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CONCEPTION DES GRANDES CAVERNES SOUTERRAINES.

APPORT DES MODELISATIONS NUMERIQUES POUR LE PROJET


CERN-LHC1

DESIGN OF LARGE UNDERGROUD CAVERNS.


CONTRIBUTION OF NUMERICAL MODELLING TO THE CERN-LHC1
PROJECT

F. LAIGLE
Électricité de France, Centre d’Ingénierie hydraulique, France

RESUME : Ce article présente la démarche retenue pour dimensionner les soutènements mis en
œuvres dans le cadre des travaux d’excavation de deux grandes cavernes du projet LHC du CERN.
Le contexte particulier dans lequel sont réalisés ces ouvrages a nécessité la réalisation de calculs
sophistiqués, mais surtout une très bonne compréhension du comportement global du massif et du
mode de fonctionnement du soutènement. Le concept de soutènement retenu s’appuie
essentiellement sur un boulonnage passif et ne prend pas en compte le béton projeté comme un
élément structurel. Les travaux réalisés jusqu’à présent démontrent, grâce au système
d’auscultation, la pertinence des choix de conception qui ont été faits

Mots clés : cavernes, souterrain, CERN, modélisations, soutènement.

1. INTRODUCTION

En 2004, le CERN (Centre d’Étude et de Recherche Nucléaire), situé à proximité de Genève,


mettra en service le LHC (Large Hadron Collider). Il s’agit d’un accélérateur de particules qui
utilisera les 27km de l’anneau du LEP (Large Electron Positon). Sa mise en service est programmée
pour la fin 2005.
Sur le plan du génie civil, ce projet nécessite la réalisation en souterrain de nouvelles cavernes
disposées en divers endroits de la galerie existante du LEP.
Electricité De France, en partenariat avec le bureau d’étude britannique Knight Piésold, est
chargé des études et du suivi de réalisation du lot 1 qui consiste en l’exécution d’un complexe de
plusieurs cavernes, puits, galeries et bâtiments de surface. Ces prestations ont été engagées en mai
1996. L’ouverture officielle du chantier a eu lieu le 30 mars 1998 et l’achèvement complet du gros-
oeuvre est prévu pour fin 2002.
Au sein de la Joint Venture EDF - KP, les études qui ont été plus spécifiquement réalisées par le
Centre d’Ingénierie Hydraulique de EDF ont eu pour objectif d’étudier le comportement des
ouvrages en phase d’excavation et de concevoir l’ensemble des soutènements mis en œuvre durant
le creusement. Ceci passe préalablement par l’identification des modes de ruptures potentielles,
ainsi que par une compréhension correcte du fonctionnement et du rôle attendu du soutènement.
Pour analyser et identifier les pathologies susceptibles d’apparaître durant les travaux, de
nombreuses modélisations bidimensionnelles et tridimensionnelles ont été réalisées dont certains
apports seront présentés dans cet article.
Figure 1 – Creusement de la voûte de la caverne principale UX15

2. PRESENTATION DES OUVRAGES SOUTERRAINS DU LOT 1

Les principales excavations à réaliser sont représentées sur la figure 2. Il s’agit :


N de la caverne principale UX15, d’une portée de 35m, d’une hauteur de 42 m, et d’une longueur
de 56 m ;
N de la grande caverne auxiliaire USA15, d’une portée de 22 m, d’une hauteur de 17 m et d’une
longueur de 63 m ;
N de deux puits circulaires PX14 et PX16, de diamètres respectifs 18 m et 12,6 m, et d’une
profondeur de 60 m environ ;
N de plusieurs tunnels et galeries de jonction.

3. PRINCIPALES DIFFICULTES TECHNIQUES

Les principales difficultés mises en évidence lors des études sont essentiellement liées :
- à la nature géologique et géotechnique du massif ;
- aux grandes dimensions des principales excavations ;
- à la présence, dans l’environnement immédiat des nouvelles cavernes, d’ouvrages
existants et non initialement conçus pour résister aux sollicitations générées par
les nouvelles excavations ;
- à des conditions très strictes de planning.

