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Petit vadémecum à l’usage d’aspirants reconstituteurs

(période 1360 - 1410)

1. Le projet

Avant même de faire un achat ou de fabriquer quoi que ce soit, toute démarche de
reconstitution se doit de commencer par un projet : il faut incarner un personnage plausible
issu de l’époque concernée. 5 aspects sont à considérer, par ordre d’importance :

a. L’époque
Si le guide couvre une période entre 1360 et 1410, cela peut dans certains cas se révéler
insuffisant, la mode change très vite et si certains (tout comme nous!) privilégient
effectivement une fourchette de 50 ans, 30 (ou même 20) sont bien plus cohérents. En
fonction de votre statut social, vous pouvez vous permettre plus ou...moins! (cf : statut
social).

b. Le lieu
A la fois simple et difficile : la mode change en fonction des régions, mais certaines régions
sont bien mieux documentées que d’autres.
Cependant, on peut s’en tenir à de grands ensembles: pour certains aspects s’en tenir à
l’Europe Occidentale suffit, pour d’autres on peut aussi suivre la mode française, anglaise,
allemande. Plus on va dans les détails de la tenue, plus ces ensembles vont devoir se
réduire. A noter : la Principauté de Liège a un avantage : nous sommes en rapport étroit
avec la France mais nous faisons partie de l’Empire Germanique et la plupart de nos
évêques sont allemands, tout comme beaucoup de mercenaires que nous engageons.
Le plus simple est encore de trouver de la documentation directement issue de la
Principauté.
Attention : ne pas s’inspirer du Sud de la France, de l’Espagne ou de l’Italie si vous faites
une tenue de nos régions. Leurs modes sont culturellement à part.

c. Le statut social
Comme chez nous, mais en bien plus prononcé, une personne vivant au Moyen-Âge se doit
de montrer à tous son statut social. Votre statut va conditionner plusieurs choses : votre suivi
de la mode, les matières utilisées et les fioritures et embellissements que vous pouvez vous
permettre..ou non. Tentez donc de penser à qui vous êtes sensés être : un homme en
armure complète ne s’habillera pas en guenilles, une simple potière ne s’habillera pas de
soieries et de fourrures. Basiquement, en restant le plus vague possible, on peut déterminer
4 classes : richissime, aisé, classe moyenne, pauvre. Mais plus de détails ne feront que
vous rendre plus cohérents.
A noter : si vous êtes au service de quelqu’un (noble généralement), malgré votre statut
moindre vous pourrez vous permettre un peu de luxe car il est courant pour les maîtres
d’offrir des avantages en nature à leurs serviteurs (parce que quand on est riche, on aime
pas parader avec des pauvres).
d. Le sexe

C’est évidemment très important, mais je ne le mets qu’en 4e point car a priori, vous ne
pouvez pas choisir. Pas de transgenre au Moyen-âge (en tout cas pas en public). Femmes
et hommes ont des vêtements très différents, jusque dans le type de bourse et de ceinture.

e. L’âge

Pas de votre choix non plus. Tout au plus peut-on, évolution de la société oblige, se
permettre de toujours jouer un jouvenceau à 25 ans et ne pas passer dans un look de
“vieux” dès 40 ans.

Cela reste cependant mineur par rapport à tous les autres choses à prendre en compte…

Une fois que vous avez tout défini de “officier vétéran de la bataille d’Othée en 1408” à
“Jeune fille de petite vertu en 1364”, voyons de quoi vous avez besoin.

2. Les matières du costume

Un bon nombre de vêtements médiévaux sont arrivés jusqu’à nous, mais la plupart sont très
abimés et les mieux conservés sont issus de statuts très riches ou ecclésiastiques. La
source principale pour les matières vient des livres de comptes des tailleurs ou teinturiers ou
des inventaires, testaments et autres qui listent les avoirs.

a. le lin
Hyper vu et revu, le lin ne devrait cependant pas être aussi répandu, car il est réservé à des
usages précis : comme sous-vêtements, comme doublure (dans de très rares cas!), comme
remplissage et couche extérieure de vêtements militaires. Normalement, il sera écru, voire
blanchi si vous êtes plus riches (attention le blanc immaculé est TROP blanc!). La doublure
peut être colorée, mais c’est plutôt réservé aux riches (et rare, toujours). Des comptes de
tailleurs ont montré que des vêtements en lin existaient, pour environ 0,5% de la production,
soit 1 vêtement pour 200 commandes. On peut donner plusieurs raison à ça : le lin tient très
mal la teinture (naturelle), isole mal et n’est pas étanche. Rien de bien pratique dans la vie
de tous les jours, donc.

