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Au commencement était le Verbe…

Ainsi pourrions-nous définir l’essence universelle de la parole.


L’être humain fait jaillir les sons et, pour se distinguer de
l’animal, crée le langage. L’oralité, c’est la musique du son par la
langue. Ainsi, par les mots, elle révèle les sensations, les
émotions, les sentiments, les pensées et les idées. Elle permet
de communiquer, de donner du sens et de transmettre votre
présence au monde. Elle ménage pour chacun les moyens d’y
accéder par le développement rythmique, le jeu des sonorités,
les intonations, la liberté de ton. L’acte de parole n’est jamais
fixé, ouvert aux chances de l’improvisation, s’adaptant aux
sensibilités et aux intelligences. La parole est le lien entre la
pensée et le verbe qui peut à son tour transmettre la mémoire.
Et les passeurs de mémoire s’appellent colporteurs, conteurs,
bardes, troubadours, ménestrels ou griots.
Mais si les paroles s’envolent, les écrits restent.
Vint le temps où la main utilisa l’outil pour créer l’écriture qui
allait alors fixer la mémoire, mais aussi la libérer. Historique,
romanesque, poétique, proverbial, philosophique ou théâtral.
L’écrit saisit, trace, organise et structure les sons pour les
transformer en signes. Cette transcription de la parole met en
forme, pour l’éternité, le témoignage, la compréhension et
l’interprétation de nos rapports à l’existence. L’écrivain se fait
collecteur, traducteur, narrateur, créateur du spectacle de la Vie.
Il rédige les liens avec le passé, relate les instants du présent,
propose les visions du futur : hier, aujourd’hui, demain…
L’écriture semble le prolongement naturel de l’oralité comme la
conscience la manifestation intellectuelle du corps.
A vous cette balade en prose pour le plaisir des mots et la liberté
des expressions.

1
Je cuisine des mots.
Je ne prétends pas ici devenir un grand chef
mais être au moins capable de remplir une assiette.
Ma tête c’est un frigo ; J’ai même congelé des mots.
Et pour faire mon marché, il me reste le dico.
Je cuisine parfois uniquement en paroles.
C’est pratique pour ne pas faire déborder la casserole.
Refermer le couvercle est parfois salutaire
car les excès de fable ne sont pas nécessaires.
Grâce au vocabulaire, les ingrédients sont là :
des goûts et des saveurs pour concocter un plat.
On peut suivre à la lettre les règles d’édition,
inventer sa mixture, partager sa passion.
Derrière les fourneaux, nos amis marmitons
ont comme moi des secrets dans la fabrication.
Le texte peut mijoter avec délicatesse.
Au moment du mélange, finir en bouillabaisse.
Ne pas faire la fine bouche, se gratter le gosier.
Une recette de grammaire, des phrases bien épicées.
Manger à sa faim ou se remplir la panse.
Arriver à ses fins en disant ce qu’on pense.
Pour ouvrir l’appétit tout en levant les vers,
une poésie salée, pas besoin de couverts.
Faire monter la sauce et bouillir la marmite.
Assaisonner la prose d’une texture bien écrite.
Ajouter du croquant pour mordre à pleines dents.

2
Des consonnes, des voyelles pour se sentir vivant.
Au moment du dressage je soigne l’écriture,
dessine des majuscules et efface les ratures.
J’ai le propos généreux pour les plus boulimiques,
un coup de main étoilé pour les académiques.
Si la ponctuation sublime la garniture,
J’ajoute quelques « guillemets » en guise de fioritures.
Au menu des gourmets, une syntaxe à l’ancienne.
Et pour le repas du jour, j’ai la langue quotidienne.
La peur de la feuille blanche c’est comme le fond d’une poêle.
Quand la chaleur augmente et que le cœur s’emballe.
Je réduis à feu doux en remuant doucement.
On peut nourrir l’esprit et le corps en même temps.
Ces aliments gourmands, le palais nous titillent.
Des éléments de langage régalent nos papilles.
Un mot c’est comme l’œuf, on peut l’accommoder.
Et en un tour de main, on va se régaler.
A la coque ou au plat, monté en mayonnaise,
poché, battu en neige ou une sauce hollandaise.
Confectionner des crêpes, un succulent gâteau,
une mousse au chocolat et un flan au coco.
Si je suis incapable de faire des confitures,
le poème narratif est mon plat signature.

3
Rêve de toi.
Rêve de toi. Tu enchantes mon sommeil.
Mes nuits ne sont plus pareilles.
Et soudain je me réveille.
Je le sais. Tu ne ressens rien pour moi.
Mon cœur se brise avec fracas.
Mes larmes glissent sur mes doigts.
Je veux effleurer ta peau,
masser le creux de tes reins,
me perdre dans tes cheveux,
serrer fort tes deux mains.
Je veux plonger dans tes yeux.
Et sentir ton parfum.
Me blottir dans tes bras.
Et m’oublier jusqu’à demain.
Ma passion est un rêve
pour que je t’aime en songe.
Tu détournes le regard.
Tu effaces tes sourires.
Mais c’est plus fort que moi.
J’ai le mal de toi.
Même si cet amour semble impossible.
Que tu es trop belle pour moi.
Oh oui, je devrais renoncer et t’oublier et t’oublier.
Mais quand je m’endors.
Je peux effleurer ta peau,

4
masser le creux de tes reins,
me perdre dans tes cheveux,
serrer fort tes deux mains.
Je peux plonger dans tes yeux
et sentir ton parfum.
Me blottir dans tes bras
et m’oublier jusqu’à demain.
Ma passion est ce rêve.
Tu remplis ma vie de désir.
Je pense sans cesse à toi.
Brille en moi cette lueur d’espoir.
Je vais m’accrocher alors tu me comprendras.
J’ai tellement besoin de toi.
Je veux effleurer ta peau,
masser le creux de tes reins,
me perdre dans tes cheveux,
serrer fort tes deux mains.
Je veux plonger dans tes yeux
et sentir ton parfum.
Me blottir dans tes bras
et m’oublier jusqu’à demain.
Ma passion est un rêve.
Rêver encore.
Oh ma passion est ce rêve.
Oui je t’aime en songe.
Un jour peut-être je vais ouvrir les yeux.

5
Pour que tu m’aimes enfin.
Pour que tu m’aimes enfin.

Déclaration impromptue.
Ne soyez pas fâchée si je vous ai blessée.
J’ai voulu être franc et dire la vérité.
Oui l’envie de vous plaire agite mes pensées.
A force de vous lire je me sens bouleversé.
Je ne peux vous blâmer. Le cœur a ses raisons.
A force de tromperies, vous êtes sans illusion.
Des hommes trop puérils, en vulgaires polissons,
trahissent la passion en jeux de séduction.
Je ne renonce pas à l’idée de vous plaire.
Je veux être le reflet de la lune sur terre.
Illuminant vos rêves, traversant vos déserts,
conquérir un seul cœur pour devenir sincère,
ronronner de chaleur, roucouler en douceur,
chuchoter le bonheur pour gagner vos faveurs.
Me convaincre d’y croire en surmontant ma peur.
Ne point vous décevoir, réveiller vos ardeurs.
Se tromper d’horizon en singeant la franchise.
Entrer en tentation dans l’espoir d’une bise.
Accéder aux frissons pour la belle promise.
Fredonner une chanson d’une manière exquise.
Ouvrons enfin les yeux. Dénonçons l’imposture.
Un amour merveilleux et ce goût d’aventure.

6
Trop de mots mielleux sont autant de ratures.
Il vous promet les cieux mais déjà la rupture.

Tout ça … pour ça !
Tu veilles sur mon sommeil.
Et tu prends soin de moi.
Quand je gratte mon oreille.
Mon petit corps froisse les draps.
Je bouge et je m’éveille.
Je pleure. Tu me prends dans tes bras.
Et blotti contre ton aisselle,
la douceur maternelle,
en tétant le lait du sein droit.
En rampant sur le sol,
comme un ver de terre,
sur mes genoux je décolle
en soulevant mon derrière.
Et debout je rigole
en tenant la main de mon père.
C’est beau de découvrir le monde
profitant de chaque seconde.
Je marche enfin vers la lumière.
En rentrant de l’école,
j’apprends mes leçons.
Au collège je m’affole.
Je connais mes premiers frissons.

7
L’adolescence est frivole.
Je vois défiler les saisons.
Jeté dans le monde réel,
la vie n’est pas si belle.
Pour atteindre l’âge de raison.
Mais le seul avenir,
c’est devenir vieux.
Restent les souvenirs,
les douleurs sans être grincheux.
Il vaut mieux en sourire,
choisir sa fin si on le peut.
Il n’y a pas de sens à tout ça.
On passe de la vie à trépas
sans savoir si après c’est mieux.

HALLOWEEN : à la lune, à l’hideux, allée trois.


C’est comme une sœur jumelle qui se tient à distance.
Elle surplombe la terre quand le soleil se couche.
Ce drôle de réverbère, au-dessus de nos têtes,
va hanter la nuit blanche pour une étrange fête.
Ils poussent les couvercles et font crisser le bois,
soulevant la poussière en sortant des tombeaux,
juste la peau sur les os et vêtus de guenilles,
un halo de la lune pour sublimer l’effroi.
Ces drôles de paroissiens envahissent le cimetière.
Vieux vampires d’hier, jeunes zombies de demain,

8
horribles morts-vivants qui veillent sur les saints.
C’est l’escadrille morbide des démons de minuit.
Mais si trouille il y a, c’est aussi l’allégresse.
Une retraite aux flambeaux et un bûcher de joie.
La folle danse macabre de cette foule en liesse :
Père Lachaise, voie une, division deux, allée trois.
Cette étrange procession cesse au petit matin.
Tous ces pantins sans fil chantent un dernier refrain,
font trembler caveaux, cercueils et pierres tombales,
en vous glaçant le sang d’une frayeur astrale.
Ce rite touche à sa fin car l’aurore s’éveille.
Une ultime mise en bière sans trouver le sommeil.
HALLOWEEN une fois encore a fait des étincelles,
en célébrant la mort au fracas des crécelles.
Je suis sûr que la lune est douce pour les rêveurs.
Chez moi, elle ravive les cauchemars et les peurs.
Je me sens vivant le jour et paralysé la nuit.
Seul le lever du soleil ré-enchante ma vie.

-Ça suffit-Basta-That’s all-Das its genug-Suficâ-

Comment ça en colère, toujours la même histoire.


Quand j’arrête de me taire, tu me crois en pétard.
Je peux dire ce que je pense, avoir mon point de vue,
sortir de mon silence comme une voix sans issue.
Tu en remets une couche à chaque scène de ménage.
Et tu hausses encore le ton pour avoir raison.