3.1. Contexte géologique et géotechnique


Les ouvrages ont une couverture variant entre 70 m et 110 m d’épaisseur, dans la molasse
tertiaire du bassin genevois. Cette molasse est constituée d’une alternance de bancs d’épaisseur
décimétrique à métrique de grès durs, de grès tendres, de grès marneux, de marnes sableuses et de
marnes. Elle est surmontée de 5 à 10 mètres de moraine.
Les conditions géologiques et géotechniques pouvant engendrer des difficultés lors des
excavations et à long terme sont les suivantes :
N les faibles caractéristiques mécaniques des bancs marneux : La molasse se présente comme une
alternance de bancs de différentes natures géologiques, allant d’un grès massif de résistance en
compression simple supérieure à Rc = 20 MPa, jusqu’à une marne fortement altérée, dont la
résistance Rc est de l’ordre de 5 à 7 MPa.
N La nature des contraintes in-situ régnant initialement dans le massif molassique. Les contraintes
horizontales sont de l’ordre de 2 fois la contrainte verticale, elle-même correspondant
sensiblement au poids de la couverture sus-jascente.
N L’anisotropie des bancs marneux : Si les couches gréseuses peuvent être considérées comme
isotropes et probablement peu fracturées, ceci n’est certainement pas le cas pour les horizons
marneux. Ces derniers peuvent être feuilletés, avec des lits horizontaux très fins ayant des
caractéristiques mécaniques extrêmement faibles.
N Le risque de gonflement de certaines couches marneuses.
N L’altération des marnes à l’eau. L’exposition des matériaux marneux à l’humidité entraîne une
altération rapide et importante de leurs caractéristiques mécaniques.
N Le risque de fluage des couches de marne, et dans une moindre mesure, des couches de grès.

Figure 2 - Vue générale des ouvrages

3.2 Géométrie des ouvrages


Les dimensions exceptionnelles de certaines excavations, et l’imbrication de différents ouvrages
dans un volume de terrain relativement réduit, génèrent des difficultés de conception et de
réalisation. L’excavation de nouveaux ouvrages avec de très grandes portées va s’accompagner,
dans le massif encaissant, d’une réorganisation totale de l’état des contraintes. Des efforts
importants sont alors susceptibles de se reporter sur les ouvrages existants qui ne furent pas
dimensionnées pour reprendre de telles sollicitations.

3.3. Contraintes de planning


La réalisation des nouveaux ouvrages entraînera l’arrêt du LEP, et la destruction d’une partie de
la galerie située au droit de la caverne UX15. Un souci du CERN étant de limiter la durée d’arrêt
des expériences, et de réduire les délais de mise en service des nouvelles installations, le laps de
temps disponible pour la réalisation des phases de génie civil a été réduit au maximum.

4. APPORT DES MODELISATIONS POUR LA COMPREHENSION


DU COMPORTEMENT

De nombreuses modélisations numériques ont été réalisées dans le cadre de ce projet. Ceci se
justifie par la complexité des ouvrages liée à leurs géométries et au contexte géotechnique. Ces
simulations ont essentiellement été réalisées en utilisant les logiciels FLAC2D [1] et FLAC3C [2].
Les différents matériaux (marne et grès) ont été modélisés par une loi de comportement
élastoplastique supposant :
N Une élasticité linéaire indépendante de l’état des contraintes.
N Une résistance de pic définie par un critère linéaire de Mohr-Coulomb C pic , 1 pic .
N Une résistance résiduelle définie par un critère de Mohr-Coulomb Cres , 1 res .
N Une loi de radoucissement linéaire de la cohésion et de l’angle de frottement depuis les valeurs
1 1/ 2
de pic jusqu’aux valeurs résiduelles, en fonction de l’invariant I 2  e p .e ijp
ij .
2

Déviateur (Pa)
9,0E+6

8,0E+6

7,0E+6

6,0E+6

5,0E+6

4,0E+6

3,0E+6

2,0E+6

1,0E+6

0,0E+0
0,00% 0,50% 1,00% 1,50% 2,00% 2,50% 3,00% 3,50%
Déformation axiale

Figure 3 – Simulation d’un essai triaxial sur la marne

Pour les marnes qui constituent les niveaux les plus critiques, les caractéristiques mécaniques
retenues sont les suivantes :