b. la laine
La grande majorité de vos vêtements sera en laine! Pas de la grosse laine bouillie, mais une
laine fine (sauf pour les capes et autres vêtements protecteurs). Le plus souvent, en cas de
vêtements doublés, la doublure sera également en laine blanche très fine (le “blanchet”)
(mais nous accepterons le lin dans ce cas). Concernant la couleur de celle-ci, plus vous êtes
riches, plus les teintes seront vives et saturées.
vêtements trouvés à Herjolfnes, colonie norvégienne au Groenland
c. la soie
Un tissu cher..mais pas inabordable! Plus répandu dans le Sud que chez nous, les
bourgeois un minimum aisés peuvent s’en offrir un vêtement ou l’autre, une bourse, une
ceinture. Plus vous montez en richesse et plus vous pouvez vous en offrir. Le type de
tissage (taffetas, soie, velours et tout un tas d’autres termes) a son importance également.

Attention : ces dernières années le brocard de soie est devenu facile d’accès mais il reste
une rareté pour l’époque et réservé à certains usages. N’en abusez pas et préférez la soie
unie. La soie sauvage actuelle ne fonctionne pas non plus!

d. La fourrure

On pourrait écrire des pages sur la fourrure car il y a toute une hiérarchie en fonction de sa
nature. Les plus chères seront les fourrures blanches (hermine) ou noires (martre zybeline),
et il faudra être attentif car en fonction des régions et des époques, ces fourrures très riches
sont réservées à certains titres de noblesse.
Pour le plus passe-partout, le gris ou le brun sera parfait.
En fonction de votre statut et de votre volonté à avoir très chaud, la fourrure peut
simplement décorer le bord de votre vêtement, histoire “d’avoir l’air de” et jouer au riche.
Attention : la fourrure médiévale se porte travaillée. Seule la fourrure en elle-même est
visible : pas d’yeux, de mâchoire ou de pattes visibles.

e. Coton et futaine

Le coton existait au Moyen-Âge, mais bien plus que la soie, c’est un produit de luxe. Seule
la royauté en porte en sous-vêtements (et encore) et en vêtement de dessus, il est
accessible en mélange (coton/lin, coton/laine) qu’on appelle futaine, mais cela reste limité
(et ce n’est pas n’importe quel mélange).

f. Chanvre et ortie

A la place du lin, le tissu de chanvre ou d’ortie était très répandu dans les classes
populaires. Si vous en trouvez à bon prix, sautez sur l’occasion.

3. La structure du vêtement médiéval

Le vêtement médiéval se structure en 3 ou même 4 couches. Dans l’ordre :

a. 1re couche : vêtement de dessous

C’est comme ça que l’on appelle les sous-vêtements. Comme dit précédemment, ils sont en
lin, en chanvre ou en ortie et dans le cas de personnes immensément riches, en coton (à
éviter).
Pour les hommes : les sous-vêtements sont composés d’une chemise et de braies.
Pour notre époque, la chemise est courte, pas plus longue que les hanches. Pour les braies,
au-dessus du genou au plus long, mais la mode va en se raccourcissant jusqu’à avoir des
braies “boxer” dès la fin du XIVe.

Pour les femmes :


il s’agit d’une sous-robe. Elle doit atteindre le mollet ou même les chevilles. Pour qu’elle ne
gêne pas les couches supérieures, elle doit être assez proche du corps, idéalement
resserrées aux bras.

France, 1370 Italie, 1370


(je sais, “pas l’Italie” mais trouver des sous-vêtement est pas simple)

b. 2e couche : les vêtements de dessus

Comme dit précédemment, ces vêtements sont en laine fine.


A partir de 1350, la mode est à une taille fine faisant ressortir le torse et les épaules. Tous
les vêtements sont extrêmement cintrés.

Pour les hommes :

Plusieurs possibilités :
Une cotte simple. Elles passent de mode
dans la 2e moitié du XIVe siècle mais sont
encore portées par les classes les moins
aisées (fermiers évidemment, mais aussi
artisans et autres travailleurs manuels). Il
s’agit d’une simple tunique de laine qui
peut encore se porter ample (mais cintrée et resserrée aux bras est le must). Elle ne va pas
plus loin que la mi-cuisse et ne doit surtout pas laisser voir votre chemise.
Les tuniques “à la mode” sont parfois doublées (on parle alors de doublet) et très cintrées
grâce à des boutons aux manches et aux torse.

