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MAYAN HAIM

Les deux paliers de la émouna (Elie LELLOUCHE) - Ce n’est pas comme ça que l’histoire s’est passée

(Avinoach BRENNER) -

Pourquoi la libération devait passer par Moché (David Wiebenga Elkaim) - Les armes des enfants d’Israel (Raphael ATTIAS)

PARACHAT BECHALAK’H Samedi

19

JANVIER 2019

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CHEVAT 5779

entrée chabat : 17h07 sortie chabat : 18h19

CHEVAT 5779 entrée chabat : 17h07 sortie chabat : 18h19 Un Beth Hamidrach parisien LES DEUX

Un

Beth

Hamidrach

parisien

: 17h07 sortie chabat : 18h19 Un Beth Hamidrach parisien LES DEUX PALIERS DE LA ÉMOUNA

LES DEUX PALIERS DE LA ÉMOUNA

MAYAN HAIM EDITION

Rav Elie LELLOUCHE

La traversée de la mer rouge, qui paracheva la Sortie d’Égypte et qui marqua la délivrance définitive du peuple d’Israël du joug égyptien, n’était pas, d’un strict point de vue géographique, un passage obligé du processus de libération des descendants des Avot. Les Béné Israël auraient très bien pu éviter, alors qu’ils se dirigeaient vers le Har Sinaï, le chemin qui les menait tout droit face à la mer. Ils auraient pu poursuivre, sans encombre, leur route vers le désert, sans se trouver piégés entre la mer d’un côté et l’armée égyptienne de l’autre. Si le peuple hébreu fut pris ainsi en étau, cet état de fait résultait d’une volonté divine affichée. En effet, s’adressant à Moché, Hachem lui demande de parler au peuple afin que celui-ci rebrousse chemin pour camper face à la mer (Chémot 14,2).

L’objectif évident de cette demande improbable était d’éprouver les anciens esclaves nouvellement affranchis. Pourtant, Hachem avait déjà posé, en Égypte, un premier défi aux descendants des Avot. Il les avait appelés à braver la puissante nation qui les avaient opprimés, en immolant l’idole vénéré de cet empire jusqu’alors invulnérable. Ainsi donc, après avoir éprouvé une première fois les Béné Israël, en leur demandant de sacrifier l’agneau, symbole du culte idolâtre de l’Égypte, le Créateur va mettre à l’épreuve une seconde fois le peuple fraîchement libéré. Quel est le sens de cette seconde épreuve? Pourquoi fallait-il de nouveau tester la confiance du peuple élu? N’aurait-il pas été possible «d’en finir une fois pour toute» avec l’Égypte lors de la mort des premiers-nés?

La réponse à ces questions appelle à se pencher sur la notion de Confiance en Hachem. Il y a différents paliers dans la construction de la Émouna. Le premier d’entre eux consiste à reconnaître Hachem comme le Créateur exclusif et permanent de l’univers; c’est-à-dire croire en l’antériorité de son Être et en la permanence de son autorité sur toute autre force naturelle ou surnaturelle. C’est ce palier qu’ont dû gravir les Béné Israël au fur et à mesure de la succession des dix plaies en Égypte. C’est ce palier qu’ils ont dû entériner définitivement lors de la mort des premiers-nés et le sacrifice du Korban Pessa’h. Ce niveau de Émouna ne se limite pas en la croyance en un D-ieu Créateur unique des cieux et de la terre. Le déroulé méthodique des dix plaies qui frappèrent l’Égypte visait, non seulement, à témoigner

de l’existence du Créateur mais, plus encore, à établir la réalité de sa Providence; Providence exerçant un contrôle absolu et sans partage sur la marche de l’univers et l’ensemble de ses composantes. C’est le sens du premier des treize principes de foi posés par le Rambam. HaKadoch Barou’kh Hou Matsouy OuMachguia’h: Hachem existe et contrôle le monde.

Cependant, le long de leur avancée vers le Har Sinaï et le Don de la Torah, les Béné Israël devaient s’imprégner d’un niveau supérieur de Émouna. Celui par lequel ils accédaient à la conscience de leur propre capacité à agir sur la marche du monde en fonction de leur adéquation à la volonté divine. Le défi que lance Hachem à son peuple face à la mer et à ses flots vise, dès lors, à les convaincre de leur aptitude à susciter le miracle et provoquer, ainsi, l’ouverture de la mer en obéissant avec un dévouement et une abnégation absolu à la parole divine. Lors de la Sortie d’Egypte, Hachem «s’était focalisé» sur la punition frappant les persécuteurs du ‘Am Israël, la mesure de leur cruauté et de leur refus de reconnaître le joug divin étant comble. Le salut du peuple élu n’en fut, alors, comme l’explique le Beth HaLévy, que le pendant positif.

