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Sujet no9 : dans l’épisode de l’aveugle né, Jean 9, 1-41, il est question de vue et de

péché :
A- Commentez le texte en montrant que la cécité n’est pas due au péché et que la
guérison de l’aveugle né est l’œuvre de Dieu ?
B- Montrez comment le savoir sur le péché a cédé le pas à l’expérience du salut ?
C- Comment pouvez-vous expliquer la crise de péché dans notre monde
contemporain ? Quelles sont les solutions que vous proposez pour dépasser cette
crise ?

Présentation de l’épisode de l’aveugle né :


A- Jean 9, 1 En passant, il vit un homme aveugle de naissance.
Jean 9, 2 Ses disciples lui demandèrent: "Rabbi, qui a péché, lui ou ses parents, pour qu'il soit né
aveugle?"
Jean 9, 3 Jésus répondit: "Ni lui ni ses parents n'ont péché, mais c'est afin que soient manifestées
en lui les œuvres de Dieu.
Jean 9, 4 Tant qu'il fait jour, il nous faut travailler aux œuvres de celui qui m'a envoyé; la nuit
vient, où nul ne peut travailler.
Jean 9, 5 Tant que je suis dans le monde, je suis la lumière du monde."

B- Jean 9, 6 Ayant dit cela, il cracha à terre, fit de la boue avec sa salive, enduisit avec cette
boue les yeux de l'aveugle
Jean 9, 7 et lui dit: "Va te laver à la piscine de Siloé" - ce qui veut dire: Envoyé. L'aveugle s'en
alla donc, il se lava et revint en voyant clair.
Jean 9, 8 Les voisins et ceux qui étaient habitués à le voir auparavant, car c'était un mendiant,
dirent alors: "N'est-ce pas celui qui se tenait assis à mendier?"
Jean 9, 9 Les uns disaient: "C'est lui." D'autres disaient: "Non, mais il lui ressemble." Lui disait:
"C'est moi."
Jean 9, 10 Ils lui dirent alors: "Comment donc tes yeux se sont-ils ouverts?"
Jean 9, 11 Il répondit: "L'homme qu'on appelle Jésus a fait de la boue, il m'en a enduit les yeux
et m'a dit: Va t'en à Siloé et lave-toi. Alors je suis parti, je me suis lavé et j'ai recouvré la vue."
Jean 9, 12 Ils lui dirent: "Où est-il?" Il dit: "Je ne sais pas."

C- Jean 9, 13 On le conduit aux Pharisiens, l'ancien aveugle.


Jean 9, 14 Or c'était sabbat, le jour où Jésus avait fait de la boue, et lui avait ouvert les yeux.
Jean 9, 15 A leur tour les Pharisiens lui demandèrent comment il avait recouvré la vue. Il leur
dit: "Il m'a appliqué de la boue sur les yeux, je me suis lavé et je vois."
Jean 9, 16 Certains des Pharisiens disaient: "Il ne vient pas de Dieu, cet homme-là, puisqu'il
n'observe pas le sabbat"; d'autres disaient: "Comment un homme pécheur peut-il faire de tels
signes?" Et il y eut scission parmi eux.
Jean 9, 17 Alors ils dirent encore à l'aveugle: "Toi, que dis-tu de lui, de ce qu'il t'a ouvert les
yeux?" Il dit: "C'est un prophète."
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D- Jean 9, 18 Les Juifs ne crurent pas qu'il eût été aveugle tant qu'ils n'eurent pas appelé les
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parents de celui qui avait recouvré la vue.


Jean 9, 19 Ils leur demandèrent: "Celui-ci est-il votre fils dont vous dites qu'il est né aveugle?
Comment donc y voit-il à présent?"
Jean 9, 20 Ses parents répondirent: "Nous savons que c'est notre fils et qu'il est né aveugle.
Jean 9, 21 Mais comment il y voit maintenant, nous ne le savons pas; ou bien qui lui a ouvert les
yeux, nous, nous ne le savons pas. Interrogez-le, il a l'âge; lui-même s'expliquera sur son propre
compte."
Jean 9, 22 Ses parents dirent cela parce qu'ils avaient peur des Juifs; car déjà les Juifs étaient
convenus que, si quelqu'un reconnaissait Jésus pour le Christ, il serait exclu de la synagogue.
Jean 9, 23 C'est pour cela que ses parents dirent: "Il a l'âge; interrogez-le."