9
Alors je te réponds pour être au diapason.
Ces propos incendiaires, tes critiques ridicules
se passent de commentaires et sont si minuscules.
Trop de trous de mémoires pour les choses passées.
Un tel déni pour l’histoire que nous avons partagée.
Tes multiples reproches disent que tu as souffert.
Sous mes yeux j’ai des poches qui disent le contraire.
Où sont les mots d’amour et les beaux sentiments.
Quand tu faisais ta cour pour devenir mon amant.
Tu m’as prise par la main, enlacée sous la pluie.
Tu promettais le bien. J’ai connu les ennuis.
Et le temps est passé chassant les certitudes.
Tu m’as surtout blessé et volé ma quiétude.
J’ai perdu ma boussole, cédé trop de terrain.
Pour ne pas devenir folle, je veux reprendre la main.
Je ne crois pas aux miracles mais je garde un espoir.
Je mets fin au spectacle de cette vie dérisoire.
Il n’y aura plus de dispute. Je fais mon baluchon.
Je vais reprendre ma route pour changer d’horizon.
Si mon nouveau chemin vient conclure cette galère,
J’espère trouver enfin la joie et la lumière.

Seule la vie.
Seule la vie pour transformer l’instant en début d’une histoire.
Seule la vie pour rayer d’un trait de plume la promesse d’un
avenir.

10
Seule la vie pour faire de petites choses des moments
inoubliables.
Seule la vie pour donner de la force aux sentiments épars.
Seule la vie pour tracer une destinée à un enfant perdu.
Seule la vie pour remplir d’émotions un cœur devenu froid.
Seule la vie pour frapper de douleur une journée paisible.
Seule la vie pour décliner le mal et conjuguer le bien.
Seule la vie pour imprégner de terreur une enfance insouciante.
Seule la vie pour décider la fin avant le commencement.
Seule la vie pour trahir les cartes d’une main chanceuse.
Seule la vie pour assombrir les hauts et ensoleiller les bas.
Seule la vie pour redonner l’espoir quand le courage manque.
Seule la vie pour se tenir debout quand la mort s’acharne.
Seule la vie pour aller de l’avant quand la passion s’effondre.
Seule la vie pour chasser les regrets et capturer l’amour.
Seule la vie pour écouter son cœur et éloigner la peur.
Seule la vie pour être bienveillant et bannir la colère.
Seule la vie pour ne pas renoncer quand il y a tout à perdre.
Seule la vie pour tout abandonner et sauver le bonheur.
Seule la vie pour partager la joie et consoler le chagrin.
Seule la vie pour avoir de l’audace sans rougir de honte.
Seule la vie pour dire la vérité et écarter le mensonge.
Seule la vie pour faire partie d’un tout sans avoir d’amertume.
Seule la vie pour conjurer le sort et écrire son destin.
Seule la vie pour rompre la solitude et séduire l’âme sœur.
Seule la vie pour adorer le jour et honorer la nuit.
Seule la vie pour trouver son chemin et provoquer l’impossible.
11
Seule la vie pour ne pas tout comprendre et dire encore merci.
Seule la vie pour accepter le temps qui passe et la dernière
seconde.

L’obscur objet de mon désir.


Elle est ma plus belle histoire.
Notre rencontre est le fruit du hasard.
A force de rendez-vous, elle a pris une grande place.
Je ne peux plus me passer d’elle à moins que je trépasse.
Elle a séduit mon âme et m’a ouvert les yeux.
Je ne me sens jamais seul à son contact précieux.
Matin, midi ou soir elle me donne du bon temps.
Elle comble mes espoirs et me rend plus vivant.
Elle brave les interdits, ne craint pas la censure.
Le jour comme la nuit a toujours fière allure.
Elle réchauffe mon cœur ou me glace le sang.
Elle est la bonne humeur ou le pire des tourments.
Je n’ai aucune retenue et je lui fais confiance.
Même prise au dépourvu elle agite mon silence.
Elle veut toujours éteindre mais ose sans pudeur.
Elle ne cherche pas à feindre, fait chauffer le moteur.
Elle est ma vraie complice, cette maîtresse attachante.
Elle est un pur délice aux couleurs enivrantes.
Je ne me retiens pas quand je suis dans ses bras.
Je pleure à chaudes larmes ou je ris aux éclats.
A chaque plongée dans le noir, je dois retenir mon souffle.
Elle me prend par surprise, son étreinte m’étouffe.
12
Parfois un peu en retard mais si souvent à l’heure,
je pardonne ses écarts et j’admire sa splendeur.
Oh elle n’est pas parfaite, certain jour me déçoit.
Mais ma Belle est une fête et résonne au fond de moi.
Alors comme une éponge, j’absorbe ses émotions.
Elle les essore ensuite et me donne des frissons.
Nous avons voyagé et fait le tour du monde.
Elle parle plusieurs langues, sa culture est profonde.
Son contact me fait du bien et m’a ouvert l’esprit.
Elle m’a fait aimer mon prochain et apprécier la vie.
Sa liberté de ton peut la rendre dangereuse.
Ses élans romantiques en font une amoureuse.
Elle joue la comédie, peut devenir sulfureuse.
Elle a même des secrets, le genre aventureuse.
Je ne jure que par elle tellement elle est exquise.
Elle n’est pas très fidèle, tout cela sans méprise.
Je sais la partager ou faire cavalier seul.
Tout au long de l’année, elle s’offre à ceux qui veulent.
Je ne peux pas empêcher les désirs qu’elle attise.
Aux courtisans troublés, elle sera toute acquise.
Je suis intarissable si je dois parler d’elle.
Mais je dois m’arrêter car les lumières s’allument.
Générique de fin pour ce vibrant hommage.
Voici ma dédicace et un dernier message :
Elle a été la dernière compagne de ma vie.
Elle me manquera ma séance de cinéma.

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Où va l’amour quand il s’en va ?
Je ne vais pas mentir mais partager mes doutes.
Je choisis de partir pour ne plus faire fausse route.
Quand j’ai quitté Vénus pour conquérir la Terre.
J’avais pour seule astuce « faire l’Amour pas la Guerre ».
Mon fidèle Cupidon a décoché ses flèches,
appelant à la raison pour insuffler ce prêche.
Je voulais contenir les colères et la rage,
la fureur sans répit de vos champs de bataille,
maudire enfin vos meurtres et les prises d’otages,
la stupeur et les cris d’une foule qu’on mitraille.
Vous gâchez la beauté de tous vos paysages.
Vous étouffez les sons de la nature sauvage.
Vos villes sont dangereuses plongeant dans la misère.
Vos campagnes douloureuses laissant un goût amer.
Je croyais la bonté à portée de vos mains.
Plutôt que détester en guise de destin.
J’ai déversé sur vous de l’amour sans compter.
Même mon meilleur prophète a été crucifié.
Pourquoi tant de haine et cette soif de violence
qui engendrent les peines et beaucoup de souffrance.
En fait la planète Mars est plus appropriée
pour envoyer près de vous son cruel messager.
Mais méfiez-vous de lui, à force de surenchère,
sa force de destruction va engloutir la terre.
Hélas votre intimité me laisse aussi hors d’usage.

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J’ai beau me démener pour attiser le coup de foudre,
A la moindre incartade vous faites parler la poudre.
Je mets les bouchées doubles pour dire les sentiments,
pour déclencher le trouble et séduire votre amant.
Si je transforme la Vie en douce lune de miel,
au bord de votre bouche suintent des gouttes de fiel.
A la Saint Valentin, vous célébrez mon nom.
« Quand on a que l’amour » chanté à l’unisson.
C’est l’éternel refrain pour réparer les cœurs.
Et pour faire la cour, offrez un bouquet de fleurs.
Je prodigue les caresses éveillant au désir.
Pour une histoire de fesses, vous préférez trahir.
Et même la tendresse que ma candeur inspire.
Vous tuez sa promesse, trop occupé à jouir.
Puis sans aucun remords, par instinct animal,
vous consumez vos corps dans des frasques bestiales.
Je ne vous jette pas la pierre. Je suis la compassion.
J’encourage l’adultère en accordant le pardon.
J’ai cru bon d’embellir la condition humaine.
Je n’ai fait qu’assombrir mes illusions, ma peine.
Je m’en vais retrouver les ambiances bucoliques,
ce petit vent léger sur des airs oniriques.
Et le moment venu, je reviendrai peut-être,
toujours le même but et l’envie de renaître.

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Confession électronique d’un homme au net.
Quand je clique sur la page, je cherche son prénom.
Son apparition à l’écran me procure un frisson.
Mon verre à moitié vide, ses vers pour faire le plein.
J’ouvre d’un geste rapide, sa prose me fait du bien.
La tête dans les nuages, la lune comme oreiller,
La nuit gonfle sa voile, sa plume me fait rêver.
Au bout de chaque ligne, je mords à l’hameçon.
Et quand je lis ses vers, j’ai l’âme avec le son.
Cette artiste aux étoiles dont le lien est son cœur,
je la piste sur la toile en tout bien tout honneur.
C’est bon de ne pas savoir l’allure, nos apparences.
Je me sens libéré de tout complexe physique.
Au fond cette rencontre qui remplit mes silences,
m’enchante comme par magie de ballades romantiques.
Je défie les adages « Qui se ressemble s’assemble »
« L’habit ne fait pas le moine » et « L’amour rend aveugle »
Je l’avoue sans ambages, sa poésie me touche.
Douce et bucolique, elle met l’eau à la bouche.
Elle tient la muleta, je fonce comme un taureau.
Elle ne verse pas de sang, la rime n’est pas cruelle,
exquise ritournelle dans un drôle de décor.
La Bête comme la Belle détestent la mise à mort.
Les souffles sont plus chauds pour un tango sans corps.
Elle me frôle de ses mots, je les rumine très forts.
Sa joute aux sentiments est une tendre aquarelle.

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On peut se rencontrer en mode électronique,
sans jamais se connaître avec le sens Biblique.
Le bon sens m’oblige à calmer mon ardeur.
Car il faut être deux pour gagner des faveurs.
S’il revient au poète de ne pas se contenir,
des pensées dans la tête qui le poussent à écrire,
appartient au lecteur de faire la part des choses,
la franchise de l’auteur, sa ferveur quand il ose.

Le beau Joe.
C’est au mois de novembre qu’il renaît de ses cendres.
Et toujours un jeudi pour ne pas vous surprendre.
Phénix de la vigne, à chaque fois qu’il revient.
Il faut en être digne, son retour fait du bien.
Descendant de Bacchus, fière et noble lignée,
ses doigts sentent l’humus et ses bras sont griffés.
Enfin adoubé par la confrérie des vignerons,
Joe est un ami fidèle, un joyeux compagnon.
Il a les pieds sur terre, le corps bien charpenté.
Sa nature est sincère, son bon sens est inné.
Son visage et sa peau ont les rides d’un sage.
Dès que la lune est pleine, il en comprend le message.
Les grains gorgés de jus annoncent les vendanges,
pour un vin généreux et des grappes qu’on mange.
Il remonte chaque rangée le sécateur à la main,
un grand panier d’osier pour ramasser le raisin.