Un pourpoint. Le must de la mode à partir de 1350 environ. Il s’agit d’un vêtement constitué
de plusieurs couches assemblées par des coutures semblables à celles d’un gambison. Plus
il aura de coutures, plus il est considéré précieux. Il doit être très cintré pour donner l’effet
désiré et un “look” médiéval. Eventuellement, il peut présenter des attaches pour les
chausses.

Pour les jambes, des chausses séparées sont la norme avant 1410 même dans les classes
aisées. Les modèles anciens n’ont qu’une seule attache à l’avant, dès 1360/1370 elles
présentent plusieurs attaches sur les côtés et l’arrière.
L’apparition de chausses jointes est difficile à dater et est LARGEMENT débattu. Pour ne
faire aucune erreur, ne mettez pas de chausses jointes avant 1400, de modèle simple, sans
pont-levis.. Vous pouvez les façonner “pleines” (couvrant le pied, comme une chaussette) ou
avec un étrier passant sous la plante du pied. Cela évitera que la chausse remonte hors de
la chaussure.
Note: il existe aussi des chausses semellées de cuir qui remplace l’utilisation de chaussures.

Attention : les chausses également doivent obligatoirement être serrées autour de vos
jambes et non être lâches comme un pantalon! Les braies quant à elles ne doivent
normalement pas se voir, en tout cas pas quand vous êtes simplement debout donc plus
votre haut va se raccourcir, plus vos chausses doivent couvrir l’arrière de vos cuisses et vos
fesses/entrejambe.
Quand il fait chaud ou pour des travaux manuels, on peut les rouler entre le genou et le
mollet.

A gauche : chausses 13e et 14e s.


A droite : chausses à la mode de 1360/70 à 1420

Pour les femmes :

Les femmes portent des robes (ou cottes), de plusieurs modèles. Comme pour les hommes,
la mode tend à accentuer les formes dès 1350.
Une robe en une pièce peut faire l’affaire (sur base du
même patron qu’une robe XIIIe, mais en plus serré) mais le
must sera, même pour la classe moyenne, de faire une
robe boutonnée (sur le torse et sur l’avant-bras). Plus on est
riche, plus on mettra de boutons. (Valable pour la mode
masculine). Pour les plus motivés, le cintrage peut se faire
en fermant les coutures directement sur la personne en
mettant la robe : plus cintré, tu meurs!

La sous-robe quant à elle doit absolument être invisible et la


robe doit être longue ne permettant de ne voir que les
chaussures (et traînant au sol pour les plus aisées)

Non obligatoire, mais bien pratique, les femmes portent


également des chausses courtes, roulées au-dessus du
mollet ou tenues par une jarretière. Ces chausses sont
toujours pleines. Il existe un débat à savoir si elles sont en
lin ou en laine (d’expérience, en laine).

C’est pas hyper clair, mais les manches ont des boutons
c. 3e couche : les vêtements de dessus aussi

La troisième couche, c’est la couche “publique” : on


ne sort pas sans. Vous pouvez donc vous en passer
pendant les travaux manuels, mais pas pour tout le
reste. Il y a même des lois dans certaines villes
interdisant de sortir sans 3e couche (parce que tout
en-dessous est considéré comme sous-vêtements...et
donc indécent!).

Plusieurs types :
- cotehardie
- houppelande
- surcot(s)
- mantel
- robe
- etc.

d. Accessoires : ceinture et bourse

La ceinture est très liée au statut social : elle peut être en tissu (chanvre, lin, laine, soie), en
cuir ou en cuir recouvert de tissu. Chez les femmes, elle n’est jamais ou presque en cuir
“nu”. Contrairement à ce qu’on voit souvent, la ceinture ne doit pas être trop longue (ne pas
dépasser de la cotte pour les hommes), et les ceintures civiles sont fines. On peut leur
ajouter des appliques décoratives afin de rehausser le statut.

La bourse, à accrocher à la ceinture, peut elle aussi être en cuir ou en tissu. (encore une
fois, il semble que les femmes n’aient pas le choix : tissu uniquement et pas plus grande que
la taille de votre main!). Attention, la forme a beaucoup d’importance.