S’avançant confiants vers la mer, l’enjeu était d’une toute autre nature. Les Béné Israël devaient justifier leur libération pour et par eux-mêmes, le châtiment des Égyptiens n’en étant que la résultante. C’est la raison pour laquelle l’ange tutélaire de l’Égypte, accusant Israël, prononça, lors de cette épreuve, un réquisitoire rappelant le passé idolâtre du peuple élu, réquisitoire qu’il n’avait pas formulé, une semaine plus tôt, lors du départ des Béné Israël du pays de leurs oppresseurs. En louant la confiance dont firent preuve les Tribus d’Israël envers Hachem et Moché son serviteur à l’issue de la traversée à pied sec de la mer (Chemot 14,31), la Torah ne s’est pas seulement fait pas l’écho de la confiance émanant du peuple après le miracle de cette traversée prodigieuse. Ce dont veut témoigner le Texte Sacré, avant tout, c’est du niveau élevé de confiance auquel le peuple élu a réussi à se hisser, avant même son salut miraculeux, niveau à même d’éveiller l’amour divin et provoquer à sa suite les miracles les plus merveilleux.

Article et contenu réalisés par TORAT HAIM VECHALOM - 35, rue Emile Lepeu 75011 PARIS - 01.44.93.51.50 Association reconnue d’utilité générale habilitée à recevoir les DONS et les LEGS. Directeur : Rav Elie LELLOUCHE

CE N’EST PAS COMME ÇA QUE L’HISTOIRE S’EST PASSÉE Rabbi Méïr a dit : «

CE N’EST PAS COMME ÇA QUE L’HISTOIRE S’EST PASSÉE

Rabbi Méïr a dit : « Lorsque le peuple d’Israël se tint face à la mer, les tribus se disputaient. L’une disait : “J’entrerai, moi la première, dans la mer”, et l’autre disait :

“C’est moi qui entrerai en premier dans la mer.” » Rabbi Yehouda dit : « Ce n’est pas comme ça que l’histoire s’est passée. Une tribu disait : “Je ne veux pas entrer la première dans la mer”, et l’autre disait : “Ce ne sera pas moi qui entrerai la première dans la mer”. Tandis qu’ils se tenaient ainsi et prenaient conseil les uns des autres, Na’hchon fils d’Aminadav sauta dans la mer le premier” » (Sota 36, Mekhilta Bechala’h).

À première lecture, Rabbi Méïr et Rabbi Yehouda débattent de la disposition de chacune des tribus,

à l’heure où elles se tenaient face

à la mer Rouge, à se sacrifier et

à sanctifier le nom de l’Éternel.

Selon Rabbi Méïr, chacun des enfants d’Israël était arrivé à un niveau si élevé dans sa foi qu’il désirait ardemment être le premier à faire don de sa personne en faveur du nom d’Hachem, béni soit-Il. Rabbi Méïr a confiance en l’inclination des enfants d’Israël à se dévouer. Il aperçoit le peuple juif tout entier, sur la ligne de départ, prêt à sauter dans la mer Rouge ; la seule question restant pendante étant : qui sera le plus empressé

pour réaliser la mitsva ?

Rabbi Yehouda n’est pas si assuré. Il doute de la capacité d’esclaves fraîchement libérés à comprendre profondément la foi qui vient de leur être dévoilée, et à y vouer tout leur être. Il assiste à une scène diamétralement opposée. Ce n’est pas agréable à dire, mais, à son avis, les circonstances n’étaient pas si dignes d’éloge.

La controverse de Rabbi Yehouda et de Rabbi Méïr était non moins actuelle dans leur propre génération, où le peuple juif

réfléchissait et tentait d’analyser la révolte de Bar Kokhba, dans ses prémices et dans ses conséquences.