Tableau 1 : Caractéristiques mécaniques de la marne

E 3 1pic C pic 1res C res

500 MPa 0,30 19° 1,20 MPa 12° 0,62 MPa

Un objectif des modélisations était de comprendre le comportement du massif durant les


excavations et d’identifier les pathologies susceptibles d’apparaître. Cette phase de compréhension
et d’identification des modes de ruptures potentielles est indispensable pour aboutir à une
conception adaptée et partiellement optimisée du soutènement.
Dans ce but, des modélisations bidimensionnelles mais surtout tridimensionnelles ont été
réalisées. Concernant les calculs 3D, un modèle intégrant l’ensemble des principaux ouvrages a été
préparé afin d’analyser le comportement global, de localiser les zones fortement sollicitées, et de
proposer un scénario d’excavation des différentes cavernes (figure 4).
Dans un deuxième temps, des simulations tridimensionnelles de zones particulières ont été
réalisées en intégrant une meilleure modélisation des séquences de creusement et des conditions
géologiques à proximité des ouvrages.
Les objectifs de ces calculs étaient :
N D’étudier les conditions de stabilité locale, en particulier au niveau des intersections des
cavernes et des puits ;
N De fournir une prédiction des déplacements attendus durant les phases de creusement afin de
pouvoir juger et analyser les mesures d’auscultation ;
N De rechercher une optimisation en cours de creusement des soutènements en terme de
quantité (réduction des longueurs et/ou de la maille des boulons) et de phasage de mise en
œuvre (réduction des contraintes imposées aux entreprises) ;
N D’initier un retour d’expérience et de valoriser les nombreuses mesures et études réalisées
pour ce projet.
Figure 4 – Modèle tridimensionnel global (ouvrages excavés)

Comprendre le fonctionnement du massif à partir de modélisations numériques nécessite une


démarche d’interprétation adaptée des résultats de calcul. L’estimation des déplacements est
intéressante pour réaliser une comparaison avec les mesures d’auscultation, mais ceci n’est pas
suffisant pour identifier le comportement de l’ouvrage. Ainsi, l’exploitation des résultats des
simulations a essentiellement porté sur l’analyse qualitative et quantitative des déformations au sein
du massif.
La figure 5 montre les zones sollicitées pour la caverne USA15. Il apparaît clairement que la
partie la plus sollicitée correspond à la voûte lorsqu’une couche marneuse intercepte la cavité. En
longpans, les zones endommagées restent limitées au voisinage de la paroi. En radier, la présence
d’une couche faible peut ici aussi générer une situation critique. Un tel comportement a
parfaitement été retrouvé par les mesures d’auscultation qui ont clairement démontré que la
présence d’une couche faible en voûte pouvait être critique et que le cisaillement des couches
faibles en voûte et radier de la caverne pouvait s’étendre profondément dans le terrain( mouvements
localisés des inclinomètres situés à 15 m des parois).

Figure 5 – Zones de cisaillement plastique autour de la caverne USA15

L’exploitation et la valorisation d’un tel modèle préalablement et en parallèle à l’avancement du


chantier, a ainsi permis :
N de définir et d’optimiser les techniques de confortement éventuel en cas d’évolution
critique ;
N de diminuer les soutènements et donc les délais de réalisation durant certaines phases de
creusement. Le boulonnage a ainsi été réduit de moitié sur les longpans de la caverne USA15,
compte tenu du comportement observé durant le creusement de la voûte et de la comparaison
qualitative et quantitative avec les prédictions ;
N de maintenir des spécifications strictes pour la mise en œuvre des soutènements lorsque
celles-ci s’avéraient nécessaires, tout en les réduisant et en permettant à l’Entreprise d’optimiser
ses cadences à d’autres moments.

5. CONCEPTION GENERALE DES SOUTENEMENTS

L’idée d’origine était de baser cette conception sur les principes de la « Nouvelle Méthode
Autrichienne » , à savoir de faire participer le terrain pour reprendre et faire transiter tout ou partie
des efforts induits dans la roche. Toutefois, sous le terme générique de « Nouvelle Méthode
Autrichienne » se cachent diverses approches qui diffèrent fortement lors de la réalisation de
grandes cavernes.
N Une première approche décrite sous l’appellation SCL « Sprayed Concrete Lining » suppose la
réalisation d’une structure suffisamment souple pour permettre une déformation du terrain tout
en assurant une reprise partielle des efforts par un revêtement en béton projeté.
N Une deuxième démarche correspond à la pratique généralement mise en œuvre pour la
réalisation de grandes cavernes sous moyenne et forte couverture. Le principe est alors
d’assister le terrain en le renforçant pour lui permettre de reprendre l’intégralité des
sollicitations induites par le creusement.

