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Examen DE UNI VERSA

- Question 6

- Préparé par SAAB Farid

Sujet: Dans l’épisode de l’aveugle-né, Jean 9, 1-4 1, il est question de vue et de péché:

a- Commentez le texte en montrant que la cécité n’est pas due au péché et que la guérison de
l’aveugle est l’oeuvre de Dieu.

Exégèse et commentaire:

La fonction de Pépisode du chapitre 9. est de montrer qu’avec Jésus sont arrivés les temps
messianiques.

Chez Jn, il s’agit d’un aveugle de naissance, situation sans parallèle dans la tradition synoptique. Le
texte montre l’efficacité souveraine de la lumière, il met aussi en valeur l’engagement de la part de
l’homme.

Le texte invite tout lecteur à se situer par rapport aux personnages du récit : Serat-il, comme
l’aveugle né. ouvert à la parole ou bien comme ses adversaires, refermé sur le savoir qu’il détient?
Sera-t-il voyant ou aveugle?

U «homme» du récit est aveugle de naissance, et sa cécité ne provient pas du péché. II ne peut donc
être une figure de la condition pécheresse de l’humanité; son état symbolise une autre ténèbre,
native, celle où tout homme se trouve avant d’être éclairé par la révélation du Fils. Dans le prologue.
Jean a défini le logos comme la lumière qui luit dans la Ténèbre (1,5). ici. en présentant l’aveugle
né, il semble remonter à cette origine, car l’illumination des hommes se fait au cours de l’histoire et
en chacun «eux.
Ainsi la problématique dont on pose tourne autour de la question du péché et si la cécité de cet
aveugle se voit comme un résultat du péché?

On se rappelle d’Isaïc (42. 16). le chant du serviteur:« Je ferai marcher les aveugles sur un chemin
inconnu d’eux, sur des sentiers inconnus d’eux je les ferai cheminer, je transformerai devant eux les
ténèbres en lumière»\

C’est une invitation directe à croire en la volonté divine que ce miracle est vraiment «l’oeuvre de
Dieu », une opération miraculeuse qui a transformé l’aveugle né et qui a bouleversé et perturbé ses
adversaires.

La question des disciples concernant la causalité de la cécité, subit une réponse décisive de Jésus :
«Ni lui n’a péché, ni ses parents, mais afin que soient manifestées les oeuvres de Dieu en lui [...J
pendant que je suis dans le monde, je suis la lumière du monde ». En trois mots, Jésus récuse
l’alternative posée par les disciples, et donc le postulat d’un lien automatique entre souffrance et
culpabilité, péché personnel et malheur, envisagé comme punition.

Jamais Jésus ne nous est montré, spéculant sur l’origine du mal. Il en prend acte, comme de la réalité
qu’il vient combattre en vaincre, pour la gloire de son Père, lui le héros du Royaume de Dieu, venu
dans le monde pour faire reculer le règne de Satan (Mt 12. 22-30).

Jésus affirme que la présence de l’aveugle va être l’occasion de montrer concrètement, dans
l’immédiat. qu’il vient apporter la lumière dans ce monde de ténèbres. C’est l’oeuvre de Dieu dans
le monde qui s’est transférée à la communauté chrétienne, pressée d’agir tant qu’elle a la liberté de
témoigner.

Ensuite, on trouve que Jésus prend immédiatement l’initiative d’agir « Il cracha àterre et fit de la
boue [...1 va te laver à la piscine de Siloé. Il s’en alla donc et se lava et revint voyant » (y. 5-7).

On s’arrête dans ces versets sur l’obéissance «aveugle» si l’on ose dire, de l’aveugle né et la
conséquence «il revint voyant» et la curiosité des proches les pousse à lui demander: Comment se
sont ouverts tes yeux? Il répond (y. 10-11) en exposant le fait tel qu’il est et pour les responsables et
pour les pharisiens qui l’interrogent deux fois (9. 13-17 et 9. 24-34) et qui vont jusqu’à convoquer
ses parents (9. 1 8-23) et Jean les montre divisés (les pharisiens) et essayent de nier le fait. puis de
moins en moins sûrs d’eux-mêmes et se refermant sur leur «vérité », enfin réduits à l’argument
d’autorité et à l’usage de la force.