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Les ceps centenaires ont tenu leurs sarments :
une récolte sans colère, un merveilleux moment.
Au pressoir, on écrase, on extrait, on fait le moût.
On vise un nouveau cru et l’excellence du goût.
C’est un gars bienveillant, authentique, dévoué.
Au bistrot, jeunes et vieux attaquent les tournées.
De la cave au grenier, il règne sur l’assommoir.
Ils sont tous assoiffés et s’abreuvent du nectar.
Ils font trinquer les verres et trembler le comptoir.
Et les bouteilles enterrent ces visiteurs d’un soir.
Ils vont se coucher tard pour fêter le cépage,
tituber sur le trottoir en évitant le naufrage.
Cet oiseau de paradis fait tout pour le séduire.
Son bouquet, son tanin finissent de l’engourdir.
Il lui procure de la joie, le rend même spirituel.
Il consume son foie mais en vaut la chandelle.
L’élixir de jouvence, rouge pourpre et délicieux,
soulage ses souffrances et le rend affectueux.
Cette boisson charnue parfume Joe d’ivresse.
Sa saveur goûtue lui prodigue des caresses.
Il n’est pas vraiment beau. Il n’est pas non plus laid.
Disons plutôt que Joe est au milieu du gué.
Levons nos verres à sa santé, buvons jusqu’à la lie.
Riez, chantez, dansez et surtout aimez la vie.
Soyez heureux car le beau Joe l’est.

18
L’abandon.
Le moment est venu de mettre le nez dehors,
de sortir de ce nid devenu si petit.
Je suis maintenant trop grand pour rester à l’abri.
J’emprunte l’étroit chemin qui conduit dans la vie.
Je connais son odeur, les battements de son cœur,
sa façon de bouger et les sons de sa voix.
Mais je sens bien aussi qu’elle n’en a pas l’envie.
Et je suis expulsé au lieu d’être accueilli.
C’est donc moi ce bébé, la chose non désirée
qui pour continuer devra être adopté.
Je passe de bras en bras pour être cajolé.
Elles s’y mettent à plusieurs quand une seule suffirait.
Elles me prodiguent les soins de l’hospitalité.
Mais je ne suis pas certain de vouloir rester.
Je regarde au plafond la lueur des néons.
Mon corps encore chétif frissonne de l’abandon.
Aucun de ces regards ne capte mon attention.
Par instinct de survie, je tète mon biberon.
Sa présence diffuse commence à s’estomper.
Impossible de retenir cette femme et ses regrets.
Le miroir inversé de mon acte de naissance :
attendre des parents pour entrer dans l’enfance.
Je suis un formulaire glissé dans un dossier,
Juste un simple prénom qu’on pourra remplacer.
Je suis un nouveau-né cherchant une renaissance,

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un foyer pour grandir et combler son absence.
Voilà une grosse main qui attrape la mienne,
un genre de géant me serrant contre lui.
Il se lève la nuit et veille sur mon sommeil,
me console, sourit, contant maux et merveilles.
Cette force tranquille est un gage de confiance
qui trace le sillon d’une nouvelle espérance.
Tout en étant comblé, je ne dois pas m’attacher.
Les belles émotions d’un état provisoire.
Des personnes bienveillantes en quête d’un espoir.
Avec persévérance, trouver la perle rare.
La voici devant moi, celle qu’on a choisie,
en posant des questions, validant des avis.
Elle a l’air si émue et tellement sincère,
sans retenir ses larmes de devenir ma mère.
Au fil des rencontres, je vais l’apprivoiser
et faire prendre la greffe pour ne plus se quitter.
Quand la séparation choisit votre horizon,
il y a mille façons de bâtir son destin.
Le monde des adultes a ses contradictions.
Mais je croque à pleines dents cet unique festin.
Celui d’une maman qui me donne son amour,
sans être parfaite mais remplie de bonté,
perdant parfois patience sans jamais renoncer
qui préfère les actes aux fadaises d’un discours,
voulant juste mon bonheur, la beauté d’une histoire

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comme un jardin en fleurs pour nourrir ma mémoire.

Comme si … briser le silence.


Comme si,
vous l’avez salie.
Soyez maudit.
Tout ça vous semblait normal,
en violant sa vie.
Comme si,
la prenant par surprise,
tous les rêves de son enfance
devenus sa démence.
Comme si,
les outrages qu’elle a subis,
les souillures dans son lit
par un monstre qu’elle connaît
faisant d’elle sa complice.
Comme si,
l’indifférence des proches,
les sourires et l’hypocrisie
fusant comme des reproches.
Comme si,
elle devrait accepter
des remords, des regrets.
Vous n’êtes qu’un lâche,
un salaud pourri.

21
Comme si,
souffrir l’âme en peine,
oublier son visage, ses mains,
l’odeur d’un assassin.
Comme si,
l’alcool pour s’abrutir,
la drogue pour se détruire,
la colère d’un cœur brisé
ou la rage de fuir.
Comme si,
le courage de dire,
décrire aussi le pire,
pouvoir se reconstruire.
Comme si,
dénoncer le coupable,
affronter ses démons,
renverser la table
et laver l’affront.
Comme si,
traîner devant un juge
le monstre qui a détruit ses nuits
et obtenir justice.
Comme si,
Sortir de son silence,
combattre cette violence
et nommer ce crime :

22
la pédophilie.
Comme si,
un avenir est possible.
Sans effacer le passé,
choisir sa destinée.

Postérité numérique.
Quand on écrit beaucoup, on se croit prêt à mourir.
Cela paraît un peu fou et un curieux délire.
On cherche en vain à laisser une trace.
En attendant la fin, on erre dans une impasse.
Nous vivons une époque où la notoriété
fait confondre le talent et la célébrité.
Il arrive bien-sûr que les deux soient possibles.
Reconnaissons aussi que tout n’est pas crédible.
Ce constat désolant ne doit pas retenir
chaque plume créatrice et ce qu’elle veut nous dire.
Aujourd’hui les échanges sont en simultané,
en jetant sur la toile des mots et des pensées.
C’est pourquoi toute prose sort de l’anonymat,
pour peu qu’un internaute la clique avec son doigt.
Ouvrez vos cœurs, donnez votre opinion,
enflammez les humeurs, bercez-vous d’illusions.
Vous n’avez peut-être pas des milliers de suiveurs.
Mais affirmez sa pensée peut libérer les mœurs.
Que le ton soit léger ou bien le propos grave,

23
soyez récompensés de le mettre en partage.
Nul besoin d’entretenir de vaines polémiques,
propagez des poèmes aux élans romantiques.
Faites rêver les gens, des petits au plus grands.
Sublimez votre écran et rendez-nous vivants.
C’est une drôle d’idée mais pourtant c’est le cas,
tout ça vous survivra quand vous ne serez plus là.
Parfois la Poésie doit subir la censure.
Elle trouve son chemin même dans une Dictature.
Alors si les mots s’envolent mais que les écrits restent,
comme les herbes folles, n’ayez pas les mains lestes.
Que vos clameurs résonnent et lancent des éclairs.
Que vos rimes rayonnent et chantent au fil des vers.
Déclaration d’amour ou les cris de colère,
une bonne dose d’humour et des regrets sincères.
Une lune en plein jour, un soleil étoilé,
un ruisseau qui court, la montagne enchantée.
Rire aux éclats, mourir de chagrin,
engager le combat, affronter le destin.
Tout est envisageable quand on prend son crayon.
Taper sur le clavier, mettre en ligne élargira l’horizon.
Pas besoin de convaincre pour transmettre l’émotion.
Car l’âme poétique délivre l’image et le son.
Ecrivez sans retenue en toute sincérité.
Si vous n’êtes pas lus, ne soyez pas vexés.
Le début du bonheur, c’est une première lectrice

24
ou un unique lecteur qui devient votre complice.
Et si tout semble perdu pour conquérir la Terre,
Rêver dans l’espoir absolu de séduire la Lune.

Désenchantement.
Dans le silence de mon cœur,
se cache le secret de ma douleur.
J’ai beau sauvé les apparences,
je sens le poids de ma souffrance.
La vie est le cadeau précieux
qui doit nous éblouir les yeux.
Les années passent et cette promesse
s’est éloignée dans ma tristesse.
Oui, j’ai eu soif de justice
au prix de tant de sacrifices.
Et j’ai défendu l’égalité
comme une noble et grande idée.
Mais l’adversaire est un coriace.
Il a brisé toutes mes audaces.
A force de flatter l’égoïsme,
Il a tué mon activisme.
J’ai bien encore des soubresauts
pour démêler le vrai du faux.
Les forces du Mal sont si infâmes
qu’elles ont souillé les meilleures âmes.
Le pire c’est de rentrer dans le rang,

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rejoindre la meute des courtisans,
renoncer à tous ses idéaux
et planter des couteaux dans le dos.
Ce qu’il advient des réfractaires
dont le défi est téméraire,
c’est un procès en sorcellerie,
une avalanche de calomnies.
Mais je ne me sens plus coupable
face à l’échec inéluctable.
Changer la comédie humaine
attire la foudre et puis la haine.
Le plus dur n’est pas de tenir
avec des fantasmes de martyr.
Mais d’accepter son propre sort,
son quotidien et sans remords.
Et quand viendra le dernier jour,
l’ultime moment de non-retour,
la mort me paraîtra plus belle
et effacera toutes les séquelles.

Amoureuses.
Chaque nuit, je rêve que je suis dans tes bras.
Dans ce lit, ensemble, nous froissons les draps.
Nos cris fendent le silence
et nous scellons notre alliance,
comme deux amoureuses unies.

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Avec toi, je goûte le sel de la vie.
Peu m’importe si cela semble maudit.
Tes caresses sont les traces
des désirs qui nous enlacent
aux confins de l’interdit.
Près de toi, je me sens libre mon amour.
J’ai le cœur si léger tous les jours.
Mes sentiments sont si forts.
C’est à la vie à la mort.
Rien ne nous séparera.
Je ne te quitterai pas.
Notre histoire ne mérite pas d’être jugée.
Elle est remplie de bonheur, d’humanité.
Aux inquisitrices sociales
qui condamnent mon idéal,
je suis prête à pardonner.
Avec nous, les choses vont pouvoir changer.
C’est la tolérance qui doit triompher.
L’attirance de deux femmes
qui se déclarent leur flamme
est un cri de la Liberté.
Le soleil éclaire nos pas pour toujours.
La lune guide nos ébats sans détour.
Cette aventure est si belle,
une passion bien réelle.
Et notre sincérité

27
vaincra toute hostilité.
L’amour doit cesser d’être un combat.
L’évidence, c’est une tendresse qui se voit.
Deux êtres qui se rapprochent,
espèrent mieux que des reproches,
en s’aimant à la folie.

Leur couleur, c’est l’ARGENT !