Cʹ- Jean 9, 24 Les Juifs appelèrent donc une seconde fois l'homme qui avait été aveugle et lui
dirent: "Rends gloire à Dieu! Nous savons, nous, que cet homme est un pécheur."
Jean 9, 25 Lui, répondit: "Si c'est un pécheur, je ne sais pas; je ne sais qu'une chose: j'étais
aveugle et à présent j'y vois."
Jean 9, 26 Ils lui dirent alors: "Que t'a-t-il fait? Comment t'a-t-il ouvert les yeux?"
Jean 9, 27 Il leur répondit: "Je vous l'ai déjà dit et vous n'avez pas écouté. Pourquoi voulez-vous
l'entendre à nouveau? Est-ce que, vous aussi, vous voudriez devenir ses disciples?"
Jean 9, 28 Ils l'injurièrent et lui dirent: "C'est toi qui es son disciple; mais nous, c'est de Moïse
que nous sommes disciples.
Jean 9, 29 Nous savons, nous, que Dieu a parlé à Moïse; mais celui-là, nous ne savons pas d'où il
est."
Jean 9, 30 L'homme leur répondit: "C'est bien là l'étonnant: que vous ne sachiez pas d'où il est, et
qu'il m'ait ouvert les yeux.
Jean 9, 31 Nous savons que Dieu n'écoute pas les pécheurs, mais si quelqu'un est religieux et fait
sa volonté, celui-là il l'écoute.
Jean 9, 32 Jamais on n'a ouï dire que quelqu'un ait ouvert les yeux d'un aveugle-né.
Jean 9, 33 Si cet homme ne venait pas de Dieu, il ne pourrait rien faire."
Jean 9, 34 Ils lui répondirent: "De naissance tu n'es que péché et tu nous fais la leçon!" Et ils le
jetèrent dehors.

Bʹ- Jean 9, 35 Jésus apprit qu'ils l'avaient jeté dehors. Le rencontrant, il lui dit: "Crois-tu au Fils
de l'homme?"
Jean 9, 36 Il répondit: "Et qui est-il, Seigneur, que je croie en lui?"
Jean 9, 37 Jésus lui dit: "Tu le vois; celui qui te parle, c'est lui."
Jean 9, 38 Alors il déclara: "Je crois, Seigneur", et il se prosterna devant lui.

Aʹ- Jean 9, 39 Jésus dit alors: "C'est pour un discernement que je suis venu en ce monde: pour
que ceux qui ne voient pas voient et que ceux qui voient deviennent aveugles."
Jean 9, 40 Des Pharisiens, qui se trouvaient avec lui, entendirent ces paroles et lui dirent: "Est-ce
que nous aussi, nous sommes aveugles?"
Jean 9, 41 Jésus leur dit: "Si vous étiez aveugles, vous n'auriez pas de péché; mais vous dites:
Nous voyons! Votre péché demeure."
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I- Commentaire du texte :

Le climat de cette cène est un climat de tension et de division provoqué parmi les
juifs par l’action et la parole de Jésus. La séquence se clôture comme la précédente
par l’échec d’une tentative d’arrestation, après laquelle Jésus quitte Jérusalem. En
voici le schéma d’ensemble :
A. Jésus et les disciples, préalables théologiques : 9,1-5
B. Jésus et l’aveugle, guérison et réaction des voisin : 9,6-12
C. Les pharisiens et l’aveugle guéri. 1er interrogatoire : 9, 13-17
D. Les juifs et les parents timorés : 9,18-23
Cʹ. Les juifs et l’aveugle guéri, 2e interrogatoire : 9, 24-34
Bʹ. Jésus et l’aveugle guéri, confesseur de la foi : 9, 35-38
Aʹ. Jésus et les pharisiens, conclusion symbolique : 9,39-41
Les thèmes principaux sont : voir, savoir, péché.