Cette «vérité» suppose, selon les pharisiens, que Jésus est un pécheur puisqu’il avait enfreint la loi.
Or, de la loi, le miraculé a retenu l’essentiel: tout se joue dans l’accomplissement de la volonté
divine. Pour lui, Jésus agit de la sorte puisquil a pu accomplir ce que personne avant lui na fait. En
l’appelant «prophète », il ne pense pas à un titre de porté messianique: que le terme désigne un
homme de Dieu fidèle à sa mission; l’étonnant pour le miraculé n’est plus le miracle, mais le fait que
les autorités ne sachent pas d’où vient Jésus qui l’a accompli (9, 30) (message a tout chrétien,
adressé par Jean, pour choisir entre l’enseignement de la synagogue (loi) et la fidélité au Christ).

La confession de foi succincte de l’aveugle guéri est l’apogée d’une illumination progressive pour
cet homme qui a trouvé en Jésus « la lumière de la vie ».

Enfin vient une controverse en (9, 39-41) où Jésus dit «c’est pour un jugement que moi je suis venu
dans le monde, afin que les non-voyants voient et que les voyants deviennent aveugles ! ». Une
signification spirituelle — symbolique: par Jésus ceux dont le regard spirituel était enténébré
peuvent accéder à la pleine clarté de la foi. Mais les «voyants» qui refusent la lumière de l’Envoyé
de Dieu, ceux-là manifestent la réalité de leur aveuglement spirituel et là repose vraiment la question
du «péché» le fait de refuser Dieu; les pharisiens qui étaient avec Jésus lui dirent ~<serions-nous,
nous aussi, aveugles?» (y. 40) et la réponse de Jésus explique tout: «Si vous étiez aveugles, vous
n’auriez pas de péché. Maintenant vous dites nous voyons. Votre péché demeure ! » (y. 41). Ce
verset est déjà en soi une conclusion à méditer et une réponse finale qui affirme que le mal ne vient
pas de Dieu parce qu’il est l’amour absolu.

Et la cécité de cet aveugle né n’est jamais le résultat d’un péché, ce sont les pharisiens qui sont
enfermés dans la catégorie du «péché» et de «l’aveuglement ». Leur aveuglement persistant est
manifesté par leur suffisance, leur prétention à «voir ». alors qu’ils refusent de voir l’action
salvatrice du Seigneur. et leur prétention à «savoir », qui les fait se poser en juges. et condamner
comme «pécheurs» aussi bien l’aveugle guéri que Jésus lui-même. Comme toujours chez Jean, le
péché que Jésus dénonce est foncièrement le refus de la lumière.

b- Montrer comment le savoir sur le péché a cédé le pas à l’expérience du salut?

La question du péché nous paraît spontanément d’une importance secondaire et d’un intérêt
médiocre. Il nous semble tout à fait possible même de parler de la relation de l’homme au Dieu de
Jésus-Christ et de l’existence chrétienne sans faire mention de la notion du péché. Du péché il n’y a,
de fait que peu à dire, pour cette raison dirimante que le péché n’est rien, qu’il est le «rien ». Le
péché n’existe pas, il «est» ce que qui n’existe pas dans l’action que nous accomplissons. Il est
purement manque et absence.

Le péché n’est, cependant, pas n’importe quel manque. Il n’est pas, d’abord, ce par quoi nous
manquons de quelque chose, mais ce par quoi nous manquons àDieu et à autrui en décevant leur
attente, ou encore ce par quoi nous manquons àDieu et à autrui en décevant leur attente, ou encore ce
par quoi nous manquions Dieu et l’autre et nous-mêmes, indissociablement. C’est dire que le péché
n’est pas, premièrement. un manque que nous subissons, mais un manque que nous provoquons, tout
en voulant l’ignorer et le dénier.