C’est toujours la même amertume.
Avec délice, ils vous enfument.
En annonçant de vaines promesses,
vous êtes encore tenus en laisse.
Ils servent des gens bien trop puissants
pour céder face aux indigents.
Et s’il le faut la répression
confortera leur domination.
Les riches n’ont pas le sens du partage.
Le « toujours plus » est leur adage.
Si vous revendiquez des mesures.
Ils jouent la montre et votre usure.
Aux pauvres, ils ne laissent que les miettes.
C’est le miroir aux alouettes.
Ils s’assurent le soutien sans faille
des plus dociles de leurs ouailles.
Ils croient protéger des acquis
mais finiront à leur tour au tapis.

28
Ils dénoncent les actes des casseurs
mais cassent le système des valeurs.
Ils se drapent dans l’impunité,
piétinant les codes de la probité.
Ils inventent toujours quelque chose
pour ne défendre que leur cause.
Ils ironisent de mauvaise foi,
vous laissant en piteux état.
Ils vous restent les yeux pour pleurer,
en les regardant jouir et se goinfrer.
A eux les joies du Paradis sur Terre.
Pour vous, ce sera la croix et la bannière.
Le jour où vous serez lucides,
Vous comprendrez que c’est débile.
Le temps viendra de la colère
pour mettre un terme à la misère,
en contrôlant mieux les richesses
et faire la peau à la détresse.
Il faut rendre leur dignité
à celles et ceux dans le fossé
qui rament tous les jours de leur vie
pour le respect et du répit.
Tous les gens de bonne volonté
ne doivent surtout pas oublier
que pour construire l’égalité
il faut de la Solidarité.

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Rouge, Jaune ou Noir !
Un bonnet, un gilet ou un drapeau !
Peu importe votre couleur.
La seule couleur qui vaille pour eux :
C’est l’ARGENT.

L’esprit de la forêt.
Ce besoin qui vous prend de quitter le sentier
et d’entrer plus profond dans l’immense forêt.
Vous errez lentement sous cette Canopée,
en rompant le silence de craquements sous vos pieds.
L’ombre et la lumière transpercent les frondaisons,
un soleil rougeoyant disperse ses rayons.
Les arbres au garde à vous s’élancent vers les nuages,
leurs racines millénaires enfoncées dans le sol.
Des branches offertes au vent se secouent avec rage
et font danser les cimes comme une farandole.
Ces perles de rosée sont des gouttes de chagrin
quand la brume vous cajole dans le petit matin.
Cette nature sauvage vous aspire lentement.
Et elle réveille en vous d’étranges sentiments.
En vous laissant bercer par les bruits d’un ruisseau,
vous ressentez l’émoi du bébé au berceau.
Les galets scintillent dans le lit du cours d’eau.
Votre cœur se noie au son des trémolos.
Une mélancolie glisse sur les fougères

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en libérant la vie du ventre de sa mère.
Cet endroit gorgé d’eau, à l’étrange atmosphère,
est le couffin sacré d’une naissance sur terre.
Vos souvenirs se mêlent aux odeurs forestières,
l’orage zébrant un ciel où grondent des éclairs.
Les oublis du passé, gravés au creux des troncs,
dessinent les amours d’une fougueuse passion.
La mousse, les champignons suintent de vos frissons,
sont aussi le rappel d’une cruelle décision.
Les couleurs rouge et jaune d’un automne fertile
embrasent les regrets d’un désir stérile.
Elle couche délicatement sur des feuilles froissées
le fruit de ses entrailles qu’elle veut abandonner.
Les cris de cet enfant inondent les feuillages,
ravivent la mémoire de ce triste naufrage.
Moment de solitude, de peur, de désarroi,
l’affreuse turpitude d’une femme aux abois.
Mais aucune naissance pour la mère nature
ne mérite l’offense d’une funeste fêlure.
La protection divine d’une passante curieuse
arrache ce nouveau-né à une mort odieuse.
Après plusieurs années, une promenade dans les bois
déterre tous les secrets et pardonne ce choix.
En revenant sur place, elle retrouve sa trace.
Rencontrer ce jeune homme est un instant de grâce.
Les plantes et les feuillus sont des témoins discrets.

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Elle pleure à chaudes larmes, le bonheur est complet.
Il la serre dans ses bras comme une renaissance.
L’esprit de la forêt souffle sa bienveillance.

La blessure.
J’ai la tête dans les étoiles.
Mon cœur se gonfle comme une voile.
C’est tellement bon de la croiser,
de l’aborder et lui parler.
Je sais tout de son vécu,
de ses galères dans la rue.
Les stigmates de sa souffrance
sont enfouis dans sa clémence.
Personne ne devrait endurer
le sort de cette vie cabossée.
Aucune blessure ne cicatrise
si la violence vous tétanise.
Mais dans ses yeux, c’est la douceur.
Ils ne disent rien de ses malheurs.
Et son sourire nous en dit long
Sur sa bonté et son pardon.
Sa pudeur masque sa tristesse.
Elle fait silence sur sa détresse.
Pour elle, le plus important,
ce n’est pas le ressentiment.
Mais son désir est vulnérable.

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Son cœur fébrile reste friable.
Un corps meurtri et trop souillé
engendre la peur d’être aimée.
Comment retrouver la confiance,
s’abandonner sans résistance
et croire à nouveau au bonheur
d’une rencontre faite de douceur.
Pour elle, les hommes sont des goujats,
des séducteurs sans foi ni loi.
Ils usent de tous les artifices
pour satisfaire leur caprice.
Etre sincère ne suffit pas
pour réveiller en elle l’émoi.
Elle se méfie des compliments
pour éviter tous les tourments.
Alors elle garde ses distances,
faisant sentir toute sa méfiance.
Elle reste néanmoins polie
Et donne le change à votre envie.
Mais il faudra encore du temps
pour arracher un consentement.
L’amour n’est plus chose facile
pour une femme devenue fragile.
Elle doute de n’importe quel amant
et encore plus du prince charmant.
A force d’être trop parfait,

33
chaque courtisan devient suspect.
Aucune romance même délicieuse
ne l’empêche d’être suspicieuse.
Pourtant, il faut garder l’espoir
de construire une belle histoire.
Avec le temps et du partage
elle abordera votre rivage.

Le sentiment amoureux.
Ce sentiment est un état de l’âme.
Sa pureté est dans sa légèreté.
Pour être compris, il se fait discret.
Il se veut rassurant, vous témoigne du respect.
En riant, il est même émouvant.
Ce n’est pas un virus, inoculant la rage.
C’est un vaccin, guérissant dans la joie.
Ce n’est pas un ennemi, cherchant à s’imposer.
C’est d’abord un allié, pouvant vous protéger.
La rose est son emblème, servant de bouclier.
Le parfum est sa force, les épines son courage.
La couleur est sa passion, les pétales sa douceur.
Il surgit n’importe où. Il touche n’importe qui.
Il transforme un loup féroce
En une gentille brebis.
Ce n’est ni une faute, encore moins un péché.
C’est une fleur sauvage, remplie d’humanité.

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Osez le partager, le dire avec franchise
Le messager du cœur n’a jamais de regrets.

Enfin seul.
A force d’être seul,
il rit de vos chagrins et se moque des siens.
Il se prend par la main
pour ne plus avoir peur.
Il se parle à lui-même, n’écoute plus personne.
Il choisit le silence,
trop d’avis tuent le sens,
des mots sans consistance,
bavardages sans fond, conversation de rage,
il n’a plus d’illusions, s’éloigne du rivage.
Il s’oublie dans les vagues.
Sa vie est un naufrage.
Le pouvoir d’être seul,
céder à ses envies, ne s’excuser de rien,
se lever aux aurores, flâner dans un jardin,
un coucher de soleil en s’enivrant de vin,
il savoure chaque jour
et ne regrette rien.
Il va au cinéma pour libérer sa joie.
Il apprivoise sa peine, laissant agir le charme.
Son cœur est une enclume ;
Il cogne sa solitude, écrase l’amertume,

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giclent milles étincelles
qui coulent avec ses larmes.
Le plaisir d’être seul,
Larguer sa vie d’avant y compris les enfants.
Ne pas être coupable d’essayer d’être heureux.
Au diable les promesses, il faut se dire adieu.
Si les histoires de cœur valent pour les frissons,
aucune ne mérite les chaînes ou la prison.
La vie est trop courte pour la rendre éternelle.
Dans l’instantanée, elle vous offre ses merveilles.
Quand viendra l’heure d’un dernier soupir,
quittez la vie en remerciant la mort
pour savourer cette évidence :
enfin seul.

La mer.
Les pieds nus dans le sable mouillé,
il regarde au loin et fixe l’horizon.
L’écume blanchit la cime des vagues
qui roulent et s’écrasent sur le rivage.
Il trébuche dans les algues emmêlées.
Son corps chétif est traversé de frissons.
Tel un doigt dans l’anneau d’une bague,
il plonge en avant et enfonce son visage.
Il allonge les jambes et en battant des bras,
S’éloigne de la plage avec fougue et fracas.

36
Au coucher du soleil, il marche sur les rochers.
Il affronte la colère de l’océan agité et furieux.
Qu’elle claque la lanière du fouet des déferlantes.
Qu’ils giclent les embruns de la marée sauvage.
Le spectacle envoûtant de la mer déchaînée,
à la fois inquiétant mais aussi délicieux,
brise ses tourments de caresses bruyantes
en sauvant son âme d’un funeste naufrage.
Et l’ivresse marine qui envahit son cœur,
le grise soudain d’une curieuse douceur.
Allongé dans les dunes, il contemple le ciel.
Sous une pluie d’étoiles, il rêve en voie lactée.
Couchée à ses côtés, une sirène charmante,
chuchote à son oreille des rimes amoureuses.
Le feu de bois crépite de milliers d’étincelles.
La chaleur est propice aux frottements salés.
Des baisers volés et une tendresse insouciante
basculent au firmament d’une étreinte fougueuse.
Quand le voile de la nuit recouvre son sommeil,
la mer le berce encore de ses ultimes merveilles.

En un mot commençant.
Un mot, c’est le premier pas sans savoir où l’on va.
Il faut nommer les choses que l’on ne connaît pas.
Au fil des années, grâce au vocabulaire,
vous pouvez exprimer une pensée sincère.