A. Jésus et les disciples, préalables théologiques : 9,1-5


La question des disciples va au cœur d’un grave problème théologique et
présuppose une idée traditionnelle de la rétribution, que le livre de Job avait
fortement mise en cause. Si on l’admet le lien de causalité entre infirmité et péché.
Le cas de l’aveuglement de naissance fait problème. Il faut donc penser qu’il paye
ou bien qu’il paye pour la faute de ses parents, ce qui est fort injuste, ou bien qu’il
a lui même péché dans le sein de sa mère avant de naitre. A cette question grave,
Jésus ne répond que de la façon la plus brève et indirectement mais d’une façon
décisive. En trois mots Jésus récuse l’alternative posée par les disciples, et donc le
postulat d’un lien automatique entre souffrance et culpabilité, péché personnel et
malheur envisagé comme punition.
Davantage Jésus semble écarter le problème lui-même. Jamais il ne se
montre spéculant sur l’origine du mal. Il en prend acte, comme de la réalité qu’il
vient combattre et vaincre, pour la gloire de son père, lui le héros du Royaume de
Dieu, venu dans le monde pour faire reculer le règne de Satan.
Le cas de l’aveugle né ne relève donc pas de qlq culpabilité individuelle,
mais de cette douloureuse énigme d’un monde où le diable, le dislocateur de la
création divine, est à l’œuvre.
Il affirme que la présence de l’aveugle va être l’occasion de montrer concrètement
qu’il vient apporter la lumière au monde des ténèbres. Il ne faut pas quand même
presser dans cette logique de conjonction « afin que ».

B. Jésus et l’aveugle, guérison et réaction des voisin : 9,6-12


Contrairement à ce qu’on a vu en 5,6, jésus ne pose aucune question préalable à
l’infirme, en vue de lui faire exprimer son désir de guérison. Il prend
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immédiatement l’initiative d’agir. L’homme de sa part sans poser des questions


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exécute immédiatement l’ordre reçu, une obéissance aveugle, et par là il participe à


sa propre guérison. Une des originalités de ce récit sera que la controverse autour
de cette guérison va se développer dans les trois scènes suivantes en l’absence de
Jésus.
C. Les pharisiens et l’aveugle guéri. 1er interrogatoire : 9, 13-17
Etant donne qu’il a violé le sabbat ! L’affaire provoque chez les pharisiens une
scission. Voici donc que la notion de péché, introduite par la question initiale des
disciples, est transférée sur la personne de Jésus, en tant que transgression du
sabbat. Cependant la divergence provisoire d’opinions des pharisiens retarde pour
l’instant sa condamnation. Les gardiens de la loi semble s’en remettre à l’ancien
mendiant pour trancher le débat : que dis tu à son sujet ? La progression de la
lumière dans l’esprit de l’aveugle guéri ressemble à ce qui s’est passé pour la
samaritaine, comme elle en un premier de moment d’éveil de foi il reconnait en
jésus un prophète. Les pharisiens cherchent un complément d’information.

D. Les juifs et les parents craintifs : 9,18-23


On y voit un style répétitif pour insister au fait du retour de la vue à
l’aveugle. Les parents timorés deviennent en effet l’image des judéo-chrétiens de
la fin du siècle, du moins de ceux qui n’osent plus confesser ouvertement leur foi,
par crainte d’excommunication de la synagogue. L’attitude des parents met en
valeur l’attitude courageuse du fils, su cours de son nouvel interrogatoire.

Cʹ. Les juifs et l’aveugle guéri, 2e interrogatoire : 9, 24-38


L’ancien aveugle a attribué à Jésus la qualité de prophète. Les pharisiens ont
décidé que la violation du sabbat était déterminante pour rejeter Jésus dans le
camp des pécheurs. L’hoe guéri leur oppose leur vérité contraignante. Et
poursuivant son raisonnement, il va opposer à leur non-savoir le vrai savoir qui
devrait être le leur « nous savons ». Au second degré l’aveugle guéri devient
comme le confesseur du christ face à leurs adversaires juifs. Un plaidoyer sensé de
l’AT, où l’on trouve jamais une guérison d’un aveugle de naissance laisse les
interlocuteurs sans réponses. Ainsi dans leur colère, furieux, ils n’acceptent pas
qu’un pécheur leur apprend et il l’expulse. Il se retrouvera avec Jésus, il est un
chrétien exemplaire.