Dans le cas des femmes, la ceinture se porte toujours sur la cotte et donc sous la 3e couche
(ce qui rend pas les choses simples au niveau des sources iconographiques, on vous
l’accorde).

Inutile de vous surcharger la ceinture! On voit très souvent dans l’iconographie qu’on ne
portait parfois que celle-ci, parfois accompagnée d’une bourse et pour les hommes,
éventuellement une dague. Pas besoin de mettre vos couverts, votre épée, ou votre corne à
boire pas histo. Il y a des sacs pour ça (sauf pour la corne, que vous pouvez laisser chez
vous.)

e. cape

La cape est utilisée en 4e couche (parfois 3e).


Les modèles masculins et féminins sont différents :

La cape masculine est un demi ou trois


quarts de cercle dont on a coupé le centre
pour passer la tête. Elle s’attache à
l’épaule droite par des boutons de façon à
couvrir le torse mais de libérer la main
droite dans les activités journalières.

La cape féminine semble ne pas changer


de celle héritée du XIIIe siècle : un
demi-cercle simple, ou même un genre de
plaid rectangulaire passé sur les épaules
ou la tête. Pour la fermer, deux fermails à
chaînette ou un fermail unique ramenant
deux pans de la cape.

En cas de statut un peu plus élevé mais


sans fantaisie, la cape peut se garnir de
déchiquetés. Pour se la jouer, il reste la
fourrure.

f. Chaperon

Tant femmes qu’hommes portent le chaperon et le modèle de base est identique pour les
deux sexes. La longueur et d’autres paramètres comme la liripipe (la “queue”) peuvent
changer (en longueur, peut osciller entre le milieu du biceps et la base du cou par exemple)
Le chaperon est toujours en laine, doublé en laine, lin, fourrure, soie… Il peut se porter
simplement capuche descendue, comme protection de cou et d’épaule en plus d’un
chapeau.

g. Chapeaux, coiffes et coiffures

Vaste sujet!

Les coiffes sont un accessoire quasiment inséparable de la vie médiévale et ont, comme
tout en fait, énormément de symbolique lié au statut de la personne qui les porte.

Les femmes :
Il y a deux types de femmes qui portent leurs cheveux lâchés en public : les prostituées et
les jeunes filles non mariées.
Les unes pour séduire en rue (quitte à se faire mal voir), les autres..ben aussi.

Pour toutes les autres, la coiffe est de mise. Cela ne veut pas dire qu’ils doivent être
obligatoirement couverts, mais coiffés de manière opportune. Une simple queue de cheval
ne suffit pas, ce sont des coiffures complexes rajoutées d’artifices comme des couronnes de
fleur et des postiches. Autrement dit, réservé aux dames, aux vraies (celles qui vivent au
château).

Beaucoup plus commun à cette époque : le voile.


Celui-ci tient soit par un bandeau en tissu (appelé le
filet) sur lequel s’épingle le voile ou par une résille (filet
pour cheveux, ! hyper codifié, taille des mailles et la
couleur de celui-ci). Le cal en lin n’est pas portée par
les femmes. Seule une version plus complexe, dite
“coiffe de Ste-Brigitte” subsiste et sert aussi à épingler
le voile. Ce n’est qu’à partir de 1410 que d’autres coiffes
se généralisent (avec pas mal d’extravagances dans la
noblesse).
Un cerceau sur le front (à la façon d’un diadème) peut
être ajouté, encore une fois pour un certain statut, pas
une paysanne ou une petite artisane. Le chapeau n’est
pas porté par les femmes, à l’exception d’un chapeau
de paille s’il fait chaud.

Les hommes :

Un rien plus libres, les hommes ne sont pas obligés d’être coiffés en permanence mais les
raisons pour laquelle ils sont couverts sont nombreuses. Quand il fait chaud, froid, pluvieux,
pour la mode etc…
La cale en lin que l’on voit très souvent est largement passée de mode et est portée avant
tout pour les travaux manuels et agricoles. Dans tous les cas, et contrairement à ce qu’on
voit souvent en camp, on ne la porte pas sous le chapeau.

Concernant les chapeaux, il y en a de plusieurs genres : Calot en laine, chapeau en feutre


(dont on peut plier les bords), chapeaux en paille, chaperons roulés etc.
Parlant de chaperon, il peut se porter capuche baissée en conjonction avec un chapeau.