Afin de choisir l’un ou l’autre de ces concepts, il est indispensable d’analyser l’aptitude de
chacun d’eux à assurer la stabilité et la sécurité des ouvrages. Cette analyse comparative a débouché
sur le choix de la deuxième démarche, compte tenu des inconvénients inhérents à l’approche SCL,
dans ce cas particulier :
N Les portées des ouvrages étant importantes, il a été nécessaire de réaliser les excavations par
phases. La mise en œuvre de la méthode SCL impose une attention particulière pour la
conception et la réalisation des raccordements entre les coques de béton de chaque phase.
N La coque de béton projeté constitue l’organe quasiment unique assurant la stabilité d’ensemble
de l’ouvrage. Si localement un défaut de conception ou de construction ne lui permet plus de
reprendre les efforts induits, ceci peut déboucher très rapidement sur une rupture de la cavité.
Cette structure peut donc être considérée comme très faiblement hyperstatique.
N Même si cela dépend de la géométrie et des dimensions, la coque de béton projeté présente une
rigidité relativement importante. Dans le cas d’ouvrages réalisés dans des massifs où règnent de
fortes contraintes initiales, cette rigidité du soutènement va induire des efforts importants dans
la structure.
N Le contexte géologique rencontré à Genève (anisotropie du massif et des contraintes,
hétérogénéités) et l’agencement général des excavations étaient susceptibles de solliciter le
soutènement de manière ponctuelle, induisant des contraintes de cisaillement et des moments de
flexion importants. La reprise de ces sollicitations aurait alors nécessité la réalisation d’une
coque relativement épaisse de béton projeté, ce qui était en contradiction avec le principe même
de la Méthode Autrichienne.

Le seul avantage identifié pour l’approche SCL durant les études est la possibilité d’intégrer
explicitement une telle structure en béton dans un code de calcul sous forme de poutres (2D) ou de
coques (3D). Ceci permet de justifier plus aisément le dimensionnement du soutènement en
calculant à partir d’un modèle numérique des sollicitations.
Le type de soutènement finalement mis en œuvre pour les ouvrages du projet LHC1 correspond à
ce que Pierre Duffaut synthétise sous l’expression « des clous et une colle ». Ceci signifie que la
stabilité des excavations en phase de creusement repose sur :
N des boulons à ancrage répartis ;
N une couche de béton projeté de faible épaisseur et très peu rigide.
Le principe général est d’assurer un renforcement interne du massif par la mise en place de
barres scellées sur toute leur longueur, permettant le transfert des efforts induits dans le terrain
autour des excavations. Les figures 6 et 7 illustrent ce rôle du boulonnage dans le cas où une couche
marneuse ayant de faibles caractéristiques intercepterait un appui de la voûte.
Funiculaire des
Boulons renforçant la
contraintes dans le
couche faible
terrain

Niveau marneux

Figure 6 – Comportement schématique en Figure 7 – Comportement schématique


l’absence de boulons décrivant le rôle des boulons

La stabilité d’ensemble de l’excavation ne repose pas sur le dimensionnement d’une coque ou


d’un élément de structure, mais sur la capacité du terrain à reprendre les efforts. Dans ces
conditions, le massif est totalement libre de converger et de s’adapter, et le soutènement n’est
présent que pour contrôler et accompagner les mouvements. L’ouvrage peut alors être considéré
comme fortement hyperstatique, ce qui limite les risques de voir apparaître une rupture d’ensemble
en un faible laps de temps et sans indicateurs préalables. Cette « ductilité » de l’ouvrage constitue
un avantage indéniable par rapport à l’approche précédente qui conduit à une structure d’ensemble
beaucoup plus fragile.

Dans ces conditions, quel est le rôle effectif du béton projeté ?