Bʹ. Jésus et l’aveugle guéri, confesseur de la foi : 9, 35-38


C’est parce qu’il a appris cette expulsion scandaleuse que Jésus trouve le miraculé
et l’interroge sur sa foi. Au lieu de l’ego eymi, il use d’une formule différente et
admirable « celui qui parle avec toi… » La confession de foi succincte de
l’aveugle guéri est l’apogée d’une illumination progressive pour cet homme, qui a
trouvé en jésus la lumière de la vie.

Aʹ. Jésus et les pharisiens, conclusion symbolique : 9,39-41


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Ici se manifeste l’opposition violente des pharisiens à l’action salvatrice du fils de


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l’homme. C’est sur ce plan que jésus va tirer la conclusion de l’épisode.


Le lecteur peut reconnaitre dans ces paroles sur le jugement un écho de 3, 18-20,
où s’énonçait déjà le thème de la lumière qui juge les hommes, en révélant leur
attitude profonde. La formulation en est ainsi paradoxale encore.
La guérison de l’aveugle est élevée par Jésus à une signification symbolique : par
lui, ceux qui ont le regard spirituel était enténébré peuvent accéder à la pleine
clarté de la foi. Mais les « voyants » manifestent la réalité de leur aveuglement
spirituel. Au départ le péché était mentionné à titre d’hypothèse, pour expliquer la
condition de l’aveugle né. En fin de parcours, ce sont les pharisiens qui sont
enfermés dans les catégories du péché et de l’aveuglement.

II- comment le savoir sur le péché cède le pas à l’expérience du salut :

Etonnant renversement qui donne le sens profond de l’épisode. Si les pharisiens se


reconnaissaient humblement comme aveugles (spirituels), ils pourraient être eux
aussi illuminé par la révélation du Fils de l’homme. Leur aveuglement persistant
est manifesté dans leur suffisance et leur prétention à voir, alors qu’ils refusent de
voir l’action salvatrice du seigneur, et leur prétention à savoir qui les fait se poser
en juges, et condamner comme pécheurs aussi bien l’aveugle guéri que Jésus lui-
même. Le péché que Jésus dénonce chez Jean est le refus de la lumière.
1- Le péché comme aveuglement : la difficulté vient de ce que le péché
aveugle celui qui le commet. Le pécheur ne sait pas qu’il pèche, comme le montre
l’histoire de David qui a besoin de la parole de Nathan pour connaitre son péché.
C’est en ce sens que dans l’évangile de Jean Jésus dit aux pharisiens, fidèles
observant de la loi, qu’ils sont les pires des pécheurs, parce qu’ils n’ont pas
conscience de leur orgueil, ils sont prisonniers du bien qu’ils font. Dans la
parabole du publicain, ce dernier n’est pas prisonnier du mal, parce qu’il le
reconnaît devant Dieu. Ces deux exemples rejoignent l’exemple humain universel,
où le péché prive celui qui le commet de lucidité.

La raison de cet aveuglement est que le péché pourrait être reconnu par la
reconnaissance de sa responsabilité, mais pour ressentir sa culpabilité il faut une
capacité morale, psychologique, et spirituelle que le péché détruit.

Maints récits bibliques relèvent que le péché a des conséquences néfastes


dans l’ordre personnel, social et religieux que dans l’ordre de la création. En ce
sens les prophètes présentent les malheurs advenus dans l’histoire du peuple élu
comme un processus pédagogique. Cet aspect est universel. Le péché est connu
dans ses effets. D’autre part l’évangile ouvre des nouveaux horizons.