Rabbi Yehochoua de Kutna (1821- 1893) commentait ce passage midrachique en ces termes :

Rabbi Méïr et Rabbi Yehouda ne se contredisent pas du tout l’un l’autre. Rabbi Méïr raconte de quelle façon chaque Israélite se glorifiait en disant : « J’entrerai le premier dans la mer ! » À ce propos, Rabbi Yehouda ajoute qu’en effet, chacun parla ainsi de prime abord, mais que « ce n’est pas comme ça que l’histoire s’est passée. » Quand on se trouva au pied du mur, que chacun dut sauter dans la mer, soudain, tous reculèrent. L’un disait : « Je ne veux pas entrer le premier dans la

mer », et l’autre disait : « Ce n’est

pas moi qui entrerai le premier dans la mer. »

Rabbi Yehochoua de Kutna, qui aspirait à construire la terre d’Israël et à la relever de ses cendres, explique autrement que nous ne l’avions fait d’abord les propos des Tannaïm. Selon lui, ce texte midrachique n’expose en rien une controverse entre les deux maîtres. Tous les enfants d’Israël, dans leur for intérieur, sont de grands idéalistes. Il est clair aux yeux de chaque Juif que, s’il le fallait seulement, en cas de nécessité, il serait le premier à faire don de sa personne au nom de l’É.ternel.

Mais les paroles et les actes sont deux choses distinctes. À l’heure de l’épreuve, « ce n’est pas ainsi que les choses se passent ». Les paroles ne coûtent pas beaucoup. L’orateur en ses discours est capable de jeter feu et flammes, d’utiliser de nombreux procédés qui trouvent grâce aux oreilles des auditeurs ; mais quand vient le temps où il lui faut démontrer en actes la teneur de ses propos,

où il lui faut démontrer en actes la teneur de ses propos, Rav Avinoach BRENNER il

Rav Avinoach BRENNER

il trouve bien souvent un moyen de s’y dérober. Il pourra excuser son inaction par quelque motif technique, occasionnel, ou bien encore se lancer dans une argumentation subtile et trouver un distinguo brillant entre ses propos, ses engagements, d’une part, et la situation présente d’autre part. Rabbi Yehouda réclame des actes, et non seulement des paroles. Or entre les deux, il le sait, le fossé est grand.

Rabbi Yehochoua de Kutna connaît bien le tempérament de son peuple. Il est clair à ses yeux que tous aspirent à la venue du messie, que tous désirent passionnément la terre d’Israël, prient trois fois par jour pour la reconstruction de Jérusalem. Et pourtant, malgré l’inclination de principe à servir Dieu de manière parfaite, inclination présente en chaque Juif, lorsqu’arrive la mise en pratique, le risque est grand de voir tout le monde s’esquiver, l’un après l’autre.

Il y a toujours eu, note Rabbi Yehochoua de Kutna, une grande distance entre la facilité avec laquelle l’homme se flatte de ses capacités, et ce qu’en pratique, à l’heure de détresse, il est prêt à réaliser. À ce sujet, nos maîtres, de mémoire bénie, nous enseignent :

« Parle peu et fais beaucoup » (Avot 1, 15).

Le Rav Avinoach Brenner enseigne à la yéchiva de Har Brakha.

Paru dans Me’at min haor, chvat 5772 (février 2012)

Traduction : Jean-David Hamou

POURQUOI LA LIBÉRATION D’ÉGYPTE DEVAIT PASSER PAR MOCHÉ ?

Il est dit que le début de libération des enfants d’Israël commence par

l’évènement du buisson ardent et la discussion qui suit entre Moshe et Hachem sur le Mont Sinaï. Moshe exhorte Dieu pour qu’il libère lui- même le peuple mais le Midrash nous informe que l’éternel refuse

et répond à Moshé dans les termes

suivants : « tu comprendras ma réponse lorsque tu reviendras sur le mont Sinaï pour recevoir la Tora ». On comprend d’ici que la libération d’Égypte devait passer par Moshé. De plus, le Brisk Rouv élargit ce questionnement et considère que c’est l’essence même de la Tora qui était en jeu dans le choix de l’acteur de la libération. Pour quelle raison devait-il en être ainsi ?

A la naissance de Moshé le 7 adar,

le Midrash explique que la maison était remplie de lumière : le « Or Ganouz » - la lumière des Tsadikim.

Trois mois exactement plus tard,

le 7 Sivan, Moshé est placé dans couffin et déposé sur le Nil. Il est remarquable de noter que le 7 sivan correspond à la date du don de

la Tora. L’existence même de Moshé

épouse donc le don de la Tora ! Par ailleurs, nous célébrons la fête de Shavouot le 6 sivan car les sages, comme l’explique le Maharcha, ont

considérés que la préparation à la

Tora est plus importante encore que

le don lui-même.