- On n’a donc pas tort de relativiser la place du péché. Le péché n’a, en soi, ni intérêt ni importance.
Il ne compte qu’en référence à cet unique essentiel qui est la relation d’amour authentique à Dieu.

- Dans notre condition concrète, solidaires que nous sommes dune humanité qui a toujours vécu sa
relation à Dieu sous le signe du conflit, l’amour authentique n’est jamais une donnée sûre et
immédiate, mais il a toujours le visage de l’appel à la convention.

- Le fait de connaître soi-même, exige une certaine connaissance de la finitude de la personne


humaine, autrement dit de ces limites qui l’empêchent d’être totalement le maître chez soi. On dit
qu’un certain nombre de mes conduites échappent de fait au pouvoir de ma volonté : elles sont «plus
fortes que moi ». Dans ce cas. la transgression ne doit pas être nommée péché mais défaillance.

Cette distinction ne poserait pas de problèmes, si l’homme n’était pas habité par le voeu de toute-
puissance que le mythe d’Adam et Eve signale, comme nous l’avons vu, sous la forme du désir du
fruit défendu.

Comment ce voeu de toute puissance intervient-il dans l’acceptation ou le refus de se reconnaître


pécheur?

Selon deux processus possibles et parfois plus ou moins simultanés.

Une première possibilité consiste à nommer péché ce qui n’est que défaillance. En effet, certains
psychismes supportent mal de reconnaître qu’ils ne sont pas les maîtres absolus chez eux. Ce genre
des personnes percevaient soudain qu’elles trouvaient des bénéfices cachés à se nommer «pécheurs
». Mais on voit aussi la stratégie inverse. En effet, il est des personnes qui ont péché tout a fait
librement et pour fuir cette atteinte apportée à leur belle image d’elles-mêmes, elles vont déclarer
que «c’était plus fort qu’elles» et dénier ainsi leur péché en l’appelant défaillance.

Il faut être attentif à cette double stratégie:

Selon Xavier Thevenot (moraliste — théologien, institue cath de Paris) « Il n’est jamais simple, à
propos de la psychanalyse, de déterminer avec exactitude la part de responsabilité qui est la nôtre.
Toutefois, il est tout de même possible de percevoir ce qui domine de l’expression de mes limites ou
de la manifestation de ma liberté pervertie ».

Xavier continue à dire dans son livre «les péchés»: «Je préfère affirmer que faire de l’homme
l’origine exclusive de tous les maux du monde, c’est lui attribuer un incroyable pouvoir de
destructivité qui conforte de belle façon le voeu de toute puissance ! » (p. 70).

Donc l’homme est aussi fini dans le pouvoir de faire le mal que dans celui de faire le bien. Mais
puisqu’il ne peut à l’évidence se prendre pour le Dieu du bien, l’homme préfère parfois, se prendre
pour le dieu du mal: le diable. ((Gn 2-3) nous a appris que lhomme n’est décidément ni Dieu ni
diable).

L’homme cherche, en effet, la cause de la souffrance qui l’assaille, car il supporte difficilement
l’absurdité du mal.

Ce genre des réactions est expliqué dans le récit de l’aveugle né (jn 9, l-3) dont Jésus refuse
l’équation de ses disciples (souffrance = conséquence du péché) et Il répond que ni l’aveugle, ni ses
parents n’ont péché.

Donc il faut connaître que le péché est un refus de ce qui construit l’homme en vérité, puisque le
plan de Dieu est de faire que la créature humaine arrive à un statut plénier d’homme debout,
d’homme réussi, de fils adoptif libéré. Péché est donc déshurnanisant. C’est régresser à un stade qui
nuit au développement intégral de l’homme. C’est donc inévitablement engendrer des situations
douloureuses où l’homme ressentira de façon pénible les conséquences de son aliénation.

