n’a pas encore été dit.

La race humaine attend une transformation dimensionnelle. Les êtres


humains, qui sont allés à travers cette transformation holistique, vivent une
nouvelle dynamique des relations humaines, car il y a cette intelligence qui crée
un besoin d’amour, de partage, de compassion, de vérité, d’amitié. Ce sont des
besoins irrationnels. Cette intelligence va créer son propre besoin de savoir et
d’agir, et donc vous devez agir.
3-La troisième raison est que les énergies cosmiques, présentes autour de
vous, vont vous pousser dans l’orbite de l’inter relation et de l’interaction et vous
mettent au travail. Il n’est donc pas question de vouloir ou ne pas vouloir agir,
Arjuna, c’est le karma yoga inéluctablement. C’est ton destin, ce que tu as à vivre
afin de rester uni au divin, à travers tes actes et tes mouvements, dans la relation.
On n’oblige personne à agir, c’est le cycle de la vie.

Si de ce mouvement tu crées un esclavage, c’est ta responsabilité, ton


problème.

Un arbre vit heureux en contribuant à la vie par ses fleurs et ses fruits, il
grandit puis décline et meurt. Il manifeste son potentiel, il l’apporte au cosmos.
Les êtres humains peuvent faire la même chose, manifester leur potentiel, apporter
leur contribution par leurs actions, leurs faits, leurs mots, leurs pensées, leur
souffle. Respirer aussi est un acte.

Arjuna, établis-toi dans cet état de yoga où se fait doucement le sacrifice à


travers le souffle, où l’ignorance et les fausses identifications sont complètement
balayées, et donc les racines de ce qui est inauspicieux sont coupées. Alors fais
face au challenge que tu as toi-même créé.

Pourquoi Krishna dit-il : sois établi dans la compréhension ? Etre établi,


enraciné, dans la compréhension implique, mes chers amis, d’équiper les sens
pour qu’ils puissent faire face à l’intensité et à la rapidité de la compréhension ; il
convient d’équiper les structures des sens, les structures verbales et
psychologiques. Les organismes façonnent leurs énergies. Quand c’est fait, alors
vous êtes établis dans la compréhension.
Les gens atteignent la compréhension, mais ne s’y enracinent pas. Cela
reste une abstraction, une idée, un bout de connaissance dans leur cerveau, et donc
cela ne crée pas de changement qualitatif, holistique, dans leur vie. Cela fait d’eux
des humains meilleurs, sans aucun doute, mais le yoga c’est la libération des
impuretés, des déséquilibres.
La vie a des chemins très étranges. Quelques amis italiens voulurent étudier
ces anciens textes. Maintenant aussi ceux d’autre pays. Avant même le groupe
italien, il y eu une personne, Barbara Pennington, qui était venue étudier. Pendant
sept ou huit ans j’étudiai avec elle, deux ou trois mois. Et maintenant des
professeurs européens de hatha yoga ont ressenti le besoin d’étudier et
s’aperçoivent que Vimala est terriblement exigeante. Si vous entamez une telle
étude, allez aussi profond que vous pouvez, aussi loin que vous pouvez. Laissez-
moi remercier ces professeurs de yoga pour avoir créé l’opportunité d’une telle
interaction.
Je dois concentrer mon attention cinq mille ans en arrière, être avec l’auteur
pour sentir ce qu’il a essayé de dire. Vous savez, c’est un sacré travail. Nous
remercions aussi ceux qui sont là en observateur.