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Si votre esprit est vif, soyez un cerf-volant.
Il faut rester léger pour glisser dans le vent.
La musique du cœur donne à vos sentiments
une intense chaleur et l’éclat du diamant.
Une erreur d’orthographe n’est pas une faute de goût.
Alors soignez la forme en rédigeant sans aucun tabou.
On peut vouloir écrire pour gravir la montagne,
monter en haut du mur ou d’un mât de cocagne.
Rien n’est insurmontable avec la bonne volonté.
Ne cherchez pas l’exploit, juste une belle idée.
Partir en randonnée pour atteindre un sommet.
Flâner au bord de l’eau pour faire des ricochets.
Des mots qui fendent l’air pour enflammer le ciel.
D’autres les pieds sur terre dans un désir charnel.
Le temps est à l’orage. Vous grondez de colère.
Votre vie : un naufrage. Changez donc d’atmosphère.
Vous pouvez bouleverser rien qu’en disant « Je t’aime ».
Ou ménagez le suspense en nous tenant en haleine.
La longueur du propos n’est pas une mauvaise chose.
Mais on peut aussi être bref pour défendre sa cause.
En un mot comme en cent, osez cette aventure
d’explorer les secrets et bienfaits de l’écriture.
Alors, tracez tous les reflets de votre rhapsodie
avec l’âme d’un humble bohémien ou d’un fier érudit.
Ayez de l’insouciance ou un grain de folie.
Vos souvenirs d’enfance, les douleurs de la vie.

38
Des aveux romantiques plein de sincérité.
Des propos magnifiques pour la postérité.
Prenez un bain de soleil en chantant les voyelles.
Vibrez du tintamarre des cloches qu’on sonne.
Regardez vers les cieux. Adressez vos prières.
Vos écrits sont odieux. Vous irez en enfer.
Naviguez sur les flots de votre nostalgie.
Emettez un écho de vos nouvelles envies.
Contre vos adversaires, toujours être indulgent.
La haine est ce poison qui infecte le talent,
sert souvent de prétexte pour vous discréditer
en retirant à votre texte sa force de vérité.
Mettez de la couleur, du son et des odeurs
Car la libre expression a besoin de saveurs.
Déguisez chaque strophe comme un bal costumé
en donnant à vos rimes des rythmes endiablés.
Arrangez les couplets d’un soupçon de pudeur
si l’air du refrain résonne de vos malheurs.
En un mot commençant est un joli présage.
Ce que vous rédigez en le mettant en partage
au bout de quelques lignes déclenche ses effets.
Vous captez notre attention et on désire l’après.
Votre plume inspirée court de page en page.
Ça commence comme une lettre et finit en ouvrage.

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A la rue.
La détresse sociale est une sombre prison.
Elle bouche l’horizon sans barreaux ni matons.
Enfermée dans sa tête et en perte de repères,
elle souffre de l’exclusion et affronte sa galère.
Pas facile d’être une femme au ban de la société
dans un système infâme qui tue l’égalité.
Il faut trouver un toit, à manger, un travail,
avoir confiance en soi : le défi est de taille.
Avec le temps qui passe, sa volonté s’étiole.
Usée, de guerre lasse, elle croit devenir folle.
Est mise à rude épreuve même sa féminité
pour ressembler encore aux canons de la beauté.
Alors son amour-propre est aussi malmené.
Elle finit par douter de son humanité.
L’esprit est moins lucide et le corps se dégrade.
A force d’être rejetée, c’est sa fierté qu’elle brade.
Rongée par le stress, la peur du lendemain,
elle repousse sans finesse quand on lui tend la main.
La rue, au quotidien, a aussi ses défauts.
Elle est impitoyable, ne fait aucun cadeau.
La marginalité est une lutte sans merci.
Il n’y a aucun vainqueur mais que des sans-abris.
Même si des prédateurs ont l’air mieux lotis,
Ils font partie aussi du monde des démunis.
C’est tellement humiliant d’être vue comme une cloche,

40
d’avoir aussi perdu l’attention de ses proches.
Toutes ses qualités sont enfouies dans sa chair.
Elle endure son errance et choisit de se taire.
Pas simple d’imaginer une lueur d’espoir
quand les vicissitudes affectent votre histoire.
Comment trouver la force de remonter la pente,
sauver sa dignité, repousser une mort lente.
Ayant connu les joies de la maternité,
C’est un plus grand malheur qui frappe sa destinée.
Chômage et expulsion sont une forfaiture.
Aucune compassion, sa vie devient plus dure.
L’argent vient à manquer. Elle va droit dans le mur,
entraînant dans sa chute toute sa progéniture.
Vous pouvez la juger et lui jeter la pierre.
Savons-nous qui demain aura un genou à terre.
Une vie bien rangée, au bonheur confortable,
se trouve soudain frappée d’un sort redoutable.
Elle semble s’accrocher, elle est juste suspendue.
Ses jours sont comptés, la voie est sans issue.
L’espoir n’a plus sa place quand vous touchez le fond.
La misère est toxique, un dangereux poison.
Elle refusait pourtant de s’avouer vaincue.
Elle rejoindra bientôt les morts de la rue.

41
Sauvage.
Ces liaisons dangereuses défient l’ordre établi.
De tels actes amoureux sont jugés comme délits.
Vos penchants naturels deviennent malédiction.
Un mâle et une femelle sont l’unique solution.
Une foule déchaînée vous traite en criminel,
vous crache à la figure son venin et son fiel.
Vos désirs licencieux vous plongent dans la nuit.
Vous devez vous cacher dans des endroits maudits.
Les plus beaux sentiments deviennent votre souffrance.
Vos états langoureux se drapent dans la défiance.
S’afficher au grand jour étant répréhensible,
c’est au cœur des ténèbres que tout devient possible.
Des cabarets festifs, de luxure, de débauche.
Les caresses défendues aux étreintes qui réchauffent.
Et les vapeurs d’alcool vous ôtent le complexe
de l’attirance folle d’une personne du même sexe.
L’ivresse de ce tourment qui trouble votre corps
peut enfin se libérer de cette petite mort.
Et si votre aventure n’est plus un mauvais sort,
vous n’avez pas raison, c’est les autres qui ont tort.
Glissez-vous dans les herbes des prairies de Vénus
ou grimpez sur les berges des volcans d’Uranus.
Mais il ne suffit pas de souffler sur les braises
pour se débarrasser complètement du malaise.
C’est en faisant parfois le vide autour de vous,

42
au prix de sacrifices que vous êtes debout.
Et au petit matin, remis de vos émois,
malgré la lune de miel vous restez aux abois.
Toute votre journée est un monde d’illusions.
Reprendre certaines manières et faire bonne impression.
Surtout ne pas froisser les codes vestimentaires
et garder des distances avec votre partenaire.
Vous surmontez la peur en évitant la honte,
contenez votre douleur ou la colère qui monte.
Critiques et quolibets sont autant de blessures.
S’imposer le silence est devenu une torture.
Votre fausse gaieté est teintée d’amertume.
C’est en début de soirée que l’espoir se rallume.
Ayez le courage de ne pas courber l’échine.
Portez avec noblesse une couronne d’épines
comme celle d’un Jésus, sauveur de nos péchés
et gravir dignement les marches de la fierté.
Qu’il est bon de se perdre dans les bras d’un amant
en ignorant la haine de tous ces braves gens.
Cette addiction fiévreuse, son bouillonnement charnel
qui soulage vos pulsions et vous donne des ailes.
Un palais vénitien pour des fêtes galantes.
Une alcôve parisienne aux nuits chaudes, enivrantes.
Même la notoriété ne vous protège pas
si la rumeur salit et condamne votre état.
Vous pouvez vous enfuir ou changer votre vie.

43
Fleurir au Père-Lachaise la tombe d’un proscrit,
en mémoire sulfureuse d’un mignon fugitif
de sa réputation de dandy corrosif.

Au-delà des apparences.


D’une blancheur d’albâtre, l’éclat d’une porcelaine,
la jeune femme ingénue déambule et s’éveille.
Cette fleur insouciante à l’envie qui désarme,
sa corolle délicieuse aux pétales azuki
se laisse butiner et cueillir par son charme
pour connaître les plaisirs d’un soupirant surpris.
D’une confiance aveugle, elle a suivi cet ange.
saisie par sa beauté et son allure étrange,
frappée d’un coup de foudre sous une pluie glacée,
elle se jette dans ses bras et se sent envoûtée.
Quand un bel inconnu vous fait tourner la tête,
alors l’unique désir c’est devenir sa conquête.
Si la réalité sublime le conte de fée,
aucune mise en garde ne peut lui résister.
Elle goûte chaque instant avec délectation,
écartant chaque doute de ses appréhensions.
Mais quand il la laisse seule sans dire où il va,
elle s’endort angoissée tout en perdant la foi.
Ce bonheur éphémère est soudain fracassé
par l’horrible abandon de notre dulcinée.
En accrochant son cœur aux doux frissons d’un rêve,
elle préfère s’enfuir parce qu’il a disparu.

44
Une grande ville, la foule, n’être qu’une inconnue,
échapper au chagrin d’un amour qui l’achève.
Au bout de quelque temps, le destin est têtu.
C’est une drôle de rencontre au détour d’une rue.
D’abord saisie d’effroi, elle détourne le regard.
« Il était une fois… », elle ne veut plus y croire.
Ça vous tombe dessus comme un cadeau du ciel,
la peur d’être déçue, de se brûler les ailes.
Certaines apparences affolent les souvenirs.
Une telle ressemblance pourrait la faire souffrir.
La force de sa défiance devrait la protéger.
Une profonde attirance lui intime de céder.
Il lui faudra du temps pour donner du crédit
à cet homme attirant mais qui n’est qu’un sosie.
Il est tellement gentil, sincère et bienveillant
qu’elle accepte de donner à sa vie un tournant.
Et puis un jour viendra où elle dira « je t’aime »
à celui qui soulage ses manques, aussi sa peine.
Elle relâche ses freins en devenant plus sereine
pour construire le présent dans l’amour et sans haine.

Le retour.
L’hiver est là, bientôt Noël, la neige recouvre les sapins.
Une poudreuse inoffensive, des boules blanches pour les
gamins.
Le retour de l’enfant prodigue, perdu sur un horrible chemin.
Une mère émue, les yeux humides, entre la joie et le chagrin.
45
Elle rêvait du magicien d’OZ quand lui courait après sa dose.
Avec la première prise, tout explose.
Alors il s’extasie, il craque en lover d’OZ.
Et il devient accroc sans faire de pause.
Pour trouver le paradis sur terre,
il s’enfonce une aiguille entière.
Une héro brune qui devient l’enfer
coule dans ses veines avant le cimetière.
L’état d’urgence bouffe le cerveau.
La dépendance laisse sur le carreau.
Et pour porter son lourd fardeau,
il peut devenir un vrai salaud.
Toxicomane, il attrape la rage.
Toute sa vie est un naufrage.
Ses proches sont secoués par l’orage.
C’est la terreur et l’engrenage.
Une cure peut sembler salutaire
pour le sortir de sa galère.
Battre la drogue est pire que la guerre.
Car c’est lui-même l’adversaire.
Bien sûr, elle ne lui fait plus confiance.
Trop de magouilles, tellement d’outrances.
Pour s’affranchir de la résilience,
son seul crédo c’est l’abstinence.
A l’occasion d’une réunion, il témoigne de son addiction.
Il fait un acte de contrition sans jamais demander pardon.