Comme tout le monde le sait, Moshe avait aussi du mal à parler ; certaines opinions disent qu’il était bègue. Or, de manière paradoxale, il va écrire le Séfer Dévarim (les paroles) : le livre des paroles par excellence et il a réussi à atteindre le niveau le plus absolu de la parole en parlant avec Hachem. Comment est-ce possible ?

Les sages nous enseignent qu’il ne pouvait pas parler car c’était un être de la même dimension absolue

que la Tora. A titre d’illustration, on considérait Shamaï comme le guilgoul de Moshé car il était de la dimension

« Shamayim » : le ciel. Or le ciel ne

peut pas s’inscrire sur Terre : l’infini ne peut pas cohabiter avec le fini ni

l’absolu avec le relatif. Donc, d’après

cette opinion, Moshé ne pouvait pas parler car sa parole était bloquée car elle n’était pas assez puissante et vraie pour délivrer l’immensité de la pensée et de la vérité Toraïque. C’est peut-être pour cela que les proverbes nous enseignent : « J’ai grandi parmi les sages et je n’ai rien trouvé de

mieux que le silence » (Avoth I,17).

Que représente concrètement l’infini de la Tora ? Le Midrash nous explique que lorsque Hachem se révèle aux Bnei Israël pour leur donner la Tora alors les rois des nations partent consulter Bilam pour lui demander si un nouveau déluge n’est pas en train d’arriver. La vérité de Hachem peut faire exploser le monde en un instant.

Allons plus loin, la Tora peut

toujours se voir sous le prisme de la dualité matière / forme où la forme est considérée que le sens des choses. Une vie matérialiste est le recherche permanente de la jouissance de la matière sous des formes différentes pour éviter la lassitude et la tristesse. A titre d’exemple, une « gastronome matérialiste » va toujours chercher à

gouter des plats différents et de plus en plus sophistiqués car sinon il se lasse. C’est pourtant la même matière mais il a besoin de la consommer sous des formes différentes. Alors qu’un « gastronome sensé » (avec mauvais jeu de mots) va réveiller son

appétit en fonction de l’expérience qu’il vit comme par exemple pendant le Shabbat où c’est un Mitsva de manger alors l’appétit s’éveille. Dans ce dernier cas de figure, c’est la forme qui domine la matière qui et non l’inverse. Or, Am Israël est le peuple de la forme : du sens absolu de choses.

Dans la même logique, l’eau est considérée comme la matière par excellence car elle prend toutes les formes possibles. Les juifs, à l’image de l’eau, ont toujours vécu dans des civilisations et dans des lieux matérialistes. Leur but a toujours été de donner une forme ‘un but, un

sens) éternelle à cette matière. C’est l’explication que nous donne Onkelos sur l’ouverture de la mer morte en disant « les eaux sont devenues

de la mer morte en disant « les eaux sont devenues David WIEBENGA ELKAIM intelligentes ».

David WIEBENGA ELKAIM

intelligentes ». La matière a pris des formes qui donnent du sens.

On peut donc mieux comprendre pourquoi la Guemara stipule « qu’un enfant dit papa lorsqu’il mange du blé ». C’est à travers l’expérience du gout (en hébreu gout = taam = sens) que l’enfant va réussir à s’ouvrir aux autres et à remonter jusqu’à son origine : son père.

Ainsi on peut donc comprendre pourquoi Hachem a dit à Moshé qu’il comprendrait pourquoi la libération devait passer lui car l’homme qui a la capacité de transfigurer le réel, de greffer de l’infini dans du fini. Moshé en est la preuve vivante. L’homme qui ne parlait pas est devenu le plus grand parleur de l’histoire. Les évènements de sa vie ont tous coïncidé avec le don de Tora. Il est devenu lui-même le lieu de l’absolu. Et pour rejoindre le Brisk Rouv, c’est l’essence même de la Tora (composée de mots et phrases inscrites sur un parchemin) qui est la pensée infinie d’Hachem.

Cette idée est extrêmement présente dans toute la Tora. Par exemple, Noah s’est posé la question si la taille de l’arche était suffisante pour contenir toutes ces espèces. Hachem lui a répondu qu’il recréerait une alliance avec lui : la « relativité de l’espace » en quelque sorte. Il est intéressant de noter que les mesures de l’arche était de 300 x 50 x 30. En lettre cela donne Shin, Noun et lamed : Ce qui correspond au mot « Lashon » (la parole) qui génère des Tevot (des mots ou des arches).