2- le péché dévoilé dans l’amour et le pardon conduit au salut : le savoir sur le


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péché cède à l’expérience du salut car c’est l’amour de Dieu et le salut offert, qui
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éclairent la conscience pour se découvrir pécheur et vivre le salut. Ainsi pourrait-


on dire que le péché est connu comme tel quand le salut le précède et lui permet de
paraître. Le péché prend sens lorsqu’il y a un acte de salut.
La notion de péché n’est pas la même selon la conscience morale et on peut sur ce
point relever une évolution de la notion de péché corrélative de l’affinement de la
morale et de l’expérience du salut :

 Dans un premier lieu, la notion de péché était d’abord liée à celle du


malheur. Elle fut comprise par les prophètes comme atteinte à dieu même
« contre toi, et toi seul, j’ai péché… »
 En deuxième lieu, dans l’AT les prophètes insistent sur le caractère
désintéressé de l’amour de Dieu. En effet le péché ne détruit pas l’être de
Dieu : Jérémie 7, 19 Est-ce bien moi qu'ils blessent - oracle de Yahvé - n'est-ce pas plutôt eux-
mêmes pour leur propre honte? Cette théologie est présente dans la parabole de
l’enfant prodigue où le père souffre du malheur de son fils perdu.
 Il faut noter que cette vive conscience que le péché atteint Dieu se radicalise
dans le NT, où la souffrance de Dieu dans le fils incarné. C’est alors que le
péché est dévoilé dans toute sa malice, le péché n’est connu comme péché
que parce qu’on connait l’amour de Dieu. C’est l’amour de Dieu qui est le
premier.
 Ainsi Paul se convertit au Christ en même temps où il comprend que la
répression de ses frères juifs disciples du christ est une atteinte à la personne
du christ, fils de Dieu (Ac 9,4). Dans l’épître aux Romains affirme que c’est
donc la connaissance du Christ qui éclaire la nature de la faute, et permet de
dire que c’est un péché. Ainsi le péché n’est vraiment connu comme tel que
par ceux qui savent ce qu’est le bien et comme une atteinte à l’amour de
Dieu même. La connaissance sur le bien précède la connaissance du péché
et ouvre au salut.
 Cette expérience est enfin radicalisée dans le pardon. Le pécheur découvre
la gravité de son péché dans l’acte qui lui pardonne. C’est le sens de la
parabole de l’enfant prodigue (Luc 15) où le pardon est la restauration de la
relation perdue. Le père va au devant de son enfant, il l’arrête dans sa
demande du pardon. Le fils a voulu se mettre à l’abri de la misère. Revenant
aux bras du père, il a compris tout le mal qu’il a fait à son père, blessant
l’amour paternel.

La réconciliation dont parle Paul est le fruit de l’initiative de Dieu. Ce qui


est donc le premier est la révélation de l’amour et du pardon , Jean 15, 22 Si je n'étais
pas venu et ne leur avais pas parlé, ils n'auraient pas de péché; mais maintenant ils n'ont pas d'excuse à
Pour cette raison Paul a explicité que la raison formelle du péché est le
leur péché.
refus de l’amour de Dieu et le refus d’accueillir son initiative. A savoir que le
besoin humain de reconnaître et d'affronter le péché ne disparaît jamais vraiment,
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quels que soient les efforts d'une personne. Comme nous le dit saint Jean : "Si nous
disons : "nous n'avons pas péché", nous nous abusons". Toute réflexion sur le
péché se termine par une réflexion sur le pardon de Dieu. Etre chrétien c’est
précisément découvrir que ce don parfait m’est proposé au cœur même de mes
faiblesses et de mes lâchetés.

En conséquence, l’homme ne peut prendre conscience du péché et le reconnaître


dans sa vie, tant qu’il ne le perçoit pas en référence avec un ordre de valeurs
absolu, ou plutôt tant qu’il n’a pas compris qu’il est personnellement en relations
réelles avec un être transcendant, dont l’absolu sainteté le sollicite et le juge.
L’expérience des grands personnages de l’AT en est un exemple éloquent, comme
Isaïe a découvert l’impureté de sa vie en découvrant à la fois la splendeur de Dieu.
Mais l’authentique sens chrétien du péché suppose, outre la croyance en un Dieu
transcendant, la foi en Dieu qui nous aime et qui peut nous sauver. La véritable
portée d’une faute n’est dévoilée qu’a partir du jour où on perçoit l’amour
incommensurable de Dieu, qui a voulu et réalisé son salut. Ainsi pourrait-on
accepter davantage son salut réalisé pour nous au contraire des pharisiens qui
avaient volontairement les yeux et le cœur fermés à la réception de la vérité et
alors du salut.