Pour les grandes cavernes du projet CERN-LHC1 atteignant 34 m de portée, l’épaisseur de béton
projeté mis en place est inférieure à 20 cm. Que ce soit en longpans ou en voûte, une telle épaisseur
de béton ne peut être considérée comme une coque rigide, et peut parfaitement être assimilée à une
« colle » ou plus exactement à un « enduit ». Son rôle effectivement attendu est :
N de minimiser l’altération du terrain et en particulier des marnes sensibles à l’eau ;
N d’assurer un confinement minimal du terrain entre les boulons et la stabilité locale.
Cet aspect est extrêmement important puisqu’il conduit à accepter, dans une certaine limite, une
fissure localisée du béton projeté sans que ceci soit révélateur d’un effondrement du massif et
remette en cause la stabilité des excavations.

Les deux principales difficultés liées à cette approche sont les suivantes :
N les caractéristiques du boulonnage et ses conditions de mise en œuvre sont difficiles à justifier
au stade des études ;
N une fois le boulonnage mis en place, il est difficile de rattacher aux mesures de convergence un
niveau de sollicitation dans les boulons.
Le premier point fait actuellement l’objet de développement à EDF pour prendre en compte dans
les modélisations numériques par différences finies et dans un contexte industriel de projet de génie
civil, le soutènement par boulonnage passif.
Le deuxième aspect a été analysé durant les études du projet CERN-LHC afin de fournir des
critères d’alerte justifiant un renforcement du soutènement et pour tenter d’optimiser la mise en
œuvre des boulons en fonction des mesures d’auscultation.
6. DIMENSIONNEMENT DES SOUTENEMENTS

Le béton projeté n’étant pas censé participer à la stabilité d’ensemble des cavernes, son épaisseur
n’a pas été justifiée vis à vis de ce critère mais par rapport à des spécifications de mise en œuvre.

6.1. Dimensionnement du boulonnage


A l’heure actuelle, même si des simulations ont été réalisées, la définition initiale du boulonnage
a été établie sur la base du retour d’expérience issu :
N de publications techniques présentant des corrélations et relations empiriques ;
N des travaux antérieurs réalisés au début des années 80 lors de la réalisation des cavernes du
LEP.
La concaténation de ces expériences a fourni les caractéristiques géométriques de base du
boulonnage. Une optimisation de ce boulonnage a ensuite été réalisée simultanément au creusement
grâce à la réalisation de modélisations 3D et à une interprétation des mesures d’auscultation en
parallèle avec les prédictions et les résultats issus des simulations. La longueur des boulons en
partie centrale de la voûte de la caverne principale UX15 a ainsi été réduite suite à la réalisation
d’un modèle tridimensionnel plus précis de cette partie de l’ouvrage et grâce à l’expérience issue du
creusement de la première caverne USA15 de 22 m de portée.
Si ces modèles 3D continus ont permis une première optimisation du soutènement, ils n’ont
cependant pas intégré explicitement le boulonnage, sauf pour une modélisation particulière de la
caverne USA15. L’ensemble des boulons a été reproduit sous forme de barres et une comparaison a
été faite afin de quantifier théoriquement l’effet de ces derniers sur le comportement de l’ouvrage.