Le Rav Sadin a toujours l’habitude de dire qu’une vraie parole contient plus que ce qu’elle exprime et qu’un orateur qui ne retransmet que son strict message est un mauvais orateur. Une vraie parole comme un bon orateur doivent laisser entendre

à leur public plus que ce qu’il a voulu exprimer.

A bon entendeur !

Inspiré d’un cours du Rav Sadin

LES ARMES DES ENFANTS D’ISRAËL

La Sidra Béchala’h, que nous lirons ce Shabbat, débute par les versets suivants :

« Et ce fut quand Par’o renvoya le peuple, Hachem ne les dirigea point par le pays des Philistins, car il était proche ; parce qu’Hachem disait « Le peuple pourrait se raviser à la vue de la guerre et retourner en Egypte » : Hachem fit donc dévier le peuple du côté du désert vers la mer des Joncs ; et, c’est ‘hamouchim (armés, équipés, bien préparés, approvisionnés, avec empressement, en cinq groupes, un sur cinq) que montèrent les enfants d’Israël du pays d’Egypte : » (Chémot XIII, 17-18)

Que signifie le terme « ‘hamouchim » ? Les enfants d’Israël étaient-ils vraiment armés ?

- Rachi (1040-1105) explique : Et équipés

(‘hamouchim) – Le mot ‘hamouchim signifie : « armés » (Mékhilta). Etant donné que Hachem leur a fait traverser un désert, Il les a fait voyager en armes. S’ils étaient passés par une région habitée, il ne les aurait pas ainsi équipés, mais Il leur aurait fourni ce qu’il faut à des voyageurs qui se déplacent d’un endroit à un autre et qui achètent ce dont il a besoin. Mais pour traverser un désert, on a besoin de s’équiper. Ce verset a été inséré pour nous permettre de comprendre la suite des événements, la guerre de ‘Amalek et celles de Si’hon, de ‘Og et de Midyan : Comment ont-ils pu, s’ils ne portaient pas d’armes, les battre « à la pointe de l’épée » (Chémot XVII, 13) ? On trouve le même mot dans : « Et vous, vous passerez armés » (Yéhochoua’ I, 14). Le Targoum Onkelos emploie le même mot que dans le verset : « Il arma ses élèves » (Béréchit XIV, 14). Autre explication : Ils sont sortis d’Egypte à raison de un sur cinq (‘hamicha), les quatre cinquièmes étant morts pendant les trois jours de ténèbres (Mékhilta).

- Rachbam (1080-1160) considère qu’ils étaient armés pour aller conquérir la Terre de Kena’an.

- Le Targoum Yonathan Ben ‘Ouziel traduit

« c’est armés (‘hamouchim) que montèrent les enfants d’Israël » par : chacun des Bné Israël sortit d’Egypte avec cinq enfants (‘hamicha).

- Le Targoum Yérouchalmi, quant à lui,

considère que les enfants d’Israël sont sortis armés de bonnes actions.

- Le ‘Hizkouni (1250-1310) ainsi que Rabbi

Yossef Békhor Chor (12 ème siècle) expliquent que les Bné Israël ont quitté l’Égypte avec des provisions suffisantes (pâte) pour une durée d’un mois, c.à.d. jusqu’au 15 Iyar.

- Le Ralbag (1288-1344) va dans le même

sens mais ajoute que les enfants d’Israël sont sortis avec tous leurs biens et qu’ils n’ont rien laissé sur place. Hachem a tenu à ce qu’ils empruntent aux Egyptiens des ustensiles d’argent et d’or ainsi que des vêtements afin qu’ils disposent de tout ce dont ils auraient besoin et que rien ne les pousse à retourner en Egypte.

- Rabbi ‘Ovadia Sforno (1475-1550) se

demande pourquoi Hachem a du dévier le peuple alors qu’il était armé. Il répond que les Bné Israël, malgré leurs armes, n’avaient pas le courage de combattre car ils n’étaient pas entrainés.

- Rabbénou Bé’hayé (1255-1340) explique

que selon le sens littéral ils sont sortis armés comme des soldats allant à la guerre bien que grâce à la Protection Divine, ils n’en avaient pas besoin pour combattre leurs ennemis. Ils l’ont

fait parce que la Torah demande d’agir selon les voies naturelles en sachant qu’Hachem interviendra ensuite et opérera des miracles. Ceci est conforme à l’enseignement du Roi Chlomo : « On équipe le cheval pour le jour du combat, mais c’est l’Eternel qui est maître de la victoire » (Michlé XXI, 31).