Mais, pour ne pas commettre d’erreurs, il convient de bien distinguer entre ce que les théologiens
appellent le mal physique subi (exemple : la cécité) et le mal moral (le péché). Il est en effet dans la
nature de l’homme, parce qu’il est une créature, de ressentir des échecs, des souffrances et enfin de
devoir affronter la mort. Ces différents types de souffrances ne sont évidemment pas conséquences
immédiates du péché : ils sont tout simplement conséquences de la conditions de créature de
l’homme.

Par contre, les conséquences du péché ce sont, d’une part, les mauvais rapports de l’homme à ce
type des souffrances : celles-ci deviennent, par exemple, occasions de révolte blasphématoire ou
d’athéisme, au lieu d’être occasions d’un acte dépouillé de foi et d’humilité; et d’autre part, les maux
supplémentaires qui surgissent de l’exploitation de l’homme par l’homme. C’est que le péché prend
corps dans notre monde. Comme le dit excellemment G. Martelet: «C’est le mal se faisant organique
dans les individus et dans le monde. C’est la misère spirituelle de l’homme, sous forme de structure
inventée ou acquise qui prend pouvoir sur nous, bien qu’elle soit un effet de notre liberté ».

Pécher ne veut pas dire orienter l’acte humain vers un néant, mais c’est priver l’acte humain de sa
transcendance à l’égard de Dieu. En conséquence le péché concerne aussi la teneur même de l’acte
accompli, non dans la matérialité de son exécution mais dans la façon dont le sujet le vit
psychologiquement et spirituellement.
Le péché est non seulement un non à Dieu, mais c’est aussi un non à l’homme:

c’est l’échec du désir qui se replie sur sa propre puissance limitée et qui échoue donc en tant que
liberté (distinction entre péché mortel et péché véniel) et on dit que le péché n’est véniel que par
analogie, car il réalise d’une façon imparfaite l’intentionnalité et les effets du péché mortel. C’est
seulement à ce dernier que, sous l’angle éthique, s’applique la définition donnée de « thématisation
du désir de l’absolu dans des objets finis» et d’un point de vue théologique, celle d’« acte à travers
lequel l’homme place dans un bien limité le sens ultime de sa vie, en revendiquant son autonomie
face à Dieu ».

A un degré différent de gravité le péché est de toute façon toujours la preuve de la liberté c’est-à-dire
l’événement critique où elle mesure le prix de ses choix antérieurs, où elle découvre son caractère
faillible mais où elle se révèle, là aussi comme liberté humaine.

Tout chrétien, tout homme est invité a pensé sa liberté, malgré ses péchés, sous le signe de
l’espérance. Le fait de sentir que Dieu, l’amour absolu, est toujours présent pour le salut de
l’homme. Cette liberté à la lumière de l’espérance est une liberté qui s’affirme malgré la mort et
malgré tous les signes de la mort. C’est une liberté pour nier la mort et pour déchiffrer les signes de
la résurrection (Rn 5, 15-17) : «Mais il n’en va pas du don comme de la faute. Si, par la faute d’un
seul homme, la multitude est morte. combien plus la grâce de Dieu et le don conféré par la grâce
d’un seul homme, Jésus Christ, se sont-il répandus à profusion sur la multitude... ».

Le langage spirituel, à la différence du langage éthique, place le mal devant Dieu (Ps 50 «la
confession du péché »).

Replacé devant Dieu, le mal est réintroduit dans le mouvement de la promesse. Le repentir,
essentiellement dirigé vers le futur, s’est déjà détaché du remords qui est une réflexion se référant au
passé. Nous devons donc avoir le courage d’incorporer le mal dans Léthiquc de l’espérance.

