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Analyse

POST-PRAE-LUDIUM PER DONAU


Luigi Nono
pour tuba et électronique

Gabriel Dufour-Laperrière
dans le cadre du Séminaire Musique Mixte
donné par Philippe Leroux
Introduction

POST-PRAE-LUDIUM est une oeuvre pour tuba et électronique crée le 17 octobre 1987 dans le
cadre du festival de Donaueschingen par Giancarlo Schiaffini. Elle fait partie cette dernière période
de composition de Luigi Nono où l'électronique et l'écriture est engagée non plus d'une manière
ouvertement politique mais plutôt de manière personnelle. Une tragédie de l'écoute. Elle semble
avoir été conçue durant une période de recherche intense avec Schiaffini. L'expérimentation fut
donc faite jusqu'à la création. On peut le voir par la partition manuscrite et ses annotations de
diffusion. Cette oeuvre a de particulier, à l'intérieur du répertoire de Nono, qu'elle utilise une
écriture non stricte où l'instrumentiste (ainsi que les techniciens de son, opérateurs des machines)
décide selon certaines indications spécifiques. Cela démontre bien ce changement, cette dernière
période, qui se tourne vers une écriture de la matière sonore. De l'amplification, du « phasing »,
de la réverbération, un filtre, de la spatialisation et aucune bande. Le tuba alimente chacun des
programmes à fin de créer un nouveau paradigme sonore.
Une partition pour les ingénieurs sons est aussi éditée. Il s'agit d'une simple ligne indiquant le
pourcentage des potentiomètres. Voici les différents programmes:
Considérations formelles

Partie durée section PGM segment


A 5'20'' 1 0'00'' à 4'30'' 1 Vert, bleu, jaune, rouge

2 4'30'' à 5'20'' 1 Vert pâle, bleu, orange

B 5'42'' 1 5'20'' à 7'00'' 2 a

2 7'00'' à 7'53'' 3 b

3 7'53'' à 10'00'' 4 c

4 10'00'' à 11'12'' 1 d 10'00

1 e 10'55''

C 2'27'' 1 11'12'' à 13'40'' 1 a 11'13''

1 b 12'15''

1 c 13'00''

L'oeuvre est constituée de trois parties distinctes.

A-
est construite à partir de quatre types d'actions différentes. Nono indique bien qu'il s'agit
davantage de timbres que de hauteurs. Un code de couleur indique les différents parcours à
l'intérieur de ses 4 types d'actions que le tubiste est libre de choisir. Un ordre est cependant
suggéré: vert, bleu foncé, jaune et rouge pour un premier segment à 30 à la noire durant
approximativement 4 minutes 16 secondes. Ce qui donne environs 1 minutes 23 par parcours. Un
deuxième segment d'approximativement 1 minutes 4 secondes à 60 à la noire parcours les lignes
vert pâle, bleu et finalement orange, donna environs 23 secondes par parcours. Ces quatre modes
de jeux sont :

1-de courtes notes brèves


entre fa3 et do5 en demi-pistons (½ ventil) :

2-des notes chantés entre ré4 et la4

3-des notes jouées avec un léger vibrato entre ré4 et la4

4-des multiphoniques, soit jouer et chanter en même temps, entre mi3 et sol4

Chaque mode de jeu à ces propres nuances :


En ce qui concerne les ingénieurs sons, ils doivent, de manière volontairement aléatoire, monter
et descendre les entrés et les sorties des délais afin de les alimenter et les distribuer dans la salle.
À partir de 4 minutes 30, la réinjection, l'entré et la sortie est au maximum pour une durée de 50
secondes. Il s'agit de la deuxième section de la partie A. À noter que l'accélération commence
environs 14 secondes avant la monté des effets.

B-
est composée de quatre sections effectuant les programmes 2, 3, 4 et 1.

La première section consiste en une succession de notes longues et très courtes dans un registre
allant de do5 à fa5 dans une nuance quintuple piano. Des micro-intervalles sont joué à l'intérieur
de ce registre. Une partie de l'expérimentation avec Schiaffini fut faite sur un tuba à 6 pistons,
permettant aisément l'exécution des ¼ de tons. Ici, l'électronique effectue un décrescendo des
effets de A durant toute la durée de B, soit 1 minutes 40 secondes. Le programme inclut du
« phasing » et un halafon.

Une deuxième section pppppp de 53'' avec une réverbération de 30 secondes consiste en de
longues notes « pui mobile possible » avec des micro-intervalles. L'effet est une note très grave et
continue.

Le troisième segment demande une alternance entre de moyennes, de très courtes et de longues
notes avec doigté alternatif (bisbillando) entre do4 et fa4, donc un octave plus bas que la
première section de B. Un filtre à 566hz en plus d'une réverbération de 10 secondes sont
présents.

Finalement, la dernière section de B comporte deux segment. Premièrement, un crescendo (à


l'électronique ainsi qu'à l'instrument) de 55'' sur une fa4 sur des notes tenues plus ou moins
longues. Un deuxième segment pourrait être considérer comme la tenue du fa en triple forte
durant 15''.

C-
Dernière partie, C consiste en un grand decrescendo de 2 minutes 27 secondes. Elle consiste a
superposer le fa continuant dans la réinjection des délais à des matériaux de la partie A. Nous
pourrions considérer un deuxième segment à 12'15'', à la fin des délais et un troisième segment à
environs 13'00'' où l'amplification se termine et laisse ainsi pour la première fois le tuba seul pour
conclure l'oeuvre.

Considérations sur les hauteurs et le rythme.

On retrouve dans POST-PRAE-LUDIUM PER DONAU beaucoup de similitudes avec Das Atmende
Klarsein (1980-81), pour choeur, flute et électronique. En effet, dans cette dernière oeuvre, des
successions entre parties chantés et des soli de flute basse forment la totalité de l'oeuvre. On y
retrouve un contraste entre ces deux différentes matières : la flute présente des matériaux
complexes au niveau du rythme, des hauteurs ainsi que du timbre (avec l'électronique) alors que
les parties avec choeur présentent un matériau beaucoup plus épuré et fait à partir de quartes,
quintes, tritons et demi-tons. On peut retrouver cette dualité dans les matériaux de POST-PRAE-
LUDIUM. D'abord, en considérant les parcours de A, on y retrouve une complexité rythmique dans
le premier système juxtaposé à l'épuration des deux systèmes suivant, constitués de quartes,
quintes, tritons et demi-tons ayant rapport avec la voix. Ainsi, un certain traitement de la voix
propre à Nono est présent dans cette pièce pour tuba. Le couplage des deux matériaux est aussi
présent, entre autre dans la partie B.

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