46
Il partage avec d’autres les dégâts de l’exclusion
en espérant enfin trouver la meilleure solution.
Lui, il accepte ses remontrances.
Il se reproche toutes les souffrances,
endurées par ses choix de transe,
sans parler des gestes de violence.
La seringue était sa seule compagne.
Les shoots vite faits étaient son bagne.
Une tête de mule remplie de hargne :
dealer, menteur et opiomane.
Pour un sachet, il a vendu son corps
à des sales pervers sans remords.
Souvent, il a aussi frôlé la mort
dans des taudis à l’ambiance gore.
Le cerveau doit être désintoxiqué.
Le cœur l’aidera à s’accrocher.
Le courage l’empêchera de replonger.
Même s’il ne sera jamais sauvé.
Elle doit le tenir à distance de ses mauvaises fréquentations,
le surveiller avec patience en exerçant la bonne pression,
lâcher du lest en récompense de son degré d’implication
et l’aimer avec bienveillance en étant sûre d’avoir raison.
Pour se sentir encore vivant,
il accepte de prendre ce tournant.
Son amour est le vrai médicament.
Sans hésiter, l’héroïne c’est sa maman.

47
La muse.
Oui je devrais me taire, me faire tout petit,
m’enfoncer sous la terre aux confins de l’oubli.
Dans une histoire d’amour, il vaut mieux être deux.
Pour troubler votre cœur, je ferais de mon mieux.
Je sais bien que « prudence est mère de sûreté ».
J’ajouterais la patience pour rêver d’un baiser.
Je ne me rappelais plus cette douce sensation
qui des pieds à la tête vous donne des frissons.
Par un heureux hasard, je vous ai rencontré.
Depuis je compte les jours et je suis bouleversé.
Car il me faut attendre à chaque fois le jeudi
pour espérer vous voir. Alors, je me languis.
Cet instant de la semaine est devenu délicieux.
Vous vous tenez debout à portée de mes yeux.
Vous allez, comme moi, entrer dans le cinéma.
Quel peut être le film qui retient votre choix ?
Ce serait merveilleux d’être dans la même salle.
Je n’ose pas vous parler, voilà que je m’emballe.
Prendre n’importe quel billet pour être près de vous.
Mais si vous l’appreniez, je passerais pour un fou.
Je n’aurais pas l’outrance de tenter par la ruse
d’aborder en trichant celle qui est ma muse.
Quelle belle manière d’honorer une femme
sans lui courir derrière pour déclarer sa flamme.
Vous bousculez ma vie, soulevez mes sentiments.

48
Et je me sens léger sans être votre amant.
Un objet par envie est souvent éphémère.
Le sujet du désir est beaucoup plus sincère.
Tout en vous est beauté, grâce et sincérité.
Cette silhouette élégante inspire la volupté.
En gardant une distance, je protège mon histoire.
Par excès de confiance, j’ai connu des déboires.
Je repousse donc sans cesse l’idée de vous aborder.
Par des mots maladroits, j’ai peur de tout gâcher.
Si je peux être bavard pour un brin d’amitié,
Je suis plutôt trouillard quand il s’agit d’aimer.
Le silence qui enveloppe ce mélange d’émotions
entretient mon espoir sans me faire d’illusion.
Le bon sens voudrait que je brise la glace,
en tentant ma chance et sortir d’une impasse.
Vous n’imaginez pas combien c’est envoûtant
d’avoir une dulcinée qui n’est pas au courant.
Rien ne peut galvauder ma curieuse passion
à l’abri des orages, des larmes, des trahisons.
Quelle que soit la raison, je resterais fidèle.
Attirer l’attention sans me brûler les ailes.
Ainsi je vous écris un bien curieux poème
avec les mots sincères de mon âme bohème.
Trouverais-je l’audace de trahir mon secret
en vous le remettant par un geste discret.
Je ne serais pas vexé si vous ne répondez pas.

49
Vous voir lire cette lettre me comblerait déjà.
En me jetant à l’eau, je n’aurais pas de regret.
Car un acte d’écriture n’est jamais désuet.
En vous laissant cette trace d’émotivité.
J’immortalise pour nous un moment de vérité.

Après le déluge.

Ces quatre murs sales qui l’enserrent.


Ce bidon pâle et gonflé qui l’encombre.
Ce coup de couteau dans la cuisse d’un flic ;
Ce coup de trique entre ses cuisses innocentes.
En perdant son sang-froid, elle a pris trois piges.
Dans son ventre tout chaud, le terme est déjà là.
Privée de liberté, couchée en chien de fusil,
dans sa cellule glacée, elle râle et gémit.
Elle sent les coups de pied, se met en position.
Enfin les contractions annoncent la délivrance.
L’insensible matonne la conduit en urgence.
Elle pousse et accouche de l’enfant du malheur.
Cet heureux événement pour une vie bâclée,
change sa condition pour un autre quartier.
Elle quitte la Centrale au milieu des paumées,
rejoint la nurserie pour élever son bébé.
C’est toujours la prison pendant quatre saisons.
Une clé dans la serrure, épiée par un œilleton,
elle gueule et aboie quelle que soit la raison.

50
Car la taule ravage, avilie et mutile.
La détresse devient une colère mutine.
A force d’humiliations et d’actes de soumission,
elle explose en vol, craquant sous la pression.
En guise de punition, elle est jetée au mitard.
Elle apprend la leçon pour revoir son moutard.
Elle s’angoisse, elle a peur, surtout pour le petit.
Elle renonce à la haine pour une autre énergie.
Elle jure de changer, de se tenir à carreau,
pour rester au côté de son gentil marmot.
Les nuits sont difficiles et souvent agitées.
Hurlements nocturnes contre cris la journée.
Elle supplie le silence pour trouver un répit,
se reposer enfin, endormir son chéri.
Viennent des jours plus heureux et paisibles
où la mère trouve sa place dans ce milieu brutal.
L’enfant est soudain calme et moins peureux.
Il est sa douce lumière, une bouée de sauvetage,
un oasis de paix derrière ses maudits barreaux.
Ce bonheur éphémère est de courte durée.
Pour achever sa peine, elle ne peut le garder.
A partir de dix-huit mois, il doit être placé
dans une famille d’accueil où il sera choyé,
pour attendre sa maman, sa liberté retrouvée.
Elle a des sueurs, des nausées, des cauchemars,
des photos collées au mur et de rares parloirs.

51
Elle relit sans cesse les lettres qu’elle reçoit,
en apaisant sa rage et trouver la patience,
guettant le dénouement à sa funeste errance.
Elle le retrouve enfin et il se souvient d’elle.
Il l’appelle maman ; elle le sert dans ses bras.
Elle pleure toutes ses larmes et explose de joie.
Le déluge est fini, la galère s’achève.
Le ciel s’éclaircit et réalise son rêve.
La vie va reprendre pour un nouveau départ,
un horizon serein et un avenir à deux.

Alzheimer.
Cette peur qu’elle s’envole en vous laissant dans le noir.
Une drôle de boussole qui a balisé toute votre histoire.
Elle a forgé votre raison, en traçant une ligne d’horizon.
Si le cerveau est sa maison, la gestuelle sert d’expression.
Bien sûr, il y a des choses que l’on oublie.
Mais les bons souvenirs n’ont pas de prix.
Cachés parfois derrière un épais voile,
Ils guident vos pas comme une étoile.
Ce n’est pas marrant de perdre la tête
pour ressembler à une étrange girouette.
Comme un arbre sans racines, vous ressentez cet abandon.
Cet égarement donne le spleen en fragilisant vos actions.
Quand l’amnésie brouille les repères,
trouver son chemin devient galère.

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Chaque trou de mémoire met en alerte.
Les omissions sont une grande perte.
On peut trouver quelques astuces pour combler plusieurs
absences.
Rédiger un parcours de bus, une liste de courses, une
ordonnance.
Cette attention de longue haleine,
en repoussant certaines limites,
vous permet d’adoucir la peine,
retardant l’échéance maudite.
Les gens vous pensent dans la lune.
Vous errez au milieu des dunes.
Votre univers est à l’envers.
Chaque journée semble un désert.
On peut rire de vos maladresses ou de vos propos incohérents.
Il s’agit pourtant d’une détresse et d’un changement assez
violent.
Et cet état irréversible qui vous plonge dans un monde hostile,
tous ses effets horribles ne peuvent pas nous laisser
insensibles.
Vous êtes au bord de la mer, balayée par des vents contraires.
Un enfant qui cherche sa mère pour ne pas chuter par terre.
Un orage et des éclairs qui vous donnent des frissons.
Une grotte sans lumière, des fantômes comme compagnons.
Une mare qui s’assèche, un volcan qui s’éteint.
La banquise qui fond, cette chanson sans refrain.
Un miroir sans les reflets, un bijou sans les éclats.
Un feu de bois sans les braises, une main sans les doigts.
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Un bateau dans la tempête, perdu pour naviguer.
A cause du phare éteint, s’échoue sur les rochers.
Un esprit ramolli ou un ventre devenu stérile.
Une silhouette qui trébuche avec un air débile.
Ce poème qui témoigne de ma lucidité,
décrit ce rendez-vous avec l’obscurité.
Avec un peu de chance vous pourrez échapper
à ce moment fatal qui nous fait basculer.
Si ce funeste sommeil devient un long cauchemar,
demandez à vos proches d’éteindre les bougeoirs.
L’instant est propice pour souffler la flamme
quand la parole divague et que s’efface l’âme.

La Paix.
Les hommes refusent les leçons de l’Histoire.
Les va-t-en-guerre ont d’abord des trous de mémoire.
On a plus vite fait de sonner le tocsin.
Au lieu d’aimer tendre la main.
Un grand poète dit que c’est une connerie.
De vouloir attiser sans cesse les conflits.
Il n’y a rien d’autre au bout de vos fusils.
Que les fleurs du mal, soyez maudits !
La Paix c’est un devoir d’humanité.
La Paix pas besoin d’savoir l’arrêter.
La Paix faut la vouloir pour la gagner.
Le marchand de canons veut du pognon.

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C’est d’abord la mort qu’il vend aux cons.
Changeons la donne en fabriquant le Bien.
Des livres, des médocs et du pain.
Une règle débile que la loi du plus fort.
Elle règne en maître même si elle a tort.
Le temps est venu de rappeler au bon sens.
L’amitié c’est la délivrance.
La Paix c’est mon crédo et ma fierté.
La paix c’est mon sérum de vérité.
La Paix devrait finir par triompher.
Quand les faucons auront enfin compris.
Qu’une blanche colombe est belle aussi.
A bas les bombes, la mitraille et le sang.
Vive les crayons, les jeux pour nos enfants.
Y’en a marre de tous vos mensonges.
Car les horreurs qui se prolongent.
Accouchent les cris de haine et la vengeance.
Sans mettre un terme à la souffrance.
La Paix c’est un devoir d’humanité.
La Paix pas besoin d’savoir l’arrêter.
La Paix faut la vouloir pour la gagner.
La Paix c’est mon crédo et ma fierté.
La paix c’est mon sérum de vérité.
La Paix devrait finir par triompher.