III- Comment pouvez-vous expliquer la crise de péché dans notre monde


contemporain ? Quelles sont les solutions que vous proposez pour dépasser
cette crise ?
L’église aujourd’hui se trouve au contact du monde où le sens du péché, non
seulement s’altère et se déforme, mais s’émousse et se dissout au point de
disparaître. Plusieurs voient dans cette évolution un progrès indéniable vers la
pleine émancipation de la conscience humaine. En face de tels courants dans la
mentalité moderne, l’Église n’hésite pas à proclamer, sans relâche et dans toute
son intégrité, sa doctrine sur le péché :

Le catéchisme de l'Église catholique (1992) définit ainsi le péché :

« Le péché est une faute contre la raison, la vérité, la conscience droite ; il est un
manquement à l'amour véritable, envers Dieu et envers le prochain, à cause d'un
attachement pervers à certains biens. Il blesse la nature de l'homme et porte atteinte à
la solidarité humaine. Il a été défini comme « une parole, un acte ou un désir contraires
à la loi éternelle».

Le péché est une offense à l'égard de Dieu : « Contre Toi, Toi seul, j'ai péché. Ce qui est mal à
tes yeux, je l'ai fait » (Ps 51, 6). Le péché se dresse contre l'amour de Dieu pour nous et en
détourne nos cœurs. Comme le péché premier, il est une désobéissance, une révolte contre
Dieu, par la volonté de devenir « comme des dieux », connaissant et déterminant le bien et le
mal (Gn 3, 5). Le péché est ainsi « amour de soi jusqu'au mépris de Dieu». Par cette exaltation
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orgueilleuse de soi, le péché est diamétralement contraire à l'obéissance de Jésus qui accomplit
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le salut». En effet, un péché mortel donne la mort à l’âme en lui ôtant la grâce sanctifiante, et
qu’il faut à cela trois conditions : désobéissance à Dieu en matière grave ; plein consentement
de la volonté ; et pleine conscience de son acte.

1- La notion du péché dans le monde contemporain :


- La formation de l’esprit moderne, a été liée à l’apparition de l’esprit laïque. En
effet radicalisé cette sécularisation, cette laïcisation s’est souvent transformée en
un refus plus ou moins affirmé de l’existence de Dieu, refus qui a trouvé sa
systématisation dans le thème de la mort de Dieu de Nietzsche. Un esprit qui rend
inutile l’hypothèse de Dieu. L’homme moderne se comprend de plus en plus
comme appelé à se définir lui-même…

- face à la misère prolétarienne du siècle dernier, le marxisme dénonçait la religion


comme une idéologie qui aidait à maintenir cette injustice. Dieu était concurrent de
l’homme ce n’est donc pas une question du péché au vrai sens du terme.

- L’athéisme existentialiste procède d’une exaltation de la liberté considérée


comme un absolu. Un athéisme sans morale qui a fortement pénétré aux esprits. Le
péché ne se présente pas comme une offense contre Dieu mais contre l’ordre
social, ou contre l’idée orgueilleuse que l’on fait de soi même.

- L’impact de la société de consommation et la relation de l’homme à la science


(industrialisation, maux écologiques, pollution de l’environnement…) un
sentiment de déculpabilisation (occultation morale du péché) est assurément un de
ses effets négatifs dont il faut alerter les chrétiens.

- Les mots de la langue religieuse souffrent de dévaluation : la charité se dégrade


en pitié ou en aumône, la dévotion diffère du dévouement et du vœu, la confession
n’a plus le sens augustinien d’acclamation de la miséricorde. Et de même, la
conversion tend à se réduire à un acte instantané mais improbable.

- En regardant à présent le monde contemporain, nous devons constater que la


conscience du péché s'y est considérablement affaiblie. Ensuite, la responsabilité
humaine est très souvent obscurcie par la prétention d'une liberté absolue, qui se
considère menacée et conditionnée par Dieu, législateur suprême.