Par cette ouverture à la vérité de Dieu miséricordieux l’homme se libère de son repliement sur soi-
même et refuse toute vision fataliste qui pousse à la peur. Il faut avoir confiance en Dieu et connaître
bien que le péché n’est pas une réalité étrangère à l’homme, c’est à lui de faire le choix puisque tout
est clair.

Cette dimension de l’espérance doit rester ouverte et elle se réalise dans la réconciliation avec soi-
même et avec les autres. Sur le plan chrétien, elle se concrétise dans la miséricorde de Dieu et dans
son pardon.

Il faut déjà noter que, sur le plan de l’instinct, l’aspect négatif du sur-moi en tant qu’instance
d’interdiction ne peut se séparer de l’aspect positif de l’identification avec la figure paternelle. Est
pécheur celui qui refuse Dieu et la volonté d’amour divin. Nous n’acquerrons le sens du péché que
lorsque nous recevons la révélation de la fidélité de Dieu à notre égard : (le récit de la vocation
d’Isaïe (is 6), Isaïc prend une vive conscience de son état de pécheur solidaire d’un peuple pécheur.
par un tel aveu. Isaïe se prête à l’intervention salvatrice. Le rayonnement de la sainteté de Dieu le
purifie de sa faute). Ajoutons que la bonne nouvelle du Nouveau Testament. c’est quavec Jésus ce
dernier mot de Dieu est prononcé; c’est le salut. Mais enfin tout dépend de l’homme et de l’attitude
qui adopte face à cette bonté divine, l’homme est libre voire de dire «non » à Dieu (Rahner).

Dès lors, il ne s’agit pas tant d’aboutir à une connaissance du péché que de consentir, tout
simplement et tout humblement, à sa re-connaissance. Tout se joue sur la prise de conscience que
nous opérons graduellement du drame de notre existence devant Dieu, au titre sérieux de notre
liberté. C’est en reconnaissant le regard de Dieu, ce que nous sommes, et en découvrant ce que nous
désirions, en vérité, que nous autorisons à bâtir une théologie du péché. Sans une réinsertion dans
notre démarche personnelle vers la foi et sans un renouvellement de notre décision sur le péché et
pour Dieu qui est la conversion, notre discours sur le péché se prive de tout contenu existentiel.

Plus nous jetons un voile sur notre condition de pécheurs, plus nous risquons de nous méprendre sur
le contenu et l’exigence de la conversion chrétienne, de l’existence croyante.

Ce qui nous est demandé au jour le jour, c’est tout simplement de croire, de devenir en vérité des
croyants. En mettant le péché entre parenthèses, nous serions enclins à rester à la surface du mystère
de notre destinée (salut) et àréduire, illusoirement, le drame qui est toujours la foi.

La foi doit être en Dieu qui a voulu, par amour, sauver l’homme «toute chair verra le salut de Dieu»
(Mt 3, 3) et puisque le salut, le Royaume, est désormais arrivé et puisqu’il est parmi nous, il est
nécessaire de changer de mentalité, de route et d’adhérer à Jésus, de croire. C’est la « metanoia », la
mutation intérieure, totale, définitive, fondement d’une vie nouvelle. Un retour total à Dieu qui
attend et accueille: la parabole du fils prodigue (Le 15, 11-32) nous révèle de façon suggestive
l’attente de l’amour miséricordieux de Dieu, le retour, la conversion lente et tourmenté.
l’empressement du Père qui attend le pécheur pour lui offrir son pardon et son salut, en lui
demandant un repentir sincère et une conversion totale.

Dieu attend, accueille le pécheur par le Christ et dans le Christ. Jésus ne se borne pas à parler de
conversion : c’est Dieu lui-même qui convertit: « Je ne suis pas venu appeler les justes, mais les
pécheurs au repentir» (Le 5, 3 1-32) ; il dit «Tes péchés sont remis» (Le 7, 48). C’est donc lui qui
opère la conversion. Cette conversion sera une nouvelle naissance, une renaissance Un 3, 7). C’est
un rachat de la part du Christ (1 tm 2, 6). C’est renouer le dialogue, coupé par le péché, avec Dieu,
avec le Christ, avec l’Eglise et avec le monde.