55
Jalousie.
Elle s’incruste dans sa tête. Il se ronge les sangs.
Son esprit part en vrille. Il se sent impuissant.
Cette perte de contrôle, aux effets redoutables,
est un état de transe qui le rend détestable.
Alors que la raison commande de réfléchir,
son imagination déborde, devenant un délire.
Même une situation, aux allures banales,
éveille ses soupçons et lui semble anormale.
Ça commence dès le matin quand elle doit s’apprêter.
Il examine son linge, sa manière de s’habiller.
Il lui reproche une robe, un collant, un chemisier.
Concernant la lingerie, il viole aussi l’intimité.
Il surveille les bijoux dont elle va se parer :
des boucles d’oreilles, une bague, un simple collier.
En cas de nouveauté, il peut l’interroger :
« S’agit-il d’un cadeau ou tu l’as acheté ! »
Et pour le maquillage c’est encore plus l’horreur.
Elle met du rouge à lèvres pour étourdir les cœurs,
de la crème sur les joues pour se mettre en valeur
et du fard à paupières pour gagner des faveurs.
Quand elle quitte le foyer, il la bombarde de questions.
« Avec qui tu déjeunes ? Quelles sont tes intentions ?
A quelle heure tu finis ? », en faisant des allusions.
Chacune de ses remarques trahit ses obsessions.
Et pendant la journée, le cauchemar continue.

56
Parfois il lui arrive de la suivre dans la rue,
d’épier ses faits et gestes, ridicule et confus
en évitant surtout de commettre une bévue.
C’est grâce au téléphone que la plupart du temps
il occupe son terrain d’un odieux harcèlement,
d’une étroite surveillance en appelant très souvent.
Il hurle sur le répondeur quand elle coupe son élan.
Il la guette à la fenêtre quand elle rentre le soir.
Pour lui quelques minutes c’est déjà être en retard.
Quand elle franchit la porte, il jette son regard noir.
Et il plombe l’ambiance en faisant des histoires.
Au moment du coucher, le jaloux éteint tout désir.
Il pense : qui vous touche nue, vous procure du plaisir ?
Elle fait mine de dormir, refusant de le chérir.
Et tout rapport forcé la dégoûte jusqu’à vomir.
Ces violentes disputes et ses cris de colère
finissent de détruire les sentiments d’hier.
Aucune de ses excuses ni des regrets sincères
ne justifient pour elle d’endurer cet enfer.
Cette emprise maléfique fait de lui un démon.
Sa déviance par amour agit comme un poison.
En libérant sans cesse ses funestes émotions,
Il fonce droit dans le mur vers une séparation.
Il vaut mieux être seule que mal accompagnée.
C’est la meilleure façon de vous en protéger.
La jalousie transforme souvent l’amour en cruauté.

57
Avant qu’elle ne vous détruise, quittez cet enragé.

Le veuf.
Il y a bien une petite larme qui goutte de son œil,
cette pointe d’émotion, penché sur le cercueil,
comme unique effusion en cet instant de deuil.
Mais il semble distrait quand tout le monde se recueille.
Qui peut vraiment comprendre ce qui passe dans sa tête,
une bouffée délirante comme pour un air de fête.
Il devrait avoir honte, se sentir un peu bête
d’une telle délivrance quand les autres regrettent.
Ce n’est pas un mauvais gars ; Il est plutôt sympa.
Il n’en rajoutait pas même quand ça n’allait pas.
Il acceptait son sort, les hauts et puis les bas.
Et leur complicité transcendait tous leurs choix.
Les sentiments d’amour ont ce goût d’amertume
des illusions perdues qui s’enfoncent dans la brume,
une mer agitée aux grosses vagues d’écume
qui déferlent sur votre vie mais à titre posthume.
Si Roméo et Juliette ont choisi de partir,
fusionnant leur romance dans un ultime soupir,
le commun des mortels ne voit la fin venir
qu’à l’heure du dernier souffle et quand le corps expire.
C’est l’ordre naturel qui décide du départ.
Il choisit elle ou lui, tout ça sans crier gare.
Le destin a voulu qu’il reste alors qu’elle part,
en se disant Adieu dans un dernier regard.

58
Une impression étrange qui n’est pas de la joie
et un bizarre mélange qui couvre son émoi
envahissent son être d’un plaisir sournois
lui donnant le vertige des souvenirs d’autrefois.
Un doux vent de liberté caresse son visage.
Le temps paraît si court pour un nouveau rivage.
La franchise est sûrement un merveilleux hommage
à rendre à sa compagne pour mieux tourner la page.
Sa mort n’est pas une fin mais une renaissance
avec toutes les nuances et sans chercher l’offense.
Apaiser la douleur, surmonter la souffrance
pour gravir les sentiers des cimes de l’espérance.
Les chemins des possibles s’ouvrent devant lui.
Accepter les défis, l’envie d’être surpris.
Balayer les doutes et sourire à la vie.
Ne pas se résigner quand le ciel s’assombrit.
Viendront des jours meilleurs et à nouveau heureux.
Le veuvage est seulement un état comateux,
frappant sans sommation des couples délicieux.
Et si lui continue, elle va rejoindre les cieux.

Encore une.
Encore une autre qui s’achève, à chaque jour suffit sa peine.
Toujours cette vieille rengaine, dans la vie c’est marche ou
crève.
Ranger les souvenirs, penser à l’avenir.
Pour que revienne une année bonne et heureuse.
59
Pleine de promesses et d’intentions généreuses.
Les vœux du cœur qui souhaitent le bonheur.
Mettre les pendules à l’heure, peindre le ciel en couleurs.
Ça paraît si dérisoire de fêter le jour de l’an.
En espérant qu’une histoire se transforme soudainement.
Eloigner les tourments, changer le cours du temps.
Pour que s’éteignent l’injustice et la misère.
Trop de violence, la tension et la colère.
Le monde est fou et la terre est en danger.
Provoquer des catastrophes, menacer l’humanité.
Se bercer d’illusions ajoute à la déception.
Quand le sort est cruel, il n’y a guère de solution.
Enchaîner les problèmes et perdre la raison.
Pour qu’il advienne quelque chose qu’on n’attend plus.
Avoir de la veine et ne plus être déçu.
Moins de soucis, quelques instants de répit.
Reprendre goût à la vie, se dire que rien n’est fini.
Mais c’est la mort qui m’obsède pour enfin me libérer
Cette prison existentielle, je ne peux plus résister.
Accepter de partir, échapper au délire.
Pour que survienne ce moment inévitable.
De dire Adieu et enfin quitter la table.
Traiter sans importance ces choses éphémères.
Mourir dans la dignité et quitter cet univers.

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Le mythomane.
Quel que soit le sujet, il a une chose à dire.
Posez-lui une question, il a réponse à tout.
Il s’informe beaucoup. C’est un perfectionniste.
Il peaufine son talent, explorant toutes les pistes.
Parlez-lui d’une grande ville. Il y a mis les pieds.
Il connaît ses monuments, à visiter ses musées.
Et il n’a pas son pareil pour décrire un pays.
Il raconte ses voyages, des récits fabuleux.
Bourlingueur érudit, il vous tient en haleine,
donnant tous les détails d’une chasse à la baleine.
Quand il semble hésité ou être pris au dépourvu,
il déborde d’idées géniales sans être jamais perdu.
Concernant le travail c’est un homme à tout faire :
plusieurs cordes à son arc et le sens des affaires.
L’argent lui brûle les doigts mais jamais à découvert,
il maîtrise les textes de loi et évite les galères.
En matière politique, il n’a pas d’état d’âme.
Débatteur pragmatique, il déroule son programme.
Ses commentaires habiles transcendent les opinions.
C’est devenu un orfèvre dans l’art de la discussion.
Coco pour changer la société, écolo pour protéger la planète,
il trouve les meilleures solutions quand le système s’effondre.
Dîner à sa table est véritablement un régal.
Il excite vos papilles de saveurs incroyables.
En dégustant un vin, il sublime son cépage,

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encensant tous les goûts des produits du terroir.
Lancez-le sur le sport. Vous allez forcément transpirer.
Athlète de haut niveau et maintes fois médaillé,
il a foulé les pelouses, les courts et les parquets.
Sur des étagères s’exposent ses nombreux trophées.
Les arts majeurs sont pour lui une seconde nature.
Virtuose du piano, sculpteur et doué en peinture.
Récitals, vernissages, expositions nourrissent sa culture.
Poète et romancier, il brille également par l’écriture.
Pour soulager les maux, guérir les maladies,
médecin imaginaire, il prodigue des remèdes.
Il n’a pas d’ordonnance mais prescrit sur une feuille
médicaments et soins qui apporteront leurs bienfaits.
Pour son carnet d’adresses, c’est l’embarras du choix.
Ses amis sont des stars de la chanson et du cinéma.
Des artistes célèbres l’appellent même par son prénom.
Invité aux premières, aux galas de renom,
il s’honore d’avoir une bonne réputation.
Cet affabulateur est plus qu’un doux rêveur
qui invente des histoires au gré de ses humeurs.
Il endosse des costumes pour chaque situation,
non pour tromper son monde, pour être au diapason.
Si vous le rencontrez, ne soyez pas trop sévère.
Profitez de l’instant, de ses rôles éphémères.
Saluez la mémoire, la précision de l’illusionniste.
Vous serez surpris et séduit par une telle conviction

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qui enflamme tous les mots de sa conversation.

La haine.
Elle tourne autour de vous pour mieux embobiner.
Et en simplifiant tout, vous empêche de penser.
Elle vomit ses outrances, déteste la courtoisie.
Sa violence est sauvage, sa fureur infinie.
Elle rumine de rage sa funeste rancœur,
amplifie les outrages pour attiser les peurs.
Elle fait perdre la raison, gangrène les pulsions.
Elle vénère l’exclusion et les persécutions.
Affronter sa colère c’est défier un volcan,
un tremblement de terre, la tempête sur l’océan.
Sa parole est vulgaire et la voix toute tremblante.
Ses gestes brassent de l’air d’une manière démente.
Des passages à l’acte, extrêmement virulents,
vous font vivre l’enfer, des moments répugnants.
La terreur qu’elle inspire atteint son paroxysme,
les agressions physiques pulvérisant l’altruisme.
Une brusque intolérance enflamme l’atmosphère,
propage l’inimitié et déclenche des sales guerres.
Les dégâts sont immenses, les troubles irréversibles.
Personne ne sort indemne de ces crises irascibles.
L’humain mérite mieux afin de bien s’entendre
sans la férocité, le venin de l’esclandre.
Chaque escalade verbale, pleine d’agressivité,

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renforce surtout le mal et nous met en danger.
Sans tomber dans l’excès d’une bonté bouche bée,
redonnons aux échanges des allures civilisées.
Au lieu de se maudire, de prôner l’invective,
éduquons au débat, la critique, l’esquive.
Un adversaire coriace n’est pas un ennemi.
Vous pouvez être tenace sans menacer sa vie.
Evitez l’arrogance et toute forme de mépris.
Mettez dans la balance un peu de fantaisie.
Grâce à la bienveillance, un soupçon de confiance,
apportez aux divergences une sereine connivence.
C’est bien d’avoir raison sans faire de remontrances.
Pas grave d’avoir tort en prenant de la distance.
L’important est toujours de maintenir le dialogue,
échanger de vifs avis sans être démagogue.
Et si le compromis n’est pas envisageable,
mettons fin à la polémique de façon honorable.
Un duel oratoire est un magnifique exutoire.
Une sinistre bagarre ne règle aucune histoire.
Une dialectique hostile sert un combat stérile.
Le respect mutuel rend les choses plus faciles.
Choisir le vivre-ensemble ne veut pas dire s’aimer.
Mais pour mieux se comprendre, il faut s’apprivoiser.

