Vous êtes sur la page 1sur 2

Nous cherchons aujourd’hui l’homme parfait, dont tous ses besoins sont assurés

d’une façon intacte. Mais la souffrance lui bouleverse sa vie, et une très petite
bactérie, par exemple, l’accable de multiples souffrances et pourra lui causer la
mort. La médecine vient réduire un aspect de ces souffrances mais le domaine de la
souffrance humaine reste très vaste et possède de multiples dimensions. « La
souffrance est quelque chose d'encore plus ample que la maladie, de plus complexe
et en même temps plus profondément enraciné dans l'humanité elle-même »1. Donc
l’homme parfait n’est pas un homme qui n’a pas de douleur et qui ne connaît
aucune maladie, car l’expérience humaine montre que, la souffrance semble être, et
elle est, quasi inséparable de l'existence terrestre de l'homme2.
Alors quelle est la solution devant cette problématique?
Certains répondent par l’élimination de la vie quand ils n’arrivent plus à éliminer la
douleur ou réduire la souffrance ; c’est l’euthanasie. Nous pouvons ainsi avoir une
vue d’horizon vers où la pensée sécularisée s’oriente et où elle pourra arriver
devant son incapacité de donner un sens à la souffrance et par la suite à la mort.
Ceci nous permet aussi de comprendre si certaines sociétés parviendront à légaliser
l’euthanasie pour ceux qui souffrent au niveau psychique et morale car ils sont
arrivés à un stade où la psychologie n’arrive pas à les guérir3. Ajoutons les futures
tentatives pour appliquer ce qu’on appelle l’euthanasie sociale pour les personnes
qui sont devenues inactives et non productives, car elles deviennent des coûts
supplémentaires sans aucun rendement.

En tant que chrétiens nous ne pouvons pas fuir notre réalité et notre nature
humaine, car notre Seigneur est devenu homme et a vécu dans sa chair tout ce que
l’homme vit et surtout la souffrance. Il a souffert au niveau social, dans l’abandon
de toute la foule et même de ses disciples, au niveau spirituel, à Gethsémani et au
Golgotha l’abandon du Père : « "Eli, Eli, lema sabachtani", c'est-à-dire: "Mon
Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné?" » (Mt 27 :46), et au niveau
physique durant toute sa Passion4. De plus le Christ a couru la souffrance jusqu’au
bout, « jusqu'à la mort, et la mort sur une croix! Aussi Dieu l'a-t-il exalté » (Ph
2 :8-9).
Donc « la Rédemption s'est accomplie par la Croix du Christ, c'est-à-dire par sa
souffrance »5.Dieu a voulu libérer l’homme de la souffrance et du mal, alors il
sauva l’homme par son amour divin et envoya son Fils unique pour souffrir et
montrer à l’homme que la vraie souffrance n’est pas celle temporelle seulement

1
Jean Paul II, Salvifici Doloris, n.3.
2
Ibidem.
3
Plus que 70% de la population du monde civilisé prennent quotidiennement des calmants.
4
Thévenot X., Souffrance – Bonheure – Ethique, Editions Salvator, Paris, 1992, pp. 37-38.
5
Jean Paul II, Salvifici Doloris, n.3.
« mais la souffrance définitive: la perte de la vie éternelle, le fait d'être rejeté par
Dieu, la damnation. Le Fils unique a été donné à l'humanité pour protéger l'homme
avant tout contre ce mal définitif et contre la souffrance définitive »6. Alors,
l’Église, témoignant de cet amour, se tient solidaire avec la souffrance de chaque
homme, et c’est ce qui explique son insistance sur l’accompagnement et
l’assistance des mourants pour qu’ils ne souffrent pas moralement en plus de leur
souffrance physique. Cette présence exprime la compassion et la solidarité de
l’entourage du mourant, et la présence de Dieu près du mourant et avec lui dans ses
souffrances, ce qui les rend plus paisibles et supportables.

D’autre part, tous les hommes qui souffrent sont solidaires à cause de leur situation
et leur destinée similaire, ou à cause du besoin d’attention, de compréhension et de
soins. « Bien que le monde de la souffrance existe dans la dispersion, il est donc
aussi par lui-même un singulier appel à la communion et à la solidarité »7. Devant
cette vérité la souffrance de l’homme peut prendre un aspect de solidarité avec
Celui qui souffre pour le Salut de l’humanité entière, et dans ce sens la souffrance
de tout homme prendra un sens et pourra être salvifique.

6
Ibid, n.14.
7
Ibid, n.8.