Figure 8 – Demi-modèle de la caverne USA15 intégrant le boulonnage

Il s’est avéré que dans ce cas particulier et avec les hypothèses de calcul retenues, l’effet
théorique du boulonnage était quasiment négligeable, réduisant de 5 à 10% les déplacements de la
cavité.
Pourtant, quel concepteur oserait préconiser la réalisation de telles cavernes sans boulonnage ?
Cette faible influence du soutènement est souvent constatée lors de la réalisation de
modélisations, et elles doit inciter à s’interroger sur les raisons d’une telle divergence entre
l’expérience et la théorie appliquée :
N La modélisation du boulon est-elle adaptée ?
N Le mode de fonctionnement du boulonnage est-il compris et correctement simulé ?
N Quel est l’effet du boulonnage dans les domaines des petites, moyennes et grandes déformations
de la roche ?
N Les réflexions doivent-elles porter sur la modélisation de la barre ou sur celle du terrain ?
Il s’agit de quelques questions auxquelles il est nécessaire de répondre pour que des simulations
continues 2D et 3D aujourd’hui relativement courantes puissent davantage participer à la définition
et à l’optimisation des soutènements.
6.2. Dimensionnement et justification des structures rigides
La voûte de la caverne principale UX15 est interceptée par 2 grands puits. En l’absence de tout
renforcement à la base de ces derniers, une concentration de contraintes importante se produirait
entre ceux-ci en clé de voûte, susceptible d’engendrer un effondrement général de l’ouvrage. Il a
donc été décidé de disposer, en partie inférieure de ces puits, des anneaux en béton rigidifiant la
voûte et concentrant les contraintes induites par le creusement. Ces structures, dont l’épaisseur varie
entre 2 m et 2, 50 m pour une hauteur maximale de 7 m, sont extrêmement rigides. Elles sont donc
soumises à des sollicitations très élevées induites par des mécanismes de confinement, de torsion et
de flexion.
La justification de ces anneaux de renforcement et leur dimensionnement ont fait appel à des
modélisations numériques tridimensionnelles.

Figure 9 – Vue partielle du maillage de la voûte de la caverne principale UX15

No damage zone Damage zone


(pre-peak behaviour) (post-peak behaviour)

With Collars Without Collars

Figure 10 – Zones endommagées avec mise en Figure 11 – Zones endommagées en l’absence


place des anneaux à la base des puits. des anneaux à la base des puits.

Les figures 10 et 11 montrent avec les mêmes échelles les zones endommagées où la roche a
atteint le domaine de comportement post-pic. Il apparaît clairement que l’absence des anneaux de
renforcement engendrerait une rupture importante du terrain en clé de voûte.

8. CONCLUSION
Les ouvrages souterrains en cours de réalisation dans le cadre du lot 1 du projet LHC du CERN
sont exceptionnels compte tenu du contexte géologique, des dimensions des principales cavernes et
de l’agencement de l’ensemble des excavations. L’analyse des conditions de stabilité en cours de
creusement et le dimensionnement de l’ensemble des soutènements est donc très complexe et a
nécessité la réalisation de plusieurs calculs bidimensionnels et tridimensionnels. Ces simulations ne
sont cependant pas suffisantes et il était indispensable de compléter cette analyse :
N par une bonne compréhension des mécanismes de transfert des contraintes autour des ouvrages ;
N par une définition précise des objectifs du soutènement et du mode de fonctionnement du
boulonnage passif ;
N par la définition de critères limites permettant d’optimiser le soutènement ;
N par la mise en place d’un système d’auscultation performant permettant de valider le concept
retenu pour le soutènement et les dimensionnements réalisés.
Un aspect essentiel décrit dans cet article est le rôle attribué au béton projeté. Celui-ci est
uniquement destiné à protéger le terrain durant les phases d’excavations et à assurer un très faible
confinement entre les boulons. Il n’a donc pas été pris en compte dans les calculs de stabilité. La
fonction de soutènement est essentiellement assurée par des boulons scellés ayant pour vocation de
renforcer et d’armer le terrain pour permettre le transfert des contraintes autour des excavations.
Si cette conception du soutènement, dans ce cas précis, est la mieux adaptée, il est par contre plus
difficile de justifier le dimensionnement du boulonnage à partir de modélisations numériques
continues. Des réflexions doivent être menées pour améliorer les outils de calcul afin d’exploiter
pleinement les résultats des simulations à des fins de dimensionnement.

9. REFERENCES

[1] FLAC2D Version 3.20 Itasca- Consultants SA.


[2] FLAC3D Version 2.00 Itasca- Consultants SA.
[3] P. Londe et D. Bonazzi, « La roche armée », 3e Congrès international de mécanique des roches,
Denver, USA, 1974.
[4] F. Laigle ; B.Boymond, F. Saive et C. Guitton, « CERN-LHC1. Les études et débuts des
excavations du lot 1 », Tunnel et Ouvrages souterrains, n° 157, janvier-février 2000.
[5] F. Saive et R.Parkin, « Auscultation des ouvrages souterrains du lot n°1 du CERN – Projet
LHC », Tunnel et Ouvrages souterrains, n° 163, janvier-février 2001.