• (A lire, dans le catéchisme de l’Eglise catholique, article 4. Le sacrement de pénitence et de


réconciliation).

e- Comment pouvez-vous expliquer la crise du péché dans notre monde contemporain? Quelles
sont les solutions que vous proposez pour dépasser cette crise?

Comment se pose, de nos jours, la question théologique du péché?

Il semble qu’elle ne se pose plus de tout! «On a perdu le sens du péché ». Le Pape Pie XII déclarait
dans son radio-message: «Peut-être que le plus grand péché dans le monde d’aujourd’hui, c’est que
les hommes ont commencé àperdre le sens du péché ». C’est une crise spirituelle de notre
génération. Comment et pourquoi?

1- Symptômes

Les symptômes de la perte du sens du péché sont de l’ordre du langage, de l’expression


sacramentelle, de la conduite et du vécu intérieur.

• Au plan du langage: Les notions de péché, contrition, absolution, pénitence recouvrent un contenu
de plus en plus incertain aux yeux de la plupart. Certaines notions sont même en voie de disparition,
pure et simple sous le coup de l’oubli : ainsi de l’attrition, de l’imperfection ou de la satisfaction.

• Au plan de la conduite : tout ce qui est ressenti comme négatif et frustrant pour notre désir est
suspecté d’inhumanité.
• Au plan du vécu intérieur; nous éprouvons quelque difficulté à faire une place juste et réelle à notre
effort de discipline et de pénitence, toutes choses qui se retrouvent dans notre attitude envers le
sacrement de pénitence. Nous ne savons plus en quoi consiste le péché. Il nous est comme
impossible de le localiser et de l’étiqueter. Les «catalogues» oraux de péchés que véhiculent
l’enseignement ordinaire de l’Eglise, les bonnes moeurs sociales et les interdits familiaux sont battus
en brèche, ignorés ou même remplacés par des coutumes contraires et statistiquement
prépondérantes.

La crise de la conception et de la pratique de cette «conversion quotidienne », coextensive à


l’existence croyante, s’inscrit, à sa manière. dans la crise plus générale du langage et de l’expression
sociale de la foi. qui renvoie elle-même àune crise actuelle de la communication de tout ce qui est
humain.

2- Les raisons de la perte du sens du péché

Les raisons sont, tout à fait, liées au problème de la liberté. Toute question relative au péché est, en
effet, une question relative à la liberté, pour autant qu’elle est liberté de l’homme, sans être une
liberté authentiquement humaine (3 raisons).

2.1- Un doute sur la réalité de la liberté humaine

L’exigence du péché suppose la responsabilité, et celle-ci la liberté qui s’avère si fragile et si faillible
de par son environnement. L’homme ne veut pas s’accuser, car il se sent toujours excusé. Le refus de
la culpabilité dénote, donc, une défiance au sujet du pouvoir effectif de notre liberté.

2.2- Une méfiance devant tout donné extérieur à la liberté humaine

La liberté, on la veut seule, ni sujette ni dépendante par rapport à un donné qui ne serait pas son
oeuvre.

Ce terme de «donné» recouvre bien des choses. Sous ce terme, nous rassemblons ce qui est avant
nous et devant nous, ce qui paraît préfabriqué et préétabli sans être entièrement justiciable de notre
libre décision. Dans l’ordre de la connaissance, le donné est l’héritage de la culture profane comme
le noyau normatif de la tradition ecclésiale. Face à notre désir, le donné est le système de normes e
de lois qui balisent notre comportement. Dans la vie sociale, le donné est concrétisé par les
institutions et les hommes détenant l’autorité. Nous y voyons une menace d’aliénation pour notre
liberté. Nous y voyons un obstacle àl’exercice de notre responsabilité et de notre créativité.