Il est devenu un fait incontestable que la notion du péché du monde relève de


l’expérience commune : les hommes sont solidaires dans le mal. Cette situation
concerne tous car elle est précédée par une puissance du mal liée au corps social
qui accueille la vie. Le péché fausse le jugement et suscite la convoitise. Cette
notion signifie enfin que par ses propres fautes chaque être humain ajoute au
péché du monde. Il n’est pas seulement victime mais il devient auteur du mal.

2- Comment faire face à ce défi ?


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La prière : Depuis pâques c’est l’ES qui confond le monde en matière de


péché, à savoir que le monde n’a pas cru en Celui que le Père a envoyé. Mais ce
même Esprit, qui dévoile le péché, est le consolateur qui donne au cœur de
l’homme la grâce du repentir et de la conversion. Ainsi s’avère la nécessité de la
prière. Jésus nous a appris à demander l’ES. Il est l’acteur de la sainteté dans la
vie. La crise du péché dans notre monde sera surmontée par la force de la prière
avant tout, car par la prière les consciences seront bien éclairées et pourront
discerner le bien du mal et opteront par la suite pour le bien. Ainsi le monde
accueille-t-il le salut.

Réconciliation et conversion : Dans L’exhortation post synodale


Reconciliatio et pænitentia et dans sa lettre apostolique Novo millennio ineunte du
6 janvier 2001, le Pape Jean–Paul II écrivait : invite alors à réaliser tous les
efforts possibles pour faire face à la crise du sens du péché que l'on constate dans
la culture contemporaine, mais plus encore il invite à faire redécouvrir le Christ
comme mysterium pietatis, celui en qui Dieu nous montre son cœur compatissant
et nous réconcilie pleinement avec lui.
Nous avons perdu le sens du péché car nous ne savons plus qui est Dieu.
Sous prétexte que Dieu est amour, on en a fait un Dieu qui permet tout. C’est
enfantin, et n’aide pas les gens à avancer. Si nous avions une image meilleure de
Dieu, nous verrions bien que le péché ce ne sont pas nos fautes morales, nos
bêtises, mais le refus de voir Dieu au plus profond de nous. Cela passe par un
travail de réflexion pour ajuster notre image de Dieu. Faire en sorte que toutes nos
actions soient le fruit d’un travail sur nous mêmes pour unifier nos vies, notre
pensée, notre personnalité, et sortir de la contradiction.

Responsabilité et éducation chrétienne : la notion de péché permet de faire droit


à tous les éléments de contagion ou d’influence. Ainsi l’éducation joue en effet un
rôle important dans l’humanité, afin de faire face à cette reproduction du mal.
Cette notion met donc le chrétien dans un combat où le bien et le mal sont situés
par rapport à l’histoire réelle de l’humanité. Le mal ne se réfère pas en effet à un
ancêtre. Il s’agit profondément de la condition de la création qui est soumise à
l’épreuve de la séduction où elle tombe quand elle donne la parole à une
représentation (devenir comme un dieu) au détriment de la réalité (recevoir de
Dieu la filiation divine). La place du chrétien dans le monde s’inscrit dans la
perspective d’une valorisation de la responsabilité. Tout baptisé est engagé dans
une exigence de vigilance pour ne pas ajouter au malheur du monde. Il lui faut
aussi résister à la tentation par la force de l’esprit reçu par le baptême.

Le courage du chrétien : même si le chrétien prend conscience dans la foi de sa


propre responsabilité envers Dieu et des exigences de la charité en réponse à
l’amour que Dieu lui témoigne, le chrétien sent l’impuissance à assumer cette
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responsabilité puisque il est dominé par des techniques, dont il se sent devenir le
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jouet, impressionné par les découvertes des psychologues et par l’ambiance


générale du pessimisme. Cela peut lui donner raison de se décourager. Et peut lui
être aussi une occasion de saisie de son fond la vraie nature du péché, ainsi que les
sens positif qu’il a pu prendre dans le plan divin. Parce qu’il vicie les relations
entre dieu et l’homme, le péché n’est pas à dimension humaine. L’homme ne peut
l’éviter pas ses propres forces, il ne peut en sortir sans la grâce da la toute
puissance du sauveur. Faire l’expérience de notre impuissance est pour nous une
grâce. C’est la découverte du rôle majeure que joue Dieu dans l’œuvre de notre
salut à laquelle il nous demande de collaborer. C’est l’invitation à recourir avec
confiance à la prière, au sacrement…