Il ajoute que, selon certains, cela signifie que chaque enfant d’Israël était muni de cinq armes. Rabbénou Béhayé nous fait également remarquer que le terme ‘Hamouchim est écrit sans « Vav » et qu’on peut donc le lire ‘Hamichim (Cinquante). Cela nous apprend que l’objectif des Bné Israël qui sortaient d’Egypte était de recevoir la Torah cinquante jours après. C’est également une allusion aux cinquante fois qu’est mentionnée la Sortie d’Egypte dans la Torah.

- Le Maharal de Prague (1520-1609), dans

son ouvrage « Guévourot Hachem » reprend l’enseignement de la Mékhilta selon lequel Israël disposait de cinq sortes d’armes ; il explique que ces cinq armes font référence à la « main (cinq doigts) d’Hachem » qui a frappé l’Égypte pour permettre aux enfants d’Israël de sortir et qui continuait à les protéger…

- Rabbi Abraham Ibn ‘Ezra (1089-1167)

s’interroge sur la nécessité d’indiquer ici que les Bné Israël étaient armés à leur sortie d’Égypte alors que cela aurait du être mentionné dans la Paracha précédente (Bo). Il répond qu’étant

donné que le verset 17 nous enseigne « Le peuple pourrait se raviser à la vue de la guerre », il fallait préciser qu’ils sortaient la main haute et non comme des esclaves qui fuient.

Raphael ATTIAS

- Ramban (1194-1270) explique bien qu’Hachem les ait fait dévier par le désert, ils devaient quand même être armés comme des soldats car ils craignaient d’être attaqués par les Philistins ou par des villes voisines.

- Le Or Ha’Hayim Hakadoch (1696-1743)

considère que s’ils n’avaient pas été armés, le fait de les dévier du côté du désert ne les aurait pas dissuadés de retourner en Egypte. Désarmés lors une confrontation avec des ennemis, ils se seraient sentis perdus. En associant les deux facteurs : les armes et le fait qu’Hachem les ait fait dévier par le désert ; « le peuple ne se ravisera pas à la vue de la guerre »…

- Le Kli Yakar (1540-1619) explique que les

cinq armes dont ils disposaient étaient les cinq livres de la Torah, car il est difficile de penser que la guerre d’Israël dépendait de la quantité d’armes alors qu’il est écrit « Et l’on voyait à peine un bouclier, une lance, entre quarante milliers d’Israël » (Choftim V, 8). C’est Hachem qui est leur bouclier…La Torah et la Téfila sont les armes d’Israël comme il est dit « Une épée à deux tranchants (Piyot = bouches) dans leur mains » (Téhilim CXLIX, 6). S’il en est ainsi, on ne voit pas en quoi le fait de sortir d’Egypte armés serait une source de gloire pour les Bné Israël. Manqueraient-ils de confiance (bita’hon) en Hachem, ‘has véchalom ? Et même si on dit que l’homme doit agir, autant que faire se peut, selon les voies naturelles et qu’Hachem interviendra et opérera des miracles pour compléter ; pourquoi la Torah avait-elle besoin de nous dire que chacun disposait de cinq armes exactement ? De plus, il semble bien que les enfants d’Israël n’étaient pas entraînés sur le plan militaire car durant tout leur séjour en Egypte ils avaient été asservis tyranniquement. La Torah vient nous faire savoir que les seules armes dont disposaient les Bné Israël étaient les Cinq Livres de la Torah qui, selon une opinion mentionnée dans le Traité Shabbat (116a), formeraient Sept Livres. On peut ainsi comprendre ce que dit la Mékhilta : « Et équipés (‘hamouchim) signifie armés (mézouyanim) », en remarquant que le terme ‘hamouchim correspond à ‘hamech (cinq) en relation avec les cinq Livres de la Torah et celui de mézouyanim à Zayin (sept) en relation avec les sept livres de la Torah (selon l’opinion mentionnée ci-dessus) ou encore à la Téfila comme il est dit « sept fois par jour je célèbre tes louanges » (Téhilim CXIX, 164).

Renforçons-nous dans l’Étude de la Torah et concentrons-nous dans nos Téfilot. Ce sont nos armes pour sortir du Galout et amener la Guéoula !

Ce feuillet d’étude est offert par Ephraim REISBERG pour l’élévation de l’âme de notre regretté Aharon ‘Haim (Michel) GUEDJ ben Ychaïa