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Addiction psychique.
Dans un lieu convivial où l’on vient pour manger
commence un étrange rituel qui peut déconcerter.
Elle est présente au monde mais perdue dans sa tête.
Elle entame un étonnant ballet avec de curieux gestes.
Puis elle dépose son plateau sur le bord de la table,
se tient au garde-à-vous en scrutant chaque détail.
Elle attrape une cuillère pour se mettre à gratter
toutes les petites saletés avant de s’installer.
Elle organise l’espace pour mieux se protéger,
quelques chaises bien rangées servant de boucliers.
Son assiette plate est centrée au millimètre près
et copieusement remplie avec des légumes frais.
Elle s’assied nerveusement, tenant son buste droit,
se penche sur son assiette pour attaquer le repas.
Sa pile de haricots est une botte de paille.
Elle manipule sa fourchette comme on ramasse le foin.
Et la seule différence se limite à la taille.
Pour soulever chaque bouchée, il suffit d’une seule main.
Cette anxieuse phobie ressemble à un casse-tête
où se remplir le ventre consiste à faire place nette.
Et ce grain de folie qui la tient prisonnière
lui fait ingurgiter jusqu’à la dernière miette.
En fait, s’agit-il pour elle de manger à sa faim
ou alors combler un vide qui l’obsède sans fin.
Elle saisit son assiette et la porte à ses lèvres,

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la lèche frénétiquement sans faire la fine bouche.
Elle va encore gratter avec des gestes saccadés
en effaçant toutes les traces de son déjeuner.
Un récital maniaque, une vaisselle rudimentaire,
avec en touche finale un rangement minutieux.
Elle ne partira pas si tout n’est pas parfait.
Elle lustre chaque couvert qui brille comme un sou neuf.
Avec acharnement, elle frotte encore le plateau,
auscultant la table pour traquer un dernier défaut.
Elle se lève et se fige en promenant ses mains,
inclinant ses doigts serrés, une sorte de lévitation,
tel un magnétiseur avec son fluide de précision,
en cherchant l’équilibre, le point de suspension
pouvant la libérer d’une méticuleuse obsession.
Soudain elle décide que les choses vont bien.
Elle rompt le sacrement, reviendra le lendemain.
Cette sinistre partition qu’elle répète chaque jour,
quels que soient les légumes est un menu d’enfer.
Elle ne prend pas d’entrée, encore moins un dessert.
Rien que le plat principal est une foutue galère.
Un esprit, possédé par des tocs qui enchaînent,
ne peut se soulager des entraves quotidiennes.
Son intrigante agitation ne dérange personne.
Après l’effet de surprise, elle peut juste troubler.
Cette solitude forcée est une terrible épreuve
qui la maintient à l’écart des liens d’humanité.

66
Si une âme bienveillante se risque à l’approcher,
elle déclenche sa colère, un balancement surexcité.

STOP.
Contrairement aux apparences, votre sort est déjà scellé.
L’état de vide et de non-sens achève toutes les destinées.
Tapie dans l’ombre et le silence, elle agit dans l’impunité.
Aucun espoir de clémence parce qu’il n’y a pas d’immunité.
C’est impossible de la décrire car sa venue est toujours fatale.
Soudaine ou dans l’agonie, elle n’est même pas le dernier râle.
Elle ne dépend pas des douleurs ou de vos raisons médicales.
Elle n’essaie pas de vous faire peur. Elle est naturellement
banale.
Même la fameuse épée de Damoclès, en symbolisant le sursis,
est l’aveu de votre faiblesse quand elle fauche sans un bruit.
En s’accrochant à la vieillesse, on la repousse par le déni.
Elle tient toujours sa promesse s’agissant d’ôter une vie.
Face à une fin inéluctable, l’homme ne cesse de dérailler
avec ses accès de colère ou des instincts de meurtrier.
Ce mépris de la vie, faisant la guerre au lieu d’aimer la paix,
ajoute aussi une pointe d’ironie à sa crainte du coup d’arrêt.
Sa capacité de destruction frise également le ridicule,
faisant fi de la pollution et des dégâts qui s’accumulent.
La planète est sous pression, tous les équilibres basculent.
La tyrannie de l’expansion annonce son propre crépuscule.
Les fastes de la réussite, cette obsession pour les richesses,
des injustices sans limite et les stigmates de la détresse,
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la vérité doit être dite ont la froideur de sa bassesse.
L’en-avant dans sa fuite est le cercueil de son ivresse.
Son dessein universel est un vrai marqueur égalitaire.
Une tradition culturelle bercée par ses rites funéraires.
La mise en bière des mortels résonne d’une seule prière :
goûter aux douceurs du Ciel, pas aux fournaises de l’Enfer.
Mais il n’y a guère de logique à ce doux rêve d’immortalité.
Les croyances sont pathétiques en nous promettant l’éternité.
Ainsi l’acharnement thérapeutique frôle souvent l’obscénité.
Brisons les chaînes hystériques. Disons « assez ! » avec dignité.
Il y a plusieurs façons de vivre. Une seule suffit pour mourir.
A vous la décision de pleurer ou si vous préférez d’en rire,
faire le strict nécessaire pour ne pas trop souffrir,
en acceptant son évidence et ainsi mieux l’accueillir.
Alors, tant que le cœur bat c’est la vie avec des choix.
Et la mort est juste un STOP quand le souffle s’en va.
Elle ne vous juge pas, ne dicte pas vos devoirs ou vos droits.
Votre chagrin, ses regrets et ses peines, ne la concerne pas.
Voici l’être et le néant comme « pile et face » d’une même
pièce.
Jetée en l’air, elle flotte et elle tournoie avec noblesse.
La chance n’y changera rien, encore moins votre adresse.
Bon ou mauvais côté, vous passerez un jour à la caisse.
J’écris cette poésie pour conjurer l’idée de malheur.
Quand il cessera de battre, je serai de bonne humeur.
Pas besoin d’en rajouter : ni larmes, ni discours, ni fleurs.

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Je meurs comme part le train. Simplement parce que c’est
l’heure.

Quand on a que l’humour.


Quand on a que l’humour pour moquer nos faiblesses,
critiquer nos défauts et railler les bassesses.
Quand on a que l’humour pour rendre la vie plus folle,
oublier les soucis en faisant le mariolle.
Quand on a que l’humour pour singer son prochain,
imiter son voisin et rigoler des siens.
Quand on a que l’humour pour se marrer de tout,
encourager le bien quand le mal est partout.
Quand on a que l’humour contre les préjugés,
la bêtise quotidienne et les mauvais clichés.
Quand on a que l’humour pour chasser la tristesse,
les humeurs chagrines, les signaux de détresse.
Quand on a que l’humour pour narguer les tyrans,
rendre leur dignité à tous les indigents.
Quand on a que l’humour pour dépasser les peurs,
tourner en ridicule les abrutis sans cœur.
Quand on a que l’humour pour crever les abcès,
redonner des couleurs à une vie sans succès.
Quand on a que l’humour pour chasser les tourments,
choisir la bonne humeur et faire rire les gens.
Alors les mots d’esprit, les blagues, les quolibets
sont le dernier rempart à la morosité.

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Le SLAM.
Le Slam est un tournoi, une vraie joute oratoire,
A vivre dans un bar comme les brèves de comptoir.
Le palabre est joyeux ou grave ou élogieux,
Décrit même les travers d’un monde calamiteux.
Trouvères des temps modernes, les poètes déclament,
Rendent à la Poésie sa splendeur et sa flamme.
Des vapeurs d’alcool et les verres qui se lèvent.
Les slameurs décollent pour des vers qui soulèvent.
Celui-ci qui s’lamente, celle-là qui s’la pète.
Une autre se veut aimante quand un dernier rouspète.
Les envolées lyriques, maîtrisées ou foireuses,
Libèrent une parole aux rimes ravageuses.
Les sculpteurs du langage modèlent avec les mots,
Mettent en forme la prose, cisèlent du stylo.
Sur leurs feuilles de papier créent des figures de style.
Claquant des cordes vocales, ils défigurent les styles.
Et la voix du poète qui vient rompre le silence,
Conte par des pirouettes l’humeur de sa romance.
Que virevoltent au hasard les lucioles de son art,
Les prouesses verbales du troubadour d’un soir
Qui assombrissent le jour de fureur et de bruits,
Illuminent la nuit de douces heures et d’écrits.
L’humour comme l’ivresse décline ses calembours.
L’amour telle une caresse cajole avec glamour.
L’émotion électrise, une tension à son comble,

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Et de rires aux éclats, c’est la joie qui inonde.
Les mémoires d’outre-tombe, les souvenirs d’antan,
Le réel au présent, ici et maintenant.
Une salade de fruits de consonnes et voyelles.
Des goûts et des couleurs à la saveur du miel.
Nos chevaliers chevauchent de curieuses montures,
Entrechoquent les phonèmes jusqu’au point de rupture.
Conjuguer avec verve liberté et passion.
Signifier avec force de belles convictions.
Décrire sans relâche les funestes oppressions.
Sentir avec grâce ces tendres impressions.
Pour capter l’attention du fringant auditoire,
Ils pèsent chaque expression sur le fil du rasoir.
Les vibrations sonores, en sortant de leur bouche,
Fendent l’air, piquent au vif avec des mots qui touchent,
Sifflent à vos oreilles dans le but de faire mouche.
Les sentences péremptoires, des phrases alambiquées,
Ces jeux de mots à tiroir aux propos colorés
Aucun sujet tabou, ni censure, ni procès
Pour offenser le Verbe et tuer la Pensée.
Alors n’hésitez pas et laissez-vous tenter.
A gorge déployée, osez un Kata strophes
Votre voix de velours en sublimera l’étoffe.

« Restez vivant »

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