Le rôle du clergé : l’Eglise manquerait à sa mission si, au nom de l’Evangile, elle


ne rappelait les enjeux de la vie sociale et de l’activité économique, afin d’assurer
l’équilibre et l’harmonie à la société. Il intervient ici l’enseignement social de
l’Eglise.
En outre, le silence d’une grande partie du clergé est malheureusement responsable
de la crise du sens du péché que déplore Jean–Paul II. Ce n’est pas souvent, en
effet, que l’on ose nous parler, au cours de l’homélie dominicale, des péchés
graves que constituent le divorce, l’avortement, la contraception, la profanation du
dimanche, les relations sexuelles de toute nature en dehors des liens sacrés du
mariage chrétien, la communion sacrilège. Un courage pastoral renouvelé est donc
sollicité.
La catéchèse, la prédication, l’homélie, la direction spirituelle, le sacrement
de la réconciliation et la célébration de l’Eucharistie, l’importance de l’homélie à
adapter à la mentalité contemporaine, Le pape a aussi évoqué l’importance des
médias. Pour pouvoir accomplir un tel ministère indispensable, chaque prêtre
doit alimenter sa propre vie spirituelle et veiller à une mise à jour théologique et
pastorale permanente.

Une nouvelle évangélisation : À ce propos, nous nous apercevons à quel point


le chemin de la «nouvelle évangélisation» devra être long. Il faut restituer à la
conscience le sens de Dieu, de sa miséricorde, de la gratuité de ses dons, afin
qu'elle puisse reconnaître la gravité du péché, qui dresse l'homme contre son
Créateur. La «nouvelle évangélisation» affronte ce défi. Le chemin de
conversion implique l'exclusion de toute complicité avec ces structures de péché
qui conditionnent aujourd'hui de manière particulière les personnes dans les
divers contextes de vie.
en promouvant une authentique «métanoia», c'est-à-dire un changement de
mentalité, qui contribuera à la création de structures plus justes et plus humaines,
au bénéfice du bien commun.
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Ainsi selon Paul, le chrétien, comme apôtre, ne doit pas plaindre de ses
souffrances qui sont inévitables (car le Christ n’est pas venu abolir tous les maux ou les
souffrances (Lc 12, 13-14), cependant pour libérer les hommes de l’esclavage du péché (Jn 8, 34-36).
Jésus ne souffre pas comme un héros ; il souffre parce qu'il ose aller jusqu'aux limites de l'humain),
mais sont plutôt d’une part, les conséquences de l’évangélisation (fatigues,
découragement, humeur oscillant, souffrances morales, etc.), et d’autre part,
moyen pour maintenir l’humilité et ne pas se vanter de ses propres forces
physiques, intellectuels, etc.; saint Paul a prié trois fois à Dieu pour qu’il lui
enlève l’écharde qu’il avait dans sa chair. Alors Dieu lui a répondu : « Ma grâce
te suffit : car la puissance se déploie dans la faiblesse » (2 Co 12, 9). Ce « car »
signifie que la force de Dieu se déploie dans la faiblesse maintenant, aujourd’hui
et pas demain ou après demain. Il s’agit donc d’accepter humblement soi-même
afin de pouvoir accueillir la puissance de Dieu.

Enfin, le « oui » à l'amour est aussi source de souffrance, parce que l'amour
exige toujours de sortir de mon moi, où je me laisse émonder et blesser. L'amour
ne peut nullement exister sans ce renoncement qui m'est aussi douloureux à moi-
même, autrement il devient pur égoïsme et, de ce fait, il s'annule lui-même
comme tel.

Ainsi la gloire de Dieu dont parle Jésus quand il interdit ses disciples de
dire que l’aveugle né est victime du péché de ses parents, est la manifestation
d’un amour sauveur. C’est la reconnaissance de l’amour de Dieu (la grâce en
terme paulinien) et un regard vers l’avenir, « le règne de dieu qui vient ».

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