Nous appartenons à de multiples communautés dont les normes ne s’harmonisent plus, ce qui
produit en nous insécurité et insatisfaction, et nous oblige à redonner le primat à notre conscience
dans l’élaboration de notre destinée, au prix d’une critique des diverses institutions qui nous
sollicitent, alors qu’elles sont en conflit entre elles et en voie de déstructuration en elles-mêmes.

L’incertitude grandissante sur ce qui est permis ou défendu dans notre société ne fucilite pas l’éveil
de la conscience morale.

Le rôle éducateur de la loi, à commencer de la loi civile, est cependant, premier chronologiquement
dans l’histoire de l’individu comme dans la constructio
nd’une société. A y réfléchir de plus près, cette méfiance de l’homme moderne devant ce qui est
autre de sa liberté, devant l’altérité, dénote une inquiétude sur la capacité de cette liberté à affronter
autrui dans une rencontre personnelle. Tout ce qui semble extérieur à notre liberté nous paraît
s’imposer à nous arbitrairement. Ainsi «faire ce qu’on veut» sera le principe du plaisir humain en
ignorant l’échec et la limite.

2.3- Une difficulté à admettre la liberté de Dieu comme Autre

Que l’on est envisagé le péché comme désobéissance à Dieu, manque d’amour àson égard, il s’agit
toujours d’une crise dans une relation pensée comme rapport intersubjectif de l’homme à une sorte
de partenaire qui lui ferait face. Dieu est plutôt appréhendé comme l’amour ressembleur de la
communauté humaine, que comme un sujet personnel d’amour, constituant un terme original de
notre désir. Dieu est plus volontiers caractérisé en termes d’intériorité comme «le fond de notre être
même» (Tillich), la profondeur infinie et inépuisable de notre amour, la source de notre vie, que
comme un existant en soi et par soi qui serait Autre que nous, voire le Tout-Autre.

Dieu est davantage attendu comme la réalisation du désir de l’homme en matière d’épanouissement
personnel et de réconciliation universelle, que comme l’intrusion dans notre histoire d’une liberté
qui nous interpelle, nous déroute et nous provoque à un perpétuel dépassement de notre projet
humain.

Si, en effet, le sens de notre conduite ne vient plus d’un Dieu devant qui nous agissons et qui est en
droit d’attendre quelque chose de nous, mais de pur choix de notre liberté, il est plus difficile et plus
rare de reconnaître et d’avouer notre déviance.

La peur « d’objectiver Dieu >~ est une des raisons de la perte du sens du péché.

Devant les raisons exposées, nous découvrons que ce qui est perdu, ce n’est pas le sens du péché,
mais un certain sens du péché comme transgression d’un interdit et d’un conflit entre la liberté et la
loi divine. «11 est interdit d’interdire ». C’est le refus de la culpabilité qui dénote l’angoisse d’être
jugé, cette angoisse flottante qui s’attache à nos images parentales et à ceux qui les font revivre pour
nous. peu ou prou (le professeur, le psychologue, le prêtre et ultimement Die
ucomme père). La peur d’être jugé est l’angoisse la plus pénible, elle entraîne le rejet des figures
d’autorité et de Dieu lui-même, pour autant qu’il est perçu comme le juge qui menace et condamne.

Francis Jeanson écrit: «L’athéisme, en ce qui me concerne, n’a pas d’autre sens qui celui d’un refus
de la culpabilité ». C’est la culpabilité latente que l’homme contemporain éprouve et dénie parce
qu’il se sent trop fragile pour l’assumer. Cet homme moderne vit toujours sa relation à Dieu sous le
signe du conflit, et qu’il culpabilise tellement cette situation de violence qu’il enfouit sa culpabilité
et la dénie. Ce dévoilement de sens, amené à des crises éthique, familiale, institutionnelle, voire des
crises de l’Eglise, des sacrements... ces expressions seront inexactes par ce que leur vrai sens se situe
dans l’homme lui-même qui s’oppose au plan de Dieu et vit dans les ténèbres qui rendent l’homme
un esclave de sa méfiance en Dieu et victime de sa liberté « aveugle ».

3- Quelles sont les solutions proposées pour dépasser cette crise?

Plusieurs voies semblent ouvrir un accès à une certaine restauration:

La première, est la reconnaissance de notre responsabilité collective à l’égard du destin de


l’humanité entière.

Ce qui invite à penser à une analyse de l’amour, qui le seul fondement qui peut restaurer le sens de la
valeur d’une conduite dans notre relation à l’autre, là où la norme sociale et morale est contredite.
C’est le fait de restaurer la valeur des obligations qui orientent notre devenir, donner le primat au
sens que notre conduite tire de l’attente de l’autre, et non de notre simple décision isolée (exigence
de la justice et de l’amour). Une réflexion sur l’amour doit faire percevoir que le péché n’est pas une
coloration surajoutée à un comportement par une répression d’origine sociale et religieuse, mais
qu’il est inachevé, insuffisant et non authentiquement humain.

Dans cette ligne d’amour. se manifestera à nous la sainteté de Dieu, qui n’est autre que la perfection
de son amour. «Tous les attributs de Dieu, sont des attributs de l’amour» (P. Varillon) parce qu’il est
l’amour réussi et vrai, l’amour de Dieu est l’amour donné et fidèle (le sens des obligations et des
interdits doit être compris par amour pour le bien commun et de l’homme lui-même et d
el’autre et de la société toute entière). Selon St Augustin: «Dieu plus intime ànous que nous-mêmes
» (aucune cause pour être « athé »).

Puisque notre sens du péché est la réplique de notre sens de l’absolu de l’amour divin,
équivalemment de la sainteté de Dieu, la tâche spirituelle la plus urgente n’est pas de culpabiliser
l’homme mais de retrouver le pressentiment du mystère de cet amour divin qui est donné, fidèle et
sans compromission.

11 faut atteindre l’enjeu de notre quête dans la foi.

A un certain sens du péché, qui a fait son temps, il nous est loisible, et utile, de substituer un autre
sens du péché, plus ajusté à notre culture.

Alors le sentiment que nous aurons de notre distance par rapport à cet amour sera un indice
existentiel de notre condition de pécheurs.

Prenons le Christ comme chemin lui «qui est devenu l’un de nous en tout semblable à nous, hormis
le péché, il a voulu mener la vie même d’un artisan de son temps et de sa région, il a mangé avec les
publicains et les pécheurs... » (G.S 32).

Sa vie qui ne se distingue en rien de la vie de tout un chacun, car il partage en tout notre existence
quotidienne. Tout cela est sous l’effet de l’amour, car l’amour est voeu de présence totale à celui
qu’on aime «parole de la croix» (1 co 1. 18).

L’unique voie pour une meilleure connaissance de l’amour de Dieu est l’offrande totale de notre vie
sous le signe de consentement à la réalité, de la disponibilité àceux avec qui nous cherchons à opérer
quotidiennement notre conversion chrétienne, de l’imploration humble et confiante. Nous n’avons
d’intelligence de l’amour sauveur que par un propos effectif de conversion. Notre démarche de
conversion y répond, qui est suscitée, de part en part, par le don de la grâce, au sein de la
communion de foi et d’amour qu’est l’Eglise.

Enfin, on peut dépasser toute crise, si nous sommes vraiment réalistes, optimistes, capables de
connaître le mécanisme de la crise et les moyens d’en sortir. Sans oublier le rôle de la prière et de
l’espérance en Dieu qui efface nos péchés et purifie nos âmes pour être en lui et pour lui